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	<title>Librairal - Contributions [fr]</title>
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		<title>Collectif:Aux sources du modèle libéral français - La vitalité de la pensée libérale à la fin de l&#039;Ancien Régime</title>
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		<updated>2010-11-16T23:46:39Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : eeeeuh ça marche&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Collectif:Aux sources du modèle libéral français - Marché politique et droits de propriété. Les origines institutionnelles du retard français|Marché politique et droits de propriété. Les origines institutionnelles du retard français]]|[[Collectif]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Collectif:Aux Sources du modèle libéral français|Aux Sources du modèle libéral français]]|[[Collectif:Aux sources du modèle libéral français - Turgot : le vrai sens de « laissez-faire ! »|Turgot : le vrai sens de « laissez-faire ! »]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Collectif:Aux sources du modèle libéral français - La vitalité de la pensée libérale à la fin de l&#039;Ancien Régime|La vitalité de la pensée libérale à la fin de l&#039;Ancien Régime]]|[[:wl:Jacques Garello|Jacques Garello]]|}}&lt;br /&gt;
{{Infobox livre|titre=&#039;&#039;Aux Sources du modèle libéral français&#039;&#039;&lt;br /&gt;
|original = &lt;br /&gt;
|couverture =[[Fichier:9782262012069.jpg|150px]]&lt;br /&gt;
|auteur = Collectif&lt;br /&gt;
|genre = [[:Catégorie:histoire|histoire]]&lt;br /&gt;
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|résumé = &lt;br /&gt;
|interwiki =&lt;br /&gt;
|amazon =&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Deux grands courants intellectuels ont particulièrement marqué la période précédant la Révolution française : le rationalisme français et le jusnaturalisme anglais. Entre Descartes et Locke, entre positivisme et individualisme, se développe un mouvement de réflexion qui va donner naissance au libéralisme moderne, prônant à la fois le rejet de la société ancienne -mercantiliste et étatiste - et la croyance dans l&#039;ordre spontané fondé sur la capacité naturelle de l&#039;homme à s&#039;auto-organiser.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que je ne sois pas historien, j&#039;ai finalement accepté l&#039;invitation d&#039;Henri Lepage de traiter ce sujet, car Hayek a pu dire que &amp;quot; l&#039;économiste qui n&#039;est qu&#039;un économiste est un mauvais économiste &amp;quot;. Je ne sais si cela va faire de moi un bon économiste, mais j&#039;échapperai au moins au reproche de n&#039;être qu&#039;un économiste, puisque de temps en temps je m&#039;essaie dans l&#039;histoire de la pensée économique. J&#039;enseigne en effet ce que je crois être l&#039;histoire des idées à l&#039;Université d&#039;Aix-Marseille avec des présentations qui, parfois, surprennent mes étudiants. L&#039;année dernière, par exemple, j&#039;ai donné comme sujet à la session de juin : &amp;quot; 1776 &amp;quot;. Tous les étudiants savent que c&#039;est la date de parution de La richesse des nations, qui est un peu le bulletin de naissance de la science économique, puisque mon grand maître, qui lui était un véritable historien, Georges-Henri Bousquet, spécialiste de la pensée d&#039;Adam Smith, a qualifié Adam Smith de &amp;quot; véritable père de l&#039;économie politique &amp;quot;. 1776, c&#039;est donc l&#039;acte de naissance de la science économique contemporaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les étudiants savent aussi que 1776 est la date de l&#039;édit de Turgot sur les corporations. On supprime les corporations ; pas pour très longtemps, ainsi qu&#039;on le verra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que l&#039;on sait moins, c&#039;est que 1776 est aussi la date de publication d&#039;un ouvrage de Condillac, qui s&#039;intitule Le commerce et les gouvernements considérés relativement l&#039;un à l&#039;autre. Condillac est un auteur que l&#039;on a oublié souvent, du moins chez les économistes ; cependant, il y a un assez grand intérêt à s&#039;interroger sur ce qu&#039;il a pu dire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques étudiants savent également qu&#039;en 1776, David Hume était en train de rendre son dernier soupir ; David Hume, c&#039;est important, c&#039;est Turgot, c&#039;est Adam Smith surtout. Et puis accessoirement, quelques esprits plus ouverts savaient qu&#039;en 1776, le 4 juillet, il y a eut une déclaration d&#039;indépendance américaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dire qu&#039;autour de cette année 1776, il va y avoir des évènements, des idées, des courants d&#039;opinion assez multiples. Est-ce que tout cela donne un mouvement des idées économiques ? Je me contenterai ici de parler des &amp;quot; idées &amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il aurait été tout aussi intéressant peut-être de parler des institutions. C&#039;est Douglass North, dont je ne sais pas s&#039;il est un historien économiste ou un économiste historien (mais dont j&#039;ai la certitude qu&#039;il est le prix Nobel d&#039;économie le plus récent), qui nous dit que l&#039;on s&#039;intéresse beaucoup trop à l&#039;évolution des faits et des idées, pas assez à celle des institutions. Et il est vrai qu&#039;il est intéressant de noter, comme cela a été esquissé la dernière fois par Monsieur Meyer, les changements profonds de structures de la société européenne avec notamment trois évolutions institutionnelles majeures :&lt;br /&gt;
*un changement dans l&#039;organisation du droit de propriété (en Angleterre les enclosures en particulier) ;&lt;br /&gt;
*l&#039;avènement du parlementarisme ;&lt;br /&gt;
*et enfin, et non le moindre, l&#039;apparition d&#039;une nouvelle organisation de l&#039;entreprise qui rompt avec le schéma productif artisanal pour entrer dans la logique de la manufacture ou de l&#039;usine telles qu&#039;on les conçoit aujourd&#039;hui, avec pour base un contrat de travail tel que nous le pratiquons quotidiennement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je laisserai de côté ce mouvement des institutions, bien qu&#039;il mérite sans doute davantage notre attention, pour me concentrer sur le mouvement des idées, et des idées &amp;quot; économiques &amp;quot;. Car on vient juste de commencer d&#039;ériger la science économique en une science autonome. C&#039;est une autonomie toute relative d&#039;ailleurs, et les premiers économistes - Adam Smith, Hume, Condillac, les Physiocrates, Turgot - sont en même temps des philosophes, des juristes, des historiens, des littérateurs, et ainsi de suite. C&#039;est une science économique qui vient d&#039;émerger, mais qui, pour remplir son office, doit déjà être pluridisciplinaire. Voici déjà ce que disait David Hume concernant les phénomènes économiques &amp;quot; Il faut les envisager dans toute leur complexité, les examiner successivement par tous les points de vue ; la simplicité n&#039;est pas dans la nature de la société humaine. On ne peut pénétrer les causes des&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième tradition est celle des philosophes et des juristes anglais ce sont essentiellement les gens qui ont insisté sur les droits individuels, sur le droit de propriété, sur les droits naturels. On vient juste de traduire en France deux grands prêtres du droit naturel que sont Grotius et Pufendorf, et on connaît les travaux de Locke, de Hobbes, on va connaître David Hume, qui va passer en France trois ans. L&#039;influence des Ecossais ou des Anglais est telle qu&#039;en 1734 Voltaire donne le sous-titre &#039;&#039;Lettres Anglaises&#039;&#039; à l&#039;une des ses œuvres. On parle aussi des anglomaniaques, ces gens qui regardent de l&#039;autre côté de la Manche pour y prendre de nouvelles idées. Tout cela arrive en France et se combine dans une alchimie qui n&#039;est pas toujours bien connue, et les gens ne sont pas toujours très faciles à classer. Par exemple Montesquieu est plus Français qu&#039;Anglais, d&#039;un côté il subit l&#039;influence de Locke, de l&#039;autre côté il est un bon juriste français traditionnel, très attaché aux droits des parlements. Il est en fait beaucoup plus absolutiste qu&#039;on ne le dit en général, c&#039;est au fond un haut fonctionnaire, et si l&#039;ENA avait existé à l&#039;époque il en serait sûrement sorti. Il a les réflexes du grand serviteur de l&#039;Etat beaucoup plus que du libéral qu&#039;on présente assez souvent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A partir de ces influences majeures nous verrons des branches très diverses se multiplier, et tout cela donne un &amp;quot; mouvement &amp;quot;. Car ces idées s&#039;échangent, ces idées bougent, ces idées progressent. Il faut d&#039;abord se rendre compte que ce mouvement est européen ; il n&#039;y a pas de nationalisme de la pensée - il n&#039;y avait pas eu à cette époque une loi interdisant de se référer à des cultures étrangères. La culture était universelle, il y a un genre de cosmopolitisme intellectuel, et les gens circulent dans cette Europe. II est bien connu que Voltaire a prêché sa philosophie du despotisme éclairé un peu partout, et aussi bien chez Frédéric II de Prusse que chez Catherine ou en Autriche encore. Il y a aussi des Anglais qui viennent en France - David Hume passe trois ans en France, Adam Smith fait un voyage de quatre ans avec le duc de Buccley ; c&#039;est à ce moment là qu&#039;il rencontre Turgot, en particulier, et la plupart des Physiocrates, et l&#039;influence de Turgot sur Adam Smith est absolument incontestable. Ces gens là sont aussi en relation avec l&#039;Amérique, les Etats-Unis qui sont en train de se forger, de se former, de se proclamer, et des gens comme Jefferson ont des liens avec les Physiocrates ; Jefferson est admiratif de Turgot et dit &amp;quot; Pourquoi ne fait-on pas traduire Turgot en anglais pour que l&#039;on puisse avoir sa pensée féconde sur le nouveau continent &amp;quot; ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au niveau interne aussi le mouvement est très puissant parce qu&#039;il y a des cercles de pensée très nombreux ; il ne faut pas oublier que le XVIIIème siècle est dominé par la maçonnerie, qui à cette époque a un style très particulier. Ce sont des clubs de pensée essentiellement, la dimension religieuse est peut-être moins présente qu&#039;elle ne l&#039;est aujourd&#039;hui et surtout il y a les esprits éclairés, qui veulent connaître les idées du jour. Alors on débat, et il est sûr que cela va entraîner beaucoup de discussions dans les clubs, et comme nous le savons les clubs vont jouer un rôle déterminant dans la Révolution, dans son inspiration, et puis même dans son déroulement (mais, de cela, il appartiendra à François Crouzet de parler la prochaine fois).&lt;br /&gt;
Il est certain que le mouvement des idées fait que les idées ont été en mouvement et que ces idées ont été transformées en Révolution Française. Voilà un mouvement qui intervient dans cette Europe des Lumières au moment où se forme la science économique. Dans cet environnement intellectuel, et aussi dans ce cloisonnement, comment essayer de voir quelques traits dominants, comment la dynamique libérale va-t-elle se manifester ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se manifeste sous la forme d&#039;un slogan, extrêmement puissant, c&#039;est le fameux &amp;quot; Laissez faire, laissez passer &amp;quot;. La liberté, c&#039;est d&#039;abord cette conclusion. Le mot est-il dû à un commerçant drapier en visite chez Colbert au XVIIème siècle, ou bien est-il de Vincent de Gournay ? En tous les cas on le trouve chez Vincent de Gournay, un homme très important. Turgot écrira d&#039;ailleurs un &amp;quot; éloge à Vincent de Gournay &amp;quot;. C&#039;est un super-intendant des finances, et il a déjà des idées très précises concernant la liberté du commerce et la liberté d&#039;entreprise. Car &amp;quot; Laissez faire, laissez passer &amp;quot; : laissez faire, cela veut dire en finir avec les réglementations qui pèsent sur la production ; laissez passer, cela veut dire en finir avec le protectionnisme interne ou international. C&#039;est un bon slogan, c&#039;est d&#039;ailleurs, encore aujourd&#039;hui, je crois, le slogan des libéraux. Seulement ce n&#039;est qu&#039;un slogan, derrière cela, il y a une analyse, une conclusion. Quelle est l&#039;analyse ? Elle est moins brillante que le slogan ; elle est assez contrastée, il y a souvent des erreurs sur la réalité économique et sociale du moment, les gens sont en train de vivre des mutations importantes certes, mais avec un certain manque de lucidité lié au fait qu&#039;il faut un recul pour prendre conscience de ces périodes d&#039;accélération et de changement.&lt;br /&gt;
Les analyses libérales de l&#039;époque sont un peu boiteuses, elles ont un aspect négatif qui me paraît très contestable, l&#039;aspect positif me paraît plus assuré. L&#039;aspect négatif c&#039;est la réaction contre le changement organisé ; le premier point de la pensée libérale de l&#039;époque, c&#039;est un rejet de la société telle que les gens l&#039;observaient et la comprenaient. L&#039;aspect positif qui me paraît plus affirmé, c&#039;est la confiance dans l&#039;ordre spontané progressif Regardons un peu plus en détail ces aspects, le négatif et le positif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Réaction contre le changement organisé==&lt;br /&gt;
Nous sommes incontestablement dans une période où le monde change. Sous la forme du capitalisme que Marx analysera très imparfaitement, il est certain que les choses commencent à bouger très sérieusement dans cette deuxième moitié du XVIIIème siècle. Le problème c&#039;est que le changement se fait dans un climat politique très particulier qui est celui du mercantilisme. On a parlé du mercantilisme au XVIIIème siècle, et nous savons que pour l&#039;instant on pense que le progrès économique passe par l&#039;intervention de l&#039;Etat, passe par l&#039;économie dirigée. Pour certains c&#039;est absolument sans réserves, pour d&#039;autres, si Mat n&#039;intervient pas cela pourrait être pire encore. Donc qu&#039;il s&#039;agisse d&#039;un mercantilisme délibéré ou d&#039;un mercantilisme subi, on a pas encore imaginé à l&#039;époque qu&#039;on puisse faire décoller une économie nationale sans appel à l&#039;Etat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque je parle de réaction contre le changement organisé, au fond cette réaction est double : c&#039;est d&#039;abord une réaction contre le changement, puis une réaction contre le dirigisme. Et c&#039;est de là que va venir l&#039;ambigüité, parce que nous allons voir des économistes et des penseurs qui sont bien sûr contre l&#039;Etat, contre le mercantilisme, mais ne sont-ils pas en même temps contre le progrès ? Il faut savoir si la réaction n&#039;est pas d&#039;abord contre le changement et ensuite contre le dirigisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Réaction contre le changement===&lt;br /&gt;
C&#039;est la position des physiocrates. Ils sont avant tout des réactionnaires. Ce sont des gens qui ont sous les yeux les différentes techniques industrielles, les nouvelles techniques financières, et ils n&#039;en sont pas très heureux. Ils sont contre cette nouvelle mode de tout sacrifier à l&#039;industrie, de tout sacrifier â la finance, et prônent donc le retour à ta terre. Les physiocrates se font connaître par le fameux article de l&#039;Encyclopédie, écrit par le non moins fameux docteur Quesnay, dont on sait qu&#039;il est le médecin du Roi et le protégé de Mme de Pompadour ; c&#039;est aux deux rubriques &amp;quot; fermier &amp;quot; et &amp;quot; grain &amp;quot;, qu&#039;on va trouver l&#039;acte constitutif de ce qu&#039;on va appeler la secte des Physiocrates. Ils croient au pouvoir de la nature, à l&#039;existence d&#039;un ordre naturel mais au delà de la nature-système ils visent la terre en tant que mère nourricière et productrice. La terre seule source de richesse : alors que les contemporains sont en train de poursuivre des chimères et de rechercher le succès et la réussite à travers la monnaie, à travers les manipulations financières, voire à travers l&#039;industrie. Pour les Physiocrates, l&#039;industrie est purement stérile, elle ne fait que transformer les richesses, elle ne les crée pas ; seule l&#039;agriculture est source de produits nets. Et voici la position de celui qui, après Quesnay, sera sans doute le plus en vue des Physiocrates de la première génération, il s&#039;agit du Marquis de Mirabeau, le père du célèbre constituant : &amp;quot; Détournez-vous donc la vue des lieux où l&#039;on cherche les mines et la poudre d&#039;or ; laissez aux aveugles le soin de s&#039;ensevelir dans les entrailles de la terre, c&#039;est sa surface qu&#039;il faut couvrir et vivifier. Les richesses se trouvent partout où il y a des hommes &amp;quot;. Car ils sont aussi populationnistes, ce qui signifie pour eux qu&#039;ils ont une conception très productiviste de la valeur ; la valeur intrinsèque, c&#039;est la valeur des facteurs de production, de la terre qu&#039;on a utilisée, et des hommes qui ont fécondé cette terre. Voilà où naît la vraie richesse, n&#039;allez pas la chercher du côté de l&#039;argent, des manipulations financières, tout cela est une hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur refus du changement et leur désir de retourner à la terre est aussi un refus du déséquilibre. On a beaucoup présenté les Physiocrates comme les ancêtres de la macro-économie et en fait Keynes leur a beaucoup emprunté ; aujourd&#039;hui nos agrégats de comptabilité nationale se trouvent déjà dans les tableaux en zigzag de Quesnay dans l&#039;Encyclopédie et tout cela est parfaitement équilibré. La valeur suprême des Physiocrates c&#039;est l&#039;équilibre : regardez comme ce circuit est parfaitement équilibré. Il est parfaitement équilibré mais il est parfaitement statique ! Il se reproduit à l’infini ! C&#039;est cinq milliards de produit net toutes les années ! Il n&#039;y a rien qui permette par exemple la création ou l&#039;accumulation de capital ! Et voilà qui va expliquer les combats incessants entre Turgot et les Physiocrates, car Turgot n&#039;est pas un Physiocrate, il a compris qu&#039;il n&#039;y a pas que la richesse foncière, il y a aussi la richesse du commerce, de l&#039;industrie, de la finance. Il n&#039;admet pas non plus cette idée d&#039;un équilibre général statique ; c&#039;est un homme de progrès. Ce que l&#039;on a ici, c&#039;est un équilibre macro-économique à l&#039;état parfaitement stationnaire et qui exclut l&#039;idée de changement. Les Physiocrates veulent un retour à la terre. Pourquoi pas aussi un retour à l&#039;état de nature ? I1 y a toute une pensée à la veille de la Révolution, qui est de retourner vers l&#039;âge d&#039;or. Dans un premier temps l&#039;homme primitif est bon, et grâce à la raison et à la société nouvelle, il va retrouver ce qu&#039;il avait au début, cet état naturel, cet état d&#039;abondance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mythe de l&#039;âge d&#039;or, du bon sauvage, on le trouve chez tous les utopistes du XVIIIème siècle et évidemment chez le plus connu d&#039;entre eux, Jean-Jacques Rousseau, Lorsqu&#039;il préparait la constitution corse (car il avait été sollicité par Pascal Paoli pour rédiger la constitution corse indépendante), il dit : &amp;quot; le but de la Constitution sera de rendre les Corses à leur état primitif &amp;quot;. C&#039;est là un objectif d&#039;une haute teneur éthique. Morelly va décrire quand à lui une société d&#039;harmonie parfaite, où tous les gens sont parfaitement égaux - le mythe de l&#039;égalité, très présent dans ce XVIIIème siècle, jusqu&#039;à prendre le dessus sur celui de la liberté - et Morelly nous explique que dans une société bien constituée, il faut que tout germe de différence soit éradiqué, que les costumes soient les mêmes ; il est même contre les bijoux, mais il comprend qu&#039;on n&#039;arrivera pas à décider les femmes à les abandonner. Au moins faut-il arriver à persuader les hommes de ne porter aucun signe distinctif. C&#039;est une réaction qui n&#039;est pas du tout dans la dynamique libérale ; on est complètement à côté de la voie royale du libéralisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Réaction contre le dirigisme===&lt;br /&gt;
Celle-ci est beaucoup mieux connue et beaucoup plus conforme aux vœux des libéraux. Ici incontestablement les Physiocrates font du bon travail et se trouvent à nouveau aux côtés de Turgot. Réaction contre le dirigisme : c&#039;est d&#039;abord la liberté des grains, la liberté de circulation des produits, car les mœurs sont curieuses. Cela est rappelé notamment dans le livre d&#039;Hilton Root il est certain que tout concourt à isoler les provinces les unes des autres, les grains ne peuvent pas circuler, car on a peur que s&#039;ils circulent cela crée de la disette. ll est donc interdit d&#039;exporter les grains d&#039;une province vers une autre ; il est interdit de stocker et on va faire des contrôles. Turgot, dès 1774, à la suite de l&#039;Edit sur les grains, va devoir se fâcher contre ces contrôles, qui peuvent se traduire par des descentes de police dans les boulangeries, off n de voir si le boulanger a des sacs en réserve et quelle est l&#039;ancienneté des grains. Évidemment, dans ces conditions, il n&#039;y a pas de possibilité d&#039;amortir les différentes fluctuations de la production ; par malheur en plus les années 1775 76 sont des années de mauvaises récoltes, et la liberté des grains est refusée par tout le monde. Dans le fond on préfère que les grains soient à un niveau très élevé et garantissent aux propriétaires fonciers des rentes importantes, plutôt que d&#039;abaisser le prix de la nourriture de la population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Liberté des entreprises===&lt;br /&gt;
A la fin de l&#039;Ancien Régime on ne peut exercer pratiquement aucune activité sans une autorisation. Ou bien on crée des manufactures, et ces manufactures sont souvent assorties de monopoles très intéressants, monopoles vendus par le pouvoir royal, ou bien on appartient à des corporations. Mais ces corporations elles-mêmes paient un très lourd tribut et ont des dettes très lourdes, notamment vis-à-vis du Trésor Public, à tel point qu&#039;on essaie de venir à bout de ce système. D&#039;abord, il y a un marché noir qui s&#039;est développé parallèlement, un marché spontané, et qui est bien utile pour rétablir l&#039;équilibre économique. Ensuite, en 1776, Turgot essaie de mettre définitivement à bas les corporations, il n&#039;y réussit pas : c&#039;est une levée de bouclier généralisée, tant est forte la pression de ces différents groupes, et Turgot sera remplacé tout de suite par Necker.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce que cette réaction contre le dirigisme va plus loin ? Est-ce qu&#039;elle va être une réaction contre l&#039;Etat ? Non, il ne semble pas qu&#039;on aille aussi loin, ni chez les Physiocrates ni chez Turgot. On est libéral certes, mais on est toujours préoccupé de la chose publique, de l&#039;intérêt supérieur, on reste très Français. Et d&#039;ailleurs cela est visible chez les philosophes. Même des gens comme Voltaire ne sont pas contre le despotisme, ce qu&#039;ils demandent simplement c&#039;est que ce despotisme soit éclairé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, on est quand même assez loin de la pensée de Locke, on est tout de même dans une logique de pouvoir politique incontesté. Il n&#039;y a pas de lutte véritable contre le despotisme, du moins chez les économistes que je viens d&#039;évoquer.&lt;br /&gt;
Voilà donc ce qu&#039;est cette réaction : c&#039;est une réaction certes contre l&#039;Etat, mais elle est mêlée, surtout chez les Physiocrates à une réaction contre le changement et le progrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==La dynamique libérale==&lt;br /&gt;
De cette réaction contre l&#039;Etat vont malgré tout sortir quelques idées positives et c&#039;est là que nous allons trouver, je crois, la véritable dynamique libérale. C&#039;est qu&#039;au fond chez ces penseurs il y a déjà le credo de base du libéralisme. Le premier article du credo, c&#039;est que les hommes sont capables de forger leur propre progrès, autrement dit il y a un ordre spontané, et cet ordre spontané nous conduit au progrès. Et, deuxième article du credo, ce progrès est accéléré encore par la liberté des échanges.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;idée que l&#039;ordre spontané existe n&#039;est pas toujours très claire, ni dans ses racines ni dans sa formulation. Par exemple, il y a de plus en plus de références à l&#039;ordre naturel. Mais quel ordre naturel ? Est-ce le droit naturel qui est celui du droit des gens, du droit individuel, qui serait en quelque sorte un genre de &amp;quot; laïcisation du droit canon traditionnel &amp;quot; ? Au fond on a remplacé la référence à Dieu par la référence à l&#039;homme créé à l&#039;image de Dieu, nature digne, nature consciencieuse, nature aimante, et cette référence à l&#039;ordre naturel est évidemment dans la grande tradition libérale. On la trouve chez Locke, mais aussi chez certains théoriciens de l&#039;ordre naturel au XVIIème siècle aussi bien qu&#039;au XVIIIème.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a aussi l&#039;ordre naturel tel qu&#039;il est inscrit dans la nature des choses. Ce n&#039;est plus la nature des hommes, c&#039;est la nature des choses. Une espèce d&#039;ordre immanent qui gouvernerait les lois de la société dans la même mesure qu&#039;en physique, les lois de Newton règnent sur l&#039;organisation des astres et du monde inerte. Il y a donc deux catégories d&#039;ordres naturels, l&#039;ordre naturel de la nature et l&#039;ordre naturel des hommes. C&#039;est déjà un point très important. Lorsqu&#039;il s&#039;agit de la vraie pensée libérale, à cette époque, il vaut mieux se référer à des gens comme Adam Smith ou comme Turgot. Lequel a influencé l&#039;autre ? C&#039;est difficile à dire : ils ont discuté ensemble, mais Adam Smith apportait tout de même quelque chose dans le couple, à savoir les leçons de David Hume. Il ne faut pas oublier qu&#039;entre La théorie des sentiments moraux et L&#039;essai sur la richesse des nations, des années s&#039;écoulent, pendant lesquelles Adam Smith hésite à présenter sa véritable théorie économique, à créer la science économique, et tout cela donne lieu à un dialogue avec David Hume. Au fond c&#039;est un triangle Turgot-Adam Smith-Hume, qui va poser les véritables bases de ce que nous appelons aujourd&#039;hui l&#039;ordre spontané.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;est-ce que l&#039;ordre spontané ? Il découle de la capacité des hommes à s&#039;auto-organiser. A partir de deux postulats. Premier postulat, c&#039;est qu&#039;il y a convergence entre les intérêts individuels et l&#039;intérêt général. C&#039;est une idée que l&#039;on trouve déjà chez Locke aussi bien que chez Hume, Adam Smith, et Turgot : les intérêts individuels se confondent dans un intérêt général, par une alchimie qui est d&#039;ailleurs assez bizarre. Au départ de cette confusion, il y a l&#039;action humaine. Ecoutez cette phrase de Turgot : &amp;quot; L&#039;ordre économique est beaucoup moins à rechercher dans un système ou dans la nature que dans un fait de psychologie individuelle, le sentiment de l&#039;intérêt personnel, la faculté exclusive qu&#039;a chaque individu de connaître ses intérêts mieux que tout autre &amp;quot;. Les intérêts individuels sont les intérêts que chacun mesure à son propre étalon (nous parlons aujourd&#039;hui de subjectivité des choix). Nul ne peut se substituer aux individus pour agir, et chacun agit dans son intérêt, c&#039;est la base de l&#039;ordre spontané. Puis cet ordre spontané vient se mélanger dans un processus social, dans une alchimie qu&#039;Adam Smith va appeler la main invisible, et qu&#039;à la suite Turgot va appeler le marché. Idée d&#039;ailleurs qu&#039;Adam Smith a semble-t-il empruntée aux derniers scolastiques. Lorsqu&#039;on a fêté le bicentenaire de La richesse des nations en 1976, Hayek en a surpris plus d&#039;un en révélant qu&#039;au fond la filiation d&#039;Adam Smith, c&#039;était les derniers scolastiques, ce qui le fait remonter au thomisme, et à travers le thomisme à l&#039;aristotélisme. En particulier on trouve chez certains scolastiques l&#039;idée que le processus de marché est un processus tellement compliqué, requérant tellement d&#039;informations et d&#039;informations dynamiques, qu&#039;aucun esprit humain ne saurait le comprendre. Donc le marché est d&#039;essence supranaturelle ; le marché est d&#039;essence divine. Et nous devons respecter les volontés du marché parce qu&#039;au fond c&#039;est la volonté de Dieu. Autrement dit la main invisible d&#039;Adam Smith, c&#039;est une volonté providentielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre point important de l&#039;ordre spontané, c&#039;est la subjectivité des choix. C&#039;est aussi le fait que dans leur action en vue de l&#039;intérêt personnel, chaque individu va faire valoir ses droits, mais rencontrer aussi les droits de l&#039;autre. Autrement dit, les droits de chacun ne peuvent être établis que sur un marché. Au fond le marché est un processus d&#039;échange des droits. Locke l&#039;avait déjà découvert. Ce qui veut dire que la valeur des activités de chacun ne peut pas être une valeur intrinsèque. Cela ne peut être qu&#039;une valeur marchande. Seul le marché donne la valeur au produit. La subjectivité des choix, des valeurs subjectives se confrontent dans un marché qui n&#039;est pas nécessairement seulement quelque chose de technique : la spécialisation des tâches, qui deviendra plus tard une spécialisation internationale des tâches. Les économistes contemporains n&#039;en sont pas persuadés ; Hume dit quelque part que l&#039;échange ne conduit pas à la spécialisation mais au contraire à la diversification. Nous sommes amenés à faire beaucoup de choses différentes. Et pour lui c&#039;est cela qui est la richesse des nations. Ce n&#039;est pas lorsque l&#039;un se spécialise dans le drap, l&#039;autre dans le vin, comme le dira Ricardo au siècle suivant, suivi par Marx (puisque chaque fois que Ricardo commettait une erreur, Marx ne pouvait manquer de la répéter et de l&#039;amplifier). Quelqu&#039;un aussi a bien étudié cette philosophie de l&#039;échange, c&#039;est Condillac, avec un argument : c&#039;est que l&#039;échange est un facteur de compréhension pour les hommes et que la paix est meilleure. Elle est meilleure pour les finances publiques : regardez dans quel état se trouve le Trésor Royal après Louis XIV, après les grandes guerres. Pour Condillac, s&#039;il y a des échanges il y aura moins de guerre, et c&#039;est déjà une économie. Et surtout, les échanges amènent les gens à reconstituer cette grande famille humaine, et là on retrouve le thème cosmopolite de la pensée libérale de cette époque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conclusion, voilà les grands thèmes de la pensée libérale : la croyance dans l&#039;ordre spontané à partir des choix individuels, et des processus de coordination sociale, ensuite le progrès, né de la volonté de l&#039;homme et accéléré par les échanges. Ces grands thèmes de la liberté sont tout à fait présents dès la fin de l&#039;Ancien Régime, dès ce milieu du XVIIIème siècle, et à la veille de la Révolution. Qu&#039;est-ce que la Révolution va faire de tout cela ? Je laisse à Monsieur Crouzet le soin de nous le dire dans la prochaine séance. Mais il est certain que les germes de la société de liberté sont là, et la preuve en est que de l&#039;autre côté de l&#039;Atlantique, cette société de liberté va quand même se construire. Peut-être l&#039;enfantement se fera-t-il dans la douleur, peut-être tout n&#039;est-il pas excellent dans la croissance de la société américaine, il y aura des crises, mais on peut dire que les fondements de la pensée libérale sont tellement présents dans ces années 1770-1780, qu&#039;ils inspirent déjà une société concrète qui est la société américaine.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
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&lt;hr /&gt;
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		<title>Frédéric Bastiat:Sophismes Économiques - XII. La protection élève-t-elle le taux des salaires ?</title>
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		<title>Frédéric Bastiat:Sophismes Économiques - XII. La protection élève-t-elle le taux des salaires</title>
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&lt;hr /&gt;
