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	<title>Librairal - Contributions [fr]</title>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_III_-_Chapitre_XI&amp;diff=2212</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre XI</title>
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		<updated>2008-07-04T21:45:27Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;__NOTOC__&lt;br /&gt;
__NOEDITSECTION__&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre X|Des différentes manières d&#039;asseoir l&#039;impôt, et sur quelles classes de contribuables portent les divers impôts]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Troisième&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XI - De la dette publique}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
==== I. Des emprunts des gouvernements, et de leurs effets généraux. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a cette grande différence entre les particuliers qui empruntent et les gouvernements qui empruntent, que le plus souvent les premiers cherchent à se procurer des fonds pour les faire valoir, pour les employer d&#039;une manière productive ; tandis que les seconds n&#039;empruntent ordinairement que pour dissiper sans retour le fonds qu&#039;on leur a prêté. C&#039;est afin de pourvoir à des besoins imprévus, et de repousser des périls imminents, qu&#039;on fait des emprunts publics ; on accomplit, ou bien l&#039;on n&#039;accomplit pas son dessein ; mais, dans tous les cas, la somme empruntée est une valeur consommée et perdue, et le revenu public se trouve grevé des intérêts de ce capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Melon dit que les dettes d&#039;un État sont des dettes de la main droite à la main gauche, dont le corps ne se trouve pas affaibli. Il se trompe : l&#039;État se trouve affaibli en ce que le capital prêté au gouvernement, ayant été détruit par la consommation que le gouvernement en a faite, ne donnera plus à personne le profit, ou, si l&#039;on veut, l&#039;intérêt qu&#039;il pouvait rapporter en sa qualité de fonds productif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec quoi l&#039;État paie-t-il donc l&#039;intérêt de sa dette ? Avec la portion d&#039;un autre revenu qu&#039;il transporte d&#039;un contribuable au rentier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux fonds productifs, deux revenus résultant de ces fonds, existaient avant l&#039;emprunt ; à savoir, le capital du prêteur, et le fonds quelconque d&#039;où le contribuable tirait la portion du revenu qu&#039;on va lui demander. Après l&#039;emprunt, de ces deux fonds il ne reste qu&#039;un, celui du contribuable, dont il ne peut plus employer le revenu à son usage, puisque le gouvernement est obligé de le lui demander sous la forme d&#039;un impôt pour satisfaire le rentier. Le rentier n&#039;y perd aucune portion de revenu, c&#039;est le contribuable qui la perd.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien des gens, parce qu&#039;ils ne voient point de perte de numéraire à la suite des emprunts publics, n&#039;y voient point de perte de valeur, et s&#039;imaginent qu&#039;il en résulte seulement un déplacement de richesse. Afin de rendre leur erreur encore plus sensible, je place ici un tableau qui montre synoptiquement ce que devient le fonds prêté, et d&#039;où vient la rente payée dans les emprunts publics.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un gouvernement qui emprunte, promet ou ne promet pas le remboursement du principal ; dans ce dernier cas, il se reconnaît débiteur envers le prêteur d&#039;une rente qu&#039;on nomme &#039;&#039;perpétuelle&#039;&#039;. Quant aux emprunts remboursables, ils ont été variés à l&#039;infini.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois on a promis le remboursement par la voie du sort, sous la forme de lots, ou bien on a payé chaque année, avec la rente, une portion du principal, ou bien on a donné un intérêt plus fort que le taux courant, à condition que la rente serait éteinte par la mort du prêteur, comme dans les rentes viagères et les tontines. Dans les rentes viagères, la rente de chaque prêteur s&#039;éteint avec sa vie ; dans les tontines, elle se répartit entre les prêteurs qui survivent, de manière que le dernier survivant jouit de la rente de tous les prêteurs avec lesquels il a été associé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rentes viagères et les tontines sont des emprunts très onéreux pour l&#039;emprunteur, qui paie jusqu&#039;à la fin le même intérêt, quoiqu&#039;il se libère chaque année d&#039;une portion du principal ; elles sont, de plus, immorales : c&#039;est le placement des égoïstes : elles favorisent la dissipation des capitaux, en fournissant au prêteur un moyen de manger son fonds avec son revenu, sans risquer de mourir de faim.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements qui ont le mieux entendu la matière de l&#039;emprunt et de l&#039;impôt, n&#039;ont fait, du moins dans les derniers temps, aucun emprunt remboursable. Les créanciers de l&#039;État, quand ils veulent changer de placement, n&#039;ont d&#039;autre moyen que de vendre le titre de leur créance ; ce qu&#039;ils font plus au moins avantageusement, selon l&#039;idée que l&#039;acheteur a de la solidité du gouvernement débiteur de la rente. De tels emprunts ont toujours été fort difficiles à faire pour les princes despotiques. Quand le pouvoir d&#039;un prince est assez étendu pour qu&#039;il puisse violer ses engagements sans beaucoup de difficultés, quand c&#039;est le prince qui contracte personnellement, et qu&#039;on peut craindre que ses obligations ne soient pas reconnues par son successeur, les prêteurs répugnent à toute avance de fonds, à moins qu&#039;elle n&#039;ait un terme où leur imagination se repose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les créations d&#039;offices où le titulaire est obligé de fournir une finance, ou un cautionnement dont le gouvernement lui paie un intérêt, sont des espèces d&#039;emprunts perpétuels ; mais ils sont forcés. Une fois qu&#039;on a tâté de cette ressource, quelque peu ridicule, on réduit en offices privilégiés, sous des prétextes très plausibles, presque toutes les professions, jusqu&#039;à celles de charbonnier et de crocheteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les anticipations sont une autre espèce d&#039;emprunt. Par anticipations, on entend la vente que fait un gouvernement, moyennant un sacrifice, de revenus qui ne sont pas encore exigibles ; des traitants en font l&#039;avance, et retiennent un intérêt proportionné aux risques que la nature du gouvernement ou l&#039;incertitude de ses ressources leur font courir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les engagements que le gouvernement contracte de cette manière, et qui sont acquittés, soit par les receveurs des contributions, soit par de nouveaux billets fournis par le trésor public, forment ce qu&#039;on nomme d&#039;après une expression anglaise un peu barbare, la &#039;&#039;dette flottante&#039;&#039;. Quant à la &#039;&#039;dette consolidée&#039;&#039;, c&#039;est cette partie dont la rente seule est reconnue par la législature, et dont le fonds n&#039;est pas exigible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute espèce d&#039;emprunt public a l&#039;inconvénient d&#039;enlever aux usages productifs des capitaux, ou des portions de capitaux, pour les dévouer à la consommation ; et de plus, quand ils ont lieu dans un pays dont le gouvernement inspire peu de confiance, ils ont l&#039;inconvénient de faire monter l&#039;intérêt des capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;agriculture, les fabriques et le commerce trouvent plus difficilement des capitaux à emprunter, lorsque l&#039;État offre constamment un placement facile et souvent un intérêt élevé. Pour obtenir la préférence sur un concurrent si redoutable, l&#039;industrie est obligée à des frais de production plus considérables, qui diminuent la consommation en renchérissant les profits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand avantage qui résulte pour une nation de la faculté d&#039;emprunter, c&#039;est de pouvoir répartir sur un grand nombre d&#039;années, les charges que réclament les besoins d&#039;un moment. Les gouvernements élèvent en général leurs dépenses ordinaires au niveau des contributions qu&#039;on peut tirer des peuples ; et ils sont obligés d&#039;avoir recours à la ressource extraordinaire des emprunts, pour subvenir aux dépenses extraordinaires de la guerre. L&#039;emprunt met à leur disposition un capital à dépenser chaque année, sans les obliger à demander au contribuable au-delà de l&#039;intérêt de ce même capital. Ils repoussent sur l&#039;avenir une partie des exigences du présent ; ce qui les a rendus un peu faciles à reconnaître ces exigences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu&#039;à l&#039;impôt, on a voulu trouver à l&#039;emprunt, indépendamment des ressources qu&#039;il présente pour satisfaire aux besoins de l&#039;État, des avantages provenant de sa nature ; on a dit que les contrats ou les titres de créance qui composent la dette publique, deviennent dans l&#039;État de véritables valeurs, et que les capitaux représentés par ces contrats, sont autant de richesses réelles qui prennent rang dans les fortunes. C&#039;est une erreur : un contrat n&#039;est que le titre qui atteste que telle propriété appartient à tel homme. C&#039;est la propriété qui est la richesse, et non le parchemin qui en constate le possesseur. À plus forte raison, un titre n&#039;est pas richesse lorsqu&#039;il ne représente pas une valeur réelle et existante, et qu&#039;il n&#039;est autre chose qu&#039;une délégation fournie par le gouvernement au prêteur, afin que celui-ci puisse, chaque année, prendre part aux revenus encore à naître entre les mains d&#039;un contribuable. Si le titre venait à être anéanti (comme il l&#039;est par une banqueroute), y a-t-il une richesse de moins dans la société ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nullement : le contribuable dispose alors de cette portion de son revenu, qui aurait passé au rentier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a représenté l&#039;achat et la vente des titres de créances sur le gouvernement, comme un mouvement de fonds, une circulation favorable à la société. Une circulation n&#039;a rien de favorable par elle-même : c&#039;est le mouvement d&#039;une meule qui tourne à vide. Elle n&#039;est utile que lorsqu&#039;elle est accompagnée d&#039;effets utiles ; comme dans le cas où des matières premières passent entre les mains de l&#039;industrie pour y recevoir une valeur nouvelle, ou bien lorsqu&#039;un consommateur, en achetant un produit, replace entre les mains des producteurs un capital que ces derniers font travailler utilement. Mais dans la vente des fonds publics, si le capital de celui qui vend est libéré, le capital de celui qui achète est engagé à sa place. Ce n&#039;est autre chose que la substitution d&#039;un créancier de l&#039;État à un autre, et la répétition d&#039;une opération semblable ne fait que multiplier les frais dont chacune d&#039;elles est accompagnée. Quant aux gains qui proviennent des variations du cours, ils sont toujours fondés sur une perte équivalente supportée par d&#039;autres personnes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mal est bien plus grand lorsque l&#039;achat et la vente des fonds publics, devenus fictifs par des marchés à terme, ne sont plus qu&#039;un jeu où le gain n&#039;est que la dépouille des joueurs malheureux ou peut-être moins bien informés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a dit qu&#039;une dette publique attachait au sort du gouvernement tous les créanciers de l&#039;État, et que ceux-ci, associés à sa bonne comme à sa mauvaise fortune, devenaient ses appuis naturels. C&#039;est très vrai. Mais ce moyen de conservation, s&#039;appliquant à un mauvais ordre de choses comme à un bon, est précisément aussi dangereux pour une nation qu&#039;il peut lui être utile. Voyez l&#039;Angleterre, où cette raison, dans bien des cas, a contraint une foule de gens très honnêtes à soutenir une administration très perverse, et un régime rempli d&#039;abus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a dit que la dette publique fixait l&#039;état de l&#039;opinion sur la confiance que mérite le gouvernement, et que dès-lors le gouvernement, jaloux de maintenir un crédit dont elle montre le degré, était plus intéressé à &#039;&#039;se bien conduire&#039;&#039;. Il convient de faire ici une distinction. &#039;&#039;Se bien conduire&#039;&#039; pour les créanciers de l&#039;État, c&#039;est payer exactement les arrérages de la dette ; &#039;&#039;se bien conduire&#039;&#039; pour le contribuable, c&#039;est dépenser peu. Le prix courant des rentes offre à la vérité un gage de la première manière de se bien conduire, mais nullement de la seconde. Il ne serait peut-être pas même extravagant de dire que l&#039;exact paiement de la dette, loin d&#039;être une garantie de bonne administration, y supplée en beaucoup de cas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a dit en faveur de la dette publique qu&#039;elle offrait aux capitalistes qui ne trouvent point d&#039;emploi avantageux de leurs fonds, un placement qui les empêche de les envoyer au dehors. Tant pis. C&#039;est une amorce qui attire les capitaux vers leur destruction, et grève la nation de l&#039;intérêt que le gouvernement en paie : il vaudrait bien mieux que ce capital eût été prêté à l&#039;étranger ; il en reviendrait tôt ou tard, et, en attendant, ce serait l&#039;étranger qui paierait les intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des emprunts publics modérés, et dont les capitaux seraient employés par le gouvernement en établissements utiles, auraient cet avantage d&#039;offrir un emploi à de petits capitaux situés entre des mains peu industrieuses et qui, sinon ne leur ouvrait pas ce facile placement, languiraient dans des coffres, ou se dépenseraient en détail. C&#039;est peut-être sous ce seul point de vue que les emprunts publics peuvent produire quelque bien ; mais ce bien même est un danger, s&#039;il est pour les gouvernements une occasion de dissiper les épargnes des nations. Car à moins que le principal n&#039;ait été dépensé d&#039;une manière constamment utile au public, comme en routes, en facilités pour la navigation, etc., il valait mieux pour le public que ce capital restât enfoui : alors du moins si le public perdait pour un temps l&#039;usage du fonds, il n&#039;en payait pas les intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, il peut être expédient d&#039;emprunter lorsqu&#039;on n&#039;a, comme les gouvernements, qu&#039;un usufruit à dépenser, et que l&#039;on est forcé de dépenser un capital ; mais qu&#039;on ne s&#039;imagine pas travailler à la prospérité publique en empruntant. Quiconque emprunte, particulier ou prince, grève son revenu d&#039;une rente et s&#039;appauvrit de toute la valeur du principal s&#039;il le consomme ; or, c&#039;est ce que font presque toujours les nations qui empruntent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== II. Du crédit public, de ce qui le fonde, de ce qui l&#039;altère. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crédit public est la confiance qu&#039;on accorde aux engagements contractés par le gouvernement. L&#039;État emprunte à des conditions d&#039;autant meilleures que cette confiance est plus entière ; on peut présumer dès-lors que les contribuables sont d&#039;autant moins chargés d&#039;impôts, que le gouvernement a plus de crédit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On verra tout à l&#039;heure jusqu&#039;à quel point cette présomption est justifiée par l&#039;expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crédit de tous les gouvernements a été fort peu stable jusque vers la fin du dix-huitième siècle. Les monarques absolus, ou à peu près absolus, inspiraient peu de confiance : leurs recettes et leurs dépenses étant tenues secrètes, le public ne pouvait juger ni la nature de leurs embarras, ni l&#039;étendue de leurs ressources. Là où la volonté d&#039;un seul fait la loi, les prêteurs n&#039;ont d&#039;autre gage de la solidité des promesses, que la bonne volonté du prince ou du ministre en crédit ; l&#039;avènement d&#039;un nouveau prince, ou seulement d&#039;un autre ministre, peut anéantir les promesses les plus solennelles. Pour suppléer au crédit, on offrait différentes amorces aux prêteurs : tantôt c&#039;était l&#039;appât des gros intérêts des rentes viagères et des tontines, tantôt celui des annuités, des primes, des lots ajoutés à l&#039;intérêt stipulé. En Angleterre même, au milieu des brillantes victoires de Marlborough, les billets de l&#039;échiquier perdaient jusqu&#039;à quarante pour cent. La reine Anne emprunta neuf millions sterling, auxquels on attacha des lots qui ne montèrent pas à moins de 2723918 livres sterling, indépendamment des intérêts. Le crédit de l&#039;Angleterre d&#039;abord, et de plusieurs autres États, s&#039;est affermi depuis ; ce qu&#039;il faut attribuer principalement à l&#039;exactitude scrupuleuse avec laquelle ils ont acquitté les intérêts de leur dette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À considérer les ressources d&#039;un gouvernement, il mérite plus de confiance qu&#039;un particulier. Les revenus d&#039;un particulier peuvent lui manquer tout à coup, ou du moins en si grande partie, qu&#039;il demeure hors d&#039;état d&#039;acquitter ses engagements. Des faillites nombreuses dans le commerce, des événements majeurs, des fléaux, des procès, des injustices, peuvent ruiner un particulier, tandis que les revenus d&#039;un gouvernement se fondent sur des tributs imposés à un si grand nombre de contribuables, que les malheurs particuliers de ceux-ci ne peuvent compromettre qu&#039;une faible portion du revenu public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui favorise singulièrement les emprunts que font les gouvernements, est bien moins la confiance qu&#039;ils méritent ou qu&#039;on leur accorde, que quelques autres circonstances accessoires qui sont dignes de toute l&#039;attention des publicistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fonds publics sont un placement plus connu, plus accessible qu&#039;aucun autre. Tout le monde est admis à y porter ses épargnes. Nul placement n&#039;exige moins de formalités, moins de précautions, moins de capacité dans le prêteur, et ne l&#039;expose moins aux chicanes de la mauvaise foi. On en fait usage sans être obligé de mettre le public dans sa confidence, et sans autres frais que le paiement d&#039;un courtage. On a de plus investi les placements dans les fonds publics, de tous les privilèges que peut conférer l&#039;autorité souveraine. Pendant que le génie de la fiscalité exploite avec avidité les sources de presque tous les revenus, celle-ci a été mise à l&#039;abri de ses atteintes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nulle contribution n&#039;est assise sur les rentes payées par l&#039;État. Leur transmission a été affranchie des droits, aussi bien que des formalités qui accompagnent toute autre transmission. Ce fonds, aussi bien que ses intérêts, ont été déclarés insaisissables ; tellement qu&#039;un créancier de l&#039;État, criblé de dettes, peut tranquillement consommer ses revenus en bravant ses créanciers. S&#039;il conçoit quelques inquiétudes sur la solvabilité du trésor, s&#039;il arrive qu&#039;il ait besoin de ses fonds, si quelque autre emploi les appelle, il lui suffit de vingt-quatre heures pour les réaliser ; il peut le faire obscurément ; la possibilité de vendre, lui fait regarder comme nul le danger de garder.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant tous ces privilèges, et ces moyens accessoires d&#039;attirer les accumulations des particuliers dans le gouffre des dépenses publiques, se sont trouvés insuffisants dans beaucoup de cas. Il n&#039;est personne qui ne sente que les gouvernements sont des débiteurs trop puissants pour n&#039;être pas toujours un peu dangereux. Dans les conventions conclues entre eux et les particuliers, ils sont nécessairement juges en même temps que parties : comme dépositaires du pouvoir de faire des lois, ils peuvent déterminer l&#039;époque et la manière dont, en leur qualité de débiteurs, ils devront s&#039;acquitter ; le recours aux tribunaux est insuffisant contre eux, puisque les tribunaux sont les organes de l&#039;autorité et les exécuteurs de la règle qu&#039;il lui plaît d&#039;établir ; enfin nulle contrainte ne peut être exercée contre le gouvernement, et, en dépit de sa bonne volonté, les tempêtes de la politique peuvent le mettre hors d&#039;état de s&#039;acquitter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces considérations expliquent pourquoi, malgré tous les moyens employés pour soutenir leur crédit, ou plutôt pour y suppléer, ils ne trouvent pas en général des fonds à des conditions aussi avantageuses que de solides hypothèques ou une maison de commerce du premier rang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs États auraient même été dans l&#039;heureuse impossibilité de dépenser leurs revenus par anticipation, si l&#039;Angleterre ne leur avait fourni un moyen d&#039;emprunter qui l&#039;emporte en puissance sur tous les autres. Je veux parler du mode usité maintenant partout, de négocier les emprunts par souscription à des compagnies de traitants qui achètent les rentes de l&#039;État &#039;&#039;en gros&#039;&#039; pour les revendre en détail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement qui veut recevoir un principal et qui ne peut le payer qu&#039;en donnant une rente annuelle, met en vente la promesse de cette rente que nous supposerons ici de 5 F, et la cède, entre les différentes compagnies de prêteurs, à celle qui, pour l&#039;obtenir, lui offre le plus gros capital. Jusque-là, et en supposant que l&#039;emprunt soit suffisamment justifié par des besoins véritables, cette marche n&#039;a rien que de conforme aux intérêts du public ; car, plus la rente de 5 F est payée chèrement, et moins l&#039;État a de semblables rentes à fournir pour obtenir le capital dont il a besoin. Mais, dans l&#039;exécution, cette opération devient plus compliquée et plus fâcheuse. Afin d&#039;assurer le titre du prêteur, et pour déguiser en même temps le taux de l&#039;intérêt, le gouvernement consent à supposer que le prêteur a versé dans ses caisses une somme de 100 F et qu&#039;il lui en paie l&#039;intérêt à 5 pour cent, quoique la compagnie financière qui s&#039;est chargée de l&#039;emprunt, n&#039;ait payé cette même rente de 5 F que 89 F, 72 F, 60 F et même moins ; de sorte que dans ce dernier cas, par exemple, l&#039;État se reconnaît débiteur pour chaque rente de 5 F, outre la somme de 60 F qu&#039;il a reçue, d&#039;une somme imaginaire de 40 F qu&#039;il n&#039;a pas reçue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On comprend que par ce moyen, l&#039;intérêt pouvant être porté aussi haut qu&#039;on le veut sans être stipulé, un gouvernement peut emprunter, quel que soit le crédit dont il jouit. S&#039;il en a peu, l&#039;intérêt peut être à un taux tel que la portion d&#039;intérêt qui représente la prime d&#039;assurance offerte au prêteur, couvre son risque, quoique fort grand ; et qu&#039;un gouvernement qui reçoit peu de capital pour chaque rente de 5 fr qu&#039;il donne, peut néanmoins toucher la somme qu&#039;il désire, en multipliant les rentes d&#039;autant plus qu&#039;il les vend moins cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le siècle dernier, les gouvernements ne pouvaient guère trouver de prêteurs que parmi leurs sujets, ou tout au plus parmi les capitalistes qui avaient avec leurs sujets de fréquentes relations. Par l&#039;intermédiaire des compagnies financières, ils en ont trouvé chez toutes les nations commerçantes du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces compagnies ont des correspondants et même des associés dans toutes les grandes villes de l&#039;Europe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacune des maisons correspondantes, par la connaissance qu&#039;elle a des capitalistes qui se trouvent dans sa résidence et parmi ses relations, peut estimer par aperçu la somme de rentes qui pourront être placées à Londres, à Vienne, à Francfort, à Amsterdam, à Hambourg, etc. Le taux auquel la compagnie consent à se charger d&#039;un emprunt, est toujours inférieur à celui auquel se vendent les rentes analogues dans ces différentes villes, qui deviennent des marchés toujours ouverts pour les emprunts que font les différents gouvernements de l&#039;Europe et de l&#039;Amérique. Les gouvernements ne sont plus obligés de solliciter et de mériter la confiance du public ; cela devient l&#039;affaire des traitants, et les moyens qu&#039;ils mettent en œuvre dans ce but, leur réussissent d&#039;autant mieux qu&#039;ils font eux-mêmes partie des nations, et mettent dans ces sortes de spéculations l&#039;intelligence et l&#039;activité qui président ordinairement aux affaires privées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que les capitaux amassés par l&#039;industrie et l&#039;économie des particuliers dans tous les coins du monde, sont pompés par les traitants et livrés aux puissances ; c&#039;est ainsi que des puissances qui n&#039;avaient aucun crédit, ont pu cependant emprunter à des conditions que n&#039;obtiennent pas toujours les particuliers les plus solvables : le roi de Naples à 94, en reconnaissant au prêteur un capital de 100 ; la Russie à 951 sur 2 ; l&#039;Autriche à 96 ; la Prusse à 991 sur 2.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut bien, dira-t-on, que l&#039;État ait du crédit pour résister à une agression injuste, pour affermir son indépendance. -  Ce serait fort désirable assurément ; mais c&#039;est précisément dans les occasions où les États ont besoin d&#039;affermir leur indépendance ou d&#039;asseoir leurs institutions, qu&#039;ils peuvent le moins compter sur les traitants. Dans les querelles qu&#039;on suscite aux nations, la cause la plus juste est, en général, la plus faible. Quiconque n&#039;a pas pour soi la force est obligé d&#039;avoir la raison. Ce n&#039;est point cette cause qui sourit aux hommes uniquement animés d&#039;intérêts pécuniaires ; ils se rangent du parti qui paie le mieux ; or, c&#039;est celui qui dispose des forces matérielles de la société. Ils n&#039;examinent point si un gouvernement respecte ou non les droits de l&#039;humanité, s&#039;il agit dans un sens opposé aux lumières acquises, s&#039;il cherche à replonger les nations dans l&#039;ignorance, la superstition et les désordres qui signalent, sans exception, les siècles précédents ; mais ils examinent si ce gouvernement a des législateurs complaisants pour donner un vernis légitime à l&#039;impôt, et des soldats bien disciplinés pour le faire payer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1776, l&#039;Angleterre trouvait des secours pour l&#039;aider à soutenir ses injustes prétentions contre les États-Unis, et les États-Unis n&#039;en trouvaient point pour défendre leur indépendance. En 1792, les puissances coalisées trouvaient de l&#039;argent pour dicter des lois à la France ; et la France, poussée au désespoir, n&#039;aurait pas conservé son indépendance sans les mesures violentes dont elle a eu tant à gémir plus récemment on a trouvé des millions pour plonger dans la dégradation les compatriotes du Cid ; et la partie mitoyenne, vertueuse et éclairée de ce peuple, a été livrée en proie à la partie fanatique et barbare.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;abus qu&#039;on a fait du crédit, ou plutôt des moyens qui suppléent a crédit, a conduit le véritable publiciste, celui qui s&#039;occupe des intérêts du public, à se demander à quoi tout cet appareil si vanté pouvait être bon. Il a jeté les yeux sur l&#039;Angleterre, et il a vu une nation tellement obérée par les intérêts de sa dette, et les objets de la consommation tellement renchéris par les impôts, que le travail chez elle ne suffit plus à la classe indigente pour la faire subsister ; et qu&#039;au sein de la plus admirable industrie et de l&#039;activité la plus soutenue, la plupart des citoyens y sont constamment en butte aux plus cruelles privations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Beaucoup de personnes respectables, mais trop peu accoutumées à suivre les faits jusque dans leurs dernières conséquences, vantent avec enthousiasme la puissance du crédit public ; des négociants qui ont voué par état une sorte de culte à la fidélité scrupuleuse que l&#039;on doit mettre à payer ses dettes, ne s&#039;aperçoivent pas que, pour les gouvernements, il est une vertu plus haute : c&#039;est de n&#039;en pas contracter.  Il est impossible aux gouvernements de ne pas rejeter le fardeau de leurs dettes sur le peuple, et ils doivent toujours craindre que le peuple ne se lasse de supporter des charges qui ne sont pas accompagnées d&#039;avantages proportionnés. Si nous, génération présente, avons, du moins par notre silence, consenti à grever les revenus de nos neveux, nos neveux ne jugeront-ils pas convenable de secouer ce fardeau, s&#039;ils viennent à s&#039;apercevoir qu&#039;il n&#039;a servi en rien à leur bonheur, ni à leur gloire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avenir peut se croire fondé à demander des comptes au présent. Les représentants futurs d&#039;une nation reprocheront peut-être à leurs prédécesseurs de ne l&#039;avoir pas bien représentée. Combien d&#039;emprunts ne pourront-ils pas imputer à des votes corrompus, à une fausse politique, un orgueil national mal entendu, à des systèmes surannés ? Enfin, nos neveux peuvent se trouver dans des circonstances fâcheuses, et ne prendre conseil que de leurs embarras et de leur pouvoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a cru prévenir ces extrémités par des caisses d&#039;amortissement. Elles offriraient un moyen d&#039;éteindre et de rembourser les emprunts non remboursables, si l&#039;on respectait invariablement l&#039;objet de leur institution. Voici ce qu&#039;il y a de fondamental dans leurs opérations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;État emprunte cent millions à cinq pour cent, il faut qu&#039;il se procure toutes les années une portion du revenu national égale à cinq millions pour acquitter les intérêts de cet emprunt. Il établit ordinairement un impôt dont le produit s&#039;élève à cette somme chaque année.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;État porte l&#039;impôt à une somme un peu plus forte, à celle de 5 millions 462400 francs, par exemple ; s&#039;il charge une caisse particulière d&#039;employer les 462400 francs d&#039;excédant, à racheter chaque année, sur la place, une somme pareille de ses engagements ; si cette caisse emploie au rachat, non-seulement le fonds annuel qui lui est affecté, mais de plus les arrérages des rentes dont elle a racheté le titre, au bout de cinquante ans elle aura racheté le principal tout entier de l&#039;emprunt de cent millions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l&#039;opération qu&#039;exécute une caisse d&#039;amortissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;effet qui en résulte est dû à la puissance de l&#039;intérêt composé, c&#039;est-à-dire, d&#039;un intérêt qu&#039;on accumule chaque année pour l&#039;ajouter à son principal, et qui lui-même porte ainsi intérêt pour toutes les années suivantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit que, moyennant un sacrifice annuel égal, tout au plus, au dixième de l&#039;intérêt, on peut, avant cinquante années, racheter une rente de cinq pour cent. Cependant, comme la vente des contrats de rente est libre, si les possesseurs des contrats ne veulent pas s&#039;en dessaisir au pair, c&#039;est-à-dire, sur le pied de vingt fois la rente, alors le rachat est un peu plus long ; mais cette difficulté même est un signe du bon état du crédit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si au contraire le crédit chancelle, et que pour la même somme on puisse racheter une plus forte somme de contras, alors l&#039;amortissement peut avoir lieu à un terme plus rapproché. De façon que plus le crédit décline, et plus une caisse d&#039;amortissement a de ressources pour le remonter, et que les ressources qu&#039;elle offre ne s&#039;affaiblissent qu&#039;autant que le crédit public a moins besoin de son secours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l&#039;aide d&#039;une semblable caisse, un gouvernement peut soutenir le prix des effets publics, et par conséquent emprunter à de meilleures conditions. C&#039;est sans doute ce qui a fait dire à Smith, que les caisses d&#039;amortissement, qui avaient été imaginées pour la réduction de la dette, ont été favorables à son accroissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut ajouter que les intérêts payés par le trésor, et mis en réserve par la caisse, sont un appât qui provoque de nouvelles dépenses pour lesquelles on n&#039;ose avoir recours à de nouveaux emprunts. Les fonds des caisses d&#039;amortissement d&#039;Angleterre et de France ont été, par diverses lois, détournés de cette manière, de l&#039;emploi auquel ils avaient été destinés, et la nation a perdu ainsi le fruit du sacrifice supplémentaire qu&#039;on lui avait demandé en empruntant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en supposant même que le fonds d&#039;amortissement pût être religieusement respecté, en supposant des législatures parfaitement indépendantes et capables d&#039;opposer, à toutes les époques, une résistance inébranlable aux propositions des ministres, une caisse d&#039;amortissement est une institution qui entraîne des frais, des abus, et qui ne rend effectivement aucun service quand l&#039;État est bien administré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour un État, comme pour un particulier, il n&#039;y a pas deux moyens de s&#039;affranchir de ses dettes. Cet unique moyen est d&#039;y consacrer l&#039;excédant de ses revenus sur ses dépenses. Les dépenses atteignent-elles le revenu ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dette n&#039;est pas diminuée, quoi qu&#039;on fasse ; elle est même augmentée s&#039;il y a un excédant du côté de la dépense. Les revenus excèdent-ils la dépense ? Le procédé le plus expéditif et le moins coûteux, est d&#039;employer immédiatement cet excédant au rachat d&#039;une partie des obligations de l&#039;État. La manœuvre des intérêts composés n&#039;est qu&#039;un pur charlatanisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l&#039;État est assez heureux pour avoir cette année un excédant de vingt millions sur ses recettes, et qu&#039;il rachète en conséquence un million de ses rentes, n&#039;a-t-il pas ce million à payer de moins l&#039;année prochaine ? Et si ses recettes et ses dépenses sont encore dans la même situation, son excédant de l&#039;année prochaine ne sera-t-il pas de vingt un millions, qui rachèteront un million et cinquante mille francs ? N&#039;est-ce pas là tout l&#039;effet qu&#039;on peut attendre de l&#039;intérêt composé ?  On voit que le point essentiel pour éteindre une dette, c&#039;est, tout bonnement, de réduire les dépenses et d&#039;y employer les recettes excédantes. Pendant toutes les années de la guerre que l&#039;Angleterre a fait à la révolution française, et même quelques années après, l&#039;Angleterre a constamment emprunté des sommes beaucoup plus considérables que celles qui étaient rachetées par sa caisse d&#039;amortissement. Il aurait mieux valu pour elle qu&#039;elle eût employé à ses dépenses les impôts additionnels qu&#039;elle avait établis au profit de son amortissement, et qu&#039;elle eût emprunté de moins le montant de ces charges additionnelles. C&#039;est maintenant une vérité dont on convient en Angleterre, et sur laquelle on peut appeler en témoignage deux économistes célèbres de notre époque. Robert Hamilton, à qui nous devons le meilleur ouvrage qu&#039;on ait fait sur la dette publique, prononce qu&#039;on n&#039;a retiré de la caisse d&#039;amortissement qu&#039;un avantage fictif et illusoire ; et David Ricardo déclare qu&#039;elle n&#039;a été caisse d&#039;amortissement que de nom.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a maintes fois proposé d&#039;affranchir un État de ses dettes par une banqueroute brusque ou graduelle ; mais une mesure de ce genre, en mettant même à part ce qu&#039;elle peut avoir d&#039;injuste, ne remédierait nullement au mal : elle n&#039;aurait d&#039;autre effet que de le transporter sur d&#039;autres individus. Sans doute on déchargerait les revenus des contribuables de tout l&#039;impôt qu&#039;on leur fait payer pour acquitter es intérêts de la dette ; mais on diminuerait les revenus des créanciers de l&#039;État de tout le montant de la même somme. Ce résultat serait même plus funeste pour les créanciers, qu&#039;il ne serait favorable aux contribuables ; car enfin, parmi ces derniers il n&#039;en est aucun à qui l&#039;impôt, quelque exagéré qu&#039;il soit, ravisse la totalité de son revenu, tandis qu&#039;en supprimant l&#039;intérêt que l&#039;on paie aux rentiers, il en est beaucoup d&#039;entre eux qu&#039;on laisserait absolument sans ressources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour guérir la lèpre des emprunts, le seul parti raisonnable est celui que prennent les malades qui ont ruiné leur tempérament par des excès, et qui le rétablissent par un régime plus sévère : il faut refaire par degrés les capitaux qu&#039;on a imprudemment dissipés, c&#039;est-à-dire, diminuer les dépenses publiques et employer fidèlement les revenus épargnés de cette manière au rachat de la dette. Il n&#039;y a, pour un ministre des finances, aucun talent qui vaille celui de dépenser peu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les princes qui, comme les potentats de l&#039;Asie, désespèrent d&#039;avoir un crédit, cherchent à amasser un trésor.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un trésor est la valeur présente d&#039;un revenu passé, comme un emprunt est la valeur présente d&#039;un revenu futur. L&#039;un et l&#039;autre servent à subvenir aux besoins extraordinaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un trésor ne contribue pas toujours à la sûreté du gouvernement qui le possède. Il attire le danger, et il est rare qu&#039;il serve au dessein pour lequel il a été amassé. Le trésor formé par Charles V, roi de France, devint la proie de son frère, le duc d&#039;Anjou ; celui que le pape Paul II destinait à combattre les turcs et à les repousser en Asie, favorisa les débordements de Sixte IV et de ses neveu ; celui que Henri Iv réservait à l&#039;abaissement de la maison d&#039;Autriche, fut employé aux profusions des favoris de la reine-mère ; et, plus récemment, les épargnes qui devaient consolider la monarchie de Frédéric II, roi de Prusse, ont&lt;br /&gt;
servi à l&#039;ébranler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les mains d&#039;un gouvernement, une grosse somme fait naître de fâcheuses tentations. Le public profite rarement, je n&#039;ose pas dire jamais, d&#039;un trésor dont il a fait les frais : car toute valeur, et par conséquent toute richesse vient originairement de lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
FIN DU LIVRE TROISIÈME ET DERNIER&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre X|Des différentes manières d&#039;asseoir l&#039;impôt, et sur quelles classes de contribuables portent les divers impôts]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_III_-_Chapitre_X&amp;diff=2211</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre X</title>
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		<updated>2008-07-04T21:44:00Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre IX|De l&#039;impôt et de ses effets en général]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre XI|De la dette publique]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Troisième&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre X - Des différentes manières d&#039;asseoir l&#039;impôt, et sur quelles classes de contribuables portent les divers impôts.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
L&#039;impôt se compose, ainsi qu&#039;on l&#039;a vu, de produits, ou plutôt de la valeur produite dont le gouvernement exige le sacrifice. Mais quels effets résultent de la nature des produits qui sont taxés, de la manière dont on en répartit le fardeau, et sur qui retombe la perte (qui résulte infailliblement pour quelqu&#039;un) de la contribution acquittée ? Telles sont les questions dont on est fondé à demander la solution à l&#039;économie politique. L&#039;application qui sera faite des principes à quelques exemples particuliers, montrera comment on peut les appliquer dans tous les autres cas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;autorité lève les valeurs dont se composent les contributions, tantôt en monnaie, tantôt en nature, selon qu&#039;il convient le mieux à es besoins ou aux facultés des contribuables. Mais quelles que soient la forme et la matière, la contribution est toujours le montant de la valeur des choses livrées. Si le gouvernement, sous prétexte qu&#039;il a besoin de blé, ou de cuirs, ou d&#039;étoffes, oblige le contribuable à faire un achat de ces diverses marchandises, la contribution s&#039;élève au niveau de ce que le contribuable a été obligé de payer pour se les procurer, ou au niveau de ce qu&#039;il les aurait vendues, si on les lui avait laissées. Quelle que soit l&#039;évaluation que le gouvernement en fait par le droit du plus fort, le montant de la contribution ne peut s&#039;apprécier autrement que je ne viens de le dire.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même les frais de perception, sous quelque forme qu&#039;ils soient présentés, sont toujours une addition à la contribution, quoique l&#039;autorité n&#039;en fasse pas son profit ; et lorsque le contribuable est obligé de perdre du temps ou de transporter des marchandises pour s&#039;acquitter, sa contribution est plus forte de toute la valeur du temps qu&#039;il perd et des transports qu&#039;il exécute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit encore comprendre dans les contributions qu&#039;un gouvernement impose au peuple qu&#039;il régit, toutes les dépenses que ses opérations font nécessairement retomber sur lui. Ainsi, quand il fait la guerre, le fardeau qu&#039;il impose à la nation s&#039;accroît de la valeur de l&#039;équipement et de l&#039;argent de poche dont se fournissent les militaires, ou que leur famille fournit pour eux ; il s&#039;accroît de la valeur du temps perdu par les milices ; il s&#039;accroît des sommes payées pour les exemptions et les remplacements ; il s&#039;accroît du montant des frais de logement des gens de guerre, ainsi que des ravages et des spoliations dont ils se rendent coupables ; il s&#039;accroît des secours et des traitements qu&#039;ils obtiennent de leurs parents ou de leurs compatriotes à leur retour ; il s&#039;accroît même des aumônes que la misère, enfantée par un mauvais régime, arrache à la compassion ou à la piété. En effet, aucune de ces valeurs n&#039;aurait été ôtée aux citoyens ou sujets, sous un régime différent. Ces valeurs ne sont pas entrées dans le trésor du prince, mais les peuples les ont payées, et leur montant a été aussi complètement perdu, que si elles avaient contribué au bonheur de l&#039;espèce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut ranger sous deux chefs principaux les différentes manières qu&#039;on emploie pour atteindre les revenus des contribuables. Ou bien on leur demande directement une portion du revenu qu&#039;on leur suppose : c&#039;est l&#039;objet des &#039;&#039;contributions directes&#039;&#039; ; ou bien on leur fait payer une somme quelconque sur certaines consommations qu&#039;ils font avec leur revenu : c&#039;est l&#039;objet de ce qu&#039;on nomme en France les &#039;&#039;contributions indirectes&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, soit dans un cas, soit dans l&#039;autre, la chose évaluée, qui sert de base à la contribution demandée, n&#039;est pas en réalité la matière imposable ; ce n&#039;est pas nécessairement cette valeur dont on lève une partie ; elle n&#039;est qu&#039;un moyen, plus ou moins imparfait, de connaître un revenu qu&#039;on veut atteindre, lequel présente seul la vraie matière imposable. Et si l&#039;on pouvait compter sur la bonne foi du contribuable, un seul moyen suffirait : ce serait de lui demander quels sont ses profits annuels, quel est son revenu. Il ne faudrait point d&#039;autre base pour la fixation de son contingent ; il n&#039;y aurait qu&#039;un seul impôt, et jamais impôt n&#039;aurait été plus équitable, et n&#039;aurait moins coûté de perception.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ce qui se pratiquait à Hambourg avant les malheurs que cette ville a éprouvés ; c&#039;est ce qui ne peut avoir lieu que dans un état républicain, de peu d&#039;étendue, où les citoyens se connaissent mutuellement, et où les contributions sont modérées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour asseoir les contributions directes en proportion du revenu des contribuables, tantôt les gouvernements exigent des particuliers l&#039;exhibition de leurs baux ; à défaut de baux, ils évaluent la valeur locative de leurs biens-fonds, et demandent au propriétaire une part de ce revenu : c&#039;est la contribution foncière. Tantôt ils jugent du revenu par le loyer de l&#039;habitation qu&#039;on occupe, par le nombre des domestiques, des chevaux, des voitures qu&#039;on entretient, et font de cette évaluation la base de leurs demandes : c&#039;est ce qu&#039;on nomme en France la contribution mobilière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tantôt ils estiment les profits que l&#039;on peut faire suivant l&#039;espèce d&#039;industrie qu&#039;on exerce, l&#039;étendue de la ville et du local où elle est exercée : c&#039;est la base de l&#039;impôt qu&#039;on appelle en France les patentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces manières d&#039;asseoir l&#039;impôt, en font des contributions directes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour asseoir les contributions indirectes et celles dont on veut frapper les consommations, on ne s&#039;informe pas du nom du redevable : on ne s&#039;attache qu&#039;au produit. Tantôt, dès l&#039;origine de ce produit, on réclame une part quelconque de sa valeur, comme on fait en France pour le sel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tantôt cette demande est faite au moment où le produit franchit les frontières (les droits de douanes), ou l&#039;enceinte des villes (l&#039;octroi).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tantôt c&#039;est au moment où le produit passe de la main du dernier producteur dans celle du consommateur, qu&#039;on fait contribuer celui-ci en Angleterre par le &#039;&#039;stamp-duty&#039;&#039;, en France par l&#039;impôt sur les billets de spectacles).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tantôt le gouvernement exige que la marchandise porte une marque particulière qu&#039;il fait payer, comme le contrôle de l&#039;argent, le timbre des journaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tantôt il s&#039;empare de la préparation exclusive d&#039;une marchandise, ou d&#039;un service public, et les vend à un prix monopole, comme le tabac ou le transport des lettres par la poste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tantôt il frappe, non la marchandise elle-même, mais l&#039;acquittement de son prix, comme il le fait par le timbre des quittances et des effets de commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces manières de lever les contributions les rangent dans la classe des &#039;&#039;contributions indirectes&#039;&#039;, parce que la demande n&#039;en est adressée à personne directement, mais au produit, à la marchandise frappée de l&#039;impôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conçoit facilement que tel revenu qui pourrait n&#039;être pas atteint par un de ces genres de contributions, l&#039;est par un autre, et que c&#039;est un grand acheminement à l&#039;équitable répartition des charges publiques, que la multiplicité des formes sous lesquelles elles se présentent, pourvu toutefois que chacune en particulier soit maintenue dans les bornes d&#039;une certaine modération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacune de ces manières d&#039;asseoir l&#039;impôt, outre l&#039;inconvénient général d&#039;appliquer une partie des produits de la société à des usages peu favorables à son bonheur et à ses reproductions, a d&#039;autres inconvénients et des avantages qui lui sont propres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;impôt direct, par exemple, coûte moins de frais de perception, mais il s&#039;acquitte péniblement et entraîne des contraintes odieuses. Il frappe les revenus très inéquitablement. Un riche négociant qui paie une patente de six cents francs, peut gagner cent mille francs par an ; un petit boutiquier dont les gains ne peuvent excéder deux mille écus, paie une patente qui ne peut être moindre de cent francs. Le revenu d&#039;un propriétaire foncier, déjà frappé par la contribution foncière, l&#039;est une seconde fois par la contribution mobilière ; tandis que le revenu du capitaliste, frappé par cette dernière contribution, ne l&#039;est qu&#039;une seule fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les contributions indirectes ont le mérite d&#039;être acquittées plus facilement, et de paraître moins vexatoires. Toute contribution se paie avec répugnance, parce que le prix de cette dette, la protection du gouvernement, est un avantage négatif dont on est peu touché. Un gouvernement est précieux plutôt par les maux dont il préserve, que par les jouissances qu&#039;il procure. Mais en payant un impôt sur les denrées, on ne croit pas payer la protection du gouvernement, laquelle touche peu ; on croit payer le prix de la denrée qu&#039;on désire beaucoup, quoique ce prix soit indépendant de l&#039;impôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;attrait de la consommation s&#039;étend jusqu&#039;à l&#039;acquittement de la dette, et l&#039;on paie volontiers une valeur dont le sacrifice est suivi d&#039;une jouissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ce qui a fait considérer cet impôt comme volontaire. Les États-Unis, avant leur indépendance, le regardaient tellement comme volontaire, que, tout en refusant au parlement britannique le droit de les imposer sans leur consentement, ils lui reconnaissaient pourtant celui de mettre des droits sur les consommations, chacun ayant la faculté de s&#039;y soustraire en s&#039;abstenant de la marchandise imposée. Il n&#039;en est pas ainsi de l&#039;impôt sur les personnes ; il ressemble à une spoliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;impôt indirect se perçoit par petites portions, insensiblement, à mesure que le contribuable a les moyens de l&#039;acquitter. Il n&#039;entraîne point d&#039;embarras de répartition entre les provinces, entre les arrondissements, entre les particuliers. Il ne met point les intérêts divers en présence ; ce que l&#039;un évite de payer n&#039;est point une charge pour l&#039;autre. Point d&#039;inimitiés entre habitants de la même ville, point de réclamations, point de contraintes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même impôt permet au législateur de mettre un choix dans les consommations qu&#039;il impose ; de ménager celles qui sont favorables à la prospérité de la société, comme toutes les consommations reproductives, pour frapper celles qui ne sont favorables qu&#039;à son appauvrissement, comme toutes les consommations stériles ; celles qui procurent à grands frais au riche un plaisir insipide ou immoral, pour ménager celles qui font vivre à peu de frais les familles laborieuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a objecté contre les impôts indirects les frais de perception qu&#039;ils entraînent ; ils exigent de nombreux bureaux, des commis, des employés, des gardes ; mais il faut observer qu&#039;une grande partie de ces frais ne sont pas une suite nécessaire de l&#039;impôt, et peuvent être prévenus par une bonne administration. L&#039;accise et le timbre, en Angleterre, ne coûtaient plus que 31 sur 4 pour cent de frais de perception en 1799. Il n&#039;y a pas d&#039;impôt direct en France qui ne coûte bien davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a dit que l&#039;impôt indirect ne promettait au fisc qu&#039;une valeur variable, incertaine, tandis que les dépenses publiques exigeaient des fonds assurés ; mais les rentrées variables sont tellement assurées, qu&#039;il n&#039;en est pas une qui n&#039;ait été affermée. Excepté dans des circonstances extraordinaires et rares, l&#039;expérience fait connaître, à peu de chose près, le produit de toute espèce de contribution. D&#039;ailleurs les impôts sur les consommations sont de leur nature, variés : la plus value des uns couvre le déficit des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;impôt indirect provoque les fraudes, crée des crimes qui ne sont pas dans l&#039;ordre de la nature, et par suite, des punitions plus affligeantes que toutes les autres ; mais ces inconvénients n&#039;acquièrent un caractère très grave que lorsque l&#039;impôt est excessif : c&#039;est alors seulement que le profit de la fraude en surpasse le danger. Tous les impôts excessifs produisent au reste le même effet ; ils ne procurent plus de nouvelles rentrées, sans pour cela cesser d&#039;entraîner de nouveaux malheurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On remarquera que les contributions indirectes, de même que les autres, frappent très inégalement les consommateurs, et par conséquent les revenus ; car il y a beaucoup d&#039;objets dont la consommation n&#039;est point en proportion avec le revenu des consommateurs : un homme qui a cent mille francs de revenu annuel, ne consomme pas cent fois plus de sel qu&#039;un homme qui gagne mille francs ; mais ces contributions pouvant être assises sur beaucoup d&#039;objets divers, les défauts de l&#039;une sont couverts par l&#039;autre. En second lieu, on remarquera qu&#039;elles frappent des revenus déjà atteints par la contribution foncière et mobilière : un homme qui a tout son bien en terres, et qui paie l&#039;impôt relatif à son revenu, paie, comme nous l&#039;avons déjà remarqué, une seconde fois sur le même revenu pour sa contribution mobilière, et une troisième fois sur le même revenu, au moment où il achète les objets de sa consommation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposant toutes ces contributions payées par ceux à qui l&#039;autorité les demande, on aurait tort de croire qu&#039;elles retombent définitivement sur les payeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs de ceux-ci ne sont pas les véritables contribuables ; la contribution n&#039;est pour eux qu&#039;une avance qu&#039;ils réussissent à se faire rembourser, plus ou moins complètement, par les consommateurs des choses qu&#039;ils produisent. Mais la différence des positions établit de fort grandes irrégularités dans cette espèce de remboursement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour en juger, voici les faits généraux qu&#039;il faut prendre en considération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque l&#039;impôt payé par les producteurs d&#039;une marchandise, en élève le prix, le consommateur de cette marchandise paie une partie de l&#039;impôt. Si la marchandise ne renchérit pas, l&#039;impôt est payé par les producteurs. Si, sans que la marchandise hausse de prix, sa qualité est altérée, l&#039;impôt est supporté, du moins en partie, par le consommateur ; car une qualité &#039;&#039;inférieure&#039;&#039; qui se vend &#039;&#039;aussi cher&#039;&#039;, équivaut à une qualité égale qui se vend &#039;&#039;plus cher&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout renchérissement d&#039;un produit diminue nécessairement le nombre de ceux qui sont à portée de se le procurer, ou du moins la consommation qu&#039;ils en font. Lorsque le sel vaut trois sous la ivre, il s&#039;en consomme beaucoup moins que lorsqu&#039;il ne vaut qu&#039;un sou. Or, la demande de ce produit devenant moins grande relativement aux moyens de production, les services productifs en ce genre sont moins bien payés, c&#039;est-à-dire, que l&#039;entrepreneur des salines, par exemple, et par suite ses agents, ses ouvriers, et même le capitaliste qui lui prête des fonds, le propriétaire qui lui loue un local, éprouvant une diminution dans la demande de leur produit ne peuvent obtenir des profits aussi grands. Les producteurs cherchent bien à se faire rembourser le montant du droit, mais ils n&#039;y réussissent jamais complètement ; car la valeur intrinsèque de la marchandise, celle qui paie ses frais de production, baisse ; aussi remarque-t-on qu&#039;un impôt quelconque mis sur un produit, n&#039;en élève pas le prix total de tout le montant de l&#039;impôt. Il faudrait pour cela que la demande totale restât la même ; ce qui est impossible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;impôt, dans ce cas, porte donc en partie sur ceux des consommateurs qui persistent à consommer, malgré le renchérissement ; et en partie sur les producteurs, qui ont fait une moins grande quantité du produit, et qui, l&#039;impôt déduit, se trouvent l&#039;avoir donné à plus bas prix, en raison d&#039;une demande moins vive. Le trésor public profite de ce que le consommateur paie de plus, et du sacrifice que le producteur est obligé de faire d&#039;une partie de ses profits. C&#039;est l&#039;effort de la poudre qui agit à la fois sur le boulet qu&#039;elle chasse, et sur le canon qu&#039;elle fait reculer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on met un droit sur les draps comme objet de consommation, la consommation des laines diminue, et l&#039;agriculteur qui élève les moutons, en voit son revenu affecté. Il peut se livrer à un autre genre de culture, dira-t-on ; mais il faut supposer que, dans la situation et par la nature de son terrain, l&#039;éducation des bêtes à laine était la culture qui lui rapportait le plus, puisqu&#039;il l&#039;avait préférée ; un changement de culture est donc pour lui une diminution de revenu : ce qui n&#039;empêche point, au reste, que le manufacturier de draps, et le capitaliste dont les fonds sont engagés dans son entreprise, ne supportent leur part du même impôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque producteur ne supporte une part de l&#039;impôt sur les consommations, qu&#039;en proportion de la part qu&#039;il prend à la production de la chose imposée. Si le propriétaire foncier fournit la majeure parte de la valeur du produit, comme lorsque les produits peuvent être consommés sans beaucoup de préparation, alors il supporte presque entière cette part de l&#039;impôt qui tombe sur les producteurs. Qu&#039;on mette un droit d&#039;entrée aux villes sur les vins, les cultivateurs de vignobles en souffriront beaucoup. Qu&#039;on mette un droit, même très fort, sur la vente des dentelles, les cultivateurs qui fournissent le lin s&#039;en apercevront à peine. Mais, à leur tour, les producteurs, entre les mains de qui cette marchandise acquiert sa principale valeur, entrepreneurs, ouvriers et marchands, en seront violemment affectés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand la valeur a été donnée partie par des producteurs étrangers, partie par des producteurs nationaux, ceux-ci supportent presque tout le fardeau de l&#039;impôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;on impose chez nous les cotonnades, la demande de ces produits devenant moins forte, les services productifs de nos fabricants seront moins payés ; ils porteront une part de cet impôt : mais les services productifs de ceux qui cultivent le coton en Amérique, ne seront pas payés sensiblement moins, s&#039;il n&#039;y a pas d&#039;autres raisons que celle-là. En effet, cet impôt, qui altère peut-être la consommation de la France en coton d&#039;un dixième, ne diminuera les ventes de l&#039;Amérique que d&#039;un centième, en supposant que la France n&#039;entre que pour un dixième dans le débouché que l&#039;Amérique trouve pour ses cotons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un impôt mis sur un objet de consommation, lorsqu&#039;il est de nécessité première, affecte plus ou moins le prix de presque tous les autres produits, et par conséquent se prend sur les revenus de tous les autres consommateurs. Un droit d&#039;octroi mis à l&#039;entrée d&#039;une ville sur la viande, les grains, les combustibles, fait renchérir tous les produits fabriqués dans cette ville ; mais un droit mis sur le tabac dans la même ville ne fait renchérir aucune autre denrée. Il affecte les producteurs et les consommateurs de tabac, et nul autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison en est évidente : le producteur qui consomme des superfluités, est obligé de soutenir la concurrence de celui qui n&#039;en fait pas d&#039;usage ; tandis que le producteur qui paie un droit sur ce qui est indispensable, n&#039;a pas de concurrence à redouter, tous les producteurs comme lui étant forcés de le payer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les contributions directes qu&#039;on fait payer aux producteurs, affectent, à plus forte raison, les consommateurs de leurs produits ; mais, par les raisons qu&#039;on a vues plus haut, ils ne peuvent jamais élever le prix de leurs produits assez pour être complètement remboursés du montant de l&#039;impôt ; car, encore une fois, le renchérissement restreint la demande, et une demande moins forte réduit le profit de tous les services productifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi tous les producteurs d&#039;un même produit, les uns peuvent plus aisément que d&#039;autres se soustraire à l&#039;effet de l&#039;impôt. Le capitaliste dont les fonds ne sont pas engagés dans cette affaire, les retire et les place ailleurs si l&#039;on ne peut plus lui payer le même intérêt, ou si le paiement de ce qu&#039;on lui doit devient plus précaire. L&#039;entrepreneur peut, dans certains cas, liquider et porter ailleurs son intelligence et ses travaux ; mais le propriétaire foncier ou le capitaliste dont les capitaux ne peuvent se dégager promptement, n&#039;ont pas le même avantage. La quantité de vin ou de blé que produit une terre, reste à peu près la même, quel que soit l&#039;impôt dont la terre est grevée ; l&#039;impôt lui enlèverait la moitié, les trois quarts même de son produit net, ou, si l&#039;on veut, de son fermage, que la terre serait néanmoins exploitée pour en retirer la moitié ou le quart que l&#039;impôt n&#039;absorberait pas. Le taux du fermage, c&#039;est-à-dire la part du propriétaire, baisserait : voilà tout. On en sentira la raison, si l&#039;on considère que, dans le cas supposé, la quantité de denrées produites par la terre et envoyées au marché, reste néanmoins la même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;un autre côté, les motifs qui établissent la demande de la denrée restent les mêmes aussi. Or, si la quantité des produits qui est offerte, si la quantité qui est demandée, doivent, malgré l&#039;établissement ou l&#039;extension de la contribution foncière, rester néanmoins les mêmes, les prix ne varient pas, le consommateur des produits ne paie pas la plus petite portion de cet impôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le propriétaire ne peut, même par la vente de son fonds, se soustraire au fardeau de l&#039;impôt ; car le fonds n&#039;est payé en principal qu&#039;en proportion de ce que l&#039;impôt lui laisse valoir en revenu. Un homme qui acquiert une terre, n&#039;en évalue le revenu que net de frais et d&#039;impositions. Si le taux de ce genre de placement est dans le pays de cinq pour cent, et qu&#039;il ait à acheter une terre de cent mille francs, il ne la paiera plus que quatre-vingt mille du moment qu&#039;un nouvel impôt viendra à charger cette terre d&#039;un tribut annuel de mille francs ; car elle ne produira plus alors que quatre mille francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est comme si le gouvernement prenait un cinquième de la terre ; le consommateur des produits territoriaux ne s&#039;en apercevrait pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a une exception à faire pour les maisons d&#039;habitation : l&#039;impôt qu&#039;on fait payer au propriétaire enchérit les loyers ; c&#039;est qu&#039;à proprement parler, une maison, ou plutôt la jouissance d&#039;une maison, est un produit manufacturier, et non pas un produit foncier, et que le haut prix des loyers diminue la consommation et la production des maisons comme celle des étoffes. Les bâtisseurs de maisons, y trouvant de moins bons profits, en font moins, et les consommateurs, payant ce produit plus cher, se logent plus à l&#039;étroit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit, d&#039;après ce qui précède, combien il est téméraire d&#039;affirmer comme un principe général que tout impôt tombe définitivement sur telle classe de la société, ou sur telle autre. Les impôts tombent sur ceux qui ne peuvent pas s&#039;y soustraire, parce qu&#039;ils sont un fardeau que chacun éloigne de tout son pouvoir ; mais les moyens de s&#039;y soustraire varient à l&#039;infini, suivant les différentes formes de l&#039;impôt, et suivant les fonctions qu&#039;on exerce dans la machine sociale. Il y a plus, ils varient selon les temps, pour les mêmes professions. Quand une marchandise est fort demandée, son détenteur ne la cède qu&#039;autant que tous ses frais sont bien payés ; l&#039;impôt fait partie de ses frais ; il a soin de se le faire rembourser en totalité et sans miséricorde. Une circonstance imprévue fait-elle baisser le même produit, il se trouve heureux de supporter l&#039;impôt tout entier pour en faciliter la vente. Rien n&#039;est plus incertain, rien n&#039;est plus variable que les proportions suivant lesquelles les diverses classes de la société supportent l&#039;impôt. Les auteurs qui les font porter sur telle ou telle classe, et suivant des proportions constantes, raisonnent sur des suppositions que l&#039;observation des faits dément à chaque instant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que les effets que je fais remarquer, et qui sont conformes à l&#039;expérience aussi bien qu&#039;expliqués par le raisonnement, durent autant que les circonstances qui les ont occasionnés. Un propriétaire foncier ne pourra &#039;&#039;jamais&#039;&#039; faire supporter à ses consommateurs aucune part de sa contribution foncière : il n&#039;en sera pas de même d&#039;un manufacturier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La consommation d&#039;une denrée, toutes choses d&#039;ailleurs égales, sera &#039;&#039;constamment&#039;&#039; bornée par un impôt qui en élèvera le prix, et il y aura moins de gains faits dans sa production. Un homme qui n&#039;est ni producteur ni consommateur d&#039;une denrée de luxe, ne supportera &#039;&#039;jamais&#039;&#039; la moindre part d&#039;un impôt mis sur cette denrée. Que penser en conséquence d&#039;une doctrine qui a malheureusement obtenu l&#039;approbation d&#039;une société illustre trop étrangère à ce genre de connaissances, doctrine où l&#039;on établit qu&#039;il importe peu que l&#039;impôt pèse sur une branche de revenu ou sur une autre, pourvu qu&#039;il soit anciennement établi ; que tout impôt, à la longue, se puise dans tous les revenus, comme le sang qu&#039;on tire d&#039;un bras se pompe sur tout le corps ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette comparaison n&#039;est nullement analogue à la nature de l&#039;impôt. Les richesses sociales ne sont point un fluide qui cherche son équilibre. Une atteinte portée à l&#039;une des branches de l&#039;arbre social peut la tuer, sans que l&#039;arbre périsse ; elle est plus fâcheuse, si elle porte sur une branche productive que sur une autre qui ne l&#039;est pas. Il faut que les blessures se multiplient, que l&#039;arbre entier soit attaqué, pour qu&#039;il devienne complètement stérile et qu&#039;il meure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette similitude représente mieux l&#039;effet de l&#039;impôt que ne le fait la circulation du sang ; mais ni l&#039;une ni l&#039;autre ne tiennent lieu du raisonnement. Une comparaison n&#039;est point une preuve : elle n&#039;est qu&#039;un moyen de faire comprendre une vérité qui doit être prouvée sans cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu&#039;à présent, lorsque j&#039;ai parlé d&#039;un droit imposé sur un produit quelconque (droit que j&#039;ai quelquefois appelé impôt sur les consommations, quoique le consommateur du produit ne le paie pas en totalité), je ne me suis point arrêté à remarquer à quel période de la production le droit avait été demandé, et quels effets devaient résulter de cette circonstance, qui cependant mérite de nous arrêter quelques instants.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les produits augmentent successivement de valeur en passant entre les mains de leurs différents producteurs ; car les plus simples produits subissent bien des façons avant d&#039;être au point de pouvoir être consommés. Un impôt n&#039;est donc en proportion avec la valeur d&#039;un produit que lorsqu&#039;il est assis sur ce produit au moment seulement où il a acquis sa plus grande valeur, où il a subi toutes ses façons productives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si l&#039;on fait payer dès l&#039;origine à la matière première une contribution proportionnée, non pas à sa valeur actuelle, mais à celle qu&#039;elle doit acquérir, alors on force le producteur aux mains de qui elle se trouve, à faire l&#039;avance d&#039;un impôt disproportionné avec la valeur qu&#039;il manie ; avance gênante, remboursée avec peine par le producteur qui suit, et par les autres, jusqu&#039;au dernier producteur, qui est à son tour imparfaitement remboursé par le consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a dans cette avance d&#039;impôt un autre inconvénient : c&#039;est que l&#039;industrie, qui en est grevée, ne peut être conduite qu&#039;au moyen de capitaux plus considérables que ne l&#039;exige la nature de la production ; et que l&#039;intérêt de ces capitaux, payé en partie par les producteurs, et en partie par les consommateurs, est une addition d&#039;impôt dont le fisc ne profite pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;expérience et le raisonnement conduisent ainsi à cette conséquence, opposée à celle des économistes, que la portion de l&#039;impôt qui doit peser sur le revenu du consommateur, y retombe toujours avec d&#039;autant plus de surcharge, que l&#039;impôt est levé plus près des premiers producteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les impôts directs et personnels, comme la capitation, assis sur les producteurs des denrées nécessaires, et les impôts qui portent sur les denrées nécessaires elles-mêmes, ont cet inconvénient au plus haut degré ; ils obligent chaque producteur à faire l&#039;avance de l&#039;impôt personnel de tous les producteurs qui l&#039;ont précédé ; la même quantité de capitaux entretient dès lors une industrie moindre, et les contribuables paient l&#039;impôt, accru d&#039;un intérêt composé dont le fisc n&#039;a point profité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;impôt en nature prélève, sur le terrain même, une partie de la récolte au profit du trésor public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a cela de bon, qu&#039;il ne demande au cultivateur qu&#039;une valeur qu&#039;il a, et sous la forme même où il la possède. La Belgique, après avoir été conquise par les Français, s&#039;est trouvée, à certaines époques, hors d&#039;état de payer ses contributions, quoiqu&#039;elle eût de belles récoltes. La guerre et les défenses d&#039;exporter l&#039;empêchaient de vendre, et le fisc voulait qu&#039;elle vendît, puisqu&#039;il demandait de l&#039;argent : elle aurait facilement supporté les charges publiques, si le gouvernement avait levé en nature les produits qu&#039;il lui demandait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a cela de bon, que le gouvernement est aussi intéressé que le cultivateur aux bonnes récoltes, et par conséquent à favoriser l&#039;agriculture ; et peut-être l&#039;impôt en nature, perçu à la Chine, est-il l&#039;origine de cette protection spéciale que le gouvernement de ce pays accorde au premier des arts industriels. Mais tous les revenus ne méritent-ils pas la même protection ? Ne sont-ils pas tous des sources où les gouvernements puisent leurs subsides ? Les gouvernements ne sont-ils pas également intéressés à protéger d&#039;autres industries qu&#039;ils écrasent ?  Il a cela de bon, que sa perception n&#039;admet rien d&#039;arbitraire ni d&#039;injuste : le particulier, une fois sa récolte faite, sait ce qu&#039;il est tenu de payer ; le fisc, ce qu&#039;il est en droit de réclamer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet impôt paraît le plus équitable de tous ; il n&#039;y en a pas qui le soit moins : il ne tient nul compte des avances faites par le producteur ; il se proportionne au revenu brut, et non au revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux agriculteurs propriétaires ont des cultures différentes : l&#039;un cultive de médiocres terres à blé ; ses frais de culture se montent, année commune, à 8000 francs ; le produit brut de ses terres est de 12000 francs : il a donc 4000 francs de revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son voisin a des prairies ou des bois qui rendent brut, tous les ans, 12000 francs également, mais qui ne lui coûtent d&#039;entretien que 2000 francs. C&#039;est donc, année commune, 10000 francs de revenu qui lui restent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loi commande qu&#039;on lève en nature un douzième des fruits de la terre, quels qu&#039;ils soient. On enlève en conséquence, au premier, des gerbes de blé pour une valeur de 1000 francs ; et au second, des bottes de foin, des bestiaux ou du bois, pour une valeur de 1000 francs également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;est-il arrivé ? C&#039;est qu&#039;on a pris à l&#039;un le quart de son revenu qui se montait à 4000 francs, et à l&#039;autre le dixième seulement du sien qui se montait à 10000 francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun en particulier n&#039;a pour revenu que le profit net qu&#039;il a fait après que son capital, tel qu&#039;il était, s&#039;est trouvé rétabli. Un marchand a-t-il pour revenu le montant de toutes les ventes qu&#039;il fait dans une année ? Non, certes : il n&#039;a de revenu que l&#039;excédant de ses rentrées sur ses avances, et c&#039;est sur cet excédant seul qu&#039;il peut payer l&#039;impôt sans se ruiner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La difficulté, les frais et les abus de la perception de l&#039;impôt en nature, sont un nouvel obstacle à son établissement. Que d&#039;agents à employer ! Que de dilapidations à craindre ! Le gouvernement peut être trompé sur le montant de la contribution, trompé dans la conversion en argent qu&#039;il en faut faire, trompé sur les denrées avariées, sur les frais d&#039;emmagasinement, de conservation, de transport. Si l&#039;impôt est affermé, que de fermiers, que de traitants dont les profits sont faits sur le public ! Les poursuites seules qu&#039;il faudrait diriger contre les fermiers de l&#039;impôt, exigeraient une administration étendue. « Un riche propriétaire, dit Smith, qui passerait sa vie dans la capitale, et qui toucherait en nature, dans diverses provinces éloignées, le prix de ses fermages, risquerait de perdre la plus grande partie de ses revenus. Et cependant les agents du plus négligent de tous les propriétaires, ne sauraient dilapider autant que ceux du plus vigilant des princes. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a fait valoir encore d&#039;autres considérations contre l&#039;impôt en nature ; mais il serait peut-être inutile et sans doute fastidieux de les reproduire toutes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;on me permette seulement de faire remarquer quel serait, sur les prix, l&#039;effet de cette masse de denrées mises en vente par les préposés du fisc, qui, comme on sait, est aussi mauvais vendeur qu&#039;il est mauvais acheteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nécessité de vider les magasins pour faire place à de nouvelles contributions ou pour subvenir aux besoins impérieux d&#039;un trésor public, ferait vendre les denrées au-dessous du taux, où le fermage des terres, le salaire des ouvriers, et l&#039;intérêt des fonds employés par l&#039;agriculture, devraient naturellement fixer leur prix ; concurrence impossible soutenir. Un tel impôt, non-seulement ôte aux cultivateurs une portion de leurs produits, mais les empêche de tirer parti de la portion qu&#039;il ne leur ôte pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le maréchal de Vauban, dans sa &#039;&#039;dîme royale&#039;&#039;, ouvrage d&#039;un esprit juste, et qui mérite d&#039;être étudié par tous les administrateurs de la fortune publique, propose une dîme du vingtième des fruits de la terre, qu&#039;on pourrait à la rigueur, et dans un cas de nécessité, élever jusqu&#039;au dixième. Mais Vauban proposait cet impôt inégal pour remédier à une inégalité encore plus grande : les besoins de l&#039;État étaient urgents, les ressources épuisées ; il s&#039;agissait d&#039;atteindre, fût-ce imparfaitement, les biens nobles et les biens ecclésiastiques, qui ne payaient rien. À l&#039;époque où Vauban donna son plan, la France en aurait éprouvé un grand soulagement, et il conduisait à l&#039;abolition des priviléges. C&#039;est pour cela même qu&#039;il fut rejeté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1692, quatre ans après l&#039;heureuse révolution qui plaça le prince d&#039;Orange sur le trône d&#039;Angleterre, on fit une évaluation générale des revenus territoriaux de ce royaume, et cette évaluation sert de base encore aujourd&#039;hui à la répartition de l&#039;impôt territorial qu&#039;on y lève ; de manière que, quand l&#039;impôt est fixé au cinquième des revenus fonciers, ce n&#039;est pas le cinquième du revenu foncier actuel qu&#039;on perçoit, c&#039;est le cinquième du revenu évalué en 1692.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On sent qu&#039;un tel impôt a dû être singulièrement favorable aux améliorations agricoles. Un fonds amélioré, et qui rapporte un revenu décuple de ce qu&#039;il rapportait dans l&#039;origine, ne paie point une décuple taxe. Si on l&#039;a laissé se détériorer, il n&#039;en paie pas moins comme si son revenu était resté le même. La négligence est condamnée à une amende.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs écrivains attribuent à cette fixité d&#039;évaluation, la haute prospérité où l&#039;agriculture est portée en Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;elle y ait beaucoup contribué, c&#039;est ce dont il n&#039;est pas permis de douter. Mais que dirait-on, si le gouvernement, s&#039;adressant à un petit négociant, lui tenait ce langage : &#039;&#039;vous faites, avec de faibles capitaux, un commerce borné, et votre contribution directe est, en conséquence, peu de chose. Empruntez et accumulez des capitaux ; étendez votre commerce, et qu&#039;il vous procure d&#039;immenses profits ; vous ne paierez toujours que la même contribution. Bien plus : quand vos héritiers succéderont à vos profits, et les auront augmentés, on ne les évaluera que comme ils furent évalués pour vous, et vos successeurs ne supporteront pas une plus forte part des charges publiques&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute ce serait un grand encouragement donné aux manufactures et au commerce ; mais serait-il équitable ? Leurs progrès ne pourraient-ils avoir lieu qu&#039;à ce prix ? En Angleterre même, l&#039;industrie manufacturière et commerciale n&#039;a-t-elle pas, depuis la même époque, fait des pas plus rapides encore, sans jouir de cette injuste faveur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un propriétaire, par ses soins, son économie, son intelligence, augmente son revenu annuel de cinq mille francs. Si l&#039;État lui demande un cinquième de cette augmentation de revenu, ne lui reste-t-il pas quatre mille francs d&#039;augmentation pour lui servir d&#039;encouragement ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut prévoir telles circonstances où la fixité de l&#039;impôt, ne se proportionnant pas aux facultés des contribuables et aux circonstances du sol, produirait autant de mal qu&#039;il a fait de bien dans d&#039;autres cas : il forcerait à abandonner la culture des terrains qui, soit par une cause, soit par une autre, ne pourraient plus fournir le même revenu. On en a vu l&#039;exemple en Toscane. On y fit, en 1496, un recensement ou cadastre, dans lequel on évalua peu les plaines et les vallons, où les inondations fréquentes et les ravages des torrents ne permettaient aucune culture profitable ; les coteaux, qui étaient seuls cultivés, y furent évalués fort haut : des alluvions ont eu lieu ; les inondations, les torrents ont été contenus, et les plaines fertilisées ; leurs produits, peu chargés d&#039;impôts, ont pu être donnés à meilleur marché que ceux des coteaux ; ceux-ci, ne pouvant soutenir la concurrence, parce que l&#039;impôt y est resté le même, sont devenus presque incultes et déserts. Si l&#039;impôt s&#039;était prêté aux circonstances des deux terrains, ils auraient continué à être cultivés l&#039;un et l&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je me suis un peu étendu sur quelques impôts en particulier, c&#039;est parce qu&#039;ils se lient à des principes généraux. Ces principes ne sont point fondés sur de vaines théories, mais sur l&#039;observation et la nature des choses. C&#039;est faute de les comprendre qu&#039;on commet d&#039;importantes erreurs dans la pratique, comme l&#039;assemblée constituante qui porta beaucoup trop loin les contributions directes, et surtout la contribution foncière, en vertu de ce principe des économistes dont elle eut les oreilles rebattues, que toute richesse venant de la terre, tous les impôts retombaient sur elle avec d&#039;autant plus de surcharge, que les cascades étaient plus multipliés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l&#039;état présent de l&#039;économie politique, la théorie fondamentale de l&#039;impôt doit au contraire, ce me semble, être exprimée ainsi : l&#039;impôt est une valeur fournie par la société, et qui ne lui est pas restituée par la consommation qu&#039;on en fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il coûte à la société non seulement les valeurs qu&#039;il fait entrer dans le trésor, mais les frais de perception et les services personnels qu&#039;il exige, ainsi que la valeur des produits dont il empêche la création.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice, volontaire ou forcé, résultant de l&#039;impôt, affecte le contribuable en sa qualité de producteur, lorsqu&#039;il altère ses profits, c&#039;est-à-dire ses revenus ; et il l&#039;affecte en sa qualité de consommateur, lorsqu&#039;il augmente ses dépenses en renchérissant les produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le plus grand nombre des cas, le contribuable est affecté par l&#039;impôt, en ses deux qualités à la fois de producteur et de consommateur ; et lorsqu&#039;il ne peut suffire avec son revenu, à payer, tout à la fois, sa propre consommation et les charges de l&#039;État, il entame ses capitaux. Quand les valeurs capitales, ainsi entamées par les uns, ne sont pas balancées au moyen des valeurs épargnées par les autres, la richesse sociale va en déclinant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui paie au collecteur le montant de l&#039;impôt n&#039;est pas toujours le vrai contribuable, du moins pour la totalité de la valeur payée. Souvent il ne fait qu&#039;avancer, sinon en totalité, au moins pour une partie, l&#039;impôt qui lui est alors remboursé par d&#039;autres classes de la société d&#039;une manière très compliquée, et souvent à la suite de plusieurs opérations ; tellement que bien des gens paient des portions de contributions au moment qu&#039;ils s&#039;en doutent le moins, soit par les prix auxquels ils achètent les denrées, soit par les pertes qu&#039;ils éprouvent sans pouvoir en assigner les causes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux sur les revenus de qui retombent définitivement les contributions, sont les vrais contribuables, et les valeurs dont ils contribuent excèdent de beaucoup la somme des valeurs qui entrent véritablement aux mains des gouvernements, en y joignant même les frais de perception. Cet excédant de valeurs contribuées est d&#039;autant plus considérable, que le pays est plus mal administré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon de rapprocher ce qui est dit ici des principes établis au chapitre 2 du livre II, où l&#039;on a vu la différence qui existe entre la cherté réelle et la cherté relative. La cherté résultant de l&#039;impôt est une cherté réelle. C&#039;est une moins grande quantité de produits obtenue pour une plus grande quantité de services productifs. Mais, indépendamment de cela, l&#039;impôt occasionne ordinairement, et en même temps, un renchérissement des produits relativement à l&#039;argent : c&#039;est-à-dire qu&#039;il fait payer les marchandises plus cher en monnaie. La raison en est que l&#039;argent n&#039;est point une production annuelle et courante comme celles qu&#039;absorbe l&#039;impôt. Sauf les cas où le gouvernement envoie de l&#039;argent à l&#039;étranger pour acquitter des subsides ou salarier des armées, il ne consomme pas de la monnaie : il reverse dans la société, par ses achats, la monnaie qu&#039;il lève par l&#039;impôt, sans y reverser la valeur de l&#039;impôt. Mais comme l&#039;impôt paralyse une partie de la production, et opère une prompte destruction des produits qu&#039;il n&#039;empêche pas de naître, les impôts excessifs rendent les produits toujours plus rares par rapport à la monnaie, dont la quantité n&#039;est pas diminuée par le fait de l&#039;impôt. Or, toutes les fois que les marchandises en circulation deviennent plus rares par rapport à la quantité de monnaie en circulation, elles sont plus chères en argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il semblerait que cette surabondance de monnaie d&#039;or et d&#039;argent devrait contribuer à l&#039;aisance publique. Point du tout ; car l&#039;argent a beau être en plus grande proportion par rapport aux produits courants, chacun ne peut l&#039;acquérir que par des produits de sa propre création, et c&#039;est cette création même qui est dispendieuse et difficile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste, quand les produits sont chers en argent, l&#039;argent lui-même, ayant moins de valeur relative, ne tarde guère à s&#039;écouler ; il devient plus rare qu&#039;il n&#039;était, parce qu&#039;il se trouve moins de denrées à faire circuler ; et c&#039;est ainsi qu&#039;un pays écrasé d&#039;impôts qui surpassent ses moyens de production, se trouve peu à peu privé d&#039;abord de marchandises, ensuite d&#039;argent, c&#039;est-à-dire, de tout, et se dépeuple, comme il est arrivé en Espagne depuis 200 ans ; à moins que des épargnes constantes ne balancent les capitaux qui s&#039;altèrent, et qu&#039;une industrie active ne fournisse plus de produits annuels que les consommations publiques n&#039;en détruisent, comme en Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En étudiant avec soin ces principes, on comprendra comment les dépenses annuelles et véritablement gigantesques des gouvernements modernes, ont obligé les contribuables à un travail plus opiniâtre, puisque, indépendamment des productions que réclament leur entretien, celui de leurs familles, leurs plaisirs, les mœurs du pays, il faut qu&#039;ils produisent encore ce que dévore le fisc, et ce que le fisc fait perdre sans le dévorer, valeur incontestablement énorme chez quelques grandes nations, mais impossible à évaluer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet excès, résultat graduel de systèmes politiques vicieux, a du moins servi à perfectionner l&#039;art de produire, en obligeant les hommes à tirer de plus grands services du concours des agents naturels ; et sous ce rapport, les impôts ont peut-être contribué au développement et au perfectionnement des facultés humaines ; aussi, lorsque les progrès de l&#039;art social auront ramené les contributions publiques au niveau des véritables besoins des sociétés, on éprouvera un très grand bien-être résultant des progrès qui ont été faits dans l&#039;art de produire. Mais si, par une suite des profusions où nous jettent des machines politiques abusives et compliquées, le système des impôts excessifs prévaut, et surtout s&#039;il se propage, s&#039;étend et se consolide, il est à craindre qu&#039;il ne replonge dans la barbarie les nations dont l&#039;industrie nous étonne le plus ; il est à craindre que ces nations ne deviennent de vastes galères, où l&#039;on verrait peu à peu la classe indigente, c&#039;est-à-dire le plus grand nombre, tourner avec envie ses regards vers la condition du sauvage… du sauvage qui n&#039;est pas bien pourvu à la vérité, ni lui ni sa famille, mais qui du moins n&#039;est pas tenu de subvenir, par des efforts perpétuels, à d&#039;énormes consommations publiques, dont le public ne profite pas, ou qui tournent même à son détriment.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre IX|De l&#039;impôt et de ses effets en général]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre XI|De la dette publique]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_III_-_Chapitre_IX&amp;diff=2210</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre IX</title>
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		<updated>2008-07-04T21:42:02Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VIII|Par qui sont payées les consommations publiques]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre X|Des différentes manières d&#039;asseoir l&#039;impôt, et sur quelles classes de contribuables portent les divers impôts]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Troisième&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre IX - De l&#039;impôt et de ses effets en général.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
L&#039;impôt est cette portion des produits d&#039;une nation, qui passe des mains des particuliers aux mains du gouvernement pour subvenir aux consommations publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel que soit le nom qu&#039;on lui donne, qu&#039;on l&#039;appelle contribution, taxe, droit, subside, ou bien don gratuit, c&#039;est une charge &#039;&#039;imposée&#039;&#039; aux particuliers, ou à des réunions de particuliers, par le souverain, peuple ou prince, pour fournir aux consommations qu&#039;il juge à propos de faire à leurs dépens : c&#039;est donc un impôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;entre point dans le plan de cet ouvrage d&#039;examiner à qui appartient le droit de voter l&#039;impôt. Pour l&#039;économie politique, l&#039;impôt est une chose de fait, et non de droit. Elle en étudie la nature ; elle cherche à découvrir d&#039;où viennent les valeurs dont il se compose, et quels sont ses effets, relativement aux intérêts des particuliers et des nations. Voilà tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;impôt ne consiste pas dans la substance matérielle fournie par le contribuable et reçue par le collecteur, mais dans la valeur de cette substance. Qu&#039;on le lève en argent, en denrées, ou en services personnels, ce sont là des circonstances accidentelles et d&#039;un intérêt secondaire ; car on peut changer, par des achats et par des ventes, des denrées en argent ou de l&#039;argent en denrées ; l&#039;essentiel est la somme de richesses que l&#039;impôt ravit au contribuable, où, si l&#039;on veut, la valeur de ce qu&#039;on lui demande. Telle est la mesure du sacrifice qu&#039;on exige de lui. Du moment que cette valeur est payée par le contribuable, elle est perdue pour lui ; du moment qu&#039;elle est consommée par le gouvernement ou par ses agents, elle est perdue pour tout le monde, et ne se reverse point dans la société. C&#039;est ce qui a été prouvé, je pense, lorsqu&#039;il a été question des effets généraux des consommations publiques. C&#039;est là qu&#039;on a vu que l&#039;argent des contributions a beau être reversé dans la société, la valeur de ces contributions n&#039;y est pas reversée, parce qu&#039;elle n&#039;est pas rendue gratuitement à la société, et que les agents du gouvernement ne lui restituent pas l&#039;argent des contributions sans recevoir d&#039;elle une valeur égale en échange.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les mêmes raisons qui nous ont démontré que la consommation improductive n&#039;est en rien favorable à la reproduction, la levée des impositions ne saurait lui être favorable. Elle ravit au producteur un produit dont il aurait retiré une jouissance, s&#039;il l&#039;eût consommé improductivement ; ou un profit, s&#039;il l&#039;eût consacré à un emploi utile. Dans les deux cas, lever un impôt, c&#039;est faire un tort à la société, tort qui n&#039;est balancé par aucun avantage toutes les fois qu&#039;on ne lui rend aucun service en échange.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très vrai que la jouissance ravie au contribuable, est remplacée par celle des familles qui font leur profit de l&#039;impôt ; mais, outre que c&#039;est une injustice que de ravir au producteur le fruit de sa production, lorsqu&#039;on ne lui donne rien en retour, c&#039;est une distribution de la richesse produite beaucoup moins favorable à sa multiplication, que lorsque le producteur lui-même peut l&#039;appliquer à ses propres consommations. On est plus excité à développer ses forces et ses moyens lorsqu&#039;on doit en recueillir le fruit, que lorsqu&#039;on travaille pour autrui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les valeurs levées sur les contribuables sont, en général, dépensées d&#039;une manière improductive, et beaucoup de personnes pensent que cette consommation est très favorable à la production et aux producteurs, parce qu&#039;elle détruit des produits et ne les remplace pas. Malthus pense que les producteurs ont un tel penchant pour épargner et pour accroître leurs capitaux, qu&#039;ils produiraient trop si on les laissait faire et ne trouveraient pas assez de débouchés pour leurs produits. Malthus ne voit d&#039;encouragement pour les producteurs que dans les consommations improductives, et par conséquent dans les consommations de la nature de celles qui suivent la levée de l&#039;impôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il méconnaît une vérité établie dans cet ouvrage, d&#039;où il résulte que les épargnes ajoutées aux capitaux productifs, sont consommées aussi bien que les produits qui servent à nos jouissances, et procurent, à somme égale, un encouragement tout pareil aux producteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dépenses improductives du gouvernement, bien loin d&#039;être favorables à la production, lui sont prodigieusement préjudiciables. Les impôts sont une addition aux frais de production ; ils ont un effet opposé aux progrès de l&#039;industrie, qui, lui permettant de produire à moins de frais, favorisent à la fois la production et la consommation. L&#039;impôt, en élevant le prix des produits, réduit la consommation qu&#039;on peut en faire, et par conséquent la demande des consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a dit que la demande est la même, soit qu&#039;elle ait pour organes les contribuables ou les agents du gouvernement ; que lorsqu&#039;on diminue de cent millions les revenus des premiers, on augmente de la même somme les revenus des seconds, et que rien n&#039;est changé par conséquent à la somme des consommations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en accordant que la somme des revenus ne soit pas altérée par l&#039;impôt, la cherté des produits est augmentée ; car les frais de production le sont. Or, la même somme de revenus ne peut plus acheter la même quantité de produits. Les consommateurs, quelle que soit la source de leur revenu, n&#039;en ont plus autant du moment que les produits sont plus chers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on que la nécessité de payer l&#039;impôt oblige la classe industrieuse à un redoublement d&#039;efforts, d&#039;où résulte un accroissement de production ? Mais, en premier lieu, les efforts ne suffisent pas pour produire ; il faut encore des capitaux, et l&#039;impôt est ce qui rend difficile l&#039;épargne dont se forment les capitaux. En second lieu, ce que l&#039;on produit pour satisfaire le collecteur n&#039;augmente pas la richesse nationale, puisque le produit des impôts se dépense improductivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul point de vue sous lequel l&#039;impôt peut sembler favorable à la production, est celui-ci : en augmentant les frais de production d&#039;un côté, il oblige les producteurs à s&#039;ingénier pour les diminuer d&#039;un autre côté par des procédés plus efficaces et plus expéditifs. On attribue aux lourds impôts de l&#039;Angleterre les procédés utiles dont elle a enrichi les arts. Mais qu&#039;est-ce que l&#039;Angleterre y a gagné, si elle ne paie pas moins cher les objets de sa consommation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit que si l&#039;impôt produit souvent un bien quant à son emploi, il est toujours un mal quant à sa levée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prétendre qu&#039;il multiplie les produits d&#039;une nation, par cela seul qu&#039;il prélève une partie de ces produits ; qu&#039;il l&#039;enrichit, parce qu&#039;il consomme une partie de ses richesses, c&#039;est tout bonnement soutenir une absurdité ; et en faire la remarque serait une niaiserie, si la plupart des gouvernements n&#039;agissaient pas conformément à ce prétendu principe, si des ouvrages estimables par les intentions et les connaissances de leurs auteurs, ne cherchaient pas à le prouver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si, de ce que les pays les plus chargés d&#039;impôts, comme l&#039;Angleterre, sont en même temps les plus riches, on concluait qu&#039;ils sont riches parce qu&#039;ils paient plus d&#039;impôts, on raisonnerait mal, on prendrait l&#039;effet pour la cause. On n&#039;est pas riche parce qu&#039;on paie, mais on paie parce qu&#039;on est riche. Ce serait pour un homme un plaisant moyen de s&#039;enrichir que de dépenser beaucoup par la raison que tel autre particulier, qui est riche, dépense beaucoup. Il est évident que celui-ci dépense parce qu&#039;il est riche, mais qu&#039;il ne s&#039;enrichit pas par sa dépense.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;effet se distingue facilement de la cause, quand celle-ci précède l&#039;effet ; mais quand leur action est continue et leur existence simultanée, on est sujet à les confondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les raisonnements employés pour justifier les gros impôts sont des paradoxes modernes dont les agents du fisc se sont accommodés volontiers, mais qu&#039;un certain bon sens naturel et les meilleurs princes ont toujours repoussés. Ceux-ci ont toujours cherché à réduire les dépenses de l&#039;État. Les princes faibles ou pervers les ont dans tous les temps augmentées. Ils s&#039;entourent de préférence de conseillers intéressés à leur prodigalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Indépendamment de ceux qui représentent la magnificence comme favorable au bien public, il en est qui, sans prétendre que la dissipation des deniers publics soit précisément un bien, prouvent, par des chiffres, que les peuples ne sont point chargés, et qu&#039;ils peuvent payer des contributions fort supérieures à celles qui leur sont imposées. « Il est, dit Sully dans ses mémoires, il est une espèce de flatteurs donneurs d&#039;avis, qui cherchent à faire leur cour au prince, en lui fournissant sans cesse de nouvelles idées pour lui rendre de l&#039;argent ; gens autrefois en place pour la plupart, à qui il ne reste de la situation brillante où ils se sont vus, que la malheureuse science de sucer le sang des peuples, dans laquelle ils cherchent à instruire le roi pour leur intérêt. ». D&#039;autres apportent des plans de finance, et proposent des moyens de remplir les coffres du prince, sans charger les sujets. Mais, à moins qu&#039;un plan de finance ne soit un projet d&#039;entreprise industrielle, il ne peut donner aa gouvernement que ce qu&#039;il ôte au particulier, ou ce qu&#039;il ôte au gouvernement lui-même sous une autre forme. On ne fait jamais d&#039;un coup de baguette quelque chose de rien. De quelque déguisement qu&#039;on enveloppe une opération, quelques détours qu&#039;on fasse prendre aux valeurs, quelques métamorphoses qu&#039;on leur fasse subir, on n&#039;a une valeur qu&#039;en la créant ou en la prenant. Le meilleur de tous les plans de finance est de dépenser peu, et le meilleur de tous les impôts est le plus petit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;impôt est une portion des propriétés particulières, levée pour le service du public ; si l&#039;impôt est une valeur qui ne se reverse pas dans la société après lui avoir été ravie ; si l&#039;impôt n&#039;est point un moyen de reproduction, nous pourrons conclure que les meilleurs impôts, ou plutôt les moins mauvais sont : &lt;br /&gt;
# les plus modérés quant à leur quotité ;&lt;br /&gt;
# ceux qui entraînent le moins de ces charges qui pèsent sur le contribuable sans profiter au trésor public ;&lt;br /&gt;
# ceux dont le fardeau se répartit équitablement ;&lt;br /&gt;
# ceux qui nuisent le moins à la reproduction ;&lt;br /&gt;
# ceux qui sont plutôt favorables que contraires à la morale, c&#039;est-à-dire, aux habitudes utiles à la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelque évidente que paraisse l&#039;utilité de ces règles, j&#039;ajouterai à chacune quelque développement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;1) Les plus modérés quant à leur quotité.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, l&#039;impôt, ravissant au contribuable un produit qui est ou un moyen de jouissance ou un moyen de reproduction, lui prendrait d&#039;autant moins de jouissances ou de profits qu&#039;il est moins considérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;il est poussé trop loin, il produit ce déplorable effet de priver le contribuable de sa richesse sans en enrichir le gouvernement ; c&#039;est ce qu&#039;on pourra comprendre, si l&#039;on considère que le revenu de chaque contribuable offre toujours la mesure et la borne de sa consommation, productive ou non. On ne peut donc lui prendre une part de son revenu sans le forcer à réduire proportionnellement ses consommations. De là, diminution de demande des objets qu&#039;il ne consomme plus, et nommément de ceux sur lesquels est assis l&#039;impôt ; de cette diminution de demande résulte une diminution de production, et par conséquent moins de matière imposable. Il y a donc perte pour le contribuable d&#039;une partie de ses jouissances, perte pour le producteur d&#039;une partie de ses profits, et perte pour le fisc d&#039;une partie de ses recettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pour cela qu&#039;un impôt ne rend jamais au fisc en proportion de l&#039;extension qu&#039;on lui donne ; d&#039;où est né cet adage dans l&#039;administration des finances, que &#039;&#039;deux et deux ne font pas quatre&#039;&#039;. Un impôt exagéré détruit la base sur laquelle il porte ; il la détruit, soit qu&#039;il soit assis sur des objets de nécessité, ou bien sur des objets de luxe : avec cette seule différence, que sur ces derniers il supprime, avec une portion de la matière imposable, la jouissance qui pouvait résulter de sa consommation ; et qu&#039;assis sur des objets indispensables, il supprime le contribuable en même temps que la consommation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une raison contraire, une diminution d&#039;impôt, en multipliant les jouissances du public, augmente les recettes du fisc et fait voir aux gouvernements ce qu&#039;ils gagnent à être modérés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque Turgot, en 1775, réduisit à moitié les droits d&#039;entrée et de halle sur la marée qui se débitait à Paris, le montant total de ces droits resta le même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallut donc que la consommation de cette denrée eût doublé ; les pêcheurs et ceux qui font le commerce de la marée doublèrent donc leurs affaires et leurs profits ; et comme la population s&#039;accroît à la suite de la production, le nombre des consommateurs dut s&#039;augmenter ; le nombre des producteurs dut augmenter aussi ; car l&#039;augmentation des profits, c&#039;est-à-dire, des revenus, facilite les accumulations, et par conséquent l&#039;augmentation des capitaux et des familles ; il est hors de doute que le montant de plusieurs autres contributions s&#039;améliora par suite de l&#039;accroissement de la production, et le gouvernement se fit honneur en allégeant le fardeau des impôts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les agents du gouvernement, régisseurs ou fermiers des droits, forts de l&#039;ascendant que l&#039;autorité leur prête, parviennent trop souvent à faire décider en leur faveur les obscurités des lois fiscales, ou même à créer des obscurités pour en profiter ; ce qui équivaut à une extension de l&#039;impôt. Le même ministre adopta une marche opposée : il décida tous les cas douteux en faveur du redevable. Les traitants jetèrent les hauts cris, disant qu&#039;ils ne pourraient jamais tenir leurs engagements envers le roi, et offrant de compter de clerc à maître  L&#039;événement prouva contre leur opinion en faveur de leur bourse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une perception plus douce favorisa à ce point la production, et la consommation qui en est la suite, que les profits qui, sur le bail précédent, n&#039;avaient été que de 10 millions 550000 livres, s&#039;élevèrent à 60 millions ; augmentation qui serait difficile à croire, si c&#039;était une chose moins bien constatée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On lit dans l’&#039;&#039;essai politique sur la nouvelle-Espagne&#039;&#039;, Liv. V, chap 12, de M. De Humboldt, que pendant les treize années qui suivirent 1778, époque où le gouvernement espagnol adopta un système un peu plus libéral pour l&#039;administration de ses colonies, son revenu brut augmenta, pour les treize années, au Mexique seul, de plus de 102 millions de piastres (560 millions de francs), et que la quantité de numéraire qu&#039;il retirait de ce même pays, frais d&#039;administration déduits, augmenta, dans la même période, de 14 millions et demi de piastres (80 millions de francs). Il est naturel de supposer que les profits des particuliers, qui sont la matière imposable, furent bien plus considérables encore pendant les mêmes florissantes années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partout les mêmes procédés ont été accompagnés des mêmes effets, et l&#039;écrivain honnête homme est heureux de pouvoir prouver que la modération n&#039;est pas une duperie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant notre marche, nous déduirons des mêmes principes que les impôts, quels qu&#039;ils soient, qui ont le moins d&#039;inconvénients, sont :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;2) Ceux qui entraînent le moins de ces charges qui pèsent sur le contribuable sans profiter au trésor public.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs personnes ne regardent pas les frais de recouvrement comme un grand mal, parce qu&#039;elles les croient reversés dans la société sous une autre forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut que les renvoyer à ce qui a été dit plus haut. Les frais ne sont pas plus reversés que le principal des contributions, parce que l&#039;un comme l&#039;autre ne consistent pas dans le numéraire qui acquitte la contribution, mais dans la valeur fournie par le contribuable et détruite par le gouvernement ou ses agents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les besoins des princes, plus encore que l&#039;amour des peuples, ont forcé depuis deux siècles la plupart des États de l&#039;Europe à mettre dans leurs finances bien plus d&#039;ordre qu&#039;auparavant. Comme on fait supporter aux peuples à peu près tout le fardeau qu&#039;ils peuvent porter sans se fâcher, toutes les économies faites sur les frais de recouvrement ont été un gain, non pour la nation, mais pour le fisc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit dans les mémoires de Sully que, pour 30 millions que faisaient entrer au trésor royal les contributions en 1598, il sortait de la bourse des particuliers 150 millions. « La chose paraissait incroyable, ajoute Sully ; mais, à force de travail, j&#039;en assurai la vérité. ». Sous le ministère de Necker, les frais de recouvrement, sur 557 millions 500000 livres, ne se montaient plus qu&#039;à 58 millions. La France employait encore, sous ce ministère, 250000 personnes pour le recouvrement des impositions ; mais la plupart avaient en même temps d&#039;autres occupations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces frais étaient, comme on voit, de 104 sur 5 pour cent environ, et excédaient encore de beaucoup ceux qu&#039;occasionne le recouvrement des impôts en Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce ne sont pas seulement les frais de perception qui sont une charge pour les peuples, sans être un profit pour le trésor public. Les poursuites, les frais de contrainte, n&#039;augmentent pas d&#039;un sou les recettes, et sont une addition aux charges. C&#039;est même une addition qui retombe sur les contribuables les plus nécessiteux ; les autres n&#039;attendent pas la contrainte. Ces moyens odieux de faire payer les contributions se réduisent à cette proposition : &#039;&#039;vous n&#039;avez pas les moyens de payer dix francs : en ce cas, je vais vous en demander douze&#039;&#039;. On n&#039;a pas besoin de moyens violents pour faire payer, lorsque les contributions sont légères, comparées aux facultés des contribuables ; mais quand on a le malheur d&#039;avoir de trop forts impôts à faire rentrer, oppression pour oppression, les saisies valent mieux. Le contribuable dont on saisit et vend les effets jusqu&#039;à concurrence de sa contribution, au moins ne paie pas au delà de ce qu&#039;il doit payer, et ne fait aucuns frais qui n&#039;entrent au trésor public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est par une raison pareille que les travaux qui se font par corvée, comme autrefois les grands chemins en France, sont de mauvais impôts. Le temps perdu pour se rendre de trois ou quatre lieues à l&#039;endroit du travail, celui qui se perd dans un ouvrage qui n&#039;est pas payé et qu&#039;on fait à contre-cœur, sont des pertes pour le contribuable, sans être un profit pour le public. Souvent aussi la perte occasionnée par une interruption forcée de travail agricole, est plus considérable que le produit du travail obligé qu&#039;on y substitue, en supposant même qu&#039;il fût bien fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Turgot demanda aux ingénieurs des provinces un devis des dépenses qu&#039;exigeraient, année commune, les routes pour leur entretien, en y ajoutant autant de constructions nouvelles qu&#039;il en avait été fait jusqu&#039;alors. On leur recommanda d&#039;établir leurs calculs sur le pied de la plus forte dépense possible. Ils la portèrent à 10 millions pur tout le royaume. Turgot évaluait à 40 millions les pertes que la corvée occasionnait aux peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jours où le repos est imposé, soit par les lois, soit même par des usages qu&#039;on n&#039;ose enfreindre, sont encore des contributions dont il n&#039;entre pas la moindre parcelle dans le trésor de l&#039;État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;3) ceux dont le fardeau est réparti équitablement.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;impôt est un fardeau : l&#039;un des moyens pour qu&#039;il pèse le moins possible sur chacun, c&#039;est qu&#039;il porte sur tous. L&#039;impôt n&#039;est pas seulement une surcharge directe pour l&#039;individu, ou la branche d&#039;industrie qui en porte plus que sa part ; il est encore pour eux une surcharge indirecte : il ne leur permet pas de soutenir avec un avantage égal, la concurrence des autres producteurs. On a vu en mainte occasion tomber plusieurs manufactures par une exemption accordée à une seule d&#039;entre elles. Une faveur particulière est presque toujours une injustice générale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vices de répartition ne sont pas moins préjudiciables au fisc qu&#039;ils ne sont injustes à l&#039;égard des particuliers. Le contribuable qui est trop peu imposé ne réclame pas pour qu&#039;on augmente sa quote, et celui qui est surtaxé paie mal. Des deux parts le fisc éprouve un déficit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il équitable que l&#039;impôt soit levé sur cette portion des revenus que l&#039;on consacre aux superfluités plutôt que sur celles qu&#039;on emploie à l&#039;achat des choses nécessaires ? On ne peut, ce me semble, hésiter sur la réponse. L&#039;impôt est un sacrifice que l&#039;on fait à la société, à l&#039;ordre public ; l&#039;ordre public ne peut exiger le sacrifice des familles. Or, c&#039;est les sacrifier que de leur ôter le nécessaire. Qui osera soutenir qu&#039;un père doit retrancher un morceau de pain, un vêtement chaud à ses enfants, pour fournir son contingent au faste d&#039;une cour, ou bien au luxe des monuments publics ? De quel avantage serait pour lui l&#039;état social, s&#039;il lui ravissait un bien qui est le sien, qui est indispensable à son existence, pour lui offrir en échange sa part d&#039;une satisfaction incertaine, éloignée, qu&#039;il repousserait dès lors avec horreur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais chaque fois qu&#039;on veut marquer la limite qui sépare le nécessaire du superflu, on est embarrassé ; les idées qu&#039;ils réveillent ne sont point absolues : elles sont relatives aux temps, aux lieux, à l&#039;âge, à l&#039;état des personnes, et si l&#039;on voulait n&#039;asseoir l&#039;impôt que sur le superflu, on ne viendrait pas à bout de déterminer le point où il devrait s&#039;arrêter pour ne pas prendre sur le nécessaire. Tout ce qu&#039;on sait, c&#039;est que les revenus d&#039;un homme ou d&#039;une famille peuvent être modiques au point de ne pas suffire à leur existence, et que depuis ce point jusqu&#039;à celui où ils peuvent satisfaire à toutes les sensualités de la vie, à toutes les jouissances du luxe et de la vanité, il y a dans les revenus une progression imperceptible, et telle qu&#039;à chaque degré, une famille peut se procurer une satisfaction toujours un peu moins nécessaire, jusqu&#039;aux plus futiles qu&#039;on puisse imaginer ; tellement que si l&#039;on voulait asseoir l&#039;impôt de chaque famille, de manière qu&#039;il fût d&#039;autant plus léger qu&#039;il portât sur un revenu plus nécessaire, il faudrait qu&#039;il diminuât, non pas simplement proportionnellement, mais progressivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, et en supposant l&#039;impôt purement proportionnel au revenu, d&#039;un dixième par exemple, il enlèverait à une famille qui possède trois cent mille francs de revenu, 30000 francs. Cette famille en conserverait 270000 à dépenser par an, et l&#039;on peut croire qu&#039;avec un pareil revenu, non seulement elle ne manquerait de rien, mais qu&#039;elle se conserverait encore beaucoup de ces jouissances qui ne sont pas indispensables pour le bonheur ; tandis qu&#039;une famille qui ne posséderait qu&#039;un revenu de trois cents francs, et à qui l&#039;impôt n&#039;en laisserait que 270, ne conserverait pas, dans nos mœurs, et au cours actuel des choses, ce qui est rigoureusement nécessaire pour exister. On voit donc qu&#039;un impôt qui serait simplement proportionnel, serait loin cependant d&#039;être équitable ; et c&#039;est probablement ce qui a fait dire à Smith : « Il n&#039;est point déraisonnable que le riche contribue aux dépenses publiques, non seulement à proportion de son revenu, mais pour quelque chose de plus. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;irai plus loin, et je ne craindrai pas de prononcer que l&#039;impôt progressif est le seul équitable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;4) ceux qui nuisent le moins à la reproduction.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les valeurs que l&#039;impôt ravit aux particuliers, une grande partie, sans doute, si elle leur eût été laissée, aurait été employée à la satisfaction de leurs besoins et à leurs jouissances ; mais une autre partie aurait été épargnée et ajoutée à leurs capitaux productifs. Ainsi l&#039;on peut dire que tout impôt nuit à la reproduction, en nuisant à l&#039;accumulation des capitaux productifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois l&#039;impôt nuit plus directement encore aux capitaux, lorsque pour le payer le contribuable doit nécessairement détourner une partie de ceux qui sont déjà voués à la production. Selon une expression ingénieuse de M De Sismondi, ils ressemblent à une dîme qu&#039;on lèverait sur les semences au lieu de la lever sur la moisson. Tel est un impôt sur les successions. Un héritier qui entre en possession d&#039;un héritage de cent mille francs, s&#039;il est obligé de payer au fisc cinq pour cent, ne les prendra pas sur son revenu ordinaire, qui est déjà grevé de l&#039;impôt ordinaire, mais bien sur l&#039;héritage qui sera réduit pour lui à 95000 francs. Or, la fortune du défunt, qui précédemment était placée pour 100000 fr, ne l&#039;étant plus que pour 95000, par son successeur, le capital de la nation est diminué des 5000 francs perçus par le fisc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de même de tous les droits de mutation. Un propriétaire vend une terre de cent mille francs ; si l&#039;acquéreur est tenu de payer un droit de cinq pour cent, il ne donnera au vendeur que 95000 francs de cette propriété. Le vendeur n&#039;aura que cette somme à placer au lieu de cent mille francs que valait la terre : la masse du capital de la société est donc diminuée de cinq mille francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;acquéreur calcule assez mal pour payer, outre l&#039;impôt, la terre selon son entière valeur, il fait le sacrifice d&#039;un capital de 105000 francs pour acquérir une valeur de 100000 ; la perte de cette portion du capital est toujours la même pour la société, mais c&#039;est alors lui qui la supporte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les impôts sur les mutations, outre l&#039;inconvénient d&#039;être assis sur les capitaux, ont encore l&#039;inconvénient de mettre obstacle à la circulation des propriétés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On demandera peut-être quel intérêt a la société à ne pas gêner la circulation des propriétés ; que lui importe que telle propriété se trouve entre les mains d&#039;une personne ou d&#039;une autre, pourvu que la propriété subsiste ? Il lui importe toujours que les propriétés aillent le plus facilement qu&#039;il est possible où elles veulent aller, car c&#039;est là qu&#039;elles rapportent le plus. Pourquoi cet homme veut-il vendre sa terre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est parce qu&#039;il a en vue l&#039;établissement d&#039;une industrie dans laquelle ses fonds lui rapporteront davantage. Pourquoi cet autre veut-il acheter la même terre ? C&#039;est pour placer des fonds qui lui rapportent trop peu, ou qui sont oisifs, ou bien parce qu&#039;il croit la terre susceptible d&#039;amélioration. La transmutation augmente le revenu général, puisqu&#039;elle augmente le revenu des deux contractants. Si les frais sont assez considérables pour empêcher l&#039;affaire de se terminer, ils sont un obstacle à cet accroissement du revenu de la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces impôts, qui détruisent une partie des moyens de production de la société, qui par conséquent privent d&#039;ouvrage et de profits une partie des hommes industrieux qu&#039;elle contient, ont cependant au plus haut degré une qualité qu&#039;Arthur Young, homme savant en économie politique, réclame dans un impôt, celle d&#039;être payés avec facilité. Quand une nation a le malheur d&#039;avoir beaucoup d&#039;impôts, comme en cette matière on n&#039;a que le choix des inconvénients, peut-être doit-on tolérer ceux qui portent modérément sur les capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les impôts sur les procédures, et en général tous les frais qu&#039;on paie aux gens de loi, sont pris de même sur les capitaux ; car on ne plaide pas suivant le revenu qu&#039;on a, mais suivant les circonstances où l&#039;on se trouve jeté, les intérêts de famille où l&#039;on est impliqué, et l&#039;imperfection des lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les confiscations portent également sur les capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;impôt n&#039;influe pas sur la production seulement en altérant une de ses sources, les capitaux ; il agit encore à la manière des amendes, en punissant certaines productions et certaines consommations. Tous les impôts qui portent sur l&#039;industrie, comme les patentes ou permissions d&#039;exercer une industrie, sont dans ce cas-là ; mais lorsqu&#039;ils sont modérés, l&#039;industrie surmonte facilement l&#039;obstacle qu&#039;ils lui présentent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;industrie n&#039;est pas seulement frappée par les impôts qui lui sont directement demandés, elle l&#039;est encore par ceux qui portent sur la consommation des denrées dont elle fait usage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En général, les produits de première nécessité sont ceux qui sont consommés reproductivement, et les impôts qui les défavorisent, nuisent à la reproduction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela est plus généralement vrai encore des matières premières des arts, qui ne peuvent être consommées que reproductivement. Lorsqu&#039;on met un droit excessif sur le coton, on nuit à la production de tous les tissus dont cette matière est la base.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Brésil est un pays abondant en denrées qui se conserveraient et s&#039;emporteraient au loin, si l&#039;on pouvait les saler. Les pêcheries y sont très abondantes, et les bestiaux s&#039;y multiplient si facilement, qu&#039;on y tue un bœuf pour la peau seulement. C&#039;est de là que sont approvisionnées, en partie, les tanneries d&#039;Europe. Mais l&#039;impôt sur le sel empêche qu&#039;on n&#039;y emploie la salaison pour conserver et exporter la viande et le poisson ; et pour quelques cent mille francs qu&#039;il rapporte au fisc, il nuit d&#039;une manière incalculable aux productions de ce pays, et aux contributions que ces productions pourraient payer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison que l&#039;impôt, agissant comme ferait une amende, décourage les consommations reproductives, il peut décourager les consommations stériles, et alors, il produit le double bien de ne prendre point une valeur qui aurait été employée reproductivement, et celui d&#039;éloigner de cette inutile consommation, des valeurs qui peuvent être employées plus favorablement pour la société. C&#039;est l&#039;avantage de tous les impôts qui portent sur des objets de luxe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le gouvernement, au lieu de dépenser le produit des contributions levées sur les capitaux, les emploie d&#039;une façon reproductive, ou lorsque les particuliers rétablissent leurs capitaux par de nouvelles épargnes, alors ils balancent, par un bien opposé, le mal que fait l&#039;impôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est placer l&#039;impôt d&#039;une manière reproductive, que de l&#039;employer à créer des communications, creuser des ports, élever des constructions utiles. Plus rarement les gouvernements placent directement dans les entreprises industrielles une partie des valeurs levées par les contributions. Colbert le fit quand il prêta aux fabricants de Lyon. Les magistrats d&#039;Hambourg et quelques princes allemands versaient des fonds dans des entreprises industrielles. L&#039;ancien gouvernement de Berne plaçait, dit-on, chaque année une partie de ses revenus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;5) ceux qui sont plutôt favorables que contraires à la morale, c&#039;est-à-dire aux habitudes utiles à la société.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un impôt influe sur les habitudes d&#039;une nation, de même qu&#039;il influe sur ses productions et sur ses consommations ; il attache une peine pécuniaire à certaines actions, et il a le caractère qui rend les peines efficaces : c&#039;est d&#039;être en général une amende modérée et inévitable. C&#039;est donc indépendamment du tribut, de la ressource qu&#039;il offre aux gouvernements, une arme très puissante entre leurs mains, pour pervertir ou corriger, encourager la paresse ou le travail, la dissipation ou l&#039;économie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant la révolution de France, quand les terres productivement cultivées étaient assujetties à l&#039;impôt des vingtièmes, et que les terrains d&#039;agrément ne payaient rien, ne donnait-on pas une prime au luxe aux dépens de l&#039;industrie ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on faisait payer le droit de centième denier à ceux qui rachetaient une rente foncière, ne frappait-on pas d&#039;une amende une action favorable aux familles comme à la société ? Ne punissait-on pas les sacrifices louables que s&#039;imposent les personnes rangées pour libérer leurs héritages ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loi de Bonaparte, qui fait payer chaque année, par chacun des élèves des pensionnats particuliers, une somme au profit de l&#039;université, ne frappe-t-elle pas d&#039;une amende l&#039;instruction de la jeunesse, de qui seule on peut attendre l&#039;adoucissement des mœurs et le développement des facultés des nations ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on établit, en guise d&#039;impôt, des loteries, des maisons de jeu, ne favorise-t-on pas un vice fatal au repos des familles, fatal à la prospérité des états ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel affreux métier ne fait pas un gouvernement, lorsque, pareil à la plus vile courtisane, il excite un penchant honteux, et que, semblable aux escrocs qu&#039;il punit de la flétrissure, il présente à l&#039;avidité ou aux besoins l&#039;appât d&#039;une chance trompeuse !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les impôts, au contraire, qui découragent et rendent plus rares les dépenses du vice et de la vanité, peuvent être utiles comme moyen de répression, indépendamment de la ressource qu&#039;ils procurent au gouvernement. M. De Humboldt parle d&#039;un impôt mis sur les combats de coqs au Mexique : le gouvernement en retire 45000 piastres, et de plus l&#039;avantage de mettre des bornes à un genre de divertissement blâmable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l&#039;impôt est excessif ou inique, il provoque des fraudes, de fausses déclarations, des mensonges. Les gens honnêtes sont mis dans l&#039;alternative, ou de trahir la vérité, ou de sacrifier leurs intérêts en faveur des redevables qui n&#039;ont pas les mêmes scrupules. Ils éprouvent le sentiment, toujours pénible, dont on ne peut se défendre en voyant attacher le nom, et même les punitions du crime, à des actions, je ne dis pas seulement innocentes par elles-mêmes, mais souvent très utiles au public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les principales règles d&#039;après lesquelles, lorsqu&#039;on veut avoir égard à la prospérité publique, il convient de juger tous les impôts nés et à naître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après ces observations, applicables à toutes les sortes de contributions, il peut être utile d&#039;examiner les diverses manières dont elles sont assises, ou, en d&#039;autres termes, à l&#039;occasion de quoi la demande en est faite au contribuable, et sur quelles classes de contribuables retombe principalement leur fardeau.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VIII|Par qui sont payées les consommations publiques]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre X|Des différentes manières d&#039;asseoir l&#039;impôt, et sur quelles classes de contribuables portent les divers impôts]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_III_-_Chapitre_VIII&amp;diff=2209</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VIII</title>
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		<updated>2008-07-04T21:40:04Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VII|Des principaux objets de la dépense publique]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre IX|De l&#039;impôt et de ses effets en général]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Troisième&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre VII - Des principaux objets de la dépense publique.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Il est rare, mais il n&#039;est pas sans exemple de voir un citoyen faire les frais d&#039;une consommation publique. Un hôpital fondé par lui, une route percée, un jardin public planté sur son terrain et à ses dépens, ne sont pas des munificences inconnues. Elles étaient beaucoup plus communes, mais bien moins méritoires chez les anciens. Leurs richesses étaient plus souvent le fruit des rapines exercées sur leurs concitoyens et sur leurs ennemis ; et les dépouilles mêmes des ennemis n&#039;avaient-elles pas été gagnées au prix du sang des citoyens ? Chez les modernes, quoique de pareils excès ne soient pas sans exemples, les richesses des particuliers sont bien plus généralement le fruit de leur industrie et de leurs épargnes. En Angleterre, où il y a tant d&#039;établissements fondés et entretenus aux dépens des particuliers, la plupart des fortunes qui les soutiennent sont nées de l&#039;industrie. Il y a bien plus de générosité à donner des biens amassés avec peine et augmentés par des privations, qu&#039;à répandre ceux dont on ne doit rendre grâce qu&#039;à sa bonne fortune, ou tout au plus à quelques instants d&#039;audace.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre partie des consommations publiques chez les Romains se faisait immédiatement aux dépens des peuples vaincus. On leur imposait des tributs que les Romains consommaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez la plupart des nations modernes, le public est propriétaire, soit la nation tout entière, soit les villes, bourgs et villages en particulier, de domaines que l&#039;autorité publique loue ou administre au nom de la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En France, les terres labourables et les usines appartenant au public, sont en général louées à des particuliers ; les forêts nationales sont administrées par les agents du gouvernement. Les produits annuels de tous ces biens fournissent à une partie importante des consommations publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la majeure partie de ces consommations est payée avec le produit des contributions fournies par les citoyens ou sujets. Ils contribuent tantôt comme membres de tout l&#039;État, et leur contribution se verse dans le trésor public, où se puisent les dépenses qu regardent l&#039;État tout entier ; tantôt comme membres d&#039;une province ou d&#039;une commune, et leur contribution se verse dans la caisse provinciale ou communale, où se puisent les dépenses qui ne regardent que la province ou la commune.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;équité commande que les consommations soient payées par ceux qui en jouissent, les pays les mieux administrés sous ce rapport, sont ceux où chaque classe de citoyens supporte les frais des consommations publiques, proportionnellement à l&#039;avantage qu&#039;elle en retire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société tout entière jouit des bienfaits de l&#039;administration centrale, ou, si l&#039;on veut, du gouvernement ; elle jouit de même tout entière de la protection des forces militaires ; car une province a beau être à l&#039;abri de toute invasion, si l&#039;ennemi s&#039;empare du chef-lieu, du lieu, d&#039;où l&#039;on domine nécessairement sur tous les autres, il pourra imposer des lois aux provinces même qu&#039;il n&#039;aura pas envahies, et disposera de la vie et des biens de ceux mêmes qui n&#039;auront jamais vu ses soldats. Par une suite nécessaire, les dépenses des places fortes, des ports militaires, des agents extérieurs de l&#039;État, sont de nature à être supportées par la société tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;administration de la justice paraît devoir être rangée dans la classe des dépenses générales, quoiqu&#039;elle présente une protection, un avantage plus local. Un tribunal de Bordeaux qui saisit et qui juge un malfaiteur, ne travaille-t-il pas pour la sûreté de la France tout entière ? Les frais de prisons, de prétoires, suivent ceux des tribunaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith veut que la justice civile soit payée par les plaideurs. Cette idée deviendrait plus praticable encore, si tous les jugements étaient rendus, non par des tribunaux nommés d&#039;office, mais par des arbitres choisis par les parties, entre un certain nombre d&#039;hommes désignés à la confiance publique. Si ces arbitres, qui feraient toujours l&#039;office d&#039;un jury d&#039;équité, étaient payés proportionnellement à la somme disputée, et sans égard à la durée de l&#039;instruction, ils seraient intéressés à simplifier, à abréger les procès, pour épargner leur temps et leurs peines, et à juger équitablement pour avoir de l&#039;occupation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une province, une commune, paraissent jouir seules des avantages que leur procurent leur administration locale et les établissements d&#039;utilité, d&#039;agrément, d&#039;instruction et de bienfaisance, qui sont à l&#039;usage de cette portion de la société. Il convient donc que les dépenses de toutes ces choses soient à leur charge, et elles sont ainsi dans beaucoup de pays. Sans doute le pays tout entier, retire bien quelque avantage de l&#039;administration d&#039;une de ses provinces ; un étranger à une ville est à la vérité admis dans ses lieux publics, dans ses bibliothèques, dans ses écoles, dans ses promenades, dans ses hôpitaux ; mais on ne peut nier que ce ne soient pourtant les gens du canton qui jouissent principalement de tous ces avantages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a une très grande économie à laisser l&#039;administration des recettes et des dépenses locales aux autorités locales, surtout dans les pays où les administrateurs sont à la nomination des administrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand les dépenses se font sous les yeux des personnes aux frais de qui elles ont lieu, et pour leur avantage, il se perd moins d&#039;argent ; les dépenses sont mieux appropriées aux besoins. Si vous traversez un bourg, une ville, mal pavés et malpropres, si vous voyez un canal mal entretenu, ou un port qui se comble, vous pouvez en conclure le plus souvent que l&#039;autorité qui administre les fonds levés pour ces dépenses, ne réside pas sur les lieux et n&#039;est pas choisie par les habitants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est un avantage des petites nations sur les grandes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elles jouissent mieux et à moins de frais de toutes les choses d&#039;utilité ou d&#039;agrément public, parce qu&#039;elles voient de plus près si les frais qu&#039;elles font pour un objet, y sont fidèlement appliqués.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VII|Des principaux objets de la dépense publique]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre IX|De l&#039;impôt et de ses effets en général]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_III_-_Chapitre_VII&amp;diff=2208</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VII</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_III_-_Chapitre_VII&amp;diff=2208"/>
		<updated>2008-07-04T21:38:52Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;__NOTOC__&lt;br /&gt;
__NOEDITSECTION__&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VI|De la nature et des effets généraux des consommations publiques]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VIII|Par qui sont payées les consommations publiques]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Troisième&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre VII - Des principaux objets de la dépense publique}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Nous avons vu, dans le dernier chapitre, que toutes les consommations publiques étant par elles-mêmes un sacrifice, un mal qui n&#039;a d&#039;autre compensation que l&#039;avantage qui résulte pour le public de la satisfaction d&#039;un besoin, une bonne administration ne dépense jamais pour dépenser, et s&#039;assure que l&#039;avantage qui doit naître pour le public d&#039;un besoin satisfait, surpasse l&#039;étendue du sacrifice que le public a dû faire pour cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jetons maintenant un coup d&#039;œil sur les principaux besoins du public dans une société civilisée ; c&#039;est l&#039;unique moyen d&#039;apprécier convenablement l&#039;étendue des sacrifices qu&#039;ils méritent qu&#039;on fasse pour les obtenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les produits matériels qui sont consommés dans l&#039;intérêt du public, sont les munitions de guerre et de bouche, nécessaires à l&#039;entretien des armées ; les provisions que réclament les hôpitaux, les prisons, et en général toutes les personnes à l&#039;entretien desquelles l&#039;État pourvoit directement. Les feux d&#039;artifice tirés publiquement dans les solennités, sont des produits matériels consommés pour l&#039;amusement du peuple. Mais de toutes les dépenses publiques, les plus considérables sont celles qu&#039;entraînent les services rendus, ou censés rendus, par les hommes ou par les choses, et qui ont été caractérisés, dans le premier livre de cet ouvrage, sous le nom de &#039;&#039;produits immatériels&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les services personnels sont ceux de tous les fonctionnaires publics civils, judiciaires, militaires, religieux. Le public, en payant une liste civile, des traitements, des salaires, achète des services personnels qui sont consommés dans son intérêt, et pour satisfaire un des besoins de la société. Je dis que ces services sont consommés ; car, après qu&#039;ils ont été rendus, il est impossible de les consommer de nouveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le juge qui a assisté à l&#039;audience d&#039;hier, peut assister à une audience aujourd&#039;hui ; mais c&#039;est une nouvelle vacation, qu&#039;il faut payer sur nouveaux frais. Il faut considérer les talents d&#039;un fonctionnaire public comme un fonds dont il vend au public les produits pendant un espace de temps déterminé ; le public consomme ces services pour son avantage, et le fonctionnaire consomme de son côté pour son entretien et celui de sa famille, les produits qu&#039;il a reçus du&lt;br /&gt;
public sous le nom de traitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens communaux, les jardins publics, les grandes routes, et même les rivières et les mers, sont des fonds de terre productifs d&#039;utilité ou d&#039;agrément, dont le public consomme la rente. Lorsqu&#039;il s&#039;y trouve des valeurs capitales ajoutées, comme des édifices, des ponts, des ports, des chaussées, des digues, des canaux, alors le public consomme, outre le service ou la rente du fonds, le service ou l&#039;intérêt d&#039;un capital. De ces fonds, les uns sont un don gratuit de la nature, les autres sont le fruit d&#039;accumulations que des gouvernements sages ont réservées sur les contributions annuelles des nations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois le public possède des établissements industriels productifs de produits matériels, comme en France la manufacture de porcelaine de Sèvres, celle de tapisseries des Gobelins, les salines de la Lorraine et du Jura, etc. Lorsque ces établissements rapportent plus qu&#039;ils ne coûtent, ce qui est fort rare, alors ils fournissent une partie des revenus de la société, loin de devoir passer pour être une de ses charges.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. des dépenses relatives à l&#039;administration civile et judiciaire. ====&lt;br /&gt;
Les frais d&#039;administration civile ou judiciaire consistent, soit dans le traitement des magistrats, soit dans la dépense de représentation qu&#039;on suppose nécessaire pour l&#039;accomplissement de leurs fonctions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand même la représentation, ou une partie de la représentation, est payée par le magistrat, elle n&#039;en retombe pas moins à la charge du public, puisqu&#039;il faut bien que dans ce cas le traitement du magistrat soit proportionné à la somptuosité qu&#039;on exige de lui. Ceci s&#039;applique à tous les fonctionnaires publics, depuis le prince jusqu&#039;à l&#039;huissier. Un peuple qui ne sait respecter son prince que lorsqu&#039;il est entouré de faste, de dorures, de gardes, de chevaux, de tout ce qu&#039;il y a de plus dispendieux, paie en conséquence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il économise au contraire, quand il accorde son respect à la simplicité plutôt qu&#039;à l&#039;étalage, et quand il obéit aux lois sans appareil. C&#039;est ce qui rendait singulièrement médiocres les frais du gouvernement dans plusieurs cantons suisses avant la révolution, et dans l&#039;Amérique septentrionale même avant son indépendance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoiqu&#039;elles fussent sous la domination de l&#039;Angleterre, on sait que les colonies de l&#039;Amérique septentrionale avaient leur gouvernement à elles, dont elles supportaient les frais ; or, toutes les dépenses du gouvernement de ces provinces ne montaient, par année, qu&#039;à la somme de 64700 livres sterling 1552800 francs). « Exemple mémorable, dit Smith, qui montre avec combien peu de frais trois millions d&#039;hommes peuvent être, non seulement gouvernés, mais bien gouvernés. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les causes purement politiques, et la forme du gouvernement qui en dérive, influent sur les frais de traitement des fonctionnaires civils et judiciaires, sur ceux de représentation, et enfin sur ceux qu&#039;exigent les institutions et les établissements publics. Ainsi, dans un pays despotique, où le prince dispose des biens de ses sujets, lui seul réglant son traitement, c&#039;est-à-dire, ce qu&#039;il consomme de deniers publics pour son utilité personnelle, ses plaisirs, l&#039;entretien de sa maison, ce traitement peut être fixé plus haut que dans les pays où il est débattu entre les représentants du prince et ceux des contribuables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le traitement des magistrats subalternes dépend également, soit de leur influence particulière, soit du système général du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les services qu&#039;ils rendent sont coûteux ou à bon marché, non seulement en proportion du prix qu&#039;on les paie, mais encore selon que les fonctions sont moins bien ou mieux remplies. Un service mal rendu est cher, quoique fort peu payé ; il est cher s&#039;il est peu nécessaire. Il en est de cela comme d&#039;un meuble qui ne remplit pas bien l&#039;office auquel il est destiné, ou dont on n&#039;avait pas besoin, et qui embarrasse plutôt qu&#039;il ne sert. Tels étaient, sous l&#039;ancienne monarchie, les charges de grand-amiral, de grand-maître, de grand-échanson, de grand-veneur, et une foule d&#039;autres qui ne servaient pas même à relever l&#039;éclat de la couronne, et dont plusieurs n&#039;étaient que des moyens employés pour répandre des gratifications et des faveurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, lorsque l&#039;on complique les ressorts de l&#039;administration, on fait payer au peuple des services qui ne sont pas indispensables pour le maintien de l&#039;ordre public : c&#039;est une façon inutile donnée à un produit qui n&#039;en vaut pas mieux pour cela, et qui communément en vaut moins. Sous un mauvais gouvernement qui ne peut soutenir ses empiétements, ses injustices, ses exaction, qu&#039;au moyen de nombreux satellites, d&#039;un espionnage actif et de prisons multipliées ; ces prisons, ces espions, ces soldats coûtent au peuple, qui certes n&#039;en est pas plus heureux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la raison contraire, un service public peut n&#039;être pas cher, quoiqu&#039;il soit généreusement payé. Si un faible salaire est perdu en totalité quand il est donné à un homme incapable de remplir son emploi, si les pertes que cause son impéritie vont même beaucoup au-delà de son salaire, les services que rend un homme recommandable par ses connaissances et son jugement, sont un riche équivalent qu&#039;il donne en échange du sien ; les pertes dont il préserve l&#039;État, ou les avantages qu&#039;il lui procure, excèdent bientôt la récompense qu&#039;il en reçoit, quelque libérale qu&#039;on la suppose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On gagne toujours à n&#039;employer, en toutes choses, que les bonnes qualités, dût-on les payer davantage. On n&#039;a presque jamais des gens de mérite à très bas prix, parce que le mérite s&#039;applique à plus d&#039;un emploi. Il ne faut pas lui donner lieu de se dégoûter d&#039;une carrière où il sent qu&#039;il ne reçoit pas une équitable récompense de ses soins. En administration, la véritable économie consiste à ne pas compliquer les rouages, à ne pas multiplier les places, à ne pas les donner à la faveur, et non à les payer mesquinement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de la probité comme du talent. On n&#039;a des gens intègres qu&#039;en les payant. Rien d&#039;étonnant à cela : ils n&#039;ont pas à leur disposition les commodes suppléments que s&#039;assure l&#039;improbité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir qui accompagne ordinairement l&#039;exercice des fonctions publiques, est une espèce de salaire qui, dans bien des cas excède le salaire en argent qu&#039;on leur attribue. Je sais que dans un État bien ordonné, les lois ayant le principal pouvoir, et peu de chose étant laissé à l&#039;arbitraire de l&#039;homme, il n&#039;y trouve pas autant de moyens de satisfaire ses fantaisies et ce malheureux amour de la domination que tout homme porte dans son cœur. Cependant la latitude que les lois ne peuvent manquer de laisser aux volontés de ceux qui les exécutent, surtout dans l&#039;ordre administratif, et les honneurs qui accompagnent ordinairement les emplois éminents, ont une valeur véritable qui les fait rechercher avec ardeur, même dans les pays où ils ne sont pas lucratifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les règles d&#039;une stricte économie conseilleraient peut-être d&#039;économiser le salaire en argent dans les cas où les honneurs suffisent pour exciter l&#039;empressement de ceux qui prétendent aux charges ; ce qui les ferait tomber entre les mains des gens riches exclusivement. Alors, indépendamment de l&#039;inconvénient qui peut se rencontrer lorsque l&#039;on confère à la richesse un pouvoir politique, on risquerait de perdre, par l&#039;incapacité du fonctionnaire, plus qu&#039;on n&#039;épargnerait en économisant son traitement. Ce serait, dit Platon dans sa république , comme si, sur un navire, on faisait quelqu&#039;un pilote pour son argent. Il est à craindre d&#039;ailleurs qu&#039;un homme, quelque riche qu&#039;il soit, qui donne gratuitement ses travaux, ne vende son pouvoir. L&#039;expérience a malheureusement prouvé que dans les pays où les fonctions de représentants de la nation sont gratuites, les intérêts généraux sont sacrifiés aux intérêts privilégiés. Une fortune considérable ne suffit pas pour préserver un fonctionnaire de la vénalité ; car les grands besoins marchent d&#039;ordinaire avec une grande fortune, et fréquemment la devancent. Enfin, en supposant qu&#039;on puisse rencontrer, ce qui n&#039;est pas rigoureusement impossible, avec une grande fortune, l&#039;intégrité, et avec l&#039;intégrité l&#039;amour du travail, nécessaires pour bien s&#039;acquitter de ses devoirs, pourquoi ajouter à l&#039;ascendant déjà trop grand des richesses, celui que donne l&#039;autorité ? Quels comptes osera-t-on demander à l&#039;homme qui peut se donner, soit avec le gouvernement, soit avec le peuple, l&#039;air de la générosité ? Ce n&#039;est pas que dans quelques occasions, comme dans l&#039;administration des hôpitaux et des prisons, on ne puisse, avec avantage et sans danger, employer les services gratuits des gens riches pourvu qu&#039;ils aient le jugement et l&#039;activité, qualités sans lesquelles tout souffre et dépérit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous l&#039;ancien régime, en France, le gouvernement, pressé par le besoin d&#039;argent, vendait les places ; cet expédient entraîne les inconvénients des fonctions qu&#039;on exerce gratuitement, puisque les émoluments de la place ne sont plus que l&#039;intérêt du capital payé par le titulaire, et il coûte à l&#039;État comme si la fonction n&#039;était pas gratuite, puisqu&#039;il laisse l&#039;État grevé d&#039;une rente dont il a mangé le fonds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a souvent confié des fonctions civiles, telles que l&#039;expédition des actes de naissance, de mariage et de décès, à des prêtres qui, payés pour d&#039;autres fonctions, pouvaient exercer gratuitement celle-là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;abord elle n&#039;est pas gratuite si le prêtre reçoit un droit casuel sous une forme quelconque ; n&#039;y a-t-il pas ensuite quelque imprudence à l&#039;autorité civile, à confier une partie de ses fonctions à des hommes qui se disent ministres d&#039;une autorité supérieure à la sienne, et qui reçoivent quelquefois les ordres d&#039;un prince étranger ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les précautions qu&#039;on peut prendre, le public ni le prince ne peuvent jamais être ni si bien servis, ni à si bon marché que les particuliers. Les agents de l&#039;administration ne sauraient être surveillés par leurs supérieurs avec le même soin que les agents des particuliers, et les supérieurs eux-mêmes ne sont pas si directement intéressés à leur bonne conduite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est facile d&#039;ailleurs aux inférieurs d&#039;en imposer à un chef qui, obligé d&#039;étendre au loin son inspection, ne peut donner à chaque objet qu&#039;une fort petite dose d&#039;attention ; à un chef souvent bien plus sensible aux prévenances qui flattent sa vanité, qu&#039;aux soins dont le public seul profite ! Quant au prince et au peuple, qui sont les plus intéressés à la bonne administration, puisqu&#039;elle affermit le pouvoir de l&#039;un et le bonheur de l&#039;autre, une surveillance efficace et soutenue leur est presque impossible à exercer. Il faut nécessairement qu&#039;ils s&#039;en rapportent à leurs agents dans le plus grand nombre des cas, et qu&#039;ils soient trompés quand on est intéressé à les tromper ; ce qui arrive fréquemment.  « Les services publics ne sont jamais mieux exécutés, dit Smith, que lorsque la récompense est une conséquence de l&#039;exécution, et se proportionne à la manière dont le service a été exécuté. ». Il voudrait que les salaires des juges fussent payés à l&#039;issue de chaque procès, et proportionnellement aux peines que la procédure aurait occasionnées aux différents magistrats. Les juges alors s&#039;occuperaient de leur affaire, et les procès ne traîneraient pas en longueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait difficile d&#039;étendre ce procédé à la plupart des actes de l&#039;administration, et il ouvrirait peut-être la porte à d&#039;autres abus non moins nuisibles ; mais il aurait un grand avantage, en ce que les agents de l&#039;administration ne se multiplieraient pas au-delà de tous les besoins. Cela établirait dans les services rendus au public, cette concurrence si favorable aux particuliers dans les&lt;br /&gt;
services qu&#039;ils réclament.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non seulement le temps et les travaux des administrateurs sont parmi les plus chèrement payés, non seulement il y en a une grande partie gaspillée par leur faute, sans qu&#039;il soit possible de l&#039;éviter, mais il y en a souvent beaucoup de perdus par une suite des usages du pays et de l&#039;étiquette des cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui pourrait calculer ce que, durant plus d&#039;un siècle, il a été perdu, sur la route de Paris à Versailles, d&#039;heures chèrement payées par le public ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les longues cérémonies qui s&#039;observent dans les cours de l&#039;orient, prennent de même aux principaux fonctionnaires de l&#039;État un temps considérable. Quand le prince a consacré aux pratiques religieuses, aux cérémonies d&#039;usage, et à ses plaisirs, le temps qu&#039;ils réclament, il ne lui en reste pas beaucoup pour s&#039;occuper de ses affaires ; aussi vont-elles fort mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le roi de Prusse Frédéric II, au contraire, en distribuant bien son temps et en le remplissant bien, avait trouvé le moyen de faire beaucoup par lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a plus vécu que d&#039;autres, morts plus âgés, et il a élevé son pays au rang d&#039;une puissance du premier ordre. Sans doute ses autres qualités étaient nécessaires pour cela ; mais ses autres qualités n&#039;auraient pas suffi sans un bon emploi de son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== II. Des dépenses relatives à l&#039;armée. ====&lt;br /&gt;
Lorsque le commerce, les manufactures et les arts se sont répandus chez un peuple, et que les produits généraux se sont par conséquent multipliés, chaque citoyen ne peut, sans de graves inconvénients, être arraché aux emplois productifs devenus nécessaires à l&#039;existence de la société, pour être employé à la défense de l&#039;État. Le cultivateur est forcé de travailler non seulement pour se nourrir avec sa famille, mais pour nourrir d&#039;autres familles qui sont, ou propriétaires des terres et en partagent les produits, ou manufacturières et commerçantes, et lui fournissent des denrées dont lui-même ne peut plus se passer. Il faut, en conséquence, qu&#039;il cultive une plus grande étendue de terrain, qu&#039;il varie ses cultures, qu&#039;il soigne un plus grand nombre de bestiaux, qu&#039;il se livre à une exploitation lus compliquée, et qui l&#039;occupe même dans les intervalles que lui laisse le développement des germes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le manufacturier, le commerçant peuvent encore moins sacrifier un temps et des facultés dont toutes les portions, sauf les instants de relâche, sont nécessaires à la production qui soutient leur existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les propriétaires des terres affermées pourraient encore, à la vérité, faire la guerre à leurs dépens, et c&#039;est bien ce que font jusqu&#039;à un certain point les nobles dans les monarchies ; mais la plupart des propriétaires, accoutumés aux douceurs de la civilisation, n&#039;éprouvant jamais les besoins qui font concevoir et exécuter les grandes entreprises, peu susceptibles de cet enthousiasme qu&#039;on n&#039;éprouve jamais seul, et qui ne peut être général dans une nation nécessairement occupée ; les propriétaires, dis-je, ont, dans cet ordre de choses, toujours préféré de contribuer à la défense de la société plutôt par le sacrifice d&#039;une partie de leurs revenus, que par celui de leur repos et de leur vie. Les capitalistes partagent les goûts, les besoins et l&#039;opinion des propriétaires fonciers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De là les contributions qui, dans presque tous les États modernes, ont mis le prince ou la république en état de salarier des soldats dont tout le métier est de garder le pays, de le défendre contre les agressions des autres puissances, et trop souvent d&#039;être les instruments des passions et de la tyrannie de leurs chefs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La guerre, devenue un métier, participe comme tous les autres arts aux progrès qui résultent de la division du travail : elle met à contribution toutes les connaissances humaines. On ne peut y exceller, soit comme général, soit comme ingénieur, soit comme officier, soit même comme soldat, sans une instruction quelquefois fort longue et sans un exercice constant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, en exceptant les cas où l&#039;on a eu à lutter contre l&#039;enthousiasme d&#039;une nation tout entière, l&#039;avantage est-il toujours demeuré aux troupes les mieux aguerries, à celles dont la guerre était devenue le métier. Les Turcs, malgré leur mépris pour les arts des Chrétiens, sont obligés d&#039;être leurs écoliers dans l&#039;art de la guerre, sous peine d&#039;être exterminés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les armées de l&#039;Europe ont été forcées d&#039;imiter la tactique des Prussiens ; et lorsque le mouvement imprimé aux esprits par la révolution française, a perfectionné, dans les armées de la république, l&#039;application des sciences aux opérations militaires, les ennemis des Français se sont vus dans la nécessité de s&#039;approprier les mêmes avantages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ces progrès, ce déploiement de moyens, cette consommation de ressources, ont rendu la guerre bien plus dispendieuse qu&#039;elle ne l&#039;était autrefois. Il a fallu pourvoir d&#039;avance les armées, d&#039;armes, de munitions de guerre et de bouche, d&#039;attirails de toute espèce. L&#039;invention de la poudre à canon a rendu les armes bien plus compliquées et plus coûteuses, et leur transport, surtout celui des canons et des mortiers, plus difficile. Enfin les étonnants progrès de la tactique navale, ce nombre de vaisseaux de tous les rangs, pour chacun desquels il a fallu mettre en jeu toutes les ressources de l&#039;industrie humaine ; les chantiers, les bassins, les usines, les magasins, etc., ont forcé les nations qui font la guerre, non seulement à faire pendant la paix à peu près la même consommation que pendant les hostilités, non seulement à y dépenser une partie de leur revenu, mais à y placer une portion considérable de leurs capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut ajouter à ces considérations que le système colonial des modernes, j&#039;entends ce système qui tend à vouloir conserver le gouvernement d&#039;une ville ou d&#039;une province situées sous un autre climat, a rendu les États européens attaquables et vulnérables jusqu&#039;aux extrémités de la terre ; tellement qu&#039;une guerre entre deux grandes puissances, a maintenant pour champ de bataille le globe entier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est résulté que la richesse est devenue aussi indispensable pour faire la guerre que la bravoure, et qu&#039;une nation pauvre ne peut plus résister à une nation riche. Or comme la richesse ne s&#039;acquiert que par l&#039;industrie et l&#039;épargne, on peut prévoir que toute nation qui ruinera, par de mauvaises lois ou par des impôts trop pesants, son agriculture, ses manufactures et son commerce, sera nécessairement dominée par d&#039;autres nations plus prévoyantes. Il en résulte aussi que la force sera probablement à l&#039;avenir du côté de la civilisation et des lumières ; car les nations civilisées sont les seules qui puissent avoir assez de produits pour entretenir des forces militaires imposantes ; ce qui éloigne pour l&#039;avenir la probabilité de ces grands bouleversements dont l&#039;histoire est pleine, et où les peuples civiliés sont devenus victimes des peuples barbares.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La guerre coûte plus que ses frais ; elle coûte ce qu&#039;elle empêche de gagner. Lorsqu&#039;en 1672, Louis XII, dominé par son ressentiment, résolut de châtier la Hollande pour l&#039;indiscrétion de ses gazetiers, Boreel, ambassadeur des Provinces-Unies, lui remit un mémoire qui lui prouvait que, par le canal de la Hollande, la France vendait annuellement aux étrangers pour 60 millions de ses marchandises, valeur d&#039;alors, qui feraient 120 millions de ce temps-ci.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela fut traité de bavardage par la cour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin ce serait apprécier imparfaitement les frais de la guerre, si l&#039;on n&#039;y comprenait aussi les ravages qu&#039;elle commet, et il y a toujours un des deux partis pour le moins exposé à ses ravages, celui chez lequel s&#039;établit le théâtre de la guerre. Plus un État est industrieux, et plus la guerre est pour lui destructive et funeste. Lorsqu&#039;elle pénètre dans un pays riche de ses établissements agricoles, manufacturiers et commerciaux, elle ressemble à un feu qui gagne des lieux pleins de matières combustibles ; sa rage s&#039;en augmente, et la dévastation est immense. Smith appelle le soldat un travailleur improductif ; plût à dieu ! C&#039;est bien plutôt un travailleur destructif ; non seulement il n&#039;enrichit la société d&#039;aucun produit, non seulement il consomme ceux qui sont nécessaires à son entretien, mais trop souvent il est appelé à détruire, inutilement pour lui-même, le fruit pénible des travaux d&#039;autrui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste, le progrès lent mais infaillible des lumières changera encore une fois les relations des peuples entre eux, et par conséquent les dépenses publiques qui ont rapport à la guerre. On finira par comprendre qu&#039;il n&#039;est point dans l&#039;intérêt des nations de se battre ; que tous les maux d&#039;une guerre malheureuse retombent sur elles ; et que les avantages qu&#039;elles recueillent des succès, sont absolument nuls. Toute guerre, dans le système politique actuel, est suivie de tributs imposés aux vaincus par le vainqueur, et de tributs imposés aux vainqueurs par ceux qui les gouvernent ; car qu&#039;est-ce que l&#039;intérêt des emprunts qu&#039;ils ont faits, sinon des tributs ? Peut-on citer dans les temps modernes une seule nation qui, à l&#039;issue de la guerre la plus heureuse, ait eu moins de contributions à payer, qu&#039;avant de l&#039;avoir commencée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la gloire qui suit des succès sans avantages réels, c&#039;est un hochet qui coûte fort cher, et qui ne saurait longtemps amuser des hommes raisonnables. La satisfaction de dominer sur la terre ou sur les mers, ne paraîtra guère moins puérile, quand on sera plus généralement convaincu que cette domination ne s&#039;exerce jamais qu&#039;au profit de ceux qui gouvernent, et nullement au profit de leurs administrés. Le seul intérêt des administrés est de communiquer librement entre eux, et par conséquent d&#039;être en paix. Toutes les nations sont amies par la nature des choses, et deux gouvernements qui se font la guerre ne sont pas moins ennemis de leurs propres sujets que de leurs adversaires. Si de part et d&#039;autre les sujets épousent des querelles de vanité et d&#039;ambition qui leur sont également funestes, à quoi peut-on comparer leur stupidité ? J&#039;ai honte de le dire ; à celle des brutes qui s&#039;animent et se déchirent pour le plaisir de leurs maîtres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si déjà la raison publique a fait des progrès, elle en fera encore. Précisément parce que la guerre est devenue beaucoup plus dispendieuse qu&#039;elle n&#039;était autrefois, il est impossible aux gouvernements de la faire désormais sans l&#039;assentiment du public, positivement ou tacitement exprimé. Cet assentiment s&#039;obtiendra de plus en plus difficilement à mesure que le gros des nations s&#039;éclairera sur leurs véritables intérêts. Dès lors l&#039;état militaire des nations se réduira à ce qui sera nécessaire pour repousser une invasion. Or, ce qu&#039;il faut pour cela, ce sont quelques corps de cavalerie et d&#039;artillerie qui ne peuvent se former à la hâte, et qui demandent une instruction préalable ; du reste, la force des États sera dans leurs milices nationales, et surtout dans de bonnes institutions : on ne surmonte jamais un peuple unanimement attaché à ses institutions, et il s&#039;y attache d&#039;autant plus qu&#039;il aurait plus à perdre à changer de domination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== III. Des dépenses relatives à l&#039;enseignement public. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le public est-il intéressé à ce qu&#039;on cultive tous les genres de connaissances ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il nécessaire qu&#039;on enseigne à ses frais toutes celles qu&#039;il est de son intérêt que l&#039;on cultive ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux questions dont la solution peut être demandée à l&#039;économie politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle que soit notre position dans la société, nous sommes perpétuellement en rapport avec les trois règnes de la nature. Nos aliments, nos habits, nos médicaments, l&#039;objet de nos occupations et de nos plaisirs, tout ce qui nous environne enfin, est soumis à des lois ; et mieux ces lois sont connues, plus sont grands le avantages qu&#039;en retire la société. Depuis l&#039;ouvrier qui façonne le bois ou l&#039;argile, jusqu&#039;au ministre d&#039;État, qui d&#039;un trait de plume règle ce qui a rapport à l&#039;agriculture, aux haras, aux mines, au commerce, chaque individu remplira mieux son emploi s&#039;il connaît mieux la nature des choses, s&#039;il est plus&lt;br /&gt;
instruit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nouveaux progrès dans nos connaissances procurent, par la même raison, un accroissement de bonheur à la société. Un nouvel emploi du levier, ou de la force de l&#039;eau, ou de celle du vent, la manière de diminuer un simple frottement, peuvent influer sur vingt arts différents. L&#039;uniformité des mesures, auxquelles les&lt;br /&gt;
sciences mathématiques ont fourni une base, serait utile au monde commerçant tout entier, s&#039;il avait la sagesse de l&#039;adopter. La première découverte importante qu&#039;on fera dans l&#039;astronomie ou la géologie, donnera peut-être le moyen de connaître plus exactement et plus facilement les longitudes en mer, et cette facilité influera sur le commerce du globe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une seule plante dont la botanique enrichira l&#039;Europe, peut influer sur le sort de plusieurs millions de familles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi cette foule de connaissances, les unes de théorie, les autres d&#039;application, dont la propagation et les progrès sont avantageux au public, il y en a heureusement beaucoup que les particuliers sont personnellement intéressés à acquérir, et dont la société peut se dispenser de payer l&#039;enseignement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un entrepreneur de travaux quelconques cherche avidement à connaître tout ce qui a rapport à son art ; l&#039;apprentissage de l&#039;ouvrier se compose de l&#039;habitude manuelle, et en outre d&#039;une foule de notions qu&#039;on ne peut acquérir que dans les ateliers, et qui ne peuvent être récompensées que par un salaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais tous les degrés de connaissances ne produisent pas pour l&#039;individu un avantage proportionné à celui qu&#039;en retire la société. En traitant des profits du savant, j&#039;ai montré par quelle cause ses talents n&#039;étaient point récompensés selon leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant les connaissances théoriques ne sont pas moins utiles à la société que les procédés d&#039;exécution. Si l&#039;on n&#039;en conservait pas le dépôt, que deviendrait leur application aux besoins de l&#039;homme ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette application ne serait bientôt plus qu&#039;une routine aveugle qui dégénérerait promptement ; les arts sombreraient, la barbarie reparaîtrait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les académies et les sociétés savantes, un petit nombre d&#039;écoles très fortes, où non seulement on conserve le dépôt des connaissances et les bonnes méthodes d&#039;enseignement, mais où l&#039;on étende sans cesse le domaine des sciences, sont donc regardées comme une dépense bien entendue, en tout pays où l&#039;on sait apprécier les avantages attachés au développement des facultés humaines. Mais il faut que ces académies et ces écoles soient tellement organisées, qu&#039;elles n&#039;arrêtent pas les progrès des lumières au lieu de les favoriser, qu&#039;elles n&#039;étouffent pas les bonnes méthodes d&#039;enseignement au lieu de les répandre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Longtemps avant la révolution française, on s&#039;était aperçu que la plupart des universités avaient cet inconvénient. Toutes les grandes découvertes ont été faites hors de leur sein ; et il en est peu auxquelles elles n&#039;aient opposé le poids de leur influence sur la jeunesse, et de leur crédit sur l&#039;autorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette expérience montre combien il est essentiel de ne leur attribuer aucune juridiction. Un candidat est-il appelé à faire des preuves ; il ne convient pas de consulter des professeurs qui sont juges et parties, qui doivent trouver bon tout ce qui sort de leur école, et mauvais tout ce qui n&#039;en vient pas. Il faut constater le mérite du candidat, et non le lieu de ses études, ni le temps qu&#039;il y a consacré ; car exiger qu&#039;une certaine instruction, celle qui est relative à la médecine, par exemple, soit reçue dans un lieu désigné, c&#039;est empêcher une instruction qui pourrait être meilleure, et prescrire un certain cours d&#039;études,&lt;br /&gt;
c&#039;est prohiber toute autre marche plus expéditive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;agit-il de juger le mérite d&#039;un procédé quelconque, il faut de même se défier de l&#039;esprit de corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un encouragement qui n&#039;a aucun danger et dont l&#039;influence est bien puissante, est celui qu&#039;on donne à la composition des bons ouvrages élémentaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;honneur et le profit que procure un bon ouvrage de ce genre, ne paient pas le travail, les connaissances et les talents qu&#039;il suppose ; c&#039;est une duperie de servir le public par ce moyen, parce que la récompense naturelle qu&#039;on en reçoit, n&#039;est pas proportionnée au bien que le public en retire. Le besoin qu&#039;on a de bons livres élémentaires ne sera donc jamais complètement satisfait, qu&#039;autant qu&#039;on fera, pour les avoir, des sacrifices extraordinaires, capables de tenter des hommes du premier mérite. Il ne faut charger personne spécialement d&#039;un pareil travail : l&#039;homme du plus grand talent peut n&#039;avoir pas celui qui serait propre à cela. Il ne faut pas proposer des prix : ils sont accordés quelquefois à des productions imparfaites, parce qu&#039;il ne s&#039;en est point présenté de meilleures ; d&#039;ailleurs l&#039;encouragement du prix cesse dès qu&#039;il est accordé. Mais il faut payer proportionnellement au mérite, et toujours généreusement, tout ce qui se fait de bon. Une bonne production n&#039;en exclut pas alors une meilleure ; et avec le temps on a, dans chaque genre, ce qu&#039;on peut avoir de mieux. Je remarquerai qu&#039;on ne risque jamais beaucoup en mettant un grand prix aux bonnes productions : elles sont toujours rares ; et ce qui est une récompense magnifique pour un particulier, est un léger sacrifice pour une nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les genres d&#039;instruction favorables à la richesse nationale, et ceux qui pourraient déchoir si la société ne contribuait pas à leur entretien. Il y en a d&#039;autres qui sont nécessaires à l&#039;adoucissement des mœurs, et qui peuvent encore moins se soutenir sans son appui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À une époque où les arts sont perfectionnés, et où la séparation des occupations est introduite jusque dans leurs moindres embranchements, la plupart des ouvriers sont forcés de réduire toutes leurs actions et toutes leurs pensées à une ou deux opérations, ordinairement très simple et constamment répétées ; nulle circonstance nouvelle, imprévue, ne s&#039;offre jamais à eux ; n&#039;étant dans aucun cas appelés à faire usage de leurs facultés intellectuelles, elles s&#039;énervent, s&#039;abrutissent, et ils deviendraient bientôt eux-mêmes non seulement incapables de dire deux mots qui eussent le sens commun sur toute autre chose que leur outil, mais encore de concevoir ni même de comprendre aucun dessein généreux, aucun sentiment noble. Les idées élevées tiennent à la vue de l&#039;ensemble ; elles ne germent point dans un esprit incapable de saisir des rapports généraux : un ouvrier stupide ne comprendra jamais comment le respect de la propriété est favorable à la prospérité publique, ni pourquoi lui-même est plus intéressé à cette prospérité que l&#039;homme riche ; il regardera tous les grands biens comme une usurpation. Un certain degré d&#039;instruction, un peu de lecture, quelques conversations avec d&#039;autres personnes de son état, quelques réflexions pendant son travail, suffiraient pour l&#039;élever à cet ordre d&#039;idées, et mettraient même plus de délicatesse dans ses relations de père, d&#039;époux, de frère, de citoyen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la position du simple manouvrier dans la machine productive de la société, réduit ses profits presqu&#039;au niveau de ce qu&#039;exige sa subsistance. À peine peut-il élever ses enfants, et leur apprendre un métier ; comment leur donnerait-il ce degré d&#039;instruction que nous supposons nécessaire au bien-être de l&#039;ordre social ? Si la société veut jouir de l&#039;avantage attaché à ce degré d&#039;instruction dans cette classe, elle doit donc le donner à ses frais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On atteint ce but par des écoles où l&#039;on enseigne gratuitement à lire, à écrire et à compter. Ces connaissances sont le fondement de toutes les autres, et suffisent pour civiliser le manouvrier le plus simple. À vrai dire, une nation n&#039;est pas civilisée, et ne jouit pas par conséquent des avantages attachés à la civilisation, quand tout le monde n&#039;y sait pas lire, écrire et compter. Sans cela elle n&#039;est pas encore complètement tirée de l&#039;état de barbarie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ajouterai qu&#039;avec ces connaissances, nulle grande disposition, nul talent extraordinaire, et dont le développement serait hautement profitable à une nation, ne peut rester enfoui. La seule faculté de lire, met, à peu de frais, le moindre citoyen en rapport avec ce que le monde a produit de plus éminent dans le genre vers lequel il se sent appelé par son génie. Les femmes ne doivent pas demeurer étrangères à cette instruction élémentaire, parce qu&#039;on n&#039;est pas moins intéressé à leur civilisation, et qu&#039;elles sont les premières, et trop souvent les seules institutrices de leurs enfants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements seraient d&#039;autant plus inexcusables de négliger l&#039;instruction élémentaire et de laisser croupir, dans un état voisin de la barbarie, la majeure partie de nos nations soi-disant civilisées de l&#039;Europe, qu&#039;ils peuvent, au moyen d&#039;un procédé maintenant éprouvé, celui de l&#039;enseignement mutuel, répandre cette instruction parmi la presque totalité de la classe indigente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont donc les connaissances élémentaires et les connaissances relevées qui, moins favorisées que les autres par la nature des choses, et par la concurrence des besoins, doivent avoir recours à l&#039;appui de l&#039;autorité publique lorsqu&#039;elle veut servir les intérêts du corps social. Ce n&#039;est pas que les particuliers ne soient intéressés au maintien et aux progrès de ces connaissances comme des autres ; mais ils n&#039;y sont pas aussi directement intéressés ; le déclin qu&#039;elles éprouvent ne les expose pas à une perte immédiate ; et un grand empire pourrait rétrograder jusqu&#039;aux confins de la barbarie et du dénuement, avant que les particuliers se fussent aperçus de la cause qui les y pousse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne prétends pas, au reste, blâmer les établissements d&#039;instruction qui, payés par le public, embrassent des parties d&#039;enseignement autres que celles que j&#039;ai désignées ; j&#039;ai seulement voulu montrer quel est l&#039;enseignement que l&#039;intérêt bien entendu d&#039;une nation lui conseille de payer. Du reste, toute instruction fondée sur des faits constatés, toute instruction où l&#039;on n&#039;enseigne point des opinions comme des vérités, toute instruction qui orne l&#039;esprit et forme le goût, étant bonne en elle-même, tout établissement qui la propage est bon aussi. Il faut seulement éviter, lorsqu&#039;il encourage d&#039;un côté, qu&#039;il ne décourage de l&#039;autre. C&#039;est l&#039;inconvénient qui suit presque toutes les primes données par l&#039;autorité : un maître, une institution priée, ne recevront pas un salaire convenable dans un pays où l&#039;on pourra trouver gratuitement des maîtres et un enseignement pareils, fussent-ils plus médiocres. Le mieux sera sacrifié au pire ; et les efforts privés, sources de tant d&#039;avantages en économie publique, seront étouffés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seule étude importante qui ne me paraisse pas pouvoir être l&#039;objet d&#039;un enseignement public, est l&#039;étude de la morale. La morale est ou expérimentale ou dogmatique. La première consiste dans la connaissance de la nature des choses morales et de la manière dont s&#039;enchaînent les faits qui dépendent de la volonté de l&#039;homme : elle fait partie de l&#039;étude de l&#039;homme. La meilleure école pour l&#039;apprendre, c&#039;est le monde. La morale dogmatique, celle qui se compose de préceptes, n&#039;influe presqu&#039;en rien sur la conduite des hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur bonne conduite dans leurs relations privées et publiques, ne saurait être le fruit que d&#039;une bonne législation, d&#039;une bonne éducation et d&#039;un bon exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul et véritable encouragement à la vertu, est l&#039;intérêt qu&#039;ont tous les hommes de ne rechercher, de n&#039;employer que ceux qui se conduisent bien. Les hommes les plus indépendants par leur position ont encore besoin, pour être heureux, de l&#039;estime et de la considération qu&#039;accordent les autres hommes ; il faut donc qu&#039;ils paraissent estimables à leurs yeux, et le moyen le plus simple pour paraître tel, c&#039;est de l&#039;être. Le gouvernement exerce une grande influence sur les mœurs, parce qu&#039;il emploie beaucoup de monde ; son influence est moins favorable que celle des particuliers, parce qu&#039;il est moins intéressé qu&#039;eux à n&#039;employer que d&#039;honnêtes gens, et quand, à cette tiédeur pour la bonne morale, se joint l&#039;exemple qu&#039;il donne quelquefois de la dépravation, du mépris de la probité et de l&#039;économie, le gouvernement avance rapidement la corruption d&#039;une nation. Mais un peuple se régénère par des moyens contraires à ceux qui l&#039;ont dépravé. La plupart des colonies ne sont pas composées, dans l&#039;origine, des gens les plus estimables de chaque nation ; cependant, au bout d&#039;un temps assez court, lorsque l&#039;esprit de retour n&#039;y règne pas, et que chacun prévoit qu&#039;il sera obligé d&#039;y terminer ses jours, il est forcé de mettre du prix à l&#039;estime de ses concitoyens ; les mœurs y deviennent bonnes ; et par le mot de mœurs , j&#039;entends toujours l&#039;ensemble des habitudes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les causes qui influent véritablement sur les mœurs. Il faut y joindre l&#039;instruction, en général, qui nous éclaire sur nos vrais intérêts, et qui adoucit notre caractère moral. Quant aux exhortations et aux menaces de châtiments douteux et éloignés, l&#039;expérience des siècles montre qu&#039;elles y influent fort peu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enseignement religieux, rigoureusement parlant, ne devrait être payé que par les différentes sociétés religieuses ; car chacune de ces sociétés regarde comme des erreurs plusieurs des dogmes professés par toutes les autres, et trouve injustes les sacrifices qu&#039;on lui impose pour propager ce qu&#039;elle regarde comme des erreurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== IV. Des dépenses relatives aux établissements de bienfaisance. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Beaucoup de personnes sont d&#039;avis que le malheur seul donne des droits au secours de la société. Il semblerait plutôt que pour réclamer ces secours comme un droit, il faudrait que les malheureux prouvassent que leurs infortunes sont une suite nécessaire de l&#039;ordre social établi, et que cet ordre social lui-même ne leur offrait, en même temps, aucune ressource pour échapper à leurs maux. Si leurs maux ne résultent que de l&#039;infirmité de notre nature, on ne voit pas aisément comment les institutions sociales seraient tenues de les réparer. On le voit encore moins, quand ces maux sont le fruit de leur imprudence et de leurs erreurs, et quand ces erreurs mêmes ont été préjudiciables à la société. Ainsi l&#039;homme qui, par son incurie et sa paresse, est tombé dans la misère, après avoir épuisé ses capitaux, est-il fondé à réclamer des secours, lorsque ses fautes mêmes privent de leurs ressources les hommes dont ses capitaux alimentaient l&#039;industrie ?  Cette question au surplus, n&#039;est pas de mon sujet. Je ne dois examiner ici que les intérêts du corps social et non les sentiments de compassion qui peuvent s&#039;y joindre, et que je suis loin de condamner. Sous le rapport économique, le devoir du publiciste consiste à comparer les sacrifices que les établissements de bienfaisance coûtent à la société, avec les avantages que la société en retire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut en général regarder les établissements de bienfaisance comme des espèces de caisses de prévoyance, où le contribuable apporte une légère portion de son revenu, pour acquérir le droit d&#039;y avoir recours au besoin. L&#039;homme riche ne suppose guère qu&#039;il soit jamais dans la nécessité d&#039;en faire usage. Il devrait se défier un peu plus du sort. Les faveurs de la fortune ne sont pas une seule et même chose avec notre personne comme sont nos infirmités et nos besoins : notre fortune peut s&#039;évanouir, nos infirmités et nos besoins restent. Il suffit de savoir que ces choses ne sont pas inséparables, pour qu&#039;on doive craindre de les voir séparées. Et, si vous appelez l&#039;expérience au secours du raisonnement, n&#039;avez-vous jamais rencontré des infortunés qui ne s&#039;attendaient pas à le devenir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait doux de penser que la société peut soulager toutes les infortunes non méritées. Il n&#039;est malheureusement pas permis de le croire. Il y a des maux qui se multiplient avec le soulagement qu&#039;on leur apporte. Nous avons vu, en observant les phénomènes que présente la population, qu&#039;elle tend toujours à s&#039;accroître au-delà des moyens d&#039;existence qui lui sont offerts ; cet effet a lieu dans tous les états d&#039;avancement de la société. Dès lors, quelque considérables que soient les secours qu&#039;on accorde à la classe indigente, une partie de cette classe doit toujours se trouver aux prises avec le besoin, surtout dans certains moments critiques. L&#039;Angleterre a subi les fâcheuses conséquences de ses lois sur les pauvres ; elle a vu le nombre des gens ayant besoin de secours, s&#039;accroître à mesure qu&#039;on augmentait les secours qu&#039;on leur accordait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hôpitaux pour les malades, les hospices pour les vieillards et les enfants, déchargeant la classe indigente de l&#039;entretien d&#039;une partie de ses membres, lui permettent de se multiplier un peu plus et de se contenter de salaires un peu plus bas qu&#039;elle ne ferait sans cette circonstance. Cette classe en masse, recevant de moins forts salaires en conséquence des secours qu&#039;on lui offre, ne gagne rien aux établissements de bienfaisance ; ils coûtent quelque chose aux familles les moins malaisées et profitent seulement aux plus indigentes. Quant aux entrepreneurs d&#039;industrie et peut-être aux consommateurs, s&#039;ils obtiennent des produits à un peu meilleur compte, ils contribuent d&#039;un autre côté, à fournir les secours qui occasionnent cette légère économie qu&#039;ils font sur les salaires. Il paraît qu&#039;en Angleterre le contingent fourni par les entrepreneurs, et surtout par les fermiers, pour la taxe des pauvres, excède l&#039;économie qu&#039;ils trouvent dans le prix des salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les secours qui paraissent le mieux placés, sont ceux qui ne peuvent pas multiplier le nombre des personnes secourues, et surtout ceux que la société donne aux hommes qui se sont dévoués pour sa défense. Quelque abondants que fussent les secours donnés aux sourds-muets et aux aveugles-nés, on ne peut supposer qu&#039;ils se multiplient à cause des secours. Ils se trouvent sans doute plus nombreux en raison des soins qu&#039;on leur donne et parce qu&#039;il s&#039;en conserve davantage ; mais leur nombre est nécessairement borné, et ils n&#039;ont pas à se reprocher leurs malheurs. Les travaux dont on peut les rendre capables dans les établissements communs, font que, dans ces établissements, ils sont moins à charge à la société que s&#039;ils se trouvaient répandus dans ses rangs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les secours accordés aux frais du public aux militaires invalides, n&#039;augmentent pas non plus le nombre des secourus ; et d&#039;ailleurs ces secours ne sont autre chose qu&#039;une dette qu&#039;on acquitte. Mais on peut examiner si, au lieu de ces fastueux hôpitaux élevés par la vanité plus encore que par la reconnaissance, il n&#039;y aurait pas des moyens de répandre, sans plus de frais, des consolations plus efficaces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En admettant même que dans la rigueur du droit, la société, comme corps politique, ne soit pas tenue de donner des secours aux infortunés qui le sont devenus par leur propre faute ou par les infirmités auxquelles la nature seule les a condamnés, l&#039;humanité ne saurait perdre ses droits ; le seul spectacle de la souffrance est une douleur dont une nation civilisée cherche toujours à s&#039;affranchir ; sa sûreté veut même qu&#039;elle se mette à l&#039;abri du danger auquel certaines maladies l&#039;exposent, telles que l&#039;aliénation mentale, les maladies contagieuses, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, indépendamment des secours nombreux donnés en tout pays par la bienfaisance des particuliers, une sorte de bienfaisance publique, et peut-être d&#039;orgueil national, impose la loi de secourir certaines infortunes. Il faut craindre seulement que les hommes s&#039;exposent d&#039;autant plus aisément à être secourus que les secours sont plus à leur portée. En dépouillant leurs imprudences d&#039;une partie des maux qui en sont la suite, on diminue en eux cette terreur salutaire qui contribue tant à les en préserver. Nous nous blesserions bien plus fréquemment, sans la douleur qui suit chaque blessure. Un judicieux publiciste a fait observer que de trop nombreux établissements ouverts en Angleterre aux femmes en couche, aux filles repentantes, étant propres à diminuer les inconvénients qui accompagnent les désordres des femmes, font naître plus de maux qu&#039;ils n&#039;en soulagent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même inconvénient ne se rencontre pas dans le maisons où l&#039;on offre du travail aux indigents qui en demandent volontairement, et celles où l&#039;on enferme les vagabonds qui ne peuvent justifier d&#039;aucun moyen d&#039;existence. Ces maisons, qui ne sont pas de nature à multiplier le nombre des infortunés, offrent des soulagements précieux dans une société nombreuse, où, au milieu d&#039;une multitude d&#039;occupations, il est impossible qu&#039;il n&#039;y en ait pas quelques-unes en souffrance. Un commerce qui change de cours, des procédés nouvellement introduits, des capitaux retirés des emplois productifs, des incendies et d&#039;autres fléaux, peuvent laisser quelquefois sans ouvrage beaucoup d&#039;ouvriers ; souvent, avec la meilleure conduite, un homme laborieux peut tomber au dernier degré du besoin. Il trouve dans une maison de travail, les moyens de gagner sa subsistance, si ce n&#039;est précisément dans la profession qu&#039;il a apprise, au moins dans quelque autre travail analogue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu, au chapitre Ier de ce chapitre, que l&#039;administration des établissements de bienfaisance peut avec avantage être confiée à des personnes qui ont du loisir et de l&#039;aisance, et qui consentent à en remplir gratuitement les fonctions. Il est à craindre seulement que ces fonctions ne soient remplies avec négligence ; abus dont on se garantirait peut-être en attachant quelques récompenses honorifiques à des devoirs consciencieusement remplis. On peut aussi établir entre plusieurs administrations du même genre une sorte d&#039;émulation. Pourquoi tous les hospices de Paris sont-ils sous la surveillance d&#039;un seul conseil ? À Londres, il y a autant d&#039;administrations que d&#039;hospices ; aussi sont-ils gouvernés avec plus de diligence et d&#039;économie. Il s&#039;établit entre les différents hospices une louable émulation ; et voilà un exemple de plus, qui prouve la possibilité et l&#039;avantage qu&#039;on trouve à établir la concurrence dans les services publics.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== V. Des dépenses relatives aux édifices et constructions qui appartiennent au public. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon intention n&#039;est point ici de passer en revue toutes les constructions qui sont à l&#039;usage du public, mais de donner les méthodes qui peuvent conduire à la juste appréciation de ce qu&#039;elles coûtent. Quant à l&#039;appréciation de l&#039;avantage qu&#039;elles rapportent, il est souvent impossible de la faire, même par approximation. Comment évaluer le service, c&#039;est-à-dire l&#039;agrément que les habitants d&#039;une ville retirent d&#039;une promenade publique ? C&#039;est un avantage incontestable que celui de pouvoir trouver à portée des habitations resserrées des villes, un lieu où l&#039;on puisse respirer plus librement, prendre quelque exercice, jouir de l&#039;ombrage et de la verdure des arbres, laisser sans inquiétude la jeunesse s&#039;ébattre dans ses nombreux instants de loisir ; mais un semblable avantage échappe à toute évaluation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant au sacrifice au prix duquel on l&#039;achète, il peut être connu ou du moins évalué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dépense annuelle de toute espèce de construction publique se compose :&lt;br /&gt;
