Ludwig von Mises:Le Socialisme - chapitre 21

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Ludwig von Mises:Le Socialisme - chapitre 21
Le Socialisme
Étude économique et sociologique


Anonyme


Section I — L'évolution sociale
Chapitre V — Le matérialisme historique

Troisième partie : la doctrine de l'inéluctabilité du socialisme

Section I — L'évolution sociale

Chapitre V — Le matérialisme historique

1. Être et pensée

Feuerbach avait dit : "La pensée procède de l'être et non l'être de la pensée." [1] Cette remarque, qui prétendait traduire simplement l'abandon de l'idéalisme hégélien, est devenue, sous la forme de l'aphorisme célèbre, "l'homme est ce qu'il mange" ("Der Mensch ist was er ist") [2], le mot d'ordre du matérialisme tel que l'ont représenté Büchner et Moleschott. Vogt a donné de la thèse matérialiste la formule la plus brutale en soutenant "que les idées entretiennent avec le cerveau les mêmes rapports que la bile avec le foie ou l'urine avec les reins." [3] On retrouve dans la conception économique de l'histoire de Marx et de Engels ce matérialisme naïf qui, sans se douter de la difficulté des problèmes, croit pouvoir résoudre simplement et complètement le problème fondamental de la philosophie en ramenant le spirituel au corporel. Le nom de matérialisme historique qu'on a donné à cette conception de l'histoire en exprime bien la nature. Il souligne sa ressemblance avec le matérialisme contemporain, comme l'avaient fait ses propres fondateurs [4].

Le matérialisme historique expose la doctrine de la dépendance où se trouve la pensée par rapport aux conditions sociales sous deux formes qui sont au fond contradictoires. Selon l'une d'elles, la pensée serait tout simplement déterminée d'une façon immédiate par le milieu économique et le régime de la production dans lequel vivent les hommes. Il n'existe ni histoire de la science ni histoire des sciences particulières ; leur évolution en effet ne présente aucun caractère autonome, étant donné que la façon de poser les problèmes et de les résoudre n'a pas été le résultat d'un mouvement intellectuel progressif mais simplement le reflet des conditions sociales de la production à chaque époque envisagée. Selon Marx, si Descartes considérait l'animal comme une machine, c'est qu' "il le regardait avec les yeux de la période de l'industrie manufacturière, tandis que l'homme du moyen-âge voyait en lui un auxiliaire — comme le fit plus tard Haller dans sa Restauration der Staatswissenschaft." [5] Dans la conception marxiste les conditions de la production sont présentées comme des données totalement indépendantes de la pensée humaine. Elles "correspondent" ) chaque moment "à un stade déterminé de l'évolution" des "forces productrices matérielles" [6] ou, en d'autres termes, ""à un certain stade de l'évolution des moyens de production et d'échanges." [7] De la force productrice, des moyens de travail "résulte" un ordre social déterminé [8]. "La technologie révèle la position active de l'homme par rapport à la nature, le processus immédiat de production de sa vie, et par là aussi ses conditions d'existence et les représentations intellectuelles qui en découlent." [9] Marx n'a pas songé à l'objection qu'on aurait pu lui faire que les forces de production sont elles-mêmes un produit de la pensée humaine et que par suite on s'enferme dans un cercle vicieux quand on veut déduire la pensée de ces forces. Il était envoûté par les mots magiques "production matérielle." Matériel, matérialiste, matérialisme, tels étaient les termes philosophiques à la mode à son époque, et il n'a pas su échapper à leur influence. Il considérait que sa plus haute mission philosophique consistait à remédier aux "défauts du matérialisme abstrait des sciences naturelles, qui ignore le processus historique," défauts qu'il croyait déjà découvrir dans les "constructions abstraites et idéologiques de ses représentants, dès qu'ils se hasardent en dehors de leur spécialité." Et c'est pourquoi il qualifiait sa méthode de "seule méthode réellement matérialiste et par suite scientifique." [10]

