<?xml version="1.0"?>
<feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" xml:lang="fr">
	<id>https://www.librairal.org/api.php?action=feedcontributions&amp;feedformat=atom&amp;user=Safeguard</id>
	<title>Librairal - Contributions [fr]</title>
	<link rel="self" type="application/atom+xml" href="https://www.librairal.org/api.php?action=feedcontributions&amp;feedformat=atom&amp;user=Safeguard"/>
	<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Contributions/Safeguard"/>
	<updated>2026-05-03T03:49:18Z</updated>
	<subtitle>Contributions</subtitle>
	<generator>MediaWiki 1.39.11</generator>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;diff=114642</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.css</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;diff=114642"/>
		<updated>2024-09-11T09:38:32Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page blanchie&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=114641</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.js</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=114641"/>
		<updated>2024-09-11T09:36:54Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page blanchie&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Gustave_de_Molinari:Les_Soir%C3%A9es_de_la_rue_Saint-Lazare_-_Dixi%C3%A8me_soir%C3%A9e&amp;diff=2814</id>
		<title>Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare - Dixième soirée</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Gustave_de_Molinari:Les_Soir%C3%A9es_de_la_rue_Saint-Lazare_-_Dixi%C3%A8me_soir%C3%A9e&amp;diff=2814"/>
		<updated>2010-09-23T13:12:18Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare|Les Soirées de la rue Saint-Lazare]]&amp;lt;br&amp;gt;Entretiens sur les lois économiques et défense de la propriété|[[Gustave de Molinari]]&amp;lt;br&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;Membre de la Société d&#039;économie politique de Paris&amp;lt;/small&amp;gt;|Dixième soirée}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Interlocuteurs : Un conservateur. — Un socialiste. — Un économiste&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;De la charité légale et de son influence sur la population. — Loi de Malthus. — Défense de Malthus. — De la population en Irlande. — Moyen de mettre fin aux misères de l&#039;Irlande. — Pourquoi la charité légale provoque un développement factice de la population. — De son influence morale sur les classes ouvrières. — Que la charité légale décourage la charité privée. — De la QUALITÉ de la population. — Moyens de perfectionner la population. — Croisement des races. — Mariages. — Unions sympathiques. — Unions mal assorties. — Leur influence sur la race. — Dans quelle situation, sous quel régime la population se maintiendrait le plus aisément au niveau de ses moyens d&#039;existence.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je vous entretiendrai aujourd&#039;hui des perturbations et des désastres occasionnés par la charité légale, par les institutions de bienfaisance organisées et entretenues aux frais du gouvernement, des départements et des communes. Ces institutions, dont les frais sont mis à la charge de tous les contribuables indistinctement, constituent une atteinte des plus nuisibles à la propriété. Au point de vue de la population...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Enfin ! ecce iterum Crispinus. Voici revenir le malthusien. Vous allez, je le parie, demander la suppression des établissements de bienfaisance dans l&#039;intérêt des pauvres ; mais vous ne serez point écouté, je vous en avertis. La constitution de 1848 a imposé à la Société le devoir de l&#039;assistance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et ce devoir la Société saura le remplir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Tant pis ! Comment un gouvernement peut-il assister les pauvres ? En leur donnant de l&#039;argent ou des secours en nature. Cet argent ou ces secours, où peut-il les prendre ? dans les poches des contribuables. le voilà donc conduit à recourir à la Taxe des pauvres, c&#039;est-à-dire à la plus épouvantable machine de guerre qui ait jamais été dirigée contre les misérables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Malthusien ! malthusien ! malthusien !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Certes, voilà une injure dont je m&#039;honore. Je suis malthusien quand il s&#039;agit de la population, comme je suis newtonien quand il s&#039;agit de la gravitation, smithien quand il s&#039;agit de la division du travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Décidément, nous allons nous brouiller. Je commençais, s&#039;il faut vous l&#039;avouer, à me laisser ébranler par vos doctrines. Je me surprenais à bénir la propriété et à admirer ses résultats si féconds... mais, en vérité, il me serait impossible d&#039;admirer Malthus, et encore moins de le bénir. Quoi ! vous oseriez entreprendre de le justifier ce blasphémateur qui a osé dire : &amp;quot;qu&#039;un homme arrivant sans moyens d&#039;existence sur une terre déjà occupée est tenu de s&#039;en aller.&amp;quot;, cet économiste sans entrailles qui a fait l&#039;apologie de l&#039;infanticide, de la peste et de la famine. Défendez donc plutôt Attila ou Mandrin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous nous rendrez ce témoignage que nous détestons Malthus autant que vous-mêmes. Le Constitutionnel se montrait dernièrement fort peu respectueux à l&#039;endroit de ce déplorable fétiche de l&#039;économie politique anglaise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Avez-vous lu Malthus ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
J&#039;ai lu les passages cités par le Constitutionnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et moi les passages cités par M. Proudhon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ce sont les mêmes, ou, pour mieux dire, c&#039;est le même, car on ne cite jamais que celui-là. Au reste, si barbare que paraisse ce passage il n&#039;en reste pas moins l&#039;expression de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Abomination !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Infamie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et d&#039;une vérité essentiellement humaine, comme je vous le prouverai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dites-moi donc, croyez-vous que la terre puisse fournir toutes les matières premières nécessaires à l&#039;entretien d&#039;un nombre illimité d&#039;hommes ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Non, à coup sûr. La terre ne saurait nourrir qu&#039;un nombre limité d&#039;habitants. Fourier évaluait ce nombre à trois ou cinq milliards. Mais c&#039;est à peine si la terre compte aujourd&#039;hui un milliard d&#039;habitants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous admettez une limite, et, en effet, il serait absurde d&#039;affirmer que la terre peut nourrir deux, trois, quatre ou cinq cents milliards d&#039;hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Croyez-vous que la force reproductrice de l&#039;espèce humaine soit limitée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je ne saurais le dire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Observez tout ce qui vit ou végète, et vous remarquerez que la nature a prodigué les semences et les germes. Chaque espèce de végétaux répand mille fois plus de semences que la terre n&#039;en féconde. Les espèces animales sont, de même, pourvues d&#039;une surabondance de germes ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les choses pouvaient-elles être arrangées autrement ? Si les animaux et les végétaux ne possédaient qu&#039;une force reproductrice bornée, ne suffirait-il pas de la moindre catastrophe pour anéantir leurs espèces ? L&#039;ordonnateur des choses pouvait-il se dispenser de les pourvoir d&#039;une force reproductrice presque illimitée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, les espèces végétales et animales ne dépassent jamais certaines limites, soit que tous les germes ne reçoivent point de fécondation, soit qu&#039;une partie de ceux qui ont été fécondés, périsse. C&#039;est grâce à la non-fécondation des germes ou à la destruction hâtive des germes fécondés, qu&#039;elles se proportionnent à la quantité d&#039;aliments que leur offre la nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi l&#039;homme serait-il soustrait à cette loi qui régit toutes les espèces animales et végétales ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposez que son pouvoir de reproduction eût été limité, supposez que toute union ne pût produire que deux individus, l&#039;humanité ne saurait-elle, je ne dis pas multipliée mais simplement maintenue ? Au lieu de se propager de manière à peupler la terre, les différentes races d&#039;hommes ne se seraient-elles pas successivement éteintes, par l&#039;action des maladies, des guerres, des accidents, etc ? N&#039;était-il pas nécessaire que l&#039;homme fût pourvu, comme l&#039;animal et la plante, d&#039;une puissance reproductrice surabondante ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;homme possède comme les autres espèces animales et végétales une puissance de reproduction surabondante, que doit-il faire ? Doit-il pulluler comme elles, en laissant à la nature le soin de détruire l&#039;excédant de son croit ? Doit-il se reproduire sans s&#039;inquiéter plus que l&#039;animal ou la plante du sort de sa progéniture ? Non ! Être pourvu de raison et de prévoyance, l&#039;homme est tenu d&#039;agir concurrement avec la Providence pour maintenir son espèce dans de justes limites ; il est tenu de ne pas donner naissance à des êtres voués d&#039;avance à la destruction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Voués à la destruction...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Voyons. Si l&#039;homme utilisait toute sa puissance reproductrice comme il n&#039;y est que trop disposé ; si le nombre des hommes venait, en conséquence, à dépasser un jour la limite des moyens de subsistance, que deviendraient les individus produits au delà de cette limite ? Que deviennent les plantes qui se multiplient au delà des facultés nutritives du sol ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Elles périssent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et rien ne peut les sauver ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
On peut augmenter les forces productives de la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Jusqu&#039;à une certaine limite. Mais cette limite atteinte, supposez que les plantes se multiplient de manière à la dépasser, que doit-il advenir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Alors évidemment le surplus doit périr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et rien ne peut le sauver ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Rien ne peut le sauver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Eh ! bien, ce qui arrive aux plantes, arrive aussi aux hommes lorsque la limite de leurs moyens d&#039;existence se trouve dépassée. Voilà la loi que Malthus a reconnue, constatée ; voilà l&#039;explication de ce fameux passage que vous et les vôtres lui imputez à crime : &amp;quot;Un homme qui arrive dans un monde déjà occupé, etc.&amp;quot; Et comment Malthus a-t-il reconnu cette loi ? en observant les faits ! en constatant que dans tous les pays où la population a dépassé les moyens de subsistance, le surplus a péri par la famine, les maladies, les infanticides, etc., et que la destruction n&#039;a point cessé de remplir son office funèbre, jusqu&#039;au moment où la population a été ramenée à son équilibre nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
A son équilibre nécessaire... Vous pensez donc que les pays où Malthus a observé sa loi n&#039;auraient pu nourrir leur excédant de population ; vous pensez que notre belle France, où le mal-être décime les générations des pauvres, ne pourrait nourrir ceux qui meurent hâtivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je suis convaincu que la France pourrait nourrir plus d&#039;habitants et les nourrir mieux si la multitude des abus économiques que je vous ai signalés avaient cessé d&#039;exister. Mais en attendant que la lumière se soit faite sur ces abus, en attendant qu&#039;ils aient disparu, il est sage de ne point dépasser les moyens de subsistance actuels. Réclamons donc, à la fois, activement les réformes qui doivent reculer les limites des moyens de subsistance, et recommandons, jusque-là, avec Malthus, la prudence, l&#039;abstention, le moral restraint. Plus tard, lorsque l&#039;affranchissement complet de la propriété aura rendu la production plus abondante et la répartition plus juste, l&#039;abstention deviendra moins rigoureuse sans cesser toutefois d&#039;être nécessaire [1].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Cette abstention, ce moral restraint ne cache-t-il pas une grosse immoralité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Laquelle ? Malthus pensait qu&#039;on se rendait coupable d&#039;un véritable crime en donnant le jour à des êtres inévitablement destinés à périr. Il conseillait, en conséquence, de s&#039;abstenir de les créer. Que voyez-vous d&#039;immoral dans ce conseil ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Rien ! mais vous savez fort bien que l&#039;abstention complète n&#039;est pas possible dans la pratique, et Dieu sait quel compromis immoral vous avez imaginé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Nous n&#039;avons rien imaginé du tout, je vous prie de le croire. Le compromis dont vous parlez se pratiquait avant que Malthus s&#039;occupât de la loi de la population. L&#039;économie politique ne l&#039;a jamais recommandé, elle n&#039;a parlé que du moral restraint..... Quant à décider si ce compromis est immoral ou non, ce n&#039;est pas notre affaire à nous autres économistes ; adressez-vous pour cela à l&#039;Académie des sciences morales et politiques (section de morale).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je n&#039;y manquerai pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je conçois que la population puisse dépasser la limite des moyens de subsistance, mais est-il bien facile de fixer cette limite ? Peut-on dire, par exemple, que la population dépasse la subsistance en Irlande ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Oui, et la preuve c&#039;est qu&#039;une partie de la population irlandaise meurt chaque année de faim et de misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Tandis que la riche et puissante aristocratie qui exploite l&#039;Irlande mène une existence splendide à Londres et à Paris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Si vous examinez de près les causes de cette inégalité monstrueuse, vous les trouveriez encore dans les atteintes portées à la propriété. Pendant plusieurs siècles, la confiscation a été à l&#039;ordre du jour en Irlande. Non seulement les Saxons vainqueurs ont confisqués les terres du peuple irlandais, mais encore ils ont détruit son industrie, en la chargeant d&#039;entraves meurtrières. Ces barbaries ont eu un terme, mais l&#039;état social qu&#039;elles ont établi s&#039;est maintenu et aggravé, au grand dommage de l&#039;Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Dites donc à son profit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Non, car la misère irlandaise est aujourd&#039;hui entretenue et augmentée d&#039;un côté par les taxes extraordinaires que l&#039;Angleterre s&#039;impose pour nourrir les pauvres de l&#039;Irlande, de l&#039;autre par les taxes ordinaires qu&#039;elle prélève pour protéger les personnes et les propriétés de l&#039;aristocratie irlandaise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Quoi ! vous voudriez que l&#039;Angleterre laissât périr sans secours les pauvres de l&#039;Irlande ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Quoi ! vous voudriez que l&#039;Angleterre laissât assassiner les propriétaires irlandais et piller leurs propriétés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je voudrais que l&#039;Angleterre dit à l&#039;aristocratie propriétaire de l&#039;Irlande : vous possédez la plus grande partie du capital irlandais et de la terre irlandaise, eh bien ! défendez vous-même vos propriétés. Je ne veux plus consacrer un homme ni un schelling à ce service. Je ne veux pas continuer davantage à entretenir les pauvres que vous avez laissés pulluler sur la terre d&#039;Irlande. Si les misérables paysans de l&#039;Irlande se liguent pour brûler vos châteaux et se partager vos terres, tant pis pour vous ! Je ne veux plus m&#039;occuper de l&#039;Irlande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;Irlande ne demanderait pas mieux, vous le savez. &amp;quot;Par grâce, disait le vieux O&#039;Connell aux membres du parlement britannique, ôtez vos mains de dessus nous. Abandonnez-nous à notre destinée. Permettez-nous de nous gouverner nous-mêmes !&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;Angleterre satisfaisait à ce voeu constant des grands champions de l&#039;indépendance irlandaise, qu&#039;adviendrait-il de l&#039;Irlande ? Croyez-vous que l&#039;aristocratie abandonnerait ses riches domaines à la merci des bandes affamées des white-boys ? Non, à coup sûr ! elle se hâterait de quitter ses splendides habitations du West-End à Londres et du faubourg Saint-Honoré à Paris, pour aller défendre ses propriétés menacées. Elle comprenait alors la nécessité de guérir les lamentables plaies de l&#039;Irlande. Elle appliquerait ses capitaux à développer et à perfectionner l&#039;agriculture, elle se mettrait à créer des aliments pour ceux qu&#039;elle a réduit aux dernières extrémités de la misère. Si elle ne prenait point ce parti, si elle continuait à dépenser oisivement ses revenus à l&#039;étranger, pendant que la famine fait son oeuvre en Irlande, réussirait-elle longtemps à préserver, sans appui extérieur, ses terres et ses capitaux ? Ne serait-elle pas promptement dépossédée de ses domaines par les légions de misérables qui couvrent la terre d&#039;Irlande ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Si l&#039;Angleterre lui retirait l&#039;appui de ses forces de terre et de mer, cela changerait singulièrement sa situation ; rien n&#039;est plus certain. Mais les Irlandais n&#039;auraient-ils pas intérêt à confisquer purement et simplement les biens de cette aristocratie sans entrailles ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ce serait appliquer dans toute sa rigueur la peine du talion. J&#039;ignore jusqu&#039;à quel point il est juste, il est moral de faire peser sur une génération la peine des crimes des générations précédentes ; j&#039;ignore si les descendants des victimes de Drogheda et de Wexford ont le droit de faire expier aux propriétaires actuels de l&#039;Irlande, les crimes des bandits à la solde d&#039;Henri VIII, d&#039;Élisabeth et de Cromwell. Mais, à envisager la question au simple point de vue de l&#039;utilité, les Irlandais auraient tort de confisquer les biens de leur aristocratie. Que feraient-ils de ces biens ? Ils seraient obligés de les répartir entre une multitude innombrable de paysans qui achèveraient d&#039;épuiser le sol, faute de pouvoir y appliquer un capital suffisant. En respectant, au contraire, les propriétés de l&#039;aristocratie, ils permettraient à cette classe riche, puissante, éclairée de diriger la transformation des cultures et de contribuer ainsi, pour sa bonne part, à l&#039;extinction de la misère irlandaise. Les pauvres de l&#039;Irlande y gagneraient tous les premiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais aussi longtemps que les contribuables anglais se chargeront de fournir de la sécurité aux propriétaires, et des aliments aux pauvres de l&#039;Irlande, soyez bien persuadés que ceux-là continueront à dépenser oisivement leurs revenus à l&#039;étranger, ceux-ci à pulluler au sein d&#039;une effroyable misère ; soyez bien persuadés que la situation de l&#039;Irlande ira de mal en pis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Que les contribuables anglais cessent de pourvoir aux frais du gouvernement de l&#039;Irlande, cela me semble parfaitement juste ; mais ne serait-il pas inhumain d&#039;abandonner à leur destinée les pauvres de l&#039;Irlande ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il faut laisser les propriétaires irlandais se débattre avec eux. Abandonnée à elle-même, l&#039;aristocratie irlandaise s&#039;imposera les plus durs sacrifices pour soulager ses pauvres. Ce sera son intérêt, car la charité coûte, à tout prendre, moins cher que la répression. Cependant elle mesurera exactement ses secours aux besoins réels de la population. A mesure que le développement de la population augmentera les emplois du travail, elle diminuera la somme de ses aumônes. Le jour où le travail sera suffisant pour alimenter toute la population, elle cessera ses distributions régulières de secours. Aucune cause artificielle ne contribuera plus alors à faire pulluler la population en Irlande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous pensez donc que la charité légale provoque un développement factice, anormal de la population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est un fait clairement établi, à la suite des enquêtes relatives à la Taxe des pauvres en Angleterre. Et ce fait s&#039;explique aisément. Quel office remplissent les institutions dites de bienfaisance ? Elles distribuent gratis des moyens de subsistance aux pauvres. Si ces institutions sont établies par des lois, si elles ouvrent une source assurée de revenus, si elles constituent un patrimoine des pauvres, on trouvera toujours des gens pour manger ce revenu, pour jouir de ce patrimoine ; on en trouvera d&#039;autant plus, que les institutions de charité seront plus nombreuses, plus riches et plus accessibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous verrez alors se détendre le ressort puissant qui pousse l&#039;homme à travailler pour nourrir lui et les siens. Si la paroisse ou la commune accorde à l&#039;ouvrier un supplément de salaire, il réduira d&#039;autant la longueur de sa journée ou de la somme de ses efforts ; si l&#039;on ouvre des crèches ou des asiles pour l&#039;enfance, il procréera plus d&#039;enfants ; si l&#039;on fonde des hospices, si l&#039;on établit des pensions de retraite pour les vieillards, il cessera de s&#039;inquiéter du sort de ses parents et de sa propre vieillesse ; si, enfin, on ouvre des hôpitaux pour les malades indigents, il cessera d&#039;économiser pour les jours de maladie. Bientôt vous verrez cet homme que vous aurez déchargé de l&#039;obligation de remplir la plupart de ses devoirs envers les siens et envers lui-même s&#039;adonner, comme une brute, à ses instincts les plus vils. Plus vous ouvrirez d&#039;institutions de bienfaisance, plus vous verrez s&#039;ouvrir aussi de cabarets et de lupanars... Ah ! philanthropes benins, socialistes de l&#039;aumône, vous vous chargez de pourvoir aux besoins des pauvres comme le berger se charge de pourvoir à ceux de son troupeau, vous substituez votre responsabilité à la responsabilité individuelle, et vous croyez qu&#039;il travaillera encore pour ses enfants lorsque vous aurez organisé dans vos crèches l&#039;élève économique de ce bétail humain ; vous croyez qu&#039;il ne cessera point de soutenir son vieux père lorsque vous aurez ouvert à ses dépens vos hospices gratuits ; vous croyez qu&#039;il persistera à économiser pour les mauvais jours lorsque vous aurez mis à son service vos bureaux de bienfaisance et vos hôpitaux. Détrompez-vous ! En effaçant la responsabilité, vous aurez détruit la prévoyance. Où la nature avait mis des hommes, votre communisme philanthropique ne laissera bientôt plus que des brutes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ces brutes que vous aurez faites, ces brutes dépourvues de tout ressort moral, elles pulluleront au point que vous deviendrez impuissants à les nourrir. Vous pousserez alors des cris de détresse en accusant les mauvais penchants de l&#039;âme humaine et les doctrines qui les surexcitent. Vous jetterez l&#039;anathème sur le sensualisme, vous dénoncerez les excitations de la presse quotidienne, et que sais-je encore ? Pauvre gens !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
L&#039;abus des institutions de bienfaisance peut, sans doute, occasionner de graves désordres dans l&#039;économie de la société ; mais est-il bien possible de se passer entièrement de ces institutions ? Peut-on laisser expirer sans recours la foule des misérables ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Qui vous dit de les laisser expirer sans secours ? Laissez faire la charité privée et elle les secourra mieux que vos institutions officielles ! Elle les secourra sans briser le lien des familles, sans séparer la mère de son enfant, sans enlever le vieillard à son fils, sans priver le mari malade des soins de sa femme et de ses filles. La charité privée se fait avec le coeur et elle respecte les attaches du coeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
La charité légale ne fait pas obstacle à la charité privée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous vous trompez. la charité légale tarit ou décourage la charité privée. Le budget de la charité légale s&#039;élève en France à une centaine de millions. Cette somme est prise sur le revenu de tous les contribuables. Or la charité privée ne puise pas à une autre source. Lorsqu&#039;on augmente le budget de la charité publique, on diminue donc nécessairement celui de la charité privée. Et la diminution d&#039;un côté excède l&#039;augmentation de l&#039;autre. Quand la société se charge de l&#039;entretien des pauvres n&#039;est-on pas naturellement porté à renvoyer les pauvres à la société ? On a payé une contribution pour le bureau de bienfaisance. C&#039;est ainsi que le coeur se ferme à la charité !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on a employé un moyen plus efficace encore pour déraciner des âmes ce sentiment le plus noble et le plus généreux que le Créateur y ait déposé. Si l&#039;on n&#039;a pas osé défendre aux riches de faire l&#039;aumône, on a défendu aux pauvres de la demander. La loi française considère la mendicité comme un délit et elle punit le mendiant comme un voleur. La mendicité est sévèrement interdite dans le plus grand nombre de nos départements. Or, si le pauvre commet un délit en recevant une aumône, le riche ne se rend-il pas son complice en la lui donnant. La charité est devenue criminelle de par la loi. Comment donc voulez-vous que cette noble plante demeure vivace, lorsque vous n&#039;épargnez rien pour la dessécher et la flétrir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il se peut, en effet, que la charité imposée ait diminué la charité volontaire. Mais d&#039;après vos propres doctrines est-ce un mal ? Si la charité provoque le développement factice de la population, si, par conséquent, elle engendre plus de maux qu&#039;elle n&#039;en peut guérir, n&#039;est-il pas souhaitable qu&#039;on la réduise à son minimum, voire même qu&#039;on la supprime tout à fait ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je vous ai dit que la charité légale a pour résultat nécessaire de provoquer le développement factice de la population, je ne vous ai pas parlé de la charité privée. Ne confondons pas, je vous prie ! Si développée que soit la charité privée, elle est essentiellement précaire, elle n&#039;offre point une issue stable et régulière à une certaine partie de la population ; en outre, elle n&#039;altère aucun des ressorts moraux de l&#039;âme humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui reçoit les dons d&#039;un bureau de bienfaisance ou qui entre dans un hôpital, où il est froidement accueilli, où parfois aussi il sert de chair à expériences, celui-là n&#039;éprouve et ne saurait éprouver aucune reconnaissance pour le service qui lui est rendu. A qui s&#039;adresserait d&#039;ailleurs sa gratitude ? A l&#039;administration, aux contribuables ? Mais l&#039;administration est représentée par de froids comptables et les contribuables payent avec répugnance leur impôt. L&#039;homme que la société secoure ne saurait se croire moralement obligé envers cette froide idéalité. Il incline plutôt à penser qu&#039;elle acquitte envers lui une dette, et il lui reproche de ne pas s&#039;en acquitter mieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui dont une charité active et délicate soulage la misère conserve, au contraire, presque toujours, la mémoire de ce bienfait. En recevant un secours il contracte une obligation morale. Or, riche ou pauvre, l&#039;homme n&#039;aime point à contracter plus d&#039;obligations qu&#039;il n&#039;en peut acquitter moralement ou matériellement. On accepte un bienfait avec reconnaissance, mais on ne consent pas à vivre de bienfaits. On se résignerait aux plus durs sacrifices, on se chargerait des fonctions les plus rudes et les plus répugnantes plutôt que de demeurer toujours à la charge de son bienfaiteur. On mourrait de honte si on augmentait encore le fardeau de sa dette par une imprévoyance coupable. Au lieu de briser le ressort moral de l&#039;âme humaine, la charité privée l&#039;affermit et quelquefois le développe. Elle élève l&#039;homme, au lieu de l&#039;avilir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charité privée ne saurait donc activer le développement de la population. Elle contribuerait bien plutôt à le ralentir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle ne saurait devenir, non plus, comme la charité légale, une source dangereuse de divisions et de haines. Multipliez en France les institutions dites philanthropiques, continuez à mettre la charité en régie, complétez votre oeuvre en interdisant l&#039;aumône à celui qui la donne comme vous la défendez déjà à celui qui la reçoit, et vous verrez quel sera le résultat !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;un côté, vous aurez un troupeau immense d&#039;hommes qui recevront comme une dette l&#039;aumône rude et avare du fisc. Ces hommes reprocheront amèrement aux classes riches de trop mesurer leur charité, en présence d&#039;une misère que cette charité même aura rendue sans cesse croissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;un autre côté, vous aurez des contribuables accablés sous le faix des impôts et qui se garderont d&#039;aggraver un fardeau déjà trop lourd, en ajoutant une aumône volontaire à l&#039;aumône imposée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette situation, la paix publique sera-t-elle longtemps possible ? Une société ainsi divisée, une société où aucun lien moral ne rattachera plus les pauvres et les riches, pourra-t-elle subsister sans déchirements ? L&#039;Angleterre a failli périr submergée par les misères que la taxe des pauvres avait soulevées. Craignons de nous engager dans la même voie ! Faisons de la charité individuelle, cessons de faire de la philanthropie communautaire !...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Oui, j&#039;aperçois clairement la différence des deux charités ; mais la charité privée ne devrait-elle pas être dirigée, organisée ?...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Laissez-la faire ! Elle est assez active et assez ingénieuse pour distribuer ses dons de la manière la plus utile. Son instinct la sert mieux que vos décrets ne pourraient le faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
J&#039;admets avec vous que la charité libre soit préférable à la charité légale. J&#039;admets même que celle-ci ait pour résultat de faire pulluler la misère. Mais enfin, supposez que la population se soit accrue de manière à dépasser les emplois disponibles de la production et le budget de la charité publique, que faudra-t-il faire alors ? Faudra-t-il laisser périr l&#039;excédant de la population ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il faudra engager la charité privée à redoubler de zèle, et surtout bien se garder de faire de la charité légale, car celle-ci ayant pour résultats inévitables de diminuer le budget total de la misère et d&#039;augmenter le nombre des pauvres, aggravant le mal au lieu de le soulager.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais je dis que sous un régime où la propriété de tous serait pleinement respectée, sous un régime où les lois économiques qui gouvernent la société cesseraient d&#039;être méconnues et violées, cet excédant ne se produirait point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Prouvez-le !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Permettez-moi, auparavant, de vous dire quelques mots des causes qui dépriment la qualité de la population, qui diminuent le nombre des hommes propres au travail pour augmenter celui des invalides, idiots, crétins, aveugles, sourds-muets que la charité doit nourrir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ah ! voilà un côté de la question qui ne manque pas d&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et que l&#039;on a beaucoup trop négligé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;homme est un composé de virtualités ou de forces diverses. Ces virtualités ou ces forces, instincts, sentiments, intelligence, affectent des proportions différentes selon les individus. L&#039;homme le plus complet est celui dont les facultés ont le plus d&#039;énergie ; l&#039;homme le plus parfait est celui dont les facultés sont, à la fois, le plus énergiques et le mieux équilibrées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je vois à peu près où vous en voulez venir ; mais pensez-vous donc qu&#039;on puisse agir sur la génération des hommes comme on agit sur celle des animaux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Les Anglais sont parvenus à perfectionner d&#039;un manière presque merveilleuse leurs races ovines et bovines ; ils fabriquent des moutons, — c&#039;est à la lettre, — d&#039;une certaine dimension, d&#039;un certain poids et même d&#039;une certaine couleur. Comment ont-ils obtenu ces résultats ? En croisant certaines races, et, en choisissant parmi ces races les individus qui s&#039;accouplent le plus utilement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;est-il pas vraisemblable que les lois qui régissent la génération des espèces animales, gouvernent aussi celle de l&#039;homme ? Remarquez que les races ou variétés nombreuses dont se compose l&#039;humanité sont très diversement douées. Chez les races inférieures, les facultés morales et intellectuelles n&#039;existent qu&#039;à l&#039;état embryonnaire. Certaines races ont des facultés particulièrement développées, tandis que le reste de leur organisation est arriéré ou déprimé. Les Chinois, par exemple, sont pourvus à un haut degré du sentiment de la couleur ; en revanche, ils sont presque entièrement privés de l&#039;instinct de la lutte ou combativité. Les Indiens peaux-rouges de l&#039;Amérique du Nord se distinguent, au contraire, par les instincts de la combativité et de la ruse, comme aussi par la perception harmonieuse des sons [2]. Les facultés distinctes des races se transmettent sans modification importante, lorsque les races ne se mêlent point. Les Chinois ont toujours été coloristes ; ils ne se sont jamais distingués par leur bravoure. Les Indiens peaux-rouges n&#039;ont jamais cessé d&#039;être braves, rusés, et de parler des dialectes sonores et harmonieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ceci nous conduirait à établir des haras destinés au perfectionnement de la race humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Nullement. Ceci nous conduirait à supprimer les obstacles artificiels qui empêchent les différentes variétés de l&#039;espèce humaine de se rapprocher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Mais il faudrait diriger, organiser les rapprochements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ces rapprochements-là se dirigent, s&#039;organisent bien tout seuls. Les forces diverses qui ont le cerveau humain pour foyer, obéissent, à ce qu&#039;il semble, à la même loi de gravitation qui gouverne la matière. Les facultés les plus énergétiques attirent les facultés les plus faibles de même espèce. C&#039;est, par exemple, une observation commune que les caractères les plus doux et les moins personnels sont invinciblement portés vers les caractères les plus altiers et les plus enclins à la lutte. Les grandes forces attirent les petites, la résultante est une moyenne plus rapprochée de l&#039;équilibre idéal de l&#039;organisation humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet équilibre tend à s&#039;établir de lui-même par la manifestation naturelle, spontanée des sympathies ou des affinités individuelles. Et comme toute l&#039;organisation physique dépend de l&#039;ordonnance des facultés physiques, morales et intellectuelles, le corps se perfectionne aussi bien que l&#039;âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si vous admettez cette théorie, vous devez admettre aussi qu&#039;au milieu de l&#039;immense diversité des espèces et des individus, il doit se rencontrer deux êtres qui s&#039;attirent avec un maximum d&#039;intensité, et dont le rapprochement donne, en conséquence, la moyenne la plus utile. Entre ces deux êtres, l&#039;union est nécessaire et éternelle. Cette union s&#039;appelle le mariage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ah ! vous êtes partisan du mariage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je crois que le mariage est d&#039;institution naturelle. Malheureusement voici ce qui est arrivé : par suite des immenses perturbations morales et matérielles que la société a subies, une multitude d&#039;hommes ont cessé de conclure des unions purement sympathiques. Les préjugés de race ou les intérêts d&#039;argent ont été consultés de préférence aux affinités naturelles, dans la grande affaire du mariage. De là, les unions mal assorties, et, à la suite de ces unions, la dégénérescence des individus et des races. Les unions mal faites, étant sujettes à se dissoudre, les législateurs ont proclamé l&#039;indissolubilité du mariage et édicté des pénalités rigoureuses contre les adultères. Mais la nature n&#039;a point cessé d&#039;agir en dépit de la loi. Les mauvais mariages ne s&#039;en sont pas moins dissous en fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand une union est mal assortie, quand deux êtres incompatibles se rapprochent, le produit de cet accouplement monstrueux ne saurait être qu&#039;un véritable monstre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout le monde sait que les races supérieures qui ont gouverné l&#039;Europe depuis la chute de l&#039;empire romain se sont, pour la plupart, abâtardies. Pourquoi ? Parce que les affinités naturelles déterminaient rarement leurs unions. Les races royales particulièrement ne s&#039;alliaient guère qu&#039;en vue d&#039;intérêts politiques. Aussi ont-elles dégénéré plus rapidement et plus complètement que les autres. Que serait devenue la race des Bourbons de France après l&#039;imbécile Louis XIII si elle ne s&#039;était retrempée dans le sang généreux des Buckingham ? Que sont devenus les Bourbons d&#039;Espagne et de Sicile, les Hapsbourg, les rejetons de la maison de Hanovre ? Quelles familles ont fourni autant de crétins, d&#039;idiots, de monomanes et de scrofuleux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Examinez, à ce point de vue, l&#039;histoire de la noblesse française. Au moyen âge, les considérations purement matérielles semblent n&#039;avoir exercé qu&#039;une faible influence sur les unions aristocratiques. L&#039;histoire et la littérature du temps en font foi. Aussi la race se maintenait-elle saine et vigoureuse. Plus tard, les mariages devinrent de simples associations de terres et de noms. Les alliances se négocièrent entre les familles au lieu de s&#039;arranger entre les véritables intéressés. On s&#039;épousa sans se connaître. Qu&#039;en résultera-t-il ? Que les unions légitimes devinrent purement fictives, et que les adultères se multiplièrent au point de devenir la règle. Une immonde promiscuité finit par envahir la noblesse française et par la gangrener jusqu&#039;à la moelle des os.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mêmes abus renaissent de nos jours. Les fortunes exagérées que les monopoles et les privilèges ont suscitées tendent à s&#039;associer, en dépit des convenances naturelles. La loi civile, en établissant le droit à l&#039;héritage, a contribué encore à transformer les mariages en de pures affaires d&#039;intérêt ; enfin, l&#039;instabilité qui menace toutes les existences sous le régime économique actuel, a fait rechercher avec avidité ces accouplement sordides qu&#039;on est convenu d&#039;appeler de bons mariages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les êtres imparfaits et vicieux qui sortent des unions mal assorties ou des liaisons clandestines ne pouvant ni gérer leurs biens ni gagner leur vie, retombent à la charge de leur famille ou de la charité publique. A Sparte, on les noyait dans l&#039;Eurotas. Nos moeurs sont plus douces. On laisse végéter ces apparences humaines, fruits de la cupidité ou du libertinage. Mais si ce serait un crime de les détruire, n&#039;est-ce pas un crime plus grand encore de leur donner le jour ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faites bonne justice des lois et des préjugés qui empêchent le rapprochement utile des races ou qui encouragent les accouplements d&#039;intérêts sordides au détriment des unions sympathiques et vous améliorerez sensiblement la qualité de la population, vous déchargerez par là même la charité d&#039;une notable portion de son fardeau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes choses se trouvant remises dans leur ordre naturel, un excédant de la population ne serait jamais à redouter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;appelle excédant ce qui dépasse et les emplois disponibles de la production et les ressources ordinaires de la charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous pensez-donc qu&#039;on sera toujours obligé de recourir à la charité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je l&#039;ignore. Cela dépendra absolument des lumières et de la prévoyance des individus. Supposons une société, où la prospérité étant pleinement respectée, les emplois du travail seraient portés à leur maximum, où, en même temps, la publicité des transactions du travail permettrait de savoir toujours s&#039;il y a un excédant de bras offerts ou un excédant de bras demandés, il est évident que dans cette société la proportion utile de la population serait aisément maintenue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque l&#039;offre des bras excède la demande, vous ai-je dit, le prix du travail tombe avec une rapidité telle, que les travailleurs, comme tous les autres marchands, ont intérêt à retirer du marché une partie de leur denrée. S&#039;ils ne la retirent point, si, en même temps, la charité n&#039;agit pas suffisamment, pour secourir ceux qui sont rejetés de l&#039;atelier dans la rue, le prix courant du travail peut tomber beaucoup au-dessous des frais de production....&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Qu&#039;entendez-vous par frais de production du travail ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
J&#039;entends les frais nécessaires pour que le travail se produise et se perpétue. Ces frais varient essentiellement selon la nature du travail. Un homme qui emploie seulement ses forces physiques peut, à la rigueur, ne consommer que des choses purement matérielles ; un homme qui met en activité des forces morales et intellectuelles, ne peut les conserver et les perpétuer, s&#039;il ne les entretient comme ses forces physiques. Les frais de production d&#039;un travail sont d&#039;autant plus élevés que ce travail exige le concours plus actif d&#039;un plus grand nombre de facultés. Les frais de production du travail se proportionnent, pour tout dire, à l&#039;étendue et à l&#039;intensité des efforts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la rémunération d&#039;un genre de travail cesse d&#039;en couvrir les frais de production, et aussitôt les travailleurs se rejetteront vers les branches de la production qui exigent moins d&#039;efforts à salaire égal. Le prix du travail haussera alors dans l&#039;industrie désertée, et l&#039;équilibre ne tardera pas à se rétablir. C&#039;est ainsi que se dresse naturellement l&#039;immense échelle des salaires depuis la rémunération du monarque jusqu&#039;à celle du plus humble manouvrier. Malheureusement les privilèges et les monopoles rompent souvent cette harmonie naturelle, en établissant au profit de certaines professions ou de certaines industries un salaire exagéré. La liberté seule comporte une distribution équitable des salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A mesure que l&#039;ouvrier exerce davantage ses facultés intellectuelles et morales en travaillant, les frais de production du travail s&#039;élèvent. Or, dans toutes les branches de la production, le progrès des machines a pour résultat de rendre le travail moins physique et plus intellectuel. A mesure que le progrès se développe on voit donc s&#039;élever aussi les frais de production du travail. En même temps, l&#039;accroissement de la production, fruit du progrès, permet de mieux couvrir ces frais augmentés. A une époque de barbarie, le travail, purement physique, exige peu de choses et obtient moins encore, à une époque de civilisation, le travail, devenu intellectuel, exige beaucoup et peut obtenir davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c&#039;est à la condition que le nombre des bras ne dépassera pas celui des emplois disponibles, sinon le prix courant du travail baissera irrésistiblement au-dessous des frais de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
A moins que les travailleurs ne retirent l&#039;excédant du marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ce qu&#039;ils ne manqueraient pas de faire sous un régime de pleine liberté. Cet excédant serait nourri par les travailleurs occupés, avec l&#039;assistance de la charité volontaire. Dans une situation semblable, la population ne tendrait-elle pas d&#039;elle-même à se resserrer ? A mesure que les subventions des travailleurs et les aumônes de la charité s&#039;étendraient sur un plus grand nombre de têtes, la difficulté de plus en plus grande qu&#039;on éprouverait à placer ses enfants ne porterait-elle pas à en élever moins ? Le moral restraint agirait alors, et l&#039;équilibre naturel de la population se rétablirait sans efforts. Un phénomène opposé se produirait si les bras venaient à manquer aux emplois. Bien assurés de pouvoir nourrir et placer tous leurs enfants, les pères de famille en élèveraient davantage. Les mariages deviendraient plus nombreux et seraient plus féconds jusqu&#039;à ce que l&#039;équilibre de la population et des moyens d&#039;existence se fût de nouveau rétabli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà comment se résoudrait le problème de la population sous un régime de pleine liberté économique. C&#039;est ainsi, du reste, qu&#039;il se résout toujours, en définitive. Mais, en attendant, combien de souffrances causées tantôt par les resserrements factices et inopinés du travail, tantôt par l&#039;insuffisance de la charité légale ou les excitations qu&#039;elle donne à l&#039;accroissement de la population ! Ces souffrances seraient sinon complètement supprimées sous un régime où le nombre des emplois du travail et les dons de la charité volontaire seraient portés à leur maximum, du moins réduits à la proportion la plus faible possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[1] J&#039;emprunte cette partie de mon argumentation au savant et judicieux auteur des Notes sur Malthus, M. Joseph Garnier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[2] Cours de Phrénologie de M. le docteur Ch. Plaer.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Gustave_de_Molinari:Les_Soir%C3%A9es_de_la_rue_Saint-Lazare_-_Neuvi%C3%A8me_soir%C3%A9e&amp;diff=2813</id>
		<title>Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare - Neuvième soirée</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Gustave_de_Molinari:Les_Soir%C3%A9es_de_la_rue_Saint-Lazare_-_Neuvi%C3%A8me_soir%C3%A9e&amp;diff=2813"/>
		<updated>2010-09-23T13:06:38Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : coquilles&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare|Les Soirées de la rue Saint-Lazare]]&amp;lt;br&amp;gt;Entretiens sur les lois économiques et défense de la propriété|[[Gustave de Molinari]]&amp;lt;br&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;Membre de la Société d&#039;économie politique de Paris&amp;lt;/small&amp;gt;|Neuvième soirée}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Interlocuteurs : Un conservateur. — Un socialiste. — Un économiste&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Suite des atteintes portées à la propriété intérieure. — Droit d&#039;association. — Législation qui régit, en France, les sociétés commerciales. — La société anonyme et ses avantages. — Du monopole des banques. — Fonctions des banques. — Résultats de l&#039;intervention du gouvernement dans les affaires des banques. — Cherté de l&#039;escompte. — Banqueroutes légales. — Autres industries privilégiées ou réglementées. — La boulangerie. — La boucherie. — L&#039;imprimerie. — Les notaires. — Les agents de change et les courtiers. — La prostitution. — Les pompes funèbres. — Les cimetières. — Le barreau. — La médecine. — Le professorat. — Article 3 de la loi des 7-9 juillet 1833.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
J&#039;ai cru jusqu&#039;à présent que la révolution de 1789 avait complètement affranchi le travail et que nous vivions sous un régime de laisser-faire absolu. Je commence à revenir de mon erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Non seulement le travail n&#039;a pas été complètement affranchi, mais, dans certaines branches de la production, on a rétrogradé au-delà des compagnies privilégiées. Au lieu de rendre libres des industries qui étaient privilégiées, on en a fait des monopoles de l&#039;État. Or le monopole de l&#039;État, c&#039;est l&#039;enfance de toute société. Aux institutions du moyen âge, on a substitué, quoi ? les institutions de l&#039;ancienne Égypte. Cela n&#039;a pas empêché toutefois de conserver des industries privilégiées, car notre système économique est une étrange bigarrure d&#039;industries monopolisées, privilégiées et libres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Où donc voyez-vous des industries privilégiées ? D&#039;après M. Thiers, tous les privilèges n&#039;ont-ils pas été abolis dans la fameuse nuit du 4 août ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
D&#039;après M. Thiers, oui ; d&#039;après la vérité, non. Il existe encore en France une multitude d&#039;industries privilégiées ou réglementées. En première ligne, il faut placer les banques. Viennent ensuite la boulangerie, la boucherie, l&#039;imprimerie, les théâtres, les assurances, le commerce des effets publics, la médecine, le barreau, les offices ministériels, la prostitution, et plusieurs autres que j&#039;oublie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons encore que l&#039;Association, ce véhicule indispensable du progrès industriel, n&#039;est pas libre en France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ah ! cette fois je vous prends en flagrant délit d&#039;inexactitude. Je connais ma Constitution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ART. 8. Les citoyens ont le droit de s&#039;associer, de s&#039;assembler paisiblement et sans armes, de pétitionner, de manifester leurs pensées par la voie de la presse ou autrement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;exercice de ces droits n&#039;a pour limites que les droits ou la liberté d&#039;autrui et la sécurité publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous voyez donc que le droit de s&#039;associer existe en France. Peut-être même n&#039;existe-t-il que trop ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Les associations politiques sont libres en France... plus ou moins. Il n&#039;en est pas de même des associations commerciales. L&#039;association comporte, vous le savez, un nombre presque infini de variétés. Or, la loi française ne reconnaît que trois sortes d&#039;associations : la société en nom collectif, la société en commandite et la société anonyme. Sauf quelques formalités gênantes, les deux premières sont libres ; mais la troisième, qui est la plus parfaite, celle qui s&#039;adapte le mieux aux grandes entreprises industrielles, est soumise à l&#039;autorisation préalable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Eh bien ! on demande l&#039;autorisation, et, après un mûr examen, le gouvernement l&#039;accorde s&#039;il y a lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Oui, s&#039;il y a lieu. Et vous oubliez de dire que l&#039;autorisation n&#039;arrive fréquemment qu&#039;après six mois, un an, deux ans, c&#039;est-à-dire trop tard. Vous connaissez assez l&#039;industrie pour savoir qu&#039;un retard de six mois suffit pour faire avorter le plus grand nombre des entreprises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les socialistes se plaignent de la lenteur avec laquelle l&#039;association s&#039;implante en France. Ils ne voient pas que le Code du commerce y a mis bon ordre, en emprisonnant étroitement le droit d&#039;association. Singulier aveuglement !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société en nom collectif ne comporte pas de grandes accumulations de capitaux, surtout dans un pays où les fortunes sont très divisées ; la société en commandite, telle qu&#039;elle actuellement réglementée, met les actionnaires à la merci d&#039;un gérant, et vous savez ce qui en résulte.... La société anonyme seule comporte d&#039;immenses agglomérations de capitaux par petites fractions, et la meilleure gestion possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ceci n&#039;est pas prouvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Décomposez l&#039;entrepreneur d&#039;industrie et que trouverez-vous ? Un capitaliste et un directeur de travail, un homme qui reçoit un intérêt pour son capital et un salaire pour son travail. Décomposez la société anonyme et que trouverez-vous ? Des travailleurs qui fournissent du travail et reçoivent un salaire, des capitalistes qui fournissent des capitaux et reçoivent un intérêt. Ce qui est réuni dans l&#039;entrepreneur d&#039;industrie est séparé dans la société anonyme. Cette séparation est un pas de plus, fait dans la voie de la division du travail ; c&#039;est un progrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vous en donnerai la preuve en vous signalant quelques-uns des avantages propres aux sociétés anonymes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier de tous c&#039;est de pouvoir effectuer des entreprises de production sur une échelle immense ; c&#039;est de pouvoir toujours proportionner la puissance de l&#039;effort à celle de résistance, et de réduire ainsi les frais de production au minimum.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second avantage des sociétés anonymes réside dans la meilleure administration qu&#039;elles comportent. Un entrepreneur d&#039;industrie n&#039;a de responsabilité qu&#039;envers lui-même. Un directeur de compagnie est responsable vis-à-vis de ses actionnaires. Il est tenu de leur rendre compte de ses actes et de les justifier. Cette obligation inhérente à la nature même de la société anonyme entraîne pour le directeur la nécessité d&#039;agir toujours avec intelligence et probité. S&#039;il ne dirigeait point l&#039;entreprise avec intelligence, les actionnaires ne manqueraient point de le destituer ; s&#039;il s&#039;engageait dans des opérations véreuses oserait-il bien en rendre un compte public à une assemblée d&#039;actionnaires ? Or, avec le système de comptabilité actuellement en usage il ne pourrait laisser secrète aucune de ses opérations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le régime de la société anonyme, les entreprises industrielles seraient nécessairement conduites avec intelligence et probité. L&#039;industrie serait nécessairement dirigée par les hommes les plus capables et les plus probes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fraudes industrielles disparaîtraient sous ce régime. Dans quelles industries les fraudes sont-elles le plus fréquentes ? Dans les industries les plus fractionnées et les plus précaires. Lorsqu&#039;on ne peut compter sur l&#039;avenir ni se faire une grande existence commerciale, on cherche,par tous les moyens possibles, à gagner beaucoup d&#039;argent en peu de temps. On altère la qualité des produits. On vend, comme bonne, une marchandise que l&#039;on sait être mauvaise. Lorsqu&#039;on a, devant soi, au contraire, une période d&#039;existence illimitée, et lorsqu&#039;on met en oeuvre un capital considérable, on est intéressé à acquérir une bonne réputation, afin de conserver sa clientèle. On fournit donc de bons produits et l&#039;on se montre loyal en affaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les industries organisées largement et d&#039;une manière stable, il y a plus de probité que dans les industries chétives et précaires. Observez et comparez les diverses branches de la production en France, en Angleterre, en Hollande, etc., et vous vous convaincrez de l&#039;entière exactitude de ce fait. Les falsifications et les fraudes n&#039;ont pas leur origine dans la liberté industrielle ; elle proviennent, au contraire, d&#039;obstacles apportés au libre et plein développement de l&#039;industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième avantage des sociétés anonymes et le plus considérable peut-être, c&#039;est de rendre publique la situation de chaque chapitre ; c&#039;est d&#039;indiquer journellement l&#039;état de prospérité ou de souffrance des diverses branches de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Comment cela ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;une industrie réussit à vendre ses produits à un prix exactement rémunérateur, on dit qu&#039;elle est au pair ; lorsque les frais de production ne sont pas couverts, l&#039;industrie est en perte ; lorsque les frais de production sont dépassés, elle est en bénéfice. Sous le régime de la production individualisée, il est fort difficile de connaître au juste ces différentes situations industrielles, et de savoir quand on peut utilement porter ses capitaux dans une industrie et quand on ne le peut. On s&#039;expose souvent à grossir une branche exubérante de la production, alors que d&#039;autres branches appellent vainement les capitaux et les bras. Ces erreurs cessent d&#039;être possibles sous le régime de la société anonyme. Chaque compagnie ayant intérêt à publier le cours de ses actions afin d&#039;en faciliter la négociation, on est informé jour par jour de la situation des différentes branches de la production. En jetant un coup d&#039;oeil sur le cours de la Bourse, on sait quelle industrie est en perte, quelle industrie est en gain, quelle autre est au pair. On sait, au juste, dans laquelle il faut placer ses capitaux pour réaliser les plus gros profits. Si, par exemple, le cours des hauts-fourneaux est supérieur à celui des exploitations de calamines, on portera ses capitaux dans l&#039;industrie du fer plutôt que dans celle du zinc. On augmentera ainsi la production du fer. Qu&#039;en résultera-t-il ? que le prix courant du fer tombera jusqu&#039;à ce qu&#039;il réponde exactement aux frais de production : le cours des actions descendant alors au pair, on cessera de se porter vers cette branche de la production, dans la crainte de ne plus couvrir ses frais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Grâce à cette publicité du cours des actions industrielles, la production se régularise d&#039;elle-même, d&#039;une manière pour ainsi dire mathématique. On n&#039;est plus exposé à produire trop d&#039;une chose et trop peu d&#039;une autre, à laisser certains prix s&#039;exagérer et d&#039;autres s&#039;abaisser sans mesure. Une cause sans cesse agissante de perturbation disparaît de l&#039;arène de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquez enfin le caractère singulièrement démocratique des compagnies anonymes. L&#039;entrepreneur d&#039;industrie c&#039;est le monarque irresponsable, absolu ; la société anonyme gouvernée par des actionnaires et administrée par un directeur et un comité responsables, c&#039;est la république. Après avoir été monarchique la production devient républicaine. Ceci vous prouve, une fois de plus, que la monarchie s&#039;en va.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
La société se fractionne en une multitude de petites républiques, ayant chacune un objet et économiquement limité. Voilà une transformation bien remarquable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et que l&#039;on ne remarque pas assez. Malheureusement la législation barbare du Code impériale fait obstacle à cette transformation salutaire.....&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Mais la transformation dont vous parlez n&#039;est-elle pas circonscrite naturellement à certaines industries ? N&#039;y aurait-il pas de graves inconvénients à ce que le régime de la société anonyme fût appliqué à l&#039;exploitation du sol, par exemple ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Quels inconvénients ? La société anonyme résoudrait le double problème de la diffusion de la propriété territoriale, et de la concentration économique des exploitations agricoles. La société anonyme permettrait d&#039;exécuter les travaux agricoles sur une échelle immense, et de rendre les exploitations perpétuelles, tout en divisant à l&#039;infini, en actions de mille francs, de cinq cents francs ; en coupons de cent francs, de cinquante francs, de dix francs, la propriété territoriale. Au point de vue de l&#039;économie de l&#039;exploitation, ce changement aurait une portée incalculable. Quels inconvénients y verriez-vous ? Une société anonyme n&#039;aurait-elle pas intérêt à cultiver le sol, le mieux possible ? Si elle cultivait mal, ne serait-elle pas obligée de se dissoudre, après avoir dévoré son capital, et de laisser la place, soit à d&#039;autres associations, soit à des individus isolés ? Si vous ne voyez aucun inconvénient à ce qu&#039;une terre soit possédée à perpétuité par un seul individu, pourquoi en verriez-vous à ce qu&#039;elle le fût par une collection d&#039;individus ? Le propriétaire isolé ne se continue-t-il point aussi bien que l&#039;association de propriétaires ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est fort juste. Je ne conçois pas, en vérité, que la société anonyme n&#039;ait pas encore été appliquée à l&#039;exploitation du sol ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Pourquoi l&#039;agriculture est-elle en France, comme ailleurs, la plus grevée des industries ? Pourquoi la société anonyme est-elle si étroitement réglementée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Peut-être l&#039;autorisation préalable exigée pour la constitution d&#039;une société anonyme est-elle inutile ; mais avouez que le gouvernement ne saurait se dispenser d&#039;exercer une surveillance rigoureuse sur cette sorte d&#039;assertion ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il serait bien plus nécessaire de surveiller les entreprises individuelles. Les sociétés anonymes publient le compte-rendu de leurs opérations, elles fonctionnent à ciel ouvert, tandis que les entreprises individuelles tiennent leurs opérations secrètes.....&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Savez-vous à quoi sert la surveillance du gouvernement sur les sociétés anonymes ? Elle sert d&#039;abord à endormir la vigilance des actionnaires, qui se fient bénévolement à la surveillance du gouvernement. Elle sert ensuite à entraver la marche des opérations industrielles. Elle sert enfin à procurer des emplois confortables aux créatures du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Voilà le fin de l&#039;affaire !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Les commissaires impériaux, royaux ou nationaux près les compagnies d&#039;assurances, de chemins de fer et autres, ne sont ni plus ni moins inutiles, ni plus ni moins abusifs que ces fameux conseillers langueyeurs de porcs, conseillers préposés aux empilements de bois, etc., qui florissaient sous l&#039;ancien régime.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous voilà édifiés, je pense, sur l&#039;utilité des entraves apportées au droit d&#039;association [1].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre ces restrictions qui s&#039;appliquent, d&#039;une manière générale, aux associations industrielles et commerciales, il y en a d&#039;autres qui s&#039;appliquent spécialement à diverses associations, notamment à celles qui s&#039;adonnent au commerce de banque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos banques publiques sont encore soumises au régime du privilège.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je vous ferai sur ce chapitre une opposition à outrances, je vous en avertis. Je ne suis point partisan de la liberté des banques et je ne le serai jamais. Je ne puis concevoir que le gouvernement permette à tout le monde de battre de la monnaie de papier, de fabriquer des assignats et de les lancer librement dans la circulation. Au reste, cette belle utopie de la liberté des banques s&#039;est réalisée déjà...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Où ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Aux États-Unis, et l&#039;on sait ce qu&#039;elle a produit. Ça été une banqueroute générale. Dieu nous préserve d&#039;une calamité semblable ! Mieux vaut un peu moins de liberté et un peu plus de sécurité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il n&#039;y a qu&#039;un malheur, c&#039;est que vos renseignements sont parfaitement faux. Les banques ne sont libres aux États-Unis, que dans six États particuliers, Rhode-Island, Massachussets, Connecticut, New-Hampshire, Maine et Vermont, et ces six États sont précisément demeurés seuls en dehors de la banqueroute générale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si vous en doutez, lisez, je vous prie, les remarquables ouvrages de MM. Carey et Coquelin sur les banques [2]. Vous y apprendrez que les banques libres de l&#039;Amérique ont causé moins de sinistres que les banques privilégiées de l&#039;Europe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
J&#039;ai pourtant entendu affirmer souvent tout le contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Par des gens aussi bien informés que vous, par des esprits imbus des préjugés du régime réglementaire, qui ne manquent jamais, à priori, avant toute information, de mettre les désordres industriels sur le compte du laisser-faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Convenez au moins que ce serait commettre une imprudence rare d&#039;autoriser le premier venu à battre monnaie avec du papier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
En vérité, vous n&#039;y songez pas ! Est-ce que tout le monde, vous, moi, monsieur, ne bat pas monnaie avec du papier ? ne donnons-nous pas tous les jours à nos créanciers des promesses de payer à telle date, telle somme en espèces ? — Nous leur donnerions des billets payables en autres marchandises, en produits de notre industrie par exemple, s&#039;ils voulaient bien accepter des billets ainsi faits. Malheureusement, ils ne le veulent pas. Pourquoi ? Parce qu&#039;ils peuvent toujours échanger du numéraire contre toutes sortes de marchandises, tandis qu&#039;ils ne peuvent tirer parti aussi aisément des autres denrées. Que ferait mon bottier, par exemple, avec un article de journal que je m&#039;engagerais à lui livrer à trois mois de date, en échange d&#039;une paire de bottes ? Sans doute c&#039;est bien, en définitive, avec des articles de journaux que, moi journaliste, je paye mes bottes ; mais il faut d&#039;abord que je réussisse à placer mes articles. Si je donnais à mon bottier une promesse payable en premiers-Paris au lieu d&#039;une promesse payable en argent, ce serait à lui de placer ces premiers-Paris, et Dieu sait s&#039;il y réussirait ! Aussi n&#039;accepte-t-il que des billets payables en belle et bonne monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quoi servent ces billets jusqu&#039;à l&#039;échéance ? Ils servent, pour la plupart, à la circulation. S&#039;ils n&#039;existaient point, on devrait les remplacer par des sommes d&#039;or et d&#039;argent. Moi particulier, qui émets de ces billets à terme, je bats donc monnaie. Puis-je battre indéfiniment de cette monnaie de papier ? J&#039;en ai le droit ; je puis faire, si bon me semble, des millions de promesses de payer, je puis en entasser une chambre pleine. Mais la question n&#039;est pas de les faire, la question est de les échanger contre les valeurs existantes, des valeurs concrétées sous forme de numéraire, d&#039;habits, de bottes, de meubles, etc. Or, me sera-t-il possible d&#039;échanger indéfiniment mes promesses de payer contre de ces valeurs réelles ? Non pas ! je n&#039;en pourrai guère échanger que la somme qu&#039;on me supposera en état de payer. Avant d&#039;accepter mes billets, on s&#039;enquerra de ma position, de mes moyens d&#039;existence, de mon intelligence, de ma probité, de ma santé, et d&#039;après tout cela on jugera si ma promesse de payer est valable ou non. Il y a des gens habiles qui réussissent à placer de leurs billets plus qu&#039;ils n&#039;en peuvent payer ; il y a, en revanche, des maladroits qui ne réussissent point à en placer autant ; mais, en général, le crédit de chacun se proportionne à ses facultés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est pourtant d&#039;une appréciation bien difficile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Aussi faut-il un tact exquis pour faire cette appréciation. Ce tact, les banquiers l&#039;acquièrent et le développent par une longue habitude. Ceux qui ne le possèdent point se ruinent. Si le gouvernement s&#039;avisait de faire la banque comme il fait tant d&#039;autres choses, vous verriez promptement disparaître les capitaux de ce banquier omnibus.... Heureusement, le gouvernement n&#039;est pas devenu encore le banquier universel. Aussi ne peut-on guère lancer dans la circulation plus de promesses qu&#039;on n&#039;en peur rembourser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle différence y a-t-il entre la promesse de payer d&#039;une banque et celle d&#039;un particulier ? Aucune, si ce n&#039;est que l&#039;une est payable à vue, tandis que l&#039;autre est payable à terme. L&#039;une et l&#039;autre doivent également s&#039;appuyer sur des valeurs réelles pour être acceptées. On n&#039;accepte votre promesse que si l&#039;on présume qu&#039;elle sera payée à l&#039;échéance ; on n&#039;accepte un billet de banque que si l&#039;on a la certitude d&#039;en obtenir toujours le remboursement en espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les billets de banque ne sont point remboursables en espèces, c&#039;est-à-dire en une marchandise toujours aisément échangeable, circulable, lorsqu&#039;ils sont remboursables en terres ou en maisons par exemple, ils subissent une dépréciation équivalente à la difficulté d&#039;échanger ces terres ou ces maisons contre une denrée parfaitement circulable ; lorsqu&#039;ils ne sont remboursables ni à vue, ni à terme en aucune valeur réelle, espèces, maisons, terres, meubles, etc., ils perdent toute valeur, ils ne sont plus que des chiffons de papier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Comment se fait-il qu&#039;on accepte des billets de banque, au lieu d&#039;exiger du numéraire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Parce qu&#039;ils sont des instruments de circulation plus commodes, plus faciles à transporter et moins coûteux, voilà tout !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Mais, encore une fois, le gouvernement n&#039;a-t-il pas raison d&#039;intervenir pour empêcher les banques d&#039;émettre plus de billets qu&#039;elles n&#039;en pourraient rembourser ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il devrait donc intervenir aussi pour empêcher les particuliers de souscrire plus de promesses qu&#039;ils n&#039;en peuvent payer. Pourquoi ne le fait-il point ? parce que c&#039;est impossible d&#039;abord, parce que c&#039;est inutile ensuite. Je n&#039;ai pas besoin de vous démontrez que c&#039;est impossible, je vous démontrerai, en deux mots, que c&#039;est inutile. Vos émission particulières ne sont pas limitées par votre volonté, à vous ; elles sont limitées par la volonté d&#039;autrui. Lorsqu&#039;on juge que vous avez dépassé vos moyens de payer, on refuse d&#039;accepter vos promesses de payement, et votre émission se trouve ainsi arrêtée. Aucun gouvernement ne pourrait certes apprécier aussi justement que les intéressés eux-mêmes, le moment où un particulier dépasse ses moyens de payer. L&#039;intervention du gouvernement pour régler le crédit des particuliers, à supposer qu&#039;elle fût possible, serait donc parfaitement inutile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui est vrai pour les particuliers qui émettent des billets à terme, ne l&#039;est pas moins pour les banques qui émettent des billets à vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle est la fonction des banques, ou du moins quelle est leur fonction principale ? C&#039;est d&#039;escompter des billets.C&#039;est de donner en échange d&#039;une valeur réalisable, et parfaitement circulable. C&#039;est d&#039;acheter des billets à terme contre du numéraire ou des billets représentant du numéraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si une banque se sert uniquement de numéraire pour faire l&#039;escompte, ceux qui lui vendent des billets payables à terme ne courrent aucun risque, à moins que la monnaie ne soit fausse. Or les détenteurs de billets payables à terme ne sont pas assez imbéciles pour les céder contre de la fausse monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la banque donne en échange de ces billets payables à terme, non point du numéraire, mais des billets payables à vue, la situation n&#039;est plus la même, j&#039;en conviens. Il peut arriver que la banque, alléchée par les bénéfices de l&#039;escompte, émette une quantité considérable de billets sans s&#039;inquiéter si elle pourra toujours, en toutes circonstances, les rembourser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de même que la banque n&#039;accepte point les billets des particuliers, lorsqu&#039;elle n&#039;a pas une foi suffisante dans le remboursement de ces billets, de même les particuliers n&#039;acceptent point les billets de la banque lorsqu&#039;ils n&#039;ont pas la certitude de pouvoir toujours, en toutes circonstances, les réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les particuliers jugent que la banque n&#039;est pas en état de rembourser ses billets, ils ne les prennent point et demandent du numéraire. Ou bien encore ils les prennent, mais réduction faite des risques de non payement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment le public peut-il savoir si une banque est en état ou non de rembourser ses billets payables à vue ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il ne les accepte point s&#039;il n&#039;est pleinement édifié à cet égard, les banques sont intéressées à rendre leur situation publique. Elles publient donc, chaque mois ou chaque semaine, le compte-rendu de leurs opérations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce compte-rendu, le public voit quel est le chiffre des émissions, le montant des réserves en numéraire, des valeurs diverses en portefeuilles, il compare le passif avec l&#039;actif, et il juge, en conséquence, s&#039;il peut continuer ou non à accepter les billets de la banque, et à quel taux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et si la banque présente un faux aperçu de sa situation ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