# de la perte que fait le public du loyer du terrain où elle est assise ;&lt;br /&gt;
# de l&#039;intérêt du capital qui a servi à l&#039;établir ;&lt;br /&gt;
# des frais annuels de l&#039;entretien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque le terrain sur lequel est placé un établissement public n&#039;est pas susceptible d&#039;être vendu, ni loué, le public ne perd point la rente de la terre, puisque la terre n&#039;en serait pas plus louée si la construction n&#039;y était pas. Un pont, par exemple, ne coûte que l&#039;intérêt du capital qui a été consacré à le construire, et les réparations annuelles auxquelles il donne lieu. Si l&#039;on ne fait aucuns frais d&#039;entretien, on consomme à la fois le service de ce capital représenté par l&#039;intérêt de la somme, et peu à peu, le capital lui-même, puisque lorsque l&#039;édifice sera hors d&#039;usage, non seulement le service ou le loyer de ce capital sera perdu, mais ce capital lui-même le sera.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suppose qu&#039;une digue hollandaise ait coûté, de premier établissement, cent mille francs ; si l&#039;intérêt que cette somme eût rapporté est de cinq pour cent, la digue coûte annuellement cinq mille francs ; et si elle oblige à trois mille francs d&#039;entretien ; elle coûte annuellement huit mille francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut appliquer ce calcul aux routes, aux canaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une route trop large fait perdre chaque année la rente de la terre superflue qu&#039;on y a consacrée, et des frais d&#039;entretien plus forts que ceux qui seraient nécessaires. Plusieurs des routes qui partent de Paris ont 180 pieds de large, compris les bas côtés ; quand elles n&#039;en auraient que 60, leur largeur excéderait encore tous les besoins et pourrait passer pour magnifique, même aux approches d&#039;une grande capitale. Le surplus est un faste inutile. Je ne sais même si c&#039;est un faste ; car une étroite chaussée au milieu d&#039;une large avenue dont les côtés sont impraticables durant la majeure partie de l&#039;année, semble accuser la mesquinerie non moins que le bon sens d&#039;une nation. Il y a quelque chose de pénible, non seulement à voir un espace perdu, mais mal tenu ; il semble qu&#039;on ait voulu avoir des routes superbes sans avoir les moyens de les entretenir unies, propres et soignées, à l&#039;exemple de ces seigneurs italiens qui habitent des palais qu&#039;on ne balaie point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu&#039;il en soit, il y a le long des routes dont je parle, 120 pieds qu&#039;on pourrait rendre à la culture, ce qui fait pour chaque lieue commune 50 arpents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maintenant, qu&#039;on mette ensemble le fermage de ces arpents, l&#039;intérêt des frais de confection, et les frais annuels d&#039;entretien de la largeur inutile (qui coûte, quoique mal entretenue), et l&#039;on saura à quel prix la France jouit de l&#039;honneur, qui n&#039;en est pas un, d&#039;avoir des routes deux ou trois fois trop larges, pour arriver à des villes dont les rues sont quatre fois trop étroites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les routes et les canaux sont des établissements publics très dispendieux, même dans les pays où ils sont établis judicieusement et avec économie. Néanmoins il est probable que le service qu&#039;en tire la société excède, dans la plupart des cas, de beaucoup la dépense annuelle qu&#039;ils lui causent. Pour s&#039;en convaincre, il faut se reporter à ce que j&#039;ai dit de la production de valeur due uniquement à l&#039;industrie commerciale, au transport opéré d&#039;un lieu dans un autre, et du principe que tout ce qui est épargné sur les frais de production est un profit pour le consommateur. À ce compte, si l&#039;on évalue le transport que coûteraient toutes les marchandises et toutes les denrées qui passent annuellement sur cette route, en supposant qu&#039;elle ne fût pas faite, et si l&#039;on compare l&#039;énorme dépense de tous ces transports avec ce qu&#039;ils coûtent dans l&#039;état actuel, la différence donnera le montant du gain que font les consommateurs de ces denrées et marchandises, gain réel et complet pour la nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les canaux procurent un gain encore plus considérable, parce qu&#039;il en résulte une économie encore plus forte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux édifices publics sans utilité, comme les palais fastueux, les arcs de triomphe, les colonnes monumentales, c&#039;est le luxe des nations : il n&#039;est pas plus aisé de le justifier que le luxe des particuliers. La satisfaction creuse qu&#039;en retire la vanité d&#039;un peuple ou d&#039;un prince, ne balance pas les frais, et trop souvent les larmes qu&#039;elle coûte. Les actions utiles et vertueuses n&#039;ont pas besoin de tant d&#039;éclat. Sont-ce des succès militaires qu&#039;on veut célébrer ? Quel monument élèvera-t-on qui dure autant que l&#039;histoire ? Les trophées qu&#039;un vainqueur s&#039;érige à lui-même sont des insultes aux nations vaincues, qui peuvent presque toujours y répondre par des insultes semblables. Les peuples ont besoin de se donner des gages de paix, et non de guerre.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VI|De la nature et des effets généraux des consommations publiques]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VIII|Par qui sont payées les consommations publiques]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_III_-_Chapitre_VI&amp;diff=2207</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VI</title>
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		<updated>2008-07-04T21:36:07Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre V|Des consommations privées, de leurs motifs et de leurs résultats]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VII|Des principaux objets de la dépense publique]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Troisième&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre VI - De la nature et des effets généraux des consommations publiques}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Outre les besoins des particuliers et des familles, dont la satisfaction donne lieu aux consommations privées, la réunion des particuliers a, comme société, ses besoins aussi, qui donnent lieu aux consommations publiques : elle achète et consomme le service de l&#039;administrateur qui soigne ses intérêts, du militaire qui la défend contre des agressions étrangères, du juge civil ou criminel qui protège chaque particulier contre les entreprises des autres. Tous ces différents services ont leur utilité ; et s&#039;ils sont multipliés au-delà du besoin, s&#039;ils sont payés au-delà de leur valeur, c&#039;est par suite des vices de l&#039;organisation politique, dont l&#039;examen sort de notre sujet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous verrons plus tard où la société trouve les valeurs dont elle achète, soit le service de ses agents, soit les denrées que réclament ses besoins. Nous ne considérons, dans ce chapitre, que la façon dont s&#039;en opère la consommation et les résultats de cette consommation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le commencement de ce troisième livre a été bien entendu, on concevra sans peine que les consommations publiques, celles qui se font pour l&#039;utilité commune, sont précisément de même nature que celles qui s&#039;opèrent pour la satisfaction des individus ou des familles. C&#039;est toujours une destruction de valeurs, une perte de richesses, quand bien même il n&#039;est pas sorti un seul écu de l&#039;enceinte du pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous en convaincre encore mieux, suivons le trajet d&#039;une valeur consommée pour l&#039;utilité publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement exige d&#039;un contribuable le paiement en argent d&#039;une contribution quelconque. Pour satisfaire le percepteur, ce contribuable échange contre de la monnaie d&#039;argent les produits dont il peut disposer, et remet cette monnaie aux préposés du fisc ; d&#039;autres agents en achètent des draps et des vivres pour la troupe : il n&#039;y a point encore de valeur consommée, ni perdue ; il y a une valeur livrée gratuitement par le redevable, et des échanges opérés. La valeur fournie existe encore sous la forme de vivres et d&#039;étoffes dans les magasins de l&#039;armée. Mais enfin cette valeur se consomme ; dès lors cette portion de richesse, sortie des mains d&#039;un contribuable, est anéantie, détruite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est point la somme d&#039;argent qui est détruite : celle-ci a passé d&#039;une main dans une autre, soit gratuitement, comme lorsqu&#039;elle a passé du contribuable au percepteur ; soit par voie d&#039;échange, lorsqu&#039;elle a passé de l&#039;administrateur au fournisseur auquel on a acheté les vivres ou le drap ; mais au travers de tous ces mouvements, la valeur de l&#039;argent s&#039;est conservée ; et, après avoir passé dans une troisième main, dans une quatrième, dans une dixième, elle existe encore sans aucune altération sensible : c&#039;est la valeur du drap et des vivres qui n&#039;existe plus ; et ce résultat est précisément le même que si le contribuable, avec le même argent, eût acheté des vivres et du drap, et les eût consommés lui-même. Il n&#039;y a d&#039;autre différence, si ce n&#039;est qu&#039;il aurait joui de cette consommation, tandis que c&#039;est l&#039;État qui en a joui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est facile d&#039;appliquer le même raisonnement à tous les genres de consommations publiques. Quand l&#039;argent du contribuable sert à acquitter le traitement d&#039;un homme en place, ce fonctionnaire vend son temps, son talent et ses peines, qui sont consommés pour le service du public ; et il consomme à son tour, à la place du contribuable, la valeur qu&#039;il a reçue en échange de ses services, comme aurait pu le faire un commis, un salarié quelconque, employé pour soigner les intérêts privés du contribuable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a cru, dans presque tous les temps, que les valeurs payées par la société pour les services publics, lui revenaient sous d&#039;autres formes, et l&#039;on s&#039;est imaginé le prouver lorsqu&#039;on a dit : &#039;&#039;ce que le gouvernement ou ses agents reçoivent, ils le restituent en le dépensant&#039;&#039;. C&#039;est une erreur, et une erreur dont les suites ont été déplorables, en ce qu&#039;elles ont entraîné d&#039;énormes dilapidations commises sans remords. La valeur fournie par le contribuable est livrée gratuitement ; le gouvernement s&#039;en sert pour acheter un travail, des objets de consommation, des produits, en un mot, qui ont une valeur équivalente, et qu&#039;on lui livre. Un achat n&#039;est pas une restitution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quelque manière qu&#039;on présente cette opération, quelque compliquée qu&#039;elle soit bien souvent dans l&#039;exécution, elle se réduira toujours par l&#039;analyse à ce qui vient d&#039;être dit. Toujours un produit consommé est une valeur perdue, quel que soit le consommateur ; et elle est perdue sans compensation par celui qui ne reçoit rien en retour ; mais ici il faut regarder comme un retour l&#039;avantage que le contribuable retire du service de l&#039;homme public, ou de la consommation qui se fait pour l&#039;utilité générale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les dépenses publiques affectent la somme des richesses précisément de la même manière que les dépenses privées, les mêmes principes d&#039;économie doivent présider aux unes et aux autres. Il n&#039;y a pas plus deux sortes d&#039;économie, qu&#039;il n&#039;y a deux sortes de probité, deux sortes de morale. Si un gouvernement comme un particulier font des consommations desquelles il doive résulter une production de valeur supérieure à la valeur consommée, ils exercent une industrie productive ; si la valeur consommée n&#039;a laissé aucun produit, c&#039;est une valeur perdue pour l&#039;un comme pour l&#039;autre ; mais qui, en se dissipant, a fort bien pu rendre le service qu&#039;on en attendait. Les munitions de guerre et de bouche, le temps et les travaux des fonctionnaires civils et militaires qui ont servi à la défense de l&#039;État, n&#039;existent plus, quoique ayant été parfaitement bien employés ; il en est de ces choses comme des denrées et des services qu&#039;une famille a consommés pour son usage. Cet emploi n&#039;a présenté aucun avantage autre que la satisfaction d&#039;un besoin ; mais si le besoin était réel, s&#039;il a été satisfait aux meilleures conditions possibles, cette compensation suffit pour balancer, souvent même avec beaucoup d&#039;avantage, le sacrifice qu&#039;elle a coûté. Si le besoin n&#039;existait pas, la consommation, la dépense, n&#039;ont plus été qu&#039;un mal sans compensation. Il en est de même des consommations de l&#039;État ? Consommer pour consommer ! Dépenser par système ! Réclamer un service pour l&#039;avantage de lui accorder un salaire ! Anéantir une chose pour avoir occasion de la payer ! Est une extravagance de la part d&#039;un gouvernement comme de la part d&#039;un particulier ! Et n&#039;est pas plus excusable chez celui qui gouverne l&#039;État ! Que chez le chef de toute autre entreprise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un gouvernement dissipateur est même bien plus coupable qu&#039;un particulier : celui-ci consomme des produits qui lui appartiennent, tandis qu&#039;un gouvernement n&#039;est pas propriétaire : il n&#039;est qu&#039;administrateur de la fortune publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que doit-on penser dès lors de plusieurs auteurs qui ont voulu établir que les fortunes particulières et la fortune publique étaient de nature fort différente ; que la fortune d&#039;un particulier se grossissait à la vérité par l&#039;épargne, mais que la fortune publique recevait, au contraire, son accroissement de l&#039;augmentation des consommations ; et qui ont tiré de là cette dangereuse et fausse conséquence, que les règles qui servent à l&#039;administration d&#039;une fortune privée, et celles qui doivent diriger l&#039;administration des deniers publics, non-seulement diffèrent entre elles, mais se trouvent souvent directement opposées ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si de tels principes ne se montraient que dans les livres, et n&#039;étaient jamais mis en pratique, on pourrait s&#039;en consoler, et les envoyer avec indifférence grossir l&#039;immense amas des erreurs imprimées ; mais combien ne doit-on pas gémir sur l&#039;humanité, lorsqu&#039;on les voit professées par des hommes éminents en dignités, en talents, en instruction ; que dis-je ! Lorsqu&#039;on les voit réduits en pratique par ceux qui sont armés du pouvoir, et qui peuvent prêter à l&#039;erreur et au mauvais sens, la force des baïonnettes et celle du canon ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Madame De Maintenon rapporte, dans une lettre au cardinal De Noailles, qu&#039;un jour, exhortant le roi à faire des aumônes plus considérables, Louis XIV lui répondit : &#039;&#039;un roi fait l&#039;aumône en dépensant beaucoup&#039;&#039;. Mot précieux et terrible, qui montre comment la ruine peut être réduite en principes. Les mauvais principes sont plus fâcheux que la perversité même, parce qu&#039;on les suit contre ses propres intérêts qu&#039;on entend mal, parce qu&#039;on les suit plus longtemps, sans remords et sans ménagement. Si Louis XIV avait cru ne satisfaire que sa vanité par son faste, et son ambition par ses conquêtes, il était honnête homme, il aurait pu se les reprocher enfin, et y mettre un terme, s&#039;arrêter du moins pour son propre intérêt ; mais il s&#039;imaginait fermement qu&#039;il se rendait par ses profusions, utile à ses états, et par conséquent à lui-même, et il ne s&#039;arrêta qu&#039;au moment où il tomba dans la misère et l&#039;humiliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les saines idées d&#039;économie politique étaient encore tellement étrangères aux meilleures têtes, même dans le dix-huitième siècle, que le roi de Prusse, Frédéric II, homme si avide de la vérité, si capable de la sentir, si digne de la protéger, écrivait à D&#039;Alembert pour justifier ses guerres : « Mes nombreuses armées font circuler les espèces, et répandent dans les provinces, avec une distribution égale, les subsides que les peuples fournissent au gouvernement. ». Non, encore une fois, les subsides fournis au gouvernement par les provinces, n&#039;y retournent pas. Soit que les subsides soient payés en argent ou en nature, ils sont changés en munitions de guerre ou de bouche, et, sous cette forme, consommés, détruits par des gens qui ne les remplacent pas, parce qu&#039;ils ne produisent aucune valeur. Il fut heureux pour la Prusse que les actions de Frédéric II ne fussent pas conséquentes avec ses principes. Il fit plus de bien à son pays par l&#039;économie de son administration, qu&#039;il ne lui fit de mal par ses guerres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les consommations faites par les nations, ou par leurs gouvernements, qui les représentent bien ou mal, occasionnent une perte de valeurs et par conséquent de richesses, elles ne sont justifiables qu&#039;autant qu&#039;il en résulte pour la nation un avantage égal aux sacrifices qu&#039;elles lui coûtent. Toute l&#039;habileté de l&#039;administration consiste donc à comparer perpétuellement et judicieusement l&#039;étendue des sacrifices imposés, avec l&#039;avantage qui doit en revenir à l&#039;état ; et tout sacrifice disproportionné avec cet avantage, je n&#039;hésite pas à le dire, est une sottise ou un crime de l&#039;administration.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que serait-ce donc si les folles dépenses des mauvais gouvernements ne se bornaient pas à dissiper la substance des peuples, et si plusieurs de leurs consommations, loin de procurer un dédommagement équivalent, préparaient au contraire des infortunes sans nombre ; si les entreprises les plus extravagantes et les plus coupables étaient la suite des exactions les plus criminelles, et si les nations payaient presque toujours de leur sang l&#039;avantage de fournir de l&#039;argent de leur bourse ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait triste qu&#039;on appelât déclamations des vérités que le bon sens n&#039;est forcé de répéter que parce que la folie et la passion s&#039;obstinent à les méconnaître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les consommations ordonnées par le gouvernement étant une partie importante des consommations de la nation, puisqu&#039;elles s&#039;élèvent quelquefois au sixième, au cinquième, au quart des consommations totales, et même au-delà, il en résulte que le système économique embrassé par le gouvernement exerce une immense influence sur les progrès ou la décadence de la nation. Qu&#039;un particulier s&#039;imagine augmenter ses ressources en les dissipant, qu&#039;il croie se faire honneur par la prodigalité, qu&#039;il ne sache pas résister à l&#039;attrait d&#039;un plaisir flatteur ou aux conseils d&#039;un ressentiment même légitime, il se ruinera, et son désastre influera sur le sort d&#039;un petit nombre d&#039;individus. Dans un gouvernement, il n&#039;est pas une de ces erreurs qui ne fasse plusieurs millions de misérables, et qui ne soit capable de causer la décadence d&#039;une nation. Si l&#039;on doit désirer que les simples citoyens soient éclairés sur leurs véritables intérêts, combien, à plus forte raison, ne doit-on pas le désirer des gouvernements ! L&#039;ordre et l&#039;économie sont déjà des vertus dans une condition privée ; mais quand ces vertus se rencontrent dans les hommes qui président aux destinées de l&#039;État, et qu&#039;elles font la prospérité de tout un peuple, on ne sait quel magnifique nom leur donner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un particulier sent toute la valeur de la chose qu&#039;il consomme ; souvent c&#039;est le fruit pénible de ses sueurs, d&#039;une longue assiduité, d&#039;une épargne soutenue ; il mesure aisément l&#039;avantage qu&#039;il doit recueillir d&#039;une consommation, et la privation qui en résultera pour lui. Un gouvernement n&#039;est pas si directement intéressé à l&#039;ordre et à l&#039;économie ; il ne sent pas si vivement, si prochainement, l&#039;inconvénient d&#039;en manquer. Ajoutez qu&#039;un particulier est excité à l&#039;épargne, non seulement par son propre intérêt, mais par les sentiments du cœur : son économie assure des ressources aux êtres qui lui sont chers ; un gouvernement économe épargne pour des citoyens qu&#039;il connaît à peine, et les ressources qu&#039;il ménage ne serviront peut-être qu&#039;à ses successeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On se tromperait si l&#039;on supposait que le pouvoir héréditaire met à l&#039;abri de ces inconvénients. Les considérations qui agissent sur l&#039;homme privé touchent peu le monarque. Il regarde la fortune de ses héritiers comme assurée, pour peu que la succession le soit. Ce n&#039;est pas lui d&#039;ailleurs qui décide de la plupart des dépenses et qui conclut les marchés, ce sont ses ministres, ses généraux ; enfin une expérience constante prouve que les gouvernements les plus économes ne sont ni les monarchies, ni les gouvernements démocratiques, mais plutôt les républiques aristocratiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas croire non plus que l&#039;esprit d&#039;économie et de règle dans les consommations publiques, soit incompatible avec le génie qui fait entreprendre et acheter de grandes choses. Charlemagne est un des princes qui ont le plus occupé la renommée : il fit la conquête de l&#039;Italie, de la Hongrie et de l&#039;Autriche, repoussa les Sarrasins et dispersa les Saxons ; il obtint le titre superbe d&#039;empereur, et néanmoins il a mérité que Montesquieu fît de lui cet éloge : « Un père de famille pourrait apprendre dans les lois de Charlemagne à gouverner sa maison. Il mit une règle admirable dans sa dépense, et fit valoir ses domaines avec sagesse, avec attention, avec économie. On voit dans ses capitulaires la source pure et sacrée d&#039;où il tira ses richesses. Je ne dirai qu&#039;un mot : il ordonnait qu&#039;on vendît les œufs des basses-cours de ses domaines et les herbes inutiles de ses jardins. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prince Eugène de Savoie, qu&#039;on aurait tort de ne considérer que comme un grand homme de guerre, et qui montra la plus haute capacité dans les administrations comme dans les négociations dont il fut chargé, conseillait à l&#039;empereur Charles VI de suivre les avis des négociants dans l&#039;administration de ses finances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand-duc de Toscane Léopold a montré, vers la fin du dix-huitième siècle, ce que peut un prince, même dans un État borné, lorsqu&#039;il introduit dans l&#039;administration la&lt;br /&gt;
sévère économie des particuliers. Il avait en peu d&#039;années rendu la Toscane un des pays les plus florissants de l&#039;Europe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ministres qui ont gouverné les finances de France avec le plus de succès, Suger, abbé de Saint-Denis, le cardinal D&#039;Ambroise, Sully, Colbert, Necker, ont tous été guidés par le même principe. Tous ont trouvé, dans l&#039;économie exacte d&#039;un simple particulier, les moyens de soutenir de grandes résolutions. L&#039;abbé de Saint-Denis subvint aux frais de la seconde croisade (entreprise que je suis loin d&#039;approuver, mais qui exigeait de puissantes ressources) ; D&#039;Ambroise prépara la conquête du milanais par Louis XII ; Sully, l&#039;abaissement de la maison d&#039;Autriche ; Colbert, les succès brillants de Louis XIV ; Necker a fourni les moyens de soutenir la seule guerre heureuse que la France ait faite dans le dix-huitième siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons toujours vu au contraire les gouvernements qui se sont laissé dominer par les besoins d&#039;argent, obligés, comme les particuliers, de recourir, pour se tirer d&#039;affaire, à des expédients ruineux, honteux quelquefois ; comme Charles le chauve, qui ne maintenait personne dans les honneurs, et n&#039;accordait de sûreté à personne que pour de l&#039;argent ; comme le roi d&#039;Angleterre Charles II, qui vendit Dunkerque au roi de France, et qui reçut de la Hollande deux millions et un quart, pour différer le départ de la flotte équipée en Angleterre en 1680, dont la destination état d&#039;aller aux Indes défendre les Anglais qui y étaient écrasés par les Bataves ; comme tous les gouvernements enfin qui ont fait banqueroute, soit en altérant les monnaies, soit en violant leurs engagements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Louis XIV, vers la fin de son règne, après avoir épuisé jusqu&#039;au bout les ressources de son beau royaume, créa et vendit des charges plus ridicules les unes que les autres. On fit des conseillers du roi contrôleurs aux empilements de bois, des charges de barbiers-perruquiers, des contrôleurs-visiteurs de beurre frais, des essayeurs de beurre salé, etc. Mais tous ces expédients, aussi misérables dans leurs produits que nuisibles dans leurs effets, n&#039;ont retardé que de peu d&#039;instants les catastrophes qui assaillent infailliblement les gouvernements prodigues. &#039;&#039;Quand on ne veut pas écouter la raison&#039;&#039;, a dit Franklin, &#039;&#039;elle ne manque jamais de se faire sentir&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bienfaits d&#039;une administration économe réparent heureusement assez vite les maux causés par une mauvaise administration. Ce n&#039;est pas d&#039;abord une santé parfaite : c&#039;est une convalescence où chaque jour voit se dissiper quelque douleur et renaître l&#039;usage de quelque nouvelle faculté. La crainte avait amorti la moitié des faibles ressources qu&#039;avait laissées à la nation une administration dissipatrice : la confiance double celles que fait naître un gouvernement modéré. Il semble que chez les nations, plus encore que chez les individus organisés, il y a une force vitale, une tendance à la santé, qui ne demandent qu&#039;à n&#039;être pas comprimées pour prendre le plus brillant essor. En parcourant l&#039;histoire, on est frappé de la rapidité de cet heureux effet ; dans les vicissitudes que la France a éprouvées depuis la révolution, il s&#039;est manifesté d&#039;une manière bien sensible à tous les yeux observateurs. De nos jours, le successeur du roi de Prusse Frédéric le grand, dissipa un trésor que ce prince avait amassé, et qu&#039;on portait à 288 millions, et il laissa à son successeur 112 millions de dettes. Eh bien, huit années n&#039;étaient pas écoulées, que Frédéric-Guillaume III, non seulement avait acquitté les dettes de son père, mais avait formé un nouveau trésor ; tant est puissante l&#039;économie, même dans un pays borné par son étendue comme par ses ressources !&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre V|Des consommations privées, de leurs motifs et de leurs résultats]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VII|Des principaux objets de la dépense publique]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_III_-_Chapitre_V&amp;diff=2206</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre V</title>
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		<updated>2008-07-04T21:34:29Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre IV|Des effets de la consommation improductive en général]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VI|De la nature et des effets généraux des consommations publiques]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Troisième&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre V - Des consommations privées, de leurs motifs et de leurs résultats.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les consommations privées, par opposition aux consommations publiques, sont celles qui se font pour satisfaire aux besoins des particuliers et des familles. Ces besoins ont principalement rapport à leur nourriture, à leur vêtement, à leur logement, à leurs plaisirs. Les revenus de chacun, soit qu&#039;ils viennent de ses talents industriels, ou de ses capitaux, ou de ses terres, pourvoient aux diverses consommations qu&#039;exige la satisfaction de ces besoins. La famille accroît ses richesses, ou les perd, ou reste  stationnaire, suivant que ses consommations restent en arrière de ses revenus, ou les surpassent, ou les égalent. La somme de toutes les consommations privées, jointe à celles que fait le gouvernement pour le service de l&#039;État, forme la consommation générale de la nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce que chaque famille, de même que la nation prise en masse, peut, sans s&#039;appauvrir, consommer la totalité de ses revenus, il ne s&#039;ensuit pas qu&#039;elle doive le faire. La prévoyance prescrit de faire la part des événements. Qui peut répondre de conserver toujours sa fortune tout entière ? Quelle est la fortune qui ne dépende en rien de l&#039;injustice, de la mauvaise foi ou de la violence des hommes ? N&#039;y a-t-il jamais eu de terres confisquées ? Aucun vaisseau n&#039;a-t-il jamais fait naufrage ? Peut-on répondre de n&#039;avoir point de procès ? Ou peut-on répondre de les gagner toujours ? Aucun riche négociant n&#039;a-t-il jamais été victime d&#039;une faillite ou d&#039;une fausse spéculation ? Si chaque année on dépense tout son revenu, le fonds peut décroître sans cesse ; il le doit même, suivant toutes les probabilités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dût-il rester toujours le même, suffit-il de l&#039;entretenir ? Une fortune fût-elle considérable, demeure-t-elle considérable lorsqu&#039;elle vient à être partagée entre plusieurs enfants ? Et quand même elle ne devrait pas être partagée, quel mal y a-t-il à l&#039;augmenter, pourvu que ce soit par de bonnes voies ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;est-ce pas le désir qu&#039;ont les particuliers d&#039;ajouter à leur bien-être, qui, en augmentant les capitaux par l&#039;épargne, favorise l&#039;industrie, rend les nations opulentes et civilisées ? Si nos pères n&#039;avaient pas eu ce désir, nous serions encore sauvages. Nous ne savons pas encore bien à quel point on peut être civilisé par les progrès de l&#039;opulence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne me semble pas du tout prouvé qu&#039;il faille nécessairement que les neuf dixièmes des habitants de la plupart des pays de l&#039;Europe croupissent dans un état voisin de la barbarie, ainsi qu&#039;il est de fait encore à présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;économie privée nous enseigne à régler convenablement les consommations de la famille, c&#039;est-à-dire à comparer judicieusement, en toute occasion, le sacrifice de la valeur consommée, avec la satisfaction qu&#039;en retire la famille. Chaque homme en particulier est seul capable d&#039;apprécier ce sacrifice et cette satisfaction avec justesse ; car tout est relatif à sa fortune, au rang qu&#039;il occupe dans la société, à ses besoins, à ceux de sa famille, et même à ses goûts personnels. Une consommation trop réservée le prive des douceurs dont la fortune lui permet de jouir ; une consommation déréglée le prive des ressources que la prudence lui conseille de se ménager.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les consommations des particuliers sont perpétuellement en rapport avec le caractère et les passions des hommes. Les plus nobles, les plus vils penchants y influent tour à tour ; elles sont excitées par l&#039;amour des plaisirs sensuels, par la vanité, la générosité, la vengeance, la cupidité elle-même. Elles sont réprimées par un sage prévoyance, par des craintes chimériques, par la défiance, par l&#039;égoïsme. De ces affections différentes, ce sont tantôt les unes, tantôt les autres qui prédominent et qui dirigent les  particuliers dans l&#039;usage qu&#039;ils font des richesses. La ligne tracée par la sagesse est ici, comme dans tout le reste, la plus difficile à suivre. Leur faiblesse dévie tantôt d&#039;un côté, tantôt d&#039;un autre, et les précipite trop souvent dans l&#039;excès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Relativement à la consommation, les excès sont la prodigalité et l&#039;avarice. L&#039;une et l&#039;autre se privent des avantages que procurent les richesses : la prodigalité en épuisant ses moyens ; l&#039;avarice en se défendant d&#039;y toucher. La prodigalité est plus aimable et s&#039;allie à plusieurs qualités sociales. Elle obtient grâce plus aisément, parce qu&#039;elle invite à partager ses plaisirs ; toutefois elle est, plus que l&#039;avarice, fatale à la société : elle dissipe, elle ôte à l&#039;industrie les capitaux qui la  maintiennent ; en détruisant un des grands agents de la production, elle met les autres dans l&#039;impossibilité de se développer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui disent que l&#039;argent n&#039;est bon qu&#039;à être dépensé, et que les produits sont faits pour être consommés, se trompent beaucoup, s&#039;ils entendent seulement la dépense et la consommation consacrées à nous procurer des plaisirs. L&#039;argent est bon encore à être occupé reproductivement : il ne l&#039;est jamais sans qu&#039;il en résulte un très grand bien ; et toutes les fois qu&#039;un fonds placé se dissipe, il y a dans quelque coin du monde une quantité équivalente d&#039;industrie qui s&#039;éteint. Le prodigue qui mange une partie de son fonds prive en même temps un homme industrieux de ses profits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avare qui ne fait pas valoir son trésor dans la crainte de l&#039;exposer, à la vérité ne favorise pas l&#039;industrie, mais du moins il ne lui ravit aucun de ses moyens ; ce trésor amassé l&#039;a été aux dépens de ses propres jouissances, et non, comme le vulgaire est porté à l&#039;imaginer, aux dépens du public ; il n&#039;a pas été retiré d&#039;un emploi productif ; et à la mort de l&#039;avare, du moins, il se place et court animer l&#039;industrie, s&#039;il n&#039;est pas dissipé par ses successeurs, ou&#039;il n&#039;a pas été tellement caché&lt;br /&gt;
qu&#039;on ne puisse le découvrir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les prodigues ont grand tort de se glorifier de leurs dissipations. Elles ne sont pas moins indignes de la noblesse de notre nature que les lésineries de l&#039;avare.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;y a aucun mérite à consommer tout ce qu&#039;on peut, et à se passer des choses quand on ne les a plus. C&#039;est ce que font les bêtes ; et encore les plus intelligentes sont-elles mieux avisées. Ce qui doit caractériser les procédés de toute créature douée de prévoyance et de raison, c&#039;est, dans chaque circonstance, de ne faire aucune consommation sans un but raisonnable : tel est le conseil que donne l&#039;économie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;économie est le jugement appliqué aux consommations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle connaît ses ressources et le meilleur emploi qu&#039;on en peut faire. L&#039;économie n&#039;a point de principes absolus ; elle est toujours relative à la fortune, à la situation, aux besoins du consommateur. Telle dépense conseillée par une sage économie dans une fortune médiocre, serait une mesquinerie pour un riche et une prodigalité pour un ménage  indigent. Il faut, dans la maladie, s&#039;accorder des douceurs qu&#039;on se refuserait en état de santé. Un bienfait qui mérite la plus haute louange, lorsqu&#039;il est pris sur les jouissances personnelles du bienfaiteur, est digne de mépris, s&#039;il n&#039;est accordé qu&#039;aux dépens de la subsistance de ses enfants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;économie s&#039;éloigne autant de l&#039;avarice que de la prodigalité. L&#039;avarice entasse, non pour consommer, non pour reproduire, mais pour entasser ; c&#039;est un instinct, un besoin machinal et honteux. L&#039;économie est fille de la sagesse et d&#039;une raison éclairée ; elle sait se refuser le superflu pour se ménager le nécessaire, tandis que l&#039;avare se refuse le nécessaire afin de se procurer le superflu dans un avenir qui n&#039;arrive jamais. On peut porter de l&#039;économie dans une fête somptueuse, et l&#039;économie fournit les moyens de la rendre plus belle encore : l&#039;avarice ne peut se montrer nulle part sans tout gâter. Une personne économe compare ses facultés avec ses besoins présents, avec ses besoins futurs, avec ce qu&#039;exigent d&#039;elle sa famille, ses amis, l&#039;humanité. Un avare n&#039;a point de famille, point d&#039;amis ; à peine a-t-il des besoins, et l&#039;humanité n&#039;existe pas pour lui. L&#039;économie ne veut rien consommer en vain ; l&#039;avarice ne veut rien consommer du tout. La première est l&#039;effet d&#039;un calcul louable, en ce qu&#039;il offre seul les moyens de s&#039;acquitter de ses devoirs, et d&#039;être généreux sans être injuste. L&#039;avarice est une passion vile, par la raison qu&#039;elle se considère exclusivement et sacrifie tout à elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a fait de l&#039;économie une vertu, et ce n&#039;est pas sans raison : elle suppose la force et l&#039;empire de soi-même, comme les autres vertus, et nulle n&#039;est plus féconde en  heureuses conséquences. C&#039;est elle, qui dans les familles, prépare la bonne éducation physique et morale des enfants, de même que le soin des vieillards ; c&#039;est elle qui assure à l&#039;âge mûr cette sérénité d&#039;esprit nécessaire pour se bien conduire, et cette indépendance qui met un homme au-dessus des bassesses. C&#039;est par l&#039;économie seule qu&#039;on peut être libéral, qu&#039;on peut l&#039;être longtemps, qu&#039;on peut l&#039;être avec fruit. Quand on n&#039;est libéral que par prodigalité, on donne sans discernement ; à ceux qui ne méritent pas, comme à ceux qui méritent ; à ceux à qui l&#039;on ne doit rien, aux dépens de ceux à qui l&#039;on doit. Souvent on voit le prodigue obligé d&#039;implorer le secours des gens qu&#039;il a comblés de profusions : il semble qu&#039;il ne donne qu&#039;à charge de revanche, tandis qu&#039;une personne économe donne toujours gratuitement, parce qu&#039;elle ne donne que des biens dont elle peut disposer sans se mettre dans la gêne. Elle est riche avec une fortune médiocre, au lieu que l&#039;avare et le prodigue sont pauvres avec de grands biens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le désordre exclut l&#039;économie. Il marche au hasard, un bandeau sur les yeux, au travers des richesses : tantôt il a sous la main ce qu&#039;il désire le plus, et s&#039;en passe faute de l&#039;apercevoir ; tantôt il saisit et dévore ce qu&#039;il lui importe de conserver. Il est perpétuellement dominé par les événements : ou il ne les prévoit pas, ou il n&#039;est pas libre de s&#039;y soustraire. Jamais il ne sait où il est, ni quel parti il faut prendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une maison où l&#039;ordre ne règne pas, devient la proie d tout le monde ; elle se ruine, même avec des agents fidèles ; elle se ruine même avec de la parcimonie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle est exposée à une foule de petites pertes qui se renouvellent à chaque instant sous toutes les formes, et pour les causes les plus méprisables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les motifs qui déterminent le plus de consommations privées, il faut ranger le luxe, qui a fourni matière à tant de déclamations, et dont je pourrais peut-être me dispenser de parler, si tout le monde voulait prendre la peine de faire l&#039;application des principes établis dans cet ouvrage, et s&#039;il n&#039;était pas toujours utile de mettre des raisons à la place des déclamations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a défini le luxe l’&#039;&#039;usage du superflu&#039;&#039;. J&#039;avoue que je ne sais pas distinguer le &#039;&#039;superflu&#039;&#039; du &#039;&#039;nécessaire&#039;&#039;. De même que les couleurs de l&#039;arc-en-ciel, ils se lient et se fondent l&#039;un dans l&#039;autre par des nuances imperceptibles. Les goûts, l&#039;éducation, les tempéraments, les santés, établissent des différences infinies entre tous les degrés d&#039;utilité et de besoins ; et il est impossible de se servir, dans un sens absolu, de deux mots qui ne peuvent jamais avoir qu&#039;une valeur relative.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le nécessaire et le superflu varient même selon les différents états où se trouve la société. Ainsi, quoiqu&#039;à la rigueur un homme pût vivre en n&#039;ayant que des racines pour se nourrir, une peau pour se vêtir et une hutte pour s&#039;abriter, néanmoins, dans l&#039;état actuel de nos sociétés, on ne peut pas, dans nos climats, considérer comme des superfluités du pain et de la viande, un habit d&#039;étoffe de laine et le logement dans une maison. Par la même raison, le nécessaire et le superflu varient selon la fortune des particuliers ; ce qui est nécessaire dans une ville et dans une certaine profession, serait du superflu à la campagne et dans une position différente. On ne peut donc pas tracer la ligne qui sépare le superflu du nécessaire. Smith, qui la place un peu plus haut que Steuart, puisqu&#039;il appelle choses nécessaires (&#039;&#039;necessities&#039;&#039;), non seulement ce que la nature, mais encore ce que les règles convenues de décence et d&#039;honnêteté ont rendu nécessaire aux dernières classes du peuple ; Smith, dis-je, a eu tort de la fixer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette ligne est mobile de sa nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut dire, en général, que le luxe est l&#039;usage des choses chères ; et ce mot &#039;&#039;cher&#039;&#039;, dont le sens est relatif, convient assez dans la définition d&#039;un mot dont le sens est relatif aussi. Le mot luxe en français réveille en même temps plutôt l&#039;idée de l&#039;ostentation que celle de la sensualité : le &#039;&#039;luxe des habits&#039;&#039; n&#039;indique pas que les habits sont plus commodes pour ceux qui les portent, mais qu&#039;ils sont faits pour frapper les yeux de ceux qui les regardent. Le &#039;&#039;luxe de la table&#039;&#039; rappelle plutôt la somptuosité d&#039;un grand repas que les mets délicats d&#039;un épicurien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous ce point de vue, le luxe a principalement pour but d&#039;exciter l&#039;admiration par la rareté, la cherté, la magnificence des objets qu&#039;il étale ; et les objets de luxe sont les choses qu&#039;on emploie ni pour leur utilité réelle, ni pour leur commodité, ni pour leur agrément, mais seulement pour éblouir les regards et pour agir sur l&#039;opinion des autres hommes. Le luxe est de l’&#039;&#039;ostentation&#039;&#039;, mais l&#039;ostentation s&#039;étend à tous les avantages dont on cherche à se parer : on est vertueux par ostentation ; on ne l&#039;est jamais par luxe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le luxe suppose de la dépense, et si l&#039;on dit le &#039;&#039;luxe de l&#039;esprit&#039;&#039;, c&#039;est par extension, et en supposant qu&#039;on se met en dépense d&#039;esprit quand on prodigue les traits que l&#039;esprit fournit ordinairement, et que le goût veut qu&#039;on ménage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoique ce que nous entendons par luxe ait principalement l&#039;ostentation pour motif, néanmoins le recherches d&#039;une sensualité extrême peuvent lui être assimilées : elles ne peuvent pas se mieux justifier, et l&#039;effet en est exactement le même ; c&#039;est une consommation considérable, propre à satisfaire de grands besoins, et consacrée à de vaines jouissances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais je ne saurais nommer objet de luxe ce qu&#039;un homme éclairé et sage, habitant un pays policé, désirerait pour sa table, s&#039;il n&#039;avait aucun convive, pour sa maison et son vêtement, s&#039;il n&#039;était forcé à aucune représentation. C&#039;est un agrément, c&#039;est une commodité bien entendue et convenable à sa fortune, mais ce n&#039;est pas du luxe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;idée du luxe ainsi déterminée, on peut dès à présent découvrir quels sont ses effets sur l&#039;économie des nations. La consommation improductive embrasse la satisfaction&lt;br /&gt;
de besoins très réels. Sous ce rapport, elle peut balancer le mal qui résulte toujours d&#039;une destruction de valeurs ; mais qui balancera le mal d&#039;une consommation qui n&#039;a pour objet la satisfaction d&#039;aucun besoin réel ? D&#039;une dépense qui n&#039;a pour objet que cette dépense même ? D&#039;une destruction de valeur qui ne se propose d&#039;autre but que cette destruction ? &#039;&#039;Elle procure&#039;&#039;, dites-vous, &#039;&#039;des bénéfices aux producteurs des objets consommés&#039;&#039; ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la dépense qui ne se fait pas pour de vaines consommations, se fait toujours ; car l&#039;argent qu&#039;on refuse de répandre pour des objets de luxe, on ne le jette pas dans la rivière. Il s&#039;emploie, soit à des consommations mieux entendues, soit à la reproduction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De toutes manières, à moins de l&#039;enfouir, on consomme ou l&#039;on fait consommer tout son revenu ; de toutes manières, l&#039;encouragement donné aux producteurs par la consommation est égal à la somme des revenus. D&#039;où il suit :&lt;br /&gt;
# Que l&#039;encouragement donné à un genre de production par les dépenses fastueuses, est nécessairement ravi à un autre genre de production ;&lt;br /&gt;
# Que l&#039;encouragement qui résulte de cette dépense, ne peut s&#039;accroître que dans le cas seulement où le revenu des consommateurs s&#039;augmente ; or, on sait qu&#039;il ne s&#039;augmente pas par des dépenses de luxe, mais par des dépenses reproductives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans quelle erreur ne sont donc pas tombés ceux qui, voyant en gros que la production égale toujours la consommation (car il faut bien que ce qui se consomme ait été produit), ont pris l&#039;effet pour la cause, ont posé en principe que la seule consommation improductive provoquait la reproduction, que l&#039;épargne était directement contraire à la prospérité publique, et que le plus utile citoyen était celui qui dépensait le plus !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de deux systèmes opposés, celui des économistes et celui du commerce exclusif ou de la balance du commerce, ont fait de cette maxime un article fondamental de leur foi. Les manufacturiers, les marchands, qui n&#039;ont en vue que la vente actuelle de leurs produits, sans rechercher les causes qui leur en auraient fait vendre davantage, ont appuyé une maxime en apparence si conforme à leurs intérêts ; les poètes, toujours un peu séduits par les apparences, et ne se croyant pas obligés d&#039;être plus savants que les hommes d&#039;état, ont célébré le luxe sur tous les tons, et les riches se sont empressés d&#039;adopter un système qui représente leur ostentation comme une vertu, et leurs jouissances comme des bienfaits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les progrès de l&#039;économie politique, en faisant connaître les véritables sources de la richesse, les moyens de la production, et les résultats de la consommation, feront tomber pour jamais ce prestige. La vanité pourra se glorifier de ses vaines dépenses elle sera le mépris du sage à cause de ses conséquences, comme elle l&#039;était déjà par ses motifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que le raisonnement démontre est confirmé par l&#039;expérience. La misère marche toujours à la suite du luxe. Un riche fastueux emploie en bijoux de prix, en repas somptueux, en hôtels magnifiques, en chiens, en chevaux, en maîtresses, des valeurs qui, placées productivement, auraient acheté des vêtements chauds, des mets nourrissants, des meubles commodes, à une foule de gens laborieux condamnés par lui à demeurer oisifs et misérables. Alors le riche a des boucles d&#039;or, et le pauvre manque de souliers ; le riche est habillé de velours, et le pauvre n&#039;a pas de chemise. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la force des choses, que la magnificence a beau vouloir éloigner de ses regards la pauvreté, la pauvreté la suit opiniâtrement, comme pour lui reprocher ses excès. C&#039;est ce qu&#039;on observait à Versailles, à Rome, à Madrid, dans toutes les cours ; c&#039;est ce dont la France a offert en dernier lieu un triste exemple, à la suite d&#039;une  administration dissipatrice et fastueuse, comme s&#039;il avait fallu que des principes aussi incontestables dussent recevoir cette terrible confirmation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gens qui ne sont pas habitués à voir les réalités au travers des apparences, sont quelquefois séduits par l&#039;attirail et le fracas d&#039;un luxe brillant. Ils croient à la prospérité dès l&#039;instant où ils voient de la dépense. Qu&#039;ils ne s&#039;y trompent pas : un pays qui décline offre pendant quelque temps l&#039;image de l&#039;opulence ; ainsi fait la maison d&#039;un dissipateur qui se ruine. Mais cet éclat factice n&#039;est pas durable ; et comme il tarit les sources de la reproduction, il est infailliblement suivi d&#039;un état de gêne, de marasme politique, dont on ne se guérit que par degrés et par des moyens contraires à ceux qui ont amené le dépérissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est fâcheux que les mœurs, que les habitudes funestes du pays auquel on est attaché par la naissance, par la fortune, par&lt;br /&gt;
les affections, soumettent à leur influence jusqu&#039;aux personnes les plus sages, les mieux en état d&#039;en apprécier le danger et d&#039;en prévoir les tristes conséquences. Il n&#039;y a qu&#039;un bien petit nombre d&#039;hommes d&#039;un esprit assez ferme et d&#039;une fortune assez indépendante, pour pouvoir n&#039;agir que d&#039;après leurs principes, et n&#039;avoir de modèles qu&#039;eux-mêmes. La plupart suivent, malgré eux, la foule insensée qui, faute de réflexion, ne s&#039;aperçoit pas qu&#039;une fois que les besoins ordinaires de la vie sont satisfaits, le bonheur ne se rencontre pas dans les vaines jouissances du luxe, mais dans l&#039;exercice modéré de nos facultés physiques et morales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes qui, par un grand pouvoir ou de grands talents, cherchent à répandre le goût du luxe, conspirent donc contre le bonheur des nations. Si quelque habitude mérite d&#039;être encouragée dans les monarchies comme dans les républiques, dans les grands états comme dans les petits, c&#039;est uniquement l&#039;économie. Mais a-t-elle besoin d&#039;encouragement ? Ne suffit-il pas de n&#039;en pas accorder à la dissipation en l&#039;honorant ? Ne suffit-il pas de respecter inviolablement toutes les épargnes de leurs emplois, c&#039;est-à-dire, l&#039;entier développement de toute industrie qui n&#039;est pas criminelle ? Quand on ne déprave pas les nations par de mauvais exemples et de mauvaises institutions, et quand on permet qu&#039;elles s&#039;éclairent sur leurs vrais intérêts, elles se conduisent bien. Les extravagances sont individuelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En excitant les hommes à dépenser, dit-on, on les excite à produire : il faut bien qu&#039;ils gagnent de quoi soutenir leurs dépenses. Pour raisonner ainsi, il faut commencer par supposer qu&#039;il dépend des hommes de produire comme de consommer, et qu&#039;il est aussi facile d&#039;augmenter ses revenus que de les manger. Mais quand cela serait, quand il serait vrai de plus que le besoin de la dépense donnât l&#039;amour du travail (ce qui n&#039;est guère conforme à l&#039;expérience), on ne pourrait encore augmenter la production qu&#039;au &lt;br /&gt;
moyen d&#039;une augmentation de capitaux, qui sont un des éléments nécessaires de la production ; or, les capitaux ne peuvent s&#039;accroître que par l&#039;épargne ; et quelle épargne peut-on attendre de ceux qui ne sont excités à produire que par l&#039;envie de jouir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;ailleurs, quand l&#039;amour du faste inspire le désir de gagner, les ressources lentes et bornées de la production véritable suffisent-elles à l&#039;avidité de ses besoins ? Ne compte-t-il pas plutôt sur les profits rapides et honteux de l&#039;intrigue, industrie ruineuse pour les nations, en ce qu&#039;elle ne produit pas, mais seulement entre en partage des produits des autres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès lors, le fripon développe toutes les ressources de son méprisable génie ; le chicaneur spécule sur l&#039;obscurité des lois, l&#039;homme en pouvoir vend à la sottise et à l&#039;improbité, la protection qu&#039;il doit gratuitement au mérite et au bon droit. « J&#039;ai vu dans un souper, dit Pline, Paulina couverte d&#039;un tissu de perles et d&#039;émeraudes qui valait quarante millions de sesterces, ce qu&#039;elle pouvait prouver, disait-elle, par ses registres : elle le devait aux rapines de ses ancêtres. C&#039;était, ajoute l&#039;auteur romain, pour que sa petite-fille parût dans un festin chargée de pierreries, que Lollius consentit à répandre la désolation dans plusieurs provinces, à être diffamé dans tout l&#039;orient, à perdre l&#039;amitié du fils d&#039;Auguste, et finalement à mourir par le poison. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est l&#039;industrie qu&#039;inspire le goût de la dépense.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si l&#039;on prétendait que le système qui encourage les prodigalités, ne favorisant que celles des riches, a du moins le bon effet de diminuer l&#039;inégalité des fortunes, il me serait facile de prouver que la profusion des gens riches entraîne celle des classes mitoyennes et des classes pauvres ; et ce sont elles qui ont plus promptement atteint les bornes de leur revenu ; de telle sorte que la profusion générale augmente plutôt qu&#039;elle ne réduit l&#039;inégalité des fortunes. De plus, la prodigalité des riches est toujours précédée ou suivie de celle des gouvernements, et celle des gouvernements ne sait puiser que dans les impôts, toujours plus pesants pour les petits revenus que pour les gros.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a quelquefois tenté de réprimer par des lois somptuaires une vanité insultante et des dépenses ruineuses. Ces lois ont rarement atteint le but qu&#039;elles se proposaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand les mœurs étaient dépravées, on savait les éluder ; elles étaient inutiles dans le cas contraire, et de plus elles portaient atteinte à la propriété. Les fautes des particuliers portent leur châtiment avec elles, et c&#039;est folie que de vouloir opérer par les lois ce qu&#039;on obtient infailliblement de la force des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir fait l&#039;apologie du luxe, on s&#039;est quelquefois avisé de faire aussi celle de la misère : on a dit que si les indigents n&#039;étaient pas poursuivis par le besoin, ils ne voudraient pas travailler ; ce qui priverait les riches et la société en général de l&#039;industrie du pauvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette maxime est heureusement aussi fausse dans son principe qu&#039;elle est barbare dans ses conséquences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le dénuement était un motif pour être laborieux, le sauvage serait le plus laborieux des hommes, car il en est le plus dénué. On sait néanmoins quelle est son indolence, et qu&#039;on a fait mourir de chagrin tous les sauvages qu&#039;on a voulu occuper. Dans notre Europe, les ouvriers les plus paresseux sont ceux qui se rapprochent le plus des habitudes du sauvage ; la quantité d&#039;ouvrage exécuté par un manœuvre grossier d&#039;un canton misérable, n&#039;est pas comparable à la quantité d&#039;ouvrage exécuté par un ouvrier aisé de Paris ou de Londres. Les besoins se multiplient à mesure qu&#039;ils sont satisfaits. L&#039;homme qui est vêtu d&#039;une veste veut avoir un habit ; celui qui a un habit veut avoir une redingote. L&#039;ouvrier qui a une chambre pour se loger, en désire une seconde ; celui qui a deux chemises ambitionne d&#039;en avoir une douzaine, afin de pouvoir changer de linge plus souvent : celui qui n&#039;en a jamais eu, ne songe seulement pas à s&#039;en procurer. Ce n&#039;est jamais parce qu&#039;on a gagné qu&#039;on refuse de gagner encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;aisance des classes inférieures n&#039;est donc point incompatible, ainsi qu&#039;on l&#039;a trop répété, avec l&#039;existence du corps social. Un cordonnier peut faire des souliers  aussi bien dans une chambre chauffée, vêtu d&#039;un bon habit, lorsqu&#039;il est bien nourri et qu&#039;il nourrit bien ses enfants, que lorsqu&#039;il travaille transi de froid, dans une échoppe, au coin d&#039;une rue. On ne travaille pas moins bien ni plus mal, quand on jouit des commodités raisonnables de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les riches quittent donc cette puérile crainte d&#039;être moins bien servis, si le pauvre acquiert de l&#039;aisance. L&#039;expérience comme le raisonnement montre, au contraire, que c&#039;est dans les pays les plus riches, les plus généralement riches, qu&#039;on trouve plus facilement à satisfaire ses goûts les plus délicats.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre IV|Des effets de la consommation improductive en général]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre VI|De la nature et des effets généraux des consommations publiques]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_III_-_Chapitre_IV&amp;diff=2205</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre IV</title>
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		<updated>2008-07-04T21:32:47Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre III|Des effets de la consommation reproductive]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre V|Des consommations privées, de leurs motifs et de leurs résultats]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Troisième&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre IV - Des effets de la consommation improductive en général.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Nous venons de considérer la nature et les effets des consommations, quelles qu&#039;elles soient, et les effets généraux des consommations reproductives en particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne sera plus question dans ce chapitre et dans les suivants, que des consommations dont le but est la satisfaction d&#039;un besoin, une jouissance, et qu&#039;on nomme improductives ou stériles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est par des consommations improductives que l&#039;homme satisfait ses plus nobles désirs, de même que ses goûts les plus vulgaires. Par elles il étend ses connaissances, ses facultés intellectuelles ; il élève ses enfants, adoucit l&#039;existence de sa famille, se rend utile à ses amis, à sa patrie, à l&#039;humanité. Son perfectionnement moral aussi bien que son bonheur, dépendent en grande partie de ses consommations improductives ; mais elles n&#039;ajoutent rien aux richesses de la société, comme on l&#039;a répété trop souvent. Si les institutions, les circonstances qui font naître des besoins louables, sont favorables aux nations, celles qui excitent à consommer pour détruire des produits et pour donner lieu à les remplacer, ne le sont pas. Les moyens de production ont des bornes ; les épuiser par système, sans autre but que de les épuiser, est une puérilité : c&#039;est prodiguer sans but des moyens de bonheur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;on conseillait aux gens, non de faire tort aux consommations favorables à leur bien-être et à celui de la société, mais seulement d&#039;augmenter la masse de leurs consommations, ce serait leur conseiller d&#039;avoir plus de revenus, de devenir plus riches ; conseil assez futile, si on ne leur indique pas en même temps les moyens de devenir plus riches. Et si vous leur indiquez ces moyens, si vous leur dites : &#039;&#039;développez votre intelligence ; soyez plus industrieux ; mettez en valeur vos terres et vos capitaux ; multipliez ces capitaux par des accumulations graduelles&#039;&#039;, vous leur dites : produisez ; mot qui, à lui seul, signifie tout le reste. En effet, la consommation suit infailliblement une production véritable ; car produire, c&#039;est donner de la valeur ; cette valeur ne peut naître dans une chose que de l&#039;envie qu&#039;elle excite chez des consommateurs quelconques, et ceux-ci ne l&#039;achètent que pour la consommer. Toutes les fois qu&#039;un fait n&#039;arrive pas de cette manière, il n&#039;est qu&#039;un accident dont le producteur ou le consommateur sont la victime, et qu&#039;on évite autant qu&#039;on peut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;encouragement que l&#039;on croirait devoir donner à la consommation stérile allait jusqu&#039;à porter atteinte à des capitaux, ce ne serait plus seulement une consommation que l&#039;on provoquerait aux dépens d&#039;une autre ; ce serait la suppression de toutes les consommations successives qui se seraient renouvelées chaque fois que la portion dissipée du capital aurait été dépensée pour une production nouvelle ; car on ne peut faire valoir un capital qu&#039;en le dépensant, et on le dépense de nouveau aussi souvent qu&#039;il es rétabli par la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On supposera peut-être que les ventes provoquées par la consommation stérile, sont favorables aux producteurs en ceci que tout produit terminé étant une portion non encore réalisée du capital de l&#039;entrepreneur, plus sa vente est prompte, et plus tôt il peut, avec le même capital, recommencer une opération nouvelle ; un plus grand nombre de semblables opérations productives pouvant dès lors avoir lieu chaque année, plus de profits peuvent être distribués aux producteurs de tous grades. Cela est très vrai ; mais c&#039;est encore un conseil à donner aux producteurs et non pas aux consommateurs. On peut dire aux premiers : &#039;&#039;produisez des objets tels qu&#039;ils conviennent aux besoins naturels et aux habitudes de votre nation et de votre époque, et ils ne resteront pas long-temps en magasin, pourvu que les consommateurs, de leur côté, produisent de quoi les acquérir&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul avantage de la consommation stérile ne consiste donc que dans le plus ou le moins de satisfaction qui résulte de la consommation elle-même, et c&#039;est à cet examen que nous soumettrons, dans ce chapitre, les consommations improductives, quelles qu&#039;elles soient, et en particulier, dans les chapitres suivants, les consommations privées et les consommations publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne s&#039;agit plus que de comparer la perte qui, pour le consommateur, résulte de sa consommation, avec la satisfaction qui lui en revient. Du jugement sain ou faux qui apprécie cette perte et la compare avec la satisfaction obtenue, découlent les consommations bien ou mal entendues, c&#039;est-à-dire, ce qui, après la production réelle des richesses, influe le plus puissamment sur le bonheur ou le malheur des familles et des nations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous ce rapport, les consommations les mieux entendues seront :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1) &#039;&#039;Celles qui satisfont des besoins réels&#039;&#039;. Par besoins réels, j&#039;entends ceux à la satisfaction desquels tiennent notre existence, notre santé et le contentement de la plupart des hommes : ils sont opposés à ceux qui proviennent d&#039;une sensualité recherchée, de l&#039;opinion et du caprice. Ainsi les consommations d&#039;une nation seront, en général, bien entendues, si l&#039;on y trouve des choses commodes plutôt que splendides : beaucoup de linge et peu de dentelles ; des aliments abondants et sains, en place de ragoûts recherchés ; de bons habits et point de broderies. Chez une telle nation, les établissements publics auront peu de faste et beaucoup d&#039;utilité ; les indigents n&#039;y verront pas des hôpitaux somptueux, mais ils y trouveront des secours assurés ; les routes ne seront pas deux fois trop larges, mais les auberges seront bien tenues ; les villes n&#039;offriront peut-être pas de si beaux palais, mais on y marchera en sûreté sur des trottoirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le luxe d&#039;ostentation ne procure qu&#039;une satisfaction creuse ; le luxe de commodité, si je peux m&#039;exprimer ainsi, procure une satisfaction réelle. Ce dernier est moins cher, et par conséquent il consomme moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;autre ne connaît point de bornes ; il s&#039;accroît chez un particulier sans autre motif, sinon qu&#039;il s&#039;accroît chez un autre ; il peut aller ainsi progressivement à l&#039;infini. « L&#039;orgueil, a dit Franklin, est un mendiant qui crie aussi haut que le besoin, mais qui est infiniment plus insatiable. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Satisfaction pour satisfaction, la société, considérée en masse, trouve mieux son compte à celle qui pourvoit à des besoins réels, qu&#039;à celle qui contente des besoins factices. Que les besoins d&#039;un riche fassent produire et consommer des parfums exquis, et que les besoins d&#039;un pauvre fassent produire un habit chaud dans une saison rigoureuse : dans l&#039;un et l&#039;autre cas, des besoins auront provoqué la production et la consommation de deux richesses qu&#039;on peut supposer égales ; mais dans le premier cas, la société aura obtenu en échange un plaisir futile, court, à peine senti ; et dans le second, un bien-être solide, durable, précieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2) &#039;&#039;Les consommations lentes plutôt que les consommations rapides, et celles qui choisissent de préférence les produits de la meilleure qualité&#039;&#039;. Une nation et des particuliers feront preuve de sagesse, s&#039;ils recherchent principalement les objets dont la consommation est lente et l&#039;usage fréquent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est par cette raison qu&#039;ils auront un logement et des ameublements commodes et propres ; car il est peu de choses qui se consomment plus lentement qu&#039;une maison, ni dont on fasse un usage plus fréquent, puisqu&#039;on y passe la majeure partie de sa vie. Leurs modes ne seront pas très-inconstantes ; la mode a le privilège d&#039;user les choses avant qu&#039;elles aient perdu leur utilité, souvent même avant qu&#039;elles aient perdu leur fraîcheur : elle multiplie les consommations, et condamne ce qui est encore excellent, commode et joli, à n&#039;être plus bon à rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la rapide succession des modes appauvrit un état de ce qu&#039;elle consomme et de ce qu&#039;elle ne consomme pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il vaut mieux consommer les choses de bonne qualité, quoique plus chères ; en voici la raison : dans toute espèce de fabrication, il y a certains frais qui sont les mêmes et qu&#039;on paie également, que le produit soit bon ou bien qu&#039;il soit mauvais : une toile faite avec de mauvais lin a exigé, de la part du tisserand, du marchand en gros, de l&#039;emballeur, du voiturier, du marchand en détail, un travail précisément égal à ce qu&#039;aurait exigé, pour parvenir au consommateur, une toile excellente. L&#039;économie que je fais en achetant une médiocre qualité, ne porte donc point sur le prix de ces divers travaux, qu&#039;il a toujours fallu payer selon leur entière valeur, mais sur le prix de la matière première seule ; et néanmoins, ces différents travaux, payés aussi chèrement, sont plus vite consommés si la toile est mauvaise que si elle est bonne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme ce raisonnement peut s&#039;appliquer à tous les genres de fabrication ; comme dans tous il y a des services qu&#039;il faut payer sur le même pied, quelle que soit la qualité,  et comme ces services font plus de profit dans les bonnes qualités que dans les mauvaises, il convient donc à une nation en général de consommer principalement des premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour y parvenir, il faut qu&#039;elle ait le goût de ce qui est beau est bon, et qu&#039;elle sache s&#039;y connaître : c&#039;est encore un cas où les lumières sont favorables à la prospérité d&#039;un état ; il faut surtout que la généralité de la nation ne soit pas tellement misérable, qu&#039;elle se trouve toujours contrainte d&#039;acheter au meilleur marché, quoiqu&#039;en dernier résultat, les choses ainsi achetées lui reviennent plus cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On sent que les règlements par lesquels l&#039;autorité publique se mêle des détails de la fabrication (en supposant qu&#039;ils réussissent à faire fabriquer des marchandises de meilleure qualité, ce qui est fort douteux), sont insuffisants pour les faire consommer ; ils ne donnent pas au consommateur le goût des bonnes choses et les moyens de les acquérir. La difficulté se rencontre ici, non du côté du producteur, mais du côté du consommateur. Qu&#039;on me trouve des consommateurs qui veuillent et qui puissent se procurer du beau et du bon, je trouverai des producteurs qui leur en fourniront. C&#039;est l&#039;aisance d&#039;une nation qui la conduit à ce but ; l&#039;aisance ne fournit pas seulement les moyens d&#039;avoir du bon, elle en donne le goût. Or, ce ne sont point des règlements qui procurent de l&#039;aisance ; c&#039;est la production active et l&#039;épargne, c&#039;est l&#039;amour du travail favorable à tous les genres d&#039;industrie, et l&#039;économie qui amasse des capitaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans les pays où ces qualités se rencontrent, que chacun acquiert assez d&#039;aisance pour mettre du choix dans ses consommations. La gêne, au contraire, suit toujours la prodigalité ; et lorsqu&#039;on est commandé par le besoin, on ne choisit pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jouissances de la table, des jeux, des feux d&#039;artifice, sont au nombre des plus passagères. Je connais des villages qui manquent d&#039;eau, et qui consomment dans un seul jour de fête ce qu&#039;il faudrait d&#039;argent pour amener de l&#039;eau et pour élever une fontaine sur leur place publique. Leurs habitants aiment mieux s&#039;enivrer en l&#039;honneur de leur patron pendant un jour, et aller péniblement, tous les autres jours de l&#039;année, puiser de l&#039;eau bourbeuse au sommet d&#039;un coteau du voisinage. C&#039;est en partie à la misère, en partie à des consommations mal entendues, qu&#039;il faut attribuer la malpropreté qui environne la plupart des habitations des gens de la campagne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En général, un pays où l&#039;on dépenserait, soit dans les villes, soit dans les campagnes, en jolies maisons, en vêtements propres, en ameublements bien tenus, en instruction, une partie de ce qu&#039;on dépense en jouissances frivoles et dangereuses ; un tel pays, dis-je, changerait totalement d&#039;aspect, prendrait un air d&#039;aisance, serait plus  civilisé, et semblerait incomparablement plus attrayant à ses propres habitants et aux étrangers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3) Les &#039;&#039;consommations faites en commun&#039;&#039;. Il y a différents services dont les frais ne s&#039;augmentent pas en proportion de la consommation qu&#039;on en fait. Un seul cuisiner peut préparer également bien le repas d&#039;une seule personne et celui de dix ; un même foyer peut faire rôtir plusieurs pièces de viande aussi bien qu&#039;une seule ; de là l&#039;économie qu&#039;on trouve dans l&#039;entretien en commun des communautés religieuses et civiles, des soldats, des ateliers nombreux ; de là celle qui résulte de la préparation dans des  marmites communes, de la nourriture d&#039;un grand nombre de personnes dispersées : c&#039;est le principal avantage des établissements où l&#039;on prépare des soupes économiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4) Enfin, par des considérations d&#039;un autre ordre, les consommations bien entendues sont celles qu&#039;avoue la saine morale. Celles au contraire qui l&#039;outragent, finissent ordinairement par tourner à mal pour les nations comme pour les particuliers ; mais les preuves de cette vérité m&#039;entraîneraient trop loin de mon sujet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est à remarquer que la trop grande inégalité des fortunes est contraire à tous ces genres de consommations qu&#039;on doit regarder comme les mieux entendues. À mesure que les fortunes sont plus disproportionnées, il y a dans une nation plus de besoins factices, et moins de besoins réels satisfaits ; les consommations rapides s&#039;y multiplient : jamais les Lucullus et les Héliogabale de l&#039;ancienne Rome ne croyaient avoir assez détruit, abîmé de denrées ; enfin, les consommations immorales sont bien plus multipliées là où se rencontrent la grande opulence et la grande misère. La société se divise alors en un petit nombre de gens qui se procurent des jouissances recherchées, et un grand nombre d&#039;autres qui envient le sort des premiers, et font tout ce qu&#039;ils peuvent pour les imiter ; tout moyen paraît bon pour passer d&#039;une classe dans l&#039;autre, et l&#039;on est aussi peu scrupuleux sur les moyens de jouir qu&#039;on l&#039;a été sur ceux de s&#039;enrichir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout pays, le gouvernement exerce une fort grande influence sur la nature des consommations qui se font, non seulement parce qu&#039;il est appelé à décider de la nature des consommations publiques, mais parce que son exemple et ses volontés dirigent beaucoup de consommations privées. Si le gouvernement est ami du faste et de l&#039;ostentation, le troupeau des imitateurs aura du faste et de l&#039;ostentation ; et les personnes mêmes qui sont faites pour se conduire conformément à leurs propres principes, seront forcées de les sacrifier. Leur sort est-il toujours indépendant d&#039;une faveur et d&#039;une considération qu&#039;on attache alors, non aux qualités personnelles, mais à des prodigalités qu&#039;elles désapprouvent ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au premier rang des consommations mal entendues, sont celles qui procurent des chagrins et des maux, en place des plaisirs qu&#039;on en attendait. Tels sont les excès de l&#039;intempérance ; et si l&#039;on veut des exemples pris parmi les consommations publiques, telles sont les guerres entreprises par vengeance, comme celle que Louis XIV déclara au gazetier de Hollande, ou bien celles que suscite l&#039;amour d&#039;une vaine gloire, et où l&#039;on ne recueille ordinairement que la haine et la honte. Toutefois de telles guerres sont moins affligeantes encore à cause des pertes qui sont du domaine de l&#039;économie politique, qu&#039;à cause du repos et de l&#039;honneur des nations qu&#039;elles compromettent, à cause des vertus et des talents qu&#039;elles moissonnent pour toujours ; ces pertes sont un tribut que la patrie, que les familles déploreraient déjà, quand il ne serait exigé que ar l&#039;inexorable nécessité, mais qui devient affreux lorsqu&#039;il faut en faire le sacrifice à la légèreté, aux vices, à l&#039;impéritie ou aux passions des grands.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre III|Des effets de la consommation reproductive]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre V|Des consommations privées, de leurs motifs et de leurs résultats]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_III_-_Chapitre_III&amp;diff=2204</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre III</title>
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		<updated>2008-07-04T21:31:43Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre II|Des effets généraux de la consommation]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre IV|Des effets de la consommation improductive en général]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Troisième&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre III - Des effets de la consommation reproductive.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ce sont les valeurs capitales que l&#039;on consomme reproductivement. Le premier livre de cet ouvrage a développé le mécanisme de cette consommation. Un négociant, un manufacturier, un cultivateur, achètent des matières premières, des services productifs, et les consomment pour en obtenir de nouveaux produits : les effets immédiats de cette consommation sont les mêmes que ceux de la consommation improductive ; elle occasionne une demande qui influe sur les prix et sur la production des objets demandés ; elle en détruit la valeur ; il n&#039;y a de différence que dans le résultat ultérieur : elle ne satisfait à aucun besoin ; elle ne procure aucune jouissance autre que de rendre l&#039;entrepreneur qui l&#039;ordonne, possesseur d&#039;un nouveau produit, dont la valeur lui rembourse les produits consommés et lui paie communément un profit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Relativement à cette assertion que la consommation reproductive ne satisfait à aucun besoin, on pourrait, faute d&#039;une analyse complète des faits, objecter que le salaire payé à un ouvrier, et par conséquent dépensé reproductivement, sert à sa nourriture, à son vêtement, à ses plaisirs. Il faut remarquer ici, non pas une seule consommation, mais deux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fabricant, en achetant les services de l&#039;ouvrier et en les consommant, consomme reproductivement et sans satisfaire à aucun besoin, une portion de son capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De son côté l&#039;ouvrier, en vendant ses services, vend son revenu d&#039;un jour, d&#039;une semaine ; et c&#039;est le prix qu&#039;il en retire qui se trouve consommé improductivement par lui et par sa famille ; de la même manière que le loyer de la maison qu&#039;occupe le fabricant, et qui forme le revenu du propriétaire, est dépensé improductivement par celui-ci.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu&#039;on ne s&#039;imagine pas que c&#039;est la même valeur qui est consommée deux fois, l&#039;une reproductivement, l&#039;autre improductivement : ce sont deux valeurs indépendantes l&#039;une de l&#039;autre et dont l&#039;origine est diverse. L&#039;une des deux, le service industriel de l&#039;ouvrier, est le produit de sa force musculaire de son talent ; ce service est si bien un produit, qu&#039;il a un prix courant comme toutes les autres denrées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;autre valeur consommée est une portion du capital du fabricant, qu&#039;il a donnée en échange du service de l&#039;ouvrier. Une fois l&#039;échange de ces deux valeurs terminé, les deux consommations s&#039;opèrent chacune de leur côté et dans deux buts différents : la première, dans le but de créer un produit ; la seconde, dans celui d&#039;alimenter l&#039;ouvrier et sa famille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que le fabricant dépense et consomme reproductivement, c&#039;est ce qu&#039;il a acquis au moyen de son capital ; ce que l&#039;ouvrier dépense et consomme improductivement, c&#039;est ce qu&#039;il a obtenu en échange de ses peines. De ce que ces deux valeurs s&#039;échangent l&#039;une contre l&#039;autre, il ne s&#039;ensuit pas qu&#039;elles forment une seule et même valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même raisonnement s&#039;applique au travail intelligent de l&#039;entrepreneur. Son temps, son travail, sont consommés reproductivement par lui dans sa manufacture ; et les profits qu&#039;il en tire en échange, sont consommés improductivement par lui dans sa famille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette double consommation, au reste, est analogue à celle que les entrepreneurs font de leurs matières premières. Un fabricant de drap se présente chez un marchand de laine avec une somme de mille écus à la main. Ne voilà-t-il pas deux produits en présence : une valeur de mille écus, fruit d&#039;une production antérieure, faisant maintenant partie du capital du fabricant, et, d&#039;un autre côté, des toisons faisant partie du produit annuel d&#039;une ferme ? L&#039;échange une fois conclu, ces deux valeurs se consomment chacune de leur côté ; le capital, changé en toisons, pour faire du drap ; le produit de la ferme, changé en écus, pour satisfaire les besoins du fermier ou de son propriétaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute consommation étant une perte, lorsqu&#039;on fait une consommation reproductive, on gagne donc autant par ce que l&#039;on consomme de moins, que par ce que l&#039;on produit de plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la Chine, on épargne beaucoup sur l&#039;ensemencement des terres, par la méthode qu&#039;on suit de planter le grain au lieu de le semer à la volée. L&#039;effet qui en résulte est précisément comme si les terres à la Chine étaient plus productives que celles d&#039;Europe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les arts, quand la matière première est de nulle valeur, elle ne fait pas partie des consommations qu&#039;ils nécessitent ; ainsi la pierre calcaire détruite par le chaufournier, le sable qu&#039;emploie le verrier, ne sont pas des consommations s&#039;ils n&#039;ont pas de valeur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une épargne faite sur les services productifs de l&#039;industrie, des capitaux et des terres, est une épargne aussi réelle qu&#039;une épargne faite sur l&#039;emploi de la matière première. On épargne sur les services productifs de l&#039;industrie, des capitaux et des terres ; soit en tirant plus de service des mêmes moyens de production, soit en absorbant moins de moyens de production pour obtenir les mêmes produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces épargnes, au bout de peu de temps, tournent en général au profit de la société ; elles diminuent les frais de production ; et la concurrence des producteurs fait ensuite baisser, au niveau de ces frais, le prix des produits à mesure que les économies deviennent plus connues, et d&#039;un usage plus général. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais aussi, et par cette raison même, ceux qui ne savent pas user aussi économiquement que les autres, des moyens de production perdent où les autres gagnent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que de manufacturiers se sont ruinés, parce qu&#039;ils ne savaient travailler qu&#039;à grands frais, dans des bâtiments fastueux, et avec des outils trop multipliés ou trop chers, et par conséquent avec des capitaux plus considérables que ceux qu&#039;employaient d&#039;autres manufacturiers, pour ne pas obtenir plus de produits !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Heureusement que l&#039;intérêt personnel est, dans la plupart des cas, le premier et le plus vivement affecté de ces pertes. C&#039;est ainsi que la douleur avertit nos membres des lésions dont il faut qu&#039;ils se garantissent. Si le producteur maladroit n&#039;était pas le premier puni des pertes dont il est l&#039;auteur, nous verrions bien plus souvent encore risquer de fausses spéculations. Un mauvais spéculateur est aussi fatal à la prospérité générale qu&#039;un dissipateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un négociant qui dépense cinquante mille francs pour en gagner trente, et un homme du grand monde qui dépense vingt mille francs en chevaux, en maîtresses, en festins, en bougies, font, relativement à leur propre fortune et à la richesse de la société, un métier tout pareil, au plaisir près que le dernier a peut-être plus que l&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dispensé par les considérations qui sont la matière du premier livre, de m&#039;étendre davantage sur les consommations reproductives ; je dirigeai, dans ce qui va suivre, l&#039;attention du lecteur sur les &#039;&#039;consommations improductives&#039;&#039; seulement, sur leurs motifs et leurs résultats ; et je préviens que dorénavant le mot &#039;&#039;consommations&#039;&#039;, seul, devra s&#039;entendre, comme dans l&#039;usage commun, uniquement des consommations improductives.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre II|Des effets généraux de la consommation]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre IV|Des effets de la consommation improductive en général]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_III_-_Chapitre_II&amp;diff=2203</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre II</title>
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		<updated>2008-07-04T21:30:48Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre I|Des différentes sortes de consommations]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre III|Des effets de la consommation reproductive]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Troisième&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre II - Des effets généraux de la consommation.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
L&#039;effet le plus immédiat de toute espèce de consommation est la perte de valeur, et par conséquent de richesse, qui en résulte pour le possesseur du produit consommé. Cet effet est constant, inévitable, et jamais on ne doit le perdre de vue toutes les fois qu&#039;on raisonne sur cette matière. Un produit consommé est une valeur perdue pour tout le monde et pour toujours ; mais cette perte est accompagnée d&#039;une compensation : de même que la production est un échange que l&#039;on fait des frais de production contre un produit, la &#039;&#039;consommation&#039;&#039; est l&#039;échange que l&#039;on fait d&#039;un produit contre une jouissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette jouissance est de deux sortes : elle consiste, soit dans la satisfaction immédiate d&#039;un besoin : c&#039;est celle que procure la consommation improductive ; soit dans la reproduction d&#039;un autre produit que l&#039;on peut regarder comme une satisfaction différée : c&#039;est la &#039;&#039;consommation reproductive&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut remarquer ici que la consommation improductive, celle qui n&#039;a d&#039;autre résultat que de procurer une jouissance, n&#039;exige aucune habileté. Sans talent, sans peine, sans travail, on peut manger de bons morceaux, ou se parer d&#039;un bel habit ; tandis que dans la consommation reproductive, non seulement il ne résulte aucune jouissance immédiate de cette consommation, mais elle exige l&#039;emploi d&#039;un travail éclairé qui, dans tout le cours de cet ouvrage, a été nommé industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand celui qui possède la valeur à consommer est dépourvu d&#039;industrie, s&#039;il ne sait comment s&#039;y prendre pour consommer reproductivement cette valeur, et si pourtant il veut qu&#039;elle soit consommée ainsi, il la prête à une personne plus industrieuse : celle-ci la détruit ; mais comme elle en reproduit une autre en même temps, elle est en état de la rendre, même après avoir retenu les profits de son travail et de ses talents. Un capital qu&#039;on rend, après l&#039;avoir emprunté, n&#039;est pas, comme on voit, composé des mêmes matières qu&#039;on a reçues. La condition imposée par le prêteur équivaut à ceci : &#039;&#039;je vous prête des valeurs qui sont égales à la valeur actuelle de deux mille pièces de cinq francs, ou de dix mille francs : vous me rendrez à telle époque une somme de valeurs égales à la valeur qu&#039;auront alors dix mille francs&#039;&#039;. Un dépôt qu&#039;on serait obligé de rendre en nature, ne devant pas être consommé, ne pourrait servir à la reproduction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois on consomme les produits qu&#039;on a soi-même créés ; ainsi font le cultivateur qui mange de ses fruits ou des animaux de sa basse-cour, le manufacturier qui se revêt de ses étoffes ; mais comme les objets de notre consommation sont bien nombreux et bien variés en comparaison de ceux que nous produisons, la plupart des consommations n&#039;ont lieu qu&#039;à la suite d&#039;un &#039;&#039;achat&#039;&#039;. Après que nous avons échangé contre de l&#039;argent, ou reçu sous forme de monnaie, les valeurs qui composent notre revenu, nous échangeons de nouveau ces valeurs contre les objets que nous nous proposons de consommer. C&#039;est ce qui fait que, pour le vulgaire, &#039;&#039;dépenser&#039;&#039; et &#039;&#039;consommer&#039;&#039; signifient la même chose. Ce n&#039;est pourtant pas en achetant qu&#039;on perd la valeur qu&#039;on possède ; car après avoir acheté une chose, elle a encore sa valeur, et l&#039;on peut, si elle n&#039;a pas été surpayée, la revendre comme on l&#039;a achetée ; mais c&#039;est en la consommant que la perte s&#039;opère, puisqu&#039;une valeur détruite n&#039;existe plus, et ne peut plus ni se vendre, ni se consommer une seconde fois. C&#039;est la raison pour laquelle, dans l&#039;économie domestique, une mauvaise ménagère détruit bien vite les fortunes bornées. C&#039;est la femme, et non le mari, qui décide ordinairement des consommations de tous les jours, de celles qui se répètent sous une multitude de formes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit d&#039;ici la grande erreur où tombent ceux qui croient que ce qui n&#039;entraîne point de perte de numéraire, n&#039;entraîne point de perte de richesses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n&#039;est plus commun que d&#039;entendre dire : &#039;&#039;l&#039;argent qui se dépense n&#039;est pas perdu : il reste dans le pays ; donc le pays n&#039;est pas plus pauvre par les dépenses qu&#039;on y fait&#039;&#039;. Le pays, en effet, n&#039;a rien perdu de la valeur de l&#039;argent qui s&#039;y trouvait ; mais la chose achetée avec une somme d&#039;argent ; cent choses achetées successivement avec la même somme, ont été consommées, et leur valeur détruite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc bien superflu, j&#039;ai presque dit puéril, de vouloir, pour conserver les richesses d&#039;un pays, retenir son numéraire. Ce numéraire n&#039;empêche aucune consommation de valeurs, ni par conséquent aucune perte de richesse. Il sert au contraire à faire cheminer plus commodément, jusqu&#039;aux mains de leurs consommateurs, les produits voués à la consommation ; ce qui est un bien, quand c&#039;est pour faciliter une consommation bien entendue, c&#039;est-à-dire, dont les résultats sont bons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait croire seulement que si le numéraire qui circule dans un pays ne préserve ce pays d&#039;aucune consommation, ni par conséquent d&#039;aucune perte de richesse, celui qu&#039;on exporte occasionne du moins une perte au pays. Nullement : l&#039;exportation des espèces, quand elle n&#039;est pas définitive et qu&#039;elle doit amener des retours en marchandises, équivaut à une consommation reproductive, à une perte de valeurs qui a pour objet une reproduction de valeurs&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque l&#039;exportation des espèces est définitive, la nation est privée d&#039;une portion de son capital, qu&#039;elle perdrait également par l&#039;exportation de toute autre marchandise qui devrait n&#039;entraîner aucun retour.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre I|Des différentes sortes de consommations]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre III|Des effets de la consommation reproductive]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_III_-_Chapitre_I&amp;diff=2202</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre I</title>
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		<updated>2008-07-04T21:29:37Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre XI|De la population dans ses rapports avec l&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre II|Des effets généraux de la consommation]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Troisième&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre I - Des différentes sortes de consommations.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
J&#039;ai souvent été forcé de toucher, par anticipation, dans le cours de cet ouvrage, des idées dont le développement devait, suivant l&#039;ordre naturel, se présenter plus tard. La production ne pouvait s&#039;opérer sans consommation, j&#039;ai dû, dès le premier livre, dire le sens qu&#039;il fallait attacher au mot &#039;&#039;consommer&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lecteur a dû comprendre, dès lors, que, de même que la production n&#039;est pas une création de matière, mais une &#039;&#039;création d&#039;utilité&#039;&#039;, la consommation n&#039;est pas une destruction de matière, mais une &#039;&#039;destruction d&#039;utilité&#039;&#039;. L&#039;utilité d&#039;une chose une fois détruite, le premier fondement de sa valeur, ce qui la fait rechercher, ce qui en établit la &#039;&#039;demande&#039;&#039;, est détruit. Dès lors elle ne renferme plus de valeur ; ce n&#039;est plus une portion de richesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, &#039;&#039;consommer&#039;&#039;, &#039;&#039;détruire l&#039;utilité des choses&#039;&#039;, &#039;&#039;anéantir leur valeur&#039;&#039;, sont des expressions dont le sens est absolument le même, et correspond à celui des mots, &#039;&#039;produire&#039;&#039;, &#039;&#039;donner de l&#039;utilité&#039;&#039;, &#039;&#039;créer de la valeur&#039;&#039;, dont la signification est également pareille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute consommation, étant une destruction de valeur, ne se mesure pas selon le volume, le nombre ou le poids des produits consommés, mais selon leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une grande consommation est celle qui détruit une grande valeur, sous quelque forme que cette valeur se manifeste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout produit est susceptible d&#039;être consommé ; car si une valeur a pu être ajoutée à une chose, elle peut en être retranchée. Elle y a été ajoutée par l&#039;industrie ; elle en est retranchée par l&#039;usage qu&#039;on en fait, ou par tout autre accident ; mais elle ne peut être consommée deux fois : une valeur une fois détruite ne peut être détruite de nouveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle consommation est rapide ; telle autre est lente. On consomme une maison, un navire, du fer, comme on consomme de la viande, du pain, un habit. On peut même ne consommer un produit qu&#039;en partie. Un cheval, un meuble, une maison qu&#039;on revend, ne sont pas consommés en totalité, puisqu&#039;il leur reste un débris de valeur qu&#039;on retrouve dans le nouvel échange qu&#039;on en fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois la consommation est involontaire : tels sont l&#039;incendie d&#039;un édifice, le naufrage d&#039;un navire ; ou bien elle ne répond pas au but qu&#039;on s&#039;était proposé en créant le produit, comme dans le cas où l&#039;on jette des marchandises à la mer, où l&#039;on brûle des provisions qu&#039;on ne veut pas laisser à l&#039;ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut consommer une valeur anciennement produite ; on peut la consommer à l&#039;instant même qu&#039;elle est produite, ainsi que le font les spectateurs d&#039;un concert, d&#039;une représentation théâtrale. On consomme du temps, du travail, puisqu&#039;un travail utile a une valeur appréciable, et ne peut plus se consommer de nouveau lorsqu&#039;il a déjà été consommé une fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui ne peut perdre sa valeur n&#039;est pas susceptible d&#039;être consommé. On ne consomme pas un fonds de terre, mais on peut consommer son service annuel, et ce service, une fois employé, ne peut être employé une seconde fois. On peut consommer toutes les améliorations ajoutées à un terrain, quoiqu&#039;elles excèdent quelquefois la valeur du terrain, puisque ces améliorations sont les produits de l&#039;industrie ; mais le terrain ne saurait se consommer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de même d&#039;un talent industriel. Je peux consommer une journée d&#039;ouvrier, mais non le talent de l&#039;ouvrier. Les facultés industrielles sont néanmoins détruites par la mort de celui qui les possède.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout ce qui est produit est tôt ou tard consommé. Les produits n&#039;ont même été produits que pour être consommés ; et lorsqu&#039;un produit est parvenu au point de pouvoir subir sa destinée, et que sa consommation se diffère, c&#039;est une valeur qui chôme ; or, comme toute valeur peut être employée à la reproduction et rapporter un profit à son  possesseur, tout produit qui ne se consomme pas, occasionne une perte égale au profit, ou, si l&#039;on veut, à l&#039;intérêt que rapporterait sa valeur, utilement employée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les produits étant voués à la consommation, et même à la plus prompte consommation, comment, dira-t-on, se font les accumulations de capitaux, qui ne sont que des accumulations de valeurs produites ? Le voici : pour qu&#039;une valeur s&#039;accumule, il n&#039;est pas nécessaire qu&#039;elle réside dans le même produit ; il suffit qu&#039;elle se perpétue. Or, les valeurs capitales se perpétuent par la reproduction : les produits qui composent un capital se consomment aussi bien que tout autre ; mais leur valeur, en même temps qu&#039;elle est détruite par la consommation, se reproduit dans d&#039;autres matières ou dans la même. Quand je nourris un atelier d&#039;ouvriers, il s&#039;y fait une consommation d&#039;aliments, de vêtements, de matières premières ; mais pendant cette consommation il se fixe une nouvelle valeur dans les produits qui vont sortir de leurs mains. Les produits qui formaient mon capital ont bien été consommés ; mais le capital, la valeur accumulée, ne l&#039;est pas ; elle reparaît sous d&#039;autres formes, prête à être consommée de nouveau ; que si elle est consommée improductivement, elle ne reparaît plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La consommation annuelle d&#039;un particulier est la somme de toutes les valeurs consommées par ce particulier dans le courant d&#039;une année. La consommation annuelle d&#039;une nation est la somme totale des valeurs consommées dans l&#039;année par tous les individus et les corps dont cette nation se compose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la consommation annuelle d&#039;un particulier ou d&#039;une nation, doivent être comprises les consommations de tout genre, quels qu&#039;en soient le but et le résultat, celles d&#039;où il doit sortir une nouvelle valeur, et celles d&#039;où il n&#039;en doit point sortir ; de même qu&#039;on comprend dans la production annuelle d&#039;une nation la valeur totale de ses produits créés dans l&#039;année. Ainsi l&#039;on dit d&#039;une manufacture de savon qu&#039;elle consomme en soude une valeur de vingt mille francs par an, quoique la valeur de cette soude doive reparaître dans le savon que la manufacture aura produit ; et l&#039;on dit qu&#039;elle produit annuellement pour cent mille francs de savon, quoique cette valeur n&#039;ait eu lieu que par la destruction de beaucoup de valeurs qui en réduiraient bien le produit, si l&#039;on voulait les déduire. La consommation et la production annuelles d&#039;une nation ou d&#039;un particulier sont donc leur consommation et leur production brutes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une conséquence naturelle, il faut comprendre dans les productions annuelles d&#039;une nation, toutes les marchandises qu&#039;elle importe, et dans sa consommation annuelle toutes celles qu&#039;elle exporte. Le commerce de la France consomme toute la valeur des soieries qu&#039;il envoie aux états-Unis ; il produit toute la valeur des cotons qu&#039;il en reçoit en retour ; de même que les manufactures françaises ont consommé la valeur de la soude envoyée, pour ainsi dire, dans la chaudière du savonnier, et qu&#039;elles ont produit la valeur du savon qui en a été retiré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoique le capital soit consommé reproductivement dans les opérations de l&#039;industrie, la somme des consommations annuelles est tout autre chose que la somme des capitaux d&#039;une nation ou d&#039;un particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un capital ou une portion d&#039;un capital peuvent être consommés plusieurs fois dans la même année. Un cordonnier achète du cuir, le taille en souliers, et vend ses souliers ; voilà une portion de capital consommée et rétablie. En réitérant cette opération plusieurs fois dans l&#039;année, il consomme autant de fois cette portion de son capital ; si elle s&#039;élève à deux cents francs, et qu&#039;il renouvelle le même achat douze fois dans l&#039;année, ce capital de deux cents francs aura donné lieu à une consommation annuelle de 2400 francs. D&#039;un autre côté, il y a telle autre partie de son capital, comme ses outils, qui n&#039;est entièrement consommée qu&#039;au bout de plusieurs années. Sa consommation n&#039;emporte annuellement qu&#039;un quart, peut-être un dixième de cette portion de son capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les besoins des consommateurs déterminent en tout pays les créations des producteurs. Le produit dont le besoin se fait le plus sentir est le plus demandé ; le plus demandé fournit à l&#039;industrie, aux capitaux et aux terres d plus gros profits, qui déterminent l&#039;emploi de ces moyens de production vers la création de ce produit. De même, lorsqu&#039;un produit est moins demandé, il y a moins d&#039;avantage à le faire ; il ne se fait pas. Ce qui se trouve fait, baisse de prix ; le bas prix où le produit tombe, en favorise l&#039;emploi, et tout se consomme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut, si l&#039;on veut, séparer la consommation totale d&#039;un peuple, en &#039;&#039;consommations publiques&#039;&#039; et en &#039;&#039;consommations privées&#039;&#039;. Les premières sont celles qui sont faites par le public ou pour son service ; les secondes sont celles qui sont faites par les particuliers ou par les familles. Les unes et les autres peuvent être ou reproductives ou improductives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une société quelconque, tout le monde est consommateur, puisqu&#039;il n&#039;est personne qui puisse subsister sans satisfaire des besoins, quelque bornés qu&#039;on les suppose ; et comme d&#039;un autre côté tous les membres de la société, lorsqu&#039;ils ne reçoivent pas gratuitement ce qui les fait vivre, concourent à la production, soit par leur industrie, soit par leurs capitaux, soit par leurs terres, on peut dire qu&#039;en tout pays les consommateurs sont les producteurs eux-mêmes ; et les classes où s&#039;opèrent les plus grandes consommations, sont les classes mitoyennes et indigentes, où la multitude des individus fait plus que balancer la modicité de leurs consommations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples civilisés, riches et industrieux, consomment beaucoup plus que les autres, parce qu&#039;ils produisent incomparablement davantage. Ils recommencent tous les ans, et, dans bien des cas, plus d&#039;une fois par an, la consommation de leurs capitaux productifs, qui renaissent perpétuellement ; et ils consomment improductivement la majeure partie de leurs revenus, soit industriels, soit capitaux, soit fonciers. On propose pour modèles dans certains livres les nations qui ont peu de besoins : il vaut mieux avoir beaucoup de besoins et savoir les satisfaire. C&#039;est ainsi non seulement que se multiplient les individus, mais que l&#039;existence de chaque individu est plus complète.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Steuart vante les Lacédémoniens parce qu&#039;ils savaient se priver de tout, ne sachant rien produire. C&#039;est une perfection qui est partagée par les peuples les plus grossiers et les plus sauvages ; ils sont peu nombreux et mal pourvus. En poussant ce système jusqu&#039;à ses dernières conséquences, on arriverait à trouver que le comble de la perfection serait de ne rien produire et de n&#039;avoir aucun besoin, c&#039;est-à-dire, de ne pas exister du tout.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre XI|De la population dans ses rapports avec l&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre II|Des effets généraux de la consommation]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_II_-_Chapitre_XI&amp;diff=2201</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre XI</title>
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		<updated>2008-07-04T21:28:02Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;__NOTOC__&lt;br /&gt;
__NOEDITSECTION__&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre X|Quels sont les effets des revenus perçus d&#039;une nation dans l&#039;autre]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre I|Des différentes sortes de consommations]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Second&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XI - De la population dans ses rapports avec l&#039;économie politique.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
==== I. Comment la quantité des produits influe sur la population des États. ====&lt;br /&gt;
Après avoir observé, dans le premier livre, comment se forment les produits qui satisfont aux besoins de la société, et, dans celui-ci, comment ils se répandent parmi ses différents membres, observons de plus quelle influence ils exercent sur le nombre des personnes dont la société se compose, c&#039;est-à-dire sur la population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce qui concerne les corps organisés, la nature semble mépriser les individus, et n&#039;accorder sa protection qu&#039;à l&#039;espèce. L&#039;histoire naturelle présente des exemples très-curieux des soins qu&#039;elle prend pour la conversation des espèces ; mais le moyen le plus puissant qu&#039;elle emploie pour y parvenir consiste à multiplier les germes avec une profusion telle, que, quelque nombreux que soient les accidents qui les empêchent d&#039;éclore, ou qui les détruisent étant éclos, il en subsiste toujours un nombre plus que suffisant pour que l&#039;espèce se perpétue. Et si les accidents, les destructions, le défaut des moyens de développement, n&#039;arrêtaient pas la multiplication des êtres  organisés, il n&#039;est pas un animal, pas une plante qui ne parvînt en peu d&#039;années à couvrir la face du globe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;homme partage avec tous les autres êtres organisés cette faculté ; et, quoique son intelligence supérieure multiplie pour lui les moyens d&#039;exister, il finit toujours, comme les autres, par en atteindre la limite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les moyens d&#039;exister pour les animaux sont presque uniquement les subsistances ; pour l&#039;homme la faculté qu&#039;il a d&#039;échanger les produits les uns contre les autres, lui permet d&#039;en considérer, non pas tant la &#039;&#039;nature&#039;&#039; que la &#039;&#039;valeur&#039;&#039;. Le producteur d&#039;un meuble de cent francs est possesseur de tous les aliments qu&#039;on peut avoir pour ce prix-là. Et quant aux prix des deux produits (c&#039;est-à-dire à la quantité de l&#039;un et de l&#039;autre qu&#039;on donne en échange), il dépend de l&#039;utilité du produit dans l&#039;état actuel de la société. On ne peut pas supposer que les hommes en général consentent à donner, troc pour troc, ce qui leur est plus nécessaire pour avoir ce qui l&#039;est moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la disette, on donnera une moins grande quantité de subsistances pour le même meuble ; mais toujours restera-t-il vrai que le meuble vaut la denrée, et qu&#039;avec l&#039;un on pourra obtenir l&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette faculté de pouvoir faire des échanges n&#039;est pas bornée aux hommes du même lieu, ni même d&#039;un seul pays. La Hollande se procure du blé avec ses épiceries et ses toiles. L&#039;Amérique septentrionale obtient du sucre et du café en échange des maisons de bois qu&#039;elle envoie toutes faites aux Antilles. Il n&#039;y a pas jusqu&#039;aux produits &#039;&#039;immatériels&#039;&#039;, qui, bien qu&#039;ils ne soient pas transportables, procurent à une nation des denrées alimentaires. L&#039;argent payé par un étranger pour voir un artiste éminent, ou pour consulter un praticien célèbre, peut être renvoyé à l&#039;étranger pour y acheter des denrées plus substantielles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les échanges et le commerce approprient, comme on voit, les produits à la nature des besoins généraux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les denrées, quelles qu&#039;elles soient, pour la nourriture, ou pour le vêtement, ou pour le logement, dont le besoin se fait plus sentir, sont le plus demandées, donnent de plus gros profits et sont produites de préférence. Chaque famille satisfait d&#039;autant plus de besoins, qu&#039;elle peut acheter davantage. Elle peut acheter d&#039;autant plus, que sa propre production est plus grande, ou, en termes vulgaires, ses revenus plus considérables. Ainsi, en résultat définitif, les familles, et la nation qui se compose de toutes les familles, ne subsistent que de leurs produits, et l&#039;étendue des produits borne nécessairement le nombre de ceux qui peuvent subsister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez les animaux qui sont incapables de mettre aucune prévoyance dans la satisfaction de leurs appétits, les individus qui naissent, lorsqu&#039;ils ne deviennent pas la proie de l&#039;homme ou des autres animaux, périssent du moment qu&#039;ils éprouvent un besoin indispensable qu&#039;ils ne peuvent satisfaire. Chez l&#039;homme, la difficulté de pourvoir à des besoins futurs, fait entrer la prévoyance pour quelque chose dans l&#039;accomplissement du vœu de la nature ; et cette prévoyance préserve seule l&#039;humanité d&#039;une partie des maux qu&#039;elle aurait à supporter, si le nombre des hommes devait perpétuellement être réduit par des destructions violentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore, malgré la prévoyance attribuée à l&#039;homme, et la contrainte que la raison, les lois et les mœurs lui imposent, il est évident que la multiplication des hommes va toujours non seulement aussi loin que leurs moyens d&#039;exister le permettent, mais encore un peu au-delà. Il est affligeant de penser, mais il est vrai de dire que, même chez les nations les plus prospères, une partie de la population périt tous les ans de besoin. Ce n&#039;est pas que tous ceux qui périssent de besoin meurent positivement du défaut de nourriture, quoique ce malheur soit beaucoup plus fréquent qu&#039;on ne le suppose ; je veux dire seulement qu&#039;ils n&#039;ont pas à leur disposition tout ce qui est nécessaire pour vivre, et que c&#039;est parce qu&#039;ils manquent de quelque chose qui leur serait nécessaire, qu&#039;ils périssent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tantôt c&#039;est un malade ou un homme affaibli, qu&#039;un peu de repos remettrait, ou bien à qui il ne faudrait que la consultation d&#039;un médecin et un remède fort simple, mais qui ne peut ni prendre du repos, ni consulter le médecin, ni faire le remède.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tantôt c&#039;est un petit enfant qui réclame les soins de sa mère ; mais sa mère est forcée au travail par l&#039;indigence ; l&#039;enfant périt ou par accident ou par malpropreté, ou par maladie. C&#039;est un fait constaté par tous ceux qui s&#039;occupent d&#039;arithmétique politique, que, sur un égal nombre d&#039;enfants, pris dans la classe aisée et dans la classe indigente, il en meurt dans la seconde incomparablement plus que dans la première.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, une nourriture trop peu abondante ou malsaine, l&#039;impossibilité de changer souvent de linge, de se vêtir plus chaudement, de se sécher, de se chauffer, affaiblissent la santé, altèrent la constitution, exposent beaucoup d&#039;êtres humains à un dépérissement tantôt lent, tantôt rapide ; et l&#039;on peut dire que tous ceux qui périssent à la&lt;br /&gt;
suite d&#039;un besoin que leur fortune ne leur a pas permis de satisfaire, meurent de besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit que des produits très variés, parmi lesquels se trouvent même des produits que nous avons nommés immatériels, sont nécessaires à l&#039;existence de l&#039;homme, surtout dans les grandes sociétés ; que les produits dont la société a le plus besoin, dans l&#039;état où elle se trouve, sont aussi ceux que les producteurs multiplient de préférence, parce que ce sont ceux-là même qui sont payés le plus cher relativement à leurs frais de production ; on voit enfin que, quelle que soit la cause qui borne la quantité des produits, cette quantité est la limite nécessaire de la population ; car les hommes n&#039;existent qu&#039;autant qu&#039;ils ont à leur portée les moyens d&#039;exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces propositions générales reçoivent bien des modifications des circonstances particulières. Si les produits sont très inégalement distribués, si un homme en a plus qu&#039;il ne lui en faut pour exister dans sa situation, la population sera moins grande que si le surplus de cet homme en faisait vivre un autre. Si les besoins d&#039;une nation sont grands, la même quantité de produits n&#039;y fera pas subsister autant de monde que dans une supposition contraire. Toujours est-il vrai que, toutes choses étant d&#039;ailleurs égales, le nombre des hommes se proportionnera à la quantité des produits. C&#039;est une vérité reconnue par la plupart des auteurs qui ont écrit sur l&#039;économie politique, quelque variées que soient leurs opinions sur presque tout le reste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il me semble qu&#039;on a pas tiré de là une conséquence qui était pourtant bien naturelle ; c&#039;est que rien ne peut accroître la population que ce qui favorise la production, et que rien ne la peut diminuer, au moins d&#039;une manière permanente, que ce qui attaque les sources de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Juifs honorèrent la fécondité. Les Romains firent des règlements sans fin pour réparer les pertes d&#039;hommes que leurs guerres continuelles et lointaines occasionnaient. &lt;br /&gt;
Les censeurs recommandaient les mariages ; on était considéré en proportion du nombre de ses enfants. Tout cela ne servait à rien. La difficulté n&#039;est pas de faire des enfants, mais de les entretenir. Il fallait créer des produits au lieu de causer des dévastations. Tant de beaux règlements n&#039;empêchèrent point, même avant l&#039;invasion des barbares, la dépopulation de l&#039;Italie et de la Grèce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut tout aussi vainement que Louis XIV, par son édit de 1666 en faveur du mariage, donna des pensions à ceux qui auraient dix enfants, et de plus fortes à ceux qui en auraient douze. Les primes que, sous mille formes diverses, il donnait au désœuvrement et à l&#039;inutilité, causaient bien plus de tort à la population que ces faibles encouragements ne pouvaient lui faire de bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On répète tous les jours que le nouveau monde a dépeuplé l&#039;Espagne : ce sont ses mauvaises institutions qui l&#039;ont dépeuplée, et le peu de productions que fournit le pays relativement à son étendue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui encourage véritablement la population, c&#039;est une industrie active qui donne beaucoup de produits. Elle pullule dans tous les cantons industrieux ; et quand un sol vierge conspire avec l&#039;activité d&#039;une nation entière qui n&#039;admet point de désœuvrés, ses progrès sont étonnants, comme aux États-Unis, où elle double tous les vingt ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, les fléaux passagers qui détruisent beaucoup d&#039;hommes sans attaquer les sources de la reproduction, sont plus affligeants pour l&#039;humanité que funestes à la population. Elle remonte en très peu de temps au point où la retient la quotité des productions annuelles. Des calculs très curieux de Messance prouvent qu&#039;après les ravages causés par la fameuse peste de Marseille, en 1720, les mariages furent en Provence plus féconds qu&#039;auparavant. L&#039;abbé d&#039;Expilly a trouvé les mêmes résultats. Le même effet avait eu lieu en Prusse après la peste de 1710. Quoique ce fléau eût moissonné le tiers de la population, on voit par les tables de Sussmilch que le nombre des naissances, qui était avant la peste à peu près de 26000 par année, alla, en 1771 (année qui suivit celle de la peste), à 32000. Qui n&#039;aurait pensé qu&#039;après un si terrible ravage, le nombre des mariages du moins ne dût considérablement diminuer ? Il doubla, tant est grande la tendance de la population à s&#039;élever au niveau des ressources d&#039;un pays !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que les fléaux passagers ont de funeste, ce n&#039;est pas la dépopulation : ce sont d&#039;abord, et au premier rang, les maux qu&#039;ils causent à l&#039;humanité. Il ne peut pas y avoir de grandes quantités d&#039;individus retranchés du nombre des vivants, soit par les contagions, les famines ou les guerres, sans que beaucoup d&#039;êtres doués de sentiment aient souffert, quelquefois même cruellement souffert, et laissé dans la souffrance une multitude de survivants, veuves, orphelins, frères, sœurs et vieillards. On doit déplorer encore dans ces calamités la perte de ces hommes supérieurs, et tels que les lumières, les talents, les vertus d&#039;un seul, influent sur le bonheur des nations, plus que les bras de cent mille autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin une grande perte d&#039;hommes faits est une grande perte de richesse acquise ; car tout homme adulte est un capital accumulé qui représente toutes les avances qu&#039;il a fallu faire pendant plusieurs années pour le mettre au point où il est. Un marmot d&#039;un jour ne remplace pas un homme de vingt ans ; et le mot du prince de Condé, sur le champ de bataille de Senef, est aussi absurde qu&#039;il est barbare.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut doc dire que les fléaux qui retranchent des hommes, s&#039;ils ne nuisent pas à la population, nuisent à l&#039;humanité ; et c&#039;est seulement sous ce dernier rapport que ceux qui causent de tels fléaux sont hautement coupables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les fléaux passagers sont plus affligeants pour l&#039;humanité que funestes à la population des États, il n&#039;en est pas ainsi d&#039;une administration vicieuse et qui suit un mauvais système en économie politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celle-ci attaque la population dans son principe, en desséchant les sources de la production ; et comme le nombre des hommes, ainsi que nous l&#039;avons vu, s&#039;élève toujours pour le moins autant que le permettent les revenus annuels d&#039;une nation, un gouvernement qui diminue les revenus en imposant de nouveaux tributs, qui force les citoyens à faire le sacrifice d&#039;une partie de leurs capitaux, et qui par conséquent diminue les moyens généraux de subsistance et de reproduction répandus dans la société, un tel gouvernement, non seulement empêche de naître, mais on peut dire qu&#039;il massacre ; car rien ne retranche plus efficacement les hommes, que ce qui les prive de leurs moyens d&#039;exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On s&#039;est beaucoup plaint du tort que les couvents font à la population, et l&#039;on a eu raison ; mais on s&#039;est mépris sur les causes : ce n&#039;est pas à cause du célibat des religieux, c&#039;est à cause de leur oisiveté : ils font travailler à leurs terres, dit-on ; voilà une belle avance ! Les terres resteraient-elles en friche si les moines venaient à disparaître ? Bien au contraire ; partout où les moines ont été remplacés par des ateliers d&#039;industrie, comme nous en avons vu plusieurs exemples dans la révolution française, le pays a gagné tous les mêmes produits agricoles, et de plus ceux de son industrie manufacturière ; et le total des valeurs produites étant par là plus considérable, la population de ces cantons s&#039;est accrue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la population dépend de la quantité des produits, c&#039;est une estimation très imparfaite pour en juger, que le nombre des naissances. Là où l&#039;industrie et les produits augmentent, les naissances, plus multipliées à proportion des habitants déjà existants, donnent une évaluation trop forte. Dans les pays qui déclinent, au contraire, la population excède le nombre indiqué par les naissances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre conséquence de ce qui précède, c&#039;est que les habitants d&#039;un pays ne sont pas plus mal pourvus des choses nécessaires à la vie quand leur nombre s&#039;augmente, ni mieux pourvus quand leur nombre diminue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur sort dépend de la quantité des produits dont ils disposent, et ces produits peuvent être abondants pour une nombreuse population, tout comme ils peuvent être rares pour une population clairsemée. La disette ravageait l&#039;Europe au moyen âge plus souvent que dans ce temps-ci, où l&#039;Europe est évidemment plus populeuse. L&#039;Angleterre, sous le règne d&#039;Elisabeth, n&#039;était pas si bien pourvue qu&#039;elle l&#039;est, quoi qu&#039;elle eût moitié moins d&#039;habitants ; et l&#039;Espagne nourrit mal sept à huit millions d&#039;habitants, après avoir entretenu une immense population au temps des Romains et des Maures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques auteurs ont dit qu&#039;une grande population était le signe assuré d&#039;une haute prospérité. Elle est le signe assuré d&#039;une grande production ; mais pour qu&#039;il y ait une haute prospérité, il faut que la population, quelle qu&#039;elle soit, se trouve abondamment pourvue de toutes les nécessités de la vie et de quelques-unes de ses superfluités. Il y a des parties de l&#039;Inde et de la Chine prodigieusement populeuses, qui sont en même temps prodigieusement misérables ; mais ce n&#039;est pas en diminuant le nombre des individus qu&#039;on les rendrait mieux pourvues, car on ne pourrait le faire sans diminuer aussi leurs productions. Dans ces cas-là il faut souhaiter, non pas la diminution du nombre des hommes, mais l&#039;augmentation de la quantité des produits, qui a toujours lieu quand la population est active, industrieuse, économe, et bien gouvernée, c&#039;est-à-dire, &#039;&#039;peu&#039;&#039; gouvernée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les habitants d&#039;un pays s&#039;élèvent naturellement au nombre que le pays peut entretenir, que deviennent-ils dans les années de disette ? Steuart répond : qu&#039;il n&#039;y a pas tant de différence qu&#039;on l&#039;imagine entre deux récoltes ; qu&#039;une année mauvaise pour un canton est bonne pour un autre ; que la mauvaise récolte d&#039;une denrée est balancée par la bonne récolte d&#039;une autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ajoute que le même peuple ne consomme pas autant dans les années de disette, que dans les années d&#039;abondance : dans celle-ci tout le monde est mieux nourri ; on emploie une partie des produits à engraisser des animaux de basse-cour ; les denrées étant moins chères, il y a un peu plus de gaspillage. Quand la disette survient, la classe  indigente est mal nourrie ; elle fait de petites parts à ses enfants ; loin de mettre en réserve, elle consomme ce qu&#039;elle avait amassé : enfin il n&#039;est malheureusement que trop avéré qu&#039;une portion de cette classe souffre et meurt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce malheur arrive surtout dans les pays très populeux, comme l&#039;Indoustan, la Chine, où il se fait peu de commerce extérieur et maritime, et où la classe indigente s&#039;est accoutumée de longue main à se contenter du strict nécessaire pour vivre. Le pays, dans les années ordinaires, produisant tout juste de quoi fournir cette chétive subsistance, pour peu que la récolte soit mauvaise, ou seulement médiocre, une multitude de gens n&#039;ont plus même le strict nécessaire : ils meurent par milliers. Tous les rapports attestent que les famines, par cette raison, sont très fréquentes et très meurtrières à la Chine et dans plusieurs contrées de l&#039;Inde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le commerce, et surtout le commerce maritime, facilitant les échanges, et même les échanges lointains, permet de se procurer des denrées alimentaires en retour de beaucoup d&#039;autres produits ; on a même remarqué que ce sont les pays qui ont le moins de territoire et qui ne subsistent qu&#039;au moyen de leur commerce, comme la Hollande, Venise, Gênes, qui sont le moins exposés aux disettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non seulement ils vont chercher les blés où l&#039;on peut en trouver, mais où l&#039;on peut les acheter au meilleur marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la population, en thèse générale, se proportionne à la production, c&#039;est la quantité d&#039;industrie, mère des produits, qui exerce une influence fondamentale sur la population des États. Cette seule observation décide les longues discussions qui se sont élevées dans le dernier siècle, pour savoir si le monde était plus peuplé autrefois qu&#039;aujourd&#039;hui. Était-il plus industrieux, plus généralement cultivé, avait-il plus de manufactures, un commerce plus étendu, à des époques où la moitié de la terre habitable était encore inconnue, où la partie connue était plus d&#039;à moitié couverte de forêts, où la boussole n&#039;était pas découverte, et où les sciences, fondement de tous les arts, étaient dans l&#039;enfance ? Si l&#039;on convient que non, il est impossible de soutenir que le monde fût, à beaucoup près, aussi peuplé que nous le voyons. Si l&#039;on n&#039;a le flambeau de l&#039;économie politique à la main, on ne peut mettre aucune critique dans l&#039;étude de l&#039;histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce que l&#039;industrie est le fondement de la population, on peut conclure que la démarcation des états et des provinces, les lois et les mœurs des nations, ne sont que des circonstances accidentelles qui n&#039;influent sur la population qu&#039;indirectement, et par leur influence sur les développements de l&#039;industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== II. Comment la nature de la production influe sur la distribution des habitants ====&lt;br /&gt;
Pour cultiver la terre, il faut que les hommes soient répandus sur toute la surface du sol ; pour cultiver les arts industriels et le commerce, il leur convient de se réunir aux lieux où l&#039;on peut les exercer avec plus d&#039;avantage, c&#039;est-à-dire, aux lieux qui admettent une plus grande subdivision dans les occupations. Le teinturier s&#039;établira auprès du marchand d&#039;étoffes, le droguiste auprès du teinturier ; le commissionnaire ou l&#039;armateur qui font venir les drogues se rapprochera du droguiste ; et il en sera de même des autres producteurs. De cette agglomération d&#039;individus se forment les villes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En même temps ceux qui, sans travailler, vivent de leurs capitaux ou de leurs terres, sont attirés dans les villes, où ils trouvent réuni tout ce qui flatte leurs goûts, plus de choix dans la société, plus de variété dans les plaisirs. Les agréments de la vie des villes y arrêtent les étrangers, et y fixent toutes les personnes qui, vivant de leur travail, sont libres néanmoins de l&#039;exercer indifféremment partout. C&#039;est ainsi qu&#039;elles deviennent non-seulement le séjour des gens de lettres, des artistes, mais aussi le siège des administrations, des tribunaux, des établissements publics, et s&#039;accroissent encore de toutes les personnes qui tiennent à ces établissements, et de toutes celles que leurs affaires en rapprochent accidentellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas qu&#039;il n&#039;y ait toujours un certain nombre de gens qui exercent l&#039;industrie manufacturière dans les campagnes, sans parler de ceux qui y sont retenus par leurs goûts : une convenance locale, un ruisseau, une forêt, une mine, fixent beaucoup d&#039;usines et un grand nombre de travailleurs manufacturiers hors de l&#039;enceinte des villes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a même quelques travaux manufacturiers qui ne peuvent être exercés que près des consommateurs, comme ceux du tailleur, du cordonnier, du maréchal ; mais ces travaux n&#039;approchent pas, pour l&#039;importance et la perfection, des travaux manufacturiers de tout genre qui s&#039;exécutent dans les villes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les écrivains économiques estiment qu&#039;un pays florissant peut nourrir dans ses villes un nombre d&#039;habitants égal à celui que nourrissent les campagnes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques exemples portent à croire que des travaux mieux entendus, un meilleur choix de cultures et moins de terrains perdus, permettraient, même sur un sol médiocrement fertile, d&#039;en nourrir un bien plus grand nombre. Du moins est-il certain que, lorsque les villes fournissent quelques produits à la consommation des contrées étrangères, étant dès lors en état de recevoir des subsistances en échange, elles peuvent contenir une population proportionnellement bien plus forte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ce qu&#039;on voit dans plusieurs petits états dont le territoire seul ne suffirait pas à nourrir un des faubourgs de leur capitale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La culture des prairies exigeant moins de façons que celle des champs, dans les pays d&#039;herbages, un plus grand nombre d&#039;habitants peuvent se consacrer aux arts industriels, ils seront donc plus multipliés dans ces pays-là que dans les pays à blé. C&#039;est ce qui se voit dans certaines parties de la ci-devant Normandie, dans la Flandre, en Hollande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis l&#039;invasion des barbares dans l&#039;empire romain jusqu&#039;au dix-septième siècle, c&#039;est-à-dire, jusqu&#039;à des temps où nous touchons encore, les villes ont eu un faible éclat dans tous les grands états de l&#039;Europe. La portion de la population qu&#039;on estime être nourrie par les cultivateurs, ne se composait pas alors principalement de manufacturiers et de négociants, mais de nobles entourés d&#039;une suite nombreuse, de gens d&#039;église et d&#039;autres oisifs qui habitaient les châteaux avec leurs dépendances, les abbayes, les couvents, et fort peu dans des villes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les produits des manufactures et du commerce se bornaient à très peu de chose ; les manufacturiers étaient des artisans de chaumière, les négociants des porte-balles ; quelques outils fort simples, des meubles et des ustensiles imparfaits, suffisaient aux besoins de la culture et de la vie ordinaire. Trois ou quatre foires par année fournissaient des produits un peu plus recherchés, qui nous paraîtraient bien misérables ; et si l&#039;on tirait, de loin en loin, des villes commerçantes d&#039;Italie ou de chez les Grecs de Constantinople, quelques meubles, quelques étoffes, quelques bijoux de prix, c&#039;était une magnificence grande et rare, réservée seulement aux plus riches seigneurs et aux princes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cet ordre de choses, les villes devaient faire une pauvre figure. Aussi tout ce qu&#039;on voit de magnifique dans les nôtres est-il très moderne ; parmi toutes les villes de France, il serait impossible de^trouver un beau quartier, une seule belle rue qui eût deux cents ans d&#039;ancienneté. Tout ce qui date d&#039;une époque antérieure n&#039;y présente, sauf quelques églises gothiques, que des bicoques entassées dans des rues tortueuses, étranglées, qui ne suffisent nullement à la circulation des voitures, des animaux et de la foule qui attestent leur population et leur opulence actuelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;agriculture d&#039;un pays ne produit tout ce qu&#039;elle doit produire que lorsque des villes multipliées sont répandues sur toute l&#039;étendue de son territoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elles sont nécessaires au déploiement de la plupart des manufactures, et les manufactures sont nécessaires pour procurer des objets d&#039;échange à l&#039;agriculteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un canton où l&#039;agriculture n&#039;a point de débouchés, ne nourrit que la moindre partie des habitants qu&#039;il pourrait nourrir ; et encore ces habitants ne jouissent-ils que d&#039;une existence grossière, dépourvue de tout agrément, de toute recherche ; ils ne sont qu&#039;à moitié civilisés. Qu&#039;une colonie industrieuse vienne s&#039;établir dans ce canton, et y forme peu à peu une ville dont les habitants égaleront bientôt en nombre les cultivateurs qui en exploitent les terres, cette ville pourra subsister des produits agricoles du canton, et les cultivateurs s&#039;enrichiront des produits industriels de la ville.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ville même est un excellent moyen de répandre au loin les valeurs agricoles de sa province. Les produits bruts de l&#039;agriculture sont d&#039;un transport difficile, les frais excédant promptement le prix de la marchandise transportée. Les produits des manufactures sont d&#039;un transport beaucoup moins dispendieux ; leur travail fixe une valeur souvent très considérable dans une matière de peu de volume et d&#039;un poids léger. Par le moyen des manufactures, les produits bruts d&#039;une province se transforment donc en produits manufacturés d&#039;une bien plus haute valeur, qui voyagent au loin, et envoient en retour les produits que réclament les besoins de la province.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne manque à plusieurs de nos provinces de France, maintenant très misérables, que des villes pour être bien cultivées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces provinces resteraient éternellement misérables et dépeuplées, si l&#039;on suivait le système des économistes de Quesnay, qui voulaient qu&#039;on fît faire au dehors les objets de fabrique, et qu&#039;on payât les marchandises manufacturées avec les produits bruts de l&#039;agriculture. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les villes se fondent principalement par des manufactures de toutes les sortes, petites et grandes, les manufactures ne se fondent qu&#039;avec des capitaux productifs ; et des capitaux productifs ne se forment que de ce qu&#039;on épargne sur les consommations stériles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne suffit pas de tracer le plan d&#039;une ville et de lui donner un nom ; il faut, pour qu&#039;elle existe véritablement, la fournir par degrés de talents industriels, d&#039;ustensiles, de matières premières, de tout ce qui est nécessaire pour entretenir les industrieux jusqu&#039;à la parfaite confection et à la vente de leurs produits : autrement, au lieu de fonder une ville, on n&#039;élève qu&#039;une décoration de théâtre, qui ne tarde pas à tomber, parce que rien ne la soutient. C&#039;est ce qui est arrivé d&#039;Écatherinoslaw, dans la Tauride, et ce que faisait pressentir l&#039;empereur Joseph II, lorsque, après avoir été invité à poser en cérémonie la seconde pierre de cette ville, il dit à ceux qui l&#039;entouraient : &#039;&#039;j&#039;ai fini une grande affaire en un jour avec l&#039;impératrice de Russie : elle a posé la première pierre d&#039;une ville, et moi la dernière&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des capitaux ne suffisent même pas pour établir une grande industrie et l&#039;active production qui sont nécessaires pour former et agrandir une ville ; il faut encore une localité et des institutions nationales qui favorisent cet accroissement. Les circonstances locales sont peut-être ce qui manque à la cité de Washington pour devenir une grande capitale, car ses progrès sont bien lents en comparaison de ceux que font les États-Unis en général ; tandis que la seule situation de Palmyre, autrefois, l&#039;avait rendue populeuse et riche, malgré les déserts de sable dont elle est entourée, et seulement parce qu&#039;elle était devenue l&#039;entrepôt du commerce de l&#039;Orient avec l&#039;Europe. La même raison avait fait la prospérité d&#039;Alexandrie, et plus anciennement encore de la Thèbes d&#039;Égypte. La seule volonté de ses princes n&#039;aurait pas suffi pour en faire une ville à cent portes, et aussi populeuse que nous la représente Hérodote. Il faut chercher dans sa position entre la mer Rouge et le Nil, entre l&#039;Inde et l&#039;Europe, l&#039;explication de son importance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la seule volonté ne suffit pas pour créer une ville, il semble qu&#039;elle ne suffise pas non plus pour en borner les accroissements. Paris s&#039;est constamment accru, malgré les règlements faits par l&#039;ancien gouvernement de France pour y mettre des bornes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les seules bornes respectées sont celles que la nature des choses met à l&#039;agrandissement des villes, et il est difficile de les assigner. On rencontre plutôt des inconvénients que des obstacles positifs. Les intérêts communaux sont moins bien surveillés dans les cités trop vastes. Les habitants de l&#039;Est sont obligés de perdre plusieurs heures d&#039;un temps précieux, pour communiquer avec ceux de l&#039;Ouest ; ils sont obligés de se croiser dans le cœur de la ville, à travers des rues et des passages encombrés et bâtis à une époque où la population et la richesse étaient beaucoup moindres ; où les approvisionnements, les chevaux, les voitures, n&#039;étaient pas si multipliés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est l&#039;inconvénient qui se fait sentir à Paris, où les accidents qui naissent de l&#039;encombrement des rues, sont de plus en plus fréquents ; ce qui n&#039;empêche pas qu&#039;on n&#039;y bâtisse tous les jours de nouvelles rues où le même inconvénient se fera sentir au bout de quelques années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
FIN DU LIVRE SECOND&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre X|Quels sont les effets des revenus perçus d&#039;une nation dans l&#039;autre]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre III - Chapitre I|Des différentes sortes de consommations]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_II_-_Chapitre_X&amp;diff=2200</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre X</title>
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		<updated>2008-07-04T21:23:50Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre IX|Des revenus territoriaux]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre XI|De la population dans ses rapports avec l&#039;économie politique]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Second&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre IX - Des revenus territoriaux.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Une nation ne saurait percevoir chez une autre ses revenus industriels. Le tailleur allemand qui vient travailler en France, y fait ses profits, et l&#039;Allemagne n&#039;y a point de part. Mais si ce tailleur a le talent d&#039;amasser un capital quelconque, et si, au bout de plusieurs années, il retourne chez lui en l&#039;emportant, il fait à la France le même tort que si un capitaliste français, ayant la même fortune, s&#039;expatriait. Il fait le même tort par rapport à la richesse nationale, mais non pas moralement ; car je suppose qu&#039;un français qui sort de sa patrie lui ravit une affection et un concours de forces qu&#039;elle n&#039;était pas en droit d&#039;attendre d&#039;un étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la nation au sein de laquelle rentre un de ses enfants, elle fait la meilleure de toutes les acquisitions ; c&#039;est pour elle une acquisition de population, une acquisition de profits industriels, et une acquisition de capitaux. Cet homme ramène un citoyen et en même temps de quoi faire vivre un citoyen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l&#039;égard des capitaux prêtés d&#039;un pays à un autre, il n&#039;en résulte d&#039;autre effet, relativement à leur richesse respective, que l&#039;effet qui résulte pour deux particuliers d&#039;un prêt et d&#039;un emprunt qu&#039;ils se font.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la France emprunte à la Hollande des fonds et qu&#039;elle les consacre à des usages productifs, elle gagne les profits industriels et territoriaux qu&#039;elle fait au moyen de ces fonds ; elle gagne même en payant des intérêts, tout comme un négociant, un manufacturier, qui emprunte pour faire aller son entreprise, et à qui il reste des bénéfices, même après avoir payé l&#039;intérêt de son emprunt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si un état emprunte à un autre, non pour des usages productifs, mais pour dépenser ; alors le capital qu&#039;il a emprunté ne lui rapporte rien, et son revenu demeure grevé des intérêts qu&#039;il paie à l&#039;étranger. C&#039;est la situation où s&#039;est trouvée la France quand elle a emprunté aux Gênois, aux Hollandais, aux Genevois, pour soutenir des guerres ou subvenir aux profusions de la cour. Toutefois il valait mieux, même pour dissiper, emprunter aux étrangers qu&#039;aux nationaux, parce qu&#039;au moins cette partie des emprunts ne diminuait pas les capitaux productifs de la France. De toute manière, le peuple français payait les intérêts ; mais quand il avait prêté les capitaux, il payait les intérêts tout de même, et de plus il perdait les profits que son industrie et ses terres auraient pu faire par le moyen de ces mêmes capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour ce qui est des fonds de terres possédés par des étrangers résidant à l&#039;étranger, le revenu que donnent ces fonds de terre est un revenu de l&#039;étranger, et cesse de faire partie du revenu national ; sauf toutefois pour la portion de l&#039;impôt qu&#039;il supporte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais qu&#039;on y prenne garde : les étrangers n&#039;ont pas pu acquérir sans envoyer un capital égal en valeur à la terre acquise ; ce capital est un fonds non moins précieux qu&#039;un fonds de terre ; et il l&#039;est plus pour nous, si nous avons des terres à mettre en valeur et peu de capitaux pour faire valoir notre industrie. L&#039;étranger, en faisant un achat de terres, a changé avec nous un revenu capital dont nous profitons, contre un revenu foncier qu&#039;il perçoit ; un intérêt d&#039;argent contre un fermage ; et si notre industrie est active, éclairée, nous retirons plus par cet intérêt que nous ne retirions par le fermage ; mais il a donné un capital mobile et susceptible de dissipation, contre un capital fixe et durable. La valeur qu&#039;il a cédée a pu s&#039;évanouir par défaut de conduite de notre part ; la terre qu&#039;il a acquise est restée, et, quand il voudra, il vendra la terre et en retirera chez lui la valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne doit donc nullement craindre les acquisitions de biens-fonds faites par les étrangers, quand le prix de l&#039;acquisition doit être employé reproductivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la forme sous laquelle un revenu perçu chez un peuple passe chez un autre, soit qu&#039;on fasse venir ce revenu en espèces monnayées, en lingots ou en toute autre marchandise, cette considération n&#039;est d&#039;aucune importance ni pour un pays ni pour l&#039;autre, ou plutôt il leur est important de laisser les particuliers retirer ces valeurs sous la forme qui leur convient le mieux, parce que c&#039;est indubitablement celle qui convient le mieux aux deux nations ; de même que dans leur commerce réciproque, la marchandise que les particuliers préfèrent exporter ou importer, est aussi celle qui convient le mieux à leurs nations respectives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les agents de la compagnie anglaise dans l&#039;Inde retirent de ce vaste pays, soit des revenus annuels, soit une fortune faite, dont ils reviennent jouir en Angleterre : ils se gardent bien de retirer cette fortune en or ou en argent, car les métaux précieux valent bien plus en Asie qu&#039;en Europe ; ils la convertissent en marchandises de l&#039;Inde, sur lesquelles ils font encore un profit lorsqu&#039;elles sont arrivées en Europe ; ce qui fait qu&#039;une somme d&#039;un million, qu&#039;ils emportent, leur vaut peut-être douze cent mille francs et plus, lorsqu&#039;ils sont rendus à leur destination. L&#039;Europe acquiert, par cette opération, douze cent mille francs, et l&#039;Inde ne perd qu&#039;un million. Si les déprédateurs de l&#039;Inde voulaient que ces douze cent mille francs fussent apportés en espèces, ils seraient obligés d&#039;emporter hors de l&#039;Indoustan quinze cent mille francs, ce qui convient le mieux pour la transporter. Tant qu&#039;il est permis de tirer d&#039;un pays une marchandise quelconque (et cette exportation y est toujours vue avec faveur), on tire de ce pays, sans difficulté, tous les revenus et tous les capitaux qu&#039;on y perçoit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour qu&#039;un gouvernement pût l&#039;empêcher, il faudrait qu&#039;il pût interdire tout commerce avec l&#039;étranger ; et encore, il resterait la fraude. Aussi est-ce une chose vraiment risible, aux yeux de l&#039;économie politique, que de voir des gouvernements enfermer dans leurs possessions le numéraire dans la vue d&#039;y retenir les richesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;ils parvenaient à clore leurs frontières de façon à intercepter la sortie de toutes les choses qui ont une valeur, ils n&#039;en seraient pas plus avancés ; car les libres communications procurent bien plus de valeurs qu&#039;elles n&#039;en laissent échapper. Les valeurs ou les richesses sont fugitives et indépendantes par leur nature. On ne saurait les enfermer ; elles s&#039;évanouissent au milieu des liens, et grandissent en pleine liberté.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre IX|Des revenus territoriaux]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre XI|De la population dans ses rapports avec l&#039;économie politique]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre IX</title>
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		<updated>2008-07-04T21:14:42Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;__NOTOC__&lt;br /&gt;
__NOEDITSECTION__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VIII|Du revenu des capitaux]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre X|Quels sont les effets des revenus perçus d&#039;une nation dans l&#039;autre]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Second&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre IX - Des revenus territoriaux.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
==== I. Des profits des fonds de terre ====&lt;br /&gt;
La terre a la faculté de transformer et de rendre propres à notre usage une foule de matières qui nous seraient inutiles sans elle ; par une action que l&#039;art n&#039;a pu imiter encore, elle extrait, combine les sucs nourriciers dont se composent les grains, les fruits, les légumes qui nous alimentent, les bois de construction ou de chauffage, etc. Son action dans la production de toutes ces choses, peut se nommer le &#039;&#039;service productif de la terre&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est le premier fondement du profit qu&#039;elle donne à son propriétaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle lui donne encore des profits en lui livrant les matières utiles que renferme son sein, comme les métaux, les différentes pierres, les charbons, la tourbe, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La terre, ainsi que nous l&#039;avons déjà vu, n&#039;est pas le seul agent de la nature qui ait un pouvoir productif ; mais c&#039;est le seul, ou à peu près, dont l&#039;homme ait pu faire une propriété privée et exclusive, et dont, par suite, le profit soit devenu le profit d&#039;un particulier à l&#039;exclusion d&#039;un autre. L&#039;eau des rivières et de la mer, par la faculté qu&#039;elle a de mettre en mouvement nos machines, de porter nos bateaux, de nourrir des poissons, a bien aussi un pouvoir productif ; le vent qui fait aller nos moulins, et jusqu&#039;à la chaleur du soleil, travaillent pour nous ; mais heureusement personne n&#039;a pu dire : &#039;&#039;le vent et le soleil m&#039;appartiennent, et le service qu&#039;ils rendent doit m&#039;être payé&#039;&#039;. Je ne prétends pas insinuer par là que la terre ne dût pas avoir de propriétaire, plus que le soleil et le vent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a entre ces choses une différence essentielle : l&#039;action des dernières est inépuisable ; le service qu&#039;en tire une personne n&#039;empêche pas qu&#039;une autre personne n&#039;en tire un service égal. La mer et le vent, qui transportent mon navire, transportent aussi ceux de mes voisins. Il n&#039;en est pas de même de la terre. Les avances et les travaux que j&#039;y consacre sont perdus si d&#039;autres que moi ont droit de se servir du même terrain. Pour que j&#039;ose risquer des avances, il faut que je sois assuré de jouir des résultats. Et ce qui peut surprendre au premier énoncé, sans en être moins vrai au fond, c&#039;est que le non-propriétaire n&#039;est pas moins intéressé que le propriétaire à l&#039;appropriation du sol. C&#039;est grâce à l&#039;appropriation que le sol est cultivé et que l&#039;on obtient ses produits avec une sorte d&#039;abondance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est grâce à l&#039;appropriation du sol et des capitaux, que l&#039;homme qui n&#039;a que ses bras trouve de l&#039;occupation et se fait un revenu. Les sauvages de la Nouvelle-Zélande et de la côte nord-ouest d&#039;Amérique, où la terre est commune à tous, s&#039;arrachent à grande peine le poisson ou le gibier qu&#039;ils peuvent atteindre ; ils sont souvent réduits à se nourrir des plus vils insectes, de vers, d&#039;araignées ; enfin ils se font perpétuellement la guerre par besoin, et se mangent les uns les autres à défaut d&#039;autres aliments ; tandis que le plus mince de nos ouvriers, s&#039;il est valide, s&#039;il est laborieux, a un abri, un vêtement, et peut gagner, tout au moins, sa subsistance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le service que rendent les terres est acheté par l&#039;entrepreneur, de même que tous les autres services productifs, et cette avance lui est remboursée par le prix qu&#039;il tire de ses produits. Quand c&#039;est le propriétaire même du terrain qui le fait valoir, il ne paie pas moins l&#039;usage qu&#039;il en fait. S&#039;il ne le cultivait pas lui-même, ne pourrait-il pas louer le terrain ? En le faisant valoir, il fait donc le sacrifice du loyer, et ce sacrifice est une avance dont il n&#039;est remboursé qu&#039;au moment de la vente des produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai dit que le service productif de la terre est le premier fondement du profit qu&#039;on en tire ; nous apprécierons tout à l&#039;heure les objections qu&#039;on a élevées contre cette proposition ; en attendant, on peut la regarder comme prouvée par les profits très divers qu&#039;on tire des différents terrains suivant leur fertilité et les qualités qui les distinguent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque arpent d&#039;un vignoble distingué rapporte dix fois, cent fois ce que rapporte l&#039;arpent d&#039;un terrain médiocre ; et une preuve que c&#039;est la qualité du sol qui est la source de ce revenu, c&#039;est que les capitaux et les travaux employés dans la même entreprise, ne donnent pas en général de plus gros profits que les capitaux et les travaux employés dans d&#039;autres entreprises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En comparant un bon terrain avec ce qu&#039;il coûte, on pourrait croire qu&#039;il ne rapporte pas plus qu&#039;un mauvais ; et en effet un arpent dont on retire cent francs et qui coûte d&#039;achat trois mille francs, ne rapporte pas plus qu&#039;un arpent dont on retire seulement dix francs, et qui ne coûte que trois cents francs. Dans l&#039;un et l&#039;autre cas, la terre rend à son propriétaire, chaque année, le trentième de sa valeur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais qui ne voit que c&#039;est le produit annuel qui a élevé la valeur du fonds ? La valeur du produit comparé avec le prix d&#039;achat fait la &#039;&#039;rente de la terre&#039;&#039;, et la rente d&#039;une  bonne terre peut n&#039;être pas supérieure à la rente d&#039;une terre médiocre ; tandis que le &#039;&#039;profit foncier&#039;&#039; est la valeur du produit annuel comparé avec l&#039;étendue du terrain ; et c&#039;est sous ce rapport que le profit que rend un arpent de bon terrain, peut être cent fois supérieur à celui d&#039;un mauvais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les fois qu&#039;on achète une terre avec un capital, ou un capital avec une terre, on est appelé à comparer la rente de l&#039;une avec la rente de l&#039;autre. Une terre qu&#039;on achète avec un capital de cent mille francs pourra ne rapporter que trois à quatre mille francs, tandis que le capital en rapportait cinq ou six. Il faut attribuer la moindre rente dont on se contente en achetant une terre, d&#039;abord à la plus grande solidité du placement, un capital ne pouvant guère contribuer à la production, sans subir plusieurs métamorphoses et plusieurs déplacements, dont le risque effraie toujours plus ou moins les personnes qui ne sont pas accoutumées aux opérations industrielles, tandis qu&#039;un fonds de terre produit sans changer de nature et sans déplacement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;attrait et l&#039;agrément qui accompagnent la propriété territoriale, la considération, l&#039;aplomb et le crédit qu&#039;elle procure, les titres même et les privilèges dont elle est accompagnée en certains pays, contribuent encore à cette préférence. Une propriété en terre profite toujours des circonstances favorables qui l&#039;entourent et jouit auprès de ses voisins, pour les services qu&#039;elle est capable de rendre, d&#039;une préférence marquée sur les terres plus éloignées ; car les produits de celles-ci sont grevés de plus de frais de transport. Si une grande route ou un canal vient à passer près d&#039;un bien-fonds, s&#039;il s&#039;établit des manufactures dans son voisinage, si la population et la richesse du canton prennent de l&#039;accroissement, le bien-fonds en profite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des terrains dans le voisinage ou dans l&#039;intérieur d&#039;une grande ville, voient décupler leur produit annuel et par suite la valeur du fonds, par l&#039;importance qu&#039;acquiert la ville ou seulement le quartier où ils se trouvent situés. D&#039;où l&#039;on peut conclure qu&#039;il convient d&#039;acheter des biens-fonds ans les pays et dans les cantons qui  prospèrent, et de vendre au contraire quand le pays ou le canton décline.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la raison qu&#039;une terre ne peut ni se déguiser ni se transporter, elle est plus exposée à porter le faix des charges publiques, et à devenir l&#039;objet des vexations du pouvoir. Les ravages de la grêle, des gelées, de la guerre, retombent presque toujours sur le propriétaire foncier, qui, dans ces cas-là, quand la terre est affermée, est obligé de faire des remises au fermier. Un capital qui n&#039;est pas &#039;&#039;engagé&#039;&#039;, se met sous toutes les formes, et s&#039;emporte où l&#039;on veut. Mieux encore que les hommes, il fuit la tyrannie et les guerres civiles. Son acquisition est plus solide ; car il est impossible d&#039;exercer sur ce genre de biens des reprises et des droits de suite. Il y a bien moins de procès pour des biens mobiliers que pour des terres. Néanmoins il faut que le risque des placements surpasse tous ces avantages, et qu&#039;on préfère les fonds de terre aux capitaux, puisque les terres coûtent davantage en proportion de ce qu&#039;elles rapportent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel que soit le prix auquel s&#039;échangent mutuellement les terres et les capitaux, il est bon de remarquer que ces échanges ne font varier en rien les quantités respectives de services fonciers et de services capitaux qui sont offertes et mises dans la circulation pour concourir à la production, et que ces prix n&#039;influent en rien par conséquent sur les profits réels et absolus des terres et des capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après qu&#039;Ariste a vendu une terre à Théodon, ce dernier offre les services provenant de sa terre, au lieu d&#039;Ariste qui les offrait auparavant ; et Ariste offre l&#039;emploi du capital qu&#039;il a reçu de cette vente, et qui était offert auparavant par Théodon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui change véritablement la quantité de services fonciers offerts et mis dans la circulation, ce sont des défrichements, des terres mises en valeur ou dont le produit est augmenté. Des épargnes, des capitaux sont, par le moyen des améliorations foncières, transformés en fonds de terre, et participent à tous les avantages et à tous les inconvénients de ces derniers. On en peut dire autant des maisons et de tous les capitaux engagés d&#039;une façon immobilière : ils perdent leur nature de capitaux et prennent la nature des fonds de terre ; ils détruisent une partie des capitaux de la nation, mais ils étendent son territoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les circonstances qui environnent un fonds de terre, c&#039;est-à-dire le besoin qu&#039;on éprouve de ses produits, varient à l&#039;infini. Les qualités des terrains sont aussi diverses que leurs positions ; il s&#039;établit en conséquence une offre et une demande différente pour chaque qualité différente. Une fois que les circonstances établissent une certaine demande pour les vins, l&#039;étendue de cette demande sert de base à la demande qu&#039;on fait du service territorial nécessaire pour faire des vins, et l&#039;étendue des terres propres à cette culture forme la quantité offerte de ce service foncier. Si les terres favorables à la production des bons vins sont très bornées en étendue, et la demande de ces vins très considérable, les profits fonciers de ces terres seront énormes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un terrain qui ne donne aucun profit peut encore être cultivé, pourvu qu&#039;on y soit dédommagé du capital et de la main d&#039;œuvre qu&#039;on y consacre. Comme on ne trouve point de fermier pour un semblable terrain, c&#039;est ordinairement son propriétaire qui le cultive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith parle de certains mauvais terrains en Écosse qui sont cultivés par leurs propriétaires, et qui ne pourraient l&#039;être par aucun autre. C&#039;est ainsi encore que nous voyons dans les provinces reculées des États-Unis, des terres vastes et fertiles dont les produits ne trouvent point d&#039;acheteurs parce qu&#039;elles ne sont pas encore entourées d&#039;habitants, et qui néanmoins sont cultivées ; mais il faut que le propriétaire les cultive lui-même, c&#039;est-à-dire, qu&#039;il porte le consommateur à l&#039;endroit du produit, et qu&#039;il ajoute au profit de son fonds de terre, qui est peu de chose ou rien, les profits de ses capitaux et de son industrie qui le font vivre avec aisance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis les premières éditions de ce traité, M. David Ricardo a cru trouver un nouveau fondement au profit des biens-fonds. Il pose en fait que dans les pays neufs et où les terres n&#039;ont point encore de propriétaires, elles ne rapportent que les profits auxquels peuvent prétendre le travail et les capitaux qui les font produire. La concurrence des producteurs empêche en effet qu&#039;ils se fassent rembourser le droit de cultiver la terre, droit qu&#039;ils ne paient à personne. Mais du moment que les progrès de la société rendent nécessaire une quantité de produits plus considérable que celle que peuvent fournir les meilleures terres et les plus avantageusement situées, il faut avoir recours aux terres de moindre qualité ou plus éloignées, et, pour obtenir sur chaque arpent les mêmes produits, faire plus de frais que l&#039;on n&#039;en fait sur les terres premièrement cultivées. Si c&#039;est du blé que l&#039;on cultive, comme la société ne peut avoir la quantité de cette denrée dont elle a besoin, sans payer tous les frais occasionnés par les blés produits sur les moindres terrains, le prix du marché excède les frais de production qu&#039;exigent les premiers terrains, et les propriétaires de ces premiers terrains peuvent dès lors faire leur profit de cet excédent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà, selon David Ricardo, la source du profit du propriétaire (&#039;&#039;rent&#039;&#039;). Il étend le même raisonnement aux différentes qualités des terres. Les unes excédent beaucoup plus que les autres en qualité les plus mauvais terrains mis en culture ; mais ce n&#039;est jamais que la nécessité de cultiver ceux-ci pour satisfaire aux besoins de la société, qui procure un profit aux autres et permet d&#039;en tirer un loyer. Il en déduit la conséquence que le profit foncier ne doit pas être compris dans les frais de production ; &#039;&#039;qu&#039;il ne fait pas, qu&#039;il ne peut pas faire, le moins du monde, partie du prix du blé&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, qui ne voit que si l&#039;étendue des besoins de la société porte le prix du blé à un prix qui permet de cultiver les plus mauvais terrains, pourvu qu&#039;on y trouve le salaire de ses peines et le profit de son capital, c&#039;est l&#039;étendue des besoins de la société et le prix qu&#039;elle est en état de payer pour avoir du blé, qui permet qu&#039;on trouve un profit foncier sur les terres meilleures ou mieux situées ? C&#039;est aussi le principe établi dans tout le cours de cet ouvrage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dire que ce sont les mauvaises terres qui sont la cause du profit que l&#039;on fait sur les bonnes, c&#039;est présenter la même idée d&#039;une façon qui me semble moins heureuse ; car le besoin qu&#039;on éprouve d&#039;une chose est une cause directe du prix que l&#039;on consent à payer pour la posséder ; et si les besoins de la société n&#039;étaient pas portés à ce point, ou si elle n&#039;était pas en état de faire un si grand sacrifice, quelque énorme que fût la dépense nécessaire pour fertiliser un sol aride, on ne le cultiverait pas : ce qui nous ramène à ce principe déjà établi, que les frais de production ne sont pas la cause du prix des choses, mais que cette cause est dans les besoins que les produits peuvent satisfaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit que la controverse élevée par Ricardo sur ce point, n&#039;est guère autre chose qu&#039;une dispute de mots ; et je ne sais pas trop sur quel fondement M. Mac Culloch a pu dire que la publication de ces principes était &#039;&#039;la découverte la plus importante et la plus fondamentale dans la science de la distribution des richesses&#039;&#039;, et qu&#039;elle formait &#039;&#039;une ère nouvelle et mémorable dans l&#039;histoire de l&#039;économie politique&#039;&#039;. Les idées de David Ricardo m&#039;ont servi à corriger plusieurs parties de ce traité, principalement dans ce qui à rapport aux monnaies ; mais il ne m&#039;a fourni aucune amélioration à introduire dans ce qui a rapport aux profits fonciers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malthus, dans plusieurs brochures et dans ses &#039;&#039;principes d&#039;économie politique&#039;&#039;, a voulu prouver, d&#039;un autre côté, que le profit du propriétaire foncier et le fermage qui en est la conséquence, ne viennent point du monopole qui résulte de la propriété exclusive des terres, mais bien de ce que la terre fournit plus de subsistances qu&#039;il n&#039;en faut pour alimenter ceux qui la cultivent. Avec cet excédent, le propriétaire foncier a pu acheter les produits du manufacturier et de tous les autres producteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la terre, comme tous les agents naturels, contribue à l&#039;utilité qui se trouve dans les produits, ce n&#039;est point un fait douteux ; mais le vent contribue aussi à la production commerciale en poussant nos navires ; cependant il ne peut pas faire payer au consommateur sa coopération. Comment le fonds de la terre fait-il payer la sienne, si ce n&#039;est en vertu d&#039;un privilège exclusif du propriétaire ? M. Buchanan, qui a fait sur la &#039;&#039;richesse des nations&#039;&#039; de Smith un commentaire où se trouvent beaucoup de sagacité et de raison, l&#039;a bien senti. « Le profit foncier, dit-il, n&#039;est point une addition aux produits de la société : ce n&#039;est qu&#039;un revenu transféré d&#039;une classe à une autre. Le revenu qui paie les fruits de la terre, existe déjà aux mains de ceux qui achètent ces fruits ; et si le prix n&#039;en était pas si élevé, si l&#039;acheteur n&#039;avait rien à payer pour le service que rend la terre, son revenu à lui, acheteur, se trouverait plus considérable ; et ce qu&#039;il paierait de moins offrirait une matière imposable tout ussi réelle que lorsque, par l&#039;effet du monopole, la même valeur a passé dans les mains du propriétaire foncier. ».&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Le même argument qui représente le propriétaire foncier comme usant d&#039;un monopole qui ne fait entrer dans sa bourse qu&#039;une valeur qui sort de la bourse d&#039;autrui, et comme faisant payer des frais de production sert encore à quelques écrivains pour prouver que le travail seul est productif, et non la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui admettent cet argument ne font peut-être pas assez d&#039;attention qu&#039;on en peut dire autant de tous les services productifs et même du travail des mains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;ouvrier pouvait ne pas se faire payer un salaire, le consommateur paierait le produit moins cher ; mais la production consiste à communiquer une utilité à une chose et à la communiquer au meilleur marché qu&#039;il est possible. Or, la coopération du fonds de terre remplit cette double condition. Son action est une opération chimique, d&#039;où résulte, pour la matière du blé, une modification telle qu&#039;avant de l&#039;avoir subie, cette matière n&#039;était pas propre à la nourriture de l&#039;homme. Le sol est donc producteur d&#039;une utilité, et lorsqu&#039;il la fait payer sous la forme d&#039;un profit foncier pour son propriétaire, ce n&#039;est pas sans rien donner en échange au consommateur ; ce que paie  ce dernier n&#039;est point une valeur qui passe gratuitement d&#039;une main dans une autre ; le consommateur achète une utilité produite, et c&#039;est parce que la terre produit cette utilité qu&#039;elle est productive aussi bien que le travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai qu&#039;elle pourrait ainsi que le vent, fournir son action sans en exiger le salaire ; mais la terre diffère du vent en ceci, que son action ne peut se déployer que par des avances dont nul homme ne voudrait courir les risques, s&#039;il n&#039;était assuré d&#039;en recueillir les fruits. Si les terres n&#039;étaient pas des propriétés exclusives, aurions-nous leurs produits à meilleur marché ? Non, certes ; car nous ne les aurions pas du tout ; ce qui équivaut à un prix bien plus élevé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;appropriation donne donc aux terres une qualité utile. Or, c&#039;est l&#039;usage de cette qualité que le propriétaire foncier se fait payer. Il en résulte une dépense de production que l&#039;on peut nommer &#039;&#039;indispensable&#039;&#039; ; et les frais de production indispensables étant la limite la plus basse du prix des produits, les profits fonciers sont une partie nécessaire de ce prix et la source d&#039;un légitime revenu pour les propriétaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces controverses, dont je n&#039;ai pu me dispenser de parler, uniquement parce qu&#039;on en a beaucoup parlé, et sur lesquelles on a écrit, surtout en Angleterre, des volumes, ont à mes yeux fort peu d&#039;importance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elles dégénèrent aisément en des disputes de mots qui les font ressembler un peu trop aux argumentations des écoles du moyen âge. Leur plus grave inconvénient est d&#039;ennuyer le lecteur, et de lui faire croire que les vérités de l&#039;économie politique ont pour fondement des abstractions sur lesquelles il est impossible de se mettre d&#039;accord. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Heureusement il n&#039;en est point ainsi : elles reposent sur des faits qui &#039;&#039;sont&#039;&#039; ou &#039;&#039;ne sont pas&#039;&#039;. Or, on peut, dans la plupart des cas, parvenir à dévoiler entièrement un fait ; on peut remonter à ses causes et déduire ses conséquences ; et si l&#039;on se trompe, la nature est là qui s&#039;offre à des observations plus exactes et à des déductions plus simples. Cette méthode porte en elle la rectification de toutes les erreurs ; mais les abstractions n&#039;apprennent rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== II. Du fermage ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand un fermier prend à bail une terre, il paie au propriétaire le profit résultant du service productif de la terre, et il se réserve, avec le salaire de son industrie, le profit du capital qu&#039;il emploie à cette culture, capital qui consiste en outils, en charrettes, bestiaux, etc. C&#039;est un entrepreneur d&#039;industrie agricole, et parmi ses instruments il en est un qui ne lui appartient pas, et dont il paie le loyer : c&#039;est le terrain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le précédent paragraphe a montré sur quoi se fondent les profits du fonds de terre : le fermage se règle, en général, au niveau du taux le plus élevé de ces profits. En voici la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les entreprises agricoles sont celles qui exigent, toutes proportions gardées, les moins gros capitaux (en ne considérant pas la terre, ni ses améliorations,^comme faisant partie du capital du fermier) ; il doit donc y avoir plus de personnes en état, par leurs facultés pécuniaires, de s&#039;appliquer à cette industrie qu&#039;à toute autre ; de là, plus de concurrence pour prendre des terres à loyer. D&#039;un autre côté, la quantité des terres cultivables, en tout pays, a des bornes, tandis que la masse des capitaux et le nombre des cultivateurs n&#039;en a point qu&#039;on puisse assigner. Les propriétaires terriens, du moins dans les pays anciennement peuplés et cultivés, exercent donc une espèce de monopole envers les fermiers. La demande de leur denrée, qui est le terrain, peut s&#039;étendre sans cesse ; mais la quantité de leur denrée ne s&#039;étend que jusqu&#039;à un certain point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que je dis d&#039;une nation prise en totalité est également vrai d&#039;un canton en particulier. Ainsi, dans chaque canton, la quantité des biens à louer ne peut aller au-delà de ceux qui s&#039;y trouvent ; tandis que le nombre de gens disposés à prendre une terre à bail n&#039;est point nécessairement borné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès lors le marché qui se conclut entre le propriétaire et le fermier, est toujours aussi avantageux qu&#039;il peut l&#039;être pour le premier ; et s&#039;il y avait un terrain dont le fermier, après son fermage payé, tirât plus que l&#039;intérêt de son capital et le salaire de ses peines, ce terrain trouverait un enchérisseur. Si la libéralité de certains propriétaires, ou l&#039;éloignement de leur domicile, ou leur ignorance en agriculture, ou bien celle des fermiers, ou leur imprudence, fixent quelquefois autrement les conditions d&#039;un bail, on sent que l&#039;influence de ces circonstances accidentelles n&#039;existe que pendant qu&#039;elles durent, et qu&#039;elle n&#039;empêche point que la nature des choses n&#039;agisse d&#039;une manière permanente, et ne tende sans cesse à reprendre son empire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre cet avantage que le propriétaire tient de la nature des choses, il en tire un autre de sa position, qui d&#039;ordinaire lui donne sur le fermier l&#039;ascendant d&#039;une fortune plus grande, et quelquefois celui du crédit et des places ; mais le premier de ces avantages suffit pour qu&#039;il soit toujours à même de profiter seul des circonstances favorables aux profits de la terre. L&#039;ouverture d&#039;un canal, d&#039;un chemin, les progrès de la population et de l&#039;aisance d&#039;un canton, élèvent toujours le prix des fermages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s&#039;élève aussi à mesure que l&#039;agriculture se perfectionne ; celui qui connaît un moyen de tirer plus de parti du terrain, consent à payer plus cher le loyer de l&#039;instrument.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison qui fait que le propriétaire profite seul des occurrences favorables à un bien-fonds, fait aussi qu&#039;il est victime des occurrences contraires. Quand le profit que rend la terre ne suffit pas pour payer le fermage, le fermier doit y sacrifier une partie des profits de son industrie et de ses capitaux ; il cherche dès-lors à les employer différemment ; et quand le bail n&#039;est point à son terme, le propriétaire est presque toujours obligé de lui faire des remises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si c&#039;est le propriétaire qui jouit de toutes les circonstances qui deviennent favorables à ses terres et qui en définitive est victime des circonstances contraires, il est plus que le fermier intéressé aux améliorations, quelles qu&#039;elles soient, qui surviennent dans le pays en général ou dans son canton en particulier : elles tendent toutes à l&#039;augmentation des baux. Ainsi les propriétaires qui passent mollement leur vie dans une ville ou dans une maison de plaisance, touchant avec nonchalance à chaque terme l&#039;argent que leur apportent leurs fermiers, sans s&#039;occuper jamais des sources de la prospérité publique et sans y contribuer en rien ; ceux qui ne s&#039;inquiètent en aucune façon des progrès de l&#039;art agricole ; qui ne provoquent, qui ne secondent aucune de ces grandes entreprises d&#039;irrigations et de canaux, de ponts, de routes et de  manufactures, qui doivent accroître la production et la population des cantons où ils ont des terres, suivent une routine plus honteuse encore et plus contraire à leurs vrais intérêts, que celles auxquelles ils reprochent aux gens de la campagne d&#039;être si attachés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque le propriétaire répand un capital en améliorations sur sa terre, en faisant des saignées de dessèchement, des canaux d&#039;arrosement, des clôtures, des constructions, des murs, des maisons, alors le fermage se compose non-seulement du profit du fonds, mais aussi de l&#039;intérêt de ce capital. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fermier lui-même peut améliorer le fonds à ses frais ; mais c&#039;est un capital dont il ne tire les intérêts que pendant la durée de son bail, et qui, à l&#039;expiration de ce bail, ne pouvant être emporté, demeure au propriétaire ; dès ce moment, celui-ci en retire les intérêts sans en avoir fait les avances ; car le loyer s&#039;élève en proportion. Il ne convient donc au fermier de faire que les améliorations dont l&#039;effet ne doit durer qu&#039;autant que son bail, à moins que la longueur du bail ne laisse aux profits résultant de l&#039;amélioration, le temps de rembourser les avances qu&#039;elle a occasionnées, avec l&#039;intérêt de ces avances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De là l&#039;avantage des longs baux pour l&#039;amélioration du produit des terres, et l&#039;avantage encore plus grand de la culture des terres par la main de leurs propriétaires ; car le propriétaire a, moins encore que le fermier, la crainte de perdre le fruit de ses avances ; toute amélioration bien entendue lui procure un profit durable, dont le  fonds est fort bien remboursé quand la terre se vend. La certitude que le fermier a de jouir jusqu&#039;à la fin de son bail, n&#039;est pas moins utile que les longs baux à l&#039;amélioration des fonds de terre. Les lois et les coutumes qui admettent la résiliation des baux dans certains cas, comme dans celui de la vente, sont au contraire préjudiciables à l&#039;agriculture. Le fermier n&#039;ose tenter aucune amélioration importante lorsqu&#039;il risque perpétuellement de voir un successeur profiter de son imagination, de ses travaux et de ses frais ; ses améliorations mêmes augmentent ce risque, car une terre en bon état de réparation se vend toujours plus facilement qu&#039;une autre. Nulle  part les baux ne sont plus respectés qu&#039;en Angleterre. Ce n&#039;est que là qu&#039;on voit des fermiers assez sûrs de n&#039;être pas dépossédés, pour bâtir sur le terrain qu&#039;ils  tiennent à loyer. Ces gens-là améliorent les terres comme si elles étaient à eux, et leurs propriétaires sont exactement payés ; ce qui n&#039;arrive pas toujours ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a des cultivateurs qui n&#039;ont rien, et auxquels le propriétaire fournit le capital avec la terre. On les appelle des &#039;&#039;métayers&#039;&#039;. Ils rendent communément au propriétaire la moitié du produit brut. Ce genre de culture appartient à un état peu avancé de l&#039;agriculture, et il est le plus défavorable de tous aux améliorations des terres ; car celui des deux, du propriétaire ou du fermier, qui fait l&#039;amélioration à ses frais, ne retire que la moitié du fruit de sa dépense, puisqu&#039;il est obligé d&#039;en partager le produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette manière d&#039;affermer était plus usitée dans les temps féodaux que de nos jours. Les seigneurs n&#039;auraient pas voulu faire valoir par eux-mêmes, et leurs vassaux n&#039;en avaient pas les moyens. On avait de gros revenus parce qu&#039;on avait de gros domaines, mais les revenus n&#039;étaient pas proportionnés à l&#039;étendue du terrain. Ce n&#039;était pas la faute de l&#039;art agricole, c&#039;était le défaut de capitaux placés en amendements. Le seigneur, peu jaloux d&#039;améliorer son fonds, dépensait, d&#039;une manière très noble et très improductive, un revenu qu&#039;il aurait pu tripler : on faisait la guerre, on donnait des fêtes, on entretenait une suite nombreuse. Le peu d&#039;importance du commerce et des manufactures, joint à l&#039;état précaire des agriculteurs, explique pourquoi le gros de la nation était misérable, et pourquoi la nation en corps était peu puissante, indépendamment de toute cause politique. Cinq de nos départements seraient maintenant en état de soutenir des entreprises qui écrasaient la France entière à cette époque ; mais les autres États d&#039;Europe n&#039;étaient pas dans une meilleure position.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VIII|Du revenu des capitaux]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre X|Quels sont les effets des revenus perçus d&#039;une nation dans l&#039;autre]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_II_-_Chapitre_VIII&amp;diff=2198</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VIII</title>
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		<updated>2008-07-04T21:07:13Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;__NOTOC__&lt;br /&gt;
__NOEDITSECTION__&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VII|Des revenus industriels]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre IX|Des revenus territoriaux]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Second&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre VIII - Du revenu des capitaux.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
L&#039;impossibilité d&#039;obtenir aucun produit sans le concours d&#039;un capital, met les consommateurs dans l&#039;obligation de payer, pour chaque produit, un prix suffisant pour que l&#039;entrepreneur qui se charge de sa production, puisse acheter le service de cet instrument nécessaire. Ainsi, soit que le propriétaire d&#039;un capital l&#039;emploie lui-même dans une entreprise, soit qu&#039;étant entrepreneur, mais que n&#039;ayant pas assez de fonds pour faire aller son affaire, il en emprunte, la valeur de ses produits ne l&#039;indemnise de ses frais de production, qu&#039;autant que cette valeur, indépendamment d&#039;un profit qui le dédommage de ses peines, lui en procure un autre qui soit la compensation du service rendu par son capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la rétribution obtenue pour ce service, qui est désignée ici par l&#039;expression de revenu des capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le revenu d&#039;un capitaliste est déterminé d&#039;avance quand il prête son instrument et en tire un intérêt convenu ; il est éventuel et dépend de la valeur qu&#039;aura le produit auquel le capital a concouru, quand l&#039;entrepreneur l&#039;emploie pour son compte. Dans ce cas, le capital, ou la portion du capital qu&#039;il a empruntée et qu&#039;il fait valoir, peut lui rendre plus ou moins que l&#039;intérêt qu&#039;il en paie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des considérations sur l&#039;intérêt des capitaux prêtés pouvant jeter du jour sur les profits que les capitaux rendent à l&#039;emploi, il peut être utile de se former d&#039;abord de justes idées sur la nature et les variations de l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. Du prêt à intérêt ====&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt des capitaux prêtés, mal à propos nommé &#039;&#039;intérêt de l&#039;argent&#039;&#039;, s&#039;appelait auparavant &#039;&#039;usure&#039;&#039; (loyer de l&#039;usage, de la jouissance), et c&#039;était le mot propre, puisque l&#039;intérêt est un prix, un loyer qu&#039;on paie pour avoir la jouissance d&#039;une valeur. Mais ce mot est devenu odieux ; il ne réveille plus que l&#039;idée d&#039;un intérêt illégal, exorbitant, et on lui en a substitué un autre plus honnête et moins expressif, selon la coutume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant que l&#039;on connût les fonctions et l&#039;utilité d&#039;un capital, peut-être regardait-on la redevance imposée par le prêteur à l&#039;emprunteur, comme un abus introduit en faveur du plus riche au préjudice du plus pauvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se peut encore que l&#039;épargne, seul moyen d&#039;amasser des capitaux, fût considérée comme l&#039;effet d&#039;une avarice nuisible au public, qui regardait comme perdus pour lui les revenus que les grands propriétaires ne dépensaient pas. On ignorait que l&#039;argent épargné pour le faire valoir, est dépensé tout de même (puisque, si on l&#039;enfouissait, on ne le ferait pas valoir), qu&#039;il est dépensé d&#039;une manière cent fois plus profitable à l&#039;indigence, et qu&#039;un homme laborieux n&#039;est jamais assuré de pouvoir gagner sa subsistance que là où il se trouve un capital mis en réserve pour l&#039;occuper. Ce préjugé contre les riches qui ne dépensent pas tout leur revenu, est encore dans beaucoup de têtes ; mais autrefois il était général ; il était partagé même par les prêteurs, qu&#039;on voyait, honteux du rôle qu&#039;ils jouaient, employer, pour toucher un profit très juste&lt;br /&gt;
et très utile à la société, le ministère des gens les plus décriés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut donc pas s&#039;étonner que les lois ecclésiastiques, et à plusieurs époques les lois civiles elles-mêmes, aient proscrit le prêt à intérêt, et que, durant tout le moyen âge, dans les grands états de l&#039;Europe, ce trafic, réputé infâme, ait été abandonné aux Juifs. Le peu d&#039;industrie de ces temps-là s&#039;alimentait des maigres capitaux des marchands et artisans eux-mêmes ; l&#039;industrie agricole, celle qui se pratiquait avec le plus de succès, marchait au moyen des avances des seigneurs et des grands propriétaires qui faisaient travailler des serfs ou des métayers. On empruntait, moins pour trafiquer avantageusement, que pour satisfaire à un besoin pressant ; exiger alors un intérêt n&#039;était autre chose qu&#039;asseoir un profit sur la détresse de son prochain, et l&#039;on conçoit que les principes d&#039;une religion toute fraternelle dans son origine, comme était la religion´chrétienne, devaient réprouver un tel calcul, qui, maintenant encore, est inconnu des âmes généreuses et condamné par les maximes de la morale la plus&lt;br /&gt;
ordinaire. Montesquieu attribue à cette proscription du prêt à intérêt la décadence du commerce : c&#039;est une des raisons de sa décadence, mais il y en avait beaucoup d&#039;autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les progrès de l&#039;industrie ont fait considérer un capital prêté sous un tout autre jour. Ce n&#039;est plus maintenant, dans les cas ordinaires, un secours dont on a besoin ; c&#039;est un agent, un outil dont celui qui l&#039;emploie peut se servir très utilement pour la société, et avec un grand bénéfice pour lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès lors il n&#039;y a pas plus d&#039;avarice ni d&#039;immoralité à en tirer un loyer, qu&#039;à tirer un fermage de sa terre, un salaire de son industrie ; c&#039;est une compensation équitable, fondée sur une convenance réciproque ; et la convention entre l&#039;entrepreneur et le prêteur, par laquelle ce loyer est fixé, est du même genre que toutes les conventions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dans l&#039;échange ordinaire, tout est terminé quand l&#039;échange est consommé ; tandis que dans le prêt il s&#039;agit encore d&#039;évaluer le risque que court le prêteur, de ne pas rentrer en possession de la totalité ou d&#039;une partie de son capital. Ce risque est apprécié et payé au moyen d&#039;une autre portion d&#039;intérêt ajoutée à la première, et qui forme une véritable prime d&#039;assurance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les fois qu&#039;il est question d&#039;intérêts de fonds, il faut soigneusement distinguer ces deux parties dont ils se composent, sous peine d&#039;en raisonner tout de travers, et souvent de faire, soit comme particulier, soit comme agent de l&#039;autorité publique, des opérations inutiles ou fâcheuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi qu&#039;on a constamment réveillé l&#039;usure, quand on a voulu limiter le taux de l&#039;intérêt ou l&#039;abolir entièrement. Plus les menaces étaient violentes, plus l&#039;exécution en était rigoureuse, et plus l&#039;intérêt de l&#039;argent s&#039;élevait : c&#039;était le résultat de la marche ordinaire des choses. Plus on augmentait les risques du prêteur, et plus il avait besoin de s&#039;en dédommager par une forte prime d&#039;assurance. À Rome, pendant tout le temps de la république, l&#039;intérêt de l&#039;argent fut énorme ; on l&#039;aurait deviné si l&#039;on ne l&#039;avait pas su : les débiteurs, qui étaient les plébéiens, menaçaient continuellement leurs créanciers, qui étaient les patriciens. Mahomet a proscrit le prêt à intérêt ; qu&#039;arrive-t-il dans les états musulmans ? On prête à usure : il faut bien que le prêteur s&#039;indemnise de l&#039;usage de son capital qu&#039;il cède, et de plus, du péril de la contravention. La même chose est arrivée chez les Chrétiens aussi longtemps qu&#039;ils ont prohibé le prêt à intérêt ; et quand le besoin d&#039;emprunter le&lt;br /&gt;
leur faisait tolérer chez les juifs, ceux-ci étaient exposés à tant d&#039;humiliations, d&#039;avanies, d&#039;extorsions, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre, qu&#039;un intérêt considérable était seul capable de couvrir des dégoûts et des pertes si multipliés. Des lettres patentes du roi Jean, de l&#039;an 1360, autorisent les Juifs à prêter sur gages, en retirant &#039;&#039;pour chacune livre, ou vingt sous, quatre deniers d&#039;intérêts par semaine&#039;&#039;, ce qui fait plus de 86 pour cent par an ; mais dès l&#039;année suivante, ce prince, qui pourtant passe pour un des plus fidèles à leur parole que nous ayons eus, fit secrètement diminuer la quantité du métal fin contenue dans les monnaies ; de manière que&lt;br /&gt;