Sous son deuxième aspect, le matérialisme historique présente la pensée comme étant déterminée par l'intérêt de classe. A propos de Locke, Marx dit : "qu'il représentait la nouvelle bourgeoisie sous toutes ses formes, les industriels contre les classes ouvrières et les paupers, les commerçants contre les usuriers à l'ancienne mode, les aristocrates de la finance contre les débiteurs de l'État, et que même dans une de ses oeuvres il présentait l'intelligence bourgeoise comme l'intelligence humaine normale." [11] Selon Mehring, le plus fécond des historiens marxistes, Schopenhauer est "le philosophe de la petite bourgeoisie affolée... ; sa manière mesquine, égoïste et dénigrante, n'est que le reflet intellectuel de la bourgeoisie qui, effarée par le bruit des armes et tremblant comme la feuille, se confine dans sa retraite pour vivre de ses rentes et repousse comme la peste l'idéal de son époque." [12] Dans Nietzsche il voit "le philosophe du grand capital." [13]

C'est dans le domaine de l'économie politique que cette attitude se présente sous son aspect le plus brutal. Marx a imaginé de distinguer parmi les économistes les économistes bourgeois et prolétariens et cette distinction a été reprise par l'étatisme. Held explique la théorie de la rente foncière de Ricardo comme étant "simplement le produit de la haine des capitalistes d'argent contre les propriétaires fonciers" ; pour lui, toute la théorie de la valeur de Ricardo ne saurait être considérée "que comme une tentative pour justifier la domination et le profit du capital sous les apparences d'une aspiration à une plus grande justice naturelle." [14] La meilleure réfutation de cette conception se trouve dans le fait que la doctrine économique de Marx n'est pas autre chose qu'un produit de l'école de Ricardo. Elle lui emprunte tous ses éléments essentiels, en particulier aussi le principe méthodologique qui sépare la théorie de la politique et la répudiation du point de vue éthique [15]. Le système de l'économie politique classique a été mis à contribution à la fois pour défendre le capitalisme et pour le combattre, à la fois pour prêcher le socialisme et pour le condamner.

Il en est de même du système d'idées de l'économie subjectiviste moderne. Incapable de lui opposer la moindre critique raisonnable, le marxisme cherche à s'en débarrasser en le clouant au pilori comme une "économie bourgeoise." [16] Mais le seul fait que certains socialistes se placent entièrement sur le terrain de la théorie du profit limite prouve que l'économie politique subjectiviste n'est pas "une apologétique capitaliste." [17] L'évolution de l'économie politique en tant que science est un processus intellectuel tout à fait indépendant des prétendus intérêts de classe des économistes et n'a rien à voir avec l'apologie ou la condamnation d'institutions sociales déterminées. Il est toujours possible d'abuser d'une théorie scientifique pour des buts politiques et l'homme de parti n'a pas besoin de l'adapter aux fins particulières qu'il se propose [18].

Les idées du socialisme moderne ne sont pas sorties de cerveaux prolétariens. Elles sont nées chez des intellectuels, des fils de la bourgeoisie et non chez des travailleurs salariés [19]. Le socialisme ne s'est pas emparé seulement de la classe ouvrière ; il compte aussi des partisans avoués ou non parmi les possédants.

2. Science et socialisme

La pensée théorique est indépendante des désirs de celui qui pense et des fins auxquelles il aspire [20]. C'est cette indépendance qui en fait la valeur en tant que pensée. Les désirs et les fins gouvernent l'action, non la pensée pure. Si l'on estime que l'économie exerce une influence sur la pensée, on renverse l'ordre des facteurs. L'économie en tant qu'action rationnelle dépend de la pensée, non la pensée de l'économie.

Même si l'on admettait que l'intérêt de classe sociale oriente la pensée dans un sens déterminé, cela signifierait seulement que la conscience de l'intérêt de classe intervient. mais cette conscience est elle-même un produit de la pensée. Le processus de pensée, qu'il aboutisse à la reconnaissance de l'existence d'intérêts particuliers de classe ou au contraire à la conclusion qu'en définitive les intérêts de toutes les classes s'harmonisent dans la société, ce processus est en tout cas antérieur à la pensée en tant qu'elle est déterminée par la conscience de classe.