En un mot, si elle commet un faux. En ce cas, les détenteurs de billets peuvent ou doivent pouvoir faire punir comme faussaires, faux monnayeurs, les directeurs de cette banque, et se faire rembourser, par les actionnaires responsables, le montant du vol commis à leur préjudice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste, le public, guidé par son intérêt, est assez prudent pour ne s&#039;adresser qu&#039;aux banques dont les directeurs et les administrateurs lui offrent des garanties morales suffisantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous voyez donc que si le gouvernement peut se passer d&#039;intervenir pour empêcher les particuliers de duper les banques, il pourrait se passer tout aussi bien d&#039;intervenir pour empêcher les banques de duper les particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;expérience s&#039;accorde ici pleinement avec la théorie. Les banques libres des Massachussets, du Vermont, etc., ont causé, je vous l&#039;ai dit, beaucoup moins de sinistres que les banques privilégiées de l&#039;Europe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il est inutile que le gouvernement intervienne pour régler l&#039;émission des billets de banque, à quoi donc peut servir son intervention ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vais vous exposer brièvement à quoi elle sert.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intervention du gouvernement dans les affaires de crédit se réduit toujours, en définitive, à ceci : à accorder à une banque le privilège exclusif d&#039;émettre des billets payables à vue. Lorsqu&#039;une banque est pourvue de ce privilège exclusif d&#039;émettre des billets payables à vue. Lorsqu&#039;une banque est pourvue de ce privilège, elle peut aisément défier toute concurrence. Les autres entreprises, ne pouvant escompter qu&#039;avec du numéraire ou des billets à terme, se trouvent hors d&#039;état de lutter avec la banque privilégiée :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, parce que les billets payables à vue sont des instruments de circulation plus parfaits que le numéraire ou les billets à terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, parce que la monnaie de papier ne peut être livrée à plus bas prix que le numéraire. En voici la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute, les billets de banque doivent s&#039;appuyer toujours sur des valeurs réelles et circulables. La banque doit toujours être en mesure de les rembourser en espèces. Mais voici ce qui arrive : lorsqu&#039;une banque est solidement assise, on ne lui présente, en temps ordinaire, qu&#039;un petit nombre de billets à rembourser. Elle peut donc se dispenser d&#039;avoir constamment en caisse une somme de numéraire égale à la somme de ses billets en circulation. Qu&#039;elle soit en mesure de se la procurer, dans le cas où l&#039;on viendrait lui demander le remboursement total de ses émissions ; qu&#039;elle ait à sa disposition une quantité suffisante de bonnes valeurs aisément réalisables en espèces, voilà tout ce qu&#039;il faut ! On ne saurait rien exiger de plus. Mais ces bonnes valeurs, actions de chemins de fer, de compagnies d&#039;assurances, titres de rentes, sont moins chères que le numéraire de tout le montant de l&#039;intérêt qu&#039;elles portent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Moins la banque est obligée de conserver de numéraire en réserve, et moins cher elle peut vendre ses billets payables à vue, plus bas elle peut faire descendre le taux de l&#039;escompte. Ordinairement les banques ne conservent pas, en numéraire, plus du tiers de la somme de leurs émissions. Toutefois le chiffre de la réserve du numéraire est complètement subordonné aux circonstances. Une banque doit conserver une proportion d&#039;espèces plus ou moins considérable, selon que les crises monétaires sont plus ou moins à redouter, selon aussi que les autres valeurs composant sa réserve, sont plus ou moins aisément réalisables en espèce. C&#039;est une affaire de tact. La banque est, du reste, bientôt avertie par la diminution de ses escomptes, qu&#039;elle se trouve en-dessous de la limite nécessaire, car le public ne tarde pas à lui acheter moins de billets lorsqu&#039;il a moins de confiance en leur remboursement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une banque autorisée exclusivement à émettre des billets payables à vue, possède donc un double avantage : elle peut fournir un instrument de circulation perfectionné aux demandeurs de monnaie, et cet instrument perfectionné, elle peut le livrer à meilleur marché que les entreprises rivales ne peuvent livrer un instrument plus grossier, le numéraire. Aussi se débarrasse-t-elle aisément de toute concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si la banque privilégiée réussit à demeurer seule maîtresse du marché n&#039;imposera-t-elle pas la loi aux acheteurs de monnaie ? Ne leur fera-t-elle pas payer ses billets plus cher qu&#039;ils ne les payeraient sous un régime de libre concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Cela me paraît inévitable. C&#039;est la loi du monopole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Les actionnaires de la banque privilégiée bénéficieront de la différence. A la vérité, ils seront obligés d&#039;admettre des co-partageants aux profits de leur fructueux monopole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;une banque obtient, dans un grand pays, le privilège exclusif de l&#039;émission des billets à vue, toute concurrence venant à succomber devant ce privilège, elle voit s&#039;accroître énormément sa clientèle. Bientôt elle ne peut plus y suffire : elle abandonne alors une partie de sa besogne, partant de ses profits, à un certain nombre de banquiers. Elle n&#039;accepte plus que les billets garantis par trois signatures, et elle entoure l&#039;escompte de formalités et de difficultés telles que les demandeurs de billets sont obligés de recourir à l&#039;intermédiaire des banquiers ayant un compte ouvert à la banque [3].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela simplifie considérablement la besogne de la banque privilégiée. Au lieu d&#039;avoir affaire à plusieurs milliers d&#039;individus, elle n&#039;a plus affaire qu&#039;à un petit nombre de banquiers, dont il lui est facile de surveiller les opérations ; mais ces intermédiaires privilégiés font naturellement payer cher leurs services. Grâce à leur petit nombre ils peuvent faire la loi au public. Il se constitue ainsi, sous l&#039;aile de la banque privilégiée, une véritable aristocratie financière qui partage avec elle les bénéfices du privilège.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces bénéfices ne sauraient toutefois dépasser certaines limites. Lorsque la banque et ses intermédiaires élèvent trop haut le prix de l&#039;escompte, le public s&#039;adresse aux banquiers qui escomptent avec du numéraire ou des billets à terme. Malheureusement la concurrence meurtrière de l&#039;établissement privilégié réduisant beaucoup le nombre de ceux-ci, et ne leur laissant qu&#039;une existence précaire, le prix de l&#039;escompte demeure toujours fort exagéré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les temps de crise, le privilège des banques a un résultat plus funeste encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vous ai dit qu&#039;une banque doit toujours être en mesure de rembourser ses billets en espèces. Qu&#039;arrive-t-il lorsqu&#039;elle se trouve hors d&#039;état de les rembourser tous ? Il arrive que les billets dont le remboursement ne peut s&#039;opérer, se déprécient. Par qui la dépréciation est-elle supportée ? par les porteurs de billets ; ceux-ci subissent une véritable banqueroute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eh ! bien, savez-vous à quoi sert le privilège ? Il sert à autoriser les banques à commettre impunément, légalement, cette sorte de banqueroute. La Banque de France et la Banque d&#039;Angleterre ont été, à diverses reprises, autorisées à suspendre leurs payements en espèces. La Banque d&#039;Angleterre l&#039;a été notamment en 1797. Les porteurs de billets ont perdu jusqu&#039;à trente pour cent dans le cours de la suspension. La Banque de France a joui du même bénéfice en 1848.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ses billets ont perdu fort peu de chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Le chiffre de la perte ne fait rien à l&#039;affaire. N&#039;eussent-ils perdu qu&#039;un seul jour un millième pour cent, les porteurs n&#039;en auraient pas moins été victimes d&#039;une banqueroute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si ces deux Banques n&#039;avaient pas été privilégiées, leurs actionnaires auraient été obligés de payer jusqu&#039;au dernier sou, les billets présentés au remboursement. Dans cette éventualité, les porteurs de billets n&#039;auraient rien perdu ; en revanche, les actionnaires auraient dû s&#039;imposer d&#039;assez durs sacrifices pour satisfaire à tous les engagements de la Banque. Mais c&#039;est là un risque que courent tous les capitalistes dont les fonds sont engagés dans la production... à l&#039;exception toutefois de ceux qui jouissent du privilège de rejeter leurs pertes sur le public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je m&#039;explique maintenant pourquoi les actionnaires de la Banque de France ont reçu, en 1848, leurs dividendes accoutumés, tandis que toutes les entreprises industrielles ou commerciales étaient en perte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Soyons justes toutefois. Il faut accuser bien moins les actionnaires des banques privilégiées que les gouvernements distributeurs de privilèges. En France, comme en Angleterre, le privilège de la Banque a été accordé à titre onéreux. En échange de cette faveur, le gouvernement s&#039;est emparé de tout ou partie du capital versé par les actionnaires. Hors d&#039;état de le leur restituer dans les temps de crise, il s&#039;est tiré de cet embarras, en autorisant la Banque à suspendre ses payements en espèces. faute de pouvoir s&#039;acquitter de ses engagements envers la Banque, il a autorisé la Banque à manquer à ses engagements envers le public [4].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jadis, lorsque les gouvernements se trouvaient hors d&#039;état de payer leurs dettes, ils falsifiaient leurs monnaies, en y ajoutant du cuivre ou du plomb, ou bien encore en diminuant le poids des pièces. De nos jours, ils procèdent autrement : ils empruntent de grosses sommes à des établissements qu&#039;ils autorisent exclusivement à fabriquer de la monnaie de papier. Privée de sa base naturelle et nécessaire, cette monnaie se déprécie dans les moments de crise. Le gouvernement intervient alors pour obliger le public à supporter la dépréciation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Où est la différence des deux procédés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous un régime de libre concurrence aucune de ces combinaisons spoliatrices ne serait possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous ce régime, les banques devraient disposer d&#039;un capital suffisant pour remplir leurs engagements, faute de quoi le public n&#039;accepterait point leurs billets. Dans les temps de crise, elles supporteraient seules la perte naturellement occasionnée par le resserrement de la circulation ; il ne leur serait plus permis de la rejeter sur le public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous ce régime encore, la concurrence des banques ferait promptement descendre le prix de l&#039;escompte, aujourd&#039;hui surélevé, au prix le plus bas possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous ce régime enfin, les billets de banque représentant des valeurs réelles et non plus ses créances irrécouvrables, se fractionnant selon les besoins du public et non plus selon la convenance des privilégiés, se multiplieraient dans une proportion considérable. La circulation presque entière se ferait économiquement en papier au lieu de se faire chèrement en numéraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous avez singulièrement ébranlé mes convictions, je l&#039;avoue. Quoi ! cette féodalité financière, dont j&#039;attribuais l&#039;existence à la libre concurrence, s&#039;est élevée grâce au monopole. Quoi ! la cherté de l&#039;escompte et les perturbations désastreuses de notre circulation monétaire proviennent du privilège et non de la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Précisément. Vous autres socialistes, vous vous êtes trompés sur les banques comme sur tout le reste. Vous avez cru que les banques étaient soumises au régime du laisser-faire, et vous avez attribué à la liberté des abus et des maux qui ont leur origine dans le privilège. Ç&#039;a été, en toutes choses, votre grande et déplorable erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Au fait, c&#039;est bien possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Si nous avions assez de loisirs pour passer en revue toutes les autres industries privilégiées ou réglementées, la boulangerie, la boucherie, l&#039;imprimerie, le notariat, le courtage, la vente des effets publics, le barreau, la médecine, la prostitution, etc., vous verriez qu&#039;en toutes choses le privilège et la réglementation ont donné les mêmes résultats désastreux : diminution et altération de la production d&#039;une part, perturbation, iniquité de la répartition de l&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a limité le nombre des boulangers dans les principaux centres de population. Mais on s&#039;est aperçu que cette limitation mettait les consommateurs à la merci des boulangers, et l&#039;on a établi un maximum pour le prix du pain. On a voulu corriger un règlement par un autre. A-t-on réussi ? Les manoeuvres qui s&#039;opèrent journellement à la halle aux farines attestent le contraire. Des spéculateurs s&#039;entendent avec les boulangers pour faire hausser d&#039;une manière factice le cours des farines, le maximum est porté au dessus du cours réel du grain, et les auteurs de ces manoeuvres immorales empochent la différence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a en France quelques villes où la boulangerie est demeurée libre, à Lunel par exemple, et nulle part on ne mange du pain de meilleur qualité et à aussi bas prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous savez combien le privilège des agents de change a été profitable au petit nombre de ceux qui en ont été investis ; vous savez aussi combien le privilège des notaires a élevé les prix des actes civils tout en diminuant la sécurité des dépôts. Dans aucune industrie libre, les faillites ne sont aussi nombreuses ni aussi scandaleuses que dans le notariat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le privilège des imprimeurs a eu pour résultat d&#039;augmenter le prix des impressions, en créant de véritables charges d&#039;imprimeurs. A Paris, ces charges ne coûtent pas moins de vingt-cinq mille francs. Les ouvriers imprimeurs aussi bien que les garçons boulangers, bouchers et les clercs de notaire se trouvent cantonnés à vie dans les derniers grades de l&#039;industrie ; à moins de posséder un capital suffisant pour acheter un brevet ou une charge, ils ne peuvent devenir entrepreneurs ou directeurs d&#039;industrie. Autre iniquité !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous nous avez signalé aussi la prostitution. La limitation du nombre des maisons de tolérance n&#039;est-elle pas commandée par l&#039;intérêt de la moralité publique ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Les entraves apportées à la multiplication des maisons de tolérance ont pour résultat unique d&#039;augmenter les profits des directrices et des commanditaires de ces établissements, tout en diminuant le salaire des malheureuses qui trafiquent de leur beauté et de leur jeunesse. Des fortunes considérables sont sorties de cette exploitation immonde.... Le monopole des maisons de tolérance est renforcée encore par les règlements de police qui interdisent aux prostituées le séjour des maisons garnies. Ceux qui n&#039;ont pas les moyens d&#039;acheter des meubles sont obligés de se mettre à la merci des entrepreneurs de prostitution ou de faire de la prostitution interlope.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ne pensez-vous pas que le prostitution disparaîtra un jour ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je l&#039;ignore. En tous cas, ce n&#039;est point à coups de règlements qu&#039;on la fera disparaître. On la rendra, au contraire, plus dangereuse !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous un régime où la propriété serait pleinement respectée, où, par conséquent, la misère serait réduite à son minimum, la prostitution diminuerait considérablement, car la misère est la plus grande et infatigable pourvoyeuse de la prostitution. Il n&#039;y aurait plus, sous ce régime, que des prostituées volontaires. Cela étant, il vaut mieux, je pense, que la prostitution se concentre, conformément au principe de la division du travail, plutôt que de s&#039;universaliser. J&#039;aime mieux peu de femmes se prostituant beaucoup, que beaucoup de femmes se prostituant un peu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous ne devineriez guère où le privilège et le communisme sont allés se nicher encore : dans les cercueils où l&#039;on dépose nos tristes dépouilles ; dans les cimetières où l&#039;on enfouit la poussière humaine. Pompes funèbres et cimetières sont privilégiés ou communs. On ne peut librement enterrer un mort, on ne peut librement ouvrir un cimetière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Paris, l&#039;administration des pompes funèbres est affermée à une entreprise particulière. Le prix du bail est véritablement excessif ; la redevance s&#039;élève aux trois quarts de la recette présumée environ. Et cette redevance est payée non pas à la municipalité, mais aux fabrique des églises reconnues par l&#039;État. Tant pis pour les morts qui appartiennent à des cultes non reconnus ! Le montant de cet impôt funéraire sert à couvrir les menues dépenses des paroisses, à salarier les prédicateurs en renom, à payer les décorations somptueuses du mois de Marie, etc. Hérétiques ou orthodoxes, les morts ne réclament guère !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi livrés à une administration privilégiée et exorbitamment imposée, le service des pompes funèbres ne saurait manquer d&#039;être cher et défectueux. Il coûte huit ou dix fois plus cher qu&#039;il ne coûterait sous un régime de liberté, et son insuffisance est régulièrement constatée à toutes les époques de mortalité extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce système, le modeste héritage de l&#039;ouvrier disparaît dans les frais d&#039;enterrement, à moins que les enfants du défunt ne se résignent à recevoir l&#039;aumône du convoi des pauvres. Est-il une inégalité plus monstrueuse ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cimetières, ces vastes hôtelleries de la mort, appartiennent aux municipalités. Il n&#039;est pas permis de leur faire concurrence en ouvrant un cimetière libre. Aussi les places réservées coûtent-elles fort cher. Six pieds carrés du cimetière du Père-Lachaise coûtent plus cher qu&#039;ailleurs un arpent de terre. Le riche seul peut aller s&#039;agenouiller sur la tombe de ses Pères ; le pauvre est réduit à s&#039;incliner sur le bord de la fosse commune où se succèdent, pressées comme des gerbes dans une meule, les générations des misérables. Les hordes les plus sauvages auraient horreur de ce communisme de la tombe ; nous y sommes accoutumés... ou pour mieux dire nous le supportons comme tant d&#039;autres abus qui nous meurtrissent... Avez-vous remarqué quelquefois, dans nos cimetières, des femmes du peuple cherchant de l&#039;oeil le lieu où l&#039;on a déposé leur père, leur mari ou leur enfant. Elles y avaient planté une petite croix avec une inscription peinte de blanc. Mais la croix a disparu sous une nouvelle couche de cercueils. Fatiguées d&#039;une recherche vaine, elles s&#039;éloignent le coeur gros, en remportant avec elles la couronne d&#039;immortelles, achetée sur le chétif salaire de la semaine...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Laissons ce sujet lamentable. Dans votre nomenclature d&#039;industries privilégiées vous avez cité le barreau, la médecine, le professorat. Cependant chacun est libre de devenir médecin, avocat, professeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Oui, sans doute, mais ces professions sont étroitement réglementées. Or, tout règlement qui obstrue l&#039;entrée d&#039;une profession ou d&#039;une industrie, ou qui en embarrasse l&#039;exercice, contribue inévitablement à en élever les frais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Comment ! vous voudriez qu&#039;on pût exercer librement la médecine, pratiquer le barreau, enseigner... Mais que deviendrions-nous, bon Dieu ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ce que nous deviendrions ? Nous serions guéris plus promptement et à moins de frais ; nos procès nous coûteraient moins cher et nos enfants recevraient une éducation plus substantielle, voilà tout ! Fiez-vous pour cela à la loi de l&#039;offre et de la demande, sous un régime de libre-concurrence. Si l&#039;enseignement devenait libre, les entrepreneurs d&#039;éducation cesseraient-ils de demander des bons professeurs ? ceux-ci ne seraient-ils pas intéressés, en conséquence, à pouvoir offrir des connaissances solides et vastes ? Leur salaire ne se proportionnerait-il pas à leur mérite ? Si l&#039;exercice de la médecine venait à être débarrassé des règlements qui l&#039;entravent, les malades n&#039;en continueraient-ils pas moins à s&#039;adresser aux meilleurs médecins ? Parmi les études aujourd&#039;hui imposées aux médecins et aux avocats combien sont inutiles dans la pratique ? Combien tiennent la place de connaissances indispensables ? A quoi servent, je vous le demande, aux avocats et aux médecins le latin et le grec ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vouloir que les avocats et les médecins cessent d&#039;apprendre le latin et le grec, en vérité c&#039;est trop fort ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Les frais de ce latin et de ce grec sont remboursés en partie par les contribuables, qui soutiennent les établissements universitaires, en partie par les clients des avocats et des médecins. Or, je me demande en vain ce qu&#039;un avocat ou un médecin, qui ont à discuter des lois françaises et à guérir des malades français, peuvent faire du latin et du grec. Toutes les lois romaines sont traduites aussi bien qu&#039;Hippocrate et Gallien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et la nomenclature médicale donc ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Croyez-vous qu&#039;une maladie nommée en français ne puisse être aussi aisément guérie que la même maladie nommée en latin ou en grec ? Quand donc fera-t-on justice de ce mauvais charlatanisme d&#039;étiquettes et de formules que Molière poursuivait de son impitoyable bon sens ?...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faudrait des volumes pour dénombrer cette armée de privilèges et de règlements qui obstruent l&#039;entrée des professions les plus utiles et qui entravent l&#039;exécution des travaux les plus nécessaires [5].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je finis en citant une dernière disposition de ce monument de barbarie qu&#039;on appelle le Code français.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On se plaint généralement de ce que les grandes entreprises d&#039;utilité publique ont peine à se développer en France. Voulez-vous savoir pourquoi ? Lisez cet article de la loi des 7-9 juillet 1833.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Art. 3. Tous les grands travaux publics, routes royales, docks, entrepris par l&#039;État ou par des compagnies particulières, avec ou sans péages, avec ou sans subsides du Trésor, avec ou sans aliénation du domaine public, ne pourront être exécutés qu&#039;en vertu d&#039;une loi qui ne sera rendue qu&#039;après une enquête administrative. Une ordonnance suffira pour autoriser l&#039;exécution des routes, des canaux et chemins de fer d&#039;embranchement de moins de vingt mille mètres de longueur, des ponts et de tous autres travaux de moindre importance. Cette ordonnance devra également être précédée d&#039;une enquête.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or vous savez combien de temps il faut pour faire une enquête administrative, combien pour discuter une loi ou rendre une ordonnance ? Plaignez-vous donc, après cela, de ce que l&#039;esprit d&#039;entreprises ne se développe pas en France ! Plaignez-vous de ce que les malheureux que vous avez garottés ne marchent pas !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[1] Dans un article sur les Sociétés commerciales en France et en Angleterre, publié dans la Revue des Deux Mondes (1er août 1843), M. Charles Coquelin a insisté, le premier, sur la nécessité d&#039;accorder une entière liberté aux associations commerciales. Voici quelques extraits de ce travail remarquable :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Il s&#039;est formé de nos jours des écoles philosophiques qui ont eu la prétention de conduire l&#039;humanité, par l&#039;association, à des destinées inconnues. Est-il besoin de les nommer, quand les derniers échos de leurs paroles sonores retentissent encore autour de nous ? Que voulaient les chefs de ces écoles ? Améliorer l&#039;ordre existant, purger de ses taches cette société humaine que le travail des temps a formée, continuer l&#039;oeuvre des générations passées en perfectionnant par degrés ses procédés et ses formes ? Tout cela ne suffisait point à l&#039;ambition de ces docteurs. La société actuelle n&#039;était pas assez régulière à leurs yeux ; elle n&#039;était pas assez absolue, assez étroite ; elle laissait trop de place au libre arbitre de l&#039;homme, et respectait trop l&#039;action spontanée de l&#039;individu. Ce qu&#039;ils voulaient, c&#039;était une société une, avec un seul centre et un seul chef, une société universelle par son étendue, universelle par son objet, où l&#039;individualité humaine disparût dans le courant de l&#039;action sociale, qui n&#039;eût qu&#039;une seul âme, un seul mobile, où l&#039;homme ne connût aussi qu&#039;un seul lien, mais un lien qui l&#039;étreignit, pour ainsi dire, tout entier. Voilà ce que demandaient ces prétendus apôtres de la sociabilité humaine. Est-ce là ce que l&#039;avenir nous promet ? Est-ce ainsi que le progrès doit s&#039;accomplir ? Loin de là : l&#039;étude du véritable caractère de l&#039;homme et la connaissance des faits historiques nous montrent au contraire que, dans le cours naturel des choses, le lien social va chaque jour se fractionnant et se multipliant ; que l&#039;humanité, dans ses développements normaux, dans ses aspirations réelles vers le progrès, au lieu de ramener l&#039;association à cette unité étroite et misérable, tend sans cesse à la diviser, à diversifier ses formes, à l&#039;éparpiller en quelque sorte sur des objets chaque jour plus nombreux et plus variés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L&#039;homme est un être sociable, dit-on, et sur ce fondement on veut qu&#039;il s&#039;absorbe tout entier dans une société unique, comme si ce penchant social qu&#039;on lui attribue ne pouvait s&#039;exercer que là. Oui, l&#039;homme est un être sociable ; il l&#039;est plus que nul être sensible ; c&#039;est là son attribut le plus distinctif et son plus noble apanage. Mais avec le sentiment de la sociabilité, il nourrit en lui un besoin impérieux de liberté et une certaine spontanéité dans ses rapports. C&#039;est d&#039;ailleurs un être mobile et divers autant que sociable, et il porte d&#039;instinct vers un état de société mobile et divers comme sa nature elle-même. Au lieu donc de se lier une fois pour toutes, dans une société unique, il doit se lier plutôt par des milliers de fils légers qui, en l&#039;attachant, de toutes parts, à ses semblables, respectent pourtant le jeu de sa nature mobile. Voilà ce que la raison commande ; là est le progrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Dans aucun temps, le principe de l&#039;association n&#039;a été largement appliqué en France. Soit avant, soit depuis la Révolution, on n&#039;y trouve guère qu&#039;un certain nombre de ces sociétés chétives que le niveau commun atteint, peu ou point de ces puissants concours de capitaux ou d&#039;hommes qui mettent le commerce d&#039;un pays à la hauteur des grandes entreprises. Bien des gens s&#039;en prennent au génie du peuple français, peu propre, dit-on, à se prêter aux combinaisons de l&#039;association commerciale. Sans nous arrêter à cette explication, qui nous paraît prématurée, nous essaierons de montrer que la cause du mal est toute dans la loi qui régit nos sociétés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;La loi de 1807, qui régit les sociétés commerciales, a subsisté sans altération jusqu&#039;à nos jours : c&#039;est dans ses dispositions et ses tendances qu&#039;il faut chercher la cause de l&#039;état de torpeur où l&#039;association languit parmi nous, aussi bien que des abus et des scandales qui ont suivi ses trop rares applications. — On peut la résumer ainsi : La loi reconnaît trois espèces de sociétés commerciales, la société en nom collectif, la société en commandite et la société anonyme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Dans la société en nom collectif, tous les associés doivent être nominalement désignés dans un acte rendu public, et leurs noms peuvent seuls faire partie de la raison sociale. Il s sont d&#039;ailleurs unis par les liens d&#039;une étroite solidarité, chacun étant indéfiniment responsable, sur sa personne et sur ses biens, de tous les engagements contractés par la société, et les engagements sociaux pouvant être contractés par chacun d&#039;eux, pourvu qu&#039;il ait signé sous la raison sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;La société en commandite se contracte entre un ou plusieurs associés responsables et solidaires, et un ou plusieurs associés simplement bailleurs de fonds, que l&#039;on nomme commanditaires ou associés en commandite. Les noms des associés responsables et solidaires figurent seuls dans l&#039;acte de société, et seuls aussi peuvent faire partie de la raison sociale. La gestion leur est exclusivement réservée. Par rapport à eux, la société entraîne tous les effets de la société en nom collectif : quant aux associés commanditaires, ils ne sont passibles des pertes que jusqu&#039;à concurrence des fonds qu&#039;ils ont mis ou dû mettre dans la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;La société anonyme n&#039;existe point sous une raison sociale ; elle n&#039;est désignée sous le nom d&#039;aucun des associés ; elle est qualifiée par la désignation de l&#039;objet de l&#039;entreprise. Tous les associés indistinctement y jouissent de l&#039;avantage de n&#039;être engagés que jusqu&#039;à concurrence de leur mise convenue. Elle est administrée par des mandataires à temps, révocables, associés ou non associés, salariés ou gratuits, qui ne contractent, à raison de leur gestion, aucune obligation personnelle ni solidaire, relativement aux engagements de la société, et qui ne sont responsables que de l&#039;exécution du mandat qu&#039;ils ont reçu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Quand on considère dans son ensemble le système dont on vient de voir l&#039;exposé, on ne peut s&#039;empêcher d&#039;être frappé de l&#039;esprit restrictif qui le domine, et qui se révèle d&#039;ailleurs dans ces seuls mots : la loi reconnaît trois espèces de sociétés commerciales. L&#039;association n&#039;étant qu&#039;un acte naturel, il semble qu&#039;elle doive être spontanément réglée entre les parties contractantes avec des formes et des conditions librement déterminées par elles, suivant leurs intérêts et leurs besoins. Nous voyons au contraire que la loi se substitue, à certains égards, aux contractants : elle empiète sur leur libre arbitre pour leur dicter le mode d&#039;association, en ne leur laissant que le choix entre les trois formes particulièrement déterminées par elle. Elle fait plus encore, en imposant à chacune des formes qu&#039;elle spécifie, des règles étroites et rigoureuses, qui ne permettent pas même d&#039;en modifier l&#039;application selon les cas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Qu&#039;est-ce maintenant que la société anonyme en France ? Est-ce par hasard une forme d&#039;association que le commerce puisse appliquer à son usage ? Évidemment non ; c&#039;est une forme réservée par privilège à certaines entreprises extraordinaires qui se recommandent par une grandeur ou un éclat inusités. Celles-là seules, en effet, peuvent se présenter devant le conseil d&#039;État avec des chances raisonnables de succès, sur lesquelles l&#039;opinion publique est formée et qui ont pour elles l&#039;appui des autorités constituées et de quelques hommes puissants. Les entreprises de ce genre sont rares, et quelle que soit leur importance particulière, elles sont, par leur rareté même, d&#039;un intérêt secondaire pour le pays. Quant à la foule des entreprises de second ordre, ou plutôt dont l&#039;utilité est moins apparente, et ne peut souvent s&#039;apprécier que sur les lieux, la forme de la société anonyme leur est tout à fait interdite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Avec de tels éléments, on comprend que l&#039;association n&#039;a pu faire de grands progrès en France, et que le commerce y doit être presque entièrement privé de ses bienfaits. En effet, jusqu&#039;à ces dernières années, où l&#039;esprit d&#039;association pressé de se faire jour, a rompu les barrières de la loi, c&#039;est à peine si l&#039;aspect de la France pouvait donner une idée de ce qu&#039;engendre l&#039;union des forces commerciales. Aujourd&#039;hui même, qu&#039;est-ce que ces rares sociétés par actions répandues çà et là autour de nous ? En Angleterre, avec des conditions plus favorables, quoique trop rigoureuses encore, l&#039;association s&#039;est propagée depuis longtemps avec une bien autre puissance. Le nombre est incalculable des sociétés par actions que ce pays renferme : l&#039;imagination serait confondue de la masse des capitaux qu&#039;elles représentent, et, avec la mesure de liberté dont elles jouissent, ces sociétés ont enfanté des merveilles. Il en est de même aux États-Unis. Sans compter les innombrables banques fondées par actions, qui peuplent ce pays, chaque place importante de l&#039;Union compte une foule d&#039;associations de tous genres, dont quelques-unes sont gigantesques. Les moindres villes, les bourgs, les villages mêmes ont les leurs. Elles soutiennent l&#039;industrie privée ; elles la secondent et l&#039;animent, en même temps qu&#039;elles la complètent. Toutes ensemble, soit qu&#039;elles se renferment dans ce rôle de protectrices des établissements particuliers, soit qu&#039;elles s&#039;attachent à des opérations d&#039;une nature exceptionnelle, elles accroissent de leur activité et de leurs immenses ressources la puissance industrielle et la richesse du pays. A quelle distance ne sommes-nous pas de ce merveilleux développement !&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[2] The Credit system in France, Great Britain and the United-States. Philadelphia, 1838. — What in Currency, by J.-C. Carey. — Du Crédit et des Banques, par Charles Coquelin. paris, 1848. Chez Guillaumin et compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[3] A la Banque de France, les jours d&#039;escompte ont été fixés aux lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine, et aux trois derniers jours qui précèdent la fin de chaque mois, quels que soient ces jours. Pour être admis à l&#039;escompte et avoir un compte-courant à la Banque, il faut en faire la demande par écrit au gouverneur, et l&#039;accompagner d&#039;un certificat signé de trois personnes qui déclarent connaître la signature du demandeur et sa fidélité à ses engagements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(DICTIONNAIRE DU COMMERCE ET DES MARCHANDISES, art. Banques.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[4] Dans une lettre adressée à M. Napier, à Édimbourg, J.-B. Say a fait un historique intéressant du privilège de la Banque de France. Voici quelques extraits instructifs de cette lettre :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;..... La Banque fut reconnue par le gouvernement de Bonaparte et reçut de lui, par une loi du 24 germinal an XI (14 avril 1803), le privilège exclusif de mettre en circulation des billets au porteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Le motif apparent fut de présenter au public une garantie plus respectable des billets en émission. le motif réel fut de faire payer par la Banque le privilège exclusif d&#039;avoir dans la circulation des billets ne portant point intérêt. Elle acheta ce privilège, comme la Banque d&#039;Angleterre, en faisant des avances au gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Les événements marchèrent. La bataille d&#039;Austerlitz eut lieu. Le public, qui savait que la banque avait été obligée de prêter à Bonaparte vingt millions de ses billets, et voyant sur les bras de ce prince l&#039;Autriche et la Russie, le crut perdu et se porta en foule à la Banque pour avoir le remboursement de ses billets. Elle en suspendit le payement en décembre 1805. La bataille d&#039;Austerlitz eut lieu le 2 décembre. La capitulation de Presbourg fut la suite de cette victoire. Bonaparte devint maître, plus que jamais, des ressources de la France. Il s&#039;acquitta envers la Banque, qui reprit ses payements au commencement de 1806.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Bonaparte se prévalut des extrémités où lui-même avait jeté la Banque, et pour prévenir à l&#039;avenir, disait-il, les embarras qui lui avaient fait suspendre le payement de ses billets au porteur, il en changea l&#039;administration par une loi qu&#039;il fit rendre le 22 avril 1806.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Par cette loi, l&#039;administration de la Banque fut donnée à un gouverneur (Jaubert) et à deux sous-gouverneurs, tous trois à la nomination du chef de l&#039;État, mais qui devaient compte à l&#039;assemblée des actionnaires, représentés par deux cents des plus forts d&#039;entre eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;En même temps, le capital de la Banque, qui était composé de quarante-cinq mille actions à mille francs, fut porté à quatre-vingt-dix mille actions formant un capital de quatre-vingt-dix millions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Les besoins du public qui, disait-on, réclamaient de plus forts escomptes, et le dessein qu&#039;il manifestait de prendre des actions dans cet établissement, furent le motif apparent. Le motif réel fut, de la part du gouvernement, la facilité que cet accroissement du capital de la Banque lui présentait pour obtenir de plus fortes avances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Les nouvelles actions furent vendues avec avantage au profit de l&#039;établissement. Le crédit et la puissance du gouvernement étaient portés au comble par des succès inespérés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Le gouverneur de la Banque exerçait une grande influence sur le conseil d&#039;administration, composé de gros négociants, dont les uns obtenaient des décorations, les autres des places pour leurs protégés. Cette influence n&#039;était pas forcée, mais insurmontable. Les caractères fermes et qui méprisaient les avantages qu&#039;on peut retirer du crédit se trouvaient en minorité dans toutes les délibérations. Le capital de la Banque fut, sous différentes formes (soit en cinq pour cent consolidés, soit en obligations du Trésor et des receveurs de contribution), presque entièrement confié au gouvernement ; mais en même temps, on se défendait autant qu&#039;on pouvait de lui prêter des billets au porteur, lesquels n&#039;ayant pour gage que des engagements non exigibles du gouvernement, n&#039;auraient pu être remboursés à présentation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;..... En 1814, lorsque la France, divisée d&#039;intérêts et d&#039;opinions fut envahie par toutes les armées de l&#039;Europe, le gouvernement obligea la Banque de lui faire des prêts extraordinaires. A cette époque, ses billets et ses engagements exigibles excédèrent d&#039;environ vingt millions son numéraire et ses effets à courte échéance. En conséquence, le 18 janvier, lorsque les porteurs de billets, poussés par la crainte, se présentèrent en foule pour obtenir le remboursement de leurs billets, elle fut obligée, non d&#039;en suspendre complètement le payement, mais de réduire le remboursement à cinq cent mille francs par jour. On ne payait qu&#039;un seul billet de mille francs à chaque personne. Elle réduisit ses escomptes, fit rentrer ses créances, et, dès le mois de février suivant, elle reprit ses payements à bureau ouvert et pour toutes sommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;En ce moment, ses prêts faits au gouvernement sur des bons du Trésor ou des receveurs, ou sous toute autre forme, portant intérêts, s&#039;élèvent à vingt-six millions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;J.-B. SAY.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Paris, 14 août 1816.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(Mélanges d&#039;Économie politique. — oeuvres de J.-B. Say ; collection Guillaumin et compagnie).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On sait que la Banque n&#039;a pas cessé d&#039;être la pourvoyeuse du gouvernement, au grand dommage de ceux qui sont obligés de subir son privilège.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[5] Le privilège qui, en France, résulte de la vénalité des charges instituées à titre onéreux par la loi du 28 avril 1816, et, en divers autres pays, s&#039;appuie sur des règlements qui ont fixé dans un intérêt public, réel ou supposé, le nombre des personnes admises à exercer de certains ministères, n&#039;existe pas aux États-Unis. Chacun est libre de se faire commissaire-priseur, agent de change, huissier, avoué, notaire, autant que ces professions ont leurs analogues en Amérique, car le mécanisme judiciaire et ministériel y est tout différent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tendance aujourd&#039;hui est de supprimer même les garanties que la société avait cru devoir exiger de l&#039;homme qui aspire à défendre la veuve et l&#039;orphelin, ou de celui qui prétend instrumenter la vie de ses concitoyens. dans le Massachussets (je cite de préférence les États les plus éclairés), pour être avocat, il fallait, jusqu&#039;en 1836, avoir été reçu bachelier ès lois dans une université, ou bien avoir effectivement passé un certain nombre d&#039;années dans le cabinet d&#039;un praticien qui représentait ensuite le candidat à la cour. Pour exercer la médecine, ou, ce qui est déjà différent, pour avoir le droit de poursuivre un client en payement d&#039;honoraires, il fallait avoir acquis ses grades au collège médical qui fait partie de l&#039;université de Harvard, voisine de Boston. Aujourd&#039;hui on est avocat, dans le Massachussets, sous la seule condition de passer un examen public devant un jury d&#039;hommes de loi, choisi à chaque session par le juge. Quant à la médecine, la clause d&#039;un examen n&#039;est plus nécessaire, même pour la revendication des honoraires : depuis 1836, la petite carrière qui séparait l&#039;exercice de cette profession d&#039;une liberté complète a disparu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(MICHEL CHEVALIER. De la liberté aux États-Unis. — Extrait de la Revue des Deux-Mondes du 1er juillet 1849, p. 20)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Gustave_de_Molinari:Les_Soir%C3%A9es_de_la_rue_Saint-Lazare_-_Huiti%C3%A8me_soir%C3%A9e&amp;diff=2812</id>
		<title>Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare - Huitième soirée</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Gustave_de_Molinari:Les_Soir%C3%A9es_de_la_rue_Saint-Lazare_-_Huiti%C3%A8me_soir%C3%A9e&amp;diff=2812"/>
		<updated>2010-09-23T13:02:23Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : mot oublié&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare|Les Soirées de la rue Saint-Lazare]]&amp;lt;br&amp;gt;Entretiens sur les lois économiques et défense de la propriété|[[Gustave de Molinari]]&amp;lt;br&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;Membre de la Société d&#039;économie politique de Paris&amp;lt;/small&amp;gt;|Huitième soirée}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Interlocuteurs : Un conservateur. — Un socialiste. — Un économiste&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Atteintes portées à la propriété intérieure. — Industries monopolisées ou subventionnées par l&#039;État. — Fabrication de la monnaie. — Nature et usage de la monnaie. — Pourquoi un pays ne saurait être épuisé de numéraire. — Voies de communication. — Exploitées chèrement et mal par l&#039;État. — Transport de lettres. — Maîtres de postes. — Que l&#039;intervention du gouvernement dans la protection est toujours nécessairement nuisible. — Subventions et privilèges des théâtres. — Bibliothèques publiques. — Subvention des cultes. — Monopole de l&#039;enseignement. — Ses résultats funestes.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
On n&#039;atteint pas seulement la propriété extérieure, on atteint encore la propriété sur sa personne, sur ses facultés, sur ses forces, la propriété intérieure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On viole la propriété intérieure, lorsqu&#039;on défend à l&#039;homme d&#039;utiliser ses facultés comme bon lui semble, lorsqu&#039;on lui dit : Tu n&#039;exerceras point telle industrie, ou, si tu l&#039;exerces, tu seras assujetti à certaines gênes, tu seras tenu d&#039;observer certains règlements. Le droit naturel que tu possèdes d&#039;employer tes facultés de la manière la plus utile à toi et aux tiens, ce droit sera diminué ou réglementé. — En vertu de quoi ? — En vertu du droit supérieur de la société. — Mais si je ne fais de mes facultés aucun usage nuisible ? — La société est convaincue que tu ne saurais exercer certaines industries sans lui nuire. — Mais si la société se trompe ? Si en appliquant librement mes facultés à n&#039;importe quelle branche de la production je ne lui porte point dommage ? — Eh bien, tans pis pour toi ! la société ne saurait avoir tort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, en se trompant ainsi, la société ne s&#039;inflige-t-elle pas, à elle-même, un dommage ? Des règlements qui entravent l&#039;activité du producteur n&#039;ont-ils pas pour résultat inévitable, certain, de diminuer la production en augmentant le prix des produits ? Si une industrie est réglementée, vexée, en présence d&#039;autres industries demeurées libres, ne se portera-on pas de préférence dans celles-ci ? ou, si l&#039;on se résigne à exercer l&#039;industrie réglementée, ne rejettera-t-on pas sur les consommateurs une partie du fardeau des vexations et des règlements ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Laissons de côté les régimes où toutes les industries sont réglementées, ceux encore où aucun travailleur ne peut disposer librement de ses facultés, où le travail est encore esclave. Grâce à Dieu, ces monstruosités commencent à devenir rares. Occupons-nous seulement de ces régimes bâtards où certaines industries sont libres, où d&#039;autres sont réglementées, où d&#039;autres encore sont accaparées par l&#039;État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le régime déplorable qui prévaut actuellement en France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous prétendez que le gouvernement nuit à la société en réglementant certaines branches de la production, et en exerçant, lui-même, certaines industries ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je le prétends.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute réglementation, aussi bien que tout monopole, se traduisent en une augmentation directe ou indirecte du prix des produits, partant en une diminution de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement produit plus chèrement et plus mal que les particuliers ; en premier lieu, parce qu&#039;en exerçant plusieurs industries, il méconnaît, sinon dans les détails, du moins dans la directions supérieure, le principe économique de la division du travail ; en second lieu, parce qu&#039;en substituant, directement ou indirectement, le monopole d&#039;une industrie, il méconnaît le principe économique de la libre concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ainsi donc, le gouvernement fabrique la monnaie, construit les routes et les chemins de fer, distribue l&#039;enseignement plus chèrement et plus mal que ne feraient les particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Sans aucun doute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Même la monnaie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
La monnaie comme toute autre denrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
N&#039;est-ce pas un attribut de la souveraineté que de battre monnaie ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Pas plus que de fabriquer des clous ou des boutons de guêtres. Pourquoi la fabrication de monnaie serait-elle un attribut de la souveraineté ? Qu&#039;est-ce que la monnaie ? un instrument à l&#039;aide duquel l&#039;échange des valeurs s&#039;opère.....&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il y a des échanges directs. Une multitude d&#039;échanges s&#039;opèrent aussi avec du papier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il y a fort peu d&#039;échanges directs, et il y en aura de moins de moins, à mesure que la division du travail s&#039;étendra davantage. Un homme qui passa sa vie à fabriquer la dixième partie d&#039;une épingle ne saurait échanger directement ce produit contre les choses dont il a besoin. Il est obligé de le troquer d&#039;abord contre une marchandise intermédiaire, laquelle puisse toujours aisément s&#039;échanger contre toutes choses. Cette marchandise intermédiaire doit être durable, facile à diviser et à transporter. Divers métaux, l&#039;or, l&#039;argent, le cuivre, réunissent, à différents degrés, ces qualités. Voilà pourquoi on en a fait des instruments d&#039;échanges, de la monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant au papier, il peut aussi faire office de monnaie, mais à la condition de représenter une valeur positive, une valeur déjà créée, une valeur concrétée dans un objet existant, disponible, et pouvant servir de monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Voilà ce que ne comprennent pas malheureusement les partisans du papier-monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Mais vous-même, vous me faites l&#039;effet de n&#039;avoir pas une idée bien juste de la monnaie, lorsque vous dites que la fabrication de ce véhicule des échanges est un attribut de la souveraineté. Ce n&#039;est point parce qu&#039;un souverain a marqué une pièce d&#039;or ou d&#039;argent à son effigie, que cette pièce a une valeur, c&#039;est parce qu&#039;elle contient une certaine quantité de travail. Qu&#039;elle soit fabriquée et marquée par un gouvernement ou par un particulier, cela importe peu. Je me trompe ! des particuliers la fabriqueraient mieux, à meilleur marché ; ils auraient soin aussi de mieux pourvoir le marché de l&#039;assortiment de monnaies que réclament les besoins de la circulation. En outre, si, dès l&#039;origine, la monnaie avait été fabriquée par des particuliers, les falsifications eussent été plus rares.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Qu&#039;en pouvez-vous savoir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Les falsifications étant commises autrefois par ceux-là mêmes qui avaient le droit exclusif de réprimer toute espèce de rapines et de fraudes, demeuraient nécessairement impunies. A quoi il faut ajouter que le public n&#039;avait aucun moyen de s&#039;y soustraire, puisque les souverains s&#039;attribuaient aussi le droit exclusif de battre monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la fabrication des monnaies était demeurée libre, des particuliers l&#039;auraient entreprise comme on entreprend toute industrie qui peut donner un bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
La fabrication des monnaies peut-elle donner un bénéfice ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Comme toute autre fabrication. En France, le gouvernement fait payer trois francs le monnayage d&#039;un kilogramme d&#039;argent, et neuf francs le monnayage d&#039;un kilogramme d&#039;or. Il couvre a peu près les frais de production de la monnaie. En Angleterre, le monnayage est gratuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ah ! trouvez-moi donc un particulier qui consente à travailler gratis ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Défiez-vous, de grâce, de ces mots gratis, gratuit, gratuité. Rien de ce coûte du travail n&#039;est gratuit ; seulement, il y a différentes manières de rémunérer ce travail. En France, les consommateurs de monnaie en payent directement la fabrication ; en Angleterre, les contribuables payent ces frais de fabrication, indirectement, sous forme d&#039;impôts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Laquelle de ces deux manières de rémunérer un travail est la plus économique et la plus équitable ? C&#039;est évidemment la première. En France, la fabrication de la monnaie coûte annuellement une certaine somme, un million par exemple. Les particuliers qui font transformer des lingots en monnaie remboursent directement ce million. Si le monnayage était gratuit comme en Angleterre, les frais de production en seraient payés par les contribuables. Mais la perception des impôts ne s&#039;opère pas pour rien ; en France, elle ne s&#039;élève pas à moins de treize pour cent du principal. Si donc notre monnayage était gratuit, il coûterait non pas un millions, mais onze cent trente mille francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pour l&#039;économie de la gratuité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà maintenant pour l&#039;équité de la production gratuite. Qui doit payer une denrée ? Celui qui la consomme n&#039;est-il pas vrai ? — Qui doit, en conséquence, supporter les frais de fabrication de la monnaie ? Ceux qui se servent de la monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Mais tout le monde s&#039;en sert.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Avec cette différence que certains individus, les plus riches, s&#039;en servent beaucoup ; et que d&#039;autres, les plus pauvres, s&#039;en servent peu. Quand le monnayage se paye directement, il est remboursé par les consommateurs de numéraire en proportion de leur consommation ; quand il se paye indirectement, quand il est gratuit, il est remboursé par tout le monde, par les petits consommateurs comme par les gros, souvent par les uns plus que par les autres. Cela dépend de l&#039;assiette de l&#039;impôt. Est-ce de la justice ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le gouvernement monnaye gratis, les frais de production de la monnaie se trouvent portés à leur maximum ; s&#039;il se fait rembourser directement le monnayage, il fabrique tout de même plus cher que l&#039;industrie privée, parce que ce n&#039;est pas sa spécialité de fabriquer de la monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le monnayage était demeuré libre, il aurait vraisemblablement été exécuté par de grandes maisons d&#039;orfèvrerie. Sous ce régime, les consommateurs pouvant refuser la monnaie des falsificateurs, et, de plus, leur faire infliger une punition exemplaire, les falsifications eussent été excessivement rares.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Mais, en se coalisant pour rendre l&#039;approvisionnement de monnaie inférieur à la demande, vos fabricants libres n&#039;auraient-ils point réalisé des bénéfices énormes aux dépens du public ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Non. D&#039;abord parce qu&#039;on peut, à la rigueur, se servir de lingots à défaut de monnaie ; ensuite, parce que la concurrence libre ne tarde guère à briser les coalitions les plus fortes. Lorsque l&#039;équilibre entre l&#039;approvisionnement et la demande vient à être rompu, les prix donnent bientôt un bénéfice tel que la concurrence s&#039;en mêle. On se met alors à produire en dehors de la coalition, jusqu&#039;à ce que le prix courant retombe au niveau de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ah ! c&#039;est toujours la même loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Toujours. Et cette loi explique aussi pourquoi un pays ne saurait jamais être épuisé de numéraire. Quand les besoins de la circulation viennent à dépasser l&#039;approvisionnement du numéraire, le prix des métaux croît progressivement. On cesse alors d&#039;exporter des lingots ; on trouve, au contraire, avantage à en importer, jusqu&#039;à ce que l&#039;équilibre soit rétabli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Voilà qui détruit un des gros arguments des protectionnistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une objection encore. Si la fabrication des monnaies était libre, serait-il possible d&#039;arriver à l&#039;unité monétaire ? Chaque fabricant ne fournirait-il pas une monnaie particulière ? On ne s&#039;y reconnaîtrait plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il y a des milliers de fabricants de calicots, et cependant il n&#039;y a qu&#039;un petit nombre de variétés de calicots.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Manchester, vingt ou trente manufacturiers tissent des pièces de qualité et de dimensions pareilles. Il en serait de même pour la monnaie ; on ne frapperait que les pièces dont le public trouverait commode et avantageux de se servir. Si tous les peuples voulaient se servir de la même monnaie, on arriverait naturellement à l&#039;unité monétaire. S&#039;ils préféraient des monnaies et des mesures différentes, appropriées à leurs habitudes et à leurs besoins particuliers, pourquoi, je vous prie, s&#039;aviserait-on de leur imposer une unité monétaire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous pourriez bien avoir raison. Je conçois, jusqu&#039;à un certain point, qu&#039;on abandonne la fabrication des monnaies à l&#039;industrie privée. Les fabricants peuvent, en effet, se faire concurrence de manière à rendre impossible la constitution d&#039;un monopole. Mais en est-il de même pour toutes les industries dont le gouvernement s&#039;est emparé ? les voies de communication, par exemple, ne constituent-elles pas des monopoles naturels ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il n&#039;y a pas de monopoles naturels. Comment les constructeurs et les exploiteurs des voies de communication pourraient-ils réaliser des bénéfices de monopole ? En élevant le prix des transports au-dessus des frais de production. Mais aussitôt que le prix courant dépasse les frais de production, la concurrence est irrésistiblement attirée...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
On construirait donc deux ou trois routes parallèles d&#039;un point à un autre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Cela ne serait pas nécessaire. La concurrence des voies de communication, notamment des voies perfectionnées, chemin de fer, canaux, etc., s&#039;exerce dans un rayon considérable. Que le chemin de fer du Havre à Strasbourg surélève, par exemple, ses prix de transport, et aussitôt le transit des voyageurs et des marchandises vers le centre de l&#039;Europe se déplacera en faveur d&#039;Anvers ou d&#039;Amsterdam. Pour les points intermédiaires, il y a la concurrence des canaux, des rivières, des tronçons à peu près parallèles ou des routes ordinaires, concurrence qui devient plus active, en présence d&#039;une tentative de monopole... à la condition bien entendu que la concurrence demeure libre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette condition, le prix courant des transports ne saurait jamais dépasser longtemps les frais de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, vous m&#039;accorderez bien, je pense, que les particuliers construisent et exploitent les routes à meilleur marché et mieux que les gouvernements. Comparez les routes de l&#039;Angleterre avec celles de la France ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Le fait ne saurait être contesté. Mais n&#039;est-il pas essentiel que la circulation demeure libre et gratuite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
N&#039;avons-nous pas approfondi déjà le mystère de la gratuité ? Avez-vous oublié qu&#039;une denrée quelconque, monnaie, enseignement, transport, ne saurait être fournie gratis par le gouvernement à moins d&#039;être payée par les contribuables ? Avez-vous oublié qu&#039;en ce cas la denrée coûte, en sus des frais de production ordinaires, les frais de perception de l&#039;impôt ? Si donc nos routes n&#039;étaient point gratuites, elles seraient payées par ceux qui s&#039;en servent, en proportion de ce qu&#039;ils s&#039;en servent, et elles seraient moins chères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui est vrai des grandes voies de communication ne l&#039;est pas moins des petites. Ces gouvernements au petit pied qu&#039;on nomme des départements et des communes construisent des routes à leurs frais, sauf toutefois l&#039;approbation du gouvernement central. Votées par les majorités des conseils communaux ou départementaux, ces routes sont construites et exploitées aux frais de tous les contribuables. Sous le régime monarchique, lorsque des contribuables riches avaient seuls voix dans les conseils de la commune, des départements et de l&#039;État, les pauvres paysans étaient tenus de contribuer pour une large part à des travaux décrétés... au profit de qui ? je vous le laisse à penser. Les corvées de l&#039;ancien régime avaient reparu déguisées sous le titre benin de prestations en nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul moyen de mettre fin à ces scandaleuses iniquités c&#039;est abandonner à l&#039;industrie privée les voies de communication grandes ou petites, aussi bien que toute espèce de transports.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Sans en excepter le transport des lettres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Sans en excepter le transport des lettres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Allons donc !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
La poste n&#039;a pas toujours été entre les mains du gouvernement. Avant la révolution de 89, le transport des lettres était affermé à des compagnies particulières. En 1788, ce bail rapportait douze millions à l&#039;État. Mais comme bien vous pensez, le tarif des lettres était fort élevé. Les gros fermiers savaient distribuer à propos des pots-de-vin aux administrateurs chargés de débattre et de régler les tarifs. Ils florissaient sous ce régime. Mais le public payait largement leur embonpoint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;y avait-il à faire pour remédier aux abus criants de ce système de fermage ? Il y avait tout simplement à abandonner le service des postes à la libre concurrence. Le transport des lettres serait promptement descendu au prix le plus bas possible, sous ce nouveau régime. On aima mieux remettre les postes entre les mains de l&#039;État. Le public n&#039;y gagna rien, au contraire ! Le transport des lettres continua de coûter fort cher, et il devint beaucoup moins sûr. Vous n&#039;ignorez pas que les abus de confiance et les infidélités se sont effroyablement multipliés dans le service des postes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Cela n&#039;est que trop vrai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Pendant longtemps, le gouvernement s&#039;arrogea, en outre, le droit de violer des correspondances. Il n&#039;y a pas bien longtemps que le cabinet noir a été supprimé, et aucuns prétendent qu&#039;il existe encore. Le pis c&#039;est qu&#039;on n&#039;est pas le maître de se soustraire à ces risques et à ces avanies. Il est sévèrement interdit aux particuliers de transporter des lettres. Le transport interlope des correspondances est soumis à des pénalités rigoureuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Quelle barbarie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Voilà les avantages du communisme.... Si le transport des lettres était libre, vous pourriez rendre les transporteurs responsables de la violation de vos correspondances et des vols commis à votre préjudice. Avec le monopole communiste du gouvernement, rien de tout cela n&#039;est praticable. Vous êtes à la merci de l&#039;administration.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Au moins, on a fini par nous donner la réforme postale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Oui, mais la réforme postale n&#039;a détruit un abus que pour le remplacer par un autre. En Angleterre, elle a occasionné, pendant plusieurs années, un déficit considérable dans les recettes ; on avait tellement abaissé le tarif que la moitié des frais de transport des lettres tombait à la charge des contribuables. Il y avait demi-gratuité. Or, n&#039;est-il pas juste que les frais de toute correspondance soient payés par les correspondants ? Pourquoi un pauvre paysan illettré qui n&#039;écrit ni ne reçoit lettres de sa vie contribuerait-il à payer le port des lourdes missives de M. Turcaret ou des billets doux de M. Lovelace son voisin ? Est-il un communisme plus inique et plus odieux que celui-là ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlerai-je des privilèges de la poste aux chevaux ? Autrefois les maîtres de poste institués par Louis XI jouissaient du monopole du transport des voyageurs. Peu à peu, ils furent obligés de partager ce monopole avec les messageries royales, et, enfin, de laisser une place aux entreprises libres. Mais, sur leurs réclamations pressantes, on obligea les nouveaux entrepreneurs à payer aux maîtres de relais, dont ils n&#039;employaient pas les chevaux, une indemnité de vingt-cinq centimes par poste et par cheval attelé (loi du 15 ventôse an XIII). L&#039;indemnité s&#039;est élevée jusqu&#039;au chiffre de six millions par an. Mais les chemins de fer ont diminué considérablement cette aubaine. De là les grandes clameurs des maîtres de postes. Ils ont voulu obliger les compagnies de chemin de fer à les subventionner aussi. Les compagnies ont résisté. L&#039;affaire est pendante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut dire, à la décharge des maîtres de postes, que des règlements datant du règne de Louis XI, les obligent à tenir sur pied des relais de chevaux dans des endroits où ces relais sont parfaitement inutiles. Mais n&#039;est-il pas absurde de pensionner une industrie, qui ne fonctionne plus, aux dépens d&#039;une industrie qui fonctionne ? N&#039;est-il pas absurde et grotesque à la fois, de contraindre les entrepreneurs de diligences à fournir une rente aux chevaux oisifs des maîtres de postes ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est absurde et grotesque, en effet. Mais si le gouvernement, les départements et les communes cessaient complètement d&#039;intervenir dans l&#039;industrie des transports, dans la construction des routes, des canaux, des ponts, des rues, s&#039;ils cessaient d&#039;établir des communications entre les diverses parties du pays et de veiller à ce que les communications établies fussent maintenues, les particuliers se chargeraient-ils de cette tâche indispensable ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Croyez-vous que la pierre lancée dans les airs finira par tomber ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est une loi physique !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Eh ! bien, c&#039;est en vertu de la même loi physique que toutes les choses utiles, routes, ponts, canaux, pain, viande, etc., se produisent aussitôt que la société en a besoin. Lorsqu&#039;une chose utile est demandée, la production de cette chose tend naturellement à s&#039;opérer avec une intensité de mouvement égale à celle de la pierre qui tombe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;une chose utile est demandée sans être produite encore, le prix idéal, le prix qu&#039;on y mettrait si elle était produite croît en progression géométrique à mesure que la demande croît en progression arithmétique [1]. Un moment arrive où ce prix s&#039;élève assez haut pour surmonter toutes les résistances ambiantes et où la production s&#039;opère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela étant, le gouvernement ne saurait se mêler d&#039;aucune affaire de production sans causer un dommage à la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il produit une chose utile après que les particuliers l&#039;eussent produite, il nuit à la société, en la privant de cette chose, dans l&#039;intervalle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il la produit au moment même où les particuliers l&#039;eussent produite, son intervention est encore nuisible, car il produit à plus haut prix que les particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, enfin, il la produit plus tôt, la société n&#039;est pas moins lésée... vous vous récriez. Je vais vous le prouver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec quoi produit-on ? Avec du travail actuel et du travail ancien ou capital. Comment un particulier qui entreprend une industrie nouvelle se procure-t-il du travail et du capital ? En allant chercher des travailleurs et des capitaux dans les endroits où les services de ces agents de la production sont le moins utiles, où, en conséquence, on les paye le moins cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un produit nouveau est plus faiblement demandé que les produits anciens, lorsqu&#039;on ne couvrirait pas encore ses frais en les créant, les particuliers s&#039;abstiennent soigneusement de le créer. Ils n&#039;en commencent la production qu&#039;au moment où ils sont assurés de couvrir leurs frais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Où le gouvernement qui les devance, va-t-il puiser le travail et le capital dont il a besoin ? Il les puise où les particuliers les auraient puisés eux-mêmes, dans la société. Mais en commençant une production avant que les frais n&#039;en puissent encore être couverts, ou bien avant que les profits naturels de cette entreprise nouvelle ne soient au niveau de ceux des industries existantes, le gouvernement ne détourne-t-il pas les capitaux et les bras d&#039;un emploi plus utile que celui qu&#039;il leur donne ? N&#039;appauvrit-il pas la société au lieu de l&#039;enrichir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement a entrepris trop tôt, par exemple, certaines lignes de canaux qui traversent des déserts. Le travail et le capital qu&#039;il a consacrés à la construction de ces canaux, encore inachevés après un quart de siècle, étaient certainement mieux employés où il les a pris. En revanche, il a commencé trop tard et trop peu multiplié les télégraphes, dont il s&#039;est réservé le monopole ou la concession. Nous ne possédons que deux ou trois lignes de télégraphes électriques ; encore sont-elles à l&#039;usage exclusif du gouvernement et des compagnies de chemins de fer. Aux États-Unis, où cette industrie est libre, les télégraphes électriques se sont multipliés à l&#039;infini et ils servent à tout le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
J&#039;admets ces observations pour les industries purement matérielles ; mais vous serez bien forcé d&#039;accorder, je pense, que le gouvernement doit se préoccuper un peu du développement intellectuel et moral de la société. N&#039;a-t-il pas le droit, que dis-je ? le devoir d&#039;imprimer une direction salutaire aux arts et aux lettres, à l&#039;enseignement et d&#039;intervenir dans le service des cultes ? peut-il abandonner ces nobles branches de la production à tous les vents de la spéculation privée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Sans doute, il aurait ce droit et il serait tenu de remplir ce devoir, si son intervention, dans cette partie du domaine de la production, n&#039;était pas toujours et nécessairement nuisible aussi bien que dans l&#039;autre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;agit-il des beaux-arts ? Le gouvernement pensionne quelques hommes de lettres et subventionne certains théâtres. Je crois vous avoir prouvé que les gens de lettres se passeraient aisément de la misérable subvention qu&#039;on leur alloue, si leurs droits de propriété étaient pleinement reconnus et respectés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les subventions accordées aux théâtres sont un des abus les plus criants et les plus scandaleux de notre époque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il a été prouvé maintes fois que le Théâtre-Français et l&#039;Opéra ne sauraient subsister sans subventions. Voudriez-vous, par hasard, qu&#039;on supprimât le Théâtre-Français et l&#039;Opéra ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Remarquez d&#039;abord quelle profonde iniquité se cache sous ce régime des subventions. L&#039;État dépense chaque année plus de deux millions pour soutenir deux ou trois théâtres de Paris. Ces théâtres sont précisément ceux que fréquente la portion la plus aisée de la bourgeoisie parisienne. Qui paye ces deux millions ? Tous les contribuables, le pauvre paysan bas-breton, qui de sa vie n&#039;est entré et n&#039;entrera dans une salle de spectacle, comme le riche habitué de l&#039;orchestre de l&#039;Opéra. Est-ce de la justice ? est-il juste d&#039;obliger un pauvre laboureur, qui passe sa vie courbé sur le manche de sa charrue, à contribuer aux menus plaisirs des riches bourgeois de Paris ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est de l&#039;exploitation !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Mais, encore une fois, aimeriez-vous mieux qu&#039;il n&#039;y eût ni Opéra, ni Théâtre-Français ? Et les intérêts de notre gloire nationale !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Quand Louis XIV écrasait les peuples d&#039;impôts pour bâtir son froid et lamentable château de Versailles ; quand il réduisait les misérables habitants des campagnes à vivre d&#039;herbes, pour subvenir aux fastueuses dépenses de sa cour, n&#039;invoquait-il pas aussi la gloire de la France ? La gloire ! en quoi donc la faites-vous consister ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Dans les grandes choses qu&#039;un peuple sait accomplir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Rien n&#039;est plus grand, rien n&#039;est plus splendide que la justice. Le siècle où l&#039;on cessera de spolier le grand nombre au bénéfice du petit, où la justice deviendra la loi souveraine des sociétés, sera le plus grand des siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais je ne crois pas que les subventions soient nécessaires aux théâtres ; je suis convaincu, au contraire, qu&#039;elles leur sont nuisibles. Les théâtres subventionnés sont ceux qui font le plus mal leurs affaires. Pourquoi ? Je vais vous le dire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquez d&#039;abord qu&#039;une partie de leurs subventions leur est ravie sous différentes formes. Un théâtre subventionné est tenu d&#039;accorder des entrées gratuites aux ministres, aux représentants influents, à une foule de membres de l&#039;administration haute ou basse. La subvention sert donc, en premier lieu, à procurer gratuitement le plaisir du spectacle à une foule de gens...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Qui sont fort en état de payer leur place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Beaucoup plus, à coup sûr, que ceux qui la leur payent. En second lieu, les subventions servent à enrichir les directeurs les moins scrupuleux. Un théâtre est en déficit de cinquante mille francs, le directeur demande cent cinquante mille francs de subvention. On les lui accorde. Il comble le déficit, cède son privilège, et s&#039;en va jouir paisiblement des rentes que l&#039;État lui a faites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les théâtres subventionnés sont continuellement en déficit. Est-ce malgré la subvention ou à cause de la subvention ? Vous allez en juger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une entreprise libre, une entreprise qui est obligée de couvrir elle-même tous ses frais, accomplit des efforts prodigieux pour atteindre ce but. Elle améliore la qualité de sa denrée, elle en diminue le prix, elle invente tous les jours quelque nouveau procédé pour attirer la clientèle. C&#039;est pour elle une question de vie ou de mort. Une entreprise privilégiée et subventionnée ne fait pas de ces efforts. Assurée de vivre, alors même que sa clientèle la désertait tout à fait, alors même que son déficit annuel serait égal au montant total de ses frais, elle prend naturellement ses aises vis-à-vis du public. — Si Tortoni recevait une subvention du gouvernement pour vendre ses glaces, continuerait-il à se donner autant de peine pour faire aller son commerce ? Ses glaces ne finiraient-elles pas par devenir détestables comme certaines pièces d&#039;un certain théâtre, et le public, amateur de bonnes glaces, ne déserterait-il pas en masse son établissement ? Voilà à quoi aurait servi la subvention accordée à l&#039;industrie des glaces nationales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a pis encore que les subventions, il y a les privilèges. L&#039;industrie des théâtre n&#039;est pas libres en France. Il n&#039;est pas permis au premier venu d&#039;ouvrir un théâtre, ni même aucun établissement qui en approche. Récemment, lorsque les cafés lyriques commencèrent à prendre faveur, les théâtres privilégiés s&#039;émurent. Les directeurs pétitionnèrent collectivement pour obtenir la suppression de cette industrie rivale. Le ministre refusa de faire droit à la pétition des directeurs, mais il défendit aux cafés lyriques : 1° de jouer des pièces de théâtre ; 2° de costumer leurs chanteurs. L&#039;arrêt n&#039;est-il pas digne du moyen-âge ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
J&#039;avoue que c&#039;est burlesque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ceci s&#039;est passé en l&#039;an 1849 et chez le peuple le plus spirituel de la terre. Cependant les directeurs ne sont pas si coupables ! Ils obéissent à des nécessités que le privilège a créées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le régime du privilège est essentiellement précaire. Tous les privilèges sont temporaires. Or la première condition de toute production économique, c&#039;est une possession sûre et illimitée. Il y a dans toute industrie des frais généraux qui exigent un long délai pour être couverts. Tels sont les frais de construction, d&#039;amélioration ou d&#039;embellissement des locaux. Que ces frais soient répartis sur une longue période d&#039;exploitation et ils deviennent à peu près insensibles. Qu&#039;ils soient concentrés, au contraire, dans une courte période et ils élèveront considérablement le chiffre de la dépense. Sous un régime de jouissance temporaire, on fait le moins possible de ces sortes de frais. Peu de salles sont plus mal construites et plus mal entretenues que les salles de spectacle de Paris. Néanmoins les frais d&#039;embellissement grèvent encore très lourdement les budgets des directeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, les théâtres ont, comme toute industrie, leur bonne ou leur mauvaise saison. Dans les industries libres, on travaille moins dans la mauvaise saison que dans la bonne, afin de ne pas travailler à perte. Les théâtres sont obligés de travailler en toute saison, qu&#039;ils fassent des bénéfices ou qu&#039;ils n&#039;en fassent point. C&#039;est une condition expresse de leurs privilèges.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Quelle inconcevable absurdité !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Leurs frais de production s&#039;augmentent donc de toute la somme qu&#039;ils sont obligés de perdre dans la mauvaise saison. Ajoutez à cela un impôt exorbitant au profit des établissements de bienfaisance et vous vous rendrez compte de l&#039;élévation excessive du prix des spectacles [2]. Vous comprendrez aussi pourquoi les directeurs poursuivent avec tant d&#039;acharnement les concurrences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;industrie des théâtres était libre, on pourrait répartir les frais de construction et d&#039;entretien des salles sur une période indéfinie. On pourrait aussi proportionner toujours la production aux exigences de la consommation. On jouerait moins dans la mauvaise. Les frais de production tomberaient alors au taux le plus bas possible, et la concurrence se chargerait de niveler toujours le prix courant avec les frais de production. L&#039;abaissement des prix augmenterait la consommation, partant la production. Il y aurait plus de théâtres, plus d&#039;acteurs, plus d&#039;auteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
L&#039;art ne s&#039;abaisserait-il pas en vulgarisant ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je suis convaincu, au contraire, qu&#039;il s&#039;élèverait et s&#039;élargirait. Chaque fois que la production se développe, elle se perfectionne. On se plaint aujourd&#039;hui de ce que l&#039;art dramatique languit et s&#039;abaisse. Fiez-vous à la liberté pour le relever et le vivifier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui est vrai pour les théâtres, ne l&#039;est pas moins pour les bibliothèques, les musées, les expositions, les académies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Quoi ! vous voudriez que l&#039;État cessa d&#039;ouvrir librement ses bibliothèques au public ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je suis d&#039;avis qu&#039;il faudrait fermer les bibliothèques publiques dans l&#039;intérêt de la diffusion des lumières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ah ! le paradoxe est par trop violent. Je m&#039;insurge à la fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Insurgez-vous, mais écoutez. L&#039;État possède un certain nombre de bibliothèques. Le gouvernement en ouvre quelques-unes gratuitement au public. Il ne les ouvre pas toutes, notez-le bien. Certaines bibliothèques ne sont que des prétextes à bibliothécaires. Les dépenses de gestion des bibliothèques publiques, en y comprenant l&#039;entretien des bâtiments s&#039;élèvent annuellement à plus d&#039;un million. Ce qui signifie que tous les contribuables sont imposés, taxés, pour que certains individus puissent aller étudier ou lire gratis à la Bibliothèque nationale, à la bibliothèque Mazarine et ailleurs. Si les bibliothèques publiques étaient exploitées par des particuliers, on économiserait d&#039;abord tout le montant des frais de perception de l&#039;impôt. Les consommateurs de livres débourseraient une somme inférieure à celle qui est aujourd&#039;hui payée par la nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Oui, mais ils payeraient quelque chose, et, aujourd&#039;hui, ils ne payent rien. Et n&#039;est-ce pas une détestable économie que celle qui consiste à lésiner avec la science ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est une détestable économie, en effet. Mais recherchez bien, je vous prie, comment on emploie ce million dont les contribuables font annuellement cadeau aux consommateurs de livres. Examinez les établissements particuliers de France, et si vous en trouvez un seul dont l&#039;administration soit aussi mauvaise que celle de la Bibliothèque nationale, par exemple, un seul où la richesse soit aussi mal utilisée et le public aussi mal servi, je vous donne gain de cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Le service de la Bibliothèque nationale est déplorablement organisé, cela est certain. Il n&#039;y a pas en France un seul établissement industriel qui ne fasse chaque année son inventaire ; la Bibliothèque n&#039;a pu réussir encore à achever le sien. Commencé depuis un temps immémorial, son catalogue n&#039;est point terminé. Mais on pourrait administrer mieux ce grand établissement national.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je ne le pense pas. Aussi longtemps qu&#039;elle demeurera enclavée dans le vaste communisme de l&#039;État, la Bibliothèque nationale ne saurait être bien administrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En réalité donc, la gestion communiste des bibliothèques publiques a pour résultat de soustraire au public, la plus grande partie des trésors de la science. Mettez ce capital entre les mains de l&#039;industrie particulière et vous verrez quel parti elle en saura tirer. Vous verrez combien les richesses scientifiques aujourd&#039;hui si lentes et si difficiles deviendront rapides et faciles. On ne perdra plus de longues heures et souvent de longues journées à attendre vainement un livre ou un manuscrit ; on sera servi tout de suite. L&#039;industrie privée ne fait pas attendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La science y perdrait-elle ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Un moyen-terme n&#039;est-il pas possible ? Les bibliothèques ne peuvent-elles subsister auprès des bibliothèques exploitées par l&#039;industrie privée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est le régime bâtard qui existe actuellement. D&#039;un côté, vous avez des bibliothèques publiques, où des richesses innombrables demeurent à peu près improductives ; de l&#039;autre, des cabinets de lecture chers et mal pourvus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les bibliothèques gratuites n&#039;existaient point, les cabinets de lecture prendraient des proportions considérables ; toutes les richesses de la science et des lettres viendraient s&#039;y accumuler utilement ; chaque catégorie de connaissances aurait bientôt sa bibliothèque spéciale, où rien ne manquerait aux faiseurs de recherches ; où les richesses scientifiques et littéraires seraient mises à la disposition du public aussitôt qu&#039;elles seraient produites. La concurrence libre obligerait, en même temps, ces établissements à abaisser leurs prix au taux le plus bas possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