les prêteurs ne reçurent plus en remboursement une valeur égale à celle qu&#039;ils avaient prêtée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela suffit pour expliquer et pour justifier le gros intérêt qu&#039;ils exigeaient ; sans compter qu&#039;à une époque où l&#039;on empruntait, non pas tant pour former des entreprises industrielles, que pour soutenir des guerres et fournir à des dissipations et à des projets hasardeux, à une époque où les lois étaient sans force et les prêteurs hors d&#039;état d&#039;exercer avec succès une action contre leurs débiteurs, il leur fallait une grosse assurance pour couvrir l&#039;incertitude du remboursement. La prime d&#039;assurance formait la majeure partie de ce qui portait le nom d’&#039;&#039;intérêt&#039;&#039; ou d’&#039;&#039;usure&#039;&#039; ; et l&#039;intérêt véritable, le loyer pour l&#039;usage du capital, se réduisait à fort peu de chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis &#039;&#039;à fort peu de chose&#039;&#039; ; car, quoique les capitaux fussent rares, je soupçonne que les emplois productifs étaient plus rares encore. Sur les 86 pour cent d&#039;intérêt payés sous le roi Jean, il n&#039;y avait peut-être pas plus de 3 à 4 pour cent qui représentassent le service productif des capitaux prêtés ; tous les services productifs sont mieux payés de nos jours qu&#039;ils ne l&#039;étaient alors, et le service productif des capitaux ne peut guère actuellement être évalué à plus de 5 pour cent ; ce qui excède ce taux représente la prime d&#039;assurance réclamée par le prêteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la baisse de l&#039;assurance, qui forme souvent la plus forte partie de l&#039;intérêt, dépend de la sûreté dont jouit le prêteur ; cette sûreté, à son tour, dépend principalement de trois circonstances, savoir : 1) de la sûreté de l&#039;emploi ; 2) des facultés, du caractère personnel de l&#039;emprunteur, et 3) de la bonne administration du pays où il réside.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous venons de voir que l&#039;emploi hasardeux que l&#039;on faisait de l&#039;argent emprunté, dans le moyen âge, entrait pour beaucoup dans la forte prime d&#039;assurance payée au prêteur. Il en est de même, quoiqu&#039;à un moindre degré, pour tous les emplois hasardeux. Les Athéniens distinguaient jadis l&#039;intérêt &#039;&#039;maritime&#039;&#039; de l&#039;intérêt &#039;&#039;terrestre&#039;&#039; ; le premier allait à 30 pour cent, plus ou moins, par voyage, soit au Pont-Euxin, soit dans un des ports de la Méditerranée. On pouvait bien exécuter deux de ces voyages par an ; ce qui faisait revenir l&#039;intérêt annuel à 60 pour cent environ, tandis que l&#039;intérêt terrestre ordinaire était de 12 pour cent. Si l&#039;on suppose que, dans les 12 pour cent de l&#039;intérêt terrestre, il y en avait la moitié pour couvrir le risque du prêteur, on trouvera que le seul usage annuel de l&#039;argent, à Athènes, valait 6 pour cent,  estimation que je crois encore au-dessus de la vérité ; mais en la supposant bonne, il y avait donc dans l&#039;intérêt maritime 54 pour cent payés pour l&#039;assurance du prêteur ! Il faut attribuer cet énorme risque, d&#039;une part, aux mœurs encore barbares des nations avec lesquelles on trafiquait ; les peuples étaient bien plus étrangers les uns aux autres qu&#039;ils ne sont de nos jours, et les lois et usages commerciaux bien moins respectés ; il faut l&#039;attribuer, d&#039;une autre part, à l&#039;imperfection de l&#039;art de la navigation. On courait plus de risques pour aller du Pirée à Trébizonde, quoiqu&#039;il n&#039;y eût pas trois cents lieues à faire, qu&#039;on n&#039;en court à présent pour aller de Lorient à Canton, en parcourant une distance de sept mille lieues. Les progrès de la géographie et de la navigation ont ainsi contribué à faire baisser le taux de l&#039;intérêt, et par suite les frais de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On emprunte quelquefois, non pour faire valoir la valeur empruntée, mais pour la dépenser stérilement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De tels emprunts doivent toujours être fort suspects au prêteur ; car une dépense stérile ne fournit à l&#039;emprunteur ni de quoi rendre le principal, ni de quoi payer les intérêts. S&#039;il a un revenu sur lequel il puisse assigner la restitution, c&#039;est une manière d&#039;anticiper sur ses revenus. Si ce qu&#039;il emprunte ne peut être remboursé que sur un capital, un fonds, c&#039;est une manière de dissiper son fonds. S&#039;il n&#039;a pour rembourser ni fonds ni revenus, c&#039;est la propriété de son prêteur qu&#039;il dissipe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l&#039;influence que la nature de l&#039;emploi exerce sur le taux de l&#039;intérêt, il faut comprendre la durée du prêt : l&#039;intérêt est moins élevé quand le prêteur peut faire rentrer ses fonds à volonté, ou du moins dans un terme très court, soit à cause de l&#039;avantage réel de disposer de son capital quand il veut, soit qu&#039;on redoute moins un risque auquel on croit pouvoir se soustraire avant d&#039;en être atteint. La faculté de pouvoir négocier sur la place les effets au porteur des gouvernements modernes, entre pour beaucoup dans le bas intérêt auquel plusieurs d&#039;entre eux parviennent à emprunter. Cet intérêt ne paie pas, selon moi, le risque des prêteurs ; mais ceux-ci espèrent toujours vendre leurs effets publics avant le moment de la catastrophe, s&#039;ils venaient à la craindre sérieusement. Les effets non négociables portent un intérêt bien plus fort ; telles étaient en France les rentes viagères, que le gouvernement français payait en général sur le pied de dix pour cent, taux élevé pour de jeunes têtes ; aussi les Genevois firent-ils une excellente spéculation en plaçant leurs rentes viagères sur trente têtes connues, et pour ainsi dire publiques. Ils en firent par là des effets négociables, et attachèrent à un effet négociable, l&#039;intérêt qu&#039;on avait été forcé de payer pour une avance qui ne l&#039;était pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l&#039;influence du caractère personnel et des facultés de l&#039;emprunteur sur le montant de l&#039;assurance, elle est incontestable : elle constitue ce qu&#039;on appelle le &#039;&#039;crédit personnel&#039;&#039;, et l&#039;on sait qu&#039;une personne qui a du crédit, emprunte à meilleur marché qu&#039;une personne qui n&#039;en a pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui, après la probité bien reconnue, assure le mieux le crédit d&#039;un particulier comme d&#039;un gouvernement, c&#039;est l&#039;expérience de l&#039;exactitude qu&#039;ils mettent à acquitter leurs engagements ; c&#039;est la première base du crédit, et, en général, elle n&#039;est pas trompeuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi ! Dira-t-on, un homme qui n&#039;a jamais manqué d&#039;acquitter ses dettes ne peut-il pas y manquer au premier jour ? Non ; il est peu probable qu&#039;il le fasse, surtout si l&#039;on a de son exactitude une expérience un peu longue. En effet, pour qu&#039;il ait acquitté exactement ses dettes, il faut qu&#039;il ait toujours eu entre ses mains des valeurs suffisantes pour y faire face : c&#039;est le cas d&#039;un homme qui a plus de propriétés que de dettes, ce qui est un fort bon motif pour lui accorder de la confiance ; ou bien, il faut qu&#039;il ait toujours si bien pris ses mesures et fait des spéculations tellement sûres, que ses rentrées n&#039;aient jamais manqué d&#039;arriver avant ses échéances : or, cette habileté, cette prudence, sont encore de fort bons garants pour l&#039;avenir. Voilà pourquoi un négociant à qui il est arrivé de manquer à un de ses engagements, ou qui seulement a hésité à le remplir, perd tout crédit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin la bonne administration du pays où réside le débiteur, diminue les risques du créancier, et par conséquent la prime d&#039;assurance qu&#039;il est obligé de se ménager pour couvrir ses risques. Le taux de l&#039;intérêt hausse toutes les fois que les lois et l&#039;administration ne savent pas garantir l&#039;exécution des engagements. C&#039;est bien pis lorsqu&#039;elles excitent à les violer, comme dans le cas où elles autorisent à ne pas payer ; où elles ne reconnaissent pas la validité des obligations contractées de bonne foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les contraintes établies contre les débiteurs insolvables, ont presque toujours été regardées comme contraires à ceux qui ont besoin d&#039;emprunter : elles leur sont favorables. On prête plus volontiers, et à meilleur marché, là où les droits du prêteur sont plus solidement appuyés par les lois. C&#039;est d&#039;ailleurs un encouragement à la formation des capitaux : dans les lieux où l&#039;on ne croit pas pouvoir disposer avec sûreté de son épargne, chacun est fort enclin à consommer la totalité de son revenu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être faut-il chercher dans cette considération l&#039;explication d&#039;un phénomène moral assez curieux ; c&#039;est cette avidité de jouissances qui se développe ordinairement avec fureur dans les temps de troubles et de désordres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En parlant de la nécessité des contraintes envers les débiteurs, je ne prétends pas cependant recommander les rigueurs de l&#039;emprisonnement : emprisonner un débiteur, c&#039;est lui ordonner de s&#039;acquitter et lui en ravir les moyens. La loi des Hindous me semble plus sage ; elle donne au créancier le droit de saisir son débiteur insolvable, de l&#039;enfermer chez lui, et de le faire travailler à son profit. Mais quels que soient les moyens dont l&#039;autorité publique se serve pour contraindre les gens à payer leurs dettes, ils sont tous inefficaces partout où la faveur peut parler plus haut que la loi : du moment que le débiteur est ou peut espérer de se mettre au-dessus des atteintes de son créancier, celui-ci court un risque, et ce risque a une valeur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir dégagé du taux de l&#039;intérêt ce qui tient à une prime d&#039;assurance payée au prêteur comme un équivalent du risque de perdre, en tout ou en partie, son capital, il nous reste l&#039;intérêt pur et simple, le véritable loyer qui paie l&#039;utilité et l&#039;usage d&#039;un capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, cette portion de l&#039;intérêt est d&#039;autant plus élevée, que la quantité des capitaux à prêter est moindre, et que la quantité de capitaux demandée pour être empruntée, est plus forte ; et, de son côté, la quantité demandée est d&#039;autant plus considérable, que les emplois de fonds sont plus nombreux et plus lucratifs. Ainsi, une hausse dans le taux de l&#039;intérêt n&#039;indique pas toujours que les capitaux deviennent plus rares ; elle peut aussi indiquer que les emplois deviennent plus faciles et plus productifs. C&#039;est ce qu&#039;observa Smith, après la guerre heureuse que les Anglais terminèrent par la paix de 1763. Le taux de l&#039;intérêt haussa : les acquisitions importantes que l&#039;Angleterre venait de faire, ouvraient une nouvelle carrière au commerce et invitaient à de nouvelles spéculations ; les capitaux ne furent pas plus rares, mais la demande des capitaux devint plus forte, et la hausse des intérêts qui s&#039;ensuivit, et qui est ordinairement un signe d&#039;appauvrissement, fut, dans ce cas-ci, occasionnée par l&#039;ouverture d&#039;une nouvelle source de richesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La France a vu, en 1812, une cause contraire produire des effets opposés : une guerre longue, destructive, et qui fermait presque toute communication extérieure, des contributions énormes, des privilèges désastreux, des opérations de commerce faites par le gouvernement lui-même, des tarifs de douanes arbitrairement changés, des confiscations, des destructions, des vexations, et en général un système d&#039;administration avide, hostile envers les citoyens, avaient rendu toutes les spéculations industrielles pénibles, hasardeuses, ruineuses ; quoique la masse des capitaux allât probablement en déclinant, les emplois utiles qu&#039;on en pouvait faire, étaient devenus si rares et si dangereux, que jamais l&#039;intérêt ne tomba, en France, aussi bas qu&#039;à cette époque, et ce qui est ordinairement le signe d&#039;une grande prospérité, devint alors l&#039;effet d&#039;une grande détresse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces exceptions confirment la loi générale et permanente, qui veut que plus les capitaux disponibles sont abondants en proportion de l&#039;étendue des emplois, et plus on voit baisser l&#039;intérêt des capitaux prêtés. Quant à la &#039;&#039;quantité des capitaux disponibles&#039;&#039;, elle tient aux épargnes précédemment faites. Je renvoie pour cela à ce que j&#039;ai dit sur la formation des capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on veut que tous les capitaux qui demandent des emprunteurs, et que toutes les industries qui réclament des capitaux trouvent de part et d&#039;autre de quoi se satisfaire, on laisse la plus grande liberté de contracter dans tout ce qui tient au prêt à intérêt. Au moyen de cette liberté, il est difficile que des capitaux disponibles restent sans être employés, et il devient dès lors présumable qu&#039;il y a autant d&#039;industrie mise en activité que le comporte l&#039;état actuel de la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il convient de donner une très grande attention à ces mots : la quantité des capitaux disponibles ; car c&#039;est cette quantité seulement qui influe sur le taux de l&#039;intérêt ; c&#039;est des seuls capitaux dont on peut et dont on veut disposer, qu&#039;on peut dire qu&#039;ils sont &#039;&#039;dans la circulation&#039;&#039; ; un capital dont l&#039;emploi est trouvé et commencé, n&#039;étant plus offert, ne fait plus partie de la masse des capitaux qui sont dans la circulation ; son prêteur n&#039;est plus en concurrence avec les autres prêteurs, à moins que l&#039;emploi ne soit tel que le capital puisse être facilement réalisé de nouveau pour être appliqué à un autre emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, un capital prêté à un négociant et qu&#039;on peut retirer de ses mains en le prévenant peu de temps d&#039;avance, et encore mieux un capital employé à escompter des lettres de change (ce qui est un moyen de prêter au commerce), sont des capitaux facilement disponibles, et qu&#039;on peut consacrer à tout autre emploi qu&#039;on jugerait préférable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est à peu près de même d&#039;un capital que son maître emploierait par lui-même à un commerce facile à liquider, comme celui des épiceries. La vente des marchandises de ce genre, au cours, est une opération facile et exécutable en tout temps. Une valeur ainsi employée peut être réalisée, rendue, si elle était empruntée, prêtée de nouveau, employée dans un autre commerce, ou appliquée à tout autre usage. Si elle n&#039;est pas toujours actuellement dans la circulation, elle y est au moins très prochainement ; et la plus prochainement disponible de toutes les valeurs, est celle qui est en monnaie. Mais un capital dont on a construit un moulin, une usine, et même des machines mobilière et de petites dimensions, est un &#039;&#039;capital engagé&#039;&#039;, et qui, ne pouvant désormais servir à aucun autre usage, est retiré de la masse des capitaux en circulation, et ne peut plus prétendre à aucun autre profit que celui de la production à laquelle il est voué. Et remarquez qu&#039;un moulin, une machine, ont beau être vendus, leur valeur capitale n&#039;est point par là restituée à la circulation ; si le vendeur en dispose, l&#039;acheteur ne dispose plus du capital qu&#039;il a consacré à cette acquisition. La somme des capitaux disponibles reste la même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette remarque est importante pour apprécier justement les cause déterminantes, non seulement du taux de l&#039;intérêt des capitaux qu&#039;on prête, mais aussi des profits qu&#039;on fait sur les capitaux qu&#039;on emploie, et dont il sera question tout à l&#039;heure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On s&#039;imagine quelquefois que le crédit multiplie les capitaux. Cette erreur, qui se trouve fréquemment reproduite dans une foule d&#039;ouvrages, dont quelques-uns sont même écrits &#039;&#039;ex professo&#039;&#039; sur l&#039;économie politique, suppose une ignorance absolue de la nature et des fonctions des capitaux. Un capital est toujours une valeur très réelle, et fixée dans une matière ; car les produits immatériels ne sont pas susceptibles d&#039;accumulation. Or, un produit matériel ne saurait être en deux endroits à la fois, et servir à deux personnes en même temps. Les constructions, les machines, les provisions, les marchandises qui composent mon capital, peuvent en totalité être des valeurs que j&#039;ai empruntées : dans ce cas, j&#039;exerce une industrie avec un capital qui ne m&#039;appartient pas, et que je loue ; mais, à coup sûr, ce capital que j&#039;emploie n&#039;est pas employé par un autre. Celui qui me le prête s&#039;est interdit le pouvoir de le faire travailler ailleurs. Cent personnes peuvent mériter la même confiance que moi ; mais ce crédit, cette confiance méritée ne multiplie pas la somme des capitaux disponibles ; elle fait seulement qu&#039;on garde moins de capitaux sans les faire valoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n&#039;exigera pas que j&#039;essaie d&#039;apprécier la force des motifs d&#039;attachement, de parenté, de générosité, de reconnaissance, qui font quelquefois prêter un capital, ou influent sur l&#039;intérêt qu&#039;on en tire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque lecteur doit évaluer lui-même l&#039;influence des causes morales sur les faits économiques, les seuls qui puissent nous occuper ici.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcer les capitalistes à ne prêter qu&#039;à un certain taux, c&#039;est taxer la denrée dont ils sont marchands ; c&#039;est la soumettre à un &#039;&#039;maximum&#039;&#039; ; c&#039;est ôter de la masse des capitaux en circulation tous ceux qui ne sauraient s&#039;accommoder de l&#039;intérêt fixé. Les lois de ce genre sont si mauvaises, qu&#039;il est heureux qu&#039;elles soient violées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elles le sont presque toujours ; le besoin d&#039;emprunter et le besoin de prêter s&#039;entendent pour les éluder, ce qui devient facile en stipulant des avantages qui ne portent pas le nom d&#039;&#039;&#039;intérêts&#039;&#039;, mais qui ne sont au fond qu&#039;une portion des intérêts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout l&#039;effet qui en résulte est d&#039;élever le taux de l&#039;intérêt par l&#039;augmentation des risques auxquels on expose le prêteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu&#039;il y a de piquant, c&#039;est que les gouvernements qui ont fixé le taux de l&#039;intérêt, ont presque toujours donné l&#039;exemple de violer leurs propres lois, et payé, dans leurs emprunts, un intérêt supérieur à l&#039;intérêt légal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient que la loi fixe un intérêt, mais c&#039;est pour les cas seulement où il est dû sans qu&#039;il y ait eu de stipulation préalable, comme lorsqu&#039;un jugement ordonne la restitution d&#039;une somme avec les intérêts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il me semble que ce taux doit être fixé par la loi au niveau des plus bas intérêts payés dans la société, parce que le taux le plus bas est celui des emplois les plus sûrs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, la justice peut bien vouloir que le détenteur d&#039;un capital le rende, et même avec les intérêts ; mais pour qu&#039;il le rende, il faut qu&#039;elle le suppose encore entre ses mains ; et elle ne peut le supposer entre ses mains qu&#039;autant qu&#039;il l&#039;a fait valoir de la manière la moins hasardeuse, et par conséquent qu&#039;il en a retiré le plus bas de tous les intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce taux ne devrait pas porter le nom d’&#039;&#039;intérêt légal&#039;&#039;, par la raison qu&#039;il ne doit point y avoir d’&#039;&#039;intérêt illégal&#039;&#039;, pas plus qu&#039;il n&#039;y a un cours des changes illégal, un prix illégal pour le vin, la toile et les autres denrées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ici le lieu de combattre une erreur bien généralement répandue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme les capitaux, au moment qu&#039;on les prête, se prêtent ordinairement en monnaie, on s&#039;est imaginé que l&#039;abondance de l&#039;argent était la même chose que l&#039;abondance des capitaux, et que c&#039;était l&#039;abondance de l&#039;argent qui faisait baisser le taux de l&#039;intérêt ; de là ces expressions fautives, employées par les gens d&#039;affaires : &#039;&#039;l&#039;argent est rare, l&#039;argent est abondant&#039;&#039;, très analogues au surplus avec cette autre expression également fautive : &#039;&#039;intérêt de l&#039;argent&#039;&#039;. Le fait est que l&#039;abondance ou la rareté de l&#039;argent, de la monnaie, ou de tout ce qui en tient lieu, n&#039;influe &#039;&#039;pas du tout&#039;&#039; sur le taux de l&#039;intérêt, pas plus que l&#039;abondance ou la rareté de la cannelle, du froment, ou des étoffes de soie. La chose prêtée n&#039;est point telle ou telle marchandise, ou de l&#039;argent, qui n&#039;est lui-même qu&#039;une marchandise ; ce qu&#039;on prête est une valeur accumulée et consacrée à un placement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui veut prêter, réalise en monnaie la somme de valeur qu&#039;il destine à cet usage, et à peine l&#039;emprunteur l&#039;a-t-il à sa disposition, qu&#039;il échange cet argent contre autre chose ; l&#039;argent qui a servi à cette opération s&#039;en va servir à une autre opération pareille, ou à toute autre opération ; que sais-je, au paiement de l&#039;impôt, à la solde de l&#039;armée. La valeur prêtée n&#039;a été que momentanément sous forme de monnaie, de même que nous avons vu un revenu, qu&#039;on reçoit et qu&#039;on dépense, se montrer passagèrement sous une forme semblable, et les mêmes pièces de monnaie servir cent fois dans une année à payer autant de portions de revenus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même, lorsqu&#039;une somme d&#039;argent a fait passer une valeur capitale (une valeur faisant office de capital) de la main d&#039;un prêteur à celle d&#039;un emprunteur, le même argent peut aller, après plusieurs échanges, servir à un autre prêteur pour un autre emprunteur, sans que le premier soit pour cela dessaisi de la valeur qu&#039;il a empruntée. Celle-ci a déjà changé de forme ; il en a peut-être acheté des matières premières pour ses fabriques, et c&#039;est alors de la valeur de ces matières premières qu&#039;il paie l&#039;intérêt, et non de la somme d&#039;argent qui n&#039;appartient plus ni à son prêteur, ni à lui. Si la même somme d&#039;argent doit servir à un nouveau prêt, il faut auparavant que le nouveau prêteur l&#039;acquière au prix de la valeur capitale qui est en sa possession, et c&#039;est cette dernière valeur, fruit d&#039;une autre accumulation, qui est la valeur prêtée. La même somme ne représente jamais deux capitaux à la fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut prêter ou emprunter en toute espèce de marchandise de même qu&#039;en argent, et ce n&#039;est pas cette circonstance qui fait varier le taux de l&#039;intérêt. Rien même n&#039;est plus commun dans le commerce que de prêter et emprunter autrement qu&#039;en argent. Lorsqu&#039;un manufacturier achète des matières premières à terme, il emprunte réellement en laine ou en coton ; il se sert dans son entreprise de la valeur de ces marchandises, et la nature de ces marchandises n&#039;influe en rien sur l&#039;intérêt qu&#039;il bonifie à son vendeur. L&#039;abondance ou la rareté de la marchandise prêtée n&#039;influe que sur son prix relativement aux autres marchandises, et n&#039;influe en rien sur le taux de l&#039;intérêt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, quand l&#039;argent est venu à baisser en Europe au sixième de son ancienne valeur, il a fallu, pour prêter le même capital, donner six fois plus d&#039;argent ; mais l&#039;intérêt est resté le même. La quantité d&#039;argent viendrait à décupler dans le monde, que les capitaux disponibles pourraient n&#039;être pas plus abondants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc bien à tort qu&#039;on se sert du mot &#039;&#039;intérêt de l&#039;argent&#039;&#039;, et c&#039;est probablement à cette expression vicieuse qu&#039;on doit d&#039;avoir regardé l&#039;abondance ou la rareté de l&#039;argent comme pouvant influer sur le taux de l&#039;intérêt. Law, Montesquieu, et le judicieux Locke lui-même, dans un écrit dont le but était de chercher les moyens de faire baisser l&#039;&#039;&#039;intérêt de l&#039;argent&#039;&#039;, s&#039;y sont trompés. Faut-il être surpris que d&#039;autres s&#039;y soient trompés après eux ? La théorie de l&#039;intérêt est demeurée couverte d&#039;un voile épais jusqu&#039;à Hume et Smith qui l&#039;ont levé. Cette matière ne sera jamais claire que pour ceux qui se formeront une idée juste de ce qui est appelé &#039;&#039;capital&#039;&#039; dans tout le cours de cet ouvrage ; qui concevront que, lorsqu&#039;on emprunte, ce n&#039;est pas telle ou telle denrée ou marchandise qu&#039;n emprunte, mais une &#039;&#039;valeur&#039;&#039;, portion de la &#039;&#039;valeur du capital&#039;&#039; prétable de la société, et que le tant pour cent qu&#039;on paie pour l&#039;usage de cette portion du capital dépend du rapport entre la quantité de capitaux qu&#039;on offre de prêter et la quantité qu&#039;on demande à emprunter, en chaque lieu, sans avoir aucun rapport à la nature de la marchandise, monnaie ou autre, dont on se sert pour transmettre la valeur prêtée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== II. Des profits des capitaux ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soit qu&#039;un entrepreneur ait emprunté le capital qui sert à son entreprise, soit qu&#039;il le possède en toute propriété, il en tire, au moment où il vend ses produits, un profit indépendant du profit qui représente le salaire de son talent et de ses travaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt qu&#039;un capitaliste obtient d&#039;un capital prêté est pour nous la preuve qu&#039;on retire un profit d&#039;un capital qu&#039;on fait valoir. Quel entrepreneur, en effet, pourrait, d&#039;une manière suivie, consentir à payer un intérêt, s&#039;il ne trouvait pas dans le prix auquel il vend ses produits, un profit qui l&#039;indemnise tout au moins du loyer que son capital lui coûte ? Et lorsqu&#039;il est propriétaire de son capital, si, en faisant valoir par lui-même ce capital, il n&#039;en tirait rien au-delà du salaire de ses peines, n&#039;est-il pas évident qu&#039;il préférerait le prêter pour en tirer un intérêt, et qu&#039;il louerait séparément ses talents et sa capacité pour en recevoir un salaire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors donc qu&#039;on veut analyser complètement les faits, il convient de distinguer les profits qu&#039;un entrepreneur retire de son capital, de ce qu&#039;il ne doit qu&#039;à son industrie. Ils sont réels l&#039;un et l&#039;autre dans toute entreprise qui va bien et qui rembourse la totalité des avances qu&#039;elle occasionne ; mais, quoique de nature différente, ils se confondent aisément, ainsi que j&#039;en ai déjà fait la remarque. On rencontre bien des circonstances où il serait cependant utile de les apprécier séparément ; un entrepreneur apprendrait par là quel intérêt il peut, sans imprudence, consentir à payer pour accroître son capital actif ; deux associés, dont l&#039;un fournit plus de capitaux et l&#039;autre plus de travail, sauraient mieux comment régler leurs prétentions respectives. Une méthode générale de parvenir à une appréciation de ce genre, serait peut-être de comparer la somme moyenne des bénéfices que l&#039;on fait dans les entreprises pareilles, avec leur différence moyenne. Ainsi, par exemple, lorsque deux maisons de commerce, situées dans les mêmes circonstances et exerçant la même industrie, avec un capital chacune de cent mille francs, gagnent, année commune, l&#039;une 24000 francs, l&#039;autre 6000, c&#039;est-à-dire, en tout 30000 francs, on peut supposer que le terme moyen de gains de ce genre de commerce, qui comprennent à la fois les profits résultant des talents industriels et ceux des capitaux, s&#039;élève à 15000 francs. Et si la plus habile industrie a rendu 18000 francs de plus que la moindre, nous pouvons supposer qu&#039;une habileté moyenne rend 9000 francs. Or, 9000 francs, produit d&#039;une industrie ordinaire, déduits de 15000 francs, produit des talents industriels et des services capitaux réunis, laissent 6000 francs de profits attribuables au capital seulement, ou 6 pour cent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs économistes, sur ce fondement que les capitalistes donnent toujours la préférence, toutes choses d&#039;ailleurs égales, aux emplois qui rapportent le plus, présument que les profits des capitaux s&#039;égalisent par la concurrence, et que, si nous voyons des capitaux, engagés dans des entreprises périlleuses rapporter de plus gros profits que d&#039;autres, cette supériorité ne provient que d&#039;une prime d&#039;assurance suffisante pour compenser les pertes auxquelles le capital est exposé. Ils affirment en conséquence que, les pertes déduites, un capital ne rapporte pas plus qu&#039;un autre. Mais quand on observe les faits dans la nature, on s&#039;aperçoit qu&#039;ils ne suivent pas une marche si simple et si rigoureuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que les capitaux disponibles se composent de valeurs transportables, et même facilement transportables, ils ne se rendent pas aussi facilement qu&#039;on serait tenté de le croire, dans les lieux où ils obtiendraient de meilleurs profits. Le capitaliste qui en est propriétaire ou l&#039;entrepreneur auquel on pourrait le confier, sont obligés d&#039;entrer dans beaucoup de considérations, indépendamment de celle qui les porte à tirer de leur capital le plus gros profit. On répugne à le transporter chez l&#039;étranger, ou dans un climat inhospitalier, ou même dans une province qui présente peu de ressources pour les plaisirs et la société. On s&#039;est toujours plaint des propriétaires qui négligent de faire à leurs terres les améliorations les plus profitables, parce qu&#039;il faudrait s&#039;en occuper et les habiter constamment. Les gens riches préfèrent le séjour des grandes villes et les entreprises dont elles peuvent être le siège. Les villes sont le marché où les capitaux sont le plus abondants ; et cependant il est difficile de les y emprunter pour aller les faire valoir ailleurs, parce que les capitalistes n&#039;aiment pas à les perdre de vue et à se trouver hors de portée d&#039;en surveiller l&#039;emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas tout : un capital ne rapporte un profit que lorsqu&#039;il est mis en œuvre par le talent ; et quoique le talent et la conduite aient la principale part au profit qui résulte de leur travail commun, on ne saurait nier que ce profit est fort augmenté par l&#039;augmentation du capital dont le talent dispose. Or, si un capital rapporte plus ou moins selon qu&#039;on le fait valoir avec plus ou moins d&#039;intelligence, les endroits où les affaires sont considérables et les capacités industrielles rares, offriront aux capitaux qui s&#039;y présenteront soutenus par des talents, des profits supérieurs à ceux que gagneront les capitaux privés de cet avantage. Un outil conduit par une main habile, indépendamment de ce que gagne l&#039;habileté qui le dirige, fait plus de profit qu&#039;un outil que fatigue vainement une main incapable. Un instrument de musique produit peu d&#039;effet s&#039;il est mal touché, et ne rend aucun son quand on le laisse entièrement oisif. Des capitaux qui se trouvent dans le même cas, n&#039;entrent point en concurrence avec ceux qui se trouvent en de meilleures mains. Avant l&#039;émancipation de l&#039;Amérique espagnole et portugaise, Cadix et Lisbonne avaient à peu près le monopole du commerce de ces vastes colonies, et soit que les capitaux des Portugais et des Espagnols ne fussent pas suffisants pour un si grand commerce, soit que leur industrie ne fût pas assez active pour tirer parti de leurs capitaux, les négociants étrangers qui s&#039;y transportaient avec des fonds, y faisaient, en peu d&#039;années, des fortunes considérables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de même, je crois, de plusieurs établissement anglais en Russie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Concluons que les profits qu&#039;on peut tirer de l&#039;emploi des capitaux, varient selon les lieux et les circonstances ; et, malgré la difficulté qu&#039;on éprouve à établir les lois générales qui déterminent ces profits divers, on peut présumer que toutes les circonstances qui contribuent à diminuer, pour chaque emploi, la quantité des capitaux qui se présentent, et à augmenter la quantité que réclament les besoins, tendent à élever les profits auxquels peut prétendre, pour sa quote-part, cet instrument de l&#039;industrie.  Dans les pays où l&#039;on a plus généralement des habitudes économiques, comme en Angleterre, les capitaux étant plus communs, leurs profits, soumis à plus de concurrence, sont en général plus restreints. Quand l&#039;ignorance, les préjugés, ou une timidité mal calculée, éloignent les capitaux des professions industrielles, ils s&#039;y présentent en moins grande quantité et y font de plus gros profits. Avec des capacités industrielles égales, ils rendent bien plus en France qu&#039;en Hollande, où non seulement l&#039;épargne les a rendus abondants, mais où nul préjugé ne les écarte des entreprises de commerce. On en peut juger par le taux de l&#039;intérêt que l&#039;on consent à payer dans l&#039;un et l&#039;autre pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les profits des capitaux baissent à mesure qu&#039;ils deviennent plus abondants, on peut se demander si, dans un pays éminemment industrieux et économe, les capitaux pourraient se multiplier au point que leurs profits se réduisissent à rien. Il est difficile de croire ce cas possible ; car plus les profits capitaux diminuent, et plus diminuent aussi les motifs qui portent les hommes à l&#039;épargne. Il est évident que l&#039;homme qui pourrait épargner une somme sur ses revenus, la dépensera, si cette somme devient incapable d&#039;être employée avec profit ; car après tout elle renferme en elle une source de jouissances, et il y a des jouissances inépuisables, comme celles qui prennent leur source dans des actes de bienfaisance et de munificence publique. C&#039;est aussi dans les pays industrieux et économes que de tels actes sont les plus fréquents. En ce cas-ci, comme dans beaucoup d&#039;autres, il n&#039;y a point de causes absolues, mais des effets gradués et proportionnels à l&#039;intensité des causes, et des causes dont l&#039;intensité diminue graduellement à mesure que l&#039;on approche des suppositions extrêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rétribution qui constitue le profit du capital, fait partie des frais de production des produits qui ne peuvent parvenir à l&#039;existence sans le concours du capital. Pour que de tels produits soient créés, il faut que l&#039;utilité qu&#039;on leur donne élève leur prix assez haut pour rembourser à l&#039;entrepreneur les profits du capital aussi bien que ceux de l&#039;industrie dans tous ses grades, et ceux du fonds de terre. Il est impossible d&#039;adopter l&#039;opinion des écrivains qui pensent que ce prix ne représente que le travail de l&#039;homme. — Les capitaux eux-mêmes, disent-ils, sont le fruit d&#039;un travail antérieur ; il faut les considérer comme un travail accumulé. — En premier lieu, ils ne sont pas le fruit du travail uniquement, mais du concours des travaux, des capitaux et des fonds de terre ; et, en supposant qu&#039;ils fussent le fruit du travail uniquement,  il faudrait encore distinguer les produits qui composent le capital, des produits qui résultent de sa coopération. Entre eux se trouve toute la différence d&#039;un fonds à un revenu, la même différence qu&#039;on aperçoit entre une terre et les produits de la terre, entre la valeur d&#039;un champ et la valeur de son loyer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fonds est le résultat d&#039;un travail antérieur, j&#039;y consens pour un moment ; mais le revenu est un nouveau produit, fruit d&#039;une opération récente. Quand je prête ou plutôt quand je loue un capital de mille francs pour un an, je vends moyennant 50 francs, plus ou moins, sa coopération d&#039;une année ; et, nonobstant les 50 francs reçus, je n&#039;en retrouve pas moins mon capital de mille francs tout entier, dont je peux, l&#039;année suivante, tirer le même parti que précédemment. Ce capital est un produit antérieur : le profit que j&#039;en ai recueilli dans l&#039;année, est un produit nouveau et tout-à-fait indépendant du travail qui a concouru à la formation du capital lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce point, l&#039;analyse de la plupart des écrivains anglais est singulièrement incomplète.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la partie de ce traité où il est question des produits immatériels, nous avons vu que l&#039;on peut consommer immédiatement l&#039;utilité ou l&#039;agrément que certains capitaux peuvent produire, et qui sont une espèce de revenu. L&#039;utilité qu&#039;on retire d&#039;une maison d&#039;habitation et de son mobilier, est un profit que l&#039;on recueille et que l&#039;on consomme chaque jour. Ce revenu étant nécessairement consommé à mesure qu&#039;il est produit, peut être aussi bien apprécié quand il sera question des consommations ; mais j&#039;ai dû le faire remarquer ici, où il est question des profits qu&#039;on retire des valeurs capitales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== III. Quels sont les emplois de capitaux les plus avantageux pour la société ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;emploi de capital le plus avantageux pour le capitaliste est celui qui, à sûreté égale, lui rapporte le plus gros intérêt ; mais cet emploi peut ne pas être le plus avantageux pour la société : car le capital a cette propriété, non seulement d&#039;avoir des revenus qui lui sont propres, mais d&#039;être un moyen pour les terres et pour l&#039;industrie de s&#039;en créer un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela restreint le principe que ce qui est le plus productif pour le particulier, l&#039;est aussi pour la société. Un capital prêté dans l&#039;étranger peut bien rapporter à son propriétaire et à la nation le plus gros intérêt possible ; mais il ne sert à étendre ni les revenus des terres, ni ceux de l&#039;industrie de la nation, comme il ferait s&#039;il était employé dans l&#039;intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le capital le plus avantageusement employé pour une nation, est celui qui féconde l&#039;industrie agricole ; celui-là provoque le pouvoir productif des terres du pays et du travail du pays. Il augmente à la fois les profits industriels et les profits fonciers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un capital employé avec intelligence peut fertiliser jusqu&#039;à des rochers. On voit, dans les Cévennes, dans les Pyrénées, au pays de Vaud, des montagnes entières qui n&#039;étaient qu&#039;un roc décharné, et qui se sont couvertes de cultures florissantes. On a brisé des parties de ce roc avec de la poudre à canon ; des éclats de la pierre, on a construit à différentes hauteurs de petits murs qui soutiennent un peu de terre qu&#039;on y a portée à bras d&#039;hommes. C&#039;est de cette façon que le dos pelé d&#039;une montagne déserte s&#039;est transformé en gradins riches de verdure, de fruits et d&#039;habitants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les capitaux qui furent les premiers employés à ces industrieuses améliorations, auraient pu rapporter à leurs propriétaires de plus gros profits dans le commerce extérieur ;  mais probablement le revenu total du canton serait resté moindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une conséquence pareille, tous les capitaux employés à tirer parti des forces productives de la nature, sont les plus avantageusement employés. Une machine ingénieuse produit plus que l&#039;intérêt de ce qu&#039;elle a coûté, ou bien fait jouir la société de la diminution de prix qui résulte du travail de la machine ; car la société est autant enrichie par ce qu&#039;elle paie de moins, que par ce qu&#039;elle gagne de plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;emploi le plus productif, après celui-là, pour le pays en général, est celui des manufactures et du commerce intérieur, parce qu&#039;il met en activité une industrie dont les profits sont gagnés dans le pays, tandis que les capitaux employés dans le commerce extérieur font gagner l&#039;industrie et les fonds de terre de toutes les nations indistinctement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;emploi le moins favorable à la nation est celui des capitaux occupés au commerce de transport de l&#039;étranger à l&#039;étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand une nation a de vastes capitaux, il est bon qu&#039;elle en applique à toutes ces branches d&#039;industrie, puisque toutes sont profitables à peu près au même degré pour les capitalistes, quoiqu&#039;à des degrés différents pour la nation. Qu&#039;importe aux terres hollandaises qui sont dans un état brillant d&#039;entretien et de réparation, qui ne manquent ni de clôtures ni de débouchés ; qu&#039;importe aux nations qui n&#039;ont presque point de territoire, comme naguère étaient Venise, Gênes et Hambourg, qu&#039;un grand nombre de capitaux soient engagés dans le commerce de transport ? Ils ne se dirigent vers cet emploi que parce que d&#039;autres ne les réclament plus. Mais le même commerce, et en général tout commerce extérieur, ne saurait convenir à une nation dont l&#039;agriculture et les fabriques languissent faute de capitaux. Le gouvernement d&#039;une telle nation ferait une haute sottise en encourageant ces branches extérieures d&#039;industrie ; ce serait détourner les capitaux des emplois les plus propres à grossir le revenu national. Le plus grand empire du monde, celui dont le revenu est le plus considérable, puisqu&#039;il nourrit le plus d&#039;habitants, la Chine, laisse faire à peu près tout son commerce extérieur aux étrangers. Sans doute, au point où elle est parvenue, elle gagnerait à étendre ses relations au-dehors ; mais elle n&#039;en est pas moins un exemple frappant de la prospérité où l&#039;on peut parvenir sans cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est heureux que la pente naturelle des choses entraîne les capitaux préférablement, non là où ils feraient les plus gros profits, mais où leur action est le plus profitable à la société. Les emplois qu&#039;on préfère sont en général les plus proches, et d&#039;abord l&#039;amélioration de ses terres, qu&#039;on regarde comme le plus solide de tous ; ensuite les manufactures et le commerce intérieur ; et, après tout le reste, le commerce extérieur, le commerce de transport, le commerce lointain. Le possesseur d&#039;un capital préfère l&#039;employer près de lui plutôt qu&#039;au loin, et d&#039;autant plus qu&#039;il est moins riche. Il le regarde comme trop aventuré lorsqu&#039;il faut le perdre de vue longtemps, le confier des mains étrangères, attendre des retours tardifs, et s&#039;exposer à actionner des débiteurs dont la marche errante ou la législation des autres pays protègent la mauvaise foi. Ce n&#039;est que par l&#039;appât des privilèges et d&#039;un gain forcé, ou par le découragement où l&#039;on jette l&#039;industrie dans l&#039;intérieur, qu&#039;on engage une nation dont les capitaux ne sont pas très abondants, à faire le commerce des Indes ou celui des colonies.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VII|Des revenus industriels]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre IX|Des revenus territoriaux]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_II_-_Chapitre_VII&amp;diff=2197</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VII</title>
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		<updated>2008-07-04T20:24:03Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : qu&amp;#039;on en finisse...&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;__NOTOC__&lt;br /&gt;
__NOEDITSECTION__&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VI|Quels genres de production paient plus largement les services productifs]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VIII|Du revenu des capitaux]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Second&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre VII - Des revenus industriels.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
==== I. Des profits de l&#039;industrie en général ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu les motifs qui favorisent la demande des produits en général. C&#039;est le nombre, c&#039;est la richesse des consommateurs. En même temps que la civilisation multiplie leurs besoins, elle étend leurs facultés. Ils désirent plus vivement et paient mieux les services productifs par le moyen desquels on peut obtenir les produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que la demande de certains produits est toujours plus soutenue que celle de certains autres. Nous en avons conclu que les services qui se consacrent à ces genres de production, toutes choses d&#039;ailleurs égales, sont mieux récompensés que les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Continuant toujours à particulariser davantage, nous examinerons, dans ce chapitre-ci et dans les suivants, les cas où les profits de l&#039;industrie sont plus ou moins forts relativement à ceux des capitaux ou des terres, et réciproquement ; de même que les raisons&lt;br /&gt;
qui font que les profits de tel emploi de l&#039;industrie ou bien des capitaux, ou bien des terres, sont plus ou moins considérables que les profits de tel autre emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d&#039;abord, comparant les profits de l&#039;industrie avec ceux des capitaux et des terres, nous trouverons qu&#039;ils sont plus forts là où des capitaux abondants réclament une grande quantité de qualités industrielles, comme c&#039;était le cas en Hollande avant la révolution. Les services industriels y étaient très chèrement payés ; ils le sont encore dans les pays, comme les États-Unis, où la population, et par conséquent les agents de l&#039;industrie, malgré leur rapide multiplication, restent en arrière de ce que réclament des terres sans bornes et des capitaux journellement grossis par une épargne facile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La situation de ces pays est en général celle où la condition de l&#039;homme est la meilleure, parce que les personnes qui vivent des profits de leurs capitaux et de leurs terres, peuvent mieux supporter la modicité des profits que ceux qui vivent de leur industrie seulement. Les premiers, outre la ressource de consommer leurs fonds au besoin, ont celle d&#039;ajouter quelques profits industriels à leurs autres revenus ; tandis qu&#039;il ne dépend pas d&#039;un homme industrieux, qui n&#039;est que cela, de joindre à son revenu industriel celui des capitaux et des terres qu&#039;il n&#039;a pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Venant ensuite à comparer entre eux les services de l&#039;industrie, quel que soit le grade où l&#039;on se trouve placé, nous observerons que les causes qui bornent la quantité de services industriels mis en circulation dans chaque genre, peuvent se ranger dans une de ces trois catégories :&lt;br /&gt;
# ou les travaux de cette industrie entraînent des dangers, ou simplement des désagréments ;&lt;br /&gt;
# ou bien ils ne fournissent pas une occupation constante ;&lt;br /&gt;
# ou bien ils exigent un talent, une habileté, qui ne sont pas communs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;y a pas une de ces causes qui ne tende à diminuer la quantité de travail mis en circulation, dans chaque genre, relativement à la quantité qu&#039;on en demande, et par conséquent à élever le taux naturel de ses profits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À peine a-t-on besoin que des exemples viennent à l&#039;appui de propositions si évidentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les agréments ou les désagréments d&#039;une profession, il faut ranger la considération ou le mépris qui l&#039;accompagne. L&#039;honneur est une espèce de salaire qui fait partie des profits de certaines conditions. Dans un prix donné, plus cette monnaie est abondante, et plus l&#039;autre peut être rare, sans que le prix soit diminué. Smith remarque que le littérateur, le poète, le philosophe, sont presque entièrement payés en considération. Soit raison, soit préjugé, il n&#039;en est pas tout-à-fait ainsi des professions de comédien, de danseur, et de plusieurs autres. Il faut bien leur accorder en argent ce qu&#039;on leur refuse en égards. « Il paraît absurde au premier aspect, ajoute Smith, que l&#039;on dédaigne leur personne et qu&#039;on récompense leurs talents souvent avec la plus somptueuse libéralité libéralité. L&#039;un n&#039;est^pourtant que la conséquence nécessaire de l&#039;autre. Si l&#039;opinion ou le préjugé du public venait changer touchant ces occupations, leur traitement pécuniaire tomberait à l&#039;instant. Plus de gens s&#039;appliqueraient à ce genre d&#039;industrie, et leur concurrence en ferait baisser le prix. De tels talents poussés à un certain point, sans être communs, ne sont pas si rares qu&#039;on l&#039;imagine : bien des gens les possèdent, qui regardent comme au-dessous d&#039;eux d&#039;en faire un objet de lucre ; et un bien plus grand nombre seraient capables de les acquérir, s&#039;ils procuraient autant d&#039;estime que d&#039;argent. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On objectera peut-être que certaines fonctions publiques procurent à la fois beaucoup d&#039;honneurs et beaucoup d&#039;argent ; mais il est évident que les intérêts des hommes ne sont pas, dans ce cas, abandonnés à leur cours naturel. C&#039;est le public qui supporte la dépense des places, mais ce n&#039;est pas le public qui en fixe le nombre et les émoluments. C&#039;est le plus souvent un pouvoir plus jaloux de distribuer des faveurs et d&#039;accroître sa clientèle, que de ménager les intérêts du contribuable. Dans les pays qui jouissent d&#039;une organisation politique plus parfaite, où les emplois sont donnés au mérite constaté par un concours équitable, et où les émoluments ne sont qu&#039;une juste récompense des services rendus, le public est mieux servi à moins de frais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout travail qui n&#039;est pas constant est nécessairement mieux payé ; car il faut qu&#039;on le paie à la fois pour le moment où il est en exercice, et pour le moment où il attend qu&#039;on ait besoin de lui. Un loueur de carrosses se fait payer les jours où il travaille, plus que ne sembleraient l&#039;exiger les peines qu&#039;il se donne et l&#039;intérêt du capital qu&#039;il emploie ; c&#039;est parce qu&#039;il faut que les jours où il travaille, gagnent pour ceux où il ne travaille pas. Il ne pourrait demander un autre prix sans se ruiner. Le loyer des travestissements est fort cher par la même raison : le carnaval paie pour toute l&#039;année.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mauvais dîner coûte fort cher lorsqu&#039;on voyage sur une route peu fréquentée, parce qu&#039;il faut que l&#039;aubergiste gagne pour la veille et pour le lendemain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l&#039;habileté nécessaire pour exercer une industrie, soit en chef, soit en sous-ordre, ne peut être le fruit que d&#039;une étude longue et coûteuse, cette étude n&#039;a pu avoir lieu qu&#039;autant qu&#039;on y a consacré chaque année quelques avances, et le total de ces avances est un capital accumulé. Alors le salaire du travail n&#039;est plus un salaire seulement : c&#039;est un salaire accru de l&#039;intérêt des avances que cette étude a exigées ; cet intérêt est même supérieur à l&#039;intérêt ordinaire, puisque le capital dont il est ici question est placé à fonds perdu, et ne subsiste pas au-delà de la vie de l&#039;homme : c&#039;est un intérêt viager.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi tous les emplois de temps et de facultés qui demandent qu&#039;on ait reçu une éducation libérale, sont mieux récompensés que ceux où la bonne éducation n&#039;est pas indispensable. Cette qualité est un capital dont on doit retirer les intérêts, indépendamment des profits ordinaires de l&#039;industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il y a des faits qui paraissent contraires à ce principe, on peut les expliquer : les prêtres sont faiblement payés ; cependant, lorsqu&#039;une religion repose sur des dogmes très compliqués, sur des histoires très obscures, on ne peut exercer le ministère religieux sans de longues études et des exercices multipliés ; or, ces études, ces exercices, ne peuvent avoir lieu sans l&#039;avance d&#039;un capital : il semble donc qu&#039;il faudrait, pour que la profession cléricale pût se perpétuer, que le traitement du prêtre payât l&#039;intérêt du capital, indépendamment du salaire de sa peine auquel paraissent se borner les profits du bas clergé, surtout dans les pays catholiques. Mais qu&#039;on prenne garde que c&#039;est la société qui fait l&#039;avance de ce capital, en entretenant et endoctrinant à ses frais des étudiants en théologie, pris dans la classe des paysans et dans les familles qui sont hors d&#039;état d&#039;élever à leurs frais tous leurs enfants. Alors le peuple, qui a payé le capital, trouve des gens pour exercer cette industrie moyennant le simple salaire de leur travail, ou ce qui est nécessaire pour leur entretien ; et leur entretien ne comprend pas celui d&#039;une famille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces diverses considérations ont porté plusieurs auteurs recommandables à penser qu&#039;en ajoutant aux rétributions pécuniaires qu&#039;obtiennent les travaux de l&#039;industrie, les autres avantages qu&#039;ils peuvent procurer, et en retranchant de ces rétributions la valeur des inconvénients que les mêmes travaux entraînent, les profits qu&#039;on peut y faire demeurent égaux entre eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils se fondent sur ce que l&#039;intérêt personnel excite tous les hommes à embrasser les occupations qui, au total, présentent le plus d&#039;avantages ; ils prétendent que s&#039;il y en avait qui parussent plus favorisées que les autres, on s&#039;y porterait de préférence, et que la concurrence les ramènerait au taux commun. Mais dans la pratique les choses ne s&#039;arrangent pas ainsi. Les hommes font rarement ce qu&#039;ils veulent. Il y a des professions qui coûtent constamment la vie à ceux qui les exercent, comme celles de tailleur de grès, d&#039;émouleur d&#039;épingles, de vernisseur de faïences : il semble qu&#039;il faudrait un énorme dédommagement pour un si grand sacrifice ; cependant ces professions sont à peine plus lucratives que les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La plupart des hommes embrassent un état par occasion, suivant les conjonctures, sans avoir pu comparer les avantages ou les inconvénients qu&#039;il présente, ou bien pour obéir aux opinions et même aux préjugés des personnes de qui leur sort dépend. Ils sont séduits par des succès brillants sans avoir pu juger les circonstances particulières auxquelles on les a dus. Le penchant de l&#039;homme pour se flatter lui-même, pour croire que, s&#039;il y a une chance heureuse, elle lui sera réservée, attire vers certaines  professions plus de travaux que les profits qu&#039;on y peut faire ne sembleraient devoir en appeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dans une loterie équitable, dit l&#039;auteur de la &#039;&#039;richesse des nations&#039;&#039;, les bons billets doivent gagner tout ce que perdent les billets blancs : dans un métier où vingt personnes se ruinent pour une qui réussit, celle qui réussit devrait gagner seule les profits de vingt autres. ». Or, dans beaucoup d&#039;emplois, on est loin d&#039;être payé suivant ce taux. Le même auteur croit que, quelque bien payés que soient les avocats de réputation, si l&#039;on computait tout ce qui est gagné par tous les avocats d&#039;une grande ville, et tout ce qui est dépensé par eux, on trouverait la somme du gain de beaucoup inférieure à celle de la dépense. Si dans cette profession les travailleurs subsistent, c&#039;est donc aux dépens de quelque autre revenu qu&#039;ils ont d&#039;ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut dire la même chose des professions lettrées. Les encouragements donnés par la plupart des gouvernements aux études classiques, de préférence à l&#039;acquisition de connaissances plus utiles, comme seraient les principes élémentaires de la physique, de la chimie, de la mécanique, et les langues vivantes, précipitent dans les travaux littéraires et dans la carrière de l&#039;enseignement, beaucoup plus de personnes que ce genre d&#039;occupation ne peut en faire vivre commodément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On s&#039;écarte donc des notions de l&#039;expérience la plus commune, quand on prétend qu&#039;au moyen des compensations, les profits industriels sont les mêmes dans tous les cas. Rejeter dans les exceptions les exemples qui contraient ce système, c&#039;est détruire la&lt;br /&gt;
loi qu&#039;on veut établir ; car ces exemples démentent plus souvent la loi qu&#039;ils ne la confirment ; la règle alors devient une exception. Mais ce qui ne peut en aucune manière s&#039;accommoder au système des compensations, ce sont les immenses disparités qu&#039;établit dans les profits industriels et dans des carrières semblables, la différence des talents acquis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rareté de certains talents en proportion des besoins qu&#039;éprouve la société, fait qu&#039;on paie les services productifs qui en émanent incomparablement plus cher que d&#039;autres. Chez un peuple nombreux, à peine y a-t-il deux ou trois personnes capables de faire un très beau tableau ou une très belle statue : aussi se font-elles payer à peu près ce qu&#039;elles veulent, si la demande est un peu forte ; et quoiqu&#039;il y ait sans contredit une portion de leurs profits qui représente l&#039;intérêt des avances employées à l&#039;acquisition de leur art, cette portion de profits est petite relativement à celle qu&#039;obtient leur talent. Un peintre, un médecin, un avocat célèbre, ont dépensé, soit par eux-mêmes, soit par leurs parents, trente ou quarante mille francs au plus pour acquérir&lt;br /&gt;
le talent qui fonde leur revenu : l&#039;intérêt viager de cette somme est quatre mille francs au plus ; s&#039;ils en gagnent trente, leurs qualités industrielles seules sont payées vingt-six mille francs par année. Et si l&#039;on appelle &#039;&#039;biens&#039;&#039; ou &#039;&#039;fortune&#039;&#039; tout ce qui donne des revenus, on peut évaluer leur fortune à trois cent mille francs, au denier dix, même quand ils n&#039;ont pas pour un sou de patrimoine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== II. Des profits du savant ====&lt;br /&gt;
Le savant, l&#039;homme qui connaît le parti qu&#039;on peut tirer des lois de la nature pour l&#039;utilité des hommes, reçoit une fort petite part des produits de l&#039;industrie, à laquelle cependant les connaissances dont il conserve le dépôt et dont il recule les bornes, contribuent si puissamment. Quand on en cherche la raison, on trouve (en terme d&#039;économie politique) que le savant met en quelques instants dans la circulation une immense quantité de sa marchandise, et d&#039;une marchandise encore qui s&#039;use peu par l&#039;usage ; de manière qu&#039;on n&#039;est point obligé d&#039;avoir recours à lui de nouveau pour en faire de nouvelles provisions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit souvent les connaissances qui servent de fondement à une foule de procédés dans les arts, aux études laborieuses, aux réflexions profondes, aux expériences ingénieuses et délicates, des chimistes, des physiciens, des mathématiciens les plus éminents. Or, ces connaissances sont contenues dans un petit nombre de pages qui, prononcées dans des leçons publiques ou répandues par la voie de l&#039;impression, se trouvent jetées dans la circulation en quantité fort supérieure à la consommation qui peut s&#039;en faire ; ou plutôt elles s&#039;étendent à volonté sans se consommer, sans qu&#039;on soit obligé, pour se les procurer, d&#039;avoir de nouveau recours à ceux de qui elles sont originairement émanées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Conformément aux lois naturelles qui déterminent le prix des services productifs, ces conseils, ces directions, seront donc médiocrement payés, c&#039;est-à-dire retireront une faible quote-part dans la valeur des produits auxquels elles auront contribué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi tous les peuples assez éclairés pour comprendre de quelle utilité sont les travaux scientifiques, ont-ils toujours, par des faveurs spéciales et des distinctions flatteuses, dédommagé les savants du peu de profits attachés à l&#039;exercice de leur industrie, à l&#039;emploi de leurs talents naturels ou acquis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois un manufacturier découvre un procédé, soit pour donner de plus beaux produits, soit pour produire plus économiquement  des choses déjà connues, et, à la faveur du secret qu&#039;il en garde, il fait pendant plusieurs années, pendant sa vie, il lègue même à ses enfants des bénéfices qui excèdent le taux commun des profits de son art. Ce manufacturier fait dans ce cas particulier deux genres d&#039;opérations industrielles : celle du savant, dont il réserve pur lui seul les avantages, et celle de l&#039;entrepreneur. Mais il est peu d&#039;arts où de tels procédés puissent longtemps demeurer secrets ; ce qui, aou reste, est un bonheur pour le public ; car lorsque la concurrence des producteurs fait baisser le prix d&#039;un produit, le revenu de ceux qui le consomment est accru de tout ce qu&#039;ils paient de moins pour l&#039;obtenir. Ils appliquent cet excédant à de nouvelles consommations ; la demande qui se fait des produits en général devient plus considérable, et la condition des producteurs est améliorée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On comprend que je n&#039;ai entendu parler ici que des revenus qu&#039;on a comme savant. Rien n&#039;empêche qu&#039;un savant ne soit en même temps propriétaire foncier, capitaliste, ou chef d&#039;industrie, et qu&#039;il n&#039;ait d&#039;autres revenus sous ces divers rapports.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== III. Des profits de l&#039;entrepreneur d&#039;industrie ==== &lt;br /&gt;
Comme il est impossible de conduire une entreprise industrielle sans y employer un capital, les profits qu&#039;y fait l&#039;entrepreneur comprennent ordinairement les profits de son industrie et ceux du capital. Une portion de ce capital lui appartient presque toujours en propre ; une autre portion est fort souvent empruntée ; dans tous les cas, que le capital soit emprunté ou non, le profit qui résulte du service qu&#039;on en retire, est gagné par l&#039;entrepreneur, puisqu&#039;il a pris à son compte toutes les chances, bonnes et mauvaises, de la production. Mais il ne sera question, dans ce paragraphe, que de la portion de ses profits qu&#039;il peut devoir à ses facultés industrielles, c&#039;est-à-dire à son jugement, à ses talents naturels ou acquis, à son activité, à son esprit d&#039;ordre et de&lt;br /&gt;
conduite. Nous verrons plus tard quelle portion de ses profits l&#039;on peut attribuer aux services productifs rendus par son capital. Cette distinction fort délicate est néanmoins très réelle ; car dans les entreprises où plusieurs personnes sont intéressées, les unes pour leur travail, les autres pour leurs capitaux, chacune fait valoir les avantages que son contingent apporte à l&#039;entreprise. Les hommes, même lorsqu&#039;ils n&#039;ont pas analysé leurs droits dans leur détail, savent fort bien les réclamer dans toute leur étendue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut se rappeler que l&#039;emploi d&#039;un entrepreneur d&#039;industrie a rapport à la seconde des opérations que nous avons reconnues être nécessaires pour l&#039;exercice de toute industrie quelconque ; opération qui consiste à faire l&#039;application des connaissances acquises, à la création d&#039;un produit à notre usage. On se rappelle que cette application est nécessaire dans l&#039;industrie agricole, comme dans l&#039;industrie manufacturière, comme dans l&#039;industrie commerciale ; et que c&#039;est en cela que consiste le travail du fermier ou cultivateur, du manufacturier et du négociant. C&#039;est donc la nature des profits de ces trois classes d&#039;hommes que nous voulons examiner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prix de leur travail est réglé par le rapport qui se trouve entre la &#039;&#039;quantité demandée&#039;&#039; de ce genre de travail d&#039;une part, et la quantité qui en est mise en circulation, la &#039;&#039;quantité offerte&#039;&#039;, d&#039;autre part. Trois causes principales bornent cette dernière quantité, et par conséquent maintiennent à un taux élevé le prix de cette espèce de travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ordinairement l&#039;entrepreneur d&#039;une entreprise industrielle, qui a besoin de trouver les fonds dont elle exige l&#039;emploi. Je n&#039;en tire pas la conséquence qu&#039;il faut qu&#039;il soit déjà riche, car il peut exercer son industrie avec des fonds d&#039;emprunt ; mais il faut du moins qu&#039;il soit solvable, connu pour un homme intelligent et prudent, rempli d&#039;ordre et de probité, et que, par la nature de ses relations, il soit à portée de se procurer l&#039;usage des capitaux qu&#039;il ne possède pas par lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces conditions excluent beaucoup de gens du nombre des concurrents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, ce genre de travail exige des qualités morales dont la réunion n&#039;est pas commune. Il veut du jugement, de la constance, la connaissance des hommes et des choses. Il s&#039;agit d&#039;apprécier convenablement l&#039;importance de tel produit, le besoin qu&#039;on en aura, les moyens de production ; il s&#039;agit de mettre en jeu quelquefois un grand nombre d&#039;individus ; il faut acheter ou faire acheter des matières premières, réunir des ouvriers, chercher des consommateurs, avoir un esprit d&#039;ordre et d&#039;économie, en un mot, le talent d&#039;administrer. Il faut avoir une tête habituée au calcul, qui puisse comparer les frais de production avec la valeur que le produit aura lorsqu&#039;il sera mis en vente. Dans le cours de tant d&#039;opérations, il y a des obstacles à surmonter, des inquiétudes à vaincre, des malheurs à réparer, des expédients à inventer. Les personnes chez qui les qualités nécessaires ne se trouvent pas réunies, font des entreprises avec peu de succès ; ces entreprises ne se soutiennent pas, et leur travail ne tarde pas à être retiré de la circulation. Il n&#039;y reste par conséquent que celui qui peut être continué avec succès, c&#039;est-à-dire avec capacité. C&#039;est de cette façon que la condition de la capacité borne le nombre de gens qui offrent le travail d&#039;un entrepreneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas tout : un certain risque accompagne toujours les entreprises industrielles ; quelque bien conduites qu&#039;on les suppose, elles peuvent échouer ; l&#039;entrepreneur peut, sans qu&#039;il y ait de sa faute, y compromettre sa fortune, et, jusqu&#039;à un certain point, son honneur : nouvelle raison qui borne d&#039;un autre côté la quantité de ce genre de services qui est offerte, et les rend un peu plus chers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les genres d&#039;industrie n&#039;exigent pas, dans celui qui les entreprend, la même dose de capacité et de connaissances. Un fermier qui est un entrepreneur de culture, n&#039;est pas obligé de savoir autant de choses qu&#039;un négociant qui trafique avec les pays  lointains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourvu que le fermier soit au fait des méthodes routinières de deux ou trois espèces de cultures, d&#039;où dérive le revenu de sa ferme, il peut se tirer d&#039;affaire. Les connaissances nécessaires pour conduire un commerce de long cours, sont d&#039;un ordre bien plus relevé. Non seulement il faut connaître la nature et les qualités des marchandises sur lesquelles on spécule, mais encore se former une idée de l&#039;étendue des besoins et des débouchés aux lieux où l&#039;on se propose de les vendre. Il faut en conséquence se tenir constamment au courant des prix de chacune de ces marchandises en différents lieux du monde. Pour se faire une idée juste de ces prix, il faut connaître les diverses monnaies et leurs valeurs relatives, qu&#039;on nomme le &#039;&#039;cours des changes&#039;&#039;. Il faut connaître les moyens de transport, la mesure des risques qu&#039;ils entraînent, le montant des frais qu&#039;ils occasionnent ; les usages, les lois qui gouvernent les peuples avec qui l&#039;on a des relations ; enfin il faut avoir assez de connaissance des hommes pour ne point se tromper dans les confiances qu&#039;on leur accorde, dans les missions dont on les charge, dans les rapports quelconques qu&#039;on entretient avec eux. Si les connaissances qui font un bon fermier sont plus communes que celles qui font un bon négociant, faut-il s&#039;étonner que les travaux du premier reçoivent un faible salaire en comparaison de ceux du second ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas à dire que l&#039;industrie commerciale, dans toutes ses branches, exige des qualités plus rares que l&#039;industrie agricole. Il y a tel marchand en détail qui suit par routine, comme la plupart des fermiers, une marche fort simple dans l&#039;exercice de sa profession, tandis qu&#039;il y a tel genre de culture qui demande un soin, une sagacité peu communs. C&#039;est au lecteur à faire les applications. Je cherche à poser des principes ; on en peut ensuite tirer une foule de conséquences plus ou moins modifiées par des circonstances, qui sont elles-mêmes les conséquences d&#039;autres principes établis dans d&#039;autres parties de cet ouvrage. De même, en astronomie, on vous dit que toutes les planètes décrivent des aires égales dans un même espace de temps ; mais celui qui veut prévoir avec quelque exactitude un phénomène en particulier, doit tenir compte des perturbations qu&#039;elles reçoivent du voisinage des autres planètes, dont les forces attractives dérivent d&#039;une autre loi de physique générale. C&#039;est à la personne qui veut faire l&#039;application des lois générales à un cas déterminé, à tenir compte de l&#039;influence de chacune de celles dont l&#039;existence est reconnue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous verrons, en parlant des profits de l&#039;ouvrier, quel avantage donne sur lui au chef d&#039;entreprise la position de l&#039;un et de l&#039;autre ; mais il est bon de remarquer les autres avantages dont un chef d&#039;entreprise, s&#039;il est habile, peut tirer parti. Il est l&#039;intermédiaire entre toutes les classes de producteurs, et entre ceux-ci et le consommateur. Il administre l&#039;œuvre de la production ; il est le centre de plusieurs rapports ; il profite de ce que les autres savent et de ce qu&#039;ils ignorent, et de tous les avantages accidentels de la production. C&#039;est aussi dans cette classe de producteurs, quand les événements secondent leur habileté, que s&#039;acquièrent presque toutes les grandes fortunes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== IV. Des profits de l&#039;ouvrier ====&lt;br /&gt;
Les travaux simples et grossiers pouvant être exécutés par tout homme, pourvu qu&#039;il soit en vie et en santé, la condition de vivre est la seule requise pour que de tels travaux soient mis dans la circulation. C&#039;est pour cela que le salaire de ces travaux ne s&#039;élève guère, en chaque pays, au-delà de ce qui est rigoureusement nécessaire pour y vivre, et que le nombre des concurrents s&#039;y élève toujours au niveau de la demande qui en est faite, et trop souvent l&#039;excède ; car la difficulté n&#039;est pas de naître, c&#039;est de subsister. Du moment qu&#039;il ne faut que subsister pour s&#039;acquitter d&#039;un travail, et que ce travail suffit pour pourvoir à cette subsistance, l&#039;homme capable d&#039;un semblable travail ne tarde pas à exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a cependant ici une remarque à faire. L&#039;homme ne naît pas avec la taille et la force suffisantes pour accomplir le travail même le plus facile. Cette capacité, qu&#039;il n&#039;atteint qu&#039;à l&#039;âge de quinze ou vingt ans, plus ou moins, peut être considérée comme un capital qui ne s&#039;est formé que par l&#039;accumulation annuelle et successive des sommes consacrées à l&#039;élever. Par qui ces sommes ont-elles été accumulées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est communément parles parents de l&#039;ouvrier, par des personnes de la profession qu&#039;il suivra, ou d&#039;une profession analogue. Il faut donc que, dans cette profession, les ouvriers gagnent un salaire un peu supérieur à leur simple existence ; c&#039;est-à-dire qu&#039;ils gagnent de quoi s&#039;entretenir, et, de plus, de quoi élever leurs enfants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le salaire des ouvriers les plus grossiers ne leur permettait pas d&#039;entretenir une famille et d&#039;élever des enfants, le nombre de ces ouvriers ne serait pas tenu au complet. La demande de leur travail deviendrait supérieure à la quantité de ce travail qui pourrait être mise en circulation ; le taux de leur salaire hausserait, jusqu&#039;à ce que cette classe fût de nouveau en état d&#039;élever des enfants en nombre suffisant pour satisfaire à la quantité de travail demandé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ce qui arriverait si beaucoup d&#039;ouvriers ne se mariaient pas. Un homme qui n&#039;a ni femme ni enfants peut fournir son travail à meilleur marché qu&#039;un autre qui est époux et père. Si les célibataires se multipliaient dans la classe ouvrière, non-seulement ils ne contribueraient point à recruter la classe, mais ils empêcheraient que d&#039;autres pussent la recruter. Une diminution accidentelle dans le prix de la main-d&#039;œuvre, en raison de ce que l&#039;ouvrier célibataire pourrait travailler à meilleur marché, serait suivie plus tard d&#039;une augmentation plus forte, en raison de ce que le nombre des ouvriers déclinerait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, quand même il ne conviendrait pas aux chefs d&#039;entreprises d&#039;employer des ouvriers mariés parce qu&#039;ils sont plus rangés, cela leur conviendrait, dût-il leur en coûter un peu plus, pour éviter de plus grands frais de main-d&#039;œuvre, qui retomberaient sur eux si la population déclinait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas que chaque profession, prise en particulier, se recrute régulièrement des enfants qui prennent naissance dans son sein. Les enfants passent de l&#039;une dans l&#039;autre, principalement des professions rurales aux professions analogues dans les villes, parce que les enfants s&#039;élèvent à moins de frais dans les campagnes ; j&#039;ai seulement voulu dire que la classe des manouvriers les plus simples, retire nécessairement, dans les produits auxquels son travail concourt, une portion suffisante non seulement pour exister, mais encore pour se recruter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand un pays décline, quand il s&#039;y trouve moins de moyens de production, moins de lumières, d&#039;activité ou de capitaux, alors la demande des travaux grossiers diminue par degrés ; les salaires tombent au-dessous du taux nécessaire pour que la classe manouvrière se perpétue ; elle décroît en nombre, et les élèves des autres classes, dont les travaux diminuent dans la même proportion, refluent dans les classe immédiatement inférieures. Quand la prospérité augmente, au contraire, les classes inférieures, non seulement se recrutent avec facilité elles-mêmes, mais fournissent aux classes immédiatement supérieures de nouveaux élèves, dont quelques-uns, plus heureux et doués de quelques qualités plus brillantes, prennent un vol encore plus hardi, et se placent fréquemment dans les stations les plus élevées de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La main-d&#039;œuvre des gens qui ne vivent pas uniquement de leur travail, est moins chère que celle des ouvriers en titre. Ils sont nourris ; le prix de leur travail n&#039;est donc point, pour eux, réglé sur la nécessité de vivre. Il y a telle fileuse dans certains hameaux, qui ne gagne pas la moitié de sa dépense, bien que sa dépense soit modique ; elle est mère ou fille, sœur, tante ou belle-mère d&#039;un ouvrier qui la nourrirait quand même elle ne gagnerait absolument rien. Si elle n&#039;avait que son travail pour subsister, il est évident qu&#039;il faudrait qu&#039;elle en doublât le prix ou qu&#039;elle mourût de faim ; en d&#039;autres termes, que le travail fût payé le double ou n&#039;eût pas lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci peut s&#039;appliquer à tous les ouvrages des femmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En général, ils sont fort peu payés, par la raison qu&#039;un très grand nombre d&#039;entre elles sont soutenues autrement que par leur travail, et peuvent mettre dans la circulation le genre d&#039;occupations dont elles sont capables, au-dessous du taux où le fixerait l&#039;étendue de leurs besoins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On en peut dire autant du travail des moines et des religieuses. Dans les pays où il y en a, il est fort heureux pour les vrais ouvriers qu&#039;il ne se fabrique que des futilités dans les cloîtres ; car s&#039;il s&#039;y faisait des ouvrages d&#039;une industrie courante, les ouvriers dans le même genre qui ont une famille à soutenir, ne pourraient point donner leur ouvrage à si bas prix sans périr de besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le salaire des ouvriers de manufactures est souvent plus fort que celui des ouvriers des champs ; mais il est sujet à des vicissitudes fâcheuses. Une guerre, une loi prohibitive, en faisant cesser tout à coup certaines demandes, plonge dans la détresse les ouvriers qui étaient occupés à les satisfaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un simple changement de mode devient une fatalité pour des classes entières. Les cordons de souliers substitués aux boucles, plongèrent dans la désolation les villes de Sheffield et de Birmingham.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les moindres variations dans le prix de la main-d&#039;œuvre la plus commune, ont de tout temps été regardées avec raison comme de très grands malheurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, dans un rang un peu supérieur en richesse et en talents (qui sont une espèce de richesse), une baisse dans le taux des profits oblige à des retranchements dans les dépenses, ou tout au plus entraîne la dissipation d&#039;une partie des capitaux que ces classes ont ordinairement à leur disposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dans la classe dont le revenu est de niveau avec le rigoureux nécessaire, une diminution de revenu est un arrêt de mort, sinon pour l&#039;ouvrier même, au moins pour une partie de sa famille. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi a-t-on vu tous les gouvernements, à moins qu&#039;ils ne se piquent d&#039;aucune sollicitude, venir à l&#039;appui de la classe indigente, quand un événement subit a fait tomber accidentellement le salaire des travaux communs au-dessous du taux nécessaire pour l&#039;entretient des ouvriers. Mais trop souvent les secours n&#039;ont pas répondu dans leurs effets aux vues bienfaisantes des gouvernements, faute d&#039;un juste discernement dans le choix des secours. Quand on veut qu&#039;ils soient efficaces, il faut commencer par chercher la cause de la chute du prix du travail. Si elle est durable de sa nature, les secours pécuniaires et passagers ne&lt;br /&gt;
remédient à rien : ils ne font que reculer l&#039;instant de la désolation. La découverte d&#039;un procédé inconnu, une importation nouvelle, ou bien l&#039;émigration d&#039;un certain nombre de consommateurs, sont de ce genre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors on doit tâcher de fournir aux bras désemployés une nouvelle occupation durable, favoriser de nouvelles branches d&#039;industrie, former des entreprises lointaines, fonder des colonies, etc. Si la chute de la main-d&#039;œuvre est de nature à ne pas durer, comme celle qui peut être le résultat d&#039;une bonne ou d&#039;une mauvaise récolte, alors on doit se borner à accorder des secours aux  malheureux qui souffrent de cette oscillation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un gouvernement ou des particuliers bienfaisants avec légèreté, auraient le regret de ne point voir leurs bienfaits répondre à leurs vues. Au lieu de prouver cela par le raisonnement, j&#039;essaierai de le faire sentir par un exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suppose que dans un pays de vignobles les tonneaux se trouvent si abondants, qu&#039;il soit impossible de les employer tous. Une guerre, ou bien une loi contraire à la production des vins, ont déterminé plusieurs propriétaires de vignobles à changer la culture de leurs terres ; telle est la cause durable de la surabondance du travail de tonnellerie mis en circulation. On ne tient pas compte de cette cause ; on vient au secours des ouvriers tonneliers, soit en achetant sans besoin des tonneaux, soit en leur distribuant des secours à peu près équivalents aux profits qu&#039;ils avaient coutume de faire. Mais des achats sans besoins, des secours, ne peuvent pas se perpétuer ; et, au moment où ils viennent à cesser, les ouvriers se trouvent exactement dans la même position fâcheuse d&#039;où l&#039;on a voulu les tirer. On aura fait des sacrifices, des dépenses, sans aucun avantage, si ce n&#039;est d&#039;avoir un peu différé le désespoir de ces pauvres gens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une supposition contraire, la cause de la surabondance des tonneaux est passagère ; c&#039;est, par exemple, une mauvaise récolte. Si, au lieu de procurer des secours passagers aux faiseurs de tonneaux, on favorise leur établissement en d&#039;autres cantons, ou leur emploi dans quelque autre branche d&#039;industrie, il arrivera que l&#039;année suivante, abondante en vins, il y aura disette de tonneaux ; leur prix sera exorbitant, il sera réglé par la cupidité et l&#039;agiotage ; et comme la cupidité et l&#039;agiotage ne peuvent pas produire des tonneaux quand les moyens de production de cette denrée sont détruits, une partie des vins pourra demeurer perdue faute de vases. Ce n&#039;est que par une nouvelle commotion et à la suite de nouveaux tiraillements, que leur fabrication se remontera au niveau des besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit qu&#039;il faut changer de remède suivant la cause du mal, et par conséquent connaître cette cause avant de choisir le remède.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai dit que ce qu&#039;il fallait pour vivre, était la mesure du salaire des ouvrages les plus communs, les plus grossiers ; mais cette mesure est très variable : les habitudes des hommes influent beaucoup sur l&#039;étendue de leurs besoins. Il ne me paraît pas assuré que les ouvriers de certains cantons de France pussent vivre sans boire un seul verre de vin. À Londres, ils ne sauraient se passer de bière ; cette boisson y est tellement de première nécessité, que les mendiants vous y demandent l&#039;aumône pour aller boire un pot de bière, comme en France pour avoir un morceau de pain ; et peut-être ce dernier motif, qui nous semble fort naturel, paraît-il impertinent à un étranger qui arrive pour la première fois d&#039;un pays où la classe indigente peut vivre avec des patates, du manioc, ou d&#039;autres aliments encore plus vils.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mesure de ce qu&#039;il faut pour vivre dépend donc en partie des habitudes du pays où se trouve l&#039;ouvrier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus la valeur de sa consommation est petite, et plus le taux ordinaire de son salaire peut s&#039;établir bas, plus les produits auxquels il concourt sont à bon marché. S&#039;il veut améliorer son sort et élever ses salaires, le produit auquel il concourt  renchérit, ou bien la part des autres producteurs diminue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;est pas à craindre que les consommations de la classe des ouvriers s&#039;étendent bien loin, grâce au désavantage de sa position. L&#039;humanité aimerait à les voir, eux et leur famille, vêtus selon le climat et la saison ; elle voudrait que dans leur logement ils pussent trouver l&#039;espace, l&#039;air et la chaleur nécessaires à la santé ; que leur nourriture fût saine, assez abondante, et même qu&#039;ils pussent y mettre quelque choix et quelque variété ; mais il est peu de pays où des besoins si modérés ne passent pour excéder les bornes du strict nécessaire, et où par conséquent ils puissent être satisfaits avec les salaires accoutumés de la dernière classe des ouvriers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce taux du strict nécessaire ne varie pas uniquement à raison du genre de vie plus ou moins passable de l&#039;ouvrier et de sa famille, mais encore à raison de toutes les dépenses regardées comme indispensables dans le pays où il vit. C&#039;est ainsi que nous mettions tout à l&#039;heure au rang de ses dépenses nécessaires celle d&#039;élever ses enfants ; il en est d&#039;autres moins impérieusement commandées par la nature des choses, quoiqu&#039;elles le soient au même degré par le sentiment : tel est le soin de vieillards. Dans la classe ouvrière il est trop négligé. La nature, pour perpétuer le genre humain, ne s&#039;en est rapporté qu&#039;aux impulsions d&#039;un appétit violent et aux sollicitudes de l&#039;amour paternel ; les vieillards dont elle n&#039;a plus besoin, elle les abandonne à la reconnaissance de leur postérité, après les avoir rendus victimes de l&#039;imprévoyance de leur jeune âge. Si les mœurs d&#039;une nation rendaient indispensable l&#039;obligation de préparer, dans chaque famille, quelque provision pour la vieillesse, comme elles en accordent en général à l&#039;enfance, les besoins de première nécessité étant ainsi un peu plus étendus, le taux naturel des plus bas salaires serait un peu plus fort. Aux yeux du philanthrope, il doit paraître affreux que cela ne soit pas toujours ainsi ; il gémit en voyant que l&#039;ouvrier, non-seulement ne prévoit pas la vieillesse, mais qu&#039;il ne prévoit pas même les accidents, la maladie, les infirmités. Là se trouvent des motifs d&#039;approuver, d&#039;encourager ces associations de prévoyance où les ouvriers déposent chaque jour un très petite épargne pour s&#039;assurer une somme au moment où l&#039;âge ou bien des infirmités inattendues, viendront les priver des ressources de leur travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut, pour que de telles associations réussissent, que l&#039;ouvrier considère cette précaution comme d&#039;absolue nécessité ; qu&#039;il regarde l&#039;obligation de porter ses épargnes à la caisse de l&#039;association, comme aussi indispensable que le paiement de son loyer ou de ses impositions : il en résulte alors un taux nécessairement un peu plus élevé dans les salaires pour qu&#039;ils puissent suffire à ses accumulations ; ce qui est un bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est fâcheux que les lois, qui devraient favoriser l&#039;épargne, lui soient contraires quelquefois, comme lorsqu&#039;elles mettent les loteries au nombre des ressources habituelles du fisc, et ouvrent dans toutes les rues des bureaux où des chances très séduisantes, mais trompeuses, sont offertes aux plus petites mises, et attirent ainsi chaque année au fisc, c&#039;est-à-dire à la destruction, des millions qui pourraient s&#039;accumuler et répandre l&#039;aisance et la consolation sur les vieux jours de l&#039;ouvrier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une politique coupable, qui, dans le but d&#039;étourdir le peuple sur son sort, l&#039;excite à porter dans les tavernes ce qu&#039;il pourrait mettre de côté, n&#039;est pas moins contraire à son bien-être. Les vains et dispendieux amusements des riches ne peuvent pas toujours se justifier aux yeux de la raison ; mais combien ne sont pas plus désastreuses les folles dissipations du pauvre ! La joie des indigents est toujours assaisonnée de larmes, et les orgies de la populace sont des jours de deuil pour le philosophe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Indépendamment des raisons exposées au paragraphe précédent et dans celui-ci, et qui expliquent pourquoi les gains d&#039;un entrepreneur d&#039;industrie (même de celui qui ne fait aucun profit comme capitaliste) s&#039;élèvent en général plus haut que ceux d&#039;un simple ouvrier, il en est encore d&#039;autres, moins légitimes sans doute dans leur fondement, mais dont il n&#039;est pas permis de &lt;br /&gt;
méconnaître l&#039;influence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les salaires de l&#039;ouvrier se règlent contradictoirement par une convention faite entre l&#039;ouvrier et le chef d&#039;industrie : le premier cherche à recevoir le plus, le second à donner le moins qu&#039;il est possible ; mais dans cette espèce de débat, il y a du côté du maître un avantage indépendant de ceux qu&#039;il tient déjà de la nature de ses fonctions. Le maître et l&#039;ouvrier ont bien également besoin l&#039;un de l&#039;autre, puisque l&#039;un ne peut faire aucun profit sans le secours de l&#039;autre ; mais le besoin du maître est moins immédiat, moins pressant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est peu qui ne pussent vivre plusieurs mois, plusieurs années même, sans faire travailler un seul ouvrier ; tandis qu&#039;il est peu d&#039;ouvriers qui pussent, sans être réduits aux dernières extrémités, passer plusieurs semaines sans ouvrage. Il est bien difficile que cette différence de position n&#039;influe pas sur le règlement des salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. De Sismondi, dans un ouvrage publié depuis la troisième édition de celui-ci, propose quelques moyens législatifs d&#039;améliorer le sort de la classe ouvrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il part de ce principe que le bas salaire des ouvriers tourne au profit des entrepreneurs qui les font travailler ; de là il conclut  que ce n&#039;est pas la société qui doit, dans leur détresse, prendre soin des ouvriers, mais les entrepreneurs qui les emploient. Il veut qu&#039;on oblige les propriétaires terriens et les gros fermiers à entretenir en tout temps les ouvriers des champs, et qu&#039;on oblige les manufacturiers à entretenir ceux qui travaillent en ateliers. En même temps, pour que la sécurité qui résulterait dans l&#039;esprit des ouvriers de la certitude d&#039;un entretien suffisant et d&#039;eux-mêmes et de leurs enfants, ne les multipliât pas outre mesure, il accorde aux entrepreneurs qui en auraient la charge, le droit de permettre et d&#039;empêcher leurs mariages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces propositions, dictées par une louable philanthropie, ne me semblent pas admissibles dans la pratique. Ce serait renoncer à tout respect de la propriété, que de grever une partie de la société de l&#039;entretien d&#039;une autre classe, et de la contraindre à payer une main-d&#039;œuvre lorsque aucun produit ne peut la rembourser ; et ce serait la violer bien plus encore que d&#039;attribuer à qui que ce fût un droit sur la personne d&#039;autrui, qui est la plus sacrée de toutes les propriétés. En interdisant toujours plus ou moins arbitrairement le mariage des uns, on rendrait plus prolifique le mariage des autres. D&#039;ailleurs, il n&#039;est pas vrai que ce soient les entrepreneurs d&#039;industrie qui profitent des bas salaires. Les bas salaires, par suite de la concurrence, font baisser le prix des produits auxquels l&#039;ouvrier travaille ; et ce sont les consommateurs des produits, c&#039;est-à-dire la société tout entière, qui profitent de leur bas prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc, par suite de ces bas prix, les ouvriers indigents tombent à sa charge, elle en est indemnisée par la moindre dépense qu&#039;elle fait sur les objets de sa consommation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est des maux qui résultent de la nature de l&#039;homme et des choses. L&#039;excès de la population par-dessus les moyens de subsistance, est de ce nombre. Ce mal, toute proportion gardée, n&#039;est pas plus considérable dans une société civilisée que chez les peuplades sauvages. En accuser l&#039;état social est une injustice ; se flatter qu&#039;on pourra s&#039;en affranchir est une illusion ; travailler à l&#039;atténuer est une noble occupation : mais il ne faut pas chercher des remèdes qui ne remédieraient à rien ou qui auraient des inconvénients pires que le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute le gouvernement, lorsqu&#039;il le peut sans provoquer aucun désordre, sans blesser la liberté des transactions, doit protéger les intérêts des ouvriers, parce qu&#039;ils sont moins que ceux des maîtres protégés par la nature des choses ; mais, en même temps, si le gouvernement est éclairé, il se mêlera aussi peu que possible des affaires des particuliers, pour ne pas ajouter aux maux de la nature ceux qui viennent de l&#039;administration.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, il protégera les ouvriers contre la collusion des maîtres, non moins soigneusement qu&#039;il protégera les maîtres contre les complots des ouvriers. Les maîtres sont moins nombreux, et leurs communications plus faciles. Les ouvriers, au contraire, ne peuvent guère s&#039;entendre sans que leurs ligues aient l&#039;air d&#039;une révolte que la police s&#039;empresse toujours d&#039;étouffer. Le système qui fonde les principaux gains d&#039;une nation sur l&#039;exportation de ses produits, est même parvenu à faire considérer les ligues des ouvriers comme funestes à la prospérité de l&#039;État, en ce qu&#039;elles entraînent une hausse dans le prix des marchandises d&#039;exportation, laquelle nuit à la préférence qu&#039;on veut obtenir sur les marchés de l&#039;étranger. Mais quelle prospérité que celle qui consiste à tenir misérable une classe nombreuse dans l&#039;état, afin d&#039;approvisionner à meilleur marché des étrangers qui profitent des privations que vous vous êtes imposées !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rencontre des chefs d&#039;industrie qui, toujours prêts à justifier par des arguments les œuvres de leur cupidité, soutiennent que l&#039;ouvrier mieux payé travaillerait moins, et qu&#039;il est bon qu&#039;il soit stimulé par le besoin. Smith, qui avait beaucoup vu et parfaitement bien observé, n&#039;est pas de leur avis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je le laisserai s&#039;expliquer lui-même. « Une récompense libérale du travail, dit cet auteur, en même temps qu&#039;elle favorise la propagation de la classe laborieuse, augmente son industrie, qui, semblable à toutes les qualités humaines, s&#039;accroît par la valeur des encouragements qu&#039;elle reçoit. Une nourriture abondante fortifie le corps de l&#039;homm qui travaille; la possibilité d&#039;étendre son bien-être et de se ménager un sort pour l&#039;avenir, en éveille le désir, et ce désir l&#039;excite aux plus vigoureux efforts. Partout où les salaires sont élevés, nous voyons les ouvriers plus intelligents et plus expéditifs ; ils le sont plus en Angleterre qu&#039;en Écosse, plus dans le voisinage des grandes villes que dans les villages éloignés. Quelques ouvriers, à la vérité, quand ils gagnent en quatre jours de quoi vivre pendant toute la semaine, restent oisifs les trois autres jours ; mais cette inconduite n&#039;est point générale; il est plus commun de voir ceux qui sont bien payés, à la pièce, ruiner leur santé en peu d&#039;années par un excès de travail. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== V. De l&#039;indépendance née chez les modernes des progrès de l&#039;industrie ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;économie politique a été la même dans tous les temps. Même aux époques où les principes en étaient méconnus, ils agissaient de la manière exposée dans cet ouvrage ; des causes pareilles étaient toujours suivies de résultats semblables : Tyr s&#039;enrichissait par les mêmes moyens qu&#039;Amsterdam. Mais ce qui a beaucoup changé à la suite des développements de l&#039;industrie, c&#039;est l&#039;état des sociétés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples anciens n&#039;étaient pas, dans l&#039;industrie agricole, inférieurs aux modernes à beaucoup près autant que dans les autres arts industriels. Or, comme les produits de l&#039;agriculture sont les plus favorables à la multiplication de l&#039;espèce humaine, il y avait chez eux beaucoup plus d&#039;hommes inoccupés que chez nous. Ceux qui n&#039;avaient que peu ou point de terres, ne pouvant vivre de l&#039;industrie et des capitaux qui leur manquaient, et trop fiers pour exercer auprès de leurs concitoyens des emplois serviles qu&#039;on abandonnait aux esclaves, vivaient d&#039;emprunts qu&#039;ils étaient toujours hors d&#039;état d&#039;acquitter, et réclamaient des partages de biens dont l&#039;exécution n&#039;était pas praticable. Il fallait, pour les satisfaire, que les hommes les plus considérables de chaque nation les conduisissent à la guerre, et, de retour dans la cité, les entretinssent au moyen des dépouilles conquises sur l&#039;ennemi, ou à leurs propres dépens. De là les troubles civils qui agitaient les nations de l&#039;antiquité ; de là leurs guerres perpétuelles ; de là le trafic des votes ; de là ces nombreuses clientèles d&#039;un Marius et d&#039;un Sylla, d&#039;un Pompée et d&#039;un César, d&#039;un Antoine et d&#039;un Octave ; jusqu&#039;à ce qu&#039;enfin le peuple romain tout entier ait formé la cour d&#039;un Caligula, d&#039;un Héliogabale et de beaucoup d&#039;autres monstres qui étaient obligés de le nourrir en l&#039;opprimant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sort des villes industrieuses, de Tyr, de Corinthe, de Carthage, n&#039;était pas tout-à-fait le même ; mais elles devaient succomber devant des guerriers moins riches qu&#039;elles, plus aguerris, et qui obéissaient à l&#039;impulsion du besoin. La civilisation et l&#039;industrie devinrent toujours la proie de la barbarie et de la pauvreté, jusqu&#039;à ce qu&#039;enfin Rome elle-même disparut devant les Goths et les Vandales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;Europe, replongée dans la barbarie au Moyen-Âge, éprouva un sort plus triste encore, mais analogue à celui des premiers temps de la Grèce et de l&#039;Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque baron ou grand propriétaire avait, sous différentes dénominations, une clientèle d&#039;hommes qui vivaient sur leurs domaines, et suivaient leurs drapeaux dans les guerres intestines et dans les guerres étrangères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;entreprendrais sur la tâche de l&#039;historien, si je signalais les causes qui ont graduellement développé l&#039;industrie depuis ces temps de barbarie jusqu&#039;à nous ; mais je ferai seulement remarquer le changement notable qui s&#039;est opéré, et les suites de ce changement. L&#039;industrie a fourni à la masse de la population les moyens d&#039;exister sans être dépendante des grands propriétaires, et sans les menacer perpétuellement. Cette industrie s&#039;est alimentée des capitaux qu&#039;elle-même a su accumuler. Dès lors plus de clientèles : le plus pauvre citoyen a pu se passer de patron, et se mettre, pour subsister, sous la protection de son talent. De là la constitution de la société dans les temps modernes, où les nations se maintiennent par elles-mêmes, et où les gouvernements tirent de leurs sujets les secours qu&#039;ils leur accordaient jadis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les succès obtenus par les arts et par le commerce ont fait sentir leur importance. On n&#039;a plus fait la guerre pour se piller et détruire les sources mêmes de l&#039;opulence ; on s&#039;est battu pour se les disputer. Depuis deux siècles, toutes les guerres qui n&#039;ont pas eu pour motif une puérile vanité, ont eu pour objet de s&#039;arracher une colonie ou bien une branche de commerce. Ce ne sont plus des barbares qui ont pillé des nations industrieuses et civilisées ; ce sont des nations civilisées qui ont lutté entre elles, et celle qui a vaincu s&#039;est bien gardée de détruire les fondements de son pouvoir en dépouillant le pays conquis. L&#039;invasion de la Grèce par les turcs, au quinzième siècle, paraît devoir être le dernier triomphe de la barbarie sur la civilisation. La portion industrieuse et civilisée du globe est heureusement devenue trop considérable par rapport à l&#039;autre, pour malheur. Les progrès mêmes de l&#039;art de la guerre ne permettent plus aucun succès durable à des barbares. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les instruments de la guerre exigent le développement d&#039;une industrie très-perfectionnée. Des armées beaucoup plus nombreuses que celles qu&#039;on levait autrefois, ne peuvent se recruter qu&#039;au moyen d&#039;une population considérable ; et les seuls pays civilisés peuvent être fort populeux. Enfin, des armées nombreuses, et des munitions de guerre et de bouche proportionnées entraînent, des dépenses énormes auxquelles une industrie active et des accumulations multipliées, qui ne se rencontrent que chez des peuples très avancés, suffisent à peine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dernier progrès reste à faire, et il sera dû à la connaissance plus généralement répandue des principes de l&#039;économie politique. On reconnaîtra que lorsqu&#039;on livre des combats pour conserver une colonie ou un monopole, on court après un avantage qu&#039;on paie toujours trop cher ; on s&#039;apercevra qu&#039;on n&#039;achète jamais les produits du dehors, fût-ce dans des colonies sujettes, qu&#039;avec des produits de l&#039;intérieur ; que c&#039;est par conséquent à la production de l&#039;intérieur qu&#039;il faut s&#039;attacher par-dessus tout ; et que cette production n&#039;est jamais si favorisée que par la paix la plus générale, les lois les plus douces, les communications les plus faciles. Le sort des nations dépendra désormais, non d&#039;une prépondérance incertaine et toujours précaire, mais de leurs lumières. Les gouvernements, ne pouvant se maintenir qu&#039;à l&#039;aide des producteurs, tomberont toujours plus dans leur dépendance ; toute nation qui saura se rendre maîtresse de ses subsides, sera toujours sûre d&#039;être bien gouvernée ; et toute autorité qui méconnaîtra l&#039;état du siècle, se perdra ; car c&#039;est contre la nature des choses qu&#039;elle entreprendra de lutter.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VI|Quels genres de production paient plus largement les services productifs]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VIII|Du revenu des capitaux]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VI</title>
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		<updated>2008-05-20T19:21:21Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre V|Comment les revenus se distribuent dans la société]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VII|Des revenus industriels]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Second&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre VI - Quels genres de production paient plus largement les services productifs.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
La valeur des produits qui, ainsi que nous venons de le voir, rembourse aux divers producteurs le montant de leurs avances, et y ajoute communément des profits qui composent leur revenu, ne fournit pas des profits également forts dans tous les genres de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle production procurera au fonds de terre, au capital, à l&#039;industrie qui s&#039;y sont consacrés, un pauvre revenu ; d&#039;autres donneront des profits proportionnellement plus considérables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai que les producteurs cherchent toujours à placer leurs services productifs dans les emplois où les profits sont meilleurs, et font ainsi baisser par la concurrence, des prix que la demande tend à élever ; mais leurs efforts ne peuvent pas toujours tellement proportionner les services aux besoins, qu&#039;ils soient, dans tous les cas, également récompensés. Telle industrie est toujours rare dans un pays où le peuple n&#039;y est pas propre ; bien des capitaux se trouvent engagés de manière à ne pouvoir jamais concourir à une autre production que celle à laquelle ils ont été voués dans l&#039;origine : la terre enfin peut se refuser à un genre de culture pour les produits de laquelle il y a beaucoup de demandeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est impossible de suivre les variations des profits dans tous les cas particuliers ; ils peuvent subir des variations extrêmes en raison d&#039;une découverte importante, d&#039;une invasion, d&#039;un siège. L&#039;influence de ces circonstances particulières se combine avec l&#039;influence des causes générales, mais ne la détruit pas. Un traité, quelque volumineux qu&#039;on le suppose, ne saurait prévoir tous les cas particuliers qui peuvent influer sur la valeur des choses ; mais il peut assigner les causes générales et celles dont l&#039;action est constante ; chacun peut ensuite, selon les cas qui se présentent, apprécier les modifications qui sont résultées ou qui doivent résulter des circonstances accidentelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela pourra paraître extraordinaire au premier abord, mais on trouvera généralement vrai à l&#039;examen, que les meilleurs profits ne se font pas sur les denrées les plus chères et sur celles dont on peut le mieux se passer, mais bien plutôt sur les plus communes et les plus indispensables. En effet, la demande de celles-ci se soutient nécessairement : elle est commandée par le besoin ; elle s&#039;étend même à mesure que les moyens de production s&#039;étendent ; car c&#039;est surtout la production des denrées de première nécessité qui favorise la population. La demande, au contraire, des superfluités, ne s&#039;élève pas à mesure que s&#039;étendent les moyens de production de ces mêmes superfluités ; si une vogue extraordinaire en fait monter le prix courant fort au-dessus du prix naturel, c&#039;est-à-dire du montant des frais de production, une vogue contraire le fait tomber fort au-dessous ; les superfluités ne sont, pour les riches eux-mêmes, que d&#039;un besoin secondaire, et la demande qu&#039;on en fait est bornée par le petit nombre de gens à l&#039;usage de qui elles sont. Enfin, lorsqu&#039;une cause accidentelle quelconque force les gens à réduire leurs dépenses, lorsque des déprédations, des impôts, des disettes, viennent diminuer les revenus de chacun, quelles sont les dépenses qu&#039;on supprime les premières ? On retranche d&#039;abord les consommations dont on peut le mieux se passer. Cela suffit pour expliquer pourquoi les services productifs qui se consacrent à la production des superfluités, sont en général plus faiblement payés que les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis en &#039;&#039;général&#039;&#039; ; car dans une grande capitale, où les besoins du luxe se font sentir plus vivement que partout ailleurs, où l&#039;on obéit quelquefois avec plus de soumission aux ridicules décrets de la mode qu&#039;aux lois éternelles de la nature, et où tel homme se prive de dîner pour montrer des manchettes brodées, on conçoit que le prix des colifichets puisse quelquefois payer fort généreusement les mains et les capitaux qui s&#039;appliquent à leur production. Mais, excepté dans certains cas, et en balançant toujours les profits d&#039;une année par ceux d&#039;une autre année et par les non-valeurs, on a remarqué que les chefs d&#039;entreprises qui produisent des superfluités, font les profits les plus médiocres, et que leurs ouvriers sont les plus médiocrement payés. En Normandie et en Flandre, les plus belles dentelles sont travaillées par des gens très misérables, et les ouvriers qui fabriquent à Lyon des brocarts d&#039;or sont souvent vêtus de guenilles. Ce n&#039;est pas qu&#039;on ne fasse occasionnellement sur de tels objets des bénéfices très considérables : on a vu des manufacturiers s&#039;enrichir en fabriquant des chapeaux de fantaisie ; mais si l&#039;on met ensemble tous les profits faits sur des superfluités, si l&#039;on en déduit la valeur des marchandises qui ne se vendent pas, et celle des marchandises qui, s&#039;étant bien vendues, ont été mal payées, on trouvera que ce genre de produits est celui qui donne au total les profits les plus médiocres. Les modistes les plus en vogue ont souvent fait banqueroute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les marchandises d&#039;un usage général conviennent à un plus grand nombre de personnes, et ont cours dans la plupart des situations de la société. Un lustre ne peut trouver sa place que dans de grandes maisons, tandis qu&#039;il n&#039;est si chétif ménage où l&#039;on ne trouve des chandeliers ; aussi la demande des chandeliers est-elle toujours ouverte, toujours plus active que celle des lustres, et, même dans le pays le plus opulent, il se produit pour une valeur bien plus grande de chandeliers que de lustres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les produits dont l&#039;usage est le plus indispensable sont sans contredit les denrées qui nous servent d&#039;aliments. Le besoin qu&#039;on en a renaît chaque jour ; il n&#039;y a pas de professions plus constamment employées que celles qui s&#039;occupent de notre nourriture. Aussi, malgré la concurrence, est-ce dans ces professions que se font les profits les  plus assurés. Les bouchers, les boulangers, les charcutiers de Paris qui ont quelque esprit de conduite, se retirent tous plus ou moins promptement avec une fortune faite. J&#039;ai ouï dire à un homme d&#039;affaires très-employé, que la moitié des biens-fonds et des maisons qui se vendent dans Paris et aux environs, sont acquis par eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les particuliers et les nations qui entendent leurs intérêts, à moins qu&#039;ils n&#039;aient des raisons très fortes pour en agir autrement, préfèrent, en conséquence, se livrer à la production de ce que les marchands appellent les articles courants. M. Eden, qui négocia pour l&#039;Angleterre, en 1786, le traité de commerce conclu par M De Vergennes, se dirigea d&#039;après ce principe, lorsqu&#039;il demanda la libre introduction en France de la faïence commune d&#039;Angleterre. « Quelques misérables douzaines d&#039;assiettes que nous vous vendrons, disait l&#039;agent anglais, seront un faible dédommagement pour les magnifiques services de porcelaine de Sèvres que vous vendrez chez nous. ». La vanité des ministres français y consentit. Bientôt on vit arriver les faïences anglaises : elles étaient légères, à bon compte, d&#039;une forme agréable et simple ; les plus petits ménages s&#039;en procurèrent ; il en vint pour plusieurs millions, et cette importation s&#039;est répétée, augmentée chaque année jusqu&#039;à la guerre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les envois de porcelaine de Sèvres ont été peu de chose auprès de cela. Le débit des articles courants est non seulement le plus considérable, il est encore le plus assuré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jamais marchand n&#039;a été longtemps embarrassé d&#039;une provision de toile à faire des draps ou des chemises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exemples que j&#039;ai choisis dans l&#039;industrie manufacturière ont des équivalents dans les industries agricoles et commerciales. Il se produit et se consomme en Europe pour une valeur bien plus grande de choux, qu&#039;il ne se consomme d&#039;ananas ; et les superbes châles de Cachemire sont en France un objet de commerce bien borné auprès des cotons en laine qu&#039;on fait venir tous les ans d&#039;outre-mer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc un mauvais calcul pour une nation de se faire marchande d&#039;objets de luxe, et de recevoir en retour des choses d&#039;une utilité commune. La France envoie en Allemagne des modes, des colifichets qui sont à l&#039;usage de peu de personnes, et l&#039;Allemagne lui fournit des rubans de fil et d&#039;autres merceries, des limes, des faux, des pelles et pincettes, et d&#039;autres quincailleries d&#039;un usage général, et pour lesquelles il y a jusque dans nos villages des consommateurs forcés et un marché toujours ouvert. Aussi, sans les vins, sans les huiles de France, sans les produits toujours renaissants d&#039;un sol favorisé de la nature, et quelques autres objets d&#039;une industrie mieux entendue, la France ferait avec l&#039;Allemagne moins de profits que l&#039;Allemagne n&#039;en fait avec elle. On en peut dire autant du commerce français dans le nord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre V|Comment les revenus se distribuent dans la société]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VII|Des revenus industriels]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre V</title>
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		<updated>2008-05-20T19:08:23Z</updated>

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&lt;hr /&gt;
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&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Second&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre V - Comment les revenus se distribuent dans la société.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les raisons qui déterminent la valeur des choses, et qui agissent de la manière indiquée dans les chapitres précédents, s&#039;appliquent indifféremment à toutes les choses qui ont une valeur, même aux plus fugitives ; elles s&#039;appliquent par conséquent aux &#039;&#039;services productifs&#039;&#039; que rendent l&#039;industrie, les capitaux et les terres dans l&#039;acte de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui disposent de l&#039;une de ces trois sources de la production sont marchands de cette denrée que nous appelons ici services productifs ; les consommateurs des produits en sont les acheteurs. Les entrepreneurs d&#039;industrie ne sont, pour ainsi dire, que des intermédiaires qui réclament les services productifs nécessaires pour tel produit en proportion de la demande qu&#039;on fait de ce produit. Le cultivateur, le manufacturier et le négociant comparent perpétuellement le prix que le consommateur veut et peut mettre à telle ou telle marchandise, avec les frais qui seront nécessaires pour qu&#039;elle soit produite ; s&#039;ils en décident la production, ils établissent une demande de tous les services productifs qui devront y concourir, et fournissent ainsi une des bases de la valeur de ces services.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;un autre côté, les agents de la production, hommes et choses, terres, capitaux, ou gens industrieux, s&#039;offrent plus ou moins, suivant divers motifs auxquels nous remonterons dans les chapitres qui suivent, et forment ainsi l&#039;autre base de la valeur qui s&#039;établit pour ces mêmes services.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque produit achevé paie, par la valeur qu&#039;il a acquise, la totalité des services qui ont concouru à sa création. Plusieurs de ces services ont été acquittés avant l&#039;achèvement du produit, et il a fallu que quelqu&#039;un en fît l&#039;avance ; d&#039;autres ont été acquittés après l&#039;achèvement du produit et sa vente : dans tous les cas, ils l&#039;ont été avec la valeur du produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Veut-on un exemple de la manière dont la valeur d&#039;un produit se distribue entre tous ceux qui ont concouru à sa production ? Qu&#039;on observe une montre ; qu&#039;on suive, depuis l&#039;origine, la manière dont on s&#039;est procuré ses moindres parties, et comment leur valeur a été acquittée entre les mains d&#039;une foule de producteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On verra d&#039;abord que l&#039;or, le cuivre et l&#039;acier qui entrent dans sa composition, ont été achetés à des exploiteurs de mines, qui ont trouvé dans ce produit le salaire de leur industrie, l&#039;intérêt de leurs capitaux, le revenu foncier de leur mine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les marchands de métaux qui les ont obtenus de ce premiers producteurs, les ont revendus à des ouvriers d&#039;horlogerie ; ils ont ainsi été remboursés de leurs avances, et payés des profits de leur commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ouvriers qui dégrossissent les différentes pièces dont se compose une montre, les ont vendues à un horloger, qui, en les payant, a remboursé les avances faites de leur valeur, ainsi que l&#039;intérêt de ces avances, et acquitté les profits du travail exécuté jusque-là. Une seule somme égale à ces valeurs réunies, a suffi pour opérer ce paiement complexe. L&#039;horloger a fait de même à l&#039;égard des fabricants qui lui ont fourni le cadran, le cristal, etc. ; et, s&#039;il y a des ornements, à l&#039;égard de ceux qui lui ont fourni les diamants, les émaux, ou tout ce qu&#039;on voudra imaginer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le particulier qui achète la montre pour son usage, rembourse à l&#039;horloger toutes les avances qu&#039;il a faites, avec leurs intérêts, et, de plus, le profit de son talent et de ses travaux industriels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La valeur entière de cette montre s&#039;est, comme on voit, avant même qu&#039;elle fut achevée, disséminée entre tous ses producteurs, qui sont bien plus nombreux que je ne l&#039;ai dit et qu&#039;on ne l&#039;imagine communément, et parmi lesquels peut se trouver, sans qu&#039;il s&#039;en doute, celui même qui a acheté la montre et qui la porte dans son gousset. En effet, ce particulier ne peut-il pas avoir placé ses capitaux entre les mains d&#039;un exploiteur de mines, ou d&#039;un commerçant qui fait arriver les métaux, ou d&#039;un entrepreneur qui fait travailler un grand nombre d&#039;ouvriers, ou enfin d&#039;une personne qui n&#039;est rien de tout cela, mais qui a sous-prêté à l&#039;un de ces gens-là une portion des fonds qu&#039;il avait pris à intérêt du consommateur de la montre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a remarqué qu&#039;il n&#039;est point du tout nécessaire que le produit ait été achevé, pour que plusieurs de ses producteurs aient pu retirer l&#039;équivalent de la portion de valeur qu&#039;ils y ont ajoutée ; ils l&#039;ont même consommée, dans bien des cas, longtemps avant que le produit fût parvenu à son terme. Chaque producteur a fait à celui qui l&#039;a précédé, l&#039;avance de la valeur du produit, la façon comprise qui lui a été donnée jusque-là. Son successeur dans l&#039;échelle de la production, lui a remboursé à son tour ce qu&#039;il a payé, plus la valeur que la marchandise a reçue en passant par ses mains. Enfin, le dernier producteur, qui est pour l&#039;ordinaire un marchand en détail, a été remboursé, par le consommateur, de la totalité de ses avances, plus de la dernière façon que lui-même a donnée au produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les revenus de la société se distribuent de la même façon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La portion de la valeur produite que retire par là le propriétaire foncier, s&#039;appelle &#039;&#039;profit du fonds de terre&#039;&#039; ; quelquefois il abandonne ce profit à un fermier moyennant un fermage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La portion retirée par le capitaliste, par celui qui a fait des avances, quelque petites et quelque courtes qu&#039;elles aient été, s&#039;appelle &#039;&#039;profit du capital&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;il ne fait pas valoir par lui-même son capital, il retire, sous le nom d&#039;intérêt, le profit que ce capital est capable de rendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La portion retirée par les industrieux se nomme le &#039;&#039;profit de l&#039;industrie&#039;&#039;. Parmi les industrieux, les uns sont de simples salariés qui reçoivent chaque jour, chaque semaine, chaque année, d&#039;après une convention faite d&#039;avance, la part qu&#039;ils ont pu obtenir des valeurs produites. Les autres sont des entrepreneurs qui achètent et consomment les services productifs, et sont remboursés par la vente des produits, ou des portions de produits, qu&#039;ils ont entrepris de créer à leurs frais et à leur profit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un entrepreneur possède communément en propre le capital, ou tout au moins une portion du capital qui sert à ses avances. Aussi les économistes anglais confondent-ils presque toujours, sous le nom de &#039;&#039;profit&#039;&#039;, le revenu que l&#039;entrepreneur obtient de son industrie, de son talent, et celui qu&#039;il doit à son instrument, au capital. Cette analyse imparfaite jette souvent de l&#039;obscurité dans leurs écrits, et les empêche de présenter une fidèle image des faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun prend ainsi sa part des valeurs produites, et cette part fait son revenu. Les uns reçoivent ce revenu par parcelles, et le consomment à mesure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est le plus grand nombre ; presque toute la classe ouvrière est dans ce cas. Le propriétaire foncier, le capitaliste, qui ne font pas valoir par eux-mêmes, reçoivent leur revenu en une seule fois, ou bien en deux fois, ou en quatre fois chaque année, selon les conventions qu&#039;ils ont faites avec l&#039;entrepreneur auquel ils ont prêté leur terre ou leur capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle que soit la manière dont le revenu se perçoit, il est toujours de la même nature, et sa source est toujours une valeur produite. Si celui qui reçoit des valeurs quelconques avec lesquelles il pourvoit à ses besoins, n&#039;a pas concouru directement ou indirectement à une production, les valeurs qu&#039;il consomme sont un don gratuit qu&#039;il a reçu, ou bien une spoliation dont il est coupable : il n&#039;y a pas de milieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est de cette manière que la valeur entière des produits se distribue dans la société. Je dis leur valeur &#039;&#039;tout entière&#039;&#039; ; car si mon profit ne s&#039;élève qu&#039;à une portion de la valeur du produit auquel j&#039;ai concouru, le surplus compose le profit de mes co-producteurs. Un fabricant de drap achète de la laine à un fermier ; il paie diverses façons d&#039;ouvriers, et vend le drap qui en provient à un prix qui lui rembourse ses avances et lui laisse un profit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne regarde comme un profit, comme servant à composer le revenu de son industrie, que ce qui lui reste net, ses déboursés payés ; mais ses déboursés n&#039;ont été que l&#039;avance qu&#039;il a faite à d&#039;autres producteurs de diverses portions de revenus dont il se rembourse sur la valeur brute du drap. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu&#039;il a payé au fermier pour la laine, était le revenu du cultivateur, de ses bergers, du propriétaire de la ferme. Le fermier ne regarde comme &#039;&#039;produit net&#039;&#039; que ce qui lui reste après que ses ouvriers et son propriétaire sont payés ; mais ce qu&#039;il leur a payé a été une portion de leurs revenus à eux-mêmes : c&#039;était un salaire pour l&#039;ouvrier ; c&#039;était un fermage pour le propriétaire ; c&#039;est-à-dire pour l&#039;un le revenu qu&#039;il tirait de son travail, et pour l&#039;autre le revenu qu&#039;il tirait de sa terre. Et c&#039;est la valeur du drap qui a remboursé tout cela. On ne peut concevoir aucune portion de la valeur de ce drap, qui n&#039;ait servi à payer un revenu. Sa valeur tout entière y a été employée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit par là que ce mot &#039;&#039;produit net&#039;&#039; ne peut s&#039;appliquer qu&#039;aux revenus de chaque entrepreneur particulier, mais que le revenu de tous les particuliers pris ensemble, ou de la société, est égal au &#039;&#039;produit brut&#039;&#039; résultant des terres, des capitaux et de l&#039;industrie de la nation : ce qui ruine le système des économistes du dix-huitième siècle, qui ne regardaient comme le revenu de la société, que le produit net des terres, et qui concluaient que la société n&#039;avait à consommer qu&#039;une valeur égale à ce produit net, comme si la société n&#039;avait pas à consommer tout entière une valeur qu&#039;elle a créée tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu&#039;on ne s&#039;imagine pas qu&#039;un revenu, fruit d&#039;une valeur produite, n&#039;est pas un revenu, parce qu&#039;il a été consommé, parce qu&#039;il a subi sa destinée qui était de pourvoir aux besoins de la société. S&#039;il n&#039;y avait de revenus dans une nation que l&#039;excédant des valeurs produites sur les valeurs consommées, il résulterait de là une conséquence véritablement absurde : c&#039;est qu&#039;une nation qui aurait consommé, dans son année, autant de valeurs qu&#039;elle en aurait produit, n&#039;aurait point eu de revenu. Un homme qui a dix mille francs de rente est-il considéré comme n&#039;ayant pas de revenu, lorsqu&#039;il mange la totalité de ses rentes ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout ce qu&#039;un particulier reçoit des profits de ses terres, de ses capitaux et de son industrie dans le courant d&#039;une année, s&#039;appelle son &#039;&#039;revenu annuel&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La somme des revenus de tous les particuliers dont se compose une nation, forme le &#039;&#039;revenu&#039;&#039; de cette nation. Il équivaut à la &#039;&#039;valeur brute&#039;&#039; de tous ses produits. Cependant on ne peut y comprendre que le produit net de son commerce avec l&#039;étranger ; car une nation relativement à une autre, est dans la situation d&#039;un particulier avec son voisin. Un marchand ne gagne pas la valeur entière de la denrée qu&#039;il vend, mais seulement l&#039;excédent de ses ventes sur ses achats. De même, quand la France envoie pour dix mille francs de soieries au Brésil et qu&#039;elle en reçoit pour douze mille francs de cotons, on ne saurait compter dans les productions de la France, tout à la fois les dix mille francs de soieries et les douze mille francs de cotons. Les soieries font partie de sa production manufacturière ; mais une fois qu&#039;on les a envoyées à l&#039;étranger, elles n&#039;existent plus pour elle. Sa production commerciale ne consiste donc que dans les deux mille francs qui forment l&#039;excédant de ses retours sur ses envois. Ce qu&#039;elle a payé pour les cotons fait partie des revenus de la nation brésilienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si tous les peuples de la terre ne formaient qu&#039;une seule nation, ce que j&#039;ai dit de la production intérieure d&#039;une seule nation serait vrai pour cette république universelle ; ses revenus seraient égaux à la valeur brute de tous ses produits. Mais du moment que l&#039;on considère séparément les intérêts de chaque peuple, il convient d&#039;admettre la restriction que je viens d&#039;indiquer. Elle nous apprend qu&#039;un peuple qui importe des marchandises pour une plus grande valeur qu&#039;il n&#039;en exporte, augmente ses revenus de tout l&#039;excédent, puisque cet excédent compose les profits de son commerce avec l&#039;étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand une nation exporte pour cent millions de marchandises, et qu&#039;elle en importe pour cent vingt millions (ce qui peut fort bien arriver sans qu&#039;il y ait aucun envoi de numéraire de part ni d&#039;autre), elle fait un profit de 20 millions, contre l&#039;opinion de ceux qui croient encore à la balance du commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoique beaucoup de produits n&#039;aient pas une longue durée, et soient consommés avant l&#039;année révolue… Que dis-je ? Soient consommés à l&#039;instant même de leur production, comme les produits immatériels, leur valeur n&#039;en fait pas moins partie du revenu annuel d&#039;un pays. Ne sont-ce pas des valeurs produites qui ont été consommées pour satisfaire quelques-uns de nos besoins ? Quelle condition faut-il de plus pour en faire des revenus ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour évaluer les revenus d&#039;un particulier, d&#039;une nation, on se sert du même artifice par lequel on évalue toute autre somme de valeurs qui nous apparaissent sous des formes diverses, comme une succession. On évalue chaque produit séparément en écus. Lorsqu&#039;on dit, par exemple, que les revenus de la France s&#039;élèvent à 8 milliards de francs, cela ne signifie pas que la France produit, par son commerce, des écus pour une somme de huit milliards. Elle n&#039;importe peut-être pas de l&#039;argent pour un million, peut-être pas pour un franc. On entend seulement que tous les produits de la France, pendant le cours d&#039;une année, évalués chacun en particulier en argent, équivaudraient à une somme de 8 milliards de francs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n&#039;emploie la monnaie à cette évaluation que parce que nous sommes habitués à nous faire une idée approximative de sa valeur, c&#039;est-à-dire de ce qu&#039;on peut avoir pour une somme d&#039;argent déterminée ; autrement, il vaudrait autant évaluer les revenus de la France à quatre cent millions d&#039;hectolitres de blé ; ce qui reviendrait au même, lorsque le froment est à 20 francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La monnaie sert à faire circuler d&#039;une main dans une autre des valeurs qui sont ou des portions de revenus ou des portions de capital ; mais elle-même n&#039;est point un revenu de l&#039;année, parce qu&#039;elle n&#039;est point un produit de l&#039;année. C&#039;est le produit d&#039;un commerce plus ou moins ancien. Cet argent circulait l&#039;année passée, la précédente, le siècle dernier ; il n&#039;a rien acquis depuis ce temps ; et même si la valeur de ce métal a décliné, la nation est en perte sur cette portion de son capital ; comme un négociant qui aurait ses magasins remplis d&#039;une marchandise dont le prix déclinerait, verrait diminuer plutôt qu&#039;augmenter cette portion de sa fortune.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, quoique la plupart des revenus, c&#039;est-à-dire, des valeurs produites, se résolvent pendant un moment en monnaie, quoiqu&#039;ils puissent être évalués en monnaie, ce n&#039;est point cette monnaie, ce n&#039;est point une somme d&#039;argent qui fait le revenu : le revenu est la valeur avec laquelle on a acheté la somme d&#039;argent ; et comme cette valeur se trouve fort passagèrement sous forme de monnaie, les mêmes écus servent bien des fois dans l&#039;année à payer ou à recevoir des revenus différents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a même des portions de revenu qui ne prennent jamais la forme d&#039;une somme d&#039;argent. Un manufacturier qui nourrit ses ouvriers, leur paie une portion de leur salaire en nourriture : ce salaire, qui fait le principal revenu de l&#039;ouvrier, est acquitté, perçu et consommé, sans avoir été un seul instant transformé en monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a tel cultivateur aux états-Unis et ailleurs, qui trouve dans le produit de sa ferme, la nourriture, l&#039;abri, le vêtement de toute sa famille ; il reçoit tout son revenu en nature et le consomme de même, sans l&#039;avoir transformé en argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela suffit, je pense, pour mettre en garde contre la confusion qui pourrait naître de l&#039;argent qu&#039;on tire de son revenu, avec le revenu lui-même ; et il demeurera constant que le revenu d&#039;un particulier, ou d&#039;une nation, n&#039;est point l&#039;argent qu&#039;ils reçoivent en échange des produits créés par eux, mais bien ces produits eux-mêmes ou leur valeur, qui est susceptible de se mettre, par la voie des échanges, sous forme de sacs d&#039;écus, comme sous toute autre forme quelconque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute valeur qu&#039;on reçoit en argent ou autrement, et qui n&#039;est pas le prix d&#039;un produit créé dans l&#039;année, ne fait point partie du revenu de cette année : c&#039;est un capital, une propriété qui passe d&#039;une main dans une autre, soit par un échange, par un don, ou par un héritage. Une portion de capital, une portion de revenu, peuvent être transmises, payées en effets mobiliers, en terres, en maisons, en marchandises, en argent ; la matière n&#039;est pas ce qui nous occupe, et n&#039;est point ce qui constitue la différence d&#039;un fonds à un revenu : ce qui fait le revenu, c&#039;est d&#039;être le résultat, le produit d&#039;un fonds de terre, d&#039;un fonds capital, ou d&#039;un travail industriel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On demande quelquefois si la même valeur qu&#039;on a reçue comme profit, comme revenu de ses terres, de ses capitaux ou de son industrie, peut servir à former le revenu d&#039;une autre personne. Quand on a touché cent écus de son revenu, si, avec cette valeur acquise, on achète, par exemple, des livres, comment se fait-il que cette valeur-revenu, transformée en livres, et qui se consommera sous cette forme, serve pourtant à composer le revenu de l&#039;imprimeur, du libraire, de tous ceux qui ont concouru à la confection des livres, revenu qu&#039;ils consommeront de leur côté ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici la solution de cette difficulté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La valeur-revenu, fruit de mes terres, de mes capitaux ou de mon industrie, et que j&#039;ai consommée sous forme de livres, n&#039;est point la même que celle des livres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a eu deux valeurs produites : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# Celle qui est sortie de mes terres, qui a été produite sous forme de blé par les soins de mon fermier, et qui a été échangée par celui-ci contre des écus qu&#039;il m&#039;a apportés ; &lt;br /&gt;
# Celle qui résulte de l&#039;industrie et des capitaux du libraire, et qui a été produite sous forme de livres. Le libraire et moi nous avons échangé ces deux valeurs-revenus, et nous les avons consommées chacun de notre côté, après leur avoir fait subir les transformations qui convenaient à nos besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant au producteur qui crée un produit immatériel, comme le médecin, l&#039;avocat, la valeur qu&#039;ils donnent, leur conseil, est un produit de leurs connaissances, de leurs talents, qui sont des fonds productifs ; si c&#039;est un négociant qui achète ce conseil, le négociant donne en échange un des produits de son commerce, transformé en argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;un et l&#039;autre ensuite consomment chacun de leur côté leur propre revenu, mais transformé de la manière qui leur a le mieux convenu.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre IV|De ce qui fait l&#039;importance de nos revenus]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre VI|Quels genres de production paient plus largement les services productifs]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_II_-_Chapitre_IV&amp;diff=2072</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre IV</title>
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		<updated>2008-05-20T19:02:04Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre III|Du prix en argent et du prix nominal]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre V|Comment les revenus se distribuent dans la société]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Second&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre IV - De ce qui fait l&#039;importance de nos revenus.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Dans le premier livre de cet ouvrage, j&#039;ai dit comment les produits sortent des fonds productifs que nous possédons, c&#039;est-à-dire de nos facultés industrielles, de nos capitaux et de nos terres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces produits forment le revenu des propriétaires des fonds, et leur procurent les choses nécessaires à leur existence, qui ne leur sont pas gratuitement données par la nature ou par leurs semblables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit exclusif qu&#039;on a de disposer d&#039;un revenu naît du droit exclusif qu&#039;on a sur le fonds ; car le maître du fonds peut le laisser oisif, et détruire ainsi d&#039;avance le revenu qui peut en provenir. Là où le droit exclusif sur le fonds n&#039;existe pas, il n&#039;y a ni fonds, ni revenus ; il n&#039;y a pas de richesses ; car les richesses sociales sont les biens dont on a la possession exclusive : or, &#039;&#039;on n&#039;a rien&#039;&#039; là où la possession n&#039;est pas reconnue et garantie, là où la propriété n&#039;existe pas de fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;est pas nécessaire, pour étudier la nature et la marche des richesses sociales, de connaître l&#039;origine des propriétés, ou leur légitimité. Que le possesseur actuel d&#039;un fonds de terre, ou celui qui le lui a transmis, l&#039;aient eu à titre de premier occupant, ou par une violence, ou par une fraude, l&#039;effet est le même par rapport au revenu qui sort de ce fonds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut seulement remarquer que la propriété du fonds que nous avons nommé facultés industrielles, et la propriété de ceux qui composent nos capitaux, a quelque chose de plus incontestable et de plus sacré que la propriété des fonds de terre. Les facultés industrielles d&#039;un homme, son intelligence, sa force musculaire, son adresse, sont des dons que la nature a faits incontestablement à lui et à nul autre. Et quant à ses capitaux, à ses accumulations, ce sont des valeurs qu&#039;il a épargnées sur ses consommations &lt;br /&gt;
S&#039;il les eût consommées, détruites, elles n&#039;auraient jamais été la propriété de personne ; nul ne peut donc avoir des droits sur elles. L&#039;épargne équivaut à la création, et la création donne un droit incontestable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fonds productifs sont, les uns aliénables comme les terres, les ustensiles des arts ; les autres non, comme les facultés personnelles. Les uns peuvent se consommer, comme les capitaux mobiliers ; les autres ne peuvent pas se consommer, comme les biens-fonds. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres ne s&#039;aliènent pas, ne se consomment pas, à proprement parler ; mais ils peuvent se détruire, comme les talents qui meurent avec l&#039;homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les valeurs mobilières qui servent à la production sont incessamment consommées et ne demeurent fonds productifs, ne se perpétuent, que par la reproduction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La consommation qu&#039;on en fait dans les opérations productives, n&#039;est qu&#039;une avance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoique les richesses d&#039;un particulier se composent aussi bien de ses revenus que de ses fonds productifs, on ne le considère pas comme altérant sa fortune lorsqu&#039;il consomme ses revenus, pourvu qu&#039;il n&#039;entame par ses fonds. C&#039;est que les revenus consommés peuvent être remplacés à mesure, puisque les fonds conservent à perpétuité, tant qu&#039;ils existent, la faculté de donner de nouveaux produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La valeur courante des fonds productifs susceptibles de s&#039;aliéner s&#039;établit sur les mêmes principes que la valeur de toutes les autres choses, c&#039;est-à-dire en proportion de l&#039;offre et de la demande. Il convient seulement de remarquer que la quantité demandée ne peut avoir pour motif la satisfaction qu&#039;on peut tirer de l&#039;usage d&#039;un fonds : un champ ou une usine ne procurent directement aucune satisfaction appréciable à leur possesseur ; leur valeur vient donc de la valeur du produit qui peut en sortir, laquelle est fondée sur l&#039;usage qu&#039;on peut faire de ce produit, sur la satisfaction qu&#039;on en peut tirer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quant aux fonds inaliénables, tels que les facultés personnelles, comme ils ne peuvent devenir l&#039;objet d&#039;un échange, leur valeur ne peut de même s&#039;apprécier que par la valeur qu&#039;ils sont susceptibles de produire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le fonds de facultés industrielles d&#039;où un ouvrier peut tirer un salaire de trois francs par jour, ou environ mille francs par an, peut être évalué autant qu&#039;un capital placé à fonds perdu, et rapportant un revenu comme celui-là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après nous être fait des idées générales, et, pour ainsi dire, superficielles et extérieures, des fonds et des revenus, si nous voulons pénétrer plus intimement dans leur nature, nous rencontrerons et nous surmonterons quelques-unes des principales difficultés que présente l&#039;économie politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier produit d&#039;un fonds productif n&#039;est pas un produit proprement dit : c&#039;est seulement un service productif dont nous achetons un produit. Les produits ne doivent donc être considérés que comme les fruits d&#039;un échange dans lequel nous donnons des services productifs pour obtenir des produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est alors seulement que le revenu primitif paraît sous la forme de produits ; et si nous échangeons encore une fois ces premiers produits contre d&#039;autres, le même revenu se montre sous la forme des nouveaux produits que ce nouvel échange nous a procurés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour fixer nos idées par des images sensibles, quand un cultivateur retire de sa terre, de son capital et de son travail, cent setiers de blé, son premier revenu se compose des services rendus par ces fonds productifs, et sa production équivaut à un échange dans lequel il aurait donné les services rendus par ces fonds productifs et dans lequel il aurait obtenu les produits qui en sont résultés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il transforme ces mêmes produits en argent, c&#039;est toujours le même revenu, mais sous une autre forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette analyse nous était nécessaire pour parvenir à connaître la véritable valeur du revenu. Qu&#039;est-ce en effet que la valeur suivant les définitions déjà données ? C&#039;est la &#039;&#039;quantité de toute autre chose&#039;&#039;, qu&#039;on peut obtenir en échange de &#039;&#039;la chose dont on veut se défaire&#039;&#039;. Dans cet échange que nous appelons production, quelle est la chose que nous donnons ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos services productifs. En quoi consiste leur importance ? Qu&#039;est-ce qui leur donne la valeur ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la quantité des produits que nous recevons en échange, c&#039;est-à-dire la quantité des produits qu&#039;ils nous procurent. D&#039;après les principes qui déterminent la valeur des choses, nos services ont donc d&#039;autant plus de valeur qu&#039;ils nous procurent non des produits plus chers, mais des produits en plus grande quantité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, des produits reçus en plus grande quantité, équivalent exactement à des produits qui sont à meilleur marché par rapport aux services dont ils sont les résultats. Pour présenter cet effet dans sa plus grande simplicité, si, possesseur d&#039;un bien de campagne que je cultive avec mes propres capitaux, je recueille annuellement pour ma consommation une récolte double, ne suis-je pas plus riche que si je ne tire de mon bien que la moitié de ce produit ? Et comme l&#039;importance du revenu fait l&#039;importance du fonds, mon fonds ou l&#039;ensemble de mes fonds productifs, c&#039;est-à-dire ma terre, mon capital et mon travail, n&#039;ont-ils pas pour ainsi dire grandi avec mon revenu,&lt;br /&gt;
et ne suis-je pas devenu plus riche ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que se rattachent les principes relatifs aux revenus des particuliers avec la maxime, que les revenus des nations sont d&#039;autant plus considérables, que les produits y sont à meilleur marché ; proposition qui, au premier abord, semble, mais n&#039;est pas contradictoire avec celle qui fait consister la richesse dans la valeur des choses qu&#039;on possède. Le fonds de notre fortune se compose de nos fonds productifs ; le premier revenu qui en sort, ce sont les services productifs. Lorsque peu de services suffisent pour procurer beaucoup de produits, ceux-ci sont à meilleur marché, non seulement par rapport aux services qui les ont créés, mais par rapport aux revenus des autres particuliers. Or, des produits moins chers par rapport à tous les revenus, rendent tous les revenus plus considérables ; car on est d&#039;autant plus riche que l&#039;on peut acheter plus de choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mêmes principes nous font voir combien on a des idées peu justes de la richesse respective de deux nations quand on se contente de comparer la somme de leurs revenus. La plus riche est celle dont les revenus peuvent acheter le plus de choses. Son aisance dépend du rapport de deux quantités qui sont dans la nation même, et non de deux quantités dont l&#039;une est en elle-même et l&#039;autre en dehors. Pour avoir, je ne dis pas une comparaison exacte de l&#039;aisance de deux nations (comparaison que je crois impossible), mais une estimation approximative de leur aisance respective, il faudrait pouvoir comparer la quantité de produits qu&#039;on peut obtenir chez l&#039;une et chez l&#039;autre d&#039;une même quantité de services productifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une société un peu avancée, chaque particulier consomme beaucoup moins les produits qu&#039;il a créés que ceux qu&#039;il achète avec ceux qu&#039;il a créés. Ce qu&#039;il y a de plus important pour chaque producteur, c&#039;est donc la quantité des produits qui ne sont pas de sa création, et qu&#039;il pourra obtenir avec ceux qui sortiront de ses mains. Si mes terres, mes capitaux et mes facultés sont engagés par exemple, dans la culture du safran, ma consommation de safran étant nulle, mon revenu se compose de la quantité de choses que je pourrai acheter avec ma récolte de safran ; et cette quantité de choses sera plus considérable si le safran renchérit, mais aussi le revenu des acheteurs de safran sera diminué de tout l&#039;excédent de prix que je parviendrai à leur faire payer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;effet contraire aura lieu si je suis forcé de vendre mes produits à bas prix. Alors le revenu des acheteurs devient plus considérable, mais c&#039;est aux dépens du mien. Il ne faut pas perdre de vue que lorsque je parle ici de bas prix, de prix élevé, je n&#039;entends parler que du rapport entre les produits que l&#039;on vend et ceux que l&#039;on achète, et nullement du prix en monnaie qui ne sert que comme un moyen d&#039;évaluer les uns et les autres, et qui n&#039;a aucune influence sur l&#039;importance des revenus. Si l&#039;argent est précieux et cher, on m&#039;en donnera moins pour le produit qui est de ma création ; mais aussi je n&#039;aurai pas tant à en donner pour le produit qui doit satisfaire à mes besoins ; tandis que si je suis obligé de donner beaucoup du produit que je fais pour recevoir peu de ceux que je consomme, quelle que soit la valeur de l&#039;argent, mon revenu est moins considérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est seulement sous ce rapport que la valeur relative des produits affecte les revenus des particuliers ; et les gains qu&#039;un changement accidentel qui survient dans cette valeur, procure aux uns, est compensé par la perte qui en résulte pour les autres. Quant au revenu général de la nation, il n&#039;est affecté que par un changement dans la quantité de services que je fournis par rapport à la quantité de produits que j&#039;obtiens. Quand j&#039;économise sur mes frais de production, et que je trouve le moyen, par exemple, de faire venir sur un arpent ce qui en exigeait deux, de terminer en deux jours ce qu&#039;on ne pouvait exécuter qu&#039;en quatre, etc., dès ce moment le revenu de la&lt;br /&gt;
société est accru de tout ce que j&#039;épargne. Mais au profit de qui cet accroissement de revenu tourne-t-il ? À mon profit aussi longtemps que je réussis à tenir mes procédés secrets ; au profit du consommateur, lorsque la publicité des procédés me force, par la concurrence qu&#039;elle établit, à baisser mon prix au niveau des frais de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles que soient les transformations que les échanges font subir à la valeur des services productifs qui composent primitivement tout revenu, ce revenu est toujours existant jusqu&#039;à ce qu&#039;il soit détruit par la consommation. Si mon revenu est le service productif d&#039;une terre, il existe encore après qu&#039;il est, par la production, changé en sacs de blé ; il existe encore quand ces sacs de blé sont changés en écus, quoique l&#039;acheteur de mon blé l&#039;ait consommé. Mais lorsque j&#039;ai acheté une chose avec ces écus, et que j&#039;ai consommé ou fait consommer cette chose, dès ce moment la valeur qui composait mon revenu a cessé d&#039;exister ; mon revenu est consommé, détruit, bien que les écus dans lesquels il a été passagèrement transformé subsistent encore. Il ne faut pas croire qu&#039;il soit perdu pour moi seul, et qu&#039;il continue à exister pour ceux entre les mains de qui ont passé les écus. Il est perdu pour tout le monde. Le possesseur des mêmes écus n&#039;a pu les obtenir qu&#039;au prix d&#039;un autre revenu, ou d&#039;un fonds dont il a disposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on ajoute à un capital des valeurs qui proviennent d&#039;un revenu, elles cessent d&#039;exister comme revenu, et ne peuvent plus servir à la satisfaction des besoins de leur possesseur ; elles existent comme capital ; elles sont consommées à la manière des capitaux, consommation qui n&#039;est qu&#039;une espèce d&#039;avance dont on est remboursé par la valeur des produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on loue son capital, ou sa terre, ou son temps, on abandonne au locataire ou entrepreneur, les services de ces fonds productifs, moyennant une somme ou une quantité de produits déterminée d&#039;avance. C&#039;est une espèce de marché à forfait, sur lequel le locataire peut perdre ou gagner, selon que le revenu réel (les produits qu&#039;il a obtenus au moyen des fonds dont on lui a laissé l&#039;usage) vaut moins ou vaut plus que le prix qu&#039;il en paie. Mais il n&#039;y a pas pour cela double revenu produit. Quand même un capital prêté à un entrepreneur, rapporterait à ce dernier 10 pour cent par an, au lieu de 5 pour cent qu&#039;il paie peut-être à son prêteur, le revenu provenant du service rendu par le capital ne serait pas néanmoins de 10 pour cent ; car ce revenu comprend à la fois une rétribution pour le service productif du capital, et une autre rétribution pour le service productif de l&#039;industrie qui le met en action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En me résumant, le revenu réel d&#039;un particulier est proportionné à la quantité de produits dont il peut disposer, soit directement par ses fonds productifs, soit après avoir effectué les échanges qui mettent son revenu primitif sous une forme consommable. Cette quantité de produits, ou, si l&#039;on veut, l&#039;utilité qui réside en eux, ne peut être évaluée que par le prix courant que les hommes y mettent. C&#039;est en ce sens que le revenu d&#039;une personne est égal à la valeur qu&#039;elle tire de ses fonds productifs ; mais cette valeur est d&#039;autant plus grande par rapport aux objets de sa consommation, que ceux-ci sont à meilleur marché, puisque alors cette même valeur la rend maîtresse d&#039;une plus grande quantité de produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, le revenu d&#039;une nation est d&#039;autant plus considérable que la valeur dont il se compose (c&#039;est-à-dire la valeur de tous ses services productifs) est plus grande, et la valeur des objets qu&#039;il est destiné à acheter plus petite. La valeur des services productifs est même nécessairement considérable, quand celle des produits l&#039;est peu ; car la valeur se composant de la quantité de choses qu&#039;on peut obtenir dans un échange, les revenus (les services des fonds productifs de la nation) valent d&#039;autant plus, que les produits qu&#039;ils obtiennent sont abondants et à bas prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après les considérations contenues dans ce chapitre et dans les trois précédents, qui étaient nécessaires pour fixer nos idées sur les valeurs produites, il nous reste à comprendre la manière et les proportions suivant lesquelles elles se distribuent dans la société.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre III|Du prix en argent et du prix nominal]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre V|Comment les revenus se distribuent dans la société]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_II_-_Chapitre_III&amp;diff=2071</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre III</title>
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		<updated>2008-05-20T18:57:41Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre II|Des variations relatives et des variations réelles dans les prix]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre IV|De ce qui fait l&#039;importance de nos revenus]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Second&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre III - Du prix en argent et du prix nominal.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Quand on paie un objet 20 francs, son &#039;&#039;prix en argent&#039;&#039; est 100 grammes à 9 deniers de fin, ou 90 grammes d&#039;argent pur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son prix &#039;&#039;nominal&#039;&#039; est 20 francs ; c&#039;est le nom que l&#039;on donne à cette quantité d&#039;argent frappée en monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la valeur de la monnaie n&#039;est pas dans le nom, mais dans la chose qui sert de monnaie, lorsque le nom vient à changer, le prix nominal change aussi, quoique le prix en argent ne change pas. À une certaine époque trois livres tournois contenaient une once d&#039;argent ; à une autre époque il fallait six livres tournois de notre monnaie pour faire une once. Un objet qui coûtait trois livres à la première époque, et six livres à la seconde, coûtait le même prix en argent : nominalement il avait doublé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prix en argent d&#039;une chose dépend du rapport qui se trouve entre les frais de production de l&#039;argent et ceux de la chose. Si cinq hectolitres de blé coûtent cent grammes d&#039;argent, c&#039;est probablement parce que cent grammes d&#039;argent coûtent autant à produire que cinq hectolitres de blé ; car s&#039;ils coûtaient moins, en achetant le blé avec de l&#039;argent, on l&#039;aurait à moins de frais que le cultivateur n&#039;en fait pour le produire. Le cultivateur perdrait à ce marché ; il ne continuerait pas un métier où il donnerait plus pour recevoir moins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pour cette raison qu&#039;à mesure que le métal d&#039;argent est devenu plus abondant et que les frais de sa production ont diminué, il en a fallu donner une plus grande quantité pour obtenir une même quantité de blé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si, comme on a lieu de le croire, le blé a toujours coûté à peu près les mêmes frais de production, la quantité d&#039;argent plus grande qu&#039;il a fallu, à différentes époques, donner pour obtenir une même quantité de blé, est pour nous une indication de la dépréciation de l&#039;argent, de ce qu&#039;il a perdu en valeur réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dépréciation de l&#039;argent et de l&#039;or depuis l&#039;antiquité jusqu&#039;à nous, jouant un fort grand rôle dans l&#039;économie des nations, cherchons à nous en former quelque idée d&#039;après la quantité qu&#039;ils ont pu acheter à chaque époque, d&#039;une denrée dont il est probable que la valeur réelle a moins varié que la plupart des autres. J&#039;ai déjà, d&#039;après cette méthode, cherché à donner des idées plus exactes de la valeur de quelques sommes historiques. Elle nous servira en ce moment à évaluer la perte de valeur que les métaux précieux ont subie jusqu&#039;à nos jours. La mesure grecque appelée &#039;&#039;médimne&#039;&#039;, est, suivant les antiquaires, égale à 52 litres ; et l&#039;on voit, dans un plaidoyer de Démosthène, que j&#039;ai déjà cité, que le prix ordinaire du blé était de 5 drachmes par médimne. Or 5 drachmes, suivant les médailles athéniennes que l&#039;on possède encore, contenaient 1571 sur 2 grains d&#039;argent pur. Par conséquent 52 de nos litres coûtaient 1571 sur 2 grains d&#039;argent, et notre hectolitre qui contient cent litres, en coûtait 303.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À Rome, au temps de César, la mesure de blé appelée &#039;&#039;modius&#039;&#039; valait communément trois sesterces, et trois sesterces, selon les antiquaires, contenaient 23 5/8 grains d&#039;argent fin. Le blé contenu dans un &#039;&#039;modius&#039;&#039; pesait 14 de nos livres de 16 onces ; 14 livres, poids de marc, s&#039;échangeaient donc communément à Rome contre 235 sur 8 grains d&#039;argent ; et par conséquent notre hectolitre de froment, qui pèse 160 livres, se payait en argent 270 grains, environ un septième de moins qu&#039;à Athènes, ce qui peut s&#039;expliquer par les circonstances particulières aux deux capitales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il ne peut être question en ceci que d&#039;approximations, pour avoir le prix du blé en argent dans l&#039;antiquité, nous prendrons le prix moyen entre ces deux-là, qui est 289 grains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Passons au moyen-âge : Charlemagne fit un règlement qui défendit de jamais vendre le &#039;&#039;modius&#039;&#039; de blé au-dessus de quatre deniers. Or, le denier de Charlemagne était une monnaie d&#039;argent du poids de 284 sur 5 grains d&#039;argent, poids de marc, portant un vingt-quatrième d&#039;alliage. Mais quelle était la capacité du &#039;&#039;modius&#039;&#039; ? Nous l&#039;ignorons. Ce n&#039;était pas le &#039;&#039;modius&#039;&#039; des Romains qui ne pesait que 14 de nos livres, et qui, taxé à 4 deniers ou 1151 sur 5 grains d&#039;argent fin, aurait fait revenir le prix de notre hectolitre à plus de 1200 grains d&#039;argent fin. Ce n&#039;était pas notre ancien muid de 12 setiers qui pesait 2880 livres ; ce qui aurait réduit le prix en argent de notre hectolitre à 60 grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cherchons par une autre voie la capacité de ce modius de Charlemagne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit dans ce même règlement que le pain de froment est taxé à raison d&#039;un denier pour douze pains, de deux livres chaque ; ce qui fait un denier pour 24 livres de pain. On sait par l&#039;expérience que le poids de l&#039;humidité qu&#039;on introduit dans le pain, balance les frais de panification et les déchets de la mouture. Une livre de pain et une livre de froment vont ordinairement de pair pour le prix. Or, en même temps que l&#039;on fixait le prix du pain à un denier les 24 livres, on fixait le prix du froment à 4 deniers le modius ; le modius devait donc peser, à peu de chose près, quatre fois 24 livres, ou 96 livres de poids du temps de Charlemagne, qui équivalent à 72 livres, poids de marc. Telle est la quantité de blé taxée quatre deniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le denier de Charlemagne pesait 284 sur 5 grains, dont il faut déduire 1 sur 24 d&#039;alliage ; il y reste donc 273 sur 5 grains d&#039;argent fin. Quatre deniers par conséquent en contenaient 1102 sur 5. Voilà le prix en argent de 72 livres de froment, poids de marc À ce compte notre hectolitre, qui pèse 160 de ces livres, aurait coûté 2451 sur 3 grains d&#039;argent fin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l&#039;antiquité, il en valait 289 ; sous Charlemagne, 245 : on donnait moins d&#039;argent pour la même quantité de blé ; il semble dès lors que l&#039;argent était devenu plus précieux. Je ne peux pas répondre que cette différence ne vienne pas en partie de l&#039;imperfection des bases sur lesquelles nous nous sommes appuyés, à défaut de meilleures ; néanmoins, après tous les pillages qui suivirent l&#039;invasion de l&#039;empire romain et les destructions qui en résultèrent, après l&#039;abandon probable des mines de l&#039;Attique et de l&#039;Espagne pendant six ou sept cents ans, après les spoliations commises par les Normands d&#039;un côté et par les Arabes de l&#039;autre, avec la déperdition constante subie par les ustensiles d&#039;argent, l&#039;argent tombé dans les rivières et dans la mer, celui qui fut caché sans être retrouvé, etc., peut-on s&#039;étonner que le métal d&#039;argent fût devenu plus rare et plus précieux d&#039;un sixième environ ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Près de 700 ans plus tard, sous Charles VII, le prix moyen du blé, suivant Dupré de Saint-Maur, étant de 12 sous 10 deniers le setier, et cette somme contenant 328 grains d&#039;argent fin, l&#039;hectolitre revient à 219 grains ; ce qui est 26 grains de moins encore que sous Charlemagne, où le même hectolitre valait 245 grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il semble que l&#039;argent est devenu encore un peu plus rare et plus précieux. Mais voici le moment où il va se montrer avec une abondance que rien ne pouvait faire présager, et produire des effets qui surprenaient les gouvernements et le vulgaire, sans que les uns plus que les autres fussent en état de les expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;Amérique fut découverte en 1492. Les premières dépouilles des peuples du Mexique et du Pérou, apportées en Europe, y firent paraître des quantités d&#039;or et d&#039;argent trop peu considérables pour en affecter sensiblement la valeur durant quelques années, mais par cela même fort profitables pour les aventuriers espagnols et leur gouvernement, parce qu&#039;ils en tirèrent parti au plus haut terme de leur valeur. Bientôt les entrailles des cordillères furent déchirées par les malheureux péruviens ; et chaque année de nouveaux galions, lestés par les trésors du nouveau-monde, arrivaient dans les ports espagnols, sans compter ce qui se répandait de métaux précieux par la contrebande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est par les dépenses que firent les conquérants de ces trésors qu&#039;ils se répandirent dans l&#039;Europe et dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, en 1514, le setier de blé étant à 26 sous, et le marc d&#039;argent fin à 12 livres tournois, on donnait 333 grains d&#039;argent pour la quantité de froment contenue dans ce que nous appelons maintenant un hectolitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1536, sous François Ier, le prix du setier étant de 3 livres 1 sou 11 deniers, et le marc d&#039;argent fin s&#039;appelant 13 livres tournois, l&#039;hectolitre de froment se faisait payer 731 grains d&#039;argent pur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1610, année de la mort d&#039;Henri IV, le prix commun du blé étant de 8 livres 1 sou 9 deniers, et le marc d&#039;argent fin se nommant 22 livres tournois, l&#039;hectolitre de froment valait autant que 1130 grains d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1640, le prix du setier étant de 12 livres 10 sous, et le marc d&#039;argent fin contenant 30 livres tournois, l&#039;hectolitre valait 1280 grains d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1789, le prix commun du setier de blé étant, suivant Lavoisier, de 24 livres tournois, et le marc d&#039;argent fin à 54 livres 19 sous, l&#039;hectolitre valait 1342 grains d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, en 1820, en supposant le prix commun du blé froment à 19 francs l&#039;hectolitre, nous trouvons qu&#039;un hectolitre vaut autant que 1610 grains d&#039;argent fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il semblerait donc que l&#039;argent, à partir du temps d&#039;Alexandre, a graduellement augmenté de valeur jusque vers le temps de Charles VII et de la pucelle d&#039;Orléans. Cette époque est celle où l&#039;on a donné le moins de grains d&#039;argent fin pour une même quantité de froment. À partir de cette époque, on a commencé à en donner un peu plus ; et, sauf probablement des oscillations qui nous échappent à cause du peu d&#039;exactitude qu&#039;on a mise à nous conserver le prix courant des blés, et les différences de prix d&#039;un lieu à l&#039;autre, la quantité d&#039;argent offerte pour acheter du blé a constamment augmenté jusqu&#039;à nos jours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En corrigeant les unes par les autres les données plus ou moins imparfaites qu&#039;il a été possible de recueillir sur le prix en argent du blé jusqu&#039;à la fin du quinzième siècle, nous aurons, pour tous les temps qui ont précédé la découverte du nouveau-monde, un prix commun de 268 grains d&#039;argent fin pour l&#039;hectolitre de froment. Il en faut donner aujourd&#039;hui six fois autant ; d&#039;où nous pouvons conclure que la valeur propre de l&#039;argent a décliné dans la proportion de six à un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, par suite de la dépréciation de l&#039;argent, sa valeur relativement au blé est devenue six fois moindre, il ne faut pas croire qu&#039;elle ait changé dans la même proportion relativement à toutes les autres marchandises. S&#039;il y en avait qui fussent devenues six fois moins chères, de même que l&#039;argent, la valeur relative de l&#039;argent et de ces marchandises-là serait demeurée la même. C&#039;est ce qui est arrivé au métal d&#039;or ; car il paraît que l&#039;on donnait autrefois comme aujourd&#039;hui 15 parties d&#039;argent pur, ou à peu près, pour une d&#039;or pur : ce qui suffit pour établir que la dépréciation de l&#039;or a été la même que celle de l&#039;argent, et que tout ce que j&#039;ai dit du premier de ces métaux peut aussi s&#039;appliquer au second. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est probable qu&#039;il est arrivé quelque chose de pareil à l&#039;égard des épiceries, que nous tirons des îles de l&#039;Asie à beaucoup meilleur marché que ne faisaient les anciens. En supposant que l&#039;on donne encore, pour avoir une certaine quantité de poivre, la même quantité d&#039;argent que l&#039;on donnait anciennement, le poivre est six fois moins cher qu&#039;il n&#039;était ; car la même quantité d&#039;argent vaut six fois moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soie a beaucoup plus baissé de prix que l&#039;or et l&#039;argent. Autrefois, disent les historiens, elle valait autant que son poids en or. Il est à présumer qu&#039;ils disent cela de la soie tissée en étoffes que les romains tiraient de l&#039;orient ; car ils n&#039;avaient point de manufactures d&#039;étoffes de soie. Aujourd&#039;hui, pour un kilogramme d&#039;or qui vaut 3400 francs, on aurait 27 kilogrammes d&#039;étoffes de soie unies ; et comme l&#039;or a lui-même baissé au sixième de son ancienne valeur, la multiplication de 27 par 6 nous montre que les soieries valent chez nous cent soixante-deux fois moins qu&#039;elles ne valaient chez les romains ; d&#039;où l&#039;on peut conclure le luxe des personnes qui se montraient à Rome en vêtements de soie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Locke, et après lui les auteurs de la première encyclopédie, ont évalué différemment la baisse survenue dans les métaux précieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Présumant qu&#039;à l&#039;époque où ils écrivaient il y avait dans la circulation dix fois plus d&#039;argent qu&#039;avant le seizième siècle, ils ont cru qu&#039;il fallait nécessairement en donner dix fois plus pour acheter les mêmes marchandises ; et qu&#039;une famille qui aurait conservé la même quantité de vaisselle d&#039;argent, ne posséderait plus en vaisselle que la dixième partie de la valeur qu&#039;elle possédait alors. Leur opinion ne s&#039;accorde pas avec les faits précédents, et c&#039;est, je crois, parce que ces auteurs méconnaissaient la source de la valeur. Elle n&#039;est point, ainsi qu&#039;ils l&#039;imaginaient, dans le rapport qui existe entre les quantités diverses d&#039;argent que l&#039;on avait à différentes époques, mais dans le rapport entre la quantité d&#039;argent que l&#039;on a pu, à différentes époques, absorber à un certain prix, et la quantité d&#039;argent que l&#039;on a pu, aux mêmes époques, apporter sur le marché à ce prix-là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec quoi le monde paie-t-il les producteurs d&#039;argent ? Avec d&#039;autres produits. S&#039;il y a eu plus de métal d&#039;argent offert d&#039;un côté, il y a eu plus de produits offerts d&#039;un autre. La découverte des mines et les grands développements de l&#039;industrie datent d la même époque, sans que l&#039;on puisse dire qu&#039;un de ces deux événements ait dépendu de l&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chaîne des cordillères n&#039;aurait renfermé que de pierres brutes, que les mêmes développements auraient probablement eu lieu dans l&#039;industrie du globe. On aurait seulement donné alors, en échange de la même quantité de métaux précieux, une beaucoup plus grande quantité de toute espèce de marchandise. Les produits de l&#039;industrie seraient devenus moins chers en argent ; ou, ce qui est la même chose, l&#039;argent serait devenu plus cher, plus précieux, étant payé en produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;abondance des mines a permis d&#039;en extraire les métaux précieux avec des frais égaux au sixième seulement de ce qu&#039;ils coûtaient auparavant ; dès-lors, avec une même quantité de blé qui est supposée coûter à produire autant qu&#039;autrefois, on a pu obtenir six fois autant de métaux précieux qu&#039;on en obtenait alors. Car si l&#039;on n&#039;en avait pas obtenu cette quantité en offrant du blé en échange, on l&#039;aurait obtenue en consacrant à faire venir de l&#039;argent, une partie des avances consacrées à la production du blé. En admettant cette donnée (des frais de production de l&#039;argent devenus six fois moindres), la quantité de l&#039;argent fût-elle décuple, fût-elle vingtuple de ce qu&#039;elle était, sa valeur ne devait pas tomber au dixième, au vingtième de sa valeur ancienne, mais seulement au sixième. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous venons de voir que la valeur propre des métaux précieux, a toujours été en déclinant depuis la découverte de l&#039;Amérique jusqu&#039;au commencement de ce siècle. Il est probable qu&#039;elle continue à décroître journellement : le prix de toute chose en argent, du moins en France, ne cesse d&#039;augmenter, si ce n&#039;est lorsqu&#039;une cause accidentelle, comme une cessation de guerre, une diminution de droits, un procédé de production plus expéditif, change cette marche, et fait baisser le prix &#039;&#039;réel&#039;&#039; de certains objets en particulier, plus que n&#039;augmente leur prix en argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je sais que l&#039;augmentation du loyer des terres, que l&#039;on remarque généralement, dépend aussi des progrès qui ont lieu dans les procédés de culture : le fermier qui parvient à tirer plus de produits du terrain, peut en payer un plus gros fermage, et le prix du fonds lui-même s&#039;en accroît ; mais puisque le prix en argent de la plupart des autres objets va en augmentant, il est à présumer qu&#039;une partie au moins du renchérissement des baux, est due à la dépréciation de l&#039;argent lui-même ; et comme la même dénomination est actuellement, du moins en France, en Angleterre, en Espagne et ailleurs, conservée à la même quantité d&#039;argent, les variations du prix nominal des choses donnent assez fidèlement la mesure des variations de leur prix en argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne serait pas sans utilité de pouvoir présager les révolutions futures que subira la valeur des métaux précieux ; malheureusement une partie des événements destinés à influer sur cette valeur, excèdent toute prévoyance humaine. Quelles nouvelles veines métalliques, quelles nouvelles mines seront découvertes ? M De Humboldt affirme que l&#039;abondance de l&#039;argent est telle, dans la chaîne des Andes, qu&#039;en réfléchissant sur le nombre des gîtes de minerais qui sont restés intacts ou qui n&#039;ont été que superficiellement exploités, on serait tenté de croire que les Européens ont à peine commencé à jouir de leurs riches produits. D&#039;heureux hasards, des progrès dans l&#039;art de sonder, peuvent amener des découvertes capables de produire une révolution comparable à celle du seizième siècle. Les seuls progrès probables de l&#039;art d&#039;exploiter les mines peuvent diminuer à un très haut point les frais de production. Il paraît, d&#039;après le même auteur, que dans les mines les plus riches, des armées de mineurs sont encore occupées à transporter à dos d&#039;homme le minerai, c&#039;est-à-dire une matière qui ne contient pas un quart pour cent de métal ; transport qui pourrait, si les puits et les galeries étaient bien disposés, être opéré dans des chariots par des animaux et même par des moteurs inanimés. Des économies pareilles pourraient avoir lieu dans presque toutes les autres parties de l&#039;exploitation, et les frais de production être considérablement diminués.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne doit pas s&#039;imaginer cependant que la valeur du produit diminuât autant que les frais de production, surtout si ces frais diminuaient par la découverte de nouveaux filons d&#039;une puissance extraordinaire. À mesure que l&#039;argent baisserait de prix, et que l&#039;on pourrait en obtenir davantage en donnant en échange moins de travail et moins de tout autre produit, la demande qu&#039;on en ferait deviendrait bien plus considérable ; on en consommerait plus en ustensiles ; il en faudrait une plus grande quantité pour faire des sommes de monnaie de même valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas tout. Les nations qui se croient complètement civilisées peuvent le devenir davantage ; une population plus nombreuse, une production plus active, rendent nécessaire une plus grande quantité de métaux précieux. Des contrées désertes se peupleront d&#039;habitants ; des hordes sauvages deviendront des nations policées ; et le marché qui absorbe l&#039;or et l&#039;argent, déjà si vaste, deviendra d&#039;année en année, de siècle en siècle, plus étendu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Néanmoins ces progrès, faciles à prévoir, peuvent ne pas marcher d&#039;un pas aussi rapide que la production des mines. M De Humboldt estime que les mines réunies de l&#039;Amérique, de l&#039;Europe et de l&#039;Asie, fournissent annuellement 19126 kilogrammes d&#039;or pur, et 869960 kilogrammes d&#039;argent pur. Ces deux quantités, réduites en notre monnaie, feraient une somme de 259202888 francs ; d&#039;où il convient de déduire ce qui est détruit tous les ans par la consommation et par l&#039;usure ; car pour ce qui est des métaux précieux employés pour faire des ustensiles, ils ne sont pas détruits ; la matière d&#039;un plat d&#039;argent peut servir à en faire un autre : l&#039;or même des broderies et des galons se retrouve en partie par la fonte. En songeant combien les matières d&#039;or et d&#039;argent sont durables par nature, et combien les hommes, à quelque titre qu&#039;ils s&#039;en trouvent possesseurs, sont intéressés à ménager des objets si précieux, on trouvera peut-être que c&#039;est accorder beaucoup à la déperdition qui s&#039;en fait annuellement, que la porter à 59 millions. à ce compte, néanmoins, chaque année verrait s&#039;accroître de plus de deux cents millions de francs, la quantité de métaux précieux répandus dans la grande société du genre humain, quantité que les progrès des diverses nations du globe devraient absorber chaque année, pour que le prix des métaux précieux ne déclinât pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il paraît que tel n&#039;a pas été le cas, puisqu&#039;ils ont décliné. Déjà, dans le cours des siècles précédents, le gouvernement espagnol, tandis qu&#039;il dominait encore sur le Mexique et le Pérou, a été forcé de baisser successivement les droits qu&#039;il prélevait sur les métaux précieux. Quand il ne baissait pas les droits, on abandonnait tantôt une mine, tantôt une autre ; ce qui prouve que la circulation ne pouvait pas absorber les suppléments qui lui étaient offerts au prix où l&#039;impôt les élevait. Après avoir encore réduit les droits, après les avoir supprimés tout-à-fait, si les consommateurs ne voulaient pas payer les frais de production nécessaires, nous verrions abandonner successivement les exploitations les plus dispendieuses, et conserver celles où les frais de production seraient moindres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du reste, quel que soit le gouvernement qui s&#039;y établira, le Mexique et le Pérou continueront vraisemblablement à nous fournir nos principaux approvisionnements de métaux précieux. L&#039;or et l&#039;argent sont des marchandises de leur crû ; leurs peuples sont intéressés à les donner, et nous à les recevoir en échange de beaucoup d&#039;autres produits que nous pouvons leur fournir. Plus les Péruviens et les Mexicains seront nombreux, libres et civilisés, et plus ils nous fourniront d&#039;or et d&#039;argent, parce que les procédés pour exploiter les mines seront alors chez eux plus perfectionnés, parce qu&#039;ils auront besoin d&#039;une plus grande quantité de nos produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une circonstance favorable que ces deux nations n&#039;obéissent plus au même gouvernement : leur concurrence convient au reste de la terre. Si des troubles politiques doivent troubler encore l&#039;exercice de l&#039;industrie et les communications du commerce, ces troubles n&#039;ont qu&#039;un temps ; les nations retombent toujours sous l&#039;empire de leurs intérêts, et d&#039;autant plus promptement qu&#039;elles sont plus éclairées et les comprennent mieux.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre II|Des variations relatives et des variations réelles dans les prix]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre IV|De ce qui fait l&#039;importance de nos revenus]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_II_-_Chapitre_II&amp;diff=2070</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre II</title>
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		<updated>2008-05-20T18:43:25Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre I|Des fondements de la valeur des choses]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre III|Du prix en argent et du prix nominal]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Second&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre II - Des variations relatives et des variations réelles dans les prix.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les variations relatives dans la valeur des produits, sont les variations qu&#039;ils éprouvent l&#039;un relativement à l&#039;autre. Leurs variations réelles sont celles que subissent les frais que coûte leur production. Les variations relatives influent considérablement sur les richesses des particuliers ; elles ne changent rien à la richesse nationale. Si la même qualité de drap, qui se vendait 40 francs l&#039;aune, ne se vend plus que 30 francs, la richesse de tous les possesseurs de cette espèce de drap est diminuée de 10 francs pour chacune des aunes qu&#039;ils ont à vendre ; mais en même temps la richesse des consommateurs de ce même drap est augmentée de 10 F pour chacune des aunes qu&#039;ils ont à acheter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;en est pas de même quand c&#039;est le prix originel d&#039;un produit qui vient à baisser. Si les frais de production nécessaires pour produire une aune de drap et qui s&#039;élevaient à 40 francs, ne s&#039;élèvent plus qu&#039;à 30 F ; si, par exemple, cette aune qui exigeait 20 journées de travail à 40 sous, au moyen de quelques procédés plus expéditifs se trouve n&#039;en exiger plus que 15, le producteur voit sa richesse augmentée de 10 francs pour chaque aune qu&#039;il vend, et personne n&#039;en est plus pauvre ; car s&#039;il achète cinq journées de travail de moins, il laisse à l&#039;ouvrier la disposition de son temps ; l&#039;ouvrier vend son travail à un autre producteur, au lieu de le vendre au premier. Quand la concurrence des producteurs oblige celui-ci à baisser son prix au niveau des frais de production, ce sont alors les consommateurs du produit qui font leur profit de cette baisse ; ils gagnent 10 francs pour chacune des aunes de drap qu&#039;ils doivent acheter ; cette somme peut être appliquée par eux à la satisfaction de quelque autre besoin, et il n&#039;en résulte aucune perte pour personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette variation de prix est absolue ; elle n&#039;entraîne pas un renchérissement équivalent dans l&#039;objet avec lequel l&#039;échange est consommé ; on peut la concevoir, et elle a lieu véritablement, sans que ni les services productifs, ni les produits dont on les achète, ni les produits dont on achète le produit qui a varié, aient eux-mêmes changé de prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si l&#039;on demandait où se puise cette augmentation de jouissances et de richesses qui ne coûte rien à personne, je répondrais que c&#039;est une conquête faite par l&#039;intelligence de l&#039;homme sur les facultés productrices et gratuites de la nature. Tantôt c&#039;est&lt;br /&gt;
l&#039;emploi d&#039;une force qu&#039;on laissait se perdre sans fruit, comme dans les moulins à eau, à vent, dans les machines à vapeur ; tantôt c&#039;est un emploi mieux entendu des forces dont nous disposions déjà, comme dans les cas où une meilleure mécanique nous permet de tirer un plus grand parti des hommes et des animaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un négociant qui, avec le même capital, trouve le moyen de multiplier ses affaires, ressemble à l&#039;ingénieur qui simplifie une machine, ou la rend plus productive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La découverte d&#039;une mine, d&#039;un animal, d&#039;une plante qui nous fournissent une utilité nouvelle, ou bien remplacent avec avantage des productions plus chères ou moins parfaites, sont des conquêtes du même genre ; on a perfectionné les moyens de produire, on a obtenu sans plus de frais des produits supérieurs, et par conséquent une plus grande dose d&#039;utilité, lorsqu&#039;on a remplacé la teinture du pastel par l&#039;indigo, le miel par le sucre, la pourpre par la cochenille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans tous ces perfectionnements et dans tous ceux que l&#039;avenir suggérera, il est à remarquer que les moyens dont l&#039;homme dispose pour produire, devenant réellement plus puissants, la chose produite augmente toujours en quantité, à mesure qu&#039;elle diminue en valeur. On verra tout à l&#039;heure les conséquences qui dérivent de cette circonstance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La baisse réelle peut être générale, et affecter tous les produits à la fois, comme elle peut être partielle, et n&#039;affecter que certaines choses seulement. C&#039;est ce que je tâcherai de faire comprendre par des exemples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je supposerai que, dans le temps qu&#039;on était obligé de faire des bas à l&#039;aiguille, une paire de bas de fil, d&#039;une qualité donnée, revenait au prix que nous désignons maintenant par six francs la paire. Ce serait pour nous la preuve que les revenus fonciers de la terre où le lin était recueilli, les profits de l&#039;industrie et des capitaux de ceux qui le cultivaient, les profits de ceux qui le préparaient et le filaient, les profits enfin de la personne qui tricotait les bas, s&#039;élevaient en somme totale à six francs pour chaque paire de bas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On invente le métier à bas : dès lors je suppose qu&#039;on obtient pour six francs deux paires de bas au lieu d&#039;une. Comme la concurrence fait baisser le prix courant au niveau des frais de production, ce prix est une indication que les frais causés par l&#039;emploi du fonds, des capitaux et de l&#039;industrie nécessaires pour faire deux paires de bas, ne sont encore que de six francs. Avec les mêmes moyens de production, on a donc obtenu deux choses au lieu d&#039;une.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui démontre que cette baisse est réelle, c&#039;est que tout homme, quelle que soit sa profession, peut acheter une paire de bas en donnant moitié moins de ses services productifs. En effet, un capitaliste qui avait un capital placé à cinq pour cent, était obligé, lorsqu&#039;il voulait acheter une paire de bas, de donner le revenu annuel de 120 francs : il n&#039;est plus obligé de donner que le revenu de 60 francs. Un commerçant à qui le sucre revenait à deux francs la livre, était obligé d&#039;en vendre trois livres pour acheter une paire de bas : il n&#039;est plus obligé d&#039;en vendre qu&#039;une livre et demie ; il n&#039;a par conséquent fait le sacrifice que de la moitié des moyens de production qu&#039;il consacrait auparavant à l&#039;achat d&#039;une paire de bas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu&#039;à présent c&#039;est le seul produit qui, dans notre hypothèse, a baissé. Faisons une supposition pareille pour le sucre. On perfectionne les relations commerciales, et une livre de sucre ne coûte plus qu&#039;un franc au lieu de deux. Je dis que tous les acheteurs de sucre, en y comprenant même le fabricant de bas, dont les produits ont baissé aussi, ne seront plus obligés de consacrer à l&#039;achat d&#039;une livre de sucre, que la moitié des services productifs par le moyen desquels ils achetaient le sucre auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est aisé de s&#039;en convaincre. Lorsque le sucre était à deux francs la livre et les bas à six francs, le fabriquant de bas était obligé de vendre une paire de bas pour acheter trois livres de sucre ; et comme les frais de production de cette paire de bas avaient une valeur de six francs, il achetait donc en réalité trois livres de sucre au prix de six francs de services productifs, tout comme le négociant achetait une paire de bas au prix de trois livres de sucre, c&#039;est-à-dire de six francs de services productifs également. Mais quand l&#039;une et l&#039;autre denrée ont baissé de moitié, il n&#039;a plus fallu qu&#039;une paire, c&#039;est-à-dire une dépense en frais de production égale à trois francs, pour acheter trois livres de sucre, et il n&#039;a plus fallu que trois livres de sucre, c&#039;est-à-dire, des frais de production égaux à trois francs, pour acheter une paire de bas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, si deux produits que nous avons mis en opposition, et que nous avons fait acheter l&#039;un par l&#039;autre, ont pu baisser tous les deux à la fois, n&#039;est-on pas autorisé à conclure que cette baisse est réelle, qu&#039;elle n&#039;est point relative au prix réciproque des choses, que les choses peuvent toutes baisser à la fois, les unes plus, les autres moins, et que ce que l&#039;on paie de moins dans ce cas, ne coûte rien à personne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi dans les temps modernes, quoique les salaires, comparés à la valeur du blé, soient à peu près les mêmes, les classes pauvres du peuple sont néanmoins pourvues de bien des utilités dont elles ne jouissaient pas il y a quatre ou cinq cents ans, comme de plusieurs parties de leur vêtement et de leur ameublement, qui ont réellement baissé de prix ; c&#039;est aussi pourquoi elles sont moins bien pourvues de certaines autres choses qui ont subi une hausse réelle, comme de viande de boucherie et de gibier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une économie dans les frais de production indique toujours qu&#039;il y a moins de services productifs employés pour donner le même produit ; ce qui équivaut à plus de produit pour les mêmes services productifs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en résulte toujours une augmentation de quantité dans la chose produite. Il semblerait que cette augmentation de quantité pouvant n&#039;être pas suivie d&#039;une augmentation de besoin de la part des consommateurs, il pourrait en résulter un avilissement du produit qui en ferait tomber le prix courant au-dessous des frais de production, tout amoindris qu&#039;ils pourraient être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Crainte chimérique ! La moindre baisse d&#039;un produit étend tellement la classe de ses consommateurs, que toujours, à ma connaissance, la demande a surpassé ce que les mêmes fonds productifs, même perfectionnés, pouvaient produire ; et qu&#039;il a toujours fallu, à la suite des perfectionnements qui ont accru la puissance des services productifs, en consacrer de nouveaux à la confection des produits qui avaient baissé de prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est le phénomène que nous a déjà présenté l&#039;invention de l&#039;imprimerie. Depuis qu&#039;on a trouvé cette manière expéditive de multiplier les copies d&#039;un même écrit, chaque copie coûte vingt fois moins qu&#039;une copie manuscrite ne coûtait. Il suffirait, pour que la valeur de la demande s&#039;élevât à la même somme, que le nombre de livres fût seulement vingtuple de ce qu&#039;il était. Je croirais être fort en deçà de la vérité en disant qu&#039;il a centuplé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De sorte que là où il y avait un volume valant 60 francs, valeur d&#039;aujourd&#039;hui, il y en a cent qui, étant vingt fois moins chers, valent néanmoins 300 francs. La baisse des prix, qui procure un enrichissement réel, n&#039;occasionne donc pas une diminution, &#039;&#039;même nominale&#039;&#039;, des richesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la raison contraire, un renchérissement réel, provenant toujours d&#039;une moins grande quantité de choses produites au moyen des mêmes frais de production (outre qu&#039;il rend les objets de consommation plus chers par rapport aux revenus des consommateurs, et par conséquent les consommateurs plus pauvres), ne compense point par l&#039;augmentation de prix des choses produites, la diminution de leur quantité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suppose qu&#039;à la suite d&#039;une épizootie ou d&#039;un mauvais régime vétérinaire, une race de bestiaux, les brebis, par exemple, deviennent de plus en plus rares ; leur prix haussera, mais non pas en proportion de la réduction de leur nombre : car à mesure qu&#039;elles renchériront, la demande de cette denrée diminuera. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il venait à y avoir cinq fois moins de brebis qu&#039;il n&#039;y en a actuellement, on pourrait bien ne les payer que le double plus cher : or, là où il y a actuellement cinq brebis produites qui peuvent valoir ensemble 100 francs à 20 francs pièce, il n&#039;y en aurait plus qu&#039;une qui vaudrait 40 francs. La diminution des richesses consistant en brebis, malgré l&#039;augmentation du prix, serait dans ce cas diminuée dans la proportion de 100 à 40, c&#039;est-à-dire de plus de moitié, malgré le renchérissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vais plus loin, et je dis que la baisse réelle des prix, même en supposant qu&#039;elle n&#039;entraîne aucune augmentation dans les quantités produites et consommées, est un accroissement de richesses pour le pays, et que cette augmentation peut être évaluée en valeur échangeable, en argent si l&#039;on veut. Prenons le même exemple. Après que des causes quelconques ont maintenu le prix des brebis à 40 francs, supposons qu&#039;on introduit des races plus fécondes, ou bien qu&#039;on les soigne plus habilement, ou bien qu&#039;on les nourrisse à moins de frais, et que, leur valeur diminuant, on puisse acquérir chaque brebis au prix de 20 francs sans que la consommation s&#039;en augmente (quelque invraisemblable que soit cette dernière supposition) ; qu&#039;en résulte-t-il ? Là où l&#039;on vendait cent brebis pour 4000 francs, on en vendra, sans perte, le même nombre pour 2000 francs. Ne voyez-vous pas que les consommateurs (c&#039;est-à-dire la nation) dépensant 2000 francs de moins pour cette consommation, auront 2000 francs à consacrer à une autre ? Or, qu&#039;est-ce que d&#039;avoir plus d&#039;argent à dépenser, sinon d&#039;être plus riche ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si l&#039;on était porté à croire qu&#039;une baisse réelle, c&#039;est-à-dire des services productifs moins chers, diminuent les avantages des producteurs précisément autant qu&#039;ils augmentent ceux des acheteurs, on serait dans l&#039;erreur. La baisse réelle des choses produites tourne au profit des consommateurs, et n&#039;altère point les revenus des producteurs. Le fabriquant de bas, qui fournit deux paires au lieu d&#039;une pour six francs, a autant de profit sur cette somme qu&#039;il en aurait eu si c&#039;eût été le prix d&#039;une seule paire. Le propriétaire foncier reçoit le même fermage lorsqu&#039;un meilleur assolement multiplie les produits de sa terre et en fait baisser le prix. Et lorsque, sans augmenter les fatigues d&#039;un manouvrier, je trouve le moyen de doubler la quantité d&#039;ouvrage qu&#039;il exécute, le manouvrier gagne toujours la même journée, quoique le produit devienne moins cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons là-dedans l&#039;explication et la preuve d&#039;une vérité qu&#039;on ne sentait que bien confusément, et qui même était contestée par plusieurs sectes et par un grand nombre d&#039;écrivains : c&#039;est qu&#039;un pays est^d&#039;autant plus riche et mieux pourvu, que le prix des denrées y baisse davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais je suppose qu&#039;on insiste, et que, pour mettre à l&#039;épreuve la justesse du principe, on pousse la supposition à l&#039;extrême : &#039;&#039;si d&#039;économies en économies&#039;&#039;, dira-t-on, &#039;&#039;les frais de production se réduisaient à rien, il est clair qu&#039;il n&#039;y aurait plus ni rente pour les terres, ni intérêts pour les capitaux, ni profits pour l&#039;industrie : dès-lors plus de revenus pour les producteurs. Dans cette supposition, je dis qu&#039;il n&#039;y aurait plus même de producteurs&#039;&#039;. Nous serions, relativement à tous les objets de nos besoins, comme nous sommes relativement à l&#039;air, à l&#039;eau, que nous consommons sans que personne soit obligé de les produire, et sans que nous soyons obligés de les acheter. Tout le monde est assez riche pour payer ce que coûte l&#039;air ; tout le monde serait assez riche pour payer ce que coûteraient tous les produits imaginables : ce serait le comble de la richesse. Il n&#039;y aurait plus d&#039;économie politique ; on n&#039;aurait plus besoin d&#039;apprendre par quels moyens se forment les richesses : on les aurait toutes formées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoiqu&#039;il n&#039;y ait pas de produits dont le prix soit tombé à rien et ne vaille pas plus que l&#039;eau commune, il y en a néanmoins dont le prix a éprouvé des baisses prodigieuses, comme le combustible aux lieux où l&#039;on a découvert des houillères ; et toute baisse analogue est sur le chemin de l&#039;état d&#039;abondance complète dont je viens de parler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si diverses choses ont baissé diversement, les unes plus, les autres moins, il est évident qu&#039;elles ont dû varier dans leurs valeurs réciproques. Celle qui a baissé, comme les bas, a changé de valeur relativement à celle qui n&#039;a pas baissé, comme la viande ; et celles qui ont baissé autant l&#039;une que l&#039;autre, comme les bas et le sucre dans notre supposition, quoiqu&#039;elles aient changé de valeur &#039;&#039;réelle&#039;&#039;, n&#039;ont pas changé de valeur &#039;&#039;relative&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la différence qu&#039;il y a entre les variations réelles et les variations relatives. Les premières sont celles où la valeur des choses change avec les frais de leur production ; les secondes sont celles où la valeur des choses change par rapport à la valeur des autres marchandises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les baisses réelles sont favorables aux acheteurs sans être défavorables aux vendeurs, et les hausses réelles produisent un effet opposé ; mais dans les variations relatives, ce que le vendeur gagne est perdu par l&#039;acheteur, et réciproquement. Un marchand qui a dans ses magasins cent milliers de laines à un franc la livre, possède cent mille francs : si, par l&#039;effet d&#039;un besoin extraordinaire, les laines montent à deux francs la livre, cette portion de sa fortune doublera ; mais toutes les marchandises appelées à s&#039;échanger contre de la laine perdront autant de leur valeur relative que la laine en a gagné. En effet, celui qui a besoin de cent livres de laine, et qui aurait pu les obtenir en vendant quatre setiers de froment, pour cent francs, sera désormais obligé d&#039;en vendre huit. Il perdra les cent francs que gagnera le marchand de laine ; la nation n&#039;en sera ni plus pauvre ni plus riche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque de telles ventes ont lieu d&#039;une nation à une autre, la nation vendeuse de la marchandise qui a haussé, gagne le montant de l&#039;augmentation, et la nation qui achète perd précisément autant. Il n&#039;existe pas, en vertu d&#039;une telle hausse, plus de richesses dans le monde ; car il faudrait pour cela qu&#039;il y eût eu quelque nouvelle utilité produite à laquelle on eût mis un prix. Dès-lors il faut bien que l&#039;un perde ce que l&#039;autre gagne ; c&#039;est aussi ce qui arrive dans toute espèce d&#039;agiotage fondé sur les variations des valeurs entre elles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour viendra probablement où les états européens, plus éclairés sur leurs vrais intérêts, renonceront à toutes leurs colonies sujettes, et jetteront des colonies indépendantes dans les contrées équinoxiales les plus voisines de l&#039;Europe, comme en Afrique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vastes cultures qui s&#039;y feront des denrées que nous appelons coloniales, les procureront à l&#039;Europe avec une abondance extrême, et probablement à des prix très modiques. Les négociants qui auront des approvisionnements faits aux prix anciens perdront sur leurs marchandises ; mais tout ce qu&#039;ils perdront sera gagné par les consommateurs, qui jouiront pendant un temps de ces produits à un prix inférieur aux frais qu&#039;ils auront occasionnés ; peu à peu les négociants remplaceront des marchandises chèrement produites, par des marchandises pareilles provenant d&#039;une production mieux entendue ; et les consommateurs jouiront alors d&#039;une douceur de prix et d&#039;une multiplication de jouissances qui ne coûtera plus rien à personne : car les marchandises reviendront moins cher aux négociants, qui les vendront à plus bas prix ; il en résultera au contraire un grand développement d&#039;industrie, et de nouvelles voies ouvertes à la fortune.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre I|Des fondements de la valeur des choses]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre III|Du prix en argent et du prix nominal]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_II_-_Chapitre_I&amp;diff=2069</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre I</title>