Sans doute le marxisme a-t-il déjà pris pour la pensée prolétarienne une valeur de vérité éternelle indépendante de la conscience de classe. De même que le prolétariat, tout en constituant encore une classe, doit nécessairement sauvegarder dans son action les intérêts de l'humanité tout entière et non plus déjà simplement les seuls intérêts de classe, puisque sa mission consiste à supprimer la division de la société en classes, de même on peut déjà découvrir dans la pensée prolétarienne, à la place de la relativité de la pensée déterminée par la conscience de classe, la vérité absolue qu'il est à proprement parler réservé à la science pure de la société socialiste future de développer. En d'autres termes : seul le marxisme est une science. Tout ce qui a précédé Marx n'est que la préhistoire de la science. Dans cette conception, les philosophes antérieurs à Hegel occupent à peu près la place que le christianisme assigne aux prophètes, et Hegel celle que le christianisme assigne à saint Jean-Baptiste par rapport au Sauveur. Mais depuis que Marx est apparu, il n'y a plus de vérité que chez les marxistes ; tout le reste n'est que tromperie et illusion, qu'apologétique capitaliste.

C'est une philosophie simpliste et claire, et qui devient sous la plume des successeurs de Marx encore plus simpliste et plus claire. Le socialisme marxiste s'identifie avec la science. La science n'est que l'exégèse des écrits de Marx et de Engels. On considère comme preuves des citations, des interprétations de la parole des maîtres ; on s'accuse réciproquement d'ignorer "l'Écriture." En même temps, on pratique un véritable culte du prolétariat. "Ce n'est que dans la classe ouvrière, dit déjà Engels, que survit la pure pensée théorique allemande. On ne saurait l'en extirper ; là ne jouent aucune considération de carrière, de profit, aucun souci d'obtenir la protection des grands. Au contraire, plus la science se montre brutale et objective, et plus elle s'accorde avec es intérêts et les aspirations des travailleurs." [21] "Seul le prolétariat, c'est-à-dire ses porte-parole et ses chefs," dit Tönnies, professe "une philosophie scientifique du monde dans toutes ses conséquences logiques." [22]

Pour faire apparaître sous leur jour véritable ces affirmations téméraires, il suffit de rappeler l'attitude que le socialisme a adoptée à l'égard des conquêtes scientifiques des derniers siècles. Lorsque, il y a environ un quart de siècle, quelques écrivains marxistes tentèrent de libérer la doctrine de leur parti de ses erreurs les plus grossières, ils furent l'objet d'une véritable inquisition destinée à préserver la pureté du système. L'orthodoxie l'emporta sur le révisionnisme. A l'intérieur du marxisme, il n'y a pas de place pour la pensée libre.

3. Les postulats psychologiques du socialisme

Pourquoi, peut-on se demander, la pensée du prolétariat dans la société capitaliste doit-elle nécessairement être socialiste ? Il est facile d'expliquer pourquoi la pensée socialiste ne pouvait pas se faire jour avant l'apparition de la grande exploitation dans l'industrie, le commerce et les mines. Tant qu'il fut possible de penser à un partage des biens des riches, il ne vint à l'idée de personne de chercher à donner satisfaction par un autre moyen aux aspirations de ceux qui rêvaient d'égalité des revenus. Ce ne fut que lorsque l'évolution de la coopération sociale eut créé les grandes entreprises dont l'indivisibilité était évidente que l'on s'avisa de la solution socialiste du problème de l'égalité. Mais cela explique seulement pourquoi dans la société capitaliste il est désormais impossible de parler de partage des richesses ; cela n'explique en aucune manière pourquoi, dans cette société, le socialisme doit être nécessairement la politique du prolétariat.

Il semble tout naturel à nos contemporains que la pensée et l'action du travailleur soient inspirées par le socialisme. C'est qu'ils admettent que la société socialiste est la forme de vie en société qui répond le mieux aux intérêts du prolétariat ou que tout au moins telle est la conviction de ce dernier. Nous avons suffisamment montré ce qu'il faut penser de la première hypothèse. En présence du fait incontestable que le socialisme, même s'il compte de nombreux partisans dans les autres couches de la société, est répandu surtout dans la classe ouvrière, il reste donc à rechercher pourquoi l'esprit du travailleur, en vertu de la position particulière qu'il occupe dans le processus social de la production, constitue un terrain tout préparé pour l'idéologie socialiste.