N&#039;importe ! Les étudiants pauvres et les savants besoigneux seraient à plaindre sous ce régime.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Les frais de bibliothèque ou de cabinet de lecture forment la moindre partie des dépenses d&#039;une éducation. Quant aux savants pauvres, ils travaillent généralement pour des libraires qui leur tiennent compte de leurs frais de recherches. Une partie de ces frais retombent aujourd&#039;hui à la charge des contribuables. Ne serait-il pas plus juste qu&#039;ils fussent exclusivement à la charge des acheteurs de livres ? Ceux-ci, du reste, n&#039;y perdraient rien, car les livres deviendraient plus substantiels, si les recherches devenaient plus faciles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai donc pas fait le moindre paradoxe, en disant qu&#039;il faut fermer les bibliothèques publiques dans l&#039;intérêt de la diffusion des lumières. La gratuité des bibliothèques c&#039;est du communisme ; et, qu&#039;il s&#039;agisse de science ou d&#039;industrie, le communisme c&#039;est de la barbarie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce communisme détestable se retrouve encore dans le régime de l&#039;enseignement et des cultes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Attaquez l&#039;université tant qu&#039;il vous plaira, mais, de grâce, respectez les cultes. La Religion est notre dernière ancre de salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est dans l&#039;intérêt même de la Religion que l&#039;État devrait cesser de subventionner les cultes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il juste qu&#039;un homme qui ne pratique aucun des cultes reconnus par l&#039;État, soit tenu néanmoins de leur fournir un salaire ? Est-il juste que l&#039;on paye une chose dont on ne se sert point ? Toute morale religieuse ne condamne-t-elle point un abus, une spoliation de cette nature ? Cependant cette spoliation, cet abus sont commis tous les jours en France, au profit des cultes reconnus. Tant pis pour les contribuables qui pratiquent des cultes que l&#039;État ne reconnaît point [3] !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Croyez-vous que cette iniquité flagrante soit profitable à la Religion ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Croyez-vous encore que les cultes ne seraient pas mieux administrés si l&#039;État ne les subventionnait point ? Croyez-vous que les services religieux ne seraient point distribués avec plus d&#039;intelligence et de zèle, si l&#039;État cessait d&#039;assurer aux ecclésiastiques une rémunération quand même ? Au reste, l&#039;expérience a déjà prononcé à cet égard. Nulle part les services religieux ne sont mieux distribués qu&#039;aux États-Unis, où les cultes ne reçoivent aucune subvention. Beaucoup d&#039;ecclésiastiques éclairés sont convaincus que le même régime donnerait en France les mêmes résultats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est une expérience à faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Le régime actuel de l&#039;enseignement est plus vicieux encore que le régime des cultes. La nation alloue annuellement une somme de dix-sept millions à une entreprise qui distribue de l&#039;enseignement au nom de l&#039;État, et qui a la haute main sur les entreprises rivales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous l&#039;ancien régime, l&#039;enseignement se trouvait, comme toutes les autres industries, entre les mains de certaines corporations privilégiées. La révolution détruisit ces privilèges. Malheureusement l&#039;Assemblée constituante et la Convention se hâtèrent de décréter l&#039;établissement d&#039;écoles publiques, aux frais de l&#039;État, des départements ou des communes. Napoléon étendit et aggrava cette conception communiste en fondant l&#039;Université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Greffée sur les traditions de l&#039;ancien régime, élevée sous l&#039;œil jaloux du despotisme, l&#039;Université distribua, au dix-neuvième siècle, l&#039;enseignement du quinzième ou du seizième. Elle se mit à enseigner les langues mortes comme on les enseignait alors, sans se douter le moins du monde que ce qui pouvait être utile au seizième siècle, pouvait aussi ne l&#039;être plus au dix-neuvième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Pourquoi donc ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je conçois qu&#039;on ait généralement enseigné les langues anciennes à l&#039;époque de la renaissance. Les peuples, à peine sortis des ténèbres du moyen âge, avaient peu cultivé encore les sciences et les lettres. Pour se procurer des connaissances, des idées, des images, il fallait aller puiser dans le vaste magasin de l&#039;antiquité, dont les richesses venaient d&#039;être mises au jour. L&#039;instrument indispensable pour s&#039;assimiler ces richesses, c&#039;était la langue. On ne pouvait apprendre ce que savaient les anciens, sans connaître le grec et le latin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au dix-neuvième siècle, la situation a changé. Toutes les idées, toutes les connaissances de l&#039;antiquité ont passé dans les langues modernes. On peut apprendre tout ce que savaient les anciens sans posséder les langues anciennes. Les langues modernes sont un passe-partout universel qui ouvrent le passé comme le présent. Les langues mortes ressemblent aujourd&#039;hui à ces antiques et respectables machines qu&#039;on met au Conservatoire des Arts et Métiers, mais dont on ne se sert plus dans les manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a prétendu, je ne l&#039;ignore pas, qu&#039;il est essentiel de connaître les langues mortes pour bien apprendre les langues vivantes. Mais, s&#039;il en était ainsi, ne serions-nous pas obligés d&#039;apprendre une demi-douzaine de vieilles langues pour savoir le français, car Dieu sait de combien d&#039;aggrégats notre langue s&#039;est formée ! Une vie entière n&#039;y suffirait pas. Combien de pédants de collège écrivent d&#039;ailleurs couramment en latin, et ne savent pas mettre l&#039;orthographe en français ? Voltaire était certainement moins fort en latin que le Jésuite Patouillet ou le Père Nonotte. Les langues mortes sont des instruments qui encombrent inutilement le cerveau et souvent l&#039;oblitèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Que voulez-vous dire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je dis qu&#039;en enseignant le grec et le latin aux enfants, on leur communique prématurément les idées, les sentiments, les passions de deux peuples, fort civilisés sans doute pour l&#039;époque où ils vivaient, mais qui seraient aujourd&#039;hui de véritables barbares. Cela est vrai surtout au point de vue des sentiments moraux. En mettant les enfants modernes au régime du grec et du latin, on fait passer dans leurs âmes les préjugés et les vices d&#039;une civilisation à peine ébauchée, au lieu de leur communiquer les connaissances et les notions morales d&#039;une civilisation avancée ; on en fait de petits barbares passablement immoraux...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;enseignement avait joui du bienfait de la liberté, au lieu de passer du détestable régime du privilège au régime plus détestable encore du monopole communiste, il aurait rejeté depuis longtemps ce vieux outillage des langues mortes, comme les industries de libre concurrence se sont débarrassées de leurs vieilles machines. On enseignerait aux enfants ce qui peut leur servir ; on cesserait de leur enseigner ce qui leur est inutile ou nuisible. Le latin et le grec seraient relégués dans les cerveaux de ces hommes-musées qu&#039;on appelle des polyglottes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il y a des réformes considérables à opérer dans le régime de l&#039;Université, j&#039;en conviens avec vous. Il était odieux, par exemple, d&#039;obliger les institutions rivales de l&#039;Université à lui payer une rétribution annuelle ; il ne l&#039;était guère moins d&#039;empêcher ces établissements de s&#039;ouvrir sans une autorisation spéciale, et de leur imposer l&#039;inspection des agents de l&#039;Université. Mais ne serait-il pas bon de laisser subsister, à côté des institutions particulières désormais pleinement libres, les institutions de l&#039;État et des communes ? Cette rivalité salutaire ne servirait-elle pas admirablement les progrès de l&#039;enseignement ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ce régime ne serait guère préférable au régime actuel. Voici pourquoi :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les établissements d&#039;éducation appartenant à l&#039;État et aux communes ne font pas leurs frais et ne sont pas tenus de les faire. Le trésor public et les caisses communales se chargent de combler leurs déficits. Les contribuables, ceux qui ne font pas d&#039;enfants, comme ceux qui en font, supportent une partie des frais de cette éducation communiste. Or, je vous le demande, l&#039;industrie privée peut-elle lutter d&#039;une manière régulière contre des établissements à moitié gratuits. Cette demi-gratuité est, à la vérité, souvent fort chère, soit à cause de la mauvaise qualité de l&#039;enseignement, soit à cause de l&#039;élévation totale de frais. Mais les établissements de l&#039;État et des communes n&#039;ont-ils pas la ressource d&#039;abaisser indéfiniment leurs prix ? N&#039;a-t-il pas été question même de rendre l&#039;enseignement tout à fait gratuit ? Ce serait, en réalité, le rendre le plus cher possible, mais ce serait, en même temps, rendre toute concurrence impraticable. Si l&#039;État se chargeait de fournir libéralement du drap à moitié prix ou gratis, qui s&#039;aviserait de fabriquer encore du drap ? L&#039;industrie libre du drap prendrait-elle jamais des proportions bien vastes, en présence d&#039;un concurrent qui donnerait sa marchandise pour rien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La liberté de l&#039;enseignement sera une pure illusion jusqu&#039;à ce que l&#039;État, les départements et les communes cessent complètement, absolument de se mêler de l&#039;éducation publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Les établissements de l&#039;État et des communes ne pourraient-ils donc faire leurs frais aussi bien que ceux de l&#039;industrie privée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Qu&#039;ils l&#039;essaient ! Que l&#039;on supprime le budget de l&#039;instruction publique, que l&#039;on oblige les établissements de l&#039;Université et des communes à couvrir tous leurs frais et vous m&#039;en donnerez bientôt des nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Au moins, vous m&#039;accorderez que l&#039;État doit conserver la surveillance des établissements d&#039;éducation ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je n&#039;y voit pas d&#039;inconvénient. Mais je pense que la surveillance de l&#039;État, deviendrait promptement inutile sous un régime de liberté véritable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui empêche aujourd&#039;hui les établissements d&#039;éducation de s&#039;améliorer au double point de vue de la qualité et du prix, c&#039;est l&#039;existence précaire que leur a faite la concurrence inégale de l&#039;Université. La liberté leur donnerait la stabilité. L&#039;enseignement s&#039;organiserait alors sur un plan immense comme s&#039;organise et se développe toute industrie dont l&#039;avenir est assuré. Intéressés à faire connaître les progrès réalisés dans leurs établissements, les directeurs d&#039;institutions, en ouvriraient les portes au public. Les pères de famille pourraient apprécier, par eux-mêmes, la qualité des aliments matériels, intellectuels et moraux qui seraient distribués à leurs enfants. Cette surveillance-là vaudrait bien, je pense, celle des inspecteurs de l&#039;Université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Cette publicité de l&#039;instruction publique me plairait assez ; mais encore une fois, croyez-vous que l&#039;industrie privée puisse satisfaire à tous les besoins de l&#039;éducation ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Fiez-vous pour cela à la loi de l&#039;offre et de la demande. Aussitôt qu&#039;un besoin d&#039;enseignement se ferait véritablement sentir, on aurait intérêt à la satisfaire. Sous ce régime, la production de l&#039;enseignement, que les entraves du système réglementaire ont emprisonnée dans des limites trop étroites, ne tarderait pas à prendre ses proportions utiles. L&#039;enseignement serait meilleur et à plus bas prix, partant plus étendu. Enfin, il serait équitablement distribué. Le pauvre ne contribuerait plus à payer les frais d&#039;éducation de l&#039;enfant du riche, le célibataire ne serait plus taxé au profit de l&#039;homme marié. Il y aurait une production plus abondante et une répartition plus juste. Que pourriez-vous demander de plus ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[1] Voir le sixième entretien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[2] Dans les départements et dans la banlieue de Paris, les directeurs de spectacles prélèvent en revanche un droit d&#039;un cinquième de la recette brute sur les représentations des saltimbanques, des joueurs de gobelets, etc. Ces plaisirs du pauvre sont taxés au profit des plaisirs du riche. Voilà l&#039;égalité que nous avait faite le régime monarchique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[3] Les cultes reconnus sont au nombre de quatre, savoir : la religion catholique romaine, la religion protestante (confession d&#039;Augsbourg), la religion luthérienne, la religion juive.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Gustave_de_Molinari:Les_Soir%C3%A9es_de_la_rue_Saint-Lazare_-_Quatri%C3%A8me_soir%C3%A9e&amp;diff=2811</id>
		<title>Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare - Quatrième soirée</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Gustave_de_Molinari:Les_Soir%C3%A9es_de_la_rue_Saint-Lazare_-_Quatri%C3%A8me_soir%C3%A9e&amp;diff=2811"/>
		<updated>2010-09-23T12:58:55Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : coquille&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare|Les Soirées de la rue Saint-Lazare]]&amp;lt;br&amp;gt;Entretiens sur les lois économiques et défense de la propriété|[[Gustave de Molinari]]&amp;lt;br&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;Membre de la Société d&#039;économie politique de Paris&amp;lt;/small&amp;gt;|Quatrième soirée}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Interlocuteurs : Un conservateur. — Un socialiste. — Un économiste&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Droit de tester. — Législation qui régit l&#039;héritage. — Le droit à l&#039;héritage. — Ses résultats moraux. — Ses résultats matériels. — Comparaison de l&#039;agriculture française avec l&#039;agriculture britannique. — Des substitutions et de leur utilité. — Organisation naturelle des exploitations agricole sous un régime de propriété libre.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ceux qui se sont arrogé le droit de limiter la propriété n&#039;ont pas manqué d&#039;en limiter aussi la libre disposition. Le don, le test, le prêt et l&#039;échange ont été soumis à une multitude d&#039;entraves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le don de certaines propriétés est assujetti à des formalités gênantes et coûteuses. Le test est plus entravé encore. Au lieu de laisser au père de famille la libre disposition de ses biens, la loi lui enjoint de les léguer par portions à peu près égales à ses enfants légitimes. Si l&#039;un des enfants se trouve lésé dans le partage, il a le droit de faire casser le testament [1].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous attaquez donc aussi cette loi protectrice de la famille et de la propriété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
J&#039;attaque cette loi destructrice de la famille et de la propriété. C&#039;est au nom d&#039;un droit supérieur à celui des pères de famille, que la société a réglé les héritages, n&#039;est-il pas vrai ? Mais pourquoi donc n&#039;userait-elle pas de ce droit supérieur pour s&#039;attribuer demain cette propriété dont elle a disposé hier ? Si elle a pu dire au père de famille : tu ne disposeras pas de tes biens selon ta volonté, mais selon la mienne ; ne peut-elle pas bien lui dire aussi : il me convient désormais que tu disposes de ta propriété en ma faveur. L&#039;abolition de l&#039;héritage, c&#039;est-à-dire la suppression de la propriété individuelle, n&#039;est-elle pas contenue dans une loi qui attribue à la société le droit de disposer souverainement de l&#039;héritage ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;annihilation de l&#039;autorité paternelle, c&#039;est-à-dire la destruction de la famille, n&#039;est-elle pas contenue de même, dans une loi qui retire au père de famille la libre disposition de ses biens pour accorder aux enfants un véritable droit à l&#039;héritage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Un droit à l&#039;héritage, dites-vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Dire aux enfants : vous avez le droit d&#039;exiger de votre père des parts à peu près égales d&#039;héritage, quelle qu&#039;ait été votre conduite, quels que soient vos sentiments à son égard ; vous avez le droit de faire casser son testament si vous vous trouvez lésés dans le partage, n&#039;est-ce pas consacrer le droit à l&#039;héritage ? n&#039;est-ce pas donner à l&#039;enfant une action sur la propriété de son père ? n&#039;est-ce pas lui permettre de considérer et d&#039;exiger comme une dette, ce qu&#039;il regardait et ce qu&#039;il recevait naguère comme un bienfait ? Où la nature avait mis un fils, votre loi ne met-elle pas un créancier ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Mais n&#039;est-ce rien d&#039;obliger le père à partager équitablement son héritage entre ses enfants ? Sans la loi qui règle les partages, les enfants ne seraient-ils pas incessamment frustrés de leur légitime par des fraudes ou des captations ? La loi n&#039;a-t-elle pas prévenu toutes les fraudes, tranché toutes les difficultés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
En brisant le lien des familles ; en rendant illusoire l&#039;autorité du père. Si le droit de tester était libre, le père pourrait sans doute mal disposer de sa fortune. Mais n&#039;est-il pas retenu toujours par ces freins puissants qu&#039;aucune loi fabriquée de main d&#039;homme ne saurait remplacer, l&#039;amour paternel et le sentiment de la justice ? Si ces deux sentiments se taisent au dedans de lui-même, croyez-vous que votre loi les fera parler ? croyez-vous que le père ne trouvera point quelque moyen détourné de disposer de sa fortune au détriment de ses enfants ? S&#039;ils y sont vivaces, à quoi bon votre loi ? Et puis, vous posez en principe l&#039;égalité des partages comme l&#039;idéal de l&#039;équité, mais êtes-vous bien sûr que cette égalité brutale soit toujours de la justice ? Êtes-vous bien sûr qu&#039;un père ne puisse favoriser un de ses enfants sans spolier les autres ? En admettant même que le fils ait virtuellement quelque droit sur les biens de son père...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Quoi ! le fils n&#039;aurait aucun droit sur l&#039;héritage paternel ? Mais s&#039;il en était ainsi, on pourrait donc le dépouiller, en l&#039;absence d&#039;un testament.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
La conséquence est fausse. Le droit des enfants se fonde, en ce cas, sur la probabilité du legs. L&#039;héritage doit leur revenir, non parce qu&#039;ils possèdent un droit virtuel sur cet héritage, mais parce que le père le leur aurait probablement légué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En donnant naissance à un enfant, le père contracte envers lui l&#039;obligation morale de le nourrir et de le mettre en état de vivre de son travail, rien de plus, rien de moins. S&#039;il lui plaît de donner quelque chose en sus à son enfant, c&#039;est un effet de son bon plaisir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en admettant même votre prétendu droit à l&#039;héritage, croyez-vous qu&#039;un mauvais fils ait sur l&#039;héritage paternel le même droit qu&#039;un bon fils ? croyez-vous qu&#039;un père soit tenu, au point de vue de l&#039;équité naturelle, de léguer une partie de son bien au misérable qui aura fait le désespoir et la honte de sa famille ? croyez-vous qu&#039;il ne sera pas tenu, au contraire, de priver cet être dégradé des moyens d&#039;assouvir ses passions malfaisantes ? L&#039;usage du droit de déshériter ne peut-il être quelquefois utile et juste ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais aux yeux de vos législateurs, le père est un être dépourvu à la fois de la notion de la justice et du sentiment paternel. C&#039;est une bête féroce qui guette incessamment sa progéniture pour la dévorer. Il faut que la loi intervienne pour la protéger ; il faut que la société lie les pieds et les mains à ce barbare sans entrailles qu&#039;on appelle un père, pour l&#039;empêcher de sacrifier son innocente famille à ses immondes appétits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils n&#039;ont pas vu, ces tristes législateurs, que leur loi n&#039;aurait d&#039;efficacité que pour affaiblir le respect de l&#039;autorité et le sentiment de la famille. Le respect de l&#039;autorité existe-t-il encore en France ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ah ! vous venez de toucher à la plus lamentable plaie de notre époque. La génération actuelle a perdu le respect de l&#039;autorité ; oui, cela n&#039;est que trop vrai. Quels admirables articles l&#039;Union a publiés là-dessus. Le respect de l&#039;autorité ! qui nous le rendra ? Le fils ne respecte plus son père. L&#039;homme fait ne respecte plus rien, pas même Dieu. Le respect de l&#039;autorité, voilà l&#039;ancre de salut de notre société ballottée au sein de la tourmente révolutionnaire comme un navire qui.....&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ah ! de grâce, laissez, nous avons lu les articles de l&#039;Union.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Cette ancre de salut, vous l&#039;avez brisée de vos propres mains le jour où vous avez porté atteinte aux droits sacrés des pères de famille ; le jour où vous avez donné au fils une action sur la propriété de son père ; le jour où, en enlevant à celui-ci l&#039;arme redoutable de l&#039;exhérédation, vous l&#039;avez livré à la merci des rébellions de ses enfants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et la maison de correction ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Oui, vous la lui avez donnée en échange. Mais, à moins d&#039;avoir perdu tout sentiment humain, un père peut-il consentir à mettre son fils dans ce grand chemin du bagne ? Mieux vaut souffrir une rébellion que d&#039;attirer l&#039;infamie sur soi et sur les siens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je sais bien que le père peut défier votre loi et déshériter en fait son fils rebelle s&#039;il ne le peut en droit ; mais il est obligé d&#039;agir dans l&#039;ombre et d&#039;éviter l&#039;œil avide et jaloux de son créancier. Il n&#039;use plus du droit légitime de disposer de son bien ; il porte une atteinte immorale au droit de son fils sur ce bien. Sa conduite n&#039;est plus celle d&#039;un propriétaire disposant souverainement d&#039;un domaine libre ; c&#039;est la conduite d&#039;un débiteur qui aliène subrepticement une propriété hypothéquée. Ce qui ferait respecter l&#039;autorité paternelle, si le droit à l&#039;héritage n&#039;existait point, ne peut plus aujourd&#039;hui que l&#039;avilir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne vous parlerai point des haines qui surgissent dans les familles, lorsqu&#039;un père juge à propos de favoriser un de ses enfants. Dans les pays où le droit à l&#039;héritage n&#039;existe pas, aux États-Unis par exemple, les autres enfants courbent respectueusement la tête devant cet acte souverain de la volonté paternelle et ils ne conçoivent aucun mauvais sentiment contre l&#039;enfant que le père a favorisé ; dans les pays où le droit à l&#039;héritage est reconnu, un tel acte devient au contraire une cause profonde de désunion dans la famille. En effet, cet acte si simple et souvent si bien justifié par les circonstances, la faiblesse ou l&#039;incapacité de l&#039;enfant préféré, les soins qu&#039;il a rendus au père, n&#039;est-il pas, au point de vue de votre légalité, une véritable spoliation, un vol ? Nouvelle harpie, votre loi a corrompu les sentiments de la famille, en les touchant ! Plaignez-vous après cela de ce que le désordre que vous avez jeté dans la famille s&#039;est propagé dans la société ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Mais si les résultats moraux de la loi sur l&#039;égalité des partages laissent quelque chose à désirer, cette loi n&#039;a-t-elle pas eu d&#039;admirables résultats économiques ? Tout le monde est devenu propriétaire. Chaque paysan ayant son lopin de terre à cultiver s&#039;est trouvé à l&#039;abri du besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
En êtes-vous bien sûr ? Pour moi, je tiens qu&#039;aucune loi n&#039;a agi d&#039;une manière plus funeste sur la condition des classes laborieuses, manufacturières ou agricoles ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Aimeriez-vous mieux, par hasard, le droit d&#039;aînesse et les subventions ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est un autre genre d&#039;abus ; une autre sorte d&#039;atteintes au droit de propriété ; mais, je crois bien, en vérité, que je les préférerais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il est certain que le morcellement est la plaie de notre agriculture, que l&#039;Association est notre seule planche de salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je pense comme vous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Comment ? Vous préférez le régime féodal du droit d&#039;aînesse et des substitutions à l&#039;égalité des partages, et vous êtes pour l&#039;association. Voilà une contradiction manifeste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je ne le pense pas. Quelles sont les conditions essentielles de toute production économique ? La stabilité, la sécurité dans la possession d&#039;une part ; la concentration de forces productives suffisantes de l&#039;autre. Or, le régime actuel ne comporte ni stabilité ni concentration suffisante des forces productives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je conviens avec vous que les baux sont à de trop courts termes, et que notre loi sur l&#039;héritage a rendu la possession indivise d&#039;une exploitation territoriale, singulièrement précaire ; je conviens aussi que l&#039;agriculture manque de capitaux, mais qu&#039;y faire ? On a parlé de l&#039;organisation du crédit agricole, et pour ma part, j&#039;y inclinerais assez s&#039;il n&#039;était si difficile de trouver un bon système.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Un système de crédit agricole, si excellent qu&#039;il fut, ne remédierait à rien. Avec le régime actuel de la propriété, c&#039;est à peine si la multiplication des institutions de crédit ferait baisser le taux de l&#039;intérêt dans nos campagnes. Il en serait autrement si nos exploitations agricoles étaient solidement assises, comme elles le sont en Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous osez nous proposez l&#039;Angleterre pour modèle. Ah ! certes, la situation des ilotes de nos campagnes est bien misérable, mais n&#039;est-elle pas mille fois préférable à celle des paysans anglais ? Les travailleurs anglais ne sont-ils pas exploités par une aristocratie qui dévore leur substance comme le vautour dévorait le foie de Prométhée ? L&#039;Angleterre n&#039;est-elle pas le pays où se jouent les plus tristes scènes du sombre drame de l&#039;exploitation de l&#039;homme par l&#039;homme ? L&#039;Angleterre n&#039;est-elle pas la grande prostituée du capital ? L&#039;Angleterre ! ah ! ne me parlez pas de l&#039;Angleterre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Cependant la condition du paysan anglais, exploité par l&#039;aristocratie, est infiniment supérieure à celle du paysan indépendant, propriétaire de France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Allons donc !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
J&#039;aperçois dans votre bibliothèque deux ouvrages de MM. Mounier et Rubichon sur l&#039;Agriculture en France et en Angleterre, et sur l&#039;Action de la noblesse dans les sociétés modernes, qui me fourniront des preuves irrécusables à l&#039;appui de ce que j&#039;avance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
J&#039;avoue humblement ne les avoir pas lus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous avez eu tort. Vous y auriez trouvé toutes les lumières nécessaires pour vider la question qui nous occupe. C&#039;est un résumé des volumineuses enquêtes publiées par ordre du parlement anglais sur la situation de l&#039;agriculture et la condition des agriculteurs. Je feuillette au hasard. Voici un extrait de l&#039;enquête la plus récente (1846).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:Le président s&#039;adresse à M. Robert Baker, fermier dans le comté d&#039;Essex, qui cultive une terre de 230 hectares.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:D. Quelle est la nourriture générale des ouvriers agricoles ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:R. Ils se nourrissent de viande et de pommes de terre ; mais si la farine est à bon marché, ils ne consomment point de pommes de terre ; cette année (1846) il mangent le meilleur pain blanc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:M. Robert Ilyde-Gregg, qui est depuis vingt ans un des plus grands manufacturiers de la Grande-Bretagne, donne à son tour les renseignements suivants sur la situation des ouvriers des manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:D. Quand vous dites qu&#039;il se consomme beaucoup de pommes de terre dans les districts de manufacture, entendez-vous que ces pommes de terre sont, comme en Irlande, le fond de la nourriture du peuple, où sont-elles mangées avec de la viande ,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:R. En général, le dîner se compose de pomme de terre et de porc, le déjeuner et le souper de thé et de pain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:D. Les ouvriers ont-ils, en général, du porc ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:R. Je puis dire que tous mangent de la viande à dîner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:D. Depuis que vous observez, y a-t-il eu un changement considérable dans la nourriture des ouvriers manufacturiers ; ont-ils substitué la farine de froment à la farine d&#039;avoine ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:R. Certainement, ce changement a eu lieu. Je me rappelle que dans toutes les maisons d&#039;ouvriers on voyait des galettes suspendues en l&#039;air ; il n&#039;y a plus rien de semblable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:D. La population d&#039;aujourd&#039;hui a donc, sous le rapport du pain, amélioré sa nourriture, puisqu&#039;elle consomme de la farine de froment au lieu de farine d&#039;avoine ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:R. Oui, complètement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant un témoignage relatif à la situation des ouvriers de France et d&#039;Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:M. Joseph Cramp, expert pour estimer les terres dans le comté de Kent, et fermier depuis quarante-quatre ans, a été en France et il s&#039;y est appliqué à connaître l&#039;état de l&#039;agriculture. On l&#039;interroge sur la condition des ouvriers agricoles en Normandie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:D. D&#039;après vos observations sur l&#039;état des ouvriers en Normandie, pensez-vous qu&#039;ils soient mieux habillés et mieux nourris que les ouvriers dans l&#039;île de Thanet que vous habitez ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:R. Non. J&#039;ai été dans leurs habitations, et je les ai vus à leurs repas qui sont tels que jamais, je l&#039;espère, je ne verrai un Anglais assis à si mauvaise table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:D. Les ouvriers dans l&#039;île de Thanet mangent le meilleur pain blanc, n&#039;est-ce pas ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:R. Toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:D. Et en Normandie, les ouvriers agricoles n&#039;en mangent-ils pas ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:R. Non. Ils mangeaient du pain dont la couleur approchait de celle de cet encrier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:D. Combien d&#039;hectolitres de froment récolte-t-on par hectare dans l&#039;île de Thanet ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:R. Environ vingt-neuf hectolitres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:D. Ayant habité et cultivé si longtemps dans l&#039;île de Thanet, pouvez-vous dire si la condition des classes ouvrières s&#039;est améliorée ou s&#039;est empirée, depuis le moment que vous avez connu ce pays ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:R. Elle s&#039;est améliorée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:D. Sous tous les rapports ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:R. Oui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:D. Vous pensez donc que les ouvriers sont mieux habillés et mieux élevés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:R. Mieux nourris, mieux habillés et mieux élevés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous voyez que la condition des populations agricoles de l&#039;Angleterre est infiniment supérieure à celle des nôtres. Comment ce fait s&#039;explique-t-il ? Ces populations ne sont pas propriétaires du sol. La terre de la Grande-Bretagne appartient à trente-cinq ou trente-six mille propriétaires, descendant pour la plupart des anciens conquérants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Oui, le sol de l&#039;Angleterre appartient à l&#039;aristocratie, et le peuple anglais paye chaque année deux ou trois milliards à cette caste orgueilleuse et fainéante pour avoir le droit de cultiver le sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est bien un peu cher. Aussi les Anglais ont-ils commencé à rogner la portion de leurs landlords, en supprimant les lois-céréales. Cependant, vous allez voir que, même à ce prix abusivement surélevé, les Anglais ont trouvé un réel avantage à conserver leur aristocratie, tandis que nous commettions la faute de supprimer hâtivement la nôtre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Oh ! oh !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Laissez-moi achever. De quelle manière les Anglais sont-ils parvenus à tirer de leur sol beaucoup plus et de meilleures subsistances que nous n&#039;en tirons du nôtre ? C&#039;est en perfectionnant leur agriculture. C&#039;est en faisant subir à leurs exploitations agricoles une série de transformations progressives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Quelles transformations ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Les propriétaires de la Grande-Bretagne ont successivement substitué à leurs petites fermes, alimentées par des capitaux insuffisants, de grandes fermes alimentées par des capitaux considérables. C&#039;est grâce à cette substitution économique de la manufacture agricole au petit atelier que le progrès s&#039;est accompli. Je trouve dans l&#039;enquête reproduite par MM. Mounier et Rubichon, les renseignements suivants sur la répartitions de la population dans la Grande-Bretagne :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Familles occupées à l&#039;agriculture, 961 134&lt;br /&gt;
Familles employées par l&#039;industrie, le commerce, etc., 2 453 041&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces 961 134 familles employées à l&#039;agriculture fournissent 1 055 982 travailleurs effectifs qui cultivent 13 849 320 hectares de terres et dont naître un produit de 4 000 500 000 francs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En France, l&#039;agriculture ne donnait en 1840 qu&#039;un produit total de 3 523 861 000 francs, et cependant elle était exercée par une population de dix-huit millions d&#039;individus donnant cinq à six millions de travailleurs effectifs. Ce qui signifie que le travail d&#039;un ouvrier agricole français est quatre à cinq fois moins productif que le travail d&#039;un ouvrier agricole de l&#039;Angleterre. Vous devez comprendre maintenant pourquoi nos populations sont plus mal nourries que celles de la Grande-Bretagne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous ne tenez aucun compte du tribut énorme que les agriculteurs anglais payent à l&#039;aristocratie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Si, comme l&#039;attestent les statistiques, les populations agricoles de l&#039;Angleterre sont mieux nourries que les nôtres, nonobstant le tribut qu&#039;elles payent à l&#039;aristocratie, n&#039;est-ce pas une preuve incontestable qu&#039;en produisant davantage elles reçoivent aussi davantage ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
C&#039;est évident.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et s&#039;il est vrai que c&#039;est au maintien de l&#039;aristocratie, que l&#039;agriculture britannique doit ses immenses et rapides progrès ; s&#039;il est vrai que le maintien de l&#039;aristocratie est cause qu&#039;un ouvrier agricole produit et reçoit plus en Angleterre qu&#039;en France, l&#039;Angleterre n&#039;a-t-elle pas eu raison de maintenir son aristocratie ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Mais, au moins, le paysan français est propriétaire du sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Est-il préférable de gagner dix sur sa propre terre, ou de gagner vingt sur celle d&#039;un propriétaire étranger ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il est préférable de gagner vingt, n&#039;importe où.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Fort bien ! mais y a-t-il véritablement un rapport essentiel entre ces deux choses, maintien de l&#039;aristocratie et progrès de l&#039;agriculture britannique ? N&#039;est-il pas vraisemblable que l&#039;agriculture britannique aurait réalisé de plus grands progrès encore, si l&#039;Angleterre s&#039;était débarrassée de son aristocratie, comme nous nous sommes débarrassés de la nôtre ? L&#039;agriculture française n&#039;a-t-elle pas progressé depuis 89 ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Je ne le pense pas. MM. Mounier et Rubichon affirment résolument qu&#039;au lieu de progresser, elle a rétrogradé. Un champ qui rendait 10 avant 1789, disent-ils, ne rend plus que 4 aujourd&#039;hui ; peut-être exagèrent-ils le mal. Mais voici un fait incontestable : si la quantité des subsistances produites à l&#039;aide d&#039;une même quantité de travail n&#039;a pas diminué, la qualité de la masse générale des subsistances a baissé. La consommation de la viande a notoirement diminué. A Paris même, dans ce foyer où convergent les forces productives de la France, on mange moins de viande qu&#039;en 1789. Selon Lavoisier, la moyenne de la consommation de Paris (volailles et gibier compris) était alors de 81,50 kil. par tête ; en 1838, elle n&#039;était plus que de 62,30 kil. La baisse n&#039;a pas été moins sensible dans le reste du pays. D&#039;après d&#039;anciens documents cités par la statistique impériale, la consommation moyenne de chaque habitant de la France (non compris la charcuterie) était, en 1780, de 13,13 kil. ; en 1830 elle n&#039;était plus que de 12,36 kil., et en 1840 de 11,29 kil. La consommation d&#039;une viande inférieure, la chair de porc, a, au contraire, augmenté. On en consomme actuellement 8,65 kil. par tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En définitive, la consommation de la viande en France ne va qu&#039;à 20 kil. par tête.&lt;br /&gt;
Aux États-Unis, la moyenne est de 122 kil.&lt;br /&gt;
En Angleterre, 68 —&lt;br /&gt;
En Allemagne, 55 —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, il est probable que notre consommation ira sans cesse diminuant, si notre régime agricole demeure le même ; car le prix de la viande hausse progressivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En divisant la France en neuf régions, le prix de la viande a haussé de 1824 à 1840 :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première région, le nord-ouest de 11 p.%&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la deuxième, nord de 22 —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la troisième, nord-est de 28 —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la quatrième, ouest de 17 —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la cinquième, centre de 19 —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la sixième, est de 21 —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la septième, sud-ouest de 23 —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la huitième, sud de 30 —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la neuvième, sud-est de 38 — [2]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, vous savez que l&#039;élévation du chiffre de la consommation de la viande est le plus sûr indice de la prospérité d&#039;un peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
J&#039;en tombe d&#039;accord avec vous, mais encore une fois montrez-vous bien clairement la relation qui existe, selon vous, entre la décadence de notre agriculture et notre loi d&#039;égalité des partages. Comment ceci a-t-il amené cela ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
J&#039;ai oublié encore une circonstance c&#039;est que notre sol est naturellement plus fertile que le sol britannique.... Je réponds à votre question. L&#039;Angleterre doit la stabilité de ses exploitations agricoles au maintien de son aristocratie et aux lois qui assurent chez elle, partiellement du moins, la liberté de l&#039;héritage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
La liberté de l&#039;héritage, dites-vous. Et les substitutions, et le droit d&#039;aînesse ?...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Sont parfaitement libres en ce sens qu&#039;aucune loi n&#039;oblige le père de famille à les établir. C&#039;est la coutume qui en décide, et cette coutume est fondée sur des nécessités économiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici en quoi consistent les substitutions :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;époque du mariage de son fils aîné, le plus souvent, ou à toute autre époque qu&#039;il lui convient de choisir, le propriétaire d&#039;un domaine lègue sa propriété à l&#039;aîné de ses petits-fils, ou, à défaut d&#039;enfants mâles, à l&#039;aînée de ses petites-filles. Si, au moment de la substitution, le propriétaire a un fils et un petit-fils vivants, il peut la faire remonter à un degré plus haut et désigner son arrière-petit-fils ; ou son arrière petite-fille. Mais son droit reconnu n&#039;atteint que la première génération à naître. En Écosse, ce droit est sans limites. Un propriétaire peut substituer son bien à perpétuité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;acte de substitution accompli, le propriétaire et ses héritiers vivants perdent la libre disposition de la terre, ils n&#039;en sont plus que les usufruitiers. Il ne peuvent ni la grever d&#039;hypothèques ni la vendre en tout ou partie. Un bien substitué ne peut être ni saisi ni confisqué. On le considère comme un legs sacré qu&#039;il n&#039;est permis à personne de détourner de sa destination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;âge de vingt-un ans, l&#039;héritier en faveur duquel la substitution a été opérée peut la rompre ; mais il ne la rompt communément que pour la renouveler, en y introduisant certaines clauses nécessitées par la situation présente de la famille. Les propriétés passent, de la sorte, indivises, intactes, de génération en génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant à quoi servent les substitutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elles donnent aux exploitations agricoles ce qui manque aux nôtres, la stabilité. En France tout est viager, en Angleterre tout est perpétuel. Nos exploitations agricoles sont exposées incessamment à être morcelées par un partage ; les exploitations britanniques n&#039;ont à courir aucun risque de cette nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ce risque a-t-il bien toute l&#039;importance que vous lui attribuez ? Il importe assez peu que la terre soit plus ou moins morcelée, si elle est bien cultivée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Consultez les agriculteurs, et tous vous diront que les cultures doivent avoir une certaine étendue pour être exploitées avec un maximum d&#039;économie. Cela se conçoit. On ne peut employer les méthodes et les instruments perfectionnés que dans une vaste exploitation. En Angleterre, les fermes ordinaires ont trois cent cinquante ou quatre cents hectares. Ces fermes sont munies d&#039;un capital considérables. En France, le nombre de ces grandes exploitations est excessivement restreint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Pourquoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Celui qui fonde une exploitation agricole ignore si elle ne sera point morcelée, détruite à sa mort. Il ne peut rien faire pour la préserver du morcellement. La loi n&#039;a-t-elle pas limité son droit de tester ? Il est donc peu excité à appliquer de grands capitaux à l&#039;agriculture. Le fermier l&#039;est-il davantage ? En France les baux sont de très courtes durée : c&#039;est merveille de voir un bail de vingt-un ans. Je n&#039;ai pas besoin de vous expliquer la raison de cette courte durée des baux ; vous la devinez ! Quand la possession même est à courte échéance, il n&#039;est pas possible de stipuler un long bail. Mais lorsqu&#039;un fermier n&#039;occupe une terre que pour trois, six ou neuf ans, il y applique le moins de capital possible ; il économise les engrais, il n&#039;élève pas de clôtures, il ne renouvelle pas son matériel ; d&#039;un autre côté, il épuise la terre autant que faire se peut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Angleterre, la stabilité que le régime des substitutions a donnée aux exploitations agricoles, a engendré la stabilité des fermages, les baux à long terme. Aussi les fermiers, bien assurés de recueillir eux-mêmes les fruits qu&#039;ils ont semés, appliquent-ils généralement leurs économies à féconder le sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Cependant le fermier est soumis, en Angleterre comme en France, à la tyrannie des propriétaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Oui, mais cette tyrannie est fort douce. Il y a, en Angleterre, des fermiers qui tiennent la même ferme, de père en fils, depuis un temps immémorial. La plupart n&#039;ont point de bail, tant est profonde la confiance que leur inspirent les propriétaires du sol. Rarement cette confiance est trompée, rarement un propriétaire se décide à expulser un fermier que des liens séculaires attachent à sa famille. Il y a toutefois, en Angleterre comme ailleurs, différents modes de tenure. Dans le nord, le système des baux pour la vie de trois personnes est généralement usité ; le fermier se désigne lui-même, ainsi que deux de ses enfants, et le bail court jusqu&#039;à la mort du dernier des trois. La durée moyenne de ces baux est estimée à cinquante-quatre ans. Lorsqu&#039;un des enfants désignés vient à mourir, le fermier obtient ordinairement l&#039;autorisation de substituer un autre nom à celui du défunt, et de prolonger ainsi la durée du bail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le bail est à terme fixe, la durée en est communément déterminée par celle des assolements. Pour les assolements de six et neuf elle est de dix-neuf ans, mais il est rare que le bail ne soit point renouvelé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fluctuations considérables auxquelles le prix du blé se trouve exposé depuis quelque temps ont donné naissance à une nouvelle espèce de baux ; je veux parler des baux mobiles, variant d&#039;années en année selon le cours des céréales. Une ferme se louera, par exemple, pour la valeur de mille quarters de blé ; si, en 1845, le prix du blé est de 56 schell. le quarter, le fermier payera 2 800 liv. sterl. de fermage ; si, en 1846, le prix monte à 60 schell., il payera 3 000 liv. sterl. On choisit pour ces évaluations le prix moyen du blé dans le comté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conçoit que les fermiers hasardent sans crainte leurs capitaux dans des entreprises si solidement assises. On conçoit aussi que les capitalistes leur en prêtent volontiers. Les gros fermiers trouvent généralement à emprunter à quatre pour cent, et même à trois. On ne court, en effet, presque aucun risque à placer ses capitaux sur la terre. Les exploitations ne sont pas exposées à perdre de leur valeur par le morcellement ou la vente pour sortir de l&#039;indivision. Fermiers et propriétaires étant établis, pour ainsi dire, à perpétuité, offrent un maximum de garanties aux prêteurs. De là la modicité du taux de l&#039;intérêt agricole ; de là aussi le nombre considérable de banques qui se sont établies pour servir d&#039;intermédiaires entre les capitalistes et les entrepreneurs d&#039;industrie agricole, propriétaires ou fermiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le peuple anglais, qu&#039;on vous représente sans cesse comme privé de la propriété de la terre de la Grande-Bretagne, possède, en réalité, beaucoup plus de valeurs territoriales que le peuple français lui-même. S&#039;il n&#039;emploie pas ses capitaux à acheter des fonds de terre, il les place sur ces fonds mêmes, dont il augmente ainsi les forces productives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En France, au contraire, on achète de la terre, mais on ne place guère ses capitaux sur la terre. Il n&#039;en saurait être autrement. On ne prête pas volontiers à un petit fermier, dont l&#039;existence n&#039;est à demi assurée que pour quelques années ; on hésite même à prêter au petit propriétaire dont la faible parcelle de terrain peut, du jour au lendemain, être morcelée de nouveau entre plusieurs héritiers. Ajoutez à cela les formalités coûteuses, les lenteurs et l&#039;insécurité du prêt hypothécaire, et vous aurez l&#039;explication de l&#039;élévation du taux de l&#039;intérêt agricole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Oui, l&#039;usure ronge nos campagnes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;usure soit ! Mais examinez de quoi se composent les dix ou quinze pour cent que nos agriculteurs payent aux usuriers, pesez les risques de perte et les menus frais, et vous vous convaincrez que cette usure n&#039;a rien d&#039;illégitime, vous vous convaincrez qu&#039;eu égard à l&#039;étendue et à l&#039;intensité des risques agricoles, l&#039;intérêt des prêts faits à l&#039;agriculture ne dépasse aucunement l&#039;intérêt des prêts ordinaires. Or, comme les banques agricoles dont on s&#039;est engoué ne détruiront pas ces risques, elles ne contribueront que faiblement à abaisser le taux de l&#039;intérêt agricole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Qu&#039;y a-t-il donc à faire pour restituer à nos exploitations territoriales la sécurité qu&#039;elles ont perdue ? faut-il rétablir les substitutions ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
A Dieu ne plaise ! il faut, avant tout, restituer aux propriétaires le droit de disposer librement de leurs propriétés. On ralentira ainsi le morcellement, et l&#039;on donnera aux exploitations un peu de cette stabilité précieuse qui leur manque aujourd&#039;hui. Les capitaux viendront alors plus aisément à l&#039;agriculture, et ils se feront payer moins cher. Si en même temps on débarrasse le sol des lourds impôts qui le grèvent, si l&#039;on améliore notre régime hypothécaire, si l&#039;on affranchit les associations industrielles et agricoles des entraves auxquelles la législation impériale les a soumises, on verra s&#039;opérer bientôt une véritable révolution dans notre agriculture. Des compagnies nombreuses se formeront pour l&#039;exploitation du sol, comme il s&#039;en est formé pour l&#039;exploitation des chemins de fer, des mines, etc. Or, ces associations ayant intérêt à s&#039;établir à long terme, les exploitations territoriales acquerront une stabilité presque immuable. Divisée en actions, la propriété de la terre s&#039;échangera, se partagera sans que les cultures en reçoivent la moindre atteinte. L&#039;agriculture se constituera de la manière la plus économique possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Oui, l&#039;Association appliquée à l&#039;agriculture mettra fin à nos maux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Nous n&#039;entendons peut-être pas l&#039;association de la même manière. Quoi qu&#039;il en soit, je pense que l&#039;avenir de notre agriculture et de notre industrie appartient à la société anonyme perpétuelle. En dehors de cette forme d&#039;exploitation, à la fois élastique et stable, je ne vois aucun moyen de proportionner toujours l&#039;effort du travail à la résistance de la nature. mais, en attendant qu&#039;elle puisse s&#039;établir, on s&#039;est trop pressé d&#039;en finir avec les institutions anciennes. En détruisant hâtivement les substitutions, en entravant ensuite l&#039;établissement des associations agricoles, on a livré l&#039;agriculture à toutes les misères du morcellement. Exécutée dans des ateliers de plus en plus bornés, la production a rétrogradé au lieu d&#039;avancer. Le travail de l&#039;ouvrier agricole est devenu de moins en moins productif. tandis que l&#039;ouvrier anglais, aidé des machines perfectionnées de la grande industrie agricole, produit cinq, l&#039;ouvrier français ne produit qu&#039;un ou un et demi, et la plus grande partie de ce faible résultat va aux capitalistes qui aventurent leurs capitaux dans nos pauvres ateliers agricoles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà l&#039;explication de la misère qui ronge les campagnes de la France. Voilà comment il se fait que nous soyons menacés d&#039;une nouvelle Jacquerie. cette Jacquerie, ne l&#039;imputez pas au socialisme, imputez-la aux tristes législateurs, qui, en décrétant d&#039;une main l&#039;égalité des partages, entravaient de l&#039;autre la formation des sociétés industrielles, et accablaient d&#039;impôts les exploitations agricoles. Ceux-là sont les vrais coupables !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
peut-être réussirons-nous à éviter les catastrophes que de si lamentables fautes ont préparées, mais il faut se hâter. De jour en jour le mal s&#039;aggrave ; de jour en jour, la situation de la France se rapproche davantage de celle de l&#039;Irlande. Or, nos paysans n&#039;ont pas la longanimité des paysans irlandais.....&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ah ! nous vivons dans de biens tristes temps. Les campagnes sont pourries.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
A qui la faute, si ce n&#039;est aux législateurs qui ont porté atteinte à la stabilité de la propriété et à la sainteté de la famille ? Les prédicateurs socialistes auront beau attaquer ces deux institutions sacrées, ils ne leur feront jamais un mal comparable à celui que vous leur avez fait vous-mêmes en inscrivant dans vos Codes le droit à l&#039;héritage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[1] Le droit de tester est limité en France, principalement par les articles 913 et 915 du Code civil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Art. 913. Les libéralités, soit par actes entre vifs, soit par testaments, ne pourront excéder la moitié des biens du disposant, s&#039;il ne laisse à son décès qu&#039;un enfant légitime ; le tiers, s&#039;il laisse deux enfants ; le quart, s&#039;il en laisse trois ou un plus grand nombre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Art. 915. Les libéralités par actes entre vifs ou par testaments ne pourront excéder la moitié des biens, si, à défaut d&#039;enfants, le défunt laisse un ou plusieurs ascendants dans chacune des lignes paternelle et maternelle ; et les trois quarts, s&#039;il ne laisse d&#039;ascendants que dans une ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut dire toutefois, à la justification des auteurs du Code civil, qu&#039;ils avaient eu des prédécesseurs beaucoup moins libéraux encore. Par une loi du 7 mars 1793, la Convention avait complètement supprimé le droit de tester. Cette loi était ainsi conçue :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Disposition unique. La faculté de disposer de ses biens, soit à cause de mort, soit entre vifs, soit par donation contractuelle en ligne directe, est abolie ; en conséquence, tous les descendants auront un droit égal à partager les biens de leurs ascendants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les auteurs du Code civil furent unanimes à reconnaître que cette loi avait porté une grave atteinte à l&#039;autorité paternelle. malheureusement, ils n&#039;osèrent la réformer qu&#039;à demi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous la république romaine, le droit illimité de tester avait été consacré par la loi des Douze tables. Mais diverses atteintes furent successivement portées à ce droit. Justinien limita la portion disponible de l&#039;héritage, au tiers quand il y avait quatre enfants, à la moitié quand il y en avait cinq ou plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Angleterre, il est permis de disposer par testament de tous ses immeubles, sans aucune réserve, et du tiers seulement de ses meubles ; les deux autres tiers appartiennent à la femme et aux enfants. Les propriétés territoriales ne vont de droit à l&#039;aîné de la famille que lorsqu&#039;il n&#039;y a pas de testament.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux États-Unis, le droit de tester est entièrement libre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[2] Discours prononcé par M. Guizot dans la discussion du traité de commerce avec la Sardaigne. — Séance du 31 mars 1845.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Gustave_de_Molinari:Les_Soir%C3%A9es_de_la_rue_Saint-Lazare_-_Deuxi%C3%A8me_soir%C3%A9e&amp;diff=2810</id>
		<title>Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare - Deuxième soirée</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Gustave_de_Molinari:Les_Soir%C3%A9es_de_la_rue_Saint-Lazare_-_Deuxi%C3%A8me_soir%C3%A9e&amp;diff=2810"/>
		<updated>2010-09-21T23:48:50Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : grammaire&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare|Les Soirées de la rue Saint-Lazare]]&amp;lt;br&amp;gt;Entretiens sur les lois économiques et défense de la propriété|[[Gustave de Molinari]]&amp;lt;br&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;Membre de la Société d&#039;économie politique de Paris&amp;lt;/small&amp;gt;|Deuxième soirée}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Interlocuteurs : Un conservateur. — Un socialiste. — Un économiste&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Atteintes portées à propriété intérieure. — Propriété littéraire et artistique. — Contrefaçon. — Propriété des inventions.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez entrepris de nous prouver que les maux que le socialisme attribue à la propriété, proviennent d&#039;atteintes portées à la propriété. Êtes-vous disposé à commencer la démonstration de ce paradoxe ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah ! plût à Dieu que vous enseignassiez de tels paradoxes !... J&#039;ai distingué la propriété intérieure et la propriété extérieure. La première consiste dans le droit que possède tout homme de disposer librement de ses facultés physiques, morales et intellectuelles, comme aussi du corps qui leur sert à la fois d&#039;enveloppe et d&#039;instrument ; la seconde réside dans le droit que conserve l&#039;homme sur la portion de ses facultés, qu&#039;il a jugé à propos de séparer de lui-même et d&#039;appliquer aux objets extérieurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Où commence notre droit de propriété sur les objets extérieurs et où finit-il ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il commence au moment où nous appliquons aux choses que la nature a mises gratuitement à notre disposition une portion de nos forces, de nos facultés ; au moment où nous complétons l&#039;œuvre de la nature en donnant à ces choses une façon nouvelle ; au moment où nous ajoutons à la valeur naturelle qui est en elles une valeur artificielle ; il finit au moment où cette valeur artificielle périt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;entendez-vous par valeur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;entends par valeur, la propriété qu&#039;ont les choses ou qui leur est donnée de satisfaire aux besoins de l&#039;homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;homme possède donc son être et les dépendances naturelles ou artificielles de son être, ses facultés, son corps et ses œuvres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de l&#039;homme, objet de la propriété extérieure, sont de deux sortes, matérielles et immatérielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loi reconnaît à perpétuité la propriété matérielle, à perpétuité, c&#039;est-à-dire, autant que dure l&#039;objet de la propriété ; en revanche elle limite à un délai assez bref la propriété immatérielle. Cependant l&#039;une et l&#039;autre ont la même origine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment ? vous assimilez la propriété d&#039;une invention ou d&#039;un air de musique à la propriété d&#039;une maison ou d&#039;une terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Absolument. L&#039;une et l&#039;autre n&#039;ont-elles pas également leur origine dans le travail ? Du moment qu&#039;il y a un effort accompli et valeur créée, que l&#039;effort vienne des nerfs ou des muscles, que la valeur soit appliquée à un objet palpable ou intangible, une nouvelle propriété est créée. Peu importe la forme sous laquelle elle se manifeste !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il s&#039;agit d&#039;un fonds de terre mis en culture, c&#039;est principalement de la force physique qui a été dépensée ; s&#039;il s&#039;agit d&#039;un air de musique, ce sont des facultés intellectuelles aidées de certaines facultés physiques ou morales qui ont été mises en œuvre. Mais à moins de placer les facultés de l&#039;intelligence au-dessous des forces physiques, ou bien encore, à moins de prétendre que l&#039;homme possède son intelligence à un titre moins légitime que sa force physique, peut-on établir une différence entre ces deux sortes de propriétés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous voudriez donc que l&#039;inventeur d&#039;une machine, l&#039;auteur d&#039;un livre, ou d&#039;un air de musique, demeurassent les maîtres absolus de leurs œuvres ; qu&#039;ils pussent à perpétuité les donner, les léguer et les vendre. Vous voudriez qu&#039;on leur accordât même le droit de les détruire. Vous voudriez qu&#039;il eût été permis aux héritiers de Bossuet, de Pascal, de Molière, de priver l&#039;humanité des œuvres immortelles de ces puissants génies. Voilà, en vérité, une exagération sauvage !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bravo !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Applaudissez, c&#039;est justice. Savez-vous bien quelle doctrine vous venez de soutenir, monsieur le conservateur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eh, la doctrine du sens commun, je pense.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non pas ! la doctrine du communisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous vous moquez. J&#039;ai soutenu les droits de la société sur les produits de l&#039;intelligence, voilà tout !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les communistes ne font pas autre chose. Seulement, ils sont plus logiques que vous. Ils soutiennent les droits de la société sur toute chose, sur les produits matériels aussi bien que sur les produits immatériels. Ils disent aux travailleurs : Remplissez votre tâche de chaque jour, travaillez selon vos forces, mais au lieu de vous attribuer à vous-mêmes les produits de votre travail, les valeurs que vous avez créées, remettez-les à l&#039;association générale des citoyens, à la communauté qui se chargera de répartir équitablement entre tous les fruits du travail de chacun. Vous en aurez votre part ! Voilà, n&#039;est-il pas vrai, le langage des communistes ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, c&#039;est bien le langage de cette secte insensée qui ravit au travailleur le fruit légitime de son travail, pour lui donner une part arbitraire du travail de tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Véritablement vous parlez d&#039;or. Vous n&#039;admettez donc pas qu&#039;on ravisse au travailleur tout ou partie du fruit de son travail, pour mettre ce tout ou cette partie dans la communauté ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est du vol !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eh ! bien, ce vol, la société le commet tous les jours au détriment des gens de lettres, des artistes et des inventeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous connaissez la loi qui régit en France la propriété littéraire. Tandis que la propriété des choses matérielles, terres, maisons, meubles, est indéfinie, la propriété littéraire est limitée aux vingt années qui suivent la mort de l&#039;auteur propriétaire. L&#039;Assemblée constituante n&#039;avait même accordé que dix années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant la révolution, la législation était, sous certains rapports, beaucoup plus équitable...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant la révolution, dites-vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui. Vous savez qu&#039;alors tous les droits, le droit de travailler aussi bien que le droit de posséder émanaient du roi. Les auteurs obtenaient donc pour eux et pour leurs héritiers, lorsqu&#039;ils en faisaient la demande, le droit d&#039;exploiter exclusivement leurs livres. Ce privilège n&#039;avait pas de limites ; malheureusement il était révocable à volonté ; en outre, il était soumis, dans l&#039;usage, à des restrictions vexatoires. Lorsqu&#039;un auteur cédait son œuvre à un libraire, le droit exclusif d&#039;exploitation se perdait à sa mort. Seuls, les héritiers pouvaient conserver exclusivement ce droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, les héritiers de Molière, de La Fontaine, de Racine, ont pu exploiter exclusivement jusqu&#039;en 1789, les œuvres de leurs illustres ancêtres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui. On trouve, par exemple, un arrêt du conseil du 14 septembre 1761, qui continue aux petits-fils de La Fontaine le privilège de leur aïeul, soixante-dix ans après sa mort. Si l&#039;Assemblée constituante avait eu pleinement l&#039;intelligence de sa mission, elle aurait reconnu et garanti, en la débarrassant des entraves du privilège, cette propriété que l&#039;ancien régime même avait sanctionnée en l&#039;opprimant. Malheureusement les idées communistes avaient déjà germé, alors, dans la société française. Résumé vivant des doctrines philosophiques et économiques du dix-huitième siècle, l&#039;Assemblée constituante renfermait dans son sein des disciples de Rousseau et de Morelly, aussi bien que des disciples de Quesnay et de Turgot. Elle recula donc devant la reconnaissance absolue de la propriété intellectuelle. Elle mutila cette propriété légitime, afin d&#039;abaisser le prix des œuvres de l&#039;intelligence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce but louable ne fut-il pas atteint ? Supposez que la propriété littéraire de Pascal, de Molière, de La Fontaine n&#039;eût pas été atteinte au bénéfice de la Communauté, ne serions-nous pas obligés de payer plus cher les œuvres de ces illustres génies ? Et peut-on mettre l&#039;intérêt de quelques-uns en balance avec l&#039;intérêt de tous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, dit Montesquieu, ils coupent l&#039;arbre au pied et cueillent le fruit. Voilà le gouvernement despotique.&amp;quot; Voilà le communisme, aurait ajouté l&#039;auteur de l&#039;Esprit des Lois s&#039;il avait vécu de nos jours. En limitant la propriété littéraire que faites-vous ? Vous en diminuez la valeur vénale. — Je sais un livre et j&#039;offre à un libraire de le lui céder. Si la possession de ce livre lui est garantie à perpétuité, il pourra évidemment m&#039;en payer et m&#039;en payera un prix plus élevé que si, vingt années après ma mort, cette propriété périt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oh ! ceci a bien peu d&#039;importance dans la pratique. Combien peu de livres vivent encore vingt années après la mort de leurs auteurs ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous me fournissez une nouvelle arme contre vous. Il y a deux sortes de livres, ceux qui ne durent pas et ceux qui durent. Votre loi limitative de la propriété littéraire laisse intacte la valeur des premiers pour amoindrir celles des seconds. Exemple : un homme de génie a écrit un livre destiné à traverser les âges ; il va le porter à son libraire. Celui-ci peut-il payer cette œuvre immortelle beaucoup plus cher que le commun des œuvres destinées à l&#039;oubli, après un succès éphémère ? Non ! car si l&#039;œuvre ne périt pas, la propriété de l&#039;œuvre périt, ou, ce qui revient au même, elle devient commune. Au bout d&#039;un certain nombre d&#039;années le détenteur en est légalement dépossédé. Votre loi respecte la médiocrité, mais elle met le génie à l&#039;amende.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi qu&#039;arrive-t-il ? C&#039;est qu&#039;on voit diminuer le nombre des œuvres durables et augmenter celui des œuvre éphémères. &amp;quot;Le Temps, dit Eschyle, ne respecte que ce qu&#039;il a fondé.&amp;quot; A peu d&#039;exceptions près, les chefs-d&#039;œuvre que le passé nous a légué ont été le fruit d&#039;un long travail. Descartes consacrait la plus grande partie de sa vie à composer ses Méditations. Pascal copiait jusqu&#039;à treize fois ses Lettres provinciales avant de les livrer à l&#039;impression. Adam Smith observait pendant trente années les phénomènes économiques de la société, avant d&#039;écrire son immortel traité de la Richesse des Nations. Mais quand l&#039;homme de génie ne jouit point d&#039;une certaine aisance, peut-il semer si longtemps sans recueillir ? Pressé par l&#039;aiguillon des nécessités de la vie n&#039;est-il pas obligé de livrer encore vertes les moissons de son intelligence ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On déclame beaucoup contre la littérature facile, mais pouvons-nous en avoir une autre ? Comment n&#039;improviserait-on pas lorsque la valeur des œuvres laborieusement finies est raccourcie jusqu&#039;à celle des œuvres improvisées ? En vain, vous recommanderez aux hommes de lettres de sacrifier leurs intérêts à ceux de l&#039;art, les hommes de lettres ne vous écouteront point et, le plus souvent, ils auront raison. N&#039;ont-ils pas, eux aussi, des devoirs de famille à remplir, des enfants à élever, des parents à soutenir, des dettes à payer, une position à conserver ? Peuvent-ils négliger, pour l&#039;amour de l&#039;art, ces devoirs naturels et sacrés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On improvise donc et l&#039;on se précipite dans les branches de littérature où l&#039;improvisation est le plus facile. Dans la science, la même cause engendre les mêmes résultats déplorables. Ce n&#039;est plus l&#039;observation qui domine dans la science moderne, c&#039;est l&#039;hypothèse. Pourquoi ? Parce qu&#039;on bâtit une hypothèse plus vite qu&#039;on n&#039;observe une loi. Parce qu&#039;on fait plus facilement des livres avec des hypothèses qu&#039;on n&#039;en peut faire avec des observations. A quoi il faut ajouter que l&#039;hypothèse est souvent plus frappante. Le paradoxe étonne plus que la vérité. Il conquiert beaucoup plus vite le succès. Il le perd promptement aussi, sans doute. Mais, en attendant, l&#039;improvisateur de paradoxes fait fortune tandis que le patient chercheur de vérités se débat contre la misère. Faut-il s&#039;étonner après cela si le paradoxe fourmille et si la véritable science devient de plus en plus rare ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous négligez de dire que le gouvernement se charge de récompenser les hommes qui se distinguent dans la carrière des sciences et des lettres. La société a des récompenses et des bonheurs pour les vrais savants et les vrais littérateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui ; et ce n&#039;est pas ce qu&#039;il y a de moins absurde dans ce système absurde. Voyez plutôt ! Vous dépréciez la propriété des vrais savants et des vrais littérateurs dans l&#039;intérêt prétendu de la postérité. Mais je ne sais quel sentiment d&#039;équité naturelle vous avertit que vous les spoliez. Vous prélevez donc sur la société un impôt dont vous leur allouez le produit. Vous avez un budget des beaux-arts et des lettres. Je suppose que les fonds de ce budget soient toujours équitablement répartis ; qu&#039;ils aillent directement à ceux-là que la loi a atteint (et vous savez si l&#039;hypothèse est fondée), cette indemnité en est-elle moins entachée d&#039;iniquité ? Est-il juste d&#039;obliger les contribuables à payer un impôt au profit des consommateurs de livres de l&#039;avenir ? N&#039;est-ce pas un communisme de la pire espèce que ce communisme d&#039;outre-tombe ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Où le voyez-vous ce communisme ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une société communiste, que fait le gouvernement ? Il s&#039;empare du produit du travail de chacun pour le distribuer gratuitement à tous. Eh bien, que fait le gouvernement, en limitant la propriété littéraire ? Il prend une partie de la valeur de la propriété du savant et du littérateur pour la distribuer gratuitement à la postérité ; après quoi, il oblige les contribuables à donner gratuitement une partie de leur propriété aux savants et aux littérateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux-ci perdent à cette combinaison communiste, car la portion de propriété qu&#039;on leur ravit est supérieure d&#039;ordinaire à l&#039;indemnité qu&#039;on leur alloue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les contribuables y perdent plus encore, car on ne leur donne rien en échange de l&#039;indemnité qu&#039;on les oblige à payer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moins, les consommateurs de livres y gagnent-ils quelque chose ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les consommateurs actuels n&#039;y gagnent rien, puisque les auteurs jouissent temporairement d&#039;un droit de propriété absolu sur leurs œuvres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les consommateurs futurs peuvent, sans doute, acheter à meilleur marché les ouvrages anciens ; en revanche, ils en sont moins abondamment pourvus. D&#039;un autre côté, les livres qui traversent les âges subissent, sous le régime de la propriété limitée, tous les inconvénients attachés au communisme. Tombés dans le domaine public, ils cessent d&#039;être l&#039;objet des soins attentifs et vigilants qu&#039;un propriétaire sait donner à sa chose. Les meilleures éditions fourmillent d&#039;altérations et de fautes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
parlerai-je des dommages indirects qui résultent de la limitation de la propriété littéraire ; parlerai-je de la contrefaçon ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel rapport voyez-vous entre la contrefaçon et la limitation légale de la propriété littéraire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;est-ce donc que la contrefaçon, sinon une limitation de la propriété littéraire dans l&#039;espace, comme votre loi en est une limitation dans le temps ? Y a-t-il, en réalité, la moindre différence entre ces deux sortes d&#039;atteintes à la propriété ? Je dirai plus. C&#039;est la limitation dans le temps qui a engendré la limitation dans l&#039;espace.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque la propriété matérielle était considérée comme un simple privilège émané du bon plaisir du souverain, ce privilège expirait aux frontières de chaque État. La propriété des étrangers était soumise au droit d&#039;aubaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque la propriété matérielle a été partout reconnue comme un droit imprescriptible et sacré, le droit d&#039;aubaine a cessé de lui être appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seule la propriété intellectuelle est demeurée assujettie à ce droit barbare. Mais, en bonne justice, pouvons-nous nous en plaindre ? Si nous respectons la propriété intellectuelle moins que la propriété matérielle, pouvons-nous obliger les étrangers à la respecter autant ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soit ! mais vous ne tenez aucun compte des avantages moraux de la contrefaçon. C&#039;est grâce à la contrefaçon que les idées françaises se répandent au dehors : nos gens de lettres et nos savants y perdent, sans doute ; mais la civilisation y gagne. Qu&#039;importe l&#039;intérêt de quelques centaines d&#039;individus, en présence des grands intérêts de l&#039;humanité !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous employez en faveur des consommateurs étrangers l&#039;argument dont vous vous serviez tout à l&#039;heure, en faveur des consommateurs futurs. Je me placerai pour le réfuter au point de vue de la consommation générale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La France est peut-être le pays du monde où la production littéraire est la plus active et la plus abondante ; cependant les livres y sont fort chers. On y paye 15 fr. un roman en deux volumes, tandis qu&#039;en Belgique les deux mêmes volumes ne coûtent que 1 fr. 50 c. Faut-il attribuer cette différence de prix uniquement aux droits d&#039;auteurs ? Non pas ! de l&#039;aveu des intéressés eux-mêmes, elles provient principalement de l&#039;exiguïté du marché dont peut disposer le libraire français. Si la contrefaçon venait à être supprimée, les deux volumes, qui se vendent 15 francs en France, tomberaient probablement à 5 francs sur le marché général, peut-être plus bas encore. Dans ce sens, le consommateur étranger payerait 3 fr. 50 c. de plus que sous le régime de la contrefaçon ; en revanche, le consommateur français payerait 10 fr. de moins. Au point de vue de la consommation générale, n&#039;y aurait-il pas évidemment avantage ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai entendu, il y a quelques années, à la Chambre des Députés, M. Chaix-d&#039;Est-Ange défendre la contrefaçon au point de vue de la diffusion des lumières. C&#039;est grâce à la contrefaçon, disait-il, que les idées françaises pénètrent à l&#039;étranger. — C&#039;est possible, aurait-on pu répondre à l&#039;illustre avocat ; en revanche, c&#039;est la contrefaçon qui empêche les idées françaises de pénétrer en France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les consommateurs étrangers payeraient nos livres un peu plus cher, si la contrefaçon cessait d&#039;exister, et encore ! mais nous leur en fournirions de meilleurs et en plus grand nombre. N&#039;y gagneraient-ils pas autant que nous-mêmes ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Allons ! je crois décidément que vous avez raison, et je me sens assez disposé à me rallier à la cause de la propriété littéraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;aurais pu développer encore quelques considérations sur l&#039;extension et la stabilité que la reconnaissance entière de la propriété littéraire donnerait non seulement à l&#039;industrie des gens de lettres, mais encore à celle des libraires.... Mais puisque ma cause est gagnée, je n&#039;insiste pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si vous m&#039;accordez la propriété littéraire, vous devez m&#039;accorder aussi la propriété artistique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En quoi consiste la propriété artistique ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il s&#039;agit d&#039;un tableau, d&#039;une statue ou d&#039;un monument, la propriété artistique consiste dans le droit d&#039;en disposer comme de toute autre propriété matérielle, puis d&#039;en opérer ou d&#039;en autoriser exclusivement la reproduction par le dessin, la gravure, etc. S&#039;il s&#039;agit d&#039;un modèle ou d&#039;un dessin, la propriété artistique réside de même dans un droit de reproduction exclusif. Il est bien entendu que cette propriété peut être cédée, vendue comme toute autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;y vois aucun inconvénient. Cependant il conviendrait d&#039;établir une exception pour les modèles et dessins de fabrique. Les artistes, dessinateurs ou modeleurs deviendraient par trop exigeants, si on leur accordait l&#039;absolue propriété de leurs œuvres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah ! ah ! je vous y prends encore une fois, monsieur le conservateur-communiste ! Eh bien, sachez donc que, par une inadvertance des législateurs réglementaires de l&#039;Empire, cette propriété-là a échappé seule à la limitation. Cet oubli salutaire n&#039;a pas manqué de produire d&#039;excellents fruits. Nos modèles et dessins de fabrique sont aujourd&#039;hui sans rivaux dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela s&#039;explique aisément. D&#039;une part, les industriels qui achètent aux artistes la propriété des modèles et dessins de fabrique, étant assurés de conserver perpétuellement cette propriété, peuvent la payer le plus cher possible. D&#039;une autre part, les artistes, assurés de recevoir une rémunération suffisante, mettent le temps et le soin nécessaires à l&#039;exécution de leurs œuvres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, savez-vous aussi ce qui est arrivé ? je vous le donne en mille. Ces industriels, qui sont des gardiens si farouches de la propriété, s&#039;avisèrent un beau jour de penser qu&#039;ils payaient trop cher leurs modèles et dessins de fabrique. La question fut mise à l&#039;ordre du jour dans leurs chambres de commerce et de perfectionnement : à l&#039;unanimité, on reconnut que le mal venait de ce que la propriété était perpétuelle. On demande, en conséquence, au gouvernement de la limiter. Le gouvernement s&#039;empressa d&#039;obtempérer à cette demande des hauts-barons de l&#039;industrie. Le ministre de l&#039;agriculture et du commerce bâcla un projet de loi, réduisant à trois, cinq, dix et quinze années la propriété des modèles et dessins de fabrique. Le projet fut présenté aux Chambres, discuté à la Chambre des pairs....&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et adopté ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non ! la révolution de février le fit écarter de l&#039;ordre du jour ; mais soyez sûr que la discussion e sera reprise et que la loi passera. Cependant ces conservateurs, qui attentent sans scrupule à la propriété des artistes, ces conservateurs qui n&#039;hésitent pas à faire du communisme quand cela leur profite, sont les mêmes qui traquent les communistes comme des bêtes fauves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les industriels dont vous parlez avaient bien réfléchi sur leurs véritables intérêts ; s&#039;il avaient eu quelques notions saines d&#039;économie politique, ils auraient compris qu&#039;en nuisant aux artistes, ils ne pouvaient manquer de se nuire aussi à eux-mêmes. Lorsque la loi aura limité la propriété des modèles et dessins de fabrique, ces œuvres d&#039;art se vendront à plus bas prix sans doute ; mais conserveront-elles le même degré de perfection ? Les artistes d&#039;élite ne se détourneront-ils pas de cette branche du travail, lorsqu&#039;on ne pourra plus payer suffisamment leurs œuvres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On le pourra toujours, ce me semble.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les maisons ne pouvaient être possédées que pendant une période de trois années, ne baisseraient-elles pas de prix ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément. On ne mettrait pas un prix bien élevé à une maison dont on pourrait être dépossédé au bout de trois années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce système on ne bâtirait plus que des masures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eh bien, si la loi abaisse de même la valeur vénale des modèles et des dessins, on ne fera plus que des modèles et des dessins de pacotille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais alors nos étoffes et nos bronzes, dont le dessin ou le modèle font souvent tout le prix, pourront-ils encore soutenir la concurrence de l&#039;étranger ? En limitant la propriété des artistes, les industriels n&#039;auront-ils pas coupé l&#039;arbre pour avoir le fruit ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est vrai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous voyez où conduit la limitation de la propriété. Les choses deviennent communes, soit ! mais elles se produisent mal ou elles ne se produisent plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si vous admettez la propriété illimitée des œuvres d&#039;art, vous devez admettre aussi la propriété illimitée des inventions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La propriété illimitée des inventions ! mais ce serait la mort de l&#039;industrie déjà rançonnée sans merci par les inventeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant les inventions sont le fruit du travail de l&#039;intelligence comme les œuvres littéraires et les œuvres d&#039;art. Si celles-ci donnent lieu à un droit de propriété illimité, absolu, pourquoi celles-là, qui ont la même origine, ne donneraient-elles lieu qu&#039;à un droit limité et conditionnel ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt de la société n&#039;est-il pas ici en cause ? Je conçois qu&#039;on accorde un droit de propriété illimité, absolu aux littérateurs et aux artistes. Cela n&#039;a qu&#039;une faible importance. Le monde pourrait, à la rigueur, se passer d&#039;artistes et de littérateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oh ! oh !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on ne pourrait se passer d&#039;inventeurs. Ce sont les inventeurs qui fournissent des instruments et des procédés à l&#039;agriculture et à l&#039;industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi n&#039;est-il nullement question de supprimer les inventeurs ou d&#039;en réduire le nombre. Il est question, au contraire, de les multiplier en assurant à leur travail la rémunération qui leur est due.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je le veux bien ; mais en décrétant la perpétuité de la propriété des inventions, ne mettez-vous pas, à perpétuité, l&#039;agriculteur et l&#039;industrie sous le joug d&#039;un petit nombre d&#039;inventeurs ? N&#039;assujettirez-vous pas les branches les plus nécessaires de la production à des monopoles exigeants, intraitables, odieux ? Supposez, par exemple, que l&#039;inventeur de la charrue eût conservé la propriété de son invention, et que cette propriété eût été transmise intacte jusqu&#039;à nos jours, que serait-il arrivé ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait arrivé que nous aurions aujourd&#039;hui des instruments aratoires plus nombreux et plus parfaits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une aberration pure !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Discutons. Vous connaissez la législation qui régit actuellement les inventions. On garantit aux inventeurs la propriété de leurs œuvres pour cinq, dix et quinze années, à la condition de payer au fisc 500 francs dans le premier cas, 1 000 dans le second, 1 500 dans le troisième. Or, il peut fort bien arriver qu&#039;une invention ne donne point les résultats que l&#039;auteur en avait attendus. Dans ce cas, il se trouve puni, mis à l&#039;amende pour avoir inventé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai jamais prétendu que la loi actuelle fût parfaite. On peut la réformer. Mais accorder à l&#039;inventeur la propriété intellectuelle de son œuvre, folie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans quel intérêt voulez-vous dépouiller l&#039;inventeur d&#039;une partie de sa propriété ? Est-ce dans l&#039;intérêt des consommateurs actuels ? Non, car vous accordez à l&#039;inventeur une propriété de cinq, dix et quinze années. Dans cet intervalle, il tire naturellement tout le parti possible d&#039;une propriété qui doit lui échapper bientôt ; il exploite rigoureusement son monopole. C&#039;est donc uniquement en vue de l&#039;intérêt de la postérité que vous dépouillez les inventeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans l&#039;intérêt du progrès, de la civilisation. D&#039;ailleurs, comment serait-il possible de démêler et de délimiter les droits des inventeurs. Toutes les inventions se touchent par quelque point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme toutes les propriétés matérielles. Cela n&#039;empêche pas que chacun ne réussisse, en fin de compte, à maintenir l&#039;intégrité des siennes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, mais cela serait bien plus malaisé dans le domaine de l&#039;invention. La reconnaissance de la propriété des inventeurs ne donnerait-elle pas naissance à des myriades de procès ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;est-ce pas un moyen singulier de préserver la propriété du danger des procès que de la supprimer ? Au reste, la difficulté que vous venez de soulever se présente tous les jours et elle est tous les jours résolue. La propriété des inventions étant garantie pour cinq, dix et quinze ans, donne lieu à des procès, tout comme si elle était perpétuelle. Ces procès on les juge, et tout est dit. Votre objection tombe devant les faits. Je reprends. C&#039;est en vue de l&#039;intérêt de la postérité que vous voulez limiter la propriété des inventions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a dans l&#039;ouest de l&#039;Union américaine d&#039;immenses terrains vierges, qui sont journellement entamés par des émigrants audacieux. Lorsque ces pionniers de la civilisation aperçoivent un site qui leur convient, ils arrêtent leurs wagons, plantent leur tente, et, avec la cognée d&#039;abord, avec la charrue ensuite, ils déblayent et défrichent le sol. Ils donnent une valeur à ce sol qui naguère n&#039;en avait point. Eh ! bien, cette valeur que le travail a créée, trouveriez-vous équitable que la communauté se l&#039;appropriât au bout de cinq, dix et quinze années, au lieu de permettre au travailleur de la léguer à sa postérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Juste ciel ! mais ce serait du communisme, ce serait de la barbarie ! Qui voudrait défricher des terres à ces conditions-là ? — Mais y a-t-il la moindre analogie entre le travail du pionnier et celui de l&#039;inventeur. L&#039;intelligence n&#039;est-elle pas un fonds commun qui apparient à l&#039;humanité ? Peut-on s&#039;en attribuer exclusivement les fruits ? L&#039;inventeur ne profite-t-il point d&#039;ailleurs, largement, des découvertes de ses devanciers et des connaissances qui se trouvent accumulées dans la société ? S&#039;il n&#039;inventait pas, un autre profitant de ces découvertes et de ces connaissances communes, n&#039;inventerait-il pas à sa place ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objection s&#039;applique au défricheur aussi bien qu&#039;à l&#039;inventeur. La société ne devrait-elle pas dire à ce premier occupant de la terre : Vous allez mettre en valeur un sol demeuré jusqu&#039;à présent improductif, soit ! j&#039;y consens ; mais n&#039;oubliez pas que les fruits sont à tous et que la terre n&#039;est à personne ! Jouissez donc, pendant quelques années, de cette portion de terre, mais restituez-la ensuite fidèlement à l&#039;humanité qui la tient de Dieu. Et si vous ne consentez point de bonne grâce à cette restitution légitime, je saurai bien employer la force pour faire prévaloir le Droit de Tous sur l&#039;Égoïsme d&#039;un seul..... Eh ! quoi, vous résistez, vous objectez que vous seul avez créé, au prix de vos sueurs, la valeur que je prétends vous ravir, mais, ô propriétaire rebelle et dénaturé, eussiez-vous pu la créer, cette valeur, sans les instruments et les connaissances que la communauté vous a fournis ? Répondez !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le propriétaire aurait répondu sans doute : — La communauté m&#039;a fourni des instruments et des connaissances, cela est vrai, mais je les ai payé. Mes ancêtres et moi, nous avons acquis par notre travail tout ce que nous possédons. La société n&#039;a donc aucun droit sur les fruits de mon travail actuel. Et si, abusant de sa force, elle me ravit ma propriété, pour la mettre en commun ou la distribuer à des hommes qui ne l&#039;ont point créée, elle commettra la plus inique et la plus odieuse des spoliations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien répondu. Parez-moi celle-là, messieurs les communistes !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parez-la vous-même. Si la société reconnaît n&#039;avoir aucun droit sur la propriété des défricheurs, bien qu&#039;ils exploitent des terrains naguères communs, biens qu&#039;ils utilisent des découvertes et des connaissances antérieures, elle ne saurait évidemment rien prétendre sur la propriété des inventeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela dépend des exigences de l&#039;intérêt général. Si la communauté s&#039;empare d&#039;une terre cinq, dix et quinze années après qu&#039;elle a été défrichée.....&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