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		<updated>2008-05-20T18:40:47Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXX|Des signes représentatifs de la monnaie]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre II|Des variations relatives et des variations réelles dans les prix]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Second&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre I - Des fondements de la valeur des choses.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Dans le livre qui précède, j&#039;ai exposé les principaux phénomènes de la production. On a pu voir que nous devons à l&#039;industrie humaine, aidée des capitaux et des fonds de terre, toutes les utilités créées, premiers fondements des valeurs. On a pu voir de plus dans ce premier livre en quoi les circonstances sociales et l&#039;action du gouvernement sont favorables ou nuisibles à la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce livre-ci, sur la distribution des richesses, après avoir fixé nos idées sur les causes qui déterminent le taux de la valeur produite, nous chercherons à connaître la manière et les proportions suivant lesquelles elle se distribue dans la société, et forme les revenus des personnes qui la composent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je serai obligé de revenir en commençant sur quelques principes élémentaires dont je n&#039;ai dit, en tête de cet ouvrage, que ce qui était absolument nécessaire pour que l&#039;on pût comprendre le mécanisme de la production. Les développements que j&#039;y ajoute ici confirment ces principes, loin de les ébranler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évaluer une chose, c&#039;est déclarer qu&#039;elle doit être estimée autant qu&#039;une certaine quantité d&#039;une autre chose qu&#039;on désigne. Toute autre chose, pourvu qu&#039;elle ait une valeur, peut servir de terme de comparaison. Ainsi, une maison peut être évaluée en blé comme en argent. Si, lorsqu&#039;on évalue une maison &#039;&#039;vingt mille francs&#039;&#039; en argent, on a une idée un peu plus précise de sa valeur que lorsqu&#039;on l&#039;évalue &#039;&#039;mille hectolitres&#039;&#039; de froment, c&#039;est uniquement parce que l&#039;habitude d&#039;apprécier toute chose en numéraire, nous permet de nous former une idée assez exacte de ce que peuvent valoir vingt mille francs, c&#039;est-à-dire, l&#039;idée des choses qu&#039;on peut avoir pour vingt mille francs, plus vite et plus exactement que nous ne pouvons nous former une idée des choses qu&#039;on peut avoir en échange de mille hectolitres de froment. Néanmoins, en supposant que le prix de chaque hectolitre de froment soit de  &#039;&#039;vingt francs&#039;&#039;, ces deux évaluations sont pareilles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans toute évaluation, la chose qu&#039;on évalue est une quantité donnée, à laquelle rien ne peut être changé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une maison désignée est une quantité donnée ; c&#039;est la quantité d&#039;&#039;&#039;une&#039;&#039; chose appelée &#039;&#039;maison&#039;&#039;, située dans tel lieu, et conditionnée de telle sorte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;autre terme de la comparaison est variable dans sa quantité, parce que l&#039;évaluation peut être portée plus ou moins haut. Quand on évalue une maison vingt mille francs, on porte à vingt mille la quantité des francs qu&#039;on suppose qu&#039;elle vaut, dont chacun pèse 5 grammes d&#039;argent mêlé d&#039;un dixième d&#039;alliage. Si l&#039;on juge à propos de porter l&#039;évaluation à vingt-deux mille francs, ou de la réduire à dix-huit mille, on fait varier la quantité de la chose qui sert à l&#039;évaluation. Il en serait de même si l&#039;on évaluait le même objet en blé. Ce serait la quantité du blé qui déterminerait le montant de l&#039;évaluation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;évaluation est vague et arbitraire tant qu&#039;elle n&#039;emporte pas la preuve que la chose évaluée est généralement estimée autant que telle quantité d&#039;une autre chose. Le propriétaire d&#039;une maison l&#039;évalue 22 mille francs : un indifférent l&#039;évalue 18 mille francs : laquelle de ces deux évaluations est la bonne ? Ce peut n&#039;être ni l&#039;une ni l&#039;autre. Mais lorsqu&#039;une autre personne, dix autres personnes, sont prêtes à céder en échange de la maison, une certaine quantité d&#039;autres choses, 20 mille francs, par exemple, ou mille hectolitres de blé, alors on peut dire que l&#039;évaluation est juste. Une maison qu&#039;on peut vendre, si l&#039;on veut, 20 mille francs, vaut 20 mille francs. Si une seule personne est disposée à la payer ce prix ; s&#039;il lui est impossible, après l&#039;avoir acquise, de la revendre ce qu&#039;elle lui a coûté, alors elle l&#039;a payée au-delà de sa valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours est-il vrai qu&#039;une valeur incontestable est la &#039;&#039;quantité de toute autre chose qu&#039;on peut obtenir&#039;&#039;, du moment qu&#039;on le désire, en échange de la chose dont on veut se défaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sachons maintenant quelles sont les lois qui fixent, pour chaque chose, sa valeur courante ou son prix courant, quand c&#039;est en monnaie courante que sa valeur est désignée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les besoins que nous éprouvons nous font désirer de posséder les choses qui sont capables de les satisfaire. Ces besoins sont très divers, ainsi que j&#039;en ai déjà fait la remarque. Ils dépendent de la nature physique et morale de l&#039;homme, du climat qu&#039;il habite, des mœurs et de la législation de son pays. Il a des besoins du corps, des besoins de l&#039;esprit et de l&#039;âme ; des besoins pour lui-même, d&#039;autres pour sa famille, d&#039;autres encore comme membre de la société. Une peau d&#039;ours et un renne sont des objets de première nécessité pour un lapon, tandis que le nom même en est inconnu au porte-faix de Naples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui-ci, de son côté, peut se passer de tout, pourvu qu&#039;il ait du macaroni. De même, les cours de judicature, en Europe, sont regardées comme un des plus forts liens du corps social ; tandis que les habitants indigènes de l&#039;Amérique, les Tartares, les Arabes, s&#039;en passent fort bien. Nous ne considérons encore ces besoins que comme des &#039;&#039;quantités données&#039;&#039;, sans en rechercher les causes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ces besoins, les uns sont satisfaits par l&#039;usage que nous faisons de certaines choses que la nature nous fournit gratuitement, telles que l&#039;air, l&#039;eau, la lumière du soleil. Nous pouvons nommer ces choses des &#039;&#039;richesses naturelles&#039;&#039;, parce que la nature seule en fait les frais. Comme elle les donne indifféremment à tous, personne n&#039;est obligé de les acquérir au prix d&#039;un sacrifice quelconque. Elles n&#039;ont donc point de valeur échangeable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres besoins ne peuvent être satisfaits que par l&#039;usage d&#039;une multitude de choses que l&#039;on n&#039;obtient point gratuitement, et qui sont le fruit de la production. Comme ce sont de véritables biens, et que l&#039;échange qui en constate la valeur, de même que les conventions au moyen desquelles ils deviennent des propriétés exclusives, ne sauraient se rencontrer autre part que dans l&#039;état de société, on peut les nommer des &#039;&#039;richesses sociales&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les richesses sociales sont les seules qui puissent devenir l&#039;objet d&#039;une étude scientifique, parce que ce sont les seules dont la valeur n&#039;est pas arbitraire, les seules qui se forment, se distribuent et se détruisent suivant des lois que nous pouvons assigner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La valeur relative de deux produits se connaît par la quantité de chacun d&#039;eux, que l&#039;on peut obtenir pour le même prix. Si pour une somme de 4 francs je peux acheter 15 kilogrammes de froment et 1 kilogramme de café, je dirai que le café est 15 fois plus cher que le froment, ou que la valeur de l&#039;un et de l&#039;autre est en raison inverse de la quantité de chacun d&#039;eux que l&#039;on consent à donner et à recevoir. Mais ces deux quantités sont un effet de la valeur qu&#039;ont les choses, et n&#039;en sont pas la cause. Le motif qui détermine les hommes à faire un sacrifice quelconque pour se rendre possesseurs d&#039;un produit, est le besoin que ce produit peut satisfaire, la jouissance qui peut naître de son usage. Or, l&#039;action de cette cause première reçoit plusieurs modifications importantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les facultés des consommateurs sont très diverses ; ils ne peuvent acquérir les produits dont ils ont envie qu&#039;en offrant d&#039;autres produits de leur propre création, ou plutôt de la création de leurs fonds productifs, qui se composent, on doit s&#039;en souvenir, de la capacité industrielle des hommes, et des propriétés productives de leurs terres et de leurs capitaux ; l&#039;ensemble de ces fonds compose leur fortune. Les produits qui résultent du service qu&#039;ils peuvent rendre, ont des bornes, et chaque consommateur ne peut acheter qu&#039;une quantité de produits proportionnée à ce que lui-même peut produire. De ces facultés individuelles résulte une faculté, une possibilité générale en chaque nation d&#039;acheter les choses qui sont propres à satisfaire les besoins de cette nation. En d&#039;autres mots, chaque nation ne peut consommer qu&#039;en proportion de ce qu&#039;elle produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu&#039;elle peut produire ne dépend pas uniquement de l&#039;étendue de ses fonds productifs, mais encore de ses goûts. Pour une nation apathique et paresseuse, les jouissances qui naissent du développement de nos facultés physiques et intellectuelles, et celles que procurent les richesses, ne valent pas le bonheur de ne rien faire. Les hommes n&#039;y produisent pas autant qu&#039;on les voit produire chez une nation plus développée. Quoi qu&#039;il en soit, chaque individu, ou chaque famille (car en économie politique on peut considérer les familles comme des individus, puisqu&#039;elles ont des goûts, des ressources et des intérêts communs), sont obligés de faire une sorte de classement de leurs besoins pour satisfaire ceux auxquels ils attachent plus d&#039;importance, préférablement à ceux auxquels ils en attachent moins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce classement exerce une fort grande influence sur le bonheur des familles et de l&#039;humanité en général. La morale la plus utile est peut-être celle qui fournit aux hommes des notions pour le faire judicieusement ; mais cette considération n&#039;est pas ce qui doit nous occuper ici ; nous ne considérons encore ce classement que comme une chose de fait et d&#039;observation. Or, il est de fait que chaque homme, soit en vertu d&#039;un plan arrêté d&#039;avance, soit pour obéir aux habitudes prises, ou aux impulsions du moment, au moyen du revenu dont il dispose et quelle qu&#039;en soit la source, fait telle dépense préférablement à telle autre ; et lorsqu&#039;il est arrivé ainsi aux bornes de ses facultés, il s&#039;arrête et ne dépense plus rien, à moins qu&#039;il ne dépense le revenu d&#039;une autre personne ; alors cette autre personne dépense d&#039;autant moins : la conséquence est forcée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De là naît pour chaque produit une certaine quantité recherchée et demandée en chaque lieu, quantité qui est modifiée par le prix auquel il peut être fourni ; car plus il revient cher au producteur en raison des frais de production dont il est le résultat, et plus, dans la classification qu&#039;en font les consommateurs, il est reculé et se voit préférer tous les produits capables de procurer une satisfaction plus grande pour le même prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En même temps que la quantité demandée de chaque produit est modifiée par ses frais de production, elle l&#039;est par le nombre de ses consommateurs, par le nombre des personnes qui éprouvent le besoin de le consommer et qui ont en même temps les moyens de se satisfaire. Les fortunes, en tout pays, s&#039;élèvent par gradations insensibles, depuis les plus petites fortunes, qui sont les plus multipliées, jusqu&#039;à la plus grande qui est unique. Il en résulte que les produits, qui sont tous désirables pour la plupart des hommes, ne sont néanmoins demandés réellement, et avec la faculté de les acquérir, que par un certain nombre d&#039;entre eux ; et par ceux-ci, en plus ou moins grande abondance. Il en résulte encore que le même produit ou plusieurs produits, sans que leur utilité intrinsèque soit devenue plus grande, sont plus demandés à mesure qu&#039;ils sont à plus bas prix, parce qu&#039;alors ils se répandent dans une région où la pyramide des fortunes est plus large, et qu&#039;ils se trouvent à la portée d&#039;un plus grand nombre de consommateurs. Les classes qui demandent sont au contraire d&#039;autant moins nombreuses, que la valeur du produit va en s&#039;élevant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, dans un hiver rigoureux, on parvient à faire des gilets de laine tricotée qui ne reviennent qu&#039;à six francs, il est probable que tous les gens auxquels il restera six francs, après qu&#039;ils auront satisfait à tous les besoins qui sont ou qu&#039;ils regardent comme plus indispensables qu&#039;un gilet de laine, en achèteront. Mais ceux auxquels, quand tous leurs besoins plus indispensables auront été satisfaits, il ne restera que 5 francs, n&#039;en pourront acheter. Si l&#039;on parvient à fabriquer les mêmes gilets pour 5 francs, le nombre de leurs consommateurs s&#039;accroîtra de toute cette dernière classe. Ce nombre s&#039;accroîtra encore si l&#039;on parvient à les donner pour 4 francs ; et c&#039;est ainsi que des produits qui jadis n&#039;étaient qu&#039;à l&#039;usage des plus grandes fortunes, comme les bas, se sont maintenant répandus dans presque toutes les classes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;effet contraire a lieu lorsqu&#039;une marchandise hausse de prix, soit à cause de l&#039;impôt, soit par tout autre motif. Elle cesse d&#039;avoir le même nombre de consommateurs ; car on ne peut acquérir en général que ce qu&#039;on peut payer, et les causes qui élèvent le prix des choses, ne sont par celles qui augmentent les facultés des acquéreurs. C&#039;est ainsi que presque partout le bas peuple est obligé de se passer d&#039;une foule de produits qui conviennent à une société civilisée, par la nécessité où il est de se procurer d&#039;autres produits plus essentiels pour son existence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En pareil cas, non seulement le nombre des consommateurs diminue, mais chaque consommateur réduit sa consommation. Il est tel consommateur de café qui, lorsque cette denrée hausse de prix, peut n&#039;être pas forcé de renoncer entièrement aux douceurs de ce breuvage. Il réduira seulement sa provision accoutumée : alors il faut le considérer comme formant deux individus ; l&#039;un disposé à payer le prix demandé, l&#039;autre se désistant de sa demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les spéculations commerciales, l&#039;acheteur, ne s&#039;approvisionnant pas pour sa propre consommation, proportionne ses achats à ce qu&#039;il espère pouvoir vendre ; or, la quantité de marchandises qu&#039;il pourra vendre étant proportionnée au prix où il pourra les établir, il en achètera d&#039;autant moins que le prix en sera plus élevé, et d&#039;autant plus que le prix sera moindre. Dans un pays pauvre, des choses d&#039;une utilité bien commune et d&#039;un prix peu élevé excèdent souvent les facultés d&#039;une grande partie du peuple. On voit des provinces où les souliers sont au-dessus de la portée de la plupart des habitants. Le prix de cette denrée ne baisse pas au niveau des facultés du  peuple : ce niveau est au dessous des frais de production des souliers. Mais des souliers n&#039;étant pas à la rigueur indispensables pour vivre, les gens qui sont hors d&#039;état de s&#039;en procurer, portent des sabots, ou bien vont les pieds nus. Quand malheureusement cela arrive pour une denrée de première nécessité, une partie de la population périt, ou tout au moins cesse de se renouveler. Telles sont les causes générales qui bornent la quantité de chaque chose qui peut être demandée. Et comme cette quantité varie suivant le prix auquel elle peut être offerte, on voit que l&#039;on ne doit jamais parler de &#039;&#039;quantité demandée&#039;&#039; sans exprimer ou supposer convenue cette restriction : au prix où l&#039;on peut se la procurer. Quant à la quantité offerte, ce n&#039;est pas seulement celle dont l&#039;offre est formellement exprimée ; c&#039;est la quantité d&#039;une marchandise que ses possesseurs actuels sont disposés à céder en échange d&#039;une autre, ou, si l&#039;on veut, à vendre au cours. On dit aussi de cette marchandise qu&#039;elle est &#039;&#039;dans la circulation&#039;&#039;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À prendre ces derniers mots dans leur sens rigoureux, une marchandise ne serait dans la circulation qu&#039;au moment où elle passe des mains du vendeur à celles de l&#039;acheteur. Ce temps est un instant, ou du moins peut être considéré comme instantané. Il ne change rien aux conditions de l&#039;échange, puisqu&#039;il est postérieur à la conclusion du marché. Ce n&#039;est qu&#039;un détail d&#039;exécution. L&#039;essentiel est dans la disposition où est le possesseur de la marchandise de la vendre. Une marchandise est dans la  circulation chaque fois qu&#039;elle cherche un acheteur ; et elle cherche un acheteur, souvent même avec beaucoup d&#039;activité, sans changer de place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi toutes les denrées qui garnissent les magasins de vente et les boutiques, sont dans la circulation. Ainsi, quand on parle de terres, de rentes, de maisons, qui sont dans la circulation, cette expression n&#039;a rien qui doive surprendre. Une certaine quantité d&#039;industrie même peut être dans la circulation, et telle autre n&#039;y être pas, lorsque l&#039;une cherche son emploi, et que l&#039;autre l&#039;a trouvé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, une chose sort de la circulation du moment qu&#039;elle est placée, soit pour être consommée, soit pour être emportée autre part, soit enfin lorsqu&#039;elle est détruite par accident. Elle en sort de même lorsque son possesseur change de résolution et l&#039;en retire, ou lorsqu&#039;il la tient à un prix qui équivaut à un refus de vendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il n&#039;y a de marchandise réellement offerte que celle qui est offerte au cours, au prix courant, celle qui, par ses frais de production, reviendrait plus cher que le cours, nesera pas produite, ne sera pas offerte. Ces produits ne pouvant entrer dans la circulation, leur concurrence n&#039;est point à redouter pour les produits déjà  existants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Indépendamment de ces causes générales et permanentes qui bornent les quantités offertes et demandées, il y en a de passagères et accidentelles, dont l&#039;action se combine toujours plus ou moins avec l&#039;action des causes générales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l&#039;année s&#039;annonce pour être bonne et fertile en vins, les vins des récoltes précédentes, même avant qu&#039;on ait pu livrer à la consommation une seule goutte de la récolte nouvelle, baissent de prix, parce qu&#039;ils sont plus offerts et moins demandés. Les marchands redoutent la concurrence des vins nouveaux, et se hâtent de mettre en vente. Les consommateurs, par la raison contraire, épuisent leurs provisions sans les renouveler, se flattant de les renouveler plus tard à moins de frais. Quand plusieurs navires arrivent à la fois des pays lointains, et mettent en vente d&#039;importantes cargaisons, l&#039;offre des mêmes marchandises devenant plus considérable relativement à la demande, leur prix se fixe plus bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une raison contraire, lorsqu&#039;on a lieu de craindre une mauvaise récolte, ou que des navires qu&#039;on attendait ont fait naufrage, les prix des produits existants s&#039;élèvent au-dessus des frais qu&#039;ils ont coûté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;espérance, la crainte, la malice, la mode, l&#039;envie d&#039;obliger, toutes les passions et toutes les vertus, peuvent influer sur les prix qu&#039;on donne ou qu&#039;on reçoit. Ce n&#039;est que par une estimation purement morale qu&#039;on peut apprécier les perturbations qui en résultent dans les lois générales, les seules qui nous occupent en ce moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne nous occuperons point non plus des causes purement politiques qui font qu&#039;un produit est payé au-delà de son utilité réelle. Il en est de cela comme du vol et de la spoliation qui jouent un rôle dans la distribution des richesses, mais qui rentrent dans le domaine de la législation criminelle. Ainsi l&#039;administration publique, qui est un travail dont le produit se consomme à mesure par les administrés, peut être trop chèrement payée quand l&#039;usurpation et la tyrannie s&#039;en emparent, et contraignent les peuples à contribuer d&#039;une somme plus forte qu&#039;il ne serait nécessaire pour entretenir une bonne administration.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est à la science politique, et non à l&#039;économie politique, à enseigner les moyens de prévenir ce malheur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même, quoique ce soit à la science morale, à la science de l&#039;homme moral, à enseigner les moyens de s&#039;assurer de la bonne conduite des hommes dans leurs relations mutuelles, quand l&#039;intervention d&#039;une puissance surnaturelle paraît nécessaire pour parvenir à ce but, on paie les hommes qui se donnent pour les interprètes de cette puissance. Si leur travail est utile, cette utilité est un produit immatériel qui n&#039;est point sans valeur ; mais si les hommes n&#039;en sont pas meilleurs, ce travail n&#039;étant point productif d&#039;utilité, la portion des revenus de la société qu&#039;elle sacrifie pour l&#039;entretien du sacerdoce, est en pure perte ; c&#039;est un échange qu&#039;elle fait sans recevoir aucun retour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai dit que le prix des produits s&#039;établissait en chaque endroit au taux où les portent leurs frais de production, pourvu que l&#039;utilité qu&#039;on leur donne fasse naître le désir de les acquérir. Cette conception nous fait connaître une partie des lois qui déterminent la quantité de produits qu&#039;on donne pour en avoir une autre. Il nous reste à connaître les bases qui déterminent leurs frais de production, c&#039;est-à-dire, qui déterminent le prix des services productifs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si tous les produits étaient le résultat seulement du travail de l&#039;homme, et d&#039;un travail de pareille valeur, comme, par exemple, d&#039;un certain nombre de journées de travail de la valeur de trois francs chacune, leurs frais de production seraient entre eux comme le nombre des journées que leur production a exigées. Mais non seulement les produits résultent du concours des capitaux et des terres, comme du travail de l&#039;homme, mais ces différents services ont des qualités fort diverses, et sont dans des positions à pouvoir se faire payer leur concours à des prix fort différents entre eux. Un entrepreneur d&#039;industrie est obligé de payer le temps et le travail d&#039;un  collaborateur éminent par son talent plus cher que lorsqu&#039;il ne fournit qu&#039;un travail médiocre. Le propriétaire du fonds de terre et celui du capital qui ont concouru à la production seulement par le moyen de leur instrument, en retirent des rétributions fort diverses, suivant les circonstances ; car un terrain situé dans l&#039;enceinte d&#039;une ville, et les constructions qu&#039;on y élève, rapportent beaucoup plus que la même étendue de terrain et les mêmes constructions moins favorablement situées. Un produit sera donc plus cher, selon que sa production réclamera non seulement plus de services productifs, mais des services productifs plus fortement rétribués. Il faudra, pour que ce produit puisse être créé, que ses consommateurs aient la volonté et le pouvoir d&#039;y mettre le prix ; autrement il ne sera pas produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce prix s&#039;élèvera d&#039;autant plus que les consommateurs sentiront plus vivement le besoin de jouir du produit, qu&#039;ils auront plus de moyens de le payer, et que les marchands de services productifs seront dans une situation à exiger une rétribution plus forte. Le prix du produit sera dès lors la somme nécessaire pour payer les services  indispensables pour sa création. Ainsi, lorsque quelques auteurs, comme David Ricardo, ont dit que c&#039;étaient les frais de production qui réglaient la valeur des produits, ils ont eu raison en ce sens, que jamais les produits ne sont vendus d&#039;une manière suivie à un prix inférieur à leurs frais de production ; mais quand ils ont dit que la demande qu&#039;on fait des produits n&#039;influait pas sur leur valeur, ils ont eu, ce me semble, tort en ceci, que la demande influe sur la valeur des services productifs, et, en augmentant les frais de production, élève la valeur des produits sans pour cela qu&#039;elle dépasse les frais de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques économistes pensent que la valeur des produits, non seulement ne dépasse pas le prix du travail qu&#039;on y a consacré, mais que partout où il n&#039;y a pas monopole, le travail est également payé ; car, disent-ils, s&#039;il était plus payé dans un emploi que dans l&#039;autre, les travailleurs s&#039;y porteraient de préférence et rétabliraient l&#039;équilibre. Ces auteurs sont d&#039;avis qu&#039;une rétribution plus forte suppose toujours une plus grande quantité ou une plus grande intensité de travail. « Un homme, dit M. Mac-Culloch, qui exécute un ouvrage difficile, perd tout le temps qu&#039;il a dû passer à son apprentissage, de même que la nourriture et le vêtement qu&#039;il a consommés dans cet espace de temps. ». Il en conclut que le salaire de son travail est non seulement le salaire de son travail actuel, mais celui de tous les travaux qui l&#039;ont mis en état d&#039;exécuter son travail actuel, et que &#039;&#039;les salaires gagnés en différents emplois sont, tout compensé, parfaitement égaux&#039;&#039;. D&#039;autres économistes qui soutiennent le même système, quoique moins absolument, regardent comme des exceptions les phénomènes qui le contrarient ; mais ces prétendues exceptions tiennent à des causes qu&#039;il faudrait assigner. Si l&#039;on rejette dans les exceptions les avantages qu&#039;un producteur retire de la supériorité de son jugement, de son talent ou bien des circonstances plus ou moins favorables dans lesquelles agissent ses terres et ses capitaux, alors les exceptions l&#039;emporteront sur la règle ; celle-ci se trouvera contredite tantôt dans un point, tantôt dans un autre ; ses hypothèses ne représenteront jamais un fait réel ; elle ne sera jamais applicable ; elle n&#039;aura aucune utilité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rétributions obtenues par les services productifs forment les revenus des producteurs, et je mets au nombre des producteurs les hommes qui concourent à la production par le moyen de leurs capitaux et de leurs terres, de même que ceux qui y contribuent par leurs travaux. Les circonstances diverses qui influent sur ces revenus déterminent les proportions suivant lesquelles les richesses produites sont distribuées dans la société. Elles seront l&#039;objet de notre étude dans ce livre II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je les ferai précéder de quelques considérations sur la manière dont s&#039;opère cette distribution, et j&#039;examinerai ensuite l&#039;influence qu&#039;elle exerce sur la population des États. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux richesses que les hommes acquièrent sans avoir concouru, directement ou indirectement, à une production quelconque, un homme n&#039;en peut jouir qu&#039;au détriment d&#039;un autre, de même qu&#039;il jouit des gains du jeu, et de tous les biens que la fraude ou l&#039;adresse obtiennent aux dépens d&#039;autrui. De telles acquisitions ne contribuent en rien au maintien de la société, puisqu&#039;elles ravissent autant de ressources d&#039;un côté qu&#039;elles en procurent d&#039;un autre, et même elles en procurent moins qu&#039;elles n&#039;en ravissent, ainsi qu&#039;on a pu le voir, et qu&#039;on le verra dans plusieurs parties de cet ouvrage.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXX|Des signes représentatifs de la monnaie]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre II|Des variations relatives et des variations réelles dans les prix]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXX&amp;diff=2068</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXX</title>
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		<updated>2008-05-20T18:33:08Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;__NOTOC__&lt;br /&gt;
__NOEDITSECTION__&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIX|Ce que devraient être les monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre I|Des fondements de la valeur des choses]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXX - Des signes représentatifs de la monnaie.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
==== I. Des billet à ordre des des lettres de change ====&lt;br /&gt;
Un billet à ordre, une lettre de change, sont des obligations contractées de payer ou de faire payer une somme, soit dans un autre temps, soit dans un autre lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit attaché à ce mandat (quoique sa valeur ne soit pas exigible à l&#039;instant et au lieu où l&#039;on est) lui donne néanmoins une valeur actuelle plus ou moins forte. Ainsi un effet de commerce de cent francs, payable à Paris dans deux mois, se négociera, ou, si l&#039;on veut, se vendra pour le prix de 99 francs ; une lettre de change de pareille somme, payable à Marseille au bout du même espace de temps, vaudra actuellement à Paris peut-être 98 francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès lors qu&#039;une lettre de change ou un billet, en vertu de leur valeur future, ont une valeur actuelle, ils peuvent être employés en guise de monnaie dans toute espèce d&#039;achats, aussi la plupart des grandes transactions du commerce se règlent-elles avec des lettres de change.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois la qualité qu&#039;a une lettre de change d&#039;être payable dans un autre lieu, loin de diminuer sa valeur, l&#039;augmente. Cela tient aux convenances et à la situation du commerce. Si le commerce de Paris a beaucoup de paiements à faire à Londres, on consentira à donner à Paris, pour une lettre de change sur Londres, plus d&#039;argent qu&#039;on n&#039;en touchera à Londres au moyen de ce papier. — Ainsi, quoiqu&#039;une livre sterling ne contienne qu&#039;autant d&#039;argent fin qu&#039;il s&#039;en trouve dans 2474 sur 100 de nos francs, on&lt;br /&gt;
pourra bien payer 25 francs, plus ou moins, pour chaque livre sterling qu&#039;on acquerra payable à Londres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ce qu&#039;on appelle le &#039;&#039;cours du change&#039;&#039;, qui n&#039;est autre chose que la quantité de métal précieux que l&#039;on consent à donner, pour acquérir le droit de toucher une certaine quantité du même métal dans un autre lieu. La qualité qu&#039;a le métal d&#039;exister dans tel endroit, lui donne ou lui ôte de la valeur, comparativement au même métal qui existe dans un autre endroit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un pays, la France, par exemple, a le change en sa faveur, lorsqu&#039;on donne en France un peu moins de métal précieux qu&#039;on n&#039;en recevra dans l&#039;étranger avec la lettre de change qu&#039;on acquiert ; ou bien lorsqu&#039;on donne dans l&#039;étranger un peu plus de métal qu&#039;on n&#039;en touchera en France, au moyen d&#039;une lettre de change sur la France. La  différence n&#039;est jamais bien considérable ; elle ne peut pas excéder les frais du transport des métaux précieux ; car, si la personne étrangère qui a besoin d&#039;une somme à Paris pour y faire un paiement, pouvait y faire parvenir cette somme en nature à moins de frais que le cours du change ne lui donne de perte, elle enverrait la somme en nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques personnes s&#039;imaginent qu&#039;il est possible de payer tout ce qu&#039;on doit aux étrangers avec des lettres de change ; et en conséquence on a vu adopter ou provoquer des mesures pour favoriser cette prétendue manière de s&#039;acquitter. C&#039;est une pure folie. Une lettre de change n&#039;a aucune valeur intrinsèque. On ne tire une lettre de change sur une ville qu&#039;autant que la somme vous est due dans cette ville, et la somme ne vous y est due qu&#039;autant que vous y avez fait parvenir une valeur réelle équivalente. Ainsi les importations d&#039;un état ne peuvent être soldées que par des exportations, et réciproquement. Les lettres de change ne sont que le signe de ce qui est dû : c&#039;est-à-dire, que les négociants d&#039;un pays ne peuvent tirer des lettres de change sur ceux d&#039;un autre pays, que pour le montant des marchandises, l&#039;or et l&#039;argent compris, qu&#039;ils y ont envoyées directement ou indirectement. Si un pays, la France, par exemple, a envoyé dans un autre pays, comme l&#039;Allemagne, des marchandises pour une valeur de dix millions, et que l&#039;Allemagne nous en ait envoyé pour douze millions, nous pouvons nous acquitter jusqu&#039;à concurrence de dix millions avec des lettres de change représentant la valeur de ce que nous avons envoyé ; mais nous ne saurions nous acquitter de la même manière des deux millions qui restent, à moins que ce ne soit en lettres de change sur un troisième pays, sur l&#039;Italie, par exemple, où nous aurions envoyé des marchandises pour une valeur équivalente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, à la vérité, des traites que les banquiers appellent &#039;&#039;papier de circulation&#039;&#039;, dont le montant ne représente aucune valeur réelle. Un négociant de Paris s&#039;entend avec un négociant de Hambourg, et fournit sur lui des lettres de change, que ce dernier acquitte en vendant à on tour à Hambourg des lettres de change sur son correspondant de Paris. Tout le temps que ces traite ont été entre les mains d&#039;un tiers, cette tierce personne a fait l&#039;avance de leur valeur. Négocier des lettres de change de circulation est une manière d&#039;emprunter, et une manière assez coûteuse ; car elle force à payer, outre l&#039;escompte, c&#039;est-à-dire, la perte que subit ce papier en raison de l&#039;éloignement de son échéance, une autre perte résultant de la commission du banquier, du courtage et des autres frais de cette opération. De semblables lettres de change ne peuvent en aucune manière solder les dettes d&#039;un pays envers un autre : les traites sont réciproques et se balancent mutuellement. Celles de Hambourg doivent égaler celles de Paris, puisqu&#039;elles doivent servir à les payer ; les secondes détruisent les premières, et le résultat est nul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit qu&#039;un pays n&#039;a de moyen de s&#039;acquitter envers un autre, qu&#039;en lui envoyant des valeurs réelles, c&#039;est-à-dire des marchandises (et sous cette dénomination, je comprends toujours les métaux précieux) pour une valeur égale à celle qu&#039;il en a reçue. S&#039;il n&#039;envoie pas directement des valeurs effectives en quantité suffisante pour solder ce qu&#039;il a acheté, il les envoie à une troisième nation, qui les fait passer à la première en produits de son industrie. Comment acquittons-nous les chanvres et les bois de construction que nous tirons de Russie ? En envoyant des vins, des eaux-de-vie, des étoffes de soie, non-seulement en Russie, mais encore à Amsterdam, à Hambourg, qui, à leur tour, envoient en Russie des denrées coloniales et d&#039;autres produits de leur commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ambition ordinaire des gouvernements est que les métaux précieux entrent pour le plus possible dans les envois de marchandises faits par les étrangers, et pour le moins possible dans les envois qu&#039;on fait aux étrangers. J&#039;ai déjà eu occasion de remarquer, en parlant de ce qu&#039;on nomme improprement &#039;&#039;balance du commerce&#039;&#039;, que s&#039;il convient au négociant de notre pays d&#039;envoyer des métaux précieux dans l&#039;étranger plutôt que toute autre marchandise, il est aussi de l&#039;intérêt de notre pays que ce négociant en envoie ; car l&#039;État ne gagne et ne perd que par le canal de ses citoyens ; et, par rapport à l&#039;étranger, ce qui convient le mieux au citoyen, convient par conséquent mieux à la nation ; ainsi, quand on met des entraves à l&#039;exportation que les particuliers seraient tentés de faire de métaux précieux, on ne fait autre chose que les forcer à remplacer cet envoi par un autre moins profitable pour eux et pour l&#039;État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== II. Des banques de dépôts ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fréquentes communications d&#039;un petit pays avec les pays environnants y versent perpétuellement des monnaies frappées par tous ses voisins. Ce n&#039;est pas que le petit pays n&#039;ait sa monnaie ; mais la nécessité de recevoir souvent en paiement des pièces étrangères, fait qu&#039;on détermine, pour chacune d&#039;elles, un certain taux basé sur le parti qu&#039;en peut tirer le commerce, et suivant lequel on les reçoit communément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;usage de ces monnaies étrangères est accompagné de plusieurs inconvénients : il y a une grande variété dans leur poids et dans leur qualité. Elles sont quelquefois très anciennes, très usées, très rognées, n&#039;ayant pas toujours participé aux refontes opérées dans le pays qui les a vues naître ; quelquefois même elles n&#039;y ont plus cours ; et quoiqu&#039;on ait tenu compte de ces circonstances dans la valeur courante qu&#039;on leur attribue, elles n&#039;en forment pas moins une monnaie assez décriée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lettres de change tirées de l&#039;étranger sur un tel pays, devant être payées avec cette monnaie devenue courante, se négocient en conséquence dans l&#039;étranger avec quelque désavantage ; et celles qui sont tirées sur l&#039;étranger, et par conséquent payables en monnaie dont la valeur est plus fixe et mieux connue, se négocient dans le pays à plus haut prix, en raison de ce que l&#039;homme qui les acquiert ne peut donner en échange qu&#039;une monnaie courante dégradée. En deux mots, la monnaie courante ne se compare et ne&lt;br /&gt;
s&#039;échange jamais contre la monnaie étrangère qu&#039;avec désavantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, voici le remède imaginé par les petits États, dont il est ici question. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils ont établi des banques où chaque négociant a déposé, soit en monnaie de l&#039;État bonne et valable, soit en lingots, soit en pièces étrangères qui y sont reçues comme lingots, une valeur quelconque exprimée en monnaie nationale ayant le titre et le poids voulus par la loi. La banque a en même temps ouvert un compte à chaque déposant, et a passé au crédit de ce compte la somme ainsi déposée. Lorsqu&#039;un négociant a voulu ensuite faire un paiement, il a suffi, sans toucher au dépôt, de transporter le montant de la somme ou d&#039;une portion de la somme, du compte d&#039;un créancier de la banque à celui d&#039;une autre personne. De cette façon les transports de valeurs ont pu se faire perpétuellement par un simple transfert sur les livres de la banque. Et remarquez qu&#039;en toute cette opération, aucune monnaie n&#039;étant transportée matériellement d&#039;une main dans l&#039;autre, la monnaie originairement déposée, la monnaie qui avait alors la valeur intrinsèque qu&#039;elle devait avoir, la monnaie servant de gage à la créance qu&#039;on transporte de l&#039;un à l&#039;autre, cette monnaie, dis-je, n&#039;a pu subir aucune altération, soit par l&#039;usure, soit par la friponnerie, soit même par la mobilité des lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La monnaie restée en circulation doit donc, lorsqu&#039;elle est échangée contre la monnaie de banque, c&#039;est-à-dire, contre des inscriptions à la banque, perdre en proportion de la dégradation qu&#039;elle a éprouvée. De là l&#039;agio, ou la différence de valeur qui s&#039;établissait à Amsterdam, par exemple, entre l&#039;argent de banque et l&#039;argent courant. Ce dernier, échangé contre de l&#039;argent de banque, perdait communément 3 à 4 pour cent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conçoit que des lettres de change payables en une monnaie si sûre et si invariable doivent mieux se négocier que d&#039;autres ; aussi remarquait-on, en général, que le cours des changes était favorable aux pays qui payaient en monnaie de banque, et contraire à ceux qui n&#039;avaient à offrir en paiement que de la monnaie courante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dépôt qu&#039;on fait de cette manière à une banque y reste perpétuellement ; on perdrait trop à le retirer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, on retirerait une monnaie bonne et entière, ayant sa pleine valeur originaire ; et lorsqu&#039;on viendrait à la donner en paiement, on ne la ferait plus passer que comme monnaie courante et dégradée ; car la pièce la plus neuve et la plus entière, jetée dans la circulation avec d&#039;autres, se prend au compte et non pas au poids ; on ne peut pas, dans les paiements, la faire passer pour plus que les pièces courantes. Tirer de la monnaie de la banque pour la mettre en circulation, ce serait donc perdre gratuitement le surplus de valeur que la monnaie de banque a par-dessus l&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le but de l&#039;établissement des banques de dépôts : la plupart ont ajouté quelques opérations à celles qui découlaient de l&#039;objet principal de leur institution ; mais ce n&#039;est pas ici le lieu d&#039;en parler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bénéfice des banques de dépôt se tire d&#039;un droit qu&#039;on leur paie sur chaque transfert, et de quelques opérations compatibles avec leur institution, comme des prêts sur dépôts de lingots.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit qu&#039;une des conditions essentielles à la fin qu&#039;elles se proposent, est l&#039;inviolabilité du dépôt qui leur est confié. À Amsterdam, les quatre bourgmestres, ou officiers municipaux, en étaient garants. Chaque année, à la fin de l&#039;exercice de leurs fonctions, ils le remettaient à leurs successeurs, qui, après l&#039;avoir vérifié, en le comparant avec les registres de la banque, s&#039;obligeaient sous serment à le remettre intact aux magistrats qui devaient les remplacer. Ce dépôt fut respecté depuis l&#039;établissement de la banque, en 1609, jusqu&#039;en 1672, époque où l&#039;armée de Louis XIV pénétra jusqu&#039;à Utrecht. Alors il fut rendu aux dépositeurs. Il paraît que postérieurement le dépôt de la banque ne fut pas si religieusement gardé ; car lorsque les Français s&#039;emparèrent d&#039;Amsterdam, en 1794, et qu&#039;il fallut déclarer l&#039;état des caisses, il se trouva que sur ce dépôt on avait prêté, soit à la ville d&#039;Amsterdam, soit à la compagnie des Indes, soit aux provinces de Hollande et de West-Frise, une somme de 10624793 florins, que ces corporations étaient hors d&#039;état de restituer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait craindre qu&#039;un semblable dépôt fut moins respecté encore dans un pays où l&#039;autorité publique s&#039;exercerait sans responsabilité ni contrôle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== III. Des banques d&#039;escompte, et des billets au porteur ====&lt;br /&gt;
Il y a d&#039;autres banques fondées sur des principes tout différents : ce sont des associations de capitalistes qui fournissent par actions des fonds avec lesquels elles font divers services utiles au public et dont elles retirent un profit. Leur principale opération consiste à escompter des lettres de change ; c&#039;est-à-dire à en payer le montant par anticipation, en retenant un escompte ou intérêt proportionné à l&#039;éloignement de leur échéance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les banques d&#039;escompte se bornaient à escompter des lettres de change à terme, au moyen seulement du capital de leurs actionnaires, les avances qu&#039;elles pourraient faire se borneraient à l&#039;étendue de ce capital. Elles en accroissent ordinairement la somme en mettant en circulation des billets au porteur, payables à vue, qui tiennent lieu de monnaie, aussi longtemps que le public leur accorde sa confiance et les reçoit comme argent comptant. Le public trouve dans cet arrangement des avances pour une somme plus forte, et la banque y gagne, outre l&#039;intérêt des capitaux fournis par ses actionnaires, l&#039;intérêt de ses billets en circulation. Il s&#039;agit de savoir quelles sont les bornes de ce double avantage et l&#039;abus qu&#039;on en peut faire. C&#039;est une des plus belles démonstrations de Smith ; mais elle n&#039;a pas été comprise de tout le monde. Essayons de la rendre usuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle cause fait que le public accorde sa confiance aux billets d&#039;une banque et les reçoit en paiement à l&#039;égal de la monnaie ? C&#039;est la persuasion où chacun est qu&#039;il peut à chaque instant et sans peine les échanger, s&#039;il veut, contre de la monnaie. Je dis &#039;&#039;sans peine, à chaque instant&#039;&#039; ; car autrement on préférerait la monnaie, puisque celle-ci a, pour celui qui la possède, sans qu&#039;il se donne aucune peine, et à tous les instants, valeur de monnaie. Pour qu&#039;il jouisse des mêmes avantages, il faut que la caisse où il peut toucher au besoin l&#039;argent de ses billets, soit à la portée, et qu&#039;elle ait les moyens de les acquitter à présentation. Pour les acquitter ainsi, il faut que la banque ait en sa possession, non seulement des valeurs de toute solidité, mais des valeurs toujours disponibles et qui puissent se résoudre sur-le-champ en argent ; car un porteur de billets qui se croirait exposé à être remboursé en terres ou en maisons, ne consentirait pas à recevoir des billets comme de l&#039;argent comptant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, quand une banque a fait des avances égales à son capital, et qu&#039;elle fait de nouvelles avances en ses billets, quel gage a-t-elle en sa possession, qui lui fournisse les moyens de rembourser à présentation les billets dont le paiement est réclamé ? Elle a les lettres de change qu&#039;elle a prises à l&#039;escompte, et que je suppose ici souscrites par des personnes solvables ; mais ces lettres de change, précisément parce qu&#039;elle les a prises à l&#039;escompte et en a avancé le paiement avant le terme de leur échéance, elle ne peut pas les convertir en argent à l&#039;instant même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment surmonte-t-elle cette difficulté ? Une banque bien administrée a toujours entre ses mains une certaine somme de numéraire en réserve, égale, par exemple, au tiers de ses billets en circulation, et qui la met à même de faire face aux premières demandes de remboursement qui peuvent lui être faites ; pendant qu&#039;elle satisfait, à l&#039;aide de cette somme, aux premiers remboursements, les lettres de change de son portefeuille viennent successivement à échoir, et lui fournissent le moyen de satisfaire les porteurs de billets qui se présentent ensuite. C&#039;est pour se ménager la possibilité de pourvoir à de tels remboursements, que les directeurs d&#039;une banque sagement administrée, ne prennent jamais à l&#039;escompte des engagements à longue échéance, et encore moins ceux qui ne sont pas remboursables à des époques fixes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il résulte de tout ce qui précède une conséquence fatale à bien de systèmes et à bien des projets ; c&#039;est que les billets de confiance ne peuvent remplacer, et encore en partie, que cette portion du capital national qui fait office de monnaie, qui circule d&#039;une poche dans une autre pour servir à l&#039;échange des autres biens ; et qu&#039;une banque d&#039;escompte, ou toute autre qui met en circulation des billets au porteur, ne saurait par conséquent fournir aux entreprises agricoles, manufacturières ou commerciales, aucuns fonds pour construire des bâtiments et des usines, creuser des mines et des canaux, défricher des terres incultes, entreprendre des spéculations lointaines, aucuns fonds, en un mot, destinés à être employés comme &#039;&#039;capitaux engagés&#039;&#039;, qu&#039;on ne peut pas résoudre en monnaie au moment qu&#039;on veut. La nature des billets au porteur est d&#039;être perpétuellement exigibles ; lorsque la totalité de leur valeur ne se trouve pas en argent dans les coffres de la banque, elle doit donc au moins s&#039;y trouver en effets dont le terme soit très rapproché ; or, une entreprise qui verse les fonds qu&#039;elle emprunte dans un emploi d&#039;où ils ne peuvent pas être retirés à volonté, ne saurait fournir de tels engagements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rendons ceci plus sensible au moyen d&#039;un exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suppose qu&#039;une banque de circulation prête en billets de confiance valant de l&#039;argent, à un propriétaire de terre, trente mille francs hypothéqués sur sa terre : le gage est de toute solidité. Le propriétaire fait construire avec ces fonds un bâtiment d&#039;exploitation dont il a besoin ; pour cet effet, il conclut un marché avec un entrepreneur de bâtiments, et lui paie les trente mille francs en billets de la banque. Supposé maintenant que l&#039;entrepreneur, au bout de quelque temps, veuille toucher le montant des billets, il est évident que la banque ne peut se servir du gage qu&#039;elle a pour les payer. Elle n&#039;a pour gage de cette somme de billets qu&#039;une obligation très-solide à la vérité, mais qui n&#039;est pas exigible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;observe que les obligations que possède une banque, pourvu qu&#039;elles soient souscrites par des gens solvables, et que l&#039;échéance n&#039;en soit pas trop éloignée, doivent être aux yeux du public un gage suffisant de tous les billets qu&#039;elle a émis. Pour pouvoir es acquitter tous, il lui suffit de n&#039;en plus émettre de nouveaux, c&#039;est-à-dire de cesser ses escomptes, et de laisser arriver l&#039;échéance des effets de commerce qui remplissent ses porte-feuilles ; car ces effets seront acquittés, soit avec de l&#039;argent, soit avec des billets de la banque. Dans le premier cas, la banque reçoit de quoi acquitter ses billets ; dans le second, elle en est dispensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On comprend maintenant pourquoi mille projets de banques agricoles, où l&#039;on a prétendu pouvoir fonder des billets remplissant l&#039;office de monnaie, sur de solides hypothèques territoriales, et d&#039;autres projets de même nature, se sont toujours écroulés en peu de temps, avec plus ou moins de perte pour leurs actionnaires ou pour le public. La monnaie équivaut à un billet de toute solidité et payable à l&#039;instant ; elle ne peut en conséquence être remplacée que par un billet non seulement d&#039;une solidité parfaite, mais payable à vue ; et de tels billets, la meilleure de toutes les hypothèques ne peut servir à les acquitter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, les lettres de change, appelées &#039;&#039;papier de circulation&#039;&#039;, ne sont pas un gage suffisant pour des billets de confiance. Ces lettres de change, lorsque leur échéance est venue, se paient avec d&#039;autres lettres de change payables à une époque plus éloignée, et qu&#039;on négocie en faisant le sacrifice de l&#039;escompte. L&#039;échéance de ces dernières arrivées, on les paie avec d&#039;autres payables plus tard, et qu&#039;on escompte également. On sent qu&#039;une semblable opération, lorsque c&#039;est une banque qui prend ce papier à l&#039;escompte, n&#039;est qu&#039;un moyen de lui emprunter à perpétuité, puisqu&#039;on ne s&#039;acquitte du premier emprunt qu&#039;avec un second, du second qu&#039;avec un troisième, et ainsi de suite. Un engagement auquel l&#039;engagé ne peut satisfaire qu&#039;en le renouvelant, équivaut à un titre non remboursable ; son auteur ne peut offrir aucune valeur réelle dont la vente puisse fournir des ressources à la banque pour acquitter les billets qu&#039;elle a avancés en escomptant de semblables lettres de change.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même inconvénient se présente lorsqu&#039;une banque fait au gouvernement des avances perpétuelles, ou même à long terme. Elle peut bien prêter au gouvernement le capital de ses actionnaires : nul n&#039;est en droit d&#039;en réclamer le remboursement, sinon les actionnaires, qui, dans ce cas, consentent à la destination que lui donnent leurs directeurs ; mais du moment qu&#039;ils prêtent au gouvernement des billets au porteur, et que le gouvernement livre ces billets au public par ses  dépenses, les porteurs de ces billets peuvent se présenter aux caisses de la banque pour être remboursés ; et dans ce cas la banque n&#039;a point de fonds pour les payer. C&#039;est ce qui arriva à l&#039;ancienne caisse d&#039;escompte de Paris, en 1785, et ce qui a causé depuis la banqueroute d&#039;Angleterre. Sa créance sur le gouvernement n&#039;étant pas exigible, la banque n&#039;a pu acquitter les billets qui ont servi à faire cette avance. Ses billets n&#039;ont plus été des billets de confiance ; ils ont eu un cours forcé. Le gouvernement ne pouvant lui fournir les moyens de les payer, l&#039;en a dispensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si une banque ne peut pas sans de graves inconvénients faire des prêts en ses billets contre des obligations qui ne sont pas prochainement exigibles, elle peut y appliquer, avec de grands avantages pour le public, les capitaux de ses actionnaires, lorsqu&#039;on les lui emprunte pour les employer à des usages reproductifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la banque actuelle de France, au lieu de prêter au gouvernement d&#039;alors son capital de 90 millions qui fut dissipé en conquêtes désastreuses, l&#039;eût prêté sur de solides hypothèques à des propriétaires fonciers pour améliorer leurs terres, elle serait rentré successivement dans ses avances, elle aurait fait des prêts semblables à d&#039;autres propriétaires, et aurait ainsi fertilisé des provinces entières sans compromettre les capitaux de ses actionnaires qui n&#039;ont, au lieu de cela, pour gage de leurs fonds, que la bonne volonté du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute banque émettant des billets de confiance, si elle est bien administrée et hors des atteintes du pouvoir, ne fait courir presque aucun risque aux porteurs de ces billets. Le plus grand malheur qui puisse leur arriver, en supposant qu&#039;un défaut absolu de confiance fasse venir à la fois tous ses billets à remboursement, est d&#039;être payés en bonnes lettres de change à courte échéance, avec la bonification de l&#039;escompte, c&#039;est-à-dire, d&#039;être payés avec ces mêmes lettres de change que la banque a achetées au moyen de ses billets. Si la banque a un capital à elle, c&#039;est une garantie de plus ; mais dans un pays soumis à un pouvoir sans contrôle, ou qui n&#039;a qu&#039;un contrôle illusoire, ni cette garantie, ni celle des lettres de change en porte-feuille, ne sont d&#039;aucune valeur. En de tels pays il n&#039;y a d&#039;autre garantie que la politique du cabinet dirigeant, et il n&#039;y a point de confiance qui ne soit une imprudence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une banque d&#039;escompte, au moyen des avances qu&#039;elle fait au commerce et des facilités qu&#039;elle procure à la circulation, offre des avantages qu&#039;on ne saurait contester, mais qui ont été exagérés par ignorance ou dans des vues d&#039;intérêt personnel. Le lecteur a pu voir au chapitre XXVI sur les papiers-monnaies, que dans la supposition même où l&#039;instrument des échanges serait en entier de papier, et permettrait de disposer autrement de toutes les valeurs métalliques, un pays n&#039;y gagnerait qu&#039;une augmentation de capital égale à la somme des monnaies, laquelle est bornée par les besoins de la circulation, et ne forme qu&#039;une médiocre portion des capitaux productifs d&#039;une nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la somme qu&#039;un pays peut admettre en billets de confiance, loin d&#039;égaler la somme des monnaies, elle n&#039;en peut remplacer qu&#039;une assez faible partie. Leur  circulation n&#039;est fondée que sur la confiance du public dans la solvabilité des banques ; or, la confiance du public est facile à s&#039;alarmer. Les banques ont besoin d&#039;être fort multipliées pour rapprocher les caisses de remboursement de tous les porteurs de billets. En Angleterre, les billets des banques de province n&#039;ont pas cours hors de la province dont l&#039;étendue n&#039;est jamais considérable ; en France, des succursales de la banque de France ont eu de la peine à faire passer dans la circulation des billets au porteur dans les villes considérables, centre d&#039;un grand commerce, telles que Lyon et Rouen. Les réserves en monnaie métallique que la prudence les oblige de garder en caisse, et qui se montent quelquefois à un tiers ou moitié de leurs billets en circulation, sont un capital dormant qui borne d&#039;autant la somme des capitaux qu&#039;elles procurent à l&#039;industrie. Enfin la valeur d&#039;un billet au porteur ne peut se soutenir qu&#039;autant qu&#039;il reste dans la circulation des masses importantes de monnaies conservant une valeur propre supérieure à la valeur du métal dont elles sont faites ; or, des billets au porteur trop multipliés déprécient les monnaies en général ; et pour peu que la valeur d&#039;un billet de mille francs tombe un peu plus bas que le métal qu&#039;il donne le droit de recevoir, le public se précipite à la banque pour échanger un signe qui a perdu de sa valeur contre des pièces de métal qui ont conservé la leur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les bornes que la nature des choses met au capitaux supplémentaires que fournissent des banques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celles qui font des opérations forcées s&#039;exposent à perdre les personnes dont on a su gagner la confiance sans la mériter. Les billets qu&#039;elles émettent au-delà de la somme que comportent les besoins du commerce et la mesure de confiance qu&#039;on leur accorde, reviennent continuellement pour être remboursés, et obligent les banques à faire des frais dans le but de ramener dans leurs caisses un argent qui en sort ans cesse. Les banques d&#039;Écosse, qui ont pourtant été si utiles, n&#039;ayant pas toujours su se retenir dans un pas si glissant, ont été forcées, à certaines époques, d&#039;entretenir à Londres des agents dont tout l&#039;emploi consistait à leur rassembler de l&#039;argent qui leur coûtait jusqu&#039;à 2 pour cent par opération, et qui s&#039;évaporait en peu d&#039;instants. La banque d&#039;Angleterre, dans des circonstances pareilles, était obligée d&#039;acheter des lingots d&#039;or, de les faire frapper en monnaie qu&#039;on fondait à mesure qu&#039;elle les donnait en paiement, à cause du haut prix qu&#039;elle-même était obligée de mettre aux lingots, pour subvenir à l&#039;abondance des remboursements exigés d&#039;elle. Elle perdait ainsi chaque année 21 sur 2 à 3 pour cent, sur environ 850 mille livres sterling (plus de 20 millions de France).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une trop grande multiplication de billets au porteur a d&#039;autres inconvénients. Les signes représentatifs de la monnaie, la remplaçant complètement jusqu&#039;à concurrence des sommes qu&#039;on en verse dans la circulation, augmentent réellement le nombre des unités monétaires et en déprécient la valeur. Cette dépréciation peut aller au point d&#039;empêcher le gouvernement d&#039;être indemnisé de ses frais de fabrication. On peut élever la question de savoir jusqu&#039;à quel point on peut laisser à des particuliers ou à des entreprises particulières, le pouvoir de faire varier à leur gré la valeur d&#039;une marchandise dans laquelle sont stipulées toutes les obligations entre particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais un gouvernement a-t-il le droit d&#039;empêcher des établissements particuliers d&#039;émettre tout autant de billets que le public veut bien en recevoir, toutes les fois que ces établissements remplissent exactement leurs promesses ? Un gouvernement peut-il violer ainsi la liberté des transactions qu&#039;il est appelé à défendre, ou du moins peut-il lui imposer des restrictions dictées par la prudence ? Peut-être, de même qu&#039;il est autorisé à condamner la construction d&#039;un édifice privé qui menace la sûreté publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
FIN DU LIVRE PREMIER&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIX|Ce que devraient être les monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre I|Des fondements de la valeur des choses]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXX&amp;diff=2067</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXX</title>
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		<updated>2008-05-16T18:51:40Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;__NOTOC__&lt;br /&gt;
__NOEDITSECTION__&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXX - Des signes représentatifs de la monnaie.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
==== I. Des billet à ordre des des lettres de change ====&lt;br /&gt;
Un billet à ordre, une lettre de change, sont des obligations contractées de payer ou de faire payer une somme, soit dans un autre temps, soit dans un autre lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit attaché à ce mandat (quoique sa valeur ne soit pas exigible à l&#039;instant et au lieu où l&#039;on est) lui donne néanmoins une valeur actuelle plus ou moins forte. Ainsi un effet de commerce de cent francs, payable à Paris dans deux mois, se négociera, ou, si l&#039;on veut, se vendra pour le prix de 99 francs ; une lettre de change de pareille somme, payable à Marseille au bout du même espace de temps, vaudra actuellement à Paris peut-être 98 francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès lors qu&#039;une lettre de change ou un billet, en vertu de leur valeur future, ont une valeur actuelle, ils peuvent être employés en guise de monnaie dans toute espèce d&#039;achats, aussi la plupart des grandes transactions du commerce se règlent-elles avec des lettres de change.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois la qualité qu&#039;a une lettre de change d&#039;être payable dans un autre lieu, loin de diminuer sa valeur, l&#039;augmente. Cela tient aux convenances et à la situation du commerce. Si le commerce de Paris a beaucoup de paiements à faire à Londres, on consentira à donner à Paris, pour une lettre de change sur Londres, plus d&#039;argent qu&#039;on n&#039;en touchera à Londres au moyen de ce papier. — Ainsi, quoiqu&#039;une livre sterling ne contienne qu&#039;autant d&#039;argent fin qu&#039;il s&#039;en trouve dans 2474 sur 100 de nos francs, on&lt;br /&gt;
pourra bien payer 25 francs, plus ou moins, pour chaque livre sterling qu&#039;on acquerra payable à Londres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ce qu&#039;on appelle le &#039;&#039;cours du change&#039;&#039;, qui n&#039;est autre chose que la quantité de métal précieux que l&#039;on consent à donner, pour acquérir le droit de toucher une certaine quantité du même métal dans un autre lieu. La qualité qu&#039;a le métal d&#039;exister dans tel endroit, lui donne ou lui ôte de la valeur, comparativement au même métal qui existe dans un autre endroit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un pays, la France, par exemple, a le change en sa faveur, lorsqu&#039;on donne en France un peu moins de métal précieux qu&#039;on n&#039;en recevra dans l&#039;étranger avec la lettre de change qu&#039;on acquiert ; ou bien lorsqu&#039;on donne dans l&#039;étranger un peu plus de métal qu&#039;on n&#039;en touchera en France, au moyen d&#039;une lettre de change sur la France. La  différence n&#039;est jamais bien considérable ; elle ne peut pas excéder les frais du transport des métaux précieux ; car, si la personne étrangère qui a besoin d&#039;une somme à Paris pour y faire un paiement, pouvait y faire parvenir cette somme en nature à moins de frais que le cours du change ne lui donne de perte, elle enverrait la somme en nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques personnes s&#039;imaginent qu&#039;il est possible de payer tout ce qu&#039;on doit aux étrangers avec des lettres de change ; et en conséquence on a vu adopter ou provoquer des mesures pour favoriser cette prétendue manière de s&#039;acquitter. C&#039;est une pure folie. Une lettre de change n&#039;a aucune valeur intrinsèque. On ne tire une lettre de change sur une ville qu&#039;autant que la somme vous est due dans cette ville, et la somme ne vous y est due qu&#039;autant que vous y avez fait parvenir une valeur réelle équivalente. Ainsi les importations d&#039;un état ne peuvent être soldées que par des exportations, et réciproquement. Les lettres de change ne sont que le signe de ce qui est dû : c&#039;est-à-dire, que les négociants d&#039;un pays ne peuvent tirer des lettres de change sur ceux d&#039;un autre pays, que pour le montant des marchandises, l&#039;or et l&#039;argent compris, qu&#039;ils y ont envoyées directement ou indirectement. Si un pays, la France, par exemple, a envoyé dans un autre pays, comme l&#039;Allemagne, des marchandises pour une valeur de dix millions, et que l&#039;Allemagne nous en ait envoyé pour douze millions, nous pouvons nous acquitter jusqu&#039;à concurrence de dix millions avec des lettres de change représentant la valeur de ce que nous avons envoyé ; mais nous ne saurions nous acquitter de la même manière des deux millions qui restent, à moins que ce ne soit en lettres de change sur un troisième pays, sur l&#039;Italie, par exemple, où nous aurions envoyé des marchandises pour une valeur équivalente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, à la vérité, des traites que les banquiers appellent &#039;&#039;papier de circulation&#039;&#039;, dont le montant ne représente aucune valeur réelle. Un négociant de Paris s&#039;entend avec un négociant de Hambourg, et fournit sur lui des lettres de change, que ce dernier acquitte en vendant à on tour à Hambourg des lettres de change sur son correspondant de Paris. Tout le temps que ces traite ont été entre les mains d&#039;un tiers, cette tierce personne a fait l&#039;avance de leur valeur. Négocier des lettres de change de circulation est une manière d&#039;emprunter, et une manière assez coûteuse ; car elle force à payer, outre l&#039;escompte, c&#039;est-à-dire, la perte que subit ce papier en raison de l&#039;éloignement de son échéance, une autre perte résultant de la commission du banquier, du courtage et des autres frais de cette opération. De semblables lettres de change ne peuvent en aucune manière solder les dettes d&#039;un pays envers un autre : les traites sont réciproques et se balancent mutuellement. Celles de Hambourg doivent égaler celles de Paris, puisqu&#039;elles doivent servir à les payer ; les secondes détruisent les premières, et le résultat est nul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit qu&#039;un pays n&#039;a de moyen de s&#039;acquitter envers un autre, qu&#039;en lui envoyant des valeurs réelles, c&#039;est-à-dire des marchandises (et sous cette dénomination, je comprends toujours les métaux précieux) pour une valeur égale à celle qu&#039;il en a reçue. S&#039;il n&#039;envoie pas directement des valeurs effectives en quantité suffisante pour solder ce qu&#039;il a acheté, il les envoie à une troisième nation, qui les fait passer à la première en produits de son industrie. Comment acquittons-nous les chanvres et les bois de construction que nous tirons de Russie ? En envoyant des vins, des eaux-de-vie, des étoffes de soie, non-seulement en Russie, mais encore à Amsterdam, à Hambourg, qui, à leur tour, envoient en Russie des denrées coloniales et d&#039;autres produits de leur commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ambition ordinaire des gouvernements est que les métaux précieux entrent pour le plus possible dans les envois de marchandises faits par les étrangers, et pour le moins possible dans les envois qu&#039;on fait aux étrangers. J&#039;ai déjà eu occasion de remarquer, en parlant de ce qu&#039;on nomme improprement &#039;&#039;balance du commerce&#039;&#039;, que s&#039;il convient au négociant de notre pays d&#039;envoyer des métaux précieux dans l&#039;étranger plutôt que toute autre marchandise, il est aussi de l&#039;intérêt de notre pays que ce négociant en envoie ; car l&#039;État ne gagne et ne perd que par le canal de ses citoyens ; et, par rapport à l&#039;étranger, ce qui convient le mieux au citoyen, convient par conséquent mieux à la nation ; ainsi, quand on met des entraves à l&#039;exportation que les particuliers seraient tentés de faire de métaux précieux, on ne fait autre chose que les forcer à remplacer cet envoi par un autre moins profitable pour eux et pour l&#039;État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== II. Des banques de dépôts ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fréquentes communications d&#039;un petit pays avec les pays environnants y versent perpétuellement des monnaies frappées par tous ses voisins. Ce n&#039;est pas que le petit pays n&#039;ait sa monnaie ; mais la nécessité de recevoir souvent en paiement des pièces étrangères, fait qu&#039;on détermine, pour chacune d&#039;elles, un certain taux basé sur le parti qu&#039;en peut tirer le commerce, et suivant lequel on les reçoit communément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;usage de ces monnaies étrangères est accompagné de plusieurs inconvénients : il y a une grande variété dans leur poids et dans leur qualité. Elles sont quelquefois très anciennes, très usées, très rognées, n&#039;ayant pas toujours participé aux refontes opérées dans le pays qui les a vues naître ; quelquefois même elles n&#039;y ont plus cours ; et quoiqu&#039;on ait tenu compte de ces circonstances dans la valeur courante qu&#039;on leur attribue, elles n&#039;en forment pas moins une monnaie assez décriée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lettres de change tirées de l&#039;étranger sur un tel pays, devant être payées avec cette monnaie devenue courante, se négocient en conséquence dans l&#039;étranger avec quelque désavantage ; et celles qui sont tirées sur l&#039;étranger, et par conséquent payables en monnaie dont la valeur est plus fixe et mieux connue, se négocient dans le pays à plus haut prix, en raison de ce que l&#039;homme qui les acquiert ne peut donner en échange qu&#039;une monnaie courante dégradée. En deux mots, la monnaie courante ne se compare et ne&lt;br /&gt;
s&#039;échange jamais contre la monnaie étrangère qu&#039;avec désavantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, voici le remède imaginé par les petits États, dont il est ici question. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils ont établi des banques où chaque négociant a déposé, soit en monnaie de l&#039;État bonne et valable, soit en lingots, soit en pièces étrangères qui y sont reçues comme lingots, une valeur quelconque exprimée en monnaie nationale ayant le titre et le poids voulus par la loi. La banque a en même temps ouvert un compte à chaque déposant, et a passé au crédit de ce compte la somme ainsi déposée. Lorsqu&#039;un négociant a voulu ensuite faire un paiement, il a suffi, sans toucher au dépôt, de transporter le montant de la somme ou d&#039;une portion de la somme, du compte d&#039;un créancier de la banque à celui d&#039;une autre personne. De cette façon les transports de valeurs ont pu se faire perpétuellement par un simple transfert sur les livres de la banque. Et remarquez qu&#039;en toute cette opération, aucune monnaie n&#039;étant transportée matériellement d&#039;une main dans l&#039;autre, la monnaie originairement déposée, la monnaie qui avait alors la valeur intrinsèque qu&#039;elle devait avoir, la monnaie servant de gage à la créance qu&#039;on transporte de l&#039;un à l&#039;autre, cette monnaie, dis-je, n&#039;a pu subir aucune altération, soit par l&#039;usure, soit par la friponnerie, soit même par la mobilité des lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La monnaie restée en circulation doit donc, lorsqu&#039;elle est échangée contre la monnaie de banque, c&#039;est-à-dire, contre des inscriptions à la banque, perdre en proportion de la dégradation qu&#039;elle a éprouvée. De là l&#039;agio, ou la différence de valeur qui s&#039;établissait à Amsterdam, par exemple, entre l&#039;argent de banque et l&#039;argent courant. Ce dernier, échangé contre de l&#039;argent de banque, perdait communément 3 à 4 pour cent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conçoit que des lettres de change payables en une monnaie si sûre et si invariable doivent mieux se négocier que d&#039;autres ; aussi remarquait-on, en général, que le cours des changes était favorable aux pays qui payaient en monnaie de banque, et contraire à ceux qui n&#039;avaient à offrir en paiement que de la monnaie courante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dépôt qu&#039;on fait de cette manière à une banque y reste perpétuellement ; on perdrait trop à le retirer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, on retirerait une monnaie bonne et entière, ayant sa pleine valeur originaire ; et lorsqu&#039;on viendrait à la donner en paiement, on ne la ferait plus passer que comme monnaie courante et dégradée ; car la pièce la plus neuve et la plus entière, jetée dans la circulation avec d&#039;autres, se prend au compte et non pas au poids ; on ne peut pas, dans les paiements, la faire passer pour plus que les pièces courantes. Tirer de la monnaie de la banque pour la mettre en circulation, ce serait donc perdre gratuitement le surplus de valeur que la monnaie de banque a par-dessus l&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le but de l&#039;établissement des banques de dépôts : la plupart ont ajouté quelques opérations à celles qui découlaient de l&#039;objet principal de leur institution ; mais ce n&#039;est pas ici le lieu d&#039;en parler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bénéfice des banques de dépôt se tire d&#039;un droit qu&#039;on leur paie sur chaque transfert, et de quelques opérations compatibles avec leur institution, comme des prêts sur dépôts de lingots.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit qu&#039;une des conditions essentielles à la fin qu&#039;elles se proposent, est l&#039;inviolabilité du dépôt qui leur est confié. À Amsterdam, les quatre bourgmestres, ou officiers municipaux, en étaient garants. Chaque année, à la fin de l&#039;exercice de leurs fonctions, ils le remettaient à leurs successeurs, qui, après l&#039;avoir vérifié, en le comparant avec les registres de la banque, s&#039;obligeaient sous serment à le remettre intact aux magistrats qui devaient les remplacer. Ce dépôt fut respecté depuis l&#039;établissement de la banque, en 1609, jusqu&#039;en 1672, époque où l&#039;armée de Louis XIV pénétra jusqu&#039;à Utrecht. Alors il fut rendu aux dépositeurs. Il paraît que postérieurement le dépôt de la banque ne fut pas si religieusement gardé ; car lorsque les Français s&#039;emparèrent d&#039;Amsterdam, en 1794, et qu&#039;il fallut déclarer l&#039;état des caisses, il se trouva que sur ce dépôt on avait prêté, soit à la ville d&#039;Amsterdam, soit à la compagnie des Indes, soit aux provinces de Hollande et de West-Frise, une somme de 10624793 florins, que ces corporations étaient hors d&#039;état de restituer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait craindre qu&#039;un semblable dépôt fut moins respecté encore dans un pays où l&#039;autorité publique s&#039;exercerait sans responsabilité ni contrôle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== III. Des banques d&#039;escompte, et des billets au porteur ====&lt;br /&gt;
Il y a d&#039;autres banques fondées sur des principes tout différents : ce sont des associations de capitalistes qui fournissent par actions des fonds avec lesquels elles font divers services utiles au public et dont elles retirent un profit. Leur principale opération consiste à escompter des lettres de change ; c&#039;est-à-dire à en payer le montant par anticipation, en retenant un escompte ou intérêt proportionné à l&#039;éloignement de leur échéance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les banques d&#039;escompte se bornaient à escompter des lettres de change à terme, au moyen seulement du capital de leurs actionnaires, les avances qu&#039;elles pourraient faire se borneraient à l&#039;étendue de ce capital. Elles en accroissent ordinairement la somme en mettant en circulation des billets au porteur, payables à vue, qui tiennent lieu de monnaie, aussi longtemps que le public leur accorde sa confiance et les reçoit comme argent comptant. Le public trouve dans cet arrangement des avances pour une somme plus forte, et la banque y gagne, outre l&#039;intérêt des capitaux fournis par ses actionnaires, l&#039;intérêt de ses billets en circulation. Il s&#039;agit de savoir quelles sont les bornes de ce double avantage et l&#039;abus qu&#039;on en peut faire. C&#039;est une des plus belles démonstrations de Smith ; mais elle n&#039;a pas été comprise de tout le monde. Essayons de la rendre usuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle cause fait que le public accorde sa confiance aux billets d&#039;une banque et les reçoit en paiement à l&#039;égal de la monnaie ? C&#039;est la persuasion où chacun est qu&#039;il peut à chaque instant et sans peine les échanger, s&#039;il veut, contre de la monnaie. Je dis &#039;&#039;sans peine, à chaque instant&#039;&#039; ; car autrement on préférerait la monnaie, puisque celle-ci a, pour celui qui la possède, sans qu&#039;il se donne aucune peine, et à tous les instants, valeur de monnaie. Pour qu&#039;il jouisse des mêmes avantages, il faut que la caisse où il peut toucher au besoin l&#039;argent de ses billets, soit à la portée, et qu&#039;elle ait les moyens de les acquitter à présentation. Pour les acquitter ainsi, il faut que la banque ait en sa possession, non seulement des valeurs de toute solidité, mais des valeurs toujours disponibles et qui puissent se résoudre sur-le-champ en argent ; car un porteur de billets qui se croirait exposé à être remboursé en terres ou en maisons, ne consentirait pas à recevoir des billets comme de l&#039;argent comptant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, quand une banque a fait des avances égales à son capital, et qu&#039;elle fait de nouvelles avances en ses billets, quel gage a-t-elle en sa possession, qui lui fournisse les moyens de rembourser à présentation les billets dont le paiement est réclamé ? Elle a les lettres de change qu&#039;elle a prises à l&#039;escompte, et que je suppose ici souscrites par des personnes solvables ; mais ces lettres de change, précisément parce qu&#039;elle les a prises à l&#039;escompte et en a avancé le paiement avant le terme de leur échéance, elle ne peut pas les convertir en argent à l&#039;instant même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment surmonte-t-elle cette difficulté ? Une banque bien administrée a toujours entre ses mains une certaine somme de numéraire en réserve, égale, par exemple, au tiers de ses billets en circulation, et qui la met à même de faire face aux premières demandes de remboursement qui peuvent lui être faites ; pendant qu&#039;elle satisfait, à l&#039;aide de cette somme, aux premiers remboursements, les lettres de change de son portefeuille viennent successivement à échoir, et lui fournissent le moyen de satisfaire les porteurs de billets qui se présentent ensuite. C&#039;est pour se ménager la possibilité de pourvoir à de tels remboursements, que les directeurs d&#039;une banque sagement administrée, ne prennent jamais à l&#039;escompte des engagements à longue échéance, et encore moins ceux qui ne sont pas remboursables à des époques fixes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il résulte de tout ce qui précède une conséquence fatale à bien de systèmes et à bien des projets ; c&#039;est que les billets de confiance ne peuvent remplacer, et encore en partie, que cette portion du capital national qui fait office de monnaie, qui circule d&#039;une poche dans une autre pour servir à l&#039;échange des autres biens ; et qu&#039;une banque d&#039;escompte, ou toute autre qui met en circulation des billets au porteur, ne saurait par conséquent fournir aux entreprises agricoles, manufacturières ou commerciales, aucuns fonds pour construire des bâtiments et des usines, creuser des mines et des canaux, défricher des terres incultes, entreprendre des spéculations lointaines, aucuns fonds, en un mot, destinés à être employés comme &#039;&#039;capitaux engagés&#039;&#039;, qu&#039;on ne peut pas résoudre en monnaie au moment qu&#039;on veut. La nature des billets au porteur est d&#039;être perpétuellement exigibles ; lorsque la totalité de leur valeur ne se trouve pas en argent dans les coffres de la banque, elle doit donc au moins s&#039;y trouver en effets dont le terme soit très rapproché ; or, une entreprise qui verse les fonds qu&#039;elle emprunte dans un emploi d&#039;où ils ne peuvent pas être retirés à volonté, ne saurait fournir de tels engagements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rendons ceci plus sensible au moyen d&#039;un exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suppose qu&#039;une banque de circulation prête en billets de confiance valant de l&#039;argent, à un propriétaire de terre, trente mille francs hypothéqués sur sa terre : le gage est de toute solidité. Le propriétaire fait construire avec ces fonds un bâtiment d&#039;exploitation dont il a besoin ; pour cet effet, il conclut un marché avec un entrepreneur de bâtiments, et lui paie les trente mille francs en billets de la banque. Supposé maintenant que l&#039;entrepreneur, au bout de quelque temps, veuille toucher le montant des billets, il est évident que la banque ne peut se servir du gage qu&#039;elle a pour les payer. Elle n&#039;a pour gage de cette somme de billets qu&#039;une obligation très-solide à la vérité, mais qui n&#039;est pas exigible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;observe que les obligations que possède une banque, pourvu qu&#039;elles soient souscrites par des gens solvables, et que l&#039;échéance n&#039;en soit pas trop éloignée, doivent être aux yeux du public un gage suffisant de tous les billets qu&#039;elle a émis. Pour pouvoir es acquitter tous, il lui suffit de n&#039;en plus émettre de nouveaux, c&#039;est-à-dire de cesser ses escomptes, et de laisser arriver l&#039;échéance des effets de commerce qui remplissent ses porte-feuilles ; car ces effets seront acquittés, soit avec de l&#039;argent, soit avec des billets de la banque. Dans le premier cas, la banque reçoit de quoi acquitter ses billets ; dans le second, elle en est dispensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On comprend maintenant pourquoi mille projets de banques agricoles, où l&#039;on a prétendu pouvoir fonder des billets remplissant l&#039;office de monnaie, sur de solides hypothèques territoriales, et d&#039;autres projets de même nature, se sont toujours écroulés en peu de temps, avec plus ou moins de perte pour leurs actionnaires ou pour le public. La monnaie équivaut à un billet de toute solidité et payable à l&#039;instant ; elle ne peut en conséquence être remplacée que par un billet non seulement d&#039;une solidité parfaite, mais payable à vue ; et de tels billets, la meilleure de toutes les hypothèques ne peut servir à les acquitter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, les lettres de change, appelées &#039;&#039;papier de circulation&#039;&#039;, ne sont pas un gage suffisant pour des billets de confiance. Ces lettres de change, lorsque leur échéance est venue, se paient avec d&#039;autres lettres de change payables à une époque plus éloignée, et qu&#039;on négocie en faisant le sacrifice de l&#039;escompte. L&#039;échéance de ces dernières arrivées, on les paie avec d&#039;autres payables plus tard, et qu&#039;on escompte également. On sent qu&#039;une semblable opération, lorsque c&#039;est une banque qui prend ce papier à l&#039;escompte, n&#039;est qu&#039;un moyen de lui emprunter à perpétuité, puisqu&#039;on ne s&#039;acquitte du premier emprunt qu&#039;avec un second, du second qu&#039;avec un troisième, et ainsi de suite. Un engagement auquel l&#039;engagé ne peut satisfaire qu&#039;en le renouvelant, équivaut à un titre non remboursable ; son auteur ne peut offrir aucune valeur réelle dont la vente puisse fournir des ressources à la banque pour acquitter les billets qu&#039;elle a avancés en escomptant de semblables lettres de change.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même inconvénient se présente lorsqu&#039;une banque fait au gouvernement des avances perpétuelles, ou même à long terme. Elle peut bien prêter au gouvernement le capital de ses actionnaires : nul n&#039;est en droit d&#039;en réclamer le remboursement, sinon les actionnaires, qui, dans ce cas, consentent à la destination que lui donnent leurs directeurs ; mais du moment qu&#039;ils prêtent au gouvernement des billets au porteur, et que le gouvernement livre ces billets au public par ses  dépenses, les porteurs de ces billets peuvent se présenter aux caisses de la banque pour être remboursés ; et dans ce cas la banque n&#039;a point de fonds pour les payer. C&#039;est ce qui arriva à l&#039;ancienne caisse d&#039;escompte de Paris, en 1785, et ce qui a causé depuis la banqueroute d&#039;Angleterre. Sa créance sur le gouvernement n&#039;étant pas exigible, la banque n&#039;a pu acquitter les billets qui ont servi à faire cette avance. Ses billets n&#039;ont plus été des billets de confiance ; ils ont eu un cours forcé. Le gouvernement ne pouvant lui fournir les moyens de les payer, l&#039;en a dispensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si une banque ne peut pas sans de graves inconvénients faire des prêts en ses billets contre des obligations qui ne sont pas prochainement exigibles, elle peut y appliquer, avec de grands avantages pour le public, les capitaux de ses actionnaires, lorsqu&#039;on les lui emprunte pour les employer à des usages reproductifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la banque actuelle de France, au lieu de prêter au gouvernement d&#039;alors son capital de 90 millions qui fut dissipé en conquêtes désastreuses, l&#039;eût prêté sur de solides hypothèques à des propriétaires fonciers pour améliorer leurs terres, elle serait rentré successivement dans ses avances, elle aurait fait des prêts semblables à d&#039;autres propriétaires, et aurait ainsi fertilisé des provinces entières sans compromettre les capitaux de ses actionnaires qui n&#039;ont, au lieu de cela, pour gage de leurs fonds, que la bonne volonté du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute banque émettant des billets de confiance, si elle est bien administrée et hors des atteintes du pouvoir, ne fait courir presque aucun risque aux porteurs de ces billets. Le plus grand malheur qui puisse leur arriver, en supposant qu&#039;un défaut absolu de confiance fasse venir à la fois tous ses billets à remboursement, est d&#039;être payés en bonnes lettres de change à courte échéance, avec la bonification de l&#039;escompte, c&#039;est-à-dire, d&#039;être payés avec ces mêmes lettres de change que la banque a achetées au moyen de ses billets. Si la banque a un capital à elle, c&#039;est une garantie de plus ; mais dans un pays soumis à un pouvoir sans contrôle, ou qui n&#039;a qu&#039;un contrôle illusoire, ni cette garantie, ni celle des lettres de change en porte-feuille, ne sont d&#039;aucune valeur. En de tels pays il n&#039;y a d&#039;autre garantie que la politique du cabinet dirigeant, et il n&#039;y a point de confiance qui ne soit une imprudence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une banque d&#039;escompte, au moyen des avances qu&#039;elle fait au commerce et des facilités qu&#039;elle procure à la circulation, offre des avantages qu&#039;on ne saurait contester, mais qui ont été exagérés par ignorance ou dans des vues d&#039;intérêt personnel. Le lecteur a pu voir au chapitre XXVI sur les papiers-monnaies, que dans la supposition même où l&#039;instrument des échanges serait en entier de papier, et permettrait de disposer autrement de toutes les valeurs métalliques, un pays n&#039;y gagnerait qu&#039;une augmentation de capital égale à la somme des monnaies, laquelle est bornée par les besoins de la circulation, et ne forme qu&#039;une médiocre portion des capitaux productifs d&#039;une nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la somme qu&#039;un pays peut admettre en billets de confiance, loin d&#039;égaler la somme des monnaies, elle n&#039;en peut remplacer qu&#039;une assez faible partie. Leur  circulation n&#039;est fondée que sur la confiance du public dans la solvabilité des banques ; or, la confiance du public est facile à s&#039;alarmer. Les banques ont besoin d&#039;être fort multipliées pour rapprocher les caisses de remboursement de tous les porteurs de billets. En Angleterre, les billets des banques de province n&#039;ont pas cours hors de la province dont l&#039;étendue n&#039;est jamais considérable ; en France, des succursales de la banque de France ont eu de la peine à faire passer dans la circulation des billets au porteur dans les villes considérables, centre d&#039;un grand commerce, telles que Lyon et Rouen. Les réserves en monnaie métallique que la prudence les oblige de garder en caisse, et qui se montent quelquefois à un tiers ou moitié de leurs billets en circulation, sont un capital dormant qui borne d&#039;autant la somme des capitaux qu&#039;elles procurent à l&#039;industrie. Enfin la valeur d&#039;un billet au porteur ne peut se soutenir qu&#039;autant qu&#039;il reste dans la circulation des masses importantes de monnaies conservant une valeur propre supérieure à la valeur du métal dont elles sont faites ; or, des billets au porteur trop multipliés déprécient les monnaies en général ; et pour peu que la valeur d&#039;un billet de mille francs tombe un peu plus bas que le métal qu&#039;il donne le droit de recevoir, le public se précipite à la banque pour échanger un signe qui a perdu de sa valeur contre des pièces de métal qui ont conservé la leur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les bornes que la nature des choses met au capitaux supplémentaires que fournissent des banques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celles qui font des opérations forcées s&#039;exposent à perdre les personnes dont on a su gagner la confiance sans la mériter. Les billets qu&#039;elles émettent au-delà de la somme que comportent les besoins du commerce et la mesure de confiance qu&#039;on leur accorde, reviennent continuellement pour être remboursés, et obligent les banques à faire des frais dans le but de ramener dans leurs caisses un argent qui en sort ans cesse. Les banques d&#039;Écosse, qui ont pourtant été si utiles, n&#039;ayant pas toujours su se retenir dans un pas si glissant, ont été forcées, à certaines époques, d&#039;entretenir à Londres des agents dont tout l&#039;emploi consistait à leur rassembler de l&#039;argent qui leur coûtait jusqu&#039;à 2 pour cent par opération, et qui s&#039;évaporait en peu d&#039;instants. La banque d&#039;Angleterre, dans des circonstances pareilles, était obligée d&#039;acheter des lingots d&#039;or, de les faire frapper en monnaie qu&#039;on fondait à mesure qu&#039;elle les donnait en paiement, à cause du haut prix qu&#039;elle-même était obligée de mettre aux lingots, pour subvenir à l&#039;abondance des remboursements exigés d&#039;elle. Elle perdait ainsi chaque année 21 sur 2 à 3 pour cent, sur environ 850 mille livres sterling (plus de 20 millions de France).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une trop grande multiplication de billets au porteur a d&#039;autres inconvénients. Les signes représentatifs de la monnaie, la remplaçant complètement jusqu&#039;à concurrence des sommes qu&#039;on en verse dans la circulation, augmentent réellement le nombre des unités monétaires et en déprécient la valeur. Cette dépréciation peut aller au point d&#039;empêcher le gouvernement d&#039;être indemnisé de ses frais de fabrication. On peut élever la question de savoir jusqu&#039;à quel point on peut laisser à des particuliers ou à des entreprises particulières, le pouvoir de faire varier à leur gré la valeur d&#039;une marchandise dans laquelle sont stipulées toutes les obligations entre particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais un gouvernement a-t-il le droit d&#039;empêcher des établissements particuliers d&#039;émettre tout autant de billets que le public veut bien en recevoir, toutes les fois que ces établissements remplissent exactement leurs promesses ? Un gouvernement peut-il violer ainsi la liberté des transactions qu&#039;il est appelé à défendre, ou du moins peut-il lui imposer des restrictions dictées par la prudence ? Peut-être, de même qu&#039;il est autorisé à condamner la construction d&#039;un édifice privé qui menace la sûreté publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
FIN DU LIVRE PREMIER&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIX|Ce que devraient être les monnaies]]|&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre II - Chapitre I|Des fondements de la valeur des choses]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXIX&amp;diff=2066</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIX</title>
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		<updated>2008-05-16T18:46:48Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVIII|D&#039;une attention qu&#039;il faut avoir en évaluant les sommes dont il est fait mention dans l&#039;histoire]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXX|Des signes représentatifs de la monnaie]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXIX - Ce que devraient être les monnaies.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ce que j&#039;ai dit jusqu&#039;à présent des monnaies peut faire pressentir ce qu&#039;il faudrait qu&#039;elles fussent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;extrême convenance des métaux précieux pour servir de monnaie, les a fait préférer presque partout pour cet usage. Nulle autre matière n&#039;y est plus propre ; ainsi nul changement à cet égard n&#039;est désirable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On en peut dire autant de la division des métaux précieux en portions égales et maniables. Il convient donc de les frapper, comme on a fait jusqu&#039;à présent chez la plupart des peuples civilisés, en pièces d&#039;un poids et d&#039;un titre pareils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est au mieux qu&#039;elles portent une empreinte qui soit la garantie de ce poids et de ce titre, et que la faculté de donner cette garantie, et par conséquent de fabriquer  des pièces de monnaies, soit exclusivement réservée au gouvernement ; car une multitude de manufacturiers qui les fabriqueraient concurremment, n&#039;offriraient point une garantie égale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ici que devrait s&#039;arrêter l&#039;action de l&#039;autorité publique sur les monnaies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La valeur d&#039;un morceau d&#039;argent se règle de gré à gré dans les transactions qui se font entre les particuliers, ou entre le gouvernement et les particuliers : il convient d&#039;abandonner la sotte prétention de fixer d&#039;avance cette valeur et de lui donner arbitrairement un nom. Qu&#039;est-ce qu&#039;une piastre, un ducat, un florin, une livre sterling, un franc ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on voir autre chose en tout cela que des morceau d&#039;or ou d&#039;argent ayant un certain poids et un certain titre ? Si l&#039;on ne peut y voir autre chose, pourquoi donnerait-on à ces lingots un autre nom que le leur, que celui qui désigne leur nature et leur poids ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Cinq grammes d&#039;argent&#039;&#039;, dit-on, &#039;&#039;vaudront un franc&#039;&#039; : cette phrase n&#039;a aucun autre sens que celui-ci : &#039;&#039;cinq grammes d&#039;argent vaudront cinq grammes d&#039;argent&#039;&#039; ; car l&#039;idée qu&#039;on a d&#039;un franc ne vient que des cinq grammes d&#039;argent dont il se compose. Le blé, le chocolat, la cire, prennent-ils un nom différent lorsqu&#039;ils sont divisés suivant leurs poids ? Une livre pesant de pain, de chocolat, de bougie, s&#039;appelle-t-elle autrement qu&#039;une livre de pain, de chocolat, de bougie ? Pourquoi n&#039;appellerait-on pas une pièce d&#039;argent du poids de 5 grammes, par son véritable nom ? Pourquoi ne l&#039;appellerait-on pas simplement &#039;&#039;cinq grammes d&#039;argent&#039;&#039; ?&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Cette légère rectification, qui semble consister dans un mot, dans un rien, est immense dans ses conséquences. Dès qu&#039;on l&#039;admet, il n&#039;est plus possible de contracter en valeur nominale ; il faut, dans chaque marché, balancer une marchandise réelle contre une autre marchandise réelle, une certaine quantité d&#039;argent contre une certaine quantité de grains, de viande ou d&#039;étoffe. Si l&#039;on prend un engagement à terme, il n&#039;est plus possible d&#039;en déguiser la violation ; si l&#039;on s&#039;engage à me payer tant d&#039;onces d&#039;argent fin, et si mon débiteur est solvable, je suis assuré de la quantité d&#039;argent fin que je recevrai quand le terme sera venu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès lors s&#039;écroule tout l&#039;ancien système monétaire ; système tellement compliqué, qu&#039;il n&#039;est jamais compris entièrement, même de la plupart de ceux qui en font leur occupation habituelle ; système qui varie d&#039;un pays à l&#039;autre, et d&#039;où découlent perpétuellement la mauvaise foi, l&#039;injustice et la spoliation. Dès lors il devient impossible de faire une fausse opération sur les monnaies sans battre de la fausse monnaie, de composer avec ses engagements sans faire une banqueroute. La fabrication des monnaies se trouve être la chose la plus simple : une branche de l&#039;orfèvrerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les poids dont on s&#039;est servi jusqu&#039;à l&#039;introduction du système métrique en France, c&#039;est-à-dire, les onces, gros, grains, avaient l&#039;avantage de présenter des quantités pondérantes, fixes depuis plusieurs siècles, et applicables à toutes les marchandises ; de manière qu&#039;on ne pouvait changer l&#039;once pour les métaux précieux, sans la changer pour le sucre, le miel, et toutes les denrées qui se mesurent au poids ; mais combien, sous ce rapport, les poids du nouveau système métrique n&#039;ont-ils pas plus d&#039;avantages encore ? Ils sont fondés sur une quantité donnée par la nature, et qui ne peut varier tant que notre globe subsistera. Le &#039;&#039;gramme&#039;&#039; est le poids d&#039;un centimètre cubique d&#039;eau ; le centimètre est la centième partie du mètre, et le mètre est la dix millionième partie de l&#039;arc que forme la circonférence de la terre du pôle à l&#039;équateur. On peut changer le nom de &#039;&#039;gramme&#039;&#039;, mais il n&#039;est pas au pouvoir des hommes de changer la quantité pesante de ce qu&#039;on entend actuellement par &#039;&#039;gramme&#039;&#039; ; et quiconque s&#039;engagerait à payer, à une époque future, une quantité d&#039;argent égale à &#039;&#039;cent grammes d&#039;argent&#039;&#039;, ne pourrait, quelque opération arbitraire qui intervînt, payer moins d&#039;argent sans violer sa promesse d&#039;une manière évidente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La facilité que le gouvernement peut donner pour l&#039;exécution des échanges et des contrats où la marchandise-monnaie est employée, consiste à diviser le métal en différentes pièces, d&#039;un ou de plusieurs grammes, d&#039;un ou de plusieurs centigrammes, de manière que, sans balance, on puisse compter quinze, vingt, trente grammes d&#039;or ou d&#039;argent, selon les paiements qu&#039;on veut faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des expériences faites par l&#039;académie des sciences prouvent que l&#039;or et l&#039;argent purs résistent moins au frottement que lorsqu&#039;ils contiennent un peu d&#039;alliage ; les monnayeurs disent, de plus, que, pour les épurer complètement, il faudrait des manipulations dispendieuses, qui renchériraient beaucoup la fabrication des monnaies. Qu&#039;on  mêle donc à l&#039;or et à l&#039;argent une certaine quantité d&#039;alliage ; mais que cette quantité soit annoncée par l&#039;empreinte, qui ne doit être autre chose qu&#039;une étiquette certifiant le poids et la qualité du métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit qu&#039;il n&#039;est ici aucunement question de &#039;&#039;francs&#039;&#039;, de &#039;&#039;décimes&#039;&#039;, de &#039;&#039;centimes&#039;&#039;. C&#039;est qu&#039;en effet de tels noms ne devraient point exister, attendu qu&#039;ils ne sont le nom de rien. Nos lois veulent qu&#039;on frappe des pièces d&#039;un franc qui pèseront cinq grammes d&#039;argent : elles devraient ordonner simplement qu&#039;on frappât des pièces de &#039;&#039;5 grammes&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors, au lieu de faire un billet ou une lettre de change de 400 francs, par exemple, on les ferait de 2000 grammes d&#039;argent au titre de 9/10 de fin, ou, si l&#039;on aimait mieux, de 130 grammes d&#039;or au titre de 9 sur 10 de fin ; et rien ne serait plus facile à acquitter ; car les pièces de monnaie, soit en or, soit en argent, seraient toutes des multiples ou des fractions de grammes au titre de 9/10 de métal fin mêlé avec 1/10 d&#039;alliage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faudrait, à la vérité, qu&#039;une loi statuât que toute convention stipulant un certain nombre de grammes d&#039;argent ou d&#039;or, ne pourrait être soldée qu&#039;en pièces frappées (à moins de stipulation contraire), afin que le débiteur ne pût s&#039;acquitte avec des lingots qui auraient un peu moins de valeur que des pièces frappées. Ce pourrait être l&#039;objet d&#039;une loi rendue une fois pour toutes, et qui pourrait porter en outre que les mots &#039;&#039;d&#039;or&#039;&#039; ou &#039;&#039;d&#039;argent&#039;&#039;, sans autre désignation, désigneraient de l&#039;or et de l&#039;argent à 9/10 de fin. Cette loi, de pure précaution, n&#039;aurait d&#039;autre but que d&#039;éviter sur chaque acte l&#039;énonciation de plusieurs clauses, qui dès lors seraient sous-entendues. Le gouvernement ne frapperait les lingots des particuliers qu&#039;autant qu&#039;on lui paierait les frais et même le bénéfice de la fabrication. Ce bénéfice pourrait être porté assez haut, en vertu du privilège exclusif de fabriquer. Rien n&#039;empêcherait qu&#039;à l&#039;empreinte énonciative du poids et du titre ne fussent joints tous les signes qu&#039;on jugerait propres à prévenir la contrefaçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai point parlé de proportion entre l&#039;or et l&#039;argent, et je n&#039;avais nul besoin d&#039;en parler. Ne me mêlant point d&#039;énoncer la valeur des métaux dans une dénomination particulière, les variations réciproques de cette valeur ne m&#039;occupent pas plus que les variations de leur valeur relativement à toutes les autres marchandises. Il faut la laisser s&#039;établir d&#039;elle-même, puisqu&#039;on chercherait en vain à la fixer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations, elles seraient payées suivant qu&#039;elles auraient été contractées ; un engagement de donner cent grammes d&#039;argent serait acquitté au moyen de cent grammes d&#039;argent ; à moins que d&#039;un consentement mutuel, à l&#039;époque du paiement, les parties contractantes ne préférassent le solder avec un autre métal ou avec une autre marchandise, suivant une évaluation dont elles tomberaient d&#039;accord. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une monnaie qui ne serait que de l&#039;argent ou de l&#039;or étiqueté, qui n&#039;aurait point une valeur nominale, et qui par conséquent échapperait au caprice de toutes les lois, serait tellement avantageuse pour tout le monde et dans tous les genres de commerce, que je ne doute nullement qu&#039;elle ne devînt courante même parmi les étrangers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nation qui la frapperait deviendrait alors manufacturière de monnaie pour la consommation extérieure, et pourrait faire un fort bon bénéfice sur cette branche d&#039;industrie. Nous voyons dans le &#039;&#039;traité historique des monnaies de France&#039;&#039; de Le Blanc (prolégomènes, page 4), qu&#039;une certaine monnaie que fit battre saint Louis, et dont les pièces s&#039;appelaient &#039;&#039;agnels d&#039;or&#039;&#039;, à cause de la figure d&#039;un agneau qui y était empreinte, fut recherchée même des étrangers, et qu&#039;ils &#039;&#039;aimaient fort à contracter en cette monnaie&#039;&#039;, seulement parce qu&#039;elle contint toujours la même quantité d&#039;or depuis saint Louis jusqu&#039;à Charles VI.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En supposant que la nation qui ferait cette bonne affaire fût la France, je ne pense pas qu&#039;aucun de ceux qui me font l&#039;honneur de lire cet ouvrage, regrettât de voir ainsi &#039;&#039;sortir notre numéraire&#039;&#039;, suivant l&#039;expression de certaines gens qui n&#039;entendent rien et ne veulent rien entendre à toutes ces matières. L&#039;argent ou l&#039;or monnayé ne s&#039;en irait certainement pas sans être bien payé, et avec chacun d&#039;eux la façon qu&#039;on y aurait mise. Les fabriques et le commerce de bijouteries ne sont-ils pas considérés comme très lucratifs, bien qu&#039;ils envoient de l&#039;or et de l&#039;argent ? La beauté des dessins et des formes ajoute à la vérité un grand prix aux métaux qu&#039;ils expédient au dehors ; mais l&#039;exactitude des essais et des pesées, et surtout la permanence des mêmes poids et des mêmes titres dans les monnaies, sont des mérites qui ne manqueraient pas d&#039;être appréciés aussi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;on disait qu&#039;un pareil système a été suivi par Charlemagne, qui a appelé livre une livre d&#039;argent ; que cependant il n&#039;a pas empêché la dégradation des monnaies, et qu&#039;on n&#039;appelât dans la suite une livre ce qui ne pesait réellement que 96 grains, je répondrais : &lt;br /&gt;
# Qu&#039;il n&#039;y a jamais eu du temps de Charlemagne, ni depuis des pièces d&#039;argent d&#039;une livre ; que la livre a toujours été une monnaie de compte, une mesure idéale. Les pièces d&#039;argent étaient alors des &#039;&#039;sols d&#039;argent (solidi)&#039;&#039;, et le sol n&#039;était pas une fraction de la livre de poids.&lt;br /&gt;
# Aucune monnaie ne portait sur son empreinte le poids du métal dont elle était faite. Il nous reste dans les cabinets de médailles plusieurs pièces de monnaie du temps de Charlemagne. On n&#039;y voit que le nom du prince, et quelquefois celui des villes où la pièce avait été frappée, écrits en lettres grossièrement formées, ce qui est peu  surprenant dans un royaume dont le monarque, tout protecteur des lettres qu&#039;il était ne savait pas écrire.&lt;br /&gt;
# Les monnaies portaient encore moins le titre ou le degré de fin du métal, et ce fut la première cause de leur dégradation ; car, sous Philippe Ier, les sols d&#039;argent formant une livre de compte, pesaient bien encore une livre de poids ; mais cette livre de poids était composée de 8 onces d&#039;argent allié avec 4 onces de cuivre, au lieu de contenir, comme sous la seconde race, 12 onces d&#039;argent fin, poids de la livre d&#039;alors. &lt;br /&gt;
# Enfin, la livre de poids elle-même était une grandeur arbitraire qui pouvait être changée par le législateur, tandis qu&#039;une mesure fondée sur la grandeur de la terre est une quantité invariable. L&#039;usure des pièces de monnaies, ou ce qu&#039;on nomme en terme de l&#039;art, le &#039;&#039;frai&#039;&#039;, est proportionnée à l&#039;étendue de leur surface. Entre deux morceaux de métal de même poids, celui qui s&#039;usera le moins sera celui qui offrira le moins de surface au frottement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme sphérique, la forme d&#039;une boule, serait par conséquent celle qui s&#039;userait le moins ; mais elle a été rejetée, parce qu&#039;elle est trop incommode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après cette forme-là, celle qui offre le moins de surface, est celle d&#039;un cylindre qui serait aussi long que large ; cette forme serait presque aussi incommode : on s&#039;est donc en général arrêté à la forme d&#039;un cylindre fort aplati. Mais il résulte de ce qui vient d&#039;être dit, qu&#039;il convient de l&#039;aplatir aussi peu que l&#039;admet l&#039;usage qu&#039;on en doit faire, c&#039;est-à-dire, de faire les pièces de monnaie plutôt épaisses qu&#039;étendues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l&#039;empreinte, voici quelles doivent être ses principales qualités : la première de toutes est de constater le poids de la pièce et son titre. Il faut donc qu&#039;elle soit très visible et très intelligible, afin que les plus ignorants puissent comprendre ce qu&#039;elle signifie. Il faut de plus que l&#039;empreinte s&#039;oppose, autant qu&#039;il est possible, à l&#039;altération de la pièce, c&#039;est-à-dire qu&#039;il convient que la circulation naturelle ou la friponnerie ne puissent pas altérer le poids de la pièce sans altérer son empreinte. Une torsade pratiquée dans l&#039;épaisseur de la tranche, qui ne l&#039;occupe pas tout entière, et l&#039;affleure sans l&#039;excéder, empêche les pièces d&#039;être rognées sans qu&#039;il y paraisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;empreinte, quand elle est saillante, doit l&#039;être peu, pour que les pièces se tiennent facilement empilées, et surtout pour qu&#039;elles soient moins exposées à l&#039;action du frottement. Par la même raison, les traits d&#039;une empreinte saillante ne doivent pas être déliés : le frottement les emporterait trop aisément. On a proposé, dans ce but, de faire des empreintes en creux. Elles auraient l&#039;inconvénient de se remplir de malpropretés. On pourrait néanmoins en essayer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les motifs pour donner en général aux pièces de monnaie le moins de surface possible doivent engager à faire les pièces aussi grosses qu&#039;on le peut sans incommodité ; car plus elles sont divisées, plus elles présentent de surface. Il ne faut fabriquer de petites pièces de métal précieux, que ce qui est absolument nécessaire pour les petits échanges et les appoints, et avoir de grosses pièces pour tous les gros paiements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une question de savoir par qui doit être supportée la perte résultante du frai des pièces de monnaie. Dans l&#039;exacte justice, cette usure devrait être, comme en toute autre espèce de marchandise, supportée par celui qui s&#039;est servi de la monnaie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un homme qui revend un habit après l&#039;avoir porté, le revend moins cher qu&#039;il ne l&#039;a acheté. Un homme qui vend un écu contre de la marchandise, devrait le vendre moins cher qu&#039;il ne l&#039;a acheté, c&#039;est-à-dire, recevoir en échange moins de marchandise qu&#039;il n&#039;en a donné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la portion de l&#039;écu usée en passant par les mains d&#039;un seul honnête homme, est si peu de chose, qu&#039;il est presque impossible de l&#039;évaluer. Ce n&#039;est qu&#039;après avoir circulé pendant plusieurs années, que son poids a sensiblement diminué, sans qu&#039;on puisse dire précisément entre les mains de qui cette diminution a eu lieu. Je sais fort bien que chacun de ceux entre les mains de qui l&#039;écu a passé, a supporté, sans s&#039;en apercevoir, la dégradation occasionnée dans sa valeur échangeable par l&#039;usure ; je sais que chaque jour l&#039;écu a dû acheter un peu moins de marchandises ; je sais que cette diminution, qui n&#039;est pas sensible d&#039;un jour à l&#039;autre, le devient au bout d&#039;un certain nombre d&#039;années, et qu&#039;une monnaie usée achète moins de marchandises qu&#039;une monnaie neuve. Je crois en conséquence que, si une espèce entière de pièces de monnaie se dégradait successivement, au point d&#039;exiger une refonte, les possesseurs de ces pièces, au moment de la refonte, ne pourraient raisonnablement exiger que leur monnaie dégradée fût échangée contre une monnaie neuve, pièce pour pièce et troc pour troc. Leurs pièces ne devraient  être prises, même par le gouvernement, que pour ce qu&#039;elles valent réellement ; elles contiennent moins d&#039;argent que dans leur origine, mais aussi les ont-ils eues à meilleur compte, puisque, pour les avoir, ils n&#039;ont donné qu&#039;une quantité de marchandise inférieure à ce qu&#039;ils auraient donné dans l&#039;origine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est en effet la rigueur du principe ; mais deux considérations doivent empêcher de s&#039;y tenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# Les pièces de monnaie ne sont pas une marchandise individuelle, si je peux ainsi m&#039;exprimer. Leur valeur dans les échanges s&#039;établit, non pas précisément sur le poids et la qualité des pièces actuellement offertes, mais sur le poids et la qualité qu&#039;on sait, par expérience, exister dans la monnaie du pays prise au hasard et par grandes masses. Un écu un peu plus ancien, un peu plus usé, passe sur le même pied qu&#039;un plus entier : l&#039;un compense l&#039;autre. Chaque année les hôtels des monnaies frappent de nouvelles pièces, qui contiennent tout le métal pur qu&#039;elles doivent avoir ; et dans cet état de choses, la valeur de la monnaie n&#039;éprouve pas, même au bout d&#039;un grand nombre d&#039;années, du moins pour cause d&#039;usure, une diminution dans sa valeur. C&#039;est ce qui pouvait s&#039;observer dans nos pièces de 12 et de 24 sous, qui, par la facilité qu&#039;elles avaient de passer concurremment avec les écus de six livres, conservaient une valeur égale aux écus, quoique dans la même somme nominale il y eût environ un quart moins d&#039;argent dans les pièces usées de 12 et 24 sous, que dans les écus. La loi qui intervint et qui autorisa les caisses publiques et particulières à ne plus les recevoir que pour 10 et 20 sous, ne les estima pas au-dessous de ce qu&#039;elles valaient intrinsèquement, mais les estima au-dessous de la valeur pour laquelle le dernier possesseur les avait reçues ; car cette valeur, soutenue pour ainsi dire par celle des écus, était restée jusqu&#039;à lui de 12 et de 24 sous, comme si les pièces n&#039;avaient rien perdu par le frottement. On fit donc perdre au dernier porteur seul le frai opéré par les milliers de mains dans lesquelles elles avaient passé.&lt;br /&gt;
# L&#039;empreinte, la façon de la pièce, sert précisément au même degré jusqu&#039;au dernier moment, quoique sur la fin elle soit à peine visible, ou même ne le soit plus du tout, comme sur les anciens shillings d&#039;Angleterre. Nous avons vu que la pièce de monnaie a une certaine valeur en raison de cette empreinte ; cette valeur a été reconnue jusqu&#039;à l&#039;échange qui l&#039;a fait passer dans les mains du dernier possesseur : celui-ci l&#039;a reçue, par cette raison, à un taux un peu supérieur à celui d&#039;un petit lingot du même poids. La valeur de la façon serait donc perdue pour lui seul, quoiqu&#039;il soit peut-être la cent millième personne à qui la pièce a servi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces considérations me portent à croire que ce devrait être à la société tout entière, c&#039;est-à-dire au trésor public, à supporter dans ces cas-là la perte de l&#039;usure et la perte de la façon ; c&#039;est la société tout entière qui a usé la monnaie, et l&#039;on ne peut faire supporter cette perte à chaque particulier, proportionnellement à l&#039;avantage qu&#039;il a retiré de la monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l&#039;on peut faire payer à tout homme qui porterait des lingots à l&#039;hôtel des monnaies, pour y être façonnés, les frais de fabrication, et même, si l&#039;on veut les  bénéfices du monopole, il n&#039;y a point là d&#039;inconvénient : le monnayage élève la valeur de son lingot de tout le prix qu&#039;il paie à la monnaie ; et si cette façon ne l&#039;élevait pas à ce point, il n&#039;aurait gare de l&#039;y porter. Mais en même temps je pense que l&#039;hôtel des monnaies devrait changer une pièce vieille contre une pièce neuve toutes les fois qu&#039;il en serait requis ; ce qui n&#039;empêcherait pas au surplus qu&#039;on ne prît toutes les précautions possibles contre les rogneurs d&#039;espèces. L&#039;hôtel des monnaies ne recevrait que sur le pied des lingots, les pièces auxquelles il manquerait certaines portions de l&#039;empreinte que l&#039;usure naturelle ne doit pas enlever : la perte porterait alors sur le particulier assez négligent pour recevoir des pièces privées de signes faciles à reconnaître. La promptitude avec laquelle on aurait soin de reporter à l&#039;hôtel des monnaies une pièce altérée, fournirait au ministère public des moyens de remonter plus aisément à la source des altérations frauduleuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous une administration diligente, la perte supportée par le trésor public pour cette cause-là, se réduirait à peu de chose ; l&#039;État pourrait s&#039;en indemniser facilement au moyen des bénéfices de la fabrication ; et le système général des monnaies, de même que le change avec l&#039;étranger, en serait sensiblement amélioré.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVIII|D&#039;une attention qu&#039;il faut avoir en évaluant les sommes dont il est fait mention dans l&#039;histoire]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXX|Des signes représentatifs de la monnaie]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXIX&amp;diff=2065</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIX</title>
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		<updated>2008-05-16T18:45:53Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVIII|D&#039;une attention qu&#039;il faut avoir en évaluant les sommes dont il est fait mention dans l&#039;histoire]]|&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXX|Des signes représentatifs de la monnaie]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXIX - Ce que devraient être les monnaies.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ce que j&#039;ai dit jusqu&#039;à présent des monnaies peut faire pressentir ce qu&#039;il faudrait qu&#039;elles fussent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;extrême convenance des métaux précieux pour servir de monnaie, les a fait préférer presque partout pour cet usage. Nulle autre matière n&#039;y est plus propre ; ainsi nul changement à cet égard n&#039;est désirable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On en peut dire autant de la division des métaux précieux en portions égales et maniables. Il convient donc de les frapper, comme on a fait jusqu&#039;à présent chez la plupart des peuples civilisés, en pièces d&#039;un poids et d&#039;un titre pareils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est au mieux qu&#039;elles portent une empreinte qui soit la garantie de ce poids et de ce titre, et que la faculté de donner cette garantie, et par conséquent de fabriquer  des pièces de monnaies, soit exclusivement réservée au gouvernement ; car une multitude de manufacturiers qui les fabriqueraient concurremment, n&#039;offriraient point une garantie égale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ici que devrait s&#039;arrêter l&#039;action de l&#039;autorité publique sur les monnaies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La valeur d&#039;un morceau d&#039;argent se règle de gré à gré dans les transactions qui se font entre les particuliers, ou entre le gouvernement et les particuliers : il convient d&#039;abandonner la sotte prétention de fixer d&#039;avance cette valeur et de lui donner arbitrairement un nom. Qu&#039;est-ce qu&#039;une piastre, un ducat, un florin, une livre sterling, un franc ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on voir autre chose en tout cela que des morceau d&#039;or ou d&#039;argent ayant un certain poids et un certain titre ? Si l&#039;on ne peut y voir autre chose, pourquoi donnerait-on à ces lingots un autre nom que le leur, que celui qui désigne leur nature et leur poids ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Cinq grammes d&#039;argent&#039;&#039;, dit-on, &#039;&#039;vaudront un franc&#039;&#039; : cette phrase n&#039;a aucun autre sens que celui-ci : &#039;&#039;cinq grammes d&#039;argent vaudront cinq grammes d&#039;argent&#039;&#039; ; car l&#039;idée qu&#039;on a d&#039;un franc ne vient que des cinq grammes d&#039;argent dont il se compose. Le blé, le chocolat, la cire, prennent-ils un nom différent lorsqu&#039;ils sont divisés suivant leurs poids ? Une livre pesant de pain, de chocolat, de bougie, s&#039;appelle-t-elle autrement qu&#039;une livre de pain, de chocolat, de bougie ? Pourquoi n&#039;appellerait-on pas une pièce d&#039;argent du poids de 5 grammes, par son véritable nom ? Pourquoi ne l&#039;appellerait-on pas simplement &#039;&#039;cinq grammes d&#039;argent&#039;&#039; ?&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Cette légère rectification, qui semble consister dans un mot, dans un rien, est immense dans ses conséquences. Dès qu&#039;on l&#039;admet, il n&#039;est plus possible de contracter en valeur nominale ; il faut, dans chaque marché, balancer une marchandise réelle contre une autre marchandise réelle, une certaine quantité d&#039;argent contre une certaine quantité de grains, de viande ou d&#039;étoffe. Si l&#039;on prend un engagement à terme, il n&#039;est plus possible d&#039;en déguiser la violation ; si l&#039;on s&#039;engage à me payer tant d&#039;onces d&#039;argent fin, et si mon débiteur est solvable, je suis assuré de la quantité d&#039;argent fin que je recevrai quand le terme sera venu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès lors s&#039;écroule tout l&#039;ancien système monétaire ; système tellement compliqué, qu&#039;il n&#039;est jamais compris entièrement, même de la plupart de ceux qui en font leur occupation habituelle ; système qui varie d&#039;un pays à l&#039;autre, et d&#039;où découlent perpétuellement la mauvaise foi, l&#039;injustice et la spoliation. Dès lors il devient impossible de faire une fausse opération sur les monnaies sans battre de la fausse monnaie, de composer avec ses engagements sans faire une banqueroute. La fabrication des monnaies se trouve être la chose la plus simple : une branche de l&#039;orfèvrerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les poids dont on s&#039;est servi jusqu&#039;à l&#039;introduction du système métrique en France, c&#039;est-à-dire, les onces, gros, grains, avaient l&#039;avantage de présenter des quantités pondérantes, fixes depuis plusieurs siècles, et applicables à toutes les marchandises ; de manière qu&#039;on ne pouvait changer l&#039;once pour les métaux précieux, sans la changer pour le sucre, le miel, et toutes les denrées qui se mesurent au poids ; mais combien, sous ce rapport, les poids du nouveau système métrique n&#039;ont-ils pas plus d&#039;avantages encore ? Ils sont fondés sur une quantité donnée par la nature, et qui ne peut varier tant que notre globe subsistera. Le &#039;&#039;gramme&#039;&#039; est le poids d&#039;un centimètre cubique d&#039;eau ; le centimètre est la centième partie du mètre, et le mètre est la dix millionième partie de l&#039;arc que forme la circonférence de la terre du pôle à l&#039;équateur. On peut changer le nom de &#039;&#039;gramme&#039;&#039;, mais il n&#039;est pas au pouvoir des hommes de changer la quantité pesante de ce qu&#039;on entend actuellement par &#039;&#039;gramme&#039;&#039; ; et quiconque s&#039;engagerait à payer, à une époque future, une quantité d&#039;argent égale à &#039;&#039;cent grammes d&#039;argent&#039;&#039;, ne pourrait, quelque opération arbitraire qui intervînt, payer moins d&#039;argent sans violer sa promesse d&#039;une manière évidente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La facilité que le gouvernement peut donner pour l&#039;exécution des échanges et des contrats où la marchandise-monnaie est employée, consiste à diviser le métal en différentes pièces, d&#039;un ou de plusieurs grammes, d&#039;un ou de plusieurs centigrammes, de manière que, sans balance, on puisse compter quinze, vingt, trente grammes d&#039;or ou d&#039;argent, selon les paiements qu&#039;on veut faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des expériences faites par l&#039;académie des sciences prouvent que l&#039;or et l&#039;argent purs résistent moins au frottement que lorsqu&#039;ils contiennent un peu d&#039;alliage ; les monnayeurs disent, de plus, que, pour les épurer complètement, il faudrait des manipulations dispendieuses, qui renchériraient beaucoup la fabrication des monnaies. Qu&#039;on  mêle donc à l&#039;or et à l&#039;argent une certaine quantité d&#039;alliage ; mais que cette quantité soit annoncée par l&#039;empreinte, qui ne doit être autre chose qu&#039;une étiquette certifiant le poids et la qualité du métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit qu&#039;il n&#039;est ici aucunement question de &#039;&#039;francs&#039;&#039;, de &#039;&#039;décimes&#039;&#039;, de &#039;&#039;centimes&#039;&#039;. C&#039;est qu&#039;en effet de tels noms ne devraient point exister, attendu qu&#039;ils ne sont le nom de rien. Nos lois veulent qu&#039;on frappe des pièces d&#039;un franc qui pèseront cinq grammes d&#039;argent : elles devraient ordonner simplement qu&#039;on frappât des pièces de &#039;&#039;5 grammes&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors, au lieu de faire un billet ou une lettre de change de 400 francs, par exemple, on les ferait de 2000 grammes d&#039;argent au titre de 9/10 de fin, ou, si l&#039;on aimait mieux, de 130 grammes d&#039;or au titre de 9 sur 10 de fin ; et rien ne serait plus facile à acquitter ; car les pièces de monnaie, soit en or, soit en argent, seraient toutes des multiples ou des fractions de grammes au titre de 9/10 de métal fin mêlé avec 1/10 d&#039;alliage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faudrait, à la vérité, qu&#039;une loi statuât que toute convention stipulant un certain nombre de grammes d&#039;argent ou d&#039;or, ne pourrait être soldée qu&#039;en pièces frappées (à moins de stipulation contraire), afin que le débiteur ne pût s&#039;acquitte avec des lingots qui auraient un peu moins de valeur que des pièces frappées. Ce pourrait être l&#039;objet d&#039;une loi rendue une fois pour toutes, et qui pourrait porter en outre que les mots &#039;&#039;d&#039;or&#039;&#039; ou &#039;&#039;d&#039;argent&#039;&#039;, sans autre désignation, désigneraient de l&#039;or et de l&#039;argent à 9/10 de fin. Cette loi, de pure précaution, n&#039;aurait d&#039;autre but que d&#039;éviter sur chaque acte l&#039;énonciation de plusieurs clauses, qui dès lors seraient sous-entendues. Le gouvernement ne frapperait les lingots des particuliers qu&#039;autant qu&#039;on lui paierait les frais et même le bénéfice de la fabrication. Ce bénéfice pourrait être porté assez haut, en vertu du privilège exclusif de fabriquer. Rien n&#039;empêcherait qu&#039;à l&#039;empreinte énonciative du poids et du titre ne fussent joints tous les signes qu&#039;on jugerait propres à prévenir la contrefaçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai point parlé de proportion entre l&#039;or et l&#039;argent, et je n&#039;avais nul besoin d&#039;en parler. Ne me mêlant point d&#039;énoncer la valeur des métaux dans une dénomination particulière, les variations réciproques de cette valeur ne m&#039;occupent pas plus que les variations de leur valeur relativement à toutes les autres marchandises. Il faut la laisser s&#039;établir d&#039;elle-même, puisqu&#039;on chercherait en vain à la fixer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux obligations, elles seraient payées suivant qu&#039;elles auraient été contractées ; un engagement de donner cent grammes d&#039;argent serait acquitté au moyen de cent grammes d&#039;argent ; à moins que d&#039;un consentement mutuel, à l&#039;époque du paiement, les parties contractantes ne préférassent le solder avec un autre métal ou avec une autre marchandise, suivant une évaluation dont elles tomberaient d&#039;accord. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une monnaie qui ne serait que de l&#039;argent ou de l&#039;or étiqueté, qui n&#039;aurait point une valeur nominale, et qui par conséquent échapperait au caprice de toutes les lois, serait tellement avantageuse pour tout le monde et dans tous les genres de commerce, que je ne doute nullement qu&#039;elle ne devînt courante même parmi les étrangers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nation qui la frapperait deviendrait alors manufacturière de monnaie pour la consommation extérieure, et pourrait faire un fort bon bénéfice sur cette branche d&#039;industrie. Nous voyons dans le &#039;&#039;traité historique des monnaies de France&#039;&#039; de Le Blanc (prolégomènes, page 4), qu&#039;une certaine monnaie que fit battre saint Louis, et dont les pièces s&#039;appelaient &#039;&#039;agnels d&#039;or&#039;&#039;, à cause de la figure d&#039;un agneau qui y était empreinte, fut recherchée même des étrangers, et qu&#039;ils &#039;&#039;aimaient fort à contracter en cette monnaie&#039;&#039;, seulement parce qu&#039;elle contint toujours la même quantité d&#039;or depuis saint Louis jusqu&#039;à Charles VI.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En supposant que la nation qui ferait cette bonne affaire fût la France, je ne pense pas qu&#039;aucun de ceux qui me font l&#039;honneur de lire cet ouvrage, regrettât de voir ainsi &#039;&#039;sortir notre numéraire&#039;&#039;, suivant l&#039;expression de certaines gens qui n&#039;entendent rien et ne veulent rien entendre à toutes ces matières. L&#039;argent ou l&#039;or monnayé ne s&#039;en irait certainement pas sans être bien payé, et avec chacun d&#039;eux la façon qu&#039;on y aurait mise. Les fabriques et le commerce de bijouteries ne sont-ils pas considérés comme très lucratifs, bien qu&#039;ils envoient de l&#039;or et de l&#039;argent ? La beauté des dessins et des formes ajoute à la vérité un grand prix aux métaux qu&#039;ils expédient au dehors ; mais l&#039;exactitude des essais et des pesées, et surtout la permanence des mêmes poids et des mêmes titres dans les monnaies, sont des mérites qui ne manqueraient pas d&#039;être appréciés aussi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;on disait qu&#039;un pareil système a été suivi par Charlemagne, qui a appelé livre une livre d&#039;argent ; que cependant il n&#039;a pas empêché la dégradation des monnaies, et qu&#039;on n&#039;appelât dans la suite une livre ce qui ne pesait réellement que 96 grains, je répondrais : &lt;br /&gt;
# Qu&#039;il n&#039;y a jamais eu du temps de Charlemagne, ni depuis des pièces d&#039;argent d&#039;une livre ; que la livre a toujours été une monnaie de compte, une mesure idéale. Les pièces d&#039;argent étaient alors des &#039;&#039;sols d&#039;argent (solidi)&#039;&#039;, et le sol n&#039;était pas une fraction de la livre de poids.&lt;br /&gt;
# Aucune monnaie ne portait sur son empreinte le poids du métal dont elle était faite. Il nous reste dans les cabinets de médailles plusieurs pièces de monnaie du temps de Charlemagne. On n&#039;y voit que le nom du prince, et quelquefois celui des villes où la pièce avait été frappée, écrits en lettres grossièrement formées, ce qui est peu  surprenant dans un royaume dont le monarque, tout protecteur des lettres qu&#039;il était ne savait pas écrire.&lt;br /&gt;
# Les monnaies portaient encore moins le titre ou le degré de fin du métal, et ce fut la première cause de leur dégradation ; car, sous Philippe Ier, les sols d&#039;argent formant une livre de compte, pesaient bien encore une livre de poids ; mais cette livre de poids était composée de 8 onces d&#039;argent allié avec 4 onces de cuivre, au lieu de contenir, comme sous la seconde race, 12 onces d&#039;argent fin, poids de la livre d&#039;alors. &lt;br /&gt;
# Enfin, la livre de poids elle-même était une grandeur arbitraire qui pouvait être changée par le législateur, tandis qu&#039;une mesure fondée sur la grandeur de la terre est une quantité invariable. L&#039;usure des pièces de monnaies, ou ce qu&#039;on nomme en terme de l&#039;art, le &#039;&#039;frai&#039;&#039;, est proportionnée à l&#039;étendue de leur surface. Entre deux morceaux de métal de même poids, celui qui s&#039;usera le moins sera celui qui offrira le moins de surface au frottement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme sphérique, la forme d&#039;une boule, serait par conséquent celle qui s&#039;userait le moins ; mais elle a été rejetée, parce qu&#039;elle est trop incommode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après cette forme-là, celle qui offre le moins de surface, est celle d&#039;un cylindre qui serait aussi long que large ; cette forme serait presque aussi incommode : on s&#039;est donc en général arrêté à la forme d&#039;un cylindre fort aplati. Mais il résulte de ce qui vient d&#039;être dit, qu&#039;il convient de l&#039;aplatir aussi peu que l&#039;admet l&#039;usage qu&#039;on en doit faire, c&#039;est-à-dire, de faire les pièces de monnaie plutôt épaisses qu&#039;étendues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l&#039;empreinte, voici quelles doivent être ses principales qualités : la première de toutes est de constater le poids de la pièce et son titre. Il faut donc qu&#039;elle soit très visible et très intelligible, afin que les plus ignorants puissent comprendre ce qu&#039;elle signifie. Il faut de plus que l&#039;empreinte s&#039;oppose, autant qu&#039;il est possible, à l&#039;altération de la pièce, c&#039;est-à-dire qu&#039;il convient que la circulation naturelle ou la friponnerie ne puissent pas altérer le poids de la pièce sans altérer son empreinte. Une torsade pratiquée dans l&#039;épaisseur de la tranche, qui ne l&#039;occupe pas tout entière, et l&#039;affleure sans l&#039;excéder, empêche les pièces d&#039;être rognées sans qu&#039;il y paraisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;empreinte, quand elle est saillante, doit l&#039;être peu, pour que les pièces se tiennent facilement empilées, et surtout pour qu&#039;elles soient moins exposées à l&#039;action du frottement. Par la même raison, les traits d&#039;une empreinte saillante ne doivent pas être déliés : le frottement les emporterait trop aisément. On a proposé, dans ce but, de faire des empreintes en creux. Elles auraient l&#039;inconvénient de se remplir de malpropretés. On pourrait néanmoins en essayer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les motifs pour donner en général aux pièces de monnaie le moins de surface possible doivent engager à faire les pièces aussi grosses qu&#039;on le peut sans incommodité ; car plus elles sont divisées, plus elles présentent de surface. Il ne faut fabriquer de petites pièces de métal précieux, que ce qui est absolument nécessaire pour les petits échanges et les appoints, et avoir de grosses pièces pour tous les gros paiements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une question de savoir par qui doit être supportée la perte résultante du frai des pièces de monnaie. Dans l&#039;exacte justice, cette usure devrait être, comme en toute autre espèce de marchandise, supportée par celui qui s&#039;est servi de la monnaie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un homme qui revend un habit après l&#039;avoir porté, le revend moins cher qu&#039;il ne l&#039;a acheté. Un homme qui vend un écu contre de la marchandise, devrait le vendre moins cher qu&#039;il ne l&#039;a acheté, c&#039;est-à-dire, recevoir en échange moins de marchandise qu&#039;il n&#039;en a donné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la portion de l&#039;écu usée en passant par les mains d&#039;un seul honnête homme, est si peu de chose, qu&#039;il est presque impossible de l&#039;évaluer. Ce n&#039;est qu&#039;après avoir circulé pendant plusieurs années, que son poids a sensiblement diminué, sans qu&#039;on puisse dire précisément entre les mains de qui cette diminution a eu lieu. Je sais fort bien que chacun de ceux entre les mains de qui l&#039;écu a passé, a supporté, sans s&#039;en apercevoir, la dégradation occasionnée dans sa valeur échangeable par l&#039;usure ; je sais que chaque jour l&#039;écu a dû acheter un peu moins de marchandises ; je sais que cette diminution, qui n&#039;est pas sensible d&#039;un jour à l&#039;autre, le devient au bout d&#039;un certain nombre d&#039;années, et qu&#039;une monnaie usée achète moins de marchandises qu&#039;une monnaie neuve. Je crois en conséquence que, si une espèce entière de pièces de monnaie se dégradait successivement, au point d&#039;exiger une refonte, les possesseurs de ces pièces, au moment de la refonte, ne pourraient raisonnablement exiger que leur monnaie dégradée fût échangée contre une monnaie neuve, pièce pour pièce et troc pour troc. Leurs pièces ne devraient  être prises, même par le gouvernement, que pour ce qu&#039;elles valent réellement ; elles contiennent moins d&#039;argent que dans leur origine, mais aussi les ont-ils eues à meilleur compte, puisque, pour les avoir, ils n&#039;ont donné qu&#039;une quantité de marchandise inférieure à ce qu&#039;ils auraient donné dans l&#039;origine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est en effet la rigueur du principe ; mais deux considérations doivent empêcher de s&#039;y tenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# Les pièces de monnaie ne sont pas une marchandise individuelle, si je peux ainsi m&#039;exprimer. Leur valeur dans les échanges s&#039;établit, non pas précisément sur le poids et la qualité des pièces actuellement offertes, mais sur le poids et la qualité qu&#039;on sait, par expérience, exister dans la monnaie du pays prise au hasard et par grandes masses. Un écu un peu plus ancien, un peu plus usé, passe sur le même pied qu&#039;un plus entier : l&#039;un compense l&#039;autre. Chaque année les hôtels des monnaies frappent de nouvelles pièces, qui contiennent tout le métal pur qu&#039;elles doivent avoir ; et dans cet état de choses, la valeur de la monnaie n&#039;éprouve pas, même au bout d&#039;un grand nombre d&#039;années, du moins pour cause d&#039;usure, une diminution dans sa valeur. C&#039;est ce qui pouvait s&#039;observer dans nos pièces de 12 et de 24 sous, qui, par la facilité qu&#039;elles avaient de passer concurremment avec les écus de six livres, conservaient une valeur égale aux écus, quoique dans la même somme nominale il y eût environ un quart moins d&#039;argent dans les pièces usées de 12 et 24 sous, que dans les écus. La loi qui intervint et qui autorisa les caisses publiques et particulières à ne plus les recevoir que pour 10 et 20 sous, ne les estima pas au-dessous de ce qu&#039;elles valaient intrinsèquement, mais les estima au-dessous de la valeur pour laquelle le dernier possesseur les avait reçues ; car cette valeur, soutenue pour ainsi dire par celle des écus, était restée jusqu&#039;à lui de 12 et de 24 sous, comme si les pièces n&#039;avaient rien perdu par le frottement. On fit donc perdre au dernier porteur seul le frai opéré par les milliers de mains dans lesquelles elles avaient passé.&lt;br /&gt;
# L&#039;empreinte, la façon de la pièce, sert précisément au même degré jusqu&#039;au dernier moment, quoique sur la fin elle soit à peine visible, ou même ne le soit plus du tout, comme sur les anciens shillings d&#039;Angleterre. Nous avons vu que la pièce de monnaie a une certaine valeur en raison de cette empreinte ; cette valeur a été reconnue jusqu&#039;à l&#039;échange qui l&#039;a fait passer dans les mains du dernier possesseur : celui-ci l&#039;a reçue, par cette raison, à un taux un peu supérieur à celui d&#039;un petit lingot du même poids. La valeur de la façon serait donc perdue pour lui seul, quoiqu&#039;il soit peut-être la cent millième personne à qui la pièce a servi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces considérations me portent à croire que ce devrait être à la société tout entière, c&#039;est-à-dire au trésor public, à supporter dans ces cas-là la perte de l&#039;usure et la perte de la façon ; c&#039;est la société tout entière qui a usé la monnaie, et l&#039;on ne peut faire supporter cette perte à chaque particulier, proportionnellement à l&#039;avantage qu&#039;il a retiré de la monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l&#039;on peut faire payer à tout homme qui porterait des lingots à l&#039;hôtel des monnaies, pour y être façonnés, les frais de fabrication, et même, si l&#039;on veut les  bénéfices du monopole, il n&#039;y a point là d&#039;inconvénient : le monnayage élève la valeur de son lingot de tout le prix qu&#039;il paie à la monnaie ; et si cette façon ne l&#039;élevait pas à ce point, il n&#039;aurait gare de l&#039;y porter. Mais en même temps je pense que l&#039;hôtel des monnaies devrait changer une pièce vieille contre une pièce neuve toutes les fois qu&#039;il en serait requis ; ce qui n&#039;empêcherait pas au surplus qu&#039;on ne prît toutes les précautions possibles contre les rogneurs d&#039;espèces. L&#039;hôtel des monnaies ne recevrait que sur le pied des lingots, les pièces auxquelles il manquerait certaines portions de l&#039;empreinte que l&#039;usure naturelle ne doit pas enlever : la perte porterait alors sur le particulier assez négligent pour recevoir des pièces privées de signes faciles à reconnaître. La promptitude avec laquelle on aurait soin de reporter à l&#039;hôtel des monnaies une pièce altérée, fournirait au ministère public des moyens de remonter plus aisément à la source des altérations frauduleuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous une administration diligente, la perte supportée par le trésor public pour cette cause-là, se réduirait à peu de chose ; l&#039;État pourrait s&#039;en indemniser facilement au moyen des bénéfices de la fabrication ; et le système général des monnaies, de même que le change avec l&#039;étranger, en serait sensiblement amélioré.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVIII|D&#039;une attention qu&#039;il faut avoir en évaluant les sommes dont il est fait mention dans l&#039;histoire]]|&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXX|Des signes représentatifs de la monnaie]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXVIII&amp;diff=2064</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVIII</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXVIII&amp;diff=2064"/>
		<updated>2008-05-16T18:36:27Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVII|Que la monnaie n&#039;est ni un signe ni une mesure]]|&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIX|Ce que devraient être les monnaies]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXVIII - D&#039;une attention qu&#039;il faut avoir en évaluant les sommes dont il est fait mention dans l&#039;histoire.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les écrivains les plus éclairés, lorsqu&#039;ils évaluent en monnaies de notre temps les sommes dont il est fait mention dans l&#039;histoire, se contentent de réduire en monnaie courante la quantité d&#039;or ou d&#039;argent contenue dans la somme ancienne. Cela donne au lecteur une très fausse idée de la valeur de cette somme ; car l&#039;argent et l&#039;or ont beaucoup perdu de leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme, d&#039;après les observations qui se trouvent dans le précédent chapitre, on a lieu de croire que la valeur du blé, année commune, a moins varié que celle d&#039;aucune autre marchandise, et bien sûrement beaucoup moins que celle des métaux précieux, les auteurs transmettraient une idée bien plus juste d&#039;une valeur ancienne en nous disant ce qu&#039;elle pouvait acheter de blé ; et si cette quantité de blé ne portait pas à notre esprit une idée assez nette de la valeur ancienne, on pourrait la traduire en monnaie courante au prix moyen du blé à l&#039;époque où nous sommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des exemples feront mieux sentir la nécessité de ce moyen de réduction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Démocède, médecin de Crotone, s&#039;étant retiré à Égine, y déploya tant d&#039;habileté dans sa profession, que les éginètes, pour l&#039;attacher à leur ville, lui assignèrent, sur le trésor public, une pension annuelle d&#039;un talent. Si nous voulons connaître l&#039;étendue de cette munificence, et en même temps la valeur de la somme appelée du nom de &#039;&#039;talent&#039;&#039;, nous chercherons d&#039;abord à savoir ce qu&#039;un talent pouvait acheter de blé. Jusqu&#039;à Démosthène on n&#039;a pas de document sur le prix du blé ; mais dans le plaidoyer de Démosthène contre Phormion, on lit : « Le blé étant fort cher, et tandis qu&#039;il se vendait jusqu&#039;à 16 drachmes, nous en avons fait venir plus de cent mille médimnes au &#039;&#039;prix ordinaire&#039;&#039; de la taxe, à cinq drachmes. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc le prix &#039;&#039;le plus ordinaire&#039;&#039; du blé à Athènes : cinq drachmes par médimne. Le talent attique contenait 6 000 drachmes. À cinq par médimne, le talent pouvait donc acheter 1, 200 médimnes de blé. Il s&#039;agit maintenant de réduire 1 200 médimnes en mesures de notre temps. Or, on sait par d&#039;autres voies que chaque médimne équivalait à 52 de nos litres, ou (à très peu de chose près) un demi-hectolitre. Douze cents médimnes feraient donc 600 hectolitres, qui, au prix moyen de notre temps, qui ne s&#039;éloigne pas beaucoup de 19 francs l&#039;hectolitre, vaudraient, de nos jours, 11, 400 francs. Ces matières n&#039;admettent pas une exactitude extrême ; cependant nous sommes assurés d&#039;arriver, par cette méthode, beaucoup plus près de la vérité que l&#039;abbé Barthélemy, qui, dans son &#039;&#039;voyage d&#039;Anacharsis&#039;&#039;, n&#039;évalue le talent attique que 5 400 francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous désirons nous former quelqu&#039;idée des valeurs, à l&#039;époque la plus célèbre de l&#039;histoire romaine, c&#039;est-à-dire au temps de César, nous chercherons ce que chaque somme pouvait acheter de blé, et nous évaluerons ce que la même quantité de blé peut valoir à présent. Le &#039;&#039;modius&#039;&#039; était une mesure qui se vendait communément 3 sesterces. Les antiquaires diffèrent peu sur la capacité du &#039;&#039;modius&#039;&#039;. Les uns le disent égal à 858 sur 100 litres, les autres à 882 sur 100. Prenons le terme moyen de 87 sur 10, et à ce compte un sesterce vaudrait autant qu&#039;un tiers de 87 sur 10 litres, c&#039;est-à-dire que 2 9/10 litres. Or, à 19 francs l&#039;hectolitre, cette quantité de blé équivaut à 55  centimes. C&#039;est plus d&#039;une moitié en sus des évaluations qui ont été faites jusqu&#039;ici du sesterce, et cela donne une idée plus juste des sommes dont il est fait mention dans les auteurs de cette époque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a plus d&#039;incertitude dans l&#039;estimation des sommes historiques après le désastre de l&#039;empire romain, soit à cause de la diversité des monnaies et de leurs fréquentes altérations, soit en raison de l&#039;ignorance où nous sommes de la véritable capacité des mesures des grains. Pour estimer avec approximation une somme sous la première race des rois de France ; pour savoir, par exemple, ce que valaient 400 écus d&#039;or que le pape saint Grégoire sut tirer du royaume de France dès l&#039;année 593, il faudrait savoir ce que 400 écus d&#039;or pouvaient acheter de blé. Mais en supposant que l&#039;on possédât quelque renseignement tolérable sur le prix du blé vers la fin du sixième siècle, son prix ne serait probablement pas établi en écus d&#039;or ; il faudrait donc savoir en même temps le rapport de la monnaie en laquelle l&#039;estimation serait faite avec les écus d&#039;or ; il faudrait savoir la contenance de la mesure de blé dont on nous donnerait le prix, afin de connaître son rapport avec nos mesures de capacité actuelles ; et, malgré tout cela, il serait encore facile de se tromper du double au simple dans toutes ces réductions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dupré de Saint-Maur croit que depuis le règne de Philippe-Auguste, c&#039;est-à-dire depuis environ l&#039;an 1200 de l&#039;ère vulgaire, la capacité du setier de Paris est restée à peu près la même ; or, cette quantité de blé approche beaucoup d&#039;un hectolitre et demi. Et prenant 19 francs pour le prix moyen actuel de l&#039;hectolitre de blé, le prix moyen du setier est 28 francs 50 cent. En conséquence, chaque fois que nous voyons dans l&#039;histoire de France, depuis Philippe-Auguste, que le setier de blé est à un certain prix, nous pouvons traduire ce prix, quel qu&#039;il soit, par 28 francs 50 centimes d&#039;aujourd&#039;hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi nous savons qu&#039;en 1514, sous Louis XII, le froment valait, année commune, 26 sous le setier ; 26 sous valaient donc autant que 28 francs 50 centimes à présent ; et quand les historiens portent, pendant le règne de ce prince, le montant des contributions publiques à 7 650, 000 livres tournois, nous devons les estimer égales à plus de 167 millions de francs, valeur actuelle. Raynal en donne donc une bien fausse idée quand il ne les évalue que 36 de nos millions. Son erreur vient, je le répète, de ce qu&#039;il s&#039;est borné à chercher ce que cette somme contenait de métal d&#039;argent, pour réduire cet argent en monnaie actuelle, sans faire attention que la valeur de l&#039;argent a fort déchu depuis cette époque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sully, dans ses &#039;&#039;mémoires&#039;&#039;, rapporte qu&#039;il avait amassé dans les caves de la bastille jusqu&#039;à 36 millions de livres tournois, pour servir à l&#039;accomplissement des grands desseins d&#039;Henri IV contre la maison d&#039;Autriche. Comme il y eut une très forte dégradation dans la valeur de l&#039;or et de l&#039;argent, précisément pendant la durée de ce règne, ces métaux perdaient graduellement de leur prix tandis que l&#039;économe surintendant les entassait à la bastille. Quoi qu&#039;il en soit, nous pouvons connaître la valeur qu&#039;avait encore ce trésor, l&#039;année de la mort de ce prince. En 1610, le setier de Paris, qui vaut actuellement 28 francs 50 centimes, se vendait 8 livres 1 sou 9 deniers, et c&#039;est dans cette dernière monnaie que sont évalués les 36 millions dont parle Sully. Or, 36 millions, en comptant 8 livres 1 sou 9 deniers pour 28 francs 50 centimes, vaudraient aujourd&#039;hui plus de 126 millions ; somme qui offrait une ressource importante, surtout si l&#039;on considère que la guerre se faisait alors bien différemment que de nos jours. Avec cinquante mille hommes et des munitions de guerre et de bouche proportionnées, Henri IV aurait exécuté ce qu&#039;on n&#039;accomplirait pas aujourd&#039;hui avec trois cent mille hommes et un milliard. Sully eut le chagrin de voir de son vivant ces puissantes économies dissipées par de vils courtisans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut être curieux de comparer la dette publique de Louis XIV, dans les désastres qui signalèrent la fin de son règne, avec nos dettes publiques actuelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le contrôleur général Desmarets remit au duc d&#039;Orléans, régent, un mémoire où l&#039;on trouve un état de la dette mobile en 1708. Elle se montait alors, en principal, à 685 millions. Il ne donne pas le montant des rentes sur l&#039;hôtel-de-ville ; mais on voit un peu plus loin qu&#039;on y consacrait la totalité du produit des fermes générales, qui rapportèrent 31 millions en 1709, et que ce produit ne permit pas de payer au-delà de six mois dans une année. On peut donc supposer que la dette constituée s&#039;élevait à 62 millions de rentes au principal de 1 240 millions. En les joignant aux 685 millions du montant des engagements à terme, on aura 1 925 millions qu&#039;il s&#039;agit, à l&#039;aide du blé, de réduire en valeur actuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prix moyen du blé extrait des années 1685 à 1716, en excluant les années extraordinaires du plus haut et du plus bas prix, donne pour le setier de Paris 17 livres 16 sous. En traduisant par 28 francs 50 centimes chaque somme de 17 livres 16 sous qui se trouve dans la dette de Louis XIV, elle nous donnera un total de 3 milliards et 82 millions de francs ; triste résultat de la gloriole militaire du prince et des nombreux abus de sa cour.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVII|Que la monnaie n&#039;est ni un signe ni une mesure]]|&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIX|Ce que devraient être les monnaies]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXVII&amp;diff=2063</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVII</title>
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		<updated>2008-05-16T18:32:33Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVI|Des papiers-monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVIII|D&#039;une attention qu&#039;il faut avoir en évaluant les sommes dont il est fait mention dans l&#039;histoire]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXVII - Que la monnaie n&#039;est ni un signe ni une mesure.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Un signe représentatif n&#039;a de valeur que celle de l&#039;objet qu&#039;il représente, et qu&#039;on est forcé de délivrer sur la présentation du titre. La monnaie tire sa valeur de ses usages, et personne n&#039;est obligé de délivrer sa marchandise quand on lui présente de la monnaie. Il l&#039;échange librement ; il débat la valeur de sa marchandise, ce qui revient au même que de débattre la valeur de la monnaie qu&#039;on lui offre ; valeur qui n&#039;est pas stipulée d&#039;avance, et qui en fait une marchandise de même nature que les instruments quelconques dont les hommes se servent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui est un &#039;&#039;signe&#039;&#039;, c&#039;est un billet de banque payable à la première réquisition ; il est le signe de l&#039;argent qu&#039;on peut recevoir au moment qu&#039;on veut, sur la présentation de cet effet ; et il n&#039;a de valeur qu&#039;en vertu de l&#039;argent qu&#039;il donne droit de recevoir et qu&#039;on ne peut refuser de payer. Mais quant à la monnaie d&#039;argent qu&#039;on reçoit à la caisse, elle n&#039;est pas le &#039;&#039;signe&#039;&#039; : elle est la chose signifiée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on vend sa marchandise, on ne l&#039;échange donc pas contre un signe, mais contre une autre marchandise appelée &#039;&#039;monnaie&#039;&#039;, à laquelle on suppose une valeur égale à celle qu&#039;on vend.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on achète, on ne donne pas seulement un signe : on donne une marchandise ayant une valeur réelle égale à celle qu&#039;on reçoit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première erreur a été le fondement d&#039;une autre erreur souvent reproduite. De ce que la monnaie était le signe de toutes les valeurs, on a conclu que les monnaies représentaient toutes les marchandises, et que leur valeur totale en chaque pays égalait la valeur totale de tous les autres biens : opinion qui reçoit une apparence de vraisemblance de ce que la valeur relative de la monnaie diminue quand sa masse va en augmentant, et de ce qu&#039;elle augmente quand sa masse diminue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais qui ne voit que cette variation a lieu de même pour toutes les autres marchandises qui ne sont évidemment pas des signes ? Quand la récolte du vin a été double dans une certaine année, son prix tombe à moitié de ce qu&#039;il était l&#039;année précédente ; par une raison semblable, on peut supposer que, si la masse des espèces qui circulent venait à doubler, le prix de toutes choses doublerait, c&#039;est-à-dire que pour avoir le même objet il faudrait donner le double d&#039;argent. Or, cet effet n&#039;indique pas plus que la valeur totale de l&#039;argent est toujours égale à la valeur totale des autres richesses, qu&#039;il n&#039;indique que la valeur totale des vins est égale à toutes les autres valeurs réunies. La variation survenue dans la valeur de l&#039;argent et du vin, dans les deux suppositions, est une conséquence du rapport de ces denrées avec elles-mêmes, et non de leur rapport avec la quantité des autres denrées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons déjà vu que la valeur totale de la monnaie d&#039;un pays, même en y ajoutant la valeur de tous les métaux précieux qu&#039;il renferme, est peu de chose, comparée avec la masse entière de ses valeurs. La valeur représentée serait donc supérieure au signe qui la représente, et le signe ne suffirait point pour se procurer la chose signifiée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est avec aussi peu de fondement que Montesquieu prétend que le prix des choses dépend du rapport qu&#039;il y a entre la quantité totale des denrées et la quantité totale des monnaies. Un vendeur et un acheteur savent-ils ce qui existe d&#039;une denrée qu&#039;on ne met pas en vente ? Et quand ils le sauraient, cela changerait-il, relativement à cette même denrée, quelque chose à la quantité offerte et à la quantité demandée ? Toutes ces opinions naissent évidemment de l&#039;ignorance où l&#039;on a été, jusqu&#039;à notre temps, de la nature des choses et de la marche des faits dans ce qui tient à l&#039;économie politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un peu plus d&#039;apparence de raison, mais non pas avec plus de fondement on a nommé le numéraire, ou la monnaie, une &#039;&#039;mesure des valeurs&#039;&#039;. On peut apprécier la valeur des choses ; on ne peut pas la mesurer, c&#039;est-à-dire la comparer avec un type invariable et connu, parce qu&#039;il n&#039;y en a point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est de la part de l&#039;autorité une entreprise insensée que de vouloir fixer une unité de valeur pour déterminer quelle est la valeur des choses. Elle peut commander que &#039;&#039;Charles&#039;&#039;, possesseur d&#039;un sac de blé, le donne à &#039;&#039;Martial&#039;&#039; pour 24 francs ; mais elle peut commander de même que &#039;&#039;Charles&#039;&#039; le donne pour rien. Par cette ordonnance, elle aura peut-être dépouillé &#039;&#039;Charles&#039;&#039; au profit de &#039;&#039;Martial&#039;&#039; ; mais elle n&#039;aura pas plus établi que 24 francs soient la mesure de la valeur d&#039;un sac de blé, qu&#039;elle n&#039;aurait établi qu&#039;un sac de blé n&#039;a point de valeur, en forçant son possesseur à le donner pour rien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une toise ou un mètre sont de véritables mesures, parce qu&#039;elles présentent toujours à l&#039;esprit l&#039;idée d&#039;une même grandeur. Fussè-je au bout du monde, je suis certain qu&#039;un homme de cinq pieds six pouces (mesure de France) a la même taille qu&#039;un homme de cinq pieds six pouces en France. Si l&#039;on me dit que la grande pyramide de Ghizé a cent toises de largeur à sa base, je peux à Paris mesurer un espace de cent toises, et me former une idée exacte de cette base ; mais si l&#039;on me dit qu&#039;un chameau vaut au Caire 50 sequins, qui font environ 2,500 grammes d&#039;argent, ou 500 francs, je n&#039;ai pas une idée précise de la valeur de ce chameau, parce que les 500 francs d&#039;argent valent indubitablement moins à Paris qu&#039;au Caire, sans que je puisse dire de combien ils sont inférieurs en valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout ce qu&#039;on peut faire se réduit donc à comparer entre elles les valeurs de différentes choses, c&#039;est-à-dire à déclarer que celle-ci vaut autant, ou plus, ou moins que celle-là, dans le moment et au lieu où l&#039;on est, sans pouvoir déterminer quelle est absolument la valeur des unes et des autres. On dit qu&#039;une maison vaut 20 000 francs ; mais quelle idée de valeur me donne une somme de 20 000 francs ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;idée de tout ce que je peux acheter pour ce prix ; et quelle idée de valeur me donnent toutes ces choses achetées pour ce prix ? L&#039;idée d&#039;une valeur égale à celle de cette maison, mais non l&#039;idée d&#039;aucune grandeur de valeur fixe qui soit indépendante de la valeur comparée de ces choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on compare deux choses d&#039;inégale valeur à diverses fractions d&#039;un produit de même nature, on ne fait encore qu&#039;évaluer le rapport de leur valeur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on dit : &#039;&#039;cette maison vaut 20 000 francs, et cette autre vaut 10 000 francs&#039;&#039;, la phrase au fond ne dit autre chose que : &#039;&#039;cette maison vaut deux fois autant que celle-là&#039;&#039;. Comme on les compare l&#039;une et l&#039;autre à un produit qui peut se partager en plusieurs portions égales (à une somme d&#039;argent), on peut plus aisément, à la vérité, se faire une idée du rapport de valeur des deux maisons, parce que l&#039;esprit saisit avec facilité le rapport de 20 000 unités avec 10 000 unités ; mais on ne peut, sans tourner dans un cercle vicieux, dire ce que vaut chacune de ces unités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;on appelle cela &#039;&#039;mesurer&#039;&#039;, j&#039;y consens ; mais je ferai remarquer que la même propriété se rencontre dans toute autre marchandise divisible, quoiqu&#039;elle ne remplisse pas l&#039;office de la monnaie. On aura la même idée du rapport qui existe entre la valeur des deux maisons, lorsqu&#039;on dira : l&#039;une vaut mille hectolitres de froment, et l&#039;autre n&#039;en vaut que cinq cents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette matière une fois comprise, j&#039;observerai que la mesure commune de deux valeurs (si on lui accorde ce nom) ne donne aucune idée du rapport de ces deux valeurs, pour peu qu&#039;elles soient séparés par quelque distance ou par quelque espace de temps ; 20000 francs ou mille hectolitres de froment, ne peuvent me servir pour comparer la valeur d&#039;une maison d&#039;autrefois à celle d&#039;une maison d&#039;à présent, parce que la valeur des écus et du froment n&#039;est plus rigoureusement à présent ce qu&#039;elle était autrefois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une maison à Paris, de 10 000 écus, au temps de Henri IV, valait bien plus qu&#039;une maison qui vaudrait à présent 10 000 écus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une maison de 20 000 francs en basse-Bretagne, a plus de valeur qu&#039;une maison de 20 000 francs à Paris ; de même qu&#039;un revenu de 10 000 francs en basse-Bretagne, est bien plus considérable qu&#039;un revenu de pareille somme à Paris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ce qui rend impossible la comparaison qu&#039;on a quequefois tenté de faire des richesses de deux époques ou de deux nations différentes. Ce parallèle est la quadrature du cercle de l&#039;économie politique, parce qu&#039;il n&#039;y a point de mesure commune pour l&#039;établir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;argent, et même la monnaie, de quelque matière qu&#039;elle soit composée, n&#039;est qu&#039;une marchandise dont la valeur est variable, comme celle de toutes les marchandises, et se règle à chaque marché qu&#039;on fait, par un accord entre le vendeur et l&#039;acheteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;argent vaut &#039;&#039;plus&#039;&#039; quand il achète beaucoup de marchandises que lorsqu&#039;il en achète peu. Il ne peut donc faire les fonctions d&#039;une mesure, qui consiste à conserver l&#039;idée d&#039;une grandeur. Ainsi, lorsque Montesquieu a dit en parlant des monnaies : « Rien ne doit être si exempt de variations que ce qui doit être la mesure commune de tout », il a renfermé trois erreurs en deux lignes. D&#039;abord on ne peut pas prétendre que la monnaie soit la mesure de tout, mais de toutes les valeurs ; en second lieu, elle n&#039;est pas même la mesure des valeurs ; et, enfin, il est impossible de rendre sa valeur invariable. Si Montesquieu voulait engager les gouvernements à ne pas altérer les monnaies, il devait employer de bonnes raisons, parce qu&#039;il y en a, et non des traits brillants qui trompent et accréditent de fausses idées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il serait bien souvent curieux, et dans certain cas, il serait utile de pouvoir comparer deux valeurs séparées par les temps et par les lieux, comme dans les cas où il s&#039;agit de stipuler un paiement à effectuer au loin, ou bien une rente qui doit durer de longues années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith propose la valeur du travail comme moins variable, et par conséquent plus propre à donner la mesure des valeurs dont on est séparé : et voici les raisons sur lesquelles il se fonde : « Deux quantités de travail, dit-il, quel que soit le temps, quel que soit le lieu, sont d&#039;égale valeur pour celui qui travaille. Dans l&#039;état ordinaire de sa santé et de son courage, de son aptitude et de sa dextérité, l&#039;avance qu&#039;il fait, dans les deux cas, de sa peine, doit etre pour lui la même. Ce prix qu&#039;il paie est donc le même, quelle que soit la quantité des choses qu&#039;il reçoive en retour. S&#039;il en reçoit une plus ou moins grande quantité, c&#039;est la valeur de ces choses qui varie, et non la valeur du travail avec lequel il les achète. Partout, dans tous les temps, ce qu&#039;on n&#039;obtient qu&#039;avec beaucoup de peines et de travail, est cher ; ce qui en coûte peu est à bon marché. Le travail ne variant jamais dans sa valeur, est donc la seule mesure réelle avec laquelle la valeur de toutes les marchandises peut, en tout temps, en tous lieux, être comparée et estimée ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;en déplaise à Smith, de ce qu&#039;une certaine quantité de travail a toujours la même valeur pour celui qui fournit ce travail, il ne s&#039;ensuit pas qu&#039;elle ait toujours la même valeur échangeable. De même que toute autre marchandise, le travail peut être plus ou moins offert, plus ou moins recherché ; et sa valeur, qui, ainsi que toute valeur, se fixe par le débat contradictoire qui s&#039;élève entre le vendeur et l&#039;acheteur, varie selon les circonstances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La qualité du travail n&#039;influe pas moins sur sa valeur. Le travail de l&#039;homme fort et intelligent vaut plus que celui de l&#039;homme faible et stupide. Le travail vaut plus dans un pays qui prospère, et où les travailleurs manquent, que dans un pays surchargé de population. La journée d&#039;un manouvrier aux états-Unis se paie en argent trois fois autant qu&#039;en France ; peut-on croire que l&#039;argent y vaut trois fois moins ? Une preuve que le manouvrier des États-Unis est réellement mieux payé, c&#039;est qu&#039;il se nourrit mieux, se vêtit mieux, se loge mieux. Le travail est peut-être une des denrées dont la valeur varie le plus, parce qu&#039;il est, dans certains cas, extraordinairement recherché, et, dans d&#039;autres cas, offert avec une instance qui fait peine, comme dans une ville dont l&#039;industrie est tombée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa valeur ne peut donc servir mieux que la valeur de toute autre denrée, à mesurer deux valeurs séparées par de grandes distances ou par un long espace de temps. Il n&#039;y a réellement point de mesure des valeurs, parce qu&#039;il faudrait pour cela qu&#039;il y eût une valeur invariable, et qu&#039;il n&#039;en existe point. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À défaut de mesure exacte, il faut se contenter d&#039;évaluations approximatives ; alors la valeur de plusieurs marchandises, lorsqu&#039;elle est bien connue, peut donner une idée plus ou moins rapprochée de la valeur de telle autre. Pour savoir, à peu près, ce qu&#039;une chose valait chez les anciens, il faudrait connaître quelle marchandise, à la même époque, devait valoir à peu près autant que chez nous, et savoir ensuite quelle quantité de cette denrée on donnait en échange de celle dont on veut savoir le prix. Il ne faudrait point prendre pour objet de comparaison la soie, par exemple, parce que cette marchandise, qu&#039;on était obligé, du temps de César, de tirer de la Chine d&#039;une manière dispendieuse, et qui ne se produisait point en Europe, devait être beaucoup plus chère que chez nous. N&#039;est-il aucune marchandise qui ait dû moins varier depuis ce temps jusqu&#039;au nôtre ? Combien donnait-on de cette marchandise pour avoir une once de soie ? Voilà ce qu&#039;il faudrait savoir. S&#039;il était une denrée dont la production fût à peu près également perfectionnée aux deux époques, une denrée dont la consommation fût de nature à s&#039;étendre à mesure qu&#039;elle est plus abondante, cette denrée aurait probablement peu varié dans sa valeur, laquelle pourrait en conséquence devenir un moyen terme de comparaison assez passable des autres valeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis les premiers temps historiques, le blé est la nourriture du plus grand nombre, chez tous les peuples de l&#039;Europe ; et la population des états a dû par conséquent se proportionner à sa rareté et à son abondance plutôt qu&#039;à la quantité de toute autre denrée alimentaire : la demande de cette denrée, relativement à sa quantité offerte, a donc dû être, dans tous les temps, à peu près la même. Je n&#039;en vois point en outre dont les frais de production doivent avoir aussi peu varié. Les procédés des anciens, dans l&#039;agriculture, valaient les nôtres à beaucoup d&#039;égards, et peut-être les surpassaient en quelques points. L&#039;emploi des capitaux était plus cher, à la vérité ; mais cette différence est peu sensible, en ce que, chez les anciens, les propriétaires cultivaient beaucoup par eux-mêmes et avec leurs capitaux ; ces capitaux, engagés dans des entreprises agricoles, pouvaient réclamer des profits moindres que dans d&#039;autres emplois, d&#039;autant plus que, les anciens attachant plus d&#039;honneur à l&#039;exercice de l&#039;industrie agricole qu&#039;à celui des deux autres, les capitaux, de même que les travaux, devaient s&#039;y porter avec plus de concurrence que vers les fabriques et le commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le moyen âge, où tous les arts ont tant dégénéré, la culture du blé s&#039;est soutenue à un haut point de perfection qui n&#039;est pas fort au-dessous de celui où nous la voyons actuellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ces considérations je conclus que la valeur d&#039;une même quantité de blé a dû être à peu près la même chez les anciens, dans le moyen âge, et de notre temps. Mais comme l&#039;abondance des récoltes a toujours prodigieusement varié d&#039;une année à l&#039;autre, qu&#039;il y a eu des famines dans un temps, et que les grains ont été donnés à vil prix dans un autre, il ne faut évaluer le grain que sur sa valeur moyenne, toutes les fois qu&#039;on la prend pour base d&#039;un calcul quelconque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pour ce qui est de l&#039;estimation des valeurs à des époques différentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à leur estimation en deux endroits éloignés l&#039;un de l&#039;autre, elle n&#039;est pas moins difficile. La nourriture la plus générale, et par conséquent celle dont la demande et la quantité restent plus communément dans une même proportion relative, varie d&#039;un climat à l&#039;autre. En Europe, c&#039;est le blé ; en Asie, c&#039;est le riz : la valeur d&#039;une de ces denrées n&#039;a aucun rapport en Asie et en Europe, la valeur du riz en Asie n&#039;a même aucun rapport avec la valeur du blé en Europe. Le riz a  incontestablement moins de valeur aux Indes que le blé parmi nous : sa culture est moins dispendieuse, ses récoltes sont doubles. C&#039;est en partie ce qui fait que la main-d&#039;œuvre est à si bon marché aux Indes et à la Chine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La denrée alimentaire de l&#039;usage le plus général est donc une mauvaise mesure des valeurs à de grandes distances. Les métaux précieux n&#039;en sont pas une bien parfaite non plus : ils valent incontestablement moins en Amérique qu&#039;ils ne valent en Europe, et incontestablement plus dans toute l&#039;Asie, puisqu&#039;ils s&#039;y rendent constamment. Cependant la grande communication qui existe entre ces parties du monde, et la facilité de les transporter, peuvent faire supposer que c&#039;est encore la marchandise qui varie le moins dans sa valeur en passant d&#039;un climat dans l&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Heureusement qu&#039;il n&#039;est pas nécessaire, pour les opérations commerciales, de comparer la valeur des marchandises et des métaux dans deux climats éloignés, et qu&#039;il suffit de connaître leur rapport avec les autres denrées dans chaque climat. Un négociant envoie à la Chine une demi-once d&#039;argent : que lui importe que cette demi-once vaille plus ou moins qu&#039;une once en Europe ? La seule chose qui l&#039;intéresse est de savoir qu&#039;avec cet argent il pourra acheter à Canton une livre de thé d&#039;une certaine qualité, qui, rapportée en Europe, se vendra une once et demie d&#039;argent. D&#039;après ces données, sachant qu&#039;il aura sur cet objet, quand l&#039;opération sera terminée, un gain d&#039;une once d&#039;argent, il calcule si ce gain, après avoir couvert les frais et les risques de l&#039;allée et du retour, lui laisse un bénéfice suffisant. Il ne s&#039;inquiète pas d&#039;autre chose. S&#039;il envoie des marchandises au lieu d&#039;argent, il lui suffit de savoir le rapport entre la valeur de ces marchandises et celle de l&#039;argent en Europe, c&#039;est-à-dire &#039;&#039;ce qu&#039;elles coûtent&#039;&#039; ; le rapport entre leur valeur et celle des denrées chinoises en Chine, c&#039;est-à-dire &#039;&#039;ce qu&#039;on obtiendra en échange&#039;&#039; ; et finalement le rapport entre ces dernières et l&#039;argent en Europe, ou &#039;&#039;ce qu&#039;elles se vendront&#039;&#039; quand elles seront arrivées. On voit qu&#039;il n&#039;est question là-dedans que de comparer les valeurs relatives de deux ou de plusieurs objets, au même temps et au même lieu, dans chaque occasion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les usages ordinaires de la vie, c&#039;est-à-dire, lorsqu&#039;il ne s&#039;agit que de comparer la valeur de deux choses qui ne sont séparées ni par un long espace de temps, ni par une grande distance, presque toutes les denrées qui ont quelque valeur peuvent servir de mesure ; et si, pour désigner la valeur d&#039;une chose, même lorsqu&#039;il n&#039;est question ni de vente ni d&#039;achat, on emploie plus volontiers dans cette appréciation la valeur des métaux précieux, ou de la monnaie, c&#039;est parce que la valeur d&#039;une  certaine quantité de monnaie est une valeur plus généralement connue que toute autre. Mais quand on stipule pour des temps éloignés, comme lorsqu&#039;on se réserve une rente perpétuelle, il vaut mieux stipuler en blé ; car la découverte d&#039;une seule mine pourrait faire tomber la valeur de l&#039;argent fort au dessous de ce qu&#039;elle est, tandis que la cultivation de toute l&#039;Amérique septentrionale ne ferait pas sensiblement baisser la valeur du blé en Europe ; car alors l&#039;Amérique se peuplerait de consommateurs en même temps qu&#039;elle se couvrirait de moissons. De toute manière, une stipulation de valeurs pour un terme éloigné est nécessairement vague, et ne peut donner aucune assurance de la valeur qu&#039;on recevra. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La plus mauvaise de toutes les stipulations serait celle qui stipulerait en monnaie nominale ; car ce nom pouvant s&#039;appliquer à des valeurs diverses, ce serait stipuler un mot plutôt qu&#039;une valeur, et s&#039;exposer à payer ou à être payé en paroles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je me suis arrêté à combattre des expressions inexactes, c&#039;est qu&#039;elles m&#039;ont semblé trop répandues, qu&#039;elles suffisent quelquefois pour établir des idées fausses, que les idées fausses deviennent souvent la base d&#039;un faux système, et que d&#039;un faux système enfin naissent les mauvaises opérations.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVI|Des papiers-monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVIII|D&#039;une attention qu&#039;il faut avoir en évaluant les sommes dont il est fait mention dans l&#039;histoire]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXIII&amp;diff=2062</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIII</title>
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		<updated>2008-05-16T18:29:16Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII|De la matière dont les monnaies sont faites]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIV|Que les monnaies faites de différents métaux ne peuvent pas conserver un rapport fixe dans leur valeur]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXIII - Origine de la valeur des monnaies.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
La monnaie n&#039;étant qu&#039;un instrument qui sert à faciliter nos échanges, la quantité de monnaie dont un pays a besoin est déterminée par la somme des échanges que les richesses de ce pays et l&#039;activité de son industrie entraînent nécessairement. Dans le cours ordinaire des choses, on ne troque pas des marchandises les unes contre les autres sans motif, et simplement pour faire un troc ; mais pour faire servir les marchandises qu&#039;on échange à la production ou à la consommation du pays. Quand la production est plus active, quand la consommation est plus étendue, on a plus d&#039;échanges à conclure, on a besoin d&#039;une plus forte somme de monnaie. En d&#039;autres mots, ce n&#039;est pas la somme des monnaies qui détermine le nombre et l&#039;importance des échanges ; c&#039;est le nombre et l&#039;importance des échanges qui déterminent la somme de monnaie dont on a besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette nature des choses il résulte que, rien n&#039;étant changé d&#039;ailleurs aux circonstances du pays, la valeur de la monnaie décline d&#039;autant plus qu&#039;on en verse davantage dans la circulation. En effet, admettant que le numéraire qui circule actuellement en France s&#039;élève à deux milliards de francs, si, par une cause quelconque, on portait tout à coup ce nombre de francs à quatre milliards, la quantité de produits, de marchandises qui se présenteraient en vente, étant ce qu&#039;elle était, il devient évident qu&#039;on n&#039;offrirait pas plus de marchandises à vendre, tandis qu&#039;on offrirait, pour chaque objet à vendre, un nombre de francs double de ce qu&#039;on en offre à présent ; les quatre milliards ne vaudraient pas plus que les deux milliards, valeur actuelle ; chaque franc ne vaudrait que cinquante centimes. On sent que cette supposition est extrême et inadmissible ; mais ce qui ne l&#039;est pas, c&#039;est une augmentation ou une diminution moins considérable et plus graduelle de la somme des unités monétaires, et un effet proportionnel relativement à la valeur de chaque unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une suite du même principe, si la population du pays devenait plus nombreuse, sa production et sa consommation plus considérables, et si par conséquent le pays se trouvait avoir plus de transactions à conclure, plus d&#039;échanges à terminer, sans que le nombre des unités monétaires fût accru, étant plus demandées et n&#039;étant pas offertes en plus grande quantité, la valeur de chaque unité monétaire croîtrait d&#039;autant plus que cette disparité deviendrait plus sensible. De ces deux effets contraires peuvent naître des combinaisons diverses à l&#039;infini.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Appliquons ces vérités fondamentales aux monnaies qui peuvent être faites de différentes matières, et d&#039;abord aux monnaies d&#039;argent. Les observations qu&#039;elles nous fourniront pourront nous éclairer sur les autres monnaies, en y faisant les corrections&lt;br /&gt;
nécessaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une pièce de 5 francs d&#039;une part, et un petit lingot du même métal et du même poids d&#039;autre part, sont deux marchandises un peu différentes entre elles ; elles diffèrent comme un produit fabriqué diffère de la matière première dont il est fait. Si cette fabrication était libre pour tout le monde, et si l&#039;autorité publique se bornait à fixer le titre, le poids et l&#039;empreinte que chaque pièce doit recevoir, il s&#039;élèverait des manufactures de monnaie jusqu&#039;à ce que les besoins qu&#039;on a de cet instrument fussent satisfaits. La matière première, l&#039;argent, a, dans chaque pays, une valeur quelconque, déterminée par les mêmes causes qui agissent sur les autres marchandises ; la concurrence des fabricants réduirait les frais de fabrication au taux le plus bas ; et à ce taux, les besoins de la circulation détermineraient le nombre de pièces qu&#039;on pourrait fabriquer avec profit. Si les manufacturiers en produisaient davantage, ils aviliraient leur marchandise et perdraient ; s&#039;ils en fabriquaient trop peu, la valeur des monnaies s&#039;élèverait au-dessus des frais de production, et provoquerait une fabrication plus considérable. Mais le monnayage n&#039;est pas abandonné à une libre concurrence, on sait que dans tous les pays l&#039;autorité publique s&#039;est réservée l&#039;exercice exclusif de ce genre de manufacture ; soit qu&#039;à la faveur du monopole, elle ait voulu se procurer un bénéfice extraordinaire, comme celui qu&#039;elle tire en certains lieux du monopole du tabac ; soit plutôt qu&#039;elle ait voulu offrir à ses sujets une garantie plus digne de leur confiance que celle que leur donnerait une manufacture appartenant à des particuliers. En effet, la garantie des gouvernements, toute frauduleuse qu&#039;elle a été trop souvent, convient encore mieux aux peuples qu&#039;une garantie privée, tant à cause de l&#039;uniformité qu&#039;une fabrication homogène permet de donner aux pièces, que parce que la fraude serait peut-être plus difficile encore à reconnaître, exercée par des particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoiqu&#039;il en soit, cette circonstance introduit une proportion jusqu&#039;à un certain point arbitraire entre le prix du lingot et le prix des pièces. Quelquefois le gouvernement juge à propos de les fabriquer gratuitement, comme en Angleterre et en Russie, où l&#039;on donne, à ceux qui portent des lingots à la monnaie, un poids égal en pièces monnayées, sans rien retenir pour la façon. Aussi, dans ces pays, les pièces monnayées ne vaudraient pas plus que le lingot, sans une circonstance qui fait que le monnayage, qui ne rapporte rien au gouvernement, n&#039;est pas tout-à-fait gratuit pour le particulier. Celui-ci perd les intérêts de sa matière première depuis l&#039;instant où il confie son argent aux ateliers monétaires, jusqu&#039;à celui où on le lui rend. Sans la perte qui en résulte, il est évident que l&#039;on se servirait de l&#039;hôtel des monnaies, non seulement pour avoir des monnaies, mais pour avoir, sans frais, un métal réduit à un titre uniforme, et portant une étiquette digne de confiance ; ce qui en faciliterait l&#039;emploi, même dans le cas où l&#039;on ne voudrait pas s&#039;en servir comme monnaie. Malgré même cette perte d&#039;intérêts qu&#039;on subit à l&#039;hôtel des monnaies d&#039;Angleterre, il a très souvent convenu aux spéculateurs de porter à l&#039;étranger des monnaies anglaises où elles ne remplissaient pas l&#039;office de monnaie, mais de lingots réduits à un titre uniforme et connu. Avant la révolution française, on voyait constamment des guinées dans le commerce des métaux précieux qui se faisait en France. Le gouvernement anglais, par conséquent, faisait supporter à ses contribuables les frais de fabrication, et ne les faisait pas jouir de la totalité de la monnaie qui résultait de ces frais, dont une partie tournait au profit des marchands étrangers. Le même effet s&#039;est renouvelé depuis que les anglais ont fait une nouvelle monnaie d&#039;or appelée &#039;&#039;souverains&#039;&#039;. Les anglais sont dupes en ceci de leur respect chinois pour leurs anciens usages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même inconvénient se manifeste jusqu&#039;à un certain point en France : non que le monnayage y soit entièrement gratuit ; mais le profit en est abandonné, dans chaque hôtel des monnaies, à un entrepreneur à façon, que l&#039;on nomme improprement &#039;&#039;directeur&#039;&#039; ; et le gouvernement demeure chargé des frais d&#039;administration et de surveillance, de l&#039;entretien des bâtiments et des grosses machines, ainsi que de l&#039;intérêt du capital que ces choses représentent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les cas que je viens de citer, la valeur de la monnaie ne s&#039;élève pas aussi haut que si elle était fabriquée par des particuliers ; car nul d&#039;entre eux ne voudrait subir les pertes que les gouvernements consentent à supporter. En France, la différence de valeur entre l&#039;argent en lingot et l&#039;argent monnayé n&#039;est guère, en temps ordinaire, que d&#039;un pour cent en faveur de l&#039;argent monnayé ; différence trop légère pour couvrir les frais de fabrication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans d&#039;autres temps et dans d&#039;autres pays, les gouvernements ont cru pouvoir retenir sur les métaux qu&#039;on portait à leurs ateliers, outre leurs frais de fabrication, un droit régalien qu&#039;ils ont nommé &#039;&#039;droit de seigneuriage&#039;&#039;. Mais, dans le cas dont il est ici question, le gouvernement n&#039;est autre chose qu&#039;un manufacturier. Son bénéfice ne peut naître que de la différence de valeur qui se manifeste entre la matière première et le produit fabriqué ; valeur qui dépend, non de ses lois et d&#039;une fixation de valeur qui ne dépend pas de lui, mais des circonstances de la société et de la volonté libre des contractants et du prix courant des marchandises. On voit que les droits de fabrication, les droits de seigneuriage, dont on a tant discouru, sont absolument illusoires, et que les gouvernements ne peuvent avec des ordonnances déterminer le bénéfice qu&#039;ils feront sur les monnaies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute le gouvernement peut décider qu&#039;il ne frappera aucune monnaie, à moins que le particulier qui lui apporte du métal à transformer en monnaie ne lui abandonne cinq onces d&#039;argent sur cent qui passeront sous son balancier ; mais on doit bien penser que si, au cours du marché, les cent onces fabriquées ne valent pas à leur possesseur autant que cent cinq onces en lingots, il gardera ses lingots, et les ateliers monétaires resteront oisifs. Et si le gouvernement, pour occuper ses balanciers, achète lui-même des matières, et qu&#039;après avoir frappé cent onces, ces cent onces monnayées ne puissent acheter que cent deux onces en lingots, il ne gagnera que deux pour cent sur sa fabrication, quelle que soit la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul moyen qu&#039;aient les gouvernements d&#039;accroître leurs profits sur le monnayage, est de se prévaloir du privilège qu&#039;ils ont de fabriquer seuls, pour diminuer l&#039;approvisionnement du marché, en suspendant la fabrication jusqu&#039;à ce que les monnaies, devenues plus rares, aient acquis plus de valeur relativement aux autres marchandises. De cette manière le besoin d&#039;argent monnayé le faisant plus vivement rechercher, sa valeur croît, on en offre moins pour un kilogramme d&#039;argent, de même que pour toute autre marchandise, et il est alors possible qu&#039;on obtienne pour 190 francs en écus, pour 180 francs, et même pour moins, un kilogramme d&#039;argent dont on pourra faire 200 francs d&#039;écus. Le profit ne consistera toujours que dans la différence qui se manifestera entre le prix du lingot et celui de la monnaie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne paraît cependant pas que les gouvernements se prévalent de ce privilège qu&#039;ils ont d&#039;approvisionner imparfaitement d&#039;espèces, la circulation du pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela ne peut avoir lieu sans occasionner une certaine pénurie de monnaie, qui provoque dans le public l&#039;emploi de signes représentatifs dont nous nous occuperons bientôt. Les employés des monnaies sont toujours de leur côté pressés de fabriquer, soit pour paraître utiles, soit pour profiter d&#039;un &#039;&#039;tant pour cent&#039;&#039;, accordé à plusieurs d&#039;entre eux sur les métaux qui passent dans les creusets ou sous les balanciers. Peut-être encore les gouvernements sont-ils trop mauvais négociants pour évaluer complètement leurs&lt;br /&gt;
frais de production, et notamment la valeur capitale des hôtels des monnaies ; et, après avoir regardé comme perdues les sommes qu&#039;ils y ont consacrées, et peut-être les nombreux traitements de leurs employés, courent-ils après le bénéfice qui résulte de la fabrication courante, tout insuffisant qu&#039;il est pour rembourser les traitements et l&#039;intérêt des capitaux versés dans l&#039;entreprise. En fait, il ne paraît pas que la valeur de l&#039;argent monnayé surpasse, dans aucun pays, la valeur de l&#039;argent en lingot, de manière à excéder les frais de fabrication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les gouvernements étaient complètement indemnisés des frais de fabrication, si le monnayage ne coûtait absolument rien aux contribuables, il n&#039;y aurait jamais lieu de gémir sur l&#039;exportation des espèces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle serait même aussi favorable à la richesse nationale que l&#039;exportation de tout autre produit manufacturé. C&#039;est une branche de l&#039;orfèvrerie ; et il n&#039;est pas douteux qu&#039;une monnaie qui serait assez bien frappée pour ne pouvoir être aisément contrefaite, une monnaie essayée et pesée avec précision, pourrait devenir d&#039;un usage courant en plusieurs lieux du monde, et que l&#039;État qui la fabriquerait en tirerait un profit qu&#039;on ne devrait nullement mépriser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ducats de Hollande sont recherchés dans tout le nord pour une valeur supérieure à leur valeur intrinsèque, et les piastres d&#039;Espagne ont été fabriquées d&#039;une manière si constante et si fidèle, qu&#039;elles ont cours de monnaie, non seulement dans toute l&#039;Amérique, mais encore dans la république des États-Unis, dans une partie considérable de l&#039;Europe, de l&#039;Afrique et de l&#039;Asie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les piastres offrent même un exemple curieux de la valeur que l&#039;empreinte donne au métal. Lorsque les américains des États-Unis ont voulu fabriquer leurs dollars, qui ne sont autres que des piastres, ils se contentèrent de faire passer les piastres sous leur balancier ; c&#039;est-à-dire que, sans rien changer à leur poids et à leur titre, ils effacèrent l&#039;empreinte espagnole pour y imprimer la leur. Dès ce moment, les chinois et les autres peuples d&#039;Asie ne voulurent plus les recevoir sur le même pied : cent dollars n&#039;achetaient plus la même quantité de marchandise qu&#039;on obtenait pour cent piastres. Le gouvernement américain, qui, très éclairé d&#039;ailleurs, était encore imbu du préjugé de la balance du commerce, se prévalut de cette circonstance pour faire cesser l&#039;exportation des espèces en Asie. Il ordonna qu&#039;on n&#039;exporterait plus que les dollars de la façon des États-Unis ; de manière qu&#039;après avoir fait des frais pour diminuer la valeur d&#039;une partie des piastres d&#039;Espagne, il voulut qu&#039;on les employât à l&#039;usage auquel le gouvernement avait empêché qu&#039;elles ne fussent propres : celui de s&#039;en servir dans les relations commerciales qu&#039;on avait avec les peuples qui n&#039;y mettaient pas le prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait laisser porter au-dehors la valeur, sous quelque forme que ce fût, qui devait amener les plus gros retours ; et là-dessus on pouvait s&#039;en rapporter à l&#039;intérêt privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et que dire du gouvernement espagnol, dont la fidélité dans l&#039;empreinte de ses piastres leur donnait au dehors une valeur fort supérieure à leur valeur intrinsèque, qui, en vertu de l&#039;espèce de monopole dont jouissaient ses états d&#039;Amérique, relativement à cette marchandise, pouvait charger de gros droits son extraction, et qui néanmoins prohibait une exportation si profitable pour ses peuples et pour lui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement, quoique fabricant de monnaie, et n&#039;étant point tenu de la fabriquer gratuitement, ne peut pas néanmoins, avec justice, retenir les frais de fabrication sur les sommes qu&#039;il paie en exécution de ses engagements. S&#039;il s&#039;est engagé à payer, je suppose, pour des fournitures qui lui ont été faites, une somme d&#039;un million, il ne peut équitablement dire au fournisseur : «  Je me suis engagé à vous payer un million, mais je vous paie en monnaie qui sort de dessous le balancier, et je vous retiens vingt mille francs, plus ou moins, pour frais de fabrication. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sens de tous les engagements pris par le gouvernement ou par les particuliers est celui-ci : &#039;&#039;je m&#039;engage à payer telle somme en monnaie fabriquée&#039;&#039;, et non pas &#039;&#039;telle somme en lingots&#039;&#039; ; l&#039;échange qui sert de base à ce marché a été fait en conséquence de ce que l&#039;un des contractants donnait pour sa part une denrée un peu plus chère que l&#039;argent, c&#039;est-à-dire de l&#039;argent frappé en écus. Le gouvernement doit donc de l&#039;argent monnayé ; il a dû acheter en conséquence, c&#039;est-à-dire, obtenir plus de marchandise que s&#039;il s&#039;était engagé à payer en argent-lingots ; dans ce cas, il bénéficie des frais de fabrication au moment où il conclut le marché, au moment où il obtient une plus grande quantité de marchandise que s&#039;il eût fait ses paiements en lingots. C&#039;est quand on lui porte du métal à fabriquer en monnaie, qu&#039;il doit faire payer ou retenir en argent les frais de fabrication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu de quelle manière et jusqu&#039;à quel point les gouvernements, en vertu du privilège qu&#039;ils se sont attribué, avec raison je crois, de fabriquer seuls les monnaies, peuvent en faire un objet de lucre ; nous avons vu en même temps qu&#039;ils ne s&#039;en prévalent guère, et que par tout pays la valeur d&#039;une pièce de monnaie excède peu celle d&#039;un petit lingot égal en poids et en finesse. C&#039;est de quoi l&#039;on peut se convaincre en voyant quel est le prix courant du lingot payé en pièces de monnaie. D&#039;un autre côté, nous pouvons regarder comme un fait constant que jamais les pièces monnayées ne tombent au-dessous de la valeur de leur matière première. La raison en est simple. Si, par l&#039;effet d&#039;une surabondance d&#039;espèces, un écu de 5 francs déclinait en valeur jusqu&#039;à valoir un peu moins qu&#039;un petit lingot du même poids et de la même finesse, les spéculateurs réduiraient, par la fonte, l&#039;écu en lingot ; ce qui diminuerait le nombre des écus jusqu&#039;au moment où, devenus plus rares et plus précieux, il n&#039;y aurait plus d&#039;avantage à les fondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la valeur d&#039;une monnaie d&#039;argent ne tombe jamais au-dessous de la valeur d&#039;un lingot de même poids et de même finesse, et si, par des motifs que nous avons pu apprécier, elle ne s&#039;élève guère au-dessus, nous conclurons que la valeur du métal règle, gouverne la valeur de la monnaie, et que les causes qui déterminent la valeur du métal, déterminent par suite la valeur des pièces de monnaie qui en sont faites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi arrive-t-il très souvent que l&#039;on confond la variation des valeurs monétaires avec la variation des valeurs métalliques. Une altération dans le poids et dans le titre des monnaies cause toujours une altération dans leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, quelles sont les causes de la valeur du métal ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mêmes que celles qui déterminent la valeur de tous les autres produits : le besoin qu&#039;on en a restreint par les frais de sa production. L&#039;utilité du métal d&#039;argent, qui est le premier fondement de la demande qu&#039;on en fait, consiste dans les services qu&#039;il peut rendre, soit comme monnaie, soit comme métal propre à former des ustensiles et des ornements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les avantages qu&#039;on lui a reconnus dans l&#039;emploi qu&#039;on en fait comme monnaie, l&#039;ont fait adopter en cette qualité par toutes les nations tant soit peu riches et commerçantes. Celles mêmes dont la monnaie est principalement en or ou en papier, se servent de l&#039;argent pour les coupures de l&#039;instrument de leurs échanges. Ce double usage du métal d&#039;argent, détermine l&#039;étendue de la demande qu&#039;on en fait au prix où le portent ses frais de production. Toutes les circonstances qui tendent à diminuer la demande, tendent à diminuer sa valeur ; tel serait un déclin dans l&#039;industrie et la population du monde. La société humaine, dans ce cas, en réclamerait une moins grande quantité, et ne pourrait plus faire les mêmes sacrifices pour s&#039;en procurer : on cesserait d&#039;exploiter les mines les plus coûteuses. Si d&#039;une autre part, on découvrait d&#039;autres mines plus riches que celles où l&#039;on puise maintenant, si les procédés d&#039;exploitation se perfectionnaient et devenaient moins dispendieux, la valeur du métal baisserait ; mais comme cette circonstance en étendrait l&#039;usage, et permettrait à un plus grand nombre de familles d&#039;employer des ustensiles d&#039;argent, ou du moins d&#039;en employer en plus grand nombre ; comme les monnaies devenant moins précieuses, on les multiplierait pour répondre aux besoins de la circulation, la demande du métal d&#039;argent augmenterait à mesure que son prix deviendrait plus bas ; sa baisse serait combattue par cette demande, et s&#039;arrêterait au point où elle viendrait rencontrer les frais de production nécessaires pour procurer cette quantité de métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut appliquer aux monnaies composées avec d&#039;autres matières que l&#039;argent, les raisonnements dont je me suis servi en parlant de l&#039;argent. Leur valeur est toujours en proportion de la quantité de monnaie qu&#039;on verse dans la circulation, comparée avec la quantité que la circulation en réclame. Si les besoins de la circulation n&#039;augmentent pas, et si l&#039;on augmente le nombre des unités monétaires, leur valeur décline. Si leur valeur baisse au-dessous de celle de leurs frais de production, la matière première&lt;br /&gt;
comprise, le fabricateur perd à leur fabrication. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand la matière première est de nulle valeur, comme lorsqu&#039;on fait de la monnaie de papier, la valeur de la monnaie peut décliner à l&#039;excès ; car alors on peut en fabriquer sans beaucoup de frais de production ; mais le papier-monnaie donnant lieu à des considérations particulières, quoique sa valeur dérive des mêmes principes, j&#039;en ferai un chapitre à part. Il me suffira dans ce moment d&#039;avertir que les monnaies faites d&#039;une matière influent sur celles qui sont autrement composées, et qu&#039;en multipliant&lt;br /&gt;