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{{titre|[[Frédéric Bastiat:Sophismes Économiques|Sophismes Économiques]]|[[Frédéric Bastiat]]| XII. La protection élève-t-elle le taux des salaires ? }}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Un athée déblatérait contre la religion, contre les prêtres, contre Dieu. « Si vous continuez, lui dit un des assistants, peu orthodoxe lui-même, vous allez me convertir. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, quand on entend nos imberbes écrivailleurs, romanciers, réformateurs, feuilletonistes ambrés, musqués, gorgés de glaces et de champagne, serrant dans leur portefeuille les Ganneron, les Nord et les Mackenzie, ou faisant couvrir d&#039;or leurs tirades contre l&#039;égoïsme, l&#039;individualisme du siècle; quand on les entend, dis-je, déclamer contre la dureté de nos institutions, gémir sur le salariat et le prolétariat; quand on les voit lever au ciel des yeux attendris à l&#039;aspect de la misère des classes laborieuses, misère qu&#039;ils ne visitèrent jamais que pour en faire de lucratives peintures, on est tenté de leur dire: Si vous continuez ainsi, vous allez me rendre indifférent au sort des ouvriers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oh! l&#039;affectation! l&#039;affectation! voilà la nauséabonde maladie de l&#039;époque! Ouvriers, un homme grave, un philanthrope sincère a-t-il exposé le tableau de votre détresse, son livre a-t-il fait impression, aussitôt la tourbe des réformateurs jette son grappin sur cette proie. On la tourne, on la retourne, on l&#039;exploite, on l&#039;exagère, on la presse jusqu&#039;au dégoût, jusqu&#039;au ridicule. On vous jette pour tout remède les grands mots: organisation, association; on vous flatte, on vous flagorne, et bientôt il en sera des ouvriers comme des esclaves: les hommes sérieux auront honte d&#039;embrasser publiquement leur cause, car comment introduire quelques idées sensées au milieu de ces fades déclamations?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais loin de nous cette lâche indifférence que ne justifierait pas l&#039;affectation qui la provoque!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ouvriers, votre situation est singulière! on vous dépouille, comme je le prouverai tout à l&#039;heure... Mais non, je retire ce mot; bannissons de notre langage toute expression violente et fausse peut-être, en ce sens que la spoliation, enveloppée dans les sophismes qui la voilent, s&#039;exerce, il faut le croire, contre le gré du spoliateur et avec l&#039;assentiment du spolié. Mais enfin, on vous ravit la juste rémunération de votre travail, et nul ne s&#039;occupe de vous faire rendre &#039;&#039;justice&#039;&#039;. Oh! s&#039;il ne fallait pour vous consoler que de bruyants appels à la philanthropie, à l&#039;impuissante charité, à la dégradante aumône, s&#039;il suffisait des grands mots &#039;&#039;organisation&#039;&#039;, &#039;&#039;communisme&#039;&#039;, &#039;&#039;phalanstère&#039;&#039;, on ne vous les épargne pas. Mais &#039;&#039;justice&#039;&#039;, tout simplement &#039;&#039;justice&#039;&#039;, personne ne songe à vous la rendre. Et cependant ne serait-il pas &#039;&#039;juste&#039;&#039; que, lorsque après une longue journée de labeur vous avez touché votre modique salaire, vous le puissiez échanger contre la plus grande somme de satisfactions que vous puissiez obtenir volontairement d&#039;un homme quelconque sur la surface de la terre?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, peut-être, je vous parlerai aussi d&#039;association, d&#039;organisation, et nous verrons alors ce que vous avez à attendre de ces chimères par lesquelles vous vous laissez égarer sur une fausse quête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En attendant, recherchons si l&#039;on ne vous fait pas &#039;&#039;injustice&#039;&#039; en vous assignant législativement les personnes à qui il vous est permis d&#039;acheter les choses qui vous sont nécessaires: le pain, la viande, la toile, le drap, et, pour ainsi dire, le prix artificiel que vous devez y mettre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il vrai que la protection, qui, on l&#039;avoue, vous fait payer cher toutes choses et vous nuit en cela, élève proportionnellement le taux de vos salaires?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quoi dépend le taux des salaires?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un des vôtres l&#039;a dit énergiquement: Quand deux ouvriers courent après un maître, les salaires baissent; ils haussent quand deux maîtres courent après un ouvrier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Permettez-moi, pour abréger, de me servir de cette phrase plus scientifique et peut-être moins claire: « Le taux des salaires dépend du rapport de l&#039;offre à la demande du travail. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, de quoi dépend l&#039;&#039;&#039;offre&#039;&#039; des bras?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du nombre qu&#039;il y en a sur la place; et sur ce premier élément la protection ne peut rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quoi dépend la &#039;&#039;demande&#039;&#039; des bras?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du capital national disponible. Mais la loi qui dit: « On ne recevra plus tel produit du dehors; on le fera au dedans, » augmente-t-elle ce capital? Pas le moins du monde. Elle le tire d&#039;une voie pour le pousser dans une autre, mais elle ne l&#039;accroît pas d&#039;une obole. Elle n&#039;augmente donc pas la demande des bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On montre avec orgueil telle fabrique. — Est-ce qu&#039;elle s&#039;est fondée et s&#039;entretient avec des capitaux tombés de la lune? Non, il a fallu les soustraire soit à l&#039;agriculture, soit à la navigation, soit à l&#039;industrie vinicole. — Et voilà pourquoi si, depuis le règne des tarifs protecteurs, il y a plus d&#039;ouvriers dans les galeries de nos mines et dans les faubourgs de nos villes manufacturières, il y a moins de marins dans nos ports, moins de laboureurs et de vignerons dans nos champs et sur nos coteaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je pourrais disserter longtemps sur ce thème. J&#039;aime mieux essayer de vous faire comprendre ma pensée par un exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un campagnard avait un fonds de terre de vingt arpents, qu&#039;il faisait valoir avec un capital de 10,000 francs. Il divisa son domaine en quatre parts et y établit l&#039;assolement suivant: 1° maïs; 2° froment; 3° trèfle; 4° seigle. Il ne fallait pour lui et sa famille qu&#039;une bien modique portion du grain, de la viande, du laitage que produisait la ferme, et il vendait le surplus pour acheter de l&#039;huile, du lin, du vin, etc. — La totalité de son capital était distribuée chaque année en gages, salaires, payements de comptes aux ouvriers du voisinage. Ce capital rentrait par les ventes, et même il s&#039;accroissait d&#039;année en année; et notre campagnard, sachant fort bien qu&#039;un capital ne produit rien que lorsqu&#039;il est mis en œuvre, faisait profiter la classe ouvrière de ces excédants annuels qu&#039;il consacrait à des clôtures, des défrichements, des améliorations dans ses instruments aratoires et dans les bâtiments de la ferme. Même il plaçait quelques réserves chez le banquier de la ville prochaine, mais celui-ci ne les laissait pas oisives dans son coffre-fort; il les prêtait à des armateurs, à des entrepreneurs de travaux utiles, en sorte qu&#039;elles allaient toujours se résoudre en salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant le campagnard mourut, et, aussitôt maître de l&#039;héritage, le fils se dit: Il faut avouer que mon père a été dupe toute sa vie. Il achetait de l&#039;huile et payait ainsi &#039;&#039;tribut&#039;&#039; à la Provence, tandis que notre terre peut à la rigueur faire végéter des oliviers. Il achetait du vin, du lin, des oranges, et payait &#039;&#039;tribut&#039;&#039; à la Bretagne, au Médoc, aux îles d&#039;Hyères, tandis que la vigne, le chanvre et l&#039;oranger peuvent, tant bien que mal, donner chez nous quelques produits. Il payait &#039;&#039;tribut&#039;&#039; au meunier, au tisserand, quand nos domestiques peuvent bien tisser notre lin et écraser notre froment entre deux pierres. — Il se ruinait et, en outre, il faisait gagner à des étrangers les salaires qu&#039;il lui était si facile de répandre autour de lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fort de ce raisonnement, notre étourdi changea l&#039;assolement du domaine. Il le divisa en vingt soles. Sur l&#039;une on cultiva l&#039;olivier, sur l&#039;autre le mûrier, sur la troisième le lin, sur la quatrième la vigne, sur la cinquième le froment, etc., etc. Il parvint ainsi à pourvoir sa famille de toutes choses et à se rendre &#039;&#039;indépendant&#039;&#039;. Il ne retirait plus rien de la circulation générale; il est vrai qu&#039;il n&#039;y versait rien non plus. En fut-il plus riche? Non; car la terre n&#039;était pas propre à la culture de la vigne; le climat s&#039;opposait aux succès de l&#039;olivier, et, en définitive, la famille était moins bien pourvue de toutes ces choses que du temps où le père les acquérait par voie d&#039;échanges.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux ouvriers, il n&#039;y eut pas pour eux plus de travail qu&#039;autrefois. Il y avait bien cinq fois plus de soles à cultiver, mais elles étaient cinq fois plus petites; on faisait de l&#039;huile, mais on faisait moins de froment; on n&#039;achetait plus de lin, mais on ne vendait plus de seigle. D&#039;ailleurs, le fermier ne pouvait dépenser en salaires plus que son capital; et son capital, loin de s&#039;augmenter par la nouvelle distribution des terres, allait sans cesse décroissant. Une grande partie se fixait en bâtiments et ustensiles sans nombre, indispensables à qui veut tout entreprendre. En résultat, l&#039;offre des bras resta la même, mais les moyens de les payer déclinaient, et il y eut forcément réduction de salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà l&#039;image de ce qui se passe chez une nation qui s&#039;isole par le régime prohibitif. Elle multiplie le nombre de ses industries, je le sais; nais elle en diminue l&#039;importance; elle se donne, pour ainsi parler, un &#039;&#039;assolement industriel&#039;&#039; plus compliqué, mais non plus fécond, au contraire, puisque le même capital et la même main-d&#039;œuvre s&#039;y attaquent à plus de difficultés naturelles. Son capital fixe absorbe une plus grande partie de son capital circulant, c&#039;est-à-dire une plus grande part du fonds destiné aux salaires. Ce qui en reste a beau se ramifier, cela n&#039;en augmente pas la masse. C&#039;est l&#039;eau d&#039;un étang qu&#039;on croit avoir rendue plus abondante, parce que, distribuée dans une multitude de réservoirs, elle touche le sol par plus de points et présente au soleil plus de surface; et l&#039;on ne s&#039;aperçoit pas que c&#039;est précisément pour cela qu&#039;elle s&#039;absorbe, s&#039;évapore et se perd.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le capital et la main-d&#039;œuvre étant donnés, ils créent une masse de produits d&#039;autant moins grande qu&#039;il rencontrent plus d&#039;obstacles. Il n&#039;est pas douteux que les barrières internationales forçant, dans chaque pays, ce capital et cette main d&#039;œuvre à vaincre plus de difficultés de climat et de température, le résultat général est moins de produits créés, ou, ce qui revient au même, moins de satisfactions acquises à l&#039;humanité. Or, s&#039;il y a diminution générale de satisfactions, comment votre part, ouvriers, se trouverait-elle augmentée? Donc les riches, ceux qui font la loi, auraient arrangé les choses de telle sorte que non-seulement ils subiraient leur prorata de la diminution totale, mais même que leur portion déjà réduite se réduirait encore de tout ce qui s&#039;ajoute, disent-ils, à la vôtre? Cela est-il possible? cela est-il croyable? Oh! c&#039;est là une générosité suspecte, et vous feriez sagement de la repousser{{ref|1}}. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;small&amp;gt;&lt;br /&gt;
# {{note|1}}: V. au tome VI, le chapitre XIV des Harmonies. (Note de l&#039;éditeur de l&#039;édition originale.)&lt;br /&gt;
&amp;lt;/small&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
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		<title>Destutt de Tracy:Éléments d&#039;idéologie, tome I - Chapitre 1 : Qu&#039;est-ce que penser ?</title>
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		<updated>2009-01-30T15:38:02Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : a renommé Destutt de Tracy:Éléments d&amp;#039;idéologie, tome I - Chapitre 1 : Qu&amp;#039;est-ce que penser ? en Destutt de Tracy:Éléments d&amp;#039;idéologie, tome I - Chapitre 1 : Qu&amp;#039;est-ce que penser&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;#REDIRECTION [[Destutt de Tracy:Éléments d&#039;idéologie, tome I - Chapitre 1 : Qu&#039;est-ce que penser]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Jabial</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Destutt_de_Tracy:%C3%89l%C3%A9ments_d%27id%C3%A9ologie,_tome_I_-_Chapitre_1_:_Qu%27est-ce_que_penser&amp;diff=2512</id>
		<title>Destutt de Tracy:Éléments d&#039;idéologie, tome I - Chapitre 1 : Qu&#039;est-ce que penser</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Destutt_de_Tracy:%C3%89l%C3%A9ments_d%27id%C3%A9ologie,_tome_I_-_Chapitre_1_:_Qu%27est-ce_que_penser&amp;diff=2512"/>
		<updated>2009-01-30T15:38:02Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : a renommé Destutt de Tracy:Éléments d&amp;#039;idéologie, tome I - Chapitre 1 : Qu&amp;#039;est-ce que penser ? en Destutt de Tracy:Éléments d&amp;#039;idéologie, tome I - Chapitre 1 : Qu&amp;#039;est-ce que penser&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Destutt de Tracy:Éléments d&#039;idéologie, tome I - Introduction| - Introduction]]|[[Destutt de Tracy:éléments d&#039;idéologie|Éléments d&#039;idéologie, tome I]]|[[Destutt de Tracy:Éléments d&#039;idéologie, tome I - Chapitre 2 : De la sensibilité et des sensations.| - Chapitre 2 : De la sensibilité et des sensations.]]}}&lt;br /&gt;
{{Titre|[[Destutt de Tracy:éléments d&#039;idéologie|Éléments d&#039;idéologie, I. Idéologie]]|[[Antoine-Louis-Claude Destutt de Tracy]]|Chapitre 1 : Qu&#039;est-ce que penser ?}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
vous pensez tous : vous le dites souvent ; aucun&lt;br /&gt;
de vous n&#039; en doute ; c&#039; est pour vous une vérité&lt;br /&gt;
d&#039; expérience, de sentiment, de conviction intime,&lt;br /&gt;
et je suis bien loin de la nier. Mais vous êtes-vous&lt;br /&gt;
jamais rendu un compte un peu précis de ce que c&#039; est&lt;br /&gt;
que penser, de ce que vous éprouvez quand vous&lt;br /&gt;
pensez, n&#039; importe à quoi ? Je suis bien tenté de&lt;br /&gt;
croire que non ; et bien des hommes meurent sans&lt;br /&gt;
l&#039; avoir fait, sans y avoir seulement songé. Cette&lt;br /&gt;
insouciance si commune devrait bien nous surprendre,&lt;br /&gt;
s&#039; il n&#039; était pas vrai qu&#039; il n&#039; y a que les choses&lt;br /&gt;
rares qui aient le pouvoir de nous étonner. Essayons&lt;br /&gt;
de faire ensemble cet examen que je vous soupçonne&lt;br /&gt;
de n&#039; avoir jamais fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous dites tous ; je pense cela, quand vous&lt;br /&gt;
avez une opinion, quand vous formez un jugement.&lt;br /&gt;
Effectivement, porter un jugement vrai ou faux est&lt;br /&gt;
un acte de&lt;br /&gt;
la pensée ; et cet acte consiste à sentir qu&#039; il&lt;br /&gt;
existe un rapport, une relation quelconque, entre&lt;br /&gt;
deux choses que l&#039; on compare. Quand je pense qu&#039; un&lt;br /&gt;
homme est bon, je sens que la qualité de bon&lt;br /&gt;
convient à cet homme. Il ne s&#039; agit pas ici de&lt;br /&gt;
rechercher si j&#039; ai raison ou tort, ni d&#039; où peut&lt;br /&gt;
venir mon erreur ; nous verrons cela ailleurs... :&lt;br /&gt;
penser, dans ce cas, c&#039; est donc appercevoir un&lt;br /&gt;
rapport de convenance ou de disconvenance entre&lt;br /&gt;
deux idées, c&#039; est sentir un rapport. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
vous dites encore ; je pense à notre promenade&lt;br /&gt;
d&#039; hier, quand le souvenir de cette promenade&lt;br /&gt;
vient nous frapper, vous affecter : penser, dans&lt;br /&gt;
ce cas, c&#039; est donc éprouver une impression d&#039; une&lt;br /&gt;
chose passée ; c&#039; est sentir un souvenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
quand vous desirez, quand vous voulez quelque chose,&lt;br /&gt;
vous ne dites pas aussi communément, je pense que&lt;br /&gt;
j&#039; éprouve un desir, une volonté. effectivement,&lt;br /&gt;
ce serait un pléonasme, une expression inutile :&lt;br /&gt;
mais il n&#039; en est pas moins vrai que desirer et&lt;br /&gt;
vouloir sont des actes de cette faculté intérieure&lt;br /&gt;
que nous appelons en général la pensée ; et&lt;br /&gt;
que quand nous desirons&lt;br /&gt;
ou voulons quelque chose, nous éprouvons une&lt;br /&gt;
impression interne, que nous appelons un desir ou&lt;br /&gt;
une volonté : ainsi penser, dans ce cas, c&#039; est&lt;br /&gt;
sentir un desir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
vous vous servez encore moins de l&#039; expression,&lt;br /&gt;
je pense, quand vous ne faites qu&#039; éprouver&lt;br /&gt;
une impression actuelle et présente, qui n&#039; est ni&lt;br /&gt;
un souvenir d&#039; une chose passée, ni un rapport&lt;br /&gt;
existant entre deux idées, ni un desir de posséder&lt;br /&gt;
ou d&#039; éviter un objet quelconque. Quand un corps&lt;br /&gt;
chaud vous brûle la main, vous ne dites point,&lt;br /&gt;
je pense que je me brûle, mais je sens que&lt;br /&gt;
je me brûle, ou mieux encore, tout simplement&lt;br /&gt;
je me brûle. si vous êtes affecté par quelques&lt;br /&gt;
douleurs internes, celles de la colique, par&lt;br /&gt;
exemple, vous ne dites point, je pense que je&lt;br /&gt;
souffre, mais je souffre. cependant le&lt;br /&gt;
dérangement mécanique qui s&#039; opère dans votre main&lt;br /&gt;
ou dans vos entrailles est une chose distincte et&lt;br /&gt;
différente de la douleur que vous en ressentez ;&lt;br /&gt;
la preuve en est que si ces organes sont paralysés&lt;br /&gt;
ou gangrenés, ils peuvent éprouver de bien plus&lt;br /&gt;
fortes lésions sans que vous vous en apperceviez :&lt;br /&gt;
or cette faculté d&#039; être affecté de plaisir ou de&lt;br /&gt;
peine à l&#039; occasion de ce qui arrive à nos organes,&lt;br /&gt;
fait encore partie de ce que nous nommons la&lt;br /&gt;
pensée ou la faculté de penser. penser,&lt;br /&gt;
dans ce cas, c&#039; est donc sentir une sensation, &lt;br /&gt;
ou tout simplement sentir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
penser, comme vous voyez, c&#039; est toujours&lt;br /&gt;
sentir, et ce n&#039; est rien que sentir. Maintenant&lt;br /&gt;
me demanderez-vous ce que c&#039; est que sentir ? Je vous&lt;br /&gt;
répondrai, c&#039; est ce que vous savez, ce que vous&lt;br /&gt;
éprouvez. Si vous ne l&#039; éprouviez pas, ce serait&lt;br /&gt;
bien inutilement que je m&#039; efforcerais de vous&lt;br /&gt;
l&#039; expliquer : vous ne m&#039; entendriez ni ne me&lt;br /&gt;
comprendriez. Mais puisque vous avez la conscience&lt;br /&gt;
de cette manière d&#039; être, vous n&#039; avez besoin&lt;br /&gt;
d&#039; aucune explication pour la connaître ; il vous&lt;br /&gt;
suffit de votre expérience. Sentir est un phénomène&lt;br /&gt;
de notre existence, c&#039; est notre existence elle-même :&lt;br /&gt;
car un être qui ne sent rien peut bien exister pour&lt;br /&gt;
les autres êtres, s&#039; ils le sentent ; mais il&lt;br /&gt;
n&#039; existe pas pour lui-même, puisqu&#039; il ne s&#039; en&lt;br /&gt;
apperçoit pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous pourriez avec plus de raison me demander&lt;br /&gt;
pourquoi, penser étant la même&lt;br /&gt;
chose que sentir, on a fait deux mots au lieu&lt;br /&gt;
d&#039; un ? Je vous dirais que c&#039; est parceque l&#039; on a&lt;br /&gt;
plus spécialement destiné le mot sentir à&lt;br /&gt;
exprimer l&#039; action de sentir les premières impressions&lt;br /&gt;
qui nous frappent, celles que l&#039; on nomme&lt;br /&gt;
sensations ; et le mot penser à exprimer&lt;br /&gt;
l&#039; action de sentir les impressions secondaires que&lt;br /&gt;
celles-là occasionnent, les souvenirs, les&lt;br /&gt;
rapports, les desirs, dont elles sont l&#039; origine.&lt;br /&gt;
Ce partage entre ces deux mots est mal vu, sans&lt;br /&gt;
doute ; il n&#039; est fondé que sur les idées fausses&lt;br /&gt;
qu&#039; on s&#039; était faites de la faculté de penser avant&lt;br /&gt;
de l&#039; avoir bien observée, et il a ensuite causé&lt;br /&gt;
d&#039; autres erreurs. Mais, malgré l&#039; obscurité que ce&lt;br /&gt;
mauvais emploi des mots répand sur notre sujet, il&lt;br /&gt;
est clair, quand on y réfléchit, que penser c&#039; est&lt;br /&gt;
avoir des perceptions ou des idées ; que nos&lt;br /&gt;
perceptions ou nos idées (je ferai toujours ces&lt;br /&gt;
deux mots absolument synonymes) sont des choses&lt;br /&gt;
que nous sentons, et que par conséquent penser &lt;br /&gt;
c&#039; est sentir. nous avons donc actuellement une&lt;br /&gt;
connaissance générale de ce que c&#039; est que penser.&lt;br /&gt;
Il nous reste à entrer dans les détails.&lt;br /&gt;
Encore une fois, puisque penser c&#039; est sentir, si&lt;br /&gt;
les mots de notre langue étaient bien faits ou bien&lt;br /&gt;
appliqués, nous devrions appeler cette faculté&lt;br /&gt;
sensibilité, et ses produits sensations, &lt;br /&gt;
ou sentimens ; l&#039; expression rappellerait la&lt;br /&gt;
chose même : mais ne pouvant changer l&#039; usage, nous&lt;br /&gt;
le suivrons, et nous nommerons cette faculté la&lt;br /&gt;
pensée, et ses produits des perceptions, &lt;br /&gt;
ou des idées. nous conserverons de même tous&lt;br /&gt;
les autres termes reçus ; nous nous contenterons&lt;br /&gt;
de bien déterminer leur signification.&lt;br /&gt;
On vous dira, et peut-être on vous a déjà dit que&lt;br /&gt;
le mot idée vient d&#039; un mot grec qui signifie&lt;br /&gt;
image, et qu&#039; il a été adopté parceque nos idées&lt;br /&gt;
sont les images des choses. Ce peut bien être&lt;br /&gt;
effectivement là la raison qui a fait créer ce&lt;br /&gt;
mot, et qui l&#039; a fait recevoir dans beaucoup de&lt;br /&gt;
langues : mais cette raison n&#039; en est pas meilleure ;&lt;br /&gt;
car nos idées sont ce que nous sentons ; et&lt;br /&gt;
assurément le sentiment de douleur que je sens quand&lt;br /&gt;
je me brûle, n&#039; est pas du tout la représentation&lt;br /&gt;
du changement de couleur ou de figure qui arrive&lt;br /&gt;
à mon doigt. Nous verrons cela encore mieux&lt;br /&gt;
par la suite : mais dès ce moment gardons-nous de&lt;br /&gt;
l&#039; erreur commune de croire que nos idées soient&lt;br /&gt;
la représentation des choses qui les causent.&lt;br /&gt;
Quoi qu&#039; il en soit, nous avons déjà remarqué que&lt;br /&gt;
nous avions des idées ou perceptions de quatre&lt;br /&gt;
espèces différentes. Je sens que je me brûle&lt;br /&gt;
actuellement ; c&#039; est une sensation que je sens.&lt;br /&gt;
Je me rappelle que je me suis brûlé hier ; c&#039; est&lt;br /&gt;
un souvenir que je sens. Je juge que c&#039; est un tel&lt;br /&gt;
corps qui est cause de ma brûlure ; c&#039; est un rapport&lt;br /&gt;
que je sens entre ce corps et ma douleur. Je veux&lt;br /&gt;
éloigner ce corps ; c&#039; est un desir que je sens. Voilà&lt;br /&gt;
quatre sentimens, ou, pour parler le langage&lt;br /&gt;
ordinaire, quatre idées qui ont des caractères&lt;br /&gt;
bien distincts. On appelle sensibilité la faculté&lt;br /&gt;
de sentir des sensations ; mémoire, celle de sentir&lt;br /&gt;
des souvenirs ; jugement, celle de sentir des&lt;br /&gt;
rapports ; volonté, celle de sentir des desirs. Ces&lt;br /&gt;
quatre facultés font certainement partie de celle&lt;br /&gt;
de penser ; mais la composent-elles toute entière ?&lt;br /&gt;
La faculté de penser n&#039; en renferme-t-elle aucune&lt;br /&gt;
autre ? Quoique j&#039; en sois bien convaincu, je ne me&lt;br /&gt;
permettrai pas de vous l&#039; affirmer encore ; c&#039; est&lt;br /&gt;
une question que nous traiterons par la suite.&lt;br /&gt;
Commençons par considérer ces quatre facultés l&#039; une&lt;br /&gt;
après l&#039; autre : si de cet examen il résulte qu&#039; elles&lt;br /&gt;
suffisent à former toutes nos idées, il sera constant&lt;br /&gt;
qu&#039; il n&#039; y a rien autre chose dans la faculté de&lt;br /&gt;
penser ; qu&#039; elles la composent toute entière.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Destutt de Tracy:Éléments d&#039;idéologie, tome I - Introduction| - Introduction]]|[[Destutt de Tracy:éléments d&#039;idéologie|Éléments d&#039;idéologie, tome I]]|[[Destutt de Tracy:Éléments d&#039;idéologie, tome I - Chapitre 2 : De la sensibilité et des sensations.| - Chapitre 2 : De la sensibilité et des sensations.]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Jabial</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Ernest_Renan:Qu%27est-ce_qu%27une_nation_%3F&amp;diff=2511</id>
		<title>Ernest Renan:Qu&#039;est-ce qu&#039;une nation ?</title>
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		<updated>2009-01-30T15:37:26Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : a renommé Ernest Renan:Qu&amp;#039;est-ce qu&amp;#039;une nation ? en Ernest Renan:Qu&amp;#039;est-ce qu&amp;#039;une nation&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;#REDIRECTION [[Ernest Renan:Qu&#039;est-ce qu&#039;une nation]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Jabial</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Ernest_Renan:Qu%27est-ce_qu%27une_nation&amp;diff=2510</id>
		<title>Ernest Renan:Qu&#039;est-ce qu&#039;une nation</title>
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		<updated>2009-01-30T15:37:26Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : a renommé Ernest Renan:Qu&amp;#039;est-ce qu&amp;#039;une nation ? en Ernest Renan:Qu&amp;#039;est-ce qu&amp;#039;une nation&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Titre|Qu&#039;est-ce qu&#039;une nation ?|[[Ernest Renan]]|Conférence faite à la Sorbonne, le 11 mars 1882}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me propose d&#039;analyser avec vous une idée, claire en apparence, mais qui prête aux plus dangereux malentendus. Les formes de la société humaine sont des plus variées. Les grandes agglomérations d&#039;hommes à la façon de la Chine, de l&#039;Égypte, de la plus ancienne Babylonie ; - la tribu à la façon des Hébreux, des Arabes ; - la cité à la façon d&#039;Athènes et de Sparte ; - les réunions de pays divers à la manière de l&#039;Empire carlovingien ; - les communautés sans patrie, maintenues par le lien religieux, comme sont celles des israélites, des parsis ; - les nations comme la France, l&#039;Angleterre et la plupart des modernes autonomies européennes ; - les confédérations à la façon de la Suisse, de l&#039;Amérique ; - des parentés comme celles que la race, ou plutôt la langue, établit entre les différentes branches de Germains, les différentes branches de Slaves ; - voilà des modes de groupements qui tous existent, ou bien ont existé, et qu&#039;on ne saurait confondre les uns avec les autres sans les plus sérieux inconvénients. À l&#039;époque de la Révolution française, on croyait que les institutions de petites villes indépendantes, telles que Sparte et Rome, pouvaient s&#039;appliquer à nos grandes nations de trente à quarante millions d&#039;âmes. De nos jours, on commet une erreur plus grave : on confond la race avec la nation, et l&#039;on attribue à des groupes ethnographiques ou plutôt linguistiques une souveraineté analogue à celle des peuples réellement existants. Tâchons d&#039;arriver à quelque précision en ces questions difficiles, où la moindre confusion sur le sens des mots, à l&#039;origine du raisonnement, peut produire à la fin les plus funestes erreurs. Ce que nous allons faire est délicat ; c&#039;est presque de la vivisection ; nous allons traîter les vivants comme d&#039;ordinaire on traite les morts. Nous y mettrons la froideur, l&#039;impartialité la plus absolue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Chapitre I ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis la fin de l&#039;Empire romain, ou, mieux, depuis la dislocation de l&#039;Empire de Charlemagne, l&#039;Europe occidentale nous apparaît divisée en nations, dont quelques-unes, à certaines époques, ont cherché à exercer une hégémonie sur les autres, sans jamais y réussir d&#039;une manière durable. Ce que n&#039;ont pu Charles-Quint, Louis XIV, Napoléon Ier, personne probablement ne le pourra dans l&#039;avenir. L&#039;établissement d&#039;un nouvel Empire romain ou d&#039;un nouvel Empire de Charlemagne est devenu une impossibilité. La division de l&#039;Europe est trop grande pour qu&#039;une tentative de domination universelle ne provoque pas très vite une coalition qui fasse rentrer la nation ambitieuse dans ses bornes naturelles. Une sorte d&#039;équilibre est établi pour longtemps. La France, l&#039;Angleterre, l&#039;Allemagne, la Russie seront encore, dans des centaines d&#039;années, et malgré les aventures qu&#039;elles auront courues, des individualités historiques, les pièces essentielles d&#039;un damier, dont les cases varient sans cesse d&#039;importance et de grandeur, mais ne se confondent jamais tout à fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nations, entendues de cette manière, sont quelque chose d&#039;assez nouveau dans l&#039;histoire. L&#039;antiquité ne les connut pas ; l&#039;Égypte, la Chine, l&#039;antique Chaldée ne furent à aucun degré des nations. C&#039;étaient des troupeaux menés par un fils du Soleil, ou un fils du Ciel. Il n&#039;y eut pas de citoyens égyptiens, pas plus qu&#039;il n&#039;y a de citoyens chinois. L&#039;antiquité classique eut des républiques et des royautés municipales, des confédérations de républiques locales, des empires ; elle n&#039;eut guère la nation au sens où nous la comprenons. Athènes, Sparte, Sidon, Tyr sont de petits centres d&#039;admirable patriotisme ; mais ce sont des cités avec un territoire relativement restreint. La Gaule, l&#039;Espagne, l&#039;Italie, avant leur absorption dans l&#039;Empire romain, étaient des ensembles de peuplades, souvent liguées entre elles, mais sans institutions centrales, sans dynasties. L&#039;Empire assyrien, l&#039;Empire persan, l&#039;Empire d&#039;Alexandre ne furent pas non plus des patries. Il n&#039;y eut jamais de patriotes assyriens ; l&#039;Empire persan fut une vaste féodalité. Pas une nation ne rattache ses origines à la colossale aventure d&#039;Alexandre, qui fut cependant si riche en conséquences pour l&#039;histoire générale de la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;Empire romain fut bien plus près d&#039;être une patrie. En retour de l&#039;immense bienfait de la cessation des guerres, la domination romaine, d&#039;abord si dure, fut bien vite aimée. Ce fut une grande association, synonyme d&#039;ordre, de paix et de civilisation. Dans les derniers temps de l&#039;Empire, il y eut, chez les âmes élevées, chez les évêques éclairés, chez les lettrés, un vrai sentiment de «la paix romaine», opposée au chaos menaçant de la barbarie. Mais un empire, douze fois grand comme la France actuelle, ne saurait former un État dans l&#039;acception moderne. La scission de l&#039;Orient et de l&#039;Occident était inévitable. Les essais d&#039;un empire gaulois, au IIIe siècle, ne réussirent pas. C&#039;est l&#039;invasion germanique qui introduisit dans le monde le principe qui, plus tard, a servi de base à l&#039;existence des nationalités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que firent les peuples germaniques, en effet, depuis leurs grandes invasions du Ve siècle jusqu&#039;aux dernières conquêtes normandes au Xe ? Ils changèrent peu le fond des races ; mais ils imposèrent des dynasties et une aristocratie militaire à des parties plus ou moins considérables de l&#039;ancien Empire d&#039;Occident, lesquelles prirent le nom de leurs envahisseurs. De là une France, une Burgondie, une Lombardie ; plus tard, une Normandie. La rapide prépondérance que prit l&#039;empire franc refait un moment l&#039;unité de l&#039;Occident ; mais cet empire se brise irrémédiablement vers le milieu du IXe siècle ; le traité de Verdun trace des divisions immuables en principe, et dès lors la France, l&#039; Allemagne, l&#039;Angleterre, l&#039;Italie, l&#039;Espagne s&#039;acheminent, par des voies souvent détournées et à travers mille aventures, à leur pleine existence nationale, telle que nous la voyons s&#039;épanouir aujourd&#039;hui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;est-ce qui caractérise, en effet, ces différents États ? C&#039;est la fusion des populations qui les composent. Dans les pays que nous venons d&#039;énumérer, rien d&#039;analogue à ce que vous trouverez en Turquie, où le Turc, le Slave, le Grec, l&#039;Arménien, l&#039;Arabe, le Syrien, le Kurde sont aussi distincts aujourd&#039;hui qu&#039;au jour de la conquête. Deux circonstances essentielles contribuèrent à ce résultat. D&#039;abord le fait que les peuples germaniques adoptèrent le christianisme dès qu&#039;ils eurent des contacts un peu suivis avec les peuples grecs et latins. Quand le vainqueur et le vaincu sont de la même religion, ou plutôt, quand le vainqueur adopte la religion du vaincu, le système turc, la distinction absolue des hommes d&#039;après la religion, ne peut plus se produire. La seconde circonstance fut, de la part des conquérants, l&#039;oubli de leur propre langue. Les petits-fils de Clovis, d&#039;Alaric, de Gondebaud, d&#039;Alboïn, de Rollon, parlaient déjà roman. Ce fait était lui-même la conséquence d&#039;une autre particularité importante ; c&#039;est que les Francs, les Burgondes, les Goths, les Lombards, les Normands avaient très peu de femmes de leur race avec eux. Pendant plusieurs générations, les chefs ne se marient qu&#039;avec des femmes germaines ; mais leurs concubines sont latines, les nourrices des enfants sont latines ; toute la tribu épouse des femmes latines ; ce qui fit que la lingua francica, la lingua gothica n&#039;eurent, depuis l&#039;établissement des Francs et des Goths en terres romaines, que de très courtes destinées. Il n&#039;en fut pas ainsi en Angleterre ; car l&#039;invasion anglo-saxonne avait sans doute des femmes avec elle ; la population bretonne s&#039;enfuit, et, d&#039;ailleurs, le latin n&#039;était plus, ou même, ne fut jamais dominant dans la Bretagne. Si on eût généralement parlé gaulois dans la Gaule, au Ve siècle, Clovis et les siens n&#039;eussent pas abandonné le germanique pour le gaulois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De là ce résultat capital que, malgré l&#039;extrême violence des mœurs des envahisseurs germains, le moule qu&#039;ils imposèrent devint, avec les siècles, le moule même de la nation. France devint très légitimement le nom d&#039;un pays où il n&#039;était entrée qu&#039;une imperceptible minorité de Francs. Au Xe siècle, dans les premières chansons de geste, qui sont un miroir si parfait de l&#039;esprit du temps, tous les habitants de la France sont des Français. L&#039;idée d&#039;une différence de races dans la population de la France, si évidente chez Grégoire de Tours, ne se présente à aucun degré chez les écrivains et les poètes français postérieurs à Hugues Capet. La différence du noble et du vilain est aussi accentuée que possible ; mais la différence de l&#039;un à l&#039;autre n&#039;est en rien une différence ethnique ; c&#039;est une différence de courage, d&#039;habitudes et d&#039;éducation transmise héréditairement ; l&#039;idée que l&#039;origine de tout cela soit une conquête ne vient à personne. Le faux système d&#039;après lequel la noblesse dut son origine à un privilège conféré par le roi pour de grands services rendus à la nation, si bien que tout noble est un anobli, ce système est établi comme un dogme dès le XIIIe siècle. La même chose se passa à la suite de presque toutes les conquêtes normandes. Au bout d&#039;une ou deux générations, les envahisseurs normands ne se distinguaient plus du reste de la population ; leur influence n&#039;en avait pas moins été profonde ; ils avaient donné au pays conquis une noblesse, des habitudes militaires, un patriotisme qu&#039;il n&#039;avait pas auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;oubli, et je dirai même l&#039;erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d&#039;une nation, et c&#039;est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L&#039;investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l&#039;origine de toutes les formations politiques, même de celles dont les conséquences ont été le plus bienfaisantes. L&#039;unité se fait toujours brutalement ; la réunion de la France du Nord et de la France du Midi a été le résultat d&#039;une extermination et d&#039;une terreur continuée pendant près d&#039;un siècle. Le roi de France, qui est, si j&#039;ose le dire, le type idéal d&#039;un cristallisateur séculaire ; le roi de France, qui a fait la plus parfaite unité nationale qu&#039;il y ait ; le roi de France, vu de trop près, a perdu son prestige ; la nation qu&#039;il avait formée l&#039;a maudit, et, aujourd&#039;hui, il n&#039;y a que les esprits cultivés qui sachent ce qu&#039;il valait et ce qu&#039;il a fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est par le contraste que ces grandes lois de l&#039;histoire de l&#039;Europe occidentale deviennent sensibles. Dans l&#039;entreprise que le roi de France, en partie par sa tyrannie, en partie par sa justice, a si admirablement menée à terme, beaucoup de pays ont échoué. Sous la couronne de saint Étienne, les Magyars et les Slaves sont restés aussi distincts qu&#039;ils l&#039;étaient il y a huit cents ans. Loin de fondre les éléments divers de ses domaines, la maison de Habsbourg les a tenus distincts et souvent opposés les uns aux autres. En Bohême, l&#039;élément tchèque et l&#039;élément allemand sont superposés comme l&#039;huile et l&#039;eau dans un verre. La politique turque de la séparation des nationalités d&#039;après la religion a eu de bien plus graves conséquences : elle a causé la ruine de l&#039;Orient. Prenez une ville comme Salonique ou Smyrne, vous y trouverez cinq ou six communautés dont chacune a ses souvenirs et qui n&#039;ont entre elles presque rien en commun. Or l&#039;essence d&#039;une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses. Aucun citoyen français ne sait s&#039;il est burgonde, alain, taïfale, visigoth ; tout citoyen français doit avoir oublié la Saint-Barthélemy, les massacres du Midi au XIII e siècle. Il n&#039;y a pas en France dix familles qui puissent fournir la preuve d&#039;une origine franque, et encore une telle preuve serait-elle essentiellement défectueuse, par suite de mille croisements inconnus qui peuvent déranger tous les systèmes des généalogistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nation moderne est donc un résultat historique amené par une série de faits convergeant dans le même sens. Tantôt l&#039;unité a été réalisée par une dynastie, comme c&#039;est le cas pour la France ; tantôt elle l&#039;a été par la volonté directe des provinces, comme c&#039;est le cas pour la Hollande, la Suisse, la Belgique ; tantôt par un esprit général, tardivement vainqueur des caprices de la féodalité, comme c&#039;est le cas pour l&#039;Italie et l&#039;Allemagne. Toujours une profonde raison d&#039;être a présidé à ces formations. Les principes, en pareils cas, se font jour par les surprises les plus inattendues. Nous avons vu, de nos jours, l&#039;Italie unifiée par ses défaites, et la Turquie démolie par ses victoires. Chaque défaite avançait les affaires de l&#039;Italie ; chaque victoire perdait la Turquie ; car l&#039;Italie est une nation, et la Turquie, hors de l&#039;Asie Mineure, n&#039;en est pas une. C&#039;est la gloire de la France d&#039;avoir, par la Révolution française, proclamé qu&#039;une nation existe par elle-même. Nous ne devons pas trouver mauvais qu&#039;on nous imite. Le principe des nations est le nôtre. Mais qu&#039;est-ce donc qu&#039;une nation ? Pourquoi la Hollande est-elle une nation, tandis que le Hanovre ou le grand-duché de Parme n&#039;en sont pas une ? Comment la France persiste-t-elle à être une nation, quand le principe qui l&#039;a créée a disparu ? Comment la Suisse, qui a trois langues, deux religions, trois ou quatre races, est-elle une nation, quand la Toscane, par exemple, qui est si homogène, n&#039;en est pas une ? Pourquoi l&#039;Autriche est-elle un État et non pas une nation ? En quoi le principe des nationalités diffère-t-il du principe des races ? Voilà des points sur lesquels un esprit réfléchi tient à être fixé, pour se mettre d&#039;accord avec lui-même. Les affaires du monde ne se règlent guère par ces sortes de raisonnements ; mais les hommes appliqués veulent porter en ces matières quelque raison et démêler les confusions où s&#039;embrouillent les esprits superficiels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Chapitre II ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À entendre certains théoriciens politiques, une nation est avant tout une dynastie, représentant une ancienne conquête, conquête acceptée d&#039;abord, puis oubliée par la masse du peuple. Selon les politiques dont je parle, le groupement de provinces effectué par une dynastie, par ses guerres, par ses mariages, par ses traités, finit avec la dynastie qui l&#039;a formé. Il est très vrai que la plupart des nations modernes ont été faites par une famille d&#039;origine féodale, qui a contracté mariage avec le sol et qui a été en quelque sorte un noyau de centralisation. Les limites de la France en 1789 n&#039;avaient rien de naturel ni de nécessaire. La large zone que la maison capétienne avait ajoutée à l&#039;étroite lisière du traité de Verdun fut bien l&#039;acquisition personnelle de cette maison. À l&#039;époque où furent faites les annexions, on n&#039;avait l&#039;idée ni des limites naturelles, ni du droit des nations, ni de la volonté des provinces. La réunion de l&#039;Angleterre, de l&#039;Irlande et de l&#039;Écosse fut de même un fait dynastique. L&#039;Italie n&#039;a tardé si longtemps à être une nation que parce que, parmi ses nombreuses maisons régnantes, aucune, avant notre siècle, ne se fit le centre de l&#039;unité. Chose étrange, c&#039;est à l&#039;obscure île de Sardaigne, terre à peine italienne, qu&#039;elle a pris un titre royal. La Hollande, qui s&#039;est créée elle-même, par un acte d&#039;héroïque résolution, a néanmoins contracté un mariage intime avec la maison d&#039;Orange, et elle courrait de vrais dangers le jour où cette union serait compromise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une telle loi, cependant, est-elle absolue ? Non, sans doute. La Suisse et les États-Unis, qui se sont formés comme des conglomérats d&#039;additions successives, n&#039;ont aucune base dynastique. Je ne discuterai pas la question en ce qui concerne la France. Il faudrait avoir le secret de l&#039;avenir. Disons seulement que cette grande royauté française avait été si hautement nationale, que, le lendemain de sa chute, la nation a pu tenir sans elle. Et puis le XVIIIe siècle avait changé toute chose. L&#039;homme était revenu, après des siècles d&#039;abaissement, à l&#039;esprit antique, au respect de lui-même, à l&#039;idée de ses droits. Les mots de patrie et de citoyen avaient repris leur sens. Ainsi a pu s&#039;accomplir l&#039;opération la plus hardie qui ait été pratiquée dans l&#039;histoire, opération que l&#039;on peut comparer à ce que serait, en physiologie, la tentative de faire vivre en son identité première un corps à qui l&#039;on aurait enlevé le cerveau et le cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc admettre qu&#039;une nation peut exister sans principe dynastique, et même que des nations qui ont été formées par des dynasties peuvent se séparer de cette dynastie sans pour cela cesser d&#039;exister. Le vieux principe qui ne tient compte que du droit des princes ne saurait plus être maintenu ; outre le droit dynastique, il y a le droit national. Ce droit national, sur quel critérium le fonder ? à quel signe le connaître ? de quel fait tangible le faire dériver ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== I. - De la race, disent plusieurs avec assurance. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les divisions artificielles, résultant de la féodalité, des mariages princiers, des congrès de diplomates, sont caduques. Ce qui reste ferme et fixe, c&#039;est la race des populations. Voilà ce qui constitue un droit, une légitimité. La famille germanique, par exemple, selon la théorie que j&#039;expose, a le droit de reprendre les membres épars du germanisme, même quand ces membres ne demandent pas à se rejoindre. Le droit du germanisme sur telle province est plus fort que le droit des habitants de cette province sur eux-mêmes. On crée ainsi une sorte de droit primordial analogue à celui des rois de droit divin ; au principe des nations on substitue celui de l&#039;ethnographie. C&#039;est là une très grande erreur, qui, si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. Autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de danger pour le véritable progrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la tribu et la cité antiques, le fait de la race avait, nous le reconnaissons, une importance de premier ordre. La tribu et la cité antiques n&#039;étaient qu&#039;une extension de la famille. À Sparte, à Athènes, tous les citoyens étaient parents à des degrés plus ou moins rapprochés. Il en était de même chez les Beni-Israël ; il en est encore ainsi dans les tribus arabes. D&#039;Athènes, de Sparte, de la tribu israélite, transportons-nous dans l&#039;Empire romain. La situation est tout autre. Formée d&#039;abord par la violence, puis maintenue par l&#039;intérêt, cette grande agglomération de villes, de provinces absolument différentes, porte à l&#039;idée de race le coup le plus grave. Le christianisme, avec son caractère universel et absolu, travaille plus efficacement encore dans le même sens. Il contracte avec l&#039;Empire romain une alliance intime, et, par l&#039;effet de ces deux incomparables agents d&#039;unification, la raison ethnographique est écartée du gouvernement des choses humaines pour des siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;invasion des barbares fut, malgré les apparences, un pas de plus dans cette voie. Les découpures de royaumes barbares n&#039;ont rien d&#039;ethnographique ; elles sont réglées par la force ou le caprice des envahisseurs. La race des populations qu&#039;ils subordonnaient était pour eux la chose la plus indifférente. Charlemagne refit à sa manière ce que Rome avait déjà fait : un empire unique composé des races les plus diverses ; les auteurs du traité de Verdun, en traçant imperturbablement leurs deux grandes lignes du nord au sud, n&#039;eurent pas le moindre souci de la race des gens qui se trouvaient à droite ou à gauche. Les mouvements de frontière qui s&#039;opérèrent dans la suite du Moyen Âge furent aussi en dehors de toute tendance ethnographique. Si la politique suivie de la maison capétienne est arrivée à grouper à peu près, sous le nom de France, les territoires de l&#039;ancienne Gaule, ce n&#039;est pas là un effet de la tendance qu&#039;auraient eue ces pays à se rejoindre à leurs congénères. Le Dauphiné, la Bresse, la Provence, la Franche-Comté ne se souvenaient plus d&#039;une origine commune. Toute conscience gauloise avait péri dès le IIe siècle de notre ère, et ce n&#039;est que par une vue d&#039;érudition que, de nos jours, on a retrouvé rétrospectivement l&#039;individualité du caractère gaulois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La considération ethnographique n&#039;a donc été pour rien dans la constitution des nations modernes. La France est celtique, ibérique, germanique. L&#039;Allemagne est germanique, celtique et slave. L&#039;Italie est le pays où l&#039;ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Étrusques, Pélasges, Grecs, sans parler de bien d&#039;autres éléments, s&#039;y croisent dans un indéchiffrable mélange. Les îles Britanniques, dans leur ensemble, offrent un mélange de sang celtique et germain dont les proportions sont singulièrement difficiles à définir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vérité est qu&#039;il n&#039;y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l&#039;analyse ethnographique, c&#039;est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays, l&#039;Angleterre, la France, l&#039;Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. L&#039;Allemagne fait-elle à cet égard une exception ? Est-elle un pays germanique pur ? Quelle illusion ! Tout le Sud a été gaulois. Tout l&#039;Est, à partir d&#039;Elbe, est slave. Et les parties que l&#039;on prétend réellement pures le sont-elles en effet ? Nous touchons ici à un des problèmes sur lesquels il importe le plus de se faire des idées claires et de prévenir les malentendus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les discussions sur les races sont interminables, parce que le mot race est pris par les historiens philologues et par les anthropologistes physiologistes dans deux sens tout à fait différents. Pour les anthropologistes, la race a le même sens qu&#039;en zoologie ; elle indique une descendance réelle, une parenté par le sang. Or l&#039;étude des langues et de l&#039;histoire ne conduit pas aux mêmes divisions que la physiologie. Les mots des brachycéphales, de dolichocéphales n&#039;ont pas de place en histoire ni en philologie. Dans le groupe humain qui créa les langues et la discipline aryennes, il y avait déjà des brachycéphales et des dolichocéphales. Il en faut dire autant du groupe primitif qui créa les langues et l&#039;institution dites sémitiques. En d&#039;autres termes, les origines zoologiques de l&#039;humanité sont énormément antérieures aux origines de la culture, de la civilisation, du langage. Les groupes aryen primitif, sémitique primitif, touranien primitif n&#039;avaient aucune unité physiologique. Ces groupements sont des faits historiques qui ont eu lieu à une certaine époque, mettons il y a quinze ou vingt mille ans, tandis que l&#039;origine zoologique de l&#039;humanité se perd dans des ténèbres incalculables. Ce qu&#039;on appelle philologiquement et historiquement la race germanique est sûrement une famille bien distincte dans l&#039;espèce humaine. Mais est-ce là une famille au sens anthropologique ? Non, assurément. L&#039;apparition de l&#039;individualité germanique dans l&#039;histoire ne se fait que très peu de siècles avant Jésus-Christ. Apparemment les Germains ne sont pas sortis de terre à cette époque. Avant cela, fondus avec les Slaves dans la grande masse indistincte des Scythes, ils n&#039;avaient pas leur individualité à part. Un Anglais est bien un type dans l&#039;ensemble de l&#039;humanité. Or le type de ce qu&#039;on appelle très improprement la race anglo-saxonne n&#039;est ni le Breton du temps de César, ni l&#039;Anglo-Saxon de Hengist, ni le Danois de Knut, ni le Normand de Guillaume le Conquérant ; c&#039;est la résultante de tout cela. Le Français n&#039;est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudière où, sous la présidence du roi de France, ont fermenté ensemble les éléments les plus divers. Un habitant de Jersey ou de Guernesey ne diffère en rien, pour les origines, de la population normande de la côte voisine. Au XIe siècle, l&#039;oeil le plus pénétrant n&#039;eût pas saisi des deux côtés du canal la plus légère différence. D&#039;insignifiantes circonstances font que Philippe-Auguste ne prend pas ces îles avec le reste de la Normandie. Séparées les unes des autres depuis près de sept cents ans, les deux populations sont devenues non seulement étrangères les unes aux autres, mais tout à fait dissemblables. La race, comme nous l&#039;entendons, nous autres, historiens, est donc quelque chose qui se fait et se défait. L&#039;étude de la race est capitale pour le savant qui s&#039;occupe de l&#039;histoire de l&#039;humanité. Elle n&#039;a pas d&#039;application en politique. La conscience instinctive qui a présidé à la confection de la carte d&#039;Europe n&#039;a tenu aucun compte de la race, et les premières nations de l&#039;Europe sont des nations de sang essentiellement mélangé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fait de la race, capital à l&#039;origine, va donc toujours perdant de son importance. L&#039;histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie. La race n&#039;y est pas tout, comme chez les rongeurs ou les félins, et on n&#039;a pas le droit d&#039;aller par le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en leur disant : «Tu es notre sang ; tu nous appartiens !» En dehors des caractères anthropologiques, il y a la raison, la justice, le vrai, le beau, qui sont les mêmes pour tous. Tenez, cette politique ethnographique n&#039;est pas sûre. Vous l&#039;exploitez aujourd&#039;hui contre les autres ; puis vous la voyez se tourner contre vous-mêmes. Est-il certain que les Allemands, qui ont élevé si haut le drapeau de l&#039;ethnographie, ne verront pas les Slaves venir analyser, à leur tour, les noms des villages de la Saxe et de la Lusace, rechercher les traces des Wiltzes ou des Obotrites, et demander compte des massacres et des ventes en masse que les Othons firent de leurs aïeux ? Pour tous il est bon de savoir oublier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;aime beaucoup l&#039;ethnographie ; c&#039;est une science d&#039;un rare intérêt ; mais, comme je la veux libre, je la veux sans application politique. En ethnographie, comme dans toutes les études, les systèmes changent ; c&#039;est la condition du progrès. Les limites des États suivraient les fluctuations de la science. Le patriotisme dépendrait d&#039;une dissertation plus ou moins paradoxale. On viendrait dire au patriote : «Vous vous trompiez ; vous versiez votre sang pour telle cause ; vous croyiez être celte ; non, vous êtes germain». Puis, dix ans après, on viendra vous dire que vous êtes slave. Pour ne pas fausser la science, dispensons-la de donner un avis dans ces problèmes, où sont engagés tant d&#039;intérêts. Soyez sûrs que, si on la charge de fournir des éléments à la diplomatie, on la surprendra bien des fois en flagrant délit de complaisance. Elle a mieux à faire : demandons-lui tout simplement la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== II. - Ce que nous venons de dire de la race, il faut le dire de la langue. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La langue invite à se réunir ; elle n&#039;y force pas. Les États-Unis et l&#039;Angleterre, l&#039;Amérique espagnole et l&#039;Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation. Au contraire, la Suisse, si bien faite, puisqu&#039;elle a été faite par l&#039;assentiment de ses différentes parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l&#039;homme quelque chose de supérieur à la langue : c&#039;est la volonté. La volonté de la Suisse d&#039;être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu&#039;une similitude souvent obtenue par des vexations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un fait honorable pour la France, c&#039;est qu&#039;elle n&#039;a jamais cherché à obtenir l&#039;unité de la langue par des mesures de coercition. Ne peut-on pas avoir les mêmes sentiments et les mêmes pensées, aimer les mêmes choses en des langages différents ? Nous parlions tout à l&#039;heure de l&#039;inconvénient qu&#039;il y aurait à faire dépendre la politique internationale de l&#039;ethnographie. Il n&#039;y en aurait pas moins à la faire dépendre de la philologie comparée. Laissons à ces intéressantes études l&#039;entière liberté de leurs discussions ; ne les mêlons pas à ce qui en altérerait la sérénité. L&#039;importance politique qu&#039;on attache aux langues vient de ce qu&#039;on les regarde comme des signes de race. Rien de plus faux. La Prusse, où l&#039;on ne parle plus qu&#039;allemand, parlait slave il y a quelques siècles ; le pays de Galles parle anglais ; la Gaule et l&#039;Espagne parlent l&#039;idiome primitif d&#039;Albe la Longue ; l&#039;Égypte parle arabe ; les exemples sont innombrables. Même aux origines, la similitude de langue n&#039;entraînait pas la similitude de race. Prenons la tribu proto-aryenne ou proto-sémite ; il s&#039;y trouvait des esclaves, qui parlaient la même langue que leurs maîtres ; or l&#039;esclave était alors bien souvent d&#039;une race différente de celle de son maître. Répétons-le : ces divisions de langues indo-européennes, sémitiques et autres, créées avec une si admirable sagacité par la philologie comparée, ne coïncident pas avec les divisions de l&#039;anthropologie. Les langues sont des formations historiques, qui indiquent peu de choses sur le sang de ceux qui les parlent, et qui, en tout cas, ne sauraient enchaîner la liberté humaine quand il s&#039;agit de déterminer la famille avec laquelle on s&#039;unit pour la vie et pour la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette considération exclusive de la langue a, comme l&#039;attention trop forte donnée à la race, ses dangers, ses inconvénients. Quand on y met de l&#039;exagération, on se renferme dans une culture déterminée, tenue pour nationale ; on se limite, on se claquemure. On quitte le grand air qu&#039;on respire dans le vaste champ de l&#039;humanité pour s&#039;enfermer dans des conventicules de compatriotes. Rien de plus mauvais pour l&#039;esprit ; rien de plus fâcheux pour la civilisation. N&#039;abandonnons pas ce principe fondamental, que l&#039;homme est un être raisonnable et moral, avant d&#039;être parqué dans telle ou telle langue, avant d&#039;être un membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture. Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance ; ils n&#039;étaient ni français, ni italiens, ni allemands. Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l&#039;antiquité, le secret de l&#039;éducation véritable de l&#039;esprit humain, et ils s&#039;y dévouaient corps et âme. Comme ils firent bien !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== III. - La religion ne saurait non plus offrir une base suffisante à l&#039;établissement d&#039;une nationalité moderne. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l&#039;origine, la religion tenait à l&#039;existence même du groupe social. Le groupe social était une extension de la famille. La religion, les rites étaient des rites de famille. La religion d&#039;Athènes, c&#039;était le culte d&#039;Athènes même, de ses fondateurs mythiques, de ses lois, de ses usages. Elle n&#039;impliquait aucune théologie dogmatique. Cette religion était, dans toute la force du terme, une religion d&#039;État. On n&#039;était pas athénien si on refusait de la pratiquer. C&#039;était au fond le culte de l&#039;Acropole personnifiée. Jurer sur l&#039;autel d&#039;Aglaure, c&#039;était prêter le serment de mourir pour la patrie. Cette religion était l&#039;équivalent de ce qu&#039;est chez nous l&#039;acte de tirer au sort, ou le culte du drapeau. Refuser de participer à un tel culte était comme serait dans nos sociétés modernes refuser le service militaire. C&#039;était déclarer qu&#039;on n&#039;était pas athénien. D&#039;un autre côté, il est clair qu&#039;un tel culte n&#039;avait pas de sens pour celui qui n&#039;était pas d&#039;Athènes ; aussi n&#039;exerçait-on aucun prosélytisme pour forcer des étrangers à l&#039;accepter ; les esclaves d&#039;Athènes ne le pratiquaient pas. Il en fut de même dans quelques petites républiques du Moyen Âge. On n&#039;était pas bon vénitien si l&#039;on ne jurait point par saint Marc ; on n&#039;était pas bon amalfitain si l&#039;on ne mettait pas saint André au-dessus de tous les autres saints du paradis. Dans ces petites sociétés, ce qui a été plus tard persécution, tyrannie, était légitime et tirait aussi peu à conséquence que le fait chez nous de souhaiter la fête au père de famille et de lui adresser des vœux au premier jour de l&#039;an.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui était vrai à Sparte, à Athènes, ne l&#039;était déjà plus dans les royaumes sortis de la conquête d&#039;Alexandre, ne l&#039;était surtout plus dans l&#039;Empire romain. Les persécutions d&#039;Antiochus Épiphane pour amener l&#039;Orient au culte de Jupiter Olympien, celles de l&#039;Empire romain pour maintenir une prétendue religion d&#039;État furent une faute, un crime, une véritable absurdité. De nos jours, la situation est parfaitement claire. Il n&#039;y a plus de masses croyant d&#039;une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise, ce qu&#039;il peut, comme il veut. Il n&#039;y a plus de religion d&#039;État ; on peut être français, anglais, allemand, en étant catholique, protestant, israélite, en ne pratiquant aucun culte. La religion est devenue chose individuelle ; elle regarde la conscience de chacun. La division des nations en catholiques, protestantes, n&#039;existe plus. La religion, qui, il y a cinquante-deux ans, était un élément si considérable dans la formation de la Belgique, garde toute son importance dans le for intérieur de chacun ; mais elle est sortie presque entièrement des raisons qui tracent les limites des peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== IV. - La communauté des intérêts est assurément un lien puissant entre les hommes. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les intérêts, cependant, suffisent-ils à faire une nation ? Je ne le crois pas. La communauté des intérêts fait les traités de commerce. Il y a dans la nationalité un côté de sentiment ; elle est âme et corps à la fois ; un Zollverein n&#039;est pas une patrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== V. - La géographie, ce qu&#039;on appelle les frontières naturelles, a certainement une part considérable dans la division des nations. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La géographie est un des facteurs essentiels de l&#039;histoire. Les rivières ont conduit les races ; les montagnes les ont arrêtées. Les premières ont favorisé, les secondes ont limité les mouvements historiques. Peut-on dire cependant, comme le croient certains partis, que les limites d&#039;une nation sont écrites sur la carte et que cette nation a le droit de s&#039;adjuger ce qui est nécessaire pour arrondir certains contours, pour atteindre telle montagne, telle rivière, à laquelle on prête une sorte de faculté limitante a priori ? Je ne connais pas de doctrine plus arbitraire ni plus funeste. Avec cela, on justifie toutes les violences. Et, d&#039;abord, sont-ce les montagnes ou bien sont-ce les rivières qui forment ces prétendues frontières naturelles ? Il est incontestable que les montagnes séparent ; mais les fleuves réunissent plutôt. Et puis toutes les montagnes ne sauraient découper des États. Quelles sont celles qui séparent et celles qui ne séparent pas ? De Biarritz à Tornea, il n&#039;y a pas une embouchure de fleuve qui ait plus qu&#039;une autre un caractère bornal. Si l&#039;histoire l&#039;avait voulu, la Loire, la Seine, la Meuse, l&#039;Elbe, l&#039;Oder auraient, autant que le Rhin, ce caractère de frontière naturelle qui a fait commettre tant d&#039;infractions au droit fondamental, qui est la volonté des hommes. On parle de raisons stratégiques. Rien n&#039;est absolu ; il est clair que bien des concessions doivent être faites à la nécessité. Mais il ne faut pas que ces concessions aillent trop loin. Autrement, tout le monde réclamera ses convenances militaires, et ce sera la guerre sans fin. Non, ce n&#039;est pas la terre plus que la race qui fait une nation. La terre fournit le substratum, le champ de la lutte et du travail ; l&#039;homme fournit l&#039;âme. L&#039;homme est tout dans la formation de cette chose sacrée qu&#039;on appelle un peuple. Rien de matériel n&#039;y suffit. Une nation est un principe spirituel, résultant des complications profondes de l&#039;histoire, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous venons de voir ce qui ne suffit pas à créer un tel principe spirituel : la race, la langue, les intérêts, l&#039;affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires. Que faut-il donc en plus ? Par suite de ce qui a été dit antérieurement, je n&#039;aurai pas désormais à retenir bien longtemps votre attention.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Chapitre III ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n&#039;en font qu&#039;une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L&#039;une est dans le passé, l&#039;autre dans le présent. L&#039;une est la possession en commun d&#039;un riche legs de souvenirs ; l&#039;autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l&#039;héritage qu&#039;on a reçu indivis. L&#039;homme, Messieurs, ne s&#039;improvise pas. La nation, comme l&#039;individu, est l&#039;aboutissant d&#039;un long passé d&#039;efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j&#039;entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans la passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu&#039;on a consentis, des maux qu&#039;on a soufferts. On aime la maison qu&#039;on a bâtie et qu&#039;on transmet. Le chant spartiate : «Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes» est dans sa simplicité l&#039;hymne abrégé de toute patrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l&#039;avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l&#039;on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l&#039;heure : «avoir souffert ensemble» ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l&#039;effort en commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu&#039;on a faits et de ceux qu&#039;on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L&#039;existence d&#039;une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l&#039;existence de l&#039;individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique. Dans l&#039;ordre d&#039;idées que je vous soumets, une nation n&#039;a pas plus qu&#039;un roi le droit de dire à une province : «Tu m&#039;appartiens, je te prends». Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu&#039;un en cette affaire a droit d&#039;être consulté, c&#039;est l&#039;habitant. Une nation n&#039;a jamais un véritable intérêt à s&#039;annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le vœu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons chassé de la politique les abstractions métaphysiques et théologiques. Que reste-t-il, après cela ? Il reste l&#039;homme, ses désirs, ses besoins. La sécession, me direz-vous, et, à la longue, l&#039;émiettement des nations sont la conséquence d&#039;un système qui met ces vieux organismes à la merci de volontés souvent peu éclairées. Il est clair qu&#039;en pareille matière aucun principe ne doit être poussé à l&#039;excès. Les vérités de cet ordre ne sont applicables que dans leur ensemble et d&#039;une façon très générale. Les volontés humaines changent ; mais qu&#039;est-ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d&#039;éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. Mais telle n&#039;est pas la loi du siècle où nous vivons. À l&#039;heure présente, l&#039;existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n&#039;avait qu&#039;une loi et qu&#039;un maître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l&#039;œuvre commune de la civilisation ; toutes apportent une note à ce grand concert de l&#039;humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions. Isolées, elles ont leurs parties faibles. Je me dis souvent qu&#039;un individu qui aurait les défauts tenus chez les nations pour des qualités, qui se nourrirait de vaine gloire ; qui serait à ce point jaloux, égoïste, querelleur ; qui ne pourrait rien supporter sans dégainer, serait le plus insupportable des hommes. Mais toutes ces dissonances de détail disparaissent dans l&#039;ensemble. Pauvre humanité, que tu as souffert ! que d&#039;épreuves t&#039;attendent encore ! Puisse l&#039;esprit de sagesse te guider pour te préserver des innombrables dangers dont ta route est semée !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me résume, Messieurs. L&#039;homme n&#039;est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d&#039;hommes, saine d&#039;esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s&#039;appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu&#039;exige l&#039;abdication de l&#039;individu au profit d&#039;une communauté, elle est légitime, elle a le droit d&#039;exister. Si des doutes s&#039;élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées. Elles ont bien le droit d&#039;avoir un avis dans la question. Voilà qui fera sourire les transcendants de la politique, ces infaillibles qui passent leur vie à se tromper et qui, du haut de leurs principes supérieurs, prennent en pitié notre terre à terre. «Consulter les populations, fi donc ! quelle naïveté ! Voilà bien ces chétives idées françaises qui prétendent remplacer la diplomatie et la guerre par des moyens d&#039;une simplicité enfantine». - Attendons, Messieurs ; laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Peut-être, après bien des tâtonnements infructueux, reviendra-t-on à nos modestes solutions empiriques. Le moyen d&#039;avoir raison dans l&#039;avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Jabial</name></author>
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		<title>Questions économiques à l’ordre du jour - Huitième partie : Où est l&#039;utopie ?</title>
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		<updated>2009-01-30T15:36:58Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : a renommé Questions économiques à l’ordre du jour - Huitième partie : Où est l&amp;#039;utopie ? en Questions économiques à l’ordre du jour - Huitième partie : Où est l&amp;#039;utopie&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;#REDIRECTION [[Questions économiques à l’ordre du jour - Huitième partie : Où est l&#039;utopie]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Jabial</name></author>
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		<title>Questions économiques à l’ordre du jour - Huitième partie : Où est l&#039;utopie</title>
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&lt;hr /&gt;
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&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== I. ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous commençons seulement à apercevoir les conséquences de la prodigieuse&lt;br /&gt;
augmentation de la productivité de l&#039;industrie et des progrès dont elle a été la source.&lt;br /&gt;
Cependant les esprits les plus rebelles aux nouveautés, eux-mêmes, ne peuvent plus&lt;br /&gt;
se dissimuler qu&#039;il y a quelque chose de changé dans le monde depuis que l&#039;homme a&lt;br /&gt;
plié à son service des agents naturels d&#039;une puissance illimitée. Pourvue d&#039;une&lt;br /&gt;
machinerie qui va se perfectionnant chaque jour, l&#039;industrie apporte à la&lt;br /&gt;
consommation des masses croissantes de produits et demande des marchés de plus en&lt;br /&gt;
plus étendus. Pour répondre à ce besoin nouveau, les moyens de communication ont&lt;br /&gt;
été transformés et multipliés en même temps que les agents de mobilisation des&lt;br /&gt;
produits, des capitaux et du travail. Aux marchés locaux qui suffisaient à alimenter le&lt;br /&gt;
plus grand nombre des petits ateliers d&#039;autrefois a succédé un marché général sur lequel s&#039;échangent les produits et les agents productifs de toutes les nations. Dans le&lt;br /&gt;
cours du dernier siècle, les échanges internationaux ont décuplé et c&#039;est par milliards&lt;br /&gt;
que se comptent les capitaux qui vont féconder la production dans des régions du&lt;br /&gt;
globe qui leur étaient naguère inaccessibles. Et quoique les agents de mobilisation qui&lt;br /&gt;
desservent les produits et les capitaux fassent encore défaut au travail, l&#039;Europe&lt;br /&gt;
exporte maintenant chaque année un million de travailleurs dans le nouveau monde.&lt;br /&gt;
A mesure que la sphère de l&#039;échange allait ainsi s&#039;étendant sous l&#039;influence de&lt;br /&gt;
l&#039;augmentation progressive de la puissance productive de l&#039;industrie, nous avons vu se&lt;br /&gt;
dégager des obstacles qui entravaient son opération le plus énergique moteur de&lt;br /&gt;
l&#039;activité humaine, la loi naturelle de la concurrence. Sans doute, cette loi a agi de tout&lt;br /&gt;
temps pour donner, à l&#039;avantage de l&#039;espèce, la victoire aux plus forts et aux plus&lt;br /&gt;
capables. Sous sa forme destructive de guerre elle a acquis la maîtrise de notre globe&lt;br /&gt;
aux nations qui ont apporté dans ra lutte pour la domination les forces matérielles et,&lt;br /&gt;
plus encore, les forces morales de la civilisation ; mais, dans son application à&lt;br /&gt;
l&#039;industrie, elle rencontrait dans le milieu et dans l&#039;homme lui-même, des obstacles qui&lt;br /&gt;
enrayaient son action propulsive et régulatrice, Ces obstacles n&#039;ont pas tous disparu :&lt;br /&gt;
tandis que ceux qui sont le fait de la nature sont en voie de s&#039;aplanir, ceux qui sont le&lt;br /&gt;
fait de l&#039;homme continuent de subsister et même de se multiplier. Aux monopoles&lt;br /&gt;
naturels a succédé une floraison touffue de monopoles artificiels, L&#039;aire de la&lt;br /&gt;
concurrence ne s&#039;est pas moins agrandie avec celle de l&#039;échange, et nous pouvons&lt;br /&gt;
déjà, en considérant les résultats actuels de son opération dans un milieu devenu&lt;br /&gt;
malgré tout plus libre, nous faire une idée de ceux que cette opération produira dans&lt;br /&gt;
un milieu que l&#039;esprit de monopole aura cessé d&#039;obstruer et de limiter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sauf les inégalités provenant des droits de douane, la concurrence a déjà unifié les&lt;br /&gt;
prix des articles de consommation qui possèdent le marché le plus vaste, les céréales,&lt;br /&gt;
le coton, la laine, le fer, l&#039;acier, et elle tend continuellement à les faire descendre au&lt;br /&gt;
niveau des frais de production les plus bas. C&#039;est vers ce niveau que gravitent les prix&lt;br /&gt;
du marché général et que s&#039;établit l&#039;équilibre entre la production et la consommation.&lt;br /&gt;
A la vérité, cet équilibre est troublé tantôt par une appréciation inexacte des besoins&lt;br /&gt;
de la consommation, tantôt, et plus souvent, par l&#039;influence perturbatrice des accidents&lt;br /&gt;
de la température, mais soit qu&#039;il y ait surabondance ou déficit, les lois de la&lt;br /&gt;
concurrence et de la valeur, en déterminant une baisse ou une hausse immédiate et&lt;br /&gt;
progressive des prix, diminuent ou augmentent les profits de manière à faire&lt;br /&gt;
disparaître la surabondance ou combler le déficit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces ruptures d&#039;équilibre n’occasionnent pas moins des dommages et des&lt;br /&gt;
souffrances, mais elles ne sont pas, sans remède. Les progrès de l&#039;agriculture&lt;br /&gt;
contribuent efficacement à rendre la production des denrées alimentaires moins&lt;br /&gt;
dépendante des caprices des saisons, tandis que le développement de la spéculation, -&lt;br /&gt;
laquelle n&#039;est autre chose qu&#039;une application utile de la prévoyance, - permet d&#039;étendre&lt;br /&gt;
dans le temps le marché de l&#039;échange et d&#039;y égaliser les prix au double avantage des&lt;br /&gt;
producteurs et des consommateurs. En ramenant ainsi, par une impulsion irrésistible,&lt;br /&gt;
les prix du marché au niveau des frais de production les plus bas, les lois naturelles de&lt;br /&gt;
la concurrence et de la valeur obligent, d&#039;une part, les producteurs, sous peine de ruine, à réaliser sans retard tous les progrès dont les plus intelligents d&#039;entre eux ont&lt;br /&gt;
pris l&#039;initiative, et, d&#039;une autre part, elles règlent leurs profits au taux nécessaire pour&lt;br /&gt;
assurer l&#039;existence de la production, ni plus ni moins. Ajoutons que sur ce marché&lt;br /&gt;
généralisé, elles suppriment une cause de perturbations qui résidait sur les marchés&lt;br /&gt;
locaux, dans l&#039;inégalité personnelle des besoins d&#039;acheter ou de vendre et viciait&lt;br /&gt;
l&#039;échange par l&#039;exploitation de la souffrance ou de l&#039;ignorance de l&#039;acheteur ou du&lt;br /&gt;
vendeur. En impersonnalisant l&#039;échange elles règlent les prix uniquement en raison&lt;br /&gt;
des quantités offertes et demandées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette même action propulsive et régulatrice que la concurrence exerce, avec&lt;br /&gt;
l&#039;auxiliaire de la loi de la valeur, pour abaisser le prix des produits au taux nécessaire&lt;br /&gt;
et établir à ce taux l&#039;équilibre de la production et de la consommation sur un marché&lt;br /&gt;
où aucun obstacle ne vient entraver ses mouvements, elle l&#039;exerce aussi pour régler au&lt;br /&gt;
même taux le partage des fruits de la production entre ses coopérateurs, capitaux&lt;br /&gt;
investis dans les choses et capitaux investis dans l&#039;homme lui-même, ou, pour nous&lt;br /&gt;
servir de l&#039;expression usitée, capital et travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons en quoi consiste le taux nécessaire de la rétribution de ces deux&lt;br /&gt;
catégories de capitaux. S&#039;il s&#039;agit du capital investi dans les choses, il faut que sa part&lt;br /&gt;
dans le produit qu&#039;il contribue à créer suffise à le reconstituer avec le profit nécessaire&lt;br /&gt;
pour déterminer le capitaliste à l&#039;engager dans la production plutôt qu&#039;à le conserver&lt;br /&gt;
inactif. C&#039;est vers ce taux que la concurrence fait graviter la rétribution du capital. Si&lt;br /&gt;
les prix du marché des capitaux tombe au-dessous, les capitaux engagés dans la&lt;br /&gt;
production se détruisent faute de pouvoir être reconstitués et ceux qui étaient&lt;br /&gt;
disponibles cessent d&#039;être offerts ou prennent une autre direction. Si, au contraire, le&lt;br /&gt;
prix du marché dépasse le taux nécessaire, les capitaux sont attirés vers l&#039;industrie&lt;br /&gt;
dans laquelle ils reçoivent cet excès de rétribution, et l&#039;offre s&#039;en accroît jusqu&#039;à ce que&lt;br /&gt;
le prix du marché soit redescendu au taux nécessaire. Et ces mouvements de hausse et&lt;br /&gt;
de baisse s&#039;opérant, comme nous l&#039;avons vu, dans une progression plus rapide que&lt;br /&gt;
l&#039;écart des quantités, l&#039;équilibre tend rapidement à se rétablir au ni veau utile de la&lt;br /&gt;
rétribution. Seulement, c&#039;est à la condition qu&#039;aucun obstacle ne s&#039;oppose à l&#039;action des&lt;br /&gt;
lois rétributrices. Dans un marché où cette action régulatrice se heurte à un monopole&lt;br /&gt;
naturel ou artificiel, c&#039;est la différence d&#039;intensité des besoins d&#039;emprunter et de prêter&lt;br /&gt;
qui détermine le prix, et comme le besoin d&#039;emprunter est généralement plus pressant&lt;br /&gt;
que le besoin de prêter, cette différence d&#039;intensité a donné naissance au phénomène&lt;br /&gt;
de l&#039;usure. Répandu, sous le régime de la petite industrie et des marchés isolés, au&lt;br /&gt;
point d&#039;avoir été considéré comme inhérent au prêt des capitaux, ce phénomène est&lt;br /&gt;
aujourd&#039;hui en voie de disparaître. Depuis que les moyens de communication et les&lt;br /&gt;
intermédiaires du crédit, bourses, banques, organes de publicité financière, en se&lt;br /&gt;