La démagogie des partis socialistes célèbre le travailleur du capitalisme moderne comme un être qui possède toutes les qualités de l'esprit et du caractère. Si l'on examinait les choses avec un esprit plus rassis et moins prévenu, on arriverait peut-être à des conclusions toutes différentes. Mais nous laisserons aux polémistes des diverses tendances politiques le soin de procéder à cette recherche sans aucun intérêt pour la connaissance des rapports sociaux en général et de la sociologie des partis en particulier. La seule question qui nous intéresse ici est de savoir de quelle façon la position que le travailleur occupe dans le processus de la production l'amène naturellement à considérer les méthodes socialistes de production non seulement comme possibles mais encore comme plus rationnelles que celles du capitalisme.

La réponse à cette question est aisée. Dans la grande et moyenne exploitation capitaliste, le travailleur ignore tout des liens spirituels qui unissent les différentes parties de la production pour en faire un ensemble économique pourvu de sens. Son horizon comme travailleur et producteur ne dépasse pas la tâche particulière qui lui incombe. Il considère que lui seul est un membre producteur de la société humaine et voit dans tous ceux qui ne sont pas comme lui attachés à la machine ou qui ne traînent pas des fardeaux, qu'il s'agisse de l'entrepreneur ou même de l'ingénieur ou du contremaître, des parasites. L'employé de banque lui-même croit qu'il est le seul à avoir une activité productive dans la banque, que les bénéfices réalisés par l'entreprise sont son oeuvre et que le directeur, qui conclu les affaires, n'est qu'un paresseux inutile qu'on pourrait sans inconvénient remplacer par un individu quelconque. En raison même de sa position; le travailleur ne peut pas apercevoir les choses dans leur ensemble et leurs véritables rapports. Il pourrait y parvenir sans doute par la réflexion et la lecture ; les éléments qui lui fournissent son activité personnelle ne le lui permettent pas. De même que, s'il s'en rapporte à son expérience quotidienne, l'homme de la rue doit croire que la terre est immobile et que le soleil se déplace chaque jour d'Est en Ouest, de même que le travailleur ne peut tirer de sa propre expérience la connaissance de la nature et du fonctionnement de l'économie.

Et c'est à cet homme qui ignore tout de l'économie que l'idéologie socialiste vient dire :

Travailleur ! Debout ! Debout !
Reconnais ta force.
Toutes les machines s'immobilisent
Si ton bras puissant le veut. (Herwegh.)

Peut-on s'étonner que, grisé par sa propre puissance, le travailleur réponde à cet appel ? Le socialisme est l'expression du principe de force qui correspond à l'âme du travailleur comme l'impérialisme est celle qui correspond à l'âme du soldat et du fonctionnaire.

Ce n'est pas parce que le socialisme est réellement conforme à leurs intérêts que les masses, vont au socialisme, c'est parce qu'elles croient qu'il en est ainsi.

Notes

[1] Cf. Feuerbach, Vorläufige Thesen zur Reform der Philosophie, 1842, (OEuvres complètes, t. II, Stuttgart, 1904, p. 239).

[2] Cf. Feuerbach, Die Naturwissenschaft und die Revolution, 1850, (T. X, Stuttgart, 1911, p. 22).

[3] Cf. Vogt, Kohlerglaube und Wissenschaft, 2e éd., Giessen, 1855, pp. 32.

[4] Max Adler, qui s'efforce de concilier le marxisme avec le néo-criticisme, tente vainement de démontrer que le marxisme n'a rien de commun avec la philosophie matérialiste (cf. en particulier Marxistlische Probleme, Stuttgart, 1913, pp. 60 sqq, 216 sqq.) ; ce faisant il s'oppose violemment à d'autres marxistes (par exemple à Plechanow, Grundprobleme des Marxismus, Stuttgart, 1910).

[5] Cf. Marx, Das Kapital, t. I, p. 354, remarque. Mais entre Descartes et Haller il y a eu de la Mettrie et son homme-machine et Marx a malheureusement omis de donner une interprétation génétique de sa philosophie.