la quantité des unités monétaires, qui sont en or, on fait décliner la valeur de celles qui sont en argent ou en cuivre. On en peut dire autant des signes représentatifs de la monnaie, qui, sans être monnaie eux-mêmes, font un effet pareil à la multiplication des unités monétaires, parce qu&#039;ils satisfont aux mêmes besoins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les monnaies métalliques, le métal le plus précieux est le seul qui soit compté comme ayant une valeur intrinsèque ; l&#039;alliage ne conserve aucune valeur, parce que si l&#039;on voulait en faire le départ, il ne vaudrait pas les frais de l&#039;opération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La monnaie en circulation dans un pays, quelle que soit sa matière, ayant une valeur qui lui est propre, une valeur qui naît de ses usages, fait partie des richesses de ce pays, aussi bien que le sucre, l&#039;indigo, le froment, et toutes les marchandises qui sont en sa possession. Elle varie de valeur comme les autres marchandises, et se consomme comme elles, quoique plus lentement que la plupart d&#039;entre elles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait donc approuver la manière dont la représente Germain Garnier, lorsqu&#039;il dit que « tant que l&#039;argent reste sous la forme de monnaie, il n&#039;est pas proprement une richesse, dans le sens strict de ce mot, puisqu&#039;il ne peut directement et immédiatement &#039;&#039;satisfaire un besoin&#039;&#039; ou une jouissance. ». Une foule de valeurs ne sont pas susceptibles de satisfaire un besoin ou une jouissance sous leur forme actuelle. Un négociant possède un magasin entier rempli d&#039;indigo qui ne peut servir en nature, ni à nourrir, ni à vêtir, et qui n&#039;en est pas moins une richesse ; richesse qu&#039;il transformera, dès qu&#039;il le voudra, en une autre valeur immédiatement propre à l&#039;usage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;argent en écus est donc une richesse aussi bien que l&#039;indigo en caisses. D&#039;ailleurs la monnaie, par ses usages, ne satisfait-elle pas un des besoins des nations civilisées ? Le même auteur avoue, à la vérité, dans un autre endroit, que « dans les coffres d&#039;un particulier, le numéraire est une vraie richesse, une partie intégrante des biens qu&#039;il possède, et qu&#039;il peut consacrer à ses jouissances ; mais que, sous le rapport de l&#039;économie publique, ce numéraire n&#039;est autre chose qu&#039;un instrument d&#039;échange, totalement distinct des richesses qu&#039;il sert à faire circuler. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois en avoir dit assez pour prouver au contraire l&#039;analogie complète qu&#039;il y a entre le numéraire et toutes les autres richesses. Ce qui est richesse pour un particulier, l&#039;est pour une nation, qui n&#039;est que la réunion des particuliers ; l&#039;est aux yeux de l&#039;économie politique, qui ne doit pas raisonner sur des valeurs imaginaires, mais sur ce que chaque particulier, ou tous les particuliers réunis, regardent, non dans leurs discours, mais dans leurs actions, comme des valeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une preuve de plus qu&#039;il n&#039;y a pas deux ordres de vérités dans cette science non plus que dans les autres ; ce qui est vrai pour un individu, l&#039;est pour un gouvernement, l&#039;est pour une société. La vérité est une ; les applications seules diffèrent.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII|De la matière dont les monnaies sont faites]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIV|Que les monnaies faites de différents métaux ne peuvent pas conserver un rapport fixe dans leur valeur]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXVI&amp;diff=1906</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVI</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXVI&amp;diff=1906"/>
		<updated>2008-05-01T19:34:59Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXV|De l&#039;altération des monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVII|Que la monnaie n&#039;est ni un signe ni une mesure]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXVI - Des papiers-monnaies.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Il n&#039;est point ici question des engagements contractés par l&#039;État ou par les particuliers d&#039;acquitter en numéraire une certaine somme, et qui sont en effet acquittés à présentation, ou à leur échéance. On applique le nom de papier-monnaie à une véritable monnaie de papier qui ne stipule pas son remboursement, ou qui ne stipule qu&#039;un remboursement illusoire qu&#039;on n&#039;exécute pas. Le gouvernement autorise alors à acquitter en papier-monnaie les engagements contractés en espèces ; mais c&#039;est autoriser une violation de foi ; et, sous ce rapport, une monnaie de papier peut passer pour le dernier terme de l&#039;altération des monnaies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il semble qu&#039;une monnaie de cette espèce, ne tirant aucune valeur de la matière dont elle est faite, ni d&#039;un remboursement dont l&#039;époque est indéfinie, et qui par conséquent n&#039;engage à rien, ne devrait avoir aucune valeur, et qu&#039;avec un tel papier, quelle que fût la somme qui s&#039;y trouvât spécifiée, on ne devrait pouvoir rien acheter. L&#039;expérience prouve le contraire, et il s&#039;agit d&#039;expliquer cet effet au moyen de la connaissance que nous pouvons avoir acquise de la nature et de l&#039;usage des monnaies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement, en autorisant les débiteurs à s&#039;acquitter avec du papier, en recevant lui-même ce papier de la main de ses débiteurs et de ses contribuables, lui confère déjà une certaine valeur en lui assignant des usages qui dépendent de l&#039;autorité publique, soit qu&#039;elle fasse ou non un usage légitime de la force ; mais ce n&#039;est pas tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le nombre des unités monétaires devient nécessairement plus considérable ; car en jetant dans la circulation un papier non remboursable, cumulativement avec les espèces qui s&#039;y trouvaient déjà, la masse des monnaies, de cette marchandise, papier ou métal, propre à servir d&#039;intermédiaire dans les échanges, est augmentée, et, par une loi constante que j&#039;ai essayé d&#039;expliquer au chapitre XXIII, la valeur de chaque unité décline dans la même proportion, jusqu&#039;à ce que les pièces de monnaie métallique tombent à un taux inférieur à celui de la même quantité de métal en lingots ; de là la fusion ou l&#039;exportation des monnaies métalliques. Le papier-monnaie seul reste ; et comme dans une société avancée en civilisation, où la production est en pleine activité et la consommation considérable, un pareil instrument est d&#039;un usage indispensable, le besoin qu&#039;on a de celui-ci fait qu&#039;on le reçoit à défaut d&#039;un autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons que ce n&#039;est pas la confiance qu&#039;on a dans le remboursement d&#039;un papier-monnaie qui fait qu&#039;on l&#039;accepte en paiement ; car on sait qu&#039;il n&#039;existe aucun bureau ouvert pour le rembourser. Sa valeur (car il en a, puisque l&#039;on consent à donner des valeurs très réelles en échange d&#039;un papier-monnaie) lui vient uniquement de la possibilité que chacun croit avoir, de le donner en paiement dans les achats qu&#039;on se propose de faire. Or, cette valeur qui lui est propre, qui naît de l&#039;office qu&#039;il remplit en fait une véritable monnaie, et non le signe représentatif d&#039;une monnaie qu&#039;il est incapable de procurer. Les personnes qui ont des achats à faire n&#039;ont pas de meilleure monnaie à offrir ; les personnes qui ont besoin de vendre en demanderaient en vain une autre. Leurs besoins réciproques suffisent pour faire circuler celle-là, pourvu que chacun puisse se flatter de la placer à peu près au même taux auquel il l&#039;a prise : à cet effet on la garde peu ; on fait volontiers des achats, soit pour satisfaire aux besoins des familles, soit pour travailler à une nouvelle production. Aussi a-t-on pu observer, à l&#039;origine de tous les papiers-monnaies, une certaine activité dans la circulation très favorable aux développements de l&#039;industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commencements du système de Law, sous la régence, furent brillants ; on en put dire autant des premiers temps des assignats dans la révolution française ; et l&#039;agriculture, les manufactures et le commerce de la Grande-Bretagne, prirent un grand essor dans les années qui suivirent la suspension des paiements en espèces de la banque d&#039;Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vice de la monnaie de papier n&#039;est pas dans la matière dont elle est faite ; car la monnaie ne nous servant pas en vertu de ses qualités physiques, mais en vertu d&#039;une qualité morale qui est sa valeur, elle peut être indifféremment composée de toute espèce de matière, pourvu qu&#039;on réussisse à lui donner de la valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est là sa qualité essentielle, puisqu&#039;elle est destinée à faire passer une valeur et rien de plus d&#039;une main dans une autre. Or, nous avons vu qu&#039;on peut donner de la valeur à une monnaie de papier. Si cette valeur s&#039;altère promptement, c&#039;est à cause de l&#039;abus qu&#039;il est facile de faire d&#039;une marchandise qui ne coûte presque point de frais de production, et qu&#039;on peut en conséquence multiplier au point de l&#039;avilir complètement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements qui ont mis en circulation des papiers-monnaies l&#039;ont bien senti. Aussi les ont-ils toujours présentés comme des billets de confiance, de purs effets de commerce, qu&#039;ils affectaient de regarder comme des signes représentatifs d&#039;une matière pourvue de valeur intrinsèque. Tels étaient les billets de la banque formée, en 1716, par l&#039;Écossais Law, sous l&#039;autorité du régent. Ces billets étaient ainsi conçus : « &#039;&#039;La banque promet de payer au porteur à vue … livres, en monnaie &amp;lt;span style=&amp;quot;font-variant: small-caps&amp;quot;&amp;gt;de même poids et au même titre&amp;lt;/span&amp;gt; que la monnaie de ce jour, valeur reçue, à Paris, etc.&#039;&#039; ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La banque, qui n&#039;était encore qu&#039;une entreprise particulière, payait régulièrement ses billets chaque fois qu&#039;ils lui étaient présentés. Ils n&#039;étaient point encore un papier-monnaie. Les choses continuèrent sur ce pied jusqu&#039;en 1719, et tout alla bien. à cette époque, le roi ou plutôt le régent remboursa les actionnaires, prit l&#039;établissement entre ses mains, l&#039;appela &#039;&#039;banque royale&#039;&#039;, et les billets s&#039;exprimèrent ainsi : « &#039;&#039;La banque promet de payer au porteur à vue … livres, &amp;lt;span style=&amp;quot;font-variant: small-caps&amp;quot;&amp;gt;en espèces d&#039;argent&amp;lt;/span&amp;gt;, valeur reçue, à Paris , etc.&#039;&#039; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce changement, léger en apparence, était fondamental.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers billets stipulaient une quantité fixe d&#039;argent, celle qu&#039;on connaissait au moment de la date sous la dénomination d&#039;une livre. Les seconds, ne stipulant que des &#039;&#039;livres&#039;&#039;, admettaient toutes les variations qu&#039;il plairait au pouvoir arbitraire d&#039;introduire dans la forme et la matière de ce qu&#039;il appellerait toujours du nom de &#039;&#039;livres&#039;&#039;. On nomma cela rendre le papier-monnaie &#039;&#039;fixe&#039;&#039; : c&#039;était au contraire en faire une monnaie infiniment plus susceptible de variations, et qui varia bien déplorablement. Law s&#039;opposa avec force à ce changement : les principes furent obligés de céder au pouvoir, et les fautes du pouvoir, lorsqu&#039;on en sentit les fatales conséquences, furent attribuées à la fausseté des principes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les &#039;&#039;assignats&#039;&#039; créés dans le cours de la révolution française valaient encore moins que le papier-monnaie de la régence. Celui-ci promettait au mois un paiement en argent ; ce paiement aurait pu être considérablement réduit par l&#039;altération des monnaies ; mais enfin, si le gouvernement avait été plus mesuré dans l&#039;émission de son papier-monnaie, et plus scrupuleux à tenir ses engagements, ce papier aurait pu être remboursé un peu plus tôt ou un peu plus tard ; tandis que les assignats ne donnaient aucun droit au remboursement en argent, mais seulement à un achat de biens nationaux ; or, on va voir ce que valait ce droit-là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers assignats portaient qu&#039;ils étaient payables, à vue, à la caisse de l&#039;extraordinaire, où, dans le fait, ils n&#039;étaient point payés. On les recevait, à la vérité, en paiement des domaines nationaux que les particuliers achetaient à l&#039;enchère ; mais la valeur de ces domaines ne suffisait point pour déterminer celle des assignats, parce que leur prix nominal augmentait dans la même proportion que celui de l&#039;assignat déclinait. Le gouvernement n&#039;était pas même fâché que le prix des domaines s&#039;élevât nominalement ; il y voyait un moyen de retirer une plus grande quantité d&#039;assignats, et par conséquent un moyen d&#039;en émettre d&#039;autres sans en augmenter la somme. Il ne sentait pas que ce n&#039;était pas le prix des biens nationaux qui augmentait, mais bien celui des assignats qui diminuait ; et plus celui-ci diminuait, plus il était forcé d&#039;en émettre pour acheter les mêmes denrées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les derniers &#039;&#039;assignats&#039;&#039; ne portaient plus qu&#039;ils étaient payables à vue. à peine s&#039;aperçut-on de ce changement ; car les derniers n&#039;étaient pas moins payés que les précédents, qui ne l&#039;étaient pas du tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le vice de leur institution s&#039;en découvre mieux ; en effet, on lisait sur une feuille de papier : &#039;&#039;domaines nationaux&#039;&#039;, &#039;&#039;assignat de cent francs&#039;&#039;, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, que voulaient dire ces mots &#039;&#039;cent francs&#039;&#039; ? De quelle valeur donnaient-ils l&#039;idée ? De la quantité d&#039;argent qu&#039;auparavant on appelait cent francs ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, puisqu&#039;il était impossible de se procurer cette quantité d&#039;argent avec un assignat de cent francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnaient-ils l&#039;idée d&#039;une étendue de terre égale à celle qui aurait valu cent francs en argent ? Pas davantage, puisque, par l&#039;effet des enchères, cette quantité de terre ne pouvait pas plus être obtenue avec un assignat de cent francs, même des mains du gouvernement, qu&#039;on ne pouvait obtenir cent francs d&#039;espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait, assignats en main, acheter à l&#039;enchère les domaines nationaux ; et la valeur de l&#039;assignat était tombée au point qu&#039;un assignat de cent francs ne pouvait, à l&#039;enchère, obtenir un pouce carré de terrain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De façon que, tout discrédit à part, une somme en assignats ne présentait l&#039;idée d&#039;aucune valeur ; et le gouvernement aurait joui de toute la confiance qu&#039;il n&#039;avait pas, que les assignats ne pouvaient éviter de tomber à rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On sentit cette erreur dans la suite, et lorsqu&#039;il ne fut plus possible d&#039;acheter la moindre denrée pour quelque somme en assignats qu&#039;on en offrît. Alors on créa des &#039;&#039;mandats&#039;&#039;, c&#039;est-à-dire un papier avec lequel on pouvait se faire délivrer, sans enchère, une quantité déterminée de biens nationaux ; mais on s&#039;y prit mal dans l&#039;exécution, et d&#039;ailleurs il était trop tard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le papier-monnaie que l&#039;Angleterre mit en circulation de 1798 à 1818 (&#039;&#039;bank notes&#039;&#039;), ne subit pas une aussi forte dépréciation, parce qu&#039;il fut émis avec quelque mesure ; ce qui tint à plusieurs causes, et principalement au frein de l&#039;opinion publique et au concours, nécessaire pour cette opération, des directeurs de la banque d&#039;Angleterre et de l&#039;administration de l&#039;état, ces deux intérêts divers se trouvant différemment compromis par les émissions successives. Elles excédèrent néanmoins les besoins de la circulation, assez pour faire tomber la valeur de l&#039;unité monétaire aux deux tiers environ de la valeur de la même unité en or. Et lorsque les directurs de la banque, de concert avec le gouvernement, voulurent faire remonter la valeur des billets au niveau de l&#039;or, ils n&#039;eurent qu&#039;à en diminuer la masse. Le gouvernement remboursa à la banque une partie des avances qu&#039;il avait reçues d&#039;elle, ce qui fit rentrer une partie des billets ; et la banque cessa de prendre des effets à l&#039;escompte, en même temps qu&#039;elle encaissa ceux de son portefeuille dont l&#039;échéance arrivait journellement ; ce qui en fit rentrer encore. L&#039;agent des échanges, devenant plus rare sur le marché, reprit sa valeur ; et les spéculateurs, obligés de payer l&#039;or aussi cher en livres sterling de papier qu&#039;en livres sterling d&#039;or, n&#039;eurent plus rien à gagner en exigeant le remboursement en espèces des billets dont ils étaient porteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette circonstance fut très fâcheuse pour l&#039;industrie anglaise. De nombreux engagements avaient été contractés en une monnaie dépréciée, notamment les baux dont la durée est fort longue. Les fermiers, par suite de la dépréciation, s&#039;étaient obligés à payer de plus fortes sommes nominales, et les acquittaient aisément, parce que les denrées, payées en une monnaie de moindre valeur, étaient payées nominalement plus cher. Lorsque la valeur de la monnaie a été réintégrée, les prix ont baissé en proportion, et l&#039;on a été obligé de payer, en valeurs réelles, des obligations qui avaient été contractées en valeurs nominales. Les impôts, qui s&#039;étaient accrus en raison de la dépréciation des monnaies, durent de même être payés en valeurs réelles, et les charges de l&#039;État, notamment la dette publique, qui avaient été allégées lorsqu&#039;on en avait payé les intérêts en monnaie dépréciée, devinrent plus lourdes qu&#039;auparavant. Il fallut payer en une monnaie valant de l&#039;or, les intérêts d&#039;emprunts publics contractés pendant 12 à 15 années, et dont les fonds avaient été fournis en une monnaie qui valait un quart ou un tiers de moins. Les traitements d&#039;emplois publics, et, ce qui est pire, les pensions et les sinécures, nominalement augmentés pendant la dépréciation, furent payés en valeurs réelles après la restauration de la valeur. Ce fut une banqueroute ajoutée à une banqueroute ; car on ne viole pas moins ses engagements lorsqu&#039;on fait payer aux contribuables plus qu&#039;ils ne doivent, que lorsqu&#039;on ne paie pas à des créanciers tout ce qui leur est dû.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1800, les billets de banque étant au pair, avec 3 livres 17 sous 10 deniers 1/2 sterling, on pouvait se procurer une once d&#039;or ; en 1814, on fut obligé de la payer 5 livres 6 sous 4 deniers. Cent livres sterling en papier ne valaient plus que 73 livres 4 sous 9 deniers en or, et cette dépréciation fut accompagnée d&#039;une assez grande prospérité. La valeur des billets remonta dans les années qui suivirent jusqu&#039;en 1821, où ils furent de nouveau au pair, et cette restauration fut accompagnée d&#039;une fort grande détresse. On proposa, entre autres expédients, de réduire la livre sterling à la quantité de métal que les billets de banque pouvaient réellement acheter ; et si ce parti eût été adopté, en prenant des précautions pour que la banque n&#039;augmentât pas la somme de ses billets en circulation, elle aurait pu les payer à bureau ouvert ; il est probable que les marchandises n&#039;auraient pas baissé de prix ; les mêmes facilités se seraient offertes à l&#039;industrie ; les engagements contractés auraient été acquittés sur le même pied auquel ils avaient été contractés, et l&#039;État n&#039;aurait pas été tenu d&#039;acquitter, comme il a fait depuis, une dette, des pensions et des traitements d&#039;un tiers plus considérables qu&#039;ils n&#039;étaient alors. Les intérêts privilégiés s&#039;y opposèrent, et la masse de la nation, outre les maux que souffrirent alors les classes laborieuses, se trouvera longtemps encore accablée d&#039;une dette dont les trois quarts peuvent être attribués à une lutte qu&#039;il est permis à l&#039;orgueil national d&#039;appeler glorieuse, mais qui coûte cher à la nation, sans lui avoir fait aucun profit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La possibilité de se servir d&#039;une monnaie dépourvue de toute propriété physique, pourvu qu&#039;elle soit aisément transmissible, et qu&#039;on trouve le moyen d&#039;en soutenir la valeur à un taux, sinon invariable, du moins difficilement et lentement variable, a fait présumer à de très bons esprits qu&#039;on pourrait sans inconvénient y employer une matière beaucoup moins précieuse que l&#039;or et l&#039;argent, qui, pour cet usage, pourraient être suppléés avantageusement. David Ricardo a proposé dans ce but un moyen fort ingénieux, et qui consiste à obliger la banque, ou toute autre corporation qu&#039;on autoriserait à mettre en circulation de la monnaie de papier, à la rembourser, à bureau  ouvert, en lingots. Un billet stipulant un certain lingot d&#039;or ou d&#039;argent qu&#039;on serait autorisé à se faire délivrer à volonté, ne pourrait pas tomber au-dessous de la valeur de ce lingot ; et d&#039;un autre côté, si la quantité des billets émise n&#039;excédait pas les besoins de la circulation, les porteurs de billets n&#039;exigeraient pas leur conversion en métal, parce que des lingots ne se prêtent pas aux besoins de la circulation. Si, par défiance, on se faisait trop rembourser de billets de banque, comme il n&#039;y aurait pas d&#039;autre monnaie, les billets augmenteraient de valeur, et il conviendrait sans doute alors au public de porter des lingots à la banque pour avoir des billets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est possible que dans une nation passablement éclairée, sous un gouvernement qui offrirait toutes les garanties désirables, et au moyen d&#039;une banque indépendante dont les intérêts seraient en concurrence avec ceux du gouvernement pour assurer les droits du public, il est possible, dis-je, qu&#039;une pareille monnaie pût être établie avec beaucoup d&#039;avantages ; mais il restera toujours un fâcheux cortège pour toute espèce de papier-monnaie ; je veux dire le danger des contrefaçons, qui, indépendamment de l&#039;inquiétude qu&#039;elles laissent toujours dans l&#039;esprit de possesseurs de billets, ont en Angleterre, pendant l&#039;espace de vingt-cinq années, coûté la vie à bien des condamnés, et en ont fait déporter beaucoup d&#039;autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait se dissimuler d&#039;ailleurs que la substitution du papier à la monnaie métallique, ne soit toujours accompagnée de certains risques que Smith représente par une image hardie et ingénieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sol d&#039;un vaste pays figure, selon lui, les capitaux qui s&#039;y trouvent. Les terres cultivées sont les capitaux productifs ; les grandes routes sont l&#039;agent de la circulation, c&#039;est-à-dire la monnaie, par le moyen de laquelle les produits se distribuent dans la société. Une grande machine est inventée, qui transporte les produits du sol au travers des airs ; ce sont les billets de confiance. Dès lors on peut mettre en culture les grands chemins. « Toutefois, poursuit Smith, le commerce et l&#039;industrie d&#039;une nation, ainsi suspendus sur les ailes icariennes des billets de banque, ne cheminent pas d&#039;une manière si assurée que sur le solide terrain de l&#039;or et de l&#039;argent. Outre les accidents auxquels les expose l&#039;imprudence ou la maladresse des directeurs d&#039;une banque, il en est d&#039;autres que toute l&#039;habileté humaine ne saurait prévoir ni prévenir. Une guerre malheureuse, par exemple, qui ferait passer entre les mains de l&#039;ennemi le gage qui soutient le crédit des billets, occasionnerait une bien plus  grande confusion que si la circulation du pays était fondée sur l&#039;or et l&#039;argent. L&#039;instrument des échanges perdant alors toute sa valeur, les échanges ne pourraient plus être que des trocs difficiles. Tous les impôts ayant été acquittés jusque-là en billets, le prince ne trouverait plus rien dans ses coffres pour payer ses troupes ni pour remplir ses magasins. Un gouvernement jaloux de défendre en tout temps, avec avantage, son territoire, doit donc se tenir en garde contre une multiplication de billets qui tendrait à remplacer dans ses états une trop grande partie de l&#039;agent naturel des échanges. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Th. Tooke, qui n&#039;a point, comme plusieurs de ses compatriotes, transformé l&#039;économie politique en une métaphysique obscure, incapable de servir de guide dans la pratique, et qui demeure attaché à la méthode expérimentale d&#039;Adam Smith, après avoir observé les fluctuations survenues en Angleterre dans le prix des choses et dans l&#039;intérêt des capitaux, de même que les bouleversements de fortune et les banqueroutes dont ce pays a été le théâtre depuis l&#039;année 1797, est convenu « qu&#039;un système monétaire où le papier joue un si grand rôle, est exposé à des inconvénients tellement graves, qu&#039;ils doivent l&#039;emporter sur l&#039;avantage de se servir d&#039;un agent de la circulation peu dispendieux. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des principes trop absolus mis en pratique, exposent aux mêmes inconvénients qu&#039;une machine que l&#039;on construirait selon les lois de la mécanique, mais sans tenir compte des frottements et de la qualité des matériaux.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXV|De l&#039;altération des monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVII|Que la monnaie n&#039;est ni un signe ni une mesure]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXV&amp;diff=1905</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXV</title>
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		<updated>2008-05-01T19:31:18Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIV|Que les monnaies faites de différents métaux ne peuvent pas conserver un rapport fixe dans leur valeur]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVI|Des papiers-monnaies]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXV - De l&#039;altération des monnaies}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Du droit attribué au gouvernement seul de fabriquer la monnaie, on a fait dériver le droit d&#039;en déterminer la valeur. Nous avons vu combien est vaine une semblable prétention, la valeur de l&#039;unité monétaire étant déterminée uniquement par l&#039;achat et la vente, qui sont nécessairement libres. Il était impossible de ne pas s&#039;apercevoir qu&#039;une pièce de monnaie achetait tantôt plus, tantôt moins de marchandise ; mais comme la valeur de toutes les marchandises est variable de son côté, on s&#039;imaginait que c&#039;était la marchandise qui variait et non la monnaie, même au milieu des circonstances les plus propres à la faire varier, telles que les changements survenus dans sa composition, ou bien sa multiplication plus ou moins considérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, quand Philippe Ier, roi de France, mêla un tiers d&#039;alliage dans la livre d&#039;argent de Charlemagne, qui pesait 12 onces d&#039;argent, et qu&#039;il appela du même nom de livre un poids de 8 onces d&#039;argent fin seulement, il crut néanmoins que sa livre valait autant que celle de ses prédécesseurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle ne valut cependant que les deux tiers de la livre de Charlemagne. Pour une livre de monnaie, on ne trouva plus à acheter que les deux tiers de la quantité de marchandise que l&#039;on avait auparavant pour une livre. Les créanciers du roi et ceux des particuliers ne retirèrent plus de leurs créances que les deux tiers de ce qu&#039;ils devaient en retirer ; les loyers ne rendirent plus aux propriétaires ce biens-fonds que les deux tiers de leur précédent revenu, jusqu&#039;à ce que de nouveaux contrats remissent les choses sur un pied plus équitable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On commit et l&#039;on autorisa, comme on voit, bien des injustices ; mais on ne fit pas valoir une livre de 8 onces d&#039;argent pur autant qu&#039;une livre de 12 onces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l&#039;année 1113, ce qu&#039;on appelait livre ne contenait plus que six onces d&#039;argent fin ; au commencement du règne de Louis VII, elle ne contenait plus que 4 onces.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint-Louis appela du nom de livre une quantité d&#039;argent pesant 2 onces 6 gros 6 grains. Enfin, à l&#039;époque de la révolution française, ce qu&#039;on appelait du même nom n&#039;était plus que la sixième partie d&#039;une once ; tellement que la livre tournois n&#039;avait plus que la 72&amp;lt;sup&amp;gt;e&amp;lt;/sup&amp;gt; partie de la quantité d&#039;argent fin qu&#039;elle contenait du temps de Charlemagne. Je ne m&#039;occupe point en ce moment de la diminution qui a eu lieu dans la valeur de l&#039;argent fin, qui, à égalité de poids, ne vaut guère, échangé contre des choses utiles, que le sixième de ce qu&#039;il valait alors. Cette considération sort du sujet de ce chapitre ; j&#039;en parle ailleurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit que le nom de livre a successivement été appliqué à des quantités fort diverses d&#039;argent fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tantôt ce changement s&#039;est opéré en diminuant la grandeur et le poids des pièces d&#039;argent de même dénomination, tantôt en altérant leur titre, c&#039;est-à-dire, en mettant sous le même poids plus d&#039;alliage et moins d&#039;argent fin ; tantôt en augmentant la dénomination d&#039;une même pièce, et nommant, par exemple, 4 livres tournois une pièce qui n&#039;était auparavant que de trois livres. Comme il n&#039;est ici question que de l&#039;argent fin, puisque c&#039;est la seule marchandise ayant quelque valeur dans la monnaie d&#039;argent, de toutes ces manières l&#039;altération a eu le même effet, puisqu&#039;elle a diminué la quantité d&#039;argent qu&#039;on a appelée du nom de &#039;&#039;livre tournois&#039;&#039;. C&#039;est ce que nos écrivains, d&#039;après les ordonnances, appellent fort ridiculement &#039;&#039;augmentation des monnaies&#039;&#039;, parce qu&#039;une telle opération augmente la valeur nominale des espèces, et ce qu&#039;il serait plus raisonnable d&#039;appeler &#039;&#039;diminution des monnaies&#039;&#039;, puisqu&#039;elle diminue la quantité du métal qui seul fait la monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que cette quantité ait été en diminuant depuis Charlemagne jusqu&#039;à nos jours, plusieurs rois l&#039;ont cependant augmentée à diverses époques, notamment depuis Saint Louis. Les raisons qu&#039;ils avaient de la diminuer sont bien évidentes : il est plus commode de payer ce qu&#039;on doit avec une moindre quantité d&#039;argent. Mais les rois ne sont pas seulement débiteurs ; ils sont, dans beaucoup de cas, créanciers ; ils sont, relativement aux contribuables, dans la situation du propriétaire relativement au fermier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, quand tout le monde était autorisé à s&#039;acquitter avec une moindre quantité d&#039;argent, le contribuable payait ses contributions, de même que le fermier son fermage, avec une moindre quantité de ce métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tandis que le roi recevait moins d&#039;argent, il en dépensait autant qu&#039;auparavant ; car les marchandises haussaient nominalement de prix en proportion de la diminution de la quantité d&#039;argent contenue dans la livre. Quand on appelait 4 livres la quantité d&#039;argent nommée auparavant 3 livres, le gouvernement payait 4 livres ce qu&#039;il aurait eu pour 3 auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se voyait forcé d&#039;augmenter les impôts ou d&#039;en établir de nouveaux, c&#039;est-à-dire que, pour lever la même quantité d&#039;argent fin, on demandait aux contribuables un plus grand nombre de &#039;&#039;livres&#039;&#039;. Mais ce moyen, toujours odieux, même lorsqu&#039;il ne fait réellement pas payer davantage, était quelquefois impraticable. Alors on revenait à ce qu&#039;on appelait la &#039;&#039;forte monnaie&#039;&#039;. La livre contenant un plus grand poids d&#039;argent, les peuples, en payant le même nombre de livres, donnaient en effet plus d&#039;argent. Aussi  voyons-nous que les augmentations de métal fin contenu dans les monnaies, datent à peu près de la même époque que l&#039;établissement des impôts permanents. Auparavant, les rois n&#039;avaient pas d&#039;intérêt à accroître la valeur intrinsèque des pièces qu&#039;ils frappaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On se tromperait, si l&#039;on supposait que, dans l&#039;exécution, ces nombreuses variations dans la quantité de métal fin contenue dans les monnaies, fussent aussi simples, aussi claires que je les présente ici pour la commodité du lecteur. Quelquefois l&#039;altération n&#039;était pas avouée, et on la cachait le plus longtemps qu&#039;on pouvait ; de là le jargon barbare adopté dans ce genre de manufacture. D&#039;autres fois on altérait une espèce de monnaie et l&#039;on ne changeait rien aux autres ; à la même époque, la livre représentée par certaines pièces de monnaie contenait plus d&#039;argent fin que la livre représente par d&#039;autres pièces. Enfin presque toujours, pour rendre la matière plus obscure, on obligeait les particuliers à compter tantôt par livres et par sous, tantôt par écus, et à payer en pièces qui n&#039;étaient ni des livres, ni des sous, ni des écus, mais seulement des fractions ou des multiples de ces monnaies de compte. Il est impossible de voir dans tous les princes qui ont eu recours à ces misérables ressources, autre chose que des faussaires armés de la puissance publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On comprend le tort qui devait en résulter pour la bonne foi, pour l&#039;industrie, pour toutes les sources de la prospérité ; il a été tel, qu&#039;à plusieurs époques de notre histoire, les opérations monétaires ont mis complètement en fuite toute espèce de commerce. Philippe Le Bel fit déserter nos foires par tous les marchands étrangers en les forçant à recevoir en paiement sa monnaie décriée, et en leur défendant de contracter en une monnaie qui leur inspirait plus de confiance. Philippe De Valois fit de même à l&#039;égard des monnaie d&#039;or. Pareil effet s&#039;ensuivit. Un historien de son temps dit que presque tous les marchands étrangers cessèrent de venir trafiquer dans le royaume ; que les français mêmes, ruinés par ces fréquents changements dans les monnaies et l&#039;incertitude de leurs valeurs, se retirèrent en d&#039;autres pays ; et que les autres sujets du roi, nobles et bourgeois, ne se trouvèrent pas moins appauvris que les marchands ; ce qui faisait, ajoute l&#039;historien, que le roi n&#039;était pas du tout aimé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai puisé mes exemples dans les monnaies françaises ; les mêmes altérations ont eu lieu chez presque tous les peuples anciens et modernes. Les gouvernements populaires n&#039;ont pas agi mieux que les autres. Les Romains, dans les plus belles époques de leur liberté, firent banqueroute en changeant la valeur intrinsèque de leurs monnaies. Dans la première guerre punique, l&amp;lt;nowiki&amp;gt;&#039;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&#039;&#039;as&#039;&#039;, qui devait être de douze onces de cuivre, n&#039;en pesa plus que deux ; et dans la seconde, il ne fut plus que d&#039;une.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pennsylvanie, qui, bien que ce fût avant la révolution d&#039;Amérique, agissait en cela comme État indépendant, ordonna en 1722 qu&#039;une livre sterling passerait pour 1 livre 5 sous sterling ; et les États-Unis, la France même, après s&#039;être déclarés républiques, ont depuis fait pis encore. « Si l&#039;on voulait, dit Steuart, entrer dans le détail de tous les artifices inventés pour brouiller les idées des nations relativement aux monnaies, dans le but de déguiser ou de faire paraître utiles, justes ou raisonnables, les altérations qu&#039;en ont faites presque tous les princes, on en composerait un gros livre. ». Steuart aurait pu ajouter que ce gros livre aurait peu d&#039;utilité, et n&#039;empêcherait pas qu&#039;un artifice nouveau ne pût être pratiqué dès le lendemain. Ce qu&#039;il faut éclaircir, c&#039;est la fange au sein de laquelle germent ces abus ; car si l&#039;on parvient à la transformer en une eau limpide, chaque abus, dès sa naissance, pourra être découvert et déconcerté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu&#039;on ne s&#039;imagine pas que les gouvernements perdent un avantage précieux en perdant le plaisir de tromper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;astuce ne leur sert que pendant un temps bien court, et finit par leur causer plus de préjudice qu&#039;elle ne leur a fait de profit. Nul sentiment dans l&#039;homme ne tient son intelligence éveillée autant que l&#039;intérêt personnel ; il donne de l&#039;esprit aux plus simples. De tous les actes de l&#039;administration, ceux en conséquence dont on est le moins la dupe, sont ceux qui touchent à l&#039;intérêt personnel. S&#039;ils tendent à procurer, par la finesse, des ressources à l&#039;autorité, les particuliers ne s&#039;y laisseront pas prendre ; s&#039;ils font un tort dont les particuliers ne puissent se garantir, comme lorsqu&#039;ils renferment un manquement de foi, quelque artistement déguisé qu&#039;on le suppose, on s&#039;en apercevra bientôt ; dans l&#039;opinion qu&#039;on se formera d&#039;un tel gouvernement, l&#039;idée de la ruse se joindra à celle de l&#039;infidélité, et il perdra la confiance, avec laquelle on fait de bien plus grandes choses qu&#039;avec un peu d&#039;argent acquis par la fraude. Souvent même ce sont les seuls agens du gouvernement qui tirent parti de l&#039;injustice qu&#039;on a commise envers les peuples. Le gouvernement perd la confiance, et ce sont eux qui font le profit ; ils recueillent le fruit de la honte qu&#039;ils ont fait rejaillir sur l&#039;autorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui convient le mieux aux gouvernements, c&#039;est de se procurer, non des ressources factices et malfaisantes, mais des ressources réellement fécondes et inépuisables. C&#039;est donc les bien servir que de les écarter des unes, et de leur indiquer les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;effet immédiat de l&#039;altération des monnaies est une réduction des dettes et des obligations payables en monnaie, des rentes perpétuelles ou remboursables, payables par l&#039;État ou par les particuliers, des traitements et des pensions, des loyers et fermages, de toutes les valeurs enfin qui sont exprimées en monnaie ; réduction qui fait gagner au débiteur ce qu&#039;elle fait perdre au créancier. C&#039;est une autorisation donnée à tout débiteur dont la dette est exprimée en une certaine quantité de monnaie, de faire banqueroute du montant de la diminution du métal fin employé sous cette même dénomination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, un gouvernement qui a recours à cette opération, ne se contente pas de faire un gain illégitime ; il excite tous les débiteurs de sa domination à faire le même gain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant nos rois, en diminuant ou en augmentant la quantité de métal fin contenue sous une même dénomination, n&#039;ont pas toujours voulu que leurs sujets, dans les relations qu&#039;ils avaient entre eux, se prévalussent de cette circonstance pour leur profit particulier. Le gouvernement a bien toujours entendu payer moins ou recevoir plus d&#039;argent fin qu&#039;il ne devait en payer ou en recevoir ; mais il a quelquefois obligé les particuliers, au moment d&#039;un changement, à payer et à recevoir en monnaie ancienne, ou bien en monnaie nouvelle au cours qui s&#039;établissait entre les deux monnaies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les romains en avaient donné l&#039;exemple lorsque, dans la seconde guerre punique, ils réduisirent à une once de cuivre l&#039;as qui en pesait deux. La république paya en as, c&#039;est-à-dire, la moitié de ce qu&#039;elle devait. Quant aux particuliers, leurs obligations étaient stipulées en deniers : le denier jusque-là n&#039;avait valu que 10 as ; l&#039;ordonnance porta qu&#039;il en vaudrait 16. Il fallut payer 16 as ou 16 onces de cuivre pour un denier : auparavant on en aurait payé 20, c&#039;est-à-dire, pour chaque denier, 10 as à 2 onces chaque. La république fit banqueroute de moitié, et n&#039;autorisa les particuliers à la faire que d&#039;un cinquième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a quelquefois regardé une banqueroute faite par l&#039;altération des monnaies comme une banqueroute simple et franche, portant réduction de la dette. On a cru qu&#039;il était moins dur pour un créancier de l&#039;État de recevoir une monnaie altérée, qu&#039;il peut donner pour la même valeur qu&#039;il l&#039;a reçue, que de voir sa créance réduite d&#039;un quart, de moitié, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Distinguons. Des deux manières, le créancier supporte la perte quant aux achats qu&#039;il fait postérieurement à la banqueroute. Que ses rentes soient diminuées de moitié, ou qu&#039;il paie tout le double plus cher, cela revient exactement au même pour lui&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux créanciers qu&#039;il a, il les paie à la vérité sur le même pied qu&#039;il est payé lui-même par le trésor public ; mais sur quel fondement croit-on que les créanciers de l&#039;État soient toujours débiteurs relativement aux autres citoyens ? Leurs relations privées sont les mêmes que celles des autres personnes ; et tout porte à croire qu&#039;en somme totale, il est dû autant aux créanciers de l&#039;État par les autres particuliers, qu&#039;il est dû à ceux-ci par les créanciers de l&#039;État. Ainsi l&#039;injustice qu&#039;on les autorise à exercer est compensée par celle à laquelle on les expose, et la banqueroute provenant de l&#039;altération des monnaies ne leur est pas moins fâcheuse que toute autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle a de plus de très-graves inconvénients. Elle occasionne dans les prix des denrées un bouleversement, qui a lieu de mille manières, suivant chaque circonstance particulière, ce qui dérange les spéculations les plus utiles et les mieux combinées ; elle détruit toute confiance pour prêter et emprunter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne prête pas volontiers là où l&#039;on est exposé à recevoir moins qu&#039;on n&#039;a prêté, et l&#039;on emprunte à regret là où l&#039;on est exposé à rendre plus qu&#039;on n&#039;a reçu. Les capitaux en conséquence ne peuvent pas chercher les emplois productifs. Les &#039;&#039;maximum&#039;&#039; et les taxes de denrées, qui marchent souvent à la suite des dégradations des monnaies, portent à leur tour un coup funeste à la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La morale d&#039;un peuple ne souffre pas moins des variations monétaires ; elles confondent toujours pendant un certain temps ses idées relativement aux valeurs, et, dans tous les marchés, donnent l&#039;avantage au fripon adroit sur l&#039;honnête homme simple ; enfin elles autorisent, par l&#039;exemple et par le fait, le vol et la spoliation, mettent aux prises l&#039;intérêt personnel avec la probité, et l&#039;autorité des lois avec les mouvements de la conscience.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIV|Que les monnaies faites de différents métaux ne peuvent pas conserver un rapport fixe dans leur valeur]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXVI|Des papiers-monnaies]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXIV&amp;diff=1901</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIV</title>
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		<updated>2008-05-01T19:22:41Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIII|Origine de la valeur des monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXV|De l&#039;altération des monnaies]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXIV - Que les monnaies faites de différents métaux ne peuvent pas conserver un rapport fixe dans leur valeur.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les causes qui influent sur la valeur des choses, et notamment la quantité qu&#039;on en demande au prix où les portent leurs frais de production, n&#039;influent pas au même degré sur différentes marchandises, ni à différentes époques sur la même marchandise. Or, différents métaux sont des marchandises différentes ; leurs propriétés, leurs usages sont divers. On ne peut pas employer l&#039;or dans tous les cas où l&#039;on emploie l&#039;argent ; il a une pesanteur, une ductilité qui lui sont propres ; sa rareté et les frais de son extraction le portent à un prix qui excède la dépense que beaucoup de familles peuvent consacrer à se pourvoir de cuillères, de fourchettes, et de beaucoup d&#039;autres ustensiles d&#039;argent. L&#039;argent est en conséquence beaucoup plus demandé que l&#039;or en proportion de la quantité qu&#039;en fournissent les mines. M De Humboldt prétend que la quantité d&#039;argent fournie, tant par les mines d&#039;Europe que par celles d&#039;Amérique, est à la quantité d&#039;or recueillie, comme 45 est à 1. Cependant la valeur de l&#039;argent n&#039;est pas 45 fois moindre que celle de l&#039;or, mais seulement 15 fois environ ; et ce meilleur marché, joint à ses autres qualités, suffit pour qu&#039;on porte la demande qu&#039;on fait de l&#039;argent jusqu&#039;à un prix qui permet aux entrepreneurs des mines les moins fécondes d&#039;être dédommagés par ce prix de leurs frais de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des circonstances différentes entraîneraient d&#039;autres rapports. Par exemple, la découverte de nouvelles mines d&#039;or plus abondantes et d&#039;une exploitation moins dispendieuse, pourrait faire beaucoup baisser la valeur de l&#039;or relativement à toutes les autres marchandises, et par conséquent relativement à l&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces considérations n&#039;ont point arrêté les gouvernements lorsqu&#039;ils ont fabriqué leurs monnaies de plusieurs métaux différents. Ils ont déclaré constant un fait variable. Ils ont dit : une certaine quantité d&#039;argent, toujours la même, vaudra 20 francs, et une certaine quantité d&#039;or, toujours la même, vaudra également 20 francs. Mais la nature des choses est plus forte que les lois. Sous l&#039;ancien régime, la pièce d&#039;or à laquelle les lois attribuaient une valeur de 24 livres tournois, se vendait couramment 25 livres 8 sous. Aussi se gardait-on bien, en France, de faire en or les paiements auxquels on était engagé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Angleterre, une fixation différente a produit des effets contraires. En 1728, le cours naturel des échanges avait établi la valeur relative de l&#039;argent fin et de l&#039;or fin dans la proportion de 1 à 15 9/124 (ou, pour faire une fraction plus simple, à 15/14). Avec une once d&#039;or on achetait 15 1/14 onces d&#039;argent, et réciproquement. C&#039;est à ce taux que fut fixé le rapport des monnaies d&#039;or et d&#039;argent ; c&#039;est-à-dire qu&#039;une once d&#039;or monnayé s&#039;appelait 3 livres 10 sous 17 1/2 deniers sterling, et que 15 1/14 onces d&#039;argent monnayé s&#039;appelait de même 3 livres 17 sous 10 1/2 deniers sterling. Mais c&#039;était fixer une proportion variable de sa nature. L&#039;argent éprouva successivement plus de demandes que l&#039;or : le goût de la vaisselle et des ustensiles d&#039;argent se répandit ; le commerce de l&#039;Inde prit un plus grand essor, et emporta de l&#039;argent de préférence à l&#039;or, parce qu&#039;en orient il vaut plus, relativement à l&#039;or, qu&#039;en Europe ; finalement la valeur relative de l&#039;argent était devenue, à la fin du siècle dernier, par rapport à celle de l&#039;or, comme 1 est à 14 3/4 seulement. Tellement que la quantité de monnaie d&#039;argent qui, frappée en espèces, valait 3 livres 17 sous 10 1/2 deniers sterling, pouvait, si elle était fondue en lingots, se vendre 4 livres sterling contre de la monnaie d&#039;or. Il y avait donc à gagner à la fondre en lingots, et l&#039;on perdait en fesant des paiements en espèces d&#039;argent. C&#039;est pour cela que, jusqu&#039;au moment où la banque d&#039;Angleterre fut autorisée, en 1797, à suspendre ses paiements en espèces, tous les paiements se faisaient en or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite on n&#039;a plus payé qu&#039;en papier, parce qu&#039;une livre sterling de papier valait moins encore qu&#039;une livre sterling d&#039;or telle que les lois monétaires la voulaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui vient d&#039;être dit de l&#039;or et de l&#039;argent, peut être dit de l&#039;argent et du cuivre, et en général de la valeur relative de tous les autres métaux. Il n&#039;est pas plus sage de dire que la quantité de cuivre contenue dans cent centimes vaut autant que l&#039;argent contenu dans un franc, qu&#039;il ne l&#039;est de dire que la quantité d&#039;argent contenue dans quatre écus de 5 francs vaut autant que l&#039;or contenu dans une pièce de 20 francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant la proportion fixée par la loi entre le cuivre et les métaux précieux, n&#039;a pas eu de très grands inconvénients, en ce que la loi n&#039;a pas autorisé à payer indifféremment en cuivre ou en métaux précieux les sommes stipulées en &#039;&#039;livres sterling&#039;&#039; ou en &#039;&#039;francs&#039;&#039; ; de manière que la seule monnaie avec laquelle on puisse acquitter légalement les sommes qui surpassent la valeur des pièces d&#039;argent, c&#039;est l&#039;argent ou l&#039;or. On peut dire que ces deux métaux sont les seules monnaies légales. Les pièces de cuivre ou de billon sont seulement considérées comme des coupures, des espèces de billets de confiance, de signes représentant une pièce d&#039;argent trop petite pour être frappée en monnaie. Je ne connais guère que la Chine où la monnaie légale soit de cuivre, et où l&#039;argent dont on fait usage représente du cuivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement, qui met en circulation des coupures qui ne sont autre chose que des billets de confiance, devrait toujours les échanger, à bureau ouvert, contre de l&#039;argent, du moment qu&#039;on lui en rapporte un nombre suffisant pour égaler une pièce d&#039;argent. C&#039;est le seul moyen de s&#039;assurer qu&#039;il n&#039;en reste pas entre les mains du public au delà de ce qu&#039;en réclament les menus échanges et les appoints. S&#039;il en restait plus, les pièces de cuivre ne pouvant avoir les mêmes avantages pour leur possesseur que l&#039;or ou l&#039;argent qu&#039;elles représentent, mais qu&#039;elles ne valent pas, il chercherait à s&#039;en défaire, soit en les vendant à perte, soit en payant de préférence avec cette monnaie les menues denrées, qui renchériraient en raison de cela, soit enfin en plaçant ces pièces dans les paiements qu&#039;il a à faire, en plus grande proportion que ne l&#039;exigent les appoints.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement, qui est intéressé à ce qu&#039;on ne les vende pas à perte, attendu qu&#039;il disposerait moins avantageusement de celles qu&#039;il met en circulation, autorise ordinairement le dernier parti. Avant 1808, par exemple, on était autorisé à Paris à payer en monnaie de cuivre 1/40 des sommes qu&#039;on devait ; ce qui produisait un effet pareil à une altération dans le titre des monnaies. Une somme de monnaie valant un peu moins, en raison de cette circonstance, les vendeurs de toute espèce de marchandises, qui, sans savoir les causes qui influent sur la valeur des monnaies, connaissent très bien ce que les monnaies valent, faisaient leur prix en conséquence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque vendeur, armé d&#039;une balance et d&#039;un creuset, ne s&#039;arrête pas à vérifier le titre et le poids des monnaies ; mais les gens qui font le commerce des matières d&#039;or et d&#039;argent, ou d&#039;autres métiers analogues, sont perpétuellement occupés à comparer la valeur des métaux précieux contenus dans les monnaies avec la valeur courante de ces mêmes monnaies, pour tirer parti des bénéfices que peut laisser leur différence ; et les opérations mêmes qu&#039;ils font pour obtenir ce bénéfice, tendent toujours à établir la valeur courante des monnaies au niveau de leur valeur réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La quantité de cuivre qu&#039;on est forcé de recevoir influe de même sur le change avec l&#039;étranger. Une lettre de change payable en francs à Paris, se vend certainement moins cher à Amsterdam, lorsqu&#039;une partie de sa valeur doit être payée en cuivre ; de même qu&#039;elle vaudrait moins si le franc contenait une moindre quantité d&#039;argent fin et plus d&#039;alliage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut pourtant remarquer que cette circonstance ne fait pas baisser la valeur de la monnaie en général autant que l&#039;alliage, qui n&#039;a aucune valeur par lui-même, tandis que la monnaie de cuivre qui entrait pour un quarantième dans nos paiements, avait une légère valeur intrinsèque, inférieure cependant au quarantième de la somme en argent ; autrement on n&#039;aurait pas été forcé de faire une ordonnance pour contraindre à la recevoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le gouvernement remboursait à bureau ouvert, en argent, les pièces de cuivre qu&#039;on viendrait lui rapporter, il pourrait, presque sans inconvénient, leur donner extrêmement peu de valeur intrinsèque ; les besoins de la circulation en absorberaient toujours une fort grande quantité, et elles conserveraient leur valeur aussi complètement que si elles valaient la fraction de monnaie qu&#039;elles représentent ; de même qu&#039;un billet de banque qui n&#039;a point de valeur intrinsèque, circule néanmoins, et même plusieurs années de suite, comme s&#039;il valait intrinsèquement ce que porte sa valeur nominale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette opération vaudrait au gouvernement plus que ce qu&#039;il peut faire passer de force dans la circulation, et la valeur des monnaies n&#039;en serait point altérée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;y aurait à craindre que les contrefacteurs, dont la cupidité serait d&#039;autant plus excitée, qu&#039;il y aurait plus de différence entre la valeur intrinsèque et la valeur courante. L&#039;avant-dernier roi de Sardaigne, ayant voulu retirer une monnaie de billon que son père avait fabriquée dans des temps malheureux, en retira trois fois plus que le gouvernement n&#039;en avait jamais fait. Le roi de Prusse éprouva une semblable perte, par une semblable cause, lorsqu&#039;il fit retirer, sous le nom emprunté du Juif &#039;&#039;Éphraïm&#039;&#039;, le bas billon qu&#039;il avait forcé les saxons de recevoir, dans la détresse où l&#039;avait réduit la guerre de sept ans.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIII|Origine de la valeur des monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXV|De l&#039;altération des monnaies]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXIV&amp;diff=1900</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIV</title>
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		<updated>2008-05-01T19:22:15Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIII|Origine de la valeur des monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXV|De l&#039;altération des monnaies]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXIV - Que les monnaies faites de différents métaux ne peuvent pas conserver un rapport fixe dans leur valeur.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les causes qui influent sur la valeur des choses, et notamment la quantité qu&#039;on en demande au prix où les portent leurs frais de production, n&#039;influent pas au même degré sur différentes marchandises, ni à différentes époques sur la même marchandise. Or, différents métaux sont des marchandises différentes ; leurs propriétés, leurs usages sont divers. On ne peut pas employer l&#039;or dans tous les cas où l&#039;on emploie l&#039;argent ; il a une pesanteur, une ductilité qui lui sont propres ; sa rareté et les frais de son extraction le portent à un prix qui excède la dépense que beaucoup de familles peuvent consacrer à se pourvoir de cuillères, de fourchettes, et de beaucoup d&#039;autres ustensiles d&#039;argent. L&#039;argent est en conséquence beaucoup plus demandé que l&#039;or en proportion de la quantité qu&#039;en fournissent les mines. M De Humboldt prétend que la quantité d&#039;argent fournie, tant par les mines d&#039;Europe que par celles d&#039;Amérique, est à la quantité d&#039;or recueillie, comme 45 est à 1. Cependant la valeur de l&#039;argent n&#039;est pas 45 fois moindre que celle de l&#039;or, mais seulement 15 fois environ ; et ce meilleur marché, joint à ses autres qualités, suffit pour qu&#039;on porte la demande qu&#039;on fait de l&#039;argent jusqu&#039;à un prix qui permet aux entrepreneurs des mines les moins fécondes d&#039;être dédommagés par ce prix de leurs frais de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des circonstances différentes entraîneraient d&#039;autres rapports. Par exemple, la découverte de nouvelles mines d&#039;or plus abondantes et d&#039;une exploitation moins dispendieuse, pourrait faire beaucoup baisser la valeur de l&#039;or relativement à toutes les autres marchandises, et par conséquent relativement à l&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces considérations n&#039;ont point arrêté les gouvernements lorsqu&#039;ils ont fabriqué leurs monnaies de plusieurs métaux différents. Ils ont déclaré constant un fait variable. Ils ont dit : une certaine quantité d&#039;argent, toujours la même, vaudra 20 francs, et une certaine quantité d&#039;or, toujours la même, vaudra également 20 francs. Mais la nature des choses est plus forte que les lois. Sous l&#039;ancien régime, la pièce d&#039;or à laquelle les lois attribuaient une valeur de 24 livres tournois, se vendait couramment 25 livres 8 sous. Aussi se gardait-on bien, en France, de faire en or les paiements auxquels on était engagé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Angleterre, une fixation différente a produit des effets contraires. En 1728, le cours naturel des échanges avait établi la valeur relative de l&#039;argent fin et de l&#039;or fin dans la proportion de 1 à 15 9/124 (ou, pour faire une fraction plus simple, à 15/14). Avec une once d&#039;or on achetait 15 1/14 onces d&#039;argent, et réciproquement. C&#039;est à ce taux que fut fixé le rapport des monnaies d&#039;or et d&#039;argent ; c&#039;est-à-dire qu&#039;une once d&#039;or monnayé s&#039;appelait 3 livres 10 sous 17 1/2 deniers sterling, et que 15 1/14 onces d&#039;argent monnayé s&#039;appelait de même 3 livres 17 sous 10 1/2 deniers sterling. Mais c&#039;était fixer une proportion variable de sa nature. L&#039;argent éprouva successivement plus de demandes que l&#039;or : le goût de la vaisselle et des ustensiles d&#039;argent se répandit ; le commerce de l&#039;Inde prit un plus grand essor, et emporta de l&#039;argent de préférence à l&#039;or, parce qu&#039;en orient il vaut plus, relativement à l&#039;or, qu&#039;en Europe ; finalement la valeur relative de l&#039;argent était devenue, à la fin du siècle dernier, par rapport à celle de l&#039;or, comme 1 est à 14 3/4 seulement. Tellement que la quantité de monnaie d&#039;argent qui, frappée en espèces, valait 3 livres 17 sous 10 1/2 deniers sterling, pouvait, si elle était fondue en lingots, se vendre 4 livres sterling contre de la monnaie d&#039;or. Il y avait donc à gagner à la fondre en lingots, et l&#039;on perdait en fesant des paiements en espèces d&#039;argent. C&#039;est pour cela que, jusqu&#039;au moment où la banque d&#039;Angleterre fut autorisée, en 1797, à suspendre ses paiements en espèces, tous les paiements se faisaient en or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite on n&#039;a plus payé qu&#039;en papier, parce qu&#039;une livre sterling de papier valait moins encore qu&#039;une livre sterling d&#039;or telle que les lois monétaires la voulaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui vient d&#039;être dit de l&#039;or et de l&#039;argent, peut être dit de l&#039;argent et du cuivre, et en général de la valeur relative de tous les autres métaux. Il n&#039;est pas plus sage de dire que la quantité de cuivre contenue dans cent centimes vaut autant que l&#039;argent contenu dans un franc, qu&#039;il ne l&#039;est de dire que la quantité d&#039;argent contenue dans quatre écus de 5 francs vaut autant que l&#039;or contenu dans une pièce de 20 francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant la proportion fixée par la loi entre le cuivre et les métaux précieux, n&#039;a pas eu de très grands inconvénients, en ce que la loi n&#039;a pas autorisé à payer indifféremment en cuivre ou en métaux précieux les sommes stipulées en &#039;&#039;livres sterling&#039;&#039; ou en &#039;&#039;francs&#039;&#039; ; de manière que la seule monnaie avec laquelle on puisse acquitter légalement les sommes qui surpassent la valeur des pièces d&#039;argent, c&#039;est l&#039;argent ou l&#039;or. On peut dire que ces deux métaux sont les seules monnaies légales. Les pièces de cuivre ou de billon sont seulement considérées comme des coupures, des espèces de billets de confiance, de signes représentant une pièce d&#039;argent trop petite pour être frappée en monnaie. Je ne connais guère que la Chine où la monnaie légale soit de cuivre, et où l&#039;argent dont on fait usage représente du cuivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement, qui met en circulation des coupures qui ne sont autre chose que des billets de confiance, devrait toujours les échanger, à bureau ouvert, contre de l&#039;argent, du moment qu&#039;on lui en rapporte un nombre suffisant pour égaler une pièce d&#039;argent. C&#039;est le seul moyen de s&#039;assurer qu&#039;il n&#039;en reste pas entre les mains du public au delà de ce qu&#039;en réclament les menus échanges et les appoints. S&#039;il en restait plus, les pièces de cuivre ne pouvant avoir les mêmes avantages pour leur possesseur que l&#039;or ou l&#039;argent qu&#039;elles représentent, mais qu&#039;elles ne valent pas, il chercherait à s&#039;en défaire, soit en les vendant à perte, soit en payant de préférence avec cette monnaie les menues denrées, qui renchériraient en raison de cela, soit enfin en plaçant ces pièces dans les paiements qu&#039;il a à faire, en plus grande proportion que ne l&#039;exigent les appoints.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement, qui est intéressé à ce qu&#039;on ne les vende pas à perte, attendu qu&#039;il disposerait moins avantageusement de celles qu&#039;il met en circulation, autorise ordinairement le dernier parti. Avant 1808, par exemple, on était autorisé à Paris à payer en monnaie de cuivre 1/40 des sommes qu&#039;on devait ; ce qui produisait un effet pareil à une altération dans le titre des monnaies. Une somme de monnaie valant un peu moins, en raison de cette circonstance, les vendeurs de toute espèce de marchandises, qui, sans savoir les causes qui influent sur la valeur des monnaies, connaissent très bien ce que les monnaies valent, faisaient leur prix en conséquence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque vendeur, armé d&#039;une balance et d&#039;un creuset, ne s&#039;arrête pas à vérifier le titre et le poids des monnaies ; mais les gens qui font le commerce des matières d&#039;or et d&#039;argent, ou d&#039;autres métiers analogues, sont perpétuellement occupés à comparer la valeur des métaux précieux contenus dans les monnaies avec la valeur courante de ces mêmes monnaies, pour tirer parti des bénéfices que peut laisser leur différence ; et les opérations mêmes qu&#039;ils font pour obtenir ce bénéfice, tendent toujours à établir la valeur courante des monnaies au niveau de leur valeur réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La quantité de cuivre qu&#039;on est forcé de recevoir influe de même sur le change avec l&#039;étranger. Une lettre de change payable en francs à Paris, se vend certainement moins cher à Amsterdam, lorsqu&#039;une partie de sa valeur doit être payée en cuivre ; de même qu&#039;elle vaudrait moins si le franc contenait une moindre quantité d&#039;argent fin et plus d&#039;alliage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut pourtant remarquer que cette circonstance ne fait pas baisser la valeur de la monnaie en général autant que l&#039;alliage, qui n&#039;a aucune valeur par lui-même, tandis que la monnaie de cuivre qui entrait pour un quarantième dans nos paiements, avait une légère valeur intrinsèque, inférieure cependant au quarantième de la somme en argent ; autrement on n&#039;aurait pas été forcé de faire une ordonnance pour contraindre à la recevoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le gouvernement remboursait à bureau ouvert, en argent, les pièces de cuivre qu&#039;on viendrait lui rapporter, il pourrait, presque sans inconvénient, leur donner extrêmement peu de valeur intrinsèque ; les besoins de la circulation en absorberaient toujours une fort grande quantité, et elles conserveraient leur valeur aussi complètement que si elles valaient la fraction de monnaie qu&#039;elles représentent ; de même qu&#039;un billet de banque qui n&#039;a point de valeur intrinsèque, circule néanmoins, et même plusieurs années de suite, comme s&#039;il valait intrinsèquement ce que porte sa valeur nominale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette opération vaudrait au gouvernement plus que ce qu&#039;il peut faire passer de force dans la circulation, et la valeur des monnaies n&#039;en serait point altérée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;y aurait à craindre que les contrefacteurs, dont la cupidité serait d&#039;autant plus excitée, qu&#039;il y aurait plus de différence entre la valeur intrinsèque et la valeur courante. L&#039;avant-dernier roi de Sardaigne, ayant voulu retirer une monnaie de billon que son père avait fabriquée dans des temps malheureux, en retira trois fois plus que le gouvernement n&#039;en avait jamais fait. Le roi de Prusse éprouva une semblable perte, par une semblable cause, lorsqu&#039;il fit retirer, sous le nom emprunté du Juif &#039;&#039;Éphraïm&#039;&#039;, le bas billon qu&#039;il avait forcé les saxons de recevoir, dans la détresse où l&#039;avait réduit la guerre de sept ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIII|Origine de la valeur des monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXV|De l&#039;altération des monnaies]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXIII&amp;diff=1899</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIII</title>
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		<updated>2008-05-01T19:20:07Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII|De la matière dont les monnaies sont faites]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIV|Que les monnaies faites de différents métaux ne peuvent pas conserver un rapport fixe dans leur valeur]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXIII - Origine de la valeur des monnaies.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
La monnaie n&#039;étant qu&#039;un instrument qui sert à faciliter nos échanges, la quantité de monnaie dont un pays a besoin est déterminée par la somme des échanges que les richesses de ce pays et l&#039;activité de son industrie entraînent nécessairement. Dans le cours ordinaire des choses, on ne troque pas des marchandises les unes contre les autres sans motif, et simplement pour faire un troc ; mais pour faire servir les marchandises qu&#039;on échange à la production ou à la consommation du pays. Quand la production est plus active, quand la consommation est plus étendue, on a plus d&#039;échanges à conclure, on a besoin d&#039;une plus forte somme de monnaie. En d&#039;autres mots, ce n&#039;est pas la somme des monnaies qui détermine le nombre et l&#039;importance des échanges ; c&#039;est le nombre et l&#039;importance des échanges qui déterminent la somme de monnaie dont on a besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette nature des choses il résulte que, rien n&#039;étant changé d&#039;ailleurs aux circonstances du pays, la valeur de la monnaie décline d&#039;autant plus qu&#039;on en verse davantage dans la circulation. En effet, admettant que le numéraire qui circule actuellement en France s&#039;élève à deux milliards de francs, si, par une cause quelconque, on portait tout à coup ce nombre de francs à quatre milliards, la quantité de produits, de marchandises qui se présenteraient en vente, étant ce qu&#039;elle était, il devient évident qu&#039;on n&#039;offrirait pas plus de marchandises à vendre, tandis qu&#039;on offrirait, pour chaque objet à vendre, un nombre de francs double de ce qu&#039;on en offre à présent ; les quatre milliards ne vaudraient pas plus que les deux milliards, valeur actuelle ; chaque franc ne vaudrait que cinquante centimes. On sent que cette supposition est extrême et inadmissible ; mais ce qui ne l&#039;est pas, c&#039;est une augmentation ou une diminution moins considérable et plus graduelle de la somme des unités monétaires, et un effet proportionnel relativement à la valeur de chaque unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une suite du même principe, si la population du pays devenait plus nombreuse, sa production et sa consommation plus considérables, et si par conséquent le pays se trouvait avoir plus de transactions à conclure, plus d&#039;échanges à terminer, sans que le nombre des unités monétaires fût accru, étant plus demandées et n&#039;étant pas offertes en plus grande quantité, la valeur de chaque unité monétaire croîtrait d&#039;autant plus que cette disparité deviendrait plus sensible. De ces deux effets contraires peuvent naître des combinaisons diverses à l&#039;infini.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Appliquons ces vérités fondamentales aux monnaies qui peuvent être faites de différentes matières, et d&#039;abord aux monnaies d&#039;argent. Les observations qu&#039;elles nous fourniront pourront nous éclairer sur les autres monnaies, en y faisant les corrections&lt;br /&gt;
nécessaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une pièce de 5 francs d&#039;une part, et un petit lingot du même métal et du même poids d&#039;autre part, sont deux marchandises un peu différentes entre elles ; elles diffèrent comme un produit fabriqué diffère de la matière première dont il est fait. Si cette fabrication était libre pour tout le monde, et si l&#039;autorité publique se bornait à fixer le titre, le poids et l&#039;empreinte que chaque pièce doit recevoir, il s&#039;élèverait des manufactures de monnaie jusqu&#039;à ce que les besoins qu&#039;on a de cet instrument fussent satisfaits. La matière première, l&#039;argent, a, dans chaque pays, une valeur quelconque, déterminée par les mêmes causes qui agissent sur les autres marchandises ; la concurrence des fabricants réduirait les frais de fabrication au taux le plus bas ; et à ce taux, les besoins de la circulation détermineraient le nombre de pièces qu&#039;on pourrait fabriquer avec profit. Si les manufacturiers en produisaient davantage, ils aviliraient leur marchandise et perdraient ; s&#039;ils en fabriquaient trop peu, la valeur des monnaies s&#039;élèverait au-dessus des frais de production, et provoquerait une fabrication plus considérable. Mais le monnayage n&#039;est pas abandonné à une libre concurrence, on sait que dans tous les pays l&#039;autorité publique s&#039;est réservée l&#039;exercice exclusif de ce genre de manufacture ; soit qu&#039;à la faveur du monopole, elle ait voulu se procurer un bénéfice extraordinaire, comme celui qu&#039;elle tire en certains lieux du monopole du tabac ; soit plutôt qu&#039;elle ait voulu offrir à ses sujets une garantie plus digne de leur confiance que celle que leur donnerait une manufacture appartenant à des particuliers. En effet, la garantie des gouvernements, toute frauduleuse qu&#039;elle a été trop souvent, convient encore mieux aux peuples qu&#039;une garantie privée, tant à cause de l&#039;uniformité qu&#039;une fabrication homogène permet de donner aux pièces, que parce que la fraude serait peut-être plus difficile encore à reconnaître, exercée par des particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoiqu&#039;il en soit, cette circonstance introduit une proportion jusqu&#039;à un certain point arbitraire entre le prix du lingot et le prix des pièces. Quelquefois le gouvernement juge à propos de les fabriquer gratuitement, comme en Angleterre et en Russie, où l&#039;on donne, à ceux qui portent des lingots à la monnaie, un poids égal en pièces monnayées, sans rien retenir pour la façon. Aussi, dans ces pays, les pièces monnayées ne vaudraient pas plus que le lingot, sans une circonstance qui fait que le monnayage, qui ne rapporte rien au gouvernement, n&#039;est pas tout-à-fait gratuit pour le particulier. Celui-ci perd les intérêts de sa matière première depuis l&#039;instant où il confie son argent aux ateliers monétaires, jusqu&#039;à celui où on le lui rend. Sans la perte qui en résulte, il est évident que l&#039;on se servirait de l&#039;hôtel des monnaies, non seulement pour avoir des monnaies, mais pour avoir, sans frais, un métal réduit à un titre uniforme, et portant une étiquette digne de confiance ; ce qui en faciliterait l&#039;emploi, même dans le cas où l&#039;on ne voudrait pas s&#039;en servir comme monnaie. Malgré même cette perte d&#039;intérêts qu&#039;on subit à l&#039;hôtel des monnaies d&#039;Angleterre, il a très souvent convenu aux spéculateurs de porter à l&#039;étranger des monnaies anglaises où elles ne remplissaient pas l&#039;office de monnaie, mais de lingots réduits à un titre uniforme et connu. Avant la révolution française, on voyait constamment des guinées dans le commerce des métaux précieux qui se faisait en France. Le gouvernement anglais, par conséquent, faisait supporter à ses contribuables les frais de fabrication, et ne les faisait pas jouir de la totalité de la monnaie qui résultait de ces frais, dont une partie tournait au profit des marchands étrangers. Le même effet s&#039;est renouvelé depuis que les anglais ont fait une nouvelle monnaie d&#039;or appelée &#039;&#039;souverains&#039;&#039;. Les anglais sont dupes en ceci de leur respect chinois pour leurs anciens usages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même inconvénient se manifeste jusqu&#039;à un certain point en France : non que le monnayage y soit entièrement gratuit ; mais le profit en est abandonné, dans chaque hôtel des monnaies, à un entrepreneur à façon, que l&#039;on nomme improprement &#039;&#039;directeur&#039;&#039; ; et le gouvernement demeure chargé des frais d&#039;administration et de surveillance, de l&#039;entretien des bâtiments et des grosses machines, ainsi que de l&#039;intérêt du capital que ces choses représentent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les cas que je viens de citer, la valeur de la monnaie ne s&#039;élève pas aussi haut que si elle était fabriquée par des particuliers ; car nul d&#039;entre eux ne voudrait subir les pertes que les gouvernements consentent à supporter. En France, la différence de valeur entre l&#039;argent en lingot et l&#039;argent monnayé n&#039;est guère, en temps ordinaire, que d&#039;un pour cent en faveur de l&#039;argent monnayé ; différence trop légère pour couvrir les frais de fabrication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans d&#039;autres temps et dans d&#039;autres pays, les gouvernements ont cru pouvoir retenir sur les métaux qu&#039;on portait à leurs ateliers, outre leurs frais de fabrication, un droit régalien qu&#039;ils ont nommé &#039;&#039;droit de seigneuriage&#039;&#039;. Mais, dans le cas dont il est ici question, le gouvernement n&#039;est autre chose qu&#039;un manufacturier. Son bénéfice ne peut naître que de la différence de valeur qui se manifeste entre la matière première et le produit fabriqué ; valeur qui dépend, non de ses lois et d&#039;une fixation de valeur qui ne dépend pas de lui, mais des circonstances de la société et de la volonté libre des contractants et du prix courant des marchandises. On voit que les droits de fabrication, les droits de seigneuriage, dont on a tant discouru, sont absolument illusoires, et que les gouvernements ne peuvent avec des ordonnances déterminer le bénéfice qu&#039;ils feront sur les monnaies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute le gouvernement peut décider qu&#039;il ne frappera aucune monnaie, à moins que le particulier qui lui apporte du métal à transformer en monnaie ne lui abandonne cinq onces d&#039;argent sur cent qui passeront sous son balancier ; mais on doit bien penser que si, au cours du marché, les cent onces fabriquées ne valent pas à leur possesseur autant que cent cinq onces en lingots, il gardera ses lingots, et les ateliers monétaires resteront oisifs. Et si le gouvernement, pour occuper ses balanciers, achète lui-même des matières, et qu&#039;après avoir frappé cent onces, ces cent onces monnayées ne puissent acheter que cent deux onces en lingots, il ne gagnera que deux pour cent sur sa fabrication, quelle que soit la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul moyen qu&#039;aient les gouvernements d&#039;accroître leurs profits sur le monnayage, est de se prévaloir du privilège qu&#039;ils ont de fabriquer seuls, pour diminuer l&#039;approvisionnement du marché, en suspendant la fabrication jusqu&#039;à ce que les monnaies, devenues plus rares, aient acquis plus de valeur relativement aux autres marchandises. De cette manière le besoin d&#039;argent monnayé le faisant plus vivement rechercher, sa valeur croît, on en offre moins pour un kilogramme d&#039;argent, de même que pour toute autre marchandise, et il est alors possible qu&#039;on obtienne pour 190 francs en écus, pour 180 francs, et même pour moins, un kilogramme d&#039;argent dont on pourra faire 200 francs d&#039;écus. Le profit ne consistera toujours que dans la différence qui se manifestera entre le prix du lingot et celui de la monnaie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne paraît cependant pas que les gouvernements se prévalent de ce privilège qu&#039;ils ont d&#039;approvisionner imparfaitement d&#039;espèces, la circulation du pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela ne peut avoir lieu sans occasionner une certaine pénurie de monnaie, qui provoque dans le public l&#039;emploi de signes représentatifs dont nous nous occuperons bientôt. Les employés des monnaies sont toujours de leur côté pressés de fabriquer, soit pour paraître utiles, soit pour profiter d&#039;un &#039;&#039;tant pour cent&#039;&#039;, accordé à plusieurs d&#039;entre eux sur les métaux qui passent dans les creusets ou sous les balanciers. Peut-être encore les gouvernements sont-ils trop mauvais négociants pour évaluer complètement leurs&lt;br /&gt;
frais de production, et notamment la valeur capitale des hôtels des monnaies ; et, après avoir regardé comme perdues les sommes qu&#039;ils y ont consacrées, et peut-être les nombreux traitements de leurs employés, courent-ils après le bénéfice qui résulte de la fabrication courante, tout insuffisant qu&#039;il est pour rembourser les traitements et l&#039;intérêt des capitaux versés dans l&#039;entreprise. En fait, il ne paraît pas que la valeur de l&#039;argent monnayé surpasse, dans aucun pays, la valeur de l&#039;argent en lingot, de manière à excéder les frais de fabrication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les gouvernements étaient complètement indemnisés des frais de fabrication, si le monnayage ne coûtait absolument rien aux contribuables, il n&#039;y aurait jamais lieu de gémir sur l&#039;exportation des espèces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle serait même aussi favorable à la richesse nationale que l&#039;exportation de tout autre produit manufacturé. C&#039;est une branche de l&#039;orfèvrerie ; et il n&#039;est pas douteux qu&#039;une monnaie qui serait assez bien frappée pour ne pouvoir être aisément contrefaite, une monnaie essayée et pesée avec précision, pourrait devenir d&#039;un usage courant en plusieurs lieux du monde, et que l&#039;État qui la fabriquerait en tirerait un profit qu&#039;on ne devrait nullement mépriser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ducats de Hollande sont recherchés dans tout le nord pour une valeur supérieure à leur valeur intrinsèque, et les piastres d&#039;Espagne ont été fabriquées d&#039;une manière si constante et si fidèle, qu&#039;elles ont cours de monnaie, non seulement dans toute l&#039;Amérique, mais encore dans la république des États-Unis, dans une partie considérable de l&#039;Europe, de l&#039;Afrique et de l&#039;Asie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les piastres offrent même un exemple curieux de la valeur que l&#039;empreinte donne au métal. Lorsque les américains des États-Unis ont voulu fabriquer leurs dollars, qui ne sont autres que des piastres, ils se contentèrent de faire passer les piastres sous leur balancier ; c&#039;est-à-dire que, sans rien changer à leur poids et à leur titre, ils effacèrent l&#039;empreinte espagnole pour y imprimer la leur. Dès ce moment, les chinois et les autres peuples d&#039;Asie ne voulurent plus les recevoir sur le même pied : cent dollars n&#039;achetaient plus la même quantité de marchandise qu&#039;on obtenait pour cent piastres. Le gouvernement américain, qui, très éclairé d&#039;ailleurs, était encore imbu du préjugé de la balance du commerce, se prévalut de cette circonstance pour faire cesser l&#039;exportation des espèces en Asie. Il ordonna qu&#039;on n&#039;exporterait plus que les dollars de la façon des États-Unis ; de manière qu&#039;après avoir fait des frais pour diminuer la valeur d&#039;une partie des piastres d&#039;Espagne, il voulut qu&#039;on les employât à l&#039;usage auquel le gouvernement avait empêché qu&#039;elles ne fussent propres : celui de s&#039;en servir dans les relations commerciales qu&#039;on avait avec les peuples qui n&#039;y mettaient pas le prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait laisser porter au-dehors la valeur, sous quelque forme que ce fût, qui devait amener les plus gros retours ; et là-dessus on pouvait s&#039;en rapporter à l&#039;intérêt privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et que dire du gouvernement espagnol, dont la fidélité dans l&#039;empreinte de ses piastres leur donnait au dehors une valeur fort supérieure à leur valeur intrinsèque, qui, en vertu de l&#039;espèce de monopole dont jouissaient ses états d&#039;Amérique, relativement à cette marchandise, pouvait charger de gros droits son extraction, et qui néanmoins prohibait une exportation si profitable pour ses peuples et pour lui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement, quoique fabricant de monnaie, et n&#039;étant point tenu de la fabriquer gratuitement, ne peut pas néanmoins, avec justice, retenir les frais de fabrication sur les sommes qu&#039;il paie en exécution de ses engagements. S&#039;il s&#039;est engagé à payer, je suppose, pour des fournitures qui lui ont été faites, une somme d&#039;un million, il ne peut équitablement dire au fournisseur : «  Je me suis engagé à vous payer un million, mais je vous paie en monnaie qui sort de dessous le balancier, et je vous retiens vingt mille francs, plus ou moins, pour frais de fabrication. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sens de tous les engagements pris par le gouvernement ou par les particuliers est celui-ci : &#039;&#039;je m&#039;engage à payer telle somme en monnaie fabriquée&#039;&#039;, et non pas &#039;&#039;telle somme en lingots&#039;&#039; ; l&#039;échange qui sert de base à ce marché a été fait en conséquence de ce que l&#039;un des contractants donnait pour sa part une denrée un peu plus chère que l&#039;argent, c&#039;est-à-dire de l&#039;argent frappé en écus. Le gouvernement doit donc de l&#039;argent monnayé ; il a dû acheter en conséquence, c&#039;est-à-dire, obtenir plus de marchandise que s&#039;il s&#039;était engagé à payer en argent-lingots ; dans ce cas, il bénéficie des frais de fabrication au moment où il conclut le marché, au moment où il obtient une plus grande quantité de marchandise que s&#039;il eût fait ses paiements en lingots. C&#039;est quand on lui porte du métal à fabriquer en monnaie, qu&#039;il doit faire payer ou retenir en argent les frais de fabrication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu de quelle manière et jusqu&#039;à quel point les gouvernements, en vertu du privilège qu&#039;ils se sont attribué, avec raison je crois, de fabriquer seuls les monnaies, peuvent en faire un objet de lucre ; nous avons vu en même temps qu&#039;ils ne s&#039;en prévalent guère, et que par tout pays la valeur d&#039;une pièce de monnaie excède peu celle d&#039;un petit lingot égal en poids et en finesse. C&#039;est de quoi l&#039;on peut se convaincre en voyant quel est le prix courant du lingot payé en pièces de monnaie. D&#039;un autre côté, nous pouvons regarder comme un fait constant que jamais les pièces monnayées ne tombent au-dessous de la valeur de leur matière première. La raison en est simple. Si, par l&#039;effet d&#039;une surabondance d&#039;espèces, un écu de 5 francs déclinait en valeur jusqu&#039;à valoir un peu moins qu&#039;un petit lingot du même poids et de la même finesse, les spéculateurs réduiraient, par la fonte, l&#039;écu en lingot ; ce qui diminuerait le nombre des écus jusqu&#039;au moment où, devenus plus rares et plus précieux, il n&#039;y aurait plus d&#039;avantage à les fondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la valeur d&#039;une monnaie d&#039;argent ne tombe jamais au-dessous de la valeur d&#039;un lingot de même poids et de même finesse, et si, par des motifs que nous avons pu apprécier, elle ne s&#039;élève guère au-dessus, nous conclurons que la valeur du métal règle, gouverne la valeur de la monnaie, et que les causes qui déterminent la valeur du métal, déterminent par suite la valeur des pièces de monnaie qui en sont faites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi arrive-t-il très souvent que l&#039;on confond la variation des valeurs monétaires avec la variation des valeurs métalliques. Une altération dans le poids et dans le titre des monnaies cause toujours une altération dans leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, quelles sont les causes de la valeur du métal ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mêmes que celles qui déterminent la valeur de tous les autres produits : le besoin qu&#039;on en a restreint par les frais de sa production. L&#039;utilité du métal d&#039;argent, qui est le premier fondement de la demande qu&#039;on en fait, consiste dans les services qu&#039;il peut rendre, soit comme monnaie, soit comme métal propre à former des ustensiles et des ornements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les avantages qu&#039;on lui a reconnus dans l&#039;emploi qu&#039;on en fait comme monnaie, l&#039;ont fait adopter en cette qualité par toutes les nations tant soit peu riches et commerçantes. Celles mêmes dont la monnaie est principalement en or ou en papier, se servent de l&#039;argent pour les coupures de l&#039;instrument de leurs échanges. Ce double usage du métal d&#039;argent, détermine l&#039;étendue de la demande qu&#039;on en fait au prix où le portent ses frais de production. Toutes les circonstances qui tendent à diminuer la demande, tendent à diminuer sa valeur ; tel serait un déclin dans l&#039;industrie et la population du monde. La société humaine, dans ce cas, en réclamerait une moins grande quantité, et ne pourrait plus faire les mêmes sacrifices pour s&#039;en procurer : on cesserait d&#039;exploiter les mines les plus coûteuses. Si d&#039;une autre part, on découvrait d&#039;autres mines plus riches que celles où l&#039;on puise maintenant, si les procédés d&#039;exploitation se perfectionnaient et devenaient moins dispendieux, la valeur du métal baisserait ; mais comme cette circonstance en étendrait l&#039;usage, et permettrait à un plus grand nombre de familles d&#039;employer des ustensiles d&#039;argent, ou du moins d&#039;en employer en plus grand nombre ; comme les monnaies devenant moins précieuses, on les multiplierait pour répondre aux besoins de la circulation, la demande du métal d&#039;argent augmenterait à mesure que son prix deviendrait plus bas ; sa baisse serait combattue par cette demande, et s&#039;arrêterait au point où elle viendrait rencontrer les frais de production nécessaires pour procurer cette quantité de métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut appliquer aux monnaies composées avec d&#039;autres matières que l&#039;argent, les raisonnements dont je me suis servi en parlant de l&#039;argent. Leur valeur est toujours en proportion de la quantité de monnaie qu&#039;on verse dans la circulation, comparée avec la quantité que la circulation en réclame. Si les besoins de la circulation n&#039;augmentent pas, et si l&#039;on augmente le nombre des unités monétaires, leur valeur décline. Si leur valeur baisse au-dessous de celle de leurs frais de production, la matière première&lt;br /&gt;
comprise, le fabricateur perd à leur fabrication. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand la matière première est de nulle valeur, comme lorsqu&#039;on fait de la monnaie de papier, la valeur de la monnaie peut décliner à l&#039;excès ; car alors on peut en fabriquer sans beaucoup de frais de production ; mais le papier-monnaie donnant lieu à des considérations particulières, quoique sa valeur dérive des mêmes principes, j&#039;en ferai un chapitre à part. Il me suffira dans ce moment d&#039;avertir que les monnaies faites d&#039;une matière influent sur celles qui sont autrement composées, et qu&#039;en multipliant&lt;br /&gt;
la quantité des unités monétaires, qui sont en or, on fait décliner la valeur de celles qui sont en argent ou en cuivre. On en peut dire autant des signes représentatifs de la monnaie, qui, sans être monnaie eux-mêmes, font un effet pareil à la multiplication des unités monétaires, parce qu&#039;ils satisfont aux mêmes besoins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les monnaies métalliques, le métal le plus précieux est le seul qui soit compté comme ayant une valeur intrinsèque ; l&#039;alliage ne conserve aucune valeur, parce que si l&#039;on voulait en faire le départ, il ne vaudrait pas les frais de l&#039;opération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La monnaie en circulation dans un pays, quelle que soit sa matière, ayant une valeur qui lui est propre, une valeur qui naît de ses usages, fait partie des richesses de ce pays, aussi bien que le sucre, l&#039;indigo, le froment, et toutes les marchandises qui sont en sa possession. Elle varie de valeur comme les autres marchandises, et se consomme comme elles, quoique plus lentement que la plupart d&#039;entre elles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait donc approuver la manière dont la représente Germain Garnier, lorsqu&#039;il dit que « tant que l&#039;argent reste sous la forme de monnaie, il n&#039;est pas proprement une richesse, dans le sens strict de ce mot, puisqu&#039;il ne peut directement et immédiatement &#039;&#039;satisfaire un besoin&#039;&#039; ou une jouissance. ». Une foule de valeurs ne sont pas susceptibles de satisfaire un besoin ou une jouissance sous leur forme actuelle. Un négociant possède un magasin entier rempli d&#039;indigo qui ne peut servir en nature, ni à nourrir, ni à vêtir, et qui n&#039;en est pas moins une richesse ; richesse qu&#039;il transformera, dès qu&#039;il le voudra, en une autre valeur immédiatement propre à l&#039;usage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;argent en écus est donc une richesse aussi bien que l&#039;indigo en caisses. D&#039;ailleurs la monnaie, par ses usages, ne satisfait-elle pas un des besoins des nations civilisées ? Le même auteur avoue, à la vérité, dans un autre endroit, que « dans les coffres d&#039;un particulier, le numéraire est une vraie richesse, une partie intégrante des biens qu&#039;il possède, et qu&#039;il peut consacrer à ses jouissances ; mais que, sous le rapport de l&#039;économie publique, ce numéraire n&#039;est autre chose qu&#039;un instrument d&#039;échange, totalement distinct des richesses qu&#039;il sert à faire circuler. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois en avoir dit assez pour prouver au contraire l&#039;analogie complète qu&#039;il y a entre le numéraire et toutes les autres richesses. Ce qui est richesse pour un particulier, l&#039;est pour une nation, qui n&#039;est que la réunion des particuliers ; l&#039;est aux yeux de l&#039;économie politique, qui ne doit pas raisonner sur des valeurs imaginaires, mais sur ce que chaque particulier, ou tous les particuliers réunis, regardent, non dans leurs discours, mais dans leurs actions, comme des valeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une preuve de plus qu&#039;il n&#039;y a pas deux ordres de vérités dans cette science non plus que dans les autres ; ce qui est vrai pour un individu, l&#039;est pour un gouvernement, l&#039;est pour une société. La vérité est une ; les applications seules diffèrent.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII|De la matière dont les monnaies sont faites]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIV|Que les monnaies faites de différents métaux ne peuvent pas conserver un rapport fixe dans leur valeur]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXIII&amp;diff=1898</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIII</title>
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		<updated>2008-05-01T18:56:07Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII|De la matière dont les monnaies sont faites]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIV|Que les monnaies faites de différents métaux ne peuvent pas conserver un rapport fixe dans leur valeur]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXIII - Origine de la valeur des monnaies.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
La monnaie n&#039;étant qu&#039;un instrument qui sert à faciliter nos échanges, la quantité de monnaie dont un pays a besoin est déterminée par la somme des échanges que les richesses de ce pays et l&#039;activité de son industrie entraînent nécessairement. Dans le cours ordinaire des choses, on ne troque pas des marchandises les unes contre les autres sans motif, et simplement pour faire un troc ; mais pour faire servir les marchandises qu&#039;on échange à la production ou à la consommation du pays. Quand la production est plus active, quand la consommation est plus étendue, on a plus d&#039;échanges à conclure, on a besoin d&#039;une plus forte somme de monnaie. En d&#039;autres mots, ce n&#039;est pas la somme des monnaies qui détermine le nombre et l&#039;importance des échanges ; c&#039;est le nombre et l&#039;importance des échanges qui déterminent la somme de monnaie dont on a besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette nature des choses il résulte que, rien n&#039;étant changé d&#039;ailleurs aux circonstances du pays, la valeur de la monnaie décline d&#039;autant plus qu&#039;on en verse davantage dans la circulation. En effet, admettant que le numéraire qui circule actuellement en France s&#039;élève à deux milliards de francs, si, par une cause quelconque, on portait tout à coup ce nombre de francs à quatre milliards, la quantité de produits, de marchandises qui se présenteraient en vente, étant ce qu&#039;elle était, il devient évident qu&#039;on n&#039;offrirait pas plus de marchandises à vendre, tandis qu&#039;on offrirait, pour chaque objet à vendre, un nombre de francs double de ce qu&#039;on en offre à présent ; les quatre milliards ne vaudraient pas plus que les deux milliards, valeur actuelle ; chaque franc ne vaudrait que cinquante centimes. On sent que cette supposition est extrême et inadmissible ; mais ce qui ne l&#039;est pas, c&#039;est une augmentation ou une diminution moins considérable et plus graduelle de la somme des unités monétaires, et un effet proportionnel relativement à la valeur de chaque unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une suite du même principe, si la population du pays devenait plus nombreuse, sa production et sa consommation plus considérables, et si par conséquent le pays se trouvait avoir plus de transactions à conclure, plus d&#039;échanges à terminer, sans que le nombre des unités monétaires fût accru, étant plus demandées et n&#039;étant pas offertes en plus grande quantité, la valeur de chaque unité monétaire croîtrait d&#039;autant plus que cette disparité deviendrait plus sensible. De ces deux effets contraires peuvent naître des combinaisons diverses à l&#039;infini.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Appliquons ces vérités fondamentales aux monnaies qui peuvent être faites de différentes matières, et d&#039;abord aux monnaies d&#039;argent. Les observations qu&#039;elles nous fourniront pourront nous éclairer sur les autres monnaies, en y faisant les corrections&lt;br /&gt;
nécessaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une pièce de 5 francs d&#039;une part, et un petit lingot du même métal et du même poids d&#039;autre part, sont deux marchandises un peu différentes entre elles ; elles diffèrent comme un produit fabriqué diffère de la matière première dont il est fait. Si cette fabrication était libre pour tout le monde, et si l&#039;autorité publique se bornait à fixer le titre, le poids et l&#039;empreinte que chaque pièce doit recevoir, il s&#039;élèverait des manufactures de monnaie jusqu&#039;à ce que les besoins qu&#039;on a de cet instrument fussent satisfaits. La matière première, l&#039;argent, a, dans chaque pays, une valeur quelconque, déterminée par les mêmes causes qui agissent sur les autres marchandises ; la concurrence des fabricants réduirait les frais de fabrication au taux le plus bas ; et à ce taux, les besoins de la circulation détermineraient le nombre de pièces qu&#039;on pourrait fabriquer avec profit. Si les manufacturiers en produisaient davantage, ils aviliraient leur marchandise et perdraient ; s&#039;ils en fabriquaient trop peu, la valeur des monnaies s&#039;élèverait au-dessus des frais de production, et provoquerait une fabrication plus considérable. Mais le monnayage n&#039;est pas abandonné à une libre concurrence, on sait que dans tous les pays l&#039;autorité publique s&#039;est réservée l&#039;exercice exclusif de ce genre de manufacture ; soit qu&#039;à la faveur du monopole, elle ait voulu se procurer un bénéfice extraordinaire, comme celui qu&#039;elle tire en certains lieux du monopole du tabac ; soit plutôt qu&#039;elle ait voulu offrir à ses sujets une garantie plus digne de leur confiance que celle que leur donnerait une manufacture appartenant à des particuliers. En effet, la garantie des gouvernements, toute frauduleuse qu&#039;elle a été trop souvent, convient encore mieux aux peuples qu&#039;une garantie privée, tant à cause de l&#039;uniformité qu&#039;une fabrication homogène permet de donner aux pièces, que parce que la fraude serait peut-être plus difficile encore à reconnaître, exercée par des particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoiqu&#039;il en soit, cette circonstance introduit une proportion jusqu&#039;à un certain point arbitraire entre le prix du lingot et le prix des pièces. Quelquefois le gouvernement juge à propos de les fabriquer gratuitement, comme en Angleterre et en Russie, où l&#039;on donne, à ceux qui portent des lingots à la monnaie, un poids égal en pièces monnayées, sans rien retenir pour la façon. Aussi, dans ces pays, les pièces monnayées ne vaudraient pas plus que le lingot, sans une circonstance qui fait que le monnayage, qui ne rapporte rien au gouvernement, n&#039;est pas tout-à-fait gratuit pour le particulier. Celui-ci perd les intérêts de sa matière première depuis l&#039;instant où il confie son argent aux ateliers monétaires, jusqu&#039;à celui où on le lui rend. Sans la perte qui en résulte, il est évident que l&#039;on se servirait de l&#039;hôtel des monnaies, non seulement pour avoir des monnaies, mais pour avoir, sans frais, un métal réduit à un titre uniforme, et portant une étiquette digne de confiance ; ce qui en faciliterait l&#039;emploi, même dans le cas où l&#039;on ne voudrait pas s&#039;en servir comme monnaie. Malgré même cette perte d&#039;intérêts qu&#039;on subit à l&#039;hôtel des monnaies d&#039;Angleterre, il a très souvent convenu aux spéculateurs de porter à l&#039;étranger des monnaies anglaises où elles ne remplissaient pas l&#039;office de monnaie, mais de lingots réduits à un titre uniforme et connu. Avant la révolution française, on voyait constamment des guinées dans le commerce des métaux précieux qui se faisait en France. Le gouvernement anglais, par conséquent, faisait supporter à ses contribuables les frais de fabrication, et ne les faisait pas jouir de la totalité de la monnaie qui résultait de ces frais, dont une partie tournait au profit des marchands étrangers. Le même effet s&#039;est renouvelé depuis que les anglais ont fait une nouvelle monnaie d&#039;or appelée &#039;&#039;souverains&#039;&#039;. Les anglais sont dupes en ceci de leur respect chinois pour leurs anciens usages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même inconvénient se manifeste jusqu&#039;à un certain point en France : non que le monnayage y soit entièrement gratuit ; mais le profit en est abandonné, dans chaque hôtel des monnaies, à un entrepreneur à façon, que l&#039;on nomme improprement &#039;&#039;directeur&#039;&#039; ; et le gouvernement demeure chargé des frais d&#039;administration et de surveillance, de l&#039;entretien des bâtiments et des grosses machines, ainsi que de l&#039;intérêt du capital que ces choses représentent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les cas que je viens de citer, la valeur de la monnaie ne s&#039;élève pas aussi haut que si elle était fabriquée par des particuliers ; car nul d&#039;entre eux ne voudrait subir les pertes que les gouvernements consentent à supporter. En France, la différence de valeur entre l&#039;argent en lingot et l&#039;argent monnayé n&#039;est guère, en temps ordinaire, que d&#039;un pour cent en faveur de l&#039;argent monnayé ; différence trop légère pour couvrir les frais de fabrication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans d&#039;autres temps et dans d&#039;autres pays, les gouvernements ont cru pouvoir retenir sur les métaux qu&#039;on portait à leurs ateliers, outre leurs frais de fabrication, un droit régalien qu&#039;ils ont nommé &#039;&#039;droit de seigneuriage&#039;&#039;. Mais, dans le cas dont il est ici question, le gouvernement n&#039;est autre chose qu&#039;un manufacturier. Son bénéfice ne peut naître que de la différence de valeur qui se manifeste entre la matière première et le produit fabriqué ; valeur qui dépend, non de ses lois et d&#039;une fixation de valeur qui ne dépend pas de lui, mais des circonstances de la société et de la volonté libre des contractants et du prix courant des marchandises. On voit que les droits de fabrication, les droits de seigneuriage, dont on a tant discouru, sont absolument illusoires, et que les gouvernements ne peuvent avec des ordonnances déterminer le bénéfice qu&#039;ils feront sur les monnaies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute le gouvernement peut décider qu&#039;il ne frappera aucune monnaie, à moins que le particulier qui lui apporte du métal à transformer en monnaie ne lui abandonne cinq onces d&#039;argent sur cent qui passeront sous son balancier ; mais on doit bien penser que si, au cours du marché, les cent onces fabriquées ne valent pas à leur possesseur autant que cent cinq onces en lingots, il gardera ses lingots, et les ateliers monétaires resteront oisifs. Et si le gouvernement, pour occuper ses balanciers, achète lui-même des matières, et qu&#039;après avoir frappé cent onces, ces cent onces monnayées ne puissent acheter que cent deux onces en lingots, il ne gagnera que deux pour cent sur sa fabrication, quelle que soit la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul moyen qu&#039;aient les gouvernements d&#039;accroître leurs profits sur le monnayage, est de se prévaloir du privilège qu&#039;ils ont de fabriquer seuls, pour diminuer l&#039;approvisionnement du marché, en suspendant la fabrication jusqu&#039;à ce que les monnaies, devenues plus rares, aient acquis plus de valeur relativement aux autres marchandises. De cette manière le besoin d&#039;argent monnayé le faisant plus vivement rechercher, sa valeur croît, on en offre moins pour un kilogramme d&#039;argent, de même que pour toute autre marchandise, et il est alors possible qu&#039;on obtienne pour 190 francs en écus, pour 180 francs, et même pour moins, un kilogramme d&#039;argent dont on pourra faire 200 francs d&#039;écus. Le profit ne consistera toujours que dans la différence qui se manifestera entre le prix du lingot et celui de la monnaie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne paraît cependant pas que les gouvernements se prévalent de ce privilège qu&#039;ils ont d&#039;approvisionner imparfaitement d&#039;espèces, la circulation du pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela ne peut avoir lieu sans occasionner une certaine pénurie de monnaie, qui provoque dans le public l&#039;emploi de signes représentatifs dont nous nous occuperons bientôt. Les employés des monnaies sont toujours de leur côté pressés de fabriquer, soit pour paraître utiles, soit pour profiter d&#039;un &#039;&#039;tant pour cent&#039;&#039;, accordé à plusieurs d&#039;entre eux sur les métaux qui passent dans les creusets ou sous les balanciers. Peut-être encore les gouvernements sont-ils trop mauvais négociants pour évaluer complètement leurs&lt;br /&gt;
frais de production, et notamment la valeur capitale des hôtels des monnaies ; et, après avoir regardé comme perdues les sommes qu&#039;ils y ont consacrées, et peut-être les nombreux traitements de leurs employés, courent-ils après le bénéfice qui résulte de la fabrication courante, tout insuffisant qu&#039;il est pour rembourser les traitements et l&#039;intérêt des capitaux versés dans l&#039;entreprise. En fait, il ne paraît pas que la valeur de l&#039;argent monnayé surpasse, dans aucun pays, la valeur de l&#039;argent en lingot, de manière à excéder les frais de fabrication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les gouvernements étaient complètement indemnisés des frais de fabrication, si le monnayage ne coûtait absolument rien aux contribuables, il n&#039;y aurait jamais lieu de gémir sur l&#039;exportation des espèces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle serait même aussi favorable à la richesse nationale que l&#039;exportation de tout autre produit manufacturé. C&#039;est une branche de l&#039;orfèvrerie ; et il n&#039;est pas douteux qu&#039;une monnaie qui serait assez bien frappée pour ne pouvoir être aisément contrefaite, une monnaie essayée et pesée avec précision, pourrait devenir d&#039;un usage courant en plusieurs lieux du monde, et que l&#039;État qui la fabriquerait en tirerait un profit qu&#039;on ne devrait nullement mépriser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ducats de Hollande sont recherchés dans tout le nord pour une valeur supérieure à leur valeur intrinsèque, et les piastres d&#039;Espagne ont été fabriquées d&#039;une manière si constante et si fidèle, qu&#039;elles ont cours de monnaie, non seulement dans toute l&#039;Amérique, mais encore dans la république des États-Unis, dans une partie considérable de l&#039;Europe, de l&#039;Afrique et de l&#039;Asie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les piastres offrent même un exemple curieux de la valeur que l&#039;empreinte donne au métal. Lorsque les américains des États-Unis ont voulu fabriquer leurs dollars, qui ne sont autres que des piastres, ils se contentèrent de faire passer les piastres sous leur balancier ; c&#039;est-à-dire que, sans rien changer à leur poids et à leur titre, ils effacèrent l&#039;empreinte espagnole pour y imprimer la leur. Dès ce moment, les chinois et les autres peuples d&#039;Asie ne voulurent plus les recevoir sur le même pied : cent dollars n&#039;achetaient plus la même quantité de marchandise qu&#039;on obtenait pour cent piastres. Le gouvernement américain, qui, très éclairé d&#039;ailleurs, était encore imbu du préjugé de la balance du commerce, se prévalut de cette circonstance pour faire cesser l&#039;exportation des espèces en Asie. Il ordonna qu&#039;on n&#039;exporterait plus que les dollars de la façon des États-Unis ; de manière qu&#039;après avoir fait des frais pour diminuer la valeur d&#039;une partie des piastres d&#039;Espagne, il voulut qu&#039;on les employât à l&#039;usage auquel le gouvernement avait empêché qu&#039;elles ne fussent propres : celui de s&#039;en servir dans les relations commerciales qu&#039;on avait avec les peuples qui n&#039;y mettaient pas le prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait laisser porter au-dehors la valeur, sous quelque forme que ce fût, qui devait amener les plus gros retours ; et là-dessus on pouvait s&#039;en rapporter à l&#039;intérêt privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et que dire du gouvernement espagnol, dont la fidélité dans l&#039;empreinte de ses piastres leur donnait au dehors une valeur fort supérieure à leur valeur intrinsèque, qui, en vertu de l&#039;espèce de monopole dont jouissaient ses états d&#039;Amérique, relativement à cette marchandise, pouvait charger de gros droits son extraction, et qui néanmoins prohibait une exportation si profitable pour ses peuples et pour lui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement, quoique fabricant de monnaie, et n&#039;étant point tenu de la fabriquer gratuitement, ne peut pas néanmoins, avec justice, retenir les frais de fabrication sur les sommes qu&#039;il paie en exécution de ses engagements. S&#039;il s&#039;est engagé à payer, je suppose, pour des fournitures qui lui ont été faites, une somme d&#039;un million, il ne peut équitablement dire au fournisseur : «  Je me suis engagé à vous payer un million, mais je vous paie en monnaie qui sort de dessous le balancier, et je vous retiens vingt mille francs, plus ou moins, pour frais de fabrication. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sens de tous les engagements pris par le gouvernement ou par les particuliers est celui-ci : &#039;&#039;je m&#039;engage à payer telle somme en monnaie fabriquée&#039;&#039;, et non pas &#039;&#039;telle somme en lingots&#039;&#039; ; l&#039;échange qui sert de base à ce marché a été fait en conséquence de ce que l&#039;un des contractants donnait pour sa part une denrée un peu plus chère que l&#039;argent, c&#039;est-à-dire de l&#039;argent frappé en écus. Le gouvernement doit donc de l&#039;argent monnayé ; il a dû acheter en conséquence, c&#039;est-à-dire, obtenir plus de marchandise que s&#039;il s&#039;était engagé à payer en argent-lingots ; dans ce cas, il bénéficie des frais de fabrication au moment où il conclut le marché, au moment où il obtient une plus grande quantité de marchandise que s&#039;il eût fait ses paiements en lingots. C&#039;est quand on lui porte du métal à fabriquer en monnaie, qu&#039;il doit faire payer ou retenir en argent les frais de fabrication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu de quelle manière et jusqu&#039;à quel point les gouvernements, en vertu du privilège qu&#039;ils se sont attribué, avec raison je crois, de fabriquer seuls les monnaies, peuvent en faire un objet de lucre ; nous avons vu en même temps qu&#039;ils ne s&#039;en prévalent guère, et que par tout pays la valeur d&#039;une pièce de monnaie excède peu celle d&#039;un petit lingot égal en poids et en finesse. C&#039;est de quoi l&#039;on peut se convaincre en voyant quel est le prix courant du lingot payé en pièces de monnaie. D&#039;un autre côté, nous pouvons regarder comme un fait constant que jamais les pièces monnayées ne tombent au-dessous de la valeur de leur matière première. La raison en est simple. Si, par l&#039;effet d&#039;une surabondance d&#039;espèces, un écu de 5 francs déclinait en valeur jusqu&#039;à valoir un peu moins qu&#039;un petit lingot du même poids et de la même finesse, les spéculateurs réduiraient, par la fonte, l&#039;écu en lingot ; ce qui diminuerait le nombre des écus jusqu&#039;au moment où, devenus plus rares et plus précieux, il n&#039;y aurait plus d&#039;avantage à les fondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la valeur d&#039;une monnaie d&#039;argent ne tombe jamais au-dessous de la valeur d&#039;un lingot de même poids et de même finesse, et si, par des motifs que nous avons pu apprécier, elle ne s&#039;élève guère au-dessus, nous conclurons que la valeur du métal règle, gouverne la valeur de la monnaie, et que les causes qui déterminent la valeur du métal, déterminent par suite la valeur des pièces de monnaie qui en sont faites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi arrive-t-il très souvent que l&#039;on confond la variation des valeurs monétaires avec la variation des valeurs métalliques. Une altération dans le poids et dans le titre des monnaies cause toujours une altération dans leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, quelles sont les causes de la valeur du métal ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mêmes que celles qui déterminent la valeur de tous les autres produits : le besoin qu&#039;on en a restreint par les frais de sa production. L&#039;utilité du métal d&#039;argent, qui est le premier fondement de la demande qu&#039;on en fait, consiste dans les services qu&#039;il peut rendre, soit comme monnaie, soit comme métal propre à former des ustensiles et des ornements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les avantages qu&#039;on lui a reconnus dans l&#039;emploi qu&#039;on en fait comme monnaie, l&#039;ont fait adopter en cette qualité par toutes les nations tant soit peu riches et commerçantes. Celles mêmes dont la monnaie est principalement en or ou en papier, se servent de l&#039;argent pour les coupures de l&#039;instrument de leurs échanges. Ce double usage du métal d&#039;argent, détermine l&#039;étendue de la demande qu&#039;on en fait au prix où le portent ses frais de production. Toutes les circonstances qui tendent à diminuer la demande, tendent à diminuer sa valeur ; tel serait un déclin dans l&#039;industrie et la population du monde. La société humaine, dans ce cas, en réclamerait une moins grande quantité, et ne pourrait plus faire les mêmes sacrifices pour s&#039;en procurer : on cesserait d&#039;exploiter les mines les plus coûteuses. Si d&#039;une autre part, on découvrait d&#039;autres mines plus riches que celles où l&#039;on puise maintenant, si les procédés d&#039;exploitation se perfectionnaient et devenaient moins dispendieux, la valeur du métal baisserait ; mais comme cette circonstance en étendrait l&#039;usage, et permettrait à un plus grand nombre de familles d&#039;employer des ustensiles d&#039;argent, ou du moins d&#039;en employer en plus grand nombre ; comme les monnaies devenant moins précieuses, on les multiplierait pour répondre aux besoins de la circulation, la demande du métal d&#039;argent augmenterait à mesure que son prix deviendrait plus bas ; sa baisse serait combattue par cette demande, et s&#039;arrêterait au point où elle viendrait rencontrer les frais de production nécessaires pour procurer cette quantité de métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut appliquer aux monnaies composées avec d&#039;autres matières que l&#039;argent, les raisonnements dont je me suis servi en parlant de l&#039;argent. Leur valeur est toujours en proportion de la quantité de monnaie qu&#039;on verse dans la circulation, comparée avec la quantité que la circulation en réclame. Si les besoins de la circulation n&#039;augmentent pas, et si l&#039;on augmente le nombre des unités monétaires, leur valeur décline. Si leur valeur baisse au-dessous de celle de leurs frais de production, la matière première&lt;br /&gt;
comprise, le fabricateur perd à leur fabrication. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand la matière première est de nulle valeur, comme lorsqu&#039;on fait de la monnaie de papier, la valeur de la monnaie peut décliner à l&#039;excès ; car alors on peut en fabriquer sans beaucoup de frais de production ; mais le papier-monnaie donnant lieu à des considérations particulières, quoique sa valeur dérive des mêmes principes, j&#039;en ferai un chapitre à part. Il me suffira dans ce moment d&#039;avertir que les monnaies faites d&#039;une matière influent sur celles qui sont autrement composées, et qu&#039;en multipliant&lt;br /&gt;
la quantité des unités monétaires, qui sont en or, on fait décliner la valeur de celles qui sont en argent ou en cuivre. On en peut dire autant des signes représentatifs de la monnaie, qui, sans être monnaie eux-mêmes, font un effet pareil à la multiplication des unités monétaires, parce qu&#039;ils satisfont aux mêmes besoins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les monnaies métalliques, le métal le plus précieux est le seul qui soit compté comme ayant une valeur intrinsèque ; l&#039;alliage ne conserve aucune valeur, parce que si l&#039;on voulait en faire le départ, il ne vaudrait pas les frais de l&#039;opération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La monnaie en circulation dans un pays, quelle que soit sa matière, ayant une valeur qui lui est propre, une valeur qui naît de ses usages, fait partie des richesses de ce pays, aussi bien que le sucre, l&#039;indigo, le froment, et toutes les marchandises qui sont en sa possession. Elle varie de valeur comme les autres marchandises, et se consomme comme elles, quoique plus lentement que la plupart d&#039;entre elles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait donc approuver la manière dont la représente Germain Garnier, lorsqu&#039;il dit que « tant que l&#039;argent reste sous la forme de monnaie, il n&#039;est pas proprement une richesse, dans le sens strict de ce mot, puisqu&#039;il ne peut directement et immédiatement &#039;&#039;satisfaire un besoin&#039;&#039; ou une jouissance. ». Une foule de valeurs ne sont pas susceptibles de satisfaire un besoin ou une jouissance sous leur forme actuelle. Un négociant possède un magasin entier rempli d&#039;indigo qui ne peut servir en nature, ni à nourrir, ni à vêtir, et qui n&#039;en est pas moins une richesse ; richesse qu&#039;il transformera, dès qu&#039;il le voudra, en une autre valeur immédiatement propre à l&#039;usage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;argent en écus est donc une richesse aussi bien que l&#039;indigo en caisses. D&#039;ailleurs la monnaie, par ses usages, ne satisfait-elle pas un des besoins des nations civilisées ? Le même auteur avoue, à la vérité, dans un autre endroit, que « dans les coffres d&#039;un particulier, le numéraire est une vraie richesse, une partie intégrante des biens qu&#039;il possède, et qu&#039;il peut consacrer à ses jouissances ; mais que, sous le rapport de l&#039;économie publique, ce numéraire n&#039;est autre chose qu&#039;un instrument d&#039;échange, totalement distinct des richesses qu&#039;il sert à faire circuler. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois en avoir dit assez pour prouver au contraire l&#039;analogie complète qu&#039;il y a entre le numéraire et toutes les autres richesses. Ce qui est richesse pour un particulier, l&#039;est pour une nation, qui n&#039;est que la réunion des particuliers ; l&#039;est aux yeux de l&#039;économie politique, qui ne doit pas raisonner sur des valeurs imaginaires, mais sur ce que chaque particulier, ou tous les particuliers réunis, regardent, non dans leurs discours, mais dans leurs actions, comme des valeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une preuve de plus qu&#039;il n&#039;y a pas deux ordres de vérités dans cette science non plus que dans les autres ; ce qui est vrai pour un individu, l&#039;est pour un gouvernement, l&#039;est pour une société. La vérité est une ; les applications seules diffèrent.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII|De la matière dont les monnaies sont faites]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIV|Que les monnaies faites de différents métaux ne peuvent pas conserver un rapport fixe dans leur valeur]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXIII&amp;diff=1897</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIII</title>
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		<updated>2008-05-01T18:52:25Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII|De la matière dont les monnaies sont faites]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIV|Que les monnaies faites de différents métaux ne peuvent pas conserver un rapport fixe dans leur valeur]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXIII - Origine de la valeur des monnaies.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
La monnaie n&#039;étant qu&#039;un instrument qui sert à faciliter nos échanges, la quantité de monnaie dont un pays a besoin est déterminée par la somme des échanges que les richesses de ce pays et l&#039;activité de son industrie entraînent nécessairement. Dans le cours ordinaire des choses, on ne troque pas des marchandises les unes contre les autres sans motif, et simplement pour faire un troc ; mais pour faire servir les marchandises qu&#039;on échange à la production ou à la consommation du pays. Quand la production est plus active, quand la consommation est plus étendue, on a plus d&#039;échanges à conclure, on a besoin d&#039;une plus forte somme de monnaie. En d&#039;autres mots, ce n&#039;est pas la somme des monnaies qui détermine le nombre et l&#039;importance des échanges ; c&#039;est le nombre et l&#039;importance des échanges qui déterminent la somme de monnaie dont on a besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette nature des choses il résulte que, rien n&#039;étant changé d&#039;ailleurs aux circonstances du pays, la valeur de la monnaie décline d&#039;autant plus qu&#039;on en verse davantage dans la circulation. En effet, admettant que le numéraire qui circule actuellement en France s&#039;élève à deux milliards de francs, si, par une cause quelconque, on portait tout à coup ce nombre de francs à quatre milliards, la quantité de produits, de marchandises qui se présenteraient en vente, étant ce qu&#039;elle était, il devient évident qu&#039;on n&#039;offrirait pas plus de marchandises à vendre, tandis qu&#039;on offrirait, pour chaque objet à vendre, un nombre de francs double de ce qu&#039;on en offre à présent ; les quatre milliards ne vaudraient pas plus que les deux milliards, valeur actuelle ; chaque franc ne vaudrait que cinquante centimes. On sent que cette supposition est extrême et inadmissible ; mais ce qui ne l&#039;est pas, c&#039;est une augmentation ou une diminution moins considérable et plus graduelle de la somme des unités monétaires, et un effet proportionnel relativement à la valeur de chaque unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une suite du même principe, si la population du pays devenait plus nombreuse, sa production et sa consommation plus considérables, et si par conséquent le pays se trouvait avoir plus de transactions à conclure, plus d&#039;échanges à terminer, sans que le nombre des unités monétaires fût accru, étant plus demandées et n&#039;étant pas offertes en plus grande quantité, la valeur de chaque unité monétaire croîtrait d&#039;autant plus que cette disparité deviendrait plus sensible. De ces deux effets contraires peuvent naître des combinaisons diverses à l&#039;infini.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Appliquons ces vérités fondamentales aux monnaies qui peuvent être faites de différentes matières, et d&#039;abord aux monnaies d&#039;argent. Les observations qu&#039;elles nous fourniront pourront nous éclairer sur les autres monnaies, en y faisant les corrections&lt;br /&gt;
nécessaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une pièce de 5 francs d&#039;une part, et un petit lingot du même métal et du même poids d&#039;autre part, sont deux marchandises un peu différentes entre elles ; elles diffèrent comme un produit fabriqué diffère de la matière première dont il est fait. Si cette fabrication était libre pour tout le monde, et si l&#039;autorité publique se bornait à fixer le titre, le poids et l&#039;empreinte que chaque pièce doit recevoir, il s&#039;élèverait des manufactures de monnaie jusqu&#039;à ce que les besoins qu&#039;on a de cet instrument fussent satisfaits. La matière première, l&#039;argent, a, dans chaque pays, une valeur quelconque, déterminée par les mêmes causes qui agissent sur les autres marchandises ; la concurrence des fabricants réduirait les frais de fabrication au taux le plus bas ; et à ce taux, les besoins de la circulation détermineraient le nombre de pièces qu&#039;on pourrait fabriquer avec profit. Si les manufacturiers en produisaient davantage, ils aviliraient leur marchandise et perdraient ; s&#039;ils en fabriquaient trop peu, la valeur des monnaies s&#039;élèverait au-dessus des frais de production, et provoquerait une fabrication plus considérable. Mais le monnayage n&#039;est pas abandonné à une libre concurrence, on sait que dans tous les pays l&#039;autorité publique s&#039;est réservée l&#039;exercice exclusif de ce genre de manufacture ; soit qu&#039;à la faveur du monopole, elle ait voulu se procurer un bénéfice extraordinaire, comme celui qu&#039;elle tire en certains lieux du monopole du tabac ; soit plutôt qu&#039;elle ait voulu offrir à ses sujets une garantie plus digne de leur confiance que celle que leur donnerait une manufacture appartenant à des particuliers. En effet, la garantie des gouvernements, toute frauduleuse qu&#039;elle a été trop souvent, convient encore mieux aux peuples qu&#039;une garantie privée, tant à cause de l&#039;uniformité qu&#039;une fabrication homogène permet de donner aux pièces, que parce que la fraude serait peut-être plus difficile encore à reconnaître, exercée par des particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoiqu&#039;il en soit, cette circonstance introduit une proportion jusqu&#039;à un certain point arbitraire entre le prix du lingot et le prix des pièces. Quelquefois le gouvernement juge à propos de les fabriquer gratuitement, comme en Angleterre et en Russie, où l&#039;on donne, à ceux qui portent des lingots à la monnaie, un poids égal en pièces monnayées, sans rien retenir pour la façon. Aussi, dans ces pays, les pièces monnayées ne vaudraient pas plus que le lingot, sans une circonstance qui fait que le monnayage, qui ne rapporte rien au gouvernement, n&#039;est pas tout-à-fait gratuit pour le particulier. Celui-ci perd les intérêts de sa matière première depuis l&#039;instant où il confie son argent aux ateliers monétaires, jusqu&#039;à celui où on le lui rend. Sans la perte qui en résulte, il est évident que l&#039;on se servirait de l&#039;hôtel des monnaies, non seulement pour avoir des monnaies, mais pour avoir, sans frais, un métal réduit à un titre uniforme, et portant une étiquette digne de confiance ; ce qui en faciliterait l&#039;emploi, même dans le cas où l&#039;on ne voudrait pas s&#039;en servir comme monnaie. Malgré même cette perte d&#039;intérêts qu&#039;on subit à l&#039;hôtel des monnaies d&#039;Angleterre, il a très souvent convenu aux spéculateurs de porter à l&#039;étranger des monnaies anglaises où elles ne remplissaient pas l&#039;office de monnaie, mais de lingots réduits à un titre uniforme et connu. Avant la révolution française, on voyait constamment des guinées dans le commerce des métaux précieux qui se faisait en France. Le gouvernement anglais, par conséquent, faisait supporter à ses contribuables les frais de fabrication, et ne les faisait pas jouir de la totalité de la monnaie qui résultait de ces frais, dont une partie tournait au profit des marchands étrangers. Le même effet s&#039;est renouvelé depuis que les anglais ont fait une nouvelle monnaie d&#039;or appelée &#039;&#039;souverains&#039;&#039;. Les anglais sont dupes en ceci de leur respect chinois pour leurs anciens usages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même inconvénient se manifeste jusqu&#039;à un certain point en France : non que le monnayage y soit entièrement gratuit ; mais le profit en est abandonné, dans chaque hôtel des monnaies, à un entrepreneur à façon, que l&#039;on nomme improprement &#039;&#039;directeur&#039;&#039; ; et le gouvernement demeure chargé des frais d&#039;administration et de surveillance, de l&#039;entretien des bâtiments et des grosses machines, ainsi que de l&#039;intérêt du capital que ces choses représentent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les cas que je viens de citer, la valeur de la monnaie ne s&#039;élève pas aussi haut que si elle était fabriquée par des particuliers ; car nul d&#039;entre eux ne voudrait subir les pertes que les gouvernements consentent à supporter. En France, la différence de valeur entre l&#039;argent en lingot et l&#039;argent monnayé n&#039;est guère, en temps ordinaire, que d&#039;un pour cent en faveur de l&#039;argent monnayé ; différence trop légère pour couvrir les frais de fabrication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans d&#039;autres temps et dans d&#039;autres pays, les gouvernements ont cru pouvoir retenir sur les métaux qu&#039;on portait à leurs ateliers, outre leurs frais de fabrication, un droit régalien qu&#039;ils ont nommé &#039;&#039;droit de seigneuriage&#039;&#039;. Mais, dans le cas dont il est ici question, le gouvernement n&#039;est autre chose qu&#039;un manufacturier. Son bénéfice ne peut naître que de la différence de valeur qui se manifeste entre la matière première et le produit fabriqué ; valeur qui dépend, non de ses lois et d&#039;une fixation de valeur qui ne dépend pas de lui, mais des circonstances de la société et de la volonté libre des contractants et du prix courant des marchandises. On voit que les droits de fabrication, les droits de seigneuriage, dont on a tant discouru, sont absolument illusoires, et que les gouvernements ne peuvent avec des ordonnances déterminer le bénéfice qu&#039;ils feront sur les monnaies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute le gouvernement peut décider qu&#039;il ne frappera aucune monnaie, à moins que le particulier qui lui apporte du métal à transformer en monnaie ne lui abandonne cinq onces d&#039;argent sur cent qui passeront sous son balancier ; mais on doit bien penser que si, au cours du marché, les cent onces fabriquées ne valent pas à leur possesseur autant que cent cinq onces en lingots, il gardera ses lingots, et les ateliers monétaires resteront oisifs. Et si le gouvernement, pour occuper ses balanciers, achète lui-même des matières, et qu&#039;après avoir frappé cent onces, ces cent onces monnayées ne puissent acheter que cent deux onces en lingots, il ne gagnera que deux pour cent sur sa fabrication, quelle que soit la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul moyen qu&#039;aient les gouvernements d&#039;accroître leurs profits sur le monnayage, est de se prévaloir du privilège qu&#039;ils ont de fabriquer seuls, pour diminuer l&#039;approvisionnement du marché, en suspendant la fabrication jusqu&#039;à ce que les monnaies, devenues plus rares, aient acquis plus de valeur relativement aux autres marchandises. De cette manière le besoin d&#039;argent monnayé le faisant plus vivement rechercher, sa valeur croît, on en offre moins pour un kilogramme d&#039;argent, de même que pour toute autre marchandise, et il est alors possible qu&#039;on obtienne pour 190 francs en écus, pour 180 francs, et même pour moins, un kilogramme d&#039;argent dont on pourra faire 200 francs d&#039;écus. Le profit ne consistera toujours que dans la différence qui se manifestera entre le prix du lingot et celui de la monnaie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne paraît cependant pas que les gouvernements se prévalent de ce privilège qu&#039;ils ont d&#039;approvisionner imparfaitement d&#039;espèces, la circulation du pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela ne peut avoir lieu sans occasionner une certaine pénurie de monnaie, qui provoque dans le public l&#039;emploi de signes représentatifs dont nous nous occuperons bientôt. Les employés des monnaies sont toujours de leur côté pressés de fabriquer, soit pour paraître utiles, soit pour profiter d&#039;un &#039;&#039;tant pour cent&#039;&#039;, accordé à plusieurs d&#039;entre eux sur les métaux qui passent dans les creusets ou sous les balanciers. Peut-être encore les gouvernements sont-ils trop mauvais négociants pour évaluer complètement leurs&lt;br /&gt;
frais de production, et notamment la valeur capitale des hôtels des monnaies ; et, après avoir regardé comme perdues les sommes qu&#039;ils y ont consacrées, et peut-être les nombreux traitements de leurs employés, courent-ils après le bénéfice qui résulte de la fabrication courante, tout insuffisant qu&#039;il est pour rembourser les traitements et l&#039;intérêt des capitaux versés dans l&#039;entreprise. En fait, il ne paraît pas que la valeur de l&#039;argent monnayé surpasse, dans aucun pays, la valeur de l&#039;argent en lingot, de manière à excéder les frais de fabrication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les gouvernements étaient complètement indemnisés des frais de fabrication, si le monnayage ne coûtait absolument rien aux contribuables, il n&#039;y aurait jamais lieu de gémir sur l&#039;exportation des espèces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle serait même aussi favorable à la richesse nationale que l&#039;exportation de tout autre produit manufacturé. C&#039;est une branche de l&#039;orfèvrerie ; et il n&#039;est pas douteux qu&#039;une monnaie qui serait assez bien frappée pour ne pouvoir être aisément contrefaite, une monnaie essayée et pesée avec précision, pourrait devenir d&#039;un usage courant en plusieurs lieux du monde, et que l&#039;État qui la fabriquerait en tirerait un profit qu&#039;on ne devrait nullement mépriser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ducats de Hollande sont recherchés dans tout le nord pour une valeur supérieure à leur valeur intrinsèque, et les piastres d&#039;Espagne ont été fabriquées d&#039;une manière si constante et si fidèle, qu&#039;elles ont cours de monnaie, non seulement dans toute l&#039;Amérique, mais encore dans la république des États-Unis, dans une partie considérable de l&#039;Europe, de l&#039;Afrique et de l&#039;Asie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les piastres offrent même un exemple curieux de la valeur que l&#039;empreinte donne au métal. Lorsque les américains des États-Unis ont voulu fabriquer leurs dollars, qui ne sont autres que des piastres, ils se contentèrent de faire passer les piastres sous leur balancier ; c&#039;est-à-dire que, sans rien changer à leur poids et à leur titre, ils effacèrent l&#039;empreinte espagnole pour y imprimer la leur. Dès ce moment, les chinois et les autres peuples d&#039;Asie ne voulurent plus les recevoir sur le même pied : cent dollars n&#039;achetaient plus la même quantité de marchandise qu&#039;on obtenait pour cent piastres. Le gouvernement américain, qui, très éclairé d&#039;ailleurs, était encore imbu du préjugé de la balance du commerce, se prévalut de cette circonstance pour faire cesser l&#039;exportation des espèces en Asie. Il ordonna qu&#039;on n&#039;exporterait plus que les dollars de la façon des États-Unis ; de manière qu&#039;après avoir fait des frais pour diminuer la valeur d&#039;une partie des piastres d&#039;Espagne, il voulut qu&#039;on les employât à l&#039;usage auquel le gouvernement avait empêché qu&#039;elles ne fussent propres : celui de s&#039;en servir dans les relations commerciales qu&#039;on avait avec les peuples qui n&#039;y mettaient pas le prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait laisser porter au-dehors la valeur, sous quelque forme que ce fût, qui devait amener les plus gros retours ; et là-dessus on pouvait s&#039;en rapporter à l&#039;intérêt privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et que dire du gouvernement espagnol, dont la fidélité dans l&#039;empreinte de ses piastres leur donnait au dehors une valeur fort supérieure à leur valeur intrinsèque, qui, en vertu de l&#039;espèce de monopole dont jouissaient ses états d&#039;Amérique, relativement à cette marchandise, pouvait charger de gros droits son extraction, et qui néanmoins prohibait une exportation si profitable pour ses peuples et pour lui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement, quoique fabricant de monnaie, et n&#039;étant point tenu de la fabriquer gratuitement, ne peut pas néanmoins, avec justice, retenir les frais de fabrication sur les sommes qu&#039;il paie en exécution de ses engagements. S&#039;il s&#039;est engagé à payer, je suppose, pour des fournitures qui lui ont été faites, une somme d&#039;un million, il ne peut équitablement dire au fournisseur : «  Je me suis engagé à vous payer un million, mais je vous paie en monnaie qui sort de dessous le balancier, et je vous retiens vingt mille francs, plus ou moins, pour frais de fabrication. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sens de tous les engagements pris par le gouvernement ou par les particuliers est celui-ci : &#039;&#039;je m&#039;engage à payer telle somme en monnaie fabriquée&#039;&#039;, et non pas &#039;&#039;telle somme en lingots&#039;&#039; ; l&#039;échange qui sert de base à ce marché a été fait en conséquence de ce que l&#039;un des contractants donnait pour sa part une denrée un peu plus chère que l&#039;argent, c&#039;est-à-dire de l&#039;argent frappé en écus. Le gouvernement doit donc de l&#039;argent monnayé ; il a dû acheter en conséquence, c&#039;est-à-dire, obtenir plus de marchandise que s&#039;il s&#039;était engagé à payer en argent-lingots ; dans ce cas, il bénéficie des frais de fabrication au moment où il conclut le marché, au moment où il obtient une plus grande quantité de marchandise que s&#039;il eût fait ses paiements en lingots. C&#039;est quand on lui porte du métal à fabriquer en monnaie, qu&#039;il doit faire payer ou retenir en argent les frais de fabrication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu de quelle manière et jusqu&#039;à quel point les gouvernements, en vertu du privilège qu&#039;ils se sont attribué, avec raison je crois, de fabriquer seuls les monnaies, peuvent en faire un objet de lucre ; nous avons vu en même temps qu&#039;ils ne s&#039;en prévalent guère, et que par tout pays la valeur d&#039;une pièce de monnaie excède peu celle d&#039;un petit lingot égal en poids et en finesse. C&#039;est de quoi l&#039;on peut se convaincre en voyant quel est le prix courant du lingot payé en pièces de monnaie. D&#039;un autre côté, nous pouvons regarder comme un fait constant que jamais les pièces monnayées ne tombent au-dessous de la valeur de leur matière première. La raison en est simple. Si, par l&#039;effet d&#039;une surabondance d&#039;espèces, un écu de 5 francs déclinait en valeur jusqu&#039;à valoir un peu moins qu&#039;un petit lingot du même poids et de la même finesse, les spéculateurs réduiraient, par la fonte, l&#039;écu en lingot ; ce qui diminuerait le nombre des écus jusqu&#039;au moment où, devenus plus rares et plus précieux, il n&#039;y aurait plus d&#039;avantage à les fondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la valeur d&#039;une monnaie d&#039;argent ne tombe jamais au-dessous de la valeur d&#039;un lingot de même poids et de même finesse, et si, par des motifs que nous avons pu apprécier, elle ne s&#039;élève guère au-dessus, nous conclurons que la valeur du métal règle, gouverne la valeur de la monnaie, et que les causes qui déterminent la valeur du métal, déterminent par suite la valeur des pièces de monnaie qui en sont faites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi arrive-t-il très souvent que l&#039;on confond la variation des valeurs monétaires avec la variation des valeurs métalliques. Une altération dans le poids et dans le titre des monnaies cause toujours une altération dans leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, quelles sont les causes de la valeur du métal ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mêmes que celles qui déterminent la valeur de tous les autres produits : le besoin qu&#039;on en a restreint par les frais de sa production. L&#039;utilité du métal d&#039;argent, qui est le premier fondement de la demande qu&#039;on en fait, consiste dans les services qu&#039;il peut rendre, soit comme monnaie, soit comme métal propre à former des ustensiles et des ornements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les avantages qu&#039;on lui a reconnus dans l&#039;emploi qu&#039;on en fait comme monnaie, l&#039;ont fait adopter en cette qualité par toutes les nations tant soit peu riches et commerçantes. Celles mêmes dont la monnaie est principalement en or ou en papier, se servent de l&#039;argent pour les coupures de l&#039;instrument de leurs échanges. Ce double usage du métal d&#039;argent, détermine l&#039;étendue de la demande qu&#039;on en fait au prix où le portent ses frais de production. Toutes les circonstances qui tendent à diminuer la demande, tendent à diminuer sa valeur ; tel serait un déclin dans l&#039;industrie et la population du monde. La société humaine, dans ce cas, en réclamerait une moins grande quantité, et ne pourrait plus faire les mêmes sacrifices pour s&#039;en procurer : on cesserait d&#039;exploiter les mines les plus coûteuses. Si d&#039;une autre part, on découvrait d&#039;autres mines plus riches que celles où l&#039;on puise maintenant, si les procédés d&#039;exploitation se perfectionnaient et devenaient moins dispendieux, la valeur du métal baisserait ; mais comme cette circonstance en étendrait l&#039;usage, et permettrait à un plus grand nombre de familles d&#039;employer des ustensiles d&#039;argent, ou du moins d&#039;en employer en plus grand nombre ; comme les monnaies devenant moins précieuses, on les multiplierait pour répondre aux besoins de la circulation, la demande du métal d&#039;argent augmenterait à mesure que son prix deviendrait plus bas ; sa baisse serait combattue par cette demande, et s&#039;arrêterait au point où elle viendrait rencontrer les frais de production nécessaires pour procurer cette quantité de métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut appliquer aux monnaies composées avec d&#039;autres matières que l&#039;argent, les raisonnements dont je me suis servi en parlant de l&#039;argent. Leur valeur est toujours en proportion de la quantité de monnaie qu&#039;on verse dans la circulation, comparée avec la quantité que la circulation en réclame. Si les besoins de la circulation n&#039;augmentent pas, et si l&#039;on augmente le nombre des unités monétaires, leur valeur décline. Si leur valeur baisse au-dessous de celle de leurs frais de production, la matière première&lt;br /&gt;
comprise, le fabricateur perd à leur fabrication. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand la matière première est de nulle valeur, comme lorsqu&#039;on fait de la monnaie de papier, la valeur de la monnaie peut décliner à l&#039;excès ; car alors on peut en fabriquer sans beaucoup de frais de production ; mais le papier-monnaie donnant lieu à des considérations particulières, quoique sa valeur dérive des mêmes principes, j&#039;en ferai un chapitre à part. Il me suffira dans ce moment d&#039;avertir que les monnaies faites d&#039;une matière influent sur celles qui sont autrement composées, et qu&#039;en multipliant&lt;br /&gt;
la quantité des unités monétaires, qui sont en or, on fait décliner la valeur de celles qui sont en argent ou en cuivre. On en peut dire autant des signes représentatifs de la monnaie, qui, sans être monnaie eux-mêmes, font un effet pareil à la multiplication des unités monétaires, parce qu&#039;ils satisfont aux mêmes besoins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les monnaies métalliques, le métal le plus précieux est le seul qui soit compté comme ayant une valeur intrinsèque ; l&#039;alliage ne conserve aucune valeur, parce que si l&#039;on voulait en faire le départ, il ne vaudrait pas les frais de l&#039;opération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La monnaie en circulation dans un pays, quelle que soit sa matière, ayant une valeur qui lui est propre, une valeur qui naît de ses usages, fait partie des richesses de ce pays, aussi bien que le sucre, l&#039;indigo, le froment, et toutes les marchandises qui sont en sa possession. Elle varie de valeur comme les autres marchandises, et se consomme comme elles, quoique plus lentement que la plupart d&#039;entre elles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait donc approuver la manière dont la représente Germain Garnier, lorsqu&#039;il dit que « tant que l&#039;argent reste sous la forme de monnaie, il n&#039;est pas proprement une richesse, dans le sens strict de ce mot, puisqu&#039;il ne peut directement et immédiatement &#039;&#039;satisfaire un besoin&#039;&#039; ou une jouissance. ». Une foule de valeurs ne sont pas susceptibles de satisfaire un besoin ou une jouissance sous leur forme actuelle. Un négociant possède un magasin entier rempli d&#039;indigo qui ne peut servir en nature, ni à nourrir, ni à vêtir, et qui n&#039;en est pas moins une richesse ; richesse qu&#039;il transformera, dès qu&#039;il le voudra, en une autre valeur immédiatement propre à l&#039;usage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;argent en écus est donc une richesse aussi bien que l&#039;indigo en caisses. D&#039;ailleurs la monnaie, par ses usages, ne satisfait-elle pas un des besoins des nations civilisées ? Le même auteur avoue, à la vérité, dans un autre endroit, que « dans les coffres d&#039;un particulier, le numéraire est une vraie richesse, une partie intégrante des biens qu&#039;il possède, et qu&#039;il peut consacrer à ses jouissances ; mais que, sous le rapport de l&#039;économie publique, ce numéraire n&#039;est autre chose qu&#039;un instrument d&#039;échange, totalement distinct des richesses qu&#039;il sert à faire circuler. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois en avoir dit assez pour prouver au contraire l&#039;analogie complète qu&#039;il y a entre le numéraire et toutes les autres richesses. Ce qui est richesse pour un particulier, l&#039;est pour une nation, qui n&#039;est que la réunion des particuliers ; l&#039;est aux yeux de l&#039;économie politique, qui ne doit pas raisonner sur des valeurs imaginaires, mais sur ce que chaque particulier, ou tous les particuliers réunis, regardent, non dans leurs discours, mais dans leurs actions, comme des valeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une preuve de plus qu&#039;il n&#039;y a pas deux ordres de vérités dans cette science non plus que dans les autres ; ce qui est vrai pour un individu, l&#039;est pour un gouvernement, l&#039;est pour une société. La vérité est une ; les applications seules diffèrent.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII|De la matière dont les monnaies sont faites]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIV|Que les monnaies faites de différents métaux ne peuvent pas conserver un rapport fixe dans leur valeur]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXII&amp;diff=1896</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXII&amp;diff=1896"/>
		<updated>2008-05-01T18:17:32Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXI|De la nature et de l&#039;usage des monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIII|Origine de la valeur des monnaies]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXII - De la matière dont les monnaies sont faites.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Si, comme on l&#039;a vu, l&#039;usage des monnaies se borne à servir d&#039;intermédiaire dans l&#039;échange de la marchandise qu&#039;on veut vendre contre la marchandise qu&#039;on veut acheter, le choix de la matière des monnaies importe peu. Cette marchandise n&#039;est point un objet de consommation. On ne la recherche pas pour s&#039;en servir comme d&#039;un aliment, d&#039;un meuble, ou d&#039;un abri ; on la recherche pour la revendre pour ainsi dire, pour la redonner en échange d&#039;un objet utile, de même qu&#039;on l&#039;a reçue en échange d&#039;un objet utile. Et comme on la redonne sans altération sensible, comme il suffit qu&#039;une autre personne consente à la recevoir sur le même pied qu&#039;on l&#039;a soi-même reçue, elle pourrait être indifféremment d&#039;or, d&#039;argent, de cuir ou de papier, et remplir également bien son office.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il est des matières plus propres que d&#039;autres aux fonctions de la monnaie. Toute substance qui ne réunit pas les qualités qu&#039;on y désire est d&#039;un usage incommode ; on ne peut dès lors espérer que cet usage s&#039;étende bien loin et dure bien longtemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Homère dit que l&#039;armure de Diomède avait coûté neuf bœufs. Si un guerrier avait voulu acheter une armure qui n&#039;eût valu que la moitié de celle-là, comment aurait-il fait pour payer quatre bœufs et demi. Il faut donc que la marchandise servant de monnaie, puisse, sans altération, se proportionner aux divers produits qu&#039;on peut vouloir acquérir en échange, et se diviser en assez petites fractions pour que la valeur qu&#039;on donne puisse s&#039;égaliser parfaitement avec la valeur de ce qu&#039;on achète.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Abyssinie, le sel, dit-on, sert de monnaie. Si le même usage existait en France, il faudrait, en allant au marché, porter avec soi une montagne de sel pour payer ses provisions. Il faut donc que la marchandise servant de monnaie ne soit pas tellement commune, qu&#039;on ne puisse l&#039;échanger qu&#039;en transportant des masses énormes de cette marchandise. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit qu&#039;à Terre-Neuve on se sert de morues sèches en guise de monnaie, et Smith parle d&#039;un village d&#039;Écosse où l&#039;on emploie pour cet usage des clous. Outre beaucoup d&#039;inconvénients auxquels ces matières sont sujettes, on peut en augmenter rapidement la masse presque à volonté, ce qui amènerait en peu de temps une grande variation dans leur valeur. Or, on n&#039;est pas disposé à recevoir couramment une marchandise qui peut, d&#039;un moment à l&#039;autre, perdre la moitié ou les trois quarts de son prix ; il faut que la marchandise servant de monnaie soit d&#039;une extraction assez difficile pour que ceux qui la reçoivent ne craignent pas de la voir s&#039;avilir en très peu de temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux Maldives, et dans quelques parties de l&#039;Inde et de l&#039;Afrique, on se sert pour monnaie d&#039;un coquillage nommé &#039;&#039;cauri&#039;&#039;, qui n&#039;a aucune valeur intrinsèque, si ce n&#039;est chez quelques peuplades, qui l&#039;emploient en guise d&#039;ornement. Cette monnaie ne pourrait suffire à des nations qui trafiqueraient avec une grande partie du globe ; elles trouveraient trop incommode une marchandise-monnaie qui, hors des limites d&#039;un certain territoire, n&#039;aurait plus de cours. On est d&#039;autant plus disposé à recevoir une marchandise par échange, qu&#039;il y a plus de lieux où cette même marchandise est admise à son tour de la même façon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne doit donc pas être surpris que presque toutes les nations commerçantes du monde aient fixé leur choix sur les métaux pour leur servir de monnaie ; et il suffit que les plus industrieuses, les plus commerçantes d&#039;entre elles l&#039;aient fait, pour qu&#039;il ait convenu aux autres de le faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux époques où les métaux maintenant les plus communs étaient rares, on se contentait de ceux-là. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La monnaie des Lacédémoniens était de fer ; celle des premiers Romains était de cuivre. À mesure qu&#039;on a tiré de la terre une plus grande quantité de fer ou de cuivre, ces monnaies ont eu les inconvénients attachés aux produits de trop peu de valeur, et depuis longtemps les métaux précieux, c&#039;est-à-dire l&#039;or et l&#039;argent, sont la monnaie la plus généralement adoptée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils sont singulièrement propres à cet usage : ils se divisent en autant de petites portions qu&#039;il est besoin, et se réunissent de nouveau sans perdre sensiblement de leur poids ni de leur valeur. On peut par conséquent proportionner leur quantité à la valeur de la chose qu&#039;on achète.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, les métaux précieux sont d&#039;une qualité uniforme par toute la terre. Un gramme d&#039;or pur, qu&#039;il sorte des mines d&#039;Amérique ou d&#039;Europe, ou bien des rivières d&#039;Afrique, est exactement pareil à un autre gramme d&#039;or pur. Le temps, l&#039;air, l&#039;humidité, n&#039;altèrent point cette qualité, et le poids de chaque partie de métal est par conséquent une mesure exacte de sa quantité et de sa valeur comparée à toute autre partie ; deux grammes d&#039;or ont une valeur justement double d&#039;un gramme du&lt;br /&gt;
même métal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dureté de l&#039;or et de l&#039;argent, surtout au moyen des alliages qu&#039;ils admettent, les fait résister à un frottement assez considérable ; ce qui les rend propres à une circulation rapide, quoique, sous ce rapport, ils soient inférieurs à plusieurs pierres&lt;br /&gt;
précieuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils ne sont ni assez rares, ni par conséquent assez chers, pour que la quantité d&#039;or ou d&#039;argent équivalente à la plupart des marchandises, échappe aux sens par sa petitesse ; et ils ne sont pas encore assez communs pour qu&#039;il faille en transporter une immense quantité, pour transporter une grosse valeur. Ces avantages réunis sont tels que les hommes qui ont des marchandises à vendre, reçoivent volontiers en échange des métaux précieux, persuadés qu&#039;ils seront ensuite reçus préférablement à toute autre valeur, en échange des marchandises qu&#039;ils auront à acheter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette préférence est fortement augmentée par l&#039;empreinte dont la plupart des gouvernements revêtent les pièces pour en faciliter la circulation, empreinte qui donne au vendeur une certaine sécurité relativement au poids et au degré de pureté des morceaux de métal. S&#039;il fallait les peser, des difficultés sans nombre naîtraient à l&#039;occasion de la maladresse des gens et de l&#039;imperfection de leurs instruments. Ce serait peu. L&#039;or et l&#039;argent subissent, par leur mélange avec d&#039;autres métaux, une altération qui n&#039;est pas reconnaissable à la seule inspection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut, pour s&#039;en assurer, leur faire subir une opération chimique délicate et compliquée. L&#039;art du monnayeur qui réduit les métaux à un titre connu, et qui les divise par pièces dont le poids est connu également, ajoute donc une qualité nouvelle à celles qui rendent les métaux précieux éminemment propres à servir de monnaie ; ce sont ces qualités qui les font rechercher pour cet usage, et non, ainsi qu&#039;on l&#039;a déjà remarqué, l&#039;autorité des lois et du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois ces qualités seraient insuffisantes pour assurer la circulation des monnaies, si elles ne recelaient pas en elles mêmes une valeur qui leur fût propre, une valeur que chacun de ceux qui les reçoivent supposât devoir se soutenir au moins jusqu&#039;au moment où il doit s&#039;en servir pour un achat. L&#039;origine de cette valeur et les causes qui la font varier, donnent lieu à des considérations assez importantes pour en faire le sujet d&#039;un autre chapitre.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXI|De la nature et de l&#039;usage des monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXIII|Origine de la valeur des monnaies]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XXII&amp;diff=1895</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII</title>
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		<updated>2008-05-01T18:16:49Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXI|De la nature et de l&#039;usage des monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII|De la matière dont les monnaies sont faites]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXII - De la matière dont les monnaies sont faites.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Si, comme on l&#039;a vu, l&#039;usage des monnaies se borne à servir d&#039;intermédiaire dans l&#039;échange de la marchandise qu&#039;on veut vendre contre la marchandise qu&#039;on veut acheter, le choix de la matière des monnaies importe peu. Cette marchandise n&#039;est point un objet de consommation. On ne la recherche pas pour s&#039;en servir comme d&#039;un aliment, d&#039;un meuble, ou d&#039;un abri ; on la recherche pour la revendre pour ainsi dire, pour la redonner en échange d&#039;un objet utile, de même qu&#039;on l&#039;a reçue en échange d&#039;un objet utile. Et comme on la redonne sans altération sensible, comme il suffit qu&#039;une autre personne consente à la recevoir sur le même pied qu&#039;on l&#039;a soi-même reçue, elle pourrait être indifféremment d&#039;or, d&#039;argent, de cuir ou de papier, et remplir également bien son office.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il est des matières plus propres que d&#039;autres aux fonctions de la monnaie. Toute substance qui ne réunit pas les qualités qu&#039;on y désire est d&#039;un usage incommode ; on ne peut dès lors espérer que cet usage s&#039;étende bien loin et dure bien longtemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Homère dit que l&#039;armure de Diomède avait coûté neuf bœufs. Si un guerrier avait voulu acheter une armure qui n&#039;eût valu que la moitié de celle-là, comment aurait-il fait pour payer quatre bœufs et demi. Il faut donc que la marchandise servant de monnaie, puisse, sans altération, se proportionner aux divers produits qu&#039;on peut vouloir acquérir en échange, et se diviser en assez petites fractions pour que la valeur qu&#039;on donne puisse s&#039;égaliser parfaitement avec la valeur de ce qu&#039;on achète.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Abyssinie, le sel, dit-on, sert de monnaie. Si le même usage existait en France, il faudrait, en allant au marché, porter avec soi une montagne de sel pour payer ses provisions. Il faut donc que la marchandise servant de monnaie ne soit pas tellement commune, qu&#039;on ne puisse l&#039;échanger qu&#039;en transportant des masses énormes de cette marchandise. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit qu&#039;à Terre-Neuve on se sert de morues sèches en guise de monnaie, et Smith parle d&#039;un village d&#039;Écosse où l&#039;on emploie pour cet usage des clous. Outre beaucoup d&#039;inconvénients auxquels ces matières sont sujettes, on peut en augmenter rapidement la masse presque à volonté, ce qui amènerait en peu de temps une grande variation dans leur valeur. Or, on n&#039;est pas disposé à recevoir couramment une marchandise qui peut, d&#039;un moment à l&#039;autre, perdre la moitié ou les trois quarts de son prix ; il faut que la marchandise servant de monnaie soit d&#039;une extraction assez difficile pour que ceux qui la reçoivent ne craignent pas de la voir s&#039;avilir en très peu de temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux Maldives, et dans quelques parties de l&#039;Inde et de l&#039;Afrique, on se sert pour monnaie d&#039;un coquillage nommé &#039;&#039;cauri&#039;&#039;, qui n&#039;a aucune valeur intrinsèque, si ce n&#039;est chez quelques peuplades, qui l&#039;emploient en guise d&#039;ornement. Cette monnaie ne pourrait suffire à des nations qui trafiqueraient avec une grande partie du globe ; elles trouveraient trop incommode une marchandise-monnaie qui, hors des limites d&#039;un certain territoire, n&#039;aurait plus de cours. On est d&#039;autant plus disposé à recevoir une marchandise par échange, qu&#039;il y a plus de lieux où cette même marchandise est admise à son tour de la même façon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne doit donc pas être surpris que presque toutes les nations commerçantes du monde aient fixé leur choix sur les métaux pour leur servir de monnaie ; et il suffit que les plus industrieuses, les plus commerçantes d&#039;entre elles l&#039;aient fait, pour qu&#039;il ait convenu aux autres de le faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux époques où les métaux maintenant les plus communs étaient rares, on se contentait de ceux-là. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La monnaie des Lacédémoniens était de fer ; celle des premiers Romains était de cuivre. À mesure qu&#039;on a tiré de la terre une plus grande quantité de fer ou de cuivre, ces monnaies ont eu les inconvénients attachés aux produits de trop peu de valeur, et depuis longtemps les métaux précieux, c&#039;est-à-dire l&#039;or et l&#039;argent, sont la monnaie la plus généralement adoptée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils sont singulièrement propres à cet usage : ils se divisent en autant de petites portions qu&#039;il est besoin, et se réunissent de nouveau sans perdre sensiblement de leur poids ni de leur valeur. On peut par conséquent proportionner leur quantité à la valeur de la chose qu&#039;on achète.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, les métaux précieux sont d&#039;une qualité uniforme par toute la terre. Un gramme d&#039;or pur, qu&#039;il sorte des mines d&#039;Amérique ou d&#039;Europe, ou bien des rivières d&#039;Afrique, est exactement pareil à un autre gramme d&#039;or pur. Le temps, l&#039;air, l&#039;humidité, n&#039;altèrent point cette qualité, et le poids de chaque partie de métal est par conséquent une mesure exacte de sa quantité et de sa valeur comparée à toute autre partie ; deux grammes d&#039;or ont une valeur justement double d&#039;un gramme du&lt;br /&gt;
même métal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dureté de l&#039;or et de l&#039;argent, surtout au moyen des alliages qu&#039;ils admettent, les fait résister à un frottement assez considérable ; ce qui les rend propres à une circulation rapide, quoique, sous ce rapport, ils soient inférieurs à plusieurs pierres&lt;br /&gt;
précieuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils ne sont ni assez rares, ni par conséquent assez chers, pour que la quantité d&#039;or ou d&#039;argent équivalente à la plupart des marchandises, échappe aux sens par sa petitesse ; et ils ne sont pas encore assez communs pour qu&#039;il faille en transporter une immense quantité, pour transporter une grosse valeur. Ces avantages réunis sont tels que les hommes qui ont des marchandises à vendre, reçoivent volontiers en échange des métaux précieux, persuadés qu&#039;ils seront ensuite reçus préférablement à toute autre valeur, en échange des marchandises qu&#039;ils auront à acheter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette préférence est fortement augmentée par l&#039;empreinte dont la plupart des gouvernements revêtent les pièces pour en faciliter la circulation, empreinte qui donne au vendeur une certaine sécurité relativement au poids et au degré de pureté des morceaux de métal. S&#039;il fallait les peser, des difficultés sans nombre naîtraient à l&#039;occasion de la maladresse des gens et de l&#039;imperfection de leurs instruments. Ce serait peu. L&#039;or et l&#039;argent subissent, par leur mélange avec d&#039;autres métaux, une altération qui n&#039;est pas reconnaissable à la seule inspection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut, pour s&#039;en assurer, leur faire subir une opération chimique délicate et compliquée. L&#039;art du monnayeur qui réduit les métaux à un titre connu, et qui les divise par pièces dont le poids est connu également, ajoute donc une qualité nouvelle à celles qui rendent les métaux précieux éminemment propres à servir de monnaie ; ce sont ces qualités qui les font rechercher pour cet usage, et non, ainsi qu&#039;on l&#039;a déjà remarqué, l&#039;autorité des lois et du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois ces qualités seraient insuffisantes pour assurer la circulation des monnaies, si elles ne recelaient pas en elles mêmes une valeur qui leur fût propre, une valeur que chacun de ceux qui les reçoivent supposât devoir se soutenir au moins jusqu&#039;au moment où il doit s&#039;en servir pour un achat. L&#039;origine de cette valeur et les causes qui la font varier, donnent lieu à des considérations assez importantes pour en faire le sujet d&#039;un autre chapitre.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXI|De la nature et de l&#039;usage des monnaies]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII|De la matière dont les monnaies sont faites]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXI</title>
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		<updated>2008-05-01T18:08:38Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XX|Des voyages et de l&#039;expatriation par rapport à la richesse nationale]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII|De la matière dont les monnaies sont faites]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XXI - De la nature et de l&#039;usage des monnaies.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Dans une société tant soit peu civilisée, chaque personne ne produit pas tout ce qui est nécessaire à ses besoins ; il est rare même qu&#039;une seule personne crée un produit complet ; mais quand même chaque producteur ferait à lui seul toutes les opérations productives nécessaires pour compléter un produit, ses besoins ne se bornent pas à une seule chose ; ils sont extrêmement variés : chaque producteur est donc obligé de se procurer tous les autres objets de sa consommation, en échangeant ce qu&#039;il produit en un seul genre au-delà de ses besoins, contre les autres produits qui lui sont nécessaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et l&#039;on peut remarquer ici en passant, que chaque personne ne conservant pour son usage que la plus petite partie de ce qu&#039;elle produit, le jardinier la plus petite partie des légumes qu&#039;il fait croître, le boulanger la plus petite partie du pain qu&#039;il cuit, le cordonnier la plus petite partie des chaussures qu&#039;il fabrique, et ainsi des autres ; on peut remarquer, dis-je, que la plus grande partie, la presque totalité des produits de la société, n&#039;est consommée qu&#039;à la suite d&#039;un échange.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pour cette raison qu&#039;on a cru faussement que les échanges étaient le fondement essentiel de la production des richesses. Ils n&#039;y figurent qu&#039;accessoirement ; tellement que, si chaque famille (comme on en a des exemples dans quelques établissements de l&#039;ouest, aux états-Unis) produisait la totalité des objets de sa consommation, la société pourrait marcher ainsi, quoiqu&#039;il ne s&#039;y fît aucune espèce d&#039;échanges.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne fais au reste cette observation que pour ramener à des idées justes sur les premiers principes. Je sais apprécier tout ce que les échanges ont de favorable à l&#039;extension de la production, et j&#039;ai commencé par établir qu&#039;ils sont indispensables dans l&#039;état avancé des sociétés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir établi la nécessité des échanges, arrêtons-nous un moment, et considérons combien il serait difficile aux différents membres dont nos sociétés se composent, et qui sont, le plus souvent, producteurs en un genre seulement, ou du moins dans un petit nombre de genres, tandis qu&#039;ils sont consommateurs, même les plus indigents, d&#039;une multitude de produits différents, combien il serait difficile, dis-je, qu&#039;ils échangeassent ce qu&#039;ils produisent contre les choses dont ils ont besoin, s&#039;il fallait que ces échanges se fissent en nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le coutelier irait chez le boulanger, et pour avoir du pain, il lui offrirait des couteaux ; mais le boulanger est pourvu de couteaux ; c&#039;est un habit qu&#039;il demande. Pour en avoir un, il donnerait volontiers du pain au tailleur ; mais le tailleur ne manque point de cette denrée ; il voudrait avoir de la viande, et ainsi de suite à l&#039;infini.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour lever cette difficulté, le coutelier, ne pouvant faire agréer au boulanger une marchandise dont celui-ci n&#039;a pas besoin, cherchera du moins à lui offrir une marchandise que le boulanger puisse à son tour échanger facilement contre toutes les denrées qui pourront lui devenir nécessaires. S&#039;il existe dans la société une marchandise qui soit recherchée non à cause des services qu&#039;on en peut tirer par elle-même, mais à cause de la facilité qu&#039;on trouve à l&#039;échanger contre tous les produits nécessaires à la consommation, une marchandise dont on puisse exactement proportionner la quantité qu&#039;on en donne avec la valeur de ce qu&#039;on veut avoir, c&#039;est celle-là seulement que notre coutelier cherchera à se procurer en échange de ses couteaux, parce que l&#039;expérience lui a appris qu&#039;avec celle-là il se procurera facilement, par un autre échange, du pain ou toute autre denrée dont il pourra avoir besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette marchandise est la monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux qualités qui, à égalité de valeur, font en général préférer la monnaie ayant cours dans le pays, à toute autre espèce de marchandise, sont donc : &lt;br /&gt;
# De pouvoir, comme admise par l&#039;usage et par les lois à servir d&#039;intermédiaire dans les échanges, convenir à tous ceux qui ont quelque échange, quelque achat à consommer, c&#039;est-à-dire à tout le monde. Chacun étant assuré, en offrant de la monnaie, d&#039;offrir une marchandise qui conviendra à tout le monde, est assuré par là de pouvoir se procurer, par un seul échange, qu&#039;on appelle un achat, tous les objets dont il pourra avoir besoin ; tandis que s&#039;il est nanti de tout autre produit, il n&#039;est pas assuré que son produit convienne au possesseur du produit qu&#039;il désire ; il est obligé, pour se le procurer, de conclure deux échanges : une &#039;&#039;vente&#039;&#039; d&#039;abord, et ensuite un &#039;&#039;achat&#039;&#039;, même en supposant toutes ces valeurs parfaitement égales.&lt;br /&gt;
# La seconde qualité qui fait préférer la monnaie, est de pouvoir se subdiviser de manière à former tout juste une valeur égale à la valeur qu&#039;on veut acheter ; tellement qu&#039;elle convient à tous ceux qui ont des achats à faire, quelle que soit la valeur de ces achats. On cherche donc à troquer le produit dont on a trop (qui est en général celui qu&#039;on fabrique) contre du numéraire, parce que, outre le motif ci-dessus, on est assuré de pouvoir se procurer, avec la valeur du produit vendu, un autre produit égal seulement à une fraction ou bien à un multiple de la valeur de l&#039;objet vendu ; et ensuite parce qu&#039;on peut à volonté acheter, en plusieurs fois et en divers lieux, les objets qu&#039;on veut avoir en échange de l&#039;objet qu&#039;on a vendu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une société très avancée, où les besoins de chacun sont variés et nombreux, et où les opérations productives sont réparties entre beaucoup de mains, la nécessité des échanges est encore plus grande ; ils deviennent plus compliqués, et il est par conséquent d&#039;autant plus difficile de les exécuter en nature. Si un homme, par exemple, au lieu de faire un couteau tout entier, ne fait autre chose que des manches de couteaux, comme cela arrive dans les villes où la fabrique de coutellerie est établie en grand, cet homme ne produit pas une seule chose qui puisse lui être utile ; car que ferait-il d&#039;un manche de couteau sans lame ? Il ne saurait consommer la plus petite partie de ce qu&#039;il produit ; il faut nécessairement qu&#039;il en échange la totalité contre les choses qui lui sont nécessaires, contre du pain, de la viande, de la toile, etc. ; mais ni le boulanger, ni le boucher, ni le tisserand n&#039;ont besoin, dans aucun cas, d&#039;un produit qui ne saurait convenir qu&#039;au seul manufacturier en coutellerie, lequel ne saurait donner en échange, de la viande ou du pain, puisqu&#039;il n&#039;en produit point ; il faut donc qu&#039;il donne une marchandise que, suivant la coutume du pays, on puisse espérer d&#039;échanger facilement contre la plupart des autres denrées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que la monnaie est d&#039;autant plus nécessaire que le pays est plus civilisé, que la séparation des occupations y est poussée plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant l&#039;histoire offre des exemples de nations assez considérables où l&#039;usage d&#039;une marchandise-monnaie a été inconnu ; tels étaient les mexicains. Encore, à l&#039;époque où des aventuriers espagnols les subjuguèrent, commençaient-ils à employer, comme monnaie, dans les menus détails du commerce, des grains de cacao.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai dit que c&#039;est la coutume et non pas l&#039;autorité du gouvernement qui fait qu&#039;une certaine marchandise est monnaie plutôt qu&#039;une autre ; car la monnaie a beau être frappée en écus, le gouvernement (du moins dans les temps où la propriété est respectée) ne&lt;br /&gt;
force personne à donner sa marchandise contre des écus. Si, en faisant un marché, on consent à recevoir des écus en échange d&#039;une autre denrée, ce n&#039;est point par égard pour l&#039;empreinte. On donne et l&#039;on reçoit la monnaie aussi librement que toute autre marchandise, et l&#039;on troque, toutes les fois qu&#039;on le juge préférable, une denrée contre une autre, ou contre un lingot d&#039;or ou d&#039;argent non frappé en monnaie. C&#039;est donc uniquement parce qu&#039;on sait par expérience que les écus conviendront aux propriétaires des marchandises dont on pourra avoir besoin, que soi-même on reçoit des écus préférablement à toute autre marchandise. Cette libre préférence est la seule autorité qui donne aux écus l&#039;usage de monnaie ; et si l&#039;on avait des raisons de croire qu&#039;avec une marchandise autre que des écus, avec du blé, par exemple, on pût acheter plus aisément les choses dont on suppose qu&#039;on pourra avoir besoin, on refuserait de donner sa marchandise contre des écus, on demanderait du blé en échange.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même liberté qu&#039;a tout homme de donner ou de ne pas donner sa marchandise contre de la monnaie, à moins d&#039;une spoliation  arbitraire, d&#039;un vol, fait que la valeur de la monnaie ne saurait être fixée par les lois ; elle est déterminée par le libre accord qui se fait entre le vendeur et l&#039;acheteur. Elle vaut plus quand le vendeur consent à livrer une plus grande quantité de quelque marchandise que ce soit pour la même somme de monnaie, ou bien à recevoir une moindre somme pour la même quantité de marchandise. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle vaut moins dans le cas contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loi ajoute cependant aux motifs qu&#039;on a de recevoir de la monnaie et de lui accorder de la valeur, en déterminant certains cas où elle impose l&#039;obligation de s&#039;acquitter en monnaie, notamment le paiement des contributions publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le fondement de l&#039;usage de la monnaie. Il ne faut pas croire que ces considérations soient une spéculation purement curieuse : tous les raisonnements, toutes les lois, tous les règlements, pour être bons, doivent prendre en considération la nature des choses auxquelles ils s&#039;appliquent ; or, telle me paraît être la nature des monnaies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin d&#039;entourer de clarté les qualités essentielles de la monnaie, et les principaux accidents qui peuvent y avoir rapport, je ferai de ces matières le sujet d&#039;autant de chapitres particuliers, et je tâcherai que, malgré cette division, l&#039;esprit du lecteur qui m&#039;accordera quelque attention, suive aisément le fil qui les lie, et puisse les grouper ensuite de manière à comprendre le jeu total de ce mécanisme, et la nature des dérangements qu&#039;y apportent quelquefois les sottises des hommes ou le hasard des événements.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XX|Des voyages et de l&#039;expatriation par rapport à la richesse nationale]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXII|De la matière dont les monnaies sont faites]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XX&amp;diff=1893</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XX</title>
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		<updated>2008-05-01T17:53:16Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIX|Des colonies et de leurs produits]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXI|De la nature et de l&#039;usage des monnaies]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XX - Des voyages et de l&#039;expatriation par rapport à la richesse nationale.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__NOTOC__&lt;br /&gt;
__NOEDITSECTION__&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un voyageur étranger arrive en France, et qu&#039;il y dépense dix mille francs, il ne faut pas croire que la France gagne dix mille francs. Elle donne à l&#039;étranger des produits pour la somme qu&#039;elle reçoit de lui. Elle fait avec lui un échange qui peut être avantageux pour elle ; c&#039;est un commerce où elle est payée comptant, où elle rentre plus promptement peut-être dans ses avances que de toute autre manière ; mais ce n&#039;est rien autre chose qu&#039;un commerce, même lorsqu&#039;on lui donne de l&#039;or. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n&#039;a pas jusqu&#039;à présent considéré la chose sous ce point de vue. Partant toujours de ce principe, que la seule valeur réelle est celle qui se montre sous la forme d&#039;un métal, on voyait à l&#039;arrivée d&#039;un voyageur une valeur de dix mille francs apportée en or ou en argent, et l&#039;on appelait cela un gain de dix mille francs ; comme si le tailleur qui habillait l&#039;étranger, le bijoutier qui le décorai, le traiteur qui le nourrissait, ne lui fournissaient aucune valeur en échange de son argent, et faisaient un profit égal au montant de leurs mémoires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avantage qu&#039;un étranger procure est celui qu&#039;on retire de toute espèce d&#039;échange, c&#039;est-à-dire de produire les valeurs qu&#039;on reçoit en retour, par des procédés plus avantageux que si on les produisait directement. Il n&#039;est point à dédaigner ; mais il est bon de le réduire à sa juste valeur, pour se préserver des folles profusions au prix desquelles on s&#039;est imaginé qu&#039;on devait l&#039;acheter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un des auteurs les plus vantés pour les matières commerciales, dit que « Les spectacles ne sauraient être trop grands, trop magnifiques et trop multipliés ; que c&#039;est un commerce où la France reçoit toujours sans donner ». Ce qui est à peu près le contraire de la vérité ; car la France donne, c&#039;est-à-dire, perd la totalité des frais de spectacle, qui n&#039;ont d&#039;autre avantage que le plaisir qu&#039;ils procurent, et qui ne fournissent, en remplacement des valeurs qu&#039;ils consomment, aucune autre valeur. Ce peuvent être des choses fort agréables comme amusements, mais ce sont assurément des combinaisons fort ridicules comme calcul. Que penserait-on d&#039;un marchand qui ouvrirait un bal dans sa boutique, paierait des bateleurs, et distribuerait des rafraîchissements, pour faire aller son commerce ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;ailleurs, est-il bien sûr qu&#039;une fête, un spectacle, quelque magnifiques qu&#039;on les suppose, amènent beaucoup d&#039;étrangers du dehors ? Les étrangers ne sont-ils pas plutôt attirés, ou par le commerce, ou par de riches trésors d&#039;antiquités, ou par de nombreux chefs-d&#039;œuvre des arts qui ne se trouvent nulle part ailleurs, ou par un climat, des eaux singulièrement favorables à la santé, ou bien encore par le désir de visiter des lieux illustrés par de grands événements, et d&#039;apprendre une langue fort répandue ? Je serais assez tenté de croire que la jouissance de quelques plaisirs futiles n&#039;a jamais attiré de bien loin beaucoup de monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un spectacle, une fête, font faire quelques lieues, mais rarement font entreprendre un voyage. Il n&#039;est pas vraisemblable que l&#039;envie de voir l&#039;opéra de Paris soit le motif pour lequel tant d&#039;allemands, de russes, d&#039;anglais, d&#039;italiens, viennent visiter en temps de paix cette grande capitale, qui, heureusement, a de bien plus justes droits à la curiosité générale. Les espagnols regardent leurs combats de taureaux comme excessivement curieux ; cependant je ne pense pas que beaucoup de français aient fait le voyage de Madrid pour en avoir le divertissement. Ces sortes de jeux sont fréquentés par les étrangers qui sont attirés dans le pays pour d&#039;autres causes, mais ce n&#039;est pas celle-là qui détermine leur déplacement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fêtes si vantées de Louis XIV avaient un effet encore plus fâcheux. Ce n&#039;était pas l&#039;argent des étrangers qu&#039;elles faisaient dépenser, c&#039;était celui des français qui arrivaient des provinces pour dissiper en quelques jours ce qui aurait pu faire subsister leur famille pendant une année. De sorte que les français y perdaient ce qui y était dépensé par les mains du roi, et dont la valeur avait été levée par la voie des contributions, et ce qui y était dépensé par les mains des particuliers. On y perdait le principal des choses consommées, pour faire gagner à quelques marchands leurs profits sur ce principal ; profits qu&#039;ils auraient faits tout de même, en donnant un cours plus utile à leurs capitaux et à leur industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une acquisition vraiment profitable pour une nation, c&#039;est celle d&#039;un étranger qui vient s&#039;y fixer en apportant avec lui sa fortune. Il lui procure à la fois deux sources de richesses : de l&#039;industrie et des capitaux. Cela vaut des champs ajoutés à son territoire ; sans parler d&#039;un accroissement de population précieux quand il apporte en même temps de l&#039;affection et des vertus. « À l&#039;avènement de Frédéric-Guillaume à la régence, dit le roi de Prusse dans son histoire de Brandebourg , on ne faisait dans ce pays ni chapeaux, ni bas, ni serges, ni aucune étoffe de laine. L&#039;industrie des Français nous enrichit de toutes ces manufactures. Ils établirent des fabriques de draps, d&#039;étamines, de petites étoffes, de bonnet, de bas tissus au métier ; des chapeaux de castor, de poil de lapin et de lièvre ; des teintures de toute espèce. Quelques-uns de ces réfugiés se firent marchands, et débitèrent en détail l&#039;industrie des autres. Berlin eut des orfèvres , des bijoutiers, des horlogers, des sculpteurs; et les Français qui s&#039;établirent dans le pays, y cultivèrent le tabac, et firent venir des fruits excellents dans des contrées sablonneuses, qui, par leurs soins, devinrent des potagers admirables. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si l&#039;expatriation accompagnée d&#039;industrie, de capitaux et d&#039;affection, est un pur gain pour la patrie adoptive, nulle perte n&#039;est plus fâcheuse pour la patrie abandonnée. La reine Christine de Suède avait bien raison de dire, à l&#039;occasion de la révocation de l&#039;édit de Nantes, que Louis XIV s&#039;était coupé le bras gauche avec son bras droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu&#039;on ne croie pas que des lois coercitives puissent prévenir ce malheur. On ne retient point un concitoyen par force, à moins de le mettre en prison ; ni sa fortune, à moins de la confisquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans parler de la fraude qu&#039;il est souvent impossible d&#039;empêcher, ne peut-il pas convertir ses propriétés en marchandises dont la sortie est tolérée, encouragée, et les adresser ou les faire adresser au dehors ? Cette exportation n&#039;est-elle pas une perte réelle de valeur ? Quel moyen un gouvernement a-t-il pour deviner qu&#039;elle n&#039;entraînera point de retour ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La meilleure manière d retenir les hommes et de les attirer, c&#039;est d&#039;être juste et bon envers eux, et d&#039;assurer à tous la jouissance des droits qu&#039;ils regardent comme les plus précieux : la libre disposition de leurs personnes et de leurs biens, la faculté d&#039;exercer leur industrie, d&#039;aller, de venir, de rester, de parler, de lire et d&#039;écrire avec une entière sûreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir examiné nos moyens de production, après avoir indiqué les circonstances où ils agissent avec plus ou moins de fruit, ce serait une tâche immense, et qui sortirait de mon sujet, que de passer en revue toutes les différentes sortes de produits dont se composent les richesses de l&#039;homme ; ce peut être l&#039;objet de beaucoup de traités particuliers. Mais dans le nombre de ces produits, il y en a un dont la nature et l&#039;usage ne sont pas bien connus, et pourtant jettent beaucoup de jour sur l&#039;objet qui nous occupe ; c&#039;est ce qui me détermine, avant de finir la première partie de cet ouvrage, à parler des monnaies, qui d&#039;ailleurs jouent un grand rôle dans le phénomène de la production, comme étant le principal agent de nos échanges.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIX|Des colonies et de leurs produits]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XXI|De la nature et de l&#039;usage des monnaies]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XVII&amp;diff=1892</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVII</title>
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		<updated>2008-05-01T17:50:53Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVI|Quels avantages résultent de l&#039;activité de circulation de l&#039;argent et des marchandises]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVIII|Si le gouvernement augmente la richesse nationale en devenant producteur lui-même]]}}&lt;br /&gt;
__NOTOC__&lt;br /&gt;
__NOEDITSECTION__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XVII - Des effets des règlements de l&#039;administration qui ont pour objet d&#039;influer sur la production.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Il n&#039;est, à vrai dire, aucun acte du gouvernement qui n&#039;exerce quelque influence sur la production ; je me contenterai, dans ce chapitre, de parler de ceux qui ont pour objet spécial d&#039;y influer, me réservant de développer les effets du système monétaire, des emprunts, des impôts, quand je traiterai de ces matières pour elles-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet des gouvernements, en cherchant à influer sur la production, est, ou de déterminer la production de certains produits qu&#039;ils croient plus dignes d&#039;être favorisés que d&#039;autres, ou bien de prescrire des manières de produire qu&#039;ils jugent préférables à d&#039;autres manières. Les résultats de cette double prétention, relativement à la richesse nationale, seront examinés dans les deux premiers paragraphes de ce chapitre. Dans les deux paragraphes suivants, j&#039;appliquerai les mêmes principes à deux cas particuliers, les compagnies privilégiées, et le commerce des grains, à cause de leur grande importance, et afin de fournir de nouvelles preuves et de nouveaux développements aux principes. Chemin faisant, nous verrons quelles sont les circonstances où des raisons suffisantes semblent commander quelques déviations dans la marche que prescrivent les principes généraux. En administration, les grands maux ne viennent pas des exceptions qu&#039;on croit devoir faire aux règles ; ils viennent des fausses notions qu&#039;on se forme de la nature des choses, et des fausses règles qu&#039;on s&#039;impose en conséquence. Alors on fait le mal en grand, on agit systématiquement de travers ; car il est bon de savoir que nul n&#039;a plus de systèmes que les gens qui se vantent de n&#039;en point avoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. Effets des règlements qui déterminent la nature des produits====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nature des besoins de la société détermine à chaque époque, et selon les circonstances, une demande plus ou moins vive de tels ou tels produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en résulte que, dans ces genres de production, les services productifs sont un peu mieux payés que dans les autres branches de la production, c&#039;est-à-dire que les profits qu&#039;on y fait sur l&#039;emploi de la terre, des capitaux et du travail, y sont un peu meilleurs. Ces profits attirent de ce côté des producteurs, et c&#039;est ainsi que la nature des produits se conforme toujours naturellement aux besoins de la société. On a déjà vu que ces besoins sont d&#039;autant plus étendus que la production est plus grande, et que la société en général achète d&#039;autant plus qu&#039;elle a plus de quoi acheter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;au travers de cette marche naturelle des choses, l&#039;autorité se montre et dit : &#039;&#039;le produit qu&#039;on veut créer, celui qui donne les meilleurs profits, et par conséquent celui qui est le plus recherché, n&#039;est pas celui qui convient ; il faut qu&#039;on s&#039;occupe de tel autre&#039;&#039;, elle dirige évidemment une partie des moyens de production vers un genre dont le besoin se fait moins sentir, aux dépens d&#039;un autre dont le besoin se fait sentir davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un arrêt du conseil du roi, rendu en 1737, obligeait les propriétaires qui voulaient planter un terrain en vignes, d&#039;en obtenir la permission de l&#039;intendant de la province, comme si le propriétaire ne savait pas mieux que l&#039;intendant, le genre de culture où son terrain lui rapporterait le plus ; et comme si le produit qui devait rapporter le plus, n&#039;était pas celui dont le besoin se faisait le plus sentir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1794, il y eut en France des personnes persécutées, et même conduites à l&#039;échafaud, pour avoir transformé des terres labourées en prairies artificielles. Cependant, du moment que ces personnes trouvaient plus d&#039;avantages à élever des bestiaux qu&#039;à cultiver des grains, on peut être certain que les besoins de la société réclamaient plus de bestiaux que de grains, et qu&#039;elles pouvaient produire une plus grande valeur dans la première de ces denrées que dans la seconde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;administration disait que la valeur produite importait moins que la nature des produits, et qu&#039;elle préférait qu&#039;un arpent de terre produisît pour vingt francs de blé plutôt que pour trente francs de fourrage. Elle calculait mal ; car si le terrain produisait un hectolitre de blé valant vingt francs, ce même arpent cultivé en prairie, et donnant un produit de trente francs, aurait procuré un hectolitre et demi de blé au lieu d&#039;un hectolitre. Que si le blé était assez rare et assez cher pour que l&#039;hectolitre valût plus que le fourrage, l&#039;ordonnance était superflue : l&#039;intérêt du producteur suffisait pour lui faire cultiver du blé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste donc plus qu&#039;à savoir qui, de l&#039;administration ou du cultivateur, sait le mieux quel genre de culture rapportera davantage ; et il est permis de supposer que le cultivateur qui vit sur le terrain, l&#039;étudie, l&#039;interroge, qui plus que personne est intéressé à en tirer le meilleur parti, en sait à cet égard plus que l&#039;administration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on insiste, et si l&#039;on dit que le cultivateur ne connaît que le prix courant du marché, et ne saurait prévoir, comme l&#039;administration, les besoins futurs du peuple, on peut répondre que l&#039;un des talents des producteurs, talent que leur intérêt les oblige de cultiver avec soin, est non seulement de connaître, mais de prévoir les besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;à une autre époque, on a forcé les particuliers à planter des betteraves ou du pastel dans des terrains qui produisaient du blé, on a causé un mal du même genre ; et je ferai remarquer, en passant, que c&#039;est un bien mauvais calcul que de vouloir obliger la zone tempérée à fournir des produits de la zone torride. Nos terres produisent péniblement, en petite quantité et en qualités médiocres, des matières sucrées et colorantes qu&#039;un autre climat donne avec profusion ; mais elles produisent, au contraire, avec facilité, des fruits, des céréales, que leur poids et leur volume ne permettent pas de tirer de bien loin. Lorsque nous condamnons nos terres à nous donner ce qu&#039;elles produisent avec désavantage, aux dépens de ce qu&#039;elles produisent plus volontiers ; lorsque nous achetons par conséquent fort cher ce que nous paierions à fort bon marché si nous le tirions des lieux où il est produit avec avantage, nous devenons nous-mêmes victimes de notre propre folie. Le comble de l&#039;habileté est de tirer le parti le plus avantageux des forces de la nature, et le comble de la démence est de lutter contre elles ; car c&#039;est employer nos peines à détruire une partie des forces que la nature voudrait nous prêter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit encore qu&#039;il vaut mieux payer plus cher un produit, lorsque son prix ne sort pas du pays, que de le payer moins cher lorsqu&#039;il faut l&#039;acheter au dehors. Mais qu&#039;on se reporte aux procédés de la production que nous avons analysés : on y verra que les produits ne s&#039;obtiennent que par le sacrifice, la consommation d&#039;une certaine quantité de matières et de services productifs, dont la valeur est, par ce fait, aussi complètement perdue pour le pays que si elle était envoyée au dehors.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne présume pas qu&#039;un gouvernement quelconque veuille objecter ici que le profit résultant d&#039;une meilleure production lui est indifférent, puisqu&#039;il devient le partage des particuliers ; les plus mauvais gouvernements, ceux qui séparent leurs intérêts des intérêts de la nation, savent maintenant que les revenus des particuliers sont la source où se puisent les tributs du fisc ; et que, même dans les pays gouvernés despotiquement ou militairement, et où les impôts ne sont qu&#039;un pillage organisé, les particuliers ne peuvent payer qu&#039;avec ce qu&#039;ils gagnent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les raisonnements que nous venons d&#039;appliquer à l&#039;agriculture sont applicables aux manufactures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois un gouvernement s&#039;imagine que le tissage des étoffes faites avec une matière première indigène, est plus favorable à l&#039;industrie nationale que celui des étoffes fabriquées avec une matière d&#039;origine étrangère. Nous avons vu, conformément à ce système, favoriser les tissus de laine et de lin préférablement aux tissus de coton. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était borner, relativement à nous, les bienfaits de la nature : elle nous fournit en différents climats une foule de matières dont les propriétés variées s&#039;accommodent à nos divers besoins. Chaque fois que nous parvenons à répandre sur ces matières, soit par leur transport au milieu de nous, soit par les préparations que nous leur faisons subir, une valeur qui est le résultat de leur utilité, nous faisons un acte profitable et qui contribue à l&#039;accroissement de la richesse nationale. Le sacrifice au prix duquel nous obtenons des étrangers cette matière première, n&#039;a rien de plus fâcheux que le sacrifice des avances et des consommations que nous faisons en chaque genre de production pour obtenir un nouveau produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt personnel est toujours le meilleur juge de l&#039;étendue de ce sacrifice et de l&#039;étendue du dédommagement qu&#039;on peut s&#039;en promettre ; et quoique l&#039;intérêt personnel se trompe quelquefois, c&#039;est, au demeurant, le juge le moins dangereux, et celui dont les jugements coûtent le moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l&#039;intérêt personnel n&#039;offre plus aucune indication, lorsque les intérêts particuliers ne servent pas de contrepoids les uns pour les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du moment qu&#039;un particulier, une classe de particuliers peuvent s&#039;étayer de l&#039;autorité pour s&#039;affranchir d&#039;une concurrence, ils acquièrent un privilège aux dépens de la société ; ils peuvent s&#039;assurer des profits qui ne dérivent pas entièrement des services productifs qu&#039;ils ont rendus, mais dont une partie est un véritable impôt mis à leur profit sur les consommateurs ; impôt dont ils partagent presque toujours quelque portion avec l&#039;autorité, qui leur a prêté son injuste appui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le législateur a d&#039;autant plus de peine à se défendre d&#039;accorder ces sortes de privilèges, qu&#039;ils sont vivement sollicités par les producteurs qui doivent en profiter, et qui peuvent représenter, d&#039;une manière assez plausible, leurs gains comme un gain pour la classe industrieuse et pour la nation, puisque leurs ouvriers et eux-mêmes font partie de la classe industrieuse et de la nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on commença à fabriquer des cotonnades en France, le commerce tout entier des villes d&#039;Amiens, de Reims, de Beauvais, etc., se mit en réclamation, et représenta toute l&#039;industrie de ces villes comme détruite. Il ne paraît pas cependant qu&#039;elles soient moins industrieuses ni moins riches qu&#039;elles ne l&#039;étaient il y a un demi-siècle ; tandis que l&#039;opulence de Rouen et de la Normandie a reçu un grand accroissement des manufactures de coton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut bien pis quand la mode des toiles peintes vint à s&#039;introduire : toutes les chambres de commerce se mirent en mouvement ; de toutes parts il y eut des convocations, des délibérations, des mémoires, des députations, et beaucoup d&#039;argent répandu. Rouen peignit à son tour la misère qui allait assiéger ses portes, &#039;&#039;les enfants, les femmes, les vieillards dans la désolation, les terres les mieux cultivées du royaume restant en friche, et cette belle et riche province devenant un désert&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ville de Tours fit voir les députés de tout le royaume dans les gémissements, et prédit &#039;&#039;une commotion qui occasionnera une convulsion dans le gouvernement politique&#039;&#039;… Lyon ne voulut point se taire sur un &#039;&#039;projet qui répandait la terreur dans toutes les fabriques&#039;&#039;. Paris ne s&#039;était jamais présenté au pied du trône, &#039;&#039;que le commerce arrosait de ses larmes&#039;&#039;, pour une affaire aussi importante. Amiens regarda &#039;&#039;la permission des toiles comme le tombeau dans lequel toutes les manufactures du royaume devaient être anéanties&#039;&#039;. Son mémoire, délibéré au bureau des marchands des trois corps réunis, et signé de tous les membres, était ainsi terminé : &#039;&#039;au reste, il suffit, pour proscrire à jamais l&#039;usage des toiles peintes, que tout le royaume frémit d&#039;horreur quand il entend annoncer qu&#039;elles vont être permises&#039;&#039;. VOX POPULI, VOX DEI.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Or, existe-t-il maintenant, dit à ce sujet Roland De La Platière, qui avait recueilli ces plaintes comme inspecteur général des manufactures, existe-t-il un seul homme assez insensé pour dire que les manufactures de toiles peintes n&#039;ont pas répandu en France une main-d&#039;œuvre prodigieuse, par la préparation et la filature des matières premières, le tissage, le blanchiment, l&#039;impression des toiles ? Ces établissements ont plus hâté le progrès des teintures en peu d&#039;années, que toutes les autres manufactures en un siècle ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je prie qu&#039;on s&#039;arrête un moment à considérer ce qu&#039;il faut de fermeté dans une administration, et de vraies lumières sur ce qui fait la prospérité de l&#039;État, pour résister à une clameur qui paraît si générale, et qui est appuyée auprès des agents principaux de l&#039;autorité par d&#039;autres moyens encore que par des motifs d&#039;utilité publique… Quoique les gouvernements aient trop souvent présumé qu&#039;ils pouvaient, utilement pour la richesse générale, déterminer les produits de l&#039;agriculture et des manufactures, ils s&#039;en sont cependant beaucoup moins mêlés que des produits commerciaux, surtout des produits commerciaux étrangers. C&#039;est la suite d&#039;un système général, qu&#039;on désigne par le nom de &#039;&#039;système exclusif&#039;&#039; ou &#039;&#039;mercantile&#039;&#039;, et qui fonde les gains d&#039;une nation sur ce qu&#039;on appelle dans ce système une balance favorable du commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d&#039;observer le véritable effet des règlements qui ont pour objet d&#039;assurer à une nation cette balance favorable, il convient de nous former une idée de ce qu&#039;elle est en réalité, et du but qu&#039;elle se propose. Ce sera l&#039;objet de la digression suivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Digression ====&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Sur ce qu&#039;on nomme la balance du commerce.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La comparaison que fait une nation de la valeur des marchandises qu&#039;elle vend à l&#039;étranger, avec la valeur des marchandises qu&#039;elle achète de l&#039;étranger, forme ce qu&#039;on appelle la balance de son commerce. Si elle a envoyé au dehors plus de marchandises qu&#039;elle n&#039;en a reçu, on s&#039;imagine qu&#039;elle a un excédent à recevoir en or ou en argent ; on dit que la balance du commerce lui&lt;br /&gt;
est favorable : dans le cas opposé, on dit que la balance du commerce lui est contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le système exclusif suppose, d&#039;une part, que le commerce d&#039;une nation est &#039;&#039;d&#039;autant plus avantageux&#039;&#039; qu&#039;elle exporte plus de&lt;br /&gt;