multipliant ont fait reculer partout les limites des marchés des capitaux, l&#039;opération de&lt;br /&gt;
la concurrence, bien autrement efficace que celle des lois limitatives du taux de&lt;br /&gt;
l&#039;intérêt, a commencé à avoir raison de l&#039;usure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mêmes lois gouvernent la rétribution du capital investi dans l&#039;homme luimême&lt;br /&gt;
soit que le travail de cet agent productif soit rétribué par une part aléatoire dans le produit ou une part fixe et assurée, un salaire. Mais l&#039;opération régulatrice de ces&lt;br /&gt;
lois a rencontré ici des obstacles plus difficiles à aplanir ou à surmonter que ceux qui&lt;br /&gt;
troublent et inégalisent les prix des produits et la rétribution du capital investi dans les&lt;br /&gt;
choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous l&#039;influence de causes que nous ayons analysées, les organes nécessaires que&lt;br /&gt;
la concurrence s&#039;est créés et qui se sont développés à mesure que s&#039;étendaient ses&lt;br /&gt;
marches : maisons ou sociétés de commerce, bourses, banques, publicité commerciale&lt;br /&gt;
et financière, font encore défaut au travail de l&#039;ouvrier devenu libre. Si, à l&#039;époque où&lt;br /&gt;
ils ont été affranchis de la servitude, les travailleurs ont acquis le droit de débattre les&lt;br /&gt;
prix et conditions de la location de leur capital de forces productives (capital qu&#039;ils&lt;br /&gt;
pouvaient rarement employer eux-mêmes), 1&#039;immense majorité d&#039;entre eux ne&lt;br /&gt;
pouvait, en fait, user librement de ce droit. Plus encore que les emprunteurs&lt;br /&gt;
faméliques en quête d&#039;un capital les ouvriers étaient pressés d&#039;échanger leur travail&lt;br /&gt;
contre un salaire. Dans les marchés isolés où ils se trouvaient confinés tant par la&lt;br /&gt;
rareté et la cherté des moyens de communication que par l&#039;absence des agents de&lt;br /&gt;
mobilisation, ils étaient à la merci des salariants et obligés de subir leurs conditions,&lt;br /&gt;
fussent-elles usuraires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car dans ces marchés étroits l&#039;inégalité des besoins des salariés et des salariants&lt;br /&gt;
beaucoup plus que le rapport des quantités existantes pour l&#039;offre et la demande&lt;br /&gt;
déterminait le prix du travail aussi bien que le taux de l&#039;intérêt et le prix des&lt;br /&gt;
marchandises. Cette inégalité, les ouvriers auraient pu la corriger par l&#039;association si&lt;br /&gt;
elle ne leur avait pas été interdite. L&#039;échange individuel du travail contre un salaire&lt;br /&gt;
seul était licite. Les maux qui ont accablé la classe ouvrière dans cette période initiale&lt;br /&gt;
de son émancipation, où l&#039;ouvrier était rendu complètement responsable de son&lt;br /&gt;
existence tout en étant placé dans des conditions qui ne lui laissaient&lt;br /&gt;
qu&#039;incomplètement les moyens d&#039;y pourvoir, ces maux ont été imputés, comme on&lt;br /&gt;
sait, à la liberté elle-même et ils ont provoqué la réaction du socialisme. Cependant&lt;br /&gt;
cette situation, que bien d&#039;autres causes contribuaient d&#039;ailleurs à aggraver, s&#039;est&lt;br /&gt;
modifiée à la longue. Les lois sur les coalitions ont été abolies, les ouvriers ont pu&lt;br /&gt;
s&#039;associer pour débattre les conditions de l&#039;échange du travail contre un salaire, et,&lt;br /&gt;
plus encore que la liberté des coalitions, des unions ou des syndicats, l&#039;augmentation&lt;br /&gt;
de la productivité de l&#039;industrie par l&#039;emploi des machines et la multiplication des&lt;br /&gt;
moyens de communication rapides et à bon marché ont contribué à relever les&lt;br /&gt;
salaires. Tout en s&#039;étendant, les marchés du travail n&#039;en sont pas moins demeurés&lt;br /&gt;
localisés, et l&#039;inégalité des besoins des salariants et des salariés continue à y être un&lt;br /&gt;
facteur influent sinon déterminant du prix du travail. De là la lutte qui est partout&lt;br /&gt;
engagée entre les unions ou les syndicats et les entrepreneurs d&#039;industrie. Mais on&lt;br /&gt;
peut, dès à présent, prévoir que les dommages énormes et toujours croissants que&lt;br /&gt;
cause cette lutte, en rendant plus urgente la nécessité d&#039;y porter remède, auront pour&lt;br /&gt;
résultat de mettre au service du capital investi dans l&#039;homme les mêmes organes de&lt;br /&gt;
mobilisation qui étendent chaque jour davantage les marchés des capitaux investis&lt;br /&gt;
dans les choses. Alors, dans un milieu où la concurrence munie de ses organes&lt;br /&gt;
nécessaires pourra exercer librement son action régulatrice, le prix du travail comme le taux d&#039;intérêt du capital tendra à s&#039;unifier et à se fixer au point utile du partage des&lt;br /&gt;
produits entre ces deux coopérateurs de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faisons maintenant une hypothèse. Supposons que cette action de la concurrence&lt;br /&gt;
puisse, un jour, s&#039;opérer sans obstacles sur toute la surface du globe et dans toutes les&lt;br /&gt;
branches de l&#039;activité humaine ; que tous les marchés, maintenant encore séparés par&lt;br /&gt;
des barrières naturelles ou artificielles, ne forment plus qu&#039;un seul et vaste marché,&lt;br /&gt;
dont toutes les parties seront éclairées à giorno et mises en communication&lt;br /&gt;
instantanée par des instruments et des agents de mobilisation des produits, des&lt;br /&gt;
capitaux et du travail, supposons encore qu&#039;aucune des industries qui, dans chaque&lt;br /&gt;
pays, fournissent les produits ou les services nécessaires à la satisfaction des besoins&lt;br /&gt;
de l&#039;homme ne soit soustraite à l&#039;opération propulsive et régulatrice de la concurrence,&lt;br /&gt;
que tous les obstacles qui entravent cette opération monopoles, douanes, règlements&lt;br /&gt;
restrictifs du travail et de l&#039;échange, viennent à être levés ; enfin que l&#039;expérience&lt;br /&gt;
ayant suffisamment démontré que la guerre a cessé d&#039;être un mode avantageux&lt;br /&gt;
d&#039;acquisition de la richesse, les nations civilisés réduisent leurs armements au&lt;br /&gt;
quantum nécessaire pour se préserver des invasions des peuples arriérés qui&lt;br /&gt;
continuent à demander leurs moyens d&#039;existence à la conquête et au pillage, quel sera&lt;br /&gt;
le résultat de cette élimination des obstacles que le protectionnisme, l&#039;étatisme et le&lt;br /&gt;
militarisme opposent au développement naturel de la production et de l&#039;échange, et&lt;br /&gt;
des charges dont ils les grèvent ? Ce sera, dans un marché élargi jusqu&#039;aux limites de&lt;br /&gt;
notre globe, et débarrassé de l&#039;énorme fouillis des lois artificielles, dictées par des&lt;br /&gt;
intérêts égoïstes et aveugles, la loi naturelle de la concurrence vitale, désormais libre&lt;br /&gt;
de ses mouvements et en possession de toute sa puissance qui assurera la&lt;br /&gt;
conservation et le progrès de l&#039;espèce humaine, comme elle assure ceux de toutes les&lt;br /&gt;
autres espèces vivantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, nous avons vu comment procède cette loi pour multiplier la production des&lt;br /&gt;
matériaux de la vie et en déterminer la distribution utile. D&#039;une part, associée à une&lt;br /&gt;
autre loi naturelle, la loi de l&#039;économie des forces, elle oblige tous les producteurs,&lt;br /&gt;
sous peine de ruine, à réaliser incessamment les progrès qui augmentent la puissance&lt;br /&gt;
productive de l&#039;industrie et abaissent les frais de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;une autre part, associée à la loi de la valeur, elle fait graviter par une impulsion&lt;br /&gt;
irrésistible les prix des matériaux de la vie vers le niveau des moindres frais, et en&lt;br /&gt;
détermine la répartition utile entre les coopérateurs de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En supposant donc que les hommes, après avoir supprimé les obstacles naturels&lt;br /&gt;
qui entravent l&#039;opération propulsive et régulatrice de la concurrence, cessent de les&lt;br /&gt;
remplacer par des obstacles artificiels, le résultat final sera l&#039;accroissement continu de&lt;br /&gt;
leur puissance productive jusqu&#039;à la limite marquée par la nature, l&#039;acquisition de la&lt;br /&gt;
plus grande somme possible des matériaux de vie en échange de la moindre somme&lt;br /&gt;
de travail et de peine et la distribution de ces matériaux la plus utile, partant la plus&lt;br /&gt;
conforme à l&#039;intérêt général et permanent de l&#039;espèce humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous convenons volontiers que cette hypothèse peut sembler chimérique, mais&lt;br /&gt;
lorsque nous considérons l&#039;avenir que nous prépare le régime protectionniste, étatiste&lt;br /&gt;
et militariste actuellement en vigueur dans toute l&#039;étendue du monde civilisé, et celui&lt;br /&gt;
par lequel le socialisme se propose de le remplacer, nous nous demandons si cet&lt;br /&gt;
avenir ne serait point par hasard encore plus utopique que le nôtre. Examinons, en&lt;br /&gt;
effet, ce qu&#039;il pourra bien être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== II. ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, dans le siècle qui vient de finir, l&#039;accroissement de la productivité des&lt;br /&gt;
industries de concurrence a augmenté dans des proportions extraordinaires la richesse&lt;br /&gt;
de la plupart des nations civilisées, en revanche elles alimentent un monopole qui leur&lt;br /&gt;
rend, sans doute, un service indispensable, celui de la sécurité intérieure et extérieure,&lt;br /&gt;
mais qui le leur fait payer de plus en plus cher, sans qu&#039;on puisse dire qu&#039;il s&#039;améliore&lt;br /&gt;
dans la même mesure. S&#039;il s&#039;agit de la sécurité intérieure, on ne peut affirmer que la&lt;br /&gt;
vie et la propriété soient plus sûrement garanties aujourd&#039;hui qu&#039;elles ne l&#039;étaient il y a&lt;br /&gt;
un siècle. A la vérité, le budget de la police et de la justice ne s&#039;est pas sensiblement&lt;br /&gt;
grossi dans cet intervalle, et quoique ce service puisse être à bon droit considéré&lt;br /&gt;
comme le plus important de ceux que nous rend l&#039;Etat, il ne figure qu&#039;à un des&lt;br /&gt;
derniers rangs dans la liste de ses dépenses. Mais il en est tout autrement pour la&lt;br /&gt;
sécurité extérieure. C&#039;est de beaucoup le plus gros chapitre de son budget et celui dont&lt;br /&gt;
l&#039;accroissement est partout le plus rapide. Cependant si l&#039;on considère le péril qui&lt;br /&gt;
menace l&#039;ensemble des nations civilisées du fait des invasions des barbares, ce péril&lt;br /&gt;
est allé décroissant depuis que la puissance destructive des peuples civilisés a égalé, si&lt;br /&gt;
elle n&#039;a pas dépassé, leur puissance productive. D&#039;après l&#039;historien Gibbon, l&#039;empire&lt;br /&gt;
romain ne maintenait sur pied que 120000 hommes pour se protéger contre la&lt;br /&gt;
multitude des barbares belliqueux et avides de pillage qui se pressaient à ses&lt;br /&gt;
frontières, et ce n&#039;est pas l&#039;insuffisance de ses forces militaires qui a causé sa chute.&lt;br /&gt;
Les nations civilisées n&#039;auraient pas besoin d&#039;une armée beaucoup plus nombreuse si&lt;br /&gt;
leurs gouvernements voulaient bien s&#039;entendre. Quoiqu&#039;elles aient horreur de la&lt;br /&gt;
guerre, quoiqu&#039;elles répètent depuis des siècles cette prière que nous avons lue à un&lt;br /&gt;
fronton de la place de 1&#039;Hôtel-de-Ville de Bruxelles : A peste, a fame, a bello, libera&lt;br /&gt;
nos Domine, elles n&#039;ont pas réussi encore à conserver la paix. Loin de s&#039;abaisser avec&lt;br /&gt;
les progrès de la civilisation, l&#039;adoucissement général des moeurs et l&#039;effacement des&lt;br /&gt;
haines nationales, le risque de guerre n&#039;a pas cessé de s&#039;élever et, avec lui, plus encore,&lt;br /&gt;
la prime que perçoivent les gouvernements pour le couvrir. Et pourtant on cherche en&lt;br /&gt;
vain quelle peut être aujourd&#039;hui l&#039;utilité de la guerre. Dans les temps primitifs, les&lt;br /&gt;
tribus faméliques se la faisaient pour suppléer à l&#039;insuffisance de leur gibier de poil ou de plume ; plus tard les peuples guerriers s&#039;y livraient soit en vue du pillage, soit pour&lt;br /&gt;
s&#039;emparer d&#039;un territoire garni d&#039;un cheptel d&#039;hommes laborieux et paisibles qu&#039;ils&lt;br /&gt;
réduisaient à l&#039;état d&#039;esclaves, de serfs ou de sujets :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 Avec ma lance je moissonne,&lt;br /&gt;
 Avec ma lance j&#039;exprime le doux jus de la treille,&lt;br /&gt;
chantaient les guerriers crétois, et, à leur point de vue, ils n&#039;avaient peut-être pas tort&lt;br /&gt;
de considérer la guerre comme la plus productive des industries. On peut en dire&lt;br /&gt;
autant des patriciens de Rome qui accaparaient les dépouilles des vaincus, ou bien&lt;br /&gt;
encore de Guillaume le Conquérant et de ses compagnons qui descendaient en&lt;br /&gt;
Angleterre pour « gaigner ». Aucune entreprise, aucun trust industriel ou commercial&lt;br /&gt;
n&#039;aurait pu, en effet, leur procurer d&#039;aussi merveilleux dividendes. Mais la situation a&lt;br /&gt;
changé. Si la guerre donne encore des dividendes ils sont pris sur le capital des&lt;br /&gt;
nations. Les bénéfices dont elle est la source et qui consistent dans la gloire dont se&lt;br /&gt;
couvrent les généraux victorieux, et les dotations plus substantielles que leur décerne&lt;br /&gt;
la reconnaissance nationale, dans l&#039;avancement et la solde de campagne des officiers,&lt;br /&gt;
dans les profits plantureux des fournisseurs du matériel de guerre, de la nourriture et&lt;br /&gt;
du vêtement du personnel, etc., etc., ces bénéfices ne sont qu&#039;un bien faible item, en&lt;br /&gt;
comparaison de l&#039;énorme dépense que la guerre coûte aux nations et des dommages&lt;br /&gt;
qu&#039; elle inflige à leur industrie et à leur commerce. Que le personnel gouvernant qui&lt;br /&gt;
décide de la guerre soit peu sensible à ces considérations matérielles, cela se conçoit.&lt;br /&gt;
Comme le remarquait Kant, la guerre ne prive pas le chef d&#039;Etat qui la déclare d&#039;un&lt;br /&gt;
seul plat de son dîner, mais que les nations qui doivent en payer les frais consentent&lt;br /&gt;
bénévolement à la supporter, bien qu&#039;elles aient, théoriquement du moins, le droit de&lt;br /&gt;
l&#039;empêcher, ce n&#039;est pas le moins étonnant des phénomènes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant la croyance en la nécessité et en la perpétuité de la guerre est demeurée&lt;br /&gt;
un article de foi chez les classes dirigeantes du monde civilisé. On peut donc, en&lt;br /&gt;
calculant ce qu&#039;elle a coûté depuis un siècle, se faire une idée du fardeau qu&#039;elle&lt;br /&gt;
imposera aux siècles à venir. Au moment où a éclaté la révolution française, les dettes&lt;br /&gt;
de l&#039;ensemble des nations civilisées ne dépassaient pas une vingtaine de milliards ;&lt;br /&gt;
elles s&#039;élèvent aujourd&#039;hui à 177 milliards dont la presque totalité doit être mise au&lt;br /&gt;
compte de la guerre et de la paix armée. Et si on analyse les budgets des dépenses, à&lt;br /&gt;
la seule exception du budget de l&#039;Union américaine, on constate que les budgets de la&lt;br /&gt;
dette, de la guerre et de la marine en absorbent les deux tiers [1].Quant aux autres&lt;br /&gt;
services que les gouvernements ont accaparés, il se soldent en perte, en ce sens que&lt;br /&gt;
l&#039;industrie privée les fournirait en meilleure qualité et à meilleur marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces dépenses colossales et toujours croissantes du monopole gouvernemental, il&lt;br /&gt;
est pourvu au moyen d&#039;une série d&#039;impôts qui atteignent et renchérissent tous les&lt;br /&gt;
matériaux de la vie, sans excepter l&#039;air respirable et la lumière du soleil. Et tandis que chacun, en achetant un produit ou un service à l&#039;industrie privée, connaît exactement&lt;br /&gt;
le prix dont il le paie, nul ne peut savoir ce que lui coûte l&#039;un ou l&#039;autre des services&lt;br /&gt;
qui lui impose l&#039;Etat, et encore moins quel est le montant de sa contribution à la&lt;br /&gt;
dépense commune. Car le problème de l&#039;incidence de l&#039;impôt est demeuré aussi&lt;br /&gt;
insoluble que celui de la quadrature du cercle. Au moins l&#039;impôt est-il employé&lt;br /&gt;
uniquement à rétribuer des services affectés à la nation toute entière, conformément à&lt;br /&gt;
l&#039;adage des économistes : on ne doit d&#039;impôts qu&#039;à l&#039;Etat ? Nous savons ce que le&lt;br /&gt;
protectionnisme a fait de cet adage : sur le budget de l&#039;Etat il a greffé un budget&lt;br /&gt;
parasite, alimenté par une dîme agricole et industrielle plus lourde que ne le furent&lt;br /&gt;
jamais la dîme ecclésiastique et les redevances féodales. La statistique, en sa qualité&lt;br /&gt;
de science officielle, ne nous fournit que des données incertaines sur le poids et&lt;br /&gt;
l&#039;étendue de cette double charge, sur le tantième que l&#039;Etat et ses protégés enlèvent au&lt;br /&gt;
revenu annuel de la nation. Est-ce le cinquième, le quart ou la moitié ? Et dans quelle&lt;br /&gt;
proportion les différentes catégories d&#039;imposés y contribuent-ils ? Nous ne pouvons&lt;br /&gt;
faire à cet égard que des conjectures. Mais ce qui est clair et certain, c&#039;est que cette&lt;br /&gt;
proportion va s&#039;élevant tous les jours, c&#039;est qu&#039;en dépit de l&#039;accroissement continu de la&lt;br /&gt;
productivité de l&#039;industrie, les charges publiques s&#039;augmentent plus vite que les&lt;br /&gt;
revenus privés et qu&#039;un jour viendra où ils cesseront d&#039;y suffire. J.-B. Say qualifiait&lt;br /&gt;
d&#039;ulcères les gouvernements de son temps. Que dirait-il des nôtres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les choses en sont venues au point que les conservateurs les plus endurcis euxmêmes&lt;br /&gt;
commencent à envisager l&#039;avenir avec inquiétude. Ils s&#039;effraient avec raison&lt;br /&gt;
des progrès du socialisme, sans paraître se douter que le socialisme est un effet, non&lt;br /&gt;
une cause. Les uns croient conjurer le péril dont il les menace en lui faisant des&lt;br /&gt;
concessions, les autres ne voient de salut que dans la dictature. Mais s&#039;imaginer que&lt;br /&gt;
les concessions désarmeront le socialisme ou que la société puisse être sauvée par la&lt;br /&gt;
dictature, n&#039;est-ce pas la plus décevante des utopies ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les socialistes ont un autre remède qu&#039;ils s&#039;accordent à considérer comme&lt;br /&gt;
infaillible, c&#039;est de supprimer l&#039;odieuse concurrence qu&#039;ils rendent responsable de tous&lt;br /&gt;
les maux de l&#039;humanité, c&#039;est d&#039;absorber la société dans l&#039;Etat, lequel se chargera&lt;br /&gt;
d&#039;organiser l&#039;industrie et d&#039;en distribuer les produits au travail à l&#039;exclusion du capital.&lt;br /&gt;
Mais cette conception d&#039;une organisation de l&#039;industrie en opposition avec les lois&lt;br /&gt;
naturelles qui gouvernent l&#039;activité humaine n&#039;est-elle pas aussi chimérique que celle&lt;br /&gt;
d&#039;une ville bâtie sur les nuées, qui excitait la verve d&#039;Aristophane aux dépens des&lt;br /&gt;
socialistes d&#039;il y a 2500 ans ? N&#039;est-ce pas, à son tour, la plus invraisemblable des&lt;br /&gt;
utopies ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant nous ne pouvons nous le dissimuler : les classes pensantes et&lt;br /&gt;
dirigeantes des sociétés civilisées, si opposés que soient leurs intérêts et leurs&lt;br /&gt;
tendances, sont également étatistes. La seule différence que l&#039;on puisse signaler entre&lt;br /&gt;
les conservateurs et les socialistes, c’est que ceux-là veulent conserver l&#039;Etat pour&lt;br /&gt;
l&#039;exploiter à leur profit tandis que ceux-ci veulent s&#039;en emparer pour l&#039;accommoder au&lt;br /&gt;
leur. Les partis intermédiaires, libéraux et radicaux, sont en voie de disparaître, les&lt;br /&gt;
libéraux se joignant de préférence aux conservateurs, les radicaux aux socialistes. Après avoir dénoncé la faillite de la science, on proclame celle de la liberté. Bien peu&lt;br /&gt;
nombreux sont les libéraux qui lui sont demeurés entièrement fidèles. On pourrait&lt;br /&gt;
dire d&#039;eux ce qu&#039;on disait des doctrinaires de la Restauration : qu&#039;ils tiendraient sur un&lt;br /&gt;
canapé. Mais ils ont cette fortune de posséder comme auxiliaires leurs adversaires&lt;br /&gt;
eux-mêmes. Il leur suffirait de laisser faire le militarisme, le protectionnisme et&lt;br /&gt;
finalement le socialisme pour avoir gain de cause. Car un moment viendra où l&#039;Etat,&lt;br /&gt;
soit qu&#039;il demeure dans les mains des conservateurs ou qu&#039;il tombe dans celles des&lt;br /&gt;
socialistes, pèsera sur la société d&#039;un tel poids qu&#039;elle cessera de pouvoir le porter.&lt;br /&gt;
Souhaitons qu&#039;elle n&#039;attende pas ce moment-là pour savoir où est l&#039;utopie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Fin du livre.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Note ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II. [1] Voir Grandeur et Décadence de la Guerre, chap. VI. Le bilan des guerres des Etats modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
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		<author><name>Jabial</name></author>
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		<title>Questions économiques à l’ordre du jour - Cinquième partie : La convention de Bruxelles est-elle conforme au principe du libre-échange ?</title>
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		<updated>2009-01-30T15:36:17Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : a renommé Questions économiques à l’ordre du jour - Cinquième partie : La convention de Bruxelles est-elle conforme au principe du libre-échange ? en [[Questions économiques à l’ordre du jour - Cinquième partie : La convention de Bruxelles&lt;/p&gt;
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		<author><name>Jabial</name></author>
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		<title>Questions économiques à l’ordre du jour - Cinquième partie : La convention de Bruxelles est-elle conforme au principe du libre-échange</title>
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		<updated>2009-01-30T15:36:17Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : a renommé Questions économiques à l’ordre du jour - Cinquième partie : La convention de Bruxelles est-elle conforme au principe du libre-échange ? en [[Questions économiques à l’ordre du jour - Cinquième partie : La convention de Bruxelles&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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&lt;br /&gt;
== I. ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La convention relative au régime des sucres a été ratifiée par toutes les puissances&lt;br /&gt;
représentées à la conférence de Bruxelles. Les protectionnistes ne se sont pas résignés&lt;br /&gt;
sans mauvaise humeur à la suppression des primes, mais les plus intelligents d&#039;entre&lt;br /&gt;
eux ont compris qu&#039;un régime qui encourageait, d&#039;une part, la production illimitée des&lt;br /&gt;
sucres, et en limitait, d&#039;autre part, la consommation, ne pouvait durer toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La convention de Bruxelles n&#039;a donc pas provoqué, chez eux, une opposition&lt;br /&gt;
irréductible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En revanche, elle a occasionné en Angleterre une scission inattendue parmi les&lt;br /&gt;
libre-échangistes. Tandis que le très libéral chancelier de l&#039;Echiquier, sir Michael&lt;br /&gt;
Hicks Beach, se décidait à recourir à l&#039;établissement des droits compensateurs&lt;br /&gt;
(countervailing duties) comme au seul moyen de mettre fin au régime des primes,&lt;br /&gt;
d&#039;autres libre-échangistes notables, sir Welby, président, et M. Harold Cox, secrétaire du Cobden Club, M. Henry de Worms Pirbright, président de la conférence des sucres&lt;br /&gt;
en 1888, M. Th. Gibson Bowles et M. Thomas Lough, l&#039;un et l&#039;autre membres du&lt;br /&gt;
Parlement, invoquaient contre l&#039;interdiction des sucres primés l&#039;intérêt des&lt;br /&gt;
consommateurs anglais. C&#039;est dans un article de M. Thomas Lough, publié par la&lt;br /&gt;
Contemporary review, que nous trouvons l&#039;exposé le plus complet des motifs de&lt;br /&gt;
l&#039;opposition de ces libre- échangistes dissidents aux droits compensateurs. Nous&lt;br /&gt;
croyons devoir en donner le résumé fidèle en reproduisant textuellement les passages&lt;br /&gt;
les plus importants de l&#039;article de M. Thomas Lough :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il est très intéressant de remarquer, dit-il d&#039;abord, que le développement de la&lt;br /&gt;
production du sucre de betterave a procuré probablement de plus grands bénéfices à&lt;br /&gt;
l’Angleterre qu&#039;à aucune des nations dans lesquelles cette industrie s&#039;est établie. Le&lt;br /&gt;
prix du sucre y a baissé à tel point que cette denrée peut y être obtenue à un tiers ou à&lt;br /&gt;
la moitié du prix auquel elle est achetée par les consommateurs des pays qui la&lt;br /&gt;
produisent. De plus, ce développement de la consommation, suscité par le régime des&lt;br /&gt;
primes, nous a valu des avantages de différentes sortes et dont les effets n&#039;ont pas été&lt;br /&gt;
moins appréciables pour la nation. De grandes industries, telles que la fabrication des&lt;br /&gt;
chocolats, des confitures, des biscuits, des eaux minérales, de la brasserie, de la&lt;br /&gt;
conservation des fruits dans lesquelles le sucre est une matière première, ont pris un&lt;br /&gt;
essor rapide. La consommation du sucre s&#039;est accrue au point de passer de 40 livres&lt;br /&gt;
par tête en 1860 à 90 livres en 1901, tandis qu&#039;elle n&#039;est que de 66 livres aux Etats-&lt;br /&gt;
Unis et en Suisse ; de 36 livres en Danemark, de 29 livres en France, de 28 livres en&lt;br /&gt;
Allemagne et en Hollande. Dans quelques-unes des grandes fabriques de confitures,&lt;br /&gt;
on emploie de 2000 à 6000 ouvriers, et on estime que près de 250000 personnes sont&lt;br /&gt;
engagées dans les différentes industries fondées sur le sucre. Ces industries&lt;br /&gt;
alimentent naturellement, en grande partie, le commerce intérieur ; cependant, elles&lt;br /&gt;
fournissent aussi un appoint considérable à l&#039;exportation, et non seulement elles&lt;br /&gt;
exportent leurs produits dans les régions les plus éloignées du globe, mais encore&lt;br /&gt;
dans les pays qui nous fournissent le sucre avec lequel ces produits sont fabriqués. On&lt;br /&gt;
ne peut, certes, trouver une illustration plus remarquable des profits que nous tirons&lt;br /&gt;
de la politique du free trade. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Thomas Lough recherche ensuite quelle sera l&#039;importance du dommage que les&lt;br /&gt;
droits compensateurs causeront aux consommateurs et aux industries dont le sucre est&lt;br /&gt;
la matière première.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il est difficile d&#039;évaluer le montant du fardeau que la convention fera peser sur&lt;br /&gt;
l&#039;Angleterre. M. Chamberlain disait en juillet qu&#039;elle peut provoquer une hausse de 5&lt;br /&gt;
livres sterling par tonne dans le prix du sucre. M. Henry Norman, qui était président&lt;br /&gt;
de la Commission royale des Indes Occidentales, disait aussi qu&#039;elle occasionnerait&lt;br /&gt;
une hausse d&#039;un demi-penny par livre. S’il en est ainsi, ce sera l&#039;équivalent d&#039;un impôt&lt;br /&gt;
supplémentaire de 7 millions de livres sterling (175 millions de francs). Si les primes étaient nécessaires pour stimuler la production, leur suppression aura en outre pour&lt;br /&gt;
effet une diminution des approvisionnements et par conséquent un accroissement du&lt;br /&gt;
prix, supérieur à la différence des quantités offertes. Et ce fardeau sera&lt;br /&gt;
particulièrement lourd à un moment où le sucre a été soumis à une taxe d&#039;un demipenny&lt;br /&gt;
par livre pour contribuer aux frais de la dernière guerre, où encore la patience&lt;br /&gt;
du contribuable est mise à l&#039;épreuve par une nouvelle taxe sur le blé, par une income&lt;br /&gt;
tax de 1 sh. 3 d. par livre st. et par un droit sur le charbon. Mais à part le fardeau&lt;br /&gt;
qu&#039;elles imposent aux consommateurs, les taxes sur les sucres portent un coup&lt;br /&gt;
sensible aux industries importantes auxquelles le sucre sert de matière première. Le&lt;br /&gt;
droit sur les sucres nécessite 65 nouveaux articles du tarif, sur les confitures, les fruits&lt;br /&gt;
conservés, etc. C&#039;est dans la période où ces industries n&#039;avaient point à supporter le&lt;br /&gt;
fardeau des taxes qu&#039;elles ont pris leur grand développement, et il n&#039;est pas douteux&lt;br /&gt;
que l&#039;incertitude et les inconvénients créés par le nouveau régime ne contribuent à les&lt;br /&gt;
restreindre. Déjà elles trouvent des concurrents redoutables sur le continent. La&lt;br /&gt;
Suisse, qui n&#039;a point participé à la convention, est maintenant un de nos plus&lt;br /&gt;
formidables rivaux. La consommation du sucre s&#039;y est accrue de 23 livres en 1884 à&lt;br /&gt;
60 livres en 1901. Elle se prépare à prendre la place que nous avons occupée jusqu&#039;à&lt;br /&gt;
présent, et ses hommes d&#039;Etat se garderont bien de faire obstacle à la libre importation&lt;br /&gt;
d&#039;un article dont elle sait tirer un si bon parti. Elle s&#039;emparera donc de quelques-unes&lt;br /&gt;
de nos plus florissantes industries. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, il y a dans la convention de Bruxelles une disposition qui excite encore&lt;br /&gt;
plus que le dommage infligé aux consommateurs et aux fabricants de confitures,&lt;br /&gt;
l&#039;indignation de l&#039;auteur de l&#039;article de la Contemporary Review, c&#039;est celle qui remet à&lt;br /&gt;
une commission nommée par les représentants des puissances contractantes le droit&lt;br /&gt;
de décider si et quand il y à lieu d&#039;établir les primes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En vertu de l&#039;article 7, les parties contractantes sont convenues d&#039;établir une&lt;br /&gt;
commission permanente pour veiller à l&#039;exécution de ses dispositions. Quoique les&lt;br /&gt;
autres articles soient très remarquables, cet article, qui est le plus long et le plus&lt;br /&gt;
caractéristique de la convention, nous étonnera comme le plus extraordinaire de tous.&lt;br /&gt;
A ce tribunal (Police Court), chacune des parties contractantes enverra un&lt;br /&gt;
représentant. Il se chargera de décider si, parmi les Etats non signataires de la&lt;br /&gt;
convention, des primes directes ou indirectes existent, et dans l&#039;affirmative quels&lt;br /&gt;
droits l’Angleterre doit imposer pour compenser ces primes ! Pour les autres&lt;br /&gt;
signataires de la convention, cette cause ne présente aucune difficulté, car ils&lt;br /&gt;
n&#039;importent pas de sucre, mais pour nous elle peut être la source d&#039;un grand nombre&lt;br /&gt;
d&#039;ennuis. Sans parler de l&#039;indignité de voir nos nouveaux droits protecteurs fixés par&lt;br /&gt;
des Etats étrangers. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Thomas Lough ne manque pas, au surplus, de rappeler que les droits&lt;br /&gt;
compensateurs ont été réclamés dès 1880 par les protectionnistes, dans l&#039;intérêt des producteurs de sucre des Indes Occidentales, et que la commission royale nommée&lt;br /&gt;
pour examiner leurs réclamations a refusé alors d&#039;y faire droit. Or la situation des&lt;br /&gt;
planteurs, loin de s&#039;aggraver depuis cette époque, s&#039;est plutôt améliorée. De son côté&lt;br /&gt;
le bureau du Cobden Club est d&#039;avis avec M. Thomas Lough que la considération de&lt;br /&gt;
l&#039;intérêt des planteurs ne suffit point à justifier la convention destinée à supprimer les&lt;br /&gt;
primes sucrières. « La consommation du sucre dans le Royaume-Uni, lisons-nous&lt;br /&gt;
dans son memorandum, est de 1070000 tonnes. La production des Indes Occidentales&lt;br /&gt;
est de 240000 tonnes dont la plus grande masse est exportée aux Etats-Unis.&lt;br /&gt;
L’exportation totale au Royaume-Uni des sucres des Indes Occidentales ne dépasse&lt;br /&gt;
pas 46000 tonnes. C&#039;est une erreur en fait de commerce de prendre des mesures pour&lt;br /&gt;
rehausser le prix des 1700000 tonnes que notre pays consomme pour favoriser les&lt;br /&gt;
producteurs des 46000 tonnes que nous fournissent les Indes Occidentales. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous accordons volontiers à M. Thomas Lough et aux auteurs du memorandum&lt;br /&gt;
qu&#039;il n&#039;y a pas lieu de tenir compte de cet argument protectionniste en faveur de la&lt;br /&gt;
convention. Nous en dirons autant d&#039;un autre argument, mis en avant par sir Nevile&lt;br /&gt;
Lubbock dans une lettre adressée au Times, savoir que le régime des primes finirait&lt;br /&gt;
par livrer le marché anglais au monopole des cartels allemands et autrichiens. Mais&lt;br /&gt;
lès mauvaises raisons de quelques-uns des partisans de la convention ne rendent pas&lt;br /&gt;
meilleures celles de ses adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question qui divise, en cette occasion, les libre-échangistes est de savoir si la&lt;br /&gt;
convention de Bruxelles constitue ou non un progrès pour la cause du libre-échange.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les auteurs du memorandum et M, Thomas Lough laissent volontiers dans&lt;br /&gt;
l&#039;ombre les bénéfices qu&#039;elle en tirera, pour mettre en relief les sacrifices qu&#039;elle lui&lt;br /&gt;
coûtera. Ces bénéfices ont cependant une importance qu&#039;on ne peut méconnaître, car&lt;br /&gt;
la convention a atteint le protectionnisme sous sa pire forme : la forme agressive,&lt;br /&gt;
comme l&#039;a très justement nommée le ministre des Finances de Belgique, M. de Smet&lt;br /&gt;
de Naeyer .Ce protectionnisme agressif fausse, en effet, les conditions naturelles de la&lt;br /&gt;
concurrence, en diminuant, de tout le montant des primes, le prix de revient des&lt;br /&gt;
industries primées, et en leur procurant ainsi, aux dépens des contribuables, un&lt;br /&gt;
avantage marqué sur les marchés étrangers, tandis que, d&#039;une autre part, le&lt;br /&gt;
protectionnisme sous la forme défensive des surtaxes ferme, aux dépens des&lt;br /&gt;
consommateurs, le marché national aux produits étrangers. A la vérité, la Convention&lt;br /&gt;
de Bruxelles n&#039;a pas eu complètement raison du protectionnisme sous ses deux&lt;br /&gt;
formes. Elle s&#039;est bornée à abaisser les surtaxes, et elle n&#039;a supprimé que les primes&lt;br /&gt;
sucrières, en laissant debout les primes à la marine marchande, et toutes les autres&lt;br /&gt;
subventions et primes. Les auteurs du memorandum lui en font un grief, mais ce grief&lt;br /&gt;
est-il fondé ? La conférence n&#039;avait à s&#039;occuper que des primes sucrières, et ce n&#039;est&lt;br /&gt;
pas sans rencontrer les plus vives résistances qu&#039;elle a réussi à abaisser les surtaxes. Si&lt;br /&gt;
incomplète que soit son oeuvre, elle n&#039;en a pas moins été une victoire pour la cause du&lt;br /&gt;
libre-échange. Les fruits de cette victoire seront recueillis par les consommateurs et&lt;br /&gt;
les contribuables des nations qui payent les primes et les surtaxes. En revanche, les consommateurs anglais ne jouiront plus des primes qui étaient perçues à leur profit&lt;br /&gt;
sur les contribuables français, belges, allemands et autrichiens ; en d&#039;autres termes, ils&lt;br /&gt;
cesseront d&#039;être protégés par le protectionnisme continental, mais s&#039;ils paient leur&lt;br /&gt;
sucre un peu plus cher, ils ne l&#039;acquerront plus aux dépens d&#039;autrui. C&#039;est là un côté&lt;br /&gt;
moral de la question des sucres que les auteurs du memorandum et M. Thomas Lough&lt;br /&gt;
nous semblent avoir oublié. Ils n&#039;ont envisagé la question que sous son aspect&lt;br /&gt;
purement matériel, et en se plaçant au point de vue étroit des intérêts de l&#039;Angleterre.&lt;br /&gt;
Est-ce bien là la tradition que Cobden avait léguée au Cobden Club ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== II. ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas, il faut le dire, à ce point de vue égoïste que l&#039;Angleterre libérale&lt;br /&gt;
considérait naguère la cause de la liberté. C&#039;était une cause qu&#039;il fallait servir, un&lt;br /&gt;
principe qu&#039;il fallait appliquer, si onéreux que pût être son application. Tel fut le&lt;br /&gt;
sentiment élevé et désintéressé auquel l&#039;Angleterre obéit en prenant l&#039;initiative de&lt;br /&gt;
l&#039;abolition de l&#039;esclavage dans ses colonies. Et le sacrifice qu’elle s&#039;imposa en cette&lt;br /&gt;
occasion dépassa singulièrement celui que 1ui coûte la suppression des primes&lt;br /&gt;
sucrières. En sus d&#039;une indemnité de 20 millions de livres sterling (500 millions de&lt;br /&gt;
francs) alloués aux propriétaires d&#039;esclaves, elle eut à supporter la perte plus&lt;br /&gt;