...... Et si elle oblige le défricheur à payer cinq cents francs, mille francs ou quinze cents francs avant qu&#039;il ne sache si la terre sera ou non féconde.....&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
..... Et quelle que soit l&#039;étendue du terrain défriché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est certain que les défrichements seront extrêmement rares, et que la communauté, elle-même, y perdra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de même pour les inventions. On invente beaucoup moins sous le régime de la propriété limitée qu&#039;on n&#039;inventerait sous le régime de la propriété illimitée. Or, comme la civilisation ne marche qu&#039;à coups d&#039;inventions, la postérité, dont vous avez invoqué les intérêts, gagnerait évidemment à la reconnaissance de la propriété des inventeurs, comme elle a gagné à la reconnaissance de la propriété foncière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez peut-être raison pour le plus grand nombre des inventions. Mais il y en a de si nécessaires qu&#039;on ne saurait les laisser longtemps appropriées. J&#039;ai cité la charrue. Ne serait-ce pas un malheur effroyable, si un seul individu avait le droit de fabriquer et de vendre des charrues, si la propriété de cet instrument, indispensable à l&#039;agriculture, n&#039;était pas tombée dans le domaine public ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, ce serait désastreux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Examinons ensemble comment les choses se seraient passées si l&#039;inventeur de la charrue avait joui de la propriété de son invention, au lieu d&#039;en être frustré. Mais avant tout, voici ma réponse : Non ! la société n&#039;a point servi son intérêt en méconnaissant le droit de l&#039;inventeur de la charrue, en s&#039;attribuant cette propriété due au travail de l&#039;un des siens et en la rendant commune. Non ! elle a entravé le progrès des cultures au lieu de le faciliter, et en spoliant l&#039;inventeur elle s&#039;est spoliée elle-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paradoxe !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons bien voir. Qu&#039;est-ce que la charrue et à quoi sert-elle ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La charrue est un instrument mû par des bêtes de somme, des chevaux ou des bœufs, sous la direction de l&#039;homme, et qui sert à ouvrir le sol. Avant l&#039;invention de la charrue, de quoi se servirait-on pour cultiver la terre ? On se servirait de la bêche. Voilà donc deux instruments bien distincts, à l&#039;aide desquels la même œuvre peut être accomplie ; deux instruments qui se font concurrence l&#039;un à l&#039;autre. Cette concurrence est, à la vérité, fort inégale, car la charrue est infiniment préférable à la bêche ; et plutôt que d&#039;en revenir à ce dernier outil, le moins économique de tous, la plupart des cultivateurs se résigneraient à payer une surtaxe considérable aux détenteurs de la propriété de la charrue. Mais enfin les champs ne demeureraient pas incultes. On se servirait de la bêche, jusqu&#039;à ce que les détenteurs de la charrue s&#039;aperçoivent qu&#039;on peut, à la rigueur, se passer d&#039;eux, se montrassent plus traitables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de cette situation de la société, en butte aux prétentions exagérées des propriétaires de certains instruments indispensables, qu&#039;en résulterait-il ? Qu&#039;il y aurait un immense intérêt à multiplier le nombre de ces instruments, à en créer de plus parfaits. Dans un moment où le prix de la charrue, par exemple, se trouverait surélevé, celui qui inventerait un instrument aussi économique ou plus économique pour remplir le même office, ne réaliserait-il pas une fortune ? Et s&#039;il voulait, à son tour, surélever le prix de son instrument, ne se trouverait-il pas arrêté dans ses prétentions, d&#039;abord par le fait même de l&#039;existence des deux anciens véhicules, auxquels on pourrait toujours revenir, ensuite par la crainte de faire surgir une concurrence nouvelle, en augmentant l&#039;intérêt attaché à la découverte d&#039;un instrument plus parfait. — Vous voyez donc que le monopole ne serait jamais à redouter ; car il y aurait toujours, d&#039;une part, la concurrence existante, effective, des instruments moins parfaits ; d&#039;une autre part, la concurrence éventuelle, prochaine des instruments plus parfaits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le domaine de l&#039;invention n&#039;est-il pas limité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plaines de l&#039;intelligence sont plus vastes encore que celles de la terre. Dans quelle branche de la production peut-on affirmer qu&#039;il n&#039;y a plus de progrès à réaliser, plus de découvertes à faire ? Ne craignez pas que la carrière de l&#039;invention se ferme ; les forces défailleront à l&#039;humanité avant qu&#039;elle ne l&#039;ait parcourue jusqu&#039;au bout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Croyez-vous, par exemple, qu&#039;on ne puisse rien trouver de mieux, en fait d&#039;instruments aratoires, que les instruments actuels ? Comparée aux véhicules dont on se sert dans la production manufacturière, la charrue n&#039;est-elle pas un instrument barbare ? La charrue est un véhicule mû par une force animée. Or, l&#039;industrie manufacturière ne doit-elle pas les immenses progrès qu&#039;elle a réalisés, depuis un demi-siècle, à la substitution d&#039;un moteur inanimé, la vapeur, à la force animée des brutes ? Pourquoi cette substitution économique d&#039;un moteur inanimé à un moteur animé ne s&#039;opérerait-elle point aussi en agriculture ? Pourquoi un véhicule à vapeur ne remplacerait-il pas la charrue comme la mull-Jenny a remplacé la machine à filer, comme le moulin à vapeur a remplacé meule, mise en mouvement par un cheval aveugle, comme la charrue même, mue par le force des bêtes des somme, s&#039;est substituée à la bêche, mue par le force de l&#039;homme ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, dès l&#039;origine, la propriété des inventions avait été reconnue et respectée au même degré que la propriété matérielle, n&#039;est-il pas au moins probable que ce progrès bienfaisant se trouverait déjà accompli ? N&#039;est-il pas probable que la vapeur aurait déjà transformé et multiplié la production agricole comme elle a transformé et multiplié la production industrielle ? N&#039;en résulterait-il pas un avantage immense pour l&#039;humanité tout entière ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De tout cela je conclus que la société aurait eu, dès l&#039;origine, le plus grand intérêt à reconnaître et à respecter la propriété de l&#039;invention, s&#039;agit-il même de celle de la charrue ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous croyez donc qu&#039;on invente d&#039;autant plus que la propriété de l&#039;invention est plus étendue et mieux garantie ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément, je le crois. Ce n&#039;est guère qu&#039;au dix-huitième siècle qu&#039;on a commencé à reconnaître la propriété des inventions. Comparez donc les découvertes accomplies dans une période déterminée, avant et après cette époque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà qui témoigne contre vos théories, puisque la propriété des inventions n&#039;est pas illimitée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la propriété d&#039;un champ de blé, après avoir été longtemps commune, venait à être reconnue et garantie pour cinq, dix ou quinze années à un seul individu, l&#039;augmentation de la production du blé prouverait-elle quelque chose contre la propriété illimitée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, sans doute... Mais certaines choses ne se découvrent-elles pas, pour ainsi dire, toutes seules ? Il y a des découvertes qui sont dans l&#039;air.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il y a des récoltes qui sont sous terre. Il ne s&#039;agit que de les en faire sortir. Mais soyez bien certain que &amp;quot;le hasard&amp;quot; ne se chargera pas de ce soin. — Comment avez-vous découvert la loi de la gravitation, demandait-on un jour à Newton ? — En y pensant toujours, répondit l&#039;homme de génie. Watt, Jacquart, Fulton auraient fait probablement la même réponse à une question semblable. Le hasard n&#039;invente rien ; il ne défriche pas plus le domaine de l&#039;intelligence que celui de la matière. Laissons donc le hasard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que si une découverte n&#039;était pas faite aujourd&#039;hui, elle serait faite demain ; mais cette hypothèse ne peut-elle pas tout aussi justement s&#039;appliquer aux défrichements des terres qu&#039;aux nouvelles combinaisons d&#039;idées, aux inventions ? Si les Backwoodsmen qui émigrent aujourd&#039;hui à l&#039;ouest demeuraient chez eux, ne peut-on pas admettre que d&#039;autres Backwoodsmen iraient s&#039;établir sur les mêmes terrains vierges avant cinq, dix ou quinze années ? pourquoi donc ne point limiter le droit de propriété des premiers ? Pourquoi ? parce que si on le limitait personne ne voudrait s&#039;enfoncer dans les solitudes de l&#039;ouest, ni aujourd&#039;hui ni demain. De même, croyez-le bien, nul ne s&#039;efforcerait de saisir les découvertes qui sont dans l&#039;air si nul n&#039;avait intérêt à les saisir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous oubliez que la gloire et le désir plus noble encore de servir l&#039;humanité, agissent non moins puissamment que l&#039;intérêt sur les inventeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La gloire et le désir de servir l&#039;humanité font partie de l&#039;intérêt et n&#039;en sont pas distincts, ainsi que je vous l&#039;ai démontré déjà. Mais ces mobiles élevés ne suffisent pas. Comme les écrivains et les artistes, les inventeurs sont soumis aux infirmités humaines. Comme eux, ils sont obligés de se nourrir, de se vêtir, de se loger, et, le plus souvent aussi, de soutenir une famille. Si vous ne leur offrez d&#039;autre appât que la gloire et la satisfaction d&#039;avoir servi l&#039;humanité, ils devront pour la plupart renoncer à suivre la carrière de l&#039;invention. Les gens riches seuls pourront inventer, écrire, sculpter et peindre. Or, comme les gens riches ne sont pas des travailleurs bien actifs, la civilisation n&#039;avancera guère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Allons, allons, monsieur le conservateur, convenez de bonne grâce que vous êtes battu. Si vous admettez la perpétuité de la propriété matérielle, vous ne pouvez pas ne pas admettre celle de la propriété intellectuelle. Il y a même droit et mêmes nécessités des deux parts (en supposant, bien entendu, que l&#039;on reconnaisse ce droit et ces nécessités). Consentez donc à reconnaître la propriété de l&#039;invention comme vous avez reconnu les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela peut être vrai en théorie, mais, ma foi ! dans la pratique je préfère m&#039;en tenir au statu quo.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous voulons bien le permettre [1] !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Note==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[1] La propriété intellectuelle, si déplorablement méconnue par les propriétaires de nos jours, a trouvé un spirituel et persévérant défenseur en M. Jobard, directeur du musée de Bruxelles. A Paris, un romancier distingué, M Hip. Castille, avait fondé en 1847 un journal pour défendre cette cause qui intéresse un si grand nombre de travailleurs. Malheureusement, l&#039;entreprise de M. Castille n&#039;obtint point le succès qu&#039;elle méritait si bien. Je me suis borné à résumer ici divers articles publiés par moi dans ce journal d&#039;un des défenseurs les plus dévoués de la propriété intellectuelle.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Gustave_de_Molinari:Les_Soir%C3%A9es_de_la_rue_Saint-Lazare_-_Troisi%C3%A8me_soir%C3%A9e&amp;diff=2809</id>
		<title>Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare - Troisième soirée</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Gustave_de_Molinari:Les_Soir%C3%A9es_de_la_rue_Saint-Lazare_-_Troisi%C3%A8me_soir%C3%A9e&amp;diff=2809"/>
		<updated>2010-09-21T23:46:46Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Effacement mots doublons&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare|Les Soirées de la rue Saint-Lazare]]&amp;lt;br&amp;gt;Entretiens sur les lois économiques et défense de la propriété|[[Gustave de Molinari]]&amp;lt;br&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;Membre de la Société d&#039;économie politique de Paris&amp;lt;/small&amp;gt;|Troisième soirée}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Interlocuteurs : Un conservateur. — Un socialiste. — Un économiste&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Suite des atteintes à la propriété extérieure. — Loi d&#039;expropriation pour cause d&#039;utilité publique. — Législation des mines. — Domaine public, propriétés de l&#039;État, des départements et des communes. — Forêts. — Routes. — Canaux. — Cours d&#039;eau. — Eaux minérales.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons constaté que la propriété des œuvres de l&#039;intelligence est fort maltraitée sous le régime actuel. La propriété matérielle est plus favorisée, en ce sens qu&#039;on l&#039;a reconnue et garantie et perpétuité. Toutefois cette reconnaissance et cette garantie n&#039;ont rien d&#039;absolu. Un propriétaire peut être dépouillé de sa propriété, en vertu de la loi d&#039;expropriation pour cause d&#039;utilité publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eh quoi ! vous voulez abolir cette loi tutélaire sans laquelle aucune entreprise d&#039;utilité publique ne serait possible ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;entendez-vous par entreprise d&#039;utilité publique ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une entreprise d&#039;utilité publique, c&#039;est... une entreprise utile à tout le monde, un chemin de fer, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah ! et une ferme où l&#039;on produit des aliments pour tout le monde n&#039;est-elle pas aussi une entreprise d&#039;utilité publique ? Le besoin de manger n&#039;est-il pas tout au moins aussi général et aussi nécessaire que le besoin de voyager ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute, mais une ferme est une entreprise particulière assez bornée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas toujours. En Angleterre, il y a des fermes immenses ; aux colonies, il y a des plantations qui appartiennent à de nombreuses et puissantes compagnies. D&#039;ailleurs, qu&#039;importe ! L&#039;utilité d&#039;une entreprise n&#039;est pas toujours en raison de l&#039;espace qu&#039;elle occupe, et la loi ne recherche point si une entreprise dite &amp;quot;d&#039;utilité publique&amp;quot; appartient à une association ou à un individu isolé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait établir aucune analogie entre une ferme ou une plantation et un chemin de fer. Une entreprise de chemin de fer est soumise à certaines exigences naturelles ; la moindre déviation dans le tracé, par exemple, peut entraîner une augmentation considérable dans les dépenses. Qui payerait cette augmentation ? Le public. Eh bien, je vous le demande, l&#039;intérêt du public, l&#039;intérêt de la société doit-il être sacrifié à l&#039;obstination ou à la cupidité d&#039;un propriétaire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah ! monsieur le conservateur, voilà des paroles qui me réconcilient avec vous. Vous êtes un digne homme. Touchez-là !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a dans la Sologne de vastes étendues de terre d&#039;une excessive pauvreté. Les misérables paysans qui les cultivent ne reçoivent qu&#039;un faible produit en échange des plus laborieux efforts ; mais auprès de leurs chétives cabanes, s&#039;élèvent des châteaux magnifiques, avec d&#039;immenses pelouses où le blé pousserait à ravir. Si les paysans de la Sologne demandaient l&#039;expropriation de ces bonnes terres pour les transformer en champs de blé, l&#039;intérêt public ne commanderait-il pas de la leur accorder ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous allez trop loin. Si l&#039;on se servait de la loi d&#039;expropriation pour cause d&#039;utilité publique pour transformer les pelouses et le parcs d&#039;agrément en champs de blé, que deviendrait la sécurité de la propriété ? qui voudrait embellir une pelouse, planter un parc, orner un château ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n&#039;exproprie pas sans accorder une indemnité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l&#039;indemnité ne suffit pas toujours. Il y a des choses qu&#039;aucune indemnité ne saurait payer. Peut-on payer le toit qui a abrité les générations, le foyer auprès duquel elles ont vécu, les grands arbres qui les ont vus naître et mourir ? N&#039;y a-t-il pas quelque chose de sacré dans ces nids séculaires, où vivent les traditions des ancêtres, où respire, pour ainsi dire, l&#039;âme de la famille ? N&#039;est-ce pas commettre un véritable attentat moral que d&#039;expulser à jamais une famille de son vieux patrimoine ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Excepté, n&#039;est-il pas vrai, quand il s&#039;agit de construire un chemin de fer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout dépend du degré d&#039;utilité de l&#039;entreprise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eh ! est-il rien de plus utile qu&#039;une exploitation consacrée à la subsistance du peuple ? Quant à moi, j&#039;espère bien que la loi d&#039;expropriation pour cause d&#039;utilité publique recevra bientôt une extension nouvelle. La Convention faisait cultiver des pommes de terre dans le jardin des Tuileries. Exemple sublime ! Puissent nos Assemblées législatives l&#039;avoir, sans cesse, sous les yeux ? Combien de milliers d&#039;hectares demeurent improductifs, autour des habitations de plaisance des seigneurs de la terre ? Combien de bouches on pourrait nourrir, combien de travail on pourrait distribuer, en livrant ces bonnes terres aux travailleurs qui seraient disposés à les mettre en culture ? Ah ! riches aristos, on plantera, un jour, des pommes de terre dans vos somptueux parterres ; on sèmera des navets et des carottes à la place de vos dahlias et de vos rosiers du Bengale ! On vous expropriera pour cause d&#039;utilité publique !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Heureusement les jurys d&#039;expropriation ne donneront pas les mains à ces projets barbares.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi pas ? si l&#039;Utilité Publique exige que vos châteaux avec pelouses et parcs d&#039;agrément soient remplacés par des champs de pommes de terre, pourquoi les jurys ne consentiraient-ils pas à l&#039;expropriation ? S&#039;ils l&#039;accordent bien quand il s&#039;agit de transformer des exploitations agricoles en chemin de fer, ne l&#039;accorderont-ils pas, à plus forte raison, quand il s&#039;agira de transformer des parcs de luxe en exploitations agricoles ? M&#039;opposerez-vous la composition actuelle des jurys d&#039;expropriation ? Ils sont composés de grands propriétaires, je ne l&#039;ignore pas. Mais ce jury-là n&#039;échappera plus que l&#039;autre à la loi du suffrage universel. On y fera entrer des petits propriétaires et des ouvriers, et alors, ma foi... la grande propriété la dansera.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà un propos subversif, au premier chef !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que voulez-vous ? on élargit, on généralise l&#039;application d&#039;une loi que vous avez établie vous-même, en vue de l&#039;Utilité Sociale. On complète votre œuvre. Pouvez-vous vous en plaindre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je sais bien que l&#039;expropriation pour cause d&#039;utilité publique a ses dangers, surtout depuis cette révolution maudite.... Mais n&#039;est-elle pas indispensable ? Les intérêts privés ne sont-ils pas perpétuellement en hostilité avec l&#039;intérêt public ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;ailleurs cette loi ne contient-elle pas une reconnaissance implicite de la propriété ? Si l&#039;État ne respectait pas le droit de propriété, se serait-il donné la peine de demander une loi d&#039;expropriation aux Chambres législatives ? De simples ordonnances n&#039;auraient-elles pas suffi ? La loi d&#039;expropriation pour cause d&#039;utilité publique ne renferme-t-elle pas une reconnaissance implicite de la propriété ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, comme le viol renferme une reconnaissance implicite de la virginité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et l&#039;indemnité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Croyez-vous qu&#039;aucune indemnité puisse dédommager d&#039;un viol ? Or si je ne veux pas vous céder ma propriété et qu&#039;usant de votre supériorité de forces vous me la ravissiez, n&#039;est-ce pas un viol que vous commettrez ? L&#039;indemnité n&#039;effacera point cette atteinte portée à mon droit. — Mais, objectez-vous, l&#039;intérêt public peut exiger le sacrifice de certains intérêts privés, et il faut pourvoir à cette nécessité. — Eh, quoi ! c&#039;est vous, un conservateur, qui me tenez ce langage ? c&#039;est vous qui me dénoncez l&#039;antagonisme de l&#039;intérêt public et des intérêts privés ? Mais prenez-y garde, vous faites du socialisme ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute. Suum cuique. Nous avons dénoncé, les premiers, ce lamentable antagonisme de l&#039;intérêt public et des intérêts privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, mais comment y mettez-vous un terme ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est bien simple. Nous supprimons les intérêts privés. Nous faisons respecter les biens de chacun dans le domaine de Tous. Nous appliquons sur une échelle immense la loi d&#039;expropriation pour cause d&#039;utilité publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et s&#039;il y a véritablement antagonisme entre l&#039;intérêt de chacun et l&#039;intérêt de tous, vous agissez très sagement et votre adversaire a tort de ne pas vous suivre jusque-là !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous faites de l&#039;ironie ! Croyez-vous, par hasard, que les intérêts privés s&#039;accordent naturellement, d&#039;eux-mêmes, avec l&#039;intérêt public ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je n&#039;en étais pas convaincu, je serais depuis longtemps socialiste. je ferais comme vous une immortelle guerre aux intérêts privés, je demanderais l&#039;association intégrale, la communauté, que sais-je encore ? Je ne voudrais à aucun prix maintenir un état social où nul ne prospérerait qu&#039;à la condition de nuire à autrui. Mais grâces à Dieu, la société n&#039;est pas ainsi faite ! Naturellement tous les intérêts s&#039;accordent. Naturellement l&#039;intérêt de chacun coïncide avec l&#039;intérêt de tous. Pourquoi donc faire des lois qui mettent celui-là à la merci de celui-ci ? Ou ces lois sont inutiles, ou, comme l&#039;affirment les socialistes, la société est à refaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous raisonnez comme si tous les hommes étaient de justes appréciateurs de leur intérêt. Eh bien ! c&#039;est faux. Les hommes se trompent fréquemment sur leur intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je sais parfaitement que les hommes ne sont pas infaillibles ; mais je sais aussi que chacun est le meilleur juge de son intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez peut-être raison en théorie, mais, dans la pratique, il y a des gens si entêtés et si stupides.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas si entêtés et pas si stupides, lorsqu&#039;il s&#039;agit de leur intérêt. Toutefois, j&#039;admets que ces gens-là fassent avorter quelques entreprises utiles. Croyez-vous que la loi actuelle ne cause pas plus de mal qu&#039;ils n&#039;en pourraient causer ? Ne compromet-elle pas la sécurité de la propriété dans le présent et ne la menace-t-elle pas dans l&#039;avenir ,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est certain que le socialisme pourrait faire un bien déplorable usage de la loi d&#039;expropriation pour cause d&#039;utilité publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et vous autres conservateurs qui avez établi cette loi, auriez-vous bonne grâce à vous opposer à son application ? N&#039;est-ce pas une arme dangereuse que vous avez forgée, à l&#039;usage de vos ennemis ? En déclarant qu&#039;une majorité quelconque a le droit de mettre la main sur la propriété d&#039;un individu lorsque l&#039;intérêt public l&#039;exige, n&#039;avez-vous pas fourni d&#039;avance au socialisme une justification et un moyen légal d&#039;exécution ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas ! mais qui pouvait prévoir cette révolution infernale !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;on se même de faire des lois il faut tout prévoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A côté de cette loi qui menace la propriété jusque dans ses racines, notre Code renferme d&#039;autres lois qui atteignent partiellement certaines propriétés ; la législation des mines par exemple. Comme les œuvres de l&#039;intelligence, les mines se trouvent placées en dehors de la loi commune.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;est-ce pas une propriété spéciale, et ne doit-elle pas être, en conséquence, régie par des lois spéciales ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle est actuellement la législation des mines ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La législation française sur les mines a subi des modifications très diverses, depuis un siècle. Sous l&#039;ancien régime, les mines étaient considérées comme appartenant au domaine royal. Le roi en accordait la concession à qui bon lui semblait, au découvreur, au propriétaire du sol ou à tout autre, moyennant une redevance annuelle du dixième des produits. Lorsque la révolution affranchit la propriété et le travail on devait espérer que ce bienfait s&#039;étendrait aussi à la propriété des mines ; malheureusement, il n&#039;en fut pas ainsi. Le législateur refusa d&#039;accorder à la propriété du sous-sol sa charte d&#039;affranchissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois opinions se reproduisirent au sujet de cette propriété. Selon les uns, la propriété du sous-sol se rattachait à celle de la surface ; selon les autres, elle rentrait dans le domaine de la communauté ; selon les troisièmes, elle revenait aux découvreurs. Dans ce dernier système, qui était le seul équitable, le seul conforme au droit, les propriétaires du sol ne pouvaient exiger qu&#039;une simple indemnité pour les parties de la surface, nécessaires à l&#039;exploitation des gîtes minéraux, et le gouvernement ne pouvait, de même, exiger autre chose qu&#039;un impôt pour la protection dévolue aux exploitants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon vous, la propriété des mines devrait donc être rangée dans la même catégorie que la propriété des inventions ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisément. Vous êtes un chercheur d&#039;or, je suppose. Après bien des recherches, vous êtes parvenu à découvrir un filon de ce précieux métal. Vous avez le droit d&#039;exploiter seul ce filon que vous avez découvert seul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce compte, l&#039;Amérique entière aurait dû appartenir à Christophe Colomb qui l&#039;avait découverte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous oubliez que l&#039;Amérique était déjà, en grande partie, possédée à l&#039;époque de la découverte de Christophe Colomb. Au reste, c&#039;est une règle du droit des gens qu&#039;une terre inhabitée appartient au premier qui la découvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si, après l&#039;avoir découverte, il ne juge pas à propos d&#039;exploiter, son droit de propriété périt. Comment expliquez-vous cette mort du droit de propriété ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit de propriété ne meurt jamais. On ne cesse de posséder qu&#039;en renonçant à posséder. Si j&#039;ai découvert une mine, je l&#039;exploiterai, ou je la céderai à quelqu&#039;un qui l&#039;exploitera. Il en sera de même si j&#039;ai découvert une terre : je l&#039;exploiterai ou je la vendrai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si vous la gardez sans l&#039;exploiter ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sera mon droit, mais ce ne sera point mon intérêt. toute chose coûte à garder : il faut payer la sécurité de la propriété. Si donc je ne veux pas exploiter la terre ou la mine que j&#039;ai découverte, et si personne ne veut me l&#039;acheter, je renoncerai bientôt à la garder ; car elle me causera une perte au lieu de me donner un profit. Il n&#039;y a, vous le voyez, aucun inconvénient à laisser au découvreur la pleine disposition de l&#039;objet de sa découverte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le découvreur d&#039;une mine possède un droit sur cette mine, cela me semble assez légitime. Il est juste que son travail de découverte soit rémunéré. Mais la société et les propriétaires de la surface, n&#039;ont-ils pas bien aussi quelques droits sur le sous-sol ? La société protège les exploitants des mines, et elle leur fournit les moyens d&#039;exploiter. Quant aux propriétaires de la surface, n&#039;ont-ils pas un droit de revendications sur le sous-sol, par le fait de l&#039;occupation du sol ? Où est la limite des deux propriétés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, où est la limite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ni la société ni les propriétaires de la surface ne peuvent revendiquer le moindre droit sur le sous-sol. Je vous ai déjà prouvé, à propos des inventions, que la société ne possède aucun droit sur les fruits du travail des individus. Il est inutile de revenir là-dessus. Quant aux propriétaires de la surface, Mirabeau a fait bonne justice de leurs prétentions sur la propriété du sous-sol : &amp;quot;L&#039;idée d&#039;être maître d&#039;un torrent ou d&#039;une rivière, qui répond sous la terre à la surface de nos champs, me paraît, disait-il, aussi absurde que celle d&#039;empêcher le passage d&#039;un ballon dans l&#039;air, qui répond aussi, à coup sûr, au sol d&#039;une propriété particulière.&amp;quot; Et pourquoi est-ce absurde ? Parce que la propriété des champs réside uniquement dans la valeur que le travail a donnée à la surface, et que les propriétaires du sol n&#039;ont donné aucune valeur au sous-sol non plus qu&#039;à l&#039;atmosphère. Recherchez qui a travaillé ou travaille, et vous saurez toujours qui possède ou doit posséder.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais est-ce possible de découvrir une mine et de l&#039;exploiter sans le concours des propriétaires de la surface ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici comment les choses se passent. On demande aux propriétaires de la surface l&#039;autorisation d&#039;explorer le sol, en s&#039;engageant à leur donner une indemnité ou une part de propriété dans la mine pour compenser le dommage qu&#039;on pourra leur causer. La mine découverte, on fait les parts et l&#039;on exploite. Si l&#039;exploitation du sous-sol est de nature à nuire à la propriété du sol, les propriétaires de la surface ont évidemment le droit de s&#039;y opposer ou de réclamer une nouvelle indemnité. Ils choisissent de préférence l&#039;indemnité ; car l&#039;ouverture d&#039;une mine, en donnant un nouveau débouché à leurs produits, augmente directement ou indirectement leurs revenus. C&#039;est ainsi que des intérêts en apparence opposés se concilient d&#039;eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par malheur, l&#039;Assemblée constituante et Mirabeau lui-même ne comprirent pas que la propriété minérale pouvait être laissée libre, sans inconvénient aucun. Ils attribuèrent à la nation la propriété des mines. Ils firent du communisme souterrain. La loi de 1701 accorda au gouvernement le pouvoir de disposer de la propriété minérale, et limita à cinquante années la durée des concessions. Le gouvernement fut investi, en outre, du pouvoir de retirer ces concessions, lorsque les mines ne seraient pas tenues en bon état ou lorsqu&#039;elles cesseraient momentanément d&#039;être exploitées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La disposition la plus funeste de cette loi était, sans contredit, celle qui limitait la durée des concessions. L&#039;exploitation des mines exigeant d&#039;immenses capitaux et des travaux préparatoires qui se prolongent quelquefois pendant plusieurs années, il importait, par dessus tout, aux entrepreneurs d&#039;être assurés de l&#039;avenir ; borner leur jouissance, c&#039;était les mettre dans l&#039;obligation de borner aussi leurs sacrifices ; c&#039;était apporter un obstacle presque insurmontable au développement des exploitations minérales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Droit attribué au gouvernement, de retirer les concessions, dans certaines circonstances déterminées, entraînait aussi des inconvénients très graves. Il n&#039;est pas facile de décider si une mine est bien exploitée ou si elle l&#039;est mal. Les avis peuvent être partagés sur le mode d&#039;exploitation le plus convenable. On arguait par exemple contre l&#039;exploitation libre, que les exploitants épuisaient d&#039;abord les filons les plus riches et négligeaient les autres, mais ne suivaient-ils pas, en cela, la marche la plus rationnelle ? N&#039;était-il pas naturel de commencer par les parties les plus productives des exploitations ? En débutant par exploiter les filons les moins riches, les concessionnaires n&#039;auraient-ils pas discrédité leurs entreprises naissantes ? On ne pouvait décider avec plus de certitude si un exploitant avait tort ou raison d&#039;abandonner momentanément tout ou partie de son exploitation. Son intérêt personnel, qui était de la tenir constamment en activité, offrait, sous ce rapport, une garantie suffisante. A moins que la demande ne vint à se ralentir, et dans ce cas, la suspension partielle ou totale de l&#039;extraction minérale se justifiait d&#039;elle-même, quel intérêt pouvait-il avoir d&#039;interrompre les travaux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a réformé cette mauvaise loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On l&#039;a réformé fort incomplètement. La loi du 21 avril 1810 qui l&#039;a remplacée, a maintenu au gouvernement le droit d&#039;accorder ou de retirer les concessions. Seulement les concessions ont cessé d&#039;être limitées à cinquante années. Mais, sous d&#039;autres rapports, la situation des propriétaires du sous-sol a été aggravée. La loi de 1810 leur interdit de vendre par lots et de partager leurs mines, sans une autorisation préalable du gouvernement, et elle assujettit leurs exploitations à la surveillance d&#039;une administration créée ad hoc ; de plus, elle réserve les prétendus droits des propriétaires de la surface, et elle commet au conseil d&#039;État le soin de déterminer le montant des indemnités à leur accorder. Les exploitations minérales se trouvent, de la sorte, étroitement réglementées et lourdement grevées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, quel a été le résultat de cette loi ? Ça a été de réduire au minimum la production minérale. Qui voudrait aujourd&#039;hui se faire découvreur de mines ? qui voudrait s&#039;occuper spécialement de rechercher de nouveaux gîtes métallifères ? Avant de faire valoir sa découverte, n&#039;est-on pas obligé d&#039;en solliciter, pendant de longues années, la concession (la concession d&#039;une propriété que l&#039;on a créée par son travail), et après l&#039;avoir obtenue, de se soumettre à la surveillance inquiète et à la direction inintelligente de l&#039;administration des mines ? Que deviendrait, je vous le demande, la culture de nos champs, si nos agriculteurs ne pouvaient remuer une pelletée de terre sans l&#039;approbation d&#039;un agent du ministère de l&#039;agriculture ? s&#039;il ne leur était pas permis de vendre la moindre parcelle de leurs champs, sans l&#039;approbation du gouvernement ? si enfin l&#039;administration s&#039;attribuait le droit de leur retirer, à sa volonté, leur propriété ? Ne serait-ce pas la mort de notre agriculture ? Les capitaux ne se détourneraient-ils pas avec empressement, d&#039;une industrie si détestablement opprimée ?... Eh ! bien, les capitaux se sont détournés des exploitations minérales. Il a fallu leur accorder des privilèges spéciaux pour les y ramener. Il a fallu écarter la concurrence étrangère, et faciliter ainsi à l&#039;intérieur l&#039;établissement d&#039;un immense monopole, pour décider les capitaux à s&#039;aventurer dans une industrie asservie au bon plaisir administratif. Il a fallu rejeter sur les consommateurs des produits minéraux une partie du dommage qu&#039;on infligeait à la propriétés des mines. N&#039;est-ce pas de la barbarie ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons, au contraire, qu&#039;on eût purement et simplement supprimé, en 1789, le droit abusif que s&#039;attribuaient les monarques de concéder la propriété des mines ; supposons que cette propriété eût été librement abandonnée et garantie à ceux dont le travail l&#039;avait créée, la production des mines ne se serait-elle pas développée au maximum, sans qu&#039;il eût été nécessaire de la protéger ? Cette source de travail qui ne laisse échapper encore que de maigres filets, ne coulerait-elle pas à longs flots ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, c&#039;est une chose merveilleuse que la propriété. Avec quelle ardeur on travaille quand on est sûr de posséder à toujours le fruit de son labeur, et d&#039;en disposer librement, de le consommer, de le donner, de le prêter, de le vendre, sans être entravé, gêné, vexé. La propriété ! voilà la vraie Californie. Vive la propriété !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vive le travail !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Travail et liberté se tiennent, puisque c&#039;est le travail qui crée la propriété, et la propriété qui suscite le travail. Vivent donc le travail et la propriété !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement nuit au développement de la production, non seulement en entravant la propriété individuelle, mais encore en s&#039;attribuant certaines propriétés. A côté du domaine des particuliers, il y a, vous le savez, le domaine public ou commun. L&#039;État, les départements, les communes possèdent des biens considérables, des champs, des prairies, des forêts, des canaux, des routes, des bâtiments, et que sais-je encore. Ces diverses propriétés, qui sont gérées au nom de la société, ne constituent-elles pas un véritable communisme ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, dans une certaine mesure. Mais les choses pourraient-elles être arrangées autrement ? Le gouvernement ne doit-il pas nécessairement disposer de certaines propriétés ? Le gouvernement est institué pour rendre à la société des services...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quels services ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement doit... gouverner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parbleu ! mais qu&#039;entendez-vous par gouverner ? N&#039;est-ce pas diriger les intérêts, les accorder ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les intérêts n&#039;ont besoin ni d&#039;être dirigés ni d&#039;être accordés. Ils se dirigent et s&#039;accordent bien sans que personne s&#039;en mêle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il en est ainsi, que doit faire le gouvernement ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il doit garantir à chacun le libre exercice de son activité, la sécurité de sa personne et la conservation de sa propriété. Pour exercer cette industrie particulière, pour rendre ce service spécial à la société, le gouvernement doit disposer d&#039;un certain matériel. Tout ce qu&#039;il possède en sus est inutile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais s&#039;il rend d&#039;autres services encore à la société ; s&#039;il donne de l&#039;éducation, s&#039;il salarie des cultes, s&#039;il contribue au transport des hommes et des marchandises par terre et par eau, s&#039;il fabrique du tabac, de la porcelaine, des tapis, de la poudre, du salpêtre....&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En un mot, s&#039;il est communiste ! Eh bien ! il ne faut pas que le gouvernement soit communiste ! Comme tout entrepreneur, le gouvernement ne doit faire qu&#039;une seule chose sous peine de faire fort mal ce qu&#039;il fait. Tous les gouvernements ont pour industrie principale, la production de la sécurité. Qu&#039;ils s&#039;en tiennent là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà une application bien rigoureuse du principe de la division du travail. Vous voudriez donc que le domaine public cessât d&#039;exister, que l&#039;État vendit la plus grande partie de ses propriétés, que toutes choses, en un mot, fussent spécialisées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je le voudrais, dans l&#039;intérêt du développement de la production. On a fait récemment, en Angleterre, une enquête sur la gestion des propriétés publiques. Rien d&#039;instructif comme les renseignements recueillis dans cette enquête. Le domaine public se compose, en Angleterre, des anciens fiefs de la couronne, devenus propriétés nationales. Ces propriétés sont vastes et magnifiques. Entre les mains des particuliers, elles donneraient un produit considérable ; entre les mains de l&#039;État, elles ne rapportent presque rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Permettez moi de vous citez un seul détail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux biens du domaine consistent dans les quatre forêts de New-Forest, Walham, Whittlewood et Whychwood. Ces forêts sont confiées à des gardiens qui les administrent. Ce sont les ducs de Cambridge et de Grafton, lord Mornington et lord Churchill. Les gardiens ne reçoivent aucune rétribution apparente, mais il leur est alloué une indemnité assez considérable en nature, gibier, bois, etc. Le revenu annuel de la New-Forest s&#039;élève, en moyenne, à 56 ou 57 000 livres sterling, soit près de 1 500 000 francs. Sur ce revenu, le trésor n&#039;a jamais touché plus de 1 000 livres, et, de 1841 à 1847, l&#039;entretien de la forêt en a coûté plus de 2 000 à l&#039;État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Voilà un abus flagrant ; mais c&#039;est dans l&#039;aristocratique Angleterre que ces choses se passent, ne l&#039;oubliez pas !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il s&#039;en passe bien d&#039;autres dans notre France démocratique. On a reconnu depuis bien longtemps, en France comme en Angleterre, que la gestion des biens de l&#039;État est détestable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Cela n&#039;est que trop vrai. Cependant, il y a des propriétés qui doivent évidemment demeurer entre les mains de l&#039;État, les routes, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
En Angleterre, les routes se trouvent entre les mains des particuliers et l&#039;on n&#039;en voit, nulle part, de si ben entretenues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et les barrières donc ? La circulation n&#039;est pas libre en Angleterre, elle est libre en France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Pardon ! elle est beaucoup plus libre dans la Grande-Bretagne, car les voies de communication y sont beaucoup plus nombreuses. et savez-vous à quoi cela tient ? Tout simplement à ce que le gouvernement a laissé les particuliers construire des routes sans se mêler d&#039;en construire lui-même ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Mais, encore une fois, les péages ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Eh ! croyez-vous donc qu&#039;en France les routes se construisent et s&#039;entretiennent pour rien ? Croyez-vous que le public n&#039;en paye pas la construction et l&#039;entretien, comme en Angleterre ? Seulement, voici la différence. En Angleterre, les frais de construction et d&#039;entretien des routes sont couverts par ceux qui s&#039;en servent ; en France ils sont couverts par tous les contribuables, y compris les chevriers des Pyrénées et les paysans des Landes qui ne foulent pas deux fois par an le sol d&#039;une route nationale. En Angleterre, c&#039;est le consommateur de transports qui paye directement les routes sous forme de péages ; en France, c&#039;est la communauté qui les paye indirectement sous forme d&#039;impôts le plus souvent abusifs et vexatoires. Lequel est préférable ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Et les canaux, ne convient-il pas de les laisser dans le domaine public ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Pas plus que les routes. Dans quels pays les canaux sont-ils le plus nombreux, le mieux construits et le mieux entretenus ? Est-ce dans les pays où ils se trouvent entre les mains de l&#039;État ? Non ! c&#039;est en Angleterre et aux États-Unis où ils ont été construits et où ils sont exploités par des associations particulières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE SOCIALISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Les routes et les canaux ne constitueraient-elles point des monopoles oppressifs si elles étaient appropriées ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Vous oubliez qu&#039;elles se font mutuellement concurrence. Je vous démontrerai plus tard, que dans toute entreprise soumise au régime libre de la libre-concurrence, le prix doit nécessairement tomber au niveau des frais réels de production ou d&#039;exploitation, et que les propriétaires d&#039;un canal ou d&#039;une route ne peuvent rien recevoir en sus de l&#039;équitable rémunération de leur capital et de leur travail. C&#039;est une loi économique aussi positive et aussi exacte qu&#039;une loi physique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La plupart des cours d&#039;eau, qui exigent certains travaux d&#039;exploitation et d&#039;entretien, pourraient de même être appropriés avec avantage. Vous savez à quelles difficultés inextricables le communisme des cours d&#039;eau donne lieu aujourd&#039;hui. Les barrages occasionnent des myriades de procès et les irrigations se trouvent partout entravées. Il en serait autrement si chaque bassin avait ses propriétaires contre lesquels les riverains pourraient avoir recours en cas de dommages et qui se chargeraient de fournir des chutes d&#039;eau et d&#039;établir des canaux d&#039;irrigation où besoin serait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;État est encore propriétaire de la plupart des sources d&#039;eaux minérales. Aussi sont-elles fort mal administrées, bien que les administrateurs et les inspecteurs ne manquent pas. En outre, sous le prétexte que les eaux minérales factices servent de médicaments on en a mis la fabrication sous la surveillance de l&#039;administration. Autres administrateurs et autres inspecteurs !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE CONSERVATEUR.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Ah ! l&#039;administration est notre grande plaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ÉCONOMISTE.&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
Il n&#039;y a qu&#039;un moyen de guérir cette plaie-là, c&#039;est de moins administrer.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Cat%C3%A9gorie:Epub&amp;diff=2808</id>
		<title>Catégorie:Epub</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Cat%C3%A9gorie:Epub&amp;diff=2808"/>
		<updated>2010-09-16T20:56:04Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page créée avec « epub »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;epub&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Cat%C3%A9gorie:Fichiers_Epub&amp;diff=2807</id>
		<title>Catégorie:Fichiers Epub</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Cat%C3%A9gorie:Fichiers_Epub&amp;diff=2807"/>
		<updated>2010-09-16T20:54:28Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page créée avec « Liste des fichiers epub sur Librairal »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Liste des fichiers epub sur Librairal&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Fichier:Vices.epub&amp;diff=2806</id>
		<title>Fichier:Vices.epub</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Fichier:Vices.epub&amp;diff=2806"/>
		<updated>2010-09-16T20:53:30Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Les vices ne sont pas des crimes&lt;br /&gt;
[[Catégorie:Ebooks]]&lt;br /&gt;
[[Catégorie:Epub]]&lt;br /&gt;
[[Catégorie:Fichiers Epub]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Fichier:Vices.epub&amp;diff=2805</id>
		<title>Fichier:Vices.epub</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Fichier:Vices.epub&amp;diff=2805"/>
		<updated>2010-09-16T20:50:15Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Les vices ne sont pas des crimes&lt;br /&gt;
[[Catégorie:Ebooks]]&lt;br /&gt;
[[Catégorie:Epub]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Fichier:Epub_logo_color.jpg&amp;diff=2804</id>
		<title>Fichier:Epub logo color.jpg</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Fichier:Epub_logo_color.jpg&amp;diff=2804"/>
		<updated>2010-09-16T20:46:58Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Catégorie:Ebooks]]&lt;br /&gt;
[[Catégorie:Epub]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Cat%C3%A9gorie:Ebooks&amp;diff=2803</id>
		<title>Catégorie:Ebooks</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Cat%C3%A9gorie:Ebooks&amp;diff=2803"/>
		<updated>2010-09-16T20:39:56Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page créée avec « Liste des ebooks disponibles sur Librairal. »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Liste des ebooks disponibles sur Librairal.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2802</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.js</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2802"/>
		<updated>2010-09-16T19:00:12Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;document.write(&#039;&amp;lt;script type=&amp;quot;text/javascript&amp;quot; src=&amp;quot;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;http://www.wikiberal.org/w/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;amp;action=raw&amp;amp;ctype=text/javascript&amp;amp;dontcountme=s&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/script&amp;gt;&#039;);&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2801</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.js</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2801"/>
		<updated>2010-09-16T18:53:26Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;//&amp;lt;pre&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
// LIENS GAUCHE/BOITE PERSO&lt;br /&gt;
function addLoadEvent(func) &lt;br /&gt;
{&lt;br /&gt;
   if (window.addEventListener) &lt;br /&gt;
       window.addEventListener(&amp;quot;load&amp;quot;, func, false);&lt;br /&gt;
   else if (window.attachEvent) &lt;br /&gt;
       window.attachEvent(&amp;quot;onload&amp;quot;, func);&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
function nouvelleBoite() {&lt;br /&gt;
  var l = document.getElementById(&amp;quot;column-one&amp;quot;);&lt;br /&gt;
  if (l) {&lt;br /&gt;
    l.innerHTML = l.innerHTML&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;lt;div class=&amp;quot;portlet&amp;quot; id=&amp;quot;p-nbx&amp;quot;&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;h5&amp;gt;Boîte perso&amp;lt;/h5&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;div class=&amp;quot;pBody&amp;quot;&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;   &amp;lt;ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Wikiberal&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;       &amp;lt;ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;         &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.wikiberal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;quot;&amp;gt;common.js&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;         &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.wikiberal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;quot;&amp;gt;common.css&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;       &amp;lt;/ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Librairal&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;       &amp;lt;ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;         &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;quot;&amp;gt;common.js&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;         &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;quot;&amp;gt;common.css&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;       &amp;lt;/ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Général&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;       &amp;lt;ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;         &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/boite&amp;quot;&amp;gt;Boites&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;         &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/brouillon&amp;quot;&amp;gt;Brouillon&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;       &amp;lt;/ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;   &amp;lt;/ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;/div&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;lt;/div&amp;gt; &#039;;&lt;br /&gt;
  }&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
addLoadEvent(nouvelleBoite);&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
//&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2800</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.js</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2800"/>
		<updated>2010-09-16T18:51:32Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;document.write(&#039;&amp;lt;&#039;+&#039;script type=&amp;quot;text/javascript&amp;quot; src=&amp;quot;http://www.wikiberal.org/w/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;amp;action=raw&amp;amp;ctype=text/javascript&amp;quot; /&amp;gt;&#039;);&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2799</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.js</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2799"/>
		<updated>2010-09-16T18:50:25Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Annulation des modifications 2798 de Safeguard (discussion)&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;document.write(&#039;&amp;lt;&#039;+&#039;script type=&amp;quot;text/javascript&amp;quot; src=&amp;quot;http://www.wikiberal.org/w/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;amp;action=raw&amp;amp;ctype=text/javascript&amp;amp;dontcountme=s&amp;quot; /&amp;gt;&#039;);&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2798</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.js</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2798"/>
		<updated>2010-09-16T18:47:37Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page blanchie&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2797</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.js</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2797"/>
		<updated>2010-09-16T18:25:10Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
document.write(&#039;&amp;lt;&#039;+&#039;script type=&amp;quot;text/javascript&amp;quot; src=&amp;quot;http://www.wikiberal.org/w/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;amp;action=raw&amp;amp;ctype=text/javascript&amp;amp;dontcountme=s&amp;quot; /&amp;gt;&#039;);&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;diff=2796</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.css</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;diff=2796"/>
		<updated>2010-09-16T18:23:44Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;@import &amp;quot;http://www.wikiberal.org/w/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;amp;action=raw&amp;amp;ctype=text/css&amp;quot;;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;diff=2795</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.css</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;diff=2795"/>
		<updated>2010-09-16T18:22:40Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Contenu remplacé par « 

@import &amp;quot;http://www.wikiberal.org/w/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;amp;action=raw&amp;amp;ctype=text/css&amp;quot;; »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
@import &amp;quot;http://www.wikiberal.org/w/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;amp;action=raw&amp;amp;ctype=text/css&amp;quot;;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2794</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.js</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2794"/>
		<updated>2010-09-16T16:04:30Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;//&amp;lt;pre&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
// LIENS GAUCHE/BOITE PERSO&lt;br /&gt;
function addLoadEvent(func) &lt;br /&gt;
{&lt;br /&gt;
   if (window.addEventListener) &lt;br /&gt;
       window.addEventListener(&amp;quot;load&amp;quot;, func, false);&lt;br /&gt;
   else if (window.attachEvent) &lt;br /&gt;
       window.attachEvent(&amp;quot;onload&amp;quot;, func);&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
function nouvelleBoite() {&lt;br /&gt;
  var l = document.getElementById(&amp;quot;column-one&amp;quot;);&lt;br /&gt;
  if (l) {&lt;br /&gt;
    l.innerHTML = l.innerHTML&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;lt;div class=&amp;quot;portlet&amp;quot; id=&amp;quot;p-nbx&amp;quot;&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;h5&amp;gt;Boîte perso&amp;lt;/h5&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;div class=&amp;quot;pBody&amp;quot;&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;   &amp;lt;ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Wikiberal&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.wikiberal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;quot;&amp;gt;common.js&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.wikiberal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;quot;&amp;gt;common.css&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Librairal&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;quot;&amp;gt;common.js&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;quot;&amp;gt;common.css&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Général&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/boite&amp;quot;&amp;gt;Boites&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/brouillon&amp;quot;&amp;gt;Brouillon&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;   &amp;lt;/ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;/div&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;lt;/div&amp;gt; &#039;;&lt;br /&gt;
  }&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
addLoadEvent(nouvelleBoite);&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
//&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;diff=2793</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.css</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;diff=2793"/>
		<updated>2010-09-16T16:03:44Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page créée avec « /*&amp;lt;pre&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;*/ /*a { color: #0000FF; } a:visited { color: #552277; } a:active, a.new { color: #FF0000; } a.interwiki, a.external { color: #3366BB; } a.stub { color: #77223... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;/*&amp;lt;pre&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;*/&lt;br /&gt;
/*a { color: #0000FF; }&lt;br /&gt;
a:visited { color: #552277; }&lt;br /&gt;
a:active, a.new { color: #FF0000; }&lt;br /&gt;
a.interwiki, a.external { color: #3366BB; }&lt;br /&gt;
a.stub { color: #772233; } // ébauches*/&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* utiliser la configuration du navigateur comme préférences pour la taille du texte et la police */&lt;br /&gt;
/*body, #globalWrapper { font: inherit !important; }*/&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* changer la couleur des onglets non sélectionnés */&lt;br /&gt;
#p-cactions ul li a { background: #C7FDC7; }&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* changer la couleur des onglets sélectionné */&lt;br /&gt;
#p-cactions ul li.selected a { background: white; }&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* changer la couleur de bordure des onglets sélectionnés */&lt;br /&gt;
#p-cactions li.selected { border-color: #aaaaaa; }&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
#p-personal { position:relative; z-index:3; width: 11.6em; }&lt;br /&gt;
#p-personal h5 {display: inline;}&lt;br /&gt;
#p-personal .pBody {&lt;br /&gt;
    width: 10.8em;&lt;br /&gt;
    border: none;&lt;br /&gt;
    margin: 0 0 0.5em 0em;&lt;br /&gt;
    float: none;&lt;br /&gt;
    overflow: hidden;&lt;br /&gt;
    font-size: 95%;&lt;br /&gt;
    background: White;&lt;br /&gt;
    border-collapse: collapse;&lt;br /&gt;
    border: 1px solid #aaaaaa;&lt;br /&gt;
    padding: 0 0.8em 0.3em .5em;&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
#p-personal ul {&lt;br /&gt;
    line-height:1.5em;&lt;br /&gt;
    list-style-type:square;&lt;br /&gt;
    font-size:95%;&lt;br /&gt;
    margin:.3em 0 0 1.5em;&lt;br /&gt;
    padding:0;&lt;br /&gt;
    text-align:left;&lt;br /&gt;
    text-transform:none;&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
#p-personal li {&lt;br /&gt;
    display:list-item;&lt;br /&gt;
    padding:0;&lt;br /&gt;
    margin:0;&lt;br /&gt;
    margin-bottom:.1em;&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
#p-nbx .pBody {border-color:#f00;background-color:#ff0;}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
/* *** Ajustements de la barre latérale *** */&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* pas de logo, les boites sont remontées */&lt;br /&gt;
#p-logo { display: none; }&lt;br /&gt;
#column-one { padding-top: 1.5em; }&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* pas de boite Autres langues */&lt;br /&gt;
/*#p-lang { display: none; }*/&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* styliser la boite de recherche et ses boutons */&lt;br /&gt;
input.searchButton {  background-color: #efefef !important; border: 1px outset !important; }&lt;br /&gt;
#searchInput { border: 1px inset !important; }&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* titres des boîtes  &amp;quot;navigation&amp;quot;, &amp;quot;boîte à outils&amp;quot; et &amp;quot;autres langues&amp;quot; en gras */&lt;br /&gt;
.portlet h5 {font-weight: bold}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* suppression du titre &amp;quot;rechercher&amp;quot; */&lt;br /&gt;
#p-search h5 {display: none}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* suppression du bouton &amp;quot;Consulter&amp;quot; */&lt;br /&gt;
/*input[value = &amp;quot;Consulter&amp;quot;] {display: none}*/&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* non-affichage de certains liens du menu : page au hasard, aide financière, suivi des liens */&lt;br /&gt;
#n-randompage, #n-sitesupport {display: none}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* supprimer l&#039;icône à côté du nom d&#039;utilisateur */&lt;br /&gt;
li#pt-userpage { background: none }&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* *** Doublement des onglets en bas de page *** */&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
#mytabs {&lt;br /&gt;
   margin: -0.3em 0 0  11.5em;&lt;br /&gt;
   white-space:nowrap;&lt;br /&gt;
   line-height: 1.1em;&lt;br /&gt;
   overflow: visible;&lt;br /&gt;
   border-collapse: collapse;&lt;br /&gt;
   padding: 0 0 0 1em;&lt;br /&gt;
   list-style: none;&lt;br /&gt;
   font-size: 95%;&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
#mytabs .hiddenStructure { display: none; }&lt;br /&gt;
#mytabs li {&lt;br /&gt;
   display: inline;&lt;br /&gt;
   border: 1px solid #aaaaaa;&lt;br /&gt;
   border-top: none;&lt;br /&gt;
   padding: 0.1em 0 0 0;&lt;br /&gt;
   margin: 0 0.3em 0 0;&lt;br /&gt;
   overflow: visible;&lt;br /&gt;
   background: White;&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
#mytabs li.selected {&lt;br /&gt;
   border-color: #fabd23;&lt;br /&gt;
   padding: 0.2em 0 0 0;&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
#mytabs li a {&lt;br /&gt;
   background-color: White;&lt;br /&gt;
   color: #1100FF;&lt;br /&gt;
   border: none;&lt;br /&gt;
   padding: 0.3em 0.8em 0 0.8em;&lt;br /&gt;
   text-decoration: none;&lt;br /&gt;
   text-transform: lowercase;&lt;br /&gt;
   position: relative;&lt;br /&gt;
   margin: 0;&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
#mytabs li.selected a { z-index: 3; }&lt;br /&gt;
#mytabs .new a { color:#ba0000; }&lt;br /&gt;
#mytabs li a:hover {&lt;br /&gt;
   z-index: 3;&lt;br /&gt;
   text-decoration: none;&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
#mytabs h5 { display: none; }&lt;br /&gt;
#mytabs li.istalk { margin-right: 0; }&lt;br /&gt;
#mytabs li.istalk a { padding-right: 0.5em; }&lt;br /&gt;
#mytabs-ca-addsection a { &lt;br /&gt;
   padding-left: 0.4em;&lt;br /&gt;
   padding-right: 0.4em;&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
/* Décalage pour distinguer les groupes d&#039;onglets */&lt;br /&gt;
li#mytabs-ca-talk { margin-right: 1.6em; }&lt;br /&gt;
li#mytabs-ca-watch { margin-left: 1.6em; }&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* *** Effet de relief *** */&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* Pour les vignettes */&lt;br /&gt;
div.thumb div {&lt;br /&gt;
     border: 1px solid #999;&lt;br /&gt;
     border-right: 2px solid #999;&lt;br /&gt;
     border-bottom: 2px solid #999;&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* Pour les zones de texte préformaté */&lt;br /&gt;
pre {&lt;br /&gt;
     border: 1px solid #2f6fab;&lt;br /&gt;
     border-right: 2px solid #2f6fab;&lt;br /&gt;
     border-bottom: 2px solid #2f6fab;&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* *** Réglages d&#039;affichage *** */&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* Meilleure table des matières (plus compacte) */&lt;br /&gt;
.tocline, .tocindent p {display: inline}&lt;br /&gt;
.tocline:after,  .tocindent a:after {content: &amp;quot; | &amp;quot;}&lt;br /&gt;
.tocline br, .tocindent br {display:none}&lt;br /&gt;
.tocindent {display: inline; margin: 0}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* Aspect du lien de « page-racine » */&lt;br /&gt;
#contentSub {font-size: 100%; color: gray}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* Aspect du lien &amp;quot;modifier&amp;quot; (sections) */&lt;br /&gt;
.editsection {font-size: 0.8em; color: gray}&lt;br /&gt;
.editsection a {color: gray; margin: 0.5em}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* *** Règles d&#039;impression *** */&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* placer toutes les règles d&#039;impression dans un bloc d&#039;impression @media. */&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* économiser du papier en employant de toutes petites polices */&lt;br /&gt;
@media print {&lt;br /&gt;
    #footer,&lt;br /&gt;
    #content,&lt;br /&gt;
    body { font-size: 8pt !important; }&lt;br /&gt;
    h1 { font-size: 17pt }&lt;br /&gt;
    h2 { font-size: 14pt }&lt;br /&gt;
    h3 { font-size: 11pt }&lt;br /&gt;
    h4 { font-size: 9pt }&lt;br /&gt;
    h5 { font-size: 8pt }&lt;br /&gt;
    h6 { &lt;br /&gt;
        font-size: 8pt;&lt;br /&gt;
        font-weight: normal;&lt;br /&gt;
    }&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* niveau avancé: il est possible d&#039;utiliser :before et :after pour imprimer le href complet après le lien */&lt;br /&gt;
/*(pas nécessaire avec la version actuelle) : */&lt;br /&gt;
/*@media print {&lt;br /&gt;
  #content a:link:after, &lt;br /&gt;
  #content a:visited:after {&lt;br /&gt;
     content: &amp;quot; ( &amp;quot; attr(href) &amp;quot; ) &amp;quot;;&lt;br /&gt;
  }&lt;br /&gt;
}*/&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* *** Ajouter une lettrine à chaque paragraphe *** */&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* Mettre la première lettre de chaque paragraphe en double taille */&lt;br /&gt;
/*div#bodyContent p:first-letter {font-size: 200%; float: left;}*/&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/* Désactiver la double taille pour la ligne de catégorie et le sommaire*/&lt;br /&gt;
/*div#catlinks p:first-letter, table#toc p:first-letter &lt;br /&gt;
{ font-size: 100%; float: none; }*/&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/*Suivi d&#039;utilisateurs dans les modifications récentes*/&lt;br /&gt;
.userWatched a, .userWatched a:visited {&lt;br /&gt;
        color: #002bb8;&lt;br /&gt;
        font-weight: bolder;&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
/*&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/pre&amp;gt;*/&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2792</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.js</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2792"/>
		<updated>2010-09-16T15:50:33Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;//&amp;lt;pre&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
// LIENS GAUCHE/BOITE PERSO&lt;br /&gt;
function addLoadEvent(func) &lt;br /&gt;
{&lt;br /&gt;
   if (window.addEventListener) &lt;br /&gt;
       window.addEventListener(&amp;quot;load&amp;quot;, func, false);&lt;br /&gt;
   else if (window.attachEvent) &lt;br /&gt;
       window.attachEvent(&amp;quot;onload&amp;quot;, func);&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
function nouvelleBoite() {&lt;br /&gt;
  var l = document.getElementById(&amp;quot;column-one&amp;quot;);&lt;br /&gt;
  if (l) {&lt;br /&gt;
    l.innerHTML = l.innerHTML&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;lt;div class=&amp;quot;portlet&amp;quot; id=&amp;quot;p-nbx&amp;quot;&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;h5&amp;gt;Boîte perso&amp;lt;/h5&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;div class=&amp;quot;pBody&amp;quot;&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;   &amp;lt;ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Librairal&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;quot;&amp;gt;common.js&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;quot;&amp;gt;common.css&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Général&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/boite&amp;quot;&amp;gt;Boites&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/brouillon&amp;quot;&amp;gt;Brouillon&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;   &amp;lt;/ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;/div&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;lt;/div&amp;gt; &#039;;&lt;br /&gt;
  }&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
addLoadEvent(nouvelleBoite);&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
//Ajout de boutons pour commenter les modifications courantes&lt;br /&gt;
function DeluxeSummary()&lt;br /&gt;
{&lt;br /&gt;
        var sumLbl = document.getElementById(&amp;quot;wpSummaryLabel&amp;quot;)&lt;br /&gt;
        if (sumLbl)&lt;br /&gt;
        {&lt;br /&gt;
                //élargissement boite de résumé&lt;br /&gt;
                var sumInput = document.getElementById(&amp;quot;wpSummary&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                sumInput.style.width = &amp;quot;90%&amp;quot;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
                var titles = new Array()&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;+ ébauche&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;+ cat&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;+ image&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;+ interwiki&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;+ portail&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;- image&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;- lien ext&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;corr lien int&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;lien ext -&amp;gt; lien int&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;MeP&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;ortho/gram&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;retouches&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;ajInfo&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;rangmt&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;recat&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                titles.push(&amp;quot;PàS conservé&amp;quot;)&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
                var inputs = new Array()&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;+ {{ébauche}}&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;+ catégorie&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;+ image&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;+ liens interwiki&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;+ portail&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;- image manquante&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;- lien externe&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;correction lien interne&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;conversion lien externe en lien interne&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;mise en page&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;correction orthographe/grammaire&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;diverses retouches&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;ajout d’infos&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;rangement interwikis/catégories&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;changement catégorie&amp;quot;)&lt;br /&gt;