marchandises, qu&#039;elle en importe moins, et qu&#039;elle a un plus fort excédant à recevoir de l&#039;étranger en numéraire ou en métaux précieux ; et, d&#039;une autre part, il suppose que, par le moyen des droits d&#039;entrées, des prohibitions et des primes, un gouvernement peut rendre la balance plus favorable, ou moins contraire à sa nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ces deux suppositions qu&#039;il s&#039;agit d&#039;examiner ; et d&#039;abord il convient de savoir comment se passent les faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand un négociant envoie des marchandises à l&#039;étranger, il les y fait vendre, et reçoit de l&#039;acheteur, par les mains de ses correspondants, le montant de la vente en monnaie étrangère. S&#039;il espère pouvoir gagner sur les retours des produits de sa vente, il fait acheter une marchandise à l&#039;étranger, et se la fait adresser. L&#039;opération est à peu près la même quand elle commence par la fin, c&#039;est-à-dire lorsqu&#039;un négociant fait d&#039;abord acheter à l&#039;étranger, et paie ses achats par les marchandises qu&#039;il y envoie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces opérations ne sont pas toujours exécutées pour le compte du même négociant. Celui qui fait l&#039;envoi quelquefois ne veut pas faire l&#039;opération du retour ; alors il fait des traites ou lettres de change sur le correspondant qui a vendu sa marchandise ; il négocie ou vend ces traites à une personne qui les envoie dans l&#039;étranger, où elles servent à acquérir d&#039;autres marchandises&lt;br /&gt;
que cette dernière personne fait venir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l&#039;un et l&#039;autre cas, une valeur est envoyée, une autre valeur revient en échange ; mais nous n&#039;avons point encore examiné si une portion des valeurs envoyées ou revenues, était composée de métaux précieux. On peut raisonnablement supposer que lorsque les négociants sont libres de choisir les marchandises sur lesquelles portent leurs spéculations, ils préfèrent celles qui leur présentent le plus d&#039;avantage, c&#039;est-à-dire celles qui, rendues à leur destination, auront le plus de valeur. Ainsi, lorsqu&#039;un négociant français envoie en Angleterre des eaux-de-vie, et que, par suite de cet envoi, il a mille livres sterling à faire venir, il compare ce que produiront en France ces mille livres sterling dans le cas où il les fera venir en métaux précieux, avec ce qu&#039;elles produiront s&#039;il les fait venir en quincailleries.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si ce négociant trouve son avantage à faire venir des marchandises plutôt que des espèces, et si nul ne peut lui disputer d&#039;entendre mieux ses intérêts que qui que ce soit, il ne reste plus à examiner que la question de savoir si, dans l&#039;intérêt du pays, les retours en espèces, quoique moins favorables à ce négociant, seraient plus favorables à la France que des retours d&#039;un autre genre ; s&#039;il est à désirer pour la France que les métaux précieux y abondent, plutôt que toute autre marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont les fonctions des métaux précieux dans la société ? Façonnés en bijoux, en ustensiles, ils servent à l&#039;ornement de nos personnes, de nos maisons, et à plusieurs usages domestiques. Les boîtes de nos montres, nos cuillères, nos fourchettes, nos plats, nos cafetières, en sont faits ; étendus en feuilles minces, ils embellissent plusieurs sortes d&#039;encadrements ; ils relèvent la reliure de nos livres, etc. Sous ces formes diverses, ils font partie du capital de la société, de cette portion du capital qui ne porte point d&#039;intérêt, ou plutôt qui est productive d&#039;utilité ou d&#039;agrément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est sans doute avantageux pour une nation que les matières dont se compose ce capital soient à bon compte et en abondance. La jouissance qui en résulte est alors acquise à meilleur marché ; elle est plus répandue. Beaucoup de modestes ménages qui ont actuellement des couverts d&#039;argent, n&#039;en auraient pas si l&#039;Amérique n&#039;avait pas été  découverte. Mais il ne faut pas estimer cet avantage au-delà de sa véritable valeur : il y a des utilités supérieures à celles-là. Le verre des vitres qui nous défendent contre les rigueurs de l&#039;hiver, nous est d&#039;un bien plus grand service que quelque ustensile d&#039;argent que ce soit. On ne s&#039;est pourtant jamais avisé d&#039;en favoriser l&#039;importation ou la production par des faveurs spéciales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;autre usage des métaux précieux est de servir à la fabrication des monnaies, de cette portion du capital de la société, qui s&#039;emploie à faciliter les échanges que les hommes font entre eux des valeurs qu&#039;ils possèdent déjà. Pour cet usage, est-il avantageux que la matière dont on se sert soit abondante et peu chère ? La nation où cette matière abonde est-elle plus riche que celle où cette matière est rare ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici je suis forcé de regarder comme déjà prouvé un fait qui ne le sera que dans le chapitre 23, où je traite de la valeur des monnaies. C&#039;est que la somme des échanges qui se consomment dans un pays exige une certaine valeur de marchandise-monnaie, quelle qu&#039;elle soit. Il se vend en France chaque jour pour une certaine valeur de blé, de bestiaux, de combustibles, de meubles et d&#039;immeubles ; toutes ces ventes réclament l&#039;usage journalier d&#039;une certaine &#039;&#039;valeur en numéraire&#039;&#039;, parce que c&#039;est d&#039;abord contre cette somme de numéraire que chaque chose s&#039;échange, pour s&#039;échanger de nouveau contre d&#039;autres objets. Or, quelle que soit l&#039;abondance ou la rareté du numéraire, comme on a besoin d&#039;une certaine somme pour consommer tous les échanges, le numéraire augmente en valeur à mesure qu&#039;il décline en quantité, et décline en valeur à mesure qu&#039;il augmente en quantité. S&#039;il y a pour 2 milliards de numéraire en France, et qu&#039;un événement quelconque réduise cette quantité de francs à 1500 millions, les 1500 millions vaudront tout autant que les 2 milliards pouvaient valoir. Les besoins de la circulation exigent un agent dont la valeur égale ce que valent actuellement 2 milliards, c&#039;est-à-dire (en supposant le sucre à 20 sous la livre) une valeur égale à 2 milliards de livres de sucre, ou bien (en supposant que le blé vaut actuellement 20 francs l&#039;hectolitre) une valeur égale à celle de 100 millions d&#039;hectolitres de blé. Le numéraire, quelle que sot sa masse, égalera toujours cette valeur. La matière dont se compose le numéraire vaudra, dans le second cas, un tiers de plus que dans le premier ; une once d&#039;argent, au lieu d&#039;acheter six livres de sucre, en achètera huit : il en sera de même de toutes les autres marchandises, et les 1500 millions de numéraire vaudront autant que les 2 milliards valaient auparavant. La nation n&#039;en sera ni plus riche ni plus pauvre. Il faudra porter moins d&#039;argent au marché, et l&#039;argent qu&#039;on y portera y achètera toutes les mêmes choses. Une nation qui, pour agent de la circulation, emploie des monnaies d&#039;or, n&#039;est pas moins riche que celle qui se sert de monnaie d&#039;argent, quoiqu&#039;elle porte au marché une bien moins grande quantité de la marchandise qui lui sert de monnaie. Si l&#039;argent devenait chez nous quinze fois plus rare qu&#039;il n&#039;est, c&#039;est-à-dire aussi rare que l&#039;or, une once d&#039;argent nous servirait, comme numéraire, autant qu&#039;une once d&#039;or nous sert à présent, et nous serions aussi riches en numéraire que nous le sommes. Comme si l&#039;argent devenait aussi abondant que le cuivre, nous n&#039;en serions pas plus riches en numéraire ; seulement il faudrait porter au marché un bien plus grand nombre de sacs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, l&#039;abondance des métaux précieux rend plus abondants les ustensiles qui en sont faits, et les nations plus riches sous ce seul rapport.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le rapport du numéraire, elle ne les rend pas plus riches. Le vulgaire est accoutumé à juger plus riche celui qui a le plus d&#039;argent ; et comme la nation se compose des particuliers, il est porté à conclure que la nation est plus riche quand tous les particuliers ont beaucoup d&#039;argent. Mais la matière ne fait pas la richesse ; c&#039;est la valeur de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si beaucoup d&#039;argent ne vaut pas plus que peu, peu d&#039;argent vaut autant que beaucoup. Une valeur en marchandise vaut autant que la même valeur en argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ajoute-t-on, à égalité de valeur, l&#039;argent est préféré à la marchandise. — Arrêtons-nous un instant ; ceci demande une explication. On verra, quand je parlerai des monnaies, la raison qui fait qu&#039;en général, à égalité de valeur, on préfère le numéraire aux marchandises. On verra qu&#039;avec le métal monnayé on peut se procurer les choses dont on a besoin, par un seul échange au lieu de deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;est pas nécessaire alors, comme lorsqu&#039;on possède toute autre espèce de marchandise, de vendre sa marchandise-monnaie d&#039;abord, pour en racheter ce qu&#039;on veut avoir : on achète immédiatement ; ce qui, avec la facilité que donne la monnaie par ses coupures, de la proportionner exactement à la valeur de la chose achetée, la rend éminemment propre aux échanges ; elle a donc pour consommateurs tous ceux qui ont quelque échange à faire, c&#039;est-à-dire, tout le monde ; et c&#039;est la raison pour laquelle tout le&lt;br /&gt;
monde est disposé à recevoir, à valeur égale, de la monnaie plutôt que tout autre marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cet avantage de la monnaie, dans les relations entre particuliers, n&#039;en est plus un de nation à nation. Dans ces dernières relations, la monnaie, et encore plus les métaux non monnayés, perdent l&#039;avantage que leur qualité de monnaie leur donne aux yeux des particuliers ; ils rentrent dans la classe des autres marchandises. Le négociant qui a des retours à attendre de l&#039;étranger, ne considère autre chose que le gain qu&#039;il pourra faire sur ces retours, et ne regarde les métaux précieux qu&#039;il en pourrait recevoir, que comme une marchandise dont il se défera avec plus ou moins de bénéfice ; il ne redoute point, lui, une marchandise parce qu&#039;elle réclamera encore un échange, puisque son métier est de faire des échanges, pourvu qu&#039;ils lui soient profitables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un particulier aime encore à recevoir de l&#039;argent plutôt que de la marchandise, parce qu&#039;il sait mieux ainsi la valeur de ce qu&#039;il reçoit ; mais un négociant, qui connaît le prix courant des marchandises dans les principales villes du monde, ne se méprend pas sur la valeur qu&#039;on lui paie, quelle que soit la forme matérielle sous laquelle on lui présente cette valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un particulier peut être appelé à liquider sa fortune pour lui donner une autre direction, pour faire des partages, etc. : une nation n&#039;est jamais dans ce cas-là ; et quant aux liquidations, aux ventes que les particuliers ont à faire, que leur importe la valeur de la monnaie ? Si elle est rare et chère, on leur en donne moins pour ce qu&#039;ils ont à vendre, mais ils en donnent moins pour ce qu&#039;ils ont à acheter. Quelle qu&#039;ait été dans un achat, dans une liquidation, la valeur de la monnaie qu&#039;on a employée, on l&#039;a donnée pour ce qu&#039;on l&#039;a reçue, et, l&#039;affaire terminée, on n&#039;en est ni plus pauvre ni plus riche. La perte ou le gain viennent de la valeur relative des deux marchandises vendues et achetées, et non de l&#039;intermédiaire dont on s&#039;est servi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De toutes manières, les avantages que les particuliers trouvent à recevoir du numéraire préférablement à des marchandises, ne sont rien pour les nations. Lorsqu&#039;une nation n&#039;en a pas la quantité qui lui est nécessaire, sa valeur augmente, et les étrangers comme les nationaux sont intéressés à lui en apporter ; lorsqu&#039;il est surabondant, sa valeur baisse par rapport aux autres marchandises, et il convient de l&#039;envoyer au loin, où il peut procurer des valeurs supérieures à ce qu&#039;il peut procurer dans le pays. Si on le force à rester, on force à garder des matières qui sont à charge à leurs possesseurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait peut-être en rester là sur la balance du commerce ; mais ces idées sont encore si peu familières, je ne dirai pas au vulgaire seulement, mais même à des écrivains et à des administrateurs recommandables par la pureté de leurs intentions et par des connaissances d&#039;ailleurs très variées, qu&#039;il peut être à propos de mettre le lecteur à portée de signaler le vice de certains raisonnements, bien fréquemment opposés aux principes libéraux, et qui malheureusement servent de base à la législation des principaux États de l&#039;Europe. Je réduirai toujours les objections aux termes les plus simples et les plus clairs, afin qu&#039;on juge plus aisément de leur importance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit qu&#039;en augmentant, par une balance favorable du commerce, la masse du numéraire, on augmente la masse des capitaux du pays ; et qu&#039;en le laissant écouler, on la diminue. Il faut donc répéter ici, en premier lieu, que la totalité du numéraire d&#039;un pays ne fait pas partie de ses capitaux : l&#039;argent qu&#039;un cultivateur reçoit pour le prix de ses produits, qu&#039;il porte ensuite au percepteur des contributions, qui parvient au trésor public, qui est employé ensuite à payer un militaire ou un juge, qui est dépensé par eux pour la satisfaction de leurs besoins, ne fait partie d&#039;aucun capital. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, et en supposant même que tout le numéraire d&#039;un pays fît partie de ses capitaux, il n&#039;en formerait que la plus petite partie. Le lecteur a vu que les capitaux consistent dans la valeur de cet ensemble de matériaux, d&#039;outils, de marchandises qui servent à la reproduction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on veut employer un capital dans une entreprise quelconque, ou lorsqu&#039;on veut le prêter, on commence, à la vérité, par le réaliser, et par transformer en argent comptant les différentes valeurs dont on peut disposer. La valeur de ce capital, qui se trouve ainsi passagèrement sous la forme d&#039;une somme d&#039;argent, ne tarde pas à se transformer, par des échanges, en diverses constructions et en matières consommables nécessaires à l&#039;entreprise projetée. L&#039;argent comptant, momentanément employé, sort de nouveau de cette affaire, et va servir à d&#039;autres échanges, après avoir rempli son office passager, de même que beaucoup d&#039;autres matières sous la forme desquelles s&#039;est trouvée successivement cette valeur capitale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est donc point perdre ou altérer un capital que de disposer de sa valeur, sous quelque forme matérielle qu&#039;elle se trouve, pourvu qu&#039;on en dispose de manière à s&#039;assurer le remplacement de cette valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;un français, négociant en marchandises d&#039;outre-mer, envoie dans l&#039;étranger un capital de cent mille francs en espèces pour avoir du coton : son coton arrivé, il possède cent mille francs en coton au lieu de cent mille francs en espèces (sans parler du bénéfice). Quelqu&#039;un a-t-il perdu cette somme de numéraire ? Non, certes ; le spéculateur l&#039;avait acquise à titre légitime. Un fabricant de cotonnades achète cette marchandise, et la paie en numéraire : est-ce lui qui perd la somme ? Pas davantage. Au&lt;br /&gt;
contraire, cette valeur de cent mille francs sera portée à deux cent mille francs entre ses mains ; ses avances payées, il y gagnera encore. Si aucun des capitalistes n&#039;a perdu les cent mille francs du numéraire exporté, qui peut dire que l&#039;État les a perdus ? Le consommateur les perdra, dira-t-on. En effet, les consommateurs perdront la valeur des étoffes qu&#039;ils achèteront et qu&#039;ils consommeront ; mais les cent mille francs de numéraire n&#039;eussent pas été exportés, et les consommateurs auraient consommé en place des étoffes de lin et de laine, pour une valeur équivalente, qu&#039;il y aurait toujours eu une valeur de cent mille francs détruite, perdue, sans qu&#039;il fût sorti un sou du pays. La perte de valeur dont il est ici question n&#039;est pas le fait de l&#039;exportation, mais de la consommation qui aurait eu lieu tout de même. Je suis donc fondé à dire que l&#039;exportation du numéraire n&#039;a rien fait perdre à l&#039;État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On insiste ; on prétend que si l&#039;exportation de cent mille francs de numéraire n&#039;avait pas eu lieu, la France posséderait cette valeur de plus. On croit que la nation a perdu deux fois cent mille francs : l&#039;argent exporté d&#039;abord, la marchandise consommée ensuite ; tandis qu&#039;en consommant des étoffes d&#039;un produit entièrement indigène, elle n&#039;aurait perdu qu&#039;une fois cent mille francs. — Je répète que l&#039;exportation des espèces n&#039;a pas été une perte, qu&#039;elle a été balancée par une valeur importée, et qu&#039;il est tellement vrai qu&#039;il n&#039;y a eu que les cent mille francs de marchandises consommées qui aient été perdues, que je défie qu&#039;on trouve de perdants autres que les consommateurs de la marchandise consommée. S&#039;il n&#039;y a pas eu de perdant, il n&#039;y a pas eu de perte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous voulez, dites-vous, empêcher les capitaux de sortir : vous ne les arrêterez point en emprisonnant le numéraire. Celui qui veut envoyer ses capitaux au dehors, y réussit aussi bien en expédiant des marchandises dont l&#039;exportation est permise. Tant mieux, dites-vous ; ces marchandises auront fait gagner nos fabricants. Oui ; mais la valeur de ces marchandises exportées est, pour le pays, une perte de capital, puisqu&#039;elle n&#039;entraîne point de retours. Elle féconde l&#039;industrie étrangère au lieu de la vôtre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà un vrai sujet de crainte. Les capitaux cherchent les lieux où ils trouvent de la sûreté et des emplois lucratifs, et abandonnent peu à peu les lieux où l&#039;on ne sait pas leur offrir de tels avantages ; mais, pour déserter, ils n&#039;ont nul besoin de se transformer en numéraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;exportation du numéraire ne fait rien perdre aux capitaux de la nation, pourvu qu&#039;elle amène des retours, son importation ne leur fait rien gagner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, on ne peut faire entrer du numéraire sans l&#039;avoir acheté par une valeur équivalente, et il a fallu exporter celle-ci pour importer l&#039;autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit à ce sujet que si l&#039;on envoie à l&#039;étranger des marchandises au lieu de numéraire, on procure par là à ces marchandises un débouché qui fait gagner à leurs producteurs les profits de cette production. Je réponds que lorsqu&#039;on envoie du numéraire à l&#039;étranger, c&#039;est précisément comme si l&#039;on y envoyait des produits de notre industrie ; car les métaux précieux dont nous faisons commerce, ne nous sont pas donnés gratuitement et sont toujours acquis en échange de nos produits, soit d&#039;avance, soit après coup. En général, une nation ne peut payer une autre nation qu&#039;avec ses produits, par une raison bien claire ; c&#039;est qu&#039;elle n&#039;a pas d&#039;autre chose à donner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il vaut mieux, dit-on encore, envoyer à l&#039;étranger des denrées qui se consomment, comme des produits manufacturés, et garder les produits qui ne se consomment pas, ou qui se consomment lentement, comme le numéraire. Mais les produits qui se consomment vite, s&#039;ils sont les plus recherchés, sont plus profitables que les produits qui se  consomment lentement. Forcer un producteur à remplacer une portion de son capital soumise à une consommation rapide, par une autre valeur d&#039;une consommation plus lente, serait lui rendre souvent un fort mauvais service. Si un maître de forges avait fait un marché pour qu&#039;on lui livrât à une époque déterminée des charbons, et que, le terme étant arrivé, et dans l&#039;impossibilité de les lui livrer, on lui en donnât la valeur en argent, on serait fort mal venu à lui prouver qu&#039;on lui a rendu service, en ce que l&#039;argent qu&#039;on lui offre est d&#039;une consommation plus lente que le charbon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un teinturier avait donné dans l&#039;étranger une commission pour de la cochenille, on lui ferait un tort réel de lui envoyer de l&#039;or, sous prétexte qu&#039;à égalité de valeur c&#039;est une marchandise plus durable. Il a besoin, non d&#039;une marchandise durable, mais de celle qui, périssant dans sa cuve, doit bientôt reparaître dans la teinture de ses étoffes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il ne fallait importer que la portion la plus durable des capitaux productifs, d&#039;autres objets très durables, le fer, les pierres, devraient partager cette faveur avec l&#039;argent et l&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu&#039;il importe de voir durer, ce n&#039;est aucune matière en particulier : c&#039;est la valeur du capital. Or, la valeur du capital se perpétue, malgré le fréquent changement des formes matérielles dans lesquelles réside cette valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut même rapporter un profit, un intérêt, que lorsque ces formes changent perpétuellement ; et vouloir le conserver en argent, ce serait le condamner à être improductif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir montré qu&#039;il n&#039;y a aucun avantage à importer de l&#039;or et de l&#039;argent préférablement à toute autre marchandise, j&#039;irai plus loin, et je dirai que, dans la supposition où il serait désirable qu&#039;on obtînt constamment une balance en numéraire, il serait impossible d&#039;y parvenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;or et l&#039;argent, comme toutes les autres matières dont l&#039;ensemble forme les richesses d&#039;une nation, ne sont utiles à cette nation que jusqu&#039;au point où ils n&#039;excèdent pas les besoins qu&#039;elle en a. Le surplus, occasionnant plus d&#039;offres de cette marchandise qu&#039;il n&#039;y en a de demandes, en avilit la valeur d&#039;autant plus que l&#039;offre est plus grande, et il en résulte un puissant encouragement pour en tirer parti au dehors avec bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rendons ceci sensible par un exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons pour un instant que les communications intérieures d&#039;un pays et l&#039;état de ses richesses soient tels, qu&#039;ils exigent l&#039;emploi constant de mille voitures de tout genre ; supposons que, par un système commercial quelconque, on parvint à y faire entrer plus de voitures qu&#039;il ne s&#039;en détruirait annuellement, de manière qu&#039;au bout d&#039;un an il s&#039;en trouvât quinze cents au lieu de mille : n&#039;est-il pas évident qu&#039;il y aurait dès lors cinq cents voitures inoccupées sous différentes remises, et que les propriétaires de ces voitures, plutôt que d&#039;en laisser dormir la valeur, chercheraient à s&#039;en défaire au rabais les uns des autres, et, pour peu que la contrebande en fût aisée, les feraient passer à l&#039;étranger pour en tirer un meilleur parti ? On aurait beau faire des traités de commerce pour assurer une plus grande importation de voitures, on aurait beau favoriser à grands frais l&#039;exportation de beaucoup de marchandises pour en faire rentrer la valeur sous forme de voitures, plus la législation chercherait&lt;br /&gt;
à en faire entrer, et plus les particuliers chercheraient à en faire sortir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces voitures sont le numéraire. On n&#039;en a besoin que jusqu&#039;à un certain point ; nécessairement il ne forme qu&#039;une partie des richesses sociales. Il ne peut pas composer toutes les richesses sociales, parce qu&#039;on a besoin d&#039;autre chose que de numéraire. Il en faut plus ou moins selon la situation des richesses générales, de même qu&#039;il faut plus de voitures à une nation riche qu&#039;à une nation pauvre. Quelles que soient les qualités brillantes ou solides de cette marchandise, elle ne vaut que d&#039;après ses usages, et ses usages sont bornés. Ainsi que les voitures, elle a une valeur qui lui est propre, valeur qui diminue si elle est abondante par rapport aux objets avec lesquels on l&#039;échange, et qui augmente si elle devient rare par rapport aux mêmes objets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit qu&#039;avec de l&#039;or et de l&#039;argent on peut se procurer de tout : c&#039;est vrai ; mais à quelles conditions ? Ces conditions sont moins bonnes quand, par des moyens forcés, on multiplie cette denrée au-delà des besoins ; de là les efforts qu&#039;elle fait pour s&#039;employer au dehors. Il était défendu de faire sortir de l&#039;argent d&#039;Espagne, et l&#039;Espagne en fournissait à toute l&#039;Europe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1812, le papier-monnaie d&#039;Angleterre ayant rendu superflu tout l&#039;or qui servait de monnaie, et les matières d&#039;or en général étant dès-lors devenues surabondantes par rapport aux emplois qui restaient pour cette marchandise, sa valeur relative avait baissé dans ce pays-là ; les guinées passaient d&#039;Angleterre en France, malgré la facilité de garder les frontières d&#039;une île, et malgré la peine de mort infligée aux contrebandiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À quoi servent donc tous les soins que prennent les gouvernements pour faire pencher en faveur de leur nation la balance du commerce ? À peu près à rien, si ce n&#039;est à former de beaux tableaux démentis par les faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi faut-il que des notions si claires, si conformes au simple bon sens, et à des faits constatés par tous ceux qui s&#039;occupent de commerce, aient néanmoins été rejetées dans l&#039;application par tous les gouvernements de l&#039;Europe, et combattues par plusieurs écrivains qui ont fait preuve d&#039;ailleurs et de lumières et d&#039;esprit ? C&#039;est, disons-le, parce que les premiers principes de l&#039;économie politique sont encore presque généralement ignorés ; parce qu&#039;on élève sur de mauvaises bases des raisonnements ingénieux dont se paient trop aisément, d&#039;une part, les passions des gouvernements (qui emploient les prohibitions comme une arme offensive ou comme une ressource fiscale), et d&#039;une autre part l&#039;avidité de plusieurs classes de négociants et de manufacturiers qui trouvent dans les privilèges un avantage particulier, et s&#039;inquiètent peu de savoir si leurs profits sont le résultat d&#039;une production réelle ou d&#039;une perte supportée par d&#039;autres classes de la nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vouloir mettre en sa faveur la balance du commerce, c&#039;est-à-dire, vouloir donner des marchandises et se les faire payer en or, c&#039;est ne vouloir point de commerce ; car le pays avec lequel vous commercez ne peut vous donner en échange que ce qu&#039;il a. Si vous lui demandez exclusivement des métaux précieux, il est fondé à vous en demander aussi ; et du moment qu&#039;on prétend de part et d&#039;autre à la même marchandise, l&#039;échange devient impossible. Si l&#039;accaparement des métaux précieux était exécutable, il ôterait toute possibilité de relations commerciales avec la plupart des États du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un pays vous donne en échange ce qui vous convient, que demandez-vous de plus ? Que peut l&#039;or davantage ? Pourquoi voudriez-vous avoir de l&#039;or, si ce n&#039;est pour acheter ensuite ce qui vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un temps viendra où l&#039;on sera bien étonné qu&#039;il ait fallu se donner tant de peine pour prouver la sottise d&#039;un système aussi creux, et pour lequel on a livré tant de guerres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&#039;&#039;Fin de la digression sur la balance du commerce&#039;&#039;.&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous venons de voir que les avantages qu&#039;on cherche par le moyen d&#039;une balance favorable du commerce, sont absolument illusoires, et que, fussent-ils réels, aucune nation ne pourrait les obtenir d&#039;une manière permanente. Quel effet produisent donc en réalité les règlements faits dans ce but ? C&#039;est ce qui nous reste à examiner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un gouvernement qui défend absolument l&#039;introduction de certaines marchandises étrangères, établit un monopole en &#039;&#039;faveur de ceux&#039;&#039; qui produisent cette marchandise dans l&#039;intérieur, &#039;&#039;contre ceux&#039;&#039; qui la consomment ; c&#039;est-à-dire que ceux de l&#039;intérieur qui la produisent, ayant le privilège exclusif de la vendre, peuvent en élever le prix au-dessus du taux naturel, et que les consommateurs de l&#039;intérieur, ne pouvant l&#039;acheter que d&#039;eux, sont obligés de la payer plus cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand, au lieu d&#039;une prohibition absolue, on oblige seulement l&#039;importateur à payer un droit, alors on donne au producteur de l&#039;intérieur le privilège d&#039;élever les prix des produits analogues, de tout le montant du droit, et l&#039;on fait payer cette prime par le consommateur. Ainsi, quand, à l&#039;introduction d&#039;une douzaine d&#039;assiettes de faïence qui vaut trois francs, on fait payer à la&lt;br /&gt;
douane un franc, le négociant qui les fait venir, quelle que soit sa nation, est forcé d&#039;exiger quatre francs du consommateur ; ce qui permet au fabricant de l&#039;intérieur de faire payer les assiettes de même qualité jusqu&#039;à quatre francs la douzaine. Il ne le pourrait pas s&#039;il n&#039;y avait point de droits, puisque le consommateur en trouverait de pareilles pour trois francs : on donne donc au fabricant une prime au droit, et cette prime est payée par le consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on qu&#039;il est bon que la nation supporte l&#039;inconvénient de payer plus cher la plupart des denrées, pour jouir de l&#039;avantage de les produire ; que du moins alors nos ouvriers, nos capitaux sont employés à ces productions, et que nos concitoyens en retirent les profits ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je répondrai que les produits étrangers que nous aurions achetés n&#039;auraient pu l&#039;être gratuitement ; nous les aurions payés avec des valeurs de notre propre création, qui auraient employé de même nos ouvriers et nos capitaux ; il ne faut pas perdre de vue qu&#039;en résultat nous achetons toujours des produits avec des produits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui nous convient le plus, c&#039;est d&#039;employer nos producteurs, non aux productions où l&#039;étranger réussit mieux que nous, mais à celles où nous réussissons mieux que lui, et avec celles-ci d&#039;acheter les autres. C&#039;est ici le cas du particulier qui voudrait faire lui-même ses souliers et ses habits. Que dirait-on si, à la porte de chaque maison, on établissait un droit d&#039;entrée sur les souliers et sur les habits, pour mettre le propriétaire dans l&#039;heureuse nécessité de les fabriquer lui-même ? Ne serait-il pas fondé à dire : laissez-moi faire mon commerce, et acheter ce qui m&#039;est nécessaire avec mes produits, ou, ce qui revient au même, avec l&#039;argent de mes produits ? — Ce serait exactement le même système, mais seulement poussé plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On s&#039;étonnera que chaque nation soit si empressée à solliciter des prohibitions, s&#039;il est vrai qu&#039;elle n&#039;en recueille point de profit ; et, se fondant sur ce que le propriétaire d&#039;une maison n&#039;a garde de solliciter pour sa maison une pareille faveur, on en voudra conclure peut-être que les deux cas ne sont pas parfaitement semblables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seule différence vient de ce que le propriétaire est un être unique, qui ne saurait avoir deux volontés, et qui est encore plus intéressé, comme consommateur de ses habits, à les acheter à bon marché hors de chez lui, qu&#039;à jouir, en sa qualité de producteur, d&#039;un monopole qui ne pèserait que sur lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui est-ce qui sollicite des prohibitions ou de forts droits d&#039;entrée dans un état ? Ce sont les producteurs de la denrée dont il s&#039;agit de prohiber la concurrence, et non pas ses consommateurs. Ils disent : c&#039;est pour l&#039;intérêt de l&#039;état ; mais il est clair que c&#039;est pour le leur uniquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— N&#039;est-ce pas la même chose ? Continuent-ils, et ce que nous gagnons n&#039;est-il pas autant de gagné pour notre pays ?&lt;br /&gt;
— Point du tout : ce que vous gagnez de cette manière est tiré de la poche de votre voisin, d&#039;un habitant du même pays ; et, si l&#039;on pouvait compter l&#039;excédant de dépense fait par les consommateurs, en conséquence de votre monopole, on trouverait qu&#039;il surpasse le gain que le monopole vous a valu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt particulier est ici en opposition avec l&#039;intérêt général, et l&#039;intérêt général lui-même n&#039;est bien compris que par les personnes très instruites. Faut-il être surpris que le système prohibitif soit vivement soutenu et mollement repoussé ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait en général beaucoup trop peu d&#039;attention au grave inconvénient de faire payer chèrement les denrées aux consommateurs. Ce mal ne frappe guère les yeux, parce qu&#039;il se fait sentir très en détail et par petites portions chaque fois qu&#039;on achète quelque chose ; mais il devient bien important par sa fréquente répétition, et parce qu&#039;il pèse universellement. La fortune de chaque consommateur est perpétuellement en rivalité avec tout ce qu&#039;il achète. Il est d&#039;autant plus riche, qu&#039;il achète à bon marché,&lt;br /&gt;
et d&#039;autant plus pauvre, qu&#039;il paie plus cher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il n&#039;y aurait qu&#039;une seule denrée qui renchérît, il serait plus pauvre relativement à cette seule denrée. Si toutes les denrées renchérissent, il est plus pauvre relativement à toutes les denrées ; et comme la classe des consommateurs embrasse la nation tout entière, dans ces cas-là, la nation entière est plus pauvre. On la prive en outre de l&#039;avantage de varier ses jouissances, de recevoir les produits ou les qualités de produits qui lui manquent, en échange de ceux avec lesquelles elle aurait pu les payer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;on ne dise pas que, dans le renchérissement des denrées, ce que l&#039;un perd l&#039;autre le gagne : cela n&#039;est vrai que dans les monopoles (et encore ce n&#039;est que très partiellement vrai, parce que les monopoleurs ne profitent jamais de la totalité de ce qui est payé par les consommateurs). Quand c&#039;est le droit d&#039;entrée ou l&#039;impôt, sous quelque forme que ce soit, qui renchérit la denrée, le producteur qui vend plus cher n&#039;en profite pas (c&#039;est le contraire, ainsi que nous le verrons ailleurs) ; de sorte qu&#039;en sa qualité de producteur, il n&#039;en est pas plus riche ; et en sa qualité de consommateur, il est plus pauvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une de causes les plus générales de l&#039;appauvrissement des nations, ou du moins une des causes qui contrarient le plus essentiellement les progrès qu&#039;elles font d&#039;ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, on sentira qu&#039;on ne doit pas avoir plus de répugnance à tirer de l&#039;étranger les objets qui servent à nos consommations stériles, que celles qui servent de matières premières à nos manufactures. Soit que nous consommions des produits de l&#039;intérieur ou du dehors, nous détruisons une portion de richesses ; c&#039;est une brèche que nous faisons à la richesse nationale ; mais cette perte est le fait de notre consommation, et non pas de notre achat à l&#039;étranger ; et quant à l&#039;encouragement qui en résulte pour la production nationale, il est encore le même dans les deux cas. Car, avec quoi ai-je acheté le produit de l&#039;étranger ? Avec le produit de notre sol, ou avec de l&#039;argent qui lui-même ne peut être acquis qu&#039;avec des produits de notre sol. Lorsque j&#039;achète à l&#039;étranger, je ne fais donc en réalité qu&#039;envoyer à l&#039;étranger un produit indigène au lieu de le consommer, et je consomme en place celui que l&#039;étranger m&#039;envoie en retour. Si ce n&#039;est moi qui fais cette opération, c&#039;est le commerce. Notre pays ne peut rien acheter des autres pays qu&#039;avec ses propres produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Défendant toujours les droits d&#039;entrée, on insiste et l&#039;on dit : « L&#039;intérêt de l&#039;argent est élevé chez nous ; il est bas chez l&#039;étranger ; il faut donc balancer par un droit d&#039;entrée l&#039;avantage qu&#039;a l&#039;étranger sur nos producteurs. ». Le bas intérêt est pour le producteur étranger un avantage pareil à celui d&#039;un sol plus fécond. S&#039;il en résulte un bon prix pour les produits dont il s&#039;occupe, il est fort à propos d&#039;en faire jouir nos consommateurs. On peut appliquer ici le raisonnement qui doit nous faire préférer de tirer le sucre et l&#039;indigo des contrées équinoxiales, plutôt que de les produire sur notre sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais les capitaux étant nécessaires dans tous les genres de production, l&#039;étranger qui trouve des capitaux à bas intérêt, a sur nous l&#039;avantage relativement à tous les produits ; et si nous en permettons la libre introduction, il aura la préférence sur tous nos producteurs. » &lt;br /&gt;
— Avec quoi paierez-vous alors ses produits ? &lt;br /&gt;
— « Avec de l&#039;argent, et c&#039;est là le malheur. »&lt;br /&gt;
— Et avec quoi vous procurerez-vous l&#039;argent dont vous paierez l&#039;étranger ? &lt;br /&gt;
— « Nous le paierons avec l&#039;argent que nous avons, qu&#039;il épuisera, et nous tomberons dans la dernière misère. » &lt;br /&gt;
— La dernière misère consiste, non à manquer d&#039;argent, mais à manquer des choses que l&#039;on se procure avec de l&#039;argent. De 1798 à 1814, l&#039;Angleterre avait exporté tout son or monnayé, et n&#039;avait jamais été plus riche. Ses billets de banque lui tenaient lieu de monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quand on a une monnaie métallique, on ne manque jamais d&#039;argent ; car pour peu qu&#039;il se fasse des paiements à l&#039;étranger en numéraire, le numéraire hausse de prix relativement aux marchandises, c&#039;est-à-dire que les marchandises baissent relativement à l&#039;argent ; dès lors tout le monde est intéressé à exporter des marchandises, et à importer de l&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La peur que l&#039;on conçoit de payer les marchandises étrangères avec des métaux précieux, est une peur frivole. Les métaux précieux ne vont jamais d&#039;un pays dans l&#039;autre pour acquitter de prétendus soldes, mais pour chercher le marché où ils se vendent le plus cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous convient toujours de consommer les produits que l&#039;étranger fournit meilleurs ou à meilleur compte que nous, bien assurés que nous sommes que l&#039;étranger se paiera par les choses que nous produisons à meilleur compte que lui. Je dis qu&#039;&#039;&#039;il se paiera ainsi&#039;&#039;,  parce que &#039;&#039;la chose ne peut se passer d&#039;aucune autre manière&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a dit (car que n&#039;a-t-on pas dit pour obscurcir toutes ces questions !) que la plupart des consommateurs étant en même temps producteurs, les prohibitions, les monopoles leur font gagner, sous cette dernière qualité, ce qu&#039;ils perdent sous l&#039;autre ; que le producteur qui fait un gain-monopole sur l&#039;objet de son industrie, est victime d&#039;un gain de la même espèce fait sur les denrées qui sont l&#039;objet de sa consommation, qu&#039;ainsi la nation se compose de dupeurs et de dupés qui n&#039;ont plus rien à se reprocher. Et il est bon de remarquer que chacun se croit plutôt dupeur que dupé ; car, quoique chacun soit consommateur en même temps qu&#039;il est producteur, les profits excessifs qu&#039;on fait sur une seule espèce de denrée, celle qu&#039;on produit, sont bien plus sensibles que les pertes multipliées, mais petites, qu&#039;on fait sur mille denrées différentes que l&#039;on consomme. Qu&#039;on mette un droit d&#039;entrée sur les toiles de coton : c&#039;est, pour un citoyen d&#039;une fortune médiocre, une augmentation de dépense de 12 à 15 francs par an, tout au plus ; augmentation de dépense qui n&#039;est même pas, dans son esprit, bien claire et bien assurée, et qui le frappe peu, quoiqu&#039;elle soit répétée plus ou moins sur chacun des objets de sa consommation ; tandis que si ce particulier est fabricant de chapeaux, et qu&#039;on mette un droit sur les chapeaux étrangers, il saura fort bien que ce droit enchérira les chapeaux de sa manufacture, et augmentera annuellement ses profits peut-être de plusieurs milliers de francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que l&#039;intérêt personnel, lorsqu&#039;il est peu éclairé (même en supposant tout le monde frappé dans sa consommation, plus encore que favorisé dans sa production), se déclare en faveur des prohibitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, même sous ce point de vue, le système prohibitif est fécond en injustices. Tous les producteurs ne sont pas à portée de profiter du système de prohibition que j&#039;ai supposé général, mais qui ne l&#039;est pas, et qui, quand il le serait par les lois, ne le serait pas par le fait. Quelques droits d&#039;entrée qu&#039;on mît sur l&#039;introduction en France des vins de Champagne ou de Bordeaux, de tels droits ne feraient pas que les propriétaires de ces vins parvinssent à les mieux vendre, car ils en possèdent déjà le monopole. Une foule d&#039;autres producteurs, tels que les maçons, les charpentiers, les marchands en boutique, etc., n&#039;ont absolument rien à gagner par l&#039;exclusion donnée aux marchandises étrangères, et cependant ils souffrent de cette exclusion. Les producteurs de produits immatériels, les fonctionnaires publics, les rentiers, sont dans le même cas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, les gains du monopole ne se partagent pas équitablement entre tous ceux qui concourent à la production que favorise le monopole : les chefs d&#039;entreprises, soit agricoles, soit manufacturières, soit commerciales, exercent un monopole non seulement à l&#039;égard des consommateurs, mais encore, et par d&#039;autres causes, à l&#039;égard des ouvriers et de plusieurs agents de la production, ainsi qu&#039;on le verra au livre II. Il est possible que nos couteliers gagnent un peu plus en raison de la prohibition des couteaux anglais, mais leurs ouvriers et beaucoup d&#039;autres agents de cette industrie ne profitent en aucune façon de cette prohibition ; de manière qu&#039;ils participent, avec tous les autres consommateurs, au désavantage de payer les couteaux plus cher, et ne participent pas aux gains forcés des chefs d&#039;entreprises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois les prohibitions non seulement blessent les intérêts pécuniaires des consommateurs, mais les soumettent à des privations pénibles. On a vu, j&#039;ai honte de le dire, des fabricants de chapeaux de Marseille solliciter la prohibition d&#039;entrée des chapeaux de paille venant de l&#039;étranger, sous prétexte qu&#039;ils nuisaient au débit de leurs chapeaux de feutre ! C&#039;était vouloir priver les gens de la campagne, ceux qui cultivent la terre à l&#039;ardeur du soleil, d&#039;une coiffure légère, fraîche, peu coûteuse, et qui les garantit bien, lorsqu&#039;au contraire il serait à désirer que l&#039;usage s&#039;en propageât et s&#039;étendît partout. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois l&#039;administration, pour satisfaire à des vues qu&#039;elle croit profondes, ou bien à des passions qu&#039;elle croit légitimes, interdit ou change le cours d&#039;un commerce, et porte des coups irréparables à la production. Lorsque Philippe II, devenu maître du Portugal, défendit à ses nouveaux sujets toute communication avec les hollandais qu&#039;il détestait, qu&#039;en arriva-t-il ? Les hollandais, qui allaient chercher à Lisbonne les marchandises de l&#039;Inde, dont ils procuraient un immense débit, voyant cette ressource manquer à leur industrie, allèrent chercher ces mêmes marchandises aux Indes mêmes, d&#039;où ils finirent par chasser les portugais ; et cette malice, faite dans le dessein de leur nuire, fut l&#039;origine de leur grandeur. Le commerce, suivant une expression de Fénelon, est semblable aux fontaines naturelles qui tarissent bien souvent quand on veut en changer le cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les principaux inconvénients des entraves mises à l&#039;importation, et qui sont portés au plus haut degré par les prohibitions absolues. On voit des nations prospérer même en suivant ce système, parce que, chez elles, les causes de prospérité sont plus fortes que les causes de dépérissement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nations ressemblent au corps humain ; il existe en nous un principe de vie qui rétablit sans cesse notre santé, que nos excès tendent à altérer sans cesse. La nature cicatrise les blessures et guérit les maux que nous attirent notre maladresse et notre intempérance. Ainsi les états marchent, souvent même prospèrent, en dépit des plaies de tous genres qu&#039;ils ont à supporter de la part de leurs ennemis. Remarquez que ce sont les nations les plus industrieuses qui reçoivent le plus de ces outrages, parce que ce sont les seules qui peuvent les supporter. On dit alors : &#039;&#039;notre système est le bon, puisque la prospérité va croissant&#039;&#039;. Mais, lorsqu&#039;on observe d&#039;un œil éclairé les circonstances qui, depuis trois siècles, ont favorisé le développement des facultés humaines, lorsqu&#039;on mesure des yeux de l&#039;esprit les progrès de la navigation, les découvertes, les inventions importantes qui ont eu lieu dans les arts ; le nombre des végétaux, des animaux utiles propagés d&#039;un hémisphère dans l&#039;autre ; lorsqu&#039;on voit les sciences et leurs applications qui s&#039;étendent et se consolident chaque jour par des méthodes plus sûres, on demeure convaincu, au contraire, que notre prospérité est peu de chose comparée à ce qu&#039;elle pourrait être, qu&#039;elle se débat dans les liens et sous les fardeaux dont on l&#039;accable, et que les hommes, même dans les parties du globe où ils se croient éclairés, passent une grande partie de leur temps et usent une partie de leurs facultés à détruire une portion de leurs ressources au lieu de les multiplier, et à se piller les uns les autres au lieu de s&#039;aider mutuellement ; le tout faute de lumières, faute de savoir en quoi consistent leurs vrais intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Revenons à notre sujet. Nous venons de voir quelle est l&#039;espèce de tort que reçoit un pays des entraves qui empêchent les denrées étrangères de pénétrer dans son intérieur. C&#039;est un tort du même genre que l&#039;on cause au pays dont on prohibe les marchandises : on le prive de la faculté de tirer le parti le plus avantageux de ses capitaux et de son industrie ; mais il ne faut pas s&#039;imaginer qu&#039;on le ruine, qu&#039;on lui ôte toute ressource, comme Bonaparte s&#039;imaginait le faire en fermant le continent aux produits de&lt;br /&gt;
l&#039;Angleterre. Outre que le blocus réel et complet d&#039;un pays est une entreprise impossible, parce que tout le monde est intéressé à violer une semblable restriction, un pays n&#039;est jamais exposé qu&#039;à changer la nature de ses produits. Il peut toujours se les acheter tous lui-même, parce que les produits, ainsi qu&#039;il a été prouvé, s&#039;achètent toujours les uns par les autres. Vous réduisez l&#039;Angleterre à ne plus exporter pour un million d&#039;étoffes de laine ; croyez-vous l&#039;empêcher de produire une valeur d&#039;un million ? Vous êtes dans l&#039;erreur ; elle emploiera les mêmes capitaux, une main-d&#039;œuvre équivalente, à fabriquer, au lieu de casimirs peut-être, des esprits ardents avec ses grains et ses pommes de terre ; dès lors elle cessera d&#039;acheter avec ses casimirs des eaux-de-vie de France. De toutes manières un pays consomme toujours les valeurs qu&#039;il produit, soit directement, soit après un échange, et il ne saurait consommer que cela. Vous rendez l&#039;échange impossible : il faut donc qu&#039;il produise des valeurs telles qu&#039;il puisse les consommer directement. Voilà le fruit des prohibitions : on est plus mal accommodé de part et d&#039;autre, et l&#039;on n&#039;en est pas plus riche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Napoléon fit certainement tort à l&#039;Angleterre et au continent, en gênant, autant qu&#039;il dépendit de lui, les relations réciproques de l&#039;une et de l&#039;autre : mais, d&#039;un autre côté, il fit involontairement du bien au continent de l&#039;Europe, en facilitant, par cette agrégation d&#039;états continentaux, fruit de son ambition, une communication plus intime entre ces différents états.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne restait plus de barrières entre la Hollande, la Belgique, une partie de l&#039;Allemagne, l&#039;Italie et la France, et de faibles barrières s&#039;élevaient entre les autres états, l&#039;Angleterre exceptée. Je juge du bien qui résulta de ces communications par l&#039;état de mécontentement et de dépression du commerce qui est résulté du régime qui a suivi, et où chaque État s&#039;est retranché derrière une triple ligne de douaniers. Chacun a bien conservé les mêmes moyens de production, mais d&#039;une production moins avantageuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Personne ne nie que la France ait beaucoup gagné à la suppression, opérée par la révolution, des barrières qui séparaient ses provinces ; l&#039;Europe avait gagné à la suppression, partielle du moins, des barrières qui séparaient les États de la république continentale ; et le monde gagnerait beaucoup plus encore à la suppression des barrières qui tendent à séparer les états qui composent la république universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne parle point de plusieurs autres inconvénients très graves, tels que celui de créer un crime de plus : la contrebande ; c&#039;est-à-dire de rendre criminelle par les lois une action qui est innocente en elle-même, et d&#039;avoir à punir des gens qui, dans le fait, travaillent à la prospérité générale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith admet deux circonstances qui peuvent déterminer un gouvernement sage à avoir recours aux droits d&#039;entrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première est celle où il s&#039;agit d&#039;avoir une branche d&#039;industrie nécessaire à la défense du pays, et pour laquelle il ne serait pas prudent de ne pouvoir compter que sur des approvisionnements étrangers. C&#039;est ainsi qu&#039;un gouvernement peut prohiber l&#039;importation de la poudre à canon, si cela est nécessaire à l&#039;établissement des poudrières de l&#039;intérieur ; car il vaut mieux payer cette denrée plus cher, que de s&#039;exposer à en être privé au moment du besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde est celle où un produit intérieur, d&#039;une consommation analogue, est déjà chargé de quelque droit. On sent qu&#039;alors un produit extérieur par lequel il pourrait être remplacé, et qui ne serait chargé d&#039;aucun droit, aurait sur le premier un véritable privilège. Faire payer un droit dans ce cas, ce n&#039;est point détruire les rapports naturels qui existent entre les diverses branches de production : c&#039;est les rétablir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, on ne voit pas pour quel motif la production de valeur qui s&#039;opère par le commerce extérieur, devrait être déchargée du faix des impôts que supporte la production qui s&#039;opère par le moyen de l&#039;agriculture ou des manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est un malheur que d&#039;avoir un impôt à payer ; ce malheur, il convient de le diminuer tant qu&#039;on peut : mais une fois qu&#039;une certaine somme de contributions est reconnue nécessaire, ce n&#039;est que justice de la faire payer proportionnellement à tous les genres de production. Le vice que je signale ici est de vouloir nous faire considérer cette sorte d&#039;impôt comme favorable à la richesse publique. L&#039;impôt n&#039;est jamais favorable au public que par le bon emploi qu&#039;on fait de son produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les considérations qu&#039;il ne faudrait jamais perdre de vue lorsqu&#039;on fait des traités de commerce. Les traités de commerce ne sont bons que pour protéger une industrie et des capitaux qui se trouvent engagés dans de fausses routes par l&#039;effet de mauvaises lois. C&#039;est un mal qu&#039;il faut tendre à guérir et non à perpétuer. L&#039;état de santé relativement à l&#039;industrie et à la richesse, c&#039;est l&#039;état de liberté, c&#039;est l&#039;état où les intérêts se protègent eux-mêmes. L&#039;autorité publique ne les protège utilement que contre la violence. Elle ne peut faire aucun bien à la nation par ses entraves et ses impôts. Ils peuvent être un inconvénient nécessaire ; mais c&#039;est méconnaître les fondements de la prospérité des États, c&#039;est ignorer l&#039;économie politique que de les supposer utiles aux intérêts des administrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent on a considéré les droits d&#039;entrée et les prohibitions comme une représaille : &#039;&#039;votre nation met des entraves à l&#039;introduction des produits de la nôtre ; ne sommes-nous pas autorisés à charger des mêmes entraves les produits de la vôtre&#039;&#039; ? Tel est l&#039;argument qu&#039;on fait valoir le plus souvent, et qui sert de base à la plupart des traités de commerce ; on se trompe sur l&#039;objet de la question. On prétend que les nations sont autorisées à se faire tout le mal qu&#039;elles peuvent : je l&#039;accorde, quoique je n&#039;en sois pas convaincu ; mais il ne s&#039;agit pas ici de leurs droits, il s&#039;agit de leurs intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nation qui vous prive de la faculté de commercer chez elle, vous fait tort incontestablement : elle vous prive des avantages du commerce extérieur par rapport à elle ; et en conséquence, si, en lui faisant craindre pour elle-même un tort pareil, vous pouvez la déterminer à renverser les barrières qu&#039;elle vous oppose, sans doute on peut approuver un tel moyen comme une mesure purement politique. Mais cette représaille, qui est préjudiciable à votre rivale, est aussi préjudiciable à vous-même. Ce n&#039;est point une défense de vos propres intérêts que vous opposez à une précaution intéressée prise par vos rivaux ; c&#039;est un tort que vous vous faites pour leur en faire un autre. Vous vous interdisez des relations utiles, afin de leur interdire des relations utiles. Il ne s&#039;agit plus que de savoir à quel point vous chérissez la vengeance, et combien vous consentez qu&#039;elle vous coûte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;entreprendrai pas de signaler tous les inconvénients qui accompagnent les traités de commerce ; il faudrait en rapprocher les clauses qu&#039;on y consacre le plus communément, avec les principes établis partout dans cet ouvrage. Je me bornerai à remarquer que presque tous les traités de commerce qu&#039;on a faits chez les modernes, sont basés sur l&#039;avantage et la possibilité prétendus de solder la balance commerciale avec des espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si cet avantage et cette possibilité sont des chimères, les avantages qu&#039;on a recueillis des traités de commerce n&#039;ont pu venir que de l&#039;augmentation de liberté et de la facilité de communication qui en sont résultées pour les nations, et nullement des clauses et des stipulations qu&#039;ils renfermaient ; à moins qu&#039;une des puissances ne se soit servi de sa prépondérance pour stipuler en sa faveur des avantages qui ne peuvent passer que pour des tributs colorés, comme l&#039;Angleterre l&#039;a fait avec le Portugal. C&#039;est une extorsion comme une autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ferai observer encore que les traités de commerce offrant à une nation étrangère des faveurs spéciales, sont des actes sinon hostiles, du moins odieux à toutes les autres nations. On ne peut faire valoir une concession qu&#039;on fait aux uns qu&#039;en la refusant aux autres. De là des causes d&#039;inimitiés, des germes de guerre toujours fâcheux. Il est bien plus simple, et j&#039;ai montré qu&#039;il serait bien plus profitable, de traiter tous les peuples en amis, et de ne mettre, sur l&#039;introduction des marchandises étrangères, que des droits analogues à ceux dont est chargée la production intérieure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré les inconvénients que j&#039;ai signalés dans les prohibitions de denrées étrangères, il serait sans doute téméraire de les abolir brusquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un malade ne se guérit pas dans un jour. Une nation veut être traitée avec de semblables ménagements, même dans le bien qu&#039;on lui fait. Que de capitaux, que de mains industrieuses employés dans des fabrications monopoles, qu&#039;il faut dès-lors ménager, quoiqu&#039;elles soient des abus !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est que peu à peu que ces capitaux et cette main-d&#039;œuvre peuvent trouver des emplois plus avantageusement productifs pour la nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être n&#039;est-ce pas trop de toute l&#039;habileté d&#039;un grand homme d&#039;État pour cicatriser les plaies qu&#039;occasionne l&#039;extirpation de cette loupe dévorante du système réglementaire et exclusif ; et quand on considère mûrement le tort qu&#039;il cause quand il est établi, et les maux auxquels on peut être exposé en l&#039;abolissant, on est conduit naturellement à cette réflexion : s&#039;il est si difficile de rendre la liberté à l&#039;industrie, combien ne doit-on pas être réservé lorsqu&#039;il s&#039;agit de l&#039;ôter !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements ne se sont pas contentés de mettre des entraves à l&#039;introduction des produits étrangers. Toujours persuadés qu&#039;il fallait que leur nation vendît sans acheter, comme si la chose était possible, en même temps qu&#039;ils ont assujetti à une espèce d&#039;amende ceux qui achetaient de l&#039;étranger, ils ont souvent offert des gratifications, sous le nom de &#039;&#039;primes d&#039;encouragement&#039;&#039;, à celui qui vendait à l&#039;étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement anglais surtout, plus jaloux encore que les autres de favoriser l&#039;écoulement es produits du commerce et des manufactures de la Grande-Bretagne, a fait grand usage de ce moyen d&#039;encouragement. On comprend que le négociant qui reçoit une gratification à la sortie, peut, sans perte pour lui-même, donner dans l&#039;étranger sa marchandise à un prix inférieur à celui auquel elle lui revient lorsqu&#039;elle y est rendue. « Nous ne pouvons, dit Smith à ce sujet, forcer les étrangers à acheter de nous exclusivement les objets de leur consommation ; en conséquence nous les payons pour qu&#039;ils nous accordent cette faveur. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, si une certaine marchandise envoyée par un négociant anglais en France, y revient à ce négociant, en y comprenant le profit de son industrie, à 100 francs, et si ce prix n&#039;est pas au-dessous de celui auquel on peut se procurer la même marchandise en France, il n&#039;y aura pas de raison pour qu&#039;il vende la sienne exclusivement à toute autre. Mais si le gouvernement anglais&lt;br /&gt;
accorde, au moment de l&#039;exportation, une prime de 10 francs, et si, au moyen de cette prime, la marchandise est donnée pour 90 francs au lieu de 100 qu&#039;elle vaudrait, elle obtient la préférence ; mais n&#039;est-ce pas un cadeau de 10 francs que le gouvernement anglais fait au consommateur français ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conçoit que le négociant puisse trouver son compte à cet ordre de choses. Il fait le même profit que si la nation française payait la chose selon sa pleine valeur ; mais la nation anglaise perd, à ce marché, dix pour cent avec la nation française. Celle-ci n&#039;envoie qu&#039;un retour de la valeur de 90 francs en échange de la marchandise qu&#039;on lui a envoyée, qui en vaut 100. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand une prime est accordée, non au moment de l&#039;exportation, mais dès l&#039;origine de la production, le produit pouvant être vendu aux nationaux de même qu&#039;aux étrangers, c&#039;est un présent dont profitent les consommateurs nationaux comme ceux de l&#039;étranger. Si, comme cela arrive quelquefois, le producteur met la prime dans sa poche, et n&#039;en maintient pas moins la marchandise à son prix naturel, alors c&#039;est un présent fait par le gouvernement au producteur, qui est en outre payé du profit ordinaire de son industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand une prime engage à créer, soit pour l&#039;usage intérieur, soit pour l&#039;usage de l&#039;étranger, un produit qui n&#039;aurait pas lieu sans cela, il en résulte une production fâcheuse, car elle coûte plus qu&#039;elle ne vaut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;on suppose une marchandise qui, terminée, puisse se vendre 24 francs et rien de plus ; supposons encore qu&#039;elle coûte en frais de production (en y comprenant toujours le profit de l&#039;industrie qui la produit) 27 francs : il est clair que personne ne voudra se charger de la fabriquer, afin de ne pas supporter une perte de 3 francs. Mais si le gouvernement, pour encourager cette branche d&#039;industrie, consent à supporter cette perte, c&#039;est-à-dire, s&#039;il accorde sur la fabrication de ce produit une prime de 3 francs, alors la fabrication aura lieu, et le trésor public, c&#039;est-à-dire la nation, aura supporté une perte de 3 francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit, par cet exemple, l&#039;espèce d&#039;avantage qui résulte d&#039;un encouragement donné à une branche d&#039;industrie quelconque qui ne peut pas se tirer d&#039;affaire elle-même. C&#039;est vouloir qu&#039;on s&#039;occupe d&#039;une production désavantageuse, et où l&#039;on fait un échange défavorable des avances contre les produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il y a quelque bénéfice à retirer d&#039;une industrie, elle n&#039;a pas besoin d&#039;encouragement ; s&#039;il n&#039;y a point de bénéfice à en retirer, elle ne mérite pas d&#039;être encouragée. Ce serait en vain qu&#039;on dirait que l&#039;État peut profiter d&#039;une industrie qui ne donnerait aucun bénéfice aux particuliers : comment l&#039;État peut-il faire un profit, si ce n&#039;est par les mains des particuliers ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On avancera peut-être que le gouvernement retire plus en impositions sur tel produit, qu&#039;il ne lui coûte en encouragements ; mais alors il paie d&#039;une main pour recevoir de l&#039;autre ; qu&#039;il diminue l&#039;impôt de tout le montant de la prime, l&#039;effet demeurera le même pour la production, et l&#039;on épargnera les frais de l&#039;administration des primes, et partie de ceux de l&#039;administration des impôts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoique les primes soient une dépense qui diminue la masse des richesses que possède une nation, il est cependant des cas où il lui convient d&#039;en faire le sacrifice, comme celui, par exemple, où l&#039;on veut s&#039;assurer des produits nécessaires à la sûreté de l&#039;État, dussent-ils coûter au-delà de leur valeur. Louis XIV, voulant remonter la marine française, accorda 5 francs par chaque tonneau à tous ceux qui équiperaient des navires. Il voulait créer des matelots.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est encore le cas où la prime n&#039;est que le remboursement d&#039;un droit précédemment payé. C&#039;est ainsi qu&#039;en Angleterre, en France, on accorde à l&#039;exportation du sucre raffiné une prime qui n&#039;est au fond que le remboursement des droits d&#039;entrée payés par les cassonades et par les sucres bruts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être un gouvernement fait-il bien encore d&#039;accorder quelques encouragements à une production, qui, bien que donnant de la perte dans les commencements, doit pourtant donner évidemment des profits au bout de peu d&#039;années. Smith n&#039;est pas de cet avis. « Il n&#039;est aucun encouragement, dit-il, qui puisse porter l&#039;industrie d&#039;une nation au-delà de ce que le capital de cette nation peut en mettre en activité. Il ne peut que détourner une portion de capital d&#039;une certaine production pour la diriger vers une autre, et il n&#039;est pas à supposer que cette production forcée soit plus avantageuse à la société, que celle qui aurait été naturellement préférée… L&#039;homme d&#039;État qui voudrait diriger les volontés des particuliers, quant à l&#039;emploi de leur industrie et de leurs capitaux, se chargerait non seulement d&#039;un inutile soin, mais encore d&#039;un soin qu&#039;il serait très malheureux de voir confier à un seul homme, à un conseil, quelque sages qu&#039;on veuille les supposer, et qui surtout ne saurait être en de plus mauvaises mains que dans celles d&#039;administrateurs assez fous pour imaginer qu&#039;ils sont capables de le prendre… Quand même la nation, faute de tels règlements, devrait ne jamais acquérir une certaine branche d&#039;industrie, elle n&#039;en serait pas plus pauvre à l&#039;avenir, elle a pu employer ses capitaux d&#039;une manière plus avantageuse ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith a certainement raison au fond ; mais il est des circonstances qui peuvent modifier cette proposition généralement vraie, que chacun est le meilleur juge de l&#039;emploi de son industrie et de ses capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith a écrit dans un temps et dans un pays où l&#039;on était et où l&#039;on est encore fort éclairé sur ses intérêts, et fort peu disposé à négliger les profits qui peuvent résulter des emplois de capitaux et d&#039;industrie, quels qu&#039;ils soient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais toutes les nations ne sont pas encore parvenues au même point. Combien n&#039;en est-il pas où, par des préjugés que le gouvernement seul peut vaincre, on est éloigné de plusieurs excellents emplois de capitaux ! Combien n&#039;y a-t-il pas de villes et de provinces où l&#039;on suit routinièrement les mêmes usages pour les placements d&#039;argent ! Ici on ne sait placer qu&#039;en rentes hypothéquées sur des terres ; là, qu&#039;en maisons ; plus loin, que dans les charges et les emprunts publics. Toute application neuve de la puissance d&#039;un capital est, dans ces lieux-là, un objet de méfiance ou de dédain, et la protection accordée à un emploi de travail et d&#039;argent vraiment profitable, peut devenir un bienfait pour le pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, telle industrie peut donner de la perte à un entrepreneur qui la mettrait en train sans secours, et qui pourtant est destinée à procurer de très gros bénéfices quand les ouvriers y seront façonnés, et que les premiers obstacles auront été surmontés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On possède actuellement en France les plus belles manufactures de soieries et de draps qu&#039;il y ait au monde : peut-être les doit-on aux sages encouragements de Colbert. Il avança 2000 francs aux manufacturiers par chaque métier battant ; et, pour le remarquer en passant, cette espèce d&#039;encouragement avait un avantage tout particulier : communément le gouvernement lève, sur les produits de l&#039;industrie privée, des contributions dont le montant est perdu pour la reproduction. Ici une partie des contributions était réemployée d&#039;une manière productive. C&#039;était une partie du revenu des particuliers qui allait grossir les capitaux productifs du royaume. À peine aurait-on pu espérer autant de la sagesse et de l&#039;intérêt personnel des particuliers eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas ici le lieu d&#039;examiner combien les encouragements, en général, ouvrent d&#039;entrées aux dilapidations, aux faveurs injustes et à tous les abus qui s&#039;introduisent dans les affaires des gouvernements. Un homme d&#039;État habile, après avoir conçu le plan le plus évidemment bon, est souvent retenu par les vices qui doivent nécessairement se glisser dans son exécution. Un de ces inconvénients est d&#039;accorder, comme cela arrive presque toujours, les encouragements et les autres faveurs dont les gouvernements disposent, non à ceux qui sont habiles à les mériter, mais à ceux qui sont habiles à les solliciter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne prétends point, au reste, blâmer les distinctions ni même les récompenses pécuniaires accordées publiquement à des artistes ou à des artisan, pour prix d&#039;un effort extraordinaire de leur génie ou de leur adresse. Les encouragements de ce genre excitent l&#039;émulation et accroissent la masse des lumières générales, sans détourner l&#039;industrie et les capitaux de leur emploi le plus avantageux. Ils occasionnent d&#039;ailleurs une dépense peu considérable auprès de ce que coûtent, en général, les autres encouragements. La prime pour favoriser l&#039;exportation des blés a coûté à l&#039;Angleterre, suivant Smith, dans certaines années, plus de sept millions de nos francs. Je ne crois pas que jamais le gouvernement anglais, ni aucun autre, ait dépensé en prix d&#039;agriculture la cinquantième partie de cette somme dans une année. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== II. Effets des règlements qui déterminent le mode de production ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les gouvernements se sont occupés des procédés de l&#039;industrie agricole, leur intervention a presque toujours été favorable. L&#039;impossibilité de diriger les procédés variés de l&#039;agriculture, la multiplicité des gens qu&#039;elle occupe souvent isolément sur toute l&#039;étendue d&#039;un territoire et dans une multitude d&#039;entreprises séparées, depuis les grandes fermes jusqu&#039;aux jardins des plus petits villageois, le peu de valeur ses produits relativement à leur volume, toutes ces circonstances, qui tiennent à la nature de la chose, ont heureusement rendu impossibles les règlements qui auraient gêné les industrieux. Les gouvernements animés de l&#039;amour du bien public ont dû en conséquence se borner à distribuer des prix et des encouragements, et à répandre des instructions qui, souvent, ont contribué très efficacement aux progrès de cet art. L&#039;école vétérinaire d&#039;Alfort, la ferme expérimentale de Rambouillet, l&#039;introduction des mérinos, sont pour l&#039;agriculture française de véritables bienfaits, dont elle doit l&#039;extension et le perfectionnement à la sollicitude des diverses administrations qui, du sein des orages politiques, ont gouverné la France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l&#039;administration veille à l&#039;entretien des communications, lorsqu&#039;elle protège les récoltes, lorsqu&#039;elle punit les négligences coupables, comme le défaut d&#039;échenillage des arbres, elle produit un bien analogue à celui qu&#039;elle opère par le maintien de la tranquillité et des propriétés, qui est si favorable, ou plutôt si indispensable pour la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les règlements sur l&#039;aménagement des bois en France, qui, du moins dans plusieurs de leurs parties, sont peut-être indispensables au maintien de cette espèce de produit, paraissent à d&#039;autres égards introduire des gênes décourageantes pour ce genre de culture, qui convient spécialement dans certains terrains, dans les sites montueux, qui est nécessaire pour avoir des pluies suffisantes, et qui néanmoins décline tous les jours. Mais aucune industrie n&#039;a été, quant à ses procédés, en proie à la manie réglementaire autant que celle qui s&#039;occupe des manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de beaucoup de règlements a été de réduire le nombre des producteurs, soit en le fixant d&#039;office, soit en exigeant d&#039;eux certaines conditions pour exercer leur industrie. C&#039;est de là que sont nées les &#039;&#039;jurandes&#039;&#039;, les &#039;&#039;maîtrises&#039;&#039;, les &#039;&#039;corps d&#039;arts et métiers&#039;&#039;. Quel que soit le moyen employé, l&#039;effet est le même : on établit par là aux dépens du consommateur une sorte de monopole, de privilège exclusif dont les producteurs privilégiés se partagent le bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils peuvent d&#039;autant plus aisément concerter des mesures favorables à leurs intérêts, qu&#039;ils ont des assemblées légales, des syndics et d&#039;autres officiers. Dans les réunions de ce genre, on appelle &#039;&#039;prospérité du commerce, avantage de l&#039;État&#039;&#039;, la prospérité et l&#039;avantage de la corporation ; et la chose dont on s&#039;y occupe le moins, c&#039;est d&#039;examiner si les bénéfices qu&#039;on se promet sont le résultat d&#039;une production véritable, ou un impôt abusif levé sur les consommateurs, et qui n&#039;est profitable aux uns qu&#039;au détriment des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi les gens exerçant une profession quelconque, sont ordinairement portés à solliciter des règlements de la part de l&#039;autorité publique ; et l&#039;autorité publique, y trouvant toujours de son côté l&#039;occasion de lever de l&#039;argent, est fort disposée à les accorder.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les règlements, d&#039;ailleurs, flattent l&#039;amour-propre de ceux qui disposent du pouvoir ; ils leur donnent l&#039;air de la sagesse et de la prudence ; ils confirment leur autorité, qui paraît d&#039;autant plus indispensable qu&#039;elle est plus souvent exercée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi n&#039;existe-t-il peut-être pas un seul pays en Europe où il soit loisible à un un homme de disposer de son industrie et de ses capitaux selon ses convenances ; dans la plupart, on ne peut changer de place et de profession à son gré. Il ne suffit pas qu&#039;on ait la volonté et le talent nécessaires pour être fabricant et marchand d&#039;étoffes de laine ou de soie, de quincailleries ou de liqueurs ; il faut encore qu&#039;on ait acquis la maîtrise ou qu&#039;on fasse partie d&#039;un corps de métiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les maîtrises sont de plus un moyen de police ; non de cette police favorable à la sûreté des particuliers et du public, et qui peut toujours s&#039;exercer à peu de frais et sans vexation, mais de cette police que les mauvais gouvernements emploient, quoiqu&#039;elle coûte, pour conserver l&#039;autorité dans leurs mains et pour l&#039;étendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par des faveurs honorifiques ou pécuniaires, l&#039;autorité dispose des chefs qu&#039;elle donne à la corporation des maîtres. Ces chefs ou syndics, flattés du pouvoir et des distinctions attachés à leur grade, cherchent à les mériter par leur complaisance envers l&#039;autorité. Ils se rendent son interprète auprès des hommes de leur profession ; ils lui désignent ceux dont on doit craindre la fermeté, ceux dont on peut employer la souplesse ; on colore ensuite tout cela de motifs de bien général. Dans les discours qu&#039;on tient d&#039;office ou qu&#039;on fait tenir en public, on insère d&#039;assez bonnes raisons pour maintenir des restrictions contraires à la liberté, ou pour en établir de nouvelles ; car il n&#039;y a pas de mauvaise cause en faveur de laquelle on ne puisse apporter quelque bonne raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avantage principal, et celui sur lequel on appuie le plus volontiers, est de procurer au consommateur des produits d&#039;une exécution plus parfaite, garantie qui est favorable au commerce national, et assure la continuation de la faveur des étrangers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cet avantage, l&#039;obtient-on par les maîtrises ? Sont-elles une garantie suffisante que le corps de métier n&#039;est composé, je ne dis pas seulement d&#039;honnêtes gens, mais que de gens très délicats, comme il faudrait qu&#039;ils fussent pour ne jamais tromper ni leurs concitoyens ni l&#039;étranger ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les maîtrises, dit-on, facilitent l&#039;exécution des règlements qui vérifient et attestent la bonne qualité des produits ; mais, même avec les maîtrises, ces vérifications et ces attestations ne sont-elles pas illusoires, et, dans le cas où elles sont absolument nécessaires, n&#039;y a-t-il aucun moyen plus simple de l&#039;obtenir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La longueur de l&#039;apprentissage ne garantit pas mieux la perfection de l&#039;ouvrage : c&#039;est l&#039;aptitude de l&#039;ouvrier et un salaire proportionné au mérite de son travail, qui seuls garantissent efficacement cette perfection. « Il n&#039;est point de profession mécanique, dit Smith, dont les procédés ne puissent être enseignés en quelques semaines, et pour quelques-unes des plus communes, quelques jours sont suffisants. La dextérité de la main ne peut, à la vérité, être acquise que par une grande pratique ; mais cette pratique elle-même ne s&#039;acquerrait-elle pas plus promptement, si un jeune homme, au lieu de travailler comme apprenti, c&#039;est-à-dire de force, nonchalamment et sans intérêt, était payé selon le mérite et la quantité de son ouvrage, sauf par lui à rembourser au maître les matériaux que son inexpérience ou sa maladresse gâterait ? ». En commençant un an plus tard, et en consacrant cette année aux écoles d&#039;enseignement mutuel, j&#039;ai peine à croire que les produits fussent moins parfaits, et, à coup sûr, la classe ouvrière serait moins grossière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les apprentissages étaient un moyen d&#039;obtenir des produits plus parfaits, les produits de l&#039;Espagne vaudraient ceux de l&#039;Angleterre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;est-ce pas depuis l&#039;abolition des maîtrises et des apprentissages forcés, que la France a réussi à atteindre des perfectionnements dont elle était bien loin avant cette époque ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De tous les arts mécaniques, le plus difficile peut-être est celui du jardinier et du laboureur, et c&#039;est le seul qu&#039;on permette partout d&#039;exercer sans apprentissage. En recueille-t-on des fruits moins beaux et des légumes moins abondants ? S&#039;il y avait un moyen de former une corporation de cultivateurs, on nous aurait bientôt persuadé qu&#039;il est impossible d&#039;avoir des laitues bien pommées et des pêches savoureuses, sans de nombreux règlements composés de plusieurs centaines d&#039;articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin ces règlements, en les supposant utiles, sont illusoires du moment qu&#039;on peut les éluder ; or, il n&#039;est pas de ville manufacturière où l&#039;on ne soit dispensé de toutes les épreuves avec de l&#039;argent ; et elles deviennent ainsi, non seulement une garantie inutile, mais une occasion de passe-droits et d&#039;injustices ; ce qui est odieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui soutiennent le système réglementaire, citent, à l&#039;appui de leur opinion, la prospérité des manufactures d&#039;Angleterre, où l&#039;on sait qu&#039;il y a beaucoup d&#039;entraves à l&#039;exercice de l&#039;industrie manufacturière ; mais ils méconnaissent les véritables causes de cette prospérité. « Les causes de la prospérité de l&#039;industrie dans la Grande-Bretagne, dit Smith, sont cette liberté de commerce, qui, malgré nos restrictions, est pourtant égale et peut-être supérieure à celle dont on jouit dans quelque pays du monde que ce soit ; cette faculté d&#039;exporter, sans droits, presque tous les produits de l&#039;industrie domestique, quelle que soit leur destination ; et, ce qui est plus important encore, cette liberté illimitée de les transporter d&#039;un bout l&#039;autre du royaume, sans être oblige de rendre aucun compte, sans être expose dans aucun bureau à la moindre visite, à la plus simple question, etc. ». Qu&#039;on y joigne le respect inviolable de toutes les propriétés, soit de la part de tous les agents du gouvernement sans exception, soit de la part des particuliers, d&#039;immenses capitaux accumulés par le travail et l&#039;économie, l&#039;habitude enfin, inculquée dès&lt;br /&gt;
l&#039;enfance, de mettre du jugement et du soin à ce qu&#039;on fait, et l&#039;on aura une explication suffisante de la prospérité manufacturière de l&#039;Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes qui citent l&#039;Angleterre pour justifier les chaînes dont elles voudraient charger l&#039;industrie, ignorent que les villes de la Grande-Bretagne où l&#039;industrie fleurit le plus, et qui ont porté les manufactures de ce pays à un très-haut point de splendeur, sont précisément les villes qui n&#039;ont point de corps de métiers, telles que Manchester, Birmingham, Liverpool, Glasgow, qui n&#039;étaient que des bourgades il y a deux siècles, et qui se placent maintenant, relativement à la population et aux richesses, immédiatement après Londres, et fort avant York, Cantorbéry, et même Bristol, villes anciennes, favorisées, et capitales des principales provinces, mais où l&#039;industrie était soumise à de gothiques entraves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La ville et la paroisse de Halifax, dit un auteur qui passe pour bien connaître l&#039;Angleterre, ont vu, depuis quarante ans, quadrupler le nombre de leurs habitants ; et plusieurs villes sujettes aux corporations ont éprouvé des diminutions sensibles. Les maisons situées dans l&#039;enceinte de la Cité à Londres, se louent mal ; tandis que Westminster, Southwark et les autres faubourgs, prennent un accroissement continuel. Ils sont libres ; et la Cité a quatre-vingt-douze compagnies exclusives de tous genre dont on voit les membres orner tous les ans la marche triomphale du lord-maire. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On connaît la prodigieuse activité des manufactures de quelques faubourgs de Paris, et principalement du faubourg saint-Antoine, où l&#039;industrie jouissait de plusieurs franchises. Il y a tel produit qu&#039;on ne savait faire que là. Comment arrivait-il donc qu&#039;on y fût plus habile sans apprentissage, sans compagnonnage forcé, que dans le reste de la ville, où l&#039;on était assujetti à ces règles qu&#039;on cherche à faire envsiager comme si essentielles ? C&#039;est que l&#039;intérêt privé est le plus habile des maîtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques exemples feront comprendre mieux que des raisonnements, ce que les corporations et les maîtrises ont de défavorable ax développements de l&#039;industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Argand, à qui l&#039;on doit les lampes à double courant d&#039;air, découverte qui a plus que triplé la quantité de lumière dont nous pouvons jouir, pour le même prix, en l&#039;absence du soleil, fut attaqué devant le parlement par la communauté des &#039;&#039;ferblantiers, serruriers, taillandiers, maréchaux-grossiers&#039;&#039;, qui réclamaient le droit exclusif de faire des lampes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un habile constructeur d&#039;instruments de physique et de mathématiques de Paris, Lenoir, avait un petit fourneau pour modeler les métaux dont il se servait. Les syndics de la communauté des fondeurs vinrent eux-mêmes le démolir. Il fut obligé de s&#039;adresser au roi pour le conserver, et le talent eut encore besoin de la faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fabrication des tôles vernies a été expulsée de France jusqu&#039;à la révolution, parce qu&#039;elle demande des ouvriers et des outils qui appartiennent à différentes professions, et qu&#039;on ne pouvait s&#039;y livrer sans être agrégé à plusieurs communautés. On remplirait un volume des vexations décourageantes pour les efforts personnels, qui ont été exercées dans la ville de Paris par l&#039;effet du système réglementaire ; et l&#039;on remplirait un autre volume des succès qui ont été obtenus depuis qu&#039;on a été débarrassé de ces entraves par la révolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu&#039;un faubourg prospère à côté d&#039;une ville à corporations, qu&#039;une ville affranchie d&#039;entraves prospère au milieu d&#039;un pays où l&#039;autorité se mêle de tout, une nation où l&#039;industrie serait débarrassée de tous liens, prospérerait au milieu d&#039;autres nations réglementées. Toutes les fois qu&#039;on y a été garanti des vexations des grands, des chicanes de la justice et des entreprises des voleurs, les plus prospères ont toujours été celles où il y a eu le moins de formalités à observer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sully, qui passait sa vie à étudier et à mettre en pratique les moyens de prospérité de la France, avait la même opinion. Il regarde, dans ses &#039;&#039;mémoires&#039;&#039;, la multiplicité des édits et des ordonnances, comme un obstacle direct à la prospérité de l&#039;État.&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&lt;br /&gt;
Si toutes les professions étaient libres&#039;&#039;, dira-t-on, &#039;&#039;un grand nombre de ceux qui les embrasseraient, écrasés par la concurrence, se ruineraient&#039;&#039;. Cela pourrait arriver quelquefois, quoiqu&#039;il fût peu probable qu&#039;un grand nombre de concurrents se précipitassent dans une carrière où il y aurait peu de chose à gagner ; mais, ce malheur dût-il arriver de temps en temps, le mal serait moins grand que de soutenir, d&#039;une manière permanente, le prix des produits à un taux qui nuit à leur consommation, et qui appauvrit, relativement à ces produits, la masse entière des consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les principes d&#039;une saine politique condamnent les actes de l&#039;administration qui limitent la faculté que chacun doit avoir de disposer en liberté de ses talents et de ses capitaux, il est encore plus difficile de justifier de telles mesures en suivant les principes du droit naturel. « Le patrimoine du pauvre, dit l&#039;auteur de la &#039;&#039;richesse des nations&#039;&#039;, est tout entier dans la force et l&#039;adresse de ses doigts ; ne pas lui laisser la libre disposition de cette force et de cette adresse, toutes les fois qu&#039;il ne l&#039;emploie pas au préjudice des autres hommes, c&#039;est attenter à la plus indisputable des propriétés. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, comme il est aussi de droit naturel qu&#039;on soumette à des règles une industrie qui, sans ces règles, pourrait devenir préjudiciable aux autres citoyens, c&#039;est très-justement qu&#039;on assujettit les médecins, les chirurgiens, les apothicaires, à des épreuves qui sont des garants de leur habileté. La vie de leurs concitoyens dépend de leurs connaissances : on peut exiger que leurs connaissances soient constatées ; mais il ne paraît pas qu&#039;on doive fixer le nombre des praticiens, ni la manière dont ils doivent s&#039;instruire. La société a intérêt de constater leur capacité, et rien de plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, les règlements sont bons et utiles, lorsqu&#039;au lieu de déterminer la nature des produits et les procédés de leur fabrication, ils se bornent à prévenir une fraude, une pratique qui nuit évidemment à d&#039;autres productions, ou à la sûreté du public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas qu&#039;un fabricant puisse annoncer sur son étiquette une qualité supérieure à celle qu&#039;il a fabriquée ; sa fidélité intéresse le consommateur indigène à qui le gouvernement doit sa protection ; elle intéresse le commerce que la nation fait au-dehors, car l&#039;étranger cesse bientôt de s&#039;adresser à une nation qui le trompe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et remarquez que ce n&#039;est point le cas d&#039;appliquer l&#039;intérêt personnel du fabricant, comme la meilleure des garanties. À la veille de quitter sa profession, il peut vouloir en forcer les profits aux dépens de la bonne foi, et sacrifier l&#039;avenir dont il n&#039;a plus besoin, au présent dont il jouit encore. C&#039;est ainsi que dès l&#039;année 1783 les draperies françaises perdirent toute faveur dans le commerce du levant, et furent supplantées par les draperies allemandes et anglaises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas tout. Le nom seul de l&#039;étoffe, celui même de la ville où une étoffe est fabriquée, sont souvent une étiquette. On sait, par une longue expérience, que les étoffes qui viennent de tel endroit ont telle largeur, que les fils de la chaîne sont en tel nombre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fabriquer, dans la même ville, une étoffe de même nom, et s&#039;écarter de l&#039;usage reçu, c&#039;est y mettre une fausse étiquette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela suffit, je crois, pour indiquer jusqu&#039;où peut s&#039;étendre l&#039;intervention utile du gouvernement. Il doit certifier la vérité de l&#039;étiquette, et, du reste, ne se mêler en rien de la production. Je voudrais même qu&#039;on ne perdît pas de vue que cette intervention, quoi qu&#039;utile, est un mal. Elle est un mal, d&#039;abord parce qu&#039;elle vexe et tourmente les particuliers, et ensuite parce qu&#039;elle est coûteuse, soit pour le contribuable, quand l&#039;intervention du gouvernement est gratuite, c&#039;est-à-dire, quand elle a lieu aux frais du trésor public ; soit pour le consommateur, quand on prélève les frais en une taxe sur la marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;effet de cette taxe est de la faire renchérir, et le renchérissement est, pour le consommateur indigène, une charge de plus, et pour le consommateur étranger, un motif d&#039;exclusion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;intervention du gouvernement est un mal, un bon gouvernement la rendra aussi rare qu&#039;il sera possible. Il ne garantira point la qualité des marchandises sur lesquelles il serait moins facile de tromper l&#039;acheteur que lui-même ; il ne garantira point celles dont la qualité n&#039;est pas susceptible d&#039;être vérifiée par ses agents, car un gouvernement a le malheur d&#039;être toujours obligé de compter sur la négligence, l&#039;incapacité et les coupables condescendances de ses agents ; mais il admettra, par exemple, le contrôle de l&#039;or et de l&#039;argent. Le titre de ces métaux ne saurait être constaté que par une opération chimique très compliquée, que la plupart des acheteurs ne sont pas capables d&#039;exécuter, et qui, pussent-ils en venir à bout, leur coûterait plus qu&#039;ils ne paient au gouvernement pour l&#039;exécuter à leur place. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Angleterre, quand un particulier invente un produit nouveau, ou bien découvre un procédé inconnu, il obtient un privilège exclusif de fabriquer ce produit, ou de se servir de ce procédé, privilège que nous nommons &#039;&#039;brevet d&#039;invention&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il n&#039;a point dès-lors de concurrents dans ce genre de production, il peut, pendant la durée de son brevet, en porter&lt;br /&gt;
le prix fort au-dessus de ce qui serait nécessaire pour le rembourser de ses avances avec les intérêts, et pour payer les profits de son industrie. C&#039;est une récompense que le gouvernement accorde aux dépens des consommateurs du nouveau produit ; et dans un pays aussi prodigieusement productif que l&#039;Angleterre, et où, par conséquent, il y a beaucoup de gens à gros revenus et à l&#039;affût&lt;br /&gt;
de tout ce qui peut leur procurer quelque nouvelle jouissance, cette récompense est souvent très considérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un brevet d&#039;invention (&#039;&#039;patent&#039;&#039;) en faveur d&#039;Arkwright, l&#039;inventeur des machines à filer en grand le coton, lui procura, vers 1778, une immense fortune. Il y a peu d&#039;années qu&#039;un homme inventa un ressort en spirale, qui, placé entre les courroies des soupentes des voitures, en adoucit singulièrement les secousses. Un privilège exclusif, pour un si mince objet, a fait la fortune de cet homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui pourrait raisonnablement se plaindre d&#039;un semblable privilége ? Il ne détruit ni ne gêne aucune branche d&#039;industrie précédemment connue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les frais n&#039;en sont payés que par ceux qui le veulent bien ; et quant à ceux qui ne jugent pas à propos de les payer, leurs besoins, de nécessité ou d&#039;agrément, n&#039;en sont pas moins complètement satisfaits qu&#039;auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, comme tout gouvernement doit tendre à améliorer sans cesse le sort de son pays, il ne peut pas priver à jamais les autres producteurs de la faculté de consacrer une partie de leurs capitaux et de leur industrie à cette production, qui, plus tard, pouvait être inventée par eux ; ni priver longtemps les consommateurs de l&#039;avantage de s&#039;en pourvoir au prix où la concurrence peut la faire descendre. Les nations étrangères, sur lesquelles il n&#039;a aucun pouvoir, admettraient sans restriction cette branche d&#039;industrie, et seraient ainsi plus favorisées que la nation où elle aurait pris naissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les anglais, qui en cela ont été imités par la France, ont donc fort sagement établi que de tels privilèges ne durent qu&#039;un certain nombre d&#039;années, au bout desquelles la fabrication de la marchandise qui en est l&#039;objet, est mise à la disposition de tout le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le procédé privilégié est de nature à pouvoir demeurer secret, le même acte statue que, le terme du privilège expiré, il sera rendu public. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le producteur privilégié (qui, dans ce cas, semblerait n&#039;avoir aucun besoin de privilège) y trouve cet avantage, que si quelque autre personne venait à découvrir le procédé secret, elle ne pourrait néanmoins en faire usage avant l&#039;expiration du privilège.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;est point nécessaire que l&#039;autorité publique discute l&#039;utilité du procédé, ou sa nouveauté ; s&#039;il n&#039;est pas utile, tant pis pour l&#039;inventeur ; s&#039;il n&#039;est pas nouveau, tout le monde est admis à prouver qu&#039;il était connu, et que chacun avait le droit de s&#039;en servir : tant pis encore pour l&#039;inventeur, qui a payé inutilement les frais du brevet d&#039;invention.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les brevets d&#039;invention paraissent avoir été en Angleterre un encouragement plus effectif qu&#039;en France, où j&#039;ai vu mettre en doute qu&#039;ils aient jamais procuré à un inventeur des avantages qu&#039;il n&#039;aurait pas eus sans eux. Ils ont été la cause de beaucoup de procès et quelquefois un obstacle à des améliorations. Le privilège est nul si le procédé était connu auparavant ; mais comment établir la preuve qu&#039;un procédé était connu, ou qu&#039;il ne l&#039;était pas ? Comment établir même l&#039;identité d&#039;une méthode avec une autre ? Une légère différence constitue-t-elle une méthode différente ? Oui, si elle est essentielle. Mais aussi quelquefois une&lt;br /&gt;
différence, en apparence considérable, n&#039;empêche pas deux fabrications d&#039;être les mêmes au fond. En France on accorde aussi des brevets d&#039;importation ; et l&#039;on a vu des manufacturiers qui avaient introduit dans leur fabrication des procédés heureusement imités de l&#039;étranger, mais qui, n&#039;ayant point pris de brevets parce qu&#039;ils ne prétendaient à aucun monopole, ont été attaqués en justice par des agioteurs en brevets d&#039;importation, qui, après s&#039;être pourvus d&#039;un privilège, prétendaient que le procédé leur appartenait. Ces derniers brevets sont décidément mauvais. Les usages des étrangers sont une source d&#039;instruction ouverte à tout le monde de même que les livres, et il est avantageux que le plus de gens possible soient admis à puiser à toutes les sources de l&#039;instruction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les considérations précédentes sur les règlements qui ont rapport, soit à la nature des produits, soit aux moyens employés pour produire, n&#039;ont pas pu embrasser la totalité des mesures de ce genre adoptées dans tous les pays civilisés ; et quand j&#039;aurais soumis à l&#039;examen la totalité de ces mesures, dès le lendemain l&#039;examen aurait été incomplet, parce que chaque jour voit naître de&lt;br /&gt;
nouveau règlements. L&#039;essentiel était d&#039;établir les principes d&#039;après lesquels on peut prévoir leurs effets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois néanmoins devoir m&#039;arrêter encore sur deux genres de commerce qui ont été le sujet de beaucoup de règlements : ce sera la matière de deux paragraphes particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== III. Des compagnies privilégiées ====&lt;br /&gt;
Le gouvernement accorde quelquefois à des particuliers, mais plus souvent à des compagnies de commerce, le droit exclusif d&#039;acheter et de vendre certaines denrées, comme le tabac, par exemple, ou de trafiquer avec une certaine contrée, comme l&#039;Inde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les concurrents se trouvant écartés par la force du gouvernement, les commerçants privilégiés élèvent leurs prix au-dessus du taux qu&#039;établirait le commerce libre. Ce taux est quelquefois déterminé par le gouvernement lui-même, qui met ainsi des bornes à la faveur qu&#039;il accorde aux producteurs, et à l&#039;injustice qu&#039;il exerce envers les consommateurs ; d&#039;autres fois la compagnie privilégiée ne borne l&#039;élévation de ses prix que lorsque la réduction dans la quotité des ventes lui cause plus de préjudice que la cherté des marchandises ne lui procure de profits. Dans tous les cas, le consommateur paie la denrée plus cher qu&#039;elle ne vaut, et communément le gouvernement se réserve une part dans les profits de ce monopole. Comme il n&#039;y a pas de mesure fâcheuse qui ne puisse être et qui n&#039;ait été appuyée par des arguments plausibles, on a dit que, pour commercer avec certains peuples, il y a des précautions à prendre, qui ne peuvent être bien prises que par des compagnies. Tantôt ce sont des forteresses, une marine à entretenir ; comme s&#039;il fallait entretenir un commerce qu&#039;on ne peut faire qu&#039;à main armée ! Comme si l&#039;on avait besoin d&#039;armée quand on veut être juste, et comme si l&#039;État n&#039;entretenait pas déjà à grands frais des forces pour protéger ses sujets ! Tantôt ce sont des ménagements diplomatiques à avoir. Les chinois, par exemple, sont un peuple si attaché à certaines formes, si soupçonneux, si indépendant des autres nations par l&#039;éloignement, l&#039;immensité de son empire et la nature de ses besoins, que ce n&#039;est que par une faveur spéciale, et qu&#039;il serait facile de perdre, qu&#039;on peut négocier avec eux. Il faut nous passer de leur thé, de leurs soies, de leurs nankins, ou bien prendre les précautions qui seules peuvent continuer à nous les procurer. Or, des tracasseries suscitées par des particuliers pourraient troubler l&#039;harmonie nécessaire au commerce qui se fait entre les deux nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais est-il bien sûr que les agents d&#039;une compagnie, souvent très hautains, et qui se sentent protégés par les forces militaires, soit de leur nation, soit de leur compagnie, est-il bien sûr, dis-je, qu&#039;ils soient plus propres à entretenir des relations de bonne amitié, que des particuliers nécessairement plus soumis aux lois des peuples qui les reçoivent ; que des particuliers à qui l&#039;intérêt personnel interdit tout mauvais procédé, à la suite duquel leurs biens, et peut-être leurs personnes pourraient être exposés ? Enfin, mettant les choses au pis, et supposant que sans une compagnie privilégiée le commerce de la Chine fût impossible, serait-on pour cela privé des produits de cette contrée ? Non, assurément. Le commerce des denrées de Chine se fera toujours, par la raison que ce commerce convient aux chinois comme à la nation qui le fera. Paiera-t-on ces denrées un prix extravagant ? On ne doit pas le supposer, quand on voit les trois quarts des nations d&#039;Europe qui n&#039;envoient pas un seul vaisseau à la Chine, et qui n&#039;en sont pas moins bien pourvues de thé, de soies et de nankin, à des prix fort raisonnables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre argument plus généralement applicable, et dont on a tiré plus de parti, est celui-ci : une compagnie achetant seule dans les pays dont elle a le commerce exclusif, n&#039;y établit point de concurrence d&#039;acheteurs, et par conséquent obtient les denrées à meilleur marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;abord il n&#039;est pas exact de dire que le privilège écarte toute concurrence. Il écarte, à la vérité, la concurrence des compatriotes, qui serait fort utile à la nation ; mais il n&#039;exclut pas du même commerce les compagnies privilégiées, ni les négociants libres des autres états.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, il est beaucoup de denrées dont les prix n&#039;augmenteraient pas en raison de la concurrence qu&#039;on affecte de redouter, et qui, au fond, est assez peu de chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il partait de Marseille, de Bordeaux, de Lorient, des vaisseaux pour aller acheter du thé à la Chine, il ne faut pas croire que les armateurs de tous ces navires réunis, achetassent plus de thé que la France n&#039;en peut consommer ou vendre ; ils auraient trop de peur de ne pouvoir s&#039;en défaire. Or, s&#039;ils n&#039;en achètent pour nous que ce qui s&#039;en achète pour nous par d&#039;autres négociants, le débit du thé en Chine n&#039;en sera pas augmenté : cette denrée n&#039;y deviendra pas plus rare. Pour que nos négociants la payassent plus cher, il faudrait qu&#039;elle renchérît pour les chinois eux-mêmes ; et dans un pays où se vend cent fois plus de thé que n&#039;en consomment tous les européens ensemble, ce ne serait pas l&#039;enchère de quelques négociants de France, qui en ferait monter sensiblement le prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quand il serait vrai qu&#039;il y eut dans l&#039;orient des sortes de marchandises que la concurrence européenne pourrait faire renchérir, pourquoi serait-ce un motif d&#039;intervertir, à l&#039;égard de ces contrées seulement, les règles que l&#039;on suit partout ailleurs ? Afin de payer moins cher aux allemands les quincailleries et les merceries que nous leur achetons, donne-t-on à une compagnie le privilège exclusif d&#039;aller les acheter en Allemagne et de les revendre parmi nous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;on suivait avec l&#039;orient la marche qu&#039;on suit avec toutes les autres contrées étrangères, le prix de certaines marchandises n&#039;y resterait pas longtemps au-dessus du taux où les portent naturellement en Asie les frais de leur production ; car ce prix trop élevé exciterait à les produire, et la concurrence des vendeurs se mettrait bien vite au niveau de celle des acheteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons néanmoins que l&#039;avantage d&#039;acheter à bon marché fût aussi réel qu&#039;on le représente ; il faudrait du moins que la nation participât à ce bon prix, et que les consommateurs nationaux payassent moins cher ce que la compagnie paie moins cher. Or c&#039;est exactement le contraire qui arrive, et la raison en est simple : la compagnie, qui n&#039;est réellement pas débarrassée de la concurrence dans ses achats, puisqu&#039;elle a pour concurrents les autres nations, l&#039;est effectivement dans ses ventes, puisque ses compatriotes ne peuvent acheter que d&#039;elle les marchandises qui font l&#039;objet de son commerce, et que les marchandises de même sorte qui pourraient être apportées par des négociants étrangers, sont écartées par une prohibition. Elle est maîtresse des prix, surtout lorsqu&#039;elle a soin, comme son intérêt l&#039;y invite, de tenir le marché non complètement approvisionné, &#039;&#039;understocked&#039;&#039;, comme disent les anglais, de manière que, la demande se trouvant un peu supérieure à l&#039;approvisionnement, la concurrence des acheteurs soutienne le prix de la marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que les compagnies, non-seulement font un gain usuraire sur le consommateur, mais qu&#039;elles lui font encore payer les dégâts et les fraudes inévitables dans une si grande machine, gouvernée par des directeurs et des agents sans nombre, dispersés aux deux bouts de la terre. Le commerce interlope et la contrebande peuvent seuls mettre des bornes aux énormes abus des compagnies&lt;br /&gt;
privilégiées ; et, sous ce rapport, le commerce interlope et la contrebande ne sont pas sans utilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce gain, tel qu&#039;il vient d&#039;être analysé, est-il un gain pour la nation qui a une compagnie privilégiée ? Nullement : il est en entier levé &#039;&#039;sur cette nation&#039;&#039; ; toute la valeur que le consommateur paie au-delà du prix que coûtent les services productifs d&#039;une marchandise, n&#039;est plus une valeur produite ; c&#039;est une valeur dont le gouvernement gratifie le commerçant aux dépens du consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moins, ajoutera-t-on peut-être, ce gain reste au sein de la nation, et s&#039;y dépense. — Fort bien ; mais qui est-ce qui le dépense ? Cette question vaut la peine d&#039;être faite. Si dans une famille un des membres s&#039;emparait du principal revenu, se faisait faire les plus beaux habits et mangeait les meilleurs morceaux, serait-il bien venu à dire aux autres individus de la même famille : &#039;&#039;que vous importe que ce soit vous ou moi qui dépensions ? Le même revenu n&#039;est-il pas dépensé ? Tout cela revient au même&#039;&#039;…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce gain, tout à la fois exclusif et usuraire, procurerait aux compagnies privilégiées des richesses immenses, s&#039;il était possible que leurs affaires fussent bien gérées ; mais la cupidité des agents, la longueur des entreprises, l&#039;éloignement des comptables, l&#039;incapacité des intéressés, sont pour elles des causes sans cesse agissantes de ruine. L&#039;activité et la clairvoyance de l&#039;intérêt personnel sont encore plus nécessaires dans les affaires longues et délicates que dans toutes les autres ; et quelle surveillance active et clairvoyante peuvent exercer des actionnaires qui sont quelquefois au nombre de plusieurs centaines, et qui ont presque tous des intérêts plus chers à soigner ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les suites des privilèges accordés aux compagnies commerçantes ; et il est à remarquer que ce sont des conséquences nécessaires, résultant de la nature de la chose, tellement que certaines circonstances peuvent les modifier, non les détruire. C&#039;est ainsi que la compagnie anglaise des Indes n&#039;a pas été si mal que les trois ou quatre compagnies françaises qu&#039;on a essayé d&#039;établir à différentes époques ; elle est en même temps souveraine, et les plus détestables souverainetés peuvent subsister plusieurs siècles ; témoin celle des Mamelucks sur l&#039;Égypte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques autres inconvénients d&#039;un ordre inférieur marchent à la suite des industries privilégiées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent un privilège exclusif fait fuir et transporte à l&#039;étranger des capitaux et une industrie qui ne demandaient qu&#039;à se fixer dans le pays. Dans les derniers temps du règne de Louis XIV, la compagnie des Indes, ne pouvant se soutenir malgré son privilège exclusif, en céda l&#039;exercice à quelques armateurs de Saint-Malo, moyennant une légère part dans leur bénéfice. Ce commerce commençait à se ranimer sous l&#039;influence de la liberté, et l&#039;année 1714, époque où expirait entièrement le privilège de la compagnie, lui aurait donné toute l&#039;activité que comportait la triste situation de la France ; mais la compagnie sollicita une prolongation de privilège et l&#039;obtint, tandis que des négociants avaient déjà commencé des expéditions pour leur compte. Un vaisseau marchand, de Saint-Malo, commandé par un breton nommé Lamerville, arriva sur les côtes de France, revenant de l&#039;Inde. Il voulut entrer dans le port ; on lui dit qu&#039;il n&#039;en avait pas le droit, et que ce commerce n&#039;était plus libre. Il fut contraint de&lt;br /&gt;
poursuivre son chemin jusqu&#039;au premier port de la Belgique. Il entra dans celui d&#039;Ostende, où il vendit sa cargaison. Le gouverneur de la Belgique, instruit du profit immense qu&#039;il avait fait, proposa au même capitaine de retourner dans l&#039;Inde avec des vaisseaux qu&#039;on équiperait exprès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lamerville fit en conséquence plusieurs voyages pour différents individus, et ce fut là l&#039;origine de la compagnie d&#039;Ostende.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu que les consommateurs français ne pouvaient que perdre à ce monopole, et certainement ils y perdirent ; mais du moins les intéressés devaient y gagner : ils y perdirent aussi, malgré le monopole du tabac et celui des loteries, et d&#039;autres encore que le gouvernement leur accorda. « Enfin, dit Voltaire, il n&#039;est resté aux français, dans l&#039;Inde, que le regret d&#039;avoir dépensé, pendant plus de quarante ans, des sommes immenses pour entretenir une compagnie qui n&#039;a jamais fait le moindre profit, qui n&#039;a jamais rien payé aux actionnaires, ni à ses créanciers, du produit de son négoce, et qui, dans son administration indienne, n&#039;a subsisté que d&#039;un secret brigandage. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le privilège exclusif d&#039;une compagnie est justifiable, quand il est l&#039;unique moyen d&#039;ouvrir un commerce tout neuf avec des peuples éloignés ou barbares. Il devient alors une espèce de &#039;&#039;brevet d&#039;invention&#039;&#039;, dont l&#039;avantage couvre les risques d&#039;une entreprise hasardeuse et les frais de première tentative ; les consommateurs ne peuvent pas se plaindre de la cherté des produits, qui seraient bien plus chers sans cela, puisqu&#039;ils ne les auraient pas du tout. Mais, de même que les brevets d&#039;invention, ce privilège ne doit durer que le temps nécessaire pour indemniser complètement les entrepreneurs de leurs avances et de leur risque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Passé ce terme, il ne serait plus qu&#039;un don qu&#039;on leur ferait gratuitement aux dépens de leurs concitoyens, qui tiennent de la&lt;br /&gt;
nature le droit de se procurer les denrées dont ils ont envie, où ils peuvent et au plus bas prix possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait faire sur les manufactures privilégiées à peu près les mêmes raisonnements que sur les privilèges relatifs au commerce. Ce qui fait que les gouvernements se laissent entraîner si facilement dans ces sortes de concessions, c&#039;est, d&#039;une part, qu&#039;on présente le gain sans s&#039;embarrasser de rechercher comment et par qui il est payé ; et d&#039;une autre part, que ces prétendus gains peuvent être, bien ou mal, à tort ou à raison, appréciés par des calculs numériques ; tandis que l&#039;inconvénient, tandis que la perte, affectant plusieurs parties du corps social, et l&#039;affectant d&#039;une manière indirecte, compliquée et générale, échappent entièrement au calcul. On a dit qu&#039;en économie politique, il ne fallait s&#039;en rapporter qu&#039;aux chiffres ; quand je vois qu&#039;il n&#039;y a pas d&#039;opération détestable qu&#039;on n&#039;ait soutenue et déterminée par des calculs arithmétiques, je croirais plutôt que ce sont les chiffres qui tuent les États.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== IV. Des règlements relatifs au commerce des grains ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il semble que des principes aussi généralement applicables doivent être pour les grains ce qu&#039;ils sont pour toutes les autres marchandises. Mais le blé ou l&#039;aliment, quel qu&#039;il soit, qui fait le fonds de la nourriture d&#039;un peuple, mérite quelques&lt;br /&gt;
considérations particulières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par tout pays les habitants se multiplient en proportion des subsistances. Des vivres abondants et à bon marché favorisent la population ; la disette produit un effet contraire : mais ni l&#039;un ni l&#039;autre de ces effets ne saurait être aussi rapide que la succession des récoltes. Une récolte peut excéder d&#039;un cinquième, peut-être d&#039;un quart, la récolte moyenne ; elle peut lui rester inférieure dans la même proportion ; mais un pays comme la France, qui a trente millions d&#039;habitants cette année, ne saurait en avoir trente-six l&#039;année prochaine ; et, s&#039;il fallait que leur nombre tombât à vingt-quatre-millions dans l&#039;espace d&#039;une année,&lt;br /&gt;
ce ne pourrait être sans d&#039;effroyables calamités. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par un malheur qui tient à la nature des choses, il faut donc qu&#039;un pays soit approvisionné dans les bonnes années avec surabondance, et qu&#039;il éprouve une disette plus ou moins sévère dans les mauvaises années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet inconvénient, au reste, se fait sentir pour tous les objets de sa consommation ; mais la plupart n&#039;étant pas d&#039;une nécessité indispensable, la privation qu&#039;on en éprouve pour un temps, n&#039;équivaut pas à la privation de la vie. Le haut prix d&#039;un produit qui vient à manquer, excite puissamment le commerce à le faire venir de plus loin et à plus grands frais : mais quand un produit est indispensable, comme le blé ; quand un retard de quelques jours dans son arrivage, est une calamité ; quand la consommation de ce produit est tellement considérable, qu&#039;il n&#039;est pas au pouvoir des moyens commerciaux ordinaires d&#039;y suffire ; quand son poids et son volume sont tels, qu&#039;on ne peut lui faire subir un trajet un peu long, surtout par terre, sans tripler ou quadrupler son prix moyen, on ne peut guère alors s&#039;en rapporter entièrement aux particuliers du soin de cet approvisionnement. S&#039;il faut tirer le blé du dehors, il peut arriver qu&#039;il soit rare et cher dans les pays même d&#039;où l&#039;on est dans l&#039;usage de le tirer : le gouvernement de ces pays peut en défendre la sortie, une guerre maritime en empêcher l&#039;arrivage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce n&#039;est pas une denrée dont on puisse se passer, qu&#039;on puisse attendre seulement quelques jours : le moindre retard est un arrêt de mort, du moins pour une partie de la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour que la quantité moyenne des approvisionnements fût comme la récolte moyenne, il faudrait que chaque famille fît dans les années d&#039;abondance un approvisionnement, une réserve égale à ce qui peut manquer à ses besoins dans une année de disette. Mais on ne peut attendre une semblable précaution que d&#039;un bien petit nombre de particuliers. La plupart, sans parler de leur imprévoyance, ont trop peu de moyens pour faire l&#039;avance, quelquefois pendant plusieurs années, de la valeur de leur approvisionnement ; ils manqueraient de locaux pour le conserver, et en seraient embarrassés dans leurs déplacements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on se fier aux spéculateurs du soin de faire des réserves ? Au premier aperçu, il semble que leur intérêt devrait suffire pour les y déterminer. Il y a tant de différence entre le prix où l&#039;on peut acheter du blé dans une année d&#039;abondance, et celui où l&#039;on peut le vendre quand une disette survient ! Mais ces moments sont quelquefois séparés par de longs intervalles ; de semblables opérations ne se répètent pas à volonté, et ne donnent pas lieu à un cours d&#039;affaires régulier. Le nombre et la grandeur des magasins, l&#039;achat des grains, obligent à des avances majeures qui coûtent de gros intérêts ; les manipulations du blé sont nombreuses, la conservation incertaine, les infidélités faciles, les violences populaires possibles. Ce sont des bénéfices rarement répétés qui doivent payer tout cela ; il est possible qu&#039;ils ne suffisent pas pour déterminer les particuliers à un genre de spéculations qui seraient sans doute les plus utiles de toutes, puisqu&#039;elles sont fondées sur des achats qui se font au moment où le producteur a besoin de vendre, et sur des ventes au moment où le consommateur trouve difficilement à acheter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À défaut des réserves faites par des consommateurs eux-mêmes, ou par des spéculateurs, et sur lesquelles on voit qu&#039;il n&#039;est pas prudent de compter, l&#039;administration publique, qui représente les intérêts généraux, ne peut-elle pas en faire avec succès ? Je sais que dans quelques pays de peu d&#039;étendue et sous des gouvernements économes, comme en Suisse, des greniers d&#039;abondance ont rendu les services qu&#039;on en pouvait attendre. Je ne les crois pas exécutables dans les grands États, et lorsqu&#039;il s&#039;agit d&#039;approvisionner des populations nombreuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avance du capital et les intérêts qu&#039;il coûte, sont un obstacle pour les gouvernements comme pour les spéculateurs ; un plus grand obstacle même, car la plupart des gouvernements n&#039;empruntent pas à d&#039;aussi bonnes conditions que des particuliers solvables. Ils ont un bien plus grand désavantage encore comme gérant une affaire qui, par sa nature, est commerciale, une affaire où il faut acheter, soigner et vendre des marchandises. Turgot a fort bien prouvé, dans ses lettres sur le commerce des grains, qu&#039;un gouvernement, dans ces sortes d&#039;affaires, ne pouvait jamais être servi à bon marché, tout le monde étant intéressé à grossir ses frais, et personne ne l&#039;étant à les diminuer. Qui peut répondre qu&#039;une semblable opération sera conduite comme il convient qu&#039;elle le soit, lorsqu&#039;elle doit être dirigée par une autorité qui n&#039;admet point de contrôle, et où les décisions sont généralement prises par des ministres, par des personnes constituées en dignités, et par conséquent étrangères à la pratique des affaires de ce genre ? Qui peut répondre qu&#039;une terreur panique ne fera pas disposer des approvisionnements avant le temps prescrit ; ou qu&#039;une entreprise politique, une guerre, ne fera pas changer leur destination ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un pays vaste et populeux, comme la France, où il y a encore trop peu de ports de mer, de fleuves et de canaux navigables, et où par conséquent les frais de production, dans le commerce des grains, peuvent aisément, dans certaines années, en porter le prix fort au-dessus des facultés du grand nombre, il faut d&#039;autres moyens encore de subvenir aux mauvaises récoltes, que le commerce ordinaire. Il ne faut jamais le contrarier ; mais il lui faut des auxiliaires. On ne peut, je crois, compter sur des réserves suffisantes, faites dans les années d&#039;abondance pour les années de disette, que lorsqu&#039;elles sont faites et conduites par des compagnies de négociants, jouissant d&#039;une grande consistance et disposant de tous les moyens ordinaires du commerce, qui veuillent se charger de l&#039;achat, de la conservation et du renouvellement des blés, suivant des règles convenues et moyennant des avantages qui balancent pour eux les inconvénients de l&#039;opération. L&#039;opération serait alors sûre et efficace, parce que les contractants donneraient des garanties, et elle coûterait moins au public que de toute autre manière. On pourrait traiter avec diverses compagnies pour les villes principales ; et les villes, étant ainsi, dans les disettes, approvisionnées par des réserves, cesseraient de faire des achats dans les campagnes, qui par là se trouveraient elles-mêmes mieux approvisionnées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus les réserves, les greniers d&#039;abondance, ne sont que des moyens subsidiaires d&#039;approvisionnement, et pour les temps de disette seulement. Les meilleurs approvisionnements et les plus considérables sont toujours ceux du commerce le plus libre. Celui-ci consiste principalement à porter le grain des fermes, jusque dans les principaux marchés ; et ensuite, mais pour des quantités bien moins grandes, à le transporter des provinces où il abonde, dans celles qui en manquent ; comme aussi à l&#039;exporter quand il est à bon marché, et à l&#039;importer lorsqu&#039;il est cher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ignorance populaire a presque eu en horreur ceux qui ont fait le commerce des grains, et les gouvernements ont trop souvent partagé les préjugés et les terreurs populaires. Les principaux reproches qui ont été faits aux commerçants en blé, ont été d&#039;accaparer cette denrée pour en faire monter le prix, ou tout au moins de faire, sur l&#039;achat et la vente, des profits qui ne sont qu&#039;une contribution gratuite levée sur le producteur et sur le consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, s&#039;est-on bien rendu compte de ce qu&#039;on entendait par des accaparements de grains ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont-ce des réserves faites dans des années d&#039;abondance et lorsque le grain est à bon marché ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu que nulles opérations ne sont plus favorables, et qu&#039;elles sont même l&#039;unique moyen d&#039;accommoder une production nécessairement inégale, à des besoins constants. Les grands dépôts de grains achetés à bas prix, font la sécurité du public, et méritent non-seulement la protection, mais les encouragements de l&#039;autorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entend-on par accaparements les magasins formés lorsque le blé commence à devenir rare et cher, et qui le rendent plus rare et plus cher encore ? Ceux-là en effet, comme ils n&#039;augmentent pas les ressources d&#039;une année aux dépens d&#039;une autre année qui avait un superflu, n&#039;ont pas la même utilité et font payer un service qu&#039;elles ne rendent pas ; mais je ne crois pas que cette manœuvre exécutée sur les blés, ait jamais eu des effets bien funestes. Le blé est une des denrées les plus généralement produites ; pour se rendre maître de son prix, il faudrait ôter à trop de gens la possibilité de vendre, établir des pratiques sur un trop vaste espace, mettre en jeu un trop grand nombre d&#039;agents. C&#039;est de plus une des denrées les plus lourdes et les plus encombrantes comparativement à son prix ; une de celles, par conséquent, dont le voiturage et l&#039;emmagasinement sont le plus difficiles et le plus dispendieux. Un amas de blé de quelque valeur ne peut être rassemblé en aucun lieu sans que tout le monde en soit averti. Enfin, c&#039;est une denrée sujette à des altérations ; une denrée qu&#039;on ne garde pas autant qu&#039;on le veut, et qui, dans les ventes qu&#039;on est forcé d&#039;en faire, expose à des pertes énormes lorsqu&#039;on spécule sur de fortes quantités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les accaparements par spéculation sont donc difficiles, et par conséquent peu redoutables. Les plus fâcheux et les plus inévitables accaparements, se composent de cette multitude de réserves de précaution que chacun fait chez soi à l&#039;approche d&#039;une disette. Les uns gardent, par excès de précaution, un peu au-delà de ce qui serait nécessaire pour leur consommation. Les fermiers, les propriétaires-cultivateurs, les meuniers, les boulangers, gens qui par état sont autorisés à avoir quelque approvisionnement, se flattant de se défaire plus tard avec profit de leur excédent, gardent cet excédent un peu plus fort que de coutume ; et cette foule de petits accaparements forment, par leur multiplicité, un accaparement supérieur à tous ceux que peuvent rassembler les spéculateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que dirait-on si ces calculs, quelque répréhensibles qu&#039;ils soient, avaient encore leur utilité ? Quand le blé n&#039;est pas cher, on en consomme davantage, on le prodigue, on en donne aux animaux. La crainte d&#039;une disette encore éloignée, un renchérissement qui n&#039;est pas encore bien considérable, n&#039;arrêtent pas assez tôt cette prodigalité. Si alors les détenteurs de grains les resserrent, cette cherté anticipée met tout le monde sur ses gardes ; les petits consommateurs surtout, qui, réunis, font la plus grosse consommation, y trouvent des motifs d&#039;épargne et de frugalité. On ne laisse rien perdre d&#039;un aliment qui renchérit ; on tâche de le remplacer par d&#039;autres aliments. C&#039;est ainsi que la cupidité des uns remplace la prudence qui manque aux autres ; et finalement, lorsque les grains réservés sont mis en vente, l&#039;offre qu&#039;on en fait tempère en faveur du consommateur le prix général de la denrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant au tribut qu&#039;on prétend que le négociant en blé impose au producteur et au consommateur, c&#039;est un reproche qu&#039;on fait quelquefois, sans plus de justice, au commerce de quelque nature qu&#039;il soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, sans aucune avance de fonds, sans magasins, sans soins, sans combinaisons et sans difficultés, les produits pouvaient être mis sous la main des consommateurs, on aurait raison. Mais, si ces difficultés existent, nul ne peut les surmonter à moins de frais que celui qui en fait son état. Qu&#039;un législateur considère d&#039;un peu haut les marchands grands et petits : il les verra s&#039;agiter en tous sens sur la surface d&#039;un pays, à l&#039;affût des bons marchés, à l&#039;affût des besoins, rétablissant par leur concurrence les prix là où ils sont trop bas pour la production, et là où ils sont trop élevés pour la commodité du consommateur. Est-ce du cultivateur,&lt;br /&gt;
est-ce du consommateur, est-ce de l&#039;administration qu&#039;on pourrait attendre cette utile activité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ouvrez des communications faciles, et surtout des canaux de navigation, seules communications qui puissent convenir aux denrées lourdes et encombrantes ; donnez toute sécurité aux trafiquants, et laissez-les faire. Ils ne rendront pas copieuse une récolte déficiente, mais ils répartiront toujours ce qui peut être réparti, de la manière la plus favorable aux besoins, comme à la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est sans doute ce qui a fait dire à Smith qu&#039;après l&#039;industrie du cultivateur, nulle n&#039;est plus favorable à la production des blés, que celle des marchands de grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des fausses notions qu&#039;on s&#039;est faites sur la production et le commerce des subsistances, sont nées une foule de lois, de règlements, d&#039;ordonnances fâcheuses, contradictoires, rendues en tous pays, selon l&#039;exigence du moment, et souvent sollicitées par la clameur publique. Le mépris et le danger qu&#039;on a attirés par là sur les spéculateurs en blé, ont souvent livré ce commerce aux trafiquants du plus bas étage, soit pour les sentiments, soit pour les facultés, et il en est résulté ce qui arrive toujours : c&#039;est que le même trafic s&#039;est fait, mais obscurément, mais beaucoup plus chèrement, parce qu&#039;il fallait bien que les gens à qui il était abandonné, se fissent payer les inconvénients et les risques de leur industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on a taxé le prix des grains, on les a fait fuir ou on les a fait cacher. On ordonnait ensuite aux fermiers de les porter au marché ; on prohibait toute vente consommée dans les maisons, et toutes ces violations de la propriété, escortées, comme on peut croire, de recherches inquisitoriales, de violences et d&#039;injustices, ne procuraient jamais que de faibles ressources. En administration comme en morale, l&#039;habileté ne consiste pas à vouloir qu&#039;on fasse, mais à faire en sorte qu&#039;on veuille. Les marchés ne sont jamais garnis de denrées par des gendarmes et des sbires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l&#039;administration veut approvisionner elle-même par ses achats, elle ne réussit jamais à subvenir aux besoins du pays, et elle supprime les approvisionnements qu&#039;aurait procurés le commerce libre. Aucun négociant n&#039;est disposé à faire, comme elle, le commerce pour y perdre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant la disette qui eut lieu en 1775 dans diverses parties de la France, la municipalité de Lyon et quelques autres, pour fournir aux besoins de leurs administrés, faisaient acheter du blé dans les campagnes, et le revendaient à perte dans la ville.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En même temps elles obtinrent, pour payer les frais de cette opération, une addition aux octrois, aux droits que les denrées payaient en entrant aux portes. La disette augmenta, et il y avait de bonnes raisons pour cela : on n&#039;offrait plus aux marchands qu&#039;un marché où les denrées se vendaient au-dessous de leur valeur, et on leur faisait payer une amende lorsqu&#039;ils les y apportaient !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus une denrée est nécessaire, et moins il convient d&#039;en faire tomber le prix au-dessous de son taux naturel. Un renchérissement accidentel du blé est une circonstance fâcheuse, sans doute, mais qui tient à des causes qu&#039;il n&#039;est pas ordinairement au&lt;br /&gt;
pouvoir de l&#039;homme d&#039;écarter. Il ne faut pas qu&#039;à ce malheur il en ajoute un autre, et fasse de mauvaises lois parce qu&#039;il a eu une mauvaise saison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement ne réussit pas mieux au commerce d&#039;importation qu&#039;au commerce intérieur. Malgré les énormes sacrifices que le gouvernement et la commune de Paris ont faits en 1816 et 1817, pour approvisionner cette capitale, par des achats faits dans l&#039;étranger, le consommateur a payé le pain à un taux exorbitant ; il n&#039;a jamais eu le poids annoncé, la qualité du pain a été détestable, et finalement on en a manqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne dirai rien au sujet des primes d&#039;importation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La plus belle des primes est le haut prix qu&#039;on offre pour les blés et pour les farines dans les pays où il y a disette. Si cette prime de 200 ou 300 pour cent ne suffit pas pour en amener, je ne pense pas qu&#039;aucun gouvernement puisse en offrir qui soient capables de tenter les importateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples seraient moins exposés aux disettes s&#039;ils mettaient plus de variété dans leurs mets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un seul produit fait le fonds de la nourriture de tout un peuple, il est misérable du moment que ce produit vient à manquer. C&#039;est ce qui arrive quand le blé devient rare en France, ou le riz dans l&#039;Indostan. Lorsque plusieurs substances jouent un rôle parmi les aliments, comme les viandes de boucherie, les animaux de basse-cour, les racines, les légumes, les fruits, les poissons, sa subsistance est plus assurée, parce qu&#039;il est difficile que toutes ces denrées manquent à la fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les disettes seraient plus rares si l&#039;on étendait et perfectionnait l&#039;art de conserver, sans beaucoup de frais, les aliments qui abondent dans certaines saisons et dans certains lieux, comme les poissons : ce qui s&#039;en trouve de trop dans ces occasions, servirait dans celles où l&#039;on en manque. Une très grande liberté dans les relations maritimes des nations procurerait, sans beaucoup de frais, à celles qui occupent des latitudes tempérées, les fruits que la nature accorde avec tant de profusion à la zone torride. J&#039;ignore jusqu&#039;à quel point on pourrait parvenir à conserver et à transporter les bananes ; mais ce moyen n&#039;est-il pas trouvé pour le sucre, qui, sous tant de formes, présente un aliment agréable et sain, et qui est produit avec tant d&#039;abondance par toute la terre jusqu&#039;au 38&amp;lt;sup&amp;gt;e&amp;lt;/sup&amp;gt; degré de latitude, que nous pourrions, sans nos mauvaises lois, l&#039;obtenir communément, malgré les frais de commerce, fort au-dessous du prix de la viande, et sur le même pied que plusieurs de nos fruits et de nos légumes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour en revenir au commerce des grains, je ne voudrais pas qu&#039;on se prévalût de ce que j&#039;ai dit des avantages de la liberté, pour l&#039;appliquer sans mesure à tous les cas. Rien n&#039;est plus dangereux qu&#039;un système absolu, et qui ne se ploie jamais, surtout lorsqu&#039;il s&#039;agit de l&#039;appliquer aux besoins et aux erreurs de l&#039;homme. Le mieux est de tendre toujours vers les principes qu&#039;on reconnaît bons, et d&#039;y ramener par des moyens dont l&#039;action agisse insensiblement, et par là plus infailliblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque le prix des grains vient à excéder un certain taux fixé d&#039;avance, on s&#039;est bien trouvé d&#039;en défendre l&#039;exportation, ou du moins de la soumettre à un droit un peu fort ; car il vaut mieux que ceux qui sont déterminés à faire la contrebande, paient leur prime d&#039;assurance à l&#039;État qu&#039;à des assureurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu&#039;à présent, dans ce paragraphe, la trop grande cherté des grains a été regardée comme le seul inconvénient qui fût à craindre. En 1815, l&#039;Angleterre a redouté d&#039;en voir trop baisser le prix par l&#039;introduction des grains étrangers. La production des grains, comme toute autre production, est beaucoup plus dispendieuse chez les anglais que chez leurs voisins. Cela dépend de plusieurs causes qu&#039;il est inutile d&#039;examiner ici, et principalement de l&#039;énormité des impôts. Les grains étrangers pouvaient être vendus en Angleterre, par le commerce, pour les deux tiers du prix auquel ils revenaient au cultivateur-producteur. Fallait-il laisser&lt;br /&gt;
l&#039;importation libre, et, en exposant le cultivateur à perdre pour soutenir la concurrence des importateurs de blé, le mettre dans l&#039;impossibilité d&#039;acquitter son fermage, ses impôts, le détourner de la culture du blé, et mettre pour sa subsistance l&#039;Angleterre à la merci des étrangers, et peut-être de ses ennemis ? Ou bien fallait-il, en prohibant les grains étrangers, donner aux fermiers une prime aux dépens des consommateurs, augmenter pour l&#039;ouvrier la difficulté de subsister, et, par le haut prix des denrées de première nécessité, renchérir encore tous les produits manufacturés de l&#039;Angleterre, et leur ôter la possibilité de soutenir la concurrence de ceux de l&#039;étranger ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette question a donné lieu à des débats très animés, soit dans les assemblées délibérantes, soit dans des écrits imprimés ; et ces débats, où deux partis opposés avaient raison tous deux, prouvent, par parenthèse, que le vice principal était hors de la question elle-même : je veux dire dans l&#039;influence exagérée que l&#039;Angleterre veut exercer sur la politique du globe, influence qui l&#039;a obligée à des efforts disproportionnés avec l&#039;étendue de son territoire. Ces efforts ont dû par conséquent reposer sur d&#039;énormes emprunts, dont les intérêts composent la majeure partie de ses charges annuelles. Les impôts chargent à son tour l&#039;agriculture de frais de production exagérés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;Angleterre, par de fortes économies, remboursait graduellement sa dette, si elle supprimait, graduellement aussi, la dîme et la taxe des pauvres, laissant à chaque culte le soin de payer ses prêtres, elle n&#039;aurait pas besoin de repousser par des prohibitions le grain étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu&#039;il en soit, ces discussions, soutenues de part et d&#039;autre avec de grandes connaissances et beaucoup de capacité, ont contribué à jeter un nouveau jour sur les effets de l&#039;intervention de l&#039;autorité dans l&#039;approvisionnement, et ont été peut-être favorables au système de la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, que disaient de plus fort les partisans de la prohibition des grains étrangers ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;il fallait, même aux dépens des consommateurs, encourager la culture du pays, pour qu&#039;il ne pût pas être affamé par les étrangers. On assignait deux cas où ce risque était principalement redoutable : le cas d&#039;une guerre où une puissance influente pourrait empêcher une importation devenue indispensable ; et le cas où la disette se ferait sentir dans les pays à blé eux-mêmes, et où ils retiendraient, pour leur subsistance, leurs propres récoltes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On répondait à cela, que l&#039;Angleterre devenant un pays régulièrement et constamment importateur de blé, plusieurs contrées du monde prendraient l&#039;habitude de lui en vendre ; ce qui favoriserait et étendrait la culture du froment dans certaines parties de la Pologne, de l&#039;Espagne, de la Barbarie, ou de l&#039;Amérique septentrionale ; que dès lors ces contrées ne pourraient pas plus se dispenser de vendre, que l&#039;Angleterre d&#039;acheter ; que Bonaparte lui-même, le plus furieux ennemi de l&#039;Angleterre, au plus fort des hostilités, lui avait fait passer du grain pour en recevoir de l&#039;argent ; que jamais la récolte ne manque à la fois en plusieurs pays distants les uns des autres ; et qu&#039;un grand commerce de blé, bien établi, oblige à des approvisionnements préparés d&#039;avance, à des dépôts considérables qui éloigneraient, plus que toute autre cause, la possibilité des disettes ; tellement qu&#039;on peut affirmer, d&#039;après le raisonnement et l&#039;expérience de la Hollande et de quelques autres États, que ce sont précisément ceux&lt;br /&gt;
où l&#039;on ne recueille pas de blé, qui ne sont jamais exposés à des disettes, ni même à des chertés bien considérables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut se dissimuler cependant qu&#039;il n&#039;y ait des inconvénients graves à ruiner dans un pays (même dans celui où les approvisionnements du commerce sont faciles) la culture des céréales. La nourriture est le premier besoin des peuples, et il n&#039;est pas prudent de se mettre dans la nécessité de la tirer de trop loin. Des lois qui prohibent l&#039;entrée des blés pour protéger les intérêts du fermier aux dépens des manufacturiers, sont des lois fâcheuses, j&#039;en conviens ; mais des impôts excessifs, des emprunts, une diplomatie, une cour, et des armées ruineuses, sont des circonstances fâcheuses aussi, et qui pèsent sur le cultivateur plus que sur le manufacturier. Il faut bien rétablir, par un abus, l&#039;équilibre naturel rompu par d&#039;autres abus ; autrement tous les laboureurs se changeraient en artisans, et l&#039;existence du corps social deviendrait trop précaire.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVI|Quels avantages résultent de l&#039;activité de circulation de l&#039;argent et des marchandises]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVIII|Si le gouvernement augmente la richesse nationale en devenant producteur lui-même]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XIX&amp;diff=1891</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIX</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XIX&amp;diff=1891"/>
		<updated>2008-05-01T17:48:18Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVIII|Si le gouvernement augmente la richesse nationale en devenant producteur lui-même]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XX|Des voyages et de l&#039;expatriation par rapport à la richesse nationale]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XIX - Des colonies et de leurs produits.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les colonies sont des établissements formés dans des pays lointains par une nation plus ancienne qu&#039;on nomme la métropole. Quand cette nation veut étendre ses relations dans un pays populeux déjà civilisé, et dont elle ne serait pas bien venue à envahir le territoire, elle se borne à y établir un comptoir, un lieu de négoce, où ses facteurs trafiquent conformément aux lois du pays, comme les européens ont fait en Chine, au Japon. Quand les colonies secouent l&#039;autorité du gouvernement de la métropole, elles cessent de porter le nom de colonies et deviennent des États indépendants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nation fonde ordinairement des colonies quand sa nombreuse population se trouve à l&#039;étroit dans son ancien territoire, et quand la persécution en chasse certaines classes d&#039;habitants. Ces motifs paraissent avoir été les seuls qui aient porté les peuples anciens à fonder des colonies : les peuples modernes en ont eu d&#039;autres encore. L&#039;art de la navigation, perfectionné dans leurs mains, leur a ouvert de nouvelles routes, leur a découvert des pays inconnus ; ils sont allés jusque dans un autre hémisphère, et sous des climats inhospitaliers, non pour s&#039;y fixer eux et leur postérité, mais pour y recueillir les denrées précieuses, et rapporter dans leur patrie les fruits d&#039;une production précipitée et considérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient de remarquer ces motifs divers, car ils entraînent deux systèmes coloniaux très différents dans leurs effets. Je serais tenté d&#039;appeler le premier, &#039;&#039;système colonial des anciens&#039;&#039;, et l&#039;autre, &#039;&#039;système colonial des modernes&#039;&#039;, quoique chez les modernes il y ait eu des colonies fondées sur les mêmes principes que celles des anciens, notamment dans l&#039;Amérique septentrionale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La production dans les colonies formées suivant le système des anciens n&#039;est pas d&#039;abord fort grande, mais elle s&#039;accroît&lt;br /&gt;
avec rapidité. On ne choisit guère de patrie adoptive que là où le sol est fertile, le climat favorable, ou la situation convenable pour le commerce ; c&#039;est pour l&#039;ordinaire un pays tout neuf, soit qu&#039;auparavant il fût complètement inhabité, soit qu&#039;il n&#039;eût pour habitants que des peuplades grossières, par conséquent peu nombreuses et hors d&#039;état d&#039;épuiser les facultés productives du sol. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des familles élevées dans un pays civilisé, qui vont s&#039;établir dans un pays nouveau, y portent les connaissances théoriques et pratiques, qui sont un des principaux éléments de l&#039;industrie ; elles y portent l&#039;habitude du travail, par le moyen duquel ces facultés sont mises en œuvre, et l&#039;habitude de la subordination, si nécessaire au maintien de l&#039;ordre social ; elles y portent quelques capitaux, non pas en argent, mais en outils, en provisions variées ; enfin elles ne partagent avec aucun propriétaire les fruits d&#039;un terrain vierge dont l&#039;étendue surpasse pendant longtemps ce qu&#039;elles sont en état de cultiver. À ces causes de prospérité on doit ajouter peut-être la plus grande de toutes, c&#039;est-à-dire le désir qu&#039;ont tous les hommes d&#039;améliorer leur condition, et de rendre le plus heureux possible le sort qu&#039;ils ont définitivement embrassé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;accroissement des produits, quelque rapide qu&#039;il ait paru dans toutes les colonies fondées sur ce principe, aurait été plus remarquable encore si les colons avaient porté avec eux de vastes capitaux ; mais, nous l&#039;avons déjà observé, ce ne sont pas les familles favorisées de la fortune qui s&#039;expatrient : il est rare que les hommes qui sont en état de disposer d&#039;un capital suffisant pour vivre avec quelque douceur dans le pays où ils sont nés, et où ils ont passé les années de leur enfance qui l&#039;embellissent tant à leurs yeux, renoncent à leurs habitudes, à leurs amis, à leurs parents, pour courir les chances toujours incertaines, et supporter les rigueurs toujours inévitables d&#039;un établissement nouveau. Voilà pourquoi les colonies, dans leurs commencements, manquent de capitaux, et en partie pourquoi l&#039;intérêt de l&#039;argent y est si élevé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la vérité, les capitaux s&#039;y forment plus vite que dans les États anciennement civilisés. Il semble que les colons, en quittant leurs pays natal, y laissent une partie de leurs vices : ils renoncent au faste, à ce faste qui coûte si cher en Europe, et qui sert si peu. Là où ils vont, on est forcé de ne plus estimer que les qualités utiles, et l&#039;on ne consomme plus que ce qu&#039;exigent les besoins raisonnables, qui sont moins insatiables que les besoins factices. Ils ont peu de villes, et surtout n&#039;en ont point de grandes ; la vie agricole qu&#039;ils sont en général contraints de mener, est la plus économique de toutes ; enfin leur industrie est proportionnellement la plus productive et celle qui exige le moins de capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement de la colonie participe aux qualités qui distinguent les particuliers ; il s&#039;occupe de son affaire, dissipe fort peu, et ne cherche querelle à personne : aussi les contributions y sont-elles modérées, quelquefois nulles, et, prenant peu de choses ou rien sur les revenus des administrés, leur permettent d&#039;autant mieux de multiplier leurs économies, qui deviennent des capitaux productifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que, même avec peu de capitaux originaires, les produits annuels des colonies excèdent promptement leurs consommations. De là cet accroissement rapide de richesses et de population qu&#039;on y remarque ; car à mesure qu&#039;il se forme des capitaux, le travail industriel de l&#039;homme y devient recherché, et l&#039;on sait que les hommes naissent partout où il en est besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut maintenant s&#039;expliquer pourquoi les progrès de ces colonies sont si rapides. Chez les anciens, Éphèse et Milet dans l&#039;Asie Mineure, Tarente et Crotone en Italie, Syracuse et Agrigente en Sicile, paraissent avoir surpassé en peu de temps leurs métropoles. Les colonies anglaises de l&#039;Amérique septentrionale, qui dans nos temps modernes ressemblent le plus aux colonies des grecs, ont offert un spectacle de prospérité peut-être moins éclatant, mais non moins digne de remarque, et qui n&#039;est pas terminé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est de l&#039;essence des colonies fondées sur ce principe, c&#039;est-à-dire sans projet de retour dans l&#039;ancienne patrie, de se donner un gouvernement indépendant de leur métropole ; et lorsque la métropole conserve la prétention de leur imposer des lois, la force des choses l&#039;emporte tôt ou tard, et opère ce que la justice et l&#039;intérêt bien entendu conseillaient de faire dès l&#039;origine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je passe aux colonies formée suivant le système colonial des modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui les fondèrent furent, pour la plupart, des aventuriers qui cherchèrent, non une patrie adoptive, mais une fortune qu&#039;ils pussent rapporter, pour en jouir, dans leur ancien pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers d&#039;entre eux trouvèrent d&#039;un côté aux Antilles, au Mexique, au Pérou, et plus tard au Brésil, et d&#039;un autre côté aux Indes orientales, de quoi satisfaire leur cupidité, toute grande qu&#039;elle était. Après avoir épuisé les ressources antérieurement amassées par les indigènes, ils furent obligés de recourir à l&#039;industrie pour exploiter les mines de ces pays nouveaux, et les richesses bien plus précieuses de leur agriculture. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nouveaux colons les remplacèrent, dont la plupart conservèrent plus ou moins l&#039;esprit de retour, le désir, non de vivre dans l&#039;aisance sur leurs terres, et d&#039;y laisser en mourant une famille heureuse et une réputation sans tache, mais le désir d&#039;y gagner beaucoup pour aller jouir ailleurs de la fortune qu&#039;ils y auraient acquise ; ce motif y a introduit des moyens violents d&#039;exploitation, au premier rang desquels il faut placer l&#039;esclavage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des écrivains philanthropes ont cru ne pouvoir mieux détourner les hommes de cette odieuse pratique qu&#039;en prouvant qu&#039;elle est contraire à leurs intérêts. Steuart, Turgot, Smith, s&#039;accordent à penser que le travail de l&#039;esclave revient plus cher et produit moins que celui de l&#039;homme libre. Leurs raisonnements se réduisent à ceci : un homme qui ne travaille pas et ne consomme pas pour son propre compte, travaille le moins et consomme le plus qu&#039;il peut ; il n&#039;a aucun intérêt à mettre dans ses travaux l&#039;intelligence et le soin qui peuvent en assurer le succès ; le travail excessif dont on le surcharge abrège ses jours, et oblige son maître à des remplacements coûteux ; enfin le serviteur libre a l&#039;administration de son propre entretien, tandis que le maître a l&#039;administration de l&#039;entretien de son esclave ; et comme il est impossible que le maître administre avec autant d&#039;économie que le serviteur libre, le service de l&#039;esclave doit lui revenir plus cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui pensent que le travail de l&#039;esclavage est moins dispendieux que celui du serviteur libre, font un calcul analogue à celui-ci : l&#039;entretien annuel d&#039;un nègre des Antilles, dans les habitations où ils sont tenus avec le plus d&#039;humanité, ne revient pas à plus de 300 francs ; joignons-y l&#039;intérêt de son prix d&#039;achat, et portons cet intérêt à dix pour cent, parce qu&#039;il est viager. Le prix d&#039;un nègre ordinaire étant de 2000 francs environ, l&#039;intérêt sera de 200 francs, calculé au plus haut. Ainsi, on peut estimer que chaque nègre coûte par an à son maître 500 francs. Le travail d&#039;un homme libre est plus cher que cela dans le même pays. Il peut s&#039;y faire payer sa journée sur le pied de cinq, six, sept francs, et quelquefois davantage. Prenons six francs pour terme moyen, et ne comptons que trois cents jours ouvrables dans l&#039;année ; cela donnera pour la somme de ses salaires annuels 1800 francs au lieu de 500 francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le simple raisonnement indique que la consommation de l&#039;esclave doit être moindre que celle de l&#039;ouvrier libre. Peu importe à son maître qu&#039;il jouisse de la vie ; il lui suffit qu&#039;il la conserve. Un pantalon et un gilet composent toute la garde robe d&#039;un nègre ; son logement est une case sans aucun meuble ; sa nourriture, du manioc auquel on ajoute de temps en temps, chez les bons maîtres, un peu de morue sèche. Une population d&#039;ouvriers libres, prise en bloc, est obligée d&#039;entretenir des femmes, des enfants, des infirmes : les liens de la parenté, de l&#039;amitié, de l&#039;amour, de la reconnaissance, y multiplient les consommations. Chez les esclaves, les fatigues de l&#039;homme mûr affranchissent trop souvent le planteur de l&#039;entretien du vieillard. Les femmes, les enfants y jouissent peu du privilège de leur faiblesse, et le doux penchant qui réunit les sexes y est soumis aux calculs d&#039;un maître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel est le motif qui balance, dans chaque personne, le désir qui la porte à satisfaire ses besoins et ses goûts ? C&#039;est sans doute le soin de ménager ses ressources. Les besoins invitent à étendre la consommation, l&#039;économie tend à la réduire ; et, quand ces deux motifs agissent dans le même individu, on conçoit que l&#039;un peut servir de contre-poids à l&#039;autre. Mais entre le maître et l&#039;esclave la balance doit nécessairement pencher du côté de l&#039;économie : les besoins, les désirs sont du côté du plus faible ; les raisons d&#039;économie sont du côté du plus fort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi probablement que les profits d&#039;une sucrerie étaient tellement exagérés, qu&#039;on prétendait à Saint-Domingue qu&#039;une plantation devait, en six années, rembourser son prix d&#039;achat, et que les colons des îles anglaises, au dire de Smith lui-même, convenaient que le rhum et la mélasse suffisaient pour en couvrir les frais, et que le sucre était tout profit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu&#039;il en soit, tout est changé ; et pour ne nous occuper ici que des Antilles françaises, soit que les institutions et le mode de culture y soient mauvais ; soit que le régime de l&#039;esclavage y ait dépravé, en deux sens différents, le maître aussi bien que l&#039;esclave, et qu&#039;il altère les qualités qui constituent la véritable industrie, c&#039;est-à-dire l&#039;intelligence, l&#039;activité et l&#039;économie, le fait est que l&#039;on ne peut plus, à la Martinique et à la Guadeloupe, soutenir la concurrence de plusieurs autres pays, qui peuvent approvisionner l&#039;Europe de sucre à beaucoup meilleur marché. Ce n&#039;est qu&#039;à la faveur de droits établis en France sur les sucres étrangers, droits qui équivalent à une prohibition, que ces deux îles peuvent y vendre leurs sucres, qui, au prix où ils leur reviennent, ne pourraient se vendre nulle autre part. Et malgré le monopole du marché de la France que cette prohibition leur assure au grand détriment des français, les colons de la Martinique et de la Guadeloupe ne peuvent soutenir leurs établissements : ils sollicitent chaque jour de nouvelles faveurs de la métropole ; et ces faveurs ne les empêchent pas de s&#039;endetter chaque jour davantage, c&#039;est-à-dire de se ruiner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Antilles anglaises paraissent ressentir une partie des mêmes inconvénients ; leurs plaintes et leurs demandes en font foi. La libération graduelle des nègres rendrait-elle meilleure la situation des planteurs ? Il est permis d&#039;en douter. Des propriétaires, dont les vues philanthropiques sont dignes d&#039;éloges (M Steel, M Nottingham), en ont fait l&#039;essai avec un succès contesté, et leurs tentatives ne se sont pas renouvelées. En Europe, au contraire, la culture des terres par des serfs affranchis, que les propriétaires ont ensuite payés à titre d&#039;ouvriers, est devenue générale ; mais les circonstances ont été fort différentes aux Antilles. Le soleil y est brûlant, la culture du sucre pénible. L&#039;ouvrier européen n&#039;y résiste pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le nègre a peu d&#039;ambition et peu de besoins. Une heure ou deux de travail par jour, lui procurent ce qui suffit à l&#039;entretien de sa famille. Devenu libre, nulle jouissance ne balance pour lui la fatigue d&#039;un travail ; et si son travail n&#039;est pas soutenu, la terre et le capital désoccupés pendant une partie du temps, rendent la production onéreuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai qu&#039;Haïti prospère depuis l&#039;abolition de l&#039;esclavage ; mais il ne faut pas croire que le travail y soit complètement volontaire. Tout nègre sans propriétés, pour n&#039;être pas traité en vagabond, doit avoir un maître ou travailler dans une exploitation agricole quelconque ; sur chaque habitation il est soumis à des règlements qui infligent des peines sévères pour un travail imparfait, de même que pour une oisiveté volontaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré cela, la culture du sucre y revient plus cher que dans les îles voisines, et il est douteux qu&#039;elle puisse y être continuée avec succès. Heureusement que cette île peut se dédommager de cette culture par beaucoup d&#039;autres qui conviendront autant à son climat et beaucoup mieux à son état politique et moral, telles que le café, le coton, l&#039;indigo, et peut-être le cacao et la cochenille. Peu de contrées du globe sont plus favorisées de la nature pour produire ce qui est propre à la consommation de ses habitants et à leur commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus, il ne s&#039;agit pas uniquement de savoir pour quel prix on peut faire travailler un homme, mais pour quel prix on peut le faire travailler sans blesser la justice et l&#039;humanité. Ce sont de faibles calculateurs que ceux qui comptent la force pour tout, et l&#039;équité pour rien. Cela conduit au système d&#039;exploitation des arabes bédouins qui arrêtent une caravane, et s&#039;emparent des marchandises qu&#039;elle transporte, sans qu&#039;il leur en coûte autre chose, disent-ils, que quelques jours d&#039;embuscade et quelques livres de poudre à tirer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;y a de manière durable et sûre de produire que celle qui est légitime, et il n&#039;y a de manière légitime que celle où les avantages de l&#039;un ne sont point acquis aux dépens de l&#039;autre. Cette manière de prospérer et la seule qui n&#039;ait point de fâcheux résultats à craindre ; et les événements arrivés me donneraient trop d&#039;avantages, si je voulais mettre en parallèle le déclin et les désastres des pays dont l&#039;industrie se fonde sur l&#039;esclavage, avec la prospérité de ceux où règnent des principes plus libéraux ; principes qui gagnent journellement du terrain, et qui couvriront bientôt de nations florissantes le nouveau-monde, pour&lt;br /&gt;
l&#039;instruction de l&#039;ancien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette considération rendra bientôt superflue toute controverse sur le travail des esclaves comparé avec celui des ouvriers libres. L&#039;esclavage ne peut pas subsister avec les nouvelles formes sous lesquelles, dans ses progrès, se présente la civilisation. Déjà l&#039; on n&#039;entend plus parler sans un soulèvement de cœur, de la traite des nègres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est si honteux de faire métier de voler ou de recéler des hommes, et de fonder son gain sur des souffrances, que personne n&#039;ose prendre la défense de cet infâme trafic, de peur de passer pour en être complice. Les puissances maritimes prépondérantes ne veulent plus le tolérer ; et si quelques gouvernements d&#039;Europe se laissent encore guider par des habitudes et des préjugés qu&#039;ils n&#039;osent avouer, ils sont sans influence et d&#039;autant plus faibles qu&#039;ils sont désavoués par la partie éclairée et vertueuse de leurs nations. L&#039;esclavage ne peut subsister longtemps dans le voisinage de nations nègres affranchies, ni même de nègres citoyens, comme on en voit aux États-Unis. Cette institution jure avec toutes les autres et disparaîtra par degrés. Dans les colonies européennes, elle ne peut durer qu&#039;avec le secours des forces de la métropole ; et la métropole s&#039;éclairant, leur retirera son appui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est impossible que les peuples d&#039;Europe ne comprennent pas bientôt combien leurs colonies leur sont à charge. Ils supportent une partie des frais de leur administration militaire, civile et judiciaire, une partie de l&#039;entretien de leurs établissements publics, et notamment de leurs fortifications ; ils tiennent sur pied pour leur conservation une marine dispendieuse qui n&#039;empêchera pas qu&#039;à la première guerre maritime elles ne deviennent indépendantes ou conquises ; mais ce qui leur est encore bien plus défavorable, elles leur accordent, à leurs dépens, des privilèges commerciaux, qui sont une véritable duperie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La France consomme annuellement 50 millions de kilogrammes ou 100 millions de livres de sucre. Elle les paie à la Martinique et à la Guadeloupe sur le pied de 0 fr. les cent livres, non compris les droits, et les obtiendrait à la Havane pour 35 fr., non compris des droits également ; de sorte qu&#039;en soumettant les uns et les autres à des droits égaux, la France, en se pourvoyant de sucre à La Havane, dépenserait par année 15 millions de moins qu&#039;elle ne fait, pour cette denrée seulement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres contrées lui en fourniraient à meilleur marché encore. Il en est de même de quelques autres produits coloniaux ; de sorte que si nous n&#039;avions point de colonies, nous aurions à dépenser de moins, outre les frais de leur administration et l&#039;état&lt;br /&gt;
militaire que nécessite leur conservation, 20 millions de francs pour le moins, et probablement davantage, sans que les rentrées du fisc en fussent altérées. Elle seraient probablement améliorées ; car une aussi forte diminution dans le prix des denrées équinoxiales, en rendrait la consommation et le commerce beaucoup plus considérables&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans du système colonial vantent les débouchés que les colonies françaises procurent à la France. Ils ne veulent pas comprendre que quels que fussent les pays qui nous approvisionnent de denrées coloniales, il nous est impossible d&#039;en acquitter le prix autrement que par l&#039;exportation des produits du sol, des capitaux et de l&#039;industrie de la France. Ainsi, que nous tirions du sucre de la Martinique, ou bien de la Havane, ou bien de la Cochinchine, soit que nous en fournissions la valeur directement par l&#039;envoi de nos produits, ou indirectement en y envoyant de l&#039;argent que nous acquérons au moyen de nos produits, de toute manière notre consommation en sucre est payée par les produits de notre industrie, de toute manière le mouvement commercial de nos ports est le même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai entendu cent fois déplorer la perte du riche commerce de nos colonies et la splendeur ancienne des villes de Nantes et de Bordeaux. Ces lamentations sont absolument dépourvues de raison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;industrie et la richesse de la France se sont au total accrues depuis qu&#039;elle a perdu ses principales colonies, et malgré les circonstances extrêmement défavorables où elle s&#039;est trouvée. Notre navigation marchande a été presque entièrement interrompue ; mais c&#039;était par la guerre, par une guerre où l&#039;ennemi était demeuré maître de la mer, et qui nous a valu du moins d&#039;être pendant un temps débarrassés des frais de nos colonies. Depuis le retour de la paix, le mouvement de nos ports a repris, et il ne paraît pas que le commerce de Nantes et de Bordeaux soit moins considérable, puisque leur population n&#039;est pas moindre qu&#039;autrefois ; mais quand elle le serait, il n&#039;y aurait pas lieu de s&#039;étonner que de si grands changements survenus dans nos relations avec toutes les parties du monde, eussent changé le cours de notre commerce maritime, et que le Havre-de-grâce eût gagné en importance ce que des ports moins heureusement situés pourraient avoir perdu. Sans doute la marine marchande de la France n&#039;est point ce qu&#039;elle doit être ; mais elle ne l&#039;a jamais été. Peut-être faut-il s&#039;en prendre au caractère national, qui se trouve moins apte à ce&lt;br /&gt;
genre d&#039;industrie qu&#039;à plusieurs autres ; au défaut de capitaux pour les grandes entreprises maritimes, parce qu&#039;elles sont trop peu souvent couronnées de succès ; mais surtout à une politique étroite et fiscale, qui rend difficile pour les navigateurs français l&#039;accès des pays d&#039;outre-mer, et à une législation maritime qui s&#039;oppose à tout développement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La marine marchande qui étonne le plus par ses progrès, est celle des États-Unis, qui n&#039;ont point de colonies. Les vraies colonies d&#039;un peuple commerçant, ce sont les peuples indépendants de toutes les parties du monde. Tout peuple commerçant doit désirer qu&#039;ils soient tous indépendants, pour qu&#039;ils deviennent tous plus industrieux et plus riches ; car plus ils sont nombreux et productifs, et plus ils présentent d&#039;occasions et de facilités pour des échanges. Ces peuples alors deviennent pour vous des amis utiles, et qui ne vous obligent pas de leur accorder des monopoles onéreux, ni d&#039;entretenir à grands frais des administrations, une marine et des établissements militaires aux bornes du monde. Un temps viendra où l&#039;on sera honteux de tant de sottise, et où les colonies n&#039;auront plus d&#039;autres défenseurs que ceux à qui elles offrent des places lucratives à donner et à recevoir, le tout aux dépens des peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque Poivre fut nommé intendant de l&#039;Ile-De-France, cette colonie était fondée depuis cinquante ans seulement, et il se  convainquit que sa conservation avait déjà coûté à la France 60 millions, continuait de lui occasionner de grandes dépenses, et ne lui rapportait absolument rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai que les sacrifices qu&#039;on avait faits alors, et qu&#039;on a faits depuis pour conserver l&#039;Ile-De-France, avaient aussi pour but de conserver les établissements des Indes orientales ; mais quand on saura que ceux-ci ont coûté encore bien davantage, soit au gouvernement, soit aux actionnaires de l&#039;ancienne et de la nouvelle compagnie, alors on sera forcé de conclure qu&#039;on a payé cher à l&#039;Ile-De-France l&#039;avantage de faire de grosses pertes au Bengale et au Coromandel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut appliquer le même raisonnement aux positions purement militaires qu&#039;on a prises dans les trois autres parties du monde. En effet, si l&#039;on prétendait que tel établissement a été conservé à grands frais, non pour en tirer du profit, mais pour étendre et assurer la puissance de la métropole, on peut de même répondre : cette puissance n&#039;est utile, exercée au loin, que pour assurer la possession des colonies ; et si les colonies elles-mêmes ne sont pas un avantage, pourquoi en achèterait-on si chèrement la conservation ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perte que l&#039;Angleterre a faite de ses colonies de l&#039;Amérique septentrionale a été un gain pour elle. C&#039;est un fait que je n&#039;ai vu contesté nulle part. Or, pour tenter de les conserver, elle a supporté, pendant la guerre d&#039;Amérique, une dépense extraordinaire et inutile de plus de dix-huit cents millions de francs. Quel déplorable calcul ! Elle pouvait faire le même gain, c&#039;est-à-dire rendre ses colonies indépendantes, ne pas dépenser un sou pour cela, épargner le sang de ses braves, et se donner,&lt;br /&gt;
aux yeux de l&#039;Europe et de l&#039;histoire, les honneurs de la générosité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fautes commises par l gouvernement de Georges III pendant toute la guerre de la révolution d&#039;Amérique, et malheureusement soutenues par un parlement vénal et une nation orgueilleuse, ont été imitées par Bonaparte lorsqu&#039;il a voulu mettre Saint-Domingue sous le joug. Rien, si ce n&#039;est la distance et la mer, n&#039;a empêché cette guerre de devenir aussi désastreuse que la guerre d&#039;Espagne, tandis que, toute proportion gardée, l&#039;indépendance de Saint-Domingue, franchement reconnue, pouvait être commercialement profitable à la France, comme l&#039;indépendance des États-Unis l&#039;a été pour l&#039;Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suppose qu&#039;on insiste et qu&#039;on dise : les colonies fournissent certaines denrées qui ne croissent que là. Si vous ne possédez aucun coin de ce territoire privilégié par la nature, vous serez à la merci de la nation qui s&#039;en emparera ; elle aura la vente&lt;br /&gt;
exclusive des produits coloniaux, et vous les fera payer ce qu&#039;elle voudra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est actuellement prouvé que les denrées que nous appelons mal à propos coloniales, croissent entre les tropiques partout où les localités se prêtent à leur culture, même les épiceries des Moluques, qui se cultivent avec succès à Cayenne, et probablement déjà en beaucoup d&#039;autres endroits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De tous les commerces, le plus exclusif peut-être était celui que les hollandais faisaient de ces épiceries. Ils possédaient seuls les seules îles qui en produisissent, et ils n&#039;en laissaient approcher personne. L&#039;Europe a-t-elle manqué de ces produits ? Les a-t-elle payés au poids de l&#039;or ? Devons-nous regretter de n&#039;avoir pas acheté au prix de deux cents ans de guerres, de vingt batailles navales, de quelques centaines de millions, et du sang de cinq cent mille hommes, l&#039;avantage de payer le poivre et le girofle quelques sous de moins ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon d&#039;observer que cet exemple est le plus favorable de tous au système colonial. Il est difficile de supposer que la fourniture du sucre, d&#039;un produit qu&#039;on cultive dans la majeure partie de l&#039;Asie, de l&#039;Afrique et de l&#039;Amérique, pût être accaparée comme celle des épiceries ; et encore cette dernière même est-elle enlevée à l&#039;avidité des possesseurs des Moluques sans coup férir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les anciens se faisaient, par leurs colonies, des amis par tout le monde alors connu : les peuples modernes n&#039;ont su s&#039;y faire que des sujets, c&#039;est-à-dire, des ennemis. Les gouverneurs envoyés par la métropole, ne regardant pas le pays qu&#039;ils administrent comme celui où ils doivent passer leur vie entière, goûter le repos et jouir de la considération publique, n&#039;ont aucun intérêt à y faire germer le bonheur et la vraie richesse. Ils savent qu&#039;ils seront considérés dans la métropole en proportion de la fortune qu&#039;ils y rapporteront, et non en raison de la conduite qu&#039;ils auront tenue dans la colonie. Qu&#039;on y ajoute le pouvoir presque discrétionnaire qu&#039;on est obligé d&#039;accorder à qui va gouverner à de grandes distances, et l&#039;on aura tous les principes dont se composent en général les plus mauvaises administrations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme on ne peut guère compter sur la modération des gouvernants, parce qu&#039;ils sont hommes ; comme ils participent lentement aux progrès des lumières, par la raison qu&#039;une multitude d&#039;agents civils, de militaires, de financiers, de négociants, sont prodigieusement intéressés à épaissir les voiles qui les entourent, et à embrouiller des questions qui seraient simples sans eux, il n&#039;est permis d&#039;espérer que de la force même des choses, la chute d&#039;un système qui aura, pendant trois ou quatre cents ans, beaucoup diminué les immenses avantages que les hommes des cinq parties du monde ont retirés ou doivent retirer de leurs grandes découvertes, et du mouvement extraordinaire de leur industrie depuis le seizième siècle.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVIII|Si le gouvernement augmente la richesse nationale en devenant producteur lui-même]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XX|Des voyages et de l&#039;expatriation par rapport à la richesse nationale]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XVIII&amp;diff=1890</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVIII</title>
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		<updated>2008-05-01T17:44:06Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVII|Des effets des règlements de l&#039;administration qui ont pour objet d&#039;influer sur la production]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIX|Des colonies et de leurs produits]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XVIII - Si le gouvernement augmente la richesse nationale en devenant producteur lui-même.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Une entreprise industrielle quelconque donne de la perte, lorsque les valeurs consommées pour la production, excèdent la valeur des produits. Que ce soient les particuliers ou bien le gouvernement qui fasse cette perte, elle n&#039;en est pas moins réelle pour la nation ; c&#039;est une valeur qui se trouve de moins dans le pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait en vain qu&#039;on prétendrait que, tandis que le gouvernement y perd, les agents, les hommes industrieux, les ouvriers qu&#039;il emploie, y ont gagné. Si l&#039;entreprise ne se soutient pas par elle-même, ne paie pas ses frais, le déficit qui en résulte est nécessairement payé par ceux qui fournissent aux dépenses des gouvernements : par les contribuables. Il convient que des producteurs soient payés par leurs produits, et non pas soutenus par une contribution gratuite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La manufacture de tapisseries des Gobelins, qui est entretenue par le gouvernement de France, consomme des laines, des soies, des teintures ; elle consomme la rente de son local, l&#039;entretien de ses ouvriers ; toutes choses qui devraient être remboursées par ses produits, et qui sont loin de l&#039;être. La manufacture des Gobelins, loin d&#039;être une source de richesses, je ne dis pas seulement pour le gouvernement, qui sait bien qu&#039;il y perd, mais pour la nation tout entière, est pour elle une cause toujours subsistante de&lt;br /&gt;
perte. La nation perd annuellement toute la valeur dont les consommations de cette manufacture, en y comprenant les traitements, qui sont une de ses consommations, excèdent ses produits. On peut dire la même chose de la manufacture de porcelaines de Sèvres, et je crains qu&#039;on n&#039;en puisse dire autant de toutes les manufactures exploitées pour le compte des gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On assure que ce sacrifice est nécessaire pour fournir au prince le moyen de faire des présents et d&#039;orner ses palais. Ce n&#039;est point ici le lieu d&#039;examiner jusqu&#039;à quel point une nation est mieux gouvernée quand elle fait des présents et quand elle orne des palais ; je tiens pour assuré, puisqu&#039;on le veut, que ces ornements et ces présents sont nécessaires : dans ce cas, il ne convient pas à une nation d&#039;ajouter aux sacrifices que réclament sa magnificence et sa libéralité, les pertes qu&#039;occasionne un emploi mal combiné de ses moyens. Il lui convient d&#039;acheter tout bonnement ce qu&#039;elle juge à propos de donner ; avec moins d&#039;argent sacrifié, elle aura probablement un produit aussi précieux ; car les particuliers fabriquent à moins de frais que le gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les efforts de l&#039;État pour créer des produits ont un autre inconvénient ; ils sont nuisibles à l&#039;industrie des particuliers, non des particuliers qui traitent avec lui, et qui s&#039;arrangent pour ne rien perdre ; mais à l&#039;industrie des particuliers qui sont ses concurrents. L&#039;État est un agriculteur, un manufacturier, un négociant qui a trop d&#039;argent à sa disposition, et qui n&#039;est pas assez intéressé au succès de ses entreprises industrielles. Il peut consentir à vendre un produit au-dessous du prix coûtant et recommencer sur le même pied, parce que la perte qui en résulte ne sort pas de la poche de celui qui dirige l&#039;opération. Il peut consommer, produire, accaparer en peu de temps une quantité de produits telle, que la proportion qui s&#039;établit naturellement entre les prix des choses, soit violemment dérangée ; or, tout changement brusque dans le prix des choses, est funeste. Le producteur assied ses calculs sur la valeur présumable des produits au moment où ils seront achevés. Rien ne le décourage comme une variation qui se joue de tous les calculs. Les pertes qu&#039;il fera seront aussi peu méritées que les profits extraordinaires que de telles variations peuvent lui procurer ; et ses profits, s&#039;il en fait, seront une charge de plus pour les consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On prétend qu&#039;il y a des entreprises que le gouvernement ne peut sans imprudence confier à d&#039;autres qu&#039;à ses agents, telles que la construction des vaisseaux de guerre, la fabrication de la poudre à canon, etc. : cependant le gouvernement anglais confie sans inconvénients ces travaux à des entrepreneurs particuliers ; et en France même ce sont en grande partie des particuliers qui fournissent les canons, les fusils, les chariots et les caissons dont l&#039;administration de la guerre a besoin. Peut-être devrait-on étendre le même système à tous les objets nécessaires au service de l&#039;état. Un gouvernement ne peut agir que par procureurs, c&#039;est-à-dire par l&#039;intermédiaire de gens qui ont un intérêt particulier différent du sien, et qui leur est beaucoup plus cher. Si, par une conséquence de sa position désavantageuse, il est presque toujours dupe dans les marchés qu&#039;il conclut, il ne doit pas multiplier les occasions de l&#039;être, en devenant entrepreneur lui-même, c&#039;est-à-dire en embrassant une profession qui multiplie à l&#039;infini les occasions de traiter avec les particuliers ; et il lui convient d&#039;établir entre eux une concurrence ouverte à qui le servira mieux et aux conditions les plus modérées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le gouvernement est un mauvais producteur par lui-même, il peut du moins favoriser puissamment la production des particuliers par des établissements publics bien conçus, bien exécutés et bien entretenus, et notamment par les routes, les ponts, les canaux et les ports. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les moyens de communication favorisent la production précisément de la même manière que les machines qui multiplient les produits de nos manufactures et en abrègent la production. Ils procurent le même produit à moins de frais, ce qui équivaut exactement à un plus grand produit obtenu avec les mêmes frais. Ce calcul, appliqué à l&#039;immense quantité de marchandises qui couvrent les routes d&#039;un empire populeux et riche, depuis les légumes qu&#039;on porte au marché jusqu&#039;aux produits de toutes les parties du globe, qui, après&lt;br /&gt;
avoir été débarqués dans les ports, se répandent ensuite sur la surface d&#039;un continent ; ce calcul, dis-je, s&#039;il pouvait se faire, donnerait pour résultat une économie presque inappréciable dans les frais de production. La facilité des communications équivaut à la richesse naturelle et gratuite qui se trouve en un produit, lorsque, sans la facilité des communications, cette richesse naturelle serait perdue. Qu&#039;on suppose des moyens de transporter de la montagne jusque dans la plaine, de très beaux arbres qui se perdent dans certains endroits escarpés des Alpes et des Pyrénées : dès lors l&#039;utilité tout entière des bois qui maintenant se&lt;br /&gt;
pourrissent aux lieux où ils tombent, est acquise, et forme une augmentation de revenu, soit pour le propriétaire du terrain dont le revenu s&#039;accroît de tout le prix auquel il vend ses arbres, soit pour les consommateurs de bois dont le revenu s&#039;accroît de toute la baisse qui résulte par cette circonstance dans le prix de cet objet de leurs consommations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les académies, les bibliothèques, les écoles publiques, les musées, fondés par des gouvernements éclairés, contribuent à la production des richesses en découvrant de nouvelles vérités, en propageant celles qui sont connues, et en mettant ainsi les entrepreneurs d&#039;industrie sur la voie des applications que l&#039;on peut faire des connaissances de l&#039;homme à ses besoins. On en peut&lt;br /&gt;
dire autant des voyages entrepris aux frais du public, et dont les résultats sont d&#039;autant plus brillants que, de nos jours, ce sont en général des hommes d&#039;un mérite éminent qui se vouent à ce genre de recherches.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et remarquez bien que les sacrifices qu&#039;on fait pour reculer les bornes des connaissances humaines, ou simplement pour en conserver le dépôt, ne doivent pas être condamnés, même lorsqu&#039;ils ont rapport à celles dont on n&#039;aperçoit pas l&#039;utilité immédiate. Toutes les connaissances se tiennent. Il est nécessaire qu&#039;une science purement spéculative soit avancée, pour que telle autre, qui a donné lieu aux plus heureuses applications, le soit également. Il est impossible d&#039;ailleurs de prévoir à quel point un phénomène&lt;br /&gt;
qui ne paraît que curieux peut devenir utile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque le hollandais Otto Guericke tira les premières étincelles électriques, pouvait-on soupçonner qu&#039;elles mettraient Franklin sur la voie de diriger la foudre et d&#039;en préserver nos édifices ? Entreprise qui semblait excéder de si loin les efforts du pouvoir de l&#039;homme !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de tous les moyens qu&#039;ont les gouvernements de favoriser la production, le plus puissant, c&#039;est de pourvoir à la sûreté des personnes et des propriétés, surtout quand ils les garantissent même des atteintes du pouvoir arbitraire. Cette seule protection est plus favorable à la prospérité générale que toutes les entraves inventées jusqu&#039;à ce jour ne lui ont été contraires. Les entraves&lt;br /&gt;
compriment l&#039;essor de la production ; le défaut de sûreté la supprime tout-à-fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suffit, pour s&#039;en convaincre, de comparer les États soumis à la domination ottomane et ceux de notre Europe occidentale. Voyez l&#039;Afrique presque entière, l&#039;Arabie, la Perse, cette Asie Mineure, autrefois couverte de villes si florissantes, dont, suivant l&#039;expression de Montesquieu, il ne reste de vestiges que dans Strabon : on y est pillé par des brigands, par des pachas ; la richesse et la population ont fui, et les hommes clairsemés qui y restent manquent de tout. Jetez au contraire les yeux sur l&#039;Europe,&lt;br /&gt;
quoiqu&#039;elle soit fort éloignée d&#039;être aussi florissante qu&#039;elle le deviendra : la plupart des États y prospèrent, tout accablés qu&#039;ils sont d&#039;une foule de règlements et d&#039;impôts, par cela seul qu&#039;on y est, en général, à l&#039;abri des outrages personnels&lt;br /&gt;
et des spoliations arbitraires. La prospérité des républiques américaines est bien plus marquée encore, parce qu&#039;à la sûreté s&#039;y trouve jointe une plus grande liberté, et que les lois, surtout les lois fiscales, y sont faites, non dans l&#039;intérêt de la partie gouvernante des nation, mais dans l&#039;intérêt de tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai oublié de parler d&#039;un autre moyen par lequel un gouvernement peut contribuer à augmenter momentanément les richesses de son pays. Ce moyen consiste à dépouiller les autres nations de leurs propriétés mobilières pour les rapporter chez soi, et à leur imposer des tributs énormes pour les dépouiller des biens encore à naître : c&#039;est ce que firent les romains vers les derniers temps de la république, et sous les premiers empereurs ; ce système est analogue à celui que suivent les gens qui abusent de leur pouvoir et de leur adresse pour s&#039;enrichir. Ils ne produisent pas ; ils ravissent les produits des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je fais mention de ce moyen d&#039;accroître les richesses d&#039;une nation pour les embrasser tous, mais sans prétendre que ce soit le plus honorable, ni même le plus sûr. Si les romains avaient suivi avec la même persévérance un autre système, s&#039;ils avaient cherché à répandre la civilisation chez les barbares, et s&#039;ils avaient établi avec eux des relations d&#039;où fussent résultés des besoins réciproques, il est probable que la puissance romaine subsisterait encore.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVII|Des effets des règlements de l&#039;administration qui ont pour objet d&#039;influer sur la production]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIX|Des colonies et de leurs produits]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XVII&amp;diff=1889</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVII</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XVII&amp;diff=1889"/>
		<updated>2008-05-01T17:41:30Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;__NOTOC__&lt;br /&gt;