considérable encore que lui causa l&#039;augmentation du prix du sucre et la diminution de&lt;br /&gt;
ses exportations aux Indes occidentales. Avant l&#039;émancipation, en 1827-31, elle en&lt;br /&gt;
avait reçu, chaque année, en moyenne 5006850 quintaux de sucre, au prix de 28 sh.&lt;br /&gt;
11 d. En 1831-41, l&#039;exportation tomba à 2799787 quintaux et le prix s&#039;éleva à39 sh. 2&lt;br /&gt;
d. En même temps l&#039;exportation des produits anglais descendit d&#039;une moyenne&lt;br /&gt;
annuelle de 3182681 liv. st., en 1827-31, à 2644028, en 1842-46. Ce fut seulement en&lt;br /&gt;
1847 que le prix du sucre redescendit au niveau où il se trouvait avant l&#039;émancipation,&lt;br /&gt;
et cette baisse n&#039;eut lieu qu&#039;à la suite de la réforme du tarif des sucres en 1846.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, en ce temps-là, on ne croyait pas acheter trop cher la liberté du travail,&lt;br /&gt;
même pour les nègres. Et c&#039;était sous l&#039;empire d&#039;un sentiment analogue que Cobden et&lt;br /&gt;
ses associés de la Ligue contre les lois céréales réclamaient pour les blancs la liberté&lt;br /&gt;
des échanges. En feuilletant la traduction que Bastiat a faite des discours des orateurs&lt;br /&gt;
de la Ligue dans son beau livre : Cobden et la Ligue, nous trouvons, pour ainsi dire, à&lt;br /&gt;
chaque page, l&#039;expression de ce sentiment élevé et désintéressé d&#039;amour de la liberté.&lt;br /&gt;
Au meeting de Manchester, en octobre 1842, Cobden protestait avec énergie contre le&lt;br /&gt;
but purement matériel et intéressé que les adversaires de la Ligue se plaisaient à lui&lt;br /&gt;
attribuer : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce ne sera pas, disait-il, la moindre gloire de l&#039;Angleterre, qui a donné au monde&lt;br /&gt;
des institutions libres, la presse, le jury, les formes du gouvernement représentatif, si&lt;br /&gt;
elle est encore la première à lui donner l&#039;exemple de la liberté commerciale, car, ne&lt;br /&gt;
perdez pas de vue que ce grand mouvement se distingue, parmi tous ceux qui ont&lt;br /&gt;
agité ce pays, en ce qu&#039;il n&#039;a pas exclusivement en vue, comme les autres, nos intérêts&lt;br /&gt;
locaux, ou l&#039;amélioration intérieure de notre patrie. Vous ne pouvez triompher dans&lt;br /&gt;
cette lutte, sans que les résultats de ce triomphe ne se fassent ressentir jusqu&#039;aux&lt;br /&gt;
extrémités du monde ; et la réalisation de vos doctrines n&#039;affectera pas seulement les&lt;br /&gt;
classes manufacturières et commerciales de ce pays, mais les intérêts matériels et&lt;br /&gt;
moraux de l&#039;humanité sur toute la surface du globe. Les conséquences morales du&lt;br /&gt;
principe de la liberté commerciale, pour lequel nous combattons, m&#039;ont toujours paru,&lt;br /&gt;
parmi toutes celles qu&#039;implique ce grand mouvement, comme les plus imposantes, les&lt;br /&gt;
plus dignes d&#039;exciter notre émulation et notre zèle. Fonder la liberté commerciale,&lt;br /&gt;
c&#039;est fonder en même temps la paix universelle, c’est relier entre eux, par le ciment&lt;br /&gt;
des échanges réciproques, tous les peuples de la terre... Tel est l&#039;objet que nous avons&lt;br /&gt;
en vue, et gardons-nous de le considérer jamais, ainsi qu&#039;on le fait trop souvent,&lt;br /&gt;
comme une question purement pécuniaire et affectant exclusivement les intérêts d&#039;une&lt;br /&gt;
classe de manufacturiers et de marchands. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« De même que nous avons accompli un grand acte de justice en émancipant les&lt;br /&gt;
esclaves, disait un des collaborateurs de Cobden, M. Milner Gibson, nous voulons&lt;br /&gt;
atteindre une autre forme, de l&#039;esclavage par l&#039;abolition des lois céréales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Notre but est le bien général, notre moyen un grand acte de justice. C&#039;est ainsi&lt;br /&gt;
que nous avons émancipé les esclaves ; et puisque les lois céréales sont aussi&lt;br /&gt;
l&#039;esclavage sous une autre forme, je ne puis mieux terminer que par ces paroles de&lt;br /&gt;
Sterne : « Déguise-toi comme il te plaira, esclavage, ta coupe est toujours amère. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Dr Bowring, comme M. Milner Gibson, assignait pour but à la Ligue le bien&lt;br /&gt;
général des nations :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est le commerce qui nous a fait grands ; c&#039;est le travail de nos mains&lt;br /&gt;
industrieuses qui a élevé notre puissance. L&#039;industrie a créé nos richesses, et nos&lt;br /&gt;
richesses ont créé cette influence politique qui attire sur nous les regards de&lt;br /&gt;
l&#039;humanité. Et maintenant le monde se demande quel enseignement nous devons lui&lt;br /&gt;
donner. Ah ! nous n&#039;avons que trop disséminé sur le globe des leçons de folie et&lt;br /&gt;
d&#039;injustice ! Le temps n&#039;est-il pas venu où il est de notre devoir de donner des leçons&lt;br /&gt;
de vertu et de sagesse ? Si l&#039;effort que nous faisons maintenant pour affranchir le&lt;br /&gt;
commerce, le travail et l&#039;échange, ne suffit pas, nous en ferons un plus grand, puis un&lt;br /&gt;
plus grand encore. Nous creuserons de plus en plus la mine sous le temple du monopole ; nous y amoncellerons de plus en plus les matières explosibles, jusqu&#039;à ce&lt;br /&gt;
que l&#039;orgueilleux édifice vole en éclats dans les airs. Alors de libres relations&lt;br /&gt;
existeront entre toutes les nations de la terre, et ce sera 1a gloire de l&#039;Angleterre&lt;br /&gt;
d&#039;avoir ouvert la noble voie. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin l&#039;un des plus éloquents orateurs de la Ligue, M. W. J. Fox, repoussait&lt;br /&gt;
comme Cobden l&#039;idée de réduire le libre échange à une simple « combinaison&lt;br /&gt;
industrielle » et montrait dans un magnifique langage le but moral et humain que&lt;br /&gt;
poursuivait la Ligue :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Notre force est dans notre principe, dans la certitude que la liberté du commerce&lt;br /&gt;
est fatalement arrêtée dans les conseils de Dieu comme un des grands pas de l&#039;homme&lt;br /&gt;
dans la carrière de la civilisation. Les droits de l&#039;industrie à la liberté des échanges&lt;br /&gt;
peuvent être momentanément violés, confisqués par la ruse ou la violence ; mais ils&lt;br /&gt;
ne peuvent être refusés d&#039;une manière permanente aux exigences de l&#039;humanité. Libre&lt;br /&gt;
échange ! Ce fut il y a des siècles le cri de Jean Tyler et de ses compagnons, que le&lt;br /&gt;
fléau des monopoles avait poussés à l&#039;insurrection. L&#039;épée qui le frappa brille encore&lt;br /&gt;
dans l&#039;écusson de la corporation de Londres, comme pour nous avertir de fuir toute&lt;br /&gt;
violence. Nous avons embrassé la même cause et élevé cri : libre échange ! Libre&lt;br /&gt;
échange, non pour l&#039;Angleterre seulement, mais pour tout l&#039;univers. Nous demandons&lt;br /&gt;
que l&#039;échange soit libre comme l&#039;air, libre comme les vagues de l&#039;océan, libre comme&lt;br /&gt;
les pensées qui naissent au coeur de l&#039;homme !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« ...Si ce mouvement, ainsi qu&#039;on l&#039;a quelquefois faussement représenté, n&#039;était&lt;br /&gt;
qu&#039;une pure combinaison industrielle ; s&#039;il avait pour objet de relever telle ou telle&lt;br /&gt;
branche de fabrication ou de commerce ; ou bien s&#039;il était l’effort d&#039;un parti et s&#039;il&lt;br /&gt;
aspirait à déplacer le pouvoir au détriment d&#039;une classe et au profit d&#039;une autre classe&lt;br /&gt;
d&#039;hommes politiques ; ou encore si notre cri : Liberté d&#039;échanges n&#039;était qu&#039;un de ces&lt;br /&gt;
cris populaires mis en avant dans des vues personnelles ou politiques, comme le cri :&lt;br /&gt;
A bas le papisme ! et autres semblables qui ont si souvent égaré la multitude et jeté la&lt;br /&gt;
confusion dans le pays, oh ! alors, nous pourrions transiger ; mais nous soutenons un&lt;br /&gt;
principe à l’égard duquel notre conviction est faite, et qui est comme la substance de&lt;br /&gt;
notre conscience… Nous croyons que la liberté commerciale développera la liberté&lt;br /&gt;
morale et intellectuelle, enseignera à toutes les classes leur mutuelle dépendance,&lt;br /&gt;
unira tous les peuples par les liens de fraternité et réalisera enfin les espérances du&lt;br /&gt;
grand poète qui fut donné, à pareil jour, à l&#039;Ecosse et au monde :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 Prions, prions pour qu&#039;arrive bientôt,&lt;br /&gt;
 Comme il doit arriver, ce jour&lt;br /&gt;
 Où, sur toute la surface du monde,&lt;br /&gt;
 L’homme sera un frère pour l&#039;homme [1]. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre cette manière d&#039;envisager le libre-échange et celle de M. Thomas Lough, et&lt;br /&gt;
des autres adversaires libre-échangistes ( ?) de la Convention de Bruxelles, il y a une&lt;br /&gt;
différence sur laquelle il nous paraît superflu d&#039;insister, Nous nous bornerons à&lt;br /&gt;
remarquer, à titre de circonstance atténuante, que ce n&#039;est pas en Angleterre seulement&lt;br /&gt;
que les idées libérales, soit économiques, soit politiques, ont subi une sorte de&lt;br /&gt;
rétrécissement. On les accommode aux circonstances de lieux et de temps, et on ne&lt;br /&gt;
poursuit plus guère leur application qu&#039;autant qu&#039;elles peuvent servir les intérêts&lt;br /&gt;
particuliers, il nous ne dirons pas même d’une nation, mais d&#039;une classe ou d&#039;un parti.&lt;br /&gt;
Mais ne serait-ce pas à cette conception égoïste et opportuniste de la liberté qu&#039;on&lt;br /&gt;
pourrait attribuer la déconsidération et la décadence manifeste du libéralisme ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== III. ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne serait toutefois pas juste d&#039;attribuer à la seule considération du profit que les&lt;br /&gt;
consommateurs anglais tirent du protectionnisme sucrier du continent l&#039;opposition des&lt;br /&gt;
libre-échangistes dissidents à la Convention de Bruxelles. A leurs yeux,&lt;br /&gt;
l&#039;indépendance même de la nation se trouve atteinte par l&#039;article 7 qui confie à une&lt;br /&gt;
commission permanente la mission d&#039;assurer l&#039;exécution de la Convention, et par&lt;br /&gt;
conséquent le droit d&#039;établir, quand il y a lieu, des droits compensateurs sur les sucres&lt;br /&gt;
primés. « Pour la première fois peut-être que le royaume existe, lisons-nous dans le&lt;br /&gt;
mémorandum du bureau du Cobden Club, on propose sérieusement que le droit de&lt;br /&gt;
taxer le peuple britannique soit enlevé à la Chambre des communes et attribué à une&lt;br /&gt;
commission étrangère... Nous condamnerions une semblable pratique, même si nous&lt;br /&gt;
croyions qu&#039;elle rapprocherait du libre-échange certains autres pays. » Et M. Thomas&lt;br /&gt;
Lough, à son tour, qualifie « d&#039;indignité » cet abandon d&#039;un droit inhérent à la&lt;br /&gt;
souveraineté nationale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avons-nous besoin de dire que cette conception de la souveraineté nationale&lt;br /&gt;
remonte à une époque où les nations n&#039;avaient entre elles que des relations d&#039;intérêts&lt;br /&gt;
rares et que l&#039;état de guerre presque permanent rendait précaires, où le commerce de&lt;br /&gt;
l&#039;ensemble des nations civilisées n&#039;atteignait pas le chiffre du commerce actuel de la&lt;br /&gt;
Belgique, où, par conséquent, l&#039;usage qu&#039;elles pouvaient faire de leur droit de taxer&lt;br /&gt;
n&#039;intéressait qu&#039;elles-mêmes, ou du moins n&#039;avait au dehors qu&#039;une répercussion à peine sensible ? Mais ce temps-là est passé. Il n&#039;y avait pas alors de société des&lt;br /&gt;
nations. Il y en a une aujourd&#039;hui, et c&#039;est l&#039;échange qui l&#039;a créée, en dépit des&lt;br /&gt;
obstacles que n&#039;ont cessé de lui opposer la fiscalité et le protectionnisme sans oublier&lt;br /&gt;
le militarisme. Les nations sont maintenant rattachées les unes aux autres par les liens&lt;br /&gt;
multiples et serrés d&#039;un échange de produits qui dépasse 80 milliards et d&#039;une somme&lt;br /&gt;
au moins égale de capitaux investis au dehors de leurs frontières. Quelle est la&lt;br /&gt;
conséquence de ce phénomène, dont les nationalistes peuvent déplorer l&#039;existence,&lt;br /&gt;
mais qu&#039;il n&#039;est pas en leur pouvoir de supprimer, et dont ils essayeraient en vain&lt;br /&gt;
d&#039;arrêter l&#039;expansion naturelle et irrésistible ? C&#039;est d&#039;établir entre les nations une&lt;br /&gt;
communauté croissante d&#039;intérêts, telle que l&#039;usage utile ou nuisible, bienfaisant ou&lt;br /&gt;
malfaisant que chacune fait de sa souveraineté est aussitôt ressenti par toutes les&lt;br /&gt;
autres. Or, de même que la liberté individuelle des membres d&#039;une société est limitée&lt;br /&gt;
par celle d&#039;autrui, la liberté de ces individualités collectives que l&#039;on nomme des&lt;br /&gt;
nations, maintenant associées par l&#039;échange, est limitée par celle des autres&lt;br /&gt;
individualités collectives. Et de même que les individus réunis en nation ont constitué&lt;br /&gt;
un organe pour réprimer les atteintes à la liberté d&#039;autrui, les individualités nationales&lt;br /&gt;
sont fondées à en créer pour réprimer tes nuisances internationales. C&#039;est ce qu&#039;ont fait&lt;br /&gt;
les nations représentées à la Conférence de Bruxelles. Après avoir fait suffisamment&lt;br /&gt;
l&#039;expérience des primes sucrières, elles en ont reconnu le caractère nuisible et elles ont&lt;br /&gt;
constitué une commission à laquelle elles ont confié le pouvoir de les supprimer par&lt;br /&gt;
l&#039;établissement de droits compensateurs. En instituant cette commission et en lui&lt;br /&gt;
conférant ce pouvoir, elles n&#039;ont pas plus diminué leur souveraineté que les individus&lt;br /&gt;
n&#039;ont diminué la leur, en instituant un organe chargé de réprimer les abus de la liberté&lt;br /&gt;
individuelle. En cela, elles ont créé un précédent qui pourra être utilement suivi pour&lt;br /&gt;
remédier à d&#039;autres nuisances internationales, à celle de la guerre par exemple, et elles&lt;br /&gt;
ont mieux compris que M. Thomas Lough le caractère et la portée du libre-échange.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Note ==&lt;br /&gt;
II. [1] Meetings du 25 janvier et du février 1844&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Questions économiques à l’ordre du jour - Quatrième partie : L&#039;évolution du protectionnisme |Quatrième partie]]|[[Gustave de Molinari]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Questions économiques à l’ordre du jour|Questions économiques à l’ordre du jour]]|[[Questions économiques à l’ordre du jour - Sixième partie : Étalon d&#039;or et étalon d&#039;argent |Sixième partie]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Jabial</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Charles_Gave:Le_patient_socialiste_est_mort,_l%E2%80%99%C3%A9lectro-enc%C3%A9phalogramme_est_plat,_mais_qui_va_lui_dire_%3F&amp;diff=2505</id>
		<title>Charles Gave:Le patient socialiste est mort, l’électro-encéphalogramme est plat, mais qui va lui dire ?</title>
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		<updated>2009-01-29T09:55:31Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : a renommé Charles Gave:Le patient socialiste est mort, l’électro-encéphalogramme est plat, mais qui va lui dire ? en Charles Gave:Le patient socialiste est mort, l’électro-encéphalogramme est plat, mais qui va lui dire&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;#32;point d&amp;#039;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;#REDIRECTION [[Charles Gave:Le patient socialiste est mort, l’électro-encéphalogramme est plat, mais qui va lui dire]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Jabial</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Charles_Gave:Le_patient_socialiste_est_mort,_l%E2%80%99%C3%A9lectro-enc%C3%A9phalogramme_est_plat,_mais_qui_va_lui_dire&amp;diff=2504</id>
		<title>Charles Gave:Le patient socialiste est mort, l’électro-encéphalogramme est plat, mais qui va lui dire</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Charles_Gave:Le_patient_socialiste_est_mort,_l%E2%80%99%C3%A9lectro-enc%C3%A9phalogramme_est_plat,_mais_qui_va_lui_dire&amp;diff=2504"/>
		<updated>2009-01-29T09:55:31Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : a renommé Charles Gave:Le patient socialiste est mort, l’électro-encéphalogramme est plat, mais qui va lui dire ? en Charles Gave:Le patient socialiste est mort, l’électro-encéphalogramme est plat, mais qui va lui dire&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;#32;point d&amp;#039;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Charles Gave:Tout commence par un coup de foudre|CHAPITRE I - Tout commence par un coup de foudre]]|[[Charles Gave]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Charles Gave:Un libéral nommé Jésus|Un libéral nommé Jésus]]|[[Charles Gave:Une idée à mettre en œuvre toutes affaires cessantes : la séparation de l’Eglise et de l’Etat|CHAPITRE III - Une idée à mettre en œuvre toutes affaires cessantes : la séparation de l’Eglise et de l’Etat]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Charles Gave:Un libéral nommé Jésus|Un libéral nommé Jésus]]|[[Charles Gave]]|CHAPITRE II&amp;lt;br&amp;gt;Le patient socialiste est mort, l’électro-encéphalogramme est plat, mais qui va lui dire ?}}&lt;br /&gt;
{{infobox Un libéral nommé Jésus}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Où l’auteur montre que les débats d’idées souvent ne sont que des gloses sur des concepts développés par des penseurs morts depuis longtemps.&#039;&#039; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car, après tout, et comme le souligne un humoriste anonyme :&lt;br /&gt;
::Il n’y a eu que six idées importantes émises depuis le début des temps, et elles l’ont toutes été par des membres du peuple élu.&lt;br /&gt;
::Tout est en Dieu (Abraham)&lt;br /&gt;
::Tout est dans la Loi (Moise)&lt;br /&gt;
::Tout est dans l’Amour (le Christ)&lt;br /&gt;
::Tout est dans l’Argent (Marx)&lt;br /&gt;
::Tout est dans le Sexe (Freud)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Tout est…Relatif (Einstein) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le sujet de ce livre est un peu la confrontation entre Jésus et Marx.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première révolution industrielle, celle qui vit le jour en Grande Bretagne était fondée sur le remplacement des capacités physiques de l’homme ou de l’animal, seules sources d’énergie existantes jusqu’alors, par des forces mécaniques nouvelles.&lt;br /&gt;
La machine à vapeur, puisque c’est d’elle dont il s’agit, permettait de déplacer des masses physiques plus vite, plus loin et en autorisant une baisse massive des prix par une spécialisation internationale (la globalisation déjà !), sans exemple dans l’histoire.&lt;br /&gt;
La première contrepartie de cette spécialisation c’était bien entendu la nécessité de concentrer massivement les populations pour servir le Moloch, à la gueule béante et crachant le feu  (l’image des hauts fourneaux vient  ici tout naturellement à l’esprit). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième contrepartie, c’était la nécessité d’une accumulation massive de capital entre les mains de quelques uns, les industriels–entrepreneurs, prenant tous les risques , payant tous les frais et se retrouvant en fin de parcours avec la différence entre leurs coûts (certains) et leurs revenus (incertains)&amp;lt;ref&amp;gt;Cette différence, elle s’appelle profit (toujours excessif) dans le cas ou elle est positive ou perte quand elle est négative (dans ce cas l’entrepreneur est un idiot dans le meilleur des cas ou un escroc le reste du temps). Voir &#039;&#039;des Lions menés par des Anes&#039;&#039; pour plus de détail.&amp;lt;/ref&amp;gt; . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Résumons .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première révolution industrielle concentre au même endroit des populations immenses et des capitaux gigantesques.  Dans ce monde nouveau, le travailleur de base est totalement interchangeable. &lt;br /&gt;
Peu éduqué, il arrive en général de la campagne, ou les conditions de vie sont bien pires qu’à la ville et les possibilités de promotion totalement inexistantes, les campagnes servant comme réservoirs de main d’œuvre à bon marché, un peu comme en Chine actuellement &lt;br /&gt;
Pour défendre leurs intérêts, ces populations très naturellement et fort légitimement créèrent des associations de travailleurs, les syndicats.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On aurait pu imaginer que ces organisations restent purement pragmatiques, et ne justifient de leur existence que par l’amélioration du sort de leurs commettants. &lt;br /&gt;
C’est en effet ce qui s’est produit ici ou là, par exemple aux Etats-Unis.&lt;br /&gt;
Mais il est peu d’exemple dans l’histoire qu’il y ait creation de nouvelles organisations humaines, sans qu’immédiatement des intellectuels (en particulier en France&amp;lt;ref&amp;gt;Comme le disait un Pape : « Tant qu’une hérésie n’est pas passée en France, elle n’est pas dangereuse »&amp;lt;/ref&amp;gt;) ne se mettent à théoriser le pourquoi et le comment de ces nouvelles organisations. (Apres tout, ils sont là pour ça, créer des concepts).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce fait, assez rapidement, ces organisations embarquèrent (dans la vieille Europe) un contenu idéologique considérable que nous appellerons par commodité le socialisme.    &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce bagage conceptuel, que nous traînons encore aujourd’hui, vient directement de la première révolution industrielle, déjà presque bicentenaire.&lt;br /&gt;
Et ici, une fois encore avec une satisfaction mal dissimulée l’auteur va devoir puiser dans sa remarquable culture&amp;lt;ref&amp;gt;On se souvient de la célèbre formule d’Edouard Herriot “ la culture c’est comme la confiture, moins il y en a, plus on l’étale”&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
Nos intellectuels, s’essayant à théoriser le développement de ce phénomène nouveau dans l’histoire, s’appuyèrent sur les travaux de ce qu’il est convenu d’appeler les économistes « classiques », en particulier Ricardo et Malthus. &lt;br /&gt;
Ces deux très grands penseurs écrivaient au début du dix neuvième siècle et essayaient de comprendre ce qui se passait- sous leurs yeux. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne disposaient pas de beaucoup de recul.&lt;br /&gt;
Chez Ricardo et chez ses successeurs, nos idéologues socialistes ne prirent pas le meilleur (le théorie des avantages comparatifs), mais bien entendu le pire, le plus désespérant, les théories de la « valeur travail, de la loi d’airain des salaires, de la baisse tendancielle de la rentabilité du capital ». &lt;br /&gt;
Nous savons aujourd’hui que ces théories sont toutes fausses.&lt;br /&gt;
Et c’est pourtant sur elles que repose tout l’édifice socialiste… &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Valeur : Comme l’ont montre les économistes Autrichiens de la fin du dix neuvième siècle et du début du vingtième, ce qui donne de la valeur aux choses, ce n’est pas la somme de travail qu’elles contiennent mais l’appréciation psychologique et individuelle que chacun porte sur ces choses et qu’il est prêt à concrétiser par un achat ou une vente, à un prix librement déterminé entre les parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Loi d’airain des salaires annonçait que du fait de l’excèdent perpétuel de l’offre de travail sur la demande, les salaires allaient rester structurellement à un niveau a peine suffisant pour maintenir les travailleurs à l’état de survie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La baisse tendancielle de la rentabilité du capital était la même idée, appliquée cette fois au capital : du fait de la concurrence excessive créée par la liberté d’investir, les bonnes idées étaient immédiatement copiées, ce qui faisait baisser la rentabilité du capital en dessous du coût du capital et déclenchait des crises cycliques de surproduction.                                                                         Ces crises amenaient inéluctablement à des concentrations et en fin de parcours, bien entendu, à des monopoles. (Le Grand Capital Monopolistique, comme aimait à le dire le PCF après la deuxième guerre mondiale)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez Malthus&amp;lt;ref&amp;gt;Malthus n’était pas economiste, mais pasteur.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ils prirent avec délectation l’idée profondément pessimiste que la population se développe selon une progression géométrique et les ressources, en particulier agricoles, selon une progression arithmétique (Idée apparemment logique, mais fausse, ce que toute l’expérience historique des deux derniers siècles a montré, mais idée curieuse pour un pasteur.car le pessimisme est une faute contre l’esprit, la seule qui d’après le Christ soit impardonnable.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, toute la théorie classique était ancrée dans l’idée du gâteau de taille fixe &lt;br /&gt;
En termes simples, cela peut se traduire par l’idée  « qu’il n’y en aura pas assez pour tout le monde »&amp;lt;ref&amp;gt;Bien des mouvements écologiques empruntent toute leur logique à Malthus. &lt;br /&gt;
Voir un livre remarquable du Danois  Leif Thornval « L’écologiste sceptique», ou cette idée est battue en brèche de façon parfaitement scientifique, &lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marx et Lénine sautèrent avec enthousiasme sur ces billevesées et ajoutèrent leurs pierres à ces contributions éminentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la présence aux mêmes endroits de masses immenses de population et de montants considérables de capital, Marx tira la théorie de la « Lutte des Classes ».                                                 Une lutte à mort serait engagée entre le Capital et le Travail. Chaque classe est représentée par un vocable, d’un coté les bourgeois (le mal, le passé), de l’autre, les proletaires (le bien, le futur).                                                                                                           En fin de parcours, le travail l’emportera après la crise ultime et inéluctable du capitalisme.                                                                    &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce sera le « grand soir », la fin de l’histoire, marquée par l’apparition du paradis sur terre.                                                 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lénine, en déduisit fort logiquement que dans ces conditions, c’était un devoir moral que d’accélérer la fin du capitalisme. Cela supposait que le nouveau Messie, le prolétariat soit « guidé » par une « avant-garde » capable de comprendre le mouvement de cette inéluctable Histoire.                                                                                            Bien entendu, cette avant-garde devait s’affranchir avant toutes choses de l’idée, oh combien bourgeoise, (et donc originaire du monde du capital) de liberté individuelle et de droits de la personne humaine.                                                                                                          Pour Marx, pour Lénine, pour tout bon socialiste, l’état  de droit, la superstructure politique n’est que le résultat de l’infrastructure économique et ne présente aucun caractère moral particulier.&lt;br /&gt;
La légitimité politique venait dans leur monde non pas des élections et du respect d’on ne sait quelles règles formelles, mais de la capacité a comprendre, et donc a anticiper, le mouvement de l’histoire.                                                                                                                 Le socialiste,  le communiste conséquents avec leur doctrine n’ont que mépris pour les libertés formelles et la démocratie bourgeoise.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces grandes et profondes idées se rejoignirent dans une dernière : puisque la richesse ne provenait que de l’exploitation des faibles par les forts (exploitation de l’homme par l’homme), il fallait à tout prix conquérir le pouvoir politique pour assurer, au mieux des intérêts du plus grand nombre, une répartition égalitaire de la valeur ajoutée.                                                                                       Et soudain, sans crier gare, sans nous prévenir, on nous change la nature même de la morale.                                                                         Est moral non plus le résultat des efforts individuels (comme on fait son lit, on se couche, disait on autrefois), mais un résultat similaire pour tout le monde, a l’arrivée…&amp;lt;ref&amp;gt;Autrefois, dans l’enfance de l’auteur, dans l’histoire des trois petits cochons, les deux premiers cochons qui refusaient de faire un effort étaient bouffés par le loup. Aujourd’hui, ils se réfugient chez leur frère…&lt;br /&gt;
Est ce un progrès de la conscience ou une lâcheté?&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;                                                                             &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est maintenant cette répartition égalitaire qui définit la morale.                                                                                                &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lecteur aura immédiatement remarqué le saut logique auquel les tenants de cette thèse viennent de procéder.                                                    Ce n’est plus l’ascèse individuelle, pendant l’action, qui est à l’origine de la morale, comme dans le Christianisme, c’est le résultat collectif, à l’arrivée.                                                                                             &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est bien entendu dans ce saut d’une morale individuelle à une morale collective que tous les totalitarismes ont trouvé leurs racines.&lt;br /&gt;
 Il faut faire ici deux remarques ;&lt;br /&gt;
•	Les racines intellectuelles de la social- démocratie et du communisme le plus dur sont exactement les mêmes&lt;br /&gt;
•	 Il n’y a pas de différence dans l’essence de ce qu’ils pensent entre Martine Aubry et Lénine (quoique parfois Lénine ait donné l’impression de comprendre quelque chose a l’économie : cf. la NEP&amp;lt;ref&amp;gt;La NEP consacra l’abandon de la politique économique débile suivie par les communistes Russes pendant les premières années de la révolution.&amp;lt;/ref&amp;gt;)   &lt;br /&gt;
                                                                                                                             &lt;br /&gt;
Quand nous démontrerons dans le cours du texte que le socialisme est moralement pervers et économiquement désastreux, nous l’entendrons dans toutes ses manifestations allant de Pol Pot a messieurs Jospin ou Strauss-Kahn, du quotidien du peuple au Monde…                                                                                                         Cette communauté de racines explique bien entendu la remarquable indulgence que tous nos socialistes soit disant démocrates ont toujours eue pour leurs petits frères communistes, partisans de méthodes plus musclées.                                                                                &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le fond, nos socialistes regrettent souvent de ne pas avoir le « courage » de leurs camarades de lutte communistes.                                                                             &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ils ont toujours respecté la pureté de l’idéal égalitaire qui motivait Lénine, Staline, Mao, Ho Chi Min, Castro…                                                              &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand ils songent à toutes les saletés que le capitalisme engendre, comparées à la ferme bonté de leurs héros mentionnés plus haut, leurs yeux se baignent encore de larmes.                                                                                                                                                                 &lt;br /&gt;
Toute la &#039;&#039;réalité&#039;&#039;&amp;lt;ref&amp;gt;Nos intellectuels, en particulier en France, ne s’arrêtent pas à ces détails. &lt;br /&gt;
    JF Revel s’échine depuis des lustres a utiliser l’argument de la réalité pour les amener       a résipiscence.&lt;br /&gt;
Il ferait beau voir que nos intellectuels changent leurs opinions en fonction de la réalité. Leurs attitudes ne sont pas fondées sur la logique expérimentale mais sur des croyances de nature religieuses.&lt;br /&gt;
 Ils utilisent toujours l’argument d’autorité et jamais la logique expérimentale &lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; , mais aussi tous les progrès de la réflexion économique des deux derniers siècles ont prouvé à quel point les hypothèses théoriques sur lesquelles s’appuie le socialisme, apparemment logiques sont cependant toutes fausses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut maintenant expliquer pourquoi.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Ils avaient oublié tout simplement que l’homme, &#039;&#039;quand on le laisse libre&#039;&#039; trouve des solutions adaptées aux problèmes qui se posent a lui.&lt;br /&gt;
Ces grandes et profondes intelligences avaient oublié une chose, une seule, la capacité du cerveau humain à engendrer des inventions, en termes simples, le progrès technique.                                 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alfred Sauvy&amp;lt;ref&amp;gt;A Sauvy, économiste, démographe, sociologue l’un des meilleurs esprits que la France ait engendré. A eu une profonde influence sur l’auteur, par ses écrits, qui mériteraient d’être re-édités. (cf. par exemple, l’économie du diable)&lt;br /&gt;
Se revendiquait de gauche.&amp;lt;/ref&amp;gt; à ce propos racontait une charmante anecdote :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accompagnant un ministre socialiste sur le site de grands travaux, il avait entendu celui-ci lui dire, en voyant des bulldozers au travail &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Impressionnant, mais imaginez combien d’hommes on pourrait utiliser si à la place de ces machines, les travailleurs avaient des pelles ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce a quoi Alfred Sauvy avait répondu :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le Ministre, imaginez s’ils avaient des petites cuillères » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En termes clairs, les socialistes n’ont jamais intégré la capacité de l’esprit humain, quand il est libre, à engendrer des inventions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils n’ont vu arriver : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
•	Ni la révolution énergétique et le passage du charbon  à l’électricité ou au pétrole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
•	Ni les différentes révolutions dans les transports (après tout, notre époque  ne s’est pas appelée par hasard d’abord l’age de l’automobile puis ensuite le  « Jet Age ».                                                   Eux, ils en sont restés à la locomotive a vapeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
•	Ni les progrès de la pharmacie ou de la médecine, avec leurs corollaires, l’allongement de la durée de vie, et le changement du rôle de la femme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
•	Ni la révolution de l’information (ordinateur, telecom, internet).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eux les révolutionnaires professionnels, les défenseurs acharnés de toutes les révolutions pourvu qu’elles se disent «  de gauche », ils ont raté toutes les vraies révolutions, les révolutions technologiques, qui étaient faites les unes après les autres par leur ennemi de classe, le bourgeois.&lt;br /&gt;
Pas une invention importante à mettre au crédit du socialisme, pas une seule, en deux cent ans&amp;lt;ref&amp;gt;Pas grand chose à se mettre sous la dent dans le domaine artistique non plus. &lt;br /&gt;
Ce qui ne veut pas dire qu’il n’ait pas eu d’artistes socialistes ou communistes de grande qualité. Il y en a eu. &lt;br /&gt;
Mais ils vivaient tous tranquillement sur la cote d’azur ou en Californie. &lt;br /&gt;
Picasso en est un merveilleux exemple qui vendait ses œuvres fort cher aux milliardaires et aux musées Américains, tout en se disant communiste. &lt;br /&gt;
En URSS, il aurait été dans un camp (cf.le portrait de Staline en première page de l’Humanité le lendemain de la mort du dictateur, pour lequel il avait du platement s’excuser)&amp;lt;/ref&amp;gt; (ou de l’union soviétique, en 80 ans ou de ses satellites en quarante ans quand ils étaient au pouvoir sans partage).&lt;br /&gt;