                inputs.push(&amp;quot;article listé sur PàS - retrait du bandeau (conservé)&amp;quot;)&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
                var str = &amp;quot;&amp;quot;&lt;br /&gt;
                for (var cpt = 0; cpt &amp;lt; titles.length; cpt ++)&lt;br /&gt;
                {&lt;br /&gt;
                        str += &amp;quot;&amp;lt;a href=\&amp;quot;javascript:addToSummary(&#039;&amp;quot; + inputs[cpt] + &amp;quot;&#039;)\&amp;quot;&amp;quot;&lt;br /&gt;
                                + &amp;quot; class=\&amp;quot;sumLink\&amp;quot; title=\&amp;quot;Ajouter &#039;&amp;quot; + inputs[cpt] +&amp;quot;&#039; dans la boîte de résumé\&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;&lt;br /&gt;
                                + titles[cpt]&lt;br /&gt;
                                + &amp;quot; ·&amp;lt;/a&amp;gt; &amp;quot;&lt;br /&gt;
                }&lt;br /&gt;
                sumLbl.innerHTML = str + &amp;quot;&amp;lt;br /&amp;gt;&amp;quot; + sumLbl.innerHTML&lt;br /&gt;
        }&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
addLoadEvent(DeluxeSummary)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
//&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2791</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.js</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2791"/>
		<updated>2010-09-16T15:44:28Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;//&amp;lt;pre&amp;gt;&amp;lt;nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
// LIENS GAUCHE/BOITE PERSO&lt;br /&gt;
function addLoadEvent(func) &lt;br /&gt;
{&lt;br /&gt;
   if (window.addEventListener) &lt;br /&gt;
       window.addEventListener(&amp;quot;load&amp;quot;, func, false);&lt;br /&gt;
   else if (window.attachEvent) &lt;br /&gt;
       window.attachEvent(&amp;quot;onload&amp;quot;, func);&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
function nouvelleBoite() {&lt;br /&gt;
  var l = document.getElementById(&amp;quot;column-one&amp;quot;);&lt;br /&gt;
  if (l) {&lt;br /&gt;
    l.innerHTML = l.innerHTML&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;lt;div class=&amp;quot;portlet&amp;quot; id=&amp;quot;p-nbx&amp;quot;&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;h5&amp;gt;Boîte perso&amp;lt;/h5&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;div class=&amp;quot;pBody&amp;quot;&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;   &amp;lt;ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Librairal&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;quot;&amp;gt;common.js&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;quot;&amp;gt;common.css&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Général&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/boite&amp;quot;&amp;gt;Boites&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/brouillon&amp;quot;&amp;gt;Brouillon&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;   &amp;lt;/ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;/div&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;lt;/div&amp;gt; &#039;;&lt;br /&gt;
  }&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
addLoadEvent(nouvelleBoite);&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
//&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2790</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.js</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2790"/>
		<updated>2010-09-16T15:41:46Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;function nouvelleBoite() {&lt;br /&gt;
  var l = document.getElementById(&amp;quot;column-one&amp;quot;);&lt;br /&gt;
  if (l) {&lt;br /&gt;
    l.innerHTML = l.innerHTML&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;lt;div class=&amp;quot;portlet&amp;quot; id=&amp;quot;p-nbx&amp;quot;&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;h5&amp;gt;Boîte perso&amp;lt;/h5&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;div class=&amp;quot;pBody&amp;quot;&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;   &amp;lt;ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Librairal&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;quot;&amp;gt;common.js&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/common.css&amp;quot;&amp;gt;common.css&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Général&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/boite&amp;quot;&amp;gt;Boites&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/brouillon&amp;quot;&amp;gt;Brouillon&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;   &amp;lt;/ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;/div&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;lt;/div&amp;gt; &#039;;&lt;br /&gt;
  }&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
addLoadEvent(nouvelleBoite);&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2789</id>
		<title>Utilisateur:Safeguard/common.js</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Utilisateur:Safeguard/common.js&amp;diff=2789"/>
		<updated>2010-09-16T15:40:58Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page créée avec « function nouvelleBoite() {   var l = document.getElementById(&amp;quot;column-one&amp;quot;);   if (l) {     l.innerHTML = l.innerHTML     + &amp;#039;&amp;lt;div class=&amp;quot;portlet&amp;quot; id=&amp;quot;p-nbx&amp;quot;&amp;gt;&amp;#039;     + &amp;#039; &amp;lt;h5&amp;gt;Boî... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;function nouvelleBoite() {&lt;br /&gt;
  var l = document.getElementById(&amp;quot;column-one&amp;quot;);&lt;br /&gt;
  if (l) {&lt;br /&gt;
    l.innerHTML = l.innerHTML&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;lt;div class=&amp;quot;portlet&amp;quot; id=&amp;quot;p-nbx&amp;quot;&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;h5&amp;gt;Boîte perso&amp;lt;/h5&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;div class=&amp;quot;pBody&amp;quot;&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;   &amp;lt;ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Librairal&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/monobook.js&amp;quot;&amp;gt;Monobook.js&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/monobook.css&amp;quot;&amp;gt;Monobook.css&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
  &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;Général&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/boite&amp;quot;&amp;gt;Boites&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;     &amp;lt;li&amp;gt;&amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.librairal.org/wiki/Utilisateur:Safeguard/brouillon&amp;quot;&amp;gt;Brouillon&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;lt;/li&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;   &amp;lt;/ul&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039; &amp;lt;/div&amp;gt;&#039;&lt;br /&gt;
    + &#039;&amp;lt;/div&amp;gt; &#039;;&lt;br /&gt;
  }&lt;br /&gt;
}&lt;br /&gt;
addLoadEvent(nouvelleBoite);&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:La_grande_superstition_politique&amp;diff=2778</id>
		<title>Herbert Spencer:La grande superstition politique</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:La_grande_superstition_politique&amp;diff=2778"/>
		<updated>2010-09-14T16:00:37Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Herbert Spencer:Les péchés des législateurs|Chapitre III - Les péchés des législateurs]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer:Post-scriptum|Post-scriptum]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer]]|La grande superstition politique}}&lt;br /&gt;
{{infobox LICE}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande superstition de la politique d&#039;autrefois, c&#039;était le droit divin des rois. La grande superstition de la politique d&#039;aujourd&#039;hui, c&#039;est le droit divin des parlements. L&#039;huile d&#039;onction, semble-t-il, a glissé, sans qu&#039;on y prenne garde, d&#039;une seule tête sur celles d&#039;un grand nombre, les consacrant eux et leurs décrets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut trouver irrationnelle la première de ces croyances ; il faut admettre qu&#039;elle était plus logique que la dernière. Que nous retournions au temps où le roi était dieu, ou bien aux temps où il était un descendant d&#039;un dieu, ou bien au temps où il était le délégué de Dieu, nous voyons de bonnes raisons pour qu&#039;on ait obéi passivement à sa volonté. Lorsque, par exemple, sous Louis XIV, des théologiens comme Bossuet enseignaient que les rois sont des dieux et participent en quelque manière à l&#039;indépendance divine, ou, lorsqu&#039;on croyait, comme nos propres torys du vieux temps, que le &amp;quot;monarque est un délégué du ciel&amp;quot;, évidemment, les prémisses accordées, la conclusion forcée était qu&#039;il ne pouvait exister de limites au pouvoir de l&#039;État. Mais le principe moderne ne peut se défendre ainsi. Un corps législatif, qui ne peut prétendre ni à une origine ni à une mission divine, ne peut recourir au surnaturel pour légitimer ses prétentions à un pouvoir illimité ; d&#039;autre part, on n&#039;a jamais tenté de les établir par des preuves d&#039;ordre naturel. Par conséquent, la croyance en son autorité illimitée n&#039;a pas le caractère logique de l&#039;ancienne croyance au pouvoir illimité du roi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est chose curieuse de voir combien généralement les hommes restent en fait attachés à des doctrines qu&#039;ils ont rejetées de nom ; gardant la substance après qu&#039;ils ont abandonné la forme. En théologie, nous avons pour exemple Carlyle : étant étudiant, il croit abjurer la croyance de ses pères, mais il ne jette que l&#039;écaille et il conserve le contenu : ses conceptions de l&#039;univers et de l&#039;homme, sa conduite prouvent qu&#039;il est resté un des plus fervents calvinistes écossais. La science nous présente également un homme qui joint le naturalisme en géologie au surnaturalisme en biologie, Sir Charles Lyell. Expose-t-il le premier la théorie des causes actuelles en géologie, il ne tient aucun compte de la cosmogonie de Moïse, mais il défendra pendant longtemps la croyance à la création spéciale de chaque type organique, à laquelle on ne peut assigner d&#039;autre source que la cosmogonie de Moïse, et c&#039;est seulement dans la dernière partie de sa vie qu&#039;il se rendra aux arguments de Darwin. En politique, comme le prouve ce que nous avons dit plus haut, nous avons un cas analogue. La doctrine, tacitement acceptée du pouvoir illimité de l&#039;État, qui est commune aux torys, aux whigs et aux radicaux, remonte à l&#039;époque où les législateurs passaient pour être les délégués de Dieu ; elle survit aujourd&#039;hui, bien que la croyance à cette délégation divine des législateurs ait disparu. &amp;quot;Oh ! un acte du parlement peut tout&amp;quot;, voilà ce qu&#039;on répond au citoyen qui met en question la légitimité de quelque intervention arbitraire de l&#039;État, et le citoyen se tient coi. Il ne songe pas à demander comment, quand, où est née cette prétendue omnipotence, bornée seulement par des impossibilités matérielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici, nous nous permettrons de mettre en doute cette omnipotence. Puisqu&#039;on n&#039;invoque plus la théorie, autrefois fondée en logique d&#039;après laquelle celui qui gouverne sur cette terre étant le représentant de celui qui gouverne dans le ciel, c&#039;est un devoir de lui obéir en toutes choses, demandons quelle raison il y a d&#039;accepter comme un devoir l&#039;obéissance en toutes choses à un gouvernement constitutionnel ou républicain, dont la suprématie ne se réclame pas du ciel. Évidemment cette recherche nous entraîne à la critique des théories passées et présentes, concernant le pouvoir politique. Il faudrait peut-être s&#039;excuser de reprendre des questions depuis longtemps considérées comme résolues ; l&#039;excuse se trouve, et suffisante, dans l&#039;affirmation développée plus haut, que la théorie généralement reçue est mal fondée ou ne l&#039;est pas du tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La notion de la souveraineté est celle qui se présente la première, et un examen critique de cette notion, telle qu&#039;elle est comprise par ceux qui ne reconnaissent pas l&#039;origine surnaturelle de la souveraineté, nous ramène aux arguments de Hobbes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Admettons comme vrai le postulat d. Hobbies : &amp;quot;Quand les hommes ne vivent pas sous une autorité commune qui les maintient dans la crainte, ils sont dans cet état appelé guerre... de l&#039;un contre l&#039;autre&amp;quot; ; ce qui n&#039;est pas vrai, car il existe des sociétés non civilisées où, &amp;quot;sans une autorité commune qui les maintienne dans la crainte&amp;quot;, règne une paix plus profonde et une plus grande harmonie que dans les sociétés où cette autorité existe. Supposons également que Hobbes ait raison quand il pose en principe que le pouvoir gouvernemental dans les sociétés a pour origine leur désir de maintenir l&#039;ordre dans leur sein, quoique en réalité il naisse ordinairement du besoin de subordination à un chef pendant une guerre offensive ou défensive, et qu&#039;il n&#039;ait, dans ses commencements, ni en théorie ni en fait, aucun rapport avec le maintien de l&#039;ordre dans une association formée par des individus. Encore une fois, admettons cette hypothèse insoutenable que, pour échapper aux maux causés par des conflits chroniques, les membres d&#039;une communauté concluent un &amp;quot;pacte ou contrat&amp;quot;, par lequel ils s&#039;engagent tous à renoncer à leur liberté d&#039;action primitive&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Hobbes, &#039;&#039;Collected Works&#039;&#039;, t. III, p. 159.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; acceptons même que leurs descendants soient liés à tout jamais par le contrat conclu en leur nom par des ancêtres éloignés. Ne faisons, dis-je, aucune objection à ces données, mais passons aux conclusions que Hobbes en tire. Voici comment il s&#039;exprime&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Hobbes, &#039;&#039;Collected Works&#039;&#039;, t. III, pp. 130-131.&amp;lt;/ref&amp;gt; :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Là où n&#039;existe aucun contrat, aucun droit n&#039;a été transmis, et tout homme a droit à toute chose; par conséquent, aucune action ne peut être injuste. Mais là où il y a eu contrat, le violer est &#039;&#039;injuste&#039;&#039;, et la définition de &#039;&#039;l&#039;injustice&#039;&#039; n&#039;est autre que la &#039;&#039;non-exécution du contrat&#039;&#039;... Ainsi, avant que l&#039;on puisse qualifier... acte de juste ou d&#039;injuste, il faut qu&#039;il existe un pouvoir coercitif qui force tous les hommes également à exécuter leur contrat, par la crainte d&#039;une punition plus grande que le bénéfice qu&#039;ils espèrent tirer de la violation de leur contrat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes, à l&#039;époque de Hobbes, étaient-ils réellement assez pervers pour justifier son hypothèse qu&#039;aucun d&#039;eux n&#039;exécuterait le contrat par lequel il s&#039;est lié, en l&#039;absence d&#039;un pouvoir coercitif et de la crainte d&#039;un châtiment! De nos jours &amp;quot;les qualifications de juste et d&#039;injuste peuvent être appliquées&amp;quot; même si l&#039;on ne reconnaît aucun pouvoir coercitif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi mes amis, je pourrais en citer une demi-douzaine qui, j&#039;en ai la conviction, seraient fidèles à leurs engagements sans qu&#039;il fût nécessaire de les menacer d&#039;un châtiment, et pour qui les obligations seraient aussi impératives en l&#039;absence d&#039;un pouvoir coercitif qu&#039;en sa présence. Cependant, sans nous arrêter à l&#039;observation que cette hypothèse non justifié vicie l&#039;argument de Hobbes en faveur de l&#039;autorité de l&#039;État, et acceptant à la fois ses prémisses et sa conclusion, nous devons appeler l&#039;attention sur deux conséquences importantes. L&#039;une est que cette autorité de l&#039;État, basée sur un tel fondement, est un moyen en vue d&#039;une fin, et qu&#039;elle est seulement légitime dans les cas où elle sert à accomplir cette fin : si la fin n&#039;est pas accomplie l&#039;autorité, de par l&#039;hypothèse, n&#039;existe pas. L&#039;autre est que la fin, en vue de laquelle l&#039;autorité, ainsi spécifiée existe, consiste à obliger à la justice, à maintenir l&#039;équité dans les relations. Logiquement, aucune contrainte à l&#039;égard des citoyens n&#039;est légitime que si elle est indispensable, soit pour prévenir des attaques directes ou bien des attaques indirectes consistant dans la violation de contrats, soit pour pourvoir à la défense contre les ennemis du dehors, et nous aurons dans son entier la fonction de l&#039;autorité souveraine, telle qu&#039;elle résulte de la théorie de Hobbes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hobbes argumentait dans l&#039;intérêt de la monarchie absolue. Son admirateur moderne, Austin, s&#039;est proposé de faire dériver l&#039;autorité de la loi de la souveraineté sans bornes d&#039;un seul homme ou d&#039;un groupe d&#039;hommes, petit ou grand par rapport à la totalité de la communauté. Austin a servi d&#039;abord dans l&#039;armée, et l&#039;on a remarqué avec raison que &amp;quot;la vie militaire a laissé des traces dans sa &amp;quot;&#039;&#039;Province of Jurisprudence&#039;&#039;&amp;quot;. Quand, sans nous laisser rebuter par une pédanterie exaspérante, par des distinctions, des définitions et des répétitions sans fin, qui ne servent qu&#039;à masquer l&#039;essence de sa doctrine, nous examinons en quoi celle-ci consiste, il devient manifeste qu&#039;il assimile l&#039;autorité civile à l&#039;autorité militaire : il admet à priori que l&#039;une comme l&#039;autre est, sous le rapport de l&#039;origine et de l&#039;étendue, hors de toute discussion. Pour légitimer la loi positive, il nous ramène à la souveraineté absolue du pouvoir qui l&#039;impose : monarque, aristocratie, ou le groupe le plus considérable des électeurs dans une démocratie, car il donne aussi le titre de souverain à un corps de cette nature, par opposition avec le reste de la communauté qui, par incapacité ou pour tout autre motif, reste à l&#039;état de sujétion. Et après avoir affirmé ou plutôt admis sans discussion l&#039;autorité illimitée de ce corps, simple ou composé, petit ou grand, qu&#039;il qualifie de souverain, il n&#039;a, tout naturellement, aucune difficulté à en déduire la valeur de ses décrets, qu&#039;il appelle la loi positive. Mais il n&#039;a fait que reculer le problème ; il ne l&#039;a pas résolu. La véritable question est de savoir : D&#039;où vient la souveraineté ? De quel titre peut se prévaloir cette suprématie illimitée que s&#039;arroge un seul individu, ou bien une minorité ou un grand nombre sur tout le reste du groupe ? Un critique pourrait dire avec raison : &amp;quot;Nous vous dispensons de vos efforts pour faire dériver la loi positive de la souveraineté illimitée ; la. filiation est assez évidente. Mais prouvez d&#039;abord votre souveraineté absolue.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette demande il n&#039;est pas de réponse. Examinez son point de départ et vous verrez que la doctrine d&#039;Austin ne repose pas sur une base plus solide que celle de Hobbes. Si l&#039;on n&#039;admet pas d&#039;origine ou de délégation divine, aucun gouvernement, qu&#039;il soit à une ou à. plusieurs têtes, ne peut produire les titres nécessaires pour justifier ses&#039; prétentions au pouvoir absolu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Mais pardon, répliquera-t-on en chœur, il y a le droit incontestable de la. majorité qui donne un droit incontestable au parlement qu&#039;elle élit.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, voici que nous touchons au fond de la question. Droit divin des parlements veut dire droit divin des majorités. La base du raisonnement des législateurs, aussi bien que du peuple, c&#039;est que la majorité a des droits illimités. Telle est la théorie courante que tous acceptent sans preuve comme une vérité évidente par elle-même. Néanmoins la critique, je pense, montrera que cette théorie courante doit subir une modification radicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un essai sur les &#039;&#039;principes d&#039;administration des chemins de fer&#039;&#039; publié dans la &#039;&#039;Revue d&#039;Édimbourg&#039;&#039; d&#039;octobre 1854, j&#039;eus l&#039;occasion de traiter la question des pouvoirs d&#039;une majorité, en prenant pour exemple la conduite des compagnies publiques ; et je ne puis mieux frayer la voie aux conclurions, auxquelles nous allons aboutir qu&#039;en en citant un passage :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Dans quelque circonstance ou pour quelque fin qu&#039;un groupe d&#039;hommes coopèrent, on admet que, s&#039;il surgit entre eux une divergences d&#039;opinions, la justice exige que la volonté de la majorité s&#039;accomplisse plutôt que celle de la minorité ; et cette règle est supposée uniformément applicable, quelle que soit la question en litige. C&#039;est là une conviction tellement arrêtée et le principe, d&#039;où elle découle, a été si peu approfondi, que la suggestion d&#039;un doute étonnera bien des gens. Pourtant il suffit d&#039;une courte analyse pour montrer que cette opinion n&#039;est, en somme, qu&#039;une superstition politique. On trouve aisément des exemples prouvant, par réduction à l&#039;absurde, que le droit de la majorité est un droit purement conditionnel, valable dans certaines limites seulement. Supposons que, dans l&#039;assemblée générale d&#039;une société philanthropique, on ait résolu que l&#039;association non seulement soulagerait les pauvres, mais emploierait encore des prédicateurs à combattre le papisme en Angleterre. Les souscripteurs des catholiques, ralliés au groupe dans des vues de charité, peuvent-elles être légitimement appliquées à ce but ? Supposons que dans un comité de bibliothèque, la majorité des membres, pensant que dans les circonstances actuelles l&#039;exercice du tir a plus d&#039;importance que la lecture, décide de changer le but de l&#039;association et d&#039;appliquer les fonds disponibles à l&#039;achat de poudre, de balles et de cibles&amp;amp;nbsp;: les autres membres seront-ils liés par cette décision ? Supposons que, sous l&#039;impulsion de nouvelles venues d&#039;Australie, la majorité d&#039;une société de francs-tenanciers se détermine non seulement à partir en corps pour exploiter des mines d&#039;or, mais à consacrer les fonds de la société à équiper un vaisseau. Cette usurpation de la propriété sera-t-elle équitable à l&#039;égard de la minorité ? et. celle-ci est-elle obligée de se joindre à l&#039;expédition ? A peine quelqu&#039;un osera-t-il répondre affirmativement sur la première de ces questions ; à plus forte raison ne l&#039;osera-t-il pas sur les autres ? Et pourquoi ? Parce que tout le monde doit comprendre qu&#039;un individu, par le fait seul qu&#039;il s&#039;est associé à d&#039;autres, ne peut, sans que la justice en souffre, être entraîné à des actes tout à fait étrangers au but qu&#039;il se proposait en s&#039;associant. Chacune des minorités, dans les cas supposés, pourrait justement répondre à ceux qui prétendent la contraindre : &amp;quot;Nous nous sommes unis à vous dans un but déterminé ; nous avons donné notre argent et notre temps pour atteindre ce but ; dans toutes les questions qui s&#039;y rattachent, nous avons tacitement accepté de nous conformer à la volonté de la majorité, mais nous n&#039;avons pas consenti à nous conformer dans d&#039;autres questions. Si vous nous déterminez à nous associer avec vous par l&#039;annonce d&#039;un but défini, et qu&#039;ensuite vous entrepreniez d&#039;en exécuter un autre dont nous n&#039;avons pas été avisés, vous obtenez notre appui sous de faux prétextes ; vous sortez des conventions explicites ou tacites faites entre nous, et dès lors nous ne sommes plus liés par vos décisions.&amp;quot; Évidemment voilà la seule interprétation rationnelle de la question. Le principe général, sur lequel repose le gouvernement équitable de toute association, est que ses membres s&#039;engagent les uns vis-à-vis des autres, chacun pour sa part, à se soumettre à la volonté de la majorité dans toutes les affaires relatives à l&#039;accomplissement du dessein en vue duquel ils sont entrés dans l&#039;association, mais non pas dans d&#039;autres. Dans ces limites seulement le contrat est valable. En effet, comme la nature même d&#039;un contrat implique que les contractants connaissent leurs obligations, et comme ceux qui s&#039;unissent à d&#039;autres dans un but spécifié ne peuvent avoir en vue tous les buts non spécifiés que, par hypothèse, il serait possible à l&#039;association de poursuivre, il s&#039;ensuit que le contrat souscrit ne peut s&#039;étendre à ces buts non spécifiés. Et au cas où il n&#039;existe pas de conventions explicites ou implicites entre l&#039;association et ses membres touchant ces buts non spécifiés, la majorité, qui contraindrait la minorité à les poursuivre, se rendrait coupable de la tyrannie la plus révoltante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement, s&#039;il existe une telle confusion d&#039;idées, au sujet des pouvoirs de la majorité là où le contrat d&#039;association limite tacitement ces pouvoirs, elle doit encore exister davantage là où il n&#039;y a pas eu de pareil contrat. Néanmoins le même principe subsiste. J&#039;insiste sur la proposition que les membres d&#039;une association s&#039;engagent &#039;&#039;individuellement à se soumettre à la volonté de la majorité dans toutes les affaires concernant l&#039;accomplissement des desseins en vue desquels ils sont entrés dans l&#039;association, mais dans aucune autre&#039;&#039;. Et je soutiens qu&#039;elle s&#039;applique au corps d&#039;une nation aussi bien qu&#039;à une compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Mais, objectera-t-on encore, comme il n&#039;existe pas de contrat en vertu duquel les hommes se sont constitués en corps de nations, comme le but, en vue duquel l&#039;association a été formée, n&#039;est pas et. n&#039;a jamais été spécifié, il ne peut y avoir de limitation, et, par suite, le pouvoir de la majorité est illimité.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Evidemment il faut admettre que l&#039;hypothèse d&#039;un contrat social, soit sous la forme adoptée par Hobbes, soit sous la forme conçue par Rousseau, manque de fondement. Bien plus, il faut admettre que, même un tel contrat eût-il été une fois conclu, il ne pourrait lier les descendants de ceux qui l&#039;ont conclu. En outre, si quelqu&#039;un dit qu&#039;en l&#039;absence de ces limitations de pouvoir que pourrait impliquer un acte d&#039;association il n&#039;y a rien qui empêche une majorité d&#039;imposer par force sa volonté à une minorité, il faut donner son assentiment à la condition toutefois d&#039;y joindre ce commentaire que, si la force supérieure de la majorité lui sert de justification, la force supérieure d&#039;un despote appuyé par une armée suffisante est également justifiée ; mais nous nous écartons de notre problème. Ce que nous cherchons ici, c&#039;est quelque justification plus sérieuse de la subordination de la minorité vis-à-vis de la majorité que celle qui résulte de l&#039;incapacité de résister à la contrainte matérielle. Austin lui-même, soucieux comme il l&#039;est d&#039;établir l&#039;autorité incontestable de la loi positive et soutenant qu&#039;elle découle d&#039;une souveraineté absolue, monarchique, aristocratique, constitutionnelle ou populaire, est obligé, en dernier ressort, d&#039;admettre une limite morale à l&#039;action de cette souveraineté sur la communauté. Tandis qu&#039;il insiste, en poursuivant sa théorie avec rigueur, sur ce qu&#039;un corps souverain sorti du peuple &amp;quot;est &#039;&#039;légalement&#039;&#039; libre de restreindre la liberté politique de ce dernier, à volonté et à discrétion&amp;quot;, il concède que &amp;quot;un gouvernement peut être empêché par la &#039;&#039;morale positive&#039;&#039; de mutiler la liberté politique qu&#039;il laisse ou qu&#039;il accorde à ses sujets&amp;quot;. Il s&#039;agit donc de trouver, non pas une justification matérielle, mais une justification morale de cette prétendue omnipotence de la majorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne manquera pas de me faire l&#039;objection suivante : &amp;quot;Il va de soi qu&#039;en l&#039;absence de toute convention et des limitations qu&#039;elle implique, le pouvoir de la majorité n&#039;est point limité ; car il est de toute justice que la volonté de la majorité soit faite plutôt que celle de la minorité.&amp;quot; Cette objection paraît très raisonnable, avant qu&#039;elle ait été réfutée. Nous pouvons répondre par cette proposition non moins soutenable que, en l&#039;absence de toute convention, la prédominance de la majorité n&#039;existe nullement. C&#039;est la coopération, quelle qu&#039;elle soit, qui est la source des droits et des devoirs de la majorité et de la minorité, et s&#039;il n&#039;y a pas d&#039;accord pour coopérer, il n&#039;y a pas non plus de tels droits, de tels devoirs. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici l&#039;argumentation semble aboutir à une impasse. Dans la condition présente des choses, aucune origine morale ne parait assignable ni à la souveraineté de la majorité, ni à la limitation de cette souveraineté. Mais avec un peu de réflexion nous pourrons résoudre la difficulté. Car si, écartant toute pensée d&#039;un accord pour coopérer, tel qu&#039;on le supposait ci-dessus, nous demandons quel est l&#039;accord qui réunirait à présent, dans la pratique, l&#039;unanimité des citoyens, nous obtenons une réponse suffisamment claire, et avec elle une justification suffisamment claire de la prépondérance de la majorité dans une certaine sphère, mais non au delà de cette sphère. Notons d&#039;abord quelques-unes des limitations qui apparaissent immédiatement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Demandez à tous les Anglais s&#039;ils veulent s&#039;entendre pour coopérer à l&#039;enseignement de la religion ou donner à la majorité le pouvoir de fixer les croyances et les formes du culte, la plupart répondront par un vigoureux &amp;quot;Non&amp;quot;. Si, à la suite d&#039;une proposition de faire revivre les lois somptuaires, on faisait une enquête pour savoir s&#039;ils s&#039;engageraient à se soumettre aux volontés de la majorité en ce qui touche la coupe et la qualité de leurs vêtements, presque tous s&#039;y refuseraient. Semblablement (pour prendre une question d&#039;actualité) qu&#039;on les consulte pour savoir si, en ce qui concerne leur boisson, ils accepteraient la décision de la majorité, moitié certainement et probablement plus de la moitié diraient non. Quelque désir qui se manifestât de coopérer pour exécuter ou pour régler de telles actions, il serait loin d&#039;être un désir unanime. Évidemment donc, si nous avions nous-mêmes à inaugurer une coopération sociale et à spécifier son but avant de pouvoir obtenir que l&#039;on consentit à coopérer, il y aurait de vastes champs de l&#039;activité humaine pour lesquels on déclinerait la coopération, et, par suite, en ce qui les concerne, aucune autorité ne pourrait être légitimement exercée par la majorité sur la minorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Passons maintenant à la question contraire. Pour quelle fin tout le monde s&#039;accorderait-il à coopérer ? Personne ne niera que, pour résister à une invasion, l&#039;accord serait de fait unanime. A l&#039;exception des seuls Quakers qui, ayant fait dans leur temps une œuvre hautement utile, sont actuellement en train de disparaître, tous s&#039;uniraient pour une guerre défensive (non pas, toutefois, pour une guerre offensive) et tous, par là, s&#039;engageraient tacitement à se soumettre à la volonté de la majorité relativement aux mesures à prendre pour arriver à cette fin. Il y aurait également unanimité de fait pour un pacte de coopération à la défense contre les ennemis du dehors. Hormis les criminels, tous doivent souhaiter que leur personne et leur propriété soient protégées. Bref, chaque citoyen désire préserver sa vie, préserver les choses qui aident à vivre et à jouir de la vie, et garder intacte sa liberté d&#039;user de ces choses et d&#039;en acquérir de semblables. Il est évident pour lui qu&#039;il ne peut le faire s&#039;il agit isolément. Contre les envahisseurs du dehors il est impuissant à moins de s&#039;unir avec des concitoyens, et se protéger contre les envahisseurs du dedans serait, sans une semblable union, une tâche à la fois accablante, dangereuse et inefficace. Il est une autre coopération à laquelle tous sont intéressés ; c&#039;est celle qui a pour but de tirer profit du territoire qu&#039;ils habitent. Si la communauté des biens subsistait comme aux premiers temps, le contrôle commun primitif de l&#039;emploi que pourraient faire de la terre les individus ou des groupes d&#039;individus subsisterait également ; et les décisions de la majorité prévaudraient légitimement dans la détermination des conditions auxquelles les portions du sol serviraient soit à l&#039;alimentation, soit à la création de moyens de communication,. soit. à d&#039;autres usages. Aujourd&#039;hui même, quoique la matière soit. devenue plus complexe par l&#039;accroissement de la propriété. privée, l&#039;Etat restant toujours le propriétaire suprême (chaque propriétaire étant, d&#039;après la loi, un tenancier de la couronne) qui a le droit de reprendre possession ou d&#039;exproprier en payant un prix raisonnable, on peut en conclure que la volonté de la majorité prévaut quant aux modes et aux conditions suivant lesquels on peut utiliser le dessus et le dessous ; ce qui implique certaines conventions faites en faveur du public avec des particuliers et des compagnies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;est pas besoin ici d&#039;apporter des détails ni de discuter sur les limites qui séparent ces catégories de cas, ni de dire ce qui rentre dans l&#039;une ou ce qui est exclu de l&#039;autre. Pour notre but actuel, il suffit de reconnaître cette vérité indéniable qu&#039;il existe de nombreuses espèces d&#039;actions que les hommes, s&#039;ils étaient consultés, seraient loin d&#039;être unanimes à vouloir accomplir, même si telle était la volonté de 1a majorité ; tandis qu&#039;il est quelques espèces d&#039;action à l&#039;accomplissement desquelles la presqu&#039;unanimité consentiraient à donner leur concours. Ici donc nous trouvons une raison définie pour imposer la volonté de la majorité dans de certaines limites, et une raison définie pour nier l&#039;autorité de cette volonté au delà de certaines limites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais évidemment, à l&#039;analyse, la question se résout en la suivante : Quels sont les droits respectifs du groupe et de ses membres ? Les droits de la communauté valent-ils dans tous les cas contre l&#039;individu ? ou l&#039;individu possède-t-il des droits qui valent contre la communauté ? Du jugement porté sur ce point dépend tout l&#039;échafaudage des opinions politiques, et plus spécialement de celles qui ont trait à la sphère propre du gouvernement. Ici donc j&#039;ai l&#039;intention de faire revivre une controverse assoupie, dans l&#039;espoir d&#039;arriver à une conclusion différente de celle généralement reçue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sen ouvrage : &#039;&#039;Des Rapports de l&#039;État et du travail&#039;&#039;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;The State in Relation to Labour&#039;&#039;.&amp;lt;/ref&amp;gt;, le professeur Jevons dit : &amp;quot;le premier pas à faire, c&#039;est de débarrasser notre esprit de cette idée qu&#039;il y a dans les questions sociales quelque chose comme des droits abstraits.&amp;quot; Dans son article sur la Propriété littéraire, M. Mathew Arnold exprime une opinion semblable. &amp;quot;Un auteur, dit-il, n&#039;a aucun droit naturel à la propriété de son œuvre.&amp;quot; Il n&#039;a donc non plus aucun droit naturel à quoi que ce soit qu&#039;il puisse produire ou acquérir. Ainsi encore lisais-je récemment dans un journal hebdomadaire de haute réputation : &amp;quot;Démontrer une fois de plus qu&#039;il n&#039;existe rien de pareil à un droit naturel, ce serait perdre son temps et sa science.&amp;quot; Et l&#039;opinion exprimée dans ces extraits est communément énoncée par les hommes d&#039;état et par les légistes d&#039;une façon qui implique que seules les masses qui ne pensent pas en ont une autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être cette déclaration eût-elle dû être faite sur un ton moins dogmatique, puisqu&#039;on savait que toute une école de légistes sur le continent maintient une opinion diamétralement opposée à celle soutenue par l&#039;école anglaise. L&#039;idée du &#039;&#039;Natur-Recht&#039;&#039; est l&#039;idée fondamentale de la jurisprudence allemande. Et quoi qu&#039;on puisse penser de la philosophie allemande, on ne peut pas dire d&#039;elle qu&#039;elle ne va pas au fond des choses. Une doctrine qui a cours chez un peuple remarquable entre les autres par son esprit de recherche et qu&#039;on ne peut certes ranger parmi les penseurs superficiels ne devrait pas être écartée comme si ce n&#039;était rien de plus qu&#039;une illusion populaire. Ceci, pourtant, soit dit en passant. A la proposition qu&#039;on nie dans les citations ci-dessus se lie l&#039;affirmation d&#039;une contre-proposition. Voyons quelle elle est, si nous l&#039;examinons de près et si nous recherchons sur quoi elle se fonde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Retournons à Bentham, et nous trouverons cette contre-proposition nettement exprimée. Il nous dit que le gouvernement remplit son rôle &amp;quot;en créant des droits qu&#039;il confère aux individus, droits de sécurité pour les personnes, droits de protection pour leur honneur, droits de propriété&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Bentham&#039;s Works&#039;&#039;, t. I, p. 301.&amp;lt;/ref&amp;gt;, etc.&amp;quot; Si cette doctrine était affirmée comme dérivant du droit divin des rois, elle ne renfermerait rien de manifestement illogique. Elle viendrait de l&#039;antique Pérou, où l&#039;Inca &amp;quot;était la source d&#039;où tout découle&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Prescott, &#039;&#039;Conquest of Peru&#039;&#039;, t. I, ch. I.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; ou de Shou (Abyssinie) où &amp;quot;le roi est maître absolu des personnes et de tous les biens terrestres&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Harris, &#039;&#039;Highlands of Ethiopia&#039;&#039;, t. II, p. 94.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; ; ou du Dahomey où &amp;quot;tous les hommes sont les esclaves du roi&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Burton, &#039;&#039;Mission to Gedele, King of Dahome&#039;&#039;, t. I, p. 226.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; ; qu&#039;elle serait assez logique. Mais Bentham, loin d&#039;être absolutiste comme Hobbes, écrivait en faveur du gouvernement populaire. Dans son &#039;&#039;Code constitutionnel&#039;&#039; il place la souveraineté dans le peuple entier, arguant que le mieux est &amp;quot;de donner le pouvoir souverain à la plus grande portion possible de ceux qu&#039;il s&#039;agit principalement de rendre le plus heureux possible&amp;quot;, parce que &amp;quot;cette proportion est plus convenable que tout autre pour la réalisation de ce but&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Observons maintenant ce qui arrive quand nous rapprochons ces deux doctrines. Le peuple souverain dans son ensemble désigne des représentants et crée ainsi un gouvernement ; le gouvernement ainsi créé crée des droits ; puis, ayant créé les droits, il les confère séparément à chacun des membres du peuple souverain par lequel il a été lui-même créé. Quel merveilleux tour de passe-passe politique ! M. Matthews Arnold, soutenant, dans l&#039;article déjà cité, que &amp;quot;la propriété est une création de la loi&amp;quot;, nous dit de prendre garde au &amp;quot;fantôme métaphysique de la propriété en soi&amp;quot;. Assurément, de tous les fantômes métaphysiques le plus semblable à une ombre est celui qui suppose une chose obtenue par la création d&#039;un agent, qui crée la chose et confère ensuite la chose à son propre créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quelque point de vue que nous la considérions, la proposition de Bentham reste incompréhensible. Le gouverneraient, dit-il, remplit son office &amp;quot;en créant des droits&amp;quot;. Le mot &amp;quot;créer&amp;quot; peut être entendu de deux façons. Il peut signifier tirer quelque chose de rien, ou il peut signifier donner une forme, une structure à quelque chose qui existe déjà. Beaucoup de gens pensent que tirer quelque chose de rien ne peut être conçu comme possible même à la toute-puissance ; et personne probablement n&#039;affirmera que tirer quelque chose de rien sois de la compétence d&#039;un gouvernement humain. La seconde alternative est qu&#039;un gouvernement humain crée seulement en ce sens qu&#039;il façonne quelque chose de préexistant. Auquel cas cette question surgit : &amp;quot;Quelle est cette chose préexistante qu&#039;il façonne ?&amp;quot; Evidemment toute la question roule sur le mot &amp;quot;créer&amp;quot; qui fait illusion au lecteur. Bentham était très méticuleux à l&#039;endroit de la propriété de l&#039;expression, et son livre des erreurs (&#039;&#039;Book of Fallacies&#039;&#039;) contient un chapitre sur &amp;quot;les termes-imposteurs&amp;quot;. Il est curieux qu&#039;il ait pu fournir lui-même un exemple si frappant de la. perversion d&#039;opinion que peut produire un terme-imposteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais. laissons de côté toutes ces propositions inintelligibles, et cherchons quelle est l&#039;interprétation la plus soutenable de l&#039;opinion de Bentham.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut dire que la totalité des pouvoirs et des droits existait originairement à l&#039;état d&#039;un tout indivis chez le peuple souverain, et que ce tout indivis est confié, comme disait Austin, à un pouvoir gouvernemental désigné par le peuple souverain à l&#039;effet d&#039;opérer la distribution. Si, comme nous l&#039;avons vu, cette proposition que l&#039;on crée des droits est une simple figure de langage, le sens intelligible de l&#039;opinion de Bentham est celui-ci : une multitude d&#039;individus, qui individuellement veulent satisfaire leurs désirs et qui ont, en tant qu&#039;agrégat, la possession de toutes les sources de satisfaction aussi bien que l&#039;autorité sur tous les actes des individus, nomment un gouvernement, et ce gouvernement déclare de quelle manière et sous quelles conditions l&#039;activité individuelle peut se donner carrière et obtenir les satisfactions. Observons ce qui est impliqué par là.. Chaque homme existe sous un double aspect. Comme homme privé, il est soumis au gouvernement ; comme membre de la société, il est un membre du peuple souverain qui nomme le gouvernement. C&#039;est-à-dire qu&#039;à titre d&#039;homme privé il est un de ceux auxquels on accorde des droits, et qu&#039;à titre de membre de la société il est un de ceux qui, par l&#039;intermédiaire du gouvernement nommé par eux, confèrent les droits. Passons de l&#039;abstrait au concret et voyons ce que comporte cette définition. Supposons que la communauté consiste en un million d&#039;hommes qui, d&#039;après notre hypothèse, ne sont pas seulement les copropriétaires du pays habité, mais encore les copropriétaires de toutes les libertés d&#039;agir et de posséder, le seul droit reconnu étant celui de l&#039;agrégat sur toute chose. Que va-t-il suivre ? Chaque individu, tout en ne possédant aucun produit de son propre travail a, comme unité dans le corps souverain, un millionième de la propriété des produits du travail de tous les autres. C&#039;est là une conclusion inévitable. Comme le gouvernement, d&#039;après Bentham, n&#039;est qu&#039;un agent, les droits qu&#039;il confère sont des droits à lui confiés par le peuple souverain. S&#039;il en est ainsi, de tels droits doivent être possédés en bloc par le peuple souverain avant que le gouvernement, pour accomplir son mandat, ne les confère aux individus ; et, s&#039;il en est ainsi, chaque individu a la millionième partie de ces droits à titre de membre de la société, tandis qu&#039;il n&#039;a aucun droit, à titre d&#039;homme privé. Ceux-ci, il les acquiert seulement quand les autres membres du million s&#039;unissent pour l&#039;en investir, tandis qu&#039;il s&#039;unit à eux pour en revêtir chaque autre membre du million.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de quelque façon que nous l&#039;interprétions, la proposition de Bentham nous laisse dans un tissu d&#039;absurdités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même dans l&#039;ignorance de l&#039;opinion adverse des juristes allemands, même sans une analyse qui démontre que leur propre opinion n&#039;est pas soutenable, les disciples de Bentham auraient pu traiter moins cavalièrement la doctrine des droits naturels. En effet divers groupes de phénomènes sociaux s&#039;unissent pour prouver que cette doctrine est bien fondée, tandis que celle qu&#039;ils lui opposent est mal fondée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des tribus, dans diverses parties du monde, nous montrent qu&#039;avant la naissance d&#039;un gouvernement défini la conduite est réglée par des coutumes. Les Bechuanas obéissent à &amp;quot;des coutumes reconnues de longue date&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Burchell, W. J. &#039;&#039;Travels into the Interior of Southern Africa&#039;&#039;, t. I, p. 544.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Parmi les Hottentots Koranna qui &amp;quot;supportent leurs chefs plutôt qu&#039;ils ne leur obéissent,&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Arbouset et Dumas. &#039;&#039;Voyage d&#039;exploration&#039;&#039;, p. 27.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;quand les anciens usages ne s&#039;y opposent pas, chaque homme semble agir suivant ce qui est le droit à ses propres yeux&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Thompson, G. A. &#039;&#039;Travels and Adventures in Southern Africa&#039;&#039;, t. II, p. 30.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Les Araucans ne sont guidés par &amp;quot;rien de plus que des usages primordiaux ou des conventions tacites&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Thompson, G. A. &#039;&#039;Alcedo&#039;s Geographical and Historical Dictionary of America&#039;&#039;, t. I, p. 405.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Chez les Kirghises les jugements des anciens se basent sur &amp;quot;des coutumes universellement reconnues&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Mitchel Alex. &#039;&#039;Siberian Overland Route&#039;&#039;, p. 248.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Des Dyaks aussi Rajah Brooke nous dit que &amp;quot;la coutume semble simplement être devenue la loi ; et que la violation de la coutume entraîne une amende&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Brookes, C. &#039;&#039;Ten Years in Saráwak&#039;&#039;, t. I, p. 129.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Tellement sacrées sont les coutumes immémoriales pour l&#039;homme primitif, qu&#039;il ne songe jamais à mettre leur autorité en question ; et, quand un gouvernement est établi, son pouvoir est borné par elles. A Madagascar, la parole du roi suffit là seulement &amp;quot;où il n&#039;y a pas de loi, de coutume, ni de précédent&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ellis, &#039;&#039;History of Madagascar&#039;&#039;, t. I, p. 377.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Raffles dit qu&#039;à Java &amp;quot;les coutumes du pays limitent la volonté des chefs&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Raffles, Sir T. S., &#039;&#039;History of Java&#039;&#039;, t. I, p. 274.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. A Sumatra, également, on ne &amp;quot;permet pas aux chefs d&#039;altérer les anciens usages&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Marsden, W., &#039;&#039;History of Sumatra&#039;&#039;, p. 217.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Quelquefois même, comme chez les Ashantees &amp;quot;la tentative de changer quelques coutumes&amp;quot; a causé le détrôneront du roi&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Reecham, J., &#039;&#039;Ashantee and the Gold Coast&#039;&#039;, p. 90.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Or, parmi les coutumes que nous trouvons ainsi préexister au gouvernement et auxquelles est subordonné le pouvoir du gouvernement après son établissement, figurent celles qui reconnaissent certains droits individuels, droits d&#039;agir de certaines façons et de posséder certaines choses. Même là où le droit de propriété est le moins reconnu, on trouve la propriété des armes, des outils, des ornements personnels, et généralement cette reconnaissance s&#039;étend à beaucoup d&#039;autres objets. Chez les Indiens du Nord de l&#039;Amérique, tels que les Serpents, qui n&#039;ont pas de gouvernement, existe la propriété privée des chevaux. Chez les Chippeways &amp;quot;qui n&#039;ont pas de gouvernement régulier&amp;quot; le gibier pris dans des pièges privés &amp;quot;est considéré comme propriété privée&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Schoolcraft, H. R. &#039;&#039;Expedition to the sources of the Mississipi River&#039;&#039;.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Des faits analogues relatifs aux huttes, ustensiles et autres propriétés personnelles pourraient être mis en évidence par des relations sur les Ahts, les Comanches, les Esquimaux et les Indiens du Brésil. Parmi les divers peuples non civilisés, la coutume a établi le droit à la récolte qui croît sur un terrain défriché, mais non au sol lui-même, et les Todas, qui sont absolument dépourvus d&#039;organisation politique, font une distinction pareille entre la propriété du bétail et celle du sol. Ce que dit Kolff au sujet des &amp;quot;pacifiques Arafuras&amp;quot; résume bien les témoignages. Ils &amp;quot;reconnaissent le droit de propriété, dans la plus large acception du mot, sans qu&#039;il y ait d&#039;autre autorité chez eux que les décisions des anciens, suivant les coutumes de leurs pères&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Earl&#039;s Kolff&#039;s Voyage of the Domga&#039;&#039;, p. 161.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Mais même sans chercher de preuves parmi les tribus non civilisées, les premières étapes de la civilisation en fournissent de suffisantes. Bentham et ses disciples semblent avoir oublié que nos lois ne sent guère que la fusion en un seul corps &amp;quot;des coutumes du royaume&amp;quot;. Elles n&#039;ont fait que donner une forme définitive à ce qu&#039;elles ont trouvé existant déjà. Ainsi le fait et la théorie sont absolument contradictoires. Le fait est que la propriété était parfaitement reconnue avant l&#039;existence de la loi ; la théorie enseigne que &amp;quot;la propriété est la création de la loi&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des considérations d&#039;un autre genre auraient suffi à les arrêter, s&#039;ils en avaient bien pesé la valeur. Fût-il vrai, comme l&#039;allègue Bentham, que le gouvernement remplit son office &amp;quot;en créant les droits qu&#039;il confère aux individus&amp;quot;, cela impliquerait qu&#039;il ne peut y avoir d&#039;uniformité approximative dans les droits conférés par des gouvernements différents. En l&#039;absence d&#039;une cause déterminante qui domine leurs décisions, il y aurait à parier cent contre un qu&#039;elles ne concorderaient guère. Or, il existe entre ces décisions une concordance très grande. De quelque côté que nous regardions, nous trouvons que les gouvernements interdisent les mêmes espèces d&#039;agressions, et corrélativement, reconnaissent les mêmes espèces de droits. Ils défendent ordinairement l&#039;homicide, le vol, l&#039;adultère&amp;amp;nbsp;: ils affirment ainsi que les citoyens peuvent être mis à l&#039;abri de certaines atteintes. Et à mesure que la société progresse, la protection s&#039;étend à des droits individuels moins importants et réparation est due pour les violations de contrat, pour diffamation, pour faux témoignage, etc. En un mot, la comparaison montre que les codes de lois, s&#039;ils diffèrent dans les détails à mesure qu&#039;on les développe, s&#039;accordent sur les points fondamentaux. Qu&#039;est-ce que cela prouve ? Un tel accord ne peut être fortuit. S&#039;il existe, c&#039;est parce que la prétendue création de droits consistait uniquement à sanctionner en les formulant et à définir avec plus de précision ces revendications de droits et ces reconnaissances de droits qui découlent naturellement des désirs individuels d&#039;hommes vivant en société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sociologie comparée met en lumière un autre groupe de faits dont on peut tirer la même conclusion. Avec le progrès social s&#039;accroît pour l&#039;État la tâche, non seulement de sanctionner en les formulant les droits des individus, mais aussi de les défendre contre ceux qui les attaquent. Avant qu&#039;un gouvernement permanent ne soit constitué, et dans bien des cas, après qu&#039;il a reçu un développement considérable, les droits de chaque. individu sont affirmés et défendus par lui-même ou par sa famille. Chez les tribus sauvages d&#039;aujourd&#039;hui, comme chez les peuples civilisés d&#039;autrefois, et même dans les parties mal policées de l&#039;Europe actuelle, le châtiment d&#039;un meurtre est une affaire d&#039;ordre privé : &amp;quot;le devoir sacré d&#039;exiger sang pour sang est dévolu à quelque partie du groupe familial&amp;quot;. Pareillement des compensations pour les agressions contre la propriété et pour les offenses d&#039;autre sorte sont, dans les sociétés primitives, revendiquées arbitrairement par chaque individu ou par la famille. Mais à mesure que l&#039;organisation sociale s&#039;améliore, le pouvoir central prend de plus en plus à sa charge de garantir la sécurité personnelle des individus, la sécurité de leurs biens, et, jusqu&#039;à un certain point, la validité de leurs prétentions établies par contrat. Exclusivement occupé, dans l&#039;origine, à défendre la société dans son ensemble contre d&#039;autres sociétés, ou à diriger ses attaques contre d&#039;autres sociétés, le gouvernement de plus en plus a pris à sa charge la défense des individus les uns contre les autres. Il suffit de rappeler l&#039;époque où le port d&#039;armes était d&#039;usage constant, ou de mentionner l&#039;accroissement de la sécurité des personnes et des biens obtenue de nos jours par l&#039;amélioration de la police, ou de noter la facilité plus grande avec laquelle s&#039;opère le recouvrement de petites dettes, pour voir que l&#039;on fait de plus en plus un devoir à l&#039;État d&#039;assurer à chaque individu la libre poursuite des fins de la vie, dans les limites que pose la même poursuite de la part d&#039;autrui. En d&#039;autres termes,. de pair avec le progrès social va non seulement une reconnaissance plus complète de ce que nous appelons les droits naturels, mais aussi leur garantie plus effective par le gouvernement : celui-ci a le devoir de veiller de plus en plus à la réalisation de ces conditions premières du bien-être individuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un changement connexe et plus significatif encore a accompagné le précédent. Aux premières époques, alors que l&#039;Etat n&#039;intervenait pas pour protéger l&#039;individu contre les agressions, lui-même était agresseur en bien des façons. Ces anciennes sociétés qui se perfectionnèrent assez pour laisser des souvenirs, ayant toutes été conquérantes, se montrent partout avec les traits du régime militant. De même que pour organiser efficacement des corps de combattants, les soldats doivent obéir passivement et ne prendre d&#039;initiative que s&#039;ils y sont autorisés par leurs chefs, de même, pour organiser efficacement des sociétés militaires, les citoyens doivent subordonner leur volonté individuelle. Les droits privés sont effacés par les droits publics, et le sujet perd beaucoup de sa liberté d&#039;action. Un des résultats, c&#039;est que le système de l&#039;enrégimentation, envahissant la société comme l&#039;armée, entraîne une réglementation minutieuse de la conduite. Les prescriptions du chef, qui sont sacrées puisqu&#039;elles sont censées émaner du dieu, son ancêtre, ne sont restreintes par aucune conception de la liberté individuelle, et elles règlent les actions humaines jusque dans les moindres détails : les aliments, la façon de les préparer, la forme de la barbe, les franges des vêtements, l&#039;ensemencement du blé, etc. Ce contrôle universel, qui apparaît chez presque toutes les anciennes nations de l&#039;Europe, se montre aussi dans une large mesure chez les Grecs, et il était porté au plus haut dans la cité la plus militaire, Sparte. Semblablement, par toute l&#039;Europe, pendant le moyen âge, où la guerre existait à l&#039;état chronique avec les formes politiques et les idées qui lui sont propres, à peine y avait-il quelque borne à l&#039;intervention gouvernementale : l&#039;agriculture, l&#039;industrie, le commerce étaient réglementés dans le détail ; les croyances et les pratiques religieuses étaient imposées, et les chefs décidaient qui aurait le droit de porter des fourrures, de se servir de vaisselle en argent, de publier des livres, d&#039;avoir un colombier, etc., etc. Mais, avec les progrès de l&#039;activité industrielle et la substitution du régime du contrat au régime de la contrainte gouvernementale, et avec le développement des sentiments connexes, s&#039;est produite (jusqu&#039;à la réaction récente accompagnant le retour à l&#039;état militant) une diminution de cette ingérence dans les actes individuels. Le législateur a cessé graduellement de réglementer la manière de faire la récolte, de prescrire la proportion qui doit exister entre la quantité du bétail et le nombre des arpents, de spécifier les modes de travail et les matières à employer, de fixer les salaires ou le prix des denrées, d&#039;intervenir en matière de vêtements et de jeux (excepté les cas de filouterie), d&#039;appliquer des peines ou d&#039;accorder des primes aux importateurs et aux exportateurs, de décréter les croyances religieuses ou politiques, d&#039;empêcher les citoyens de s&#039;associer à leur gré, ou de voyager où il leur plaît. En d&#039;autres termes, pour une grande part de sa conduite, le droit du citoyen à agir sans contrôle l&#039;a emporté sur la prétention de l&#039;État à le contrôler. Le gouvernement, tandis qu&#039;il aidait de plus en plus le citoyen à écarter toute intrusion de cette sphère privée dans laquelle il poursuit les fins de la vie, s&#039;est lui-même retiré de cette sphère, ou, en d&#039;autres termes, il a restreint son intervention.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous n&#039;avons pas encore noté cependant toutes les catégories de faits qui racontent la même histoire. Les améliorations et les réformes de la loi elle-même la redisent, ainsi que les aveux et les déclarations de leurs auteurs. &amp;quot;Dès le XVe siècle, dit le professeur Pollack, un juge de droit commun déclarait que : comme dans un cas non prévu par des ordonnances écrites, les jurisconsultes et les canonistes imaginent une règle nouvelle en harmonie avec la loi naturelle qui est le principe de toutes lois, la cour de Westminster peut et veut agir de même&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;The Methods of Jurisprudence : an Introductory Lecture at University College&#039;&#039;, London, 31 octobre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;quot; De plus, notre &#039;&#039;système&#039;&#039; &#039;&#039;d&#039;équité&#039;&#039;, introduit et développé pour suppléer aux lacunes du droit commun, ou pour rectifier ses injustices, est entièrement fondé sur la reconnaissance des droits de l&#039;individu, qui existent même en dehors de toute autorité légale. Et les changements qu&#039;à présent la loi subit de temps en temps, après une certaine résistance des législateurs, s&#039;accomplissent également d&#039;après les idées courantes sur l&#039;équité nécessaire, idées qui, au lieu d&#039;être dérivées de la loi, sont en opposition avec elle. Par exemple, l&#039;acte récent qui donne à une femme mariée un droit de propriété sur ses acquêts personnels a évidemment sa source dans la conscience que le lien naturel entre le travail dépensé et le bénéfice acquis doit être maintenu dans tous les cas. La loi réformée n&#039;a pas créé le droit, mais la reconnaissance du droit a créé la loi réformée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de cinq catégories différentes de preuves historiques ressort cet enseignement que les notions populaires au sujet des droits, si confuses qu&#039;elles soient, et inacceptables pour une grande part, projettent pourtant devant elles l&#039;ombre d&#039;une vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reste maintenant à examiner quelle est la source originelle de cette vérité. J&#039;ai parlé précédemment de ce secret connu : que tous les phénomènes sociaux, si nous les analysons à fond, nous ramènent aux lois de la vie, et qu&#039;il est impossible de les bien comprendre si nous ne nous reportons aux lois de la vie. Transportons donc cette question des droits naturels de l&#039;arène politique dans le domaine de la science, de la science de la vie. Que le lecteur se rassure : les faits les plus simples et les plus en évidence suffiront. Nous examinerons d&#039;abord les conditions générales de la vie individuelle, puis les conditions générales de la vie sociale. Nous trouverons que toutes deux conduisent à la même conclusion. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vie animale entraîne une déperdition ; toute perte exige réparation ; réparation implique nutrition. A son tour, 1a nutrition présuppose l&#039;acquisition de nourriture ; la nourriture ne peut être obtenue sans facultés de préhension, et, ordinairement, de locomotion ; et pour que ces facultés puissent s&#039;exercer, il faut qu&#039;il y ait liberté de se mouvoir. Enfermez un mammifère dans un espace étroit, ou bien liez lui les membres, ou enlevez lui la nourriture qu&#039;il s&#039;est procurée, vous causerez sa mort en persistant dans l&#039;un ou l&#039;autre de ces procédés. Au delà d&#039;un certain point, l&#039;impossibilité de satisfaire à ces besoins devient fatale. Et ce que nous disons ici des animaux supérieurs en général s&#039;applique naturellement à l&#039;homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous adoptons le pessimisme pour croyance et avec lui cette implication que, la vie étant en général un mal, il faut y mettre fin, il n&#039;y a plus de base morale aux actes par lesquels la vie est entretenue ; toute la question croule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si nous adoptons soit la doctrine de l&#039;optimisme, soit la doctrine du progrès, si nous disons qu&#039;en somme la vie apporte plus de plaisirs que de peines, ou qu&#039;elle est en train de devenir telle qu&#039;elle procurera plus de plaisirs que de peines, alors les actes par lesquels la vie se soutient sont justifiés et la liberté de les accomplir a sa raison d&#039;être. Estime-t-on que la vie a son prix ? cette opinion implique qu&#039;on ne doit pas empêcher les individus d&#039;exercer les activités nécessaires à l&#039;entretiens de la vie. En d&#039;autres termes, si l&#039;on admet qu&#039;il est &#039;&#039;juste&#039;&#039; de ne pas entraver ces activités, réciproquement, on admet qu&#039;on a le droit de les exercer. Manifestement, la &amp;quot;conception des droits naturels&amp;quot; a son origine dans la reconnaissance de cette vérité que, si l&#039;existence est justifiable, il doit y avoir une justification à l&#039;accomplissement des actes essentiels à sa conservation, et, par conséquent, une justification aux libertés et aux droits qui rendent de tels actes possibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cette proposition, parce qu&#039;elle est vraie des autres créatures comme de l&#039;homme, n&#039;a pas de caractère moral. Le caractère moral naît seulement avec la distinction entre ce qu&#039;il est &#039;&#039;permis&#039;&#039; à l&#039;individu de faire en exerçant les activités qui entretiennent sa vie, et ce qui ne lui est &#039;&#039;pas permis&#039;&#039;. Cette distinction résulte évidemment de la présence de ses semblables. Si des individus se trouvent en contact immédiat ou sont même quelque peu séparés, les actes de l&#039;un peuvent influer sur ceux de l&#039;autre, et s&#039;il est impossible de prouver que quelques-uns ont le pouvoir illimité de faire ce qu&#039;ils veulent, tandis que d&#039;autres ne l&#039;ont pas, il faut admettre une limitation naturelle. Le droit de poursuivre des fins passera de la forme non éthique à la forme éthique lorsqu&#039;on aura reconnu la distinction entre les actes qui peuvent être accomplis sans transgresser. les limites et ceux qui ne peuvent l&#039;être. Cette conclusion, qui est &#039;&#039;a priori&#039;&#039;, est également la conclusion qu&#039;on obtient a &#039;&#039;posteriori&#039;&#039;, lorsqu&#039;on étudie les actes des peuplades non civilisées. Sous sa forme la plus vague, la limitation mutuelle des sphères d&#039;action, avec les idées et les sentiments connexes, se manifeste dans les rapports mutuels des groupes les uns avec les autres. D&#039;habitude il finit par s&#039;établir certaines limites aux :territoires dans l&#039;étendue desquels chaque tribu trouve ce qu&#039;il lui faut pour vivre, et si quelqu&#039;un outrepasse ces limites, on le repousse. Chez les Veddahs des Bois, qui sont dénués d&#039;organisation politique, les petits clans ont leur part respective de forêt, et &amp;quot;ces partages conventionnels sont toujours respectés&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Tennant, &#039;&#039;Ceylon, an Account of the Island&#039;&#039;, etc., t. II, p. 440.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Au sujet des tribus sans gouvernement de la Tasmanie, on dit que &amp;quot;leurs terrains de chasse sont délimités et que ceux qui franchissent les limites s&#039;exposent à des attaques&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Bonwick, J., &#039;&#039;Daily Life and Origin of the Tasmanians&#039;&#039;, 83.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Et, manifestement, les querelles causées entre tribus par les intrusions sur les territoires les unes des autres aboutissent, à la longue, et fixer des limites et à leur donner une certaine sanction. Ce qui est vrai des territoires respectifs l&#039;est aussi des groupes respectifs des habitants. Un meurtre dans l&#039;un d&#039;eux attribué à tort ou à raison à quelque habitant d&#039;un autre exige l&#039;accomplissement du &amp;quot;devoir sacré du talion&amp;quot; ; et quoique les représailles deviennent ainsi chroniques, on prévient cependant quelques nouvelles agressions. Les causes semblables ont produit des effets semblables à ces premières étapes des sociétés civilisées pendant lesquelles la famille ou le clan, plutôt que l&#039;individu, constituaient l&#039;unité politique, et pendant lesquelles chaque famille ou chaque clan avait se défendre ainsi que ses possessions contre les groupes analogues. Ces restrictions mutuelles qui, d&#039;après la nature des choses, sont imposées par une communauté à l&#039;autre, sont dans chaque communauté imposées également par un individu à l&#039;autre ; et les idées et les usages propres au groupe s&#039;appliquent plus ou moins aux relations entre individus. Quoique dans chaque groupe il y ait toujours une tendance de la part du plus fort à attaquer le plus faible, cependant, dans la plupart des cas, la conscience des maux résultant d&#039;une conduite agressive sert de frein. Partout, chez les peuples primitifs, aux offenses répondent d&#039;autres offenses. Turner dit des Tannese : &amp;quot;l&#039;adultère et quelques autres crimes sont tenus en échec par la crainte de &#039;&#039;la loi du bâton&#039;&#039;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Polynesia&#039;&#039;, p. 86.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Fitzroy nous dit que le Patagon, &amp;quot;s&#039;il ne fait tort ni offense à son voisin, n&#039;est pas contrarié par les autres&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Voyages of the Adventure and Beagle II&#039;&#039;, t. II, p. 167.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;, chacun vengeant sur la personne de l&#039;offenseur le tort qu&#039;on lui fait. Nous lisons au sujet des Naupés que &amp;quot;ils ont fait peu de lois d&#039;aucune sorte ; mais ce qu&#039;ils en ont est du pur talion, œil pour œil et dent pour dent&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Wallace, A. R. &#039;&#039;Travels on Amazon and Rio Negro&#039;&#039;, p. 499.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Et il est évident que la &#039;&#039;lex talionis&#039;&#039; tend à établir une distinction entre ce que chaque membre de la communauté peut en sécurité faire ou ne pas faire, et par suite à établir des sanctions pour les actes dans une certaine extension, mais non au-delà. &amp;quot;Quoique, dit Schoolcraft des Chippeways, ils n&#039;aient pas de gouvernement régulier, puisque chaque homme est maître dans sa propre famille, ils subissent plus ou moins l&#039;influence de certains principes qui contribuent au bien commun&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Schoolcraft. &#039;&#039;Expedition to the Sources of the Mississipi&#039;&#039;, p. 177.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;lt;nowiki&amp;gt;;&amp;quot; et, parmi les principes qu&#039;il nomme, figure, la reconnaissance de la propriété privée.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment la limitation réciproque des activités produit les idées et les sentiments impliqués par le terme &amp;quot;droits naturels&amp;quot;, flous l&#039;apprenons très distinctement, par les quelques tribus pacifiques qui ne possèdent que des gouvernements nominaux ou n&#039;en possèdent pas du tout. Outre les faits qui attestent chez les Todas, les Santals, les Lepchas, les Bodos, les Chakmas, les Takuns, les Arafuras, etc., un respect scrupuleux pour les droits les uns des autres, nous avons le fait que les Weddahs des Bois, absolument sauvages, dépourvus de la moindre organisation sociale &amp;quot;regardent comme parfaitement inconcevable que quelqu&#039;un puisse jamais prendre ce qui ne lui appartient pas, ou frapper son compagnon, ou dire quelque mensonge&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;B. F. Hartshorne, &#039;&#039;Fortnightly Review&#039;&#039;, mars 1876. V. aussi H. C. Sirr, &#039;&#039;Ceylon and the Ceylonese&#039;&#039;, t. II, p. 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Ainsi il devient clair et par l&#039;analyse des causes et par l&#039;observation des faits que, tandis que l&#039;élément positif du droit d&#039;exercer les activités propres à entretenir la vie prend naissance dans les lois de la vie, l&#039;élément négatif qui lui donne un caractère éthique, dérive des conditions produites par l&#039;agrégation sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, la création alléguée des droits par le gouvernement est si éloignée de la vérité que, au contraire, des droits établis plus ou moins nettement, avant que le gouvernement n&#039;apparaisse, deviennent moins évidents à mesure que le gouvernement se développe parallèlement à cette activité militante qui, par la capture des esclaves et l&#039;établissement de la hiérarchie, produit l&#039;&#039;&#039;État&#039;&#039; ; et la reconnaissance des droits, à son tour, n&#039;acquiert de précision qu&#039;autant que le régime militant cesse d&#039;être permanent et que le pouvoir du gouvernement décline.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous passons de la vie des individus à celle des sociétés, la même leçon en ressort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoique le simple instinct de sociabilité pousse les hommes primitifs à vivre en groupes, cependant ils y sont portés surtout par l&#039;expérience des avantages possibles de la coopération. A quelle condition cette coopération peut-elle naître ? Évidemment à la seule condition que ceux qui unissent leurs efforts y trouvent individuellement profit. Si, comme dans les cas les plus simples, ils s&#039;unissent pour exécuter quelque chose que chacun par lui-même est incapable d&#039;exécuter, ou exécuterait moins aisément, ils doivent le faire avec ce sous-entendu : ou bien qu&#039;ils partageront le bénéfice (par exemple si quelques-uns d&#039;eux prennent du gibier), ou bien que, si l&#039;un recueille à tel moment tout le bénéfice (par exemple, si l&#039;on construit une hutte ou si l&#039;on défriche un petit terrain), chacun des autres, à son tour, recueillera un bénéfice équivalent. Lorsque, au lieu de combiner leurs efforts pour exécuter une même œuvre, ils ont à en exécuter de différentes, quand naît la division du travail avec l&#039;échange forcé des produits, l&#039;accord implique que chacune, en retour de ce qu&#039;il possède en excès, obtiendra à peu près l&#039;équivalent de ce qui lui manque. S&#039;il donne d&#039;une main et ne reçoit rien de l&#039;autre, il laissera sans réponse les futures propositions d&#039;échange. On en reviendra à cet état social absolument primitif où chacun fait tout pour soi. Donc la possibilité de la coopération dépend de l&#039;accomplissement du contrat, tacite ou déclaré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ces faits, qui se produisent nécessairement dès les premiers pas vers cette organisation industrielle, par laquelle se soutient la vie d&#039;une société, doivent nécessairement se produire, d&#039;une façon plus ou moins identique, pendant tout son développement. Quoique dans une société organisée d&#039;après le type militaire, avec son système de contrainte gouvernementale résultant de la guerre permanente, les relations basées sur un contrat soient beaucoup moins apparentes, elles existent cependant en partie. Elles subsistent encore entre hommes libres et entre les chefs de ces petits groupes qui forment les unités des premières sociétés, et, jusqu&#039;à un certain point, elles sont maintenues dans ces petits groupes eux-mêmes, puisque leur. existence, en tant que groupes, implique qu&#039;on reconnaît à leurs membres, fussent-ils esclaves, le droit d&#039;obtenir, en échange de leur travail, le nécessaire en aliments, vêtements et protection. Et quand la coopération volontaire remplace de plus en plus la coopération forcée, après que les guerres deviennent moins fréquentes et que le commerce se développe, quand la vie sociale, basée sur des échanges contractuels, suspendue pendant un temps, se rétablit graduellement, ce rétablissement rend possibles l&#039;extension et le perfectionnement de l&#039;organisation industrielle par laquelle se soutient une grande société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car, plus les contrats sont libres et leur exécution certaine, plus les progrès sont marqués et la vie sociale active. A présent, ce n&#039;est pas par l&#039;un ou l&#039;autre des deux contractants que les effets pernicieux d&#039;une violation du contrat sont ressentis. Dans une société avancée ils sont ressentis par des catégories entières de producteurs et de vendeurs, qui se sont formées grâce à la division du travail ; il arrive même qu&#039;ils soient ressentis par tout le monde. Demandez à quelle condition Birmingham se voue à la manufacture de la quincaillerie, ou bien une partie du Staffordshire à la fabrication de la poterie, ou bien le Lancashire au tissage du coton. Demandez comment les populations des campagnes qui font, ici, venir du froment, là, paître le bétail, trouvent la possibilité de se consacrer à leur tâche spéciale. Ces groupes ne peuvent séparément agir ainsi que si chacun obtient des autres, en échange de son propre excédant de production, une part convenable de leurs excédants. Et ils obtiennent leur part respective des produits les uns des autres, non plus par échange direct, mais indirectement au moyen de la monnaie ; et si nous recherchons comment chaque groupe de producteurs se procure la somme de monnaie dont il a besoin, la réponse est : par l&#039;exécution du contrat. Si Leeds fabrique des étoffes de laine et ne reçoit pas, grâce à l&#039;exécution du contrat, les moyens de se procurer, dans les districts agricoles, la quantité de nourriture qui lui est nécessaire, il lui faut mourir de faim et cesser de produire des lainages. Si le pays de Galles fabrique de la fonte, sans recevoir un équivalent convenu qui lui donne le moyen d&#039;avoir des tissus pour vêtements, il faut que son industrie s&#039;arrête. Et ainsi partout, dans l&#039;ensemble et le détail. Cette dépendance mutuelle des parties, que nous constatons dans l&#039;organisation de la société comme dans celle de l&#039;individu, est possible seulement à la condition que chaque partie, tandis qu&#039;elle exécute l&#039;espèce particulière de fonction à laquelle elle s&#039;est adaptée, reçoive sa part proportionnelle des matières nécessaires pour se refaire et se développer, et que toutes les autres parties se soient unies pour produire, la proportion étant réglée par accord. En outre, c&#039;est par l&#039;exécution du contrat que s&#039;établit l&#039;équilibre entre la production et les besoins, que l&#039;on fabrique beaucoup de couteaux et peu de lancettes, que l&#039;on sème beaucoup de froments et peu de graines de moutarde. Ce qui prévient l&#039;excès de production de chaque marchandise, c&#039;est qu&#039;au delà d&#039;une certaine quantité, personne ne consentirait à en prendre davantage, à la condition de donner l&#039;exact équivalent en monnaie. Ainsi est prévenue une dépense inutile de travail pour produire ce dont la société n&#039;a pas besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous avons à noter le fait encore plus significatif que la condition unique à laquelle un groupe spécial de travailleurs puisse s&#039;étendre, quand la communauté a besoin d&#039;une quantité plus considérable de son espèce particulière de travail, c&#039;est que les contrats seront libres et leur exécution garantie. Si au moment où, par manque de matière première, le Lancashire ne pouvait fournir la quantité ordinaire de tissus de coton, on s&#039;était immiscé dans les contrats de façon à empêcher le Yorkshire d&#039;exiger un prix plus élevé pour les tissus de laine qu&#039;il pouvait fabriquer, puisque la demande en était plus forte, on n&#039;aurait pas été tenté de placer plus de capitaux dans les manufactures de lainages, on n&#039;aurait augmenté ni le matériel ni le nombre des ouvriers, ni la production de lainages, et, comme conséquence, la communauté aurait souffert de ce que le déficit des tissus de coton n&#039;eût pas été compensé par l&#039;excédent des tissus de laine. Quel tort considérable peut résulter pour une nation de ce qu&#039;on empêche ses membres de contracter librement les uns avec les autres, on l&#039;a bien vu par le contraste entre l&#039;Angleterre et la France, relativement aux chemins de fer. En Angleterre, quoique les obstacles aient d&#039;abord été suscités par les classes qui prédominaient dans le parlement, ces obstacles n&#039;ont pas pu empêcher les capitalistes de placer leur argent, les ingénieurs de fournir une habile direction, les entrepreneurs d&#039;entreprendre les travaux ; et le fort intérêt que les placements ont rapporté au début, les grands profits réalisés par les entrepreneurs, et les rémunérations considérables reçues par les ingénieurs, ont produit ce drainage d&#039;argent, d&#039;énergie et d&#039;habileté, au profit de la construction des chemins de fer, qui a permis de développer rapidement notre système ferré, et de donner à notre prospérité nationale un développement énorme. Mais quant M. Thiers, alors ministre des travaux publics, vint pour se rendre compte, et qu&#039;après avoir été conduit partout par M. Vignoles, il lui dit : &amp;quot;Je ne pense pas que les chemins de fer conviennent à la France,&amp;quot; la politique adoptée en conséquence et contraire à la liberté des contrats retarda de huit ou dix ans le progrès matériel survenu en France après la construction des voies ferrées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que signifient tous ces faits ? Ils signifient que les industries, les occupations, les professions qui pourvoient aux nécessités et aux commodités de la vie d&#039;une société, pour s&#039;exercer sainement et dans des proportions convenables, exigent, en premier lieu, qu&#039;il y ait peu de restrictions à la liberté des contrats et, en second lieu, que leur exécution soit garantie. Comme nous l&#039;avons vu, la limitation réciproque est la seule source des restrictions qui s&#039;imposent naturellement à l&#039;activité des hommes, quand ils se réunissent en société ; il ne peut donc y avoir de restrictions aux contrats qu&#039;ils font volontairement : s&#039;immiscer dans .ces derniers, c&#039;est empiéter sur les droits à la liberté d&#039;action qui reste à chacun, quand les droits des autres sont complètement respectés. Et alors, comme nous l&#039;avons vu, la garantie de leurs droits implique la garantie des contrats conclus, puisque la violation d&#039;un contrat est une attaque indirecte. Lorsqu&#039;un acheteur, placé d&#039;un côté du comptoir demande au marchand, placé de l&#039;autre côté, de lui donner pour un shilling de ses articles, et qu&#039;au moment où le boutiquier a le dos tourné il s&#039;en va avec la marchandise sans laisser le shilling qu&#039;il est convenu tacitement de payer, son acte ne diffère pas essentiellement d&#039;un vol. Dans chaque cas de ce genre, l&#039;individu lésé est privé d&#039;un objet en sa possession, sans qu&#039;il reçoive l&#039;équivalent convenu. Il a dépensé sa peine sans profit, il subit la violation d&#039;une condition essentielle à l&#039;entretien de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suit donc que reconnaître garantir les droits des individus, c&#039;est en même temps reconnaître et garantir les conditions d&#039;une existence sociale régulière. Dans les deux cas, il y a nécessité vitale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de passer aux corollaires qui ont des applications pratiques, remarquons comment les conclusions spéciales déjà tirées - si nous les examinons dans l&#039;ordre inverse - convergent vers la même conclusion générale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous venons de trouver que ce qui est une condition indispensable pour la vie individuelle, est, à un double point de vue, une condition indispensable pour la vie sociale. La vie d&#039;une société, quel que soit celui des deux points de vue auquel on se place, dépend de la sauvegarde des droits individuels. Si elle n&#039;est rien de plus que la somme des vies des citoyens, l&#039;implication est évidente. Si elle consiste dans cette multiplicité d&#039;activités variées que les citoyens exercent dans une dépendance mutuelle, cette vie composée et impersonnelle a plus ou moins d&#039;intensité, suivant que les droits des individus sont garantis ou niés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;étude des idées ou des sentiments politico-éthiques des hommes conduit à des conclusions analogues. Les peuples primitifs de types divers nous montrent que, antérieurement à l&#039;existence des gouvernements, des coutumes de date immémoriale reconnaissent les droits privés et en justifient le maintien. Les codes de lois, qui se sont développés indépendamment chez les différentes nations, s&#039;accordent à. interdire certaines transgressions à l&#039;égard des personnes, des biens et des libertés des citoyens, et leurs concordances impliquent que la source des droits individuels n&#039;est point artificielle, mais naturelle. Au fur et à mesure du développement social, la loi formule avec plus de netteté et de précision les droits préétablis par la coutume. En même temps, le gouvernement se charge de plus en plus de les garantir. En devenant un meilleur protecteur, le gouvernement est devenu moins agressif ; il a progressivement restreint son ingérence dans le domaine des actes privés. Enfin, de même qu&#039;aux temps passés les lois étaient manifestement modifiées pour mieux les adapter aux idées courantes d&#039;équité, de même à présent les réformateurs de la loi sont guidés par des idées d&#039;équité auxquelles la loi doit se conformer, bien loin qu&#039;elle leur donne naissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici donc nous avons une théorie politico-éthique, justifiée et par l&#039;analyse et par l&#039;histoire. Que lui oppose-t-on ? Une contre-théorie à la mode qui ne peut se justifier. D&#039;une part, en constatant que la vie individuelle et la vie sociale impliquent toutes deux le maintien du rapport naturel entre le travail et le profit, nous constatons aussi que ce rapport naturel, reconnu avant l&#039;existence du gouvernement, est allé toujours s&#039;affirmant et se réaffirmant, toujours reconnu davantage par les codes de lois et les systèmes de morale. D&#039;autre part, ceux qui, niant les droits naturels, en viennent à affirmer que les droits sont créés artificiellement par la loi, sont non seulement démentis tout net par les faits, mais leur affirmation se détruit d&#039;elle-même ; quand on leur demande de la prouver, ils répondent par toutes sortes d&#039;absurdités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas tout. Le rétablissement d&#039;une conception populaire vague dans une forme définie et sur une base scientifique nous conduit à une vue rationnelle du rapport entre les volontés des majorités et des minorités. Il devient manifeste que ces coopérations, pour lesquelles tous peuvent volontairement s&#039;associer et pour la direction desquelles la volonté de la majorité doit prévaloir à justes titre, sont des coopérations pour le maintien des conditions nécessaires à la vie individuelle et sociale. La défense de la société dans son ensemble contre les ennemis du dehors a pour fin éloignée de maintenir chantre citoyen en possession des moyens qu&#039;il peut avoir de contenter ses désirs, et de la liberté qu&#039;il peut avoir d&#039;acquérir d&#039;autres moyens. Et la défense de chaque citoyen contre les ennemis du dedans, depuis les assassins jusqu&#039;à ceux qui causent quelque détriment à leurs voisins, a évidemment la même fin, désirée par tous, excepté par les criminels et les gens de désordre. D&#039;où il suit que pour la défense de ce principe vital, qu&#039;ïl s&#039;agisse de l&#039;individu ou de la société, la subordination de la minorité à la majorité est légitime, tant qu&#039;elle n&#039;implique d&#039;autres restrictions à la propriété et à la liberté d&#039;un chacun que celles nécessaires pour la meilleure protection de cette liberté et de cette propriété. En même temps il suit qu&#039;une telle subordination n&#039;est pas légitime au delà : en effet elle impliquerait une atteinte aux droits de l&#039;individu plus forte qu&#039;il n&#039;est nécessaire pour le protéger, et qui entraîne une violation du principe vital qu&#039;il s&#039;agit de défendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous retournons ainsi à la proposition que le prétendu droit divin des parlements et le droit divin des majorités qu&#039;il implique sont des superstitions. Tandis qu&#039;on a abandonné l&#039;ancienne théorie relative à la source de l&#039;autorité de l&#039;État on a retenu la croyance à la non-limitation de cette autorité qui était un corollaire légitime de l&#039;ancienne théorie, mais qui ne découle plus de la nouvelle. Le pouvoir absolu sur les sujets, logiquement départi à l&#039;homme qui gouvernait, lorsqu&#039;on le tenait pour un représentant de Dieu, est attribué maintenant au corps qui gouverne, et dont personne n&#039;affirme qu&#039;il est le délégué de la Divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous opposera peut-être que les discussions sur l&#039;origine et les limites de l&#039;autorité du gouvernement sont de la pure pédanterie. &amp;quot;Le gouvernement, dira-t-on, est forcé d&#039;employer à accroître la félicité publique tous les moyens qu&#039;il possède ou qu&#039;il peut acquérir. Son but doit être l&#039;utilité, et il est autorisé à user de toutes les mesures nécessaires pour accomplir des fins utiles. Le bien-être du peuple est la loi suprême, et les législateurs ne doivent pas être détournés de l&#039;obéissance à cette loi par des questions relatives à l&#039;origine et à l&#039;étendue de leur pouvoir.