__NOEDITSECTION__&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVI|Quels avantages résultent de l&#039;activité de circulation de l&#039;argent et des marchandises]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVIII|Si le gouvernement augmente la richesse nationale en devenant producteur lui-même]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XVII - Des effets des règlements de l&#039;administration qui ont pour objet d&#039;influer sur la production.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Il n&#039;est, à vrai dire, aucun acte du gouvernement qui n&#039;exerce quelque influence sur la production ; je me contenterai, dans ce chapitre, de parler de ceux qui ont pour objet spécial d&#039;y influer, me réservant de développer les effets du système monétaire, des emprunts, des impôts, quand je traiterai de ces matières pour elles-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet des gouvernements, en cherchant à influer sur la production, est, ou de déterminer la production de certains produits qu&#039;ils croient plus dignes d&#039;être favorisés que d&#039;autres, ou bien de prescrire des manières de produire qu&#039;ils jugent préférables à d&#039;autres manières. Les résultats de cette double prétention, relativement à la richesse nationale, seront examinés dans les deux premiers paragraphes de ce chapitre. Dans les deux paragraphes suivants, j&#039;appliquerai les mêmes principes à deux cas particuliers, les compagnies privilégiées, et le commerce des grains, à cause de leur grande importance, et afin de fournir de nouvelles preuves et de nouveaux développements aux principes. Chemin faisant, nous verrons quelles sont les circonstances où des raisons suffisantes semblent commander quelques déviations dans la marche que prescrivent les principes généraux. En administration, les grands maux ne viennent pas des exceptions qu&#039;on croit devoir faire aux règles ; ils viennent des fausses notions qu&#039;on se forme de la nature des choses, et des fausses règles qu&#039;on s&#039;impose en conséquence. Alors on fait le mal en grand, on agit systématiquement de travers ; car il est bon de savoir que nul n&#039;a plus de systèmes que les gens qui se vantent de n&#039;en point avoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. Effets des règlements qui déterminent la nature des produits====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nature des besoins de la société détermine à chaque époque, et selon les circonstances, une demande plus ou moins vive de tels ou tels produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en résulte que, dans ces genres de production, les services productifs sont un peu mieux payés que dans les autres branches de la production, c&#039;est-à-dire que les profits qu&#039;on y fait sur l&#039;emploi de la terre, des capitaux et du travail, y sont un peu meilleurs. Ces profits attirent de ce côté des producteurs, et c&#039;est ainsi que la nature des produits se conforme toujours naturellement aux besoins de la société. On a déjà vu que ces besoins sont d&#039;autant plus étendus que la production est plus grande, et que la société en général achète d&#039;autant plus qu&#039;elle a plus de quoi acheter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;au travers de cette marche naturelle des choses, l&#039;autorité se montre et dit : &#039;&#039;le produit qu&#039;on veut créer, celui qui donne les meilleurs profits, et par conséquent celui qui est le plus recherché, n&#039;est pas celui qui convient ; il faut qu&#039;on s&#039;occupe de tel autre&#039;&#039;, elle dirige évidemment une partie des moyens de production vers un genre dont le besoin se fait moins sentir, aux dépens d&#039;un autre dont le besoin se fait sentir davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un arrêt du conseil du roi, rendu en 1737, obligeait les propriétaires qui voulaient planter un terrain en vignes, d&#039;en obtenir la permission de l&#039;intendant de la province, comme si le propriétaire ne savait pas mieux que l&#039;intendant, le genre de culture où son terrain lui rapporterait le plus ; et comme si le produit qui devait rapporter le plus, n&#039;était pas celui dont le besoin se faisait le plus sentir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1794, il y eut en France des personnes persécutées, et même conduites à l&#039;échafaud, pour avoir transformé des terres labourées en prairies artificielles. Cependant, du moment que ces personnes trouvaient plus d&#039;avantages à élever des bestiaux qu&#039;à cultiver des grains, on peut être certain que les besoins de la société réclamaient plus de bestiaux que de grains, et qu&#039;elles pouvaient produire une plus grande valeur dans la première de ces denrées que dans la seconde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;administration disait que la valeur produite importait moins que la nature des produits, et qu&#039;elle préférait qu&#039;un arpent de terre produisît pour vingt francs de blé plutôt que pour trente francs de fourrage. Elle calculait mal ; car si le terrain produisait un hectolitre de blé valant vingt francs, ce même arpent cultivé en prairie, et donnant un produit de trente francs, aurait procuré un hectolitre et demi de blé au lieu d&#039;un hectolitre. Que si le blé était assez rare et assez cher pour que l&#039;hectolitre valût plus que le fourrage, l&#039;ordonnance était superflue : l&#039;intérêt du producteur suffisait pour lui faire cultiver du blé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste donc plus qu&#039;à savoir qui, de l&#039;administration ou du cultivateur, sait le mieux quel genre de culture rapportera davantage ; et il est permis de supposer que le cultivateur qui vit sur le terrain, l&#039;étudie, l&#039;interroge, qui plus que personne est intéressé à en tirer le meilleur parti, en sait à cet égard plus que l&#039;administration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on insiste, et si l&#039;on dit que le cultivateur ne connaît que le prix courant du marché, et ne saurait prévoir, comme l&#039;administration, les besoins futurs du peuple, on peut répondre que l&#039;un des talents des producteurs, talent que leur intérêt les oblige de cultiver avec soin, est non seulement de connaître, mais de prévoir les besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;à une autre époque, on a forcé les particuliers à planter des betteraves ou du pastel dans des terrains qui produisaient du blé, on a causé un mal du même genre ; et je ferai remarquer, en passant, que c&#039;est un bien mauvais calcul que de vouloir obliger la zone tempérée à fournir des produits de la zone torride. Nos terres produisent péniblement, en petite quantité et en qualités médiocres, des matières sucrées et colorantes qu&#039;un autre climat donne avec profusion ; mais elles produisent, au contraire, avec facilité, des fruits, des céréales, que leur poids et leur volume ne permettent pas de tirer de bien loin. Lorsque nous condamnons nos terres à nous donner ce qu&#039;elles produisent avec désavantage, aux dépens de ce qu&#039;elles produisent plus volontiers ; lorsque nous achetons par conséquent fort cher ce que nous paierions à fort bon marché si nous le tirions des lieux où il est produit avec avantage, nous devenons nous-mêmes victimes de notre propre folie. Le comble de l&#039;habileté est de tirer le parti le plus avantageux des forces de la nature, et le comble de la démence est de lutter contre elles ; car c&#039;est employer nos peines à détruire une partie des forces que la nature voudrait nous prêter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit encore qu&#039;il vaut mieux payer plus cher un produit, lorsque son prix ne sort pas du pays, que de le payer moins cher lorsqu&#039;il faut l&#039;acheter au dehors. Mais qu&#039;on se reporte aux procédés de la production que nous avons analysés : on y verra que les produits ne s&#039;obtiennent que par le sacrifice, la consommation d&#039;une certaine quantité de matières et de services productifs, dont la valeur est, par ce fait, aussi complètement perdue pour le pays que si elle était envoyée au dehors.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne présume pas qu&#039;un gouvernement quelconque veuille objecter ici que le profit résultant d&#039;une meilleure production lui est indifférent, puisqu&#039;il devient le partage des particuliers ; les plus mauvais gouvernements, ceux qui séparent leurs intérêts des intérêts de la nation, savent maintenant que les revenus des particuliers sont la source où se puisent les tributs du fisc ; et que, même dans les pays gouvernés despotiquement ou militairement, et où les impôts ne sont qu&#039;un pillage organisé, les particuliers ne peuvent payer qu&#039;avec ce qu&#039;ils gagnent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les raisonnements que nous venons d&#039;appliquer à l&#039;agriculture sont applicables aux manufactures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois un gouvernement s&#039;imagine que le tissage des étoffes faites avec une matière première indigène, est plus favorable à l&#039;industrie nationale que celui des étoffes fabriquées avec une matière d&#039;origine étrangère. Nous avons vu, conformément à ce système, favoriser les tissus de laine et de lin préférablement aux tissus de coton. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était borner, relativement à nous, les bienfaits de la nature : elle nous fournit en différents climats une foule de matières dont les propriétés variées s&#039;accommodent à nos divers besoins. Chaque fois que nous parvenons à répandre sur ces matières, soit par leur transport au milieu de nous, soit par les préparations que nous leur faisons subir, une valeur qui est le résultat de leur utilité, nous faisons un acte profitable et qui contribue à l&#039;accroissement de la richesse nationale. Le sacrifice au prix duquel nous obtenons des étrangers cette matière première, n&#039;a rien de plus fâcheux que le sacrifice des avances et des consommations que nous faisons en chaque genre de production pour obtenir un nouveau produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt personnel est toujours le meilleur juge de l&#039;étendue de ce sacrifice et de l&#039;étendue du dédommagement qu&#039;on peut s&#039;en promettre ; et quoique l&#039;intérêt personnel se trompe quelquefois, c&#039;est, au demeurant, le juge le moins dangereux, et celui dont les jugements coûtent le moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l&#039;intérêt personnel n&#039;offre plus aucune indication, lorsque les intérêts particuliers ne servent pas de contrepoids les uns pour les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du moment qu&#039;un particulier, une classe de particuliers peuvent s&#039;étayer de l&#039;autorité pour s&#039;affranchir d&#039;une concurrence, ils acquièrent un privilège aux dépens de la société ; ils peuvent s&#039;assurer des profits qui ne dérivent pas entièrement des services productifs qu&#039;ils ont rendus, mais dont une partie est un véritable impôt mis à leur profit sur les consommateurs ; impôt dont ils partagent presque toujours quelque portion avec l&#039;autorité, qui leur a prêté son injuste appui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le législateur a d&#039;autant plus de peine à se défendre d&#039;accorder ces sortes de privilèges, qu&#039;ils sont vivement sollicités par les producteurs qui doivent en profiter, et qui peuvent représenter, d&#039;une manière assez plausible, leurs gains comme un gain pour la classe industrieuse et pour la nation, puisque leurs ouvriers et eux-mêmes font partie de la classe industrieuse et de la nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on commença à fabriquer des cotonnades en France, le commerce tout entier des villes d&#039;Amiens, de Reims, de Beauvais, etc., se mit en réclamation, et représenta toute l&#039;industrie de ces villes comme détruite. Il ne paraît pas cependant qu&#039;elles soient moins industrieuses ni moins riches qu&#039;elles ne l&#039;étaient il y a un demi-siècle ; tandis que l&#039;opulence de Rouen et de la Normandie a reçu un grand accroissement des manufactures de coton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut bien pis quand la mode des toiles peintes vint à s&#039;introduire : toutes les chambres de commerce se mirent en mouvement ; de toutes parts il y eut des convocations, des délibérations, des mémoires, des députations, et beaucoup d&#039;argent répandu. Rouen peignit à son tour la misère qui allait assiéger ses portes, &#039;&#039;les enfants, les femmes, les vieillards dans la désolation, les terres les mieux cultivées du royaume restant en friche, et cette belle et riche province devenant un désert&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ville de Tours fit voir les députés de tout le royaume dans les gémissements, et prédit &#039;&#039;une commotion qui occasionnera une convulsion dans le gouvernement politique&#039;&#039;… Lyon ne voulut point se taire sur un &#039;&#039;projet qui répandait la terreur dans toutes les fabriques&#039;&#039;. Paris ne s&#039;était jamais présenté au pied du trône, &#039;&#039;que le commerce arrosait de ses larmes&#039;&#039;, pour une affaire aussi importante. Amiens regarda &#039;&#039;la permission des toiles comme le tombeau dans lequel toutes les manufactures du royaume devaient être anéanties&#039;&#039;. Son mémoire, délibéré au bureau des marchands des trois corps réunis, et signé de tous les membres, était ainsi terminé : &#039;&#039;au reste, il suffit, pour proscrire à jamais l&#039;usage des toiles peintes, que tout le royaume frémit d&#039;horreur quand il entend annoncer qu&#039;elles vont être permises&#039;&#039;. VOX POPULI, VOX DEI.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Or, existe-t-il maintenant, dit à ce sujet Roland De La Platière, qui avait recueilli ces plaintes comme inspecteur général des manufactures, existe-t-il un seul homme assez insensé pour dire que les manufactures de toiles peintes n&#039;ont pas répandu en France une main-d&#039;œuvre prodigieuse, par la préparation et la filature des matières premières, le tissage, le blanchiment, l&#039;impression des toiles ? Ces établissements ont plus hâté le progrès des teintures en peu d&#039;années, que toutes les autres manufactures en un siècle ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je prie qu&#039;on s&#039;arrête un moment à considérer ce qu&#039;il faut de fermeté dans une administration, et de vraies lumières sur ce qui fait la prospérité de l&#039;État, pour résister à une clameur qui paraît si générale, et qui est appuyée auprès des agents principaux de l&#039;autorité par d&#039;autres moyens encore que par des motifs d&#039;utilité publique… Quoique les gouvernements aient trop souvent présumé qu&#039;ils pouvaient, utilement pour la richesse générale, déterminer les produits de l&#039;agriculture et des manufactures, ils s&#039;en sont cependant beaucoup moins mêlés que des produits commerciaux, surtout des produits commerciaux étrangers. C&#039;est la suite d&#039;un système général, qu&#039;on désigne par le nom de &#039;&#039;système exclusif&#039;&#039; ou &#039;&#039;mercantile&#039;&#039;, et qui fonde les gains d&#039;une nation sur ce qu&#039;on appelle dans ce système une balance favorable du commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d&#039;observer le véritable effet des règlements qui ont pour objet d&#039;assurer à une nation cette balance favorable, il convient de nous former une idée de ce qu&#039;elle est en réalité, et du but qu&#039;elle se propose. Ce sera l&#039;objet de la digression suivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Digression ====&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Sur ce qu&#039;on nomme la balance du commerce.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La comparaison que fait une nation de la valeur des marchandises qu&#039;elle vend à l&#039;étranger, avec la valeur des marchandises qu&#039;elle achète de l&#039;étranger, forme ce qu&#039;on appelle la balance de son commerce. Si elle a envoyé au dehors plus de marchandises qu&#039;elle n&#039;en a reçu, on s&#039;imagine qu&#039;elle a un excédent à recevoir en or ou en argent ; on dit que la balance du commerce lui&lt;br /&gt;
est favorable : dans le cas opposé, on dit que la balance du commerce lui est contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le système exclusif suppose, d&#039;une part, que le commerce d&#039;une nation est &#039;&#039;d&#039;autant plus avantageux&#039;&#039; qu&#039;elle exporte plus de&lt;br /&gt;
marchandises, qu&#039;elle en importe moins, et qu&#039;elle a un plus fort excédant à recevoir de l&#039;étranger en numéraire ou en métaux précieux ; et, d&#039;une autre part, il suppose que, par le moyen des droits d&#039;entrées, des prohibitions et des primes, un gouvernement peut rendre la balance plus favorable, ou moins contraire à sa nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ces deux suppositions qu&#039;il s&#039;agit d&#039;examiner ; et d&#039;abord il convient de savoir comment se passent les faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand un négociant envoie des marchandises à l&#039;étranger, il les y fait vendre, et reçoit de l&#039;acheteur, par les mains de ses correspondants, le montant de la vente en monnaie étrangère. S&#039;il espère pouvoir gagner sur les retours des produits de sa vente, il fait acheter une marchandise à l&#039;étranger, et se la fait adresser. L&#039;opération est à peu près la même quand elle commence par la fin, c&#039;est-à-dire lorsqu&#039;un négociant fait d&#039;abord acheter à l&#039;étranger, et paie ses achats par les marchandises qu&#039;il y envoie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces opérations ne sont pas toujours exécutées pour le compte du même négociant. Celui qui fait l&#039;envoi quelquefois ne veut pas faire l&#039;opération du retour ; alors il fait des traites ou lettres de change sur le correspondant qui a vendu sa marchandise ; il négocie ou vend ces traites à une personne qui les envoie dans l&#039;étranger, où elles servent à acquérir d&#039;autres marchandises&lt;br /&gt;
que cette dernière personne fait venir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l&#039;un et l&#039;autre cas, une valeur est envoyée, une autre valeur revient en échange ; mais nous n&#039;avons point encore examiné si une portion des valeurs envoyées ou revenues, était composée de métaux précieux. On peut raisonnablement supposer que lorsque les négociants sont libres de choisir les marchandises sur lesquelles portent leurs spéculations, ils préfèrent celles qui leur présentent le plus d&#039;avantage, c&#039;est-à-dire celles qui, rendues à leur destination, auront le plus de valeur. Ainsi, lorsqu&#039;un négociant français envoie en Angleterre des eaux-de-vie, et que, par suite de cet envoi, il a mille livres sterling à faire venir, il compare ce que produiront en France ces mille livres sterling dans le cas où il les fera venir en métaux précieux, avec ce qu&#039;elles produiront s&#039;il les fait venir en quincailleries.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si ce négociant trouve son avantage à faire venir des marchandises plutôt que des espèces, et si nul ne peut lui disputer d&#039;entendre mieux ses intérêts que qui que ce soit, il ne reste plus à examiner que la question de savoir si, dans l&#039;intérêt du pays, les retours en espèces, quoique moins favorables à ce négociant, seraient plus favorables à la France que des retours d&#039;un autre genre ; s&#039;il est à désirer pour la France que les métaux précieux y abondent, plutôt que toute autre marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont les fonctions des métaux précieux dans la société ? Façonnés en bijoux, en ustensiles, ils servent à l&#039;ornement de nos personnes, de nos maisons, et à plusieurs usages domestiques. Les boîtes de nos montres, nos cuillères, nos fourchettes, nos plats, nos cafetières, en sont faits ; étendus en feuilles minces, ils embellissent plusieurs sortes d&#039;encadrements ; ils relèvent la reliure de nos livres, etc. Sous ces formes diverses, ils font partie du capital de la société, de cette portion du capital qui ne porte point d&#039;intérêt, ou plutôt qui est productive d&#039;utilité ou d&#039;agrément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est sans doute avantageux pour une nation que les matières dont se compose ce capital soient à bon compte et en abondance. La jouissance qui en résulte est alors acquise à meilleur marché ; elle est plus répandue. Beaucoup de modestes ménages qui ont actuellement des couverts d&#039;argent, n&#039;en auraient pas si l&#039;Amérique n&#039;avait pas été  découverte. Mais il ne faut pas estimer cet avantage au-delà de sa véritable valeur : il y a des utilités supérieures à celles-là. Le verre des vitres qui nous défendent contre les rigueurs de l&#039;hiver, nous est d&#039;un bien plus grand service que quelque ustensile d&#039;argent que ce soit. On ne s&#039;est pourtant jamais avisé d&#039;en favoriser l&#039;importation ou la production par des faveurs spéciales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;autre usage des métaux précieux est de servir à la fabrication des monnaies, de cette portion du capital de la société, qui s&#039;emploie à faciliter les échanges que les hommes font entre eux des valeurs qu&#039;ils possèdent déjà. Pour cet usage, est-il avantageux que la matière dont on se sert soit abondante et peu chère ? La nation où cette matière abonde est-elle plus riche que celle où cette matière est rare ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici je suis forcé de regarder comme déjà prouvé un fait qui ne le sera que dans le chapitre 23, où je traite de la valeur des monnaies. C&#039;est que la somme des échanges qui se consomment dans un pays exige une certaine valeur de marchandise-monnaie, quelle qu&#039;elle soit. Il se vend en France chaque jour pour une certaine valeur de blé, de bestiaux, de combustibles, de meubles et d&#039;immeubles ; toutes ces ventes réclament l&#039;usage journalier d&#039;une certaine &#039;&#039;valeur en numéraire&#039;&#039;, parce que c&#039;est d&#039;abord contre cette somme de numéraire que chaque chose s&#039;échange, pour s&#039;échanger de nouveau contre d&#039;autres objets. Or, quelle que soit l&#039;abondance ou la rareté du numéraire, comme on a besoin d&#039;une certaine somme pour consommer tous les échanges, le numéraire augmente en valeur à mesure qu&#039;il décline en quantité, et décline en valeur à mesure qu&#039;il augmente en quantité. S&#039;il y a pour 2 milliards de numéraire en France, et qu&#039;un événement quelconque réduise cette quantité de francs à 1500 millions, les 1500 millions vaudront tout autant que les 2 milliards pouvaient valoir. Les besoins de la circulation exigent un agent dont la valeur égale ce que valent actuellement 2 milliards, c&#039;est-à-dire (en supposant le sucre à 20 sous la livre) une valeur égale à 2 milliards de livres de sucre, ou bien (en supposant que le blé vaut actuellement 20 francs l&#039;hectolitre) une valeur égale à celle de 100 millions d&#039;hectolitres de blé. Le numéraire, quelle que sot sa masse, égalera toujours cette valeur. La matière dont se compose le numéraire vaudra, dans le second cas, un tiers de plus que dans le premier ; une once d&#039;argent, au lieu d&#039;acheter six livres de sucre, en achètera huit : il en sera de même de toutes les autres marchandises, et les 1500 millions de numéraire vaudront autant que les 2 milliards valaient auparavant. La nation n&#039;en sera ni plus riche ni plus pauvre. Il faudra porter moins d&#039;argent au marché, et l&#039;argent qu&#039;on y portera y achètera toutes les mêmes choses. Une nation qui, pour agent de la circulation, emploie des monnaies d&#039;or, n&#039;est pas moins riche que celle qui se sert de monnaie d&#039;argent, quoiqu&#039;elle porte au marché une bien moins grande quantité de la marchandise qui lui sert de monnaie. Si l&#039;argent devenait chez nous quinze fois plus rare qu&#039;il n&#039;est, c&#039;est-à-dire aussi rare que l&#039;or, une once d&#039;argent nous servirait, comme numéraire, autant qu&#039;une once d&#039;or nous sert à présent, et nous serions aussi riches en numéraire que nous le sommes. Comme si l&#039;argent devenait aussi abondant que le cuivre, nous n&#039;en serions pas plus riches en numéraire ; seulement il faudrait porter au marché un bien plus grand nombre de sacs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, l&#039;abondance des métaux précieux rend plus abondants les ustensiles qui en sont faits, et les nations plus riches sous ce seul rapport.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le rapport du numéraire, elle ne les rend pas plus riches. Le vulgaire est accoutumé à juger plus riche celui qui a le plus d&#039;argent ; et comme la nation se compose des particuliers, il est porté à conclure que la nation est plus riche quand tous les particuliers ont beaucoup d&#039;argent. Mais la matière ne fait pas la richesse ; c&#039;est la valeur de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si beaucoup d&#039;argent ne vaut pas plus que peu, peu d&#039;argent vaut autant que beaucoup. Une valeur en marchandise vaut autant que la même valeur en argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ajoute-t-on, à égalité de valeur, l&#039;argent est préféré à la marchandise. — Arrêtons-nous un instant ; ceci demande une explication. On verra, quand je parlerai des monnaies, la raison qui fait qu&#039;en général, à égalité de valeur, on préfère le numéraire aux marchandises. On verra qu&#039;avec le métal monnayé on peut se procurer les choses dont on a besoin, par un seul échange au lieu de deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;est pas nécessaire alors, comme lorsqu&#039;on possède toute autre espèce de marchandise, de vendre sa marchandise-monnaie d&#039;abord, pour en racheter ce qu&#039;on veut avoir : on achète immédiatement ; ce qui, avec la facilité que donne la monnaie par ses coupures, de la proportionner exactement à la valeur de la chose achetée, la rend éminemment propre aux échanges ; elle a donc pour consommateurs tous ceux qui ont quelque échange à faire, c&#039;est-à-dire, tout le monde ; et c&#039;est la raison pour laquelle tout le&lt;br /&gt;
monde est disposé à recevoir, à valeur égale, de la monnaie plutôt que tout autre marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cet avantage de la monnaie, dans les relations entre particuliers, n&#039;en est plus un de nation à nation. Dans ces dernières relations, la monnaie, et encore plus les métaux non monnayés, perdent l&#039;avantage que leur qualité de monnaie leur donne aux yeux des particuliers ; ils rentrent dans la classe des autres marchandises. Le négociant qui a des retours à attendre de l&#039;étranger, ne considère autre chose que le gain qu&#039;il pourra faire sur ces retours, et ne regarde les métaux précieux qu&#039;il en pourrait recevoir, que comme une marchandise dont il se défera avec plus ou moins de bénéfice ; il ne redoute point, lui, une marchandise parce qu&#039;elle réclamera encore un échange, puisque son métier est de faire des échanges, pourvu qu&#039;ils lui soient profitables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un particulier aime encore à recevoir de l&#039;argent plutôt que de la marchandise, parce qu&#039;il sait mieux ainsi la valeur de ce qu&#039;il reçoit ; mais un négociant, qui connaît le prix courant des marchandises dans les principales villes du monde, ne se méprend pas sur la valeur qu&#039;on lui paie, quelle que soit la forme matérielle sous laquelle on lui présente cette valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un particulier peut être appelé à liquider sa fortune pour lui donner une autre direction, pour faire des partages, etc. : une nation n&#039;est jamais dans ce cas-là ; et quant aux liquidations, aux ventes que les particuliers ont à faire, que leur importe la valeur de la monnaie ? Si elle est rare et chère, on leur en donne moins pour ce qu&#039;ils ont à vendre, mais ils en donnent moins pour ce qu&#039;ils ont à acheter. Quelle qu&#039;ait été dans un achat, dans une liquidation, la valeur de la monnaie qu&#039;on a employée, on l&#039;a donnée pour ce qu&#039;on l&#039;a reçue, et, l&#039;affaire terminée, on n&#039;en est ni plus pauvre ni plus riche. La perte ou le gain viennent de la valeur relative des deux marchandises vendues et achetées, et non de l&#039;intermédiaire dont on s&#039;est servi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De toutes manières, les avantages que les particuliers trouvent à recevoir du numéraire préférablement à des marchandises, ne sont rien pour les nations. Lorsqu&#039;une nation n&#039;en a pas la quantité qui lui est nécessaire, sa valeur augmente, et les étrangers comme les nationaux sont intéressés à lui en apporter ; lorsqu&#039;il est surabondant, sa valeur baisse par rapport aux autres marchandises, et il convient de l&#039;envoyer au loin, où il peut procurer des valeurs supérieures à ce qu&#039;il peut procurer dans le pays. Si on le force à rester, on force à garder des matières qui sont à charge à leurs possesseurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait peut-être en rester là sur la balance du commerce ; mais ces idées sont encore si peu familières, je ne dirai pas au vulgaire seulement, mais même à des écrivains et à des administrateurs recommandables par la pureté de leurs intentions et par des connaissances d&#039;ailleurs très variées, qu&#039;il peut être à propos de mettre le lecteur à portée de signaler le vice de certains raisonnements, bien fréquemment opposés aux principes libéraux, et qui malheureusement servent de base à la législation des principaux États de l&#039;Europe. Je réduirai toujours les objections aux termes les plus simples et les plus clairs, afin qu&#039;on juge plus aisément de leur importance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit qu&#039;en augmentant, par une balance favorable du commerce, la masse du numéraire, on augmente la masse des capitaux du pays ; et qu&#039;en le laissant écouler, on la diminue. Il faut donc répéter ici, en premier lieu, que la totalité du numéraire d&#039;un pays ne fait pas partie de ses capitaux : l&#039;argent qu&#039;un cultivateur reçoit pour le prix de ses produits, qu&#039;il porte ensuite au percepteur des contributions, qui parvient au trésor public, qui est employé ensuite à payer un militaire ou un juge, qui est dépensé par eux pour la satisfaction de leurs besoins, ne fait partie d&#039;aucun capital. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, et en supposant même que tout le numéraire d&#039;un pays fît partie de ses capitaux, il n&#039;en formerait que la plus petite partie. Le lecteur a vu que les capitaux consistent dans la valeur de cet ensemble de matériaux, d&#039;outils, de marchandises qui servent à la reproduction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on veut employer un capital dans une entreprise quelconque, ou lorsqu&#039;on veut le prêter, on commence, à la vérité, par le réaliser, et par transformer en argent comptant les différentes valeurs dont on peut disposer. La valeur de ce capital, qui se trouve ainsi passagèrement sous la forme d&#039;une somme d&#039;argent, ne tarde pas à se transformer, par des échanges, en diverses constructions et en matières consommables nécessaires à l&#039;entreprise projetée. L&#039;argent comptant, momentanément employé, sort de nouveau de cette affaire, et va servir à d&#039;autres échanges, après avoir rempli son office passager, de même que beaucoup d&#039;autres matières sous la forme desquelles s&#039;est trouvée successivement cette valeur capitale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est donc point perdre ou altérer un capital que de disposer de sa valeur, sous quelque forme matérielle qu&#039;elle se trouve, pourvu qu&#039;on en dispose de manière à s&#039;assurer le remplacement de cette valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;un français, négociant en marchandises d&#039;outre-mer, envoie dans l&#039;étranger un capital de cent mille francs en espèces pour avoir du coton : son coton arrivé, il possède cent mille francs en coton au lieu de cent mille francs en espèces (sans parler du bénéfice). Quelqu&#039;un a-t-il perdu cette somme de numéraire ? Non, certes ; le spéculateur l&#039;avait acquise à titre légitime. Un fabricant de cotonnades achète cette marchandise, et la paie en numéraire : est-ce lui qui perd la somme ? Pas davantage. Au&lt;br /&gt;
contraire, cette valeur de cent mille francs sera portée à deux cent mille francs entre ses mains ; ses avances payées, il y gagnera encore. Si aucun des capitalistes n&#039;a perdu les cent mille francs du numéraire exporté, qui peut dire que l&#039;État les a perdus ? Le consommateur les perdra, dira-t-on. En effet, les consommateurs perdront la valeur des étoffes qu&#039;ils achèteront et qu&#039;ils consommeront ; mais les cent mille francs de numéraire n&#039;eussent pas été exportés, et les consommateurs auraient consommé en place des étoffes de lin et de laine, pour une valeur équivalente, qu&#039;il y aurait toujours eu une valeur de cent mille francs détruite, perdue, sans qu&#039;il fût sorti un sou du pays. La perte de valeur dont il est ici question n&#039;est pas le fait de l&#039;exportation, mais de la consommation qui aurait eu lieu tout de même. Je suis donc fondé à dire que l&#039;exportation du numéraire n&#039;a rien fait perdre à l&#039;État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On insiste ; on prétend que si l&#039;exportation de cent mille francs de numéraire n&#039;avait pas eu lieu, la France posséderait cette valeur de plus. On croit que la nation a perdu deux fois cent mille francs : l&#039;argent exporté d&#039;abord, la marchandise consommée ensuite ; tandis qu&#039;en consommant des étoffes d&#039;un produit entièrement indigène, elle n&#039;aurait perdu qu&#039;une fois cent mille francs. — Je répète que l&#039;exportation des espèces n&#039;a pas été une perte, qu&#039;elle a été balancée par une valeur importée, et qu&#039;il est tellement vrai qu&#039;il n&#039;y a eu que les cent mille francs de marchandises consommées qui aient été perdues, que je défie qu&#039;on trouve de perdants autres que les consommateurs de la marchandise consommée. S&#039;il n&#039;y a pas eu de perdant, il n&#039;y a pas eu de perte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous voulez, dites-vous, empêcher les capitaux de sortir : vous ne les arrêterez point en emprisonnant le numéraire. Celui qui veut envoyer ses capitaux au dehors, y réussit aussi bien en expédiant des marchandises dont l&#039;exportation est permise. Tant mieux, dites-vous ; ces marchandises auront fait gagner nos fabricants. Oui ; mais la valeur de ces marchandises exportées est, pour le pays, une perte de capital, puisqu&#039;elle n&#039;entraîne point de retours. Elle féconde l&#039;industrie étrangère au lieu de la vôtre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà un vrai sujet de crainte. Les capitaux cherchent les lieux où ils trouvent de la sûreté et des emplois lucratifs, et abandonnent peu à peu les lieux où l&#039;on ne sait pas leur offrir de tels avantages ; mais, pour déserter, ils n&#039;ont nul besoin de se transformer en numéraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;exportation du numéraire ne fait rien perdre aux capitaux de la nation, pourvu qu&#039;elle amène des retours, son importation ne leur fait rien gagner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, on ne peut faire entrer du numéraire sans l&#039;avoir acheté par une valeur équivalente, et il a fallu exporter celle-ci pour importer l&#039;autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit à ce sujet que si l&#039;on envoie à l&#039;étranger des marchandises au lieu de numéraire, on procure par là à ces marchandises un débouché qui fait gagner à leurs producteurs les profits de cette production. Je réponds que lorsqu&#039;on envoie du numéraire à l&#039;étranger, c&#039;est précisément comme si l&#039;on y envoyait des produits de notre industrie ; car les métaux précieux dont nous faisons commerce, ne nous sont pas donnés gratuitement et sont toujours acquis en échange de nos produits, soit d&#039;avance, soit après coup. En général, une nation ne peut payer une autre nation qu&#039;avec ses produits, par une raison bien claire ; c&#039;est qu&#039;elle n&#039;a pas d&#039;autre chose à donner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il vaut mieux, dit-on encore, envoyer à l&#039;étranger des denrées qui se consomment, comme des produits manufacturés, et garder les produits qui ne se consomment pas, ou qui se consomment lentement, comme le numéraire. Mais les produits qui se consomment vite, s&#039;ils sont les plus recherchés, sont plus profitables que les produits qui se  consomment lentement. Forcer un producteur à remplacer une portion de son capital soumise à une consommation rapide, par une autre valeur d&#039;une consommation plus lente, serait lui rendre souvent un fort mauvais service. Si un maître de forges avait fait un marché pour qu&#039;on lui livrât à une époque déterminée des charbons, et que, le terme étant arrivé, et dans l&#039;impossibilité de les lui livrer, on lui en donnât la valeur en argent, on serait fort mal venu à lui prouver qu&#039;on lui a rendu service, en ce que l&#039;argent qu&#039;on lui offre est d&#039;une consommation plus lente que le charbon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un teinturier avait donné dans l&#039;étranger une commission pour de la cochenille, on lui ferait un tort réel de lui envoyer de l&#039;or, sous prétexte qu&#039;à égalité de valeur c&#039;est une marchandise plus durable. Il a besoin, non d&#039;une marchandise durable, mais de celle qui, périssant dans sa cuve, doit bientôt reparaître dans la teinture de ses étoffes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il ne fallait importer que la portion la plus durable des capitaux productifs, d&#039;autres objets très durables, le fer, les pierres, devraient partager cette faveur avec l&#039;argent et l&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu&#039;il importe de voir durer, ce n&#039;est aucune matière en particulier : c&#039;est la valeur du capital. Or, la valeur du capital se perpétue, malgré le fréquent changement des formes matérielles dans lesquelles réside cette valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut même rapporter un profit, un intérêt, que lorsque ces formes changent perpétuellement ; et vouloir le conserver en argent, ce serait le condamner à être improductif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir montré qu&#039;il n&#039;y a aucun avantage à importer de l&#039;or et de l&#039;argent préférablement à toute autre marchandise, j&#039;irai plus loin, et je dirai que, dans la supposition où il serait désirable qu&#039;on obtînt constamment une balance en numéraire, il serait impossible d&#039;y parvenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;or et l&#039;argent, comme toutes les autres matières dont l&#039;ensemble forme les richesses d&#039;une nation, ne sont utiles à cette nation que jusqu&#039;au point où ils n&#039;excèdent pas les besoins qu&#039;elle en a. Le surplus, occasionnant plus d&#039;offres de cette marchandise qu&#039;il n&#039;y en a de demandes, en avilit la valeur d&#039;autant plus que l&#039;offre est plus grande, et il en résulte un puissant encouragement pour en tirer parti au dehors avec bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rendons ceci sensible par un exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons pour un instant que les communications intérieures d&#039;un pays et l&#039;état de ses richesses soient tels, qu&#039;ils exigent l&#039;emploi constant de mille voitures de tout genre ; supposons que, par un système commercial quelconque, on parvint à y faire entrer plus de voitures qu&#039;il ne s&#039;en détruirait annuellement, de manière qu&#039;au bout d&#039;un an il s&#039;en trouvât quinze cents au lieu de mille : n&#039;est-il pas évident qu&#039;il y aurait dès lors cinq cents voitures inoccupées sous différentes remises, et que les propriétaires de ces voitures, plutôt que d&#039;en laisser dormir la valeur, chercheraient à s&#039;en défaire au rabais les uns des autres, et, pour peu que la contrebande en fût aisée, les feraient passer à l&#039;étranger pour en tirer un meilleur parti ? On aurait beau faire des traités de commerce pour assurer une plus grande importation de voitures, on aurait beau favoriser à grands frais l&#039;exportation de beaucoup de marchandises pour en faire rentrer la valeur sous forme de voitures, plus la législation chercherait&lt;br /&gt;
à en faire entrer, et plus les particuliers chercheraient à en faire sortir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces voitures sont le numéraire. On n&#039;en a besoin que jusqu&#039;à un certain point ; nécessairement il ne forme qu&#039;une partie des richesses sociales. Il ne peut pas composer toutes les richesses sociales, parce qu&#039;on a besoin d&#039;autre chose que de numéraire. Il en faut plus ou moins selon la situation des richesses générales, de même qu&#039;il faut plus de voitures à une nation riche qu&#039;à une nation pauvre. Quelles que soient les qualités brillantes ou solides de cette marchandise, elle ne vaut que d&#039;après ses usages, et ses usages sont bornés. Ainsi que les voitures, elle a une valeur qui lui est propre, valeur qui diminue si elle est abondante par rapport aux objets avec lesquels on l&#039;échange, et qui augmente si elle devient rare par rapport aux mêmes objets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit qu&#039;avec de l&#039;or et de l&#039;argent on peut se procurer de tout : c&#039;est vrai ; mais à quelles conditions ? Ces conditions sont moins bonnes quand, par des moyens forcés, on multiplie cette denrée au-delà des besoins ; de là les efforts qu&#039;elle fait pour s&#039;employer au dehors. Il était défendu de faire sortir de l&#039;argent d&#039;Espagne, et l&#039;Espagne en fournissait à toute l&#039;Europe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1812, le papier-monnaie d&#039;Angleterre ayant rendu superflu tout l&#039;or qui servait de monnaie, et les matières d&#039;or en général étant dès-lors devenues surabondantes par rapport aux emplois qui restaient pour cette marchandise, sa valeur relative avait baissé dans ce pays-là ; les guinées passaient d&#039;Angleterre en France, malgré la facilité de garder les frontières d&#039;une île, et malgré la peine de mort infligée aux contrebandiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À quoi servent donc tous les soins que prennent les gouvernements pour faire pencher en faveur de leur nation la balance du commerce ? À peu près à rien, si ce n&#039;est à former de beaux tableaux démentis par les faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi faut-il que des notions si claires, si conformes au simple bon sens, et à des faits constatés par tous ceux qui s&#039;occupent de commerce, aient néanmoins été rejetées dans l&#039;application par tous les gouvernements de l&#039;Europe, et combattues par plusieurs écrivains qui ont fait preuve d&#039;ailleurs et de lumières et d&#039;esprit ? C&#039;est, disons-le, parce que les premiers principes de l&#039;économie politique sont encore presque généralement ignorés ; parce qu&#039;on élève sur de mauvaises bases des raisonnements ingénieux dont se paient trop aisément, d&#039;une part, les passions des gouvernements (qui emploient les prohibitions comme une arme offensive ou comme une ressource fiscale), et d&#039;une autre part l&#039;avidité de plusieurs classes de négociants et de manufacturiers qui trouvent dans les privilèges un avantage particulier, et s&#039;inquiètent peu de savoir si leurs profits sont le résultat d&#039;une production réelle ou d&#039;une perte supportée par d&#039;autres classes de la nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vouloir mettre en sa faveur la balance du commerce, c&#039;est-à-dire, vouloir donner des marchandises et se les faire payer en or, c&#039;est ne vouloir point de commerce ; car le pays avec lequel vous commercez ne peut vous donner en échange que ce qu&#039;il a. Si vous lui demandez exclusivement des métaux précieux, il est fondé à vous en demander aussi ; et du moment qu&#039;on prétend de part et d&#039;autre à la même marchandise, l&#039;échange devient impossible. Si l&#039;accaparement des métaux précieux était exécutable, il ôterait toute possibilité de relations commerciales avec la plupart des États du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un pays vous donne en échange ce qui vous convient, que demandez-vous de plus ? Que peut l&#039;or davantage ? Pourquoi voudriez-vous avoir de l&#039;or, si ce n&#039;est pour acheter ensuite ce qui vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un temps viendra où l&#039;on sera bien étonné qu&#039;il ait fallu se donner tant de peine pour prouver la sottise d&#039;un système aussi creux, et pour lequel on a livré tant de guerres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&#039;&#039;Fin de la digression sur la balance du commerce&#039;&#039;.&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous venons de voir que les avantages qu&#039;on cherche par le moyen d&#039;une balance favorable du commerce, sont absolument illusoires, et que, fussent-ils réels, aucune nation ne pourrait les obtenir d&#039;une manière permanente. Quel effet produisent donc en réalité les règlements faits dans ce but ? C&#039;est ce qui nous reste à examiner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un gouvernement qui défend absolument l&#039;introduction de certaines marchandises étrangères, établit un monopole en &#039;&#039;faveur de ceux&#039;&#039; qui produisent cette marchandise dans l&#039;intérieur, &#039;&#039;contre ceux&#039;&#039; qui la consomment ; c&#039;est-à-dire que ceux de l&#039;intérieur qui la produisent, ayant le privilège exclusif de la vendre, peuvent en élever le prix au-dessus du taux naturel, et que les consommateurs de l&#039;intérieur, ne pouvant l&#039;acheter que d&#039;eux, sont obligés de la payer plus cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand, au lieu d&#039;une prohibition absolue, on oblige seulement l&#039;importateur à payer un droit, alors on donne au producteur de l&#039;intérieur le privilège d&#039;élever les prix des produits analogues, de tout le montant du droit, et l&#039;on fait payer cette prime par le consommateur. Ainsi, quand, à l&#039;introduction d&#039;une douzaine d&#039;assiettes de faïence qui vaut trois francs, on fait payer à la&lt;br /&gt;
douane un franc, le négociant qui les fait venir, quelle que soit sa nation, est forcé d&#039;exiger quatre francs du consommateur ; ce qui permet au fabricant de l&#039;intérieur de faire payer les assiettes de même qualité jusqu&#039;à quatre francs la douzaine. Il ne le pourrait pas s&#039;il n&#039;y avait point de droits, puisque le consommateur en trouverait de pareilles pour trois francs : on donne donc au fabricant une prime au droit, et cette prime est payée par le consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on qu&#039;il est bon que la nation supporte l&#039;inconvénient de payer plus cher la plupart des denrées, pour jouir de l&#039;avantage de les produire ; que du moins alors nos ouvriers, nos capitaux sont employés à ces productions, et que nos concitoyens en retirent les profits ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je répondrai que les produits étrangers que nous aurions achetés n&#039;auraient pu l&#039;être gratuitement ; nous les aurions payés avec des valeurs de notre propre création, qui auraient employé de même nos ouvriers et nos capitaux ; il ne faut pas perdre de vue qu&#039;en résultat nous achetons toujours des produits avec des produits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui nous convient le plus, c&#039;est d&#039;employer nos producteurs, non aux productions où l&#039;étranger réussit mieux que nous, mais à celles où nous réussissons mieux que lui, et avec celles-ci d&#039;acheter les autres. C&#039;est ici le cas du particulier qui voudrait faire lui-même ses souliers et ses habits. Que dirait-on si, à la porte de chaque maison, on établissait un droit d&#039;entrée sur les souliers et sur les habits, pour mettre le propriétaire dans l&#039;heureuse nécessité de les fabriquer lui-même ? Ne serait-il pas fondé à dire : laissez-moi faire mon commerce, et acheter ce qui m&#039;est nécessaire avec mes produits, ou, ce qui revient au même, avec l&#039;argent de mes produits ? — Ce serait exactement le même système, mais seulement poussé plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On s&#039;étonnera que chaque nation soit si empressée à solliciter des prohibitions, s&#039;il est vrai qu&#039;elle n&#039;en recueille point de profit ; et, se fondant sur ce que le propriétaire d&#039;une maison n&#039;a garde de solliciter pour sa maison une pareille faveur, on en voudra conclure peut-être que les deux cas ne sont pas parfaitement semblables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seule différence vient de ce que le propriétaire est un être unique, qui ne saurait avoir deux volontés, et qui est encore plus intéressé, comme consommateur de ses habits, à les acheter à bon marché hors de chez lui, qu&#039;à jouir, en sa qualité de producteur, d&#039;un monopole qui ne pèserait que sur lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui est-ce qui sollicite des prohibitions ou de forts droits d&#039;entrée dans un état ? Ce sont les producteurs de la denrée dont il s&#039;agit de prohiber la concurrence, et non pas ses consommateurs. Ils disent : c&#039;est pour l&#039;intérêt de l&#039;état ; mais il est clair que c&#039;est pour le leur uniquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— N&#039;est-ce pas la même chose ? Continuent-ils, et ce que nous gagnons n&#039;est-il pas autant de gagné pour notre pays ?&lt;br /&gt;
— Point du tout : ce que vous gagnez de cette manière est tiré de la poche de votre voisin, d&#039;un habitant du même pays ; et, si l&#039;on pouvait compter l&#039;excédant de dépense fait par les consommateurs, en conséquence de votre monopole, on trouverait qu&#039;il surpasse le gain que le monopole vous a valu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt particulier est ici en opposition avec l&#039;intérêt général, et l&#039;intérêt général lui-même n&#039;est bien compris que par les personnes très instruites. Faut-il être surpris que le système prohibitif soit vivement soutenu et mollement repoussé ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait en général beaucoup trop peu d&#039;attention au grave inconvénient de faire payer chèrement les denrées aux consommateurs. Ce mal ne frappe guère les yeux, parce qu&#039;il se fait sentir très en détail et par petites portions chaque fois qu&#039;on achète quelque chose ; mais il devient bien important par sa fréquente répétition, et parce qu&#039;il pèse universellement. La fortune de chaque consommateur est perpétuellement en rivalité avec tout ce qu&#039;il achète. Il est d&#039;autant plus riche, qu&#039;il achète à bon marché,&lt;br /&gt;
et d&#039;autant plus pauvre, qu&#039;il paie plus cher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il n&#039;y aurait qu&#039;une seule denrée qui renchérît, il serait plus pauvre relativement à cette seule denrée. Si toutes les denrées renchérissent, il est plus pauvre relativement à toutes les denrées ; et comme la classe des consommateurs embrasse la nation tout entière, dans ces cas-là, la nation entière est plus pauvre. On la prive en outre de l&#039;avantage de varier ses jouissances, de recevoir les produits ou les qualités de produits qui lui manquent, en échange de ceux avec lesquelles elle aurait pu les payer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;on ne dise pas que, dans le renchérissement des denrées, ce que l&#039;un perd l&#039;autre le gagne : cela n&#039;est vrai que dans les monopoles (et encore ce n&#039;est que très partiellement vrai, parce que les monopoleurs ne profitent jamais de la totalité de ce qui est payé par les consommateurs). Quand c&#039;est le droit d&#039;entrée ou l&#039;impôt, sous quelque forme que ce soit, qui renchérit la denrée, le producteur qui vend plus cher n&#039;en profite pas (c&#039;est le contraire, ainsi que nous le verrons ailleurs) ; de sorte qu&#039;en sa qualité de producteur, il n&#039;en est pas plus riche ; et en sa qualité de consommateur, il est plus pauvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une de causes les plus générales de l&#039;appauvrissement des nations, ou du moins une des causes qui contrarient le plus essentiellement les progrès qu&#039;elles font d&#039;ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, on sentira qu&#039;on ne doit pas avoir plus de répugnance à tirer de l&#039;étranger les objets qui servent à nos consommations stériles, que celles qui servent de matières premières à nos manufactures. Soit que nous consommions des produits de l&#039;intérieur ou du dehors, nous détruisons une portion de richesses ; c&#039;est une brèche que nous faisons à la richesse nationale ; mais cette perte est le fait de notre consommation, et non pas de notre achat à l&#039;étranger ; et quant à l&#039;encouragement qui en résulte pour la production nationale, il est encore le même dans les deux cas. Car, avec quoi ai-je acheté le produit de l&#039;étranger ? Avec le produit de notre sol, ou avec de l&#039;argent qui lui-même ne peut être acquis qu&#039;avec des produits de notre sol. Lorsque j&#039;achète à l&#039;étranger, je ne fais donc en réalité qu&#039;envoyer à l&#039;étranger un produit indigène au lieu de le consommer, et je consomme en place celui que l&#039;étranger m&#039;envoie en retour. Si ce n&#039;est moi qui fais cette opération, c&#039;est le commerce. Notre pays ne peut rien acheter des autres pays qu&#039;avec ses propres produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Défendant toujours les droits d&#039;entrée, on insiste et l&#039;on dit : « L&#039;intérêt de l&#039;argent est élevé chez nous ; il est bas chez l&#039;étranger ; il faut donc balancer par un droit d&#039;entrée l&#039;avantage qu&#039;a l&#039;étranger sur nos producteurs. ». Le bas intérêt est pour le producteur étranger un avantage pareil à celui d&#039;un sol plus fécond. S&#039;il en résulte un bon prix pour les produits dont il s&#039;occupe, il est fort à propos d&#039;en faire jouir nos consommateurs. On peut appliquer ici le raisonnement qui doit nous faire préférer de tirer le sucre et l&#039;indigo des contrées équinoxiales, plutôt que de les produire sur notre sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais les capitaux étant nécessaires dans tous les genres de production, l&#039;étranger qui trouve des capitaux à bas intérêt, a sur nous l&#039;avantage relativement à tous les produits ; et si nous en permettons la libre introduction, il aura la préférence sur tous nos producteurs. » &lt;br /&gt;
— Avec quoi paierez-vous alors ses produits ? &lt;br /&gt;
— « Avec de l&#039;argent, et c&#039;est là le malheur. »&lt;br /&gt;
— Et avec quoi vous procurerez-vous l&#039;argent dont vous paierez l&#039;étranger ? &lt;br /&gt;
— « Nous le paierons avec l&#039;argent que nous avons, qu&#039;il épuisera, et nous tomberons dans la dernière misère. » &lt;br /&gt;
— La dernière misère consiste, non à manquer d&#039;argent, mais à manquer des choses que l&#039;on se procure avec de l&#039;argent. De 1798 à 1814, l&#039;Angleterre avait exporté tout son or monnayé, et n&#039;avait jamais été plus riche. Ses billets de banque lui tenaient lieu de monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quand on a une monnaie métallique, on ne manque jamais d&#039;argent ; car pour peu qu&#039;il se fasse des paiements à l&#039;étranger en numéraire, le numéraire hausse de prix relativement aux marchandises, c&#039;est-à-dire que les marchandises baissent relativement à l&#039;argent ; dès lors tout le monde est intéressé à exporter des marchandises, et à importer de l&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La peur que l&#039;on conçoit de payer les marchandises étrangères avec des métaux précieux, est une peur frivole. Les métaux précieux ne vont jamais d&#039;un pays dans l&#039;autre pour acquitter de prétendus soldes, mais pour chercher le marché où ils se vendent le plus cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous convient toujours de consommer les produits que l&#039;étranger fournit meilleurs ou à meilleur compte que nous, bien assurés que nous sommes que l&#039;étranger se paiera par les choses que nous produisons à meilleur compte que lui. Je dis qu&#039;&#039;&#039;il se paiera ainsi&#039;&#039;,  parce que &#039;&#039;la chose ne peut se passer d&#039;aucune autre manière&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a dit (car que n&#039;a-t-on pas dit pour obscurcir toutes ces questions !) que la plupart des consommateurs étant en même temps producteurs, les prohibitions, les monopoles leur font gagner, sous cette dernière qualité, ce qu&#039;ils perdent sous l&#039;autre ; que le producteur qui fait un gain-monopole sur l&#039;objet de son industrie, est victime d&#039;un gain de la même espèce fait sur les denrées qui sont l&#039;objet de sa consommation, qu&#039;ainsi la nation se compose de dupeurs et de dupés qui n&#039;ont plus rien à se reprocher. Et il est bon de remarquer que chacun se croit plutôt dupeur que dupé ; car, quoique chacun soit consommateur en même temps qu&#039;il est producteur, les profits excessifs qu&#039;on fait sur une seule espèce de denrée, celle qu&#039;on produit, sont bien plus sensibles que les pertes multipliées, mais petites, qu&#039;on fait sur mille denrées différentes que l&#039;on consomme. Qu&#039;on mette un droit d&#039;entrée sur les toiles de coton : c&#039;est, pour un citoyen d&#039;une fortune médiocre, une augmentation de dépense de 12 à 15 francs par an, tout au plus ; augmentation de dépense qui n&#039;est même pas, dans son esprit, bien claire et bien assurée, et qui le frappe peu, quoiqu&#039;elle soit répétée plus ou moins sur chacun des objets de sa consommation ; tandis que si ce particulier est fabricant de chapeaux, et qu&#039;on mette un droit sur les chapeaux étrangers, il saura fort bien que ce droit enchérira les chapeaux de sa manufacture, et augmentera annuellement ses profits peut-être de plusieurs milliers de francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que l&#039;intérêt personnel, lorsqu&#039;il est peu éclairé (même en supposant tout le monde frappé dans sa consommation, plus encore que favorisé dans sa production), se déclare en faveur des prohibitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, même sous ce point de vue, le système prohibitif est fécond en injustices. Tous les producteurs ne sont pas à portée de profiter du système de prohibition que j&#039;ai supposé général, mais qui ne l&#039;est pas, et qui, quand il le serait par les lois, ne le serait pas par le fait. Quelques droits d&#039;entrée qu&#039;on mît sur l&#039;introduction en France des vins de Champagne ou de Bordeaux, de tels droits ne feraient pas que les propriétaires de ces vins parvinssent à les mieux vendre, car ils en possèdent déjà le monopole. Une foule d&#039;autres producteurs, tels que les maçons, les charpentiers, les marchands en boutique, etc., n&#039;ont absolument rien à gagner par l&#039;exclusion donnée aux marchandises étrangères, et cependant ils souffrent de cette exclusion. Les producteurs de produits immatériels, les fonctionnaires publics, les rentiers, sont dans le même cas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, les gains du monopole ne se partagent pas équitablement entre tous ceux qui concourent à la production que favorise le monopole : les chefs d&#039;entreprises, soit agricoles, soit manufacturières, soit commerciales, exercent un monopole non seulement à l&#039;égard des consommateurs, mais encore, et par d&#039;autres causes, à l&#039;égard des ouvriers et de plusieurs agents de la production, ainsi qu&#039;on le verra au livre II. Il est possible que nos couteliers gagnent un peu plus en raison de la prohibition des couteaux anglais, mais leurs ouvriers et beaucoup d&#039;autres agents de cette industrie ne profitent en aucune façon de cette prohibition ; de manière qu&#039;ils participent, avec tous les autres consommateurs, au désavantage de payer les couteaux plus cher, et ne participent pas aux gains forcés des chefs d&#039;entreprises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois les prohibitions non seulement blessent les intérêts pécuniaires des consommateurs, mais les soumettent à des privations pénibles. On a vu, j&#039;ai honte de le dire, des fabricants de chapeaux de Marseille solliciter la prohibition d&#039;entrée des chapeaux de paille venant de l&#039;étranger, sous prétexte qu&#039;ils nuisaient au débit de leurs chapeaux de feutre ! C&#039;était vouloir priver les gens de la campagne, ceux qui cultivent la terre à l&#039;ardeur du soleil, d&#039;une coiffure légère, fraîche, peu coûteuse, et qui les garantit bien, lorsqu&#039;au contraire il serait à désirer que l&#039;usage s&#039;en propageât et s&#039;étendît partout. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois l&#039;administration, pour satisfaire à des vues qu&#039;elle croit profondes, ou bien à des passions qu&#039;elle croit légitimes, interdit ou change le cours d&#039;un commerce, et porte des coups irréparables à la production. Lorsque Philippe II, devenu maître du Portugal, défendit à ses nouveaux sujets toute communication avec les hollandais qu&#039;il détestait, qu&#039;en arriva-t-il ? Les hollandais, qui allaient chercher à Lisbonne les marchandises de l&#039;Inde, dont ils procuraient un immense débit, voyant cette ressource manquer à leur industrie, allèrent chercher ces mêmes marchandises aux Indes mêmes, d&#039;où ils finirent par chasser les portugais ; et cette malice, faite dans le dessein de leur nuire, fut l&#039;origine de leur grandeur. Le commerce, suivant une expression de Fénelon, est semblable aux fontaines naturelles qui tarissent bien souvent quand on veut en changer le cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les principaux inconvénients des entraves mises à l&#039;importation, et qui sont portés au plus haut degré par les prohibitions absolues. On voit des nations prospérer même en suivant ce système, parce que, chez elles, les causes de prospérité sont plus fortes que les causes de dépérissement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nations ressemblent au corps humain ; il existe en nous un principe de vie qui rétablit sans cesse notre santé, que nos excès tendent à altérer sans cesse. La nature cicatrise les blessures et guérit les maux que nous attirent notre maladresse et notre intempérance. Ainsi les états marchent, souvent même prospèrent, en dépit des plaies de tous genres qu&#039;ils ont à supporter de la part de leurs ennemis. Remarquez que ce sont les nations les plus industrieuses qui reçoivent le plus de ces outrages, parce que ce sont les seules qui peuvent les supporter. On dit alors : &#039;&#039;notre système est le bon, puisque la prospérité va croissant&#039;&#039;. Mais, lorsqu&#039;on observe d&#039;un œil éclairé les circonstances qui, depuis trois siècles, ont favorisé le développement des facultés humaines, lorsqu&#039;on mesure des yeux de l&#039;esprit les progrès de la navigation, les découvertes, les inventions importantes qui ont eu lieu dans les arts ; le nombre des végétaux, des animaux utiles propagés d&#039;un hémisphère dans l&#039;autre ; lorsqu&#039;on voit les sciences et leurs applications qui s&#039;étendent et se consolident chaque jour par des méthodes plus sûres, on demeure convaincu, au contraire, que notre prospérité est peu de chose comparée à ce qu&#039;elle pourrait être, qu&#039;elle se débat dans les liens et sous les fardeaux dont on l&#039;accable, et que les hommes, même dans les parties du globe où ils se croient éclairés, passent une grande partie de leur temps et usent une partie de leurs facultés à détruire une portion de leurs ressources au lieu de les multiplier, et à se piller les uns les autres au lieu de s&#039;aider mutuellement ; le tout faute de lumières, faute de savoir en quoi consistent leurs vrais intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Revenons à notre sujet. Nous venons de voir quelle est l&#039;espèce de tort que reçoit un pays des entraves qui empêchent les denrées étrangères de pénétrer dans son intérieur. C&#039;est un tort du même genre que l&#039;on cause au pays dont on prohibe les marchandises : on le prive de la faculté de tirer le parti le plus avantageux de ses capitaux et de son industrie ; mais il ne faut pas s&#039;imaginer qu&#039;on le ruine, qu&#039;on lui ôte toute ressource, comme Bonaparte s&#039;imaginait le faire en fermant le continent aux produits de&lt;br /&gt;
l&#039;Angleterre. Outre que le blocus réel et complet d&#039;un pays est une entreprise impossible, parce que tout le monde est intéressé à violer une semblable restriction, un pays n&#039;est jamais exposé qu&#039;à changer la nature de ses produits. Il peut toujours se les acheter tous lui-même, parce que les produits, ainsi qu&#039;il a été prouvé, s&#039;achètent toujours les uns par les autres. Vous réduisez l&#039;Angleterre à ne plus exporter pour un million d&#039;étoffes de laine ; croyez-vous l&#039;empêcher de produire une valeur d&#039;un million ? Vous êtes dans l&#039;erreur ; elle emploiera les mêmes capitaux, une main-d&#039;œuvre équivalente, à fabriquer, au lieu de casimirs peut-être, des esprits ardents avec ses grains et ses pommes de terre ; dès lors elle cessera d&#039;acheter avec ses casimirs des eaux-de-vie de France. De toutes manières un pays consomme toujours les valeurs qu&#039;il produit, soit directement, soit après un échange, et il ne saurait consommer que cela. Vous rendez l&#039;échange impossible : il faut donc qu&#039;il produise des valeurs telles qu&#039;il puisse les consommer directement. Voilà le fruit des prohibitions : on est plus mal accommodé de part et d&#039;autre, et l&#039;on n&#039;en est pas plus riche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Napoléon fit certainement tort à l&#039;Angleterre et au continent, en gênant, autant qu&#039;il dépendit de lui, les relations réciproques de l&#039;une et de l&#039;autre : mais, d&#039;un autre côté, il fit involontairement du bien au continent de l&#039;Europe, en facilitant, par cette agrégation d&#039;états continentaux, fruit de son ambition, une communication plus intime entre ces différents états.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne restait plus de barrières entre la Hollande, la Belgique, une partie de l&#039;Allemagne, l&#039;Italie et la France, et de faibles barrières s&#039;élevaient entre les autres états, l&#039;Angleterre exceptée. Je juge du bien qui résulta de ces communications par l&#039;état de mécontentement et de dépression du commerce qui est résulté du régime qui a suivi, et où chaque État s&#039;est retranché derrière une triple ligne de douaniers. Chacun a bien conservé les mêmes moyens de production, mais d&#039;une production moins avantageuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Personne ne nie que la France ait beaucoup gagné à la suppression, opérée par la révolution, des barrières qui séparaient ses provinces ; l&#039;Europe avait gagné à la suppression, partielle du moins, des barrières qui séparaient les États de la république continentale ; et le monde gagnerait beaucoup plus encore à la suppression des barrières qui tendent à séparer les états qui composent la république universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne parle point de plusieurs autres inconvénients très graves, tels que celui de créer un crime de plus : la contrebande ; c&#039;est-à-dire de rendre criminelle par les lois une action qui est innocente en elle-même, et d&#039;avoir à punir des gens qui, dans le fait, travaillent à la prospérité générale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith admet deux circonstances qui peuvent déterminer un gouvernement sage à avoir recours aux droits d&#039;entrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première est celle où il s&#039;agit d&#039;avoir une branche d&#039;industrie nécessaire à la défense du pays, et pour laquelle il ne serait pas prudent de ne pouvoir compter que sur des approvisionnements étrangers. C&#039;est ainsi qu&#039;un gouvernement peut prohiber l&#039;importation de la poudre à canon, si cela est nécessaire à l&#039;établissement des poudrières de l&#039;intérieur ; car il vaut mieux payer cette denrée plus cher, que de s&#039;exposer à en être privé au moment du besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde est celle où un produit intérieur, d&#039;une consommation analogue, est déjà chargé de quelque droit. On sent qu&#039;alors un produit extérieur par lequel il pourrait être remplacé, et qui ne serait chargé d&#039;aucun droit, aurait sur le premier un véritable privilège. Faire payer un droit dans ce cas, ce n&#039;est point détruire les rapports naturels qui existent entre les diverses branches de production : c&#039;est les rétablir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, on ne voit pas pour quel motif la production de valeur qui s&#039;opère par le commerce extérieur, devrait être déchargée du faix des impôts que supporte la production qui s&#039;opère par le moyen de l&#039;agriculture ou des manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est un malheur que d&#039;avoir un impôt à payer ; ce malheur, il convient de le diminuer tant qu&#039;on peut : mais une fois qu&#039;une certaine somme de contributions est reconnue nécessaire, ce n&#039;est que justice de la faire payer proportionnellement à tous les genres de production. Le vice que je signale ici est de vouloir nous faire considérer cette sorte d&#039;impôt comme favorable à la richesse publique. L&#039;impôt n&#039;est jamais favorable au public que par le bon emploi qu&#039;on fait de son produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les considérations qu&#039;il ne faudrait jamais perdre de vue lorsqu&#039;on fait des traités de commerce. Les traités de commerce ne sont bons que pour protéger une industrie et des capitaux qui se trouvent engagés dans de fausses routes par l&#039;effet de mauvaises lois. C&#039;est un mal qu&#039;il faut tendre à guérir et non à perpétuer. L&#039;état de santé relativement à l&#039;industrie et à la richesse, c&#039;est l&#039;état de liberté, c&#039;est l&#039;état où les intérêts se protègent eux-mêmes. L&#039;autorité publique ne les protège utilement que contre la violence. Elle ne peut faire aucun bien à la nation par ses entraves et ses impôts. Ils peuvent être un inconvénient nécessaire ; mais c&#039;est méconnaître les fondements de la prospérité des États, c&#039;est ignorer l&#039;économie politique que de les supposer utiles aux intérêts des administrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent on a considéré les droits d&#039;entrée et les prohibitions comme une représaille : &#039;&#039;votre nation met des entraves à l&#039;introduction des produits de la nôtre ; ne sommes-nous pas autorisés à charger des mêmes entraves les produits de la vôtre&#039;&#039; ? Tel est l&#039;argument qu&#039;on fait valoir le plus souvent, et qui sert de base à la plupart des traités de commerce ; on se trompe sur l&#039;objet de la question. On prétend que les nations sont autorisées à se faire tout le mal qu&#039;elles peuvent : je l&#039;accorde, quoique je n&#039;en sois pas convaincu ; mais il ne s&#039;agit pas ici de leurs droits, il s&#039;agit de leurs intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nation qui vous prive de la faculté de commercer chez elle, vous fait tort incontestablement : elle vous prive des avantages du commerce extérieur par rapport à elle ; et en conséquence, si, en lui faisant craindre pour elle-même un tort pareil, vous pouvez la déterminer à renverser les barrières qu&#039;elle vous oppose, sans doute on peut approuver un tel moyen comme une mesure purement politique. Mais cette représaille, qui est préjudiciable à votre rivale, est aussi préjudiciable à vous-même. Ce n&#039;est point une défense de vos propres intérêts que vous opposez à une précaution intéressée prise par vos rivaux ; c&#039;est un tort que vous vous faites pour leur en faire un autre. Vous vous interdisez des relations utiles, afin de leur interdire des relations utiles. Il ne s&#039;agit plus que de savoir à quel point vous chérissez la vengeance, et combien vous consentez qu&#039;elle vous coûte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;entreprendrai pas de signaler tous les inconvénients qui accompagnent les traités de commerce ; il faudrait en rapprocher les clauses qu&#039;on y consacre le plus communément, avec les principes établis partout dans cet ouvrage. Je me bornerai à remarquer que presque tous les traités de commerce qu&#039;on a faits chez les modernes, sont basés sur l&#039;avantage et la possibilité prétendus de solder la balance commerciale avec des espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si cet avantage et cette possibilité sont des chimères, les avantages qu&#039;on a recueillis des traités de commerce n&#039;ont pu venir que de l&#039;augmentation de liberté et de la facilité de communication qui en sont résultées pour les nations, et nullement des clauses et des stipulations qu&#039;ils renfermaient ; à moins qu&#039;une des puissances ne se soit servi de sa prépondérance pour stipuler en sa faveur des avantages qui ne peuvent passer que pour des tributs colorés, comme l&#039;Angleterre l&#039;a fait avec le Portugal. C&#039;est une extorsion comme une autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ferai observer encore que les traités de commerce offrant à une nation étrangère des faveurs spéciales, sont des actes sinon hostiles, du moins odieux à toutes les autres nations. On ne peut faire valoir une concession qu&#039;on fait aux uns qu&#039;en la refusant aux autres. De là des causes d&#039;inimitiés, des germes de guerre toujours fâcheux. Il est bien plus simple, et j&#039;ai montré qu&#039;il serait bien plus profitable, de traiter tous les peuples en amis, et de ne mettre, sur l&#039;introduction des marchandises étrangères, que des droits analogues à ceux dont est chargée la production intérieure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré les inconvénients que j&#039;ai signalés dans les prohibitions de denrées étrangères, il serait sans doute téméraire de les abolir brusquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un malade ne se guérit pas dans un jour. Une nation veut être traitée avec de semblables ménagements, même dans le bien qu&#039;on lui fait. Que de capitaux, que de mains industrieuses employés dans des fabrications monopoles, qu&#039;il faut dès-lors ménager, quoiqu&#039;elles soient des abus !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est que peu à peu que ces capitaux et cette main-d&#039;œuvre peuvent trouver des emplois plus avantageusement productifs pour la nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être n&#039;est-ce pas trop de toute l&#039;habileté d&#039;un grand homme d&#039;État pour cicatriser les plaies qu&#039;occasionne l&#039;extirpation de cette loupe dévorante du système réglementaire et exclusif ; et quand on considère mûrement le tort qu&#039;il cause quand il est établi, et les maux auxquels on peut être exposé en l&#039;abolissant, on est conduit naturellement à cette réflexion : s&#039;il est si difficile de rendre la liberté à l&#039;industrie, combien ne doit-on pas être réservé lorsqu&#039;il s&#039;agit de l&#039;ôter !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements ne se sont pas contentés de mettre des entraves à l&#039;introduction des produits étrangers. Toujours persuadés qu&#039;il fallait que leur nation vendît sans acheter, comme si la chose était possible, en même temps qu&#039;ils ont assujetti à une espèce d&#039;amende ceux qui achetaient de l&#039;étranger, ils ont souvent offert des gratifications, sous le nom de &#039;&#039;primes d&#039;encouragement&#039;&#039;, à celui qui vendait à l&#039;étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement anglais surtout, plus jaloux encore que les autres de favoriser l&#039;écoulement es produits du commerce et des manufactures de la Grande-Bretagne, a fait grand usage de ce moyen d&#039;encouragement. On comprend que le négociant qui reçoit une gratification à la sortie, peut, sans perte pour lui-même, donner dans l&#039;étranger sa marchandise à un prix inférieur à celui auquel elle lui revient lorsqu&#039;elle y est rendue. « Nous ne pouvons, dit Smith à ce sujet, forcer les étrangers à acheter de nous exclusivement les objets de leur consommation ; en conséquence nous les payons pour qu&#039;ils nous accordent cette faveur. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, si une certaine marchandise envoyée par un négociant anglais en France, y revient à ce négociant, en y comprenant le profit de son industrie, à 100 francs, et si ce prix n&#039;est pas au-dessous de celui auquel on peut se procurer la même marchandise en France, il n&#039;y aura pas de raison pour qu&#039;il vende la sienne exclusivement à toute autre. Mais si le gouvernement anglais&lt;br /&gt;
accorde, au moment de l&#039;exportation, une prime de 10 francs, et si, au moyen de cette prime, la marchandise est donnée pour 90 francs au lieu de 100 qu&#039;elle vaudrait, elle obtient la préférence ; mais n&#039;est-ce pas un cadeau de 10 francs que le gouvernement anglais fait au consommateur français ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conçoit que le négociant puisse trouver son compte à cet ordre de choses. Il fait le même profit que si la nation française payait la chose selon sa pleine valeur ; mais la nation anglaise perd, à ce marché, dix pour cent avec la nation française. Celle-ci n&#039;envoie qu&#039;un retour de la valeur de 90 francs en échange de la marchandise qu&#039;on lui a envoyée, qui en vaut 100. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand une prime est accordée, non au moment de l&#039;exportation, mais dès l&#039;origine de la production, le produit pouvant être vendu aux nationaux de même qu&#039;aux étrangers, c&#039;est un présent dont profitent les consommateurs nationaux comme ceux de l&#039;étranger. Si, comme cela arrive quelquefois, le producteur met la prime dans sa poche, et n&#039;en maintient pas moins la marchandise à son prix naturel, alors c&#039;est un présent fait par le gouvernement au producteur, qui est en outre payé du profit ordinaire de son industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand une prime engage à créer, soit pour l&#039;usage intérieur, soit pour l&#039;usage de l&#039;étranger, un produit qui n&#039;aurait pas lieu sans cela, il en résulte une production fâcheuse, car elle coûte plus qu&#039;elle ne vaut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;on suppose une marchandise qui, terminée, puisse se vendre 24 francs et rien de plus ; supposons encore qu&#039;elle coûte en frais de production (en y comprenant toujours le profit de l&#039;industrie qui la produit) 27 francs : il est clair que personne ne voudra se charger de la fabriquer, afin de ne pas supporter une perte de 3 francs. Mais si le gouvernement, pour encourager cette branche d&#039;industrie, consent à supporter cette perte, c&#039;est-à-dire, s&#039;il accorde sur la fabrication de ce produit une prime de 3 francs, alors la fabrication aura lieu, et le trésor public, c&#039;est-à-dire la nation, aura supporté une perte de 3 francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit, par cet exemple, l&#039;espèce d&#039;avantage qui résulte d&#039;un encouragement donné à une branche d&#039;industrie quelconque qui ne peut pas se tirer d&#039;affaire elle-même. C&#039;est vouloir qu&#039;on s&#039;occupe d&#039;une production désavantageuse, et où l&#039;on fait un échange défavorable des avances contre les produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il y a quelque bénéfice à retirer d&#039;une industrie, elle n&#039;a pas besoin d&#039;encouragement ; s&#039;il n&#039;y a point de bénéfice à en retirer, elle ne mérite pas d&#039;être encouragée. Ce serait en vain qu&#039;on dirait que l&#039;État peut profiter d&#039;une industrie qui ne donnerait aucun bénéfice aux particuliers : comment l&#039;État peut-il faire un profit, si ce n&#039;est par les mains des particuliers ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On avancera peut-être que le gouvernement retire plus en impositions sur tel produit, qu&#039;il ne lui coûte en encouragements ; mais alors il paie d&#039;une main pour recevoir de l&#039;autre ; qu&#039;il diminue l&#039;impôt de tout le montant de la prime, l&#039;effet demeurera le même pour la production, et l&#039;on épargnera les frais de l&#039;administration des primes, et partie de ceux de l&#039;administration des impôts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoique les primes soient une dépense qui diminue la masse des richesses que possède une nation, il est cependant des cas où il lui convient d&#039;en faire le sacrifice, comme celui, par exemple, où l&#039;on veut s&#039;assurer des produits nécessaires à la sûreté de l&#039;État, dussent-ils coûter au-delà de leur valeur. Louis XIV, voulant remonter la marine française, accorda 5 francs par chaque tonneau à tous ceux qui équiperaient des navires. Il voulait créer des matelots.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est encore le cas où la prime n&#039;est que le remboursement d&#039;un droit précédemment payé. C&#039;est ainsi qu&#039;en Angleterre, en France, on accorde à l&#039;exportation du sucre raffiné une prime qui n&#039;est au fond que le remboursement des droits d&#039;entrée payés par les cassonades et par les sucres bruts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être un gouvernement fait-il bien encore d&#039;accorder quelques encouragements à une production, qui, bien que donnant de la perte dans les commencements, doit pourtant donner évidemment des profits au bout de peu d&#039;années. Smith n&#039;est pas de cet avis. « Il n&#039;est aucun encouragement, dit-il, qui puisse porter l&#039;industrie d&#039;une nation au-delà de ce que le capital de cette nation peut en mettre en activité. Il ne peut que détourner une portion de capital d&#039;une certaine production pour la diriger vers une autre, et il n&#039;est pas à supposer que cette production forcée soit plus avantageuse à la société, que celle qui aurait été naturellement préférée… L&#039;homme d&#039;État qui voudrait diriger les volontés des particuliers, quant à l&#039;emploi de leur industrie et de leurs capitaux, se chargerait non seulement d&#039;un inutile soin, mais encore d&#039;un soin qu&#039;il serait très malheureux de voir confier à un seul homme, à un conseil, quelque sages qu&#039;on veuille les supposer, et qui surtout ne saurait être en de plus mauvaises mains que dans celles d&#039;administrateurs assez fous pour imaginer qu&#039;ils sont capables de le prendre… Quand même la nation, faute de tels règlements, devrait ne jamais acquérir une certaine branche d&#039;industrie, elle n&#039;en serait pas plus pauvre à l&#039;avenir, elle a pu employer ses capitaux d&#039;une manière plus avantageuse ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith a certainement raison au fond ; mais il est des circonstances qui peuvent modifier cette proposition généralement vraie, que chacun est le meilleur juge de l&#039;emploi de son industrie et de ses capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith a écrit dans un temps et dans un pays où l&#039;on était et où l&#039;on est encore fort éclairé sur ses intérêts, et fort peu disposé à négliger les profits qui peuvent résulter des emplois de capitaux et d&#039;industrie, quels qu&#039;ils soient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais toutes les nations ne sont pas encore parvenues au même point. Combien n&#039;en est-il pas où, par des préjugés que le gouvernement seul peut vaincre, on est éloigné de plusieurs excellents emplois de capitaux ! Combien n&#039;y a-t-il pas de villes et de provinces où l&#039;on suit routinièrement les mêmes usages pour les placements d&#039;argent ! Ici on ne sait placer qu&#039;en rentes hypothéquées sur des terres ; là, qu&#039;en maisons ; plus loin, que dans les charges et les emprunts publics. Toute application neuve de la puissance d&#039;un capital est, dans ces lieux-là, un objet de méfiance ou de dédain, et la protection accordée à un emploi de travail et d&#039;argent vraiment profitable, peut devenir un bienfait pour le pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, telle industrie peut donner de la perte à un entrepreneur qui la mettrait en train sans secours, et qui pourtant est destinée à procurer de très gros bénéfices quand les ouvriers y seront façonnés, et que les premiers obstacles auront été surmontés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On possède actuellement en France les plus belles manufactures de soieries et de draps qu&#039;il y ait au monde : peut-être les doit-on aux sages encouragements de Colbert. Il avança 2000 francs aux manufacturiers par chaque métier battant ; et, pour le remarquer en passant, cette espèce d&#039;encouragement avait un avantage tout particulier : communément le gouvernement lève, sur les produits de l&#039;industrie privée, des contributions dont le montant est perdu pour la reproduction. Ici une partie des contributions était réemployée d&#039;une manière productive. C&#039;était une partie du revenu des particuliers qui allait grossir les capitaux productifs du royaume. À peine aurait-on pu espérer autant de la sagesse et de l&#039;intérêt personnel des particuliers eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas ici le lieu d&#039;examiner combien les encouragements, en général, ouvrent d&#039;entrées aux dilapidations, aux faveurs injustes et à tous les abus qui s&#039;introduisent dans les affaires des gouvernements. Un homme d&#039;État habile, après avoir conçu le plan le plus évidemment bon, est souvent retenu par les vices qui doivent nécessairement se glisser dans son exécution. Un de ces inconvénients est d&#039;accorder, comme cela arrive presque toujours, les encouragements et les autres faveurs dont les gouvernements disposent, non à ceux qui sont habiles à les mériter, mais à ceux qui sont habiles à les solliciter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne prétends point, au reste, blâmer les distinctions ni même les récompenses pécuniaires accordées publiquement à des artistes ou à des artisan, pour prix d&#039;un effort extraordinaire de leur génie ou de leur adresse. Les encouragements de ce genre excitent l&#039;émulation et accroissent la masse des lumières générales, sans détourner l&#039;industrie et les capitaux de leur emploi le plus avantageux. Ils occasionnent d&#039;ailleurs une dépense peu considérable auprès de ce que coûtent, en général, les autres encouragements. La prime pour favoriser l&#039;exportation des blés a coûté à l&#039;Angleterre, suivant Smith, dans certaines années, plus de sept millions de nos francs. Je ne crois pas que jamais le gouvernement anglais, ni aucun autre, ait dépensé en prix d&#039;agriculture la cinquantième partie de cette somme dans une année. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== II. Effets des règlements qui déterminent le mode de production ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les gouvernements se sont occupés des procédés de l&#039;industrie agricole, leur intervention a presque toujours été favorable. L&#039;impossibilité de diriger les procédés variés de l&#039;agriculture, la multiplicité des gens qu&#039;elle occupe souvent isolément sur toute l&#039;étendue d&#039;un territoire et dans une multitude d&#039;entreprises séparées, depuis les grandes fermes jusqu&#039;aux jardins des plus petits villageois, le peu de valeur ses produits relativement à leur volume, toutes ces circonstances, qui tiennent à la nature de la chose, ont heureusement rendu impossibles les règlements qui auraient gêné les industrieux. Les gouvernements animés de l&#039;amour du bien public ont dû en conséquence se borner à distribuer des prix et des encouragements, et à répandre des instructions qui, souvent, ont contribué très efficacement aux progrès de cet art. L&#039;école vétérinaire d&#039;Alfort, la ferme expérimentale de Rambouillet, l&#039;introduction des mérinos, sont pour l&#039;agriculture française de véritables bienfaits, dont elle doit l&#039;extension et le perfectionnement à la sollicitude des diverses administrations qui, du sein des orages politiques, ont gouverné la France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l&#039;administration veille à l&#039;entretien des communications, lorsqu&#039;elle protège les récoltes, lorsqu&#039;elle punit les négligences coupables, comme le défaut d&#039;échenillage des arbres, elle produit un bien analogue à celui qu&#039;elle opère par le maintien de la tranquillité et des propriétés, qui est si favorable, ou plutôt si indispensable pour la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les règlements sur l&#039;aménagement des bois en France, qui, du moins dans plusieurs de leurs parties, sont peut-être indispensables au maintien de cette espèce de produit, paraissent à d&#039;autres égards introduire des gênes décourageantes pour ce genre de culture, qui convient spécialement dans certains terrains, dans les sites montueux, qui est nécessaire pour avoir des pluies suffisantes, et qui néanmoins décline tous les jours. Mais aucune industrie n&#039;a été, quant à ses procédés, en proie à la manie réglementaire autant que celle qui s&#039;occupe des manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de beaucoup de règlements a été de réduire le nombre des producteurs, soit en le fixant d&#039;office, soit en exigeant d&#039;eux certaines conditions pour exercer leur industrie. C&#039;est de là que sont nées les &#039;&#039;jurandes&#039;&#039;, les &#039;&#039;maîtrises&#039;&#039;, les &#039;&#039;corps d&#039;arts et métiers&#039;&#039;. Quel que soit le moyen employé, l&#039;effet est le même : on établit par là aux dépens du consommateur une sorte de monopole, de privilège exclusif dont les producteurs privilégiés se partagent le bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils peuvent d&#039;autant plus aisément concerter des mesures favorables à leurs intérêts, qu&#039;ils ont des assemblées légales, des syndics et d&#039;autres officiers. Dans les réunions de ce genre, on appelle &#039;&#039;prospérité du commerce, avantage de l&#039;État&#039;&#039;, la prospérité et l&#039;avantage de la corporation ; et la chose dont on s&#039;y occupe le moins, c&#039;est d&#039;examiner si les bénéfices qu&#039;on se promet sont le résultat d&#039;une production véritable, ou un impôt abusif levé sur les consommateurs, et qui n&#039;est profitable aux uns qu&#039;au détriment des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi les gens exerçant une profession quelconque, sont ordinairement portés à solliciter des règlements de la part de l&#039;autorité publique ; et l&#039;autorité publique, y trouvant toujours de son côté l&#039;occasion de lever de l&#039;argent, est fort disposée à les accorder.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les règlements, d&#039;ailleurs, flattent l&#039;amour-propre de ceux qui disposent du pouvoir ; ils leur donnent l&#039;air de la sagesse et de la prudence ; ils confirment leur autorité, qui paraît d&#039;autant plus indispensable qu&#039;elle est plus souvent exercée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi n&#039;existe-t-il peut-être pas un seul pays en Europe où il soit loisible à un un homme de disposer de son industrie et de ses capitaux selon ses convenances ; dans la plupart, on ne peut changer de place et de profession à son gré. Il ne suffit pas qu&#039;on ait la volonté et le talent nécessaires pour être fabricant et marchand d&#039;étoffes de laine ou de soie, de quincailleries ou de liqueurs ; il faut encore qu&#039;on ait acquis la maîtrise ou qu&#039;on fasse partie d&#039;un corps de métiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les maîtrises sont de plus un moyen de police ; non de cette police favorable à la sûreté des particuliers et du public, et qui peut toujours s&#039;exercer à peu de frais et sans vexation, mais de cette police que les mauvais gouvernements emploient, quoiqu&#039;elle coûte, pour conserver l&#039;autorité dans leurs mains et pour l&#039;étendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par des faveurs honorifiques ou pécuniaires, l&#039;autorité dispose des chefs qu&#039;elle donne à la corporation des maîtres. Ces chefs ou syndics, flattés du pouvoir et des distinctions attachés à leur grade, cherchent à les mériter par leur complaisance envers l&#039;autorité. Ils se rendent son interprète auprès des hommes de leur profession ; ils lui désignent ceux dont on doit craindre la fermeté, ceux dont on peut employer la souplesse ; on colore ensuite tout cela de motifs de bien général. Dans les discours qu&#039;on tient d&#039;office ou qu&#039;on fait tenir en public, on insère d&#039;assez bonnes raisons pour maintenir des restrictions contraires à la liberté, ou pour en établir de nouvelles ; car il n&#039;y a pas de mauvaise cause en faveur de laquelle on ne puisse apporter quelque bonne raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avantage principal, et celui sur lequel on appuie le plus volontiers, est de procurer au consommateur des produits d&#039;une exécution plus parfaite, garantie qui est favorable au commerce national, et assure la continuation de la faveur des étrangers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cet avantage, l&#039;obtient-on par les maîtrises ? Sont-elles une garantie suffisante que le corps de métier n&#039;est composé, je ne dis pas seulement d&#039;honnêtes gens, mais que de gens très délicats, comme il faudrait qu&#039;ils fussent pour ne jamais tromper ni leurs concitoyens ni l&#039;étranger ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les maîtrises, dit-on, facilitent l&#039;exécution des règlements qui vérifient et attestent la bonne qualité des produits ; mais, même avec les maîtrises, ces vérifications et ces attestations ne sont-elles pas illusoires, et, dans le cas où elles sont absolument nécessaires, n&#039;y a-t-il aucun moyen plus simple de l&#039;obtenir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La longueur de l&#039;apprentissage ne garantit pas mieux la perfection de l&#039;ouvrage : c&#039;est l&#039;aptitude de l&#039;ouvrier et un salaire proportionné au mérite de son travail, qui seuls garantissent efficacement cette perfection. « Il n&#039;est point de profession mécanique, dit Smith, dont les procédés ne puissent être enseignés en quelques semaines, et pour quelques-unes des plus communes, quelques jours sont suffisants. La dextérité de la main ne peut, à la vérité, être acquise que par une grande pratique ; mais cette pratique elle-même ne s&#039;acquerrait-elle pas plus promptement, si un jeune homme, au lieu de travailler comme apprenti, c&#039;est-à-dire de force, nonchalamment et sans intérêt, était payé selon le mérite et la quantité de son ouvrage, sauf par lui à rembourser au maître les matériaux que son inexpérience ou sa maladresse gâterait ? ». En commençant un an plus tard, et en consacrant cette année aux écoles d&#039;enseignement mutuel, j&#039;ai peine à croire que les produits fussent moins parfaits, et, à coup sûr, la classe ouvrière serait moins grossière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les apprentissages étaient un moyen d&#039;obtenir des produits plus parfaits, les produits de l&#039;Espagne vaudraient ceux de l&#039;Angleterre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;est-ce pas depuis l&#039;abolition des maîtrises et des apprentissages forcés, que la France a réussi à atteindre des perfectionnements dont elle était bien loin avant cette époque ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De tous les arts mécaniques, le plus difficile peut-être est celui du jardinier et du laboureur, et c&#039;est le seul qu&#039;on permette partout d&#039;exercer sans apprentissage. En recueille-t-on des fruits moins beaux et des légumes moins abondants ? S&#039;il y avait un moyen de former une corporation de cultivateurs, on nous aurait bientôt persuadé qu&#039;il est impossible d&#039;avoir des laitues bien pommées et des pêches savoureuses, sans de nombreux règlements composés de plusieurs centaines d&#039;articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin ces règlements, en les supposant utiles, sont illusoires du moment qu&#039;on peut les éluder ; or, il n&#039;est pas de ville manufacturière où l&#039;on ne soit dispensé de toutes les épreuves avec de l&#039;argent ; et elles deviennent ainsi, non seulement une garantie inutile, mais une occasion de passe-droits et d&#039;injustices ; ce qui est odieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui soutiennent le système réglementaire, citent, à l&#039;appui de leur opinion, la prospérité des manufactures d&#039;Angleterre, où l&#039;on sait qu&#039;il y a beaucoup d&#039;entraves à l&#039;exercice de l&#039;industrie manufacturière ; mais ils méconnaissent les véritables causes de cette prospérité. « Les causes de la prospérité de l&#039;industrie dans la Grande-Bretagne, dit Smith, sont cette liberté de commerce, qui, malgré nos restrictions, est pourtant égale et peut-être supérieure à celle dont on jouit dans quelque pays du monde que ce soit ; cette faculté d&#039;exporter, sans droits, presque tous les produits de l&#039;industrie domestique, quelle que soit leur destination ; et, ce qui est plus important encore, cette liberté illimitée de les transporter d&#039;un bout l&#039;autre du royaume, sans être oblige de rendre aucun compte, sans être expose dans aucun bureau à la moindre visite, à la plus simple question, etc. ». Qu&#039;on y joigne le respect inviolable de toutes les propriétés, soit de la part de tous les agents du gouvernement sans exception, soit de la part des particuliers, d&#039;immenses capitaux accumulés par le travail et l&#039;économie, l&#039;habitude enfin, inculquée dès&lt;br /&gt;
l&#039;enfance, de mettre du jugement et du soin à ce qu&#039;on fait, et l&#039;on aura une explication suffisante de la prospérité manufacturière de l&#039;Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes qui citent l&#039;Angleterre pour justifier les chaînes dont elles voudraient charger l&#039;industrie, ignorent que les villes de la Grande-Bretagne où l&#039;industrie fleurit le plus, et qui ont porté les manufactures de ce pays à un très-haut point de splendeur, sont précisément les villes qui n&#039;ont point de corps de métiers, telles que Manchester, Birmingham, Liverpool, Glasgow, qui n&#039;étaient que des bourgades il y a deux siècles, et qui se placent maintenant, relativement à la population et aux richesses, immédiatement après Londres, et fort avant York, Cantorbéry, et même Bristol, villes anciennes, favorisées, et capitales des principales provinces, mais où l&#039;industrie était soumise à de gothiques entraves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La ville et la paroisse de Halifax, dit un auteur qui passe pour bien connaître l&#039;Angleterre, ont vu, depuis quarante ans, quadrupler le nombre de leurs habitants ; et plusieurs villes sujettes aux corporations ont éprouvé des diminutions sensibles. Les maisons situées dans l&#039;enceinte de la Cité à Londres, se louent mal ; tandis que Westminster, Southwark et les autres faubourgs, prennent un accroissement continuel. Ils sont libres ; et la Cité a quatre-vingt-douze compagnies exclusives de tous genre dont on voit les membres orner tous les ans la marche triomphale du lord-maire. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On connaît la prodigieuse activité des manufactures de quelques faubourgs de Paris, et principalement du faubourg saint-Antoine, où l&#039;industrie jouissait de plusieurs franchises. Il y a tel produit qu&#039;on ne savait faire que là. Comment arrivait-il donc qu&#039;on y fût plus habile sans apprentissage, sans compagnonnage forcé, que dans le reste de la ville, où l&#039;on était assujetti à ces règles qu&#039;on cherche à faire envsiager comme si essentielles ? C&#039;est que l&#039;intérêt privé est le plus habile des maîtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques exemples feront comprendre mieux que des raisonnements, ce que les corporations et les maîtrises ont de défavorable ax développements de l&#039;industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Argand, à qui l&#039;on doit les lampes à double courant d&#039;air, découverte qui a plus que triplé la quantité de lumière dont nous pouvons jouir, pour le même prix, en l&#039;absence du soleil, fut attaqué devant le parlement par la communauté des &#039;&#039;ferblantiers, serruriers, taillandiers, maréchaux-grossiers&#039;&#039;, qui réclamaient le droit exclusif de faire des lampes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un habile constructeur d&#039;instruments de physique et de mathématiques de Paris, Lenoir, avait un petit fourneau pour modeler les métaux dont il se servait. Les syndics de la communauté des fondeurs vinrent eux-mêmes le démolir. Il fut obligé de s&#039;adresser au roi pour le conserver, et le talent eut encore besoin de la faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fabrication des tôles vernies a été expulsée de France jusqu&#039;à la révolution, parce qu&#039;elle demande des ouvriers et des outils qui appartiennent à différentes professions, et qu&#039;on ne pouvait s&#039;y livrer sans être agrégé à plusieurs communautés. On remplirait un volume des vexations décourageantes pour les efforts personnels, qui ont été exercées dans la ville de Paris par l&#039;effet du système réglementaire ; et l&#039;on remplirait un autre volume des succès qui ont été obtenus depuis qu&#039;on a été débarrassé de ces entraves par la révolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu&#039;un faubourg prospère à côté d&#039;une ville à corporations, qu&#039;une ville affranchie d&#039;entraves prospère au milieu d&#039;un pays où l&#039;autorité se mêle de tout, une nation où l&#039;industrie serait débarrassée de tous liens, prospérerait au milieu d&#039;autres nations réglementées. Toutes les fois qu&#039;on y a été garanti des vexations des grands, des chicanes de la justice et des entreprises des voleurs, les plus prospères ont toujours été celles où il y a eu le moins de formalités à observer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sully, qui passait sa vie à étudier et à mettre en pratique les moyens de prospérité de la France, avait la même opinion. Il regarde, dans ses &#039;&#039;mémoires&#039;&#039;, la multiplicité des édits et des ordonnances, comme un obstacle direct à la prospérité de l&#039;État.&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&lt;br /&gt;
Si toutes les professions étaient libres&#039;&#039;, dira-t-on, &#039;&#039;un grand nombre de ceux qui les embrasseraient, écrasés par la concurrence, se ruineraient&#039;&#039;. Cela pourrait arriver quelquefois, quoiqu&#039;il fût peu probable qu&#039;un grand nombre de concurrents se précipitassent dans une carrière où il y aurait peu de chose à gagner ; mais, ce malheur dût-il arriver de temps en temps, le mal serait moins grand que de soutenir, d&#039;une manière permanente, le prix des produits à un taux qui nuit à leur consommation, et qui appauvrit, relativement à ces produits, la masse entière des consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les principes d&#039;une saine politique condamnent les actes de l&#039;administration qui limitent la faculté que chacun doit avoir de disposer en liberté de ses talents et de ses capitaux, il est encore plus difficile de justifier de telles mesures en suivant les principes du droit naturel. « Le patrimoine du pauvre, dit l&#039;auteur de la &#039;&#039;richesse des nations&#039;&#039;, est tout entier dans la force et l&#039;adresse de ses doigts ; ne pas lui laisser la libre disposition de cette force et de cette adresse, toutes les fois qu&#039;il ne l&#039;emploie pas au préjudice des autres hommes, c&#039;est attenter à la plus indisputable des propriétés. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, comme il est aussi de droit naturel qu&#039;on soumette à des règles une industrie qui, sans ces règles, pourrait devenir préjudiciable aux autres citoyens, c&#039;est très-justement qu&#039;on assujettit les médecins, les chirurgiens, les apothicaires, à des épreuves qui sont des garants de leur habileté. La vie de leurs concitoyens dépend de leurs connaissances : on peut exiger que leurs connaissances soient constatées ; mais il ne paraît pas qu&#039;on doive fixer le nombre des praticiens, ni la manière dont ils doivent s&#039;instruire. La société a intérêt de constater leur capacité, et rien de plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, les règlements sont bons et utiles, lorsqu&#039;au lieu de déterminer la nature des produits et les procédés de leur fabrication, ils se bornent à prévenir une fraude, une pratique qui nuit évidemment à d&#039;autres productions, ou à la sûreté du public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas qu&#039;un fabricant puisse annoncer sur son étiquette une qualité supérieure à celle qu&#039;il a fabriquée ; sa fidélité intéresse le consommateur indigène à qui le gouvernement doit sa protection ; elle intéresse le commerce que la nation fait au-dehors, car l&#039;étranger cesse bientôt de s&#039;adresser à une nation qui le trompe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et remarquez que ce n&#039;est point le cas d&#039;appliquer l&#039;intérêt personnel du fabricant, comme la meilleure des garanties. À la veille de quitter sa profession, il peut vouloir en forcer les profits aux dépens de la bonne foi, et sacrifier l&#039;avenir dont il n&#039;a plus besoin, au présent dont il jouit encore. C&#039;est ainsi que dès l&#039;année 1783 les draperies françaises perdirent toute faveur dans le commerce du levant, et furent supplantées par les draperies allemandes et anglaises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas tout. Le nom seul de l&#039;étoffe, celui même de la ville où une étoffe est fabriquée, sont souvent une étiquette. On sait, par une longue expérience, que les étoffes qui viennent de tel endroit ont telle largeur, que les fils de la chaîne sont en tel nombre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fabriquer, dans la même ville, une étoffe de même nom, et s&#039;écarter de l&#039;usage reçu, c&#039;est y mettre une fausse étiquette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela suffit, je crois, pour indiquer jusqu&#039;où peut s&#039;étendre l&#039;intervention utile du gouvernement. Il doit certifier la vérité de l&#039;étiquette, et, du reste, ne se mêler en rien de la production. Je voudrais même qu&#039;on ne perdît pas de vue que cette intervention, quoi qu&#039;utile, est un mal. Elle est un mal, d&#039;abord parce qu&#039;elle vexe et tourmente les particuliers, et ensuite parce qu&#039;elle est coûteuse, soit pour le contribuable, quand l&#039;intervention du gouvernement est gratuite, c&#039;est-à-dire, quand elle a lieu aux frais du trésor public ; soit pour le consommateur, quand on prélève les frais en une taxe sur la marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;effet de cette taxe est de la faire renchérir, et le renchérissement est, pour le consommateur indigène, une charge de plus, et pour le consommateur étranger, un motif d&#039;exclusion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;intervention du gouvernement est un mal, un bon gouvernement la rendra aussi rare qu&#039;il sera possible. Il ne garantira point la qualité des marchandises sur lesquelles il serait moins facile de tromper l&#039;acheteur que lui-même ; il ne garantira point celles dont la qualité n&#039;est pas susceptible d&#039;être vérifiée par ses agents, car un gouvernement a le malheur d&#039;être toujours obligé de compter sur la négligence, l&#039;incapacité et les coupables condescendances de ses agents ; mais il admettra, par exemple, le contrôle de l&#039;or et de l&#039;argent. Le titre de ces métaux ne saurait être constaté que par une opération chimique très compliquée, que la plupart des acheteurs ne sont pas capables d&#039;exécuter, et qui, pussent-ils en venir à bout, leur coûterait plus qu&#039;ils ne paient au gouvernement pour l&#039;exécuter à leur place. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Angleterre, quand un particulier invente un produit nouveau, ou bien découvre un procédé inconnu, il obtient un privilège exclusif de fabriquer ce produit, ou de se servir de ce procédé, privilège que nous nommons &#039;&#039;brevet d&#039;invention&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il n&#039;a point dès-lors de concurrents dans ce genre de production, il peut, pendant la durée de son brevet, en porter&lt;br /&gt;
le prix fort au-dessus de ce qui serait nécessaire pour le rembourser de ses avances avec les intérêts, et pour payer les profits de son industrie. C&#039;est une récompense que le gouvernement accorde aux dépens des consommateurs du nouveau produit ; et dans un pays aussi prodigieusement productif que l&#039;Angleterre, et où, par conséquent, il y a beaucoup de gens à gros revenus et à l&#039;affût&lt;br /&gt;
de tout ce qui peut leur procurer quelque nouvelle jouissance, cette récompense est souvent très considérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un brevet d&#039;invention (&#039;&#039;patent&#039;&#039;) en faveur d&#039;Arkwright, l&#039;inventeur des machines à filer en grand le coton, lui procura, vers 1778, une immense fortune. Il y a peu d&#039;années qu&#039;un homme inventa un ressort en spirale, qui, placé entre les courroies des soupentes des voitures, en adoucit singulièrement les secousses. Un privilège exclusif, pour un si mince objet, a fait la fortune de cet homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui pourrait raisonnablement se plaindre d&#039;un semblable privilége ? Il ne détruit ni ne gêne aucune branche d&#039;industrie précédemment connue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les frais n&#039;en sont payés que par ceux qui le veulent bien ; et quant à ceux qui ne jugent pas à propos de les payer, leurs besoins, de nécessité ou d&#039;agrément, n&#039;en sont pas moins complètement satisfaits qu&#039;auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, comme tout gouvernement doit tendre à améliorer sans cesse le sort de son pays, il ne peut pas priver à jamais les autres producteurs de la faculté de consacrer une partie de leurs capitaux et de leur industrie à cette production, qui, plus tard, pouvait être inventée par eux ; ni priver longtemps les consommateurs de l&#039;avantage de s&#039;en pourvoir au prix où la concurrence peut la faire descendre. Les nations étrangères, sur lesquelles il n&#039;a aucun pouvoir, admettraient sans restriction cette branche d&#039;industrie, et seraient ainsi plus favorisées que la nation où elle aurait pris naissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les anglais, qui en cela ont été imités par la France, ont donc fort sagement établi que de tels privilèges ne durent qu&#039;un certain nombre d&#039;années, au bout desquelles la fabrication de la marchandise qui en est l&#039;objet, est mise à la disposition de tout le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le procédé privilégié est de nature à pouvoir demeurer secret, le même acte statue que, le terme du privilège expiré, il sera rendu public. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le producteur privilégié (qui, dans ce cas, semblerait n&#039;avoir aucun besoin de privilège) y trouve cet avantage, que si quelque autre personne venait à découvrir le procédé secret, elle ne pourrait néanmoins en faire usage avant l&#039;expiration du privilège.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;est point nécessaire que l&#039;autorité publique discute l&#039;utilité du procédé, ou sa nouveauté ; s&#039;il n&#039;est pas utile, tant pis pour l&#039;inventeur ; s&#039;il n&#039;est pas nouveau, tout le monde est admis à prouver qu&#039;il était connu, et que chacun avait le droit de s&#039;en servir : tant pis encore pour l&#039;inventeur, qui a payé inutilement les frais du brevet d&#039;invention.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les brevets d&#039;invention paraissent avoir été en Angleterre un encouragement plus effectif qu&#039;en France, où j&#039;ai vu mettre en doute qu&#039;ils aient jamais procuré à un inventeur des avantages qu&#039;il n&#039;aurait pas eus sans eux. Ils ont été la cause de beaucoup de procès et quelquefois un obstacle à des améliorations. Le privilège est nul si le procédé était connu auparavant ; mais comment établir la preuve qu&#039;un procédé était connu, ou qu&#039;il ne l&#039;était pas ? Comment établir même l&#039;identité d&#039;une méthode avec une autre ? Une légère différence constitue-t-elle une méthode différente ? Oui, si elle est essentielle. Mais aussi quelquefois une&lt;br /&gt;
différence, en apparence considérable, n&#039;empêche pas deux fabrications d&#039;être les mêmes au fond. En France on accorde aussi des brevets d&#039;importation ; et l&#039;on a vu des manufacturiers qui avaient introduit dans leur fabrication des procédés heureusement imités de l&#039;étranger, mais qui, n&#039;ayant point pris de brevets parce qu&#039;ils ne prétendaient à aucun monopole, ont été attaqués en justice par des agioteurs en brevets d&#039;importation, qui, après s&#039;être pourvus d&#039;un privilège, prétendaient que le procédé leur appartenait. Ces derniers brevets sont décidément mauvais. Les usages des étrangers sont une source d&#039;instruction ouverte à tout le monde de même que les livres, et il est avantageux que le plus de gens possible soient admis à puiser à toutes les sources de l&#039;instruction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les considérations précédentes sur les règlements qui ont rapport, soit à la nature des produits, soit aux moyens employés pour produire, n&#039;ont pas pu embrasser la totalité des mesures de ce genre adoptées dans tous les pays civilisés ; et quand j&#039;aurais soumis à l&#039;examen la totalité de ces mesures, dès le lendemain l&#039;examen aurait été incomplet, parce que chaque jour voit naître de&lt;br /&gt;
nouveau règlements. L&#039;essentiel était d&#039;établir les principes d&#039;après lesquels on peut prévoir leurs effets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois néanmoins devoir m&#039;arrêter encore sur deux genres de commerce qui ont été le sujet de beaucoup de règlements : ce sera la matière de deux paragraphes particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== III. Des compagnies privilégiées ====&lt;br /&gt;
Le gouvernement accorde quelquefois à des particuliers, mais plus souvent à des compagnies de commerce, le droit exclusif d&#039;acheter et de vendre certaines denrées, comme le tabac, par exemple, ou de trafiquer avec une certaine contrée, comme l&#039;Inde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les concurrents se trouvant écartés par la force du gouvernement, les commerçants privilégiés élèvent leurs prix au-dessus du taux qu&#039;établirait le commerce libre. Ce taux est quelquefois déterminé par le gouvernement lui-même, qui met ainsi des bornes à la faveur qu&#039;il accorde aux producteurs, et à l&#039;injustice qu&#039;il exerce envers les consommateurs ; d&#039;autres fois la compagnie privilégiée ne borne l&#039;élévation de ses prix que lorsque la réduction dans la quotité des ventes lui cause plus de préjudice que la cherté des marchandises ne lui procure de profits. Dans tous les cas, le consommateur paie la denrée plus cher qu&#039;elle ne vaut, et communément le gouvernement se réserve une part dans les profits de ce monopole. Comme il n&#039;y a pas de mesure fâcheuse qui ne puisse être et qui n&#039;ait été appuyée par des arguments plausibles, on a dit que, pour commercer avec certains peuples, il y a des précautions à prendre, qui ne peuvent être bien prises que par des compagnies. Tantôt ce sont des forteresses, une marine à entretenir ; comme s&#039;il fallait entretenir un commerce qu&#039;on ne peut faire qu&#039;à main armée ! Comme si l&#039;on avait besoin d&#039;armée quand on veut être juste, et comme si l&#039;État n&#039;entretenait pas déjà à grands frais des forces pour protéger ses sujets ! Tantôt ce sont des ménagements diplomatiques à avoir. Les chinois, par exemple, sont un peuple si attaché à certaines formes, si soupçonneux, si indépendant des autres nations par l&#039;éloignement, l&#039;immensité de son empire et la nature de ses besoins, que ce n&#039;est que par une faveur spéciale, et qu&#039;il serait facile de perdre, qu&#039;on peut négocier avec eux. Il faut nous passer de leur thé, de leurs soies, de leurs nankins, ou bien prendre les précautions qui seules peuvent continuer à nous les procurer. Or, des tracasseries suscitées par des particuliers pourraient troubler l&#039;harmonie nécessaire au commerce qui se fait entre les deux nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais est-il bien sûr que les agents d&#039;une compagnie, souvent très hautains, et qui se sentent protégés par les forces militaires, soit de leur nation, soit de leur compagnie, est-il bien sûr, dis-je, qu&#039;ils soient plus propres à entretenir des relations de bonne amitié, que des particuliers nécessairement plus soumis aux lois des peuples qui les reçoivent ; que des particuliers à qui l&#039;intérêt personnel interdit tout mauvais procédé, à la suite duquel leurs biens, et peut-être leurs personnes pourraient être exposés ? Enfin, mettant les choses au pis, et supposant que sans une compagnie privilégiée le commerce de la Chine fût impossible, serait-on pour cela privé des produits de cette contrée ? Non, assurément. Le commerce des denrées de Chine se fera toujours, par la raison que ce commerce convient aux chinois comme à la nation qui le fera. Paiera-t-on ces denrées un prix extravagant ? On ne doit pas le supposer, quand on voit les trois quarts des nations d&#039;Europe qui n&#039;envoient pas un seul vaisseau à la Chine, et qui n&#039;en sont pas moins bien pourvues de thé, de soies et de nankin, à des prix fort raisonnables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre argument plus généralement applicable, et dont on a tiré plus de parti, est celui-ci : une compagnie achetant seule dans les pays dont elle a le commerce exclusif, n&#039;y établit point de concurrence d&#039;acheteurs, et par conséquent obtient les denrées à meilleur marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;abord il n&#039;est pas exact de dire que le privilège écarte toute concurrence. Il écarte, à la vérité, la concurrence des compatriotes, qui serait fort utile à la nation ; mais il n&#039;exclut pas du même commerce les compagnies privilégiées, ni les négociants libres des autres états.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, il est beaucoup de denrées dont les prix n&#039;augmenteraient pas en raison de la concurrence qu&#039;on affecte de redouter, et qui, au fond, est assez peu de chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il partait de Marseille, de Bordeaux, de Lorient, des vaisseaux pour aller acheter du thé à la Chine, il ne faut pas croire que les armateurs de tous ces navires réunis, achetassent plus de thé que la France n&#039;en peut consommer ou vendre ; ils auraient trop de peur de ne pouvoir s&#039;en défaire. Or, s&#039;ils n&#039;en achètent pour nous que ce qui s&#039;en achète pour nous par d&#039;autres négociants, le débit du thé en Chine n&#039;en sera pas augmenté : cette denrée n&#039;y deviendra pas plus rare. Pour que nos négociants la payassent plus cher, il faudrait qu&#039;elle renchérît pour les chinois eux-mêmes ; et dans un pays où se vend cent fois plus de thé que n&#039;en consomment tous les européens ensemble, ce ne serait pas l&#039;enchère de quelques négociants de France, qui en ferait monter sensiblement le prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quand il serait vrai qu&#039;il y eut dans l&#039;orient des sortes de marchandises que la concurrence européenne pourrait faire renchérir, pourquoi serait-ce un motif d&#039;intervertir, à l&#039;égard de ces contrées seulement, les règles que l&#039;on suit partout ailleurs ? Afin de payer moins cher aux allemands les quincailleries et les merceries que nous leur achetons, donne-t-on à une compagnie le privilège exclusif d&#039;aller les acheter en Allemagne et de les revendre parmi nous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;on suivait avec l&#039;orient la marche qu&#039;on suit avec toutes les autres contrées étrangères, le prix de certaines marchandises n&#039;y resterait pas longtemps au-dessus du taux où les portent naturellement en Asie les frais de leur production ; car ce prix trop élevé exciterait à les produire, et la concurrence des vendeurs se mettrait bien vite au niveau de celle des acheteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons néanmoins que l&#039;avantage d&#039;acheter à bon marché fût aussi réel qu&#039;on le représente ; il faudrait du moins que la nation participât à ce bon prix, et que les consommateurs nationaux payassent moins cher ce que la compagnie paie moins cher. Or c&#039;est exactement le contraire qui arrive, et la raison en est simple : la compagnie, qui n&#039;est réellement pas débarrassée de la concurrence dans ses achats, puisqu&#039;elle a pour concurrents les autres nations, l&#039;est effectivement dans ses ventes, puisque ses compatriotes ne peuvent acheter que d&#039;elle les marchandises qui font l&#039;objet de son commerce, et que les marchandises de même sorte qui pourraient être apportées par des négociants étrangers, sont écartées par une prohibition. Elle est maîtresse des prix, surtout lorsqu&#039;elle a soin, comme son intérêt l&#039;y invite, de tenir le marché non complètement approvisionné, &#039;&#039;understocked&#039;&#039;, comme disent les anglais, de manière que, la demande se trouvant un peu supérieure à l&#039;approvisionnement, la concurrence des acheteurs soutienne le prix de la marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que les compagnies, non-seulement font un gain usuraire sur le consommateur, mais qu&#039;elles lui font encore payer les dégâts et les fraudes inévitables dans une si grande machine, gouvernée par des directeurs et des agents sans nombre, dispersés aux deux bouts de la terre. Le commerce interlope et la contrebande peuvent seuls mettre des bornes aux énormes abus des compagnies&lt;br /&gt;
privilégiées ; et, sous ce rapport, le commerce interlope et la contrebande ne sont pas sans utilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce gain, tel qu&#039;il vient d&#039;être analysé, est-il un gain pour la nation qui a une compagnie privilégiée ? Nullement : il est en entier levé &#039;&#039;sur cette nation&#039;&#039; ; toute la valeur que le consommateur paie au-delà du prix que coûtent les services productifs d&#039;une marchandise, n&#039;est plus une valeur produite ; c&#039;est une valeur dont le gouvernement gratifie le commerçant aux dépens du consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moins, ajoutera-t-on peut-être, ce gain reste au sein de la nation, et s&#039;y dépense. — Fort bien ; mais qui est-ce qui le dépense ? Cette question vaut la peine d&#039;être faite. Si dans une famille un des membres s&#039;emparait du principal revenu, se faisait faire les plus beaux habits et mangeait les meilleurs morceaux, serait-il bien venu à dire aux autres individus de la même famille : &#039;&#039;que vous importe que ce soit vous ou moi qui dépensions ? Le même revenu n&#039;est-il pas dépensé ? Tout cela revient au même&#039;&#039;…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce gain, tout à la fois exclusif et usuraire, procurerait aux compagnies privilégiées des richesses immenses, s&#039;il était possible que leurs affaires fussent bien gérées ; mais la cupidité des agents, la longueur des entreprises, l&#039;éloignement des comptables, l&#039;incapacité des intéressés, sont pour elles des causes sans cesse agissantes de ruine. L&#039;activité et la clairvoyance de l&#039;intérêt personnel sont encore plus nécessaires dans les affaires longues et délicates que dans toutes les autres ; et quelle surveillance active et clairvoyante peuvent exercer des actionnaires qui sont quelquefois au nombre de plusieurs centaines, et qui ont presque tous des intérêts plus chers à soigner ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les suites des privilèges accordés aux compagnies commerçantes ; et il est à remarquer que ce sont des conséquences nécessaires, résultant de la nature de la chose, tellement que certaines circonstances peuvent les modifier, non les détruire. C&#039;est ainsi que la compagnie anglaise des Indes n&#039;a pas été si mal que les trois ou quatre compagnies françaises qu&#039;on a essayé d&#039;établir à différentes époques ; elle est en même temps souveraine, et les plus détestables souverainetés peuvent subsister plusieurs siècles ; témoin celle des Mamelucks sur l&#039;Égypte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques autres inconvénients d&#039;un ordre inférieur marchent à la suite des industries privilégiées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent un privilège exclusif fait fuir et transporte à l&#039;étranger des capitaux et une industrie qui ne demandaient qu&#039;à se fixer dans le pays. Dans les derniers temps du règne de Louis XIV, la compagnie des Indes, ne pouvant se soutenir malgré son privilège exclusif, en céda l&#039;exercice à quelques armateurs de Saint-Malo, moyennant une légère part dans leur bénéfice. Ce commerce commençait à se ranimer sous l&#039;influence de la liberté, et l&#039;année 1714, époque où expirait entièrement le privilège de la compagnie, lui aurait donné toute l&#039;activité que comportait la triste situation de la France ; mais la compagnie sollicita une prolongation de privilège et l&#039;obtint, tandis que des négociants avaient déjà commencé des expéditions pour leur compte. Un vaisseau marchand, de Saint-Malo, commandé par un breton nommé Lamerville, arriva sur les côtes de France, revenant de l&#039;Inde. Il voulut entrer dans le port ; on lui dit qu&#039;il n&#039;en avait pas le droit, et que ce commerce n&#039;était plus libre. Il fut contraint de&lt;br /&gt;
poursuivre son chemin jusqu&#039;au premier port de la Belgique. Il entra dans celui d&#039;Ostende, où il vendit sa cargaison. Le gouverneur de la Belgique, instruit du profit immense qu&#039;il avait fait, proposa au même capitaine de retourner dans l&#039;Inde avec des vaisseaux qu&#039;on équiperait exprès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lamerville fit en conséquence plusieurs voyages pour différents individus, et ce fut là l&#039;origine de la compagnie d&#039;Ostende.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu que les consommateurs français ne pouvaient que perdre à ce monopole, et certainement ils y perdirent ; mais du moins les intéressés devaient y gagner : ils y perdirent aussi, malgré le monopole du tabac et celui des loteries, et d&#039;autres encore que le gouvernement leur accorda. « Enfin, dit Voltaire, il n&#039;est resté aux français, dans l&#039;Inde, que le regret d&#039;avoir dépensé, pendant plus de quarante ans, des sommes immenses pour entretenir une compagnie qui n&#039;a jamais fait le moindre profit, qui n&#039;a jamais rien payé aux actionnaires, ni à ses créanciers, du produit de son négoce, et qui, dans son administration indienne, n&#039;a subsisté que d&#039;un secret brigandage. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le privilège exclusif d&#039;une compagnie est justifiable, quand il est l&#039;unique moyen d&#039;ouvrir un commerce tout neuf avec des peuples éloignés ou barbares. Il devient alors une espèce de &#039;&#039;brevet d&#039;invention&#039;&#039;, dont l&#039;avantage couvre les risques d&#039;une entreprise hasardeuse et les frais de première tentative ; les consommateurs ne peuvent pas se plaindre de la cherté des produits, qui seraient bien plus chers sans cela, puisqu&#039;ils ne les auraient pas du tout. Mais, de même que les brevets d&#039;invention, ce privilège ne doit durer que le temps nécessaire pour indemniser complètement les entrepreneurs de leurs avances et de leur risque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Passé ce terme, il ne serait plus qu&#039;un don qu&#039;on leur ferait gratuitement aux dépens de leurs concitoyens, qui tiennent de la&lt;br /&gt;
nature le droit de se procurer les denrées dont ils ont envie, où ils peuvent et au plus bas prix possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait faire sur les manufactures privilégiées à peu près les mêmes raisonnements que sur les privilèges relatifs au commerce. Ce qui fait que les gouvernements se laissent entraîner si facilement dans ces sortes de concessions, c&#039;est, d&#039;une part, qu&#039;on présente le gain sans s&#039;embarrasser de rechercher comment et par qui il est payé ; et d&#039;une autre part, que ces prétendus gains peuvent être, bien ou mal, à tort ou à raison, appréciés par des calculs numériques ; tandis que l&#039;inconvénient, tandis que la perte, affectant plusieurs parties du corps social, et l&#039;affectant d&#039;une manière indirecte, compliquée et générale, échappent entièrement au calcul. On a dit qu&#039;en économie politique, il ne fallait s&#039;en rapporter qu&#039;aux chiffres ; quand je vois qu&#039;il n&#039;y a pas d&#039;opération détestable qu&#039;on n&#039;ait soutenue et déterminée par des calculs arithmétiques, je croirais plutôt que ce sont les chiffres qui tuent les États.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== IV. Des règlements relatifs au commerce des grains ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il semble que des principes aussi généralement applicables doivent être pour les grains ce qu&#039;ils sont pour toutes les autres marchandises. Mais le blé ou l&#039;aliment, quel qu&#039;il soit, qui fait le fonds de la nourriture d&#039;un peuple, mérite quelques&lt;br /&gt;
considérations particulières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par tout pays les habitants se multiplient en proportion des subsistances. Des vivres abondants et à bon marché favorisent la population ; la disette produit un effet contraire : mais ni l&#039;un ni l&#039;autre de ces effets ne saurait être aussi rapide que la succession des récoltes. Une récolte peut excéder d&#039;un cinquième, peut-être d&#039;un quart, la récolte moyenne ; elle peut lui rester inférieure dans la même proportion ; mais un pays comme la France, qui a trente millions d&#039;habitants cette année, ne saurait en avoir trente-six l&#039;année prochaine ; et, s&#039;il fallait que leur nombre tombât à vingt-quatre-millions dans l&#039;espace d&#039;une année,&lt;br /&gt;
ce ne pourrait être sans d&#039;effroyables calamités. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par un malheur qui tient à la nature des choses, il faut donc qu&#039;un pays soit approvisionné dans les bonnes années avec surabondance, et qu&#039;il éprouve une disette plus ou moins sévère dans les mauvaises années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet inconvénient, au reste, se fait sentir pour tous les objets de sa consommation ; mais la plupart n&#039;étant pas d&#039;une nécessité indispensable, la privation qu&#039;on en éprouve pour un temps, n&#039;équivaut pas à la privation de la vie. Le haut prix d&#039;un produit qui vient à manquer, excite puissamment le commerce à le faire venir de plus loin et à plus grands frais : mais quand un produit est indispensable, comme le blé ; quand un retard de quelques jours dans son arrivage, est une calamité ; quand la consommation de ce produit est tellement considérable, qu&#039;il n&#039;est pas au pouvoir des moyens commerciaux ordinaires d&#039;y suffire ; quand son poids et son volume sont tels, qu&#039;on ne peut lui faire subir un trajet un peu long, surtout par terre, sans tripler ou quadrupler son prix moyen, on ne peut guère alors s&#039;en rapporter entièrement aux particuliers du soin de cet approvisionnement. S&#039;il faut tirer le blé du dehors, il peut arriver qu&#039;il soit rare et cher dans les pays même d&#039;où l&#039;on est dans l&#039;usage de le tirer : le gouvernement de ces pays peut en défendre la sortie, une guerre maritime en empêcher l&#039;arrivage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce n&#039;est pas une denrée dont on puisse se passer, qu&#039;on puisse attendre seulement quelques jours : le moindre retard est un arrêt de mort, du moins pour une partie de la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour que la quantité moyenne des approvisionnements fût comme la récolte moyenne, il faudrait que chaque famille fît dans les années d&#039;abondance un approvisionnement, une réserve égale à ce qui peut manquer à ses besoins dans une année de disette. Mais on ne peut attendre une semblable précaution que d&#039;un bien petit nombre de particuliers. La plupart, sans parler de leur imprévoyance, ont trop peu de moyens pour faire l&#039;avance, quelquefois pendant plusieurs années, de la valeur de leur approvisionnement ; ils manqueraient de locaux pour le conserver, et en seraient embarrassés dans leurs déplacements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on se fier aux spéculateurs du soin de faire des réserves ? Au premier aperçu, il semble que leur intérêt devrait suffire pour les y déterminer. Il y a tant de différence entre le prix où l&#039;on peut acheter du blé dans une année d&#039;abondance, et celui où l&#039;on peut le vendre quand une disette survient ! Mais ces moments sont quelquefois séparés par de longs intervalles ; de semblables opérations ne se répètent pas à volonté, et ne donnent pas lieu à un cours d&#039;affaires régulier. Le nombre et la grandeur des magasins, l&#039;achat des grains, obligent à des avances majeures qui coûtent de gros intérêts ; les manipulations du blé sont nombreuses, la conservation incertaine, les infidélités faciles, les violences populaires possibles. Ce sont des bénéfices rarement répétés qui doivent payer tout cela ; il est possible qu&#039;ils ne suffisent pas pour déterminer les particuliers à un genre de spéculations qui seraient sans doute les plus utiles de toutes, puisqu&#039;elles sont fondées sur des achats qui se font au moment où le producteur a besoin de vendre, et sur des ventes au moment où le consommateur trouve difficilement à acheter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À défaut des réserves faites par des consommateurs eux-mêmes, ou par des spéculateurs, et sur lesquelles on voit qu&#039;il n&#039;est pas prudent de compter, l&#039;administration publique, qui représente les intérêts généraux, ne peut-elle pas en faire avec succès ? Je sais que dans quelques pays de peu d&#039;étendue et sous des gouvernements économes, comme en Suisse, des greniers d&#039;abondance ont rendu les services qu&#039;on en pouvait attendre. Je ne les crois pas exécutables dans les grands États, et lorsqu&#039;il s&#039;agit d&#039;approvisionner des populations nombreuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avance du capital et les intérêts qu&#039;il coûte, sont un obstacle pour les gouvernements comme pour les spéculateurs ; un plus grand obstacle même, car la plupart des gouvernements n&#039;empruntent pas à d&#039;aussi bonnes conditions que des particuliers solvables. Ils ont un bien plus grand désavantage encore comme gérant une affaire qui, par sa nature, est commerciale, une affaire où il faut acheter, soigner et vendre des marchandises. Turgot a fort bien prouvé, dans ses lettres sur le commerce des grains, qu&#039;un gouvernement, dans ces sortes d&#039;affaires, ne pouvait jamais être servi à bon marché, tout le monde étant intéressé à grossir ses frais, et personne ne l&#039;étant à les diminuer. Qui peut répondre qu&#039;une semblable opération sera conduite comme il convient qu&#039;elle le soit, lorsqu&#039;elle doit être dirigée par une autorité qui n&#039;admet point de contrôle, et où les décisions sont généralement prises par des ministres, par des personnes constituées en dignités, et par conséquent étrangères à la pratique des affaires de ce genre ? Qui peut répondre qu&#039;une terreur panique ne fera pas disposer des approvisionnements avant le temps prescrit ; ou qu&#039;une entreprise politique, une guerre, ne fera pas changer leur destination ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un pays vaste et populeux, comme la France, où il y a encore trop peu de ports de mer, de fleuves et de canaux navigables, et où par conséquent les frais de production, dans le commerce des grains, peuvent aisément, dans certaines années, en porter le prix fort au-dessus des facultés du grand nombre, il faut d&#039;autres moyens encore de subvenir aux mauvaises récoltes, que le commerce ordinaire. Il ne faut jamais le contrarier ; mais il lui faut des auxiliaires. On ne peut, je crois, compter sur des réserves suffisantes, faites dans les années d&#039;abondance pour les années de disette, que lorsqu&#039;elles sont faites et conduites par des compagnies de négociants, jouissant d&#039;une grande consistance et disposant de tous les moyens ordinaires du commerce, qui veuillent se charger de l&#039;achat, de la conservation et du renouvellement des blés, suivant des règles convenues et moyennant des avantages qui balancent pour eux les inconvénients de l&#039;opération. L&#039;opération serait alors sûre et efficace, parce que les contractants donneraient des garanties, et elle coûterait moins au public que de toute autre manière. On pourrait traiter avec diverses compagnies pour les villes principales ; et les villes, étant ainsi, dans les disettes, approvisionnées par des réserves, cesseraient de faire des achats dans les campagnes, qui par là se trouveraient elles-mêmes mieux approvisionnées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus les réserves, les greniers d&#039;abondance, ne sont que des moyens subsidiaires d&#039;approvisionnement, et pour les temps de disette seulement. Les meilleurs approvisionnements et les plus considérables sont toujours ceux du commerce le plus libre. Celui-ci consiste principalement à porter le grain des fermes, jusque dans les principaux marchés ; et ensuite, mais pour des quantités bien moins grandes, à le transporter des provinces où il abonde, dans celles qui en manquent ; comme aussi à l&#039;exporter quand il est à bon marché, et à l&#039;importer lorsqu&#039;il est cher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ignorance populaire a presque eu en horreur ceux qui ont fait le commerce des grains, et les gouvernements ont trop souvent partagé les préjugés et les terreurs populaires. Les principaux reproches qui ont été faits aux commerçants en blé, ont été d&#039;accaparer cette denrée pour en faire monter le prix, ou tout au moins de faire, sur l&#039;achat et la vente, des profits qui ne sont qu&#039;une contribution gratuite levée sur le producteur et sur le consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, s&#039;est-on bien rendu compte de ce qu&#039;on entendait par des accaparements de grains ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont-ce des réserves faites dans des années d&#039;abondance et lorsque le grain est à bon marché ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu que nulles opérations ne sont plus favorables, et qu&#039;elles sont même l&#039;unique moyen d&#039;accommoder une production nécessairement inégale, à des besoins constants. Les grands dépôts de grains achetés à bas prix, font la sécurité du public, et méritent non-seulement la protection, mais les encouragements de l&#039;autorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entend-on par accaparements les magasins formés lorsque le blé commence à devenir rare et cher, et qui le rendent plus rare et plus cher encore ? Ceux-là en effet, comme ils n&#039;augmentent pas les ressources d&#039;une année aux dépens d&#039;une autre année qui avait un superflu, n&#039;ont pas la même utilité et font payer un service qu&#039;elles ne rendent pas ; mais je ne crois pas que cette manœuvre exécutée sur les blés, ait jamais eu des effets bien funestes. Le blé est une des denrées les plus généralement produites ; pour se rendre maître de son prix, il faudrait ôter à trop de gens la possibilité de vendre, établir des pratiques sur un trop vaste espace, mettre en jeu un trop grand nombre d&#039;agents. C&#039;est de plus une des denrées les plus lourdes et les plus encombrantes comparativement à son prix ; une de celles, par conséquent, dont le voiturage et l&#039;emmagasinement sont le plus difficiles et le plus dispendieux. Un amas de blé de quelque valeur ne peut être rassemblé en aucun lieu sans que tout le monde en soit averti. Enfin, c&#039;est une denrée sujette à des altérations ; une denrée qu&#039;on ne garde pas autant qu&#039;on le veut, et qui, dans les ventes qu&#039;on est forcé d&#039;en faire, expose à des pertes énormes lorsqu&#039;on spécule sur de fortes quantités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les accaparements par spéculation sont donc difficiles, et par conséquent peu redoutables. Les plus fâcheux et les plus inévitables accaparements, se composent de cette multitude de réserves de précaution que chacun fait chez soi à l&#039;approche d&#039;une disette. Les uns gardent, par excès de précaution, un peu au-delà de ce qui serait nécessaire pour leur consommation. Les fermiers, les propriétaires-cultivateurs, les meuniers, les boulangers, gens qui par état sont autorisés à avoir quelque approvisionnement, se flattant de se défaire plus tard avec profit de leur excédent, gardent cet excédent un peu plus fort que de coutume ; et cette foule de petits accaparements forment, par leur multiplicité, un accaparement supérieur à tous ceux que peuvent rassembler les spéculateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que dirait-on si ces calculs, quelque répréhensibles qu&#039;ils soient, avaient encore leur utilité ? Quand le blé n&#039;est pas cher, on en consomme davantage, on le prodigue, on en donne aux animaux. La crainte d&#039;une disette encore éloignée, un renchérissement qui n&#039;est pas encore bien considérable, n&#039;arrêtent pas assez tôt cette prodigalité. Si alors les détenteurs de grains les resserrent, cette cherté anticipée met tout le monde sur ses gardes ; les petits consommateurs surtout, qui, réunis, font la plus grosse consommation, y trouvent des motifs d&#039;épargne et de frugalité. On ne laisse rien perdre d&#039;un aliment qui renchérit ; on tâche de le remplacer par d&#039;autres aliments. C&#039;est ainsi que la cupidité des uns remplace la prudence qui manque aux autres ; et finalement, lorsque les grains réservés sont mis en vente, l&#039;offre qu&#039;on en fait tempère en faveur du consommateur le prix général de la denrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant au tribut qu&#039;on prétend que le négociant en blé impose au producteur et au consommateur, c&#039;est un reproche qu&#039;on fait quelquefois, sans plus de justice, au commerce de quelque nature qu&#039;il soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, sans aucune avance de fonds, sans magasins, sans soins, sans combinaisons et sans difficultés, les produits pouvaient être mis sous la main des consommateurs, on aurait raison. Mais, si ces difficultés existent, nul ne peut les surmonter à moins de frais que celui qui en fait son état. Qu&#039;un législateur considère d&#039;un peu haut les marchands grands et petits : il les verra s&#039;agiter en tous sens sur la surface d&#039;un pays, à l&#039;affût des bons marchés, à l&#039;affût des besoins, rétablissant par leur concurrence les prix là où ils sont trop bas pour la production, et là où ils sont trop élevés pour la commodité du consommateur. Est-ce du cultivateur,&lt;br /&gt;
est-ce du consommateur, est-ce de l&#039;administration qu&#039;on pourrait attendre cette utile activité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ouvrez des communications faciles, et surtout des canaux de navigation, seules communications qui puissent convenir aux denrées lourdes et encombrantes ; donnez toute sécurité aux trafiquants, et laissez-les faire. Ils ne rendront pas copieuse une récolte déficiente, mais ils répartiront toujours ce qui peut être réparti, de la manière la plus favorable aux besoins, comme à la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est sans doute ce qui a fait dire à Smith qu&#039;après l&#039;industrie du cultivateur, nulle n&#039;est plus favorable à la production des blés, que celle des marchands de grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des fausses notions qu&#039;on s&#039;est faites sur la production et le commerce des subsistances, sont nées une foule de lois, de règlements, d&#039;ordonnances fâcheuses, contradictoires, rendues en tous pays, selon l&#039;exigence du moment, et souvent sollicitées par la clameur publique. Le mépris et le danger qu&#039;on a attirés par là sur les spéculateurs en blé, ont souvent livré ce commerce aux trafiquants du plus bas étage, soit pour les sentiments, soit pour les facultés, et il en est résulté ce qui arrive toujours : c&#039;est que le même trafic s&#039;est fait, mais obscurément, mais beaucoup plus chèrement, parce qu&#039;il fallait bien que les gens à qui il était abandonné, se fissent payer les inconvénients et les risques de leur industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on a taxé le prix des grains, on les a fait fuir ou on les a fait cacher. On ordonnait ensuite aux fermiers de les porter au marché ; on prohibait toute vente consommée dans les maisons, et toutes ces violations de la propriété, escortées, comme on peut croire, de recherches inquisitoriales, de violences et d&#039;injustices, ne procuraient jamais que de faibles ressources. En administration comme en morale, l&#039;habileté ne consiste pas à vouloir qu&#039;on fasse, mais à faire en sorte qu&#039;on veuille. Les marchés ne sont jamais garnis de denrées par des gendarmes et des sbires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l&#039;administration veut approvisionner elle-même par ses achats, elle ne réussit jamais à subvenir aux besoins du pays, et elle supprime les approvisionnements qu&#039;aurait procurés le commerce libre. Aucun négociant n&#039;est disposé à faire, comme elle, le commerce pour y perdre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant la disette qui eut lieu en 1775 dans diverses parties de la France, la municipalité de Lyon et quelques autres, pour fournir aux besoins de leurs administrés, faisaient acheter du blé dans les campagnes, et le revendaient à perte dans la ville.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En même temps elles obtinrent, pour payer les frais de cette opération, une addition aux octrois, aux droits que les denrées payaient en entrant aux portes. La disette augmenta, et il y avait de bonnes raisons pour cela : on n&#039;offrait plus aux marchands qu&#039;un marché où les denrées se vendaient au-dessous de leur valeur, et on leur faisait payer une amende lorsqu&#039;ils les y apportaient !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus une denrée est nécessaire, et moins il convient d&#039;en faire tomber le prix au-dessous de son taux naturel. Un renchérissement accidentel du blé est une circonstance fâcheuse, sans doute, mais qui tient à des causes qu&#039;il n&#039;est pas ordinairement au&lt;br /&gt;
pouvoir de l&#039;homme d&#039;écarter. Il ne faut pas qu&#039;à ce malheur il en ajoute un autre, et fasse de mauvaises lois parce qu&#039;il a eu une mauvaise saison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement ne réussit pas mieux au commerce d&#039;importation qu&#039;au commerce intérieur. Malgré les énormes sacrifices que le gouvernement et la commune de Paris ont faits en 1816 et 1817, pour approvisionner cette capitale, par des achats faits dans l&#039;étranger, le consommateur a payé le pain à un taux exorbitant ; il n&#039;a jamais eu le poids annoncé, la qualité du pain a été détestable, et finalement on en a manqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne dirai rien au sujet des primes d&#039;importation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La plus belle des primes est le haut prix qu&#039;on offre pour les blés et pour les farines dans les pays où il y a disette. Si cette prime de 200 ou 300 pour cent ne suffit pas pour en amener, je ne pense pas qu&#039;aucun gouvernement puisse en offrir qui soient capables de tenter les importateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples seraient moins exposés aux disettes s&#039;ils mettaient plus de variété dans leurs mets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un seul produit fait le fonds de la nourriture de tout un peuple, il est misérable du moment que ce produit vient à manquer. C&#039;est ce qui arrive quand le blé devient rare en France, ou le riz dans l&#039;Indostan. Lorsque plusieurs substances jouent un rôle parmi les aliments, comme les viandes de boucherie, les animaux de basse-cour, les racines, les légumes, les fruits, les poissons, sa subsistance est plus assurée, parce qu&#039;il est difficile que toutes ces denrées manquent à la fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les disettes seraient plus rares si l&#039;on étendait et perfectionnait l&#039;art de conserver, sans beaucoup de frais, les aliments qui abondent dans certaines saisons et dans certains lieux, comme les poissons : ce qui s&#039;en trouve de trop dans ces occasions, servirait dans celles où l&#039;on en manque. Une très grande liberté dans les relations maritimes des nations procurerait, sans beaucoup de frais, à celles qui occupent des latitudes tempérées, les fruits que la nature accorde avec tant de profusion à la zone torride. J&#039;ignore jusqu&#039;à quel point on pourrait parvenir à conserver et à transporter les bananes ; mais ce moyen n&#039;est-il pas trouvé pour le sucre, qui, sous tant de formes, présente un aliment agréable et sain, et qui est produit avec tant d&#039;abondance par toute la terre jusqu&#039;au 38&amp;lt;sup&amp;gt;e&amp;lt;/sup&amp;gt; degré de latitude, que nous pourrions, sans nos mauvaises lois, l&#039;obtenir communément, malgré les frais de commerce, fort au-dessous du prix de la viande, et sur le même pied que plusieurs de nos fruits et de nos légumes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour en revenir au commerce des grains, je ne voudrais pas qu&#039;on se prévalût de ce que j&#039;ai dit des avantages de la liberté, pour l&#039;appliquer sans mesure à tous les cas. Rien n&#039;est plus dangereux qu&#039;un système absolu, et qui ne se ploie jamais, surtout lorsqu&#039;il s&#039;agit de l&#039;appliquer aux besoins et aux erreurs de l&#039;homme. Le mieux est de tendre toujours vers les principes qu&#039;on reconnaît bons, et d&#039;y ramener par des moyens dont l&#039;action agisse insensiblement, et par là plus infailliblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque le prix des grains vient à excéder un certain taux fixé d&#039;avance, on s&#039;est bien trouvé d&#039;en défendre l&#039;exportation, ou du moins de la soumettre à un droit un peu fort ; car il vaut mieux que ceux qui sont déterminés à faire la contrebande, paient leur prime d&#039;assurance à l&#039;État qu&#039;à des assureurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu&#039;à présent, dans ce paragraphe, la trop grande cherté des grains a été regardée comme le seul inconvénient qui fût à craindre. En 1815, l&#039;Angleterre a redouté d&#039;en voir trop baisser le prix par l&#039;introduction des grains étrangers. La production des grains, comme toute autre production, est beaucoup plus dispendieuse chez les anglais que chez leurs voisins. Cela dépend de plusieurs causes qu&#039;il est inutile d&#039;examiner ici, et principalement de l&#039;énormité des impôts. Les grains étrangers pouvaient être vendus en Angleterre, par le commerce, pour les deux tiers du prix auquel ils revenaient au cultivateur-producteur. Fallait-il laisser&lt;br /&gt;
l&#039;importation libre, et, en exposant le cultivateur à perdre pour soutenir la concurrence des importateurs de blé, le mettre dans l&#039;impossibilité d&#039;acquitter son fermage, ses impôts, le détourner de la culture du blé, et mettre pour sa subsistance l&#039;Angleterre à la merci des étrangers, et peut-être de ses ennemis ? Ou bien fallait-il, en prohibant les grains étrangers, donner aux fermiers une prime aux dépens des consommateurs, augmenter pour l&#039;ouvrier la difficulté de subsister, et, par le haut prix des denrées de première nécessité, renchérir encore tous les produits manufacturés de l&#039;Angleterre, et leur ôter la possibilité de soutenir la concurrence de ceux de l&#039;étranger ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette question a donné lieu à des débats très animés, soit dans les assemblées délibérantes, soit dans des écrits imprimés ; et ces débats, où deux partis opposés avaient raison tous deux, prouvent, par parenthèse, que le vice principal était hors de la question elle-même : je veux dire dans l&#039;influence exagérée que l&#039;Angleterre veut exercer sur la politique du globe, influence qui l&#039;a obligée à des efforts disproportionnés avec l&#039;étendue de son territoire. Ces efforts ont dû par conséquent reposer sur d&#039;énormes emprunts, dont les intérêts composent la majeure partie de ses charges annuelles. Les impôts chargent à son tour l&#039;agriculture de frais de production exagérés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;Angleterre, par de fortes économies, remboursait graduellement sa dette, si elle supprimait, graduellement aussi, la dîme et la taxe des pauvres, laissant à chaque culte le soin de payer ses prêtres, elle n&#039;aurait pas besoin de repousser par des prohibitions le grain étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu&#039;il en soit, ces discussions, soutenues de part et d&#039;autre avec de grandes connaissances et beaucoup de capacité, ont contribué à jeter un nouveau jour sur les effets de l&#039;intervention de l&#039;autorité dans l&#039;approvisionnement, et ont été peut-être favorables au système de la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, que disaient de plus fort les partisans de la prohibition des grains étrangers ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;il fallait, même aux dépens des consommateurs, encourager la culture du pays, pour qu&#039;il ne pût pas être affamé par les étrangers. On assignait deux cas où ce risque était principalement redoutable : le cas d&#039;une guerre où une puissance influente pourrait empêcher une importation devenue indispensable ; et le cas où la disette se ferait sentir dans les pays à blé eux-mêmes, et où ils retiendraient, pour leur subsistance, leurs propres récoltes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On répondait à cela, que l&#039;Angleterre devenant un pays régulièrement et constamment importateur de blé, plusieurs contrées du monde prendraient l&#039;habitude de lui en vendre ; ce qui favoriserait et étendrait la culture du froment dans certaines parties de la Pologne, de l&#039;Espagne, de la Barbarie, ou de l&#039;Amérique septentrionale ; que dès lors ces contrées ne pourraient pas plus se dispenser de vendre, que l&#039;Angleterre d&#039;acheter ; que Bonaparte lui-même, le plus furieux ennemi de l&#039;Angleterre, au plus fort des hostilités, lui avait fait passer du grain pour en recevoir de l&#039;argent ; que jamais la récolte ne manque à la fois en plusieurs pays distants les uns des autres ; et qu&#039;un grand commerce de blé, bien établi, oblige à des approvisionnements préparés d&#039;avance, à des dépôts considérables qui éloigneraient, plus que toute autre cause, la possibilité des disettes ; tellement qu&#039;on peut affirmer, d&#039;après le raisonnement et l&#039;expérience de la Hollande et de quelques autres États, que ce sont précisément ceux&lt;br /&gt;
où l&#039;on ne recueille pas de blé, qui ne sont jamais exposés à des disettes, ni même à des chertés bien considérables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut se dissimuler cependant qu&#039;il n&#039;y ait des inconvénients graves à ruiner dans un pays (même dans celui où les approvisionnements du commerce sont faciles) la culture des céréales. La nourriture est le premier besoin des peuples, et il n&#039;est pas prudent de se mettre dans la nécessité de la tirer de trop loin. Des lois qui prohibent l&#039;entrée des blés pour protéger les intérêts du fermier aux dépens des manufacturiers, sont des lois fâcheuses, j&#039;en conviens ; mais des impôts excessifs, des emprunts, une diplomatie, une cour, et des armées ruineuses, sont des circonstances fâcheuses aussi, et qui pèsent sur le cultivateur plus que sur le manufacturier. Il faut bien rétablir, par un abus, l&#039;équilibre naturel rompu par d&#039;autres abus ; autrement tous les laboureurs se changeraient en artisans, et l&#039;existence du corps social deviendrait trop précaire.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVI|Quels avantages résultent de l&#039;activité de circulation de l&#039;argent et des marchandises]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVIII|Si le gouvernement augmente la richesse nationale en devenant producteur lui-même]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVII</title>
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		<updated>2008-05-01T17:18:45Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;__NOTOC__&lt;br /&gt;
__NOEDITSECTION__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVI|Quels avantages résultent de l&#039;activité de circulation de l&#039;argent et des marchandises]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVIII|Si le gouvernement augmente la richesse nationale en devenant producteur lui-même]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XVII - Des effets des règlements de l&#039;administration qui ont pour objet d&#039;influer sur la production.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Il n&#039;est, à vrai dire, aucun acte du gouvernement qui n&#039;exerce quelque influence sur la production ; je me contenterai, dans ce chapitre, de parler de ceux qui ont pour objet spécial d&#039;y influer, me réservant de développer les effets du système monétaire, des emprunts, des impôts, quand je traiterai de ces matières pour elles-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet des gouvernements, en cherchant à influer sur la production, est, ou de déterminer la production de certains produits qu&#039;ils croient plus dignes d&#039;être favorisés que d&#039;autres, ou bien de prescrire des manières de produire qu&#039;ils jugent préférables à d&#039;autres manières. Les résultats de cette double prétention, relativement à la richesse nationale, seront examinés dans les deux premiers paragraphes de ce chapitre. Dans les deux paragraphes suivants, j&#039;appliquerai les mêmes principes à deux cas particuliers, les compagnies privilégiées, et le commerce des grains, à cause de leur grande importance, et afin de fournir de nouvelles preuves et de nouveaux développements aux principes. Chemin faisant, nous verrons quelles sont les circonstances où des raisons suffisantes semblent commander quelques déviations dans la marche que prescrivent les principes généraux. En administration, les grands maux ne viennent pas des exceptions qu&#039;on croit devoir faire aux règles ; ils viennent des fausses notions qu&#039;on se forme de la nature des choses, et des fausses règles qu&#039;on s&#039;impose en conséquence. Alors on fait le mal en grand, on agit systématiquement de travers ; car il est bon de savoir que nul n&#039;a plus de systèmes que les gens qui se vantent de n&#039;en point avoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== I. Effets des règlements qui déterminent la nature des produits====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nature des besoins de la société détermine à chaque époque, et selon les circonstances, une demande plus ou moins vive de tels ou tels produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en résulte que, dans ces genres de production, les services productifs sont un peu mieux payés que dans les autres branches de la production, c&#039;est-à-dire que les profits qu&#039;on y fait sur l&#039;emploi de la terre, des capitaux et du travail, y sont un peu meilleurs. Ces profits attirent de ce côté des producteurs, et c&#039;est ainsi que la nature des produits se conforme toujours naturellement aux besoins de la société. On a déjà vu que ces besoins sont d&#039;autant plus étendus que la production est plus grande, et que la société en général achète d&#039;autant plus qu&#039;elle a plus de quoi acheter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;au travers de cette marche naturelle des choses, l&#039;autorité se montre et dit : &#039;&#039;le produit qu&#039;on veut créer, celui qui donne les meilleurs profits, et par conséquent celui qui est le plus recherché, n&#039;est pas celui qui convient ; il faut qu&#039;on s&#039;occupe de tel autre&#039;&#039;, elle dirige évidemment une partie des moyens de production vers un genre dont le besoin se fait moins sentir, aux dépens d&#039;un autre dont le besoin se fait sentir davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un arrêt du conseil du roi, rendu en 1737, obligeait les propriétaires qui voulaient planter un terrain en vignes, d&#039;en obtenir la permission de l&#039;intendant de la province, comme si le propriétaire ne savait pas mieux que l&#039;intendant, le genre de culture où son terrain lui rapporterait le plus ; et comme si le produit qui devait rapporter le plus, n&#039;était pas celui dont le besoin se faisait le plus sentir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1794, il y eut en France des personnes persécutées, et même conduites à l&#039;échafaud, pour avoir transformé des terres labourées en prairies artificielles. Cependant, du moment que ces personnes trouvaient plus d&#039;avantages à élever des bestiaux qu&#039;à cultiver des grains, on peut être certain que les besoins de la société réclamaient plus de bestiaux que de grains, et qu&#039;elles pouvaient produire une plus grande valeur dans la première de ces denrées que dans la seconde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;administration disait que la valeur produite importait moins que la nature des produits, et qu&#039;elle préférait qu&#039;un arpent de terre produisît pour vingt francs de blé plutôt que pour trente francs de fourrage. Elle calculait mal ; car si le terrain produisait un hectolitre de blé valant vingt francs, ce même arpent cultivé en prairie, et donnant un produit de trente francs, aurait procuré un hectolitre et demi de blé au lieu d&#039;un hectolitre. Que si le blé était assez rare et assez cher pour que l&#039;hectolitre valût plus que le fourrage, l&#039;ordonnance était superflue : l&#039;intérêt du producteur suffisait pour lui faire cultiver du blé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne reste donc plus qu&#039;à savoir qui, de l&#039;administration ou du cultivateur, sait le mieux quel genre de culture rapportera davantage ; et il est permis de supposer que le cultivateur qui vit sur le terrain, l&#039;étudie, l&#039;interroge, qui plus que personne est intéressé à en tirer le meilleur parti, en sait à cet égard plus que l&#039;administration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on insiste, et si l&#039;on dit que le cultivateur ne connaît que le prix courant du marché, et ne saurait prévoir, comme l&#039;administration, les besoins futurs du peuple, on peut répondre que l&#039;un des talents des producteurs, talent que leur intérêt les oblige de cultiver avec soin, est non seulement de connaître, mais de prévoir les besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;à une autre époque, on a forcé les particuliers à planter des betteraves ou du pastel dans des terrains qui produisaient du blé, on a causé un mal du même genre ; et je ferai remarquer, en passant, que c&#039;est un bien mauvais calcul que de vouloir obliger la zone tempérée à fournir des produits de la zone torride. Nos terres produisent péniblement, en petite quantité et en qualités médiocres, des matières sucrées et colorantes qu&#039;un autre climat donne avec profusion ; mais elles produisent, au contraire, avec facilité, des fruits, des céréales, que leur poids et leur volume ne permettent pas de tirer de bien loin. Lorsque nous condamnons nos terres à nous donner ce qu&#039;elles produisent avec désavantage, aux dépens de ce qu&#039;elles produisent plus volontiers ; lorsque nous achetons par conséquent fort cher ce que nous paierions à fort bon marché si nous le tirions des lieux où il est produit avec avantage, nous devenons nous-mêmes victimes de notre propre folie. Le comble de l&#039;habileté est de tirer le parti le plus avantageux des forces de la nature, et le comble de la démence est de lutter contre elles ; car c&#039;est employer nos peines à détruire une partie des forces que la nature voudrait nous prêter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit encore qu&#039;il vaut mieux payer plus cher un produit, lorsque son prix ne sort pas du pays, que de le payer moins cher lorsqu&#039;il faut l&#039;acheter au dehors. Mais qu&#039;on se reporte aux procédés de la production que nous avons analysés : on y verra que les produits ne s&#039;obtiennent que par le sacrifice, la consommation d&#039;une certaine quantité de matières et de services productifs, dont la valeur est, par ce fait, aussi complètement perdue pour le pays que si elle était envoyée au dehors.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne présume pas qu&#039;un gouvernement quelconque veuille objecter ici que le profit résultant d&#039;une meilleure production lui est indifférent, puisqu&#039;il devient le partage des particuliers ; les plus mauvais gouvernements, ceux qui séparent leurs intérêts des intérêts de la nation, savent maintenant que les revenus des particuliers sont la source où se puisent les tributs du fisc ; et que, même dans les pays gouvernés despotiquement ou militairement, et où les impôts ne sont qu&#039;un pillage organisé, les particuliers ne peuvent payer qu&#039;avec ce qu&#039;ils gagnent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les raisonnements que nous venons d&#039;appliquer à l&#039;agriculture sont applicables aux manufactures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois un gouvernement s&#039;imagine que le tissage des étoffes faites avec une matière première indigène, est plus favorable à l&#039;industrie nationale que celui des étoffes fabriquées avec une matière d&#039;origine étrangère. Nous avons vu, conformément à ce système, favoriser les tissus de laine et de lin préférablement aux tissus de coton. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était borner, relativement à nous, les bienfaits de la nature : elle nous fournit en différents climats une foule de matières dont les propriétés variées s&#039;accommodent à nos divers besoins. Chaque fois que nous parvenons à répandre sur ces matières, soit par leur transport au milieu de nous, soit par les préparations que nous leur faisons subir, une valeur qui est le résultat de leur utilité, nous faisons un acte profitable et qui contribue à l&#039;accroissement de la richesse nationale. Le sacrifice au prix duquel nous obtenons des étrangers cette matière première, n&#039;a rien de plus fâcheux que le sacrifice des avances et des consommations que nous faisons en chaque genre de production pour obtenir un nouveau produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt personnel est toujours le meilleur juge de l&#039;étendue de ce sacrifice et de l&#039;étendue du dédommagement qu&#039;on peut s&#039;en promettre ; et quoique l&#039;intérêt personnel se trompe quelquefois, c&#039;est, au demeurant, le juge le moins dangereux, et celui dont les jugements coûtent le moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l&#039;intérêt personnel n&#039;offre plus aucune indication, lorsque les intérêts particuliers ne servent pas de contrepoids les uns pour les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du moment qu&#039;un particulier, une classe de particuliers peuvent s&#039;étayer de l&#039;autorité pour s&#039;affranchir d&#039;une concurrence, ils acquièrent un privilège aux dépens de la société ; ils peuvent s&#039;assurer des profits qui ne dérivent pas entièrement des services productifs qu&#039;ils ont rendus, mais dont une partie est un véritable impôt mis à leur profit sur les consommateurs ; impôt dont ils partagent presque toujours quelque portion avec l&#039;autorité, qui leur a prêté son injuste appui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le législateur a d&#039;autant plus de peine à se défendre d&#039;accorder ces sortes de privilèges, qu&#039;ils sont vivement sollicités par les producteurs qui doivent en profiter, et qui peuvent représenter, d&#039;une manière assez plausible, leurs gains comme un gain pour la classe industrieuse et pour la nation, puisque leurs ouvriers et eux-mêmes font partie de la classe industrieuse et de la nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on commença à fabriquer des cotonnades en France, le commerce tout entier des villes d&#039;Amiens, de Reims, de Beauvais, etc., se mit en réclamation, et représenta toute l&#039;industrie de ces villes comme détruite. Il ne paraît pas cependant qu&#039;elles soient moins industrieuses ni moins riches qu&#039;elles ne l&#039;étaient il y a un demi-siècle ; tandis que l&#039;opulence de Rouen et de la Normandie a reçu un grand accroissement des manufactures de coton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut bien pis quand la mode des toiles peintes vint à s&#039;introduire : toutes les chambres de commerce se mirent en mouvement ; de toutes parts il y eut des convocations, des délibérations, des mémoires, des députations, et beaucoup d&#039;argent répandu. Rouen peignit à son tour la misère qui allait assiéger ses portes, &#039;&#039;les enfants, les femmes, les vieillards dans la désolation, les terres les mieux cultivées du royaume restant en friche, et cette belle et riche province devenant un désert&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ville de Tours fit voir les députés de tout le royaume dans les gémissements, et prédit &#039;&#039;une commotion qui occasionnera une convulsion dans le gouvernement politique&#039;&#039;… Lyon ne voulut point se taire sur un &#039;&#039;projet qui répandait la terreur dans toutes les fabriques&#039;&#039;. Paris ne s&#039;était jamais présenté au pied du trône, &#039;&#039;que le commerce arrosait de ses larmes&#039;&#039;, pour une affaire aussi importante. Amiens regarda &#039;&#039;la permission des toiles comme le tombeau dans lequel toutes les manufactures du royaume devaient être anéanties&#039;&#039;. Son mémoire, délibéré au bureau des marchands des trois corps réunis, et signé de tous les membres, était ainsi terminé : &#039;&#039;au reste, il suffit, pour proscrire à jamais l&#039;usage des toiles peintes, que tout le royaume frémit d&#039;horreur quand il entend annoncer qu&#039;elles vont être permises&#039;&#039;. VOX POPULI, VOX DEI.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Or, existe-t-il maintenant, dit à ce sujet Roland De La Platière, qui avait recueilli ces plaintes comme inspecteur général des manufactures, existe-t-il un seul homme assez insensé pour dire que les manufactures de toiles peintes n&#039;ont pas répandu en France une main-d&#039;œuvre prodigieuse, par la préparation et la filature des matières premières, le tissage, le blanchiment, l&#039;impression des toiles ? Ces établissements ont plus hâté le progrès des teintures en peu d&#039;années, que toutes les autres manufactures en un siècle ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je prie qu&#039;on s&#039;arrête un moment à considérer ce qu&#039;il faut de fermeté dans une administration, et de vraies lumières sur ce qui fait la prospérité de l&#039;État, pour résister à une clameur qui paraît si générale, et qui est appuyée auprès des agents principaux de l&#039;autorité par d&#039;autres moyens encore que par des motifs d&#039;utilité publique… Quoique les gouvernements aient trop souvent présumé qu&#039;ils pouvaient, utilement pour la richesse générale, déterminer les produits de l&#039;agriculture et des manufactures, ils s&#039;en sont cependant beaucoup moins mêlés que des produits commerciaux, surtout des produits commerciaux étrangers. C&#039;est la suite d&#039;un système général, qu&#039;on désigne par le nom de &#039;&#039;système exclusif&#039;&#039; ou &#039;&#039;mercantile&#039;&#039;, et qui fonde les gains d&#039;une nation sur ce qu&#039;on appelle dans ce système une balance favorable du commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d&#039;observer le véritable effet des règlements qui ont pour objet d&#039;assurer à une nation cette balance favorable, il convient de nous former une idée de ce qu&#039;elle est en réalité, et du but qu&#039;elle se propose. Ce sera l&#039;objet de la digression suivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Digression ====&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Sur ce qu&#039;on nomme la balance du commerce.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La comparaison que fait une nation de la valeur des marchandises qu&#039;elle vend à l&#039;étranger, avec la valeur des marchandises qu&#039;elle achète de l&#039;étranger, forme ce qu&#039;on appelle la balance de son commerce. Si elle a envoyé au dehors plus de marchandises qu&#039;elle n&#039;en a reçu, on s&#039;imagine qu&#039;elle a un excédent à recevoir en or ou en argent ; on dit que la balance du commerce lui&lt;br /&gt;
est favorable : dans le cas opposé, on dit que la balance du commerce lui est contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le système exclusif suppose, d&#039;une part, que le commerce d&#039;une nation est &#039;&#039;d&#039;autant plus avantageux&#039;&#039; qu&#039;elle exporte plus de&lt;br /&gt;
marchandises, qu&#039;elle en importe moins, et qu&#039;elle a un plus fort excédant à recevoir de l&#039;étranger en numéraire ou en métaux précieux ; et, d&#039;une autre part, il suppose que, par le moyen des droits d&#039;entrées, des prohibitions et des primes, un gouvernement peut rendre la balance plus favorable, ou moins contraire à sa nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ces deux suppositions qu&#039;il s&#039;agit d&#039;examiner ; et d&#039;abord il convient de savoir comment se passent les faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand un négociant envoie des marchandises à l&#039;étranger, il les y fait vendre, et reçoit de l&#039;acheteur, par les mains de ses correspondants, le montant de la vente en monnaie étrangère. S&#039;il espère pouvoir gagner sur les retours des produits de sa vente, il fait acheter une marchandise à l&#039;étranger, et se la fait adresser. L&#039;opération est à peu près la même quand elle commence par la fin, c&#039;est-à-dire lorsqu&#039;un négociant fait d&#039;abord acheter à l&#039;étranger, et paie ses achats par les marchandises qu&#039;il y envoie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces opérations ne sont pas toujours exécutées pour le compte du même négociant. Celui qui fait l&#039;envoi quelquefois ne veut pas faire l&#039;opération du retour ; alors il fait des traites ou lettres de change sur le correspondant qui a vendu sa marchandise ; il négocie ou vend ces traites à une personne qui les envoie dans l&#039;étranger, où elles servent à acquérir d&#039;autres marchandises&lt;br /&gt;
que cette dernière personne fait venir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l&#039;un et l&#039;autre cas, une valeur est envoyée, une autre valeur revient en échange ; mais nous n&#039;avons point encore examiné si une portion des valeurs envoyées ou revenues, était composée de métaux précieux. On peut raisonnablement supposer que lorsque les négociants sont libres de choisir les marchandises sur lesquelles portent leurs spéculations, ils préfèrent celles qui leur présentent le plus d&#039;avantage, c&#039;est-à-dire celles qui, rendues à leur destination, auront le plus de valeur. Ainsi, lorsqu&#039;un négociant français envoie en Angleterre des eaux-de-vie, et que, par suite de cet envoi, il a mille livres sterling à faire venir, il compare ce que produiront en France ces mille livres sterling dans le cas où il les fera venir en métaux précieux, avec ce qu&#039;elles produiront s&#039;il les fait venir en quincailleries.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si ce négociant trouve son avantage à faire venir des marchandises plutôt que des espèces, et si nul ne peut lui disputer d&#039;entendre mieux ses intérêts que qui que ce soit, il ne reste plus à examiner que la question de savoir si, dans l&#039;intérêt du pays, les retours en espèces, quoique moins favorables à ce négociant, seraient plus favorables à la France que des retours d&#039;un autre genre ; s&#039;il est à désirer pour la France que les métaux précieux y abondent, plutôt que toute autre marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont les fonctions des métaux précieux dans la société ? Façonnés en bijoux, en ustensiles, ils servent à l&#039;ornement de nos personnes, de nos maisons, et à plusieurs usages domestiques. Les boîtes de nos montres, nos cuillères, nos fourchettes, nos plats, nos cafetières, en sont faits ; étendus en feuilles minces, ils embellissent plusieurs sortes d&#039;encadrements ; ils relèvent la reliure de nos livres, etc. Sous ces formes diverses, ils font partie du capital de la société, de cette portion du capital qui ne porte point d&#039;intérêt, ou plutôt qui est productive d&#039;utilité ou d&#039;agrément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est sans doute avantageux pour une nation que les matières dont se compose ce capital soient à bon compte et en abondance. La jouissance qui en résulte est alors acquise à meilleur marché ; elle est plus répandue. Beaucoup de modestes ménages qui ont actuellement des couverts d&#039;argent, n&#039;en auraient pas si l&#039;Amérique n&#039;avait pas été  découverte. Mais il ne faut pas estimer cet avantage au-delà de sa véritable valeur : il y a des utilités supérieures à celles-là. Le verre des vitres qui nous défendent contre les rigueurs de l&#039;hiver, nous est d&#039;un bien plus grand service que quelque ustensile d&#039;argent que ce soit. On ne s&#039;est pourtant jamais avisé d&#039;en favoriser l&#039;importation ou la production par des faveurs spéciales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;autre usage des métaux précieux est de servir à la fabrication des monnaies, de cette portion du capital de la société, qui s&#039;emploie à faciliter les échanges que les hommes font entre eux des valeurs qu&#039;ils possèdent déjà. Pour cet usage, est-il avantageux que la matière dont on se sert soit abondante et peu chère ? La nation où cette matière abonde est-elle plus riche que celle où cette matière est rare ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici je suis forcé de regarder comme déjà prouvé un fait qui ne le sera que dans le chapitre 23, où je traite de la valeur des monnaies. C&#039;est que la somme des échanges qui se consomment dans un pays exige une certaine valeur de marchandise-monnaie, quelle qu&#039;elle soit. Il se vend en France chaque jour pour une certaine valeur de blé, de bestiaux, de combustibles, de meubles et d&#039;immeubles ; toutes ces ventes réclament l&#039;usage journalier d&#039;une certaine &#039;&#039;valeur en numéraire&#039;&#039;, parce que c&#039;est d&#039;abord contre cette somme de numéraire que chaque chose s&#039;échange, pour s&#039;échanger de nouveau contre d&#039;autres objets. Or, quelle que soit l&#039;abondance ou la rareté du numéraire, comme on a besoin d&#039;une certaine somme pour consommer tous les échanges, le numéraire augmente en valeur à mesure qu&#039;il décline en quantité, et décline en valeur à mesure qu&#039;il augmente en quantité. S&#039;il y a pour 2 milliards de numéraire en France, et qu&#039;un événement quelconque réduise cette quantité de francs à 1500 millions, les 1500 millions vaudront tout autant que les 2 milliards pouvaient valoir. Les besoins de la circulation exigent un agent dont la valeur égale ce que valent actuellement 2 milliards, c&#039;est-à-dire (en supposant le sucre à 20 sous la livre) une valeur égale à 2 milliards de livres de sucre, ou bien (en supposant que le blé vaut actuellement 20 francs l&#039;hectolitre) une valeur égale à celle de 100 millions d&#039;hectolitres de blé. Le numéraire, quelle que sot sa masse, égalera toujours cette valeur. La matière dont se compose le numéraire vaudra, dans le second cas, un tiers de plus que dans le premier ; une once d&#039;argent, au lieu d&#039;acheter six livres de sucre, en achètera huit : il en sera de même de toutes les autres marchandises, et les 1500 millions de numéraire vaudront autant que les 2 milliards valaient auparavant. La nation n&#039;en sera ni plus riche ni plus pauvre. Il faudra porter moins d&#039;argent au marché, et l&#039;argent qu&#039;on y portera y achètera toutes les mêmes choses. Une nation qui, pour agent de la circulation, emploie des monnaies d&#039;or, n&#039;est pas moins riche que celle qui se sert de monnaie d&#039;argent, quoiqu&#039;elle porte au marché une bien moins grande quantité de la marchandise qui lui sert de monnaie. Si l&#039;argent devenait chez nous quinze fois plus rare qu&#039;il n&#039;est, c&#039;est-à-dire aussi rare que l&#039;or, une once d&#039;argent nous servirait, comme numéraire, autant qu&#039;une once d&#039;or nous sert à présent, et nous serions aussi riches en numéraire que nous le sommes. Comme si l&#039;argent devenait aussi abondant que le cuivre, nous n&#039;en serions pas plus riches en numéraire ; seulement il faudrait porter au marché un bien plus grand nombre de sacs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, l&#039;abondance des métaux précieux rend plus abondants les ustensiles qui en sont faits, et les nations plus riches sous ce seul rapport.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le rapport du numéraire, elle ne les rend pas plus riches. Le vulgaire est accoutumé à juger plus riche celui qui a le plus d&#039;argent ; et comme la nation se compose des particuliers, il est porté à conclure que la nation est plus riche quand tous les particuliers ont beaucoup d&#039;argent. Mais la matière ne fait pas la richesse ; c&#039;est la valeur de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si beaucoup d&#039;argent ne vaut pas plus que peu, peu d&#039;argent vaut autant que beaucoup. Une valeur en marchandise vaut autant que la même valeur en argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ajoute-t-on, à égalité de valeur, l&#039;argent est préféré à la marchandise. — Arrêtons-nous un instant ; ceci demande une explication. On verra, quand je parlerai des monnaies, la raison qui fait qu&#039;en général, à égalité de valeur, on préfère le numéraire aux marchandises. On verra qu&#039;avec le métal monnayé on peut se procurer les choses dont on a besoin, par un seul échange au lieu de deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;est pas nécessaire alors, comme lorsqu&#039;on possède toute autre espèce de marchandise, de vendre sa marchandise-monnaie d&#039;abord, pour en racheter ce qu&#039;on veut avoir : on achète immédiatement ; ce qui, avec la facilité que donne la monnaie par ses coupures, de la proportionner exactement à la valeur de la chose achetée, la rend éminemment propre aux échanges ; elle a donc pour consommateurs tous ceux qui ont quelque échange à faire, c&#039;est-à-dire, tout le monde ; et c&#039;est la raison pour laquelle tout le&lt;br /&gt;
monde est disposé à recevoir, à valeur égale, de la monnaie plutôt que tout autre marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cet avantage de la monnaie, dans les relations entre particuliers, n&#039;en est plus un de nation à nation. Dans ces dernières relations, la monnaie, et encore plus les métaux non monnayés, perdent l&#039;avantage que leur qualité de monnaie leur donne aux yeux des particuliers ; ils rentrent dans la classe des autres marchandises. Le négociant qui a des retours à attendre de l&#039;étranger, ne considère autre chose que le gain qu&#039;il pourra faire sur ces retours, et ne regarde les métaux précieux qu&#039;il en pourrait recevoir, que comme une marchandise dont il se défera avec plus ou moins de bénéfice ; il ne redoute point, lui, une marchandise parce qu&#039;elle réclamera encore un échange, puisque son métier est de faire des échanges, pourvu qu&#039;ils lui soient profitables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un particulier aime encore à recevoir de l&#039;argent plutôt que de la marchandise, parce qu&#039;il sait mieux ainsi la valeur de ce qu&#039;il reçoit ; mais un négociant, qui connaît le prix courant des marchandises dans les principales villes du monde, ne se méprend pas sur la valeur qu&#039;on lui paie, quelle que soit la forme matérielle sous laquelle on lui présente cette valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un particulier peut être appelé à liquider sa fortune pour lui donner une autre direction, pour faire des partages, etc. : une nation n&#039;est jamais dans ce cas-là ; et quant aux liquidations, aux ventes que les particuliers ont à faire, que leur importe la valeur de la monnaie ? Si elle est rare et chère, on leur en donne moins pour ce qu&#039;ils ont à vendre, mais ils en donnent moins pour ce qu&#039;ils ont à acheter. Quelle qu&#039;ait été dans un achat, dans une liquidation, la valeur de la monnaie qu&#039;on a employée, on l&#039;a donnée pour ce qu&#039;on l&#039;a reçue, et, l&#039;affaire terminée, on n&#039;en est ni plus pauvre ni plus riche. La perte ou le gain viennent de la valeur relative des deux marchandises vendues et achetées, et non de l&#039;intermédiaire dont on s&#039;est servi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De toutes manières, les avantages que les particuliers trouvent à recevoir du numéraire préférablement à des marchandises, ne sont rien pour les nations. Lorsqu&#039;une nation n&#039;en a pas la quantité qui lui est nécessaire, sa valeur augmente, et les étrangers comme les nationaux sont intéressés à lui en apporter ; lorsqu&#039;il est surabondant, sa valeur baisse par rapport aux autres marchandises, et il convient de l&#039;envoyer au loin, où il peut procurer des valeurs supérieures à ce qu&#039;il peut procurer dans le pays. Si on le force à rester, on force à garder des matières qui sont à charge à leurs possesseurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait peut-être en rester là sur la balance du commerce ; mais ces idées sont encore si peu familières, je ne dirai pas au vulgaire seulement, mais même à des écrivains et à des administrateurs recommandables par la pureté de leurs intentions et par des connaissances d&#039;ailleurs très variées, qu&#039;il peut être à propos de mettre le lecteur à portée de signaler le vice de certains raisonnements, bien fréquemment opposés aux principes libéraux, et qui malheureusement servent de base à la législation des principaux États de l&#039;Europe. Je réduirai toujours les objections aux termes les plus simples et les plus clairs, afin qu&#039;on juge plus aisément de leur importance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit qu&#039;en augmentant, par une balance favorable du commerce, la masse du numéraire, on augmente la masse des capitaux du pays ; et qu&#039;en le laissant écouler, on la diminue. Il faut donc répéter ici, en premier lieu, que la totalité du numéraire d&#039;un pays ne fait pas partie de ses capitaux : l&#039;argent qu&#039;un cultivateur reçoit pour le prix de ses produits, qu&#039;il porte ensuite au percepteur des contributions, qui parvient au trésor public, qui est employé ensuite à payer un militaire ou un juge, qui est dépensé par eux pour la satisfaction de leurs besoins, ne fait partie d&#039;aucun capital. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, et en supposant même que tout le numéraire d&#039;un pays fît partie de ses capitaux, il n&#039;en formerait que la plus petite partie. Le lecteur a vu que les capitaux consistent dans la valeur de cet ensemble de matériaux, d&#039;outils, de marchandises qui servent à la reproduction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on veut employer un capital dans une entreprise quelconque, ou lorsqu&#039;on veut le prêter, on commence, à la vérité, par le réaliser, et par transformer en argent comptant les différentes valeurs dont on peut disposer. La valeur de ce capital, qui se trouve ainsi passagèrement sous la forme d&#039;une somme d&#039;argent, ne tarde pas à se transformer, par des échanges, en diverses constructions et en matières consommables nécessaires à l&#039;entreprise projetée. L&#039;argent comptant, momentanément employé, sort de nouveau de cette affaire, et va servir à d&#039;autres échanges, après avoir rempli son office passager, de même que beaucoup d&#039;autres matières sous la forme desquelles s&#039;est trouvée successivement cette valeur capitale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est donc point perdre ou altérer un capital que de disposer de sa valeur, sous quelque forme matérielle qu&#039;elle se trouve, pourvu qu&#039;on en dispose de manière à s&#039;assurer le remplacement de cette valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;un français, négociant en marchandises d&#039;outre-mer, envoie dans l&#039;étranger un capital de cent mille francs en espèces pour avoir du coton : son coton arrivé, il possède cent mille francs en coton au lieu de cent mille francs en espèces (sans parler du bénéfice). Quelqu&#039;un a-t-il perdu cette somme de numéraire ? Non, certes ; le spéculateur l&#039;avait acquise à titre légitime. Un fabricant de cotonnades achète cette marchandise, et la paie en numéraire : est-ce lui qui perd la somme ? Pas davantage. Au&lt;br /&gt;
contraire, cette valeur de cent mille francs sera portée à deux cent mille francs entre ses mains ; ses avances payées, il y gagnera encore. Si aucun des capitalistes n&#039;a perdu les cent mille francs du numéraire exporté, qui peut dire que l&#039;État les a perdus ? Le consommateur les perdra, dira-t-on. En effet, les consommateurs perdront la valeur des étoffes qu&#039;ils achèteront et qu&#039;ils consommeront ; mais les cent mille francs de numéraire n&#039;eussent pas été exportés, et les consommateurs auraient consommé en place des étoffes de lin et de laine, pour une valeur équivalente, qu&#039;il y aurait toujours eu une valeur de cent mille francs détruite, perdue, sans qu&#039;il fût sorti un sou du pays. La perte de valeur dont il est ici question n&#039;est pas le fait de l&#039;exportation, mais de la consommation qui aurait eu lieu tout de même. Je suis donc fondé à dire que l&#039;exportation du numéraire n&#039;a rien fait perdre à l&#039;État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On insiste ; on prétend que si l&#039;exportation de cent mille francs de numéraire n&#039;avait pas eu lieu, la France posséderait cette valeur de plus. On croit que la nation a perdu deux fois cent mille francs : l&#039;argent exporté d&#039;abord, la marchandise consommée ensuite ; tandis qu&#039;en consommant des étoffes d&#039;un produit entièrement indigène, elle n&#039;aurait perdu qu&#039;une fois cent mille francs. — Je répète que l&#039;exportation des espèces n&#039;a pas été une perte, qu&#039;elle a été balancée par une valeur importée, et qu&#039;il est tellement vrai qu&#039;il n&#039;y a eu que les cent mille francs de marchandises consommées qui aient été perdues, que je défie qu&#039;on trouve de perdants autres que les consommateurs de la marchandise consommée. S&#039;il n&#039;y a pas eu de perdant, il n&#039;y a pas eu de perte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous voulez, dites-vous, empêcher les capitaux de sortir : vous ne les arrêterez point en emprisonnant le numéraire. Celui qui veut envoyer ses capitaux au dehors, y réussit aussi bien en expédiant des marchandises dont l&#039;exportation est permise. Tant mieux, dites-vous ; ces marchandises auront fait gagner nos fabricants. Oui ; mais la valeur de ces marchandises exportées est, pour le pays, une perte de capital, puisqu&#039;elle n&#039;entraîne point de retours. Elle féconde l&#039;industrie étrangère au lieu de la vôtre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà un vrai sujet de crainte. Les capitaux cherchent les lieux où ils trouvent de la sûreté et des emplois lucratifs, et abandonnent peu à peu les lieux où l&#039;on ne sait pas leur offrir de tels avantages ; mais, pour déserter, ils n&#039;ont nul besoin de se transformer en numéraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;exportation du numéraire ne fait rien perdre aux capitaux de la nation, pourvu qu&#039;elle amène des retours, son importation ne leur fait rien gagner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, on ne peut faire entrer du numéraire sans l&#039;avoir acheté par une valeur équivalente, et il a fallu exporter celle-ci pour importer l&#039;autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit à ce sujet que si l&#039;on envoie à l&#039;étranger des marchandises au lieu de numéraire, on procure par là à ces marchandises un débouché qui fait gagner à leurs producteurs les profits de cette production. Je réponds que lorsqu&#039;on envoie du numéraire à l&#039;étranger, c&#039;est précisément comme si l&#039;on y envoyait des produits de notre industrie ; car les métaux précieux dont nous faisons commerce, ne nous sont pas donnés gratuitement et sont toujours acquis en échange de nos produits, soit d&#039;avance, soit après coup. En général, une nation ne peut payer une autre nation qu&#039;avec ses produits, par une raison bien claire ; c&#039;est qu&#039;elle n&#039;a pas d&#039;autre chose à donner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il vaut mieux, dit-on encore, envoyer à l&#039;étranger des denrées qui se consomment, comme des produits manufacturés, et garder les produits qui ne se consomment pas, ou qui se consomment lentement, comme le numéraire. Mais les produits qui se consomment vite, s&#039;ils sont les plus recherchés, sont plus profitables que les produits qui se  consomment lentement. Forcer un producteur à remplacer une portion de son capital soumise à une consommation rapide, par une autre valeur d&#039;une consommation plus lente, serait lui rendre souvent un fort mauvais service. Si un maître de forges avait fait un marché pour qu&#039;on lui livrât à une époque déterminée des charbons, et que, le terme étant arrivé, et dans l&#039;impossibilité de les lui livrer, on lui en donnât la valeur en argent, on serait fort mal venu à lui prouver qu&#039;on lui a rendu service, en ce que l&#039;argent qu&#039;on lui offre est d&#039;une consommation plus lente que le charbon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un teinturier avait donné dans l&#039;étranger une commission pour de la cochenille, on lui ferait un tort réel de lui envoyer de l&#039;or, sous prétexte qu&#039;à égalité de valeur c&#039;est une marchandise plus durable. Il a besoin, non d&#039;une marchandise durable, mais de celle qui, périssant dans sa cuve, doit bientôt reparaître dans la teinture de ses étoffes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il ne fallait importer que la portion la plus durable des capitaux productifs, d&#039;autres objets très durables, le fer, les pierres, devraient partager cette faveur avec l&#039;argent et l&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu&#039;il importe de voir durer, ce n&#039;est aucune matière en particulier : c&#039;est la valeur du capital. Or, la valeur du capital se perpétue, malgré le fréquent changement des formes matérielles dans lesquelles réside cette valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut même rapporter un profit, un intérêt, que lorsque ces formes changent perpétuellement ; et vouloir le conserver en argent, ce serait le condamner à être improductif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir montré qu&#039;il n&#039;y a aucun avantage à importer de l&#039;or et de l&#039;argent préférablement à toute autre marchandise, j&#039;irai plus loin, et je dirai que, dans la supposition où il serait désirable qu&#039;on obtînt constamment une balance en numéraire, il serait impossible d&#039;y parvenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;or et l&#039;argent, comme toutes les autres matières dont l&#039;ensemble forme les richesses d&#039;une nation, ne sont utiles à cette nation que jusqu&#039;au point où ils n&#039;excèdent pas les besoins qu&#039;elle en a. Le surplus, occasionnant plus d&#039;offres de cette marchandise qu&#039;il n&#039;y en a de demandes, en avilit la valeur d&#039;autant plus que l&#039;offre est plus grande, et il en résulte un puissant encouragement pour en tirer parti au dehors avec bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rendons ceci sensible par un exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons pour un instant que les communications intérieures d&#039;un pays et l&#039;état de ses richesses soient tels, qu&#039;ils exigent l&#039;emploi constant de mille voitures de tout genre ; supposons que, par un système commercial quelconque, on parvint à y faire entrer plus de voitures qu&#039;il ne s&#039;en détruirait annuellement, de manière qu&#039;au bout d&#039;un an il s&#039;en trouvât quinze cents au lieu de mille : n&#039;est-il pas évident qu&#039;il y aurait dès lors cinq cents voitures inoccupées sous différentes remises, et que les propriétaires de ces voitures, plutôt que d&#039;en laisser dormir la valeur, chercheraient à s&#039;en défaire au rabais les uns des autres, et, pour peu que la contrebande en fût aisée, les feraient passer à l&#039;étranger pour en tirer un meilleur parti ? On aurait beau faire des traités de commerce pour assurer une plus grande importation de voitures, on aurait beau favoriser à grands frais l&#039;exportation de beaucoup de marchandises pour en faire rentrer la valeur sous forme de voitures, plus la législation chercherait&lt;br /&gt;