[6] Cf. Marx, Zur Kritik der politischen Ökonomie, p. xi.

[7] Cf. Marx et Engels, Das kommunistische Manifest, p. 27.

[8] Cf. Marx, Das Elend der Philosophie, p. 91. Voir également ci-dessus, p. 347.

[9] Cf. Marx, Das Kapital, t. I, p. 336.

[10] Ibid.

[11] Cf. Marx, Zur Kritik der politischen Ökonomie, p. 62. — Barth (o.c., t. I, pp. 658 sqq) estime avec juste raison que la comparaison entre les privilèges que la noblesse tient de la naissance avec les idées prétendues innées peut tout au plus être considérée comme un jeu de mots. Mais la première partie de l'exposé que fait Marx de la doctrine de Locke ne vaut pas mieux que la seconde.

[12] Cf. Mehring, Die Lessing-Legende, 3e éd., Stuttgart, 1909, p. 422.

[13] Ibid., p. 423.

[14] Cf. Held, Zwei Bücher zur sozialen Geschichte Englands, Leipzig, 1881, pp. 176, 183.

[15] Cf. Schumpeter, Epochen der Dogmen-und Methodengeschichte ("Grundriss der Sozialökonomik", Section I, Tübingen, 1914, pp. 81 sqq).

[16] Cf. Hilferding, Böhm-Bawerks Marx-Kritik, Vienne, 1904, pp. 1, 61. — Pour le marxiste catholique Hohoff (Warenwert und Kapitalprofit, Paderborn, 1902, p. 57), Böhm-Bawerk est "un économiste populaire, doué sans doute, mais qui n'a pas su s'élever au-dessus des préjugés capitalistes dans lesquels il avait été élevé." Cf. Mises, Grundprobleme der Nationalökonomie, Iéna, 1933, pp. 170 sqq.

[17] Cf. par exemple Bernard Shaw, Fabian Essays (1889, pp. 16 sqq). De même, dans la théorie de la sociologie et de la politique, le droit naturel et la théorie des contrats ont servi à la fois à défendre et à combattre l'absolutisme.

[18] Si l'on prétend faire un mérite au matérialisme historique d'avoir insisté avec force sur la dépendance des rapports sociaux à l'égard des conditions naturelles de la vie et de la production, il faut prendre garde que ce mérite n'existe réellement que par opposition aux excès de la philosophie de l'histoire d'inspiration hégélienne. La philosophie libérale de la société et de l'histoire était déjà parvenue à un stade plus avancé depuis la fin du XVIIIe siècle (et cela même en Allemagne, cf. Below, Die deutsche Geschichtsschreibung von den Befreigungskriegen bis zu unseren Tagen, Leipzig, 1916, pp. 124 sqq.)

[19] Sombart dit des principaux représentants du syndicalisme français et italien (Sozialismus und soziale Bewegung, 7e édit., Iéna, 1919, p. 110) : "Ce sont dans la mesure où je les connais personnellement, des gens aimables, fins et cultivés ; des hommes de bonne éducation qui portent du linge propre, ont de bonnes manières et des femmes élégantes, que l'on fréquente aussi volontiers que ses semblables et dont on ne soupçonnerait aucunement à les voir qu'ils représentent un politique hostile avant tout à l'embourgeoisement du socialisme et qui veut aider la véritable classe ouvrière aux mains calleuses à conquérir ses droits." Et de Man dit (O.c., pp. 16 sqq) de même : "Si l'on voulait appliquer jusqu'au bout la façon de s'exprimer des marxistes, si grosse d'erreurs, qui fait dépendre toute l'idéologie sociale de l'appartenance à une certaine classe, alors il faudrait dire que le socialisme en tant que doctrine, sans en excepter le marxisme, est d'origine bourgeoise."

[20] Le désir, dit-on, est le père de la pensée. Mais cette formule signifie en réalité : le désir est le père de toute croyance.

[21] Cf. Engels, Ludwig Feuerbach und der Ausgang der klassischen deutschen Philosophie, p. 58.

[22] Tönnies, Der Nietzsche-Kultus, Leipzig, 1937, p. 6.