&amp;quot; Peut-on s&#039;échapper par là, ou n&#039;est-ce qu&#039;une issue facile à fermer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question essentielle soulevée concerne la vérité de la théorie utilitaire, telle qu&#039;elle est généralement reçue, et la réponse à opposer ici, c&#039;est que telle qu&#039;elle est généralement reçue, elle n&#039;est pas vraie. Et par les traités des moralistes utilitaires, et par les actes des hommes politiques qui consciemment ou inconsciemment suivent leur direction, il est impliqué que l&#039;utilité doit être déterminée directement par la simple inspection des faits présents et l&#039;estimation des résultats probables ; au lieu que l&#039;utilitarisme, s&#039;il est bien compris, implique qu&#039;on se guide par les conclusions générales que fournit l&#039;analyse expérimentale des faits déjà observés. &amp;quot;Ni les bons ni les mauvais résultats ne peuvent être accidentels ; ils sont les conséquences nécessaires de la nature des choses ; et c&#039;est l&#039;affaire de la science de la morale de déduire des lois de la vie et des conditions de l&#039;existence, quelles espèces d&#039;actes tendent nécessairement à la production du bonheur et quelles espèces à la production du malheur&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Data of Ethics&#039;&#039;, § 21. Voyez aussi §§ 56-62.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les doctrines courantes des utilitaires, comme la pratique courante des hommes politiques, témoignent d&#039;une conscience insuffisante des rapports naturels de causalité. On pense d&#039;habitude que, en l&#039;absence de quelque obstacle manifeste, les choses peuvent être faites de telle ou telle façon, et l&#039;on ne se demande pas si l&#039;on est en accord ou en désaccord avec le cours normal des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les discussions précédentes ont, je pense, montré que les préceptes de l&#039;utilité, et conséquemment les actes des gouvernements ne peuvent être réglés par l&#039;examen de faits superficiels et par l&#039;admission de ce qu&#039;ils semblent signifier &#039;&#039;primâ facie&#039;&#039;, mais en raison et par déduction de faits fondamentaux. Les faits fondamentaux, auxquels doivent se rapporter tous les jugements rationnels d&#039;utilité, sont que la vie consiste dans certaines activités et se soutient par elles ; et que, parmi les hommes en société, ces activités venant forcément à se limiter réciproquement, doivent être exercées par chacun dans les limites ainsi créées, et non au delà de ces limites : leur maintien devenant, par suite, la fonction des agents qui dirigent la société. Si chacun, ayant la liberté d&#039;user de ses facultés jusqu&#039;aux limites fixées par la liberté semblable des autres, obtient de ses associés pour ses services autant qu&#039;il mérite suivant eux par comparaison avec les services des autres ; si les contrats universellement exécutés, procurent à chacun la part ainsi déterminée, et s&#039;il est protégé, quant à sa personne et à ses biens, de façon à pouvoir satisfaire ses besoins au moyen de ses revenus, alors le principe vital tant de l&#039;existence individuelle que de l&#039;existence sociale, est sauvegardé. En outre, le principe vital du progrès social est sauvegardé également ; attendu que, dans de telles conditions, les individus du plus grand mérite prospéreront et se multiplieront davantage que ceux de moindre mérite. Ainsi l&#039;utilité, non pas évaluée empiriquement, mais déterminée rationnellement, prescrit de maintenir les droits individuels, et, par implication, interdit tout ce qui peut leur être contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici, donc, nous atteignons le terme suprême auquel doit s&#039;arrêter l&#039;intervention de la législation. Sous la forme même la plus modeste, toute proposition de s&#039;immiscer dans l&#039;exercice des activités des citoyens, si ce n&#039;est pour garantir leurs limitations réciproques, est une proposition d&#039;améliorer l&#039;existence en violant les conditions fondamentales de la vie. Quand on empêche certaines personnes d&#039;acheter de la bière pour que d&#039;autres ne puissent s&#039;enivrer, ceux qui font la loi préjugent qu&#039;il résultera plus de bien que de mal de cette immixtion dans le rapport normal entre la conduite et les conséquences, et pour le petit nombre des intempérants et pour le grand nombre des hommes tempérants. Un gouvernement qui prélève une fraction des revenus de la masse du peuple dans le but d&#039;envoyer aux colonies quelques individus qui n&#039;ont pas réussi dans la métropole, ou d&#039;améliorer les maisons ouvrières, ou de fonder des bibliothèques publiques ou des musées publics, etc., admet, comme chose certaine, que, non seulement dans le présent, mais encore dans l&#039;avenir, l&#039;accroissement de la félicité générale résultera de la violation de la condition essentielle à cette félicité publique, à savoir la faculté pour chacun de jouir de ces moyens de félicité que ses actes, accomplis sans aucune entrave, lui ont procurés. Dans d&#039;autres cas nous ne laissons pas ainsi le présent nous aveugler sur l&#039;avenir. En déclarant que la propriété est sacrée contre les entreprises privées, nous ne recherchons pas si le bénéfice pour l&#039;affamé qui prend du pain dans la boutique du boulanger est plus ou moins grand que le préjudice causé au boulanger; nous considérons, non les effets particuliers, mais l&#039;effet général produit par l&#039;insécurité de la propriété. Mais quand l&#039;État impose de nouvelles charges aux citoyens ou met de nouvelles restrictions à leurs libertés, nous envisageons seulement les effets directs et prochains et nous négligeons les effets indirects et lointains produits par ces empiétements continuels sur les droits individuels. Nous ne voyons pas que, par l&#039;accumulation des infractions légères à ces droits, les conditions vitales de l&#039;existence individuelle ou sociale en viennent à être si imparfaitement remplies que cette existence elle-même décline.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant le déclin ainsi amené devient manifeste là où l&#039;on gouverne trop. Quiconque étudie dans les écrits de MM. Taine et Tocqueville l&#039;état de choses qui a précédé la Révolution française, verra que cette terrible catastrophe a eu pour origine une réglementation tellement excessive de l&#039;activité humaine dans le moindre détail, une absorption si exorbitante des produits de cette activité au profit du gouvernement, que la vie devenait presque impossible. L&#039;utilitarisme empirique de cette époque, comme l&#039;utilitarisme empirique de la nôtre, différait de l&#039;utilitarisme rationnel en ceci, que dans tous les cas successivement il examinait seulement les effets des interventions particulières sur les actes des classes particulières d&#039;hommes, et négligeait les effets produits par une multiplicité de semblables interventions sur l&#039;existence des hommes en général. Et si nous recherchons ce qui a rendu possible alors et ce qui rend possible à présent cette erreur, nous trouvons que c&#039;est la superstition politique d&#039;après laquelle le pouvoir gouvernemental ne doit être soumis à aucune limitation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque cette &amp;quot;splendeur divine&amp;quot; qui &amp;quot;entoure le roi&amp;quot; et qui a laissé un reflet autour du corps héritier de son pouvoir, aura complètement disparu, quand on commencera à voir clairement que, dans une nation où le peuple gouverne, le gouvernement est simplement un comité d&#039;administration, on verra aussi que ce comité d&#039;administration n&#039;a aucune autorité intrinsèque. On finira inévitablement par conclure que son autorité lui vient de ceux qui le désignent, et a juste les limites qu&#039;il leur plaît de lui imposer. En même temps apparaîtra cette autre conclusion que les lois qu&#039;il publie ne sont pas sacrées en elles-mêmes, mais que tout ce qu&#039;elles ont de sacré, elles le doivent entièrement à la sanction morale, sanction qui, comme nous le constatons, dérive des lois de la vie humaine, en tant qu&#039;elle s&#039;écoule au milieu des conditions de l&#039;existence sociale. Et voici le corollaire : quand elles sont dépourvues de cette sanction morale, elles n&#039;ont rien reçu de sacré et peuvent être récusées de droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fonction du libéralisme dans le passé a été de mettre une limite aux pouvoirs des rois. La fonction du vrai libéralisme dans l&#039;avenir sera de limiter le pouvoir des parlements.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Herbert Spencer:Les péchés des législateurs|Chapitre III - Les péchés des législateurs]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer:Post-scriptum|Post-scriptum]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:Les_p%C3%A9ch%C3%A9s_des_l%C3%A9gislateurs&amp;diff=2777</id>
		<title>Herbert Spencer:Les péchés des législateurs</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:Les_p%C3%A9ch%C3%A9s_des_l%C3%A9gislateurs&amp;diff=2777"/>
		<updated>2010-09-14T15:58:54Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Herbert Spencer:L&#039;esclavage du futur|Chapitre II - L&#039;esclavage du futur]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer:La grande superstition politique|Chapitre IV - La grande superstition politique]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer]]|Les péchés des législateurs}}&lt;br /&gt;
{{infobox LICE}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ce soit vrai ou non, que l&#039;homme est composé d&#039;iniquités et conçu dans le péché, il est incontestable que le gouvernement est né de l&#039;agression et a été engendré par l&#039;agression. Dans les petites sociétés primitives, où une paix complète a régné pendant des siècles, il n&#039;existe rien de semblable à ce que nous appelons gouvernement ; il n&#039;y a aucune organisation coercitive, il y a seulement une suprématie honoraire, quand une suprématie existe. Dans ces communautés exceptionnelles, qui ne sont pas agressives et qui, pour des causes spéciales, ne sont exposées à aucune agression, la véracité, l&#039;honnêteté, la justice et la générosité sont si bien pratiquées qu&#039;il y suffit que l&#039;opinion publique puisse de temps en temps s&#039;exprimer dans une assemblée d&#039;anciens, convoquée à des intervalles irréguliers. Au. contraire, nous trouvons des preuves que l&#039;autorité d&#039;un chef, reconnue d&#039;abord temporairement pendant une guerre, s&#039;établit d&#039;une façon permanente si l&#039;état de guerre se prolonge, et se fortifie là où une heureuse agression aboutit à la soumission des tribus voisines. Ensuite, des exemples fournis par toutes les races mettent hors de doute cette vérité, que le pouvoir coercitif du chef, devenu roi, et roi des rois (titre fréquent dans l&#039;ancien Orient) grandit à mesure que celui-ci étend ses conquêtes et qu&#039;il réunit sous son sceptre un plus grand nombre de nations. Les comparaisons nous révèlent une autre vérité, que nous devrions toujours avoir présente à l&#039;esprit, à savoir que le pouvoir dirigeant devient d&#039;autant plus agressif au-dedans d&#039;une société qu&#039;il est agressif au dehors. De même que pour former une bonne armée, il faut que les soldats des différents grades obéissent à celui qui les commande ; de même, pour former une forte communauté guerrière, il faut que les citoyens obéissent au pouvoir dirigeant. Il faut qu&#039;ils fournissent la nombre de recrues exigé, et qu&#039;ils livrent toutes les propriétés qu&#039;on leur demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence évidente est que la morale gouvernementale, originairement identique aux coutumes de la guerre, doit longtemps se modeler sur elles, et ne peut s&#039;en éloigner que dans la mesure où les activités et les préparations. guerrières diminuent. Nous en avons des preuves constantes. A présent sur le continent le citoyen est seulement libre quand il ne sert pas dans l&#039;armée, et pendant le reste de sa vie il peine beaucoup pour entretenir l&#039;organisation militaire. Même chez nous, une guerre sérieuse, en rendant la conscription nécessaire, suspendrait les libertés d&#039;un grand nombre et diminuerait les libertés des autres, en leur faisant payer par des contributions les dépenses nécessaires, c&#039;est-à-dire en les forçant à travailler un certain nombre de jours pour l&#039;État. Inévitablement le code de la conduite du gouvernement dans ses rapports avec les citoyens est modelé sur le code de la conduite des citoyens les uns à l&#039;égard des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne vais, dans cet article, parler ni des violations de droit ni des représailles exercées&amp;amp;nbsp;; la plus grande partie de l&#039;histoire est composée du récit de ces faits ; je ne veux pas non plus retracer les iniquités intérieures qui ont accompagné les iniquités extérieures. Je n&#039;ai pas l&#039;intention de cataloguer ici les crimes des législateurs irresponsables, en commençant par celui du roi Khufu (les pierres de sa vaste tombe furent posées dans la sueur sanglante de dizaines de mille d&#039;esclaves qu&#039;on fit travailler à coups de fouet pendant de longues années) ; en continuant par ceux des conquérants égyptiens, assyriens, persans, macédoniens, romains et autres ; et en finissant par ceux de Napoléon qui, pour satisfaire son ambition de voir le monde civilisé prosterné à ses pieds, fit périr au moins deux millions d&#039;hommes&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Lanfrey, Voyez aussi &#039;&#039;Study of Sociology&#039;&#039;, p. 42, et l&#039;appendice.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Je ne me propose pas non plus d&#039;énumérer ici ces péchés des législateurs responsables inscrits dans la longue liste des lois faites dans l&#039;intérêt des classes dominantes. Dans notre pays cette liste va jusqu&#039;à celles qui maintinrent longtemps l&#039;esclavage et la traite des esclaves, soumirent à la torture à peu près 40 000 nègres par année en les entassant au fond des vaisseaux pendant une traversée sous les tropiques, et en firent périr une forte proportion. Elle est close par les lois des céréales qui, dit Sir Erskine May &amp;quot;pour élever le prix des fermages, ordonnèrent à une multitude innombrable de souffrir la faim&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute un exposé des méfaits principaux des législateurs responsables et irresponsables ne serait pas inutile. Il servirait à plusieurs fins. Il montrerait clairement comment cette identité de la morale gouvernementale et des coutumes de la guerre, qui existe nécessairement dans les temps primitifs où l&#039;armée est simplement la société mobilisée et la société l&#039;armée au repos, se maintient pendant de longues périodes et exerce même de nos jours une grande influence sur notre procédure et notre vie quotidienne. Après avoir montré, par exemple, que, chez de nombreuses tribus sauvages, la fonction judiciaire du chef n&#039;existe pas ou est nominale, et que très généralement pendant les premières époques de la civilisation européenne, chaque individu devait se défendre lui-même et faire valoir ses droits du mieux qu&#039;il pouvait ; après avoir montré qu&#039;au moyen-âge le droit de la guerre privée entre les membres de l&#039;ordre militant a été aboli, non pas parce que le chef suprême croyait de son devoir de soumettre les différends à son arbitrage, mais parce que les guerres privées diminuaient la force de son armée dans les guerres publiques ; après avoir montré que, pendant les âges suivants, l&#039;administration de la justice manifestait encore son caractère primitif dans les combats judiciaires soutenus en présence du roi ou de son représentant en qualité d&#039;arbitre, - combats maintenus jusqu&#039;en 1819 sous la forme du duel, - nous pourrions faire voir que même de nos jours le combat judiciaire subsiste sous une autre forme, les avocats étant les champions et les bourses les armes. Dans les procès civils le gouvernement ne s&#039;inquiète guère plus qu&#039;autrefois de faire rendre justice à la partie lésée ; en pratique, son représentant veille seulement à ce que les règles du combat soient observées ; le résultat dépendant moins de l&#039;équité de la cause que de la supériorité d&#039;une bourse bien garnie et de l&#039;habileté de l&#039;avocat. Bien plus, le gouvernement se soucie si peu de l&#039;administration de la justice que si, dans un combat légal livré en présence de son représentant, les bourses des combattants ont été épuisées, et si, sur appel interjeté par l&#039;un d&#039;eux, la décision est réformée, le combattant qui succombe est obligé de payer les erreurs du représentant actuel ou de son prédécesseur, et bien souvent, l&#039;individu lésé, qui sollicitait une protection ou une restitution, meurt pécuniairement en sortant de l&#039;audience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il était bien fait, un tel tableau des méfaits des gouvernements, dans leurs actes et leurs omissions, en prouvant qu&#039;une partie du code de morale encore en vigueur remonte et convient à l&#039;état de guerre, calmerait peut-être les espérances de ceux qui travaillent à étendre le contrôle gouvernemental. Après avoir observé que non seulement les caractères mais encore les principes de cette structure politique primitive, produite par le militarisme chronique, continuent de subsister, le réformateur et le philosophe seraient peut-être moins ardents à attendre un si grand sien de l&#039;intervention universelle du gouvernement et seraient peut-être disposés à avoir plus de confiance dans les organisations non gouvernementales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais laissant de côté la plus grande partie des vastes questions comprises sous le titre de cet article, je me propose ici de m&#039;occuper seulement d&#039;une partie relativement petite, à savoir de ces péchés des législateurs qui ne sont pas le fruit de leur ambition ou des intérêts de classes, mais qui proviennent de la négligence de cette étude à laquelle ils sont moralement obligés de se livrer pour se préparer à leur tâche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons qu&#039;un élève pharmacien après avoir écouté la description de certaines douleurs qu&#039;il croit à tort être causées par la colique, mais qui en réalité sont causées par une inflammation du cæcum, prescrive une forte purgation et tue le malade ; on le déclarera coupable d&#039;homicide par imprudence. On n&#039;admettra pas l&#039;excuse que son intention était bonne et qu&#039;il espérait faire du bien. Il ne pourra pas se justifier en disant qu&#039;il s&#039;est simplement trompé dans son diagnostic. On lui répondra qu&#039;il n&#039;avait pas le droit d&#039;exposer la vie du malade en se mêlant d&#039;une matière dans laquelle il avait des connaissances tout à fait insuffisantes. Il ne pourra pas plaider le fait qu&#039;il ne savait pas lui-même combien il était ignorant. Il est implicitement admis que l&#039;expérience commune à tous aurait dû lui apprendre que même ceux qui ont étudié la médecine, à plus forte raison ceux qui ne l&#039;ont pas étudiée, commettent des erreurs dans le diagnostic des maladies et dans les remèdes à prescrire : puisqu&#039;il a négligé l&#039;avertissement donné par l&#039;expérience commune, il est responsable des conséquences. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les responsabilités encourues par les législateurs pour les maux qu&#039;ils peuvent causer sont mesurées avec beaucoup d&#039;indulgence. Dans la plupart des cas, loin de penser qu&#039;ils méritent d&#039;être punis pour avoir amené des désastres par des lois rendues par ignorance, nous pensons à peine qu&#039;ils méritent d&#039;être blâmés. Il est admis que l&#039;expérience commune aurait dû apprendre à l&#039;élève pharmacien, peu instruit, à ne pas s&#039;ingérer de la médecine ; mais il n&#039;est pas admis que l&#039;expérience commune ait dû apprendre au législateur à ne pas se mêler de légiférer avant qu&#039;il se soit instruit. Quoiqu&#039;il ait devant lui dans le recueil des lois de notre propre pays et des autres pays une multitude de faits qui devraient lui faire voir les maux immenses causés par une mauvaise législation, il n&#039;est point condamné pour avoir négligé ces avertissements contre une ingérence trop prompte. Au contraire, on regarde comme un acte méritoire de sa part quand, peut-être sorti récemment du collège, peut-être possesseur d&#039;une meute de chiens qui l&#039;a rendu populaire dans son comté, peut-être fraîchement arrivé d&#039;une ville de province où il a acquis une grande fortune, peut-être sorti du barreau où il s&#039;est fait un nom, il entre au parlement et qu&#039;il commence immédiatement à faciliter ou à empêcher, d&#039;un cœur léger, tel nu tel moyen d&#039;opérer le corps politique. En ce cas il n&#039;est pas nécessaire de plaider pour lui l&#039;excuse qu&#039;il ne sait pas combien il est ignorant ; car le public, en général, est d&#039;accord avec lui pour penser qu&#039;il est inutile d&#039;en savoir plus que ce que les débats sur les mesures proposées lui auront appris. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cependant il suffit de jeter les yeux sur l&#039;histoire des législations pour voir combien les maux causés par des législateurs ignorants sont plus nombreux que ceux causés par des ignorants qui se sont mêlés d&#039;administrer des remèdes. Le lecteur me pardonnera si je lui rappelle quelques exemples familiers. Un siècle après l&#039;autre, les hommes d&#039;État ont continué de rendre des lois contre l&#039;usure, qui ont empiré la situation du débiteur : faisant monter le taux de l&#039;intérêt &amp;quot;de cinq à six quand ils avaient l&#039;intention de le réduire à quatre, comme sous Louis XV&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Lecky, &#039;&#039;Rationalism&#039;&#039;, t. II, p. 293-294.&amp;lt;/ref&amp;gt; ;&amp;quot; et produisant indirectement une quantité de maux imprévus, en empêchant, par exemple, l&#039;emploi productif du capital disponible, et &amp;quot;en imposant aux petits propriétaires une multitude de charges perpétuelles&amp;quot;. De même les essais pour arrêter l&#039;accaparement, continués en Angleterre pendant cinq cents ans, et ayant empêché en France, d&#039;après le témoignage d&#039;Arthur Young, &amp;quot;d&#039;acheter sur le marché plus de deux boisseaux de froment&amp;quot;, ont pendant plusieurs générations successives augmenté la misère et la mortalité résultant de la cherté. En effet, comme tout le monde le sait, la fonction du négociant en gros, qui est traité dans le statut &#039;&#039;De Pistoribus&#039;&#039; &amp;quot;d&#039;oppresseur public du pauvre peuple&amp;quot; consiste simplement à égaliser les approvisionnements sur le marché en empêchant une consolidation trop rapide. Telle fut également la mesure qui, en 1815, pour diminuer la famine, prescrivit le prix des aliments&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;De Tocqueville, &#039;&#039;État de la société en France avant la Révolution&#039;&#039;, p. 421.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais qui fut rapidement abrogée après qu&#039;elle eut fait entièrement disparaître du marché certaines denrées, et telles aussi les mesures, appliquées pendant un plus long espace de temps, celles par exemple d&#039;après lesquelles un magistrat devait déterminer les &#039;&#039;bénéfices raisonnables&#039;&#039; des marchands de comestibles. Les tentatives faites pour fixer les salaires furent conçues dans le même esprit et eurent les mêmes effets désastreux. Elle commencèrent par le statut des ouvriers sous Edouard III, et cessèrent seulement il y a soixante ans, quand, ayant longtemps galvanisé dans le quartier de Spitalfields une industrie en décadence, et entretenu là une population misérable, les lords et les communes renoncèrent enfin à faire décider par un magistrat quel serait le salaire d&#039;un tisseur en soie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici on m&#039;interrompra probablement avec impatience : &amp;quot;Mais nous savons tout cela ; l&#039;histoire est vieille. Les maux causés par les ingérences dans les questions industrielles et commerciales, ont été rebattus à nos oreilles jusqu&#039;à satiété, et il n&#039;est pas besoin de nous répété la leçon&amp;quot;. Ma première réponse est que la leçon n&#039;a jamais été convenablement étudiée par la grande majorité, et qu&#039;elle a été oubliée par un grand nombre de ceux qui l&#039;ont apprise. Car les prétextes mis en avant de nos jours pour édicter des prescriptions pareilles, ne sont-ils pas les mêmes que ceux d&#039;autrefois ? Dans le statut 35 d&#039;Édouard III, dont le but était d&#039;empêcher l&#039;augmentation du prix des harengs (mais qui fut bien vite abrogé parce qu&#039;en réalité il l&#039;augmenta), on se plaint que les gens &amp;quot;venant au marché... marchandent le hareng, et chaque acheteur, par malice ou par envie, enchérit sur l&#039;autre ; si l&#039;un offre 40 shillings, l&#039;autre offrira 10 shillings de plus, et le troisième 60 shillings, et ainsi l&#039;offre de l&#039;un dépassera celle de l&#039;autre&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Craik, &#039;&#039;History of British Commerce&#039;&#039;, t. I, p. 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Or, le &amp;quot;barguignage sur le marché&amp;quot; condamné ici et attribué à la &amp;quot;malice et à l&#039;envie&amp;quot;, est condamné à nouveau de nos jours. Les maux de la concurrence ont toujours été une des plaintes fondamentales des socialistes, et le conseil de la Fédération démocratique dénonce les échanges faits sous &amp;quot;le contrôle de l&#039;avidité et de la rapacité individuelles&amp;quot;. Ma seconde réponse est que le parlement étend constamment à de nouveaux domaines de la loi de l&#039;offre et de la demande son intervention jugée désastreuse par les générations précédentes, qu&#039;il augmente dans ces domaines, ainsi que je vais le prouver, les maux qu&#039;il veut guérir, et qu&#039;il en produit de nouveaux, comme il en produisait autrefois dans les domaines où l&#039;on a renoncé d&#039;intervenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fermant cette parenthèse, je continue ma démonstration que des législateurs ignorants ont, dans les temps passés, continuellement augmenté les souffrances de l&#039;humanité en s&#039;efforçant de les adoucir, et, m&#039;adressant au lecteur, je lui dirai : multipliez les lois citées plus haut et les maux qu&#039;elles ont causés par dix ou un nombre plus élevé, et vous pourrez vous faire une idée de la somme des maux causés par des lois faites sans la connaissance de la science sociale. Dans un écrit lu devant la Société de statistique en mai 1873, M. Janson, vice-président de la Société de législation, a constaté que depuis le statut de Merton (20, Henri III), jusqu&#039;à la fin de 1872, on a voté 18 110 mesures législatives dont les quatre cinquièmes, d&#039;après son estimation, avaient été abrogées entièrement ou en partie. Il a aussi constaté que le nombre des mesures législatives abrogées entièrement ou en partie, ou amendées pendant les trois années 1870, 1871, 1872, avait été de 3532, dont 2759 avaient été complètement abrogées. Pour voir si les abrogations ont continué dans la même proportion, j&#039;ai consulté, pour les trois dernières sessions, les volumes renfermant &amp;quot;les statuts publics généraux&amp;quot;, publiés annuellement. Laissant de côté les nombreux actes parlementaires amendés, j&#039;ai trouvé que dans les trois dernières sessions six cent cinquante actes &#039;&#039;appartenant au règne actuel&#039;&#039;, et un grand nombre des règnes précédents, avaient été entièrement abrogés, soit séparément, soit par groupes. Ce nombre dépasse naturellement la moyenne ordinaire ; car, dans ces derniers temps, le &#039;&#039;Recueil des lois&#039;&#039; a été fortement expurgé. Mais, tout considéré, nous sommes obligés de reconnaître que, de notre temps, il y a eu plusieurs milliers d&#039;abrogations. Sans doute, quelques lois ont été abrogées parce qu&#039;elles étaient surannées ; d&#039;autres par suite du changement des circonstances (cette dernière catégorie ne peut être bien nombreuse, si nous songeons combien d&#039;actes législatifs récents ont été abrogées) ; d&#039;autres, simplement parce qu&#039;elles étaient inefficaces, et certaines l&#039;ont été, parce qu&#039;on en a condensé plusieurs en une seule. Mais il est hors de doute que, dans la plupart des cas, les lois ont été abrogées parce qu&#039;elles avaient produit de mauvais effets. Nous parlons à notre aise de pareils changements, nous pensons avec indifférence aux mesures législatives annulées. Nous oublions que les lois, avant d&#039;être abolies, ont généralement causé des maux plus ou moins sérieux : les unes pendant peu d&#039;années, d&#039;autres pendant des dizaines d&#039;années, d&#039;autres pendant des siècles. Changez votre idée vague d&#039;une mauvaise loi en une idée définie ; songez-y comme à une cause qui agit sur la vie des peuples, et vous verrez qu&#039;elle signifie tel nombre de souffrances, tel nombre de maladies, tel nombre de décès. Une forme vicieuse de procédure, qu&#039;elle soit prescrite ou tolérée, occasionne aux plaideurs des frais, des délais, et la perte de leurs procès. Quel en est 1e résultat ? De l&#039;argent dépensé en vain, et dont on aurait besoin ; une grande et longue anxiété fréquemment suivie de maladies ; le malheur d&#039;une famille ; des enfants auxquels on est obligé de refuser les aliments et les vêtements nécessaires ; en un mot, des misères qui en entraînent d&#039;autres après elles. Pensez aussi au grand nombre de gens qui, n&#039;ayant pas les moyens ou le courage d&#039;engager un procès, se résignent à. la fraude, sont appauvris et endurent des souffrances de corps et d&#039;esprit par suite du dommage subi. Dire même qu&#039;une loi a été simplement un obstacle, c&#039;est dire qu&#039;elle a causé des pertes de temps inutiles jointes à des ennuis et à des tracas, et, pour les gens surchargés, un surplus d&#039;ennuis et de tracas implique, çà et là, une santé affaiblie avec son cortège de souffrances directes et indirectes. Voyant donc que mauvaise législation est synonyme d&#039;atteinte portée à la vie des hommes, jugez quelle somme de détresse mentale, de douleurs physiques et de décès représentent ces milliers d&#039;actes législatifs abrogés ! Pour démontrer complètement cette vérité que le législateur qui ne possède pas des connaissances suffisantes cause des maux immenses, permettez-moi de citer un cas spécial rappelé à ma mémoire par une question du jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai déjà mentionné le fait que les tentatives de changer le rapport entre l&#039;offre et la demande, auxquelles en avait renoncé dans certains domaines économiques à la suite des calamités occasionnées, ont lieu maintenant dans d&#039;autres domaines. Le rapport est supposé être vrai uniquement là où la vérité en a été démontrée par les maux causés en le négligeant, tant les hommes y croient faiblement. On ne semble nullement se douter que dans les cas où il ne paraît pas exister, la marche naturelle des choses ait été dérangée par des obstacles artificiels. Et cependant, dans le cas auquel je fais allusion (celui de la construction de maisons pour les pauvres), il suffit de se demander quelle est depuis longtemps l&#039;action des lois pour voir que les maux terribles dont on se plaint sont pour la plupart produits par elles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la génération précédente, une discussion s&#039;était élevée à propos de l&#039;insuffisance et de l&#039;insalubrité des habitations ouvrières, et j&#039;eus l&#039;occasion de m&#039;occuper de la question. Voici un extrait de ce que j&#039;écrivis alors :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Un architecte, qui est à la fois inspecteur, dit que la loi de construction a eu les effets suivants : dans ces districts de Londres où se trouvent des maisons. délabrées, construites de cette façon peu solide que la nouvelle loi de construction devait. changer, les propriétaires, dont les maisons ont été bâties avant le vote de la nouvelle loi, obtiennent une moyenne de loyer suffisamment rémunératrice. Cette moyenne détermine le loyer qu&#039;il faut demander dans ces districts pour les nouvelles maisons disposées de la même manière, c&#039;est-à-dire ayant le même nombre de chambres, car les gens pour lesquels on les bâtit, n&#039;apprécient pas la sécurité donnée par des murs consolidés par des barres de fer. Or, il résulte de l&#039;expérience faite que les maisons construites conformément aux règlements actuels, et louées au prix ainsi établi, ne rapportent pas un revenu raisonnable. Les constructeurs se sont donc bornés à élever des maisons dans de meilleurs districts (où la possibilité d&#039;une concurrence utile avec des maisons préexistantes montre que ces maisons préexistantes étaient passablement commodes), et ont cessé de bâtir pour les masses, excepté dans les faubourgs où n&#039;existe pas d&#039;insalubrité réclamant des changements urgents. En attendant, dans les districts pauvres, décrits ci-dessus, il s&#039;est produit un surcroît d&#039;agglomération, une demi-douzaine de familles dans une maison, une vingtaine de locataires dans une chambre. Bien plus, d&#039;autres conséquences en sont résultées. Le triste état de dilapidation dans lequel on permet que ces habitations des pauvres tombent, est dû à l&#039;absence de concurrence faite par des maisons neuves. Les propriétaires ne trouvent pas que leurs locataires soient tentés de les quitter par l&#039;offre d&#039;un meilleur logement. Les réparations, n&#039;étant pas nécessaires pour assurer la plus grande somme de bénéfices, ne sont pas faites... En vérité, la plus grande partie des horreurs auxquelles nos agitateurs sanitaires cherchent à remédier par des lois, nous les devons à des agitateurs antérieurs de la même école.&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Social Statics&#039;&#039;, p. 384, édition de 1851.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces maux ne sont pas les seuls causés par la législation. Le passage suivant montre qu&#039;on en a encore reconnu d&#039;autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Dans un article du &#039;&#039;Constructeur&#039;&#039; antérieur à l&#039;abrogation de l&#039;impôt sur la tuile, nous lisons : &amp;quot;On suppose qu&#039;un quart des dépenses pour une habitation, qui se loue à 2 shillings 6 deniers ou à 3 shillings par semaine, est imputable aux frais de contrat et à la taxe sur le bois et les briques employées dans la. construction. Naturellement le propriétaire veut rentrer dans ses dépenses, et il fait payer 7 pence et demi ou 9 pence pour s&#039;indemniser.&amp;quot; M. C. Gatliff, secrétaire de la Société pour l&#039;amélioration des maisons ouvrières, décrivant les effets de l&#039;impôt sur les fenêtres, dit : &amp;quot;Notre Société paie maintenant dans Saint-Pancras la somme de 162 livres, 16 shillings en impôts sur les fenêtres, ou l p. 100 par an sur la mise de fonds. La moyenne des loyers payés par les locataires de la Société est de 5 shillings, 6 deniers par semaine, et l&#039;impôt sur les fenêtres en absorbe 7 pence un quart par semaine.&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Times&#039;&#039;, 31 janvier 1850. - &#039;&#039;Social Statics&#039;&#039;, p. 385, édition de 1851.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce ne sont pas les seuls témoignages fournis par les publications da cette époque. Le &#039;&#039;Times&#039;&#039; du 7 décembre 1850 a publié une lettre datée du &#039;&#039;Reform Club&#039;&#039;, et signée &#039;&#039;Architecte&#039;&#039;, dans laquelle nous lisons les passages suivants :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Lord Kinnaird recommande dans votre numéro d&#039;hier la construction d&#039;habitations modèles par la réunion de deux ou trois maisons en une seule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Permettez-moi de suggérer à Sa Seigneurie, et à son ami Lord Ashley, sur lequel il s&#039;appuie, que si :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;1° La taxe des fenêtres était abolie ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;2° La loi de construction était abrogée (excepté les articles ordonnant que les murs intérieurs et extérieurs soient à l&#039;épreuve du feu) ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;3° Les droits sur les bois de charpente étaient égalisés ou abrogés, etc. ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;4° Une loi était votée pour faciliter le transfert de la propriété ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Il n&#039;y aurait pas plus de raisons pour construire des maisons d&#039;habitation modèles qu&#039;il n&#039;y en a pour construire des vaisseaux modèles, des filatures modèles ou des machines à vapeur modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;La première limite la maison du pauvre à sept fenêtres..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;La seconde limite la surface de la maison du pauvre à 25 pieds sur 18 (à peu près les dimensions d&#039;une salle à manger convenable), et dans cet espace, le constructeur est obligé de placer un escalier, une entrée, une salle commune et une cuisine (y compris les murs et les séparations).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Les troisièmes poussent le constructeur à employer polar la maison du pauvre du bois impropre à la construction, les droits sur la bonne marchandise (Riga), étant quinze fois supérieur à ceux sur la mauvaise (Canada). Le gouvernement exclut même cette dernière de tous ses contrats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;La quatrième apporterait de grands changements à l&#039;état misérable actuel des habitations des pauvres. De petites propriétés foncières libres pourraient alors être transférées aussi facilement que des tenures par bail. Souvent on a mal construit, uniquement parce qu&#039;on a bâti sur des terrains tenus à bail.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour ne commettre ni erreur ni exagération, j&#039;ai consulté M. C. Forrest, entrepreneur ayant quarante ans d&#039;expérience et grand constructeur dans les quartiers pauvres. Comme il est membre du conseil de fabrique et du Comité de bienfaisance, il joint la connaissance des affaires publiques locales à ses vastes connaissances en tout ce qui concerne la construction. M. Forrest, qui m&#039;autorise à donner son nom, confirme les assertions précédentes à l&#039;exception d&#039;une seule qu&#039;il trouve au-dessous de la vérité. Il dit que &amp;quot;Architecte&amp;quot; atténue le mal causé par la définition de &amp;quot;une maison de quatrième classe&amp;quot;, puisque les dimensions sont bien inférieures à celles qu&#039;il donne (peut-être en conformité avec les dispositions d&#039;une loi de construction plus récente). M. Forrest est allé plus loin. Outre qu&#039;il montre les mauvais effets de la forte augmentation des revenus du fonds (en soixante ans elle a été de l livre à 8 livres 10 sh. pour une maison de quatrième classe) qui; jointe à d&#039;autres causes, l&#039;avait obligé à renoncer aux plans qu&#039;il avait faits pour des habitations ouvrières dont il avait l&#039;intention d&#039;entreprendre la construction ; outre qu&#039;il est d&#039;accord avec &amp;quot;Architecte&amp;quot; que ce mal a été beaucoup accru par les difficultés du transfert des propriétés foncières, résultant du système de fidéicommis et de substitution établi par les lois, il a fait ressortir que le développement des charges locales (il les appelait impôts prohibitifs) était un autre obstacle apporté à la construction de maisons de petites dimensions. Un de ses arguments est qu&#039;au prix de revient de chaques maison neuve il faut ajouter les taxes pour l&#039;entretien de la chaussée et des égoûts, qui sont réglées d&#039;après la longueur de la face et qui pèsent par conséquent plus lourdement sur les maisons sans profondeur que sur les maisons profondes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ces maux produits par la législation, qui étaient déjà grands à l&#039;époque de la dernière génération, et qui ont encore grandi depuis, passons aux maux plus récents découlant de la même cause. La misère, les maladies, la mortalité dans les &amp;quot;masures&amp;quot; ayant constamment augmenté, par suite des obstacles apportés à la construction de maisons de quatrième classe, ainsi que de l&#039;encombrement qui en est résulté dans les maisons existantes, et étant devenues un scandale, on s&#039;est adressé au gouvernement pour y porter remède. Il a répondu à cet appel par les lois des habitations ouvrières, donnant aux autorités locales le droit d&#039;abattre les maisons En mauvais état et de pourvoir à la construction de maisons plus confortables. Quel en été le résultat ? Un résumé des opérations du bureau a métropolitain des travaux, daté du 21 décembre 1883, montre que jusqu&#039;au mois de septembre dernier, il avait, en augmentant les contributions d&#039;un million et un quart, chassé de leur demeure vingt et un mille personnes et construit des maisons pour douze mille. On pourvoira dans l&#039;avenir au logement des neuf mille qui restent et qui, en attendant, se trouvent sans abri. Ce n&#039;est pas tout. Un autre représentant local du gouvernement, la commission des égouts pour la Cité, travaillant dans la même direction, a, par contrainte légale, abattu dans Golden Land et Petticoat Square, des masses de petites maisons condamnées, dans lesquelles logeaient mille sept cent trente-quatre pauvres gens ; et des terrains ainsi déblayés, il y a cinq ans, l&#039;un a été vendu, par mesure d&#039;ordre public, pour construire une station da chemin de fer, et l&#039;autre se couvre seulement maintenant d&#039;habitations ouvrières dans lesquelles une moitié de la population expulsée trouvera plus tard à se loger. Si nous ajoutons aux personnes déplacées par le bureau métropolitain des travaux les mille sept cent trente-quatre dont il a été question, nous trouvons que jusqu&#039;à présent à peu près onze mille individus ont été privés de leurs logements et ont été obligés de chercher un abri dans de misérables endroits déjà encombrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez donc ce que les législateurs ont fait. Par une mauvaise assiette de l&#039;impôt, en élevant le prix des briques et du bois de charpente, ils ont augmenté les frais de construction, et poussé, dans un but d&#039;économie, à employer de mauvais matériaux en quantité insuffisante. Pour empêcher l&#039;effet de ces mesures sur les logements, ils ont établi, à la façon du moyen âge, des règlements qui prescrivaient la qualité de la marchandise produite, ne songeant guère qu&#039;en exigeant une qualité supérieure et en augmentant par conséquent les prix de revient, ils limiteraient la demande et diminueraient l&#039;offre dans l&#039;avenir. En créant de nouvelles charges locales, ils ont récemment mis de nouveaux obstacles à la construction de petites maisons. Enfin après avoir, par des mesures successives, amené la construction de maisons en mauvais état et produit un manque de maisons plus confortables, ils ont remédié à l&#039;encombrement des habitations des pauvres gens en diminuant l&#039;espace qui déjà ne pouvait les contenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui faut-il donc blâmer des misères des quartiers pauvres ? Contre qui devraient s&#039;élever les cris douloureux des &#039;&#039;proscrits&#039;&#039; de Londres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;anthropologue allemand Bastian nous dit que, si un naturel de la Guinée est malade et qu&#039;il fasse mentir le fétiche en ne guérissant pas, on l&#039;étrangle, et il est permis de supposer que chez les habitants de la Guinée tout individu assez audacieux pour mettre en doute le pouvoir du fétiche serait bien vite mis à mort. A l&#039;époque où l&#039;autorité gouvernementale était soutenue par des mesures sévères, il y a avait un danger analogue à parler avec irrévérence du fétiche politique. De nos jours, cependant, la plus grande punition qu&#039;ait à craindre un homme qui met sa toute puissance a en question, c&#039;est d&#039;être traité de réactionnaire qui parle du &#039;&#039;laissez faire&#039;&#039;. Il ne peut pas espérer diminuer la foi établie à l&#039;aide des faits qu&#039;il aura recueillis, car nous voyons tous les jours que cette foi est à l&#039;épreuve de tout témoignage contradictoire. Examinons un petit nombre de ces témoignages multiples auxquels on ne prête nulle attention.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Un bureau du gouvernement ressemble à un filtre renversé ; vous y envoyez des comptes clairs, ils en sortent embrouillés&amp;quot;. Telle est la comparaison faite en ma présence, il y a bien des années, par 1e défunt Sir Charles Fox qui avait une grande expérience des services administratifs. Si la comparaison citée appartient à lui seul, son opinion est commune à bien des personnes, comme tout le monde le sait. Les scandales divulgués par la presse et les critiques exprimées dans le parlement ne laissent ignorer à personne les vices de la routine officielle. Ses lenteurs, dont on se plaint continuellement, et qui allaient à l&#039;époque de M. Fox Maule &amp;quot;jusqu&#039;à laisser les commissions des officiers à peu près deux années en retard&amp;quot;, se sont encore manifestées récemment par la publication du recensement général de 1881 plus de deux années après que les renseignements eussent été recueillis. Si nous cherchons l&#039;explication de ces lenteurs, nous trouvons qu&#039;elles proviennent d&#039;une confusion à peine croyable. Au sujet des états du recensement, le directeur général de l&#039;enregistrement nous dit &amp;quot;que la difficulté ne réside pas seulement dans la grande quantité des différentes circonscriptions dont il faut tenir compte, mais encore davantage dans la division inextricable de leurs limites&amp;quot;. Il y a en effet 39,000 circonscriptions administratives de vingt-deux espèces différentes qui empiètent l&#039;une sur l&#039;autre, des cantons, des paroisses, des bourgs, des quartiers, des ressorts de justices de paix, des gouvernements, des districts sanitaires urbains et ruraux, des diocèses, des districts d&#039;enregistrement, etc. Et ainsi, comme l&#039;indique M. Rathbone&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;The Nineteenth Century&#039;&#039;, février 1883.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ces nombreuses espèces de circonscriptions superposées avec leurs limites entrecroisées ont leurs différents corps administratifs dont les pouvoirs s&#039;étendent à leurs districts réciproques. Quelqu&#039;un demande-t-il : pourquoi le Parlement a-t-il établi une nouvelle série de divisions pour chaque nouvelle administration ? La réponse qui se présente naturellement, c&#039;est qu&#039;il a voulu conserver de la suite dans la méthode. Cette confusion organisée correspond tout à fait à la confusion organisée que le parlement augmente chaque année en ajoutant au tas de ses anciennes mesures législatives une certaine quantité de mesures nouvelles, dont les dispositions contrecarrent et changent de mille manières les dispositions des nombreux actes législatifs auxquels on les ajoute : le soin de déterminer ce qui est la loi est laissé aux particuliers qui perdent leur fortune pour obtenir une interprétation des juges. D&#039;autre part, ce système consistante recouvrir des réseaux de districts par d&#039;autres réseaux est tout à fait conforme à la méthode d&#039;après laquelle le lecteur de la loi de 1872 sur l&#039;hygiène publique, qui désire savoir à quelles obligations il est soumis, est renvoyé à vingt-six lois précédentes de différentes catégories et faites à des dates très diverses&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;&#039;&#039;Statistics of Legislation&#039;&#039;&amp;quot;, par F. H. Janson Esq. F.L.S., vice-président de la société de Législation.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous pouvons en dire autant de l&#039;inertie administrative. Continuellement il se présente des cas qui démontrent la résistance du fonctionnarisme au progrès : tel est celui de l&#039;Amirauté qui, lorsqu&#039;on lui proposa l&#039;emploi du télégraphe électrique, répondit : &amp;quot;nous avons un très bon système de sémaphores&amp;quot;, ou celui de l&#039;administration des Postes qui, comme le défunt sir Charles Siemens l&#039;a dit, il y a bien des années, a mis des obstacles à l&#039;emploi des méthodes perfectionnées de télégraphie, et a entravé depuis l&#039;usage du téléphone. D&#039;autres cas analogues à celui des habitations ouvrières montrent de temps en temps comment l&#039;État augmente d&#039;une main les maux qu&#039;il cherche à diminuer de l&#039;autre ; par exemple il met un droit sur les assurances contre l&#039;incendie et établit des règlements qui doivent faciliter l&#039;extinction des incendies, ou il prescrit certains modes de construction qui, comme le capitaine Shaw le prouve, produisent un surcroît de dangers&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Fire Surveys, or a Summary of the Principles to be observed in estimating the risk of Buildings&#039;&#039;.&amp;lt;/ref&amp;gt;. D&#039;autre part, les absurdités de la routine officielle, qui se montre rigide là où elle ne le devrait pas et fait preuve de mollesse là où elle devrait se montrer rigide, sautent quelquefois si fortement aux yeux qu&#039;elles deviennent scandaleuses. Ainsi nous voyons un document officiel secret de grande importance rendu public, après qu&#039;il eut été mis entre les mains d&#039;un copiste mal payé qui n&#039;était pas même employé permanent du gouvernement ; ou bien on cache, à nos officiers supérieurs d&#039;artillerie la méthode de faire de la fonte Morsom et ils l&#039;apprennent des Russes auxquels on avait permis d&#039;en prendre connaissance ; ou bien un diagramme, montrant les distances auxquelles les cuirassés anglais et étrangers peuvent être perforés par nos grands canons, est communiqué par un &#039;&#039;attaché&#039;&#039; hardi à son propre gouvernement, et connu ensuite &amp;quot;par tous les gouvernements de l&#039;Europe&amp;quot;, tandis que nos propres officiers ignorent le fait&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;V. Le &#039;&#039;Times&#039;&#039;, 6 octobre 1874, où l&#039;on cite d&#039;autres exemples.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n&#039;en est pas autrement de la surveillance administrative. Il a été démontré que le contrôle de l&#039;argent était superflu, tandis qu&#039;il portait préjudice au commerce de l&#039;argenterie&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;The State in its Relation to Trade&#039;&#039;, pas Sir Thomas Ferrer, p. 147.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; dans certains cas il a diminué la qualité en établissant un titre qu&#039;il est inutile de dépasser. Examinez aussi le cas du marché au beurre de Cork où il est désavantageux d&#039;apporter des qualités supérieures, puisqu&#039;elles ne peuvent profiter de leur réputation&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Ibid&#039;&#039;. p. 149.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou bien celui de la fumigation du hareng (à présent facultative). Ici la réglementation a eu pour effet de mettre les nombreux saleurs inférieurs, qui atteignent juste le niveau de l&#039;approbation officielle, de pair avec las quelques saleurs meilleurs qui dépassent ce niveau, et de décourager ainsi les derniers. Mais on ne profite pas de pareilles leçons. Même dans les cas où l&#039;insuccès de la surveillance saute le plus aux yeux, il passe inaperçu ; comme le prouve la terrible catastrophe dans laquelle le pont sur la Tay s&#039;effondra et un train rempli de monde fut englouti par les flots. De tous côtés s&#039;élevèrent des cris contre l&#039;ingénieur, l&#039;entrepreneur, etc. ; mais on ne parla pas ou on parla peu du fonctionnaire qui avait donné au pont l&#039;approbation officielle. Il en est de même des mesures préventives contre les maladies. On ne réfléchit pas que, sous la direction et par suite des prescriptions des agents de l&#039;État, il se produit de grandes calamités ; par exemple, lorsque quatre vingt-sept femmes et enfants de soldats périssent dans le vaisseau Accrington ; ou quand la fièvre typhoïde et la diphtérie sont propagées par un système de drainage officiel, comme à Edimburg&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Hansard, vol-civii, p. 718, et vol-civii, p. 4464.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou quand des mesures sanitaires, ordonnées par l&#039;Etat et toujours mal appliquées, augmentent les maux qu&#039;elles ont pour but de diminuer&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre d&#039;un médecin d&#039;Edimbourg, confirmant d&#039;autres témoignages. J&#039;en avais cité un relatif à Windsor où, comme à Edimbourg, il n&#039;y avait aucun cas de fièvre typhoïde dans les parties non drainées et où elle fut très pernicieuse dans les parties drainées. - &#039;&#039;Study of Sociology&#039;&#039;, chap. 1, Notes.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des masses de preuves de ce genre n&#039;ébranlent pas la confiance avec laquelle on invoque l&#039;inspection sanitaire - on l&#039;invoque même plus que jamais ; - comme le démontre une suggestion récente d&#039;après laquelle toutes les écoles publiques devraient être placées sous la surveillance dit métlecins nommés par le gouvernement. Bien plus, même quand l&#039;État a été manifestement la cause du mal dont on se plaint, la foi dans son intervention bienfaisante n&#039;en est pas diminuée, comme nous le voyons par le fait qu&#039;ayant, il y a quelques trente ans, donné l&#039;autorisation ou plutôt intimé l&#039;ordre aux villes d&#039;établir des systèmes de drainage déversant les eaux des égouts dans les rivières, et ayant ainsi infecté les sources d&#039;eau, des cris s&#039;élevèrent contre la compagnies des eaux à cause de l&#039;impureté de ces dernières ; et ces cris continuèrent après que les villes eurent été forcées de transformer complètement, à des frais énormes, leur système de drainage. Et maintenant, comme seul remède, on demande que l&#039;État gère toute l&#039;affaire, par l&#039;intermédiaire de ses mandataires locaux. Les méfaits de l&#039;État deviennent, comme dans le cas des habitations industrielles, un motif pour le prier d&#039;en commettre davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vérité l&#039;adoration de la législature est sous un rapport moins excusable que celle du fétiche, à laquelle je l&#039;ai comparée tacitement. Le sauvage peut alléguer que son fétiche ne parle pas, qu&#039;il ne confesse pas son impuissance. Mais l&#039;homme civilisé persiste à attribuer à cette idole faite de ses propres mains des pouvoirs que d&#039;une façon eu d&#039;une autre elle reconnaît ne pas posséder. Je ne veux pas dire seulement que les débats nous révèlent tous les jours des mesures législatives qui ont causé du mal au lieu de faire du bien, ni que les milliers d&#039;actes législatifs, qui abrogent des actes précédents, sont autant d&#039;aveux tacites d&#039;insuccès. Je ne fais pas non plus allusion à ces confessions quasi-officielles, par exemple à celle contenue dans le rapport des commissaires de la loi des pauvres, lesquels s&#039;expriment ainsi : &amp;quot;D&#039;une part, nous trouvons à peine un seul statut touchant l&#039;administration de la bienfaisance publique qui ait produit l&#039;effet visé par la législature ; au contraire la plupart ont été l&#039;origine de maux nouveaux et ont aggravé ceux qu&#039;ils avaient pour but d&#039;empêcher&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;History of English Poor Law&#039;&#039;, t. II, p. 252, par Nicholl.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;quot; Je fais plutôt allusion à certaines confessions d&#039;hommes d&#039;État et d&#039;administrations publiques. Par exemple, dans un mémoire adressé à M. Gladstone, et adopté par un meeting de personnages très influents, tenu sous la présidence du défunt Lord Lyttelton, je lis :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Nous, soussignés, membres de la Chambre des lords et de la Chambre des communes, et habitants de la capitale., reconnaissant pleinement la vérité et la gravité de votre assertion à la Chambre des communes en 1866 d&#039;après laquelle toutes nos dispositions législatives concernant les travaux publics sont lamentables, qu&#039;on y trouve à la fois de l&#039;indécision, de l&#039;incertitude, des dépenses exagérées, de l&#039;extravagance, de la lésinerie et tous les vices imaginables&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez le &#039;&#039;Times&#039;&#039;, 31 mars 1873.&amp;lt;/ref&amp;gt;, etc., etc.&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici encore un exemple fourni par une note récente du Conseil de commerce (novembre 1883) où il est dit que &amp;quot;depuis le comité des naufrages en 1836, il y a eu à. peine une session pendant laquelle il n&#039;ait été voté une loi ou il n&#039;ait été pris une mesure soit par la législature soit par le gouvernement pour empêcher les naufrages&amp;quot;, et que &amp;quot;la multiplicité des statuts, condensés en une seule loi en 1854, est devenue de nouveau un scandale et une source de reproches&amp;quot;, chaque mesure étant votée parce que les précédentes avaient échoué. Puis vient immédiatement cet aveu que &amp;quot;depuis 1876 les pertes en hommes et en vaisseaux ont été plus fortes qu&#039;elles ne l&#039;avaient jamais été auparavant.&amp;quot; En attendant les frais d&#039;administration ont monté de 17 000 livres à 73 000 livres par an.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On est surpris de voir avec quelle force certains moyens artificiels, employés de certaines manières, agissent sur l&#039;imagination en dépit de la raison. L&#039;histoire entière prouve la vérité de cette assertion, depuis le tatouage par lequel le sauvage cherche à effrayer son adversaire, jusqu&#039;aux cérémonies religieuses, aux processions royales, à la longue robe du président et à la baguette d&#039;un huissier revêtu du costume officiel. Je me rappelle un enfant qui pouvait regarder avec assez de calme un horrible masque quand son père le tenait à la main, mais qui poussait des cris quand son père s&#039;en recouvrait le visage. Un changement analogue s&#039;opère dans les sentiments des corps électoraux, quand leurs élus passent des bourgs et des comtés au parlement. Aussi longtemps qu&#039;ils sont candidats, ils sont exposés aux railleries, aux satires, aux &#039;&#039;ergoteries&#039;&#039; de l&#039;un ou de l&#039;autre parti, et traités à tout égard avec beaucoup d&#039;irrévérence ; mais aussitôt qu&#039;ils sont assemblés à Westminster, ceux qui ont été injuriés, vilipendés, accusés d&#039;ignorance et de folie par les journalistes et par les orateurs publics, inspirent une confiance sans borne. A en juger par les pétitions qui leur sont adressées, il n&#039;y a rien au-dessus de leur sagesse et de leur puissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A toutes ces observations on répondra sans doute : on ne peut trouver rien de meilleur que le gouvernement par la &amp;quot;sagesse collective&amp;quot; ; les élus de la nation, choisissant parmi eux un petit nombre d&#039;hommes d&#039;État, appliquent toute leur intelligence, éclairée par toute la science moderne, aux questions débattues en leur récence. &amp;quot;Que voudriez-vous de plus&amp;amp;nbsp;?&amp;quot; demanderont la plupart des lecteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je répondrai que cette science moderne qui a servi, dit-on, à nos législateurs à se préparer à bien remplir leurs devoirs, est une science dont la plus grande partie leur est évidemment inutile, et qu&#039;ils sont dignes de blâme pour ne pas voir quelle science leur serait utile. Si beaucoup d&#039;entre eux sont des philologues distingués, ils n&#039;en sont pas meilleurs juges des questions à l&#039;ordre du jour, et les littératures, dont l&#039;accès leur est ouvert par leurs connaissances philologiques, ne leur serait pas d&#039;un grand recours. Les expériences et les spéculations politiques, fondées sur l&#039;histoire des petites sociétés anciennes et sur les livres de philosophes qui prétendent que la guerre est l&#039;état normal, que l&#039;esclavage est à la fois nécessaire et juste, et que les femmes doivent être maintenues sous une tutelle perpétuelle, ne leur serviront guère à apprécier quel effet produiront des actes législatifs dans les grandes nations du type moderne. Ils peuvent méditer sur les actions de tous les grands hommes qui, d&#039;après la théorie de Carlyle, donnent à la société sa forme, et ils peuvent passer des années à lire les détails sur les conflits internationaux, les trahisons, les intrigues, les traités qui remplissent les ouvrages historiques, sans mieux comprendre les origines et les causes des structures et des actions sociales et la manière dont la loi les affecte. Les connaissances acquises dans les usines, à la Bourse, ou dans les prétoires des tribunaux n&#039;aident guère non plus à la préparation indispensable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui est réellement nécessaire, c&#039;est une étude systématique de l&#039;enchaînement naturel entre la cause et l&#039;effet, tel qu&#039;il se manifeste parmi les êtres humains réunis en société. Quoiqu&#039;une conscience distincte de cet enchaînement soit un des résultats derniers du progrès intellectuel - quoique le sauvage n&#039;ait aucune conception d&#039;une cause mécanique - quoique les Grecs mêmes eussent pensé que le vol d&#039;un javelot était dirigé par un dieu - quoiqu&#039;on ait assigné aux épidémies, presque jusqu&#039;à notre époque, une origine surnaturelle - et quoique parmi les phénomènes sociaux, le plus complexe de tous, la relation entre la cause et l&#039;effet, soit probablement celui qui sera le plus longtemps méconnu, cependant, de nos jours, l&#039;existence de cette relation est devenue assez évidente pour imposer aux esprits de tous ceux qui pensent la conclusion qu&#039;avant de se mêler d&#039;intervenir dans cette relation il faut l&#039;étudier avec soin. Les simples faits généralement connus à présent, à savoir qu&#039;il y a une connexion entre le nombre des naissances, des décès, des mariages et le prix du blé, que dans la même société, pendant la même génération, la proportion entre les crimes et la population varie dans des limites étroites, devraient suffire pour faire voir à tout le monde que les désirs humains, guidés par l&#039;intelligence qui leur est connexe, agissent d&#039;une manière approximativement uniforme. On devrait en conclure que, parmi les causes sociales, celles nées de la législation, opérant pareillement avec une régularité moyenne, doivent changer non seulement les actions des hommes mais encore leur nature, et cela, autrement qu&#039;on l&#039;avait prévu. On devrait reconnaître le fait que, dans la société plus que partout ailleurs, les causes sont fécondes en effets, et on devrait voir que les conséquences lointaines et indirectes ne sont pas moins inévitables que les conséquences prochaines. Je ne prétends pas qu&#039;on nie ces assertions et ces conclusions. Mais il y a croyances et croyances ; quelques-unes sont professées nominalement, d&#039;autres influencent notre conduite à un faible degré, d&#039;autres enfin exercent sur elles une influence irrésistible dans toutes les circonstances ; et malheureusement les croyances des législateurs touchant l&#039;enchaînement des causes et des effets dans les questions sociales appartiennent à la première catégorie. Voyons quelques-unes des vérités qu&#039;ils admettent tous et dont quelques-uns à peine tiennent sérieusement compte en légiférant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est incontestable que tout être humain est modifiables jusqu&#039;à un certain degré, au point de vue physique aussi bien qu&#039;au point de vue intellectuel. Toutes les méthodes d&#039;éducation, tous les exercices, depuis ceux du mathématicien jusqu&#039;à ceux du lutteur de profession, toutes les récompenses accordées à la vertu, toutes les punitions infligées au vice, impliquent la croyance, exprimée dans différents proverbes, que l&#039;usages ou la cessation d&#039;usage d&#039;une faculté, physique ou mentale, est suivi d&#039;un changement dans l&#039;adaptation, perte ou gain de force, selon le cas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a le fait, également reconnu partout dans ses grandes manifestations, que les modifications de la nature, produites d&#039;une façon ou d&#039;une autre, sont héréditaires. Personne ne nie que, par l&#039;accumulation de faibles changements, pendant des générations successives, la constitution ne s&#039;adaptas aux conditions ; de sorte qu&#039;un climat, funeste à d&#039;autres races, ne cause aucun mal à la race qui s&#039;y est adaptée. Personne ne nie que les peuples de même souche, qui se sont répandus dans des habitats différents et ont mené chacun une existence différente, n&#039;aient acquis dans le cours des temps des aptitudes et des tendances différentes. Personne ne nie que dans des conditions nouvelles de nouveaux caractères nationaux ne se forment, même à l&#039;heure actuelle ; témoins, les Américains. Et si personne ne nie un processus d&#039;adaptation continuant partout et toujours, la conclusion évidente est que des modifications dans l&#039;adaptation accompagnent nécessairement chaque changement dans les conditions sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce qui a été dit on peut ajouter pour corollaire que toute loi contribuant à altérer le mode d&#039;action des hommes - soit en leur imposant de nouvelles contraintes ou restrictions, soit en leur procurant de nouveaux secours - les affecte de telle façon que leur nature s&#039;y adapte avec le temps. Au delà de tout effet immédiat, il y a l&#039;effet éloigné, tout à fait ignoré du plus grand nombre, une réformation du caractère moyen : une réformation qui peut être désirable ou non, mais qui, en tout cas, est le résultat le plus important à considérer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres vérités générales, que le citoyen et encore davantage le législateur devraient méditer jusqu&#039;à ce qu&#039;ils se les soient complètement assimilées, nous sont révélées quand nous nous demandons comment les activités sociales sont produites, et quand nous sommes convaincus de l&#039;évidence de la réponse qu&#039;elles sont le résultat collectif des désirs des individus qui cherchent à les satisfaire chacun de son côté et qui suivent ordinairement la voie leur paraissant la plus facile d&#039;après leurs habitudes et leurs pensées préexistantes, c&#039;est-à-dire les lignes de moindre résistance : les vérités de l&#039;économie politique en sont simplement les corollaires. Il n&#039;est pas besoin de démontrer que les structures sociales et les actions sociales sont nécessairement d&#039;une manière ou d&#039;une autre le produit des émotions humaines guidées par des idées, soit celles des ancêtres soit celles des hommes vivants. La conséquence forcée est que l&#039;interprétation des phénomènes sociaux se trouve dans la coopération de ces facteurs de génération en génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une telle interprétation conduit bien vite à la conclusion que, parmi les résultats collectifs des désirs humains cherchant satisfaction, ceux qui ont excité les activités particulières et les coopérations spontanées ont contribué bien plus au développement social que ceux qui ont poussé à l&#039;action par suite de l&#039;intervention gouvernementale. Si des moissons abondantes couvrent maintenant les champs où on ne pouvait recueillir autrefois que des baies sauvages, nous en sommes redevables à la poursuite de satisfactions individuelles pendant de nombreuses générations. Si des maisons confortables ont remplacé les huttes, c&#039;est que les hommes ont désiré augmenter leur bien-être ; les villes aussi doivent leur existence à des impulsions de ce genre. L&#039;organisation commerciale, maintenant si vaste et si complexe, a commencé lors des réunions qui avaient lieu à l&#039;occasion des fêtes religieuses et est entièrement due aux efforts des hommes pour arriver à leurs fins particulières. Les gouvernements ont continuellement contrecarré et troublé ce développement et n&#039;y ont jamais aidé en aucune façon, si ce n&#039;est en remplissant en partie les fonctions qui lui sont propres et en maintenant l&#039;ordre public. Il en est de même des progrès des sciences et de leurs applications, qui ont rendu possibles les changements de structure et l&#039;augmentation des activités sociales. Ce n&#039;est pas à l&#039;État que nous devons cette foule d&#039;inventions utiles depuis la bêche jusqu&#039;au téléphone ; ce n&#039;est pas l&#039;État qui a fait les découvertes en physique, en chimie et les autres qui guident les manufacturiers modernes ; ce n&#039;est pas l&#039;État qui a imaginé ces mécanismes qui servent à fabriquer des objets de toute espèce, à transporter hommes et choses d&#039;un endroit à l&#039;autre, et contribuent de mille manières à notre confort. Ces transactions commerciales qui s&#039;étendent au monde entier, ce trafic qui remplit nos rues, ce commerce de détail qui met toutes choses à notre portée et distribue à nos portes les objets nécessaires à la vie quotidienne, n&#039;ont pas une origine gouvernementale. Ce sont les résultats de l&#039;activité spontanée des citoyens, isolés ou en groupe. Bien plus, les gouvernements doivent à ces activités spontanées les moyens mêmes d&#039;accomplir leurs devoirs. Enlevez au mécanisme politique tous ces secours que les sciences et les arts lui ont fournis, laissez l&#039;Etat avec les seules ressources que les fonctionnaires ont inventées, et la marche du gouvernement serait aussitôt arrêtée. Le langage même qui lui sert à enregistrer ses lois et à communiquer ses ordres à ses agents, est un instrument qui n&#039;est nullement dû au législateur ; il a été créé, sans qu&#039;on y prit garde, dans les relations des hommes poursuivant leurs satisfactions personnelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre vérité qui se rattache à la précédente, c&#039;est que les différentes parties de cette organisation sociale formée spontanément se relient entre elles de telle façon que vous ne pouvez pas agir sur l&#039;une sans agir plus ou moins sur toutes. Cela se voit nettement quand une disette de coton paralyse d&#039;abord certains districts manufacturiers, influe ensuite sur les actes des négociants en gros et des détaillants du royaume entier, ainsi que sur leurs clients, et affecte dans la suite les fabricants, les marchands et les acheteurs d&#039;autres articles, en laine, en toile, etc. Nous le voyons aussi quand une hausse du prix de la houille influe partout sur la vie domestique, crée des entraves au plus grand nombre de nos industries, élève le prix des produits fabriqués, restreint la consommation de ces objets et change les habitudes des consommateurs. Ce que nous apercevons clairement dans les cas cités arrive dans les autres cas d&#039;une façon perceptible ou imperceptible. Évidemment les actes législatifs sont au nombre des facteurs qui, en dehors de leur influence directe, produisent des effets incommensurables et très divers. Un professeur éminent, à qui ses études donnent une très grande compétence dans ces questions, a fait en ma présence l&#039;observation suivante : &amp;quot;Quand une fois vous avez commencé à intervenir dans l&#039;ordre de la nature, il est impossible de savoir quel sera le résultat final.&amp;quot; Si cette observation est vraie dans l&#039;ordre de la nature sous-humain auquel il faisait allusion, elle l&#039;est encore davantage dans l&#039;ordre de la nature existant dans les organisations sociales créées par des êtres humains réunis en société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant, pour appuyer la conclusion d&#039;après laquelle le législateur devrait apporter dans l&#039;exercice de son mandat une vive conscience de ces vérités évidentes et d&#039;autres du même genre touchant la société humaine dont il a l&#039;intention de s&#039;occuper, je me permettrai de présenter plus en détail une de ces vérités dont je n&#039;ai pas encore parlé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour qu&#039;une espèce supérieure quelconque se continue, il faut qu&#039;elle se conforme à deux principes radicalement opposés. Ses membres doivent être traités d&#039;une façon contraire dans leur enfance et à l&#039;âge adulte. Nous les considérerons dans ces deux états.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un des faits les plus familiers est que les animaux du type supérieur, relativement plus lents à atteindre leur maturité, peuvent, après l&#039;avoir atteinte, donner à leurs petits plus de secours que les animaux du type inférieur. Les adultes nourrissent leurs petits pendant une période plus ou moins longue, pendant que les petits sont encore incapables de pourvoir à leur subsistance ; et il est évident que la permanence de l&#039;espèce peut seulement être assurée si les soins des parents se conforment aux besoins résultant de l&#039;imperfection. Il est inutile de prouver que le traîne-buisson aveugle et sans plumes ou le jeune chien, même quand il peut voir, périraient immédiatement s&#039;ils étaient obligés de se procurer de la chaleur et de pourvoir à leur propre subsistance. Le dévouement des parente doit être d&#039;autant plus grand que les petits sont inutiles à eux-mêmes et aux autres, et il peut diminuer à mesure qu&#039;en se développant ces derniers peuvent s&#039;aider d&#039;abord eux-mêmes et peu à peu aider les autres. C&#039;est assez dire que pendant le jeune âge, les bienfaits reçus doivent être en raison inverse de la force ou de l&#039;adresse de celui qui les reçoit. Il est clair que, si dans la première partie de la vie les bienfaits étaient proportionnés au mérite ou les récompenses aux services, l&#039;espèce disparaîtrait dans l&#039;espace d&#039;une génération. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce &#039;&#039;régime&#039;&#039; du groupe familial, passons au &#039;&#039;régime&#039;&#039; de ce groupe plus étendu formé par les membres adultes de l&#039;espèce. Demandez ce qui arrive quand le nouvel individu, après avoir acquis l&#039;usage complet de ses forces et cessant de recevoir les secours de ses parents, est abandonné à lui-même ; ici entre en jeu un principe qui est juste le contraire de celui décrit plus haut. Pendant tout le reste de sa vie, chaque adulte obtient des bienfaits en proportion de son mérite, des récompenses en proportion de ses services : par mérite et par services nous entendons dans les deux cas la capacité de pourvoir aux nécessités de la vie, de se procurer de la nourriture, de s&#039;assurer un abri, d&#039;échapper aux ennemis. En concurrence avec les membres de sa propre espèce, en lutte avec les membres d&#039;autres espèces, l&#039;individu dépérit et meurt, ou bien prospère et se multiplie, selon qu&#039;il est bien ou mal doué. Évidemment un &#039;&#039;régime contraire&#039;&#039;, s&#039;il pouvait être maintenu, serait, avec le temps, fatal à l&#039;espèce. Si les bienfaits reçus par chaque individu étaient proportionnés à son infériorité, si, par conséquent, la multiplication des individus inférieurs était favorisée et la multiplication des individus supérieurs entravée, il en résulterait une dégénérescence progressive ; et bientôt l&#039;espèce dégénérée ne pourrait plus subsister en présence de l&#039;espèce qui est en lutte et de l&#039;espèce qui est en concurrence avec elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand fait à noter ici, c&#039;est que les procédés de la nature dans l&#039;intérieur du groupe familial et en dehors de ce groupe, sont diamétralement opposés l&#039;un à l&#039;autre, et que l&#039;interversion de l&#039;ordre de ces procédés serait fatale à l&#039;espèce soit immédiatement, soit dans l&#039;avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il un homme qui pense que cette vérité n&#039;est pas applicable à l&#039;espèce humaine ? Il ne peut pas contester que, dans la famille humaine, comme dans toutes les familles inférieures, on s&#039;expose à des conséquences funestes si l&#039;on proportionne les bienfaits aux mérites. Peut-il soutenir qu&#039;en dehors de la famille, parmi les adultes, on ne devrait pas proportionner les bienfaits aux mérites ? Voudra-t-il prétendre qu&#039;il n&#039;en résultera aucun mal si les individus peu doués sont mis dans la possibilité de prospérer et de se multiplier autant ou plus que les individus bien doués. Une société humaine, étant ou bien en lutte ou bien en concurrence avec d&#039;autres sociétés, peut être considérée comme une espèce, ou plutôt comme une variété d&#039;espèce ; et on peut affirmer que, pareillement aux autres sociétés ou variétés, elle sera incapable de rester debout dans la lutte avec d&#039;autres sociétés, si elle avantage ses unités inférieures aux dépens de ses unités supérieures. Certainement personne ne peut manquer de voir que, si l&#039;on adoptait et si l&#039;on appliquait complètement le principe de la vie familiale dans la vie sociale, si les récompenses étaient toujours d&#039;autant plus grandes que les services étaient médiocres, il en résulterait bientôt des conséquences funestes à la société ; et s&#039;il en est ainsi, même une introduction partielle du &#039;&#039;régime&#039;&#039; de la famille dans le &#039;&#039;régime&#039;&#039; de l&#039;Etat, doit amener insensiblement des conséquences analogues. La société, prise dans sa totalité ne peut, sans s&#039;exposer à un désastre immédiat ou futur, intervenir dans l&#039;action de ces deux principes opposés dont l&#039;application a rendu toutes les sociétés aptes à atteindre leur mode de vie actuel et à se maintenir dans leur état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis à dessein la société prise dans sa totalité, car je n&#039;ai pas l&#039;intention de supprimer ou de condamner les secours accordés aux hommes mal doués par les hommes bien doués en leur qualité d&#039;individus. Bien que ces secours produisent du mal s&#039;ils sont distribués à tort et à travers, de façon à mettre les hommes mal doués dans la possibilité de se multiplier, cependant, en l&#039;absence de secours accordés par la société, l&#039;assistance individuelle, invoquée plus souvent qu&#039;elle ne l&#039;est à présent, et associée à un sentiment plus fort de la responsabilité, serait, en général, accordée dans le but d&#039;aider plutôt les malheureux dignes de commisération que ceux qui sont indignes de nature : de cette bienfaisance la société retirerait d&#039;ailleurs les avantages résultant du développement des sentiments sympathiques. Mais tout cela n&#039;empêche pas de soutenir qu&#039;il faut maintenir la distinction radicale entre la morale de la famille et la morale de l&#039;État et que, si la générosité doit être le principe essentiel de l&#039;une, la justice doit être le principe essentiel de l&#039;autre. Il ne faut pas altérer ces rapports normaux entre les citoyens d&#039;après lesquels chacun reçoit en retour de son travail, habile ou grossier, physique ou mental, le salaire déterminé par la demande ; un tel salaire, donc, qui lui permette de prospérer et d&#039;élever des enfants en proportion des supériorités qui rendent son existence précieuse pour lui-même et pour les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cependant malgré l&#039;évidence de ces vérités, qui devrait frapper tous ceux qui laissent là leurs lexiques, leurs actes de procédure, leurs registres et contemplent cet ordre de choses au milieu duquel nous vivons et auquel il faut nous conformer, on continue de demander un gouvernement paternel. L&#039;introduction de la morale familiale dans la morale de l&#039;État, au lieu d&#039;être regardée comme nuisible à la société, est de plus en plus réclamée comme le seul moyen efficace d&#039;assurer le bien public. Cette illusion est maintenant arrivée à ce point qu&#039;elle vicie les croyances de ceux qu&#039;on pourrait en croire exempts plus que les autres. Dans l&#039;essai auquel le &#039;&#039;Golden-Club&#039;&#039; a accordé le prix en 1880, on trouve l&#039;assertion d&#039;après laquelle &amp;quot;la vérité du libre échange est obscurcie par les sophismes du laissez faire&amp;quot; ; et en nous dit que &amp;quot;il nous faut un gouvernement beaucoup plus paternel, cet épouvantail des anciens économistes&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;On the value of Political Economy to Mankind&#039;&#039;, par A. N. Cumming, p. 47, 48.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vérité que je viens d&#039;exposer étant d&#039;une importance vitale, puisque, selon qu&#039;on l&#039;accepte ou qu&#039;on la rejette, toutes nos opinions politiques changent, je prends la permission d&#039;y insister en citant certains passages d&#039;un ouvrage que j&#039;ai publié en 1851 ; je demande seulement au lecteur de ne pas me croire lié aux conclusions téléologiques qui y sont contenues. Après avoir décrit &amp;quot;cet état universel de guerre au milieu duquel vivent tous les êtres inférieurs&amp;quot; et avoir montré qu&#039;il en résulte une certaine somme de biens, j&#039;ai continué ainsi :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Remarquez en outre, que leurs ennemis carnivores font non seulement disparaître dans les troupeaux herbivores les individus qui ont dépassé la force de l&#039;âge, mais extirpent aussi ceux qui sont maladifs, mal conformés, et moins agiles ou moins vigoureux. Cette épuration jointe aux nombreux combats pendant la saison de l&#039;accouplement empêche la dégénération de la race qui résulterait de la multiplication des individus inférieurs, et assure le maintien d&#039;une constitution complètement adaptée au milieu environnant, par conséquent, la plus propre à produire le bien-être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Le développement des espèces supérieures est un progrès vers une forme d&#039;existence capable de procurer une félicité exempte de ces nécessités fâcheuses. C&#039;est dans la race humaine que cette félicité doit se réaliser. La civilisation est la dernière étape vers sa réalisation. Et l&#039;homme idéal, c&#039;est l&#039;homme vivant dans les conditions où elle est réalisée. En attendant, le bien-être de l&#039;humanité existante et le progrès vers la perfection finale sont assurés l&#039;un et l&#039;autre par cette discipline bienfaisante mais sévère, à laquelle toute la nature animée est assujettie : discipline impitoyable, loi inexorable qui mènent au bonheur mais qui ne fléchissent jamais pour éviter d&#039;infliger des souffrances partielles et temporaires. La pauvreté des incapables, la détresse des imprudents, le dénuement des paresseux, cet écrasement des faibles par les forts, qui laisse un si grand nombre &amp;quot;dans les bas-fonds et la misère&amp;quot; sont les décrets d&#039;une bienveillance immense et prévoyante.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Pour devenir propre à l&#039;état social, l&#039;homme n&#039;a pas seulement besoin de perdre sa nature sauvage, il faut encore qu&#039;il acquière les capacités indispensables dans la vie civilisée. Il l&#039;ait qu&#039;il développe la faculté de s&#039;appliquer, qu&#039;il modifie son intellect de façon à l&#039;approprier à ses nouvelles tâches, et surtout, il faut qu&#039;il possède l&#039;énergie capable de renoncer à une petite jouissance immédiate pour en obtenir une plus grande dans l&#039;avenir. L&#039;état de transition sera naturellement un état malheureux. La misère résulte inévitablement du désaccord entre la constitution et les conditions. Tous ces maux qui nous affligent, et qui semblent aux ignorants les conséquences évidentes de telle ou telle cause qu&#039;on peut écarter, accompagnent fatalement l&#039;adaptation en voie de s&#039;accomplir. L&#039;humanité est obligée de se soumettre aux nécessités inexorables de sa nouvelle position, il faut qu&#039;elle s&#039;y confirme et qu&#039;elle supporte de son mieux les maux qui en dérivent. Il &#039;&#039;faut&#039;&#039; que le processus sois subi, il &#039;&#039;faut&#039;&#039; que les souffrances soient endurées. Aucune puissance sur terre, aucune loi imaginée par des législateurs habiles, aucun projet destiné à rectifier les choses humaines, aucune panacée communiste, aucune réforme que les hommes aient jamais accomplie ou qu&#039;ils accompliront jamais, ne peuvent diminuer ces souffrances d&#039;un iota. On peut en augmenter l&#039;intensité et on l&#039;augmente ; et le philosophe; qui veut empêcher ce mal, trouvera toujours dans cette tâche d&#039;amples moyens de s&#039;exercer. Mais le changement entraîne à sa suite une quantité &#039;&#039;normale&#039;&#039; de souffrances qui ne peuvent être amoindries sans qu&#039;on altères les lois mêmes de la vie...&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:&amp;quot;Naturellement, si la rigueur de ce processus est mitigée par la sympathie spontanée des hommes les uns pour les autres, il n&#039;y a rien à redire : quoique cette sympathie produise certainement du mal quand elle se manifeste sans examen préalable des conséquences finales. Mais les inconvénients qui en résultent ne sont rien en comparaison du bien accompli. C&#039;est seulement quand elle pousse à des actes d&#039;iniquité, quand elle est la cause d&#039;une immixtion défendue par la loi de la liberté égale pour tous, quand, en procédant de la sorte, elle suspend dans une manifestation particulière de la vie la relation entre la constitution et les conditions, c&#039;est dans ces cas seulement qu&#039;elle produit uniquement du mal. Alors, cependant, elle déjoue elle-même ses desseins. Elle favorisera multiplication des hommes les moins propres à l&#039;existence, et empêche, par conséquent, la multiplication des hommes les plus propres à l&#039;existence, laissant moins de place pour ces derniers. Elle tend à remplir le monde de gens à qui la vie apportera le plus de souffrances et à en fermer l&#039;entrée à ceux à qui elle apportera le plus de plaisirs. Elle inflige une misère positive et empêche un bonheur positif.&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Social Statics&#039;&#039;, p. 322-325 et p. 380-381, édition de 1851.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que le tiers d&#039;un siècle se soit écoula depuis la publication de ces passages, je n&#039;ai aucun motif pour abandonner la position prise à ce moment-là. Au contraire, ce laps de temps a amené une foule de preuves qui fortifient cette position. Il a démontré que, si les individus capables survivent seuls, il en résulte des conséquences infiniment plus heureuses que celles indiquées plus haut. M. Darwin a prouvé que la &amp;quot;sélection naturelle&amp;quot; jointe à une tendance à la variation et à l&#039;hérédité des variations, était une des causes principales (mais non la seule cause, à ce que je crois) de cette évolution grâce à laquelle tous les êtres vivants, en commençant par les plus humbles ont atteint leur organisation actuelle et l&#039;adaptation à leur mode d&#039;existence. Cette vérité est devenue tellement familière que je dois m&#039;excuser de la citer. Et cependant, chose étrange à dire, maintenant que cette vérité est admise par la plupart des gens éclairés, maintenant qu&#039;ils sont pénétrés de l&#039;influence bienfaisante de la perpétuation des plus capables à tel point qu&#039;on devrait s&#039;attendre à las voir hésiter avant d&#039;en neutraliser les effets, maintenant plus qu&#039;à aucune époque antérieure de l&#039;histoire du monde, ils font tous leurs efforts pour favoriser la perpétuation des plus incapables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le postulat d&#039;après lequel les hommes sont des êtres raisonnables nous induit continuellement à tirer des conclusions qui sont extrêmement loin de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;L&#039;assertion d&#039;Emerson, d&#039;après laquelle la plupart des gens ne peuvent comprendre un principe que s&#039;il est éclairé par un fait, m&#039;engage à citer un fait capable de faire pénétrer le principe ci-dessus mentionné dans l&#039;esprit de ceux qu&#039;il ne frapperait pas sous sa forme abstraite. Il arrive rarement qu&#039;on puisse évaluer la somme des maux causés par les secours accordés aux gens vicieux et aux vauriens. Mais en Amérique, à une réunion de l&#039;Association des secours des États, tenue le 18 décembre 1874, un exemple saisissant a été fourni avec détails à l&#039;appui par le Dr Harris. Il l&#039;avait trouvé dans un comté de l&#039;Hudson supérieur, remarquable par la proportion entre le nombre des criminels et des indigents et le chiffre de la population. Il y a de longues années vivait une certaine fille, enfant du hasard, et. connue sous la nom de Marguerite ; elle fut la mère prolifique d&#039;une race prolifique. Outre un grand nombre d&#039;idiots, d&#039;imbéciles, d&#039;ivrognes, de lunatiques, d&#039;indigents et de prostituées, &amp;quot;le registre du comté contient les noms de deux cents de ses descendants qui furent des criminels&amp;quot;. Etait-ce la bonté ou la cruauté qui a mis ces gens, une génération après l&#039;autre, dans la possibilité de se multiplier et de devenir un fléau de plus en plus grand pour la société au milieu de laquelle ils vivaient ? (Voir pour les détails : &#039;&#039;The Jukes : a Study in Crime, Pauperism, Disease&#039;&#039; &#039;&#039;and Heredity&#039;&#039;, par R. L. Dugdale, New-York : Putnams).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &amp;quot;Oui, vraiment ; votre principe est tiré de la vie des brutes, et est un principe brutal. Vous ne me persuaderez pas que les hommes doivent vivre sous la discipline à laquelle les animaux sont assujettis. Je ne me soucie pas de vos arguments tirés de l&#039;histoire naturelle. Ma conscience me dit que les faibles et les malheureux doivent être secourus ; et, si les égoïstes ne veulent pas les secourir, il faut les y forcer par la loi. Ne me dites pas que le lait de la bonté humaine doit. être réservé aux relations entre individus, et que les gouvernements doivent seulement être les administrateurs d&#039;une justice rigoureuse. Tout homme doué de quelque sympathie doit sentir qu&#039;il faut empêcher la faim, la souffrance et la malpropreté, et si les institutions privées ne suffisent pas à la tâche, il faut que le gouvernement intervienne.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le genre de réponse que me feront neuf personnes sur dix. Chez quelques-uns elle est sans doute dictée par une sympathie tellement vive qu&#039;ils ne peuvent pas contempler la misère humaine sans une impatience qui les rend incapables de penser aux conséquences lointaines. Quant à la sensibilité des autres, nous pouvons être un peu sceptiques. Des personnes qui, tantôt dans un cas, tantôt dans un autre, s&#039;irritent de voir que le gouvernement, pour maintenir nos prétendus &amp;quot;intérêts&amp;quot; nationaux ou notre &amp;quot;prestige&amp;quot; national, n&#039;envoie pas promptement au loin quelques milliers d&#039;hommes dont une partie périra, tandis qu&#039;ils feront périr d&#039;autres milliers d&#039;hommes dont nous suspectons les intentions ou dont les institutions paraissent nous offrir quelque danger, ou dont le territoire est convoité par nos colons, de telles personnes, dis-je, ne peuvent, après tout, être animées de sentiments tellement tendres que la vue des souffrances du pauvre leur soit bien intolérable. Il ne faut pas non plus admirer les sympathies professées par des gens réclamant une politique qui détruit des sociétés en voie de progrès, et qui contemplent ensuite avec une cynique indifférence la confusion lamentable laissée derrière avec le cortège de misères et de morts qu&#039;elle entraîne à sa suite. Ceux qui, à l&#039;époque où les Boërs, défendant leur indépendance nous résistaient avec succès, étaient en colère parce qu&#039;on ne voulait pas soutenir &amp;quot;l&#039;honneur&amp;quot; britannique, en envoyant à la mort et en exposant à la misère un plus grand nombre de nos soldats et de leurs adversaires, ne peuvent pas être &amp;quot;des humanitaires aussi enthousiastes&amp;quot; que les protestations du genre de celles mentionnées plus haut voudraient nous le faire supposer. En vérité cette sensibilité dont ils font parade et qui ne leur permet pas d&#039;être témoins des souffrances causées par &amp;quot;le combat pour la vie&amp;quot; qui se livre sans bruit autour d&#039;eux, semble s&#039;associer en eux à une insensibilité qui non seulement tolère les combats proprement dits, mais qui trouve encore plaisir à les contempler, comme on le voit par la vente des journaux. illustrés qui contiennent des scènes de carnage et par l&#039;avidité avec laquelle on lit les récits détaillés des luttes sanglantes. On ne peut nous reprocher de douter de la sincérité de personnes qui prétendent frémir à la pensée des souffrances endurées principalement par les gens paresseux et imprudents et qui néanmoins ont demandé trente et une éditions des &#039;&#039;Cinq bataillent décisives du monde&#039;&#039;, pour pouvoir se délecter aux récits de massacres. Ce qui étonne encore davantage, c&#039;est le contraste entre la sensibilité apparente et la dureté réelle de ceux qui voudraient renverser le cours naturel des choses afin de soulager des misères immédiates même au prix des plus grandes misères futures. Car dans d&#039;autres occasions vous entendrez ces mêmes personnes soutenir, sans aucun égard pour la vie de leurs semblables, que, dans l&#039;intérêt de l&#039;humanité en général, il faut exterminer les races inférieures et les remplacer par les races supérieures. Ainsi, chose étonnante, on ne peut songer avec calme aux maux qui accompagnent la lutte pour l&#039;existence, se continuant sans violence et parmi les membres d&#039;une même société, et on peut contempler avec sérénité ces mêmes maux, sous leur forme la plus terrible, quand ils sont infligés par le fer et le feu à des communautés entières. Il me semble donc qu&#039;on ne mérite pas beaucoup de respect pour affecter cette générosité à l&#039;égard des inférieurs à l&#039;intérieur, quand on est prêt à sacrifier sans scrupule les inférieurs à l&#039;extérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cet intérêt excessif, porté à ceux de notre race et accompagné d&#039;une complète indifférence à l&#039;égard de ceux d&#039;une autre race, semble encore moins respectable quand nous observons comment il se manifeste. S&#039;il poussait à des efforts personnels pour soulager les malheureux, en l&#039;approuverait à juste titre. Si le grand nombre de ceux qui font montre de cette compassion à bon marché ressemblait au petit nombre de ceux qui, sans relâche, une semaine après l&#039;autre, une année après l&#039;autre, consacrent une grande partie de leur temps à secourir, encourager et quelquefois amuser leurs semblables réduits à la misère par des infortunes, par leur incapacité ou leur mauvaise conduite, nous leur vouerions une admiration sans restriction. Plus il y a d&#039;hommes et de femmes qui aident les pauvres à s&#039;aider eux-mêmes, qui témoignent leur sollicitude directement et non par mandataires, plus nous pouvons nous en réjouir. Mais la plupart des personnes qui désirent soulager au moyen de lois les misères des malheureux et des imprudents, proposent d&#039;accomplir cette œuvre, très peu à leurs propres frais, surtout aux frais des autres, quelquefois en demandant leur consentement mais le plus souvent sans le demander. Il y a encore plus ; ceux que l&#039;on veut ainsi forcer à tant faire pour les malheureux, bien des fois, ont autant ou plus besoin qu&#039;on fasse quelque chose pour eux. Les pauvres dignes d&#039;intérêt sont au nombre de ceux qu&#039;on accable de charges pour venir en aide aux pauvres indignes de tout intérêt. De même que sous l&#039;ancienne loi des pauvres le travailleur actif et prévoyant était obligé de payer afin que les vauriens ne souffrissent pas, jusqu&#039;à ce que fréquemment il succombât sous ce surcroît de charges et se réfugiât lui-même dans le &#039;&#039;workhouse&#039;&#039; ; de même, à présent, il est admis que les contributions locales dans les grandes villes montent à un chiffre tel &amp;quot;qu&#039;on ne peut le dépasser sans imposer de dures privations aux petits détaillants et aux artisans qui ont déjà assez de peine à se préserver de la tache du paupérisme&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;M. Chamberlain, &#039;&#039;Fortnightly Review&#039;&#039;, décembre 1883, p. 772.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Semblablement la politique suivie en toute chose tend à augmenter les souffrances des personnes les plus dignes d&#039;intérêt afin de soulager celles des personnes qui ne méritent aucune pitié. Bref, des hommes tellement compatissants qu&#039;ils ne veulent pas admettre que le combat pour la vie inflige aux gens déméritants les souffrances résultant de leur incapacité ou de leur mauvaise conduite, sont assez insensibles pour rendre ce combat plus dur aux gens méritants et infliger à eux et à leurs enfants des maux artificiels outre les maux naturels qu&#039;ils ont à supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici nous sommes ramenés au sujet indiqué par notre titre, aux péchés des législateurs. Ici nous avons sous les yeux la plus commune des fautes commises par les gouvernants, une faute tellement commune et tellement sanctifiée par la coutume que personne ne la regarde comme une faute. Ici nous voyons que le gouvernement né, comme nous l&#039;avons dit au commencement, de l&#039;agression et engendré par l&#039;agression, continue toujours à trahir sa nature originelle par son caractère agressif ; même, lorsqu&#039;au premier abord il nous apparaît sous des dehors bienfaisants, il est en réalité très malfaisant, je veux dire, lorsqu&#039;il se montre bon au risque d&#039;être cruel. Car n&#039;est-ce pas une cruauté d&#039;augmenter les souffrances de la meilleure partie de l&#039;humanité pour que celles de la mauvaise partie soient diminuées ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est réellement curieux de voir avec quelle facilité nous nous laissons induire en erreur par des mots et des phrases qui expriment seulement un aspect des faits, tandis qu&#039;ils ne disent rien sur l&#039;autre aspect. Nous en avons une preuve frappante dans l&#039;emploi des mots &amp;quot;protection&amp;quot; et &amp;quot;protectionnistes&amp;quot; par les adversaires du libre-échange, et dans l&#039;admission tacite de la justesse de ces expressions par les libres-échangistes. Que la prétendue protection implique toujours une agression, et que le nom de protectionniste devrait être remplacé par celui d&#039;&#039;&#039;agressionniste&#039;&#039;, voilà une vérité que les uns ont habituellement ignorées, et que les autres ont habituellement manqué de relever. Il est cependant certain que si, pour maintenir les bénéfices de A, on défend à B d&#039;acheter à C, ou si on lui impose une amende sous forme de droits d&#039;entrée dans le cas où il achète à C, on commet une agression contre B afin qu&#039;A soit &amp;quot;protégé&amp;quot;. Bien plus, les &#039;&#039;protectionnistes&#039;&#039; méritent doublement le titre d&#039;&#039;&#039;agressionnistes&#039;&#039; puisque, pour procurer des bénéfices à un seul producteur, ils rançonnent dix consommateurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or la même confusion d&#039;idées, provenant de ce qu&#039;on regarde un seul côté de la question, se remarque dans toute la législation qui enlève de force la propriété de cet homme-ci pour accorder des bienfaits gratuits à cet homme-là. Habituellement, quand une des nombreuses mesures ayant ce caractère est discutée, la pensée dominante est qu&#039;il faut protéger le malheureux Jones contre un mal quelconque ; mais on ne songe nullement qu&#039;on fait du tort à Brown qui travaille dur et qui est souvent plus à plaindre. On extorque de l&#039;argent (soit directement, soit en haussant le prix des loyers) à la regrattière qui ne peut payer ses dépenses qu&#039;en s&#039;imposant de grandes privations, au maçon qui est sans ouvrage par suite d&#039;une grève, à l&#039;artisan dont les économies ont été englouties par une maladie, à la veuve qui lave et coud du matin au soir pour nourrir ses enfants orphelins ; et tout cela afin que l&#039;homme dissolu ne soufre pas de la faim, afin que les enfants de voisins moins pauvres aient des leçons à bon marché, et que différentes gens, la plupart plus à leur aise, puissent lire pour rien des journaux et des romans ! L&#039;emploi en ce cas d&#039;expressions fausses a eu des suites plus graves que lorsqu&#039;on appelle protectionniste celui qui devrait s&#039;appeler &#039;&#039;agressionniste&#039;&#039; ; car, comme nous venons de le voir, la protection des pauvres qui sont vicieux implique une agression contre les pauvres qui sont vertueux. Sans doute il est vrai que la plus grande partie de l&#039;argent extorqué vient de ceux qui sont relativement à leur aise. Mais cela n&#039;est pas une consolation pour ceux qui. sont dans la gêne et dont on extorque le reste. Bien plus, si on compare les charges supportées respectivement par chacune des deux classes, il devient évident que le cas est même pire qu&#039;il ne paraît de prime abord : en effet pour celui qui est à l&#039;aise, exaction signifie perte du superflu, pour celui qui est dans la gêne, exaction signifie perte du nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maintenant voyez la Némésis qui menace de venir à la suite de ce péché chronique des législateurs. Eux et leur classe, ainsi que tous les propriétaires, sont en danger de souffrir de l&#039;application radicale de ce principe général qui est affirmé en pratique par chacune de ces lois de confiscation votées par le parlement. Quelle est en réalité la supposition tacite dont toutes ces lois procèdent ? C&#039;est la supposition d&#039;après laquelle aucun homme n&#039;a de droit à sa propriété, pas même à celle qu&#039;il a acquise à la sueur de son front, si ce n&#039;est par permission de la communauté, et d&#039;après laquelle la communauté peut annuler le droit dans la mesure qu&#039;elle juge convenable. Il est impossible de justifier cette usurpation des biens de A au profit de B, si ce n&#039;est en s&#039;appuyant sur le postulat que la société dans sa totalité a un droit absolu sur les biens de chaque membre. A présent cette doctrine, qui a été admise tacitement, est proclamée ouvertement, M. George et ses amis, M. Hyndman et ses adhérents poussant la théorie à ses conséquences logiques. On leur a enseigné par des exemples, dont le nombre augmente chaque année, que l&#039;individu n&#039;a aucun droit que la communauté ne puisse équitablement fouler aux pieds, et ils disent maintenant : &amp;quot;La tâche sera difficile, mais nous dépasserons nos maîtres&amp;quot;, et nous foulerons aux pieds tous les droits individuels à la fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les différents méfaits des législateurs, dont nous parlons plus haut, s&#039;expliquent dans une certaine mesure, et méritent un blâme moins sévère, si nous remontons à leur source. Ils proviennent de l&#039;opinion erronée d&#039;après laquelle la société est un produit fabriqué, tandis qu&#039;elle est un développement. Ni l&#039;éducation des temps passés, ni celle de l&#039;époque actuelle n&#039;ont appris à un nombre considérable de gens à se faire une idée scientifique d&#039;une société, à se la représenter comme ayant une structure naturelle dans laquelle toutes les institutions, gouvernementales, religieuses, industrielles, commerciales, etc., etc., sont dans une dépendance réciproque l&#039;une de l&#039;autre, une structure qui, en un certain sens, est organique. Ou si une conception de ce genre existe nominalement, elle n&#039;est pas de nature à influencer la conduite. Au contraire, on se représente ordinairement la société comme une certaine quantité de pâte à laquelle la cuisinière peut donner la forme qu&#039;il lui plaît, celle d&#039;une croûte de pâté, d&#039;un chausson ou d&#039;une tartelette. Le communiste nous montre de façon à ne pouvoir s&#039;y méprendre que, d&#039;après son opinion, le corps politique peut être organisé à volonté de telle ou de telle manière ; et bien des mesures législatives impliquent que la société d&#039;hommes, à laquelle on a imposé telle ou telle organisation, conservera la forme qu&#039;on veut lui donner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vérité on pourrait croire qu&#039;indépendamment de la reconnaissance de cette erreur consistant à concevoir la société comme une masse plastique tandis qu&#039;elle est un corps organisé, des faits qui s&#039;imposent chaque heure à notre attention devraient nous rendre sceptiques à l&#039;endroit du succès de telle ou telle méthode par laquelle on veut changer les actions des hommes. L&#039;expérience domestique fournit au citoyen aussi bien qu&#039;au législateur des preuves journalières que la conduite des hommes trompe tous les calculs. Il a renoncé à la pensée de gouverner sa femme et se laisse gouverner par elle. De toutes les méthodes qu&#039;il a essayées dans l&#039;éducation de ses enfants, les réprimandes, les punitions, la persuasion, les récompenses, aucune ne réussit à sa satisfaction : aucune remontrance n&#039;empêche leur mère de les traiter d&#039;une façon qu&#039;il croit pernicieuse. Il en est de même de ses rapports avec ses domestiques ; qu&#039;il les gronde ou qu&#039;il raisonne avec eux, l&#039;effet produit est rarement de longue durée : le manque d&#039;attention, ou de ponctualité, ou de propreté, ou de sobriété, amène des changements constants. Cependant, malgré les difficultés qu&#039;il éprouve dans ses relations avec l&#039;humanité en détail, il a confiance dans son habileté à régler les affaires d&#039;hommes formant un corps de nation. Le législateur ne connaît pas la millième partie des citoyens ; il n&#039;en a pas vu la centième partie, il n&#039;a que de faibles notions des habitudes et du mode de penser des classes auxquelles appartient la grande masse, néanmoins il croit fermement que tous agiront de la façon qu&#039;il prévoit et tendront au but qu&#039;il désire voir s&#039;accomplir. N&#039;y a-t-il pas là un désaccord frappant entre les prémisses et la conclusion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces échecs dans la vie domestique, l&#039;amplitude, la variété, la complication de la vie sociale, telles qu&#039;elles apparaissent dans tous les journaux et si grandes que l&#039;imagination même s&#039;efforce en vain de les concevoir, auraient pu faire croire que les hommes hésiteraient longtemps avant d&#039;entreprendre de faire des lois. Cependant ici, plus que partout ailleurs, ils montrent une présomption surprenante. Nulle part il n&#039;existe un pareil contraste entre la difficulté de la tâche et le manque de préparation chez ceux qui l&#039;entreprennent. Certainement parmi les croyances monstrueuses une des plus monstrueuses est celle qu&#039;il faut un long apprentissage pour un simple métier, celui de cordonnier par exemple, et que la seule chose qui n&#039;exige pas d&#039;apprentissage, c&#039;est de faire des lois pour une nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour résumer les résultats de la discussion, ne sommes-nous pas fondés à dire que le législateur se trouve en présence de plusieurs secrets connus, et si bien connus qu&#039;ils ne devraient plus être des secrets pour celui qui se charge de la grande et terrible responsabilité de faire pour des millions et des millions d&#039;êtres humains des lois qui, si elles ne contribuent pas à leur bonheur, augmenteront leur misère et hâteront leur mort ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons tout d&#039;abord cette vérité incontestable, évidente et cependant absolument ignorée que tous les phénomènes présentés par une société ont leur origine dans les phénomènes de la vie humaine individuelle qui, à leur tour, ont leurs racines dans les phénomènes vitaux en général. Nous avons aussi la conclusion forcée que, à moins que les relations entre les phénomènes vitaux, physiques et .intellectuels, ne soient un chaos (supposition exclue par la continuation de la vie), les phénomènes qui en découlent ne peuvent être entièrement à l&#039;état de chaos : il faut donc qu&#039;il y ait une espèce d&#039;ordre dans les phénomènes résultant des précédents quand des êtres humains associés doivent coopérer. Évidemment donc, si un homme entreprend de réglementer la société, sans avoir étudié ces phénomènes consécutifs de l&#039;ordre social, il est assez certain de faire du mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second. lieu, si nous laissons de côté tout raisonnement &#039;&#039;a priori&#039;&#039;, cette conclusion devrait s&#039;imposer à l&#039;esprit du législateur par la comparaison des sociétés entre elles. Il devrait être manifeste qu&#039;avant de s&#039;immiscer dans les détails de l&#039;organisation sociale, il faudrait se demander si cette organisation a une histoire naturelle, et que, pour répondre à cette question, il serait bon d&#039;examiner, en commençant par les sociétés les plus simples, sous quels rapports les structures sociales se ressemblent. Une courte étude de la sociologie comparative nous montre une genèse réellement uniforme. L&#039;existence habituelle d&#039;un chef et l&#039;établissement de l&#039;autorité de ce chef par la guerre, l&#039;ascendant pris partout par le soi-disant médecin et le prêtre, la présence d&#039;un culte ayant en tous lieux les mêmes traits fondamentaux ; les traces de la division du travail, visibles de bonne heure et devenant de plus en plus nettes, et les différentes combinaisons politiques, ecclésiastiques, industrielles qui apparaissent à mesure que les groupes sont composés et recomposés par la guerre ; tous ces faits démontrent à quiconque les compare qu&#039;abstraction faite de leurs différences particulières les sociétés présentent des ressemblances générales dans leur mode de naître et de se développer. Elles offrent des caractères de structure prouvant que l&#039;organisation sociale a des lois plus fortes que les volontés individuelles, et que, faute de les étudier, on s&#039;expose à causer bien du mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En troisième lieu, enfin, il y a cette masse de renseignements instructifs contenus dans les recueils des lois de notre propre pays et des autres, et qui, évidemment, réclament encore davantage l&#039;attention. Ici et ailleurs, d&#039;innombrables essais, faits par des hommes d&#039;État, n&#039;ont pas produit le bien qu&#039;ils devaient produire et ont causé des maux auxquels on ne s&#039;attendait pas. Un siècle après l&#039;autre, de nouvelles mesures, semblables aux anciennes, et d&#039;autres mesures reposant sur le même principe, ont toujours désappointé les espérances et amené des désastres. Et cependant, ni les électeurs, ni ceux qu&#039;ils choisissent, ne pensent qu&#039;il soit besoin d&#039;une étude systématique de ces lois qui, dans les âges passés, rendaient continuellement le peuple malheureux, tandis qu&#039;elles avaient pour but de le rendre heureux. Certainement un homme ne peut être propre à remplir le mandat de législateur, s&#039;il n&#039;a pas une connaissance approfondie de ces expériences que le passé nous a léguées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Revenant donc à l&#039;analogie dont il a été question au commencement, nous sommes obligé de dire que le législateur est moralement irréprochable ou moralement blâmable, selon qu&#039;il a ou qu&#039;il n&#039;a pas étudié ces différentes classes de faits. Un médecin qui, après des années d&#039;études, a acquis une connaissance suffisante de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique, ne peut être poursuivi au criminel si un homme meurt pendant qu&#039;il le traite ; il s&#039;est préparé aussi bien qu&#039;il a pu et a agi de son mieux. De même le législateur, dont les mesures produisent du mal au lieu de faire du bien, malgré les études vastes et méthodiques qui éclairent son jugement, peut simplement être accusé d&#039;avoir commis une erreur de raisonnement. Au contraire, le législateur qui ne connaît pas ou qui connaît peu ces masses de faits qu&#039;il est de son devoir d&#039;examiner avant que son opinion sur une loi proposée puisse être de quelque valeur, et qui néanmoins aide à faire passer cette loi, ne peut pas plus être absous si celle-ci augmente la misère et la mortalité, que le garçon droguiste ne peut être absous si le remède, qu&#039;il prescrit par ignorance, cause la mort. &lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Herbert Spencer:L&#039;esclavage du futur|Chapitre II - L&#039;esclavage du futur]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer:La grande superstition politique|Chapitre IV - La grande superstition politique]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Mod%C3%A8le:Accueil/Sommaire&amp;diff=2776</id>
		<title>Modèle:Accueil/Sommaire</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Mod%C3%A8le:Accueil/Sommaire&amp;diff=2776"/>
		<updated>2010-09-14T15:32:45Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&amp;lt;div style=&amp;quot;border-bottom: 1px dashed #9999CC;&amp;quot;&amp;gt;&#039;&#039;&#039;Thèmes&#039;&#039;&#039;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;border-bottom: 1px dashed #9999CC;&amp;quot;&amp;gt;[[Image:8056-hikaruto-Dossiersanglejaune.png|24px]] &#039;&#039;&#039;[[:Catégorie:Histoire|Histoire]]&#039;&#039;&#039;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Gustave de Molinari:Esquisse de l&#039;organisation politique et économique de la société future|Esquisse de l&#039;organisation politique et économique de la société future]] {{100}} - [[Ludwig von Mises:Le Gouvernement omnipotent|Le Gouvernement omnipotent]] {{100}} - [[Paul-Louis Courier:Lettre à Messieurs de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres|Lettre à Messieurs de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres]] {{100}} - [[Thomas Jefferson:Déclaration unanime des treize États unis d’Amérique|Déclaration unanime des treize États unis d’Amérique]] {{100}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div  style=&amp;quot;border-bottom: 1px dashed #9999CC;&amp;quot;&amp;gt;[[Image:8058-hikaruto-Dossiersanglerouge.png|24px]] &#039;&#039;&#039;[[:Catégorie:Romans|Romans]]&#039;&#039;&#039;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[1984]] {{100}} - [[La Ferme des animaux]] {{100}} - [[Ken Schoolland:Les aventures de Jonathan Gullible|Les aventures de Jonathan Gullible]] {{25}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div  style=&amp;quot;border-bottom: 1px dashed #9999CC;&amp;quot;&amp;gt;[[Image:8057-hikaruto-Dossiersanglebleu.png|24px]] &#039;&#039;&#039;[[:Catégorie:Philosophie|Philosophie]]&#039;&#039;&#039;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Ludwig von Mises:Le Libéralisme|Le Libéralisme]] {{100}} - [[Ludwig von Mises:Le Socialisme|Le Socialisme]] {{100}} - [[Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare|Les Soirées de la rue Saint-Lazare]] {{100}} - [[Friedrich A. Hayek:La Constitution de la liberté|La Constitution de la liberté]] {{00}} - [[Benjamin Constant:Mélanges de littérature et de politique|Mélanges de littérature et de politique]] {{50}}- [[Benjamin Constant:Commentaire sur l&#039;ouvrage de Filangieri|Commentaire sur l&#039;ouvrage de Filangieri]] {{50}} - [[Arthur Schopenhauer:Injustice, droit naturel, loi et État|Injustice, droit naturel, loi et État]] {{100}} - [[Ernest Renan:Qu&#039;est-ce qu&#039;une nation ?|Qu&#039;est-ce qu&#039;une nation ?]] {{100}} - [[François Quesnay:Observations sur le Droit naturel des hommes réunis en société|Observations sur le Droit naturel des hommes réunis en société]] {{75}} - [[Henry David Thoreau:La Désobéissance civile|La Désobéissance civile]] {{100}} - [[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]] {{100}} - [[Georges Palante:La Sensibilité individualiste|La Sensibilité individualiste]] {{100}} - [[Georges Palante:Pessimisme et Individualisme|Pessimisme et Individualisme]] {{100}} - [[Benjamin Constant:Principes de politique|Principes de politique]] {{100}} - [[Destutt de Tracy:éléments d&#039;idéologie|Eléments d&#039;idéologie]] {{25}} - [[Walter Lippmann:La Cité libre|La Cité libre]] {{75}} - [[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]] {{100}} - [[Wilhelm von Humboldt:Essai sur les limites de l&#039;action de l&#039;État|Essai sur les limites de l&#039;action de l&#039;État]] {{25}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div  style=&amp;quot;border-bottom: 1px dashed #9999CC;&amp;quot;&amp;gt;[[Image:8059-hikaruto-Dossiersanglevert.png|24px]] &#039;&#039;&#039;[[:Catégorie:Actualité|Actualité]]&#039;&#039;&#039;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Charles Gave:Un libéral nommé Jésus|Un libéral nommé Jésus]] {{100}} - [[Alain Madelin:Quand les autruches relèveront la tête|Quand les autruches relèveront la tête]] {{100}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div  style=&amp;quot;border-bottom: 1px dashed #9999CC;&amp;quot;&amp;gt;[[Image:8060-hikaruto-Dossiersangleblver.png|24px]] &#039;&#039;&#039;[[:Catégorie:économie|Economie]]&#039;&#039;&#039;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Ludwig von Mises:L&#039;Action humaine|L&#039;Action humaine]] {{100}} - [[Ludwig von Mises:Les Problèmes fondamentaux de l&#039;économie politique|Les Problèmes fondamentaux de l&#039;économie politique]] {{100}} - [[Henri Lepage:Pourquoi la propriété|Pourquoi la propriété]] {{100}} - [[Turgot:Réflexions sur la formation et la distribution des richesses|Réflexions sur la formation et la distribution des richesses]] {{100}} - [[Frédéric Bastiat:Sophismes Économiques|Sophismes Économiques]] {{100}}[[Gustave de Molinari:Questions économiques à l’ordre du jour|Questions économiques à l’ordre du jour]]{{100}} - [[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]] {{100}} - [[Maurice Bourguin: Les systèmes socialistes et l&#039;évolution économique|Les systèmes socialistes et l&#039;évolution économique]] {{100}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;br/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:La_grande_superstition_politique&amp;diff=2775</id>
		<title>Herbert Spencer:La grande superstition politique</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:La_grande_superstition_politique&amp;diff=2775"/>
		<updated>2010-09-14T15:31:52Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page créée avec « {{Navigateur|Chapitre III - Les péchés des législateurs|Herbert Spencer&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Herbert Spencer:Les péchés des législateurs|Chapitre III - Les péchés des législateurs]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer:Post-scriptum|Post-scriptum]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer]]|La grande superstition politique}}&lt;br /&gt;
{{infobox LICE}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande superstition de la politique d&#039;autrefois, c&#039;était le droit divin des rois. La grande superstition de la politique d&#039;aujourd&#039;hui, c&#039;est le droit divin des parlements. L&#039;huile d&#039;onction, semble-t-il, a glissé, sans qu&#039;on y prenne garde, d&#039;une seule tête sur celles d&#039;un grand nombre, les consacrant eux et leurs décrets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut trouver irrationnelle la première de ces croyances ; il faut admettre qu&#039;elle était plus logique que la dernière. Que nous retournions au temps où le roi était dieu, ou bien aux temps où il était un descendant d&#039;un dieu, ou bien au temps où il était le délégué de Dieu, nous voyons de bonnes raisons pour qu&#039;on ait obéi passivement à sa volonté. Lorsque, par exemple, sous Louis XIV, des théologiens comme Bossuet enseignaient que les rois sont des dieux et participent en quelque manière à l&#039;indépendance divine, ou, lorsqu&#039;on croyait, comme nos propres torys du vieux temps, que le &amp;quot;monarque est un délégué du ciel&amp;quot;, évidemment, les prémisses accordées, la conclusion forcée était qu&#039;il ne pouvait exister de limites au pouvoir de l&#039;État. Mais le principe moderne ne peut se défendre ainsi. Un corps législatif, qui ne peut prétendre ni à une origine ni à une mission divine, ne peut recourir au surnaturel pour légitimer ses prétentions à un pouvoir illimité ; d&#039;autre part, on n&#039;a jamais tenté de les établir par des preuves d&#039;ordre naturel. Par conséquent, la croyance en son autorité illimitée n&#039;a pas le caractère logique de l&#039;ancienne croyance au pouvoir illimité du roi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est chose curieuse de voir combien généralement les hommes restent en fait attachés à des doctrines qu&#039;ils ont rejetées de nom ; gardant la substance après qu&#039;ils ont abandonné la forme. En théologie, nous avons pour exemple Carlyle : étant étudiant, il croit abjurer la croyance de ses pères, mais il ne jette que l&#039;écaille et il conserve le contenu : ses conceptions de l&#039;univers et de l&#039;homme, sa conduite prouvent qu&#039;il est resté un des plus fervents calvinistes écossais. La science nous présente également un homme qui joint le naturalisme en géologie au surnaturalisme en biologie, Sir Charles Lyell. Expose-t-il le premier la théorie des causes actuelles en géologie, il ne tient aucun compte de la cosmogonie de Moïse, mais il défendra pendant longtemps la croyance à la création spéciale de chaque type organique, à laquelle on ne peut assigner d&#039;autre source que la cosmogonie de Moïse, et c&#039;est seulement dans la dernière partie de sa vie qu&#039;il se rendra aux arguments de Darwin. En politique, comme le prouve ce que nous avons dit plus haut, nous avons un cas analogue. La doctrine, tacitement acceptée du pouvoir illimité de l&#039;État, qui est commune aux torys, aux whigs et aux radicaux, remonte à l&#039;époque où les législateurs passaient pour être les délégués de Dieu ; elle survit aujourd&#039;hui, bien que la croyance à cette délégation divine des législateurs ait disparu. &amp;quot;Oh ! un acte du parlement peut tout&amp;quot;, voilà ce qu&#039;on répond au citoyen qui met en question la légitimité de quelque intervention arbitraire de l&#039;État, et le citoyen se tient coi. Il ne songe pas à demander comment, quand, où est née cette prétendue omnipotence, bornée seulement par des impossibilités matérielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici, nous nous permettrons de mettre en doute cette omnipotence. Puisqu&#039;on n&#039;invoque plus la théorie, autrefois fondée en logique d&#039;après laquelle celui qui gouverne sur cette terre étant le représentant de celui qui gouverne dans le ciel, c&#039;est un devoir de lui obéir en toutes choses, demandons quelle raison il y a d&#039;accepter comme un devoir l&#039;obéissance en toutes choses à un gouvernement constitutionnel ou républicain, dont la suprématie ne se réclame pas du ciel. Évidemment cette recherche nous entraîne à la critique des théories passées et présentes, concernant le pouvoir politique. Il faudrait peut-être s&#039;excuser de reprendre des questions depuis longtemps considérées comme résolues ; l&#039;excuse se trouve, et suffisante, dans l&#039;affirmation développée plus haut, que la théorie généralement reçue est mal fondée ou ne l&#039;est pas du tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La notion de la souveraineté est celle qui se présente la première, et un examen critique de cette notion, telle qu&#039;elle est comprise par ceux qui ne reconnaissent pas l&#039;origine surnaturelle de la souveraineté, nous ramène aux arguments de Hobbes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Admettons comme vrai le postulat d. Hobbies : &amp;quot;Quand les hommes ne vivent pas sous une autorité commune qui les maintient dans la crainte, ils sont dans cet état appelé guerre... de l&#039;un contre l&#039;autre&amp;quot; ; ce qui n&#039;est pas vrai, car il existe des sociétés non civilisées où, &amp;quot;sans une autorité commune qui les maintienne dans la crainte&amp;quot;, règne une paix plus profonde et une plus grande harmonie que dans les sociétés où cette autorité existe. Supposons également que Hobbes ait raison quand il pose en principe que le pouvoir gouvernemental dans les sociétés a pour origine leur désir de maintenir l&#039;ordre dans leur sein, quoique en réalité il naisse ordinairement du besoin de subordination à un chef pendant une guerre offensive ou défensive, et qu&#039;il n&#039;ait, dans ses commencements, ni en théorie ni en fait, aucun rapport avec le maintien de l&#039;ordre dans une association formée par des individus. Encore une fois, admettons cette hypothèse insoutenable que, pour échapper aux maux causés par des conflits chroniques, les membres d&#039;une communauté concluent un &amp;quot;pacte ou contrat&amp;quot;, par lequel ils s&#039;engagent tous à renoncer à leur liberté d&#039;action primitive&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Hobbes, &#039;&#039;Collected Works&#039;&#039;, t. III, p. 159.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; acceptons même que leurs descendants soient liés à tout jamais par le contrat conclu en leur nom par des ancêtres éloignés. Ne faisons, dis-je, aucune objection à ces données, mais passons aux conclusions que Hobbes en tire. Voici comment il s&#039;exprime&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Hobbes, &#039;&#039;Collected Works&#039;&#039;, t. III, pp. 130-131.&amp;lt;/ref&amp;gt; :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Là où n&#039;existe aucun contrat, aucun droit n&#039;a été transmis, et tout homme a droit à toute chose; par conséquent, aucune action ne peut être injuste. Mais là où il y a eu contrat, le violer est &#039;&#039;injuste&#039;&#039;, et la définition de &#039;&#039;l&#039;injustice&#039;&#039; n&#039;est autre que la &#039;&#039;non-exécution du contrat&#039;&#039;... Ainsi, avant que l&#039;on puisse qualifier... acte de juste ou d&#039;injuste, il faut qu&#039;il existe un pouvoir coercitif qui force tous les hommes également à exécuter leur contrat, par la crainte d&#039;une punition plus grande que le bénéfice qu&#039;ils espèrent tirer de la violation de leur contrat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes, à l&#039;époque de Hobbes, étaient-ils réellement assez pervers pour justifier son hypothèse qu&#039;aucun d&#039;eux n&#039;exécuterait le contrat par lequel il s&#039;est lié, en l&#039;absence d&#039;un pouvoir coercitif et de la crainte d&#039;un châtiment! De nos jours &amp;quot;les qualifications de juste et d&#039;injuste peuvent être appliquées&amp;quot; même si l&#039;on ne reconnaît aucun pouvoir coercitif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi mes amis, je pourrais en citer une demi-douzaine qui, j&#039;en ai la conviction, seraient fidèles à leurs engagements sans qu&#039;il fût nécessaire de les menacer d&#039;un châtiment, et pour qui les obligations seraient aussi impératives en l&#039;absence d&#039;un pouvoir coercitif qu&#039;en sa présence. Cependant, sans nous arrêter à l&#039;observation que cette hypothèse non justifié vicie l&#039;argument de Hobbes en faveur de l&#039;autorité de l&#039;État, et acceptant à la fois ses prémisses et sa conclusion, nous devons appeler l&#039;attention sur deux conséquences importantes. L&#039;une est que cette autorité de l&#039;État, basée sur un tel fondement, est un moyen en vue d&#039;une fin, et qu&#039;elle est seulement légitime dans les cas où elle sert à accomplir cette fin : si la fin n&#039;est pas accomplie l&#039;autorité, de par l&#039;hypothèse, n&#039;existe pas. L&#039;autre est que la fin, en vue de laquelle l&#039;autorité, ainsi spécifiée existe, consiste à obliger à la justice, à maintenir l&#039;équité dans les relations. Logiquement, aucune contrainte à l&#039;égard des citoyens n&#039;est légitime que si elle est indispensable, soit pour prévenir des attaques directes ou bien des attaques indirectes consistant dans la violation de contrats, soit pour pourvoir à la défense contre les ennemis du dehors, et nous aurons dans son entier la fonction de l&#039;autorité souveraine, telle qu&#039;elle résulte de la théorie de Hobbes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hobbes argumentait dans l&#039;intérêt de la monarchie absolue. Son admirateur moderne, Austin, s&#039;est proposé de faire dériver l&#039;autorité de la loi de la souveraineté sans bornes d&#039;un seul homme ou d&#039;un groupe d&#039;hommes, petit ou grand par rapport à la totalité de la communauté. Austin a servi d&#039;abord dans l&#039;armée, et l&#039;on a remarqué avec raison que &amp;quot;la vie militaire a laissé des traces dans sa &amp;quot;&#039;&#039;Province of Jurisprudence&#039;&#039;&amp;quot;. Quand, sans nous laisser rebuter par une pédanterie exaspérante, par des distinctions, des définitions et des répétitions sans fin, qui ne servent qu&#039;à masquer l&#039;essence de sa doctrine, nous examinons en quoi celle-ci consiste, il devient manifeste qu&#039;il assimile l&#039;autorité civile à l&#039;autorité militaire : il admet à priori que l&#039;une comme l&#039;autre est, sous le rapport de l&#039;origine et de l&#039;étendue, hors de toute discussion. Pour légitimer la loi positive, il nous ramène à la souveraineté absolue du pouvoir qui l&#039;impose : monarque, aristocratie, ou le groupe le plus considérable des électeurs dans une démocratie, car il donne aussi le titre de souverain à un corps de cette nature, par opposition avec le reste de la communauté qui, par incapacité ou pour tout autre motif, reste à l&#039;état de sujétion. Et après avoir affirmé ou plutôt admis sans discussion l&#039;autorité illimitée de ce corps, simple ou composé, petit ou grand, qu&#039;il qualifie de souverain, il n&#039;a, tout naturellement, aucune difficulté à en déduire la valeur de ses décrets, qu&#039;il appelle la loi positive. Mais il n&#039;a fait que reculer le problème ; il ne l&#039;a pas résolu. La véritable question est de savoir : D&#039;où vient la souveraineté ? De quel titre peut se prévaloir cette suprématie illimitée que s&#039;arroge un seul individu, ou bien une minorité ou un grand nombre sur tout le reste du groupe ? Un critique pourrait dire avec raison : &amp;quot;Nous vous dispensons de vos efforts pour faire dériver la loi positive de la souveraineté illimitée ; la. filiation est assez évidente. Mais prouvez d&#039;abord votre souveraineté absolue.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette demande il n&#039;est pas de réponse. Examinez son point de départ et vous verrez que la doctrine d&#039;Austin ne repose pas sur une base plus solide que celle de Hobbes. Si l&#039;on n&#039;admet pas d&#039;origine ou de délégation divine, aucun gouvernement, qu&#039;il soit à une ou à. plusieurs têtes, ne peut produire les titres nécessaires pour justifier ses&#039; prétentions au pouvoir absolu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Mais pardon, répliquera-t-on en chœur, il y a le droit incontestable de la. majorité qui donne un droit incontestable au parlement qu&#039;elle élit.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, voici que nous touchons au fond de la question. Droit divin des parlements veut dire droit divin des majorités. La base du raisonnement des législateurs, aussi bien que du peuple, c&#039;est que la majorité a des droits illimités. Telle est la théorie courante que tous acceptent sans preuve comme une vérité évidente par elle-même. Néanmoins la critique, je pense, montrera que cette théorie courante doit subir une modification radicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un essai sur les &#039;&#039;principes d&#039;administration des chemins de fer&#039;&#039; publié dans la &#039;&#039;Revue d&#039;Édimbourg&#039;&#039; d&#039;octobre 1854, j&#039;eus l&#039;occasion de traiter la question des pouvoirs d&#039;une majorité, en prenant pour exemple la conduite des compagnies publiques ; et je ne puis mieux frayer la voie aux conclurions, auxquelles nous allons aboutir qu&#039;en en citant un passage :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Dans quelque circonstance ou pour quelque fin qu&#039;un groupe d&#039;hommes coopèrent, on admet que, s&#039;il surgit entre eux une divergences d&#039;opinions, la justice exige que la volonté de la majorité s&#039;accomplisse plutôt que celle de la minorité ; et cette règle est supposée uniformément applicable, quelle que soit la question en litige. C&#039;est là une conviction tellement arrêtée et le principe, d&#039;où elle découle, a été si peu approfondi, que la suggestion d&#039;un doute étonnera bien des gens. Pourtant il suffit d&#039;une courte analyse pour montrer que cette opinion n&#039;est, en somme, qu&#039;une superstition politique. On trouve aisément des exemples prouvant, par réduction à l&#039;absurde, que le droit de la majorité est un droit purement conditionnel, valable dans certaines limites seulement. Supposons que, dans l&#039;assemblée générale d&#039;une société philanthropique, on ait résolu que l&#039;association non seulement soulagerait les pauvres, mais emploierait encore des prédicateurs à combattre le papisme en Angleterre. Les souscripteurs des catholiques, ralliés au groupe dans des vues de charité, peuvent-elles être légitimement appliquées à ce but ? Supposons que dans un comité de bibliothèque, la majorité des membres, pensant que dans les circonstances actuelles l&#039;exercice du tir a plus d&#039;importance que la lecture, décide de changer le but de l&#039;association et d&#039;appliquer les fonds disponibles à l&#039;achat de poudre, de balles et de cibles&amp;amp;nbsp;: les autres membres seront-ils liés par cette décision ? Supposons que, sous l&#039;impulsion de nouvelles venues d&#039;Australie, la majorité d&#039;une société de francs-tenanciers se détermine non seulement à partir en corps pour exploiter des mines d&#039;or, mais à consacrer les fonds de la société à équiper un vaisseau. Cette usurpation de la propriété sera-t-elle équitable à l&#039;égard de la minorité ? et. celle-ci est-elle obligée de se joindre à l&#039;expédition ? A peine quelqu&#039;un osera-t-il répondre affirmativement sur la première de ces questions ; à plus forte raison ne l&#039;osera-t-il pas sur les autres ? Et pourquoi ? Parce que tout le monde doit comprendre qu&#039;un individu, par le fait seul qu&#039;il s&#039;est associé à d&#039;autres, ne peut, sans que la justice en souffre, être entraîné à des actes tout à fait étrangers au but qu&#039;il se proposait en s&#039;associant. Chacune des minorités, dans les cas supposés, pourrait justement répondre à ceux qui prétendent la contraindre : &amp;quot;Nous nous sommes unis à vous dans un but déterminé ; nous avons donné notre argent et notre temps pour atteindre ce but ; dans toutes les questions qui s&#039;y rattachent, nous avons tacitement accepté de nous conformer à la volonté de la majorité, mais nous n&#039;avons pas consenti à nous conformer dans d&#039;autres questions. Si vous nous déterminez à nous associer avec vous par l&#039;annonce d&#039;un but défini, et qu&#039;ensuite vous entrepreniez d&#039;en exécuter un autre dont nous n&#039;avons pas été avisés, vous obtenez notre appui sous de faux prétextes ; vous sortez des conventions explicites ou tacites faites entre nous, et dès lors nous ne sommes plus liés par vos décisions.&amp;quot; Évidemment voilà la seule interprétation rationnelle de la question. Le principe général, sur lequel repose le gouvernement équitable de toute association, est que ses membres s&#039;engagent les uns vis-à-vis des autres, chacun pour sa part, à se soumettre à la volonté de la majorité dans toutes les affaires relatives à l&#039;accomplissement du dessein en vue duquel ils sont entrés dans l&#039;association, mais non pas dans d&#039;autres. Dans ces limites seulement le contrat est valable. En effet, comme la nature même d&#039;un contrat implique que les contractants connaissent leurs obligations, et comme ceux qui s&#039;unissent à d&#039;autres dans un but spécifié ne peuvent avoir en vue tous les buts non spécifiés que, par hypothèse, il serait possible à l&#039;association de poursuivre, il s&#039;ensuit que le contrat souscrit ne peut s&#039;étendre à ces buts non spécifiés. Et au cas où il n&#039;existe pas de conventions explicites ou implicites entre l&#039;association et ses membres touchant ces buts non spécifiés, la majorité, qui contraindrait la minorité à les poursuivre, se rendrait coupable de la tyrannie la plus révoltante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement, s&#039;il existe une telle confusion d&#039;idées, au sujet des pouvoirs de la majorité là où le contrat d&#039;association limite tacitement ces pouvoirs, elle doit encore exister davantage là où il n&#039;y a pas eu de pareil contrat. Néanmoins le même principe subsiste. J&#039;insiste sur la proposition que les membres d&#039;une association s&#039;engagent &#039;&#039;individuellement à se soumettre à la volonté de la majorité dans toutes les affaires concernant l&#039;accomplissement des desseins en vue desquels ils sont entrés dans l&#039;association, mais dans aucune autre&#039;&#039;. Et je soutiens qu&#039;elle s&#039;applique au corps d&#039;une nation aussi bien qu&#039;à une compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Mais, objectera-t-on encore, comme il n&#039;existe pas de contrat en vertu duquel les hommes se sont constitués en corps de nations, comme le but, en vue duquel l&#039;association a été formée, n&#039;est pas et. n&#039;a jamais été spécifié, il ne peut y avoir de limitation, et, par suite, le pouvoir de la majorité est illimité.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Evidemment il faut admettre que l&#039;hypothèse d&#039;un contrat social, soit sous la forme adoptée par Hobbes, soit sous la forme conçue par Rousseau, manque de fondement. Bien plus, il faut admettre que, même un tel contrat eût-il été une fois conclu, il ne pourrait lier les descendants de ceux qui l&#039;ont conclu. En outre, si quelqu&#039;un dit qu&#039;en l&#039;absence de ces limitations de pouvoir que pourrait impliquer un acte d&#039;association il n&#039;y a rien qui empêche une majorité d&#039;imposer par force sa volonté à une minorité, il faut donner son assentiment à la condition toutefois d&#039;y joindre ce commentaire que, si la force supérieure de la majorité lui sert de justification, la force supérieure d&#039;un despote appuyé par une armée suffisante est également justifiée ; mais nous nous écartons de notre problème. Ce que nous cherchons ici, c&#039;est quelque justification plus sérieuse de la subordination de la minorité vis-à-vis de la majorité que celle qui résulte de l&#039;incapacité de résister à la contrainte matérielle. Austin lui-même, soucieux comme il l&#039;est d&#039;établir l&#039;autorité incontestable de la loi positive et soutenant qu&#039;elle découle d&#039;une souveraineté absolue, monarchique, aristocratique, constitutionnelle ou populaire, est obligé, en dernier ressort, d&#039;admettre une limite morale à l&#039;action de cette souveraineté sur la communauté. Tandis qu&#039;il insiste, en poursuivant sa théorie avec rigueur, sur ce qu&#039;un corps souverain sorti du peuple &amp;quot;est &#039;&#039;légalement&#039;&#039; libre de restreindre la liberté politique de ce dernier, à volonté et à discrétion&amp;quot;, il concède que &amp;quot;un gouvernement peut être empêché par la &#039;&#039;morale positive&#039;&#039; de mutiler la liberté politique qu&#039;il laisse ou qu&#039;il accorde à ses sujets&amp;quot;. Il s&#039;agit donc de trouver, non pas une justification matérielle, mais une justification morale de cette prétendue omnipotence de la majorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne manquera pas de me faire l&#039;objection suivante : &amp;quot;Il va de soi qu&#039;en l&#039;absence de toute convention et des limitations qu&#039;elle implique, le pouvoir de la majorité n&#039;est point limité ; car il est de toute justice que la volonté de la majorité soit faite plutôt que celle de la minorité.&amp;quot; Cette objection paraît très raisonnable, avant qu&#039;elle ait été réfutée. Nous pouvons répondre par cette proposition non moins soutenable que, en l&#039;absence de toute convention, la prédominance de la majorité n&#039;existe nullement. C&#039;est la coopération, quelle qu&#039;elle soit, qui est la source des droits et des devoirs de la majorité et de la minorité, et s&#039;il n&#039;y a pas d&#039;accord pour coopérer, il n&#039;y a pas non plus de tels droits, de tels devoirs. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici l&#039;argumentation semble aboutir à une impasse. Dans la condition présente des choses, aucune origine morale ne parait assignable ni à la souveraineté de la majorité, ni à la limitation de cette souveraineté. Mais avec un peu de réflexion nous pourrons résoudre la difficulté. Car si, écartant toute pensée d&#039;un accord pour coopérer, tel qu&#039;on le supposait ci-dessus, nous demandons quel est l&#039;accord qui réunirait à présent, dans la pratique, l&#039;unanimité des citoyens, nous obtenons une réponse suffisamment claire, et avec elle une justification suffisamment claire de la prépondérance de la majorité dans une certaine sphère, mais non au delà de cette sphère. Notons d&#039;abord quelques-unes des limitations qui apparaissent immédiatement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Demandez à tous les Anglais s&#039;ils veulent s&#039;entendre pour coopérer à l&#039;enseignement de la religion ou donner à la majorité le pouvoir de fixer les croyances et les formes du culte, la plupart répondront par un vigoureux &amp;quot;Non&amp;quot;. Si, à la suite d&#039;une proposition de faire revivre les lois somptuaires, on faisait une enquête pour savoir s&#039;ils s&#039;engageraient à se soumettre aux volontés de la majorité en ce qui touche la coupe et la qualité de leurs vêtements, presque tous s&#039;y refuseraient. Semblablement (pour prendre une question d&#039;actualité) qu&#039;on les consulte pour savoir si, en ce qui concerne leur boisson, ils accepteraient la décision de la majorité, moitié certainement et probablement plus de la moitié diraient non. Quelque désir qui se manifestât de coopérer pour exécuter ou pour régler de telles actions, il serait loin d&#039;être un désir unanime. Évidemment donc, si nous avions nous-mêmes à inaugurer une coopération sociale et à spécifier son but avant de pouvoir obtenir que l&#039;on consentit à coopérer, il y aurait de vastes champs de l&#039;activité humaine pour lesquels on déclinerait la coopération, et, par suite, en ce qui les concerne, aucune autorité ne pourrait être légitimement exercée par la majorité sur la minorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Passons maintenant à la question contraire. Pour quelle fin tout le monde s&#039;accorderait-il à coopérer ? Personne ne niera que, pour résister à une invasion, l&#039;accord serait de fait unanime. A l&#039;exception des seuls Quakers qui, ayant fait dans leur temps une œuvre hautement utile, sont actuellement en train de disparaître, tous s&#039;uniraient pour une guerre défensive (non pas, toutefois, pour une guerre offensive) et tous, par là, s&#039;engageraient tacitement à se soumettre à la volonté de la majorité relativement aux mesures à prendre pour arriver à cette fin. Il y aurait également unanimité de fait pour un pacte de coopération à la défense contre les ennemis du dehors. Hormis les criminels, tous doivent souhaiter que leur personne et leur propriété soient protégées. Bref, chaque citoyen désire préserver sa vie, préserver les choses qui aident à vivre et à jouir de la vie, et garder intacte sa liberté d&#039;user de ces choses et d&#039;en acquérir de semblables. Il est évident pour lui qu&#039;il ne peut le faire s&#039;il agit isolément. Contre les envahisseurs du dehors il est impuissant à moins de s&#039;unir avec des concitoyens, et se protéger contre les envahisseurs du dedans serait, sans une semblable union, une tâche à la fois accablante, dangereuse et inefficace. Il est une autre coopération à laquelle tous sont intéressés ; c&#039;est celle qui a pour but de tirer profit du territoire qu&#039;ils habitent. Si la communauté des biens subsistait comme aux premiers temps, le contrôle commun primitif de l&#039;emploi que pourraient faire de la terre les individus ou des groupes d&#039;individus subsisterait également ; et les décisions de la majorité prévaudraient légitimement dans la détermination des conditions auxquelles les portions du sol serviraient soit à l&#039;alimentation, soit à la création de moyens de communication,. soit. à d&#039;autres usages. Aujourd&#039;hui même, quoique la matière soit. devenue plus complexe par l&#039;accroissement de la propriété. privée, l&#039;Etat restant toujours le propriétaire suprême (chaque propriétaire étant, d&#039;après la loi, un tenancier de la couronne) qui a le droit de reprendre possession ou d&#039;exproprier en payant un prix raisonnable, on peut en conclure que la volonté de la majorité prévaut quant aux modes et aux conditions suivant lesquels on peut utiliser le dessus et le dessous ; ce qui implique certaines conventions faites en faveur du public avec des particuliers et des compagnies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;est pas besoin ici d&#039;apporter des détails ni de discuter sur les limites qui séparent ces catégories de cas, ni de dire ce qui rentre dans l&#039;une ou ce qui est exclu de l&#039;autre. Pour notre but actuel, il suffit de reconnaître cette vérité indéniable qu&#039;il existe de nombreuses espèces d&#039;actions que les hommes, s&#039;ils étaient consultés, seraient loin d&#039;être unanimes à vouloir accomplir, même si telle était la volonté de 1a majorité ; tandis qu&#039;il est quelques espèces d&#039;action à l&#039;accomplissement desquelles la presqu&#039;unanimité consentiraient à donner leur concours. Ici donc nous trouvons une raison définie pour imposer la volonté de la majorité dans de certaines limites, et une raison définie pour nier l&#039;autorité de cette volonté au delà de certaines limites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais évidemment, à l&#039;analyse, la question se résout en la suivante : Quels sont les droits respectifs du groupe et de ses membres ? Les droits de la communauté valent-ils dans tous les cas contre l&#039;individu ? ou l&#039;individu possède-t-il des droits qui valent contre la communauté ? Du jugement porté sur ce point dépend tout l&#039;échafaudage des opinions politiques, et plus spécialement de celles qui ont trait à la sphère propre du gouvernement. Ici donc j&#039;ai l&#039;intention de faire revivre une controverse assoupie, dans l&#039;espoir d&#039;arriver à une conclusion différente de celle généralement reçue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans sen ouvrage : &#039;&#039;Des Rapports de l&#039;État et du travail&#039;&#039;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;The State in Relation to Labour&#039;&#039;.&amp;lt;/ref&amp;gt;, le professeur Jevons dit : &amp;quot;le premier pas à faire, c&#039;est de débarrasser notre esprit de cette idée qu&#039;il y a dans les questions sociales quelque chose comme des droits abstraits.&amp;quot; Dans son article sur la Propriété littéraire, M. Mathew Arnold exprime une opinion semblable. &amp;quot;Un auteur, dit-il, n&#039;a aucun droit naturel à la propriété de son œuvre.&amp;quot; Il n&#039;a donc non plus aucun droit naturel à quoi que ce soit qu&#039;il puisse produire ou acquérir. Ainsi encore lisais-je récemment dans un journal hebdomadaire de haute réputation : &amp;quot;Démontrer une fois de plus qu&#039;il n&#039;existe rien de pareil à un droit naturel, ce serait perdre son temps et sa science.&amp;quot; Et l&#039;opinion exprimée dans ces extraits est communément énoncée par les hommes d&#039;état et par les légistes d&#039;une façon qui implique que seules les masses qui ne pensent pas en ont une autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être cette déclaration eût-elle dû être faite sur un ton moins dogmatique, puisqu&#039;on savait que toute une école de légistes sur le continent maintient une opinion diamétralement opposée à celle soutenue par l&#039;école anglaise. L&#039;idée du &#039;&#039;Natur-Recht&#039;&#039; est l&#039;idée fondamentale de la jurisprudence allemande. Et quoi qu&#039;on puisse penser de la philosophie allemande, on ne peut pas dire d&#039;elle qu&#039;elle ne va pas au fond des choses. Une doctrine qui a cours chez un peuple remarquable entre les autres par son esprit de recherche et qu&#039;on ne peut certes ranger parmi les penseurs superficiels ne devrait pas être écartée comme si ce n&#039;était rien de plus qu&#039;une illusion populaire. Ceci, pourtant, soit dit en passant. A la proposition qu&#039;on nie dans les citations ci-dessus se lie l&#039;affirmation d&#039;une contre-proposition. Voyons quelle elle est, si nous l&#039;examinons de près et si nous recherchons sur quoi elle se fonde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Retournons à Bentham, et nous trouverons cette contre-proposition nettement exprimée. Il nous dit que le gouvernement remplit son rôle &amp;quot;en créant des droits qu&#039;il confère aux individus, droits de sécurité pour les personnes, droits de protection pour leur honneur, droits de propriété&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Bentham&#039;s Works&#039;&#039;, t. I, p. 301.&amp;lt;/ref&amp;gt;, etc.&amp;quot; Si cette doctrine était affirmée comme dérivant du droit divin des rois, elle ne renfermerait rien de manifestement illogique. Elle viendrait de l&#039;antique Pérou, où l&#039;Inca &amp;quot;était la source d&#039;où tout découle&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Prescott, &#039;&#039;Conquest of Peru&#039;&#039;, t. I, ch. I.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; ou de Shou (Abyssinie) où &amp;quot;le roi est maître absolu des personnes et de tous les biens terrestres&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Harris, &#039;&#039;Highlands of Ethiopia&#039;&#039;, t. II, p. 94.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; ; ou du Dahomey où &amp;quot;tous les hommes sont les esclaves du roi&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Burton, &#039;&#039;Mission to Gedele, King of Dahome&#039;&#039;, t. I, p. 226.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; ; qu&#039;elle serait assez logique. Mais Bentham, loin d&#039;être absolutiste comme Hobbes, écrivait en faveur du gouvernement populaire. Dans son &#039;&#039;Code constitutionnel&#039;&#039; il place la souveraineté dans le peuple entier, arguant que le mieux est &amp;quot;de donner le pouvoir souverain à la plus grande portion possible de ceux qu&#039;il s&#039;agit principalement de rendre le plus heureux possible&amp;quot;, parce que &amp;quot;cette proportion est plus convenable que tout autre pour la réalisation de ce but&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Observons maintenant ce qui arrive quand nous rapprochons ces deux doctrines. Le peuple souverain dans son ensemble désigne des représentants et crée ainsi un gouvernement ; le gouvernement ainsi créé crée des droits ; puis, ayant créé les droits, il les confère séparément à chacun des membres du peuple souverain par lequel il a été lui-même créé. Quel merveilleux tour de passe-passe politique ! M. Matthews Arnold, soutenant, dans l&#039;article déjà cité, que &amp;quot;la propriété est une création de la loi&amp;quot;, nous dit de prendre garde au &amp;quot;fantôme métaphysique de la propriété en soi&amp;quot;. Assurément, de tous les fantômes métaphysiques le plus semblable à une ombre est celui qui suppose une chose obtenue par la création d&#039;un agent, qui crée la chose et confère ensuite la chose à son propre créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quelque point de vue que nous la considérions, la proposition de Bentham reste incompréhensible. Le gouverneraient, dit-il, remplit son office &amp;quot;en créant des droits&amp;quot;. Le mot &amp;quot;créer&amp;quot; peut être entendu de deux façons. Il peut signifier tirer quelque chose de rien, ou il peut signifier donner une forme, une structure à quelque chose qui existe déjà. Beaucoup de gens pensent que tirer quelque chose de rien ne peut être conçu comme possible même à la toute-puissance ; et personne probablement n&#039;affirmera que tirer quelque chose de rien sois de la compétence d&#039;un gouvernement humain. La seconde alternative est qu&#039;un gouvernement humain crée seulement en ce sens qu&#039;il façonne quelque chose de préexistant. Auquel cas cette question surgit : &amp;quot;Quelle est cette chose préexistante qu&#039;il façonne ?&amp;quot; Evidemment toute la question roule sur le mot &amp;quot;créer&amp;quot; qui fait illusion au lecteur. Bentham était très méticuleux à l&#039;endroit de la propriété de l&#039;expression, et son livre des erreurs (&#039;&#039;Book of Fallacies&#039;&#039;) contient un chapitre sur &amp;quot;les termes-imposteurs&amp;quot;. Il est curieux qu&#039;il ait pu fournir lui-même un exemple si frappant de la. perversion d&#039;opinion que peut produire un terme-imposteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais. laissons de côté toutes ces propositions inintelligibles, et cherchons quelle est l&#039;interprétation la plus soutenable de l&#039;opinion de Bentham.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut dire que la totalité des pouvoirs et des droits existait originairement à l&#039;état d&#039;un tout indivis chez le peuple souverain, et que ce tout indivis est confié, comme disait Austin, à un pouvoir gouvernemental désigné par le peuple souverain à l&#039;effet d&#039;opérer la distribution. Si, comme nous l&#039;avons vu, cette proposition que l&#039;on crée des droits est une simple figure de langage, le sens intelligible de l&#039;opinion de Bentham est celui-ci : une multitude d&#039;individus, qui individuellement veulent satisfaire leurs désirs et qui ont, en tant qu&#039;agrégat, la possession de toutes les sources de satisfaction aussi bien que l&#039;autorité sur tous les actes des individus, nomment un gouvernement, et ce gouvernement déclare de quelle manière et sous quelles conditions l&#039;activité individuelle peut se donner carrière et obtenir les satisfactions. Observons ce qui est impliqué par là.. Chaque homme existe sous un double aspect. Comme homme privé, il est soumis au gouvernement ; comme membre de la société, il est un membre du peuple souverain qui nomme le gouvernement. C&#039;est-à-dire qu&#039;à titre d&#039;homme privé il est un de ceux auxquels on accorde des droits, et qu&#039;à titre de membre de la société il est un de ceux qui, par l&#039;intermédiaire du gouvernement nommé par eux, confèrent les droits. Passons de l&#039;abstrait au concret et voyons ce que comporte cette définition. Supposons que la communauté consiste en un million d&#039;hommes qui, d&#039;après notre hypothèse, ne sont pas seulement les copropriétaires du pays habité, mais encore les copropriétaires de toutes les libertés d&#039;agir et de posséder, le seul droit reconnu étant celui de l&#039;agrégat sur toute chose. Que va-t-il suivre ? Chaque individu, tout en ne possédant aucun produit de son propre travail a, comme unité dans le corps souverain, un millionième de la propriété des produits du travail de tous les autres. C&#039;est là une conclusion inévitable. Comme le gouvernement, d&#039;après Bentham, n&#039;est qu&#039;un agent, les droits qu&#039;il confère sont des droits à lui confiés par le peuple souverain. S&#039;il en est ainsi, de tels droits doivent être possédés en bloc par le peuple souverain avant que le gouvernement, pour accomplir son mandat, ne les confère aux individus ; et, s&#039;il en est ainsi, chaque individu a la millionième partie de ces droits à titre de membre de la société, tandis qu&#039;il n&#039;a aucun droit, à titre d&#039;homme privé. Ceux-ci, il les acquiert seulement quand les autres membres du million s&#039;unissent pour l&#039;en investir, tandis qu&#039;il s&#039;unit à eux pour en revêtir chaque autre membre du million.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de quelque façon que nous l&#039;interprétions, la proposition de Bentham nous laisse dans un tissu d&#039;absurdités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même dans l&#039;ignorance de l&#039;opinion adverse des juristes allemands, même sans une analyse qui démontre que leur propre opinion n&#039;est pas soutenable, les disciples de Bentham auraient pu traiter moins cavalièrement la doctrine des droits naturels. En effet divers groupes de phénomènes sociaux s&#039;unissent pour prouver que cette doctrine est bien fondée, tandis que celle qu&#039;ils lui opposent est mal fondée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des tribus, dans diverses parties du monde, nous montrent qu&#039;avant la naissance d&#039;un gouvernement défini la conduite est réglée par des coutumes. Les Bechuanas obéissent à &amp;quot;des coutumes reconnues de longue date&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Burchell, W. J. &#039;&#039;Travels into the Interior of Southern Africa&#039;&#039;, t. I, p. 544.