à en faire entrer, et plus les particuliers chercheraient à en faire sortir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces voitures sont le numéraire. On n&#039;en a besoin que jusqu&#039;à un certain point ; nécessairement il ne forme qu&#039;une partie des richesses sociales. Il ne peut pas composer toutes les richesses sociales, parce qu&#039;on a besoin d&#039;autre chose que de numéraire. Il en faut plus ou moins selon la situation des richesses générales, de même qu&#039;il faut plus de voitures à une nation riche qu&#039;à une nation pauvre. Quelles que soient les qualités brillantes ou solides de cette marchandise, elle ne vaut que d&#039;après ses usages, et ses usages sont bornés. Ainsi que les voitures, elle a une valeur qui lui est propre, valeur qui diminue si elle est abondante par rapport aux objets avec lesquels on l&#039;échange, et qui augmente si elle devient rare par rapport aux mêmes objets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit qu&#039;avec de l&#039;or et de l&#039;argent on peut se procurer de tout : c&#039;est vrai ; mais à quelles conditions ? Ces conditions sont moins bonnes quand, par des moyens forcés, on multiplie cette denrée au-delà des besoins ; de là les efforts qu&#039;elle fait pour s&#039;employer au dehors. Il était défendu de faire sortir de l&#039;argent d&#039;Espagne, et l&#039;Espagne en fournissait à toute l&#039;Europe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1812, le papier-monnaie d&#039;Angleterre ayant rendu superflu tout l&#039;or qui servait de monnaie, et les matières d&#039;or en général étant dès-lors devenues surabondantes par rapport aux emplois qui restaient pour cette marchandise, sa valeur relative avait baissé dans ce pays-là ; les guinées passaient d&#039;Angleterre en France, malgré la facilité de garder les frontières d&#039;une île, et malgré la peine de mort infligée aux contrebandiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À quoi servent donc tous les soins que prennent les gouvernements pour faire pencher en faveur de leur nation la balance du commerce ? À peu près à rien, si ce n&#039;est à former de beaux tableaux démentis par les faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi faut-il que des notions si claires, si conformes au simple bon sens, et à des faits constatés par tous ceux qui s&#039;occupent de commerce, aient néanmoins été rejetées dans l&#039;application par tous les gouvernements de l&#039;Europe, et combattues par plusieurs écrivains qui ont fait preuve d&#039;ailleurs et de lumières et d&#039;esprit ? C&#039;est, disons-le, parce que les premiers principes de l&#039;économie politique sont encore presque généralement ignorés ; parce qu&#039;on élève sur de mauvaises bases des raisonnements ingénieux dont se paient trop aisément, d&#039;une part, les passions des gouvernements (qui emploient les prohibitions comme une arme offensive ou comme une ressource fiscale), et d&#039;une autre part l&#039;avidité de plusieurs classes de négociants et de manufacturiers qui trouvent dans les privilèges un avantage particulier, et s&#039;inquiètent peu de savoir si leurs profits sont le résultat d&#039;une production réelle ou d&#039;une perte supportée par d&#039;autres classes de la nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vouloir mettre en sa faveur la balance du commerce, c&#039;est-à-dire, vouloir donner des marchandises et se les faire payer en or, c&#039;est ne vouloir point de commerce ; car le pays avec lequel vous commercez ne peut vous donner en échange que ce qu&#039;il a. Si vous lui demandez exclusivement des métaux précieux, il est fondé à vous en demander aussi ; et du moment qu&#039;on prétend de part et d&#039;autre à la même marchandise, l&#039;échange devient impossible. Si l&#039;accaparement des métaux précieux était exécutable, il ôterait toute possibilité de relations commerciales avec la plupart des États du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un pays vous donne en échange ce qui vous convient, que demandez-vous de plus ? Que peut l&#039;or davantage ? Pourquoi voudriez-vous avoir de l&#039;or, si ce n&#039;est pour acheter ensuite ce qui vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un temps viendra où l&#039;on sera bien étonné qu&#039;il ait fallu se donner tant de peine pour prouver la sottise d&#039;un système aussi creux, et pour lequel on a livré tant de guerres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&#039;&#039;Fin de la digression sur la balance du commerce&#039;&#039;.&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous venons de voir que les avantages qu&#039;on cherche par le moyen d&#039;une balance favorable du commerce, sont absolument illusoires, et que, fussent-ils réels, aucune nation ne pourrait les obtenir d&#039;une manière permanente. Quel effet produisent donc en réalité les règlements faits dans ce but ? C&#039;est ce qui nous reste à examiner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un gouvernement qui défend absolument l&#039;introduction de certaines marchandises étrangères, établit un monopole en &#039;&#039;faveur de ceux&#039;&#039; qui produisent cette marchandise dans l&#039;intérieur, &#039;&#039;contre ceux&#039;&#039; qui la consomment ; c&#039;est-à-dire que ceux de l&#039;intérieur qui la produisent, ayant le privilège exclusif de la vendre, peuvent en élever le prix au-dessus du taux naturel, et que les consommateurs de l&#039;intérieur, ne pouvant l&#039;acheter que d&#039;eux, sont obligés de la payer plus cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand, au lieu d&#039;une prohibition absolue, on oblige seulement l&#039;importateur à payer un droit, alors on donne au producteur de l&#039;intérieur le privilège d&#039;élever les prix des produits analogues, de tout le montant du droit, et l&#039;on fait payer cette prime par le consommateur. Ainsi, quand, à l&#039;introduction d&#039;une douzaine d&#039;assiettes de faïence qui vaut trois francs, on fait payer à la&lt;br /&gt;
douane un franc, le négociant qui les fait venir, quelle que soit sa nation, est forcé d&#039;exiger quatre francs du consommateur ; ce qui permet au fabricant de l&#039;intérieur de faire payer les assiettes de même qualité jusqu&#039;à quatre francs la douzaine. Il ne le pourrait pas s&#039;il n&#039;y avait point de droits, puisque le consommateur en trouverait de pareilles pour trois francs : on donne donc au fabricant une prime au droit, et cette prime est payée par le consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on qu&#039;il est bon que la nation supporte l&#039;inconvénient de payer plus cher la plupart des denrées, pour jouir de l&#039;avantage de les produire ; que du moins alors nos ouvriers, nos capitaux sont employés à ces productions, et que nos concitoyens en retirent les profits ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je répondrai que les produits étrangers que nous aurions achetés n&#039;auraient pu l&#039;être gratuitement ; nous les aurions payés avec des valeurs de notre propre création, qui auraient employé de même nos ouvriers et nos capitaux ; il ne faut pas perdre de vue qu&#039;en résultat nous achetons toujours des produits avec des produits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui nous convient le plus, c&#039;est d&#039;employer nos producteurs, non aux productions où l&#039;étranger réussit mieux que nous, mais à celles où nous réussissons mieux que lui, et avec celles-ci d&#039;acheter les autres. C&#039;est ici le cas du particulier qui voudrait faire lui-même ses souliers et ses habits. Que dirait-on si, à la porte de chaque maison, on établissait un droit d&#039;entrée sur les souliers et sur les habits, pour mettre le propriétaire dans l&#039;heureuse nécessité de les fabriquer lui-même ? Ne serait-il pas fondé à dire : laissez-moi faire mon commerce, et acheter ce qui m&#039;est nécessaire avec mes produits, ou, ce qui revient au même, avec l&#039;argent de mes produits ? — Ce serait exactement le même système, mais seulement poussé plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On s&#039;étonnera que chaque nation soit si empressée à solliciter des prohibitions, s&#039;il est vrai qu&#039;elle n&#039;en recueille point de profit ; et, se fondant sur ce que le propriétaire d&#039;une maison n&#039;a garde de solliciter pour sa maison une pareille faveur, on en voudra conclure peut-être que les deux cas ne sont pas parfaitement semblables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seule différence vient de ce que le propriétaire est un être unique, qui ne saurait avoir deux volontés, et qui est encore plus intéressé, comme consommateur de ses habits, à les acheter à bon marché hors de chez lui, qu&#039;à jouir, en sa qualité de producteur, d&#039;un monopole qui ne pèserait que sur lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui est-ce qui sollicite des prohibitions ou de forts droits d&#039;entrée dans un état ? Ce sont les producteurs de la denrée dont il s&#039;agit de prohiber la concurrence, et non pas ses consommateurs. Ils disent : c&#039;est pour l&#039;intérêt de l&#039;état ; mais il est clair que c&#039;est pour le leur uniquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— N&#039;est-ce pas la même chose ? Continuent-ils, et ce que nous gagnons n&#039;est-il pas autant de gagné pour notre pays ?&lt;br /&gt;
— Point du tout : ce que vous gagnez de cette manière est tiré de la poche de votre voisin, d&#039;un habitant du même pays ; et, si l&#039;on pouvait compter l&#039;excédant de dépense fait par les consommateurs, en conséquence de votre monopole, on trouverait qu&#039;il surpasse le gain que le monopole vous a valu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt particulier est ici en opposition avec l&#039;intérêt général, et l&#039;intérêt général lui-même n&#039;est bien compris que par les personnes très instruites. Faut-il être surpris que le système prohibitif soit vivement soutenu et mollement repoussé ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait en général beaucoup trop peu d&#039;attention au grave inconvénient de faire payer chèrement les denrées aux consommateurs. Ce mal ne frappe guère les yeux, parce qu&#039;il se fait sentir très en détail et par petites portions chaque fois qu&#039;on achète quelque chose ; mais il devient bien important par sa fréquente répétition, et parce qu&#039;il pèse universellement. La fortune de chaque consommateur est perpétuellement en rivalité avec tout ce qu&#039;il achète. Il est d&#039;autant plus riche, qu&#039;il achète à bon marché,&lt;br /&gt;
et d&#039;autant plus pauvre, qu&#039;il paie plus cher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il n&#039;y aurait qu&#039;une seule denrée qui renchérît, il serait plus pauvre relativement à cette seule denrée. Si toutes les denrées renchérissent, il est plus pauvre relativement à toutes les denrées ; et comme la classe des consommateurs embrasse la nation tout entière, dans ces cas-là, la nation entière est plus pauvre. On la prive en outre de l&#039;avantage de varier ses jouissances, de recevoir les produits ou les qualités de produits qui lui manquent, en échange de ceux avec lesquelles elle aurait pu les payer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;on ne dise pas que, dans le renchérissement des denrées, ce que l&#039;un perd l&#039;autre le gagne : cela n&#039;est vrai que dans les monopoles (et encore ce n&#039;est que très partiellement vrai, parce que les monopoleurs ne profitent jamais de la totalité de ce qui est payé par les consommateurs). Quand c&#039;est le droit d&#039;entrée ou l&#039;impôt, sous quelque forme que ce soit, qui renchérit la denrée, le producteur qui vend plus cher n&#039;en profite pas (c&#039;est le contraire, ainsi que nous le verrons ailleurs) ; de sorte qu&#039;en sa qualité de producteur, il n&#039;en est pas plus riche ; et en sa qualité de consommateur, il est plus pauvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une de causes les plus générales de l&#039;appauvrissement des nations, ou du moins une des causes qui contrarient le plus essentiellement les progrès qu&#039;elles font d&#039;ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, on sentira qu&#039;on ne doit pas avoir plus de répugnance à tirer de l&#039;étranger les objets qui servent à nos consommations stériles, que celles qui servent de matières premières à nos manufactures. Soit que nous consommions des produits de l&#039;intérieur ou du dehors, nous détruisons une portion de richesses ; c&#039;est une brèche que nous faisons à la richesse nationale ; mais cette perte est le fait de notre consommation, et non pas de notre achat à l&#039;étranger ; et quant à l&#039;encouragement qui en résulte pour la production nationale, il est encore le même dans les deux cas. Car, avec quoi ai-je acheté le produit de l&#039;étranger ? Avec le produit de notre sol, ou avec de l&#039;argent qui lui-même ne peut être acquis qu&#039;avec des produits de notre sol. Lorsque j&#039;achète à l&#039;étranger, je ne fais donc en réalité qu&#039;envoyer à l&#039;étranger un produit indigène au lieu de le consommer, et je consomme en place celui que l&#039;étranger m&#039;envoie en retour. Si ce n&#039;est moi qui fais cette opération, c&#039;est le commerce. Notre pays ne peut rien acheter des autres pays qu&#039;avec ses propres produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Défendant toujours les droits d&#039;entrée, on insiste et l&#039;on dit : « L&#039;intérêt de l&#039;argent est élevé chez nous ; il est bas chez l&#039;étranger ; il faut donc balancer par un droit d&#039;entrée l&#039;avantage qu&#039;a l&#039;étranger sur nos producteurs. ». Le bas intérêt est pour le producteur étranger un avantage pareil à celui d&#039;un sol plus fécond. S&#039;il en résulte un bon prix pour les produits dont il s&#039;occupe, il est fort à propos d&#039;en faire jouir nos consommateurs. On peut appliquer ici le raisonnement qui doit nous faire préférer de tirer le sucre et l&#039;indigo des contrées équinoxiales, plutôt que de les produire sur notre sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais les capitaux étant nécessaires dans tous les genres de production, l&#039;étranger qui trouve des capitaux à bas intérêt, a sur nous l&#039;avantage relativement à tous les produits ; et si nous en permettons la libre introduction, il aura la préférence sur tous nos producteurs. » &lt;br /&gt;
— Avec quoi paierez-vous alors ses produits ? &lt;br /&gt;
— « Avec de l&#039;argent, et c&#039;est là le malheur. »&lt;br /&gt;
— Et avec quoi vous procurerez-vous l&#039;argent dont vous paierez l&#039;étranger ? &lt;br /&gt;
— « Nous le paierons avec l&#039;argent que nous avons, qu&#039;il épuisera, et nous tomberons dans la dernière misère. » &lt;br /&gt;
— La dernière misère consiste, non à manquer d&#039;argent, mais à manquer des choses que l&#039;on se procure avec de l&#039;argent. De 1798 à 1814, l&#039;Angleterre avait exporté tout son or monnayé, et n&#039;avait jamais été plus riche. Ses billets de banque lui tenaient lieu de monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quand on a une monnaie métallique, on ne manque jamais d&#039;argent ; car pour peu qu&#039;il se fasse des paiements à l&#039;étranger en numéraire, le numéraire hausse de prix relativement aux marchandises, c&#039;est-à-dire que les marchandises baissent relativement à l&#039;argent ; dès lors tout le monde est intéressé à exporter des marchandises, et à importer de l&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La peur que l&#039;on conçoit de payer les marchandises étrangères avec des métaux précieux, est une peur frivole. Les métaux précieux ne vont jamais d&#039;un pays dans l&#039;autre pour acquitter de prétendus soldes, mais pour chercher le marché où ils se vendent le plus cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous convient toujours de consommer les produits que l&#039;étranger fournit meilleurs ou à meilleur compte que nous, bien assurés que nous sommes que l&#039;étranger se paiera par les choses que nous produisons à meilleur compte que lui. Je dis qu&#039;&#039;&#039;il se paiera ainsi&#039;&#039;,  parce que &#039;&#039;la chose ne peut se passer d&#039;aucune autre manière&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a dit (car que n&#039;a-t-on pas dit pour obscurcir toutes ces questions !) que la plupart des consommateurs étant en même temps producteurs, les prohibitions, les monopoles leur font gagner, sous cette dernière qualité, ce qu&#039;ils perdent sous l&#039;autre ; que le producteur qui fait un gain-monopole sur l&#039;objet de son industrie, est victime d&#039;un gain de la même espèce fait sur les denrées qui sont l&#039;objet de sa consommation, qu&#039;ainsi la nation se compose de dupeurs et de dupés qui n&#039;ont plus rien à se reprocher. Et il est bon de remarquer que chacun se croit plutôt dupeur que dupé ; car, quoique chacun soit consommateur en même temps qu&#039;il est producteur, les profits excessifs qu&#039;on fait sur une seule espèce de denrée, celle qu&#039;on produit, sont bien plus sensibles que les pertes multipliées, mais petites, qu&#039;on fait sur mille denrées différentes que l&#039;on consomme. Qu&#039;on mette un droit d&#039;entrée sur les toiles de coton : c&#039;est, pour un citoyen d&#039;une fortune médiocre, une augmentation de dépense de 12 à 15 francs par an, tout au plus ; augmentation de dépense qui n&#039;est même pas, dans son esprit, bien claire et bien assurée, et qui le frappe peu, quoiqu&#039;elle soit répétée plus ou moins sur chacun des objets de sa consommation ; tandis que si ce particulier est fabricant de chapeaux, et qu&#039;on mette un droit sur les chapeaux étrangers, il saura fort bien que ce droit enchérira les chapeaux de sa manufacture, et augmentera annuellement ses profits peut-être de plusieurs milliers de francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que l&#039;intérêt personnel, lorsqu&#039;il est peu éclairé (même en supposant tout le monde frappé dans sa consommation, plus encore que favorisé dans sa production), se déclare en faveur des prohibitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, même sous ce point de vue, le système prohibitif est fécond en injustices. Tous les producteurs ne sont pas à portée de profiter du système de prohibition que j&#039;ai supposé général, mais qui ne l&#039;est pas, et qui, quand il le serait par les lois, ne le serait pas par le fait. Quelques droits d&#039;entrée qu&#039;on mît sur l&#039;introduction en France des vins de Champagne ou de Bordeaux, de tels droits ne feraient pas que les propriétaires de ces vins parvinssent à les mieux vendre, car ils en possèdent déjà le monopole. Une foule d&#039;autres producteurs, tels que les maçons, les charpentiers, les marchands en boutique, etc., n&#039;ont absolument rien à gagner par l&#039;exclusion donnée aux marchandises étrangères, et cependant ils souffrent de cette exclusion. Les producteurs de produits immatériels, les fonctionnaires publics, les rentiers, sont dans le même cas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, les gains du monopole ne se partagent pas équitablement entre tous ceux qui concourent à la production que favorise le monopole : les chefs d&#039;entreprises, soit agricoles, soit manufacturières, soit commerciales, exercent un monopole non seulement à l&#039;égard des consommateurs, mais encore, et par d&#039;autres causes, à l&#039;égard des ouvriers et de plusieurs agents de la production, ainsi qu&#039;on le verra au livre II. Il est possible que nos couteliers gagnent un peu plus en raison de la prohibition des couteaux anglais, mais leurs ouvriers et beaucoup d&#039;autres agents de cette industrie ne profitent en aucune façon de cette prohibition ; de manière qu&#039;ils participent, avec tous les autres consommateurs, au désavantage de payer les couteaux plus cher, et ne participent pas aux gains forcés des chefs d&#039;entreprises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois les prohibitions non seulement blessent les intérêts pécuniaires des consommateurs, mais les soumettent à des privations pénibles. On a vu, j&#039;ai honte de le dire, des fabricants de chapeaux de Marseille solliciter la prohibition d&#039;entrée des chapeaux de paille venant de l&#039;étranger, sous prétexte qu&#039;ils nuisaient au débit de leurs chapeaux de feutre ! C&#039;était vouloir priver les gens de la campagne, ceux qui cultivent la terre à l&#039;ardeur du soleil, d&#039;une coiffure légère, fraîche, peu coûteuse, et qui les garantit bien, lorsqu&#039;au contraire il serait à désirer que l&#039;usage s&#039;en propageât et s&#039;étendît partout. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois l&#039;administration, pour satisfaire à des vues qu&#039;elle croit profondes, ou bien à des passions qu&#039;elle croit légitimes, interdit ou change le cours d&#039;un commerce, et porte des coups irréparables à la production. Lorsque Philippe II, devenu maître du Portugal, défendit à ses nouveaux sujets toute communication avec les hollandais qu&#039;il détestait, qu&#039;en arriva-t-il ? Les hollandais, qui allaient chercher à Lisbonne les marchandises de l&#039;Inde, dont ils procuraient un immense débit, voyant cette ressource manquer à leur industrie, allèrent chercher ces mêmes marchandises aux Indes mêmes, d&#039;où ils finirent par chasser les portugais ; et cette malice, faite dans le dessein de leur nuire, fut l&#039;origine de leur grandeur. Le commerce, suivant une expression de Fénelon, est semblable aux fontaines naturelles qui tarissent bien souvent quand on veut en changer le cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les principaux inconvénients des entraves mises à l&#039;importation, et qui sont portés au plus haut degré par les prohibitions absolues. On voit des nations prospérer même en suivant ce système, parce que, chez elles, les causes de prospérité sont plus fortes que les causes de dépérissement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nations ressemblent au corps humain ; il existe en nous un principe de vie qui rétablit sans cesse notre santé, que nos excès tendent à altérer sans cesse. La nature cicatrise les blessures et guérit les maux que nous attirent notre maladresse et notre intempérance. Ainsi les états marchent, souvent même prospèrent, en dépit des plaies de tous genres qu&#039;ils ont à supporter de la part de leurs ennemis. Remarquez que ce sont les nations les plus industrieuses qui reçoivent le plus de ces outrages, parce que ce sont les seules qui peuvent les supporter. On dit alors : &#039;&#039;notre système est le bon, puisque la prospérité va croissant&#039;&#039;. Mais, lorsqu&#039;on observe d&#039;un œil éclairé les circonstances qui, depuis trois siècles, ont favorisé le développement des facultés humaines, lorsqu&#039;on mesure des yeux de l&#039;esprit les progrès de la navigation, les découvertes, les inventions importantes qui ont eu lieu dans les arts ; le nombre des végétaux, des animaux utiles propagés d&#039;un hémisphère dans l&#039;autre ; lorsqu&#039;on voit les sciences et leurs applications qui s&#039;étendent et se consolident chaque jour par des méthodes plus sûres, on demeure convaincu, au contraire, que notre prospérité est peu de chose comparée à ce qu&#039;elle pourrait être, qu&#039;elle se débat dans les liens et sous les fardeaux dont on l&#039;accable, et que les hommes, même dans les parties du globe où ils se croient éclairés, passent une grande partie de leur temps et usent une partie de leurs facultés à détruire une portion de leurs ressources au lieu de les multiplier, et à se piller les uns les autres au lieu de s&#039;aider mutuellement ; le tout faute de lumières, faute de savoir en quoi consistent leurs vrais intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Revenons à notre sujet. Nous venons de voir quelle est l&#039;espèce de tort que reçoit un pays des entraves qui empêchent les denrées étrangères de pénétrer dans son intérieur. C&#039;est un tort du même genre que l&#039;on cause au pays dont on prohibe les marchandises : on le prive de la faculté de tirer le parti le plus avantageux de ses capitaux et de son industrie ; mais il ne faut pas s&#039;imaginer qu&#039;on le ruine, qu&#039;on lui ôte toute ressource, comme Bonaparte s&#039;imaginait le faire en fermant le continent aux produits de&lt;br /&gt;
l&#039;Angleterre. Outre que le blocus réel et complet d&#039;un pays est une entreprise impossible, parce que tout le monde est intéressé à violer une semblable restriction, un pays n&#039;est jamais exposé qu&#039;à changer la nature de ses produits. Il peut toujours se les acheter tous lui-même, parce que les produits, ainsi qu&#039;il a été prouvé, s&#039;achètent toujours les uns par les autres. Vous réduisez l&#039;Angleterre à ne plus exporter pour un million d&#039;étoffes de laine ; croyez-vous l&#039;empêcher de produire une valeur d&#039;un million ? Vous êtes dans l&#039;erreur ; elle emploiera les mêmes capitaux, une main-d&#039;œuvre équivalente, à fabriquer, au lieu de casimirs peut-être, des esprits ardents avec ses grains et ses pommes de terre ; dès lors elle cessera d&#039;acheter avec ses casimirs des eaux-de-vie de France. De toutes manières un pays consomme toujours les valeurs qu&#039;il produit, soit directement, soit après un échange, et il ne saurait consommer que cela. Vous rendez l&#039;échange impossible : il faut donc qu&#039;il produise des valeurs telles qu&#039;il puisse les consommer directement. Voilà le fruit des prohibitions : on est plus mal accommodé de part et d&#039;autre, et l&#039;on n&#039;en est pas plus riche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Napoléon fit certainement tort à l&#039;Angleterre et au continent, en gênant, autant qu&#039;il dépendit de lui, les relations réciproques de l&#039;une et de l&#039;autre : mais, d&#039;un autre côté, il fit involontairement du bien au continent de l&#039;Europe, en facilitant, par cette agrégation d&#039;états continentaux, fruit de son ambition, une communication plus intime entre ces différents états.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne restait plus de barrières entre la Hollande, la Belgique, une partie de l&#039;Allemagne, l&#039;Italie et la France, et de faibles barrières s&#039;élevaient entre les autres états, l&#039;Angleterre exceptée. Je juge du bien qui résulta de ces communications par l&#039;état de mécontentement et de dépression du commerce qui est résulté du régime qui a suivi, et où chaque État s&#039;est retranché derrière une triple ligne de douaniers. Chacun a bien conservé les mêmes moyens de production, mais d&#039;une production moins avantageuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Personne ne nie que la France ait beaucoup gagné à la suppression, opérée par la révolution, des barrières qui séparaient ses provinces ; l&#039;Europe avait gagné à la suppression, partielle du moins, des barrières qui séparaient les États de la république continentale ; et le monde gagnerait beaucoup plus encore à la suppression des barrières qui tendent à séparer les états qui composent la république universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne parle point de plusieurs autres inconvénients très graves, tels que celui de créer un crime de plus : la contrebande ; c&#039;est-à-dire de rendre criminelle par les lois une action qui est innocente en elle-même, et d&#039;avoir à punir des gens qui, dans le fait, travaillent à la prospérité générale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith admet deux circonstances qui peuvent déterminer un gouvernement sage à avoir recours aux droits d&#039;entrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première est celle où il s&#039;agit d&#039;avoir une branche d&#039;industrie nécessaire à la défense du pays, et pour laquelle il ne serait pas prudent de ne pouvoir compter que sur des approvisionnements étrangers. C&#039;est ainsi qu&#039;un gouvernement peut prohiber l&#039;importation de la poudre à canon, si cela est nécessaire à l&#039;établissement des poudrières de l&#039;intérieur ; car il vaut mieux payer cette denrée plus cher, que de s&#039;exposer à en être privé au moment du besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde est celle où un produit intérieur, d&#039;une consommation analogue, est déjà chargé de quelque droit. On sent qu&#039;alors un produit extérieur par lequel il pourrait être remplacé, et qui ne serait chargé d&#039;aucun droit, aurait sur le premier un véritable privilège. Faire payer un droit dans ce cas, ce n&#039;est point détruire les rapports naturels qui existent entre les diverses branches de production : c&#039;est les rétablir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, on ne voit pas pour quel motif la production de valeur qui s&#039;opère par le commerce extérieur, devrait être déchargée du faix des impôts que supporte la production qui s&#039;opère par le moyen de l&#039;agriculture ou des manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est un malheur que d&#039;avoir un impôt à payer ; ce malheur, il convient de le diminuer tant qu&#039;on peut : mais une fois qu&#039;une certaine somme de contributions est reconnue nécessaire, ce n&#039;est que justice de la faire payer proportionnellement à tous les genres de production. Le vice que je signale ici est de vouloir nous faire considérer cette sorte d&#039;impôt comme favorable à la richesse publique. L&#039;impôt n&#039;est jamais favorable au public que par le bon emploi qu&#039;on fait de son produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les considérations qu&#039;il ne faudrait jamais perdre de vue lorsqu&#039;on fait des traités de commerce. Les traités de commerce ne sont bons que pour protéger une industrie et des capitaux qui se trouvent engagés dans de fausses routes par l&#039;effet de mauvaises lois. C&#039;est un mal qu&#039;il faut tendre à guérir et non à perpétuer. L&#039;état de santé relativement à l&#039;industrie et à la richesse, c&#039;est l&#039;état de liberté, c&#039;est l&#039;état où les intérêts se protègent eux-mêmes. L&#039;autorité publique ne les protège utilement que contre la violence. Elle ne peut faire aucun bien à la nation par ses entraves et ses impôts. Ils peuvent être un inconvénient nécessaire ; mais c&#039;est méconnaître les fondements de la prospérité des États, c&#039;est ignorer l&#039;économie politique que de les supposer utiles aux intérêts des administrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent on a considéré les droits d&#039;entrée et les prohibitions comme une représaille : &#039;&#039;votre nation met des entraves à l&#039;introduction des produits de la nôtre ; ne sommes-nous pas autorisés à charger des mêmes entraves les produits de la vôtre&#039;&#039; ? Tel est l&#039;argument qu&#039;on fait valoir le plus souvent, et qui sert de base à la plupart des traités de commerce ; on se trompe sur l&#039;objet de la question. On prétend que les nations sont autorisées à se faire tout le mal qu&#039;elles peuvent : je l&#039;accorde, quoique je n&#039;en sois pas convaincu ; mais il ne s&#039;agit pas ici de leurs droits, il s&#039;agit de leurs intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nation qui vous prive de la faculté de commercer chez elle, vous fait tort incontestablement : elle vous prive des avantages du commerce extérieur par rapport à elle ; et en conséquence, si, en lui faisant craindre pour elle-même un tort pareil, vous pouvez la déterminer à renverser les barrières qu&#039;elle vous oppose, sans doute on peut approuver un tel moyen comme une mesure purement politique. Mais cette représaille, qui est préjudiciable à votre rivale, est aussi préjudiciable à vous-même. Ce n&#039;est point une défense de vos propres intérêts que vous opposez à une précaution intéressée prise par vos rivaux ; c&#039;est un tort que vous vous faites pour leur en faire un autre. Vous vous interdisez des relations utiles, afin de leur interdire des relations utiles. Il ne s&#039;agit plus que de savoir à quel point vous chérissez la vengeance, et combien vous consentez qu&#039;elle vous coûte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;entreprendrai pas de signaler tous les inconvénients qui accompagnent les traités de commerce ; il faudrait en rapprocher les clauses qu&#039;on y consacre le plus communément, avec les principes établis partout dans cet ouvrage. Je me bornerai à remarquer que presque tous les traités de commerce qu&#039;on a faits chez les modernes, sont basés sur l&#039;avantage et la possibilité prétendus de solder la balance commerciale avec des espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si cet avantage et cette possibilité sont des chimères, les avantages qu&#039;on a recueillis des traités de commerce n&#039;ont pu venir que de l&#039;augmentation de liberté et de la facilité de communication qui en sont résultées pour les nations, et nullement des clauses et des stipulations qu&#039;ils renfermaient ; à moins qu&#039;une des puissances ne se soit servi de sa prépondérance pour stipuler en sa faveur des avantages qui ne peuvent passer que pour des tributs colorés, comme l&#039;Angleterre l&#039;a fait avec le Portugal. C&#039;est une extorsion comme une autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ferai observer encore que les traités de commerce offrant à une nation étrangère des faveurs spéciales, sont des actes sinon hostiles, du moins odieux à toutes les autres nations. On ne peut faire valoir une concession qu&#039;on fait aux uns qu&#039;en la refusant aux autres. De là des causes d&#039;inimitiés, des germes de guerre toujours fâcheux. Il est bien plus simple, et j&#039;ai montré qu&#039;il serait bien plus profitable, de traiter tous les peuples en amis, et de ne mettre, sur l&#039;introduction des marchandises étrangères, que des droits analogues à ceux dont est chargée la production intérieure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré les inconvénients que j&#039;ai signalés dans les prohibitions de denrées étrangères, il serait sans doute téméraire de les abolir brusquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un malade ne se guérit pas dans un jour. Une nation veut être traitée avec de semblables ménagements, même dans le bien qu&#039;on lui fait. Que de capitaux, que de mains industrieuses employés dans des fabrications monopoles, qu&#039;il faut dès-lors ménager, quoiqu&#039;elles soient des abus !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est que peu à peu que ces capitaux et cette main-d&#039;œuvre peuvent trouver des emplois plus avantageusement productifs pour la nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être n&#039;est-ce pas trop de toute l&#039;habileté d&#039;un grand homme d&#039;État pour cicatriser les plaies qu&#039;occasionne l&#039;extirpation de cette loupe dévorante du système réglementaire et exclusif ; et quand on considère mûrement le tort qu&#039;il cause quand il est établi, et les maux auxquels on peut être exposé en l&#039;abolissant, on est conduit naturellement à cette réflexion : s&#039;il est si difficile de rendre la liberté à l&#039;industrie, combien ne doit-on pas être réservé lorsqu&#039;il s&#039;agit de l&#039;ôter !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements ne se sont pas contentés de mettre des entraves à l&#039;introduction des produits étrangers. Toujours persuadés qu&#039;il fallait que leur nation vendît sans acheter, comme si la chose était possible, en même temps qu&#039;ils ont assujetti à une espèce d&#039;amende ceux qui achetaient de l&#039;étranger, ils ont souvent offert des gratifications, sous le nom de &#039;&#039;primes d&#039;encouragement&#039;&#039;, à celui qui vendait à l&#039;étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement anglais surtout, plus jaloux encore que les autres de favoriser l&#039;écoulement es produits du commerce et des manufactures de la Grande-Bretagne, a fait grand usage de ce moyen d&#039;encouragement. On comprend que le négociant qui reçoit une gratification à la sortie, peut, sans perte pour lui-même, donner dans l&#039;étranger sa marchandise à un prix inférieur à celui auquel elle lui revient lorsqu&#039;elle y est rendue. « Nous ne pouvons, dit Smith à ce sujet, forcer les étrangers à acheter de nous exclusivement les objets de leur consommation ; en conséquence nous les payons pour qu&#039;ils nous accordent cette faveur. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, si une certaine marchandise envoyée par un négociant anglais en France, y revient à ce négociant, en y comprenant le profit de son industrie, à 100 francs, et si ce prix n&#039;est pas au-dessous de celui auquel on peut se procurer la même marchandise en France, il n&#039;y aura pas de raison pour qu&#039;il vende la sienne exclusivement à toute autre. Mais si le gouvernement anglais&lt;br /&gt;
accorde, au moment de l&#039;exportation, une prime de 10 francs, et si, au moyen de cette prime, la marchandise est donnée pour 90 francs au lieu de 100 qu&#039;elle vaudrait, elle obtient la préférence ; mais n&#039;est-ce pas un cadeau de 10 francs que le gouvernement anglais fait au consommateur français ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conçoit que le négociant puisse trouver son compte à cet ordre de choses. Il fait le même profit que si la nation française payait la chose selon sa pleine valeur ; mais la nation anglaise perd, à ce marché, dix pour cent avec la nation française. Celle-ci n&#039;envoie qu&#039;un retour de la valeur de 90 francs en échange de la marchandise qu&#039;on lui a envoyée, qui en vaut 100. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand une prime est accordée, non au moment de l&#039;exportation, mais dès l&#039;origine de la production, le produit pouvant être vendu aux nationaux de même qu&#039;aux étrangers, c&#039;est un présent dont profitent les consommateurs nationaux comme ceux de l&#039;étranger. Si, comme cela arrive quelquefois, le producteur met la prime dans sa poche, et n&#039;en maintient pas moins la marchandise à son prix naturel, alors c&#039;est un présent fait par le gouvernement au producteur, qui est en outre payé du profit ordinaire de son industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand une prime engage à créer, soit pour l&#039;usage intérieur, soit pour l&#039;usage de l&#039;étranger, un produit qui n&#039;aurait pas lieu sans cela, il en résulte une production fâcheuse, car elle coûte plus qu&#039;elle ne vaut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;on suppose une marchandise qui, terminée, puisse se vendre 24 francs et rien de plus ; supposons encore qu&#039;elle coûte en frais de production (en y comprenant toujours le profit de l&#039;industrie qui la produit) 27 francs : il est clair que personne ne voudra se charger de la fabriquer, afin de ne pas supporter une perte de 3 francs. Mais si le gouvernement, pour encourager cette branche d&#039;industrie, consent à supporter cette perte, c&#039;est-à-dire, s&#039;il accorde sur la fabrication de ce produit une prime de 3 francs, alors la fabrication aura lieu, et le trésor public, c&#039;est-à-dire la nation, aura supporté une perte de 3 francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit, par cet exemple, l&#039;espèce d&#039;avantage qui résulte d&#039;un encouragement donné à une branche d&#039;industrie quelconque qui ne peut pas se tirer d&#039;affaire elle-même. C&#039;est vouloir qu&#039;on s&#039;occupe d&#039;une production désavantageuse, et où l&#039;on fait un échange défavorable des avances contre les produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il y a quelque bénéfice à retirer d&#039;une industrie, elle n&#039;a pas besoin d&#039;encouragement ; s&#039;il n&#039;y a point de bénéfice à en retirer, elle ne mérite pas d&#039;être encouragée. Ce serait en vain qu&#039;on dirait que l&#039;État peut profiter d&#039;une industrie qui ne donnerait aucun bénéfice aux particuliers : comment l&#039;État peut-il faire un profit, si ce n&#039;est par les mains des particuliers ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On avancera peut-être que le gouvernement retire plus en impositions sur tel produit, qu&#039;il ne lui coûte en encouragements ; mais alors il paie d&#039;une main pour recevoir de l&#039;autre ; qu&#039;il diminue l&#039;impôt de tout le montant de la prime, l&#039;effet demeurera le même pour la production, et l&#039;on épargnera les frais de l&#039;administration des primes, et partie de ceux de l&#039;administration des impôts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoique les primes soient une dépense qui diminue la masse des richesses que possède une nation, il est cependant des cas où il lui convient d&#039;en faire le sacrifice, comme celui, par exemple, où l&#039;on veut s&#039;assurer des produits nécessaires à la sûreté de l&#039;État, dussent-ils coûter au-delà de leur valeur. Louis XIV, voulant remonter la marine française, accorda 5 francs par chaque tonneau à tous ceux qui équiperaient des navires. Il voulait créer des matelots.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est encore le cas où la prime n&#039;est que le remboursement d&#039;un droit précédemment payé. C&#039;est ainsi qu&#039;en Angleterre, en France, on accorde à l&#039;exportation du sucre raffiné une prime qui n&#039;est au fond que le remboursement des droits d&#039;entrée payés par les cassonades et par les sucres bruts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être un gouvernement fait-il bien encore d&#039;accorder quelques encouragements à une production, qui, bien que donnant de la perte dans les commencements, doit pourtant donner évidemment des profits au bout de peu d&#039;années. Smith n&#039;est pas de cet avis. « Il n&#039;est aucun encouragement, dit-il, qui puisse porter l&#039;industrie d&#039;une nation au-delà de ce que le capital de cette nation peut en mettre en activité. Il ne peut que détourner une portion de capital d&#039;une certaine production pour la diriger vers une autre, et il n&#039;est pas à supposer que cette production forcée soit plus avantageuse à la société, que celle qui aurait été naturellement préférée… L&#039;homme d&#039;État qui voudrait diriger les volontés des particuliers, quant à l&#039;emploi de leur industrie et de leurs capitaux, se chargerait non seulement d&#039;un inutile soin, mais encore d&#039;un soin qu&#039;il serait très malheureux de voir confier à un seul homme, à un conseil, quelque sages qu&#039;on veuille les supposer, et qui surtout ne saurait être en de plus mauvaises mains que dans celles d&#039;administrateurs assez fous pour imaginer qu&#039;ils sont capables de le prendre… Quand même la nation, faute de tels règlements, devrait ne jamais acquérir une certaine branche d&#039;industrie, elle n&#039;en serait pas plus pauvre à l&#039;avenir, elle a pu employer ses capitaux d&#039;une manière plus avantageuse ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith a certainement raison au fond ; mais il est des circonstances qui peuvent modifier cette proposition généralement vraie, que chacun est le meilleur juge de l&#039;emploi de son industrie et de ses capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith a écrit dans un temps et dans un pays où l&#039;on était et où l&#039;on est encore fort éclairé sur ses intérêts, et fort peu disposé à négliger les profits qui peuvent résulter des emplois de capitaux et d&#039;industrie, quels qu&#039;ils soient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais toutes les nations ne sont pas encore parvenues au même point. Combien n&#039;en est-il pas où, par des préjugés que le gouvernement seul peut vaincre, on est éloigné de plusieurs excellents emplois de capitaux ! Combien n&#039;y a-t-il pas de villes et de provinces où l&#039;on suit routinièrement les mêmes usages pour les placements d&#039;argent ! Ici on ne sait placer qu&#039;en rentes hypothéquées sur des terres ; là, qu&#039;en maisons ; plus loin, que dans les charges et les emprunts publics. Toute application neuve de la puissance d&#039;un capital est, dans ces lieux-là, un objet de méfiance ou de dédain, et la protection accordée à un emploi de travail et d&#039;argent vraiment profitable, peut devenir un bienfait pour le pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, telle industrie peut donner de la perte à un entrepreneur qui la mettrait en train sans secours, et qui pourtant est destinée à procurer de très gros bénéfices quand les ouvriers y seront façonnés, et que les premiers obstacles auront été surmontés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On possède actuellement en France les plus belles manufactures de soieries et de draps qu&#039;il y ait au monde : peut-être les doit-on aux sages encouragements de Colbert. Il avança 2000 francs aux manufacturiers par chaque métier battant ; et, pour le remarquer en passant, cette espèce d&#039;encouragement avait un avantage tout particulier : communément le gouvernement lève, sur les produits de l&#039;industrie privée, des contributions dont le montant est perdu pour la reproduction. Ici une partie des contributions était réemployée d&#039;une manière productive. C&#039;était une partie du revenu des particuliers qui allait grossir les capitaux productifs du royaume. À peine aurait-on pu espérer autant de la sagesse et de l&#039;intérêt personnel des particuliers eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas ici le lieu d&#039;examiner combien les encouragements, en général, ouvrent d&#039;entrées aux dilapidations, aux faveurs injustes et à tous les abus qui s&#039;introduisent dans les affaires des gouvernements. Un homme d&#039;État habile, après avoir conçu le plan le plus évidemment bon, est souvent retenu par les vices qui doivent nécessairement se glisser dans son exécution. Un de ces inconvénients est d&#039;accorder, comme cela arrive presque toujours, les encouragements et les autres faveurs dont les gouvernements disposent, non à ceux qui sont habiles à les mériter, mais à ceux qui sont habiles à les solliciter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne prétends point, au reste, blâmer les distinctions ni même les récompenses pécuniaires accordées publiquement à des artistes ou à des artisan, pour prix d&#039;un effort extraordinaire de leur génie ou de leur adresse. Les encouragements de ce genre excitent l&#039;émulation et accroissent la masse des lumières générales, sans détourner l&#039;industrie et les capitaux de leur emploi le plus avantageux. Ils occasionnent d&#039;ailleurs une dépense peu considérable auprès de ce que coûtent, en général, les autres encouragements. La prime pour favoriser l&#039;exportation des blés a coûté à l&#039;Angleterre, suivant Smith, dans certaines années, plus de sept millions de nos francs. Je ne crois pas que jamais le gouvernement anglais, ni aucun autre, ait dépensé en prix d&#039;agriculture la cinquantième partie de cette somme dans une année. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== II. Effets des règlements qui déterminent le mode de production ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les gouvernements se sont occupés des procédés de l&#039;industrie agricole, leur intervention a presque toujours été favorable. L&#039;impossibilité de diriger les procédés variés de l&#039;agriculture, la multiplicité des gens qu&#039;elle occupe souvent isolément sur toute l&#039;étendue d&#039;un territoire et dans une multitude d&#039;entreprises séparées, depuis les grandes fermes jusqu&#039;aux jardins des plus petits villageois, le peu de valeur ses produits relativement à leur volume, toutes ces circonstances, qui tiennent à la nature de la chose, ont heureusement rendu impossibles les règlements qui auraient gêné les industrieux. Les gouvernements animés de l&#039;amour du bien public ont dû en conséquence se borner à distribuer des prix et des encouragements, et à répandre des instructions qui, souvent, ont contribué très efficacement aux progrès de cet art. L&#039;école vétérinaire d&#039;Alfort, la ferme expérimentale de Rambouillet, l&#039;introduction des mérinos, sont pour l&#039;agriculture française de véritables bienfaits, dont elle doit l&#039;extension et le perfectionnement à la sollicitude des diverses administrations qui, du sein des orages politiques, ont gouverné la France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l&#039;administration veille à l&#039;entretien des communications, lorsqu&#039;elle protège les récoltes, lorsqu&#039;elle punit les négligences coupables, comme le défaut d&#039;échenillage des arbres, elle produit un bien analogue à celui qu&#039;elle opère par le maintien de la tranquillité et des propriétés, qui est si favorable, ou plutôt si indispensable pour la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les règlements sur l&#039;aménagement des bois en France, qui, du moins dans plusieurs de leurs parties, sont peut-être indispensables au maintien de cette espèce de produit, paraissent à d&#039;autres égards introduire des gênes décourageantes pour ce genre de culture, qui convient spécialement dans certains terrains, dans les sites montueux, qui est nécessaire pour avoir des pluies suffisantes, et qui néanmoins décline tous les jours. Mais aucune industrie n&#039;a été, quant à ses procédés, en proie à la manie réglementaire autant que celle qui s&#039;occupe des manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de beaucoup de règlements a été de réduire le nombre des producteurs, soit en le fixant d&#039;office, soit en exigeant d&#039;eux certaines conditions pour exercer leur industrie. C&#039;est de là que sont nées les &#039;&#039;jurandes&#039;&#039;, les &#039;&#039;maîtrises&#039;&#039;, les &#039;&#039;corps d&#039;arts et métiers&#039;&#039;. Quel que soit le moyen employé, l&#039;effet est le même : on établit par là aux dépens du consommateur une sorte de monopole, de privilège exclusif dont les producteurs privilégiés se partagent le bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils peuvent d&#039;autant plus aisément concerter des mesures favorables à leurs intérêts, qu&#039;ils ont des assemblées légales, des syndics et d&#039;autres officiers. Dans les réunions de ce genre, on appelle &#039;&#039;prospérité du commerce, avantage de l&#039;État&#039;&#039;, la prospérité et l&#039;avantage de la corporation ; et la chose dont on s&#039;y occupe le moins, c&#039;est d&#039;examiner si les bénéfices qu&#039;on se promet sont le résultat d&#039;une production véritable, ou un impôt abusif levé sur les consommateurs, et qui n&#039;est profitable aux uns qu&#039;au détriment des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi les gens exerçant une profession quelconque, sont ordinairement portés à solliciter des règlements de la part de l&#039;autorité publique ; et l&#039;autorité publique, y trouvant toujours de son côté l&#039;occasion de lever de l&#039;argent, est fort disposée à les accorder.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les règlements, d&#039;ailleurs, flattent l&#039;amour-propre de ceux qui disposent du pouvoir ; ils leur donnent l&#039;air de la sagesse et de la prudence ; ils confirment leur autorité, qui paraît d&#039;autant plus indispensable qu&#039;elle est plus souvent exercée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi n&#039;existe-t-il peut-être pas un seul pays en Europe où il soit loisible à un un homme de disposer de son industrie et de ses capitaux selon ses convenances ; dans la plupart, on ne peut changer de place et de profession à son gré. Il ne suffit pas qu&#039;on ait la volonté et le talent nécessaires pour être fabricant et marchand d&#039;étoffes de laine ou de soie, de quincailleries ou de liqueurs ; il faut encore qu&#039;on ait acquis la maîtrise ou qu&#039;on fasse partie d&#039;un corps de métiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les maîtrises sont de plus un moyen de police ; non de cette police favorable à la sûreté des particuliers et du public, et qui peut toujours s&#039;exercer à peu de frais et sans vexation, mais de cette police que les mauvais gouvernements emploient, quoiqu&#039;elle coûte, pour conserver l&#039;autorité dans leurs mains et pour l&#039;étendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par des faveurs honorifiques ou pécuniaires, l&#039;autorité dispose des chefs qu&#039;elle donne à la corporation des maîtres. Ces chefs ou syndics, flattés du pouvoir et des distinctions attachés à leur grade, cherchent à les mériter par leur complaisance envers l&#039;autorité. Ils se rendent son interprète auprès des hommes de leur profession ; ils lui désignent ceux dont on doit craindre la fermeté, ceux dont on peut employer la souplesse ; on colore ensuite tout cela de motifs de bien général. Dans les discours qu&#039;on tient d&#039;office ou qu&#039;on fait tenir en public, on insère d&#039;assez bonnes raisons pour maintenir des restrictions contraires à la liberté, ou pour en établir de nouvelles ; car il n&#039;y a pas de mauvaise cause en faveur de laquelle on ne puisse apporter quelque bonne raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avantage principal, et celui sur lequel on appuie le plus volontiers, est de procurer au consommateur des produits d&#039;une exécution plus parfaite, garantie qui est favorable au commerce national, et assure la continuation de la faveur des étrangers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cet avantage, l&#039;obtient-on par les maîtrises ? Sont-elles une garantie suffisante que le corps de métier n&#039;est composé, je ne dis pas seulement d&#039;honnêtes gens, mais que de gens très délicats, comme il faudrait qu&#039;ils fussent pour ne jamais tromper ni leurs concitoyens ni l&#039;étranger ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les maîtrises, dit-on, facilitent l&#039;exécution des règlements qui vérifient et attestent la bonne qualité des produits ; mais, même avec les maîtrises, ces vérifications et ces attestations ne sont-elles pas illusoires, et, dans le cas où elles sont absolument nécessaires, n&#039;y a-t-il aucun moyen plus simple de l&#039;obtenir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La longueur de l&#039;apprentissage ne garantit pas mieux la perfection de l&#039;ouvrage : c&#039;est l&#039;aptitude de l&#039;ouvrier et un salaire proportionné au mérite de son travail, qui seuls garantissent efficacement cette perfection. « Il n&#039;est point de profession mécanique, dit Smith, dont les procédés ne puissent être enseignés en quelques semaines, et pour quelques-unes des plus communes, quelques jours sont suffisants. La dextérité de la main ne peut, à la vérité, être acquise que par une grande pratique ; mais cette pratique elle-même ne s&#039;acquerrait-elle pas plus promptement, si un jeune homme, au lieu de travailler comme apprenti, c&#039;est-à-dire de force, nonchalamment et sans intérêt, était payé selon le mérite et la quantité de son ouvrage, sauf par lui à rembourser au maître les matériaux que son inexpérience ou sa maladresse gâterait ? ». En commençant un an plus tard, et en consacrant cette année aux écoles d&#039;enseignement mutuel, j&#039;ai peine à croire que les produits fussent moins parfaits, et, à coup sûr, la classe ouvrière serait moins grossière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les apprentissages étaient un moyen d&#039;obtenir des produits plus parfaits, les produits de l&#039;Espagne vaudraient ceux de l&#039;Angleterre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;est-ce pas depuis l&#039;abolition des maîtrises et des apprentissages forcés, que la France a réussi à atteindre des perfectionnements dont elle était bien loin avant cette époque ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De tous les arts mécaniques, le plus difficile peut-être est celui du jardinier et du laboureur, et c&#039;est le seul qu&#039;on permette partout d&#039;exercer sans apprentissage. En recueille-t-on des fruits moins beaux et des légumes moins abondants ? S&#039;il y avait un moyen de former une corporation de cultivateurs, on nous aurait bientôt persuadé qu&#039;il est impossible d&#039;avoir des laitues bien pommées et des pêches savoureuses, sans de nombreux règlements composés de plusieurs centaines d&#039;articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin ces règlements, en les supposant utiles, sont illusoires du moment qu&#039;on peut les éluder ; or, il n&#039;est pas de ville manufacturière où l&#039;on ne soit dispensé de toutes les épreuves avec de l&#039;argent ; et elles deviennent ainsi, non seulement une garantie inutile, mais une occasion de passe-droits et d&#039;injustices ; ce qui est odieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui soutiennent le système réglementaire, citent, à l&#039;appui de leur opinion, la prospérité des manufactures d&#039;Angleterre, où l&#039;on sait qu&#039;il y a beaucoup d&#039;entraves à l&#039;exercice de l&#039;industrie manufacturière ; mais ils méconnaissent les véritables causes de cette prospérité. « Les causes de la prospérité de l&#039;industrie dans la Grande-Bretagne, dit Smith, sont cette liberté de commerce, qui, malgré nos restrictions, est pourtant égale et peut-être supérieure à celle dont on jouit dans quelque pays du monde que ce soit ; cette faculté d&#039;exporter, sans droits, presque tous les produits de l&#039;industrie domestique, quelle que soit leur destination ; et, ce qui est plus important encore, cette liberté illimitée de les transporter d&#039;un bout l&#039;autre du royaume, sans être oblige de rendre aucun compte, sans être expose dans aucun bureau à la moindre visite, à la plus simple question, etc. ». Qu&#039;on y joigne le respect inviolable de toutes les propriétés, soit de la part de tous les agents du gouvernement sans exception, soit de la part des particuliers, d&#039;immenses capitaux accumulés par le travail et l&#039;économie, l&#039;habitude enfin, inculquée dès&lt;br /&gt;
l&#039;enfance, de mettre du jugement et du soin à ce qu&#039;on fait, et l&#039;on aura une explication suffisante de la prospérité manufacturière de l&#039;Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes qui citent l&#039;Angleterre pour justifier les chaînes dont elles voudraient charger l&#039;industrie, ignorent que les villes de la Grande-Bretagne où l&#039;industrie fleurit le plus, et qui ont porté les manufactures de ce pays à un très-haut point de splendeur, sont précisément les villes qui n&#039;ont point de corps de métiers, telles que Manchester, Birmingham, Liverpool, Glasgow, qui n&#039;étaient que des bourgades il y a deux siècles, et qui se placent maintenant, relativement à la population et aux richesses, immédiatement après Londres, et fort avant York, Cantorbéry, et même Bristol, villes anciennes, favorisées, et capitales des principales provinces, mais où l&#039;industrie était soumise à de gothiques entraves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La ville et la paroisse de Halifax, dit un auteur qui passe pour bien connaître l&#039;Angleterre, ont vu, depuis quarante ans, quadrupler le nombre de leurs habitants ; et plusieurs villes sujettes aux corporations ont éprouvé des diminutions sensibles. Les maisons situées dans l&#039;enceinte de la Cité à Londres, se louent mal ; tandis que Westminster, Southwark et les autres faubourgs, prennent un accroissement continuel. Ils sont libres ; et la Cité a quatre-vingt-douze compagnies exclusives de tous genre dont on voit les membres orner tous les ans la marche triomphale du lord-maire. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On connaît la prodigieuse activité des manufactures de quelques faubourgs de Paris, et principalement du faubourg saint-Antoine, où l&#039;industrie jouissait de plusieurs franchises. Il y a tel produit qu&#039;on ne savait faire que là. Comment arrivait-il donc qu&#039;on y fût plus habile sans apprentissage, sans compagnonnage forcé, que dans le reste de la ville, où l&#039;on était assujetti à ces règles qu&#039;on cherche à faire envsiager comme si essentielles ? C&#039;est que l&#039;intérêt privé est le plus habile des maîtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques exemples feront comprendre mieux que des raisonnements, ce que les corporations et les maîtrises ont de défavorable ax développements de l&#039;industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Argand, à qui l&#039;on doit les lampes à double courant d&#039;air, découverte qui a plus que triplé la quantité de lumière dont nous pouvons jouir, pour le même prix, en l&#039;absence du soleil, fut attaqué devant le parlement par la communauté des &#039;&#039;ferblantiers, serruriers, taillandiers, maréchaux-grossiers&#039;&#039;, qui réclamaient le droit exclusif de faire des lampes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un habile constructeur d&#039;instruments de physique et de mathématiques de Paris, Lenoir, avait un petit fourneau pour modeler les métaux dont il se servait. Les syndics de la communauté des fondeurs vinrent eux-mêmes le démolir. Il fut obligé de s&#039;adresser au roi pour le conserver, et le talent eut encore besoin de la faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fabrication des tôles vernies a été expulsée de France jusqu&#039;à la révolution, parce qu&#039;elle demande des ouvriers et des outils qui appartiennent à différentes professions, et qu&#039;on ne pouvait s&#039;y livrer sans être agrégé à plusieurs communautés. On remplirait un volume des vexations décourageantes pour les efforts personnels, qui ont été exercées dans la ville de Paris par l&#039;effet du système réglementaire ; et l&#039;on remplirait un autre volume des succès qui ont été obtenus depuis qu&#039;on a été débarrassé de ces entraves par la révolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même qu&#039;un faubourg prospère à côté d&#039;une ville à corporations, qu&#039;une ville affranchie d&#039;entraves prospère au milieu d&#039;un pays où l&#039;autorité se mêle de tout, une nation où l&#039;industrie serait débarrassée de tous liens, prospérerait au milieu d&#039;autres nations réglementées. Toutes les fois qu&#039;on y a été garanti des vexations des grands, des chicanes de la justice et des entreprises des voleurs, les plus prospères ont toujours été celles où il y a eu le moins de formalités à observer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sully, qui passait sa vie à étudier et à mettre en pratique les moyens de prospérité de la France, avait la même opinion. Il regarde, dans ses &#039;&#039;mémoires&#039;&#039;, la multiplicité des édits et des ordonnances, comme un obstacle direct à la prospérité de l&#039;État.&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&lt;br /&gt;
Si toutes les professions étaient libres&#039;&#039;, dira-t-on, &#039;&#039;un grand nombre de ceux qui les embrasseraient, écrasés par la concurrence, se ruineraient&#039;&#039;. Cela pourrait arriver quelquefois, quoiqu&#039;il fût peu probable qu&#039;un grand nombre de concurrents se précipitassent dans une carrière où il y aurait peu de chose à gagner ; mais, ce malheur dût-il arriver de temps en temps, le mal serait moins grand que de soutenir, d&#039;une manière permanente, le prix des produits à un taux qui nuit à leur consommation, et qui appauvrit, relativement à ces produits, la masse entière des consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les principes d&#039;une saine politique condamnent les actes de l&#039;administration qui limitent la faculté que chacun doit avoir de disposer en liberté de ses talents et de ses capitaux, il est encore plus difficile de justifier de telles mesures en suivant les principes du droit naturel. « Le patrimoine du pauvre, dit l&#039;auteur de la &#039;&#039;richesse des nations&#039;&#039;, est tout entier dans la force et l&#039;adresse de ses doigts ; ne pas lui laisser la libre disposition de cette force et de cette adresse, toutes les fois qu&#039;il ne l&#039;emploie pas au préjudice des autres hommes, c&#039;est attenter à la plus indisputable des propriétés. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, comme il est aussi de droit naturel qu&#039;on soumette à des règles une industrie qui, sans ces règles, pourrait devenir préjudiciable aux autres citoyens, c&#039;est très-justement qu&#039;on assujettit les médecins, les chirurgiens, les apothicaires, à des épreuves qui sont des garants de leur habileté. La vie de leurs concitoyens dépend de leurs connaissances : on peut exiger que leurs connaissances soient constatées ; mais il ne paraît pas qu&#039;on doive fixer le nombre des praticiens, ni la manière dont ils doivent s&#039;instruire. La société a intérêt de constater leur capacité, et rien de plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, les règlements sont bons et utiles, lorsqu&#039;au lieu de déterminer la nature des produits et les procédés de leur fabrication, ils se bornent à prévenir une fraude, une pratique qui nuit évidemment à d&#039;autres productions, ou à la sûreté du public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas qu&#039;un fabricant puisse annoncer sur son étiquette une qualité supérieure à celle qu&#039;il a fabriquée ; sa fidélité intéresse le consommateur indigène à qui le gouvernement doit sa protection ; elle intéresse le commerce que la nation fait au-dehors, car l&#039;étranger cesse bientôt de s&#039;adresser à une nation qui le trompe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et remarquez que ce n&#039;est point le cas d&#039;appliquer l&#039;intérêt personnel du fabricant, comme la meilleure des garanties. À la veille de quitter sa profession, il peut vouloir en forcer les profits aux dépens de la bonne foi, et sacrifier l&#039;avenir dont il n&#039;a plus besoin, au présent dont il jouit encore. C&#039;est ainsi que dès l&#039;année 1783 les draperies françaises perdirent toute faveur dans le commerce du levant, et furent supplantées par les draperies allemandes et anglaises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas tout. Le nom seul de l&#039;étoffe, celui même de la ville où une étoffe est fabriquée, sont souvent une étiquette. On sait, par une longue expérience, que les étoffes qui viennent de tel endroit ont telle largeur, que les fils de la chaîne sont en tel nombre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fabriquer, dans la même ville, une étoffe de même nom, et s&#039;écarter de l&#039;usage reçu, c&#039;est y mettre une fausse étiquette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela suffit, je crois, pour indiquer jusqu&#039;où peut s&#039;étendre l&#039;intervention utile du gouvernement. Il doit certifier la vérité de l&#039;étiquette, et, du reste, ne se mêler en rien de la production. Je voudrais même qu&#039;on ne perdît pas de vue que cette intervention, quoi qu&#039;utile, est un mal. Elle est un mal, d&#039;abord parce qu&#039;elle vexe et tourmente les particuliers, et ensuite parce qu&#039;elle est coûteuse, soit pour le contribuable, quand l&#039;intervention du gouvernement est gratuite, c&#039;est-à-dire, quand elle a lieu aux frais du trésor public ; soit pour le consommateur, quand on prélève les frais en une taxe sur la marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;effet de cette taxe est de la faire renchérir, et le renchérissement est, pour le consommateur indigène, une charge de plus, et pour le consommateur étranger, un motif d&#039;exclusion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;intervention du gouvernement est un mal, un bon gouvernement la rendra aussi rare qu&#039;il sera possible. Il ne garantira point la qualité des marchandises sur lesquelles il serait moins facile de tromper l&#039;acheteur que lui-même ; il ne garantira point celles dont la qualité n&#039;est pas susceptible d&#039;être vérifiée par ses agents, car un gouvernement a le malheur d&#039;être toujours obligé de compter sur la négligence, l&#039;incapacité et les coupables condescendances de ses agents ; mais il admettra, par exemple, le contrôle de l&#039;or et de l&#039;argent. Le titre de ces métaux ne saurait être constaté que par une opération chimique très compliquée, que la plupart des acheteurs ne sont pas capables d&#039;exécuter, et qui, pussent-ils en venir à bout, leur coûterait plus qu&#039;ils ne paient au gouvernement pour l&#039;exécuter à leur place. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Angleterre, quand un particulier invente un produit nouveau, ou bien découvre un procédé inconnu, il obtient un privilège exclusif de fabriquer ce produit, ou de se servir de ce procédé, privilège que nous nommons &#039;&#039;brevet d&#039;invention&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il n&#039;a point dès-lors de concurrents dans ce genre de production, il peut, pendant la durée de son brevet, en porter&lt;br /&gt;
le prix fort au-dessus de ce qui serait nécessaire pour le rembourser de ses avances avec les intérêts, et pour payer les profits de son industrie. C&#039;est une récompense que le gouvernement accorde aux dépens des consommateurs du nouveau produit ; et dans un pays aussi prodigieusement productif que l&#039;Angleterre, et où, par conséquent, il y a beaucoup de gens à gros revenus et à l&#039;affût&lt;br /&gt;
de tout ce qui peut leur procurer quelque nouvelle jouissance, cette récompense est souvent très considérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un brevet d&#039;invention (&#039;&#039;patent&#039;&#039;) en faveur d&#039;Arkwright, l&#039;inventeur des machines à filer en grand le coton, lui procura, vers 1778, une immense fortune. Il y a peu d&#039;années qu&#039;un homme inventa un ressort en spirale, qui, placé entre les courroies des soupentes des voitures, en adoucit singulièrement les secousses. Un privilège exclusif, pour un si mince objet, a fait la fortune de cet homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui pourrait raisonnablement se plaindre d&#039;un semblable privilége ? Il ne détruit ni ne gêne aucune branche d&#039;industrie précédemment connue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les frais n&#039;en sont payés que par ceux qui le veulent bien ; et quant à ceux qui ne jugent pas à propos de les payer, leurs besoins, de nécessité ou d&#039;agrément, n&#039;en sont pas moins complètement satisfaits qu&#039;auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, comme tout gouvernement doit tendre à améliorer sans cesse le sort de son pays, il ne peut pas priver à jamais les autres producteurs de la faculté de consacrer une partie de leurs capitaux et de leur industrie à cette production, qui, plus tard, pouvait être inventée par eux ; ni priver longtemps les consommateurs de l&#039;avantage de s&#039;en pourvoir au prix où la concurrence peut la faire descendre. Les nations étrangères, sur lesquelles il n&#039;a aucun pouvoir, admettraient sans restriction cette branche d&#039;industrie, et seraient ainsi plus favorisées que la nation où elle aurait pris naissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les anglais, qui en cela ont été imités par la France, ont donc fort sagement établi que de tels privilèges ne durent qu&#039;un certain nombre d&#039;années, au bout desquelles la fabrication de la marchandise qui en est l&#039;objet, est mise à la disposition de tout le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le procédé privilégié est de nature à pouvoir demeurer secret, le même acte statue que, le terme du privilège expiré, il sera rendu public. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le producteur privilégié (qui, dans ce cas, semblerait n&#039;avoir aucun besoin de privilège) y trouve cet avantage, que si quelque autre personne venait à découvrir le procédé secret, elle ne pourrait néanmoins en faire usage avant l&#039;expiration du privilège.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;est point nécessaire que l&#039;autorité publique discute l&#039;utilité du procédé, ou sa nouveauté ; s&#039;il n&#039;est pas utile, tant pis pour l&#039;inventeur ; s&#039;il n&#039;est pas nouveau, tout le monde est admis à prouver qu&#039;il était connu, et que chacun avait le droit de s&#039;en servir : tant pis encore pour l&#039;inventeur, qui a payé inutilement les frais du brevet d&#039;invention.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les brevets d&#039;invention paraissent avoir été en Angleterre un encouragement plus effectif qu&#039;en France, où j&#039;ai vu mettre en doute qu&#039;ils aient jamais procuré à un inventeur des avantages qu&#039;il n&#039;aurait pas eus sans eux. Ils ont été la cause de beaucoup de procès et quelquefois un obstacle à des améliorations. Le privilège est nul si le procédé était connu auparavant ; mais comment établir la preuve qu&#039;un procédé était connu, ou qu&#039;il ne l&#039;était pas ? Comment établir même l&#039;identité d&#039;une méthode avec une autre ? Une légère différence constitue-t-elle une méthode différente ? Oui, si elle est essentielle. Mais aussi quelquefois une&lt;br /&gt;
différence, en apparence considérable, n&#039;empêche pas deux fabrications d&#039;être les mêmes au fond. En France on accorde aussi des brevets d&#039;importation ; et l&#039;on a vu des manufacturiers qui avaient introduit dans leur fabrication des procédés heureusement imités de l&#039;étranger, mais qui, n&#039;ayant point pris de brevets parce qu&#039;ils ne prétendaient à aucun monopole, ont été attaqués en justice par des agioteurs en brevets d&#039;importation, qui, après s&#039;être pourvus d&#039;un privilège, prétendaient que le procédé leur appartenait. Ces derniers brevets sont décidément mauvais. Les usages des étrangers sont une source d&#039;instruction ouverte à tout le monde de même que les livres, et il est avantageux que le plus de gens possible soient admis à puiser à toutes les sources de l&#039;instruction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les considérations précédentes sur les règlements qui ont rapport, soit à la nature des produits, soit aux moyens employés pour produire, n&#039;ont pas pu embrasser la totalité des mesures de ce genre adoptées dans tous les pays civilisés ; et quand j&#039;aurais soumis à l&#039;examen la totalité de ces mesures, dès le lendemain l&#039;examen aurait été incomplet, parce que chaque jour voit naître de&lt;br /&gt;
nouveau règlements. L&#039;essentiel était d&#039;établir les principes d&#039;après lesquels on peut prévoir leurs effets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois néanmoins devoir m&#039;arrêter encore sur deux genres de commerce qui ont été le sujet de beaucoup de règlements : ce sera la matière de deux paragraphes particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== III. Des compagnies privilégiées ====&lt;br /&gt;
Le gouvernement accorde quelquefois à des particuliers, mais plus souvent à des compagnies de commerce, le droit exclusif d&#039;acheter et de vendre certaines denrées, comme le tabac, par exemple, ou de trafiquer avec une certaine contrée, comme l&#039;Inde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les concurrents se trouvant écartés par la force du gouvernement, les commerçants privilégiés élèvent leurs prix au-dessus du taux qu&#039;établirait le commerce libre. Ce taux est quelquefois déterminé par le gouvernement lui-même, qui met ainsi des bornes à la faveur qu&#039;il accorde aux producteurs, et à l&#039;injustice qu&#039;il exerce envers les consommateurs ; d&#039;autres fois la compagnie privilégiée ne borne l&#039;élévation de ses prix que lorsque la réduction dans la quotité des ventes lui cause plus de préjudice que la cherté des marchandises ne lui procure de profits. Dans tous les cas, le consommateur paie la denrée plus cher qu&#039;elle ne vaut, et communément le gouvernement se réserve une part dans les profits de ce monopole. Comme il n&#039;y a pas de mesure fâcheuse qui ne puisse être et qui n&#039;ait été appuyée par des arguments plausibles, on a dit que, pour commercer avec certains peuples, il y a des précautions à prendre, qui ne peuvent être bien prises que par des compagnies. Tantôt ce sont des forteresses, une marine à entretenir ; comme s&#039;il fallait entretenir un commerce qu&#039;on ne peut faire qu&#039;à main armée ! Comme si l&#039;on avait besoin d&#039;armée quand on veut être juste, et comme si l&#039;État n&#039;entretenait pas déjà à grands frais des forces pour protéger ses sujets ! Tantôt ce sont des ménagements diplomatiques à avoir. Les chinois, par exemple, sont un peuple si attaché à certaines formes, si soupçonneux, si indépendant des autres nations par l&#039;éloignement, l&#039;immensité de son empire et la nature de ses besoins, que ce n&#039;est que par une faveur spéciale, et qu&#039;il serait facile de perdre, qu&#039;on peut négocier avec eux. Il faut nous passer de leur thé, de leurs soies, de leurs nankins, ou bien prendre les précautions qui seules peuvent continuer à nous les procurer. Or, des tracasseries suscitées par des particuliers pourraient troubler l&#039;harmonie nécessaire au commerce qui se fait entre les deux nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais est-il bien sûr que les agents d&#039;une compagnie, souvent très hautains, et qui se sentent protégés par les forces militaires, soit de leur nation, soit de leur compagnie, est-il bien sûr, dis-je, qu&#039;ils soient plus propres à entretenir des relations de bonne amitié, que des particuliers nécessairement plus soumis aux lois des peuples qui les reçoivent ; que des particuliers à qui l&#039;intérêt personnel interdit tout mauvais procédé, à la suite duquel leurs biens, et peut-être leurs personnes pourraient être exposés ? Enfin, mettant les choses au pis, et supposant que sans une compagnie privilégiée le commerce de la Chine fût impossible, serait-on pour cela privé des produits de cette contrée ? Non, assurément. Le commerce des denrées de Chine se fera toujours, par la raison que ce commerce convient aux chinois comme à la nation qui le fera. Paiera-t-on ces denrées un prix extravagant ? On ne doit pas le supposer, quand on voit les trois quarts des nations d&#039;Europe qui n&#039;envoient pas un seul vaisseau à la Chine, et qui n&#039;en sont pas moins bien pourvues de thé, de soies et de nankin, à des prix fort raisonnables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre argument plus généralement applicable, et dont on a tiré plus de parti, est celui-ci : une compagnie achetant seule dans les pays dont elle a le commerce exclusif, n&#039;y établit point de concurrence d&#039;acheteurs, et par conséquent obtient les denrées à meilleur marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;abord il n&#039;est pas exact de dire que le privilège écarte toute concurrence. Il écarte, à la vérité, la concurrence des compatriotes, qui serait fort utile à la nation ; mais il n&#039;exclut pas du même commerce les compagnies privilégiées, ni les négociants libres des autres états.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, il est beaucoup de denrées dont les prix n&#039;augmenteraient pas en raison de la concurrence qu&#039;on affecte de redouter, et qui, au fond, est assez peu de chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il partait de Marseille, de Bordeaux, de Lorient, des vaisseaux pour aller acheter du thé à la Chine, il ne faut pas croire que les armateurs de tous ces navires réunis, achetassent plus de thé que la France n&#039;en peut consommer ou vendre ; ils auraient trop de peur de ne pouvoir s&#039;en défaire. Or, s&#039;ils n&#039;en achètent pour nous que ce qui s&#039;en achète pour nous par d&#039;autres négociants, le débit du thé en Chine n&#039;en sera pas augmenté : cette denrée n&#039;y deviendra pas plus rare. Pour que nos négociants la payassent plus cher, il faudrait qu&#039;elle renchérît pour les chinois eux-mêmes ; et dans un pays où se vend cent fois plus de thé que n&#039;en consomment tous les européens ensemble, ce ne serait pas l&#039;enchère de quelques négociants de France, qui en ferait monter sensiblement le prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quand il serait vrai qu&#039;il y eut dans l&#039;orient des sortes de marchandises que la concurrence européenne pourrait faire renchérir, pourquoi serait-ce un motif d&#039;intervertir, à l&#039;égard de ces contrées seulement, les règles que l&#039;on suit partout ailleurs ? Afin de payer moins cher aux allemands les quincailleries et les merceries que nous leur achetons, donne-t-on à une compagnie le privilège exclusif d&#039;aller les acheter en Allemagne et de les revendre parmi nous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;on suivait avec l&#039;orient la marche qu&#039;on suit avec toutes les autres contrées étrangères, le prix de certaines marchandises n&#039;y resterait pas longtemps au-dessus du taux où les portent naturellement en Asie les frais de leur production ; car ce prix trop élevé exciterait à les produire, et la concurrence des vendeurs se mettrait bien vite au niveau de celle des acheteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons néanmoins que l&#039;avantage d&#039;acheter à bon marché fût aussi réel qu&#039;on le représente ; il faudrait du moins que la nation participât à ce bon prix, et que les consommateurs nationaux payassent moins cher ce que la compagnie paie moins cher. Or c&#039;est exactement le contraire qui arrive, et la raison en est simple : la compagnie, qui n&#039;est réellement pas débarrassée de la concurrence dans ses achats, puisqu&#039;elle a pour concurrents les autres nations, l&#039;est effectivement dans ses ventes, puisque ses compatriotes ne peuvent acheter que d&#039;elle les marchandises qui font l&#039;objet de son commerce, et que les marchandises de même sorte qui pourraient être apportées par des négociants étrangers, sont écartées par une prohibition. Elle est maîtresse des prix, surtout lorsqu&#039;elle a soin, comme son intérêt l&#039;y invite, de tenir le marché non complètement approvisionné, &#039;&#039;understocked&#039;&#039;, comme disent les anglais, de manière que, la demande se trouvant un peu supérieure à l&#039;approvisionnement, la concurrence des acheteurs soutienne le prix de la marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que les compagnies, non-seulement font un gain usuraire sur le consommateur, mais qu&#039;elles lui font encore payer les dégâts et les fraudes inévitables dans une si grande machine, gouvernée par des directeurs et des agents sans nombre, dispersés aux deux bouts de la terre. Le commerce interlope et la contrebande peuvent seuls mettre des bornes aux énormes abus des compagnies&lt;br /&gt;
privilégiées ; et, sous ce rapport, le commerce interlope et la contrebande ne sont pas sans utilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce gain, tel qu&#039;il vient d&#039;être analysé, est-il un gain pour la nation qui a une compagnie privilégiée ? Nullement : il est en entier levé &#039;&#039;sur cette nation&#039;&#039; ; toute la valeur que le consommateur paie au-delà du prix que coûtent les services productifs d&#039;une marchandise, n&#039;est plus une valeur produite ; c&#039;est une valeur dont le gouvernement gratifie le commerçant aux dépens du consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moins, ajoutera-t-on peut-être, ce gain reste au sein de la nation, et s&#039;y dépense. — Fort bien ; mais qui est-ce qui le dépense ? Cette question vaut la peine d&#039;être faite. Si dans une famille un des membres s&#039;emparait du principal revenu, se faisait faire les plus beaux habits et mangeait les meilleurs morceaux, serait-il bien venu à dire aux autres individus de la même famille : &#039;&#039;que vous importe que ce soit vous ou moi qui dépensions ? Le même revenu n&#039;est-il pas dépensé ? Tout cela revient au même&#039;&#039;…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce gain, tout à la fois exclusif et usuraire, procurerait aux compagnies privilégiées des richesses immenses, s&#039;il était possible que leurs affaires fussent bien gérées ; mais la cupidité des agents, la longueur des entreprises, l&#039;éloignement des comptables, l&#039;incapacité des intéressés, sont pour elles des causes sans cesse agissantes de ruine. L&#039;activité et la clairvoyance de l&#039;intérêt personnel sont encore plus nécessaires dans les affaires longues et délicates que dans toutes les autres ; et quelle surveillance active et clairvoyante peuvent exercer des actionnaires qui sont quelquefois au nombre de plusieurs centaines, et qui ont presque tous des intérêts plus chers à soigner ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les suites des privilèges accordés aux compagnies commerçantes ; et il est à remarquer que ce sont des conséquences nécessaires, résultant de la nature de la chose, tellement que certaines circonstances peuvent les modifier, non les détruire. C&#039;est ainsi que la compagnie anglaise des Indes n&#039;a pas été si mal que les trois ou quatre compagnies françaises qu&#039;on a essayé d&#039;établir à différentes époques ; elle est en même temps souveraine, et les plus détestables souverainetés peuvent subsister plusieurs siècles ; témoin celle des Mamelucks sur l&#039;Égypte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques autres inconvénients d&#039;un ordre inférieur marchent à la suite des industries privilégiées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent un privilège exclusif fait fuir et transporte à l&#039;étranger des capitaux et une industrie qui ne demandaient qu&#039;à se fixer dans le pays. Dans les derniers temps du règne de Louis XIV, la compagnie des Indes, ne pouvant se soutenir malgré son privilège exclusif, en céda l&#039;exercice à quelques armateurs de Saint-Malo, moyennant une légère part dans leur bénéfice. Ce commerce commençait à se ranimer sous l&#039;influence de la liberté, et l&#039;année 1714, époque où expirait entièrement le privilège de la compagnie, lui aurait donné toute l&#039;activité que comportait la triste situation de la France ; mais la compagnie sollicita une prolongation de privilège et l&#039;obtint, tandis que des négociants avaient déjà commencé des expéditions pour leur compte. Un vaisseau marchand, de Saint-Malo, commandé par un breton nommé Lamerville, arriva sur les côtes de France, revenant de l&#039;Inde. Il voulut entrer dans le port ; on lui dit qu&#039;il n&#039;en avait pas le droit, et que ce commerce n&#039;était plus libre. Il fut contraint de&lt;br /&gt;
poursuivre son chemin jusqu&#039;au premier port de la Belgique. Il entra dans celui d&#039;Ostende, où il vendit sa cargaison. Le gouverneur de la Belgique, instruit du profit immense qu&#039;il avait fait, proposa au même capitaine de retourner dans l&#039;Inde avec des vaisseaux qu&#039;on équiperait exprès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lamerville fit en conséquence plusieurs voyages pour différents individus, et ce fut là l&#039;origine de la compagnie d&#039;Ostende.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu que les consommateurs français ne pouvaient que perdre à ce monopole, et certainement ils y perdirent ; mais du moins les intéressés devaient y gagner : ils y perdirent aussi, malgré le monopole du tabac et celui des loteries, et d&#039;autres encore que le gouvernement leur accorda. « Enfin, dit Voltaire, il n&#039;est resté aux français, dans l&#039;Inde, que le regret d&#039;avoir dépensé, pendant plus de quarante ans, des sommes immenses pour entretenir une compagnie qui n&#039;a jamais fait le moindre profit, qui n&#039;a jamais rien payé aux actionnaires, ni à ses créanciers, du produit de son négoce, et qui, dans son administration indienne, n&#039;a subsisté que d&#039;un secret brigandage. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le privilège exclusif d&#039;une compagnie est justifiable, quand il est l&#039;unique moyen d&#039;ouvrir un commerce tout neuf avec des peuples éloignés ou barbares. Il devient alors une espèce de &#039;&#039;brevet d&#039;invention&#039;&#039;, dont l&#039;avantage couvre les risques d&#039;une entreprise hasardeuse et les frais de première tentative ; les consommateurs ne peuvent pas se plaindre de la cherté des produits, qui seraient bien plus chers sans cela, puisqu&#039;ils ne les auraient pas du tout. Mais, de même que les brevets d&#039;invention, ce privilège ne doit durer que le temps nécessaire pour indemniser complètement les entrepreneurs de leurs avances et de leur risque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Passé ce terme, il ne serait plus qu&#039;un don qu&#039;on leur ferait gratuitement aux dépens de leurs concitoyens, qui tiennent de la&lt;br /&gt;
nature le droit de se procurer les denrées dont ils ont envie, où ils peuvent et au plus bas prix possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait faire sur les manufactures privilégiées à peu près les mêmes raisonnements que sur les privilèges relatifs au commerce. Ce qui fait que les gouvernements se laissent entraîner si facilement dans ces sortes de concessions, c&#039;est, d&#039;une part, qu&#039;on présente le gain sans s&#039;embarrasser de rechercher comment et par qui il est payé ; et d&#039;une autre part, que ces prétendus gains peuvent être, bien ou mal, à tort ou à raison, appréciés par des calculs numériques ; tandis que l&#039;inconvénient, tandis que la perte, affectant plusieurs parties du corps social, et l&#039;affectant d&#039;une manière indirecte, compliquée et générale, échappent entièrement au calcul. On a dit qu&#039;en économie politique, il ne fallait s&#039;en rapporter qu&#039;aux chiffres ; quand je vois qu&#039;il n&#039;y a pas d&#039;opération détestable qu&#039;on n&#039;ait soutenue et déterminée par des calculs arithmétiques, je croirais plutôt que ce sont les chiffres qui tuent les États.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== IV. Des règlements relatifs au commerce des grains ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il semble que des principes aussi généralement applicables doivent être pour les grains ce qu&#039;ils sont pour toutes les autres marchandises. Mais le blé ou l&#039;aliment, quel qu&#039;il soit, qui fait le fonds de la nourriture d&#039;un peuple, mérite quelques&lt;br /&gt;
considérations particulières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par tout pays les habitants se multiplient en proportion des subsistances. Des vivres abondants et à bon marché favorisent la population ; la disette produit un effet contraire : mais ni l&#039;un ni l&#039;autre de ces effets ne saurait être aussi rapide que la succession des récoltes. Une récolte peut excéder d&#039;un cinquième, peut-être d&#039;un quart, la récolte moyenne ; elle peut lui rester inférieure dans la même proportion ; mais un pays comme la France, qui a trente millions d&#039;habitants cette année, ne saurait en avoir trente-six l&#039;année prochaine ; et, s&#039;il fallait que leur nombre tombât à vingt-quatre-millions dans l&#039;espace d&#039;une année,&lt;br /&gt;
ce ne pourrait être sans d&#039;effroyables calamités. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par un malheur qui tient à la nature des choses, il faut donc qu&#039;un pays soit approvisionné dans les bonnes années avec surabondance, et qu&#039;il éprouve une disette plus ou moins sévère dans les mauvaises années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet inconvénient, au reste, se fait sentir pour tous les objets de sa consommation ; mais la plupart n&#039;étant pas d&#039;une nécessité indispensable, la privation qu&#039;on en éprouve pour un temps, n&#039;équivaut pas à la privation de la vie. Le haut prix d&#039;un produit qui vient à manquer, excite puissamment le commerce à le faire venir de plus loin et à plus grands frais : mais quand un produit est indispensable, comme le blé ; quand un retard de quelques jours dans son arrivage, est une calamité ; quand la consommation de ce produit est tellement considérable, qu&#039;il n&#039;est pas au pouvoir des moyens commerciaux ordinaires d&#039;y suffire ; quand son poids et son volume sont tels, qu&#039;on ne peut lui faire subir un trajet un peu long, surtout par terre, sans tripler ou quadrupler son prix moyen, on ne peut guère alors s&#039;en rapporter entièrement aux particuliers du soin de cet approvisionnement. S&#039;il faut tirer le blé du dehors, il peut arriver qu&#039;il soit rare et cher dans les pays même d&#039;où l&#039;on est dans l&#039;usage de le tirer : le gouvernement de ces pays peut en défendre la sortie, une guerre maritime en empêcher l&#039;arrivage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce n&#039;est pas une denrée dont on puisse se passer, qu&#039;on puisse attendre seulement quelques jours : le moindre retard est un arrêt de mort, du moins pour une partie de la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour que la quantité moyenne des approvisionnements fût comme la récolte moyenne, il faudrait que chaque famille fît dans les années d&#039;abondance un approvisionnement, une réserve égale à ce qui peut manquer à ses besoins dans une année de disette. Mais on ne peut attendre une semblable précaution que d&#039;un bien petit nombre de particuliers. La plupart, sans parler de leur imprévoyance, ont trop peu de moyens pour faire l&#039;avance, quelquefois pendant plusieurs années, de la valeur de leur approvisionnement ; ils manqueraient de locaux pour le conserver, et en seraient embarrassés dans leurs déplacements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on se fier aux spéculateurs du soin de faire des réserves ? Au premier aperçu, il semble que leur intérêt devrait suffire pour les y déterminer. Il y a tant de différence entre le prix où l&#039;on peut acheter du blé dans une année d&#039;abondance, et celui où l&#039;on peut le vendre quand une disette survient ! Mais ces moments sont quelquefois séparés par de longs intervalles ; de semblables opérations ne se répètent pas à volonté, et ne donnent pas lieu à un cours d&#039;affaires régulier. Le nombre et la grandeur des magasins, l&#039;achat des grains, obligent à des avances majeures qui coûtent de gros intérêts ; les manipulations du blé sont nombreuses, la conservation incertaine, les infidélités faciles, les violences populaires possibles. Ce sont des bénéfices rarement répétés qui doivent payer tout cela ; il est possible qu&#039;ils ne suffisent pas pour déterminer les particuliers à un genre de spéculations qui seraient sans doute les plus utiles de toutes, puisqu&#039;elles sont fondées sur des achats qui se font au moment où le producteur a besoin de vendre, et sur des ventes au moment où le consommateur trouve difficilement à acheter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À défaut des réserves faites par des consommateurs eux-mêmes, ou par des spéculateurs, et sur lesquelles on voit qu&#039;il n&#039;est pas prudent de compter, l&#039;administration publique, qui représente les intérêts généraux, ne peut-elle pas en faire avec succès ? Je sais que dans quelques pays de peu d&#039;étendue et sous des gouvernements économes, comme en Suisse, des greniers d&#039;abondance ont rendu les services qu&#039;on en pouvait attendre. Je ne les crois pas exécutables dans les grands États, et lorsqu&#039;il s&#039;agit d&#039;approvisionner des populations nombreuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avance du capital et les intérêts qu&#039;il coûte, sont un obstacle pour les gouvernements comme pour les spéculateurs ; un plus grand obstacle même, car la plupart des gouvernements n&#039;empruntent pas à d&#039;aussi bonnes conditions que des particuliers solvables. Ils ont un bien plus grand désavantage encore comme gérant une affaire qui, par sa nature, est commerciale, une affaire où il faut acheter, soigner et vendre des marchandises. Turgot a fort bien prouvé, dans ses lettres sur le commerce des grains, qu&#039;un gouvernement, dans ces sortes d&#039;affaires, ne pouvait jamais être servi à bon marché, tout le monde étant intéressé à grossir ses frais, et personne ne l&#039;étant à les diminuer. Qui peut répondre qu&#039;une semblable opération sera conduite comme il convient qu&#039;elle le soit, lorsqu&#039;elle doit être dirigée par une autorité qui n&#039;admet point de contrôle, et où les décisions sont généralement prises par des ministres, par des personnes constituées en dignités, et par conséquent étrangères à la pratique des affaires de ce genre ? Qui peut répondre qu&#039;une terreur panique ne fera pas disposer des approvisionnements avant le temps prescrit ; ou qu&#039;une entreprise politique, une guerre, ne fera pas changer leur destination ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un pays vaste et populeux, comme la France, où il y a encore trop peu de ports de mer, de fleuves et de canaux navigables, et où par conséquent les frais de production, dans le commerce des grains, peuvent aisément, dans certaines années, en porter le prix fort au-dessus des facultés du grand nombre, il faut d&#039;autres moyens encore de subvenir aux mauvaises récoltes, que le commerce ordinaire. Il ne faut jamais le contrarier ; mais il lui faut des auxiliaires. On ne peut, je crois, compter sur des réserves suffisantes, faites dans les années d&#039;abondance pour les années de disette, que lorsqu&#039;elles sont faites et conduites par des compagnies de négociants, jouissant d&#039;une grande consistance et disposant de tous les moyens ordinaires du commerce, qui veuillent se charger de l&#039;achat, de la conservation et du renouvellement des blés, suivant des règles convenues et moyennant des avantages qui balancent pour eux les inconvénients de l&#039;opération. L&#039;opération serait alors sûre et efficace, parce que les contractants donneraient des garanties, et elle coûterait moins au public que de toute autre manière. On pourrait traiter avec diverses compagnies pour les villes principales ; et les villes, étant ainsi, dans les disettes, approvisionnées par des réserves, cesseraient de faire des achats dans les campagnes, qui par là se trouveraient elles-mêmes mieux approvisionnées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus les réserves, les greniers d&#039;abondance, ne sont que des moyens subsidiaires d&#039;approvisionnement, et pour les temps de disette seulement. Les meilleurs approvisionnements et les plus considérables sont toujours ceux du commerce le plus libre. Celui-ci consiste principalement à porter le grain des fermes, jusque dans les principaux marchés ; et ensuite, mais pour des quantités bien moins grandes, à le transporter des provinces où il abonde, dans celles qui en manquent ; comme aussi à l&#039;exporter quand il est à bon marché, et à l&#039;importer lorsqu&#039;il est cher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ignorance populaire a presque eu en horreur ceux qui ont fait le commerce des grains, et les gouvernements ont trop souvent partagé les préjugés et les terreurs populaires. Les principaux reproches qui ont été faits aux commerçants en blé, ont été d&#039;accaparer cette denrée pour en faire monter le prix, ou tout au moins de faire, sur l&#039;achat et la vente, des profits qui ne sont qu&#039;une contribution gratuite levée sur le producteur et sur le consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, s&#039;est-on bien rendu compte de ce qu&#039;on entendait par des accaparements de grains ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont-ce des réserves faites dans des années d&#039;abondance et lorsque le grain est à bon marché ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu que nulles opérations ne sont plus favorables, et qu&#039;elles sont même l&#039;unique moyen d&#039;accommoder une production nécessairement inégale, à des besoins constants. Les grands dépôts de grains achetés à bas prix, font la sécurité du public, et méritent non-seulement la protection, mais les encouragements de l&#039;autorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entend-on par accaparements les magasins formés lorsque le blé commence à devenir rare et cher, et qui le rendent plus rare et plus cher encore ? Ceux-là en effet, comme ils n&#039;augmentent pas les ressources d&#039;une année aux dépens d&#039;une autre année qui avait un superflu, n&#039;ont pas la même utilité et font payer un service qu&#039;elles ne rendent pas ; mais je ne crois pas que cette manœuvre exécutée sur les blés, ait jamais eu des effets bien funestes. Le blé est une des denrées les plus généralement produites ; pour se rendre maître de son prix, il faudrait ôter à trop de gens la possibilité de vendre, établir des pratiques sur un trop vaste espace, mettre en jeu un trop grand nombre d&#039;agents. C&#039;est de plus une des denrées les plus lourdes et les plus encombrantes comparativement à son prix ; une de celles, par conséquent, dont le voiturage et l&#039;emmagasinement sont le plus difficiles et le plus dispendieux. Un amas de blé de quelque valeur ne peut être rassemblé en aucun lieu sans que tout le monde en soit averti. Enfin, c&#039;est une denrée sujette à des altérations ; une denrée qu&#039;on ne garde pas autant qu&#039;on le veut, et qui, dans les ventes qu&#039;on est forcé d&#039;en faire, expose à des pertes énormes lorsqu&#039;on spécule sur de fortes quantités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les accaparements par spéculation sont donc difficiles, et par conséquent peu redoutables. Les plus fâcheux et les plus inévitables accaparements, se composent de cette multitude de réserves de précaution que chacun fait chez soi à l&#039;approche d&#039;une disette. Les uns gardent, par excès de précaution, un peu au-delà de ce qui serait nécessaire pour leur consommation. Les fermiers, les propriétaires-cultivateurs, les meuniers, les boulangers, gens qui par état sont autorisés à avoir quelque approvisionnement, se flattant de se défaire plus tard avec profit de leur excédent, gardent cet excédent un peu plus fort que de coutume ; et cette foule de petits accaparements forment, par leur multiplicité, un accaparement supérieur à tous ceux que peuvent rassembler les spéculateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que dirait-on si ces calculs, quelque répréhensibles qu&#039;ils soient, avaient encore leur utilité ? Quand le blé n&#039;est pas cher, on en consomme davantage, on le prodigue, on en donne aux animaux. La crainte d&#039;une disette encore éloignée, un renchérissement qui n&#039;est pas encore bien considérable, n&#039;arrêtent pas assez tôt cette prodigalité. Si alors les détenteurs de grains les resserrent, cette cherté anticipée met tout le monde sur ses gardes ; les petits consommateurs surtout, qui, réunis, font la plus grosse consommation, y trouvent des motifs d&#039;épargne et de frugalité. On ne laisse rien perdre d&#039;un aliment qui renchérit ; on tâche de le remplacer par d&#039;autres aliments. C&#039;est ainsi que la cupidité des uns remplace la prudence qui manque aux autres ; et finalement, lorsque les grains réservés sont mis en vente, l&#039;offre qu&#039;on en fait tempère en faveur du consommateur le prix général de la denrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant au tribut qu&#039;on prétend que le négociant en blé impose au producteur et au consommateur, c&#039;est un reproche qu&#039;on fait quelquefois, sans plus de justice, au commerce de quelque nature qu&#039;il soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, sans aucune avance de fonds, sans magasins, sans soins, sans combinaisons et sans difficultés, les produits pouvaient être mis sous la main des consommateurs, on aurait raison. Mais, si ces difficultés existent, nul ne peut les surmonter à moins de frais que celui qui en fait son état. Qu&#039;un législateur considère d&#039;un peu haut les marchands grands et petits : il les verra s&#039;agiter en tous sens sur la surface d&#039;un pays, à l&#039;affût des bons marchés, à l&#039;affût des besoins, rétablissant par leur concurrence les prix là où ils sont trop bas pour la production, et là où ils sont trop élevés pour la commodité du consommateur. Est-ce du cultivateur,&lt;br /&gt;
est-ce du consommateur, est-ce de l&#039;administration qu&#039;on pourrait attendre cette utile activité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ouvrez des communications faciles, et surtout des canaux de navigation, seules communications qui puissent convenir aux denrées lourdes et encombrantes ; donnez toute sécurité aux trafiquants, et laissez-les faire. Ils ne rendront pas copieuse une récolte déficiente, mais ils répartiront toujours ce qui peut être réparti, de la manière la plus favorable aux besoins, comme à la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est sans doute ce qui a fait dire à Smith qu&#039;après l&#039;industrie du cultivateur, nulle n&#039;est plus favorable à la production des blés, que celle des marchands de grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des fausses notions qu&#039;on s&#039;est faites sur la production et le commerce des subsistances, sont nées une foule de lois, de règlements, d&#039;ordonnances fâcheuses, contradictoires, rendues en tous pays, selon l&#039;exigence du moment, et souvent sollicitées par la clameur publique. Le mépris et le danger qu&#039;on a attirés par là sur les spéculateurs en blé, ont souvent livré ce commerce aux trafiquants du plus bas étage, soit pour les sentiments, soit pour les facultés, et il en est résulté ce qui arrive toujours : c&#039;est que le même trafic s&#039;est fait, mais obscurément, mais beaucoup plus chèrement, parce qu&#039;il fallait bien que les gens à qui il était abandonné, se fissent payer les inconvénients et les risques de leur industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on a taxé le prix des grains, on les a fait fuir ou on les a fait cacher. On ordonnait ensuite aux fermiers de les porter au marché ; on prohibait toute vente consommée dans les maisons, et toutes ces violations de la propriété, escortées, comme on peut croire, de recherches inquisitoriales, de violences et d&#039;injustices, ne procuraient jamais que de faibles ressources. En administration comme en morale, l&#039;habileté ne consiste pas à vouloir qu&#039;on fasse, mais à faire en sorte qu&#039;on veuille. Les marchés ne sont jamais garnis de denrées par des gendarmes et des sbires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l&#039;administration veut approvisionner elle-même par ses achats, elle ne réussit jamais à subvenir aux besoins du pays, et elle supprime les approvisionnements qu&#039;aurait procurés le commerce libre. Aucun négociant n&#039;est disposé à faire, comme elle, le commerce pour y perdre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant la disette qui eut lieu en 1775 dans diverses parties de la France, la municipalité de Lyon et quelques autres, pour fournir aux besoins de leurs administrés, faisaient acheter du blé dans les campagnes, et le revendaient à perte dans la ville.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En même temps elles obtinrent, pour payer les frais de cette opération, une addition aux octrois, aux droits que les denrées payaient en entrant aux portes. La disette augmenta, et il y avait de bonnes raisons pour cela : on n&#039;offrait plus aux marchands qu&#039;un marché où les denrées se vendaient au-dessous de leur valeur, et on leur faisait payer une amende lorsqu&#039;ils les y apportaient !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus une denrée est nécessaire, et moins il convient d&#039;en faire tomber le prix au-dessous de son taux naturel. Un renchérissement accidentel du blé est une circonstance fâcheuse, sans doute, mais qui tient à des causes qu&#039;il n&#039;est pas ordinairement au&lt;br /&gt;
pouvoir de l&#039;homme d&#039;écarter. Il ne faut pas qu&#039;à ce malheur il en ajoute un autre, et fasse de mauvaises lois parce qu&#039;il a eu une mauvaise saison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement ne réussit pas mieux au commerce d&#039;importation qu&#039;au commerce intérieur. Malgré les énormes sacrifices que le gouvernement et la commune de Paris ont faits en 1816 et 1817, pour approvisionner cette capitale, par des achats faits dans l&#039;étranger, le consommateur a payé le pain à un taux exorbitant ; il n&#039;a jamais eu le poids annoncé, la qualité du pain a été détestable, et finalement on en a manqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne dirai rien au sujet des primes d&#039;importation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La plus belle des primes est le haut prix qu&#039;on offre pour les blés et pour les farines dans les pays où il y a disette. Si cette prime de 200 ou 300 pour cent ne suffit pas pour en amener, je ne pense pas qu&#039;aucun gouvernement puisse en offrir qui soient capables de tenter les importateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peuples seraient moins exposés aux disettes s&#039;ils mettaient plus de variété dans leurs mets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un seul produit fait le fonds de la nourriture de tout un peuple, il est misérable du moment que ce produit vient à manquer. C&#039;est ce qui arrive quand le blé devient rare en France, ou le riz dans l&#039;Indostan. Lorsque plusieurs substances jouent un rôle parmi les aliments, comme les viandes de boucherie, les animaux de basse-cour, les racines, les légumes, les fruits, les poissons, sa subsistance est plus assurée, parce qu&#039;il est difficile que toutes ces denrées manquent à la fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les disettes seraient plus rares si l&#039;on étendait et perfectionnait l&#039;art de conserver, sans beaucoup de frais, les aliments qui abondent dans certaines saisons et dans certains lieux, comme les poissons : ce qui s&#039;en trouve de trop dans ces occasions, servirait dans celles où l&#039;on en manque. Une très grande liberté dans les relations maritimes des nations procurerait, sans beaucoup de frais, à celles qui occupent des latitudes tempérées, les fruits que la nature accorde avec tant de profusion à la zone torride. J&#039;ignore jusqu&#039;à quel point on pourrait parvenir à conserver et à transporter les bananes ; mais ce moyen n&#039;est-il pas trouvé pour le sucre, qui, sous tant de formes, présente un aliment agréable et sain, et qui est produit avec tant d&#039;abondance par toute la terre jusqu&#039;au 38&amp;lt;sup&amp;gt;e&amp;lt;/sup&amp;gt; degré de latitude, que nous pourrions, sans nos mauvaises lois, l&#039;obtenir communément, malgré les frais de commerce, fort au-dessous du prix de la viande, et sur le même pied que plusieurs de nos fruits et de nos légumes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour en revenir au commerce des grains, je ne voudrais pas qu&#039;on se prévalût de ce que j&#039;ai dit des avantages de la liberté, pour l&#039;appliquer sans mesure à tous les cas. Rien n&#039;est plus dangereux qu&#039;un système absolu, et qui ne se ploie jamais, surtout lorsqu&#039;il s&#039;agit de l&#039;appliquer aux besoins et aux erreurs de l&#039;homme. Le mieux est de tendre toujours vers les principes qu&#039;on reconnaît bons, et d&#039;y ramener par des moyens dont l&#039;action agisse insensiblement, et par là plus infailliblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque le prix des grains vient à excéder un certain taux fixé d&#039;avance, on s&#039;est bien trouvé d&#039;en défendre l&#039;exportation, ou du moins de la soumettre à un droit un peu fort ; car il vaut mieux que ceux qui sont déterminés à faire la contrebande, paient leur prime d&#039;assurance à l&#039;État qu&#039;à des assureurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu&#039;à présent, dans ce paragraphe, la trop grande cherté des grains a été regardée comme le seul inconvénient qui fût à craindre. En 1815, l&#039;Angleterre a redouté d&#039;en voir trop baisser le prix par l&#039;introduction des grains étrangers. La production des grains, comme toute autre production, est beaucoup plus dispendieuse chez les anglais que chez leurs voisins. Cela dépend de plusieurs causes qu&#039;il est inutile d&#039;examiner ici, et principalement de l&#039;énormité des impôts. Les grains étrangers pouvaient être vendus en Angleterre, par le commerce, pour les deux tiers du prix auquel ils revenaient au cultivateur-producteur. Fallait-il laisser&lt;br /&gt;
l&#039;importation libre, et, en exposant le cultivateur à perdre pour soutenir la concurrence des importateurs de blé, le mettre dans l&#039;impossibilité d&#039;acquitter son fermage, ses impôts, le détourner de la culture du blé, et mettre pour sa subsistance l&#039;Angleterre à la merci des étrangers, et peut-être de ses ennemis ? Ou bien fallait-il, en prohibant les grains étrangers, donner aux fermiers une prime aux dépens des consommateurs, augmenter pour l&#039;ouvrier la difficulté de subsister, et, par le haut prix des denrées de première nécessité, renchérir encore tous les produits manufacturés de l&#039;Angleterre, et leur ôter la possibilité de soutenir la concurrence de ceux de l&#039;étranger ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette question a donné lieu à des débats très animés, soit dans les assemblées délibérantes, soit dans des écrits imprimés ; et ces débats, où deux partis opposés avaient raison tous deux, prouvent, par parenthèse, que le vice principal était hors de la question elle-même : je veux dire dans l&#039;influence exagérée que l&#039;Angleterre veut exercer sur la politique du globe, influence qui l&#039;a obligée à des efforts disproportionnés avec l&#039;étendue de son territoire. Ces efforts ont dû par conséquent reposer sur d&#039;énormes emprunts, dont les intérêts composent la majeure partie de ses charges annuelles. Les impôts chargent à son tour l&#039;agriculture de frais de production exagérés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;Angleterre, par de fortes économies, remboursait graduellement sa dette, si elle supprimait, graduellement aussi, la dîme et la taxe des pauvres, laissant à chaque culte le soin de payer ses prêtres, elle n&#039;aurait pas besoin de repousser par des prohibitions le grain étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu&#039;il en soit, ces discussions, soutenues de part et d&#039;autre avec de grandes connaissances et beaucoup de capacité, ont contribué à jeter un nouveau jour sur les effets de l&#039;intervention de l&#039;autorité dans l&#039;approvisionnement, et ont été peut-être favorables au système de la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, que disaient de plus fort les partisans de la prohibition des grains étrangers ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;il fallait, même aux dépens des consommateurs, encourager la culture du pays, pour qu&#039;il ne pût pas être affamé par les étrangers. On assignait deux cas où ce risque était principalement redoutable : le cas d&#039;une guerre où une puissance influente pourrait empêcher une importation devenue indispensable ; et le cas où la disette se ferait sentir dans les pays à blé eux-mêmes, et où ils retiendraient, pour leur subsistance, leurs propres récoltes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On répondait à cela, que l&#039;Angleterre devenant un pays régulièrement et constamment importateur de blé, plusieurs contrées du monde prendraient l&#039;habitude de lui en vendre ; ce qui favoriserait et étendrait la culture du froment dans certaines parties de la Pologne, de l&#039;Espagne, de la Barbarie, ou de l&#039;Amérique septentrionale ; que dès lors ces contrées ne pourraient pas plus se dispenser de vendre, que l&#039;Angleterre d&#039;acheter ; que Bonaparte lui-même, le plus furieux ennemi de l&#039;Angleterre, au plus fort des hostilités, lui avait fait passer du grain pour en recevoir de l&#039;argent ; que jamais la récolte ne manque à la fois en plusieurs pays distants les uns des autres ; et qu&#039;un grand commerce de blé, bien établi, oblige à des approvisionnements préparés d&#039;avance, à des dépôts considérables qui éloigneraient, plus que toute autre cause, la possibilité des disettes ; tellement qu&#039;on peut affirmer, d&#039;après le raisonnement et l&#039;expérience de la Hollande et de quelques autres États, que ce sont précisément ceux&lt;br /&gt;
où l&#039;on ne recueille pas de blé, qui ne sont jamais exposés à des disettes, ni même à des chertés bien considérables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut se dissimuler cependant qu&#039;il n&#039;y ait des inconvénients graves à ruiner dans un pays (même dans celui où les approvisionnements du commerce sont faciles) la culture des céréales. La nourriture est le premier besoin des peuples, et il n&#039;est pas prudent de se mettre dans la nécessité de la tirer de trop loin. Des lois qui prohibent l&#039;entrée des blés pour protéger les intérêts du fermier aux dépens des manufacturiers, sont des lois fâcheuses, j&#039;en conviens ; mais des impôts excessifs, des emprunts, une diplomatie, une cour, et des armées ruineuses, sont des circonstances fâcheuses aussi, et qui pèsent sur le cultivateur plus que sur le manufacturier. Il faut bien rétablir, par un abus, l&#039;équilibre naturel rompu par d&#039;autres abus ; autrement tous les laboureurs se changeraient en artisans, et l&#039;existence du corps social deviendrait trop précaire.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVI|Quels avantages résultent de l&#039;activité de circulation de l&#039;argent et des marchandises]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVIII|Si le gouvernement augmente la richesse nationale en devenant producteur lui-même]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XVI&amp;diff=1887</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVI</title>
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		<updated>2008-05-01T16:54:48Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XV|Des débouchés]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVII|Des effets des règlements de l&#039;administration qui ont pour objet d&#039;influer sur la production]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XVI - Quels avantages résultent de l&#039;activité de circulation de l&#039;argent et des marchandises.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
On entend souvent vanter les avantages d&#039;une active circulation, c&#039;est-à-dire de ventes rapides et multipliées. Il s&#039;agit de les apprécier à leur juste valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les valeurs employées dans le cours de la production ne peuvent se &#039;&#039;réaliser&#039;&#039; en argent, et servir à une production nouvelle, que lorsqu&#039;elles sont parvenues à l&#039;état de produit complet, et vendues au consommateur. Plus tôt un produit est terminé et vendu, plus tôt aussi cette portion de capital peut être appliquée à un nouvel usage productif. Ce capital, occupé moins longtemps, coûte moins d&#039;intérêts, il y a économie sur les frais de production ; dès lors il est avantageux que les transactions qui ont lieu dans le cours de la production, se fassent activement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Suivons, dans l&#039;exemple d&#039;une pièce de toile peinte, les effets de cette activité de circulation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un négociant fait un envoi de marchandises d&#039;Europe au Brésil et en fait venir des cotons. Il lui convient que ses agents en Amérique fassent promptement ses ventes, ses achats et ses expéditions. Son coton arrivé, il doit désirer de le vendre promptement à un négociant français, afin de rentrer plus tôt dans ses avances, et de pouvoir recommencer une opération nouvelle et également lucrative. Et si le négociant français ne garde pas longtemps dans son magasin ce même coton ; s&#039;il le vend promptement au fileur ; si le fileur, après l&#039;avoir réduit en fil, le vend promptement au tisseur ; si celui-ci vend promptement sa toile à l&#039;indienneur ; si ce dernier la vend sans beaucoup de retard au marchand détailleur, et le détailleur au consommateur, cette circulation active aura occupé moins longtemps la portion de capital employée par ces différents producteurs ; il y aura eu moins d&#039;intérêts perdus, par conséquent moins de frais, et le capital, plus promptement rendu à de nouvelles fonctions, aura pu concourir à quelque nouveau produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces différentes ventes, tous ces achats, et bien d&#039;autres que je supprime pour abréger, ont été nécessaires pour que le coton du Brésil fût porté en robes de toile peinte ; ce sont autant de façons productives données à ce produit ; et plus ces façons auront été rapides, plus cette production se sera faite avec avantage ; mais si, dans une même ville, on achetait et vendait plusieurs fois, une année durant, la même marchandise, sans lui donner une nouvelle façon, cette circulation serait funeste au lieu d&#039;être avantageuse, et augmenterait les frais au lieu de les épargner. On ne peut acheter et revendre sans y employer un capital ; et l&#039;on ne peut employer un capital sans qu&#039;il en coûte un intérêt, indépendamment du déchet que peut subir la marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que l&#039;agiotage sur les marchandises cause nécessairement une perte, soit à l&#039;agioteur, si l&#039;agiotage ne fait pas renchérir la denrée, soit au consommateur, s&#039;il la fait renchérir&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La circulation est aussi active qu&#039;elle peut l&#039;être utilement, quand une marchandise, du moment qu&#039;elle est en état de subir une nouvelle façon, passe aux mains d&#039;un nouvel agent de production, et que, du moment qu&#039;elle a subi toutes ses façons, elle passe aux mains de celui qui doit la consommer. Toute agitation, tout mouvement qui ne marche pas vers ce but, loin d&#039;être un accroissement d&#039;activité dans la circulation, est un retard dans la marche du produit, un obstacle à la circulation, une circonstance à éviter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la rapidité qu&#039;une industrie plus parfaite peut introduire dans la confection des produits, c&#039;est une augmentation de rapidité, non dans la circulation, mais dans les opérations productives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avantage qui en résulte est, au reste, du même genre : c&#039;est un emploi moins prolongé des capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai fait nulle différence entre la circulation des marchandises et celle de la monnaie, parce qu&#039;en effet il n&#039;y en a aucune. Quand une somme d&#039;argent séjourne dans les coffres d&#039;un négociant, c&#039;est une portion de son capital qui reste oisive, de même que la portion de son capital qui est dans son magasin sous la forme de marchandises en état d&#039;être vendues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le meilleur des encouragements pour la circulation utile, est le désir que chacun a, surtout les producteurs, de ne perdre que le moins possible l&#039;intérêt des fonds engagés dans l&#039;exercice de leur industrie. La circulation est pénible là où une industrie imparfaite ne sait créer que des produits de peu d&#039;usage ou trop chers, là où des impôts lourds et nombreux renchérissent les produits et obligent la plupart des consommateurs à s&#039;en passer. Elle se ralentit bien plutôt par les contrariétés qu&#039;elle éprouve, que par le défaut d&#039;encouragement qu&#039;elle reçoit. Ce sont les guerres, les embargos, les droits pénibles à acquitter, le danger ou la difficulté des communications qui l&#039;entravent. Elle est lente encore dans les moments de crainte et d&#039;incertitude, quand l&#039;ordre public est menacé, et que toute espèce d&#039;entreprise est hasardeuse. Elle est lente quand on se croit exposé aux contributions arbitraires, et que chacun s&#039;efforce de cacher ses facultés. Elle est lente dans un temps d&#039;agiotage, où les variations subites occasionnées par le jeu sur les marchandises, font espérer à quelques personnes un bénéfice fondé sur une simple variation dans les prix ; alors la marchandise attend à l&#039;affût d&#039;une hausse, l&#039;argent à l&#039;affût d&#039;une baisse : des deux parts ; capitaux oisifs, inutiles à la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À de telles époques, il n&#039;existe guère de circulation que celle des produits qui risqueraient de se détériorer dans l&#039;attente, comme les fruits, les légumes, les grains, et tout ce qui se gâte à être gardé. On aime mieux alors passer par-dessus les inconvénients attachés à la vente, que risquer de perdre une portion considérable, et quelquefois la totalité des denrées qu&#039;on possède. Et quand c&#039;est la monnaie qui se détériore, on cherche à l&#039;échanger, à s&#039;en défaire par toutes sortes de moyens. C&#039;est en partie ce motif qui fut cause de la prodigieuse circulation qui eut lieu pendant que le discrédit des assignats allait en croissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout le monde était ingénieux à trouver un emploi pour un papier-monnaie dont la valeur s&#039;évaporait d&#039;heure en heure : on ne le recevait que pour le placer ; il semblait qu&#039;il brûlât quiconque le touchait. Dans ce temps-là des personnes qui n&#039;avaient jamais fait le commerce, s&#039;en mêlèrent ; on fonda des manufactures, on bâtit, on répara des maisons, on meubla ses appartements ; on n&#039;avait regret à aucune dépense, même pour ses plaisirs, jusqu&#039;à ce qu&#039;enfin on eut achevé de consommer, ou de placer, ou de perdre tout ce qu&#039;on avait de valeurs sous forme d&#039;assignats.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XV|Des débouchés]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVII|Des effets des règlements de l&#039;administration qui ont pour objet d&#039;influer sur la production]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XV&amp;diff=1886</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XV</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XV&amp;diff=1886"/>
		<updated>2008-05-01T16:52:30Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
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&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XV - Des débouchés.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les entrepreneurs des diverses branches d&#039;industrie ont coutume de dire que la difficulté n&#039;est pas de produire, mais de vendre ; qu&#039;on produirait toujours assez de marchandises, si l&#039;on pouvait facilement en trouver le débit. Lorsque le placement de leurs produits est lent, pénible, peu avantageux, ils disent que &#039;&#039;l&#039;argent est rare&#039;&#039; ; l&#039;objet de leurs désirs est une consommation active qui multiplie les ventes et soutienne les prix. Mais si on leur demande quelles circonstances, quelles causes sont favorables au placement de leurs produits, on s&#039;aperçoit que le plus grand nombre n&#039;a que des idées confuses sur ces matières, observe mal les faits et les explique plus mal encore, tient pour constant ce qui est douteux, souhaite ce qui est directement contraire à ses intérêts, et cherche à obtenir de l&#039;autorité une protection féconde en mauvais résultats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous former des idées plus sûres, et d&#039;une haute application, relativement à ce qui ouvre des débouchés aux produits de l&#039;industrie, poursuivons l&#039;analyse des faits les plus connus, les plus constants ; rapprochons-les de ce que nous avons déjà appris par la même voie ; et peut-être découvrirons-nous des vérités neuves, importantes, propres à éclairer les désirs des hommes  industrieux, et de nature à assurer la marche des gouvernements jaloux de les protéger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;homme dont l&#039;industrie s&#039;applique à donner de la valeur aux choses en leur créant un usage quelconque, ne peut espérer que cette valeur sera appréciée et payée, que là ou d&#039;autres hommes auront les moyens d&#039;en faire l&#039;acquisition. Ces moyens, en quoi&lt;br /&gt;
consistent-ils ? En d&#039;autres valeurs, d&#039;autres produits, fruits de leur industrie, de leurs capitaux, de leurs terres : d&#039;où il résulte, quoiqu&#039;au premier aperçu cela semble un paradoxe, que c&#039;est la production qui ouvre des débouchés aux produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si un marchand d&#039;étoffes s&#039;avisait de dire : &#039;&#039;ce ne sont pas d&#039;autres produits que je demande en échange des miens, c&#039;est de l&#039;argent&#039;&#039;, on lui prouverait aisément que son acheteur n&#039;est mis en état de le payer en argent que par des marchandises qu&#039;il vend de son côté. « Tel fermier, peut-on lui répondre, achètera vos étoffes si ses récoltes sont bonnes ; il achètera d&#039;autant plus qu&#039;il aura produit davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne pourra rien acheter, s&#039;il ne produit rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous-mêmes, vous n&#039;êtes mis à même de lui acheter son froment et ses laines, qu&#039;autant que vous produisez des étoffes. Vous  prétendez que c&#039;est de l&#039;argent qu&#039;il vous faut : je vous dis, moi, que ce sont d&#039;autres produits. En effet, pourquoi  désirez-vous cet argent ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;est-ce pas dans le but d&#039;acheter des matières premières pour votre industrie, ou des comestibles pour votre bouche ? Vous voyez bien que ce sont des produits qu&#039;il vous faut, et non de l&#039;argent. La monnaie d&#039;argent qui aura servi dans la vente de vos produits, et dans l&#039;achat que vous aurez fait des produits d&#039;un autre, ira, un moment après, servir au même usage entre deux autres contractants ; elle servira ensuite à d&#039;autres ; et à d&#039;autres encore, sans fin : de même qu&#039;une voiture qui, après avoir transporté le produit que vous aurez vendu, en transportera un autre, puis un autre. Lorsque vous ne vendez pas facilement vos produits, dites-vous que c&#039;est parce que les acquéreurs manquent de voitures pour les emporter ? Eh bien ! L&#039;argent n&#039;est que la voiture de la valeur des produits. Tout son usage a été de voiturer chez vous la valeur des produits que l&#039;acheteur avait vendus pour acheter les vôtres ; de même, il transportera chez celui auquel vous ferez un achat, la valeur des produits que vous aurez&lt;br /&gt;
vendus à d&#039;autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc avec la valeur de vos produits, transformée momentanément en une somme d&#039;argent, que vous achetez, que tout le monde achète les choses dont chacun à besoin. Autrement comment ferait-on pour acheter maintenant en France, dans une année, six ou huit fois plus de choses qu&#039;on n&#039;en achetait sous le règne misérable de Charles VI ? Il est évident que c&#039;est parce qu&#039;on y produit six ou huit fois plus de choses, et qu&#039;on achète ces choses les unes avec les autres. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors donc qu&#039;on dit : &#039;&#039;la vente ne va pas, parce que l&#039;argent est rare&#039;&#039;, on prend le moyen pour la cause ; on commet une erreur qui provient de ce que presque tous les produits se résolvent en argent avant de s&#039;échanger contre d&#039;autres marchandises, et de ce qu&#039;une marchandise qui se montre si souvent, paraît au vulgaire être la marchandise par excellence, le terme de toutes les transactions dont elle n&#039;est que l&#039;intermédiaire. On ne devrait pas dire : la vente ne va pas, parce que l&#039;argent est rare, mais parce que les autres produits le sont. Il y a toujours assez d&#039;argent pour servir à la circulation et à l&#039;échange réciproque des autres valeurs, lorsque ces valeurs existent réellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l&#039;argent vient à manquer à la masse des affaires, on y supplée aisément, et la nécessité d&#039;y suppléer est l&#039;indication d&#039;une circonstance bien favorable : elle est une preuve qu&#039;il y a une grande quantité de valeurs produites, avec lesquelles on désire se procurer une grande quantité d&#039;autres valeurs. La marchandise intermédiaire, qui facilite tous les échanges (la monnaie), se remplace aisément dans ce cas-là par des moyens connus des négociants, et bientôt la monnaie afflue, par la raison que la monnaie est une marchandise, et que toute espèce de marchandise se rend aux lieux où l&#039;on en a besoin. C&#039;est un bon signe quand l&#039;argent manque aux transactions, de même que c&#039;est un bon signe quand les magasins manquent aux marchandises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;une marchandise surabondante ne trouve point d&#039;acheteurs, c&#039;est si peu le défaut d&#039;argent qui en arrête la vente, que les vendeurs de cette marchandise s&#039;estimeraient heureux d&#039;en recevoir la valeur en ces denrées qui servent à leur consommation, évaluées au cours du jour ; ils ne chercheraient point de numéraire, et n&#039;en auraient nul besoin, puisqu&#039;ils ne le souhaitaient que pour le transformer en denrées de leur consommation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le producteur qui croirait que ses consommateurs se composent, outre ceux qui produisent de leur côté, de beaucoup d&#039;autres classes qui ne produisent pas matériellement, comme des fonctionnaires publics, des médecins, des gens de loi, des prêtres, etc., et qui de là tirerait cette induction, qu&#039;il y a des débouchés autres que ceux que présentent les personnes qui produisent elles-mêmes ; le producteur, dis-je, qui raisonnerait ainsi, prouverait qu&#039;il s&#039;attache aux apparences, et ne pénètre pas le fond des choses. En effet, un prêtre va chez un marchand pour y acheter une étole ou un surplis. La valeur qu&#039;il y porte est sous la forme d&#039;une somme d&#039;argent : de qui la tient-il ? D&#039;un percepteur qui l&#039;avait levée sur un contribuable. De qui le contribuable la tenait-il ? Elle avait été produite par lui. C&#039;est cette valeur produite, échangée d&#039;abord contre des écus, puis donnée à un prêtre, qui a permis à celui-ci d&#039;aller faire son achat. Le prêtre a été substitué au producteur ; et le producteur, sans cela, aurait pu acheter pour lui-même, avec la valeur de son produit, non pas une étole ou un surplis, mais tout autre produit plus utile. La consommation qui a été faite du produit appelé surplis, a eu lieu aux dépens d&#039;une autre consommation. De toute manière, l&#039;achat d&#039;un produit ne peut être fait qu&#039;avec la valeur d&#039;un autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première conséquence qu&#039;on peut tirer de cette importante vérité, c&#039;est que, dans tout état, plus les producteurs sont nombreux et les productions multipliées, et plus les débouchés sont faciles, variés et vastes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les lieux qui produisent beaucoup, se crée la substance avec laquelle seule on achète : je veux dire la &#039;&#039;valeur&#039;&#039;. L&#039;argent ne remplit qu&#039;un office passager dans ce double échange ; et, les échanges terminés, il se trouve toujours qu&#039;on a payé des produits avec des produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon de remarquer qu&#039;un produit terminé offre, &#039;&#039;dès cet instant&#039;&#039;, un débouché à d&#039;autres produits pour tout le montant de sa valeur. En effet, lorsque le dernier producteur a terminé un produit, son plus grand désir est de le vendre, pour que la valeur de ce produit ne chôme pas entre ses mains. Mais il n&#039;est pas moins empressé de se défaire de l&#039;argent que lui procure sa vente, pour que la valeur de l&#039;argent ne chôme pas non plus. Or, on ne peut se défaire de son argent qu&#039;en demandant à acheter un produit quelconque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit donc que le fait seul de la formation d&#039;un produit ouvre, dès l&#039;instant même, un débouché à d&#039;autres produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pour cela qu&#039;une bonne récolte n&#039;est pas seulement favorable aux cultivateurs, et qu&#039;elle l&#039;est en même temps aux marchands de tous les autres produits. On achète davantage toutes les fois qu&#039;on recueille davantage. Une mauvaise récolte, au contraire, nuit à toutes les ventes. Il en est de même des récoltes faites par les arts et le commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une branche de commerce qui prospère fournit de quoi acheter, et procure conséquemment des ventes à tous les autres commerces ; et d&#039;un autre côté, quand une partie des manufactures ou des genres de commerce devient languissante, la plupart des autres en souffrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela étant ainsi, d&#039;où vient, demandera-t-on, cette quantité de marchandises qui, à certaines époques, encombrent la circulation, sans pouvoir trouver d&#039;acheteurs ? Pourquoi ces marchandises ne s&#039;achètent-elles pas les unes les autres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je répondrai que des marchandises qui ne se vendent pas, ou qui se vendent à perte, excèdent la somme des besoins qu&#039;on a de ces marchandises, soit parce qu&#039;on en a produit des quantités trop considérables, soit plutôt parce que d&#039;autres productions ont souffert. Certains produits surabondent, parce que d&#039;autres sont venus à manquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En termes plus vulgaires, beaucoup de gens ont moins acheté, parce qu&#039;ils ont moins gagné ; et ils ont moins gagné, parce qu&#039;ils ont trouvé des difficultés dans l&#039;emploi de leurs moyens de production, ou bien parce que ces moyens leur ont manqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi l&#039;on peut remarquer que les temps où certaines denrées ne se vendent pas bien, sont précisément ceux où d&#039;autres denrées montent à des prix excessifs ; et comme ces prix élevés seraient des motifs pour en favoriser la production, il faut que des causes majeures ou des moyens violents, comme des désastres naturels ou politiques, l&#039;avidité ou l&#039;impéritie des gouvernements, maintiennent forcément d&#039;un côté cette pénurie, qui cause un engorgement de l&#039;autre. Cette cause de maladie politique vient-elle à cesser, les moyens de production se portent vers les routes où la production est demeurée en arrière ; en avançant dans ces voies-là, elle favorise l&#039;avancement de la production dans toutes les autres. Un genre de production devancerait rarement les autres, et ses produits seraient rarement avilis, si tous étaient toujours laissés à leur entière liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une seconde conséquence du même principe, c&#039;est que chacun est intéressé à la prospérité de tous, et que la prospérité d&#039;un genre d&#039;industrie est favorable à la prospérité de tous les autres. En effet, quels que soient l&#039;industrie qu&#039;on cultive, le talent qu&#039;on exerce, on en trouve d&#039;autant mieux l&#039;emploi, et l&#039;on en tire un profit d&#039;autant meilleur, qu&#039;on est plus entouré de gens qui gagnent eux-mêmes. Un homme à talent, que vous voyez tristement végéter dans un pays qui décline, trouverait mille emplois de ses facultés dans un pays productif, où l&#039;on pourrait employer et payer sa capacité. Un marchand, placé dans une ville industrieuse et riche, vend pour des sommes bien plus considérables que celui qui habite un canton pauvre où dominent l&#039;insouciance et la paresse. Que feraient un actif manufacturier, un habile négociant dans une ville mal peuplée et mal civilisée de certaines portions de l&#039;Espagne ou de la Pologne ? Quoiqu&#039;il n&#039;y rencontrât aucun concurrent, il y vendrait peu, parce qu&#039;on y produit peu ; tandis qu&#039;à Paris, à Amsterdam, à Londres, malgré la concurrence de cent marchands comme lui, il pourra faire d&#039;immenses affaires. La raison en est simple : il est entouré de gens qui produisent beaucoup dans une multitude de genres, et qui font des achats avec ce qu&#039;ils ont produit, c&#039;est-à-dire, avec l&#039;argent provenant de la vente de ce qu&#039;ils ont produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la source des profits que les gens des villes font sur les gens des campagnes, et que ceux-ci font sur les premiers : les uns et les autres ont d&#039;autant plus de quoi acheter qu&#039;ils produisent davantage. Une ville entourée de riches campagnes, y trouve de nombreux et riches acheteurs, et dans le voisinage d&#039;une ville opulente, les produits de la campagne ont bien plus de valeur. C&#039;est par une distinction futile qu&#039;on classe les nations en nations agricoles, manufacturières et commerçantes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si une nation réussit dans l&#039;agriculture, c&#039;est une raison pour que ses manufactures et son commerce prospèrent ; si ses  manufactures et son commerce sont florissants, son agriculture s&#039;en trouvera mieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nation, par rapport à la nation voisine, est dans le même cas qu&#039;une province par rapport à une autre province, qu&#039;une ville par rapport aux campagnes : elle est  intéressée à la voir prospérer, et assurée de profiter de son opulence. C&#039;est donc avec raison que les États-Unis ont toujours cherché à donner de l&#039;industrie aux tribus sauvages dont ils sont entourés : ils ont voulu qu&#039;elles eussent quelque chose à donner en échange, car on ne gagne rien avec des peuples qui n&#039;ont rien à vous donner. Il est précieux pour l&#039;humanité qu&#039;une nation, entre les autres, se conduise, en chaque circonstance, d&#039;après des principes libéraux. Il sera démontré, par les brillants résultats qu&#039;elle en obtiendra, que les &#039;&#039;vains systèmes&#039;&#039;, les &#039;&#039;funestes théories&#039;&#039;, sont les maximes exclusives et jalouses des vieux états de l&#039;Europe qu&#039;ils décorent effrontément du nom de &#039;&#039;vérités pratiques&#039;&#039;, parce qu&#039;ils les mettent malheureusement en pratique. L&#039;union américaine aura la gloire de prouver, par l&#039;expérience, que la plus haute politique est d&#039;accord avec la modération et avec l&#039;humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une troisième conséquence de ce principe fécond, c&#039;est que l&#039;importation des produits étrangers est favorable à la vente des produits indigènes ; car nous ne pouvons acheter les marchandises étrangères qu&#039;avec des produits de notre industrie, de nos terres et de nos capitaux, auxquels ce commerce par conséquent procure un débouché. — C&#039;est en argent, dira-t-on, que nous payons les marchandises étrangères. — Quand cela serait, notre sol ne produisant point d&#039;argent, il faut acheter cet argent avec des produits de notre industrie ; ainsi donc, soit que les achats qu&#039;on fait à l&#039;étranger soient acquittés en marchandises ou en argent, ils procurent à l&#039;industrie nationale des débouchés pareils.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une quatrième conséquence du même principe, la consommation pure et simple, celle qui n&#039;a d&#039;autre objet que de provoquer de nouveaux produits, ne contribue point à la richesse du pays. Elle détruit d&#039;un côté ce qu&#039;elle fait produire d&#039;un autre côté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour que la consommation soit favorable, il faut qu&#039;elle remplisse son objet essentiel, qui est de satisfaire à des besoins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque Napoléon exigeait qu&#039;on parût à sa cour avec des habits brodés, il causait à ses courtisans une perte égale, tout au moins, aux gains qu&#039;il procurait à ses brodeurs. C&#039;était pis encore lorsqu&#039;il autorisait par des licences un commerce clandestin avec l&#039;Angleterre, à la charge d&#039;exporter en marchandises françaises une valeur égale à celle qu&#039;on voulait importer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociants qui faisaient usage de ces licences, chargeaient sur leurs navires des marchandises qui, ne pouvant être admises de l&#039;autre côté du détroit, étaient jetées à la mer en sortant du port. Le gouvernement, tout-à-fait ignorant en économie politique, s&#039;applaudissait de cette manœuvre comme étant favorable à nos manufactures. Mais quel en était l&#039;effet réel ? Le négociant, obligé de perdre la valeur entière des marchandises françaises qu&#039;il exportait, vendait en conséquence le sucre et le café qu&#039;il rapportait d&#039;Angleterre, le consommateur français payait le montant des produits dont il n&#039;avait pas joui. C&#039;était comme si, pour encourager les fabriques, on avait acheté, aux dépens des contribuables, les produits manufacturés pour les jeter à la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour encourager l&#039;industrie, il ne suffit pas de la consommation pure et simple ; il faut favoriser le développement des goûts et des besoins qui font naître parmi les populations l&#039;envie de consommer ; de même que, pour favoriser la vente, il faut aider les consommateurs à faire des gains qui les mettent en état d&#039;acheter. Ce sont les besoins généraux et constants d&#039;une nation qui l&#039;excitent à produire, afin de se mettre en pouvoir d&#039;acheter, et qui par là donnent lieu à des consommations constamment renouvelées et favorables au bien-être des familles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir compris que la demande des produits en général est d&#039;autant plus vive que la production est plus active, vérité constante malgré sa tournure paradoxale, on doit peu se mettre en peine de savoir vers quelle branche d&#039;industrie il est à désirer que la production se dirige. Les produits créés font naître des demandes diverses, déterminées par les mœurs, les besoins, l&#039;état des capitaux, de l&#039;industrie, des agents naturels du pays ; les marchandises les plus demandées sont celles qui présentent, par la concurrence des demandeurs, de plus forts intérêts pour les capitaux qui y sont consacrés, de plus gros profits pour les entrepreneurs, de meilleurs salaires pour les ouvriers ; et ce sont celles-là qui sont produites de préférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voudra savoir peut-être quel serait le terme d&#039;une production croissante et où des produits, chaque jour plus considérables, s&#039;échangeraient constamment les uns contre les autres ; car enfin ce n&#039;est que dans les quantités abstraites qu&#039;il y a des progressions infinies, et dans la pratique la nature des choses met des bornes à tous les excès. Or, c&#039;est l&#039;économie politique pratique que nous étudions ici.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;expérience ne nous a jamais offert encore l&#039;exemple d&#039;une nation complètement pourvue de tous les produits qu&#039;elle est en état de créer et de consommer ; mais nous pouvons étendre par la pensée à tous les produits successivement, ce que nous avons observé sur quelques-uns. Au-delà d&#039;un certain point, les difficultés qui accompagnent la production, et qui sont en général surmontées par les services productifs, s&#039;accroissent dans une proportion plus rapide, et ne tardent pas à surpasser la satisfaction qui peut résulter de l&#039;usage qu&#039;on fait du produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors on peut bien créer une chose utile, mais son utilité ne vaut pas ce qu&#039;elle coûte, et elle ne remplit pas la condition essentielle d&#039;un produit, qui est d&#039;égaler tout au moins en valeur ses frais de production. Quand on a obtenu d&#039;un territoire toutes les denrées alimentaires qu&#039;on en peut obtenir, si l&#039;on fait venir de plus loin de nouvelles denrées alimentaires, leur production peut se trouver tellement dispendieuse que la chose procurée ne vaille pas ce qu&#039;elle coûte. Si le travail de trente journées d&#039;hommes ne pouvait les nourrir que pendant vingt jours, il ne serait pas possible de se livrer à une semblable production ; elle ne favoriserait pas le développement de nouveaux individus, qui par conséquent ne formeraient pas la demande de nouveaux vêtements, de nouvelles habitations, etc. à la vérité, le nombre des consommateurs étant borné par les denrées alimentaires, leurs autres besoins peuvent se multiplier indéfiniment, et les produits capables de les satisfaire peuvent se multiplier de même et s&#039;échanger entre eux. Ils peuvent se multiplier également pour former des accumulations et des capitaux. Toutefois, les besoins devenant de moins en moins pressants, on conçoit que les consommateurs feraient graduellement moins de sacrifices pour les satisfaire ; c&#039;est-à-dire qu&#039;il serait de plus en plus difficile de trouver dans le prix des produits une juste indemnité de leurs frais de production. Toujours est-il vrai que les produits se vendent d&#039;autant mieux que les nations ont plus de besoins, et qu&#039;elles peuvent offrir plus d&#039;objets en échange ; c&#039;est-à-dire qu&#039;elles sont plus généralement civilisées.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIV|Du droit de propriété]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XVI|Quels avantages résultent de l&#039;activité de circulation de l&#039;argent et des marchandises]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XIII&amp;diff=1885</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIII</title>
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		<updated>2008-05-01T16:47:37Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XII|Des capitaux improductifs]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIV|Du droit de propriété]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XIII - Des produits immatériels, ou des valeurs qui sont consommée au moment de leur production.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Un médecin vient visiter un malade, observe les symptômes de son mal, lui prescrit un remède, et sort sans laisser aucun produit que le malade ou sa famille puissent transmettre à d&#039;autres personnes, ni même conserver pour la consommation d&#039;un autre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;industrie du médecin a-t-elle été improductive ? Qui pourrait le penser ? Le malade a été sauvé. Cette production était-elle incapable de devenir la matière d&#039;un échange ? Nullement, puisque le conseil du médecin a été échangé contre ses honoraires ; mais le besoin de cet avis a cessé dès le moment qu&#039;il a été donné. Sa production était de le dire ; sa consommation, de l&#039;entendre ; il a été consommé en même temps que produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ce que je nomme un &#039;&#039;produit immatériel&#039;&#039;. L&#039;industrie d&#039;un musicien, d&#039;un acteur, donne un produit du même genre ; elle vous procure un divertissement, un plaisir, qu&#039;il vous est impossible de conserver, de retenir, pour le consommer plus tard, ou pour l&#039;échanger de nouveau contre d&#039;autres jouissances. Celle-ci a bien son prix ; mais elle ne subsiste plus, si ce n&#039;est dans le souvenir, et n&#039;a plus aucune valeur échangeable, passé le moment de sa production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith refuse aux résultats de ces industries le nom de &#039;&#039;produits&#039;&#039;. Il donne au travail auquel elles se livrent le nom d&#039;&#039;&#039;improductif&#039;&#039;, et c&#039;est une conséquence du sens qu&#039;il attache au mot &#039;&#039;richesse&#039;&#039; ; au lieu de donner ce nom à toutes les choses qui ont une valeur échangeable, il ne le donne qu&#039;aux choses qui ont une valeur échangeable &#039;&#039;susceptible de se conserver&#039;&#039;, et par conséquent il le refuse aux produits dont la consommation a lieu à l&#039;instant même de leur création. Cependant l&#039;industrie d&#039;un médecin, et, si l&#039;on veut multiplier les exemples, l&#039;industrie d&#039;un administrateur de la chose publique, d&#039;un avocat, d&#039;un juge, qui sont du même genre, satisfont à des besoins tellement nécessaires, que, sans leurs travaux, nulle société ne pourrait subsister. Les fruits de ces travaux ne sont-ils pas réels ? Ils sont tellement réels, qu&#039;on se les procure au prix d&#039;un autre produit qui est matériel, auquel Smith accorde le nom de richesse, et que, par ces échanges répétés, les producteurs de produits immatériels acquièrent des fortunes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;on descend aux choses de pur agrément, on ne peut nier que la représentation d&#039;une bonne comédie ne procure un plaisir aussi réel qu&#039;une livre de bonbons, ou une fusée d&#039;artifice, qui, dans la doctrine de Smith, portent le nom de &#039;&#039;produits&#039;&#039;. Je ne trouve pas raisonnable de prétendre que le talent du peintre soit productif, et que celui du musicien ne le soit pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith a combattu les économistes qui n&#039;appelaient du nom de &#039;&#039;richesse&#039;&#039; que ce qu&#039;il y avait dans chaque produit de valeur en matière brute ; il a fait faire un grand pas à l&#039;économie politique, en démontrant que la richesse était cette matière, plus la valeur qu&#039;y ajoutait l&#039;industrie ; mais puisqu&#039;il a élevé au rang des richesses une chose abstraite, la &#039;&#039;valeur&#039;&#039;, pourquoi la compte-t-il pour rien, bien que réelle et échangeable, quand elle n&#039;est fixée dans aucune matière ? Cela est d&#039;autant plus surprenant, qu&#039;il va jusqu&#039;à considérer le travail, en faisant abstraction de la chose travaillée, qu&#039;il examine les causes qui influent sur sa valeur, et qu&#039;il propose cette valeur comme la mesure la plus sûre et la moins variable de toutes les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la nature des produits immatériels, il résulte qu&#039;on ne saurait les accumuler, et qu&#039;ils ne servent point à augmenter le capital national. Une nation où il se trouverait une foule de musiciens, de prêtres, d&#039;employés, pourrait être une nation fort divertie, bien endoctrinée, et admirablement bien administrée ; mais voilà tout. Son capital ne recevrait de tout le travail de ces hommes industrieux aucun accroissement direct, parce que leurs produits seraient consommés à mesure qu&#039;ils seraient créés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conséquence, lorsqu&#039;on trouve le moyen de rendre plus nécessaire le travail d&#039;une de ces professions, on ne fait rien pour la prospérité publique ; en augmentant ce genre de travail productif, on en augmente en même temps la consommation. Quand cette consommation est une jouissance, on peut s&#039;en consoler ; mais quand elle-même est un mal, il faut convenir qu&#039;un semblable système est déplorable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ce qui arrive partout où l&#039;on complique la législation. Le travail des gens de loi, devenant plus considérable et plus difficile, occupe plus de monde et se paie plus cher. Qu&#039;y gagne-t-on ? D&#039;avoir ses droits mieux défendus ? Non, certes : la complication des lois est bien plutôt favorable à la mauvaise foi, en lui offrant de nouveaux subterfuges, tandis qu&#039;elle n&#039;ajoute presque jamais rien à la solidité du bon droit. On y gagne de plaider plus souvent et plus longtemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut appliquer le même raisonnement aux places superflues instituées dans l&#039;administration publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Administrer ce qui devrait être abandonné à soi-même, c&#039;est faire du mal aux administrés, et leur faire payer le mal qu&#039;on leur fait comme si c&#039;était un bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc impossible d&#039;admettre l&#039;opinion de Garnier, qui conclut de ce que le travail des médecins, des gens de loi et autres personens semblables, est productif, qu&#039;il est aussi avantageux à une nation de le multiplier que tout autre. On est heureux sans doute de pouvoir se procurer un bon médecin lorsqu&#039;on n&#039;a pu éviter une maladie ; mais il vaut mieux encore n&#039;être pas malade. Compliquer les lois pour les faire débrouiller par les légistes, c&#039;est se donner un mal pour prendre la peine de le guérir. Les produits immatériels, comme les autres, ne sont des produits qu&#039;autant que l&#039;avantage qui en résulte ne peut être acquis à moins de frais ; or, la voie la plus simple d&#039;être affranchi d&#039;un inconvénient, c&#039;est de ne pas s&#039;y soumettre de propos délibéré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les produits immatériels sont le fruit de l&#039;industrie humaine, puisque nous avons appelé industrie toute espèce de travail productif. On voit moins clairement comment ils sont en même temps le fruit d&#039;un capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant la plupart de ces produits sont le résultat d&#039;un talent ; tout talent suppose une étude préalable, et aucune étude n&#039;a pu avoir lieu sans des avances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour que le conseil du médecin ait été donné et reçu, il a fallu que le médecin ou ses parents aient fait, pendant plusieurs années, les frais de son instruction ; il a fallu que l&#039;étudiant ait été entretenu tout le temps qu&#039;ont duré ses études ; il a fallu acheter des livres, faire des voyages peut-être : ce qui suppose l&#039;emploi d&#039;un capital précédemment accumulé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de même de la consultation de l&#039;avocat, de la chanson du musicien, etc. : ces produits ne peuvent avoir lieu sans le concours d&#039;une industrie et d&#039;un capital. Le talent d&#039;un fonctionnaire public lui-même est un capital accumulé. Les frais nécessaires pour élever un ingénieur civil ou militaire sont du même genre que les avances qu&#039;il a fallu faire pour élever un médecin. Il est même à supposer qu&#039;on trouve bien placés les fonds qui mettent un jeune homme en état de devenir fonctionnaire public, et bien payés les travaux qui composent son industrie, puisqu&#039;il y a dans presque toutes les parties de l&#039;administration plus de postulants que de places, dans les pays même où les places sont plus multipliées qu&#039;elles ne devraient l&#039;être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On retrouve dans l&#039;industrie qui donne des produits immatériels les mêmes opérations que nous avons remarquées, dans l&#039;analyse qui a été faite, au commencement de cet ouvrage, des opérations de toute espèce d&#039;industrie. Prouvons cela par un exemple : pour qu&#039;une simple chanson fût exécutée, il a fallu que l&#039;art du compositeur et celui du musicien exécutant fussent des arts professés et connus, de même que les méthodes convenables pour les acquérir : voilà le résultat des travaux scientifiques. L&#039;application de cet art, de ces méthodes, a été faite par le compositeur et le musicien, qui ont jugé, l&#039;un en composant son air, l&#039;autre en l&#039;exécutant, qu&#039;il en pouvait résulter un plaisir auquel les hommes attacheraient un prix quelconque. Enfin l&#039;exécution offre la dernière des opérations de l&#039;industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est cependant des productions immatérielles où les deux premières opérations jouent un si petit rôle, qu&#039;on peut n&#039;en tenir aucun compte. Tel est le service d&#039;un domestique. La science du service est rien ou peu de chose ; et l&#039;application des talents du serviteur étant faite par celui qui l&#039;emploie, il ne reste guère au serviteur que l&#039;exécution servile, qui est la moins relevée des opérations de l&#039;industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une conséquence nécessaire, dans ce genre d&#039;industrie, et dans quelques autres dont on trouve des exemples dans les dernières classes de la société, comme dans l&#039;industrie des portefaix, des courtisanes, etc., l&#039;apprentissage se réduisant à rien, les produits peuvent être regardés non-seulement comme les fruits d&#039;une industrie très grossière, mais encore comme des productions où les capitaux n&#039;ont aucune part ; car je ne pense pas que les avances nécessaires pour élever la personne industrieuse depuis sa première enfance jusqu&#039;au moment où elle se tire d&#039;affaire elle-même, doivent être regardées comme un capital dont les profits&lt;br /&gt;
qu&#039;elle fait ensuite paient les intérêts. J&#039;en dirai les raisons en parlant des salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plaisirs dont on jouit au prix d&#039;un travail quelconque sont des produits immatériels consommés, au moment de leur production, par la personne même qui les a créés. Tels sont les plaisirs que procurent les arts qu&#039;on ne cultive que pour son agrément. Si j&#039;apprends la musique, je consacre à cette étude un petit capital, une portion de mon temps et quelque travail ; c&#039;est au prix de toutes ces choses que je goûte le plaisir de chanter un air nouveau ou de faire ma partie dans un concert.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeu, la danse, la chasse, sont des travaux du même genre. L&#039;amusement qui en résulte est consommé à l&#039;instant même par ceux mêmes qui les ont exécutés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand un amateur fait pour son amusement un tableau, ou quand il exécute un ouvrage de menuiserie ou de serrurerie, il crée à la fois un produit de valeur durable, et un produit immatériel qui est son amusement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons vu, en traitant des capitaux, que les uns contribuent à la création de produits matériels, et que d&#039;autres sont absolument improductifs. Il en est d&#039;autres encore qui sont productifs d&#039;utilité ou d&#039;agrément, et qu&#039;on ne peut par conséquent mettre ni dans la classe des capitaux servant à la production d&#039;objets matériels, ni dans celle des capitaux absolument inutiles. De ce nombre sont les maisons d&#039;habitation, les meubles, les ornements, qui ne servent qu&#039;à augmenter les agréments de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;utilité qu&#039;on en tire est un produit immatériel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand un jeune ménage s&#039;établit, l&#039;argenterie dont il se pourvoit ne peut pas être considérée comme un capital absolument inutile, puisque la famille s&#039;en sert habituellement ; elle ne peut pas être considérée non plus comme un capital productif de produits matériels, puisqu&#039;il n&#039;en sort aucun objet qu&#039;il soit possible de réserver pour la consommation^d&#039;un autre temps ; ce n&#039;est pas non plus un objet de consommation annuelle, car cette vaisselle peut durer pendant la vie des époux et passer à leurs enfants ; c&#039;est un capital productif d&#039;utilité et d&#039;agrément. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont des valeurs accumulées, c&#039;est-à-dire, soustraites à la consommation improductive, soustraites à la consommation reproductive, et à ce titre ne donnant point de profit, d&#039;intérêt, mais productives d&#039;un service, d&#039;une utilité que l&#039;on&lt;br /&gt;
consomme à mesure ; utilité qui n&#039;en a pas moins une valeur positive, puisqu&#039;on la paie dans l&#039;occasion ; témoin ce que coûte le loyer d&#039;une maison, d&#039;un meuble.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si c&#039;est mal entendre ses intérêts que de laisser la plus petite partie de son capital sous une forme absolument improductive, ce n&#039;est pas les méconnaître que de placer une partie de son capital, proportionnée à sa fortune, sous une forme productive d&#039;utilité ou d&#039;agrément. Depuis les meubles grossiers d&#039;un ménage indigent, jusqu&#039;aux ornements recherchés, aux bijoux éblouissants du riche, il y a une foule de degrés dans la quantité de capitaux que chacun consacre à cet usage. Quand un pays est riche, la famille la plus pauvre y possède un capital de cette espèce, non pas considérable, mais suffisant pour satisfaire des désirs modestes et des besoins peu recherchés. Quelques meubles utiles et agréables qu&#039;on rencontre dans toutes les habitations ordinaires, annoncent par tout pays une bien plus grande masse de richesse, que cet amas d&#039;ameublements magnifiques et d&#039;ornements fastueux qui remplissent seulement les palais de quelques hommes à grande fortune, ou que ces diamants et ces parures qui peuvent éblouir lorsqu&#039;on les voit accumulés dans une grande ville, et quelquefois rassemblés presque tous à la fois dans l&#039;enceinte d&#039;un spectacle ou d&#039;une fête ; mais dont la valeur est peu de chose, comparée au mobilier de toute une grande nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les choses qui composent le capital productif d&#039;utilité ou d&#039;agrément, quoiqu&#039;elles s&#039;usent lentement, s&#039;usent néanmoins. Lorsqu&#039;on ne prend pas sur ses revenus annuels de quoi entretenir ce capital, il se dissipe, et la fortune s&#039;altère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette observation paraît triviale, et cependant combien de gens croient ne manger que leurs revenus, lorsqu&#039;ils consomment en même temps une partie de leur fonds ! Qu&#039;une famille, par exemple, habite une maison qu&#039;elle aura fait bâtir ; si la maison a coûté cent mille francs à établir, et si elle doit durer cent ans, elle coûte à cette famille, outre les intérêts de cent mille francs, une somme de mille francs par année, puisqu&#039;au bout de cent ans il ne restera rien, ou il ne restera du moins que peu de chose de ce capital de cent mille francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce même raisonnement peut être appliqué à toute autre partie d&#039;un capital productif d&#039;utilité et d&#039;agrément, à un meuble, à un bijou, à tout ce que la pensée peut ranger sous cette dénomination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la raison contraire, quand on prend sur ses revenus annuels, quelle qu&#039;en soit la source, pour augmenter son capital utile ou agréable, on augmente ses capitaux, sa fortune, quoiqu&#039;on n&#039;augmente pas ses revenus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les capitaux de cette sorte se forment, comme tous les autres sans exception, par l&#039;accumulation d&#039;une partie des produits annuels. Il n&#039;y a pas d&#039;autre manière d&#039;avoir des capitaux, que de les accumuler soi-même, ou de les tenir de quelqu&#039;un qui les a accumulés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi je renvoie, à ce sujet, au chapitre XI, où j&#039;ai traité de l&#039;accumulation des capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un édifice public, un pont, une grande route, sont des revenus épargnés, accumulés, formant un capital dont la rente est un produit immatériel consommé par le public. Si la construction d&#039;un pont ou d&#039;une route, jointe à l&#039;acquisition du fonds de terre sur lequel s&#039;est faite cette construction, a coûté un million, le paiement de l&#039;usage que le public en fait chaque année peut être évalué cinquante mille francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a des produits immatériels auxquels un fonds de terre a la principale part. Telle est la jouissance qu&#039;on retire d&#039;un parc, d&#039;un jardin d&#039;agrément. Cette jouissance est le fruit d&#039;un service journalier rendu par le jardin d&#039;agrément, et qui se consomme à mesure qu&#039;il est produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit qu&#039;il ne faut pas confondre un terrain productif d&#039;agrément avec des terres absolument improductives, des terres en friche. Nouvelle analogie qui se trouve entre les fonds de terre et les capitaux, puisqu&#039;on vient de voir que, parmi ceux-ci, il s&#039;en trouve qui sont de même productifs de produits immatériels, et d&#039;autres qui sont absolument inactifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les jardins et les parcs d&#039;agrément, il y a toujours quelque dépense faite en embellissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce cas, il y a un capital réuni au fonds de terre pour donner un produit immatériel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a des parcs d&#039;agrément qui produisent en même temps des bois et des pâturages. Ceux-là donnent des produits de l&#039;un et de l&#039;autre genre. Les anciens jardins français ne donnaient aucun produit matériel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jardins modernes sont un peu plus profitables ; ils le seraient davantage, si les produits du potager et ceux du verger s&#039;y montraient un peu plus souvent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute ce serait être trop sévère que de reprocher à un propriétaire aisé les portions de son héritage qu&#039;il consacre au pur agrément. Les doux moments qu&#039;il y passe entouré de sa famille, le salutaire exercice qu&#039;il y prend, la gaieté qu&#039;il y respire, sont des biens aussi, et ce ne sont pas les moins précieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;il dispose donc son terrain selon sa fantaisie ; qu&#039;on y voie l&#039;empreinte de son goût, et même de son caprice : mais si, jusque dans ses caprices, il y a un but d&#039;utilité ; si, sans recueillir moins de jouissances, il recueille aussi quelques fruits, alors son jardin a bien un autre mérite ; le philosophe et l&#039;homme d&#039;état se promèneront avec plus de plaisir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai vu un petit nombre de jardins riches de cette double production. Le tilleul, le marronnier, le sycomore, les autres arbres d&#039;agrément n&#039;en étaient point exclus, non plus que les fleurs et les gazons ; mais les arbres fruitiers embellis de fleurs au printemps, et de fruits en été, contribuaient à la variété des teintes et à la beauté du lieu. Tout en cherchant l&#039;exposition qui leur était favorable, ils suivaient les sinuosités des clôtures et des allées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plates-bandes, les planches garnies de légumes n&#039;étaient pas constamment droites, égales, uniformes, mais se prêtaient aux légères ondulations des plantations et du terrain ; on pouvait se promener dans la plupart des sentiers tracés pour la commodité de la culture. Jusqu&#039;au puits couronné de vigne, où le jardinier venait remplir ses arrosoirs, était un ornement. Tout semblait avoir été mis là pour convaincre que ce qui est joli peut être utile, et que le plaisir peut croître au même lieu que la richesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un pays tout entier peut de même s&#039;enrichir de ce qui fait son ornement. Si l&#039;on plantait des arbres partout où ils peuvent venir sans nuire à d&#039;autres produits, non seulement le pays en serait fort embelli, non seulement il serait rendu plus salubre, non seulement ces arbres multipliés provoqueraient des pluies fécondantes ; mais le seul produit de leur bois, dans une contrée un peu étendue, s&#039;élèverait à des valeurs considérables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les arbres ont cet avantage que leur production est due presque entièrement au travail de la nature, celui de l&#039;homme se bornant à l&#039;acte de la plantation. Mais planter ne suffit pas : il faut n&#039;être pas tourmenté du désir d&#039;abattre. Alors cette tige, maigre et frêle dans l&#039;origine, se nourrit peu à peu des sucs précieux de la terre et de l&#039;atmosphère ; sans que l&#039;agriculture s&#039;en mêle, son tronc s&#039;enfle et se durcit, sa taille s&#039;élève, ses vastes rameaux se balancent dans l&#039;air. L&#039;arbre ne demande à l&#039;homme que d&#039;en être oublié pendant quelques années ; et pour récompense (lors même qu&#039;il ne donne pas de récoltes annuelles), parvenu à l&#039;âge de la force, il livre à la charpente, à la menuiserie, au charronnage, à nos foyers, le trésor de son bois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De tout temps, la plantation et le respect des arbres ont été fortement recommandés par les meilleurs esprits. L&#039;historien de Cyrus met au nombre des titres de gloire de ce prince, d&#039;avoir planté toute l&#039;Asie mineure. En certains pays, quand un cultivateur se voit père d&#039;une fille, il plante un petit bois qui grandit avec l&#039;enfant, et fournit sa dot au moment où elle se marie. Sully, qui avait tant de vues économiques, a planté, dans presque toutes les provinces de France, un très grand nombre d&#039;arbres : j&#039;en ai vu plusieurs auxquels la vénération publique attachait encore son nom, et ils me rappelaient ce mot d&#039;Addison, qui, chaque fois qu&#039;il voyait une plantation, s&#039;écriait : &#039;&#039;un homme utile a passé par-là&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu&#039;ici, nous nous sommes occupés des agents essentiels de la production, des agents sans lesquels l&#039;homme n&#039;aurait d&#039;autres moyens d&#039;exister et de jouir que ceux que lui offre spontanément la nature, et qui sont bien rares et bien peu variés. Après avoir exposé la manière dont ces agents, chacun en ce qui les concerne, et tous réunis, concourent à la production, nous avons repris l&#039;examen de l&#039;action de chacun d&#039;eux en particulier, pour en acquérir une connaissance plus complète. Nous allons examiner maintenant les causes accidentelles et étrangères à la production, qui favorisent ou contrarient l&#039;action des agents productifs.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XII|Des capitaux improductifs]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIV|Du droit de propriété]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XIV&amp;diff=1884</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIV</title>
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		<updated>2008-05-01T16:47:10Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIII|Des produits immatériels, ou des valeurs qui sont consommées au moment de leur production]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XV|Des débouchés]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XIV - Du droit de propriété.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Le philosophe spéculatif peut s&#039;occuper à chercher les vrais fondements du droit de propriété ; le jurisconsulte peut établir les règles qui président à la transmission des choses possédées ; la science politique peut montrer quelles sont les plus sûres garanties de ce droit ; quant à l&#039;économie politique, elle ne considère la propriété que comme le plus puissant des encouragements à la multiplication des richesses. Elle s&#039;occupera peu de ce qui la fonde et la garantit, pourvu qu&#039;elle soit assurée. On sent, en effet, que ce serait en vain que les lois consacreraient la propriété, si le gouvernement ne savait pas faire respecter les lois, s&#039;il était au-dessus de son pouvoir de réprimer le brigandage ; s&#039;il l&#039;exerçait lui-même ; si la complication des dispositions législatives et les subtilités de la chicane rendaient tout le monde incertain dans sa possession. On ne peut dire que la propriété existe que là où elle existe non seulement de droit, mais de fait. C&#039;est alors seulement que l&#039;industrie obtient sa récompense naturelle et qu&#039;elle tire le plus grand parti possible de ses instruments : les capitaux et les terres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a des vérités tellement évidentes, qu&#039;il paraît tout-à-fait superflu d&#039;entreprendre de les prouver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celle-là est du nombre. Qui ne sait que la certitude de jouir du fruit de ses terres, de ses capitaux, de son labeur, ne soit le plus puissant encouragement qu&#039;on puisse trouver à les faire valoir ? Qui ne sait qu&#039;en général nul ne connaît mieux que le propriétaire le parti qu&#039;on peut tirer de sa chose, et que nul ne met plus de diligence à la conserver ? Mais en même temps combien, dans la pratique, ne s&#039;écarte-t-on pas de ce respect des propriétés qu&#039;on juge si avantageux en théorie ! Sur quels faibles motifs n&#039;en propose-t-on pas souvent la violation ! Et cette violation, qui devrait exciter naturellement quelque indignation, qu&#039;elle est facilement excusée par ceux qui n&#039;en sont pas victimes ! Tant il y a peu de gens qui sentent avec quelque vivacité ce qui ne les blesse pas directement, ou qui, sentant vivement, sachent agir comme ils savent penser !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;y a point de propriété assurée partout où un despote peut s&#039;emparer, sans leur consentement, de la propriété de ses sujets. La propriété n&#039;est guère plus assurée, lorsque le consentement n&#039;est qu&#039;illusoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, en Angleterre, où les impôts ne peuvent être établis que par les représentants de la nation, le ministère disposait de la majorité des votes, soit au moyen de l&#039;influence qu&#039;il exerce sur les élections, soit en raison de la multitude de places dont on lui a imprudemment laissé la distribution, alors l&#039;impôt ne serait réellement pas voté par des représentants de la nation ; ceux qu&#039;on qualifierait ainsi ne seraient, dans le fait, que les représentants du ministère ; et le peuple anglais ferait forcément des sacrifices énormes pour soutenir une politique qui ne lui serait nullement favorable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je remarquerai qu&#039;on peut violer le droit de propriété, non seulement en s&#039;emparant des produits qu&#039;un homme doit à ses terres, à ses capitaux, ou à son industrie, mais encore en le gênant dans le libre emploi de ces mêmes moyens de production ; car le droit de propriété, ainsi que le définissent les jurisconsultes, est le droit d&#039;user, et même d&#039;abuser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, c&#039;est violer la propriété territoriale que de prescrire à un propriétaire ce qu&#039;il doit semer ou planter, que de lui interdire telle culture ou tel mode de culture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est violer la propriété du capitaliste que de lui interdire tel ou tel emploi de capitaux, comme lorsqu&#039;on ne lui permet pas de faire des magasins de blé, ou lorsqu&#039;on l&#039;oblige de porter son argenterie à la monnaie, ou bien qu&#039;on l&#039;empêche de bâtir sur son terrain, ou lorsqu&#039;on lui prescrit la manière de bâtir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On viole encore la propriété du capitaliste, lorsque, après qu&#039;il a des fonds engagés dans une industrie quelconque, on prohibe ce genre d&#039;industrie, ou qu&#039;on le surcharge de droits tellement onéreux, qu&#039;ils équivalent à une prohibition. C&#039;est ce qui est arrivé sous le gouvernement de Bonaparte relativement au sucre de canne, dont la consommation fut réduite des quatre cinquièmes. Le même gouvernement s&#039;empara de la fabrication exclusive du tabac, au grand détriment de la culture et des manufactures qui s&#039;occupaient de ce produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est violer la propriété industrielle d&#039;un homme que de lui interdire l&#039;usage de ses talents et de ses facultés, si ce n&#039;est dans le cas où ils attentent aux droits d&#039;un autre homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est encore violer la propriété industrielle que de mettre un homme en réquisition pour certains travaux, lorsqu&#039;il a jugé à propos de se consacrer à d&#039;autres travaux ; comme lorsqu&#039;on force un homme qui a étudié les arts ou le commerce, à suivre le métier de la guerre, ou simplement à faire un service militaire accidentel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je sais fort bien que le maintien de l&#039;ordre social, qui garantit la propriété, passe avant la propriété même ; mais il ne faut pas que la conservation de l&#039;ordre puisse servir de prétexte aux vexations du pouvoir, ni que la subordination donne naissance au&lt;br /&gt;
privilège. L&#039;industrie a besoin de garanties contre ces abus, et jamais on ne lui voit prendre un véritable développement dans les lieux où commande une autorité sans contrepoids.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les contributions publiques, même lorsqu&#039;elles sont consenties par la nation, sont une violation des propriétés, puisqu&#039;on ne peut lever des valeurs qu&#039;en les prenant sur celles qu&#039;ont produites les terres, les capitaux et l&#039;industrie des particuliers ; aussi toutes les fois qu&#039;elles excèdent la somme indispensable pour la conservation de la société, il est permis de les considérer comme une spoliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a quelques autres cas excessivement rares, où l&#039;on peut, avec quelque avantage, intervenir entre le particulier et sa propriété. C&#039;est ainsi que, dans les pays où l&#039;on reconnaît ce malheureux droit de l&#039;homme sur l&#039;homme, droit qui blesse tous les autres, on pose cependant certaines bornes au pouvoir du maître sur l&#039;esclave ; c&#039;est encore ainsi que la crainte de provoquer le dessèchement des cours d&#039;eau, ou la nécessité de procurer à la société des bois de marine ou de charpente dont on ne saurait se passer, fait tolérer des règlements relatifs à la coupe des forêts particulières ; et que la crainte de perdre les minéraux qu&#039;enferme le sol, impose quelquefois au gouvernement l&#039;obligation de se mêler de l&#039;exploitation des mines. On sent en effet que, si la manière d&#039;exploiter restait entièrement libre, un défaut d&#039;intelligence, une avidité trop impatiente, ou des capitaux insuffisants, pourraient conseiller à un propriétaire des fouilles superficielles qui épuiseraient les portions les plus apparentes et souvent les moins fécondes d&#039;une veine, et feraient perdre la trace des plus riches filons. Quelquefois une veine minérale passe au-dessous du sol de plusieurs propriétaires, mais l&#039;accès n&#039;en est praticable que par une seule propriété ; il faut bien, dans ce cas, vaincre la volonté d&#039;un propriétaire récalcitrant, et déterminer le mode d&#039;exploitation ; encore n&#039;oserais-je pas répondre qu&#039;il ne fût préférable de respecter son travers, et que la société ne gagnât davantage à maintenir inviolablement les droits d&#039;un&lt;br /&gt;
propriétaire, qu&#039;à jouir de quelques mines de plus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, la sûreté publique exige quelquefois impérieusement le sacrifice de la propriété particulière, et l&#039;indemnité qu&#039;on donne en pareil cas n&#039;empêche pas qu&#039;il n&#039;y ait violation de propriété : car le droit de propriété embrasse la libre disposition du bien ; et le sacrifice du bien, moyennant une indemnité, est une disposition forcée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque l&#039;autorité publique n&#039;est pas spoliatrice elle-même, elle procure aux nations le plus grand des bienfaits, celui de les garantir des spoliateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans cette protection, qui prête le secours de tous aux besoins d&#039;un seul, il est impossible de concevoir aucun développement important des facultés productives de l&#039;homme, des terres et des capitaux ; il est impossible de concevoir l&#039;existence des capitaux eux-mêmes, puisqu&#039;ils ne sont que des valeurs accumulées et travaillant sous la sauvegarde de l&#039;autorité publique. C&#039;est pour cette raison que jamais aucune nation n&#039;est parvenue à quelque degré d&#039;opulence sans avoir été soumise à un gouvernement régulier ; c&#039;est à la sûreté que procure l&#039;organisation politique que les peuples policés doivent, non seulement les productions innombrables et variées qui satisfont à leurs besoins, mais encore les beaux-arts, les loisirs, fruits de quelques accumulations, et sans lesquels ils ne pourraient pas cultiver les dons de l&#039;esprit, ni par conséquent s&#039;élever à toute la dignité que comporte la nature de l&#039;homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pauvre lui-même, celui qui ne possède rien, n&#039;est pas moins intéressé que le riche au respect des droits de la propriété. Il ne peut tirer parti de ses facultés qu&#039;à l&#039;aide des accumulations qui ont été faites et protégées ; tout ce qui s&#039;oppose à ces accumulations, ou les dissipe, nuit essentiellement à ses moyens de gagner ; et la misère, le dépérissement des classes indigentes, suit toujours le pillage et la ruine des classes riches. C&#039;est par un sentiment confus de cette utilité du droit de propriété, autant qu&#039;à cause de l&#039;intérêt privé des riches, que, chez toutes les nations civilisées, l&#039;atteinte portée aux propriétés est poursuivie et punie comme un crime.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;étude de l&#039;économie politique est très propre à justifier et à fortifier cette législation, et elle explique pourquoi les heureux effets du droit de propriété sont d&#039;autant plus frappants, qu&#039;il est mieux garanti par la constitution politique.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIII|Des produits immatériels, ou des valeurs qui sont consommées au moment de leur production]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XV|Des débouchés]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Dboring</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_Livre_I_-_Chapitre_XIV&amp;diff=1883</id>
		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIV</title>
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		<updated>2008-05-01T16:46:07Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Dboring : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIII|Des produits immatériels, ou des valeurs qui sont consommées au moment de leur production]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XV|Des débouchés]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say]]|Livre Premier&amp;lt;br /&amp;gt;Chapitre XIV - Du droit de propriété.}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Le philosophe spéculatif peut s&#039;occuper à chercher les vrais fondements du droit de propriété ; le jurisconsulte peut établir les règles qui président à la transmission des choses possédées ; la science politique peut montrer quelles sont les plus sûres garanties de ce droit ; quant à l&#039;économie politique, elle ne considère la propriété que comme le plus puissant des encouragements à la multiplication des richesses. Elle s&#039;occupera peu de ce qui la fonde et la garantit, pourvu qu&#039;elle soit assurée. On sent, en effet, que ce serait en vain que les lois consacreraient la propriété, si le gouvernement ne savait pas faire respecter les lois, s&#039;il était au-dessus de son pouvoir de réprimer le brigandage ; s&#039;il l&#039;exerçait lui-même ; si la complication des dispositions législatives et les subtilités de la chicane rendaient tout le monde incertain dans sa possession. On ne peut dire que la propriété existe que là où elle existe non seulement de droit, mais de fait. C&#039;est alors seulement que l&#039;industrie obtient sa récompense naturelle et qu&#039;elle tire le plus grand parti possible de ses instruments : les capitaux et les terres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a des vérités tellement évidentes, qu&#039;il paraît tout-à-fait superflu d&#039;entreprendre de les prouver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celle-là est du nombre. Qui ne sait que la certitude de jouir du fruit de ses terres, de ses capitaux, de son labeur, ne soit le plus puissant encouragement qu&#039;on puisse trouver à les faire valoir ? Qui ne sait qu&#039;en général nul ne connaît mieux que le propriétaire le parti qu&#039;on peut tirer de sa chose, et que nul ne met plus de diligence à la conserver ? Mais en même temps combien, dans la pratique, ne s&#039;écarte-t-on pas de ce respect des propriétés qu&#039;on juge si avantageux en théorie ! Sur quels faibles motifs n&#039;en propose-t-on pas souvent la violation ! Et cette violation, qui devrait exciter naturellement quelque indignation, qu&#039;elle est facilement excusée par ceux qui n&#039;en sont pas victimes ! Tant il y a peu de gens qui sentent avec quelque vivacité ce qui ne les blesse pas directement, ou qui, sentant vivement, sachent agir comme ils savent penser !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;y a point de propriété assurée partout où un despote peut s&#039;emparer, sans leur consentement, de la propriété de ses sujets. La propriété n&#039;est guère plus assurée, lorsque le consentement n&#039;est qu&#039;illusoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, en Angleterre, où les impôts ne peuvent être établis que par les représentants de la nation, le ministère disposait de la majorité des votes, soit au moyen de l&#039;influence qu&#039;il exerce sur les élections, soit en raison de la multitude de places dont on lui a imprudemment laissé la distribution, alors l&#039;impôt ne serait réellement pas voté par des représentants de la nation ; ceux qu&#039;on qualifierait ainsi ne seraient, dans le fait, que les représentants du ministère ; et le peuple anglais ferait forcément des sacrifices énormes pour soutenir une politique qui ne lui serait nullement favorable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je remarquerai qu&#039;on peut violer le droit de propriété, non seulement en s&#039;emparant des produits qu&#039;un homme doit à ses terres, à ses capitaux, ou à son industrie, mais encore en le gênant dans le libre emploi de ces mêmes moyens de production ; car le droit de propriété, ainsi que le définissent les jurisconsultes, est le droit d&#039;user, et même d&#039;abuser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, c&#039;est violer la propriété territoriale que de prescrire à un propriétaire ce qu&#039;il doit semer ou planter, que de lui interdire telle culture ou tel mode de culture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est violer la propriété du capitaliste que de lui interdire tel ou tel emploi de capitaux, comme lorsqu&#039;on ne lui permet pas de faire des magasins de blé, ou lorsqu&#039;on l&#039;oblige de porter son argenterie à la monnaie, ou bien qu&#039;on l&#039;empêche de bâtir sur son terrain, ou lorsqu&#039;on lui prescrit la manière de bâtir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On viole encore la propriété du capitaliste, lorsque, après qu&#039;il a des fonds engagés dans une industrie quelconque, on prohibe ce genre d&#039;industrie, ou qu&#039;on le surcharge de droits tellement onéreux, qu&#039;ils équivalent à une prohibition. C&#039;est ce qui est arrivé sous le gouvernement de Bonaparte relativement au sucre de canne, dont la consommation fut réduite des quatre cinquièmes. Le même gouvernement s&#039;empara de la fabrication exclusive du tabac, au grand détriment de la culture et des manufactures qui s&#039;occupaient de ce produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est violer la propriété industrielle d&#039;un homme que de lui interdire l&#039;usage de ses talents et de ses facultés, si ce n&#039;est dans le cas où ils attentent aux droits d&#039;un autre homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est encore violer la propriété industrielle que de mettre un homme en réquisition pour certains travaux, lorsqu&#039;il a jugé à propos de se consacrer à d&#039;autres travaux ; comme lorsqu&#039;on force un homme qui a étudié les arts ou le commerce, à suivre le métier de la guerre, ou simplement à faire un service militaire accidentel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je sais fort bien que le maintien de l&#039;ordre social, qui garantit la propriété, passe avant la propriété même ; mais il ne faut pas que la conservation de l&#039;ordre puisse servir de prétexte aux vexations du pouvoir, ni que la subordination donne naissance au&lt;br /&gt;
privilège. L&#039;industrie a besoin de garanties contre ces abus, et jamais on ne lui voit prendre un véritable développement dans les lieux où commande une autorité sans contrepoids.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les contributions publiques, même lorsqu&#039;elles sont consenties par la nation, sont une violation des propriétés, puisqu&#039;on ne peut lever des valeurs qu&#039;en les prenant sur celles qu&#039;ont produites les terres, les capitaux et l&#039;industrie des particuliers ; aussi toutes les fois qu&#039;elles excèdent la somme indispensable pour la conservation de la société, il est permis de les considérer comme une spoliation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a quelques autres cas excessivement rares, où l&#039;on peut, avec quelque avantage, intervenir entre le particulier et sa propriété. C&#039;est ainsi que, dans les pays où l&#039;on reconnaît ce malheureux droit de l&#039;homme sur l&#039;homme, droit qui blesse tous les autres, on pose cependant certaines bornes au pouvoir du maître sur l&#039;esclave ; c&#039;est encore ainsi que la crainte de provoquer le dessèchement des cours d&#039;eau, ou la nécessité de procurer à la société des bois de marine ou de charpente dont on ne saurait se passer, fait tolérer des règlements relatifs à la coupe des forêts particulières ; et que la crainte de perdre les minéraux qu&#039;enferme le sol, impose quelquefois au gouvernement l&#039;obligation de se mêler de l&#039;exploitation des mines. On sent en effet que, si la manière d&#039;exploiter restait entièrement libre, un défaut d&#039;intelligence, une avidité trop impatiente, ou des capitaux insuffisants, pourraient conseiller à un propriétaire des fouilles superficielles qui épuiseraient les portions les plus apparentes et souvent les moins fécondes d&#039;une veine, et feraient perdre la trace des plus riches filons. Quelquefois une veine minérale passe au-dessous du sol de plusieurs propriétaires, mais l&#039;accès n&#039;en est praticable que par une seule propriété ; il faut bien, dans ce cas, vaincre la volonté d&#039;un propriétaire récalcitrant, et déterminer le mode d&#039;exploitation ; encore n&#039;oserais-je pas répondre qu&#039;il ne fût préférable de respecter son travers, et que la société ne gagnât davantage à maintenir inviolablement les droits d&#039;un&lt;br /&gt;
propriétaire, qu&#039;à jouir de quelques mines de plus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, la sûreté publique exige quelquefois impérieusement le sacrifice de la propriété particulière, et l&#039;indemnité qu&#039;on donne en pareil cas n&#039;empêche pas qu&#039;il n&#039;y ait violation de propriété : car le droit de propriété embrasse la libre disposition du bien ; et le sacrifice du bien, moyennant une indemnité, est une disposition forcée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque l&#039;autorité publique n&#039;est pas spoliatrice elle-même, elle procure aux nations le plus grand des bienfaits, celui de les garantir des spoliateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans cette protection, qui prête le secours de tous aux besoins d&#039;un seul, il est impossible de concevoir aucun développement important des facultés productives de l&#039;homme, des terres et des capitaux ; il est impossible de concevoir l&#039;existence des capitaux eux-mêmes, puisqu&#039;ils ne sont que des valeurs accumulées et travaillant sous la sauvegarde de l&#039;autorité publique. C&#039;est pour cette raison que jamais aucune nation n&#039;est parvenue à quelque degré d&#039;opulence sans avoir été soumise à un gouvernement régulier ; c&#039;est à la sûreté que procure l&#039;organisation politique que les peuples policés doivent, non seulement les productions innombrables et variées qui satisfont à leurs besoins, mais encore les beaux-arts, les loisirs, fruits de quelques accumulations, et sans lesquels ils ne pourraient pas cultiver les dons de l&#039;esprit, ni par conséquent s&#039;élever à toute la dignité que comporte la nature de l&#039;homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pauvre lui-même, celui qui ne possède rien, n&#039;est pas moins intéressé que le riche au respect des droits de la propriété. Il ne peut tirer parti de ses facultés qu&#039;à l&#039;aide des accumulations qui ont été faites et protégées ; tout ce qui s&#039;oppose à ces accumulations, ou les dissipe, nuit essentiellement à ses moyens de gagner ; et la misère, le dépérissement des classes indigentes, suit toujours le pillage et la ruine des classes riches. C&#039;est par un sentiment confus de cette utilité du droit de propriété, autant qu&#039;à cause de l&#039;intérêt privé des riches, que, chez toutes les nations civilisées, l&#039;atteinte portée aux propriétés est poursuivie et punie comme un crime.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;étude de l&#039;économie politique est très propre à justifier et à fortifier cette législation, et elle explique pourquoi les heureux effets du droit de propriété sont d&#039;autant plus frappants, qu&#039;il est mieux garanti par la constitution politique.&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XIII|Des produits immatériels, ou des valeurs qui sont consommées au moment de leur production]]|[[Jean-Baptiste Say]]&amp;amp;nbsp;-&amp;amp;nbsp;[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - Livre I - Chapitre XV|Des débouchés]]}}&lt;/div&gt;</summary>
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