Mais là ou les choses deviennent franchement comiques, c’est lorsque l’on considère la nature de la dernière révolution technologique, celle que nous vivons actuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première Révolution Industrielle avait accrue de façon extraordinaire le capital musculaire de l’humanité, au prix d’une enregimentation massive des populations dans leur cadre de travail. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelque part, la liberté individuelle avait (peut être&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons peut être parce qu’après tout la liberté individuelle de l’ouvrier agricole soumis a des famines répétées parce que on ne pouvait transporter les excédents crées en Beauce vers les pénuries en Champagne était pour le moins limitée.&amp;lt;/ref&amp;gt;) diminué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième Révolution Industrielle, celle que nous entamons (car elle commence a peine !) va multiplier de façon stupéfiante non pas les muscles de chaque homme, mais les capacités de son cerveau,  par un libre et constant accès à l’information et a l’instruction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, comme le disait déjà Jean Bodin au seizième siècle :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il n’est de richesse que d’hommes »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque individu  dans le monde d’aujourd’hui a accès, en temps réel, à une information variée et de qualité, indépendante des pouvoirs politiques et économiques, et qu’il peut trier et organiser  selon ses besoins a lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le magistère moral que nos esprits socialistes étroits&amp;lt;ref&amp;gt;L’auteur s’excuse de la redondance, mais ce qui va sans dire va encore mieux en le disant.&amp;lt;/ref&amp;gt; avaient su se constituer était fondé sur l’accès privilégié qu’ils avaient sur l’information et le contrôle de celle-ci.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
FINI.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tyrannie des soi-disant intellectuels sur ce que le peuple peut ou ne peut pas savoir est terminée.&lt;br /&gt;
Le peuple était supposé déjeuner à la cantine, et toujours du même hachis Parmentier (et encore il n’y en avait pas tout le temps), pendant que eux allaient chez Drouant ou chez Taillevent &lt;br /&gt;
Il va maintenant déjeuner fort proprement ou il le désire et à la carte.&lt;br /&gt;
Nous allons tout droit vers une explosion de la créativité individuelle et des échanges entre hommes sans exemple dans l’histoire, et pour laquelle nos socialistes ne sont absolument pas préparés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La valeur du capital humain est en train de faire un bond.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or l’expression « capital humain » est pour eux incompréhensible puisque dans leur monde le capital et l’homme sont en opposition constante.&lt;br /&gt;
Et chacun des détenteurs de ce capital, chaque individu saura parfaitement quelle est sa valeur à lui, qu’il n’est pas une machine, ou un morceau d’une machine, et qu’il est unique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui laisse nos socialistes, qui en sont restes intellectuellement au « Temps Modernes » de Charlie Chaplin, quelque peu démunis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car ils n’ont plus aucune explication à fournir sur les réalités économiques ou politiques d’aujourd’hui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
•	Ni la valeur travail, &lt;br /&gt;
•	ni la théorie de la plus value, &lt;br /&gt;
•	ni la paupérisation  (d’abord absolue, puis relative !), &lt;br /&gt;
•	ni la baisse tendancielle du taux de profit, &lt;br /&gt;
•	ni la loi d’airain des salaires, &lt;br /&gt;
•	ni la lutte des classes, &lt;br /&gt;
•	ni le rôle moteur du prolétariat, &lt;br /&gt;
•	ni le parti communiste en avant garde du prolétariat,&lt;br /&gt;
•	ni l’effondrement final dans une crise ultime  &lt;br /&gt;
•	ni la pénurie Mathusienne…&lt;br /&gt;
ne sont d’aucune utilité pour expliquer ou comprendre le monde d’aujourd’hui. &lt;br /&gt;
Eux-mêmes, les défenseurs de toujours de ces idées, n’y croient guère plus ! &lt;br /&gt;
Comme les communistes soviétiques dans les années Gorbatchev, ils vivent dans le mensonge. (Et qui est «  le prince du mensonge  ? »&amp;lt;ref&amp;gt;D’après le Christ, le diable…&amp;lt;/ref&amp;gt;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le lecteur, lors d’une discussion avec l’un de ses amis socialistes lui demande simplement&lt;br /&gt;
«  A ton avis QUI  crée des emplois  ?&amp;lt;ref&amp;gt;La réponse est simple: les entrepreneurs et uniquement les entrepreneurs (voir &#039;&#039;des Lions menes par des Anes&#039;&#039;)&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu’il s’amuse du spectacle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela leur pose un léger problème du point de vue politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces éminentes personnalités justifiaient leur prééminence par leur profond savoir. Dans leur grande bonté, ils étaient prêts à mettre au service des classes laborieuses leurs immenses connaissances. &lt;br /&gt;
Ils découvrent soudain que tout ce prétendu savoir n’est que calembredaines, ce qui ne les gène guère.&lt;br /&gt;
Que tout le monde sache qu’ils sont nuls, voila qui les embarrasse beaucoup plus…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vont-ils demander pardon à ceux qu’ils ont trompé si longtemps, et consacrer leurs temps à des œuvres charitables dans leurs quartiers, servir la soupe dans les restaurants du cœur, ou partir chez Mère Teresa, pour assouvir leur désir d’être utiles, et peut être se faire pardonner  &amp;lt;ref&amp;gt;Comme il était écrit sur une statue de Marx a Moscou en 1990 « Travailleurs de tous les pays…pardonnez moi »&amp;lt;/ref&amp;gt;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Point du tout, ils sont sur les estrades et les tréteaux continuant à se battre comme des chiens, non plus pour défendre leurs idées, ce qui avait une certaine noblesse mais pour conserver leurs places.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et leur argumentaire a très brutalement mais très logiquement changé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l’auteur faisait ses études dans les années soixante, l’un de ses professeurs lui avait montré de façon fort convaincante que, si dans un débat un participant est coincé par des arguments logiques ou scientifiques, alors il s’échappera dans l’irrationnel et l’émotionnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant cent cinquante ans, il a fallu mener un combat sans fin et toujours renouvelé contre nos socialistes qui pensaient faux pour prouver que leurs arguments prétendument scientifiques ne l’étaient pas.&lt;br /&gt;
La preuve, irréfutable, définitive, sans appel, a été apportée par l’écroulement du mur de Berlin.&lt;br /&gt;
Le combat intellectuel a été gagné. &lt;br /&gt;
L’ennemi a été défait en rase campagne, dans l’une des plus grandes déroutes intellectuelles que l’histoire ait connu.&lt;br /&gt;
Mais défaire une idée n’est pas se débarrasser des gens qui la supportaient ou en vivaient.&lt;br /&gt;
Lorsque qu’une religion s’écroule, son clergé peut rester en place pendant fort longtemps après.&lt;br /&gt;
Les socialistes ont simplement changé leur argumentaire et s’échappent dans le non scientifique. &lt;br /&gt;
Ils ne disent plus que, eux, ils savent, et que les autres, leurs opposants ne comprennent rien, ce qui ferait rire tout le monde. &lt;br /&gt;
Ils ne disent plus : &lt;br /&gt;
«  Nous devons gouverner parce que nous savons comment faire marcher la machine ». &lt;br /&gt;
Ils disent&lt;br /&gt;
 «  Nous devons gouverner parce que nous savons discerner le Bien du Mal ».&lt;br /&gt;
Et avec leur bonne foi habituelle, ils essaient de tirer des racines mêmes de notre civilisation des arguments pour conforter leurs points. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant échoué sur le coté Grec, ils se rabattent sur le coté Chrétien&amp;lt;ref&amp;gt;C’est ce que l’on peut appeler la morale Western : d’un coté, eux, les bons, les altruistes et de l’autre les méchants, les égoïstes, ou les abrutis. &lt;br /&gt;
Pour ceux qui veulent s’amuser a dérouler cette logique jusqu’au bout, lire les livres de Ayn Rand, ou elle montre fort bien qu’une société fondée sur un altruisme égalitaire ostentatoire se termine toujours dans la pauvreté et la dictature. &lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils prétendent que ce qu’ils disent est l’essence  morale de notre civilisation, distillée par eux pour notre époque.&lt;br /&gt;
Eux auraient le droit de gouverner parce que eux, ils peuvent discerner  le bien du mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut se souvenir cependant qu’il y a peu, leur prétention à gouverner s’appuyait sur leur connaissance scientifique du futur, et que le bien et le mal étaient des notions bourgeoises ! &lt;br /&gt;
Le Bien s’analysait dans leur credo comme la capacité a faire avancer leur cause, et n’était en rien un bien absolu, défini par une norme extérieure du type Loi Mosaïque, pour laquelle il n’avaient que mépris.&lt;br /&gt;
De même, le Mal était défini comme tout ce qui freinait la marche vers des lendemains qui étaient supposées chantants.&lt;br /&gt;
Et à notre grande stupéfaction, tout d’un coup, a partir de la chute du mur, sans nous prévenir, leur Morale change a nouveau.&lt;br /&gt;
L’essence de la Morale change à nouveau, et surprise, surprise, qui est toujours capable de distinguer entre le Bien et le Mal ?&lt;br /&gt;
Nos chers intellectuels!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dépouillé de la blouse blanche du savant, nos penseurs (de gauche, cela va sans dire, puisque l’on ne peut penser qu’a gauche) endossent la chasuble et les robes a phylactères des Pharisiens, se bousculent pour rester au premier rang en se battant pour continuer a passer a la Télévision…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce message, à notre grande stupéfaction est a nouveau égalitariste, étatiste, collectiviste et pessimiste.&lt;br /&gt;
Curieusement c’était déjà celui qu’ils proposaient avant que des événements&amp;lt;ref&amp;gt;L’ancien premier ministre Britannique MacMillan, homme de haute culture, était interviewé par un journaliste qui voulait écrire sa biographie. Ce dernier lui posa la question : qu’est ce qu’il y a de plus difficile dans l’exercice du pouvoir ?&lt;br /&gt;
La réponse fut superbe : les faits, mon pauvre ami, prendre en compte les faits !&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt;  inattendus&amp;lt;ref&amp;gt;Von Mises et Hayek avaient montre de façon logique et irréfutable que le socialisme ne pouvait que s’effondrer&amp;lt;/ref&amp;gt; (par eux) ne les forcent à changer les supports de leurs raisonnements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or une lecture attentive du texte montre sans ambiguïté aucune que les évangiles sont individualistes et donc tout a fait compatibles avec le capitalisme, mais par contre totalement en opposition avec le collectivisme l’égalitarisme et le pessimisme et de ce fait totalement incompatibles avec le socialisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’appuyer sur une murale soit disant Chrétienne pour rester au pouvoir alors que l’on n’a plus rien a dire est une escroquerie.intellectuelle de première envergure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suffit de relire les évangiles la plume a la main pour s’en convaincre.&lt;br /&gt;
C’est à cette lecture que nous convions l’acheteur de notre livre.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes et références == &lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt; &amp;lt;!-- aide : http://fr.wikipedia.org/wiki/Aide:Notes et références --&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
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		<author><name>Jabial</name></author>
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		<title>Aide:Bac à sable</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Essai heure ==&lt;br /&gt;
Quelle est la date? -- [[Utilisateur:Jabial|Jabial]] 14 avril 2008 à 12:23 (CEST)&lt;/div&gt;</summary>
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		<title>Aide:Bac à sable</title>
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Quelle est la date? -- [[Utilisateur:Jabial|Jabial]] 14 avril 2008 à 10:22 (UTC)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Jabial</name></author>
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		<title>Bastiat</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : Redirection vers Frédéric Bastiat&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : Nouvelle page : #REDIRECT [[Frédéric Bastiat]&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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		<author><name>Jabial</name></author>
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		<title>Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique - discours préliminaire</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Jean-Baptiste_Say:Trait%C3%A9_d%27%C3%A9conomie_politique_-_discours_pr%C3%A9liminaire&amp;diff=1805"/>
		<updated>2008-04-09T15:50:16Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Jabial : rétablissement à la demande de David Boring&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]]|[[:wl:Jean-Baptiste Say|Jean-Baptiste Say]]|Discours préliminaire}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Une science ne fait de véritables progrès que lorsqu&#039;on est parvenu à bien déterminer le champ où peuvent s&#039;étendre ses recherches et l&#039;objet qu&#039;elles doivent se proposer ; autrement on saisit çà et là un petit nombre de vérités sans en connaître la liaison, et beaucoup d&#039;erreurs sans en pouvoir découvrir la fausseté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a long-temps confondu la &#039;&#039;Politique&#039;&#039; proprement dite, la science de l&#039;organisation des sociétés, avec l&#039;&#039;&#039;Économie politique&#039;&#039;, qui enseigne comment se forment, se distribuent et se consomment les richesses qui satisfont aux besoins des sociétés. Cependant les richesses sont essentiellement indépendantes de l&#039;organisation politique. Sous toutes les formes de gouvernement, un état peut prospérer, s&#039;il est bien administré. On a vu des nations s&#039;enrichir sous des monarques absolus : on en a vu se ruiner sous des conseils populaires. Si la liberté politique est plus favorable au développement des richesses, c&#039;est indirectement, de même qu&#039;elle est plus favorable à l&#039;instruction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En confondant dans les mêmes recherches les principes qui constituent un bon gouvernement, et ceux sur lesquels se fonde l&#039;accroissement des richesses, soit publiques, soit privées, il n&#039;est pas étonnant qu&#039;on ait embrouillé bien des idées au lieu de les éclaircir. C&#039;est le reproche qu&#039;on peut faire à Steuart, qui a intitulé son premier chapitre : &#039;&#039;Du gouvernement du genre humain&#039;&#039; ; c&#039;est le reproche qu&#039;on peut faire aux &#039;&#039;Économistes&#039;&#039; du dix-huitième siècle, dans presque tous leurs écrits, et à J. J.  Rousseau dans l&#039;Encyclopédie (art. &#039;&#039;Économie politique&#039;&#039;). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il me semble que depuis Adam Smith on a constamment distingué ces deux corps de doctrine, réservant le nom d&#039;&#039;&#039;Économie politique&#039;&#039; à la science qui traite des richesses, et celui de &#039;&#039;Politique&#039;&#039; seul, pour désigner les rapports qui existent entre le gouvernement et le peuple, et ceux des gouvernements entre eux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir, au sujet de l&#039;économie politique, fait des incursions dans la politique pure, on a cru devoir à plus forte raison en faire dans l&#039;agriculture, le commerce et les arts, qui sont les véritables fondements des richesses, sur lesquelles les lois n&#039;ont qu&#039;une influence accidentelle et indirecte. Dès-lors que de divagations ! Car si le commerce, par exemple, fait partie de l&#039;économie politique, tous les genres de commerce en font partie, par conséquent le commerce maritime, par conséquent la navigation, la géographie.... où s&#039;arrêter ! Toutes les connaissances humaines se tiennent. Il faut donc s&#039;attacher à trouver, à bien déterminer le point de contact, l&#039;articulation qui les lie. On a ainsi une connaissance plus précise de chacune de leurs branches ; on sait où elle se rattache; ce qui est toujours une partie de ses propriétés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;économie politique ne considère l&#039;agriculture, le commerce et les arts, que dans les rapports qu&#039;ils ont avec l&#039;accroissement ou la diminution des richesses, et non dans leurs procédés d&#039;exécution. Elle indique les cas où le commerce est véritablement productif, ceux où ce qu&#039;il rapporte à l&#039;un est ravi à l&#039;autre, ceux où il est profitable à tous ; elle enseigne même à apprécier chacun de ses procédés, mais seulement dans leurs résultats. Elle s&#039;arrête là. Le surplus de la science du négociant se compose de la connaissance des procédés de son art. Il Faut qu&#039;il connaisse les marchandises qui sont l&#039;objet de son trafic, leurs qualités, leurs défauts, le lieu d&#039;où on les tire, leurs débouchés, les moyens de transport, les valeurs d&#039;où il peut donner en échange, la manière de tenir ses comptes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On en peut dire autant de l&#039;agriculteur, du manufacturier, de l&#039;administrateur : tous ont besoin de s&#039;instruire dans l&#039;économie politique, pour connaître la cause et les résultats de chaque phénomène ; et chacun, pour être habile dans sa partie, doit y joindre l&#039;étude des procédés de son art. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith n&#039;a pas confondu ces différents sujets de recherche mais, ni lui, ni les écrivains qui l&#039;ont suivi, ne se sont tenus en garde contre une autre sorte de confusion qui demande à être expliquée ; les développements qui en résulteront ne seront pas inutiles aux progrès des connaissances humaines en général, et de celle qui nous occupe en particulier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En économie politique, comme en physique, comme en tout, on a fait des systèmes avant d&#039;établir des vérités ; c&#039;est-à-dire qu&#039;on a donné pour la vérité des conceptions gratuites, de pures assertions. Plus tard, on a appliqué à cette science les méthodes qui ont tant contribué, depuis Bacon, aux progrès de toutes les autres ; c&#039;est-à-dire la méthode expérimentale, qui consiste essentiellement à n&#039;admettre comme vrais que les faits dont l&#039;observation et l&#039;expérience ont démontré la réalité, et comme des vérités constantes que les conclusions qu&#039;on en peut tirer naturellement ; ce qui exclut totalement ces préjugés, ces autorités qui, en science comme en morale, en littérature comme en administration, viennent s&#039;interposer entre l&#039;homme et la vérité. Mais sait-on bien tout ce qu&#039;on doit entendre par ce mot &#039;&#039;faits&#039;&#039;, si souvent employé ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il me semble qu&#039;il désigne tout à la fois les &#039;&#039;choses qui existent&#039;&#039; et les &#039;&#039;choses qui arrivent&#039;&#039; ; ce qui introduit déjà deux ordres de &#039;&#039;faits&#039;&#039; : c&#039;est un fait que telle chose est ainsi ; c&#039;est un fait que tel événement s&#039;est passé de telle manière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les &#039;&#039;choses qui existent&#039;&#039;, pour qu&#039;elles puissent servir de base à des raisonnements sûrs, il faut les voir telles qu&#039;elles sont, sous toutes leurs faces, avec toutes leurs propriétés. Sans cela, croyant raisonner de la même chose, on pourrait discourir, sous le même nom, de deux choses diverses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second ordre de &#039;&#039;faits&#039;&#039;, les &#039;&#039;choses qui arrivent&#039;&#039;, consiste dans les phénomènes qui se manifestent lorsqu&#039;on observe comment les choses se passent. C&#039;est un fait que lorsqu&#039;on expose les métaux à une certaine chaleur, ils deviennent fluides. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La manière dont les choses sont et dont les choses arrivent, constitue ce qu&#039;on appelle la nature des choses ; et l&#039;observation exacte de la nature des choses est l&#039;unique fondement de toute vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De là naissent deux genres de sciences : les sciences qu&#039;on peut nommer &#039;&#039;descriptives&#039;&#039;, qui consistent à nommer et à classer les choses, comme la botanique ou l&#039;histoire naturelle ; et les sciences &#039;&#039;expérimentales&#039;&#039;, qui nous font connaître les actions réciproques que les choses exercent les unes sur les autres, ou en d&#039;autres termes la liaison des effets avec leurs causes ; telles sont la physique et la chimie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces dernières exigent qu&#039;on étudie la nature intime des choses, car c&#039;est en vertu de leur nature qu&#039;elles agissent et produisent des effets : c&#039;est parce qu&#039;il est dans la nature du soleil d&#039;être lumineux et dans la nature de la lune d&#039;être opaque, que lorsque la lune passe devant le soleil, ce dernier astre est éclipsé. Une analyse scrupuleuse suffit quelquefois pour nous faire connaître la nature d&#039;une chose ; d&#039;autres fois elle ne nous est complètement révélée que par ses effets ; et, de toutes manières l&#039;observation quand nous ne pouvons avoir recours à des expériences faites exprès, est nécessaire pour confirmer ce que l&#039;analyse a pu nous apprendre.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces principes, qui m&#039;ont guidé, m&#039;aideront à distinguer deux sciences qu&#039;on a presque toujours confondues : l&#039;économie politique, qui est une science expérimentale et la statistique, qui n&#039;est qu&#039;une science descriptive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;économie politique, telle qu&#039;on l&#039;étudie à présent, est tout entière fondée sur des faits ; car la nature des choses est un fait, aussi bien que l&#039;événement qui en résulte. Les phénomènes dont elle cherche à faire connaître les causes et les résultats, peuvent être considérés ou comme des &#039;&#039;faits généraux&#039;&#039; et constants qui sont toujours les mêmes dans tous les cas semblables, ou comme des &#039;&#039;faits particuliers&#039;&#039; qui arrivent bien aussi en vertu de lois générales, mais où plusieurs lois agissent à la fois et se modifient l&#039;une par l&#039;autre sans se détruire ; comme dans les jets-d&#039;eau de nos jardins, où l&#039;on voit les lois de la pesanteur modifiées par celles de l&#039;équilibre, sans pour cela cesser d&#039;exister. La science ne peut prétendre à faire connaître toutes ces modifications qui se renouvellent chaque jour et varient à l&#039;infini ; mais elle en expose les lois générales et les éclaircit par des exemples dont chaque lecteur peut constater la réalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La statistique ne nous fait connaître que les faits arrivés ; elle expose l&#039;état des productions et des consommations d&#039;un lieu particulier, à une époque désignée, de même que l&#039;état de sa population, de ses forces, de ses richesses, des actes ordinaires qui s&#039;y passent et qui sont susceptibles d&#039;énumération. C&#039;est une description très-détaillée. Elle peut plaire à la curiosité, mais elle ne la satisfait pas utilement quand elle n&#039;indique pas l&#039;origine et les conséquences des faits qu&#039;elle consigne ; et lorsqu&#039;elle en montre l&#039;origine et les conséquences, elle devient de l&#039;économie politique. C&#039;est sans doute la raison pour laquelle on les a confondues jusqu&#039;à ce moment. L&#039;ouvrage de Smith n&#039;est qu&#039;un assemblage confus des principes les plus sains de l&#039;économie politique, appuyés d&#039;exemples lumineux et des notions les plus curieuses de la statistique, mêlées de réflexions instructives ; mais ce n&#039;est un traité complet ni de l&#039;une ni de l&#039;autre : son livre est un vaste chaos d&#039;idées justes, pèle-mêle avec des connaissances positives.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos connaissances en économie politique peuvent être complètes, c&#039;est-à-dire, que nous pouvons parvenir à découvrir toutes les lois qui régissent les richesses ; il n&#039;en saurait être de même de nos connaissances en statistique ; les faits qu&#039;elle rapporte, comme ceux que rapporte l&#039;histoire, sont plus ou moins incertains et nécessairement incomplets. On ne peut donner que des essais détachés et très-imparfaits sur la statistique des temps qui nous ont précédés, et sur celle des pays éloignés. Quant au temps présent, il est bien peu d&#039;hommes qui réunissent les qualités d&#039;un bon observateur à une position favorable pour observer. On n&#039;a jamais eu un état de population véritable. L&#039;inexactitude des rapports auxquels on est obligé d&#039;avoir recours, la défiance inquiète de certains gouvernements, et même des particuliers, la mauvaise volonté, l&#039;insouciance, opposent des obstacles souvent insurmontables aux soins qu&#039;on prend pour recueillir des particularités exactes ; et, parvint-on à les avoir, elles ne seraient vraies qu&#039;un instant; aussi Smith avoue-t-il qu&#039;il n&#039;ajoute pas grand&#039; foi à l&#039;&#039;&#039;arithmétique politique&#039;&#039;, qui n&#039;est autre chose que le rapprochement de plusieurs données de statistique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;économie politique, au contraire, est établie sur des fondements inébranlables, du moment que les principes qui lui servent de base sont des déductions rigoureuses de faits généraux incontestables. Les faits généraux sont, à la vérité, fondés sur l&#039;observation des faits particuliers, mais on a pu choisir les faits particuliers les mieux observés, les mieux constatés, ceux dont on a été soi-même le témoin; et lorsque les résultats en ont été constamment les mêmes, et qu&#039;un raisonnement solide montre pourquoi ils ont été les mêmes, lorsque les exceptions mêmes sont la confirmation d&#039;autres principes aussi bien constatés, on est fondé à donner ces résultats comme des lois générales, et à les livrer avec confiance au creuset de tous ceux qui, avec des qualités suffisantes, voudront de nouveau les mettre en expérience. Un nouveau fait particulier, s&#039;il est isolé, si le raisonnement ne démontre pas la liaison qu&#039;il a avec ses antécédents et ses conséquents, ne suffit point pour ébranler une loi générale ; car, qui peut répondre qu&#039;une circonstance inconnue n&#039;ait pas produit la différence qu&#039;on remarque entre deux résultats ? Je vois une plume légère voltiger dans les airs, et s&#039;y jouer quelquefois long-temps avant de retomber à terre : en conclurai-je que la gravitation universelle n&#039;existe pas pour cette plume ? J&#039;aurais tort. En économie politique, c&#039;est un fait général que l&#039;intérêt de l&#039;argent s&#039;élève en proportion des risques que court le prêteur de n&#039;être pas remboursé. Conclurai-je que le principe est faux, pour avoir vu prêter à bas intérêt dans des occasions hasardeuses ? Le prêteur pouvait ignorer son risque, la reconnaissance ou la peur pouvait lui commander des sacrifices ; et la loi générale, troublée en un cas particulier, devait reprendre tout son empire du moment que les causes de perturbation auraient cessé d&#039;agir. Enfin, combien peu de faits particuliers sont complètement avérés ! Combien peu d&#039;entre eux sont observés avec toutes leurs circonstances ! Et, en les-supposant bien avérés, bien observés et bien décrits, combien n&#039;y en a-t-il pas qui ne prouvent rien, ou qui prouvent le contraire de ce qu&#039;on veut établir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, n&#039;y a-t-il pas d&#039;opinion extravagante qui n&#039;ait été appuyée sur des faits et c&#039;est avec des faits qu&#039;on a souvent égaré l&#039;opinion publique. La connaissance des faits, sans la connaissance des rapports qui les lient, n&#039;est que le savoir non digéré d&#039;un commis de bureau ; et encore le commis de bureau le plus instruit ne connaît guère qu&#039;une série de faits, ce qui ne lui permet d&#039;envisager les questions que d&#039;un seul côté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une opposition bien vaine que celle de la &#039;&#039;théorie&#039;&#039; et de la &#039;&#039;pratique&#039;&#039; ! Qu&#039;est-ce donc que la théorie, sinon la connaissance des lois qui lient les effets aux causes, c&#039;est-à-dire, des faits à des faits ? Qui est-ce qui connaît mieux les faits que le théoricien qui les connaît sous toutes leurs faces, et qui sait les rapports qu&#039;ils ont entre eux ? Et qu&#039;est-ce que la pratique sans la théorie, c&#039;est-à-dire, l&#039;emploi des moyens sans savoir comment ni pourquoi ils agissent ? Ce n&#039;est qu&#039;un empirisme dangereux, par lequel on applique les mêmes méthodes à des cas opposés qu&#039;on croit semblables, et par où l&#039;on parvient où l&#039;on ne voulait pas aller. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi qu&#039;après avoir vu le système exclusif en matière de commerce (c&#039;est-à-dire, l&#039;opinion qu&#039;une nation ne peut gagner que ce qu&#039;une autre perd), adopté presque généralement en Europe dès la renaissance des arts et des lumières ; après avoir vu des impôts constans, et toujours croissans, s&#039;étendre sur certaines nations jusqu&#039;à des sommes effrayantes ; et après avoir vu ces nations plus riches, plus populeuses, plus puissantes qu&#039;au temps où elles fesaient librement le commerce, et où elles ne supportaient presque point de charges, le vulgaire a conclu qu&#039;elles étaient riches et puissantes, parce qu&#039;on avait surchargé d&#039;entraves leur industrie, et parce qu&#039;on avait grevé d&#039;impôts les revenus des particuliers ; et le vulgaire a prétendu que cette opinion était basée sur des faits, et il a relégué parmi les imaginations creuses et systématiques toute opinion différente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bien évident, au contraire, que ceux qui ont soutenu l&#039;opinion opposée, connaissaient plus de faits que le vulgaire, et les connaissaient mieux. Ils savaient que l&#039;effervescence très-marquée de l&#039;industrie dans les états libres de l&#039;Italie au moyen-âge, et dans les villes Anséatiques du nord de l&#039;Europe, le spectacle des richesses que cette industrie avait procurées aux uns et aux autres, l&#039;ébranlement opéré par les croisades, les progrès des arts et des sciences, ceux de la navigation, la découverte de la route des Indes et du continent de l&#039;Amérique, et une foule d&#039;autres circonstances moins importantes que celles-là, sont les véritables causes qui ont multiplié les richesses des nations les plus ingénieuses du globe. Ils savaient que si cette activité a reçu successivement des entraves, elle a été débarrassée, d&#039;un autre côté, d&#039;obstacles plus fâcheux encore. L&#039;autorité des barons et des seigneurs, en déclinant, ne pouvait plus empêcher les communications de province à province, d&#039;état à état ; les routes devenaient meilleures et plus sûres, la législation plus constante ; les villes affranchies ne relevaient plus que de l&#039;autorité royale intéressée à leurs progrès ; et cet affranchissement, que la force des choses et les progrès de la civilisation étendit aux campagnes, suffisait pour rendre les produits de l&#039;industrie la propriété des producteurs ; la sûreté des personnes devenait assez généralement garantie en Europe, sinon par la bonne organisation des sociétés, du moins par les mœurs publiques ; certains préjugés, tels que l&#039;idée d&#039;usure attachée au prêt à intérêt, celle de noblesse attachée à l&#039;oisiveté, allaient en s&#039;affaiblissant. Ce n&#039;est pas tout : de bons esprits ont remarqué, non-seulement tous ces faits, mais l&#039;action de beaucoup d&#039;autres faits analogues ; ils ont senti que le déclin des préjugés avait été favorable aux progrès des sciences, à une connaissance plus exacte des lois de la nature ; que les progrès des sciences avaient été favorables à ceux de l&#039;industrie, et ceux de l&#039;industrie à l&#039;opulence des nations. Voilà par quelle combinaison ils ont été en état de conclure, avec bien plus de sûreté que le vulgaire, que si plusieurs états modernes ont prospéré au milieu des entraves et des impôts, ce n&#039;est pas en conséquence des impôts et des entraves, c&#039;est malgré ces causes de découragement ; et que la prospérité des mêmes états serait bien plus grande s&#039;ils avaient été assujettis à un régime plus éclairé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc, pour parvenir la vérité, connaître, non beaucoup de faits, mais les faits essentiels et véritablement influents, les envisager sous toutes leurs faces, et surtout en tirer des conséquences justes, être assuré que l&#039;effet qu&#039;on leur attribue vient réellement d&#039;eux, et non d&#039;ailleurs. Toute autre connaissance de faits est un amas d&#039;où il ne résulte rien, une érudition d&#039;almanach. Et remarquez que ceux qui possèdent ce mince avantage, qui ont une mémoire nette et un jugement obscur, qui déclament contre les doctrines les plus solides, fruits d&#039;une vaste expérience et d&#039;un raisonnement sûr, qui crient au système chaque fois qu&#039;on sort de leur routine, sont précisément ceux qui ont le plus de systèmes, et qui les soutiennent avec l&#039;opiniâtreté de la sottise, c&#039;est-à-dire, avec la crainte d&#039;être convaincus, plutôt qu&#039;avec le désir d&#039;arriver au vrai. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, établissez sur l&#039;ensemble des phénomènes de la production et sur l&#039;expérience du commerce le plus relevé, que les communications libres entre les nations sont mutuellement avantageuses, et que la manière de s&#039;acquitter envers l&#039;étranger qui convient le mieux aux particuliers, est aussi celle qui convient le mieux aux nations : les gens à vues étroites et à présomption large vous accuseront de système. Questionnez-les sur leurs motifs : ils vous parleront balance du commerce ; ils vous diront qu&#039;il est clair qu&#039;on se ruine si l&#039;on donne son numéraire contre des marchandises... et cela même est un système. D&#039;autres vous diront que la circulation enrichit un état, et qu&#039;une somme d&#039;argent qui passe dans vingt mains différentes équivaut à vingt fois sa valeur… c&#039;est encore un système. D&#039;autres vous diront que le luxe est favorable à l&#039;industrie, que l&#039;économie ruine tout commerce… c&#039;est toujours un système ; et tous diront qu&#039;ils ont les faits pour eux ; semblables à ce pâtre qui, sur la foi de ses yeux, affirme que le soleil, qu&#039;il voit se lever le matin et se coucher le soir, parcourt dans la journée toute l&#039;étendue des cieux, et traite en conséquence de rêveries toutes les lois du monde planétaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres personnes habiles dans d&#039;autres sciences, et trop étrangères à celle-ci, s&#039;imaginent, de leur côté, qu&#039;il n&#039;y a d&#039;idées positives que les vérités mathématiques et les observations faites avec soin dans les sciences naturelles ; elles s&#039;imaginent qu&#039;il n&#039;y a pas de faits constants et de vérités incontestables dans les sciences morales et politiques ; qu&#039;elles ne sont point par conséquent de véritables sciences, mais seulement des corps d&#039;opinions hypothétiques, plus ou moins ingénieux, mais purement individuels. Ces savants se fondent sur ce qu&#039;il n&#039;y a pas d&#039;accord entre les écrivains qui en traitent, et sur ce que quelques-uns d&#039;entre eux professent de véritables extravagances. Quant aux extravagances et aux hypothèses, quelle science n&#039;a pas eu les siennes? Y a-t-il beaucoup d&#039;années que les plus avancées d&#039;entre elles sont dégagées de tout système ? Que dis-je ? ne voit-on pas encore des cervelles contrefaites en attaquer les bases les plus inébranlables ? Il n&#039;y a pas quarante ans qu&#039;on est parvenu à analyser l&#039;eau qui soutient la vie de l&#039;homme, et l&#039;air où il est perpétuellement plongé ; et tous les jours encore on attaque les expériences et les démonstrations qui fondent cette doctrine, quoiqu&#039;elles aient été mille fois répétées en divers pays, et par les hommes les plus instruits et les plus judicieux. Le défaut d&#039;accord existe sur les faits bien plus simples, bien plus évidens que ne le sont la plupart des faits moraux. La chimie, la physique,la botanique, la minéralogie, la physiologie, ne sont-elles pas des champs clos où les opinions viennent se heurter, tout comme dans l&#039;économie politique ?  Chaque parti voit bien les mêmes faits, mais il les classe différemment et les explique à sa manière ; et remarquez bien qu&#039;on n&#039;observe pas dans ces débats que les vrais savants soient d&#039;un côté et les charlatans de l&#039;autre : Leibnitz et Newton, Linné et Jussieu, Priestley et Lavoisier, de Saussure et Dolomieu, étaient tous gens de mérite, et n&#039;ont pu s&#039;accorder. Les sciences qu&#039;ils ont professées n&#039;existaient-elles pas, parce qu&#039;ils se sont combattus ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même, les lois générales dont se composent les sciences politiques et morales existent en dépit des disputes. Tant mieux pour qui saura découvrir ces lois par des observations judicieuses et multipliées, en montrer la liaison, en déduire les conséquences. Elles dérivent de la nature des choses, tout aussi sûrement que les lois du monde physique ; on ne les imagine pas, on les trouve ; elles gouvernent les gens qui gouvernent les autres, et jamais on ne les viole impunément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lois générales qui règlent la marche des choses, se nomment des &#039;&#039;principes&#039;&#039;, du moment qu&#039;il s&#039;agit de leur application ; c&#039;est-à-dire, du moment qu&#039;on s&#039;en sert pour juger les circonstances qui s&#039;offrent, et pour servir de règle à ses actions. La connaissance des principes donne seule cette marche assurée qui se dirige constamment et avec succès vers un bon but. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;économie politique, de même que les sciences exactes, se compose d&#039;un petit nombre de principes fondamentaux et d&#039;un grand nombre de corollaires, ou déductions de ces principes.  Ce qu&#039;il y a d&#039;important pour les progrès de la science, c&#039;est que les principes découlent naturellement de l&#039;observation ; chaque auteur multiplie ensuite ou réduit à son gré le nombre des conséquences, suivant le but qu&#039;il se propose. Celui qui voudrait montrer toutes les conséquences, donner toutes les explications, ferait un ouvrage colossal et nécessairement incomplet. Et même, plus cette science sera perfectionnée et répandue, et moins on aura de conséquences à tirer, parce qu&#039;elles sauteront aux yeux ; tout le monde sera en état de les trouver soi-même et d&#039;en faire des applications. Un Traité d&#039;économie politique se réduira alors à un petit nombre de principes, qu&#039;on n&#039;aura pas même besoin d&#039;appuyer de preuves, parce qu&#039;ils ne seront que l&#039;énoncé de ce que tout le monde saura, arrangé dans un ordre convenable pour en saisir l&#039;ensemble et les rapports. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce serait vainement qu&#039;on s&#039;imaginerait donner plus de précision et une marche plus sûre à cette science, en appliquant les mathématiques à la solution de ses problèmes. Les valeurs et les quantités dont elle s&#039;occupe, étant susceptibles de plus et de moins, sembleraient devoir entrer dans le domaine des mathématiques; mais elles sont en même temps soumises à l&#039;influence des facultés, des besoins, des volontés des hommes ; or, on peut bien savoir dans quel sens agissent ces actions diverses, mais on ne peut pas apprécier rigoureusement leur influence ; de là l&#039;impossibilité d&#039;y trouver des données suffisamment exactes pour en faire la base d&#039;un calcul. L&#039;observateur ne peut même acquérir la certitude qu&#039;aucune circonstance inconnue ne mêle son influence à toutes les autres. Que doit donc faire un esprit sage en s&#039;occupant de ces matières compliquées ? Ce qu&#039;il fait dans toutes les circonstances qui déterminent la plupart des actions de la vie. Il posera nettement les questions, cherchera les élémens immédiats dont elles se composent, et, après les avoir établis avec certitude, il évaluera approximativement leurs influences réciproques avec le coup d&#039;œil d&#039;une raison éclairée, qui n&#039;est elle-même qu&#039;un instrument au moyen duquel on apprécie le résultat moyen d&#039;une foule de probabilités qu&#039;on ne saurait calculer exactement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres considérations non moins délicates se rattachent à ce qui précède. Quelques écrivains du dix-huitième siècle et de l&#039;école dogmatique de Quesnay d&#039;une part, et des économistes anglais de l&#039;école de David Ricardo d&#039;une autre part, sans employer les formules algébriques trop évidemment inapplicables à l&#039;économie politique, ont voulu y introduire un genre d&#039;argumentation auquel je crois, en thèse générale, qu&#039;elle se refuse de même que toutes les sciences qui ne reconnaissent pour fondement que l&#039;expérience : je veux dire l&#039;argumentation qui repose sur des abstractions. Condillac a remarqué judicieusement qu&#039;un raisonnement abstrait n&#039;est qu&#039;un calcul avec d&#039;autres signes. Mais un argument ne fournit pas plus qu&#039;une équation, les données qui, dans les sciences expérimentales, sont indispensables pour parvenir à la découverte de la vérité. La meilleure dialectique aussi bien que le calcul le plus exact, s&#039;ils partent d&#039;une donnée incertaine, arrivent à des résultats douteux. Quand on admet pour fondement, au lieu d&#039;un fait bien observé, un principe qui n&#039;est fondé lui-même que sur une argumentation, on risque d&#039;imiter les scolastiques du moyen-âge, qui discutaient sur des mots, au lieu de discuter sur des choses, et qui prouvaient tout, hors la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est impossible de se dissimuler que Ricardo a fondé un principe sur une argumentation, lorsqu&#039;il a dit que le revenu des propriétaires fonciers ne fait pas partie du prix des choses. De ce principe il tire plusieurs conséquences; de ces conséquences il en tire d&#039;autres, comme si elles étaient des faits constants ; tellement que si, comme il est permis de le croire, la première donnée n&#039;est pas exacte, tous les raisonnements dont elle est la base, en les supposant irréprochables, ne peuvent conduire à une instruction véritable. Dans le fait, les résultats obtenus par l&#039;auteur anglais sont fréquemment démentis par l&#039;expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s&#039;en est suivi d&#039;interminables discussions, où les contendants semblent avoir eu pour but, non de répandre l&#039;instruction, mais de se convertir mutuellement ; où chacun, en oubliant le public, n&#039;a cherché qu&#039;à soutenir son dire de là des controverses quelquefois peu intelligibles, souvent ennuyeuses, et qui ont eu ce fâcheux effet que les gens du monde, ignorant les solides bases sur lesquelles l&#039;économie politique repose, ont pu croire qu&#039;elle était retombée sous l&#039;empire des systèmes et des opinions individuelles, que l&#039;on n&#039;était d&#039;accord sur rien ; quoiqu&#039;en effet les bons auteurs s&#039;accordent sur toutes les bases essentielles, conviennent des mêmes faits et indiquent les mêmes moyens pour parvenir au but des vrais publicistes : la plus grande prospérité des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces considérations sur la nature et les moyens de l&#039;économie politique, et sur la meilleure méthode pour parvenir une solide connaissance de ses principes, nous fourniront les moyens d&#039;apprécier les efforts qui ont été faits jusqu&#039;à ce moment pour avancer cette science. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les écrits des anciens, leur législation, leurs traités de paix, leur administration des provinces conquises, annoncent qu&#039;ils n&#039;avaient aucune idée juste sur la nature et les fondements de la richesse, sur la manière dont elle se distribue, et sur les résultats de sa consommation. Ils savaient ce qu&#039;on a su de tout temps, et partout où la propriété a été reconnue par les lois, que les biens s&#039;augmentent par l&#039;économie et se diminuent par les dépenses. Xénophon préconise l&#039;ordre, l&#039;activité, l&#039;intelligence, comme des moyens de prospérité, mais sans déduire ses préceptes d&#039;aucune loi générale, sans pouvoir montrer la liaison qui rattache les effets aux causes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il conseille aux Athéniens de protéger le commerce et d&#039;accueillir les étrangers ; et il sait si peu pourquoi et jusqu&#039;à quel point il a raison, qu&#039;il met en doute dans un autre endroit, si le commerce est véritablement profitable à la république. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la vérité, Platon et Aristote aperçoivent quelques rapports constants entre les différentes manières de produire et les résultats qu&#039;on en obtient. Platon esquisse assez fidèlement les effets de la séparation des occupations sociales ; mais seulement pour expliquer la sociabilité de l&#039;homme, et la nécessité où il est, ayant des besoins aussi multipliés et aussi compliqués à satisfaire, de former des nations où chacun puisse s&#039;occuper exclusivement d&#039;un seul genre de production. Cette vue est toute politique. Il n&#039;en tire aucune autre conséquence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aristote, dans sa Politique, va plus loin : il distingue une production naturelle et une artificielle. Il appelle naturelle celle qui crée les objets de consommation dont la famille a besoin, et tout au plus celle qui les obtient par des échanges en nature. Nul autre gain, selon lui, n&#039;a sa source dans une production véritable ; c&#039;est un gain artificiel qu&#039;il réprouve. Du reste, il n&#039;appuie ces opinions d&#039;aucun raisonnement fondé lui-même sur des observations exactes. Par la manière dont il s&#039;exprime sur l&#039;épargne et le prêt à intérêt, on voit qu&#039;il ne sait rien touchant la nature et l&#039;emploi des capitaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que pouvait-on attendre de nations moins avancées encore que les Grecs ? On se rappelle qu&#039;une loi d&#039;Égypte prescrivait un fils d&#039;embrasser la profession de son père. C&#039;était, dans certains cas, prescrire de créer des produits au-delà de ce qu&#039;en réclamait l&#039;état de la société; c&#039;était prescrire de se ruiner pour obéir à la loi, et de continuer ses fonctions productives, soit qu&#039;on eût ou qu&#039;on n&#039;eût pas de capitaux ; tout cela est absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Romains décelaient la même ignorance lorsqu&#039;ils traitaient avec mépris les arts industriels, en exceptant, on ne sait pourquoi, l&#039;agriculture. Leurs opérations sur les monnaies sont au nombre des plus mauvaises qui se soient faites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modernes pendant longtemps n&#039;ont pas été plus avancés, même après s&#039;être décrassés de la barbarie du moyen-âge. Nous aurons occasion de remarquer la stupidité d&#039;une foule de lois sur les Juifs, sur l&#039;intérêt de l&#039;argent, sur les monnaies. Henri IV accordait à ses favoris, à ses maîtresses, comme des faveurs &#039;&#039;qui ne lui coûtaient rien&#039;&#039;, la permission d&#039;exercer mille petites exactions, et de percevoir à leur profit mille petits droits sur diverses branches de commerce; il autorisa le comte de Soissons à lever un droit de 18 sous sur chaque ballot de marchandises qui sortirait du royaume !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tous genres les exemples ont devancé les préceptes. Les entreprises heureuses des Portugais et des Espagnols au quinzième siècle, l&#039;industrie active de Venise, de Gênes, de Florence, de Pise, des provinces de Flandre, des villes libres d&#039;Allemagne à cette même époque, dirigèrent petit à petit les idées de quelques philosophes vers la théorie des richesses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;Italie en eut l&#039;initiative, comme elle l&#039;eut, depuis la renaissance des lettres, dans presque tous les genres de connaissances et dans les beaux-arts. Dès le seizième siècle, Botero s&#039;était occupé à chercher les véritables sources de la prospérité publique. En cela, Antonio Serra fit un traité dans lequel il avait signalé le pouvoir productif de l&#039;industrie ; mais son titre seul indique ses erreurs : les richesses pour lui étaient les seules matières d&#039;or et d&#039;argent. Davanzati écrivit sur les monnaies et sur les changes; et, au commencement du dix-huitième siècle, cinquante ans avant Quesnay, Bandini de Sienne, avait montré, par le raisonnement et par l&#039;expérience, qu&#039;il n&#039;y avait jamais eu de disette que dans les pays où le gouvernement s&#039;était mêlé d&#039;approvisionner les peuples. Belloni, banquier de Rome, écrivit en 1750 une dissertation sur le commerce, qui annonce un homme versé dans les changes et dans les monnaies, du reste coiffé de la balance du commerce. Le pape le fit marquis pour cela. Carli, avant Smith, prouva que la balance du commerce n&#039;apprenait rien et ne prouvait rien. Algarotti, que Voltaire a fait connaître sous d&#039;autres rapports, écrivit aussi sur l&#039;économie politique, et le peu qu&#039;il a laissé dénote beaucoup de connaissances positives et d&#039;esprit. Il se tient si près des faits, et s&#039;appuie si constamment sur la nature des choses, que, sans être parvenu à saisir la preuve et la liaison des principes de la science, il se garantit néanmoins de toute idée fausse et systématique. En l764, Genevosi commença un cours public d&#039;économie politique, dans la chaire fondée à Naples par les soins du respectable et savant Intieri. D&#039;autres chaires d&#039;économie politique furent, à cet exemple, instituées depuis à Milan, et plus récemment dans plusieurs universités d&#039;Allemagne et en Russie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1750, l&#039;abbé Galiani, si connu depuis par ses relations avec plusieurs philosophes français, et par ses &#039;&#039;Dialogues sur le commerce des grains&#039;&#039;, mais bien jeune encore, publia un &#039;&#039;Traité des monnaies&#039;&#039; qui décèle un savoir et un talent d&#039;exécution consommés, et où l&#039;on soupçonne qu&#039;il fut aidé par l&#039;abbé Intieri et par le marquis Rinuccini. On n&#039;y trouve cependant que les différens genres de mérite que cet auteur a toujours déployés depuis : de l&#039;esprit et des connaissances, le soin de toujours remonter à la natures des choses, un style animé et élégant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que cet ouvrage a de singulier, c&#039;est qu&#039;on y trouve quelques-uns des fondements de la doctrine de Smith, et entre autres que le travail est le seul créateur de la valeur des choses, c&#039;est-à-dire des richesses ; principe qui n&#039;est pas rigoureusement vrai, comme on le verra dans cet ouvrage, mais qui, poussé jusqu&#039;à ses dernières conséquences, aurait pu mettre Galiani sur la voie de découvrir et d&#039;expliquer complètement le phénomène de la production. Smith, qui était vers le même temps professeur à Glasgow, et qui enseignait la doctrine qui depuis lui a acquis tant de célébrité, n&#039;avait probablement pas connaissance d&#039;un livre italien publié à Naples par un jeune homme alors sans nom, et qu&#039;il n&#039;a point cité. Mais en eût-il eu connaissance, une vérité n&#039;appartient pas à celui qui la trouve, mais à celui qui la prouve, et qui sait en voir les conséquences. Keppler et Pascal avaient deviné la gravitation universelle, et la gravitation n&#039;en appartient pas moins à Newton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Espagne, Alvarez Osorio et Martinez de Mata ont fait des discours économiques dont la publication est due au patriotisme éclairé de Campomanes. Moncada, Navarrete, Ustariz, Ward, Ulloa, ont écrit sur le même sujet. Ces estimables écrivains, comme ceux d&#039;Italie, ont eu des pensées solides, ont constaté des faits importants, ont fourni des calculs élaborés ; mais, faute de pouvoir s&#039;appuyer sur les principes fondamentaux de la science qui n&#039;étaient pas connus encore, ils se sont mépris souvent sur le but et sur les moyens, et, à travers beaucoup d&#039;inutilités, n&#039;ont répandu qu&#039;une lumière incertaine et trompeuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En France, on ne considéra d&#039;abord l&#039;économie politique que SOUS le rapport des finances publiques. Sully dit bien que l&#039;agriculture et le commerce sont les deux mamelles de l&#039;état, mais vaguement et par un sentiment confus. On peut faire la même observation sur Vauban, esprit juste et droit, philosophe à l&#039;armée, et militaire ami de la paix, qui, profondément affligé des maux où la vaine grandeur de Louis XIV avait plongé la France, proposa des moyens de soulager les peuples par une répartition plus équitable des charges publiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous l&#039;influence du régent, toutes les idées se brouillèrent ; les billets de la banque, où l&#039;on croyait voir une source inépuisable de richesses, ne furent qu&#039;un moyen de dévorer des capitaux, de dépenser ce qu&#039;on ne possédait pas, de faire banqueroute de ce qu&#039;on devait. La modération et l&#039;économie furent tournées en ridicule. Les courtisans du prince, moitié par persuasion, moitié par perversité, l&#039;excitaient à la profusion. C&#039;est là que fut réduite en système cette maxime que le luxe enrichit les états : on mit du savoir et de l&#039;esprit à soutenir ce paradoxe en prose ; on l&#039;habilla en beaux vers ; on crut de bonne foi mériter la reconnaissance de la nation en dissipant ses trésors. L&#039;ignorance des principes conspira avec la dissolution du duc d&#039;Orléans pour ruiner l&#039;état. La France se releva un peu sous la longue paix maintenue par le cardinal de Fleury, ministre faible pour le mal comme pour le bien, et dont l&#039;administration insignifiante prouva du moins qu&#039;à la tête d&#039;un gouvernement, c&#039;est déjà faire beaucoup de bien que de ne pas faire de mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les progrès toujours croissants des différents genres d&#039;industrie, ceux des sciences, dont on verra plus tard l&#039;influence sur les richesses, la pente de l&#039;opinion, décidée enfin à compter pour quelque chose le bonheur des nations, firent entrer l&#039;économie politique dans les spéculations d&#039;un grand nombre d&#039;écrivains. On n&#039;en connut pas encore les vrais principes, mais, puisque, suivant l&#039;observation de Fontenelle, notre condition est telle qu&#039;il ne nous est pas permis d&#039;arriver tout d&#039;un coup à rien de raisonnable, et qu&#039;il faut auparavant que nous passions par diverses sortes d&#039;erreurs et par divers degrés d&#039;impertinences, doit-on regarder comme absolument inutiles les faux pas qui nous ont enseigné une marche plus sûre ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Montesquieu, qui voulait considérer les lois sous tous leurs rapports, chercha leur influence sur la richesse des états. Il fallait commencer par connaître la nature et les sources de cette richesse, et Montesquieu ne s&#039;en formait aucune idée. Mais on a l&#039;obligation à ce grand écrivain d&#039;avoir porté la philosophie dans la législation ; et, sous ce rapport, il est peut-être le maître des écrivains anglais, qui passent pour être les nôtres ; de même que Voltaire a été le maître de leurs bons historiens, qui sont dignes eux-mêmes maintenant de servir de modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vers le milieu, du dix-huitième siècle, quelques principes sur la source des richesses, mis en avant par le médecin Quesnay, firent un grand nombre de prosélytes. L&#039;enthousiasme de ceux-ci pour leur fondateur, le scrupule avec lequel ils ont toujours depuis suivi les mêmes dogmes, leur chaleur les défendre, l&#039;emphase de leurs écrits, les ont fait considérer comme une secte, et ils ont été appelé du nom d&amp;lt;nowiki&amp;gt;&#039;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&#039;&#039;économistes&#039;&#039;. Au lieu d&#039;observer d&#039;abord la nature des choses, c&#039;est-à-dire la manière dont les choses se passent, de classer leurs observations, et d&#039;en déduire des généralités, ils commencèrent par poser des généralités abstraites, qu&#039;ils qualifiaient du nom d&#039;axiomes, et où ils croyaient voir briller par elle-même l&#039;évidence. Ils cherchaient ensuite à y ramener les faits particuliers, et en déduisaient des règles ; ce qui les engagea dans la défense de maximes évidemment contraires au bon sens et à l&#039;expérience des siècles, ainsi qu&#039;on le verra dans plusieurs endroits de ce livre. Leurs antagonistes ne s&#039;étaient pas formé des idées plus claires des choses sur lesquelles ils disputaient. Avec beaucoup de connaissances et de talens de part et d&#039;autre, on avait tort, on avait raison par hasard : on contestait les points qu&#039;il fallait accorder, on convenait de ce qui était faux ; on se battait dans les ténèbres. Voltaire, qui savait très bien trouver le ridicule partout où il était, se moqua du système des Économistes dans son &#039;&#039;Homme aux quarante écus&#039;&#039; ; mais, en montrant ce que l&#039;ennuyeux fatras de Mercier de la Rivière, ce que l&#039;&#039;&#039;Ami des Hommes de Mirabeau&#039;&#039;, avaient d&#039;impertinent, il ne pouvait pas dire en quoi leurs auteurs avaient tort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est indubitable que les économistes ont fait du bien en proclamant quelques vérités importantes, en dirigeant l&#039;attention sur des objets d&#039;utilité publique, en provoquant des discussions qui, quoique vaines encore, étaient un acheminement à des idées plus justes. Lorsqu&#039;ils représentaient comme productive de richesse l&#039;industrie agricole, ils ne se trompaient pas ; et peut-être que la nécessité dans laquelle ils se sont mis, de démêler la nature de la production, a fait pénétrer plus avant dans cet important phénomène, et a conduit ceux qui leur ont succédé à le développer pleinement. Mais, d&#039;un autre côté, les économistes ont fait du mal en décriant plusieurs maximes utiles, en faisant supposer par leur esprit de secte, par le langage dogmatique et abstrait de la plupart de leurs écrits, par leur ton d&#039;inspiration, que tous ceux qui s&#039;occupaient de semblables recherches, n&#039;étaient que des rêveurs dont les théories, bonnes au plus pour rester dans les livres, étaient inapplicables dans la pratique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que personne n&#039;a refusé aux économistes, et ce qui suffit pour leur donner des droits à la reconnaissance et à l&#039;estime générales, c&#039;est que leurs écrits ont tous été favorables à la plus sévère morale et à la liberté que chaque homme doit avoir de disposer à son gré de sa personne, de ses talents et de ses biens, liberté sans laquelle le bonheur individuel et la prospérité publique sont des mots vides de sens. Je ne crois pas qu&#039;on puisse compter parmi eux un homme de mauvaise foi ni un mauvais citoyen. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est sans doute pour cette raison que presque tous les écrivains français de quelque réputation, et qui se sont occupés de matières analogues à l&#039;économie politique depuis l&#039;année 1760, sans marcher positivement sous les bannières des économistes, se sont néanmoins laissé dominer par leurs opinions ; tels que Raynal, Condorcet et plusieurs autres. On peut même compter parmi eux Condillac, quoiqu&#039;il ait cherché à se faire un système particulier sur une matière qu&#039;il n&#039;entendait pas. Il y a quelques bonnes idées à recueillir parmi le babil ingénieux de son livre ; mais, comme les économistes, il fonde presque toujours un principe sur une supposition gratuite, et il en fait l&#039;aveu dans sa préface ; or, une supposition peut bien servir d&#039;exemple pour expliquer ce que démontre le raisonnement appuyé sur l&#039;expérience, mais ne suffit pas pour établir une vérité fondamentale. L&#039;économie politique n&#039;est devenue une science qu&#039;en devenant une science d&#039;observation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Turgot était trop bon citoyen pour ne pas estimer sincèrement d&#039;aussi bons citoyens que les économistes ; et lorsqu&#039;il fut puissant, il crut utile de les soutenir. Ceux-ci à leur tour trouvaient leur compte à faire passer un homme aussi savant et un ministre d&#039;état pour un de leurs adeptes ; mais Turgot ne jugeait pas d&#039;après leur code : il jugeait d&#039;après les choses ; et, bien qu&#039;il se soit trompé sur plusieurs points importans de doctrine, ses opérations administratives, faites ou projetées, sont au nombre des plus belles qu&#039;aucun homme d&#039;état ait jamais conçues ; aussi rien n&#039;accuse plus le défaut de capacité de son prince que de n&#039;avoir pas su les apprécier, ou, s&#039;il a pu les apprécier, de n&#039;avoir pas su les soutenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas seulement sur les écrivains français que les économistes exercèrent quelque influence ; ils en eurent une très-marquée sur des écrivains italiens qui les surpassèrent. Beccaria, dans un cours public à Milan, analysa pour la première fois les vraies fonctions des capitaux productifs. Le comte de Verri, compatriote et ami de Beccaria, et digne de l&#039;être, à la fois grand administrateur et bon écrivain, dans ses &#039;&#039;Meditazioni sull&#039; Economia politica&#039;&#039;, publiées en 1771, s&#039;est approché plus que personne avant Smith, des véritables lois qui dirigent la production et la consommation des richesses. Filangieri, quoiqu&#039;il n&#039;ait donné qu&#039;en 1780 son &#039;&#039;Traité des Lois politiques et économiques&#039;&#039;, paraît n&#039;avoir pas eu connaissance de l&#039;ouvrage de Smith, publié quatre années auparavant. Il suit les principes de Verri, et même leur donne un degré de développement de plus ; mais il ne va point, guidé par le flambeau de l&#039;analyse et de la déduction, des plus heureuses prémisses aux conséquences immédiates qui les confirment en même temps qu&#039;elles en montrent l&#039;application et l&#039;utilité. Tous ces écrits ne pouvaient conduire à un grand résultat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment, en effet, connaître les causes qui procurent l&#039;opulence aux nations, quand on n&#039;a pas des idées claires sur la nature des richesses elles-mêmes ? Il faut connaître le but avant de chercher les moyens. En 1776, Adam Smith, sorti de cette école écossaise qui a donné tant de littérateurs, d&#039;historiens, de philosophes et de savants du premier ordre, publia son livre intitulé : &#039;&#039;Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des nations&#039;&#039;. Il démontra que la richesse était la valeur échangeable des choses ; qu&#039;on était d&#039;autant plus riche qu&#039;on avait plus de choses qui eussent de la valeur ; et que, comme la valeur pouvait être donnée, ajoutée à une matière, la richesse pouvait se créer, se fixer dans des choses auparavant dépourvues de valeur, s&#039;y conserver, s&#039;accumuler, se détruire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cherchant ce qui donne aux choses cette valeur, Smith trouve que c&#039;est le &#039;&#039;travail&#039;&#039; de l&#039;homme, qu&#039;il aurait dû appeler &#039;&#039;industrie&#039;&#039;, parce que le mot industrie embrasse des parties que le mot travail n&#039;embrasse pas. Il tire de cette démonstration féconde, des conséquences multipliées et importantes sur les causes qui, nuisant au développement des facultés productives, nuisent à la multiplication des richesses ; et comme ce sont des conséquences rigoureuses d&#039;un principe incontestable, elles n&#039;ont été attaquées que par des personnes trop légères pour avoir bien conçu le principe, ou par des esprits naturellement faux, et par conséquent incapables de saisir la liaison et le rapport de deux idées. Lorsqu&#039;on lit Smith comme il mérite d&#039;être lu, on s&#039;aperçoit qu&#039;il n&#039;y avait pas avant lui d&#039;économie politique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès-lors l&#039;argent et l&#039;or monnayés ne sont devenus qu&#039;une portion, et même une petite portion de nos richesses, une portion peu importante en ce qu&#039;elle est peu susceptible de s&#039;accroître, et parce que ses usages peuvent être plus facilement suppléés que ceux de beaucoup d&#039;autres choses également précieuses ; d&#039;où il résulte que la société, de même que les particuliers, ne sont nullement intéressés à s&#039;en procurer par-delà ce qu&#039;exigent les besoins bornés qu&#039;ils en ont. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conçoit que ces vues ont mis Smith en état de déterminer le premier, dans toute leur étendue, les vraies fonctions de la monnaie dans la société ; et les applications qu&#039;il en fait aux billets de banque et aux papiers-monnaie, sont de la plus grande importance dans la pratique. Elles lui ont fourni les moyens de prouver qu&#039;un capital productif ne consiste point dans une somme d&#039;argent, mais dans la valeur des choses qui servent à la production. Il classe, il analyse ces choses qui composent les capitaux productifs de la société, et en montre les véritables fonctions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant Smith, on avait avancé plusieurs fois des principes très vrais : il a montré le premier pourquoi ils étaient vrais. Il a fait plus : il a donné la vraie méthode de signaler les erreurs ; il a appliqué à l&#039;économie politique la nouvelle manière de traiter les sciences, en ne recherchant pas ses principes abstractivement, mais en remontant des faits les plus constamment observés, aux lois générales dont ils sont une conséquence. De ce qu&#039;un fait peut avoir telle cause, l&#039;esprit de système conclut la cause : l&#039;esprit d&#039;analyse veut savoir &#039;&#039;pourquoi&#039;&#039; telle cause a produit cet effet, et s&#039;assurer qu&#039;il n&#039;a pu être produit par aucune autre cause. L&#039;ouvrage de Smith est une suite de démonstrations qui ont élevé plusieurs propositions au rang de principes incontestables, et en ont plongé un bien plus grand nombre dans ce gouffre ou les idées vagues et hypothétiques, les imaginations extravagantes, se débattent un certain temps avant de s&#039;engloutir pour toujours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a dit que Smith avait de grandes obligations à Steuart, qu&#039;il n&#039;a pas cité une seule fois, même pour le combattre. Je ne vois pas en quoi consistent ces obligations. Il a conçu son sujet bien autrement que Steuart ; il plane au-dessus d&#039;un terrain où l&#039;autre se traîne. Steuart a soutenu un système déjà embrassé par Colbert, adopté ensuite par tous les écrivains français et étrangers qui ont écrit sur le commerce jusqu&#039;aux économistes du dix-huitième siècle, constamment suivi par la plupart des gouvernements européens, et qui fait dépendre les richesses d&#039;un pays, non du montant de ses productions, mais du montant de ses ventes à l&#039;étranger. Smith a consacré une partie importante de son livre à confondre ce système. S&#039;il n&#039;a pas réfuté Steuart en particulier, c&#039;est que Steuart n&#039;est pas chef d&#039;école, et qu&#039;il s&#039;agissait de combattre l&#039;opinion générale d&#039;alors, plutôt que celle d&#039;un écrivain qui n&#039;en avait point qui lui fût propre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec plus de raison les économistes français du dix-huitième siècle ont réclamé quelque influence sur les idées de Smith qui, en effet, a pu apprendre d&#039;eux que la richesse ne consiste pas uniquement dans le prix qu&#039;on tire d&#039;une chose, mais dans la chose même qui a un prix. Il a pu facilement étendre à la création de tous les produits, la multiplication des richesses, que les sectateurs de Quesnay n&#039;attribuaient qu&#039;aux seuls produits agricoles. De là aux nombreuses conséquences découvertes par Smith, on n&#039;aperçoit rien qui passe la portée d&#039;un esprit juste et réfléchi ; mais qui peut élever la prétention d&#039;avoir exclusivement formé un grand homme ? Était-il demeuré étranger aux progrès que l&#039;esprit humain avait faits avant lui ? N&#039;est-il pas toujours l&#039;œuvre de la nature et des circonstances ? L&#039;événement le plus commun a pu être pour lui le germe d&#039;une découverte importante : c&#039;est à la chute d&#039;une pomme que nous devons la connaissance des lois de la gravitation universelle. L&#039;homme de génie a des obligations aux notions éparses qu&#039;il a recueillies, aux erreurs qu&#039;il a détruites, aux antagonistes mêmes qui l&#039;ont attaqué, parce que tout a contribué à former ses idées ; mais lorsque ensuite il se rend propres ses conceptions, qu&#039;elles sont vastes, qu&#039;elles sont utiles à ses contemporains, à la postérité, il faut savoir convenir de ce qu&#039;on lui doit, et non lui reprocher ce qu&#039;il doit aux autres. Smith, au reste, ne faisait nulle difficulté d&#039;avouer qu&#039;il avait profité dans ses conversations avec les hommes les plus éclairés de France, le pays du monde où il y a peut-être le moins de préjugés, et dans son commerce d&#039;amitié avec son compatriote Hume, dont les &#039;&#039;Essais&#039;&#039; contiennent beaucoup de vues saines sur l&#039;économie politique comme sur beaucoup d&#039;autres sujets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir montré, autant qu&#039;on peut le faire dans une esquisse aussi rapide, les progrès que l&#039;économie politique doit à Smith, il ne sera peut-être pas inutile d&#039;indiquer aussi sommairement quelques-uns des points sur lesquels il paraît s&#039;être trompé, et de ceux qu&#039;il a laissés à éclaircir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il attribue au seul travail de l&#039;homme le pouvoir de produire des valeurs. Une analyse plus complète prouve, ainsi qu&#039;on le verra dans le cours de cet ouvrage, que ces valeurs sont dues à l&#039;action du travail ou plutôt de l&#039;industrie de l&#039;homme, combinée avec l&#039;action des agens que lui fournit la nature, et avec celle des capitaux. Je ne crains pas d&#039;avancer que Smith n&#039;avait pas envisagé sous toutes ses faces le grand phénomène de la production. N&#039;attribuant que peu de choses à l&#039;action de la terre et rien aux services rendus par les capitaux, il exagère l&#039;influence de la division du travail, ou plutôt de la séparation des occupations ; non que cette influence soit nulle, ni même médiocre, mais les plus grandes merveilles en ce genre ne sont pas dues à la nature du travail ; on les doit à l&#039;usage qu&#039;on fait des forces de la nature. Ce principe méconnu l&#039;empêche d&#039;établir la vraie théorie des machines par rapport à la production des richesses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le phénomène de la production mieux connu, a permis de distinguer et d&#039;assigner la différence qui se trouve entre un renchérissement réel et un renchérissement relatif ; différence qui donne la solution d&#039;une foule de problèmes absolument inexplicables sans cela, et tels, par exemple, que ceux-ci : &#039;&#039;Un impôt, ou tout autre fléau, en faisant renchérir les denrées, augmente-t-il la somme des richesses ? Les frais de production composant le revenu des producteurs, comment les revenus ne sont-ils pas altérés par une diminution dans les frais de production ?&#039;&#039; Or, c&#039;est la faculté de pouvoir résoudre ces questions épineuses, qui constitue pourtant la science de l&#039;économie politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith a borné le domaine de cette science en réservant exclusivement le nom de &#039;&#039;richesses&#039;&#039; aux valeurs fixées dans des substances matérielles. Il devait y comprendre aussi des valeurs qui, bien qu&#039;immatérielles, n&#039;en sont pas moins réelles, comme sont tous les talents naturels ou acquis. De deux personnes également dépourvues de biens, celle qui a le plus de talent est moins pauvre que l&#039;autre. Celle qui a acquis un talent au prix d&#039;un sacrifice annuel, jouit d&#039;un capital accumulé ; et cette richesse, quoique immatérielle, est néanmoins si peu fictive, qu&#039;on échange journellement l&#039;exercice de son art contre de l&#039;argent et de l&#039;or. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith, qui explique avec tant de sagacité la manière dont la production a lieu, et les circonstances où elle a lieu, dans l&#039;agriculture et les arts, ne donne que des idées confuses sur la manière dont le commerce est productif ; ce qui l&#039;empêche de déterminer avec précision pour quelle raison et jusqu&#039;à quel point la facilité des communications contribue à la production. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne soumet pas à l&#039;analyse les différentes opérations comprises sous le nom général d&#039;industrie, ou, comme il l&#039;appelle, de travail, et ne peut par conséquent apprécier l&#039;importance de chacune de ces opérations dans l&#039;œuvre de la production. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;offre rien de complet, rien de bien lié sur la manière dont les richesses se distribuent dans la société, et je remarquerai que cette partie de l&#039;économie politique offrait un champ presque neuf à défricher ; car les écrivains économiques, se faisant des idées trop peu justes de la production des richesses, ne pouvaient en avoir d&#039;exactes sur leur distribution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, quoique le phénomène de la consommation des richesses ne soit que la contre-partie de celui de la production, et que la doctrine de Smith conduise à l&#039;envisager sous son vrai point de vue, cet auteur ne le développe point ; ce qui l&#039;empêche d&#039;établir plusieurs vérités importantes. C&#039;est ainsi que, ne caractérisant pas les deux sortes de consommations, l&#039;improductive et la reproductive, il ne prouve point d&#039;une manière satisfaisante que la consommation des valeurs épargnées et accumulées pour former des capitaux, est aussi réelle que la consommation des valeurs qu&#039;on dissipe. Mieux on connaîtra l&#039;économie politique, et mieux on appréciera l&#039;importance des pas qu&#039;il a fait faire à cette science, et de ceux qu&#039;il lui a laissés à faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme de son livre, c&#039;est-à-dire la manière dont la doctrine y est présentée, donne lieu a des reproches non moins graves. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Smith manque de clarté en beaucoup d&#039;endroits, et de méthode presque partout. Pour le bien entendre, il faut être habitué soi-même à coordonner ses idées, à s&#039;en rendre compte ; et ce travail met le livre hors de la portée de la plupart des lecteurs, du moins dans quelques-unes de ses parties ; tellement que des personnes éclairées d&#039;ailleurs, fesant profession de le connaître et de l&#039;admirer, ont écrit sur des matières qu&#039;il a traitées, sur l&#039;impôt, par exemple, sur les billets de banque, comme supplément de la monnaie, sans avoir entendu un seul mot de sa théorie sur ces matières, laquelle forme cependant une des plus belles parties de son livre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses principes fondamentaux ne sont point établis dans des parties consacrées à leur développement. On en trouve plusieurs répandus dans les deux excellentes réfutations qu&#039;il a faites, d&#039;une part, du &#039;&#039;système exclusif&#039;&#039; ou &#039;&#039;mercantile&#039;&#039;, et de l&#039;autre, du &#039;&#039;système des Économistes&#039;&#039;, et ils ne se trouvent point ailleurs. Les principes qui ont rapport au prix réel et au prix nominal des choses, se trouvent dans une dissertation sur la valeur des métaux précieux dans les quatre derniers siècles; les notions sur les monnaies se trouvent dans le chapitre des traités de commerce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a encore reproché avec raison au même auteur ses longues digressions. Sans doute l&#039;histoire d&#039;une loi, d&#039;une institution, est instructive en elle-même, comme un dépôt de faits ; mais dans un livre consacré au développement des principes généraux, les faits particuliers, quand ils ne servent pas uniquement d&#039;exemples et d&#039;éclaircissements, ne font que surcharger inutilement l&#039;attention. C&#039;est un magnifique hors-d’œuvre que le tableau qu&#039;il trace des progrès des nations d&#039;Europe après la chute de l&#039;empire romain. On en peut dire autant de cette discussion pleine d&#039;un vrai savoir, de philosophie, et même de finesse, et si prodigieusement instructive elle-même, sur l&#039;instruction publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois ces dissertations ne tiennent que par un fil à son sujet. A l&#039;occasion des dépenses publiques, il donne une histoire très-curieuse des différentes façons de faire la guerre chez différens peuples et à diverses époques, et il explique par là les succès militaires qu&#039;ils ont obtenus et qui ont décidé de la civilisation de plusieurs contrées de la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois même ces longues digressions sont dépourvues d&#039;intérêt pour tout autre peuple que pour les Anglais. Telle est la longue estimation des avantages que recueillerait la Grande-Bretagne, si elle admettait toutes ses possessions à se faire représenter dans le parlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;excellence d&#039;un ouvrage littéraire se compose autant de ce qui ne s&#039;y trouve pas que de ce qui s&#039;y trouve. Tant de détails grossissent le livre, non pas inutilement, mais inutilement pour son objet principal, qui est le développement des principes de l&#039;économie politique. De même que Bacon a fait sentir le vide de la philosophie d&#039;Aristote, Smith a fait sentir la fausseté de tous les systèmes d&#039;économie mais il n&#039;a pas plus élevé l&#039;édifice de cette science, que Bacon n&#039;a créé la logique. C&#039;est déjà une assez belle obligation que nous avons à l&#039;un comme à l&#039;autre, que d&#039;avoir ôté à leurs successeurs la malheureuse possibilité de marcher longtemps avec succès dans une mauvaise route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant on n&#039;avait pas encore de véritable Traité d&#039;économie politique ; on n&#039;avait point d&#039;ouvrage où de bonnes observations fussent ramenées à des principes généraux qui pussent être avoués de tous les hommes judicieux ; où ces observations et ces principes fussent complétés et coordonnés de manière à se fortifier les uns par les autres, et à pouvoir être étudiés avec fruit dans tous les temps et dans tous les lieux.  Pour me mettre en état d&#039;essayer cet utile ouvrage, j&#039;ai dû étudier ce qu&#039;on avait écrit avant moi, et l&#039;oublier ensuite : l&#039;étudier pour profiter des observations de beaucoup d&#039;hommes capables qui m&#039;ont précédé ; l&#039;oublier pour n&#039;être égaré par aucun système, et pouvoir toujours librement consulter la nature et la marche des choses, telles que la société nous les présente. Élevé dans le commerce, et pour le commerce, mais appelé par les événements, à m&#039;occuper des affaires publiques, j&#039;y ai porté quelque expérience que n&#039;ont pas toujours les administrateurs et les gens de lettres. On peut donc regarder ce livre comme le fruit de la pratique aussi bien que de l&#039;étude. En l&#039;écrivant, je n&#039;ai eu aucune vue d&#039;intérêt personnel ; je n&#039;avais aucun système à soutenir, aucune thèse à prouver ; mon but était simplement d&#039;exposer comment les richesses se forment, se répandent et se détruisent : de quelle manière pouvais-je acquérir la connaissance de ces faits ? En les observant. C&#039;est le résultat de ces observations que je donne. Tout le monde peut les refaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux conclusions générales que j&#039;en tire, tout le monde en est juge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu&#039;on était en droit d&#039;attendre des lumières du siècle et de cette méthode qui a tant contribué aux progrès des autres sciences, c&#039;est que je remontasse constamment à la nature des choses ; et que je ne posasse jamais aucun principe métaphysique qui ne fût immédiatement applicable dans la pratique ; de manière que, toujours comparé avec des faits connus, on pût facilement trouver sa confirmation dans ce qui découvre en même temps son utilité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas tout : il fallait exposer et prouver brièvement et clairement les solides principes posés avant moi, établir ceux qui n&#039;avaient pas encore été posés, et lier le tout de manière qu&#039;on pût s&#039;assurer qu&#039;il ne s&#039;y trouve plus de lacune importante, plus de principe fondamental à découvrir. Il fallait nettoyer la science de beaucoup de préjugés, mais ne s&#039;attacher qu&#039;aux erreurs accréditées, et aux auteurs qui se sont fait un nom. Quel mal peut faire un écrivain inconnu ou une sottise décriée ? Il fallait préciser les expressions au point que chaque mot ne pût jamais être entendu de deux façons différentes, et réduire les questions à leurs termes les plus simples, pour qu&#039;on put découvrir avec facilité toutes les erreurs, et surtout les miennes. Il fallait enfin rendre la doctrine tellement populaire, que tout homme doté d&#039;un sens droit pût la saisir dans son ensemble et dans ses détails, et en appliquer les principes à toutes les circonstances de la vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On m&#039;a combattu surtout dans ce que j&#039;ai dit de la valeur des choses comme mesure des richesses. C&#039;était ma faute ; il fallait qu&#039;on ne pût pas s&#039;y méprendre. La seule réponse utile était de me rendre plus clair, et c&#039;est ce que j&#039;ai tâché de faire. Je demande pardon aux acquéreurs des premières éditions de cet ouvrage, des nombreuses corrections que j&#039;ai faites à celle-ci : mon premier devoir, dans un sujet si important pour le bonheur dos hommes, était de rendre mon livre le moins imparfait qu&#039;il était possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis les premières éditions qui en ont été faites, plusieurs écrivains, dont quelques-uns jouissent d&#039;une juste célébrité, ont publié de nouveaux Traités d&#039;économie politique. Il ne m&#039;appartient pas de les juger dans leur ensemble, et de décider s&#039;ils contiennent, ou non, une exposition claire, complète et bien liée des principes sur lesquels repose cette science. Ce que je puis dire avec sincérité, c&#039;est que plusieurs de ces ouvrages renferment des vérités et des développemens propres à avancer beaucoup la science, et que je me suis perfectionné à leur lecture ; mais j&#039;ai pu, comme tout écrivain en a le droit, remarquer en quoi quelques-uns de leurs principes, spécieux au premier abord, sont démentis par une étude plus scrupuleuse des faits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être est-on fondé à reprocher à David Ricardo de raisonner quelquefois sur des principes abstraits auxquels il donne trop de généralité. Une fois placé dans une hypothèse qu&#039;on ne peut attaquer, parce qu&#039;elle est fondée sur des observations non contestées, il pousse ses raisonnements jusqu&#039;à leurs dernières conséquences, sans comparer leurs résultats avec ceux de l&#039;expérience ; semblable à un savant mécanicien qui, par des preuves irrécusables tirées de la nature du levier, démontrerait l&#039;impossibilité des sauts que les danseurs exécutent journellement sur nos théâtres. Comment cela se fait-il ? Le raisonnement marche en ligne droite ; mais une force vitale, souvent inaperçue et toujours incalculable, fait dévier les faits loin de nos calculs. Dès-lors rien dans le livre ne représente ce qui arrive réellement dans la nature. Il ne suffit pas de partir des faits : il faut se placer dedans, marcher avec eux, et comparer incessamment les conséquences que l&#039;on tire avec les effets qu&#039;on observe. L&#039;économie politique, pour être véritablement utile, ne doit pas enseigner, fût-ce par des raisonnements justes, et en partant de prémisses certaines, ce qui doit &#039;&#039;nécessairement&#039;&#039; arriver ; elle doit montrer comment ce qui arrive réellement est la conséquence d&#039;un autre fait réel. Elle doit découvrir la chaîne qui les lie, et toujours constater par l&#039;observation l&#039;existence des deux points où la chaîne des raisonnemens se rattache. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis la mort de Ricardo, cet auteur a fait secte. Ses partisans ont prétendu qu&#039;il avait changé la face de la science, comme si l&#039;on pouvait changer des faits décrits et caractérisés, à moins de prouver qu&#039;ils sont faux ; ce que Ricardo n&#039;a pas fait ni pu faire. Mais pour montrer qu&#039;il avait fait une révolution dans la science, ils ont exagéré les défauts qu&#039;on peut lui reprocher : ils ont tiré toutes leurs conséquences d&#039;un petit nombre de principes, en faisant abstraction de tous les autres, et sont arrivés en effet à des résultats différens des cas réels, qui sont les conséquences de l&#039;action combinée d&#039;un grand nombre de lois. Ils ont regardé les cas réels comme des exceptions et n&#039;en ont tenu compte. Affranchis du contrôle de l&#039;expérience, ils se sont jetés dans une métaphysique sans application ; ils ont transformé l&#039;économie politique en une science de mots et d&#039;arguments ; sous prétexte de l&#039;étendre, ils l&#039;ont poussée dans le vide. Mais cette méthode n&#039;est pas de notre siècle, qui veut qu&#039;on ne s&#039;écarte pas de l&#039;expérience et du simple bon sens ; et les économistes les plus capables de l&#039;Angleterre, tels que MM. Thomas Tooke, Robert Hamilton, et plusieurs autres, sont demeurés fidèles à la méthode expérimentale de Smith.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques vieux préjugés, comme celui de la balance du commerce ou de l&#039;utilité des maîtrises, qui ne sont fondés que sur des notions démontrées fausses depuis qu&#039;on a mieux connu la nature des choses, sont encore reproduits de temps en temps ; mais ils tiennent évidemment soit à des intérêts particuliers opposés à l&#039;intérêt général, soit à l&#039;ignorance où leurs auteurs sont encore des derniers progrès de l&#039;économie politique. Ils exercent peu d&#039;influence ; le siècle les abandonne ; et pour les combattre, il suffit d&#039;exposer de plus en plus clairement les saines doctrines, et de s&#039;en remettre au temps du soin de les répandre. On se jetterait autrement dans des controverses interminables qui n&#039;apprendraient rien au public éclairé, et qui feraient croire au public ignorant que rien n&#039;est prouvé, parce qu&#039;on dispute sur tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des champions-nés de toute espèce d&#039;ignorance, ont remarqué ; avec une confiance doctorale, que les nations et les particuliers savent fort bien augmenter leur fortune sans connaître la nature des richesses, et que c&#039;était une connaissance purement spéculative et inutile. Il convient à l&#039;homme sensé de porter ses vues plus loin. Tous les calculs qui conduisent à la richesse peuvent suffire à l&#039;intérêt personnel dépourvu de moralité ; peu lui importe que ce soit aux dépens d&#039;autrui : l&#039;honnête homme et le publiciste veulent que les biens acquis ne soient pas des dépouilles. Les ressources ruineuses ne suffisent pas à l&#039;entretien de la société ; elles sont funestes même à ceux qui en profitent ; car chez un peuple où l&#039;on se dépouillerait inutilement, il ne resterait bientôt plus personne à dépouiller. Les biens qui fournissent une ressource constante sont ceux qu&#039;on crée incessamment. Il est donc utile que l&#039;on sache ce qui est favorable ou contraire à la production de ces biens, par qui seuls le corps social peut être entretenu ; qui seuls contribuent à son développement, à son bien-être. Chacun de nous est intéressé à le savoir ; car le corps social est un corps vivant dont nous sommes les membres, et quand il souffre, nous souffrons. Sans doute il vit par lui-même et sans que la plupart des hommes sache comment ; mais le corps humain subsiste de même : cependant est-il indifférent à l&#039;humanité que le corps humain soit soustrait aux recherches qui tendent à le faire mieux connaître? L&#039;affirmative n&#039;est pas soutenable ; mais que dirait-on si elle était soutenue par des docteurs qui, tout en décriant la médecine, vous soumettraient eux-mêmes à un traitement fondé sur un vieil empirisme et sur les plus sots préjugés ? s&#039;ils écartaient tout enseignement méthodique et régulier? s&#039;ils faisaient malgré vous, sur votre corps, de sanglantes expériences ? si leurs ordonnances étaient accompagnées de l&#039;appareil et de l&#039;autorité des lois? et enfin s&#039;il les faisaient exécuter par des armées de commis et de soldats? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a dit encore à l&#039;appui des vieilles erreurs, qu&#039;&#039;&#039;il faut bien qu&#039;il y ait quelque fondement à des idées si généralement adoptées par toutes les nations ; ne doit-on pas se défier d&#039;observations et de raisonnements qui renversent ce qui a été tenu pour constant jusqu&#039;à ce jour, ce qui a été admis par tant de personnages que rendaient recommandables leurs lumières et leurs intentions ?&#039;&#039; Cet argument, je l&#039;avoue, est digne de faire une profonde impression, et pourrait jeter du doute sur les points les plus incontestables, si l&#039;on n&#039;avait vu tour à tour les opinions les plus fausses, et que maintenant on reconnaît généralement pour telles, reçues et professées par tout le monde pendant une longue suite de siècles. Il n&#039;y a pas encore bien longtemps que toutes les nations, depuis la plus grossière jusqu&#039;à la plus éclairée, et que tous les hommes, depuis le portefaix jusqu&#039;au philosophe le plus savant, admettaient quatre éléments. Personne n&#039;eût songé même à contester cette doctrine, qui pourtant est fausse ; tellement qu&#039;aujourd&#039;hui il n&#039;y a pas d&#039;aide-naturaliste qui ne se décriât, s&#039;il regardait la terre, l&#039;eau ; l&#039;air et le feu comme des éléments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien d&#039;autres opinions bien régnantes, bien respectées, passeront de même ! Il y a quelque chose d&#039;épidémique dans les opinions des hommes ; ils sont sujets à être attaqués de maladies morales dont l&#039;espèce entière est infectée. Il vient des époques où, de même que la peste, la maladie s&#039;use et perd d&#039;elle-même sa malignité ; mais il faut du temps. A Rome, on consultait les entrailles des victimes, trois cents ans encore après que Cicéron avait dit que deux augures ne pouvaient déjà plus se regarder sans rire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En voyant cette fluctuation d&#039;opinions qui se succèdent, on serait tenté de ne plus rien admettre d&#039;assuré, et de se jeter dans le doute universel ; on aurait tort. Les faits observés à plusieurs reprises par des hommes en état de les voir sous toutes leurs faces, une fois qu&#039;ils sont bien constatés et bien décrits, sortent du domaine de l&#039;opinion pour entrer dans celui de la vérité. Quelle que soit l&#039;époque où l&#039;on ait montré que la chaleur dilate les corps, cette vérité n&#039;a pu être ébranlée. Les sciences morales et politiques offrent des vérités tout aussi incontestables, quoique d&#039;une démonstration plus difficile ; et parmi ces sciences, l&#039;économie politique est peut-être celle où l&#039;on est parvenu à établir le plus de ces principes qui ont le caractère de la certitude. Les personnes qui les révoquent en doute sont demeurées étrangères aux éléments de cette science. &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Certains écrivains sont doués de la déplorable facilité de faire des articles de journaux, des brochures et jusqu&#039;à des volumes, sur des matières qu&#039;ils n&#039;entendent pas, même de leur aveu. Qu&#039;arrive-t-il ? Ils répandent sur la science les nuages de leur esprit ; ils rendent obscur ce qui commençait à s&#039;éclaircir ; le public insouciant aime mieux les croire sur parole que de se mettre en état de les juger. Quelquefois on lui présente un appareil de chiffre, et cela lui impose, comme si les nombres seuls prouvaient quelque chose, comme si tout ne dépendait pas du choix, des données et des conclusions qu&#039;on en peut tirer ! Lorsqu&#039;une fois un auteur a manifesté une opinion, la vanité, la plus universelle des infirmités humaines, veut qu&#039;il la soutienne. L&#039;intérêt personnel se joint quelquefois à l&#039;amour-propre ; et l&#039;on sait quelle influence il exerce, même à notre insu, sur nos opinions. De là les doctrines hasardées qu&#039;on voit naître chaque jour et les objections qu&#039;on reproduit après qu&#039;elles ont été cent fois réfutées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien des personnes, dont l&#039;esprit n&#039;a jamais entretenu un meilleur état social, affirment qu&#039;il ne peut exister ; elles conviennent des maux de l&#039;ordre établi, et s&#039;en consolent en disant qu&#039;il n&#039;est pas possible que les choses soient autrement. Cela rappelle cet empereur du Japon qui pensa étouffer de rire lorsqu&#039;on lui dit que les Hollandais n&#039;avaient point de roi. Quoique plusieurs nations de l&#039;Europe soient dans une situation assez florissante en apparence, et qu&#039;il y en ait qui dépensent 14 à 1500 millions par an pour payer leur gouvernement seulement, il ne faut cependant pas se persuader que leur situation ne laisse rien à désirer. Un riche sybarite habitant à son choix son palais de ville ou son palais de campagne, goûtant à grands frais, dans l&#039;un comme dans l&#039;autre, toutes les recherches de la sensualité, se transportant commodément et avec vitesse partout où l&#039;appellent de nouveaux plaisirs, disposant des bras et des talents d&#039;un nombre infini de serviteurs et de complaisants, et crevant dix chevaux pour satisfaire une fantaisie, peut trouver que les choses vont assez bien et que l&#039;économie politique est portée à sa perfection. Mais dans les pays que nous nommons florissants, combien compterez-vous de personnes en état de se procurer de pareilles jouissances ? Une sur cent mille tout au plus ; et il n&#039;y en aura peut-être pas une sur mille, qui il soit permis de jouir de ce qu&#039;on appelle une honnête aisance. Partout on voit l&#039;exténuation de la misère à côté de la satiété de l&#039;opulence, le travail forcé des uns compenser l&#039;oisiveté des autres, des masures et des colonnades, les haillons de l&#039;indigence mêlés aux enseignes du luxe ; en un mot, les plus inutiles profusions au milieu des besoins les plus urgens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sans doute dans l&#039;état social des maux qui tiennent à la nature des choses, et dont il n&#039;est pas permis de s&#039;affranchir entièrement ; mais il y en a un grand nombre d&#039;autres auxquels il est non-seulement possible, mais facile de remédier. On s&#039;en convaincra en lisant plusieurs endroits de ce livre. Je pourrais ajouter même que beaucoup d&#039;abus pourraient être corrigés chez presque toutes les nations, sans qu&#039;il en coûtât le moindre sacrifice aux privilégiés qui en profitent, ou qui s&#039;imaginent en profiter. Bien plus : il y a des changements qui seraient dans les intérêts de tous, qu&#039;aucun danger ne saurait accompagner, et qu&#039;on repousse uniquement parce qu&#039;on méconnaît beaucoup d&#039;égards l&#039;économie des sociétés.  La plupart des hommes ignorent la part importante qu&#039;ils peuvent retirer des avantages communs à tous. Ils se défient des livres, parce qu&#039;il y en a malheureusement plus de mauvais que de bons ; parce que ceux qui ne présentent que de vaines spéculations, au lieu d&#039;offrir l&#039;image du monde réel, ne conduisent &lt;br /&gt;
qu&#039;à des résultats douteux ; et enfin, parce qu&#039;il s&#039;en trouve qui paraissent inspirés par des vues personnelles plutôt que par l&#039;amour du vrai et le désir du bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a cru très-long-temps que l&#039;économie politique était à l&#039;usage seulement du petit nombre d&#039;hommes qui règlent les affaires de l&#039;état. Je sais qu&#039;il importe que les hommes élevés en pouvoir soient plus éclairés que les autres ; je sais que les fautes des particuliers ne peuvent jamais ruiner qu&#039;un petit nombre de familles, tandis que celles des princes et des ministres répandent la désolation sur tout un pays. Mais les princes et les ministres peuvent-ils être éclairés, lorsque les simples particuliers ne le sont pas? Cette question vaut la peine d&#039;être faite. C&#039;est dans la classe mitoyenne, également à l&#039;abri de l&#039;enivrement de la grandeur et des travaux forcés de l&#039;indigence ; c&#039;est dans la classe où se rencontrent les fortunes honnête, les loisirs mêlés à l&#039;habitude du travail, les libres communications de l&#039;amitié, le goût de la lecture et la possibilité de voyager ; c&#039;est dans cette classe, dis-je, que naissent les lumières; c&#039;est de là qu&#039;elles se répandent chez les grands et chez le peuple : car les grands et le peuple n&#039;ont pas le temps de méditer ; ils n&#039;adoptent les vérités que lorsqu&#039;elles leur parviennent sous la forme d&#039;axiomes et qu&#039;elles n&#039;ont plus besoin de preuves. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quand même un monarque et ses principaux ministres seraient familiarisés avec les principes sur lesquels se fonde la prospérité des nations, que feraient-ils de leur savoir, s&#039;ils n&#039;étaient secondés dans tous les degrés de l&#039;administration par des hommes capables de les comprendre, d&#039;entrer dans leurs vues, et de réaliser leurs conceptions ? La prospérité d&#039;une ville, d&#039;une province, dépend quelquefois d&#039;un travail de bureau, et le chef d&#039;une très-petite administration, en provoquant une décision importante, exerce souvent une influence supérieure à celle du législateur lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les pays où l&#039;on a le bonheur d&#039;avoir un gouvernement représentatif, chaque citoyen est bien plus encore dans l&#039;obligation de s&#039;instruire des principes de l&#039;économie politique, puisque là tout homme est appelé à délibérer sur les affaires de l&#039;état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, en supposant que tous ceux qui prennent part au gouvernement, dans tous les grades, pussent être habiles sans que la nation le fût, ce qui est tout-à-fait improbable, quelle résistance n&#039;éprouverait pas l&#039;accomplissement de leurs meilleurs desseins? Quels obstacles ne rencontreraient-ils pas dans les préjugés de ceux mêmes que favoriseraient le plus leurs opérations ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour qu&#039;une nation jouisse des avantages d&#039;un bon système économique, il ne suffit pas que ses chefs soient capables d&#039;adopter les meilleurs plans, il faut de plus que la nation soit en état de les recevoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit que dans toutes les suppositions le bien public exige que les particuliers connaissent les principes de l&#039;économie politique aussi bien que les hommes d&#039;état. Il leur convient de s&#039;en instruire comme intéressés pour leur part au bien public ; cela leur convient encore s&#039;ils veulent s&#039;éclairer sur leurs intérêts privés. De justes notions sur la nature et la marche des valeurs leur donnent de grands avantages pour juger sainement les entreprises ou ils sont intéressés, soit comme partie principale, soit comme actionnaires ; pour prévoir les besoins de ces entreprises et quels seront leurs produits ; pour imaginer les moyens de les faire prospérer, et y faire valoir leurs droits ; pour choisir les placements les plus solides, prévoir l&#039;issue des emprunts et des autres actes de l&#039;administration ; pour améliorer leurs terres à propos, balancer avec connaissance de &lt;br /&gt;
cause les avances certaines avec les produits présumés ; pour connaître les besoins généraux de la société, et faire choix d&#039;un état ; pour discerner les symptômes de prospérité ou de déclin du corps social, etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;opinion que l&#039;étude de l&#039;économie politique ne convient qu&#039;aux hommes d&#039;état, toute fausse qu&#039;elle est, a été cause que presque tous les auteurs, jusqu&#039;à Smith, se sont imaginé que leur principale vocation était de donner des conseils à l&#039;autorité ; et comme ils étaient loin d&#039;être d&#039;accord entre eux, que les faits, leur liaison et leurs conséquences, étaient fort imparfaitement connus par eux, et tout-à-fait méconnus du vulgaire, on a dû les regarder comme des rêveurs de bien public; de là le dédain que les gens en place affectaient pour tout ce qui &lt;br /&gt;
ressemblait à un principe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais depuis que l&#039;économie politique est devenue la simple exposition des lois qui président à l&#039;économie des sociétés, les véritables hommes d&#039;état ont compris que son étude ne pouvait leur être indifférente. On a été obligé de consulter cette science pour prévoir les suites d&#039;une opération, comme on consulte les lois de la dynamique et de l&#039;hydraulique, lorsqu&#039;on veut construire avec succès un pont ou une écluse. Quand l&#039;administration adopte de fausses mesures, elle est nécessairement versatile : il faut bien changer de route lorsqu&#039;on rencontre des difficultés insurmontables qu&#039;on n&#039;a pas su prévoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est peut-être à cette cause qu&#039;il faut attribuer les inconséquences qui ont travaillé la France depuis deux siècles ; c&#039;est-à-dire depuis qu&#039;elle s&#039;est vue a portée d&#039;atteindre le haut point de prospérité où l&#039;appelaient son sol, sa position et le génie de ses habitants. Semblable à un navire voguant sans boussole et sans carte, selon le caprice des vents et la folie des pilotes, ne sachant d&#039;où il part ni ou il veut arriver, elle avançait au hasard, parce qu&#039;il n&#039;y avait point dans la nation d&#039;opinion arrêtée sur les causes de la prospérité publique. Une semblable opinion aurait étendu son influence sur plusieurs administrateurs successivement : ne l&#039;eussent-ils pas partagée, ils ne l&#039;auraient pas du moins heurtée trop directement, et le vaisseau français n&#039;aurait pas été exposé à ces changements de manœuvres dont il a si cruellement souffert. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La versatilité a des effets si funestes, qu&#039;on ne peut passer même d&#039;un mauvais système à un bon sans de graves inconvénients. Sans doute le régime prohibitif et exclusif nuit prodigieusement aux développements de l&#039;industrie et aux progrès de la richesse des nations ; cependant on ne pourrait, sans causer de grands maux, supprimer brusquement les institutions qu&#039;il a fondées. Il faudrait des mesures graduelles, ménagées avec un art infini, pour parvenir sans inconvénients à un ordre de choses plus favorable ; de même que, lorsque des voyageurs, parcourant les climats du nord, ont quelques membres surpris par la gelée, ce n&#039;est que par des gradations insensibles qu&#039;on les préserve des dangers d&#039;une guérison trop brusque, et qu&#039;on parvient à rendre aux parties malades la vie et la santé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les meilleurs principes ne sont pas toujours applicables. L&#039;essentiel est qu&#039;on les connaisse ; on en prend ensuite ce qu&#039;on peut, ou ce qu&#039;on veut. Il n&#039;est pas douteux qu&#039;une nation neuve, et qui pourrait les consulter en tout, ne parvînt promptement à un très-grand éclat ; toute nation peut néanmoins atteindre un degré de prospérité satisfaisant, en les violant à plusieurs égards. L&#039;action puissante de la force vitale fait grandir et prospérer le corps humain, malgré les excès de jeunesse, les accidents, les blessures même qu&#039;on lui fait subir. Il n&#039;y a point dans la pratique de perfection absolue hors de laquelle tout soit mal et ne produise que du mal ; le mal est partout mélangé avec le bien. Quand le premier l&#039;emporte, on décline ; quand c&#039;est le bien, on fait des pas plus ou moins rapides vers la prospérité, et rien ne doit décourager dans les efforts qu&#039;on tente pour connaître et propager les bons principes. Le plus petit pas qu&#039;on fait vers eux, est déjà un bien et porte d&#039;heureux fruits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit se décourager d&#039;autant moins, qu&#039;en économie politique, comme en tout, ce sont les connaissances élémentaires qui servent le plus dans la pratique. C&#039;est la théorie de la chaleur, celle du levier, celle du plan incliné, qui ont mis la nature entière à la disposition de l&#039;homme. C&#039;est celle des échanges et des débouchés qui changera la politique du monde. Nous devons donc faire en sorte de répandre les notions avérées plutôt que de poursuivre leurs dernières conséquences, et chercher à étendre la base des sciences plutôt qu&#039;à en élever le faîte. Mais que cette tâche est grande encore, et que les nations qu&#039;on dit civilisées sont encore ignorantes et barbares ! Parcourez des provinces entières de cette Europe si vaine de son savoir ; questionnez cent personnes, mille, dix mille :à peine sur ce nombre en trouverez-vous deux, une peut-être, qui ait quelque teinture de ces connaissances si relevées dont le siècle se glorifie. On n&#039;en ignore pas seulement les hautes vérités, ce qui n&#039;aurait rien d&#039;étonnant; mais les éléments les plus simples, les plus applicables à la position de chacun. Quoi de plus rare même que les qualités nécessaires pour s&#039;instruire ! qu&#039;il est peu de gens capables seulement d&#039;observer ce qu&#039;ils voient tous les jours, et qui sachent douter de ce qu&#039;ils ne savent pas ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il faut tout attendre du temps : de même que la chaleur ne pénètre que par degrés une masse considérable et en gagnant successivement les molécules dont elle se compose, les lumières ne se répandent que de proche en proche dans ces masses d&#039;hommes que nous nommons des nations. Rien ne peut suppléer à l&#039;action du temps ; mais son influence est infaillible. Elle nous paraît lente parce que nous ne vivons qu&#039;un instant ; mais elle est rapide si nous considérons la vie des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La physique de Newton, unanimement rejetée en France durant cinquante années, est maintenant enseignée dans toutes nos écoles. On s&#039;apercevra enfin qu&#039;il est des études plus importantes encore que celle-là, si l&#039;on mesure leur importance d&#039;après l&#039;influence qu&#039;elles exercent sur le sort des hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maintenant on enseigne l&#039;économie politique partout où l&#039;on fait quelque cas des lumières. Elle était déjà professée dans les universités de l&#039;Allemagne, de l&#039;Écosse et de l&#039;Italie ; elle le sera dorénavant avec beaucoup plus d&#039;avantages et avec tous les caractères des études les plus certaines. Tandis que l&#039;université d&#039;Oxford se traîne encore sur ses vieux errements, on crée à Londres une nouvelle université où l&#039;on ne professera que les connaissances usuelles, comme pour montrer l&#039;extrême ridicule des institutions de ce genre où, à une époque remarquable par les plus étonnants progrès de l&#039;esprit humain, on n&#039;enseigne cependant que ce qu&#039;on enseignait il y a trois siècles. Des cours particuliers d&#039;économie politique ont lieu dans plusieurs villes, entre autres à Genève. Le gouvernement français s&#039;est honoré en ordonnant l&#039;établissement d&#039;une chaire pour cette science à l&#039;école de Droit de Paris, où sa place était marquée ; et, ce qui est plus important encore, nos jeunes publicistes couronnent leurs études en s&#039;initiant, par des travaux particuliers, aux vérités qui leur dévoilent le mécanisme des sociétés. On est étonne de leurs progrès, quand on compare la plupart des écrits périodiques de l&#039;époque où nous sommes, de même que les ouvrages qui se publient sur la politique, l&#039;histoire, les voyages, les finances, le commerce et les arts, avec les écrits du même genre publiés seulement dix ans auparavant. Ceux de ces ouvrages qui décèlent une ignorance complète des principes de l&#039;économie politique, ne fixent pas un instant les regards du public. Lorsque les jeunes gens qui maintenant sont des élèves, se trouveront répandus dans toutes les classes de la société, et élevés aux principaux postes de l&#039;administration, les opérations publiques seront bien meilleures que par le passé. Les gouvernans comme les gouvernés, prendront pour règle des principes plus uniformes ; ce qui amènera tout naturellement moins d&#039;oppression d&#039;un côté et plus de confiance de l&#039;autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui a surtout contribué aux progrès de l&#039;économie politique, ce sont les circonstances graves dans lesquelles le monde civilisé s&#039;est trouvé enveloppé depuis quarante ans. Les dépenses des gouvernements se sont accrues à un point scandaleux ; les appels que, pour subvenir à leurs besoins, ils ont été forcés de faire à leurs sujets, ont averti ceux-ci de leur importance ; le concours de la volonté générale, ou du moins de ce qui en a l&#039;air, a été réclamé, sinon établi, presque partout. Des contributions énormes, levées sur les peuples sous des prétextes plus ou moins spécieux, n&#039;ayant pas même été suffisantes, il a fallu avoir recours au crédit ; pour obtenir du crédit, il a fallu montrer les besoins comme les ressources des états ; et la publicité de leurs comptes, la nécessité de justifier aux yeux du public les actes de l&#039;administration, ont produit dans la politique une révolution morale dont la marche ne peut plus s&#039;arrêter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même temps, de grands bouleversements, de grands malheurs ont offert de grandes expériences. L&#039;abus des papiers-monnaies, des interruptions commerciales, et d&#039;autres encore, ont fait apercevoir les dernières conséquences de presque tous les excès. Et tout à coup des digues imposantes rompues, de colossales invasions, des gouvernements détruits, d&#039;autres créés, des empires nouveaux formés dans un autre hémisphère, des colonies devenues indépendantes, un certain élan général des esprits, si favorable à tous les développements des facultés humaines, de belles espérances et de grands mécomptes, ont certainement beaucoup étendu le cercle de nos idées, d&#039;abord chez les hommes qui savent observer et penser, et par suite, chez tout le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que les espérances marchent de front avec les obstacles, et que l&#039;impulsion qui porte les sociétés humaines vers un meilleur avenir, aura tout son effet.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Jabial</name></author>
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