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Parmi les Hottentots Koranna qui &amp;quot;supportent leurs chefs plutôt qu&#039;ils ne leur obéissent,&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Arbouset et Dumas. &#039;&#039;Voyage d&#039;exploration&#039;&#039;, p. 27.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;quand les anciens usages ne s&#039;y opposent pas, chaque homme semble agir suivant ce qui est le droit à ses propres yeux&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Thompson, G. A. &#039;&#039;Travels and Adventures in Southern Africa&#039;&#039;, t. II, p. 30.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Les Araucans ne sont guidés par &amp;quot;rien de plus que des usages primordiaux ou des conventions tacites&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Thompson, G. A. &#039;&#039;Alcedo&#039;s Geographical and Historical Dictionary of America&#039;&#039;, t. I, p. 405.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Chez les Kirghises les jugements des anciens se basent sur &amp;quot;des coutumes universellement reconnues&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Mitchel Alex. &#039;&#039;Siberian Overland Route&#039;&#039;, p. 248.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Des Dyaks aussi Rajah Brooke nous dit que &amp;quot;la coutume semble simplement être devenue la loi ; et que la violation de la coutume entraîne une amende&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Brookes, C. &#039;&#039;Ten Years in Saráwak&#039;&#039;, t. I, p. 129.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Tellement sacrées sont les coutumes immémoriales pour l&#039;homme primitif, qu&#039;il ne songe jamais à mettre leur autorité en question ; et, quand un gouvernement est établi, son pouvoir est borné par elles. A Madagascar, la parole du roi suffit là seulement &amp;quot;où il n&#039;y a pas de loi, de coutume, ni de précédent&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Ellis, &#039;&#039;History of Madagascar&#039;&#039;, t. I, p. 377.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Raffles dit qu&#039;à Java &amp;quot;les coutumes du pays limitent la volonté des chefs&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Raffles, Sir T. S., &#039;&#039;History of Java&#039;&#039;, t. I, p. 274.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. A Sumatra, également, on ne &amp;quot;permet pas aux chefs d&#039;altérer les anciens usages&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Marsden, W., &#039;&#039;History of Sumatra&#039;&#039;, p. 217.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Quelquefois même, comme chez les Ashantees &amp;quot;la tentative de changer quelques coutumes&amp;quot; a causé le détrôneront du roi&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Reecham, J., &#039;&#039;Ashantee and the Gold Coast&#039;&#039;, p. 90.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Or, parmi les coutumes que nous trouvons ainsi préexister au gouvernement et auxquelles est subordonné le pouvoir du gouvernement après son établissement, figurent celles qui reconnaissent certains droits individuels, droits d&#039;agir de certaines façons et de posséder certaines choses. Même là où le droit de propriété est le moins reconnu, on trouve la propriété des armes, des outils, des ornements personnels, et généralement cette reconnaissance s&#039;étend à beaucoup d&#039;autres objets. Chez les Indiens du Nord de l&#039;Amérique, tels que les Serpents, qui n&#039;ont pas de gouvernement, existe la propriété privée des chevaux. Chez les Chippeways &amp;quot;qui n&#039;ont pas de gouvernement régulier&amp;quot; le gibier pris dans des pièges privés &amp;quot;est considéré comme propriété privée&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Schoolcraft, H. R. &#039;&#039;Expedition to the sources of the Mississipi River&#039;&#039;.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Des faits analogues relatifs aux huttes, ustensiles et autres propriétés personnelles pourraient être mis en évidence par des relations sur les Ahts, les Comanches, les Esquimaux et les Indiens du Brésil. Parmi les divers peuples non civilisés, la coutume a établi le droit à la récolte qui croît sur un terrain défriché, mais non au sol lui-même, et les Todas, qui sont absolument dépourvus d&#039;organisation politique, font une distinction pareille entre la propriété du bétail et celle du sol. Ce que dit Kolff au sujet des &amp;quot;pacifiques Arafuras&amp;quot; résume bien les témoignages. Ils &amp;quot;reconnaissent le droit de propriété, dans la plus large acception du mot, sans qu&#039;il y ait d&#039;autre autorité chez eux que les décisions des anciens, suivant les coutumes de leurs pères&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Earl&#039;s Kolff&#039;s Voyage of the Domga&#039;&#039;, p. 161.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Mais même sans chercher de preuves parmi les tribus non civilisées, les premières étapes de la civilisation en fournissent de suffisantes. Bentham et ses disciples semblent avoir oublié que nos lois ne sent guère que la fusion en un seul corps &amp;quot;des coutumes du royaume&amp;quot;. Elles n&#039;ont fait que donner une forme définitive à ce qu&#039;elles ont trouvé existant déjà. Ainsi le fait et la théorie sont absolument contradictoires. Le fait est que la propriété était parfaitement reconnue avant l&#039;existence de la loi ; la théorie enseigne que &amp;quot;la propriété est la création de la loi&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des considérations d&#039;un autre genre auraient suffi à les arrêter, s&#039;ils en avaient bien pesé la valeur. Fût-il vrai, comme l&#039;allègue Bentham, que le gouvernement remplit son office &amp;quot;en créant les droits qu&#039;il confère aux individus&amp;quot;, cela impliquerait qu&#039;il ne peut y avoir d&#039;uniformité approximative dans les droits conférés par des gouvernements différents. En l&#039;absence d&#039;une cause déterminante qui domine leurs décisions, il y aurait à parier cent contre un qu&#039;elles ne concorderaient guère. Or, il existe entre ces décisions une concordance très grande. De quelque côté que nous regardions, nous trouvons que les gouvernements interdisent les mêmes espèces d&#039;agressions, et corrélativement, reconnaissent les mêmes espèces de droits. Ils défendent ordinairement l&#039;homicide, le vol, l&#039;adultère&amp;amp;nbsp;: ils affirment ainsi que les citoyens peuvent être mis à l&#039;abri de certaines atteintes. Et à mesure que la société progresse, la protection s&#039;étend à des droits individuels moins importants et réparation est due pour les violations de contrat, pour diffamation, pour faux témoignage, etc. En un mot, la comparaison montre que les codes de lois, s&#039;ils diffèrent dans les détails à mesure qu&#039;on les développe, s&#039;accordent sur les points fondamentaux. Qu&#039;est-ce que cela prouve ? Un tel accord ne peut être fortuit. S&#039;il existe, c&#039;est parce que la prétendue création de droits consistait uniquement à sanctionner en les formulant et à définir avec plus de précision ces revendications de droits et ces reconnaissances de droits qui découlent naturellement des désirs individuels d&#039;hommes vivant en société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sociologie comparée met en lumière un autre groupe de faits dont on peut tirer la même conclusion. Avec le progrès social s&#039;accroît pour l&#039;État la tâche, non seulement de sanctionner en les formulant les droits des individus, mais aussi de les défendre contre ceux qui les attaquent. Avant qu&#039;un gouvernement permanent ne soit constitué, et dans bien des cas, après qu&#039;il a reçu un développement considérable, les droits de chaque. individu sont affirmés et défendus par lui-même ou par sa famille. Chez les tribus sauvages d&#039;aujourd&#039;hui, comme chez les peuples civilisés d&#039;autrefois, et même dans les parties mal policées de l&#039;Europe actuelle, le châtiment d&#039;un meurtre est une affaire d&#039;ordre privé : &amp;quot;le devoir sacré d&#039;exiger sang pour sang est dévolu à quelque partie du groupe familial&amp;quot;. Pareillement des compensations pour les agressions contre la propriété et pour les offenses d&#039;autre sorte sont, dans les sociétés primitives, revendiquées arbitrairement par chaque individu ou par la famille. Mais à mesure que l&#039;organisation sociale s&#039;améliore, le pouvoir central prend de plus en plus à sa charge de garantir la sécurité personnelle des individus, la sécurité de leurs biens, et, jusqu&#039;à un certain point, la validité de leurs prétentions établies par contrat. Exclusivement occupé, dans l&#039;origine, à défendre la société dans son ensemble contre d&#039;autres sociétés, ou à diriger ses attaques contre d&#039;autres sociétés, le gouvernement de plus en plus a pris à sa charge la défense des individus les uns contre les autres. Il suffit de rappeler l&#039;époque où le port d&#039;armes était d&#039;usage constant, ou de mentionner l&#039;accroissement de la sécurité des personnes et des biens obtenue de nos jours par l&#039;amélioration de la police, ou de noter la facilité plus grande avec laquelle s&#039;opère le recouvrement de petites dettes, pour voir que l&#039;on fait de plus en plus un devoir à l&#039;État d&#039;assurer à chaque individu la libre poursuite des fins de la vie, dans les limites que pose la même poursuite de la part d&#039;autrui. En d&#039;autres termes,. de pair avec le progrès social va non seulement une reconnaissance plus complète de ce que nous appelons les droits naturels, mais aussi leur garantie plus effective par le gouvernement : celui-ci a le devoir de veiller de plus en plus à la réalisation de ces conditions premières du bien-être individuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un changement connexe et plus significatif encore a accompagné le précédent. Aux premières époques, alors que l&#039;Etat n&#039;intervenait pas pour protéger l&#039;individu contre les agressions, lui-même était agresseur en bien des façons. Ces anciennes sociétés qui se perfectionnèrent assez pour laisser des souvenirs, ayant toutes été conquérantes, se montrent partout avec les traits du régime militant. De même que pour organiser efficacement des corps de combattants, les soldats doivent obéir passivement et ne prendre d&#039;initiative que s&#039;ils y sont autorisés par leurs chefs, de même, pour organiser efficacement des sociétés militaires, les citoyens doivent subordonner leur volonté individuelle. Les droits privés sont effacés par les droits publics, et le sujet perd beaucoup de sa liberté d&#039;action. Un des résultats, c&#039;est que le système de l&#039;enrégimentation, envahissant la société comme l&#039;armée, entraîne une réglementation minutieuse de la conduite. Les prescriptions du chef, qui sont sacrées puisqu&#039;elles sont censées émaner du dieu, son ancêtre, ne sont restreintes par aucune conception de la liberté individuelle, et elles règlent les actions humaines jusque dans les moindres détails : les aliments, la façon de les préparer, la forme de la barbe, les franges des vêtements, l&#039;ensemencement du blé, etc. Ce contrôle universel, qui apparaît chez presque toutes les anciennes nations de l&#039;Europe, se montre aussi dans une large mesure chez les Grecs, et il était porté au plus haut dans la cité la plus militaire, Sparte. Semblablement, par toute l&#039;Europe, pendant le moyen âge, où la guerre existait à l&#039;état chronique avec les formes politiques et les idées qui lui sont propres, à peine y avait-il quelque borne à l&#039;intervention gouvernementale : l&#039;agriculture, l&#039;industrie, le commerce étaient réglementés dans le détail ; les croyances et les pratiques religieuses étaient imposées, et les chefs décidaient qui aurait le droit de porter des fourrures, de se servir de vaisselle en argent, de publier des livres, d&#039;avoir un colombier, etc., etc. Mais, avec les progrès de l&#039;activité industrielle et la substitution du régime du contrat au régime de la contrainte gouvernementale, et avec le développement des sentiments connexes, s&#039;est produite (jusqu&#039;à la réaction récente accompagnant le retour à l&#039;état militant) une diminution de cette ingérence dans les actes individuels. Le législateur a cessé graduellement de réglementer la manière de faire la récolte, de prescrire la proportion qui doit exister entre la quantité du bétail et le nombre des arpents, de spécifier les modes de travail et les matières à employer, de fixer les salaires ou le prix des denrées, d&#039;intervenir en matière de vêtements et de jeux (excepté les cas de filouterie), d&#039;appliquer des peines ou d&#039;accorder des primes aux importateurs et aux exportateurs, de décréter les croyances religieuses ou politiques, d&#039;empêcher les citoyens de s&#039;associer à leur gré, ou de voyager où il leur plaît. En d&#039;autres termes, pour une grande part de sa conduite, le droit du citoyen à agir sans contrôle l&#039;a emporté sur la prétention de l&#039;État à le contrôler. Le gouvernement, tandis qu&#039;il aidait de plus en plus le citoyen à écarter toute intrusion de cette sphère privée dans laquelle il poursuit les fins de la vie, s&#039;est lui-même retiré de cette sphère, ou, en d&#039;autres termes, il a restreint son intervention.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous n&#039;avons pas encore noté cependant toutes les catégories de faits qui racontent la même histoire. Les améliorations et les réformes de la loi elle-même la redisent, ainsi que les aveux et les déclarations de leurs auteurs. &amp;quot;Dès le XVe siècle, dit le professeur Pollack, un juge de droit commun déclarait que : comme dans un cas non prévu par des ordonnances écrites, les jurisconsultes et les canonistes imaginent une règle nouvelle en harmonie avec la loi naturelle qui est le principe de toutes lois, la cour de Westminster peut et veut agir de même&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;The Methods of Jurisprudence : an Introductory Lecture at University College&#039;&#039;, London, 31 octobre 1862.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;quot; De plus, notre &#039;&#039;système&#039;&#039; &#039;&#039;d&#039;équité&#039;&#039;, introduit et développé pour suppléer aux lacunes du droit commun, ou pour rectifier ses injustices, est entièrement fondé sur la reconnaissance des droits de l&#039;individu, qui existent même en dehors de toute autorité légale. Et les changements qu&#039;à présent la loi subit de temps en temps, après une certaine résistance des législateurs, s&#039;accomplissent également d&#039;après les idées courantes sur l&#039;équité nécessaire, idées qui, au lieu d&#039;être dérivées de la loi, sont en opposition avec elle. Par exemple, l&#039;acte récent qui donne à une femme mariée un droit de propriété sur ses acquêts personnels a évidemment sa source dans la conscience que le lien naturel entre le travail dépensé et le bénéfice acquis doit être maintenu dans tous les cas. La loi réformée n&#039;a pas créé le droit, mais la reconnaissance du droit a créé la loi réformée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de cinq catégories différentes de preuves historiques ressort cet enseignement que les notions populaires au sujet des droits, si confuses qu&#039;elles soient, et inacceptables pour une grande part, projettent pourtant devant elles l&#039;ombre d&#039;une vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reste maintenant à examiner quelle est la source originelle de cette vérité. J&#039;ai parlé précédemment de ce secret connu : que tous les phénomènes sociaux, si nous les analysons à fond, nous ramènent aux lois de la vie, et qu&#039;il est impossible de les bien comprendre si nous ne nous reportons aux lois de la vie. Transportons donc cette question des droits naturels de l&#039;arène politique dans le domaine de la science, de la science de la vie. Que le lecteur se rassure : les faits les plus simples et les plus en évidence suffiront. Nous examinerons d&#039;abord les conditions générales de la vie individuelle, puis les conditions générales de la vie sociale. Nous trouverons que toutes deux conduisent à la même conclusion. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vie animale entraîne une déperdition ; toute perte exige réparation ; réparation implique nutrition. A son tour, 1a nutrition présuppose l&#039;acquisition de nourriture ; la nourriture ne peut être obtenue sans facultés de préhension, et, ordinairement, de locomotion ; et pour que ces facultés puissent s&#039;exercer, il faut qu&#039;il y ait liberté de se mouvoir. Enfermez un mammifère dans un espace étroit, ou bien liez lui les membres, ou enlevez lui la nourriture qu&#039;il s&#039;est procurée, vous causerez sa mort en persistant dans l&#039;un ou l&#039;autre de ces procédés. Au delà d&#039;un certain point, l&#039;impossibilité de satisfaire à ces besoins devient fatale. Et ce que nous disons ici des animaux supérieurs en général s&#039;applique naturellement à l&#039;homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous adoptons le pessimisme pour croyance et avec lui cette implication que, la vie étant en général un mal, il faut y mettre fin, il n&#039;y a plus de base morale aux actes par lesquels la vie est entretenue ; toute la question croule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si nous adoptons soit la doctrine de l&#039;optimisme, soit la doctrine du progrès, si nous disons qu&#039;en somme la vie apporte plus de plaisirs que de peines, ou qu&#039;elle est en train de devenir telle qu&#039;elle procurera plus de plaisirs que de peines, alors les actes par lesquels la vie se soutient sont justifiés et la liberté de les accomplir a sa raison d&#039;être. Estime-t-on que la vie a son prix ? cette opinion implique qu&#039;on ne doit pas empêcher les individus d&#039;exercer les activités nécessaires à l&#039;entretiens de la vie. En d&#039;autres termes, si l&#039;on admet qu&#039;il est &#039;&#039;juste&#039;&#039; de ne pas entraver ces activités, réciproquement, on admet qu&#039;on a le droit de les exercer. Manifestement, la &amp;quot;conception des droits naturels&amp;quot; a son origine dans la reconnaissance de cette vérité que, si l&#039;existence est justifiable, il doit y avoir une justification à l&#039;accomplissement des actes essentiels à sa conservation, et, par conséquent, une justification aux libertés et aux droits qui rendent de tels actes possibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cette proposition, parce qu&#039;elle est vraie des autres créatures comme de l&#039;homme, n&#039;a pas de caractère moral. Le caractère moral naît seulement avec la distinction entre ce qu&#039;il est &#039;&#039;permis&#039;&#039; à l&#039;individu de faire en exerçant les activités qui entretiennent sa vie, et ce qui ne lui est &#039;&#039;pas permis&#039;&#039;. Cette distinction résulte évidemment de la présence de ses semblables. Si des individus se trouvent en contact immédiat ou sont même quelque peu séparés, les actes de l&#039;un peuvent influer sur ceux de l&#039;autre, et s&#039;il est impossible de prouver que quelques-uns ont le pouvoir illimité de faire ce qu&#039;ils veulent, tandis que d&#039;autres ne l&#039;ont pas, il faut admettre une limitation naturelle. Le droit de poursuivre des fins passera de la forme non éthique à la forme éthique lorsqu&#039;on aura reconnu la distinction entre les actes qui peuvent être accomplis sans transgresser. les limites et ceux qui ne peuvent l&#039;être. Cette conclusion, qui est &#039;&#039;a priori&#039;&#039;, est également la conclusion qu&#039;on obtient a &#039;&#039;posteriori&#039;&#039;, lorsqu&#039;on étudie les actes des peuplades non civilisées. Sous sa forme la plus vague, la limitation mutuelle des sphères d&#039;action, avec les idées et les sentiments connexes, se manifeste dans les rapports mutuels des groupes les uns avec les autres. D&#039;habitude il finit par s&#039;établir certaines limites aux :territoires dans l&#039;étendue desquels chaque tribu trouve ce qu&#039;il lui faut pour vivre, et si quelqu&#039;un outrepasse ces limites, on le repousse. Chez les Veddahs des Bois, qui sont dénués d&#039;organisation politique, les petits clans ont leur part respective de forêt, et &amp;quot;ces partages conventionnels sont toujours respectés&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Tennant, &#039;&#039;Ceylon, an Account of the Island&#039;&#039;, etc., t. II, p. 440.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Au sujet des tribus sans gouvernement de la Tasmanie, on dit que &amp;quot;leurs terrains de chasse sont délimités et que ceux qui franchissent les limites s&#039;exposent à des attaques&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Bonwick, J., &#039;&#039;Daily Life and Origin of the Tasmanians&#039;&#039;, 83.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Et, manifestement, les querelles causées entre tribus par les intrusions sur les territoires les unes des autres aboutissent, à la longue, et fixer des limites et à leur donner une certaine sanction. Ce qui est vrai des territoires respectifs l&#039;est aussi des groupes respectifs des habitants. Un meurtre dans l&#039;un d&#039;eux attribué à tort ou à raison à quelque habitant d&#039;un autre exige l&#039;accomplissement du &amp;quot;devoir sacré du talion&amp;quot; ; et quoique les représailles deviennent ainsi chroniques, on prévient cependant quelques nouvelles agressions. Les causes semblables ont produit des effets semblables à ces premières étapes des sociétés civilisées pendant lesquelles la famille ou le clan, plutôt que l&#039;individu, constituaient l&#039;unité politique, et pendant lesquelles chaque famille ou chaque clan avait se défendre ainsi que ses possessions contre les groupes analogues. Ces restrictions mutuelles qui, d&#039;après la nature des choses, sont imposées par une communauté à l&#039;autre, sont dans chaque communauté imposées également par un individu à l&#039;autre ; et les idées et les usages propres au groupe s&#039;appliquent plus ou moins aux relations entre individus. Quoique dans chaque groupe il y ait toujours une tendance de la part du plus fort à attaquer le plus faible, cependant, dans la plupart des cas, la conscience des maux résultant d&#039;une conduite agressive sert de frein. Partout, chez les peuples primitifs, aux offenses répondent d&#039;autres offenses. Turner dit des Tannese : &amp;quot;l&#039;adultère et quelques autres crimes sont tenus en échec par la crainte de &#039;&#039;la loi du bâton&#039;&#039;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Polynesia&#039;&#039;, p. 86.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Fitzroy nous dit que le Patagon, &amp;quot;s&#039;il ne fait tort ni offense à son voisin, n&#039;est pas contrarié par les autres&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Voyages of the Adventure and Beagle II&#039;&#039;, t. II, p. 167.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;, chacun vengeant sur la personne de l&#039;offenseur le tort qu&#039;on lui fait. Nous lisons au sujet des Naupés que &amp;quot;ils ont fait peu de lois d&#039;aucune sorte ; mais ce qu&#039;ils en ont est du pur talion, œil pour œil et dent pour dent&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Wallace, A. R. &#039;&#039;Travels on Amazon and Rio Negro&#039;&#039;, p. 499.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Et il est évident que la &#039;&#039;lex talionis&#039;&#039; tend à établir une distinction entre ce que chaque membre de la communauté peut en sécurité faire ou ne pas faire, et par suite à établir des sanctions pour les actes dans une certaine extension, mais non au-delà. &amp;quot;Quoique, dit Schoolcraft des Chippeways, ils n&#039;aient pas de gouvernement régulier, puisque chaque homme est maître dans sa propre famille, ils subissent plus ou moins l&#039;influence de certains principes qui contribuent au bien commun&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Schoolcraft. &#039;&#039;Expedition to the Sources of the Mississipi&#039;&#039;, p. 177.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;lt;nowiki&amp;gt;;&amp;quot; et, parmi les principes qu&#039;il nomme, figure, la reconnaissance de la propriété privée.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment la limitation réciproque des activités produit les idées et les sentiments impliqués par le terme &amp;quot;droits naturels&amp;quot;, flous l&#039;apprenons très distinctement, par les quelques tribus pacifiques qui ne possèdent que des gouvernements nominaux ou n&#039;en possèdent pas du tout. Outre les faits qui attestent chez les Todas, les Santals, les Lepchas, les Bodos, les Chakmas, les Takuns, les Arafuras, etc., un respect scrupuleux pour les droits les uns des autres, nous avons le fait que les Weddahs des Bois, absolument sauvages, dépourvus de la moindre organisation sociale &amp;quot;regardent comme parfaitement inconcevable que quelqu&#039;un puisse jamais prendre ce qui ne lui appartient pas, ou frapper son compagnon, ou dire quelque mensonge&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;B. F. Hartshorne, &#039;&#039;Fortnightly Review&#039;&#039;, mars 1876. V. aussi H. C. Sirr, &#039;&#039;Ceylon and the Ceylonese&#039;&#039;, t. II, p. 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Ainsi il devient clair et par l&#039;analyse des causes et par l&#039;observation des faits que, tandis que l&#039;élément positif du droit d&#039;exercer les activités propres à entretenir la vie prend naissance dans les lois de la vie, l&#039;élément négatif qui lui donne un caractère éthique, dérive des conditions produites par l&#039;agrégation sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, la création alléguée des droits par le gouvernement est si éloignée de la vérité que, au contraire, des droits établis plus ou moins nettement, avant que le gouvernement n&#039;apparaisse, deviennent moins évidents à mesure que le gouvernement se développe parallèlement à cette activité militante qui, par la capture des esclaves et l&#039;établissement de la hiérarchie, produit l&#039;&#039;&#039;État&#039;&#039; ; et la reconnaissance des droits, à son tour, n&#039;acquiert de précision qu&#039;autant que le régime militant cesse d&#039;être permanent et que le pouvoir du gouvernement décline.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous passons de la vie des individus à celle des sociétés, la même leçon en ressort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoique le simple instinct de sociabilité pousse les hommes primitifs à vivre en groupes, cependant ils y sont portés surtout par l&#039;expérience des avantages possibles de la coopération. A quelle condition cette coopération peut-elle naître ? Évidemment à la seule condition que ceux qui unissent leurs efforts y trouvent individuellement profit. Si, comme dans les cas les plus simples, ils s&#039;unissent pour exécuter quelque chose que chacun par lui-même est incapable d&#039;exécuter, ou exécuterait moins aisément, ils doivent le faire avec ce sous-entendu : ou bien qu&#039;ils partageront le bénéfice (par exemple si quelques-uns d&#039;eux prennent du gibier), ou bien que, si l&#039;un recueille à tel moment tout le bénéfice (par exemple, si l&#039;on construit une hutte ou si l&#039;on défriche un petit terrain), chacun des autres, à son tour, recueillera un bénéfice équivalent. Lorsque, au lieu de combiner leurs efforts pour exécuter une même œuvre, ils ont à en exécuter de différentes, quand naît la division du travail avec l&#039;échange forcé des produits, l&#039;accord implique que chacune, en retour de ce qu&#039;il possède en excès, obtiendra à peu près l&#039;équivalent de ce qui lui manque. S&#039;il donne d&#039;une main et ne reçoit rien de l&#039;autre, il laissera sans réponse les futures propositions d&#039;échange. On en reviendra à cet état social absolument primitif où chacun fait tout pour soi. Donc la possibilité de la coopération dépend de l&#039;accomplissement du contrat, tacite ou déclaré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ces faits, qui se produisent nécessairement dès les premiers pas vers cette organisation industrielle, par laquelle se soutient la vie d&#039;une société, doivent nécessairement se produire, d&#039;une façon plus ou moins identique, pendant tout son développement. Quoique dans une société organisée d&#039;après le type militaire, avec son système de contrainte gouvernementale résultant de la guerre permanente, les relations basées sur un contrat soient beaucoup moins apparentes, elles existent cependant en partie. Elles subsistent encore entre hommes libres et entre les chefs de ces petits groupes qui forment les unités des premières sociétés, et, jusqu&#039;à un certain point, elles sont maintenues dans ces petits groupes eux-mêmes, puisque leur. existence, en tant que groupes, implique qu&#039;on reconnaît à leurs membres, fussent-ils esclaves, le droit d&#039;obtenir, en échange de leur travail, le nécessaire en aliments, vêtements et protection. Et quand la coopération volontaire remplace de plus en plus la coopération forcée, après que les guerres deviennent moins fréquentes et que le commerce se développe, quand la vie sociale, basée sur des échanges contractuels, suspendue pendant un temps, se rétablit graduellement, ce rétablissement rend possibles l&#039;extension et le perfectionnement de l&#039;organisation industrielle par laquelle se soutient une grande société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car, plus les contrats sont libres et leur exécution certaine, plus les progrès sont marqués et la vie sociale active. A présent, ce n&#039;est pas par l&#039;un ou l&#039;autre des deux contractants que les effets pernicieux d&#039;une violation du contrat sont ressentis. Dans une société avancée ils sont ressentis par des catégories entières de producteurs et de vendeurs, qui se sont formées grâce à la division du travail ; il arrive même qu&#039;ils soient ressentis par tout le monde. Demandez à quelle condition Birmingham se voue à la manufacture de la quincaillerie, ou bien une partie du Staffordshire à la fabrication de la poterie, ou bien le Lancashire au tissage du coton. Demandez comment les populations des campagnes qui font, ici, venir du froment, là, paître le bétail, trouvent la possibilité de se consacrer à leur tâche spéciale. Ces groupes ne peuvent séparément agir ainsi que si chacun obtient des autres, en échange de son propre excédant de production, une part convenable de leurs excédants. Et ils obtiennent leur part respective des produits les uns des autres, non plus par échange direct, mais indirectement au moyen de la monnaie ; et si nous recherchons comment chaque groupe de producteurs se procure la somme de monnaie dont il a besoin, la réponse est : par l&#039;exécution du contrat. Si Leeds fabrique des étoffes de laine et ne reçoit pas, grâce à l&#039;exécution du contrat, les moyens de se procurer, dans les districts agricoles, la quantité de nourriture qui lui est nécessaire, il lui faut mourir de faim et cesser de produire des lainages. Si le pays de Galles fabrique de la fonte, sans recevoir un équivalent convenu qui lui donne le moyen d&#039;avoir des tissus pour vêtements, il faut que son industrie s&#039;arrête. Et ainsi partout, dans l&#039;ensemble et le détail. Cette dépendance mutuelle des parties, que nous constatons dans l&#039;organisation de la société comme dans celle de l&#039;individu, est possible seulement à la condition que chaque partie, tandis qu&#039;elle exécute l&#039;espèce particulière de fonction à laquelle elle s&#039;est adaptée, reçoive sa part proportionnelle des matières nécessaires pour se refaire et se développer, et que toutes les autres parties se soient unies pour produire, la proportion étant réglée par accord. En outre, c&#039;est par l&#039;exécution du contrat que s&#039;établit l&#039;équilibre entre la production et les besoins, que l&#039;on fabrique beaucoup de couteaux et peu de lancettes, que l&#039;on sème beaucoup de froments et peu de graines de moutarde. Ce qui prévient l&#039;excès de production de chaque marchandise, c&#039;est qu&#039;au delà d&#039;une certaine quantité, personne ne consentirait à en prendre davantage, à la condition de donner l&#039;exact équivalent en monnaie. Ainsi est prévenue une dépense inutile de travail pour produire ce dont la société n&#039;a pas besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous avons à noter le fait encore plus significatif que la condition unique à laquelle un groupe spécial de travailleurs puisse s&#039;étendre, quand la communauté a besoin d&#039;une quantité plus considérable de son espèce particulière de travail, c&#039;est que les contrats seront libres et leur exécution garantie. Si au moment où, par manque de matière première, le Lancashire ne pouvait fournir la quantité ordinaire de tissus de coton, on s&#039;était immiscé dans les contrats de façon à empêcher le Yorkshire d&#039;exiger un prix plus élevé pour les tissus de laine qu&#039;il pouvait fabriquer, puisque la demande en était plus forte, on n&#039;aurait pas été tenté de placer plus de capitaux dans les manufactures de lainages, on n&#039;aurait augmenté ni le matériel ni le nombre des ouvriers, ni la production de lainages, et, comme conséquence, la communauté aurait souffert de ce que le déficit des tissus de coton n&#039;eût pas été compensé par l&#039;excédent des tissus de laine. Quel tort considérable peut résulter pour une nation de ce qu&#039;on empêche ses membres de contracter librement les uns avec les autres, on l&#039;a bien vu par le contraste entre l&#039;Angleterre et la France, relativement aux chemins de fer. En Angleterre, quoique les obstacles aient d&#039;abord été suscités par les classes qui prédominaient dans le parlement, ces obstacles n&#039;ont pas pu empêcher les capitalistes de placer leur argent, les ingénieurs de fournir une habile direction, les entrepreneurs d&#039;entreprendre les travaux ; et le fort intérêt que les placements ont rapporté au début, les grands profits réalisés par les entrepreneurs, et les rémunérations considérables reçues par les ingénieurs, ont produit ce drainage d&#039;argent, d&#039;énergie et d&#039;habileté, au profit de la construction des chemins de fer, qui a permis de développer rapidement notre système ferré, et de donner à notre prospérité nationale un développement énorme. Mais quant M. Thiers, alors ministre des travaux publics, vint pour se rendre compte, et qu&#039;après avoir été conduit partout par M. Vignoles, il lui dit : &amp;quot;Je ne pense pas que les chemins de fer conviennent à la France,&amp;quot; la politique adoptée en conséquence et contraire à la liberté des contrats retarda de huit ou dix ans le progrès matériel survenu en France après la construction des voies ferrées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que signifient tous ces faits ? Ils signifient que les industries, les occupations, les professions qui pourvoient aux nécessités et aux commodités de la vie d&#039;une société, pour s&#039;exercer sainement et dans des proportions convenables, exigent, en premier lieu, qu&#039;il y ait peu de restrictions à la liberté des contrats et, en second lieu, que leur exécution soit garantie. Comme nous l&#039;avons vu, la limitation réciproque est la seule source des restrictions qui s&#039;imposent naturellement à l&#039;activité des hommes, quand ils se réunissent en société ; il ne peut donc y avoir de restrictions aux contrats qu&#039;ils font volontairement : s&#039;immiscer dans .ces derniers, c&#039;est empiéter sur les droits à la liberté d&#039;action qui reste à chacun, quand les droits des autres sont complètement respectés. Et alors, comme nous l&#039;avons vu, la garantie de leurs droits implique la garantie des contrats conclus, puisque la violation d&#039;un contrat est une attaque indirecte. Lorsqu&#039;un acheteur, placé d&#039;un côté du comptoir demande au marchand, placé de l&#039;autre côté, de lui donner pour un shilling de ses articles, et qu&#039;au moment où le boutiquier a le dos tourné il s&#039;en va avec la marchandise sans laisser le shilling qu&#039;il est convenu tacitement de payer, son acte ne diffère pas essentiellement d&#039;un vol. Dans chaque cas de ce genre, l&#039;individu lésé est privé d&#039;un objet en sa possession, sans qu&#039;il reçoive l&#039;équivalent convenu. Il a dépensé sa peine sans profit, il subit la violation d&#039;une condition essentielle à l&#039;entretien de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suit donc que reconnaître garantir les droits des individus, c&#039;est en même temps reconnaître et garantir les conditions d&#039;une existence sociale régulière. Dans les deux cas, il y a nécessité vitale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de passer aux corollaires qui ont des applications pratiques, remarquons comment les conclusions spéciales déjà tirées - si nous les examinons dans l&#039;ordre inverse - convergent vers la même conclusion générale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous venons de trouver que ce qui est une condition indispensable pour la vie individuelle, est, à un double point de vue, une condition indispensable pour la vie sociale. La vie d&#039;une société, quel que soit celui des deux points de vue auquel on se place, dépend de la sauvegarde des droits individuels. Si elle n&#039;est rien de plus que la somme des vies des citoyens, l&#039;implication est évidente. Si elle consiste dans cette multiplicité d&#039;activités variées que les citoyens exercent dans une dépendance mutuelle, cette vie composée et impersonnelle a plus ou moins d&#039;intensité, suivant que les droits des individus sont garantis ou niés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;étude des idées ou des sentiments politico-éthiques des hommes conduit à des conclusions analogues. Les peuples primitifs de types divers nous montrent que, antérieurement à l&#039;existence des gouvernements, des coutumes de date immémoriale reconnaissent les droits privés et en justifient le maintien. Les codes de lois, qui se sont développés indépendamment chez les différentes nations, s&#039;accordent à. interdire certaines transgressions à l&#039;égard des personnes, des biens et des libertés des citoyens, et leurs concordances impliquent que la source des droits individuels n&#039;est point artificielle, mais naturelle. Au fur et à mesure du développement social, la loi formule avec plus de netteté et de précision les droits préétablis par la coutume. En même temps, le gouvernement se charge de plus en plus de les garantir. En devenant un meilleur protecteur, le gouvernement est devenu moins agressif ; il a progressivement restreint son ingérence dans le domaine des actes privés. Enfin, de même qu&#039;aux temps passés les lois étaient manifestement modifiées pour mieux les adapter aux idées courantes d&#039;équité, de même à présent les réformateurs de la loi sont guidés par des idées d&#039;équité auxquelles la loi doit se conformer, bien loin qu&#039;elle leur donne naissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici donc nous avons une théorie politico-éthique, justifiée et par l&#039;analyse et par l&#039;histoire. Que lui oppose-t-on ? Une contre-théorie à la mode qui ne peut se justifier. D&#039;une part, en constatant que la vie individuelle et la vie sociale impliquent toutes deux le maintien du rapport naturel entre le travail et le profit, nous constatons aussi que ce rapport naturel, reconnu avant l&#039;existence du gouvernement, est allé toujours s&#039;affirmant et se réaffirmant, toujours reconnu davantage par les codes de lois et les systèmes de morale. D&#039;autre part, ceux qui, niant les droits naturels, en viennent à affirmer que les droits sont créés artificiellement par la loi, sont non seulement démentis tout net par les faits, mais leur affirmation se détruit d&#039;elle-même ; quand on leur demande de la prouver, ils répondent par toutes sortes d&#039;absurdités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas tout. Le rétablissement d&#039;une conception populaire vague dans une forme définie et sur une base scientifique nous conduit à une vue rationnelle du rapport entre les volontés des majorités et des minorités. Il devient manifeste que ces coopérations, pour lesquelles tous peuvent volontairement s&#039;associer et pour la direction desquelles la volonté de la majorité doit prévaloir à justes titre, sont des coopérations pour le maintien des conditions nécessaires à la vie individuelle et sociale. La défense de la société dans son ensemble contre les ennemis du dehors a pour fin éloignée de maintenir chantre citoyen en possession des moyens qu&#039;il peut avoir de contenter ses désirs, et de la liberté qu&#039;il peut avoir d&#039;acquérir d&#039;autres moyens. Et la défense de chaque citoyen contre les ennemis du dedans, depuis les assassins jusqu&#039;à ceux qui causent quelque détriment à leurs voisins, a évidemment la même fin, désirée par tous, excepté par les criminels et les gens de désordre. D&#039;où il suit que pour la défense de ce principe vital, qu&#039;ïl s&#039;agisse de l&#039;individu ou de la société, la subordination de la minorité à la majorité est légitime, tant qu&#039;elle n&#039;implique d&#039;autres restrictions à la propriété et à la liberté d&#039;un chacun que celles nécessaires pour la meilleure protection de cette liberté et de cette propriété. En même temps il suit qu&#039;une telle subordination n&#039;est pas légitime au delà : en effet elle impliquerait une atteinte aux droits de l&#039;individu plus forte qu&#039;il n&#039;est nécessaire pour le protéger, et qui entraîne une violation du principe vital qu&#039;il s&#039;agit de défendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous retournons ainsi à la proposition que le prétendu droit divin des parlements et le droit divin des majorités qu&#039;il implique sont des superstitions. Tandis qu&#039;on a abandonné l&#039;ancienne théorie relative à la source de l&#039;autorité de l&#039;État on a retenu la croyance à la non-limitation de cette autorité qui était un corollaire légitime de l&#039;ancienne théorie, mais qui ne découle plus de la nouvelle. Le pouvoir absolu sur les sujets, logiquement départi à l&#039;homme qui gouvernait, lorsqu&#039;on le tenait pour un représentant de Dieu, est attribué maintenant au corps qui gouverne, et dont personne n&#039;affirme qu&#039;il est le délégué de la Divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous opposera peut-être que les discussions sur l&#039;origine et les limites de l&#039;autorité du gouvernement sont de la pure pédanterie. &amp;quot;Le gouvernement, dira-t-on, est forcé d&#039;employer à accroître la félicité publique tous les moyens qu&#039;il possède ou qu&#039;il peut acquérir. Son but doit être l&#039;utilité, et il est autorisé à user de toutes les mesures nécessaires pour accomplir des fins utiles. Le bien-être du peuple est la loi suprême, et les législateurs ne doivent pas être détournés de l&#039;obéissance à cette loi par des questions relatives à l&#039;origine et à l&#039;étendue de leur pouvoir.&amp;quot; Peut-on s&#039;échapper par là, ou n&#039;est-ce qu&#039;une issue facile à fermer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question essentielle soulevée concerne la vérité de la théorie utilitaire, telle qu&#039;elle est généralement reçue, et la réponse à opposer ici, c&#039;est que telle qu&#039;elle est généralement reçue, elle n&#039;est pas vraie. Et par les traités des moralistes utilitaires, et par les actes des hommes politiques qui consciemment ou inconsciemment suivent leur direction, il est impliqué que l&#039;utilité doit être déterminée directement par la simple inspection des faits présents et l&#039;estimation des résultats probables ; au lieu que l&#039;utilitarisme, s&#039;il est bien compris, implique qu&#039;on se guide par les conclusions générales que fournit l&#039;analyse expérimentale des faits déjà observés. &amp;quot;Ni les bons ni les mauvais résultats ne peuvent être accidentels ; ils sont les conséquences nécessaires de la nature des choses ; et c&#039;est l&#039;affaire de la science de la morale de déduire des lois de la vie et des conditions de l&#039;existence, quelles espèces d&#039;actes tendent nécessairement à la production du bonheur et quelles espèces à la production du malheur&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Data of Ethics&#039;&#039;, § 21. Voyez aussi §§ 56-62.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les doctrines courantes des utilitaires, comme la pratique courante des hommes politiques, témoignent d&#039;une conscience insuffisante des rapports naturels de causalité. On pense d&#039;habitude que, en l&#039;absence de quelque obstacle manifeste, les choses peuvent être faites de telle ou telle façon, et l&#039;on ne se demande pas si l&#039;on est en accord ou en désaccord avec le cours normal des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les discussions précédentes ont, je pense, montré que les préceptes de l&#039;utilité, et conséquemment les actes des gouvernements ne peuvent être réglés par l&#039;examen de faits superficiels et par l&#039;admission de ce qu&#039;ils semblent signifier &#039;&#039;primâ facie&#039;&#039;, mais en raison et par déduction de faits fondamentaux. Les faits fondamentaux, auxquels doivent se rapporter tous les jugements rationnels d&#039;utilité, sont que la vie consiste dans certaines activités et se soutient par elles ; et que, parmi les hommes en société, ces activités venant forcément à se limiter réciproquement, doivent être exercées par chacun dans les limites ainsi créées, et non au delà de ces limites : leur maintien devenant, par suite, la fonction des agents qui dirigent la société. Si chacun, ayant la liberté d&#039;user de ses facultés jusqu&#039;aux limites fixées par la liberté semblable des autres, obtient de ses associés pour ses services autant qu&#039;il mérite suivant eux par comparaison avec les services des autres ; si les contrats universellement exécutés, procurent à chacun la part ainsi déterminée, et s&#039;il est protégé, quant à sa personne et à ses biens, de façon à pouvoir satisfaire ses besoins au moyen de ses revenus, alors le principe vital tant de l&#039;existence individuelle que de l&#039;existence sociale, est sauvegardé. En outre, le principe vital du progrès social est sauvegardé également ; attendu que, dans de telles conditions, les individus du plus grand mérite prospéreront et se multiplieront davantage que ceux de moindre mérite. Ainsi l&#039;utilité, non pas évaluée empiriquement, mais déterminée rationnellement, prescrit de maintenir les droits individuels, et, par implication, interdit tout ce qui peut leur être contraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici, donc, nous atteignons le terme suprême auquel doit s&#039;arrêter l&#039;intervention de la législation. Sous la forme même la plus modeste, toute proposition de s&#039;immiscer dans l&#039;exercice des activités des citoyens, si ce n&#039;est pour garantir leurs limitations réciproques, est une proposition d&#039;améliorer l&#039;existence en violant les conditions fondamentales de la vie. Quand on empêche certaines personnes d&#039;acheter de la bière pour que d&#039;autres ne puissent s&#039;enivrer, ceux qui font la loi préjugent qu&#039;il résultera plus de bien que de mal de cette immixtion dans le rapport normal entre la conduite et les conséquences, et pour le petit nombre des intempérants et pour le grand nombre des hommes tempérants. Un gouvernement qui prélève une fraction des revenus de la masse du peuple dans le but d&#039;envoyer aux colonies quelques individus qui n&#039;ont pas réussi dans la métropole, ou d&#039;améliorer les maisons ouvrières, ou de fonder des bibliothèques publiques ou des musées publics, etc., admet, comme chose certaine, que, non seulement dans le présent, mais encore dans l&#039;avenir, l&#039;accroissement de la félicité générale résultera de la violation de la condition essentielle à cette félicité publique, à savoir la faculté pour chacun de jouir de ces moyens de félicité que ses actes, accomplis sans aucune entrave, lui ont procurés. Dans d&#039;autres cas nous ne laissons pas ainsi le présent nous aveugler sur l&#039;avenir. En déclarant que la propriété est sacrée contre les entreprises privées, nous ne recherchons pas si le bénéfice pour l&#039;affamé qui prend du pain dans la boutique du boulanger est plus ou moins grand que le préjudice causé au boulanger; nous considérons, non les effets particuliers, mais l&#039;effet général produit par l&#039;insécurité de la propriété. Mais quand l&#039;État impose de nouvelles charges aux citoyens ou met de nouvelles restrictions à leurs libertés, nous envisageons seulement les effets directs et prochains et nous négligeons les effets indirects et lointains produits par ces empiétements continuels sur les droits individuels. Nous ne voyons pas que, par l&#039;accumulation des infractions légères à ces droits, les conditions vitales de l&#039;existence individuelle ou sociale en viennent à être si imparfaitement remplies que cette existence elle-même décline.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant le déclin ainsi amené devient manifeste là où l&#039;on gouverne trop. Quiconque étudie dans les écrits de MM. Taine et Tocqueville l&#039;état de choses qui a précédé la Révolution française, verra que cette terrible catastrophe a eu pour origine une réglementation tellement excessive de l&#039;activité humaine dans le moindre détail, une absorption si exorbitante des produits de cette activité au profit du gouvernement, que la vie devenait presque impossible. L&#039;utilitarisme empirique de cette époque, comme l&#039;utilitarisme empirique de la nôtre, différait de l&#039;utilitarisme rationnel en ceci, que dans tous les cas successivement il examinait seulement les effets des interventions particulières sur les actes des classes particulières d&#039;hommes, et négligeait les effets produits par une multiplicité de semblables interventions sur l&#039;existence des hommes en général. Et si nous recherchons ce qui a rendu possible alors et ce qui rend possible à présent cette erreur, nous trouvons que c&#039;est la superstition politique d&#039;après laquelle le pouvoir gouvernemental ne doit être soumis à aucune limitation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque cette &amp;quot;splendeur divine&amp;quot; qui &amp;quot;entoure le roi&amp;quot; et qui a laissé un reflet autour du corps héritier de son pouvoir, aura complètement disparu, quand on commencera à voir clairement que, dans une nation où le peuple gouverne, le gouvernement est simplement un comité d&#039;administration, on verra aussi que ce comité d&#039;administration n&#039;a aucune autorité intrinsèque. On finira inévitablement par conclure que son autorité lui vient de ceux qui le désignent, et a juste les limites qu&#039;il leur plaît de lui imposer. En même temps apparaîtra cette autre conclusion que les lois qu&#039;il publie ne sont pas sacrées en elles-mêmes, mais que tout ce qu&#039;elles ont de sacré, elles le doivent entièrement à la sanction morale, sanction qui, comme nous le constatons, dérive des lois de la vie humaine, en tant qu&#039;elle s&#039;écoule au milieu des conditions de l&#039;existence sociale. Et voici le corollaire : quand elles sont dépourvues de cette sanction morale, elles n&#039;ont rien reçu de sacré et peuvent être récusées de droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fonction du libéralisme dans le passé a été de mettre une limite aux pouvoirs des rois. La fonction du vrai libéralisme dans l&#039;avenir sera de limiter le pouvoir des parlements.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Herbert Spencer:Les péchés des législateurs|Chapitre III - Les péchés des législateurs]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer:Post-scriptum|Post-scriptum]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:Les_p%C3%A9ch%C3%A9s_des_l%C3%A9gislateurs&amp;diff=2774</id>
		<title>Herbert Spencer:Les péchés des législateurs</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:Les_p%C3%A9ch%C3%A9s_des_l%C3%A9gislateurs&amp;diff=2774"/>
		<updated>2010-09-14T15:24:18Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Herbert Spencer:L&#039;esclavage du futur|Chapitre II - L&#039;esclavage du futur]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer:La grande superstition politique|Chapitre IV - La grande superstition politique]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer]]|Les péchés des législateurs}}&lt;br /&gt;
{{infobox LICE}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ce soit vrai ou non, que l&#039;homme est composé d&#039;iniquités et conçu dans le péché, il est incontestable que le gouvernement est né de l&#039;agression et a été engendré par l&#039;agression. Dans les petites sociétés primitives, où une paix complète a régné pendant des siècles, il n&#039;existe rien de semblable à ce que nous appelons gouvernement ; il n&#039;y a aucune organisation coercitive, il y a seulement une suprématie honoraire, quand une suprématie existe. Dans ces communautés exceptionnelles, qui ne sont pas agressives et qui, pour des causes spéciales, ne sont exposées à aucune agression, la véracité, l&#039;honnêteté, la justice et la générosité sont si bien pratiquées qu&#039;il y suffit que l&#039;opinion publique puisse de temps en temps s&#039;exprimer dans une assemblée d&#039;anciens, convoquée à des intervalles irréguliers. Au. contraire, nous trouvons des preuves que l&#039;autorité d&#039;un chef, reconnue d&#039;abord temporairement pendant une guerre, s&#039;établit d&#039;une façon permanente si l&#039;état de guerre se prolonge, et se fortifie là où une heureuse agression aboutit à la soumission des tribus voisines. Ensuite, des exemples fournis par toutes les races mettent hors de doute cette vérité, que le pouvoir coercitif du chef, devenu roi, et roi des rois (titre fréquent dans l&#039;ancien Orient) grandit à mesure que celui-ci étend ses conquêtes et qu&#039;il réunit sous son sceptre un plus grand nombre de nations. Les comparaisons nous révèlent une autre vérité, que nous devrions toujours avoir présente à l&#039;esprit, à savoir que le pouvoir dirigeant devient d&#039;autant plus agressif au-dedans d&#039;une société qu&#039;il est agressif au dehors. De même que pour former une bonne armée, il faut que les soldats des différents grades obéissent à celui qui les commande ; de même, pour former une forte communauté guerrière, il faut que les citoyens obéissent au pouvoir dirigeant. Il faut qu&#039;ils fournissent la nombre de recrues exigé, et qu&#039;ils livrent toutes les propriétés qu&#039;on leur demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence évidente est que la morale gouvernementale, originairement identique aux coutumes de la guerre, doit longtemps se modeler sur elles, et ne peut s&#039;en éloigner que dans la mesure où les activités et les préparations. guerrières diminuent. Nous en avons des preuves constantes. A présent sur le continent le citoyen est seulement libre quand il ne sert pas dans l&#039;armée, et pendant le reste de sa vie il peine beaucoup pour entretenir l&#039;organisation militaire. Même chez nous, une guerre sérieuse, en rendant la conscription nécessaire, suspendrait les libertés d&#039;un grand nombre et diminuerait les libertés des autres, en leur faisant payer par des contributions les dépenses nécessaires, c&#039;est-à-dire en les forçant à travailler un certain nombre de jours pour l&#039;État. Inévitablement le code de la conduite du gouvernement dans ses rapports avec les citoyens est modelé sur le code de la conduite des citoyens les uns à l&#039;égard des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne vais, dans cet article, parler ni des violations de droit ni des représailles exercées&amp;amp;nbsp;; la plus grande partie de l&#039;histoire est composée du récit de ces faits ; je ne veux pas non plus retracer les iniquités intérieures qui ont accompagné les iniquités extérieures. Je n&#039;ai pas l&#039;intention de cataloguer ici les crimes des législateurs irresponsables, en commençant par celui du roi Khufu (les pierres de sa vaste tombe furent posées dans la sueur sanglante de dizaines de mille d&#039;esclaves qu&#039;on fit travailler à coups de fouet pendant de longues années) ; en continuant par ceux des conquérants égyptiens, assyriens, persans, macédoniens, romains et autres ; et en finissant par ceux de Napoléon qui, pour satisfaire son ambition de voir le monde civilisé prosterné à ses pieds, fit périr au moins deux millions d&#039;hommes&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Lanfrey, Voyez aussi &#039;&#039;Study of Sociology&#039;&#039;, p. 42, et l&#039;appendice.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Je ne me propose pas non plus d&#039;énumérer ici ces péchés des législateurs responsables inscrits dans la longue liste des lois faites dans l&#039;intérêt des classes dominantes. Dans notre pays cette liste va jusqu&#039;à celles qui maintinrent longtemps l&#039;esclavage et la traite des esclaves, soumirent à la torture à peu près 40 000 nègres par année en les entassant au fond des vaisseaux pendant une traversée sous les tropiques, et en firent périr une forte proportion. Elle est close par les lois des céréales qui, dit Sir Erskine May &amp;quot;pour élever le prix des fermages, ordonnèrent à une multitude innombrable de souffrir la faim&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute un exposé des méfaits principaux des législateurs responsables et irresponsables ne serait pas inutile. Il servirait à plusieurs fins. Il montrerait clairement comment cette identité de la morale gouvernementale et des coutumes de la guerre, qui existe nécessairement dans les temps primitifs où l&#039;armée est simplement la société mobilisée et la société l&#039;armée au repos, se maintient pendant de longues périodes et exerce même de nos jours une grande influence sur notre procédure et notre vie quotidienne. Après avoir montré, par exemple, que, chez de nombreuses tribus sauvages, la fonction judiciaire du chef n&#039;existe pas ou est nominale, et que très généralement pendant les premières époques de la civilisation européenne, chaque individu devait se défendre lui-même et faire valoir ses droits du mieux qu&#039;il pouvait ; après avoir montré qu&#039;au moyen-âge le droit de la guerre privée entre les membres de l&#039;ordre militant a été aboli, non pas parce que le chef suprême croyait de son devoir de soumettre les différends à son arbitrage, mais parce que les guerres privées diminuaient la force de son armée dans les guerres publiques ; après avoir montré que, pendant les âges suivants, l&#039;administration de la justice manifestait encore son caractère primitif dans les combats judiciaires soutenus en présence du roi ou de son représentant en qualité d&#039;arbitre, - combats maintenus jusqu&#039;en 1819 sous la forme du duel, - nous pourrions faire voir que même de nos jours le combat judiciaire subsiste sous une autre forme, les avocats étant les champions et les bourses les armes. Dans les procès civils le gouvernement ne s&#039;inquiète guère plus qu&#039;autrefois de faire rendre justice à la partie lésée ; en pratique, son représentant veille seulement à ce que les règles du combat soient observées ; le résultat dépendant moins de l&#039;équité de la cause que de la supériorité d&#039;une bourse bien garnie et de l&#039;habileté de l&#039;avocat. Bien plus, le gouvernement se soucie si peu de l&#039;administration de la justice que si, dans un combat légal livré en présence de son représentant, les bourses des combattants ont été épuisées, et si, sur appel interjeté par l&#039;un d&#039;eux, la décision est réformée, le combattant qui succombe est obligé de payer les erreurs du représentant actuel ou de son prédécesseur, et bien souvent, l&#039;individu lésé, qui sollicitait une protection ou une restitution, meurt pécuniairement en sortant de l&#039;audience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il était bien fait, un tel tableau des méfaits des gouvernements, dans leurs actes et leurs omissions, en prouvant qu&#039;une partie du code de morale encore en vigueur remonte et convient à l&#039;état de guerre, calmerait peut-être les espérances de ceux qui travaillent à étendre le contrôle gouvernemental. Après avoir observé que non seulement les caractères mais encore les principes de cette structure politique primitive, produite par le militarisme chronique, continuent de subsister, le réformateur et le philosophe seraient peut-être moins ardents à attendre un si grand sien de l&#039;intervention universelle du gouvernement et seraient peut-être disposés à avoir plus de confiance dans les organisations non gouvernementales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais laissant de côté la plus grande partie des vastes questions comprises sous le titre de cet article, je me propose ici de m&#039;occuper seulement d&#039;une partie relativement petite, à savoir de ces péchés des législateurs qui ne sont pas le fruit de leur ambition ou des intérêts de classes, mais qui proviennent de la négligence de cette étude à laquelle ils sont moralement obligés de se livrer pour se préparer à leur tâche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons qu&#039;un élève pharmacien après avoir écouté la description de certaines douleurs qu&#039;il croit à tort être causées par la colique, mais qui en réalité sont causées par une inflammation du cæcum, prescrive une forte purgation et tue le malade ; on le déclarera coupable d&#039;homicide par imprudence. On n&#039;admettra pas l&#039;excuse que son intention était bonne et qu&#039;il espérait faire du bien. Il ne pourra pas se justifier en disant qu&#039;il s&#039;est simplement trompé dans son diagnostic. On lui répondra qu&#039;il n&#039;avait pas le droit d&#039;exposer la vie du malade en se mêlant d&#039;une matière dans laquelle il avait des connaissances tout à fait insuffisantes. Il ne pourra pas plaider le fait qu&#039;il ne savait pas lui-même combien il était ignorant. Il est implicitement admis que l&#039;expérience commune à tous aurait dû lui apprendre que même ceux qui ont étudié la médecine, à plus forte raison ceux qui ne l&#039;ont pas étudiée, commettent des erreurs dans le diagnostic des maladies et dans les remèdes à prescrire : puisqu&#039;il a négligé l&#039;avertissement donné par l&#039;expérience commune, il est responsable des conséquences. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les responsabilités encourues par les législateurs pour les maux qu&#039;ils peuvent causer sont mesurées avec beaucoup d&#039;indulgence. Dans la plupart des cas, loin de penser qu&#039;ils méritent d&#039;être punis pour avoir amené des désastres par des lois rendues par ignorance, nous pensons à peine qu&#039;ils méritent d&#039;être blâmés. Il est admis que l&#039;expérience commune aurait dû apprendre à l&#039;élève pharmacien, peu instruit, à ne pas s&#039;ingérer de la médecine ; mais il n&#039;est pas admis que l&#039;expérience commune ait dû apprendre au législateur à ne pas se mêler de légiférer avant qu&#039;il se soit instruit. Quoiqu&#039;il ait devant lui dans le recueil des lois de notre propre pays et des autres pays une multitude de faits qui devraient lui faire voir les maux immenses causés par une mauvaise législation, il n&#039;est point condamné pour avoir négligé ces avertissements contre une ingérence trop prompte. Au contraire, on regarde comme un acte méritoire de sa part quand, peut-être sorti récemment du collège, peut-être possesseur d&#039;une meute de chiens qui l&#039;a rendu populaire dans son comté, peut-être fraîchement arrivé d&#039;une ville de province où il a acquis une grande fortune, peut-être sorti du barreau où il s&#039;est fait un nom, il entre au parlement et qu&#039;il commence immédiatement à faciliter ou à empêcher, d&#039;un cœur léger, tel nu tel moyen d&#039;opérer le corps politique. En ce cas il n&#039;est pas nécessaire de plaider pour lui l&#039;excuse qu&#039;il ne sait pas combien il est ignorant ; car le public, en général, est d&#039;accord avec lui pour penser qu&#039;il est inutile d&#039;en savoir plus que ce que les débats sur les mesures proposées lui auront appris. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cependant il suffit de jeter les yeux sur l&#039;histoire des législations pour voir combien les maux causés par des législateurs ignorants sont plus nombreux que ceux causés par des ignorants qui se sont mêlés d&#039;administrer des remèdes. Le lecteur me pardonnera si je lui rappelle quelques exemples familiers. Un siècle après l&#039;autre, les hommes d&#039;État ont continué de rendre des lois contre l&#039;usure, qui ont empiré la situation du débiteur : faisant monter le taux de l&#039;intérêt &amp;quot;de cinq à six quand ils avaient l&#039;intention de le réduire à quatre, comme sous Louis XV&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Lecky, &#039;&#039;Rationalism&#039;&#039;, t. II, p. 293-294.&amp;lt;/ref&amp;gt; ;&amp;quot; et produisant indirectement une quantité de maux imprévus, en empêchant, par exemple, l&#039;emploi productif du capital disponible, et &amp;quot;en imposant aux petits propriétaires une multitude de charges perpétuelles&amp;quot;. De même les essais pour arrêter l&#039;accaparement, continués en Angleterre pendant cinq cents ans, et ayant empêché en France, d&#039;après le témoignage d&#039;Arthur Young, &amp;quot;d&#039;acheter sur le marché plus de deux boisseaux de froment&amp;quot;, ont pendant plusieurs générations successives augmenté la misère et la mortalité résultant de la cherté. En effet, comme tout le monde le sait, la fonction du négociant en gros, qui est traité dans le statut &#039;&#039;De Pistoribus&#039;&#039; &amp;quot;d&#039;oppresseur public du pauvre peuple&amp;quot; consiste simplement à égaliser les approvisionnements sur le marché en empêchant une consolidation trop rapide. Telle fut également la mesure qui, en 1815, pour diminuer la famine, prescrivit le prix des aliments&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;De Tocqueville, &#039;&#039;État de la société en France avant la Révolution&#039;&#039;, p. 421.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais qui fut rapidement abrogée après qu&#039;elle eut fait entièrement disparaître du marché certaines denrées, et telles aussi les mesures, appliquées pendant un plus long espace de temps, celles par exemple d&#039;après lesquelles un magistrat devait déterminer les &#039;&#039;bénéfices raisonnables&#039;&#039; des marchands de comestibles. Les tentatives faites pour fixer les salaires furent conçues dans le même esprit et eurent les mêmes effets désastreux. Elle commencèrent par le statut des ouvriers sous Edouard III, et cessèrent seulement il y a soixante ans, quand, ayant longtemps galvanisé dans le quartier de Spitalfields une industrie en décadence, et entretenu là une population misérable, les lords et les communes renoncèrent enfin à faire décider par un magistrat quel serait le salaire d&#039;un tisseur en soie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici on m&#039;interrompra probablement avec impatience : &amp;quot;Mais nous savons tout cela ; l&#039;histoire est vieille. Les maux causés par les ingérences dans les questions industrielles et commerciales, ont été rebattus à nos oreilles jusqu&#039;à satiété, et il n&#039;est pas besoin de nous répété la leçon&amp;quot;. Ma première réponse est que la leçon n&#039;a jamais été convenablement étudiée par la grande majorité, et qu&#039;elle a été oubliée par un grand nombre de ceux qui l&#039;ont apprise. Car les prétextes mis en avant de nos jours pour édicter des prescriptions pareilles, ne sont-ils pas les mêmes que ceux d&#039;autrefois ? Dans le statut 35 d&#039;Édouard III, dont le but était d&#039;empêcher l&#039;augmentation du prix des harengs (mais qui fut bien vite abrogé parce qu&#039;en réalité il l&#039;augmenta), on se plaint que les gens &amp;quot;venant au marché... marchandent le hareng, et chaque acheteur, par malice ou par envie, enchérit sur l&#039;autre ; si l&#039;un offre 40 shillings, l&#039;autre offrira 10 shillings de plus, et le troisième 60 shillings, et ainsi l&#039;offre de l&#039;un dépassera celle de l&#039;autre&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Craik, &#039;&#039;History of British Commerce&#039;&#039;, t. I, p. 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Or, le &amp;quot;barguignage sur le marché&amp;quot; condamné ici et attribué à la &amp;quot;malice et à l&#039;envie&amp;quot;, est condamné à nouveau de nos jours. Les maux de la concurrence ont toujours été une des plaintes fondamentales des socialistes, et le conseil de la Fédération démocratique dénonce les échanges faits sous &amp;quot;le contrôle de l&#039;avidité et de la rapacité individuelles&amp;quot;. Ma seconde réponse est que le parlement étend constamment à de nouveaux domaines de la loi de l&#039;offre et de la demande son intervention jugée désastreuse par les générations précédentes, qu&#039;il augmente dans ces domaines, ainsi que je vais le prouver, les maux qu&#039;il veut guérir, et qu&#039;il en produit de nouveaux, comme il en produisait autrefois dans les domaines où l&#039;on a renoncé d&#039;intervenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fermant cette parenthèse, je continue ma démonstration que des législateurs ignorants ont, dans les temps passés, continuellement augmenté les souffrances de l&#039;humanité en s&#039;efforçant de les adoucir, et, m&#039;adressant au lecteur, je lui dirai : multipliez les lois citées plus haut et les maux qu&#039;elles ont causés par dix ou un nombre plus élevé, et vous pourrez vous faire une idée de la somme des maux causés par des lois faites sans la connaissance de la science sociale. Dans un écrit lu devant la Société de statistique en mai 1873, M. Janson, vice-président de la Société de législation, a constaté que depuis le statut de Merton (20, Henri III), jusqu&#039;à la fin de 1872, on a voté 18 110 mesures législatives dont les quatre cinquièmes, d&#039;après son estimation, avaient été abrogées entièrement ou en partie. Il a aussi constaté que le nombre des mesures législatives abrogées entièrement ou en partie, ou amendées pendant les trois années 1870, 1871, 1872, avait été de 3532, dont 2759 avaient été complètement abrogées. Pour voir si les abrogations ont continué dans la même proportion, j&#039;ai consulté, pour les trois dernières sessions, les volumes renfermant &amp;quot;les statuts publics généraux&amp;quot;, publiés annuellement. Laissant de côté les nombreux actes parlementaires amendés, j&#039;ai trouvé que dans les trois dernières sessions six cent cinquante actes &#039;&#039;appartenant au règne actuel&#039;&#039;, et un grand nombre des règnes précédents, avaient été entièrement abrogés, soit séparément, soit par groupes. Ce nombre dépasse naturellement la moyenne ordinaire ; car, dans ces derniers temps, le &#039;&#039;Recueil des lois&#039;&#039; a été fortement expurgé. Mais, tout considéré, nous sommes obligés de reconnaître que, de notre temps, il y a eu plusieurs milliers d&#039;abrogations. Sans doute, quelques lois ont été abrogées parce qu&#039;elles étaient surannées ; d&#039;autres par suite du changement des circonstances (cette dernière catégorie ne peut être bien nombreuse, si nous songeons combien d&#039;actes législatifs récents ont été abrogées) ; d&#039;autres, simplement parce qu&#039;elles étaient inefficaces, et certaines l&#039;ont été, parce qu&#039;on en a condensé plusieurs en une seule. Mais il est hors de doute que, dans la plupart des cas, les lois ont été abrogées parce qu&#039;elles avaient produit de mauvais effets. Nous parlons à notre aise de pareils changements, nous pensons avec indifférence aux mesures législatives annulées. Nous oublions que les lois, avant d&#039;être abolies, ont généralement causé des maux plus ou moins sérieux : les unes pendant peu d&#039;années, d&#039;autres pendant des dizaines d&#039;années, d&#039;autres pendant des siècles. Changez votre idée vague d&#039;une mauvaise loi en une idée définie ; songez-y comme à une cause qui agit sur la vie des peuples, et vous verrez qu&#039;elle signifie tel nombre de souffrances, tel nombre de maladies, tel nombre de décès. Une forme vicieuse de procédure, qu&#039;elle soit prescrite ou tolérée, occasionne aux plaideurs des frais, des délais, et la perte de leurs procès. Quel en est 1e résultat ? De l&#039;argent dépensé en vain, et dont on aurait besoin ; une grande et longue anxiété fréquemment suivie de maladies ; le malheur d&#039;une famille ; des enfants auxquels on est obligé de refuser les aliments et les vêtements nécessaires ; en un mot, des misères qui en entraînent d&#039;autres après elles. Pensez aussi au grand nombre de gens qui, n&#039;ayant pas les moyens ou le courage d&#039;engager un procès, se résignent à. la fraude, sont appauvris et endurent des souffrances de corps et d&#039;esprit par suite du dommage subi. Dire même qu&#039;une loi a été simplement un obstacle, c&#039;est dire qu&#039;elle a causé des pertes de temps inutiles jointes à des ennuis et à des tracas, et, pour les gens surchargés, un surplus d&#039;ennuis et de tracas implique, çà et là, une santé affaiblie avec son cortège de souffrances directes et indirectes. Voyant donc que mauvaise législation est synonyme d&#039;atteinte portée à la vie des hommes, jugez quelle somme de détresse mentale, de douleurs physiques et de décès représentent ces milliers d&#039;actes législatifs abrogés ! Pour démontrer complètement cette vérité que le législateur qui ne possède pas des connaissances suffisantes cause des maux immenses, permettez-moi de citer un cas spécial rappelé à ma mémoire par une question du jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai déjà mentionné le fait que les tentatives de changer le rapport entre l&#039;offre et la demande, auxquelles en avait renoncé dans certains domaines économiques à la suite des calamités occasionnées, ont lieu maintenant dans d&#039;autres domaines. Le rapport est supposé être vrai uniquement là où la vérité en a été démontrée par les maux causés en le négligeant, tant les hommes y croient faiblement. On ne semble nullement se douter que dans les cas où il ne paraît pas exister, la marche naturelle des choses ait été dérangée par des obstacles artificiels. Et cependant, dans le cas auquel je fais allusion (celui de la construction de maisons pour les pauvres), il suffit de se demander quelle est depuis longtemps l&#039;action des lois pour voir que les maux terribles dont on se plaint sont pour la plupart produits par elles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la génération précédente, une discussion s&#039;était élevée à propos de l&#039;insuffisance et de l&#039;insalubrité des habitations ouvrières, et j&#039;eus l&#039;occasion de m&#039;occuper de la question. Voici un extrait de ce que j&#039;écrivis alors :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Un architecte, qui est à. la fois inspecteur, dit que la loi de construction a eu les effets suivants : dans ces districts de Londres où se trouvent des maisons. délabrées, construites de cette façon peu solide que la nouvelle loi de construction devait. changer, les propriétaires, dont les maisons ont été bâties avant le vote de la nouvelle loi, obtiennent une moyenne de loyer suffisamment rémunératrice. Cette moyenne détermine le loyer qu&#039;il faut demander dans ces districts pour les nouvelles maisons disposées de la même manière, c&#039;est-à-dire ayant le même nombre de chambres, car les gens pour lesquels on les bâtit, n&#039;apprécient pas la sécurité donnée par des murs consolidés par des barres de fer. Or, il résulte de l&#039;expérience faite que les maisons construites conformément aux règlements actuels, et louées au prix ainsi établi, ne rapportent pas un revenu raisonnable. Les constructeurs se sont donc bornés à élever des maisons dans de meilleurs districts (où la possibilité d&#039;une concurrence utile avec des maisons préexistantes montre que ces maisons préexistantes étaient passablement commodes), et ont cessé de bâtir pour les masses, excepté dans les faubourgs où n&#039;existe pas d&#039;insalubrité réclamant des changements urgents. En attendant, dans les districts pauvres, décrits ci-dessus, il s&#039;est produit un surcroît d&#039;agglomération, une demi-douzaine de familles dans une maison, une vingtaine de locataires dans une chambre. Bien plus, d&#039;autres conséquences en sont résultées. Le triste état de dilapidation dans lequel on permet que ces habitations des pauvres tombent, est dû à l&#039;absence de concurrence faite par des maisons neuves. Les propriétaires ne trouvent pas que leurs locataires soient tentés de les quitter par l&#039;offre d&#039;un meilleur logement. Les réparations, n&#039;étant pas nécessaires pour assurer la plus grande somme de bénéfices, ne sont pas faites... En vérité, la plus grande partie des horreurs auxquelles nos agitateurs sanitaires cherchent à remédier par des lois, nous les devons à des agitateurs antérieurs de la même école.&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Social Statics&#039;&#039;, p. 384, édition de 1851.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces maux ne sont pas les seuls causés par la législation. Le passage suivant montre qu&#039;on en a encore reconnu d&#039;autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Dans un article du &#039;&#039;Constructeur&#039;&#039; antérieur à l&#039;abrogation de l&#039;impôt sur la tuile, nous lisons : &amp;quot;On suppose qu&#039;un quart des dépenses pour une habitation, qui se loue à 2 shillings 6 deniers ou à 3 shillings par semaine, est imputable aux frais de contrat et à la taxe sur le bois et les briques employées dans la. construction. Naturellement le propriétaire veut rentrer dans ses dépenses, et il fait payer 7 pence et demi ou 9 pence pour s&#039;indemniser.&amp;quot; M. C. Gatliff, secrétaire de la Société pour l&#039;amélioration des maisons ouvrières, décrivant les effets de l&#039;impôt sur les fenêtres, dit : &amp;quot;Notre Société paie maintenant dans Saint-Pancras la somme de 162 livres, 16 shillings en impôts sur les fenêtres, ou l p. 100 par an sur la mise de fonds. La moyenne des loyers payés par les locataires de la Société est de 5 shillings, 6 deniers par semaine, et l&#039;impôt sur les fenêtres en absorbe 7 pence un quart par semaine.&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Times&#039;&#039;, 31 janvier 1850. - &#039;&#039;Social Statics&#039;&#039;, p. 385, édition de 1851.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce ne sont pas les seuls témoignages fournis par les publications da cette époque. Le &#039;&#039;Times&#039;&#039; du 7 décembre 1850 a publié une lettre datée du &#039;&#039;Reform Club&#039;&#039;, et signée &#039;&#039;Architecte&#039;&#039;, dans laquelle nous lisons les passages suivants :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Lord Kinnaird recommande dans votre numéro d&#039;hier la construction d&#039;habitations modèles par la réunion de deux ou trois maisons en une seule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Permettez-moi de suggérer à Sa Seigneurie, et à son ami Lord Ashley, sur lequel il s&#039;appuie, que si :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;1° La taxe des fenêtres était abolie ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;2° La loi de construction était abrogée (excepté les articles ordonnant que les murs intérieurs et extérieurs soient à l&#039;épreuve du feu) ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;3° Les droits sur les bois de charpente étaient égalisés ou abrogés, etc. ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;4° Une loi était votée pour faciliter le transfert de la propriété ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Il n&#039;y aurait pas plus de raisons pour construire des maisons d&#039;habitation modèles qu&#039;il n&#039;y en a pour construire des vaisseaux modèles, des filatures modèles ou des machines à vapeur modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;La première limite la maison du pauvre à sept fenêtres..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;La seconde limite la surface de la maison du pauvre à 25 pieds sur 18 (à peu près les dimensions d&#039;une salle à manger convenable), et dans cet espace, le constructeur est obligé de placer un escalier, une entrée, une salle commune et une cuisine (y compris les murs et les séparations).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Les troisièmes poussent le constructeur à employer polar la maison du pauvre du bois impropre à la construction, les droits sur la bonne marchandise (Riga), étant quinze fois supérieur à ceux sur la mauvaise (Canada). Le gouvernement exclut même cette dernière de tous ses contrats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;La quatrième apporterait de grands changements à l&#039;état misérable actuel des habitations des pauvres. De petites propriétés foncières libres pourraient alors être transférées aussi facilement que des tenures par bail. Souvent on a mal construit, uniquement parce qu&#039;on a bâti sur des terrains tenus à bail.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour ne commettre ni erreur ni exagération, j&#039;ai consulté M. C. Forrest, entrepreneur ayant quarante ans d&#039;expérience et grand constructeur dans les quartiers pauvres. Comme il est membre du conseil de fabrique et du Comité de bienfaisance, il joint la connaissance des affaires publiques locales à ses vastes connaissances en tout ce qui concerne la construction. M. Forrest, qui m&#039;autorise à donner son nom, confirme les assertions précédentes à l&#039;exception d&#039;une seule qu&#039;il trouve au-dessous de la vérité. Il dit que &amp;quot;Architecte&amp;quot; atténue le mal causé par la définition de &amp;quot;une maison de quatrième classe&amp;quot;, puisque les dimensions sont bien inférieures à celles qu&#039;il donne (peut-être en conformité avec les dispositions d&#039;une loi de construction plus récente). M. Forrest est allé plus loin. Outre qu&#039;il montre les mauvais effets de la forte augmentation des revenus du fonds (en soixante ans elle a été de l livre à 8 livres 10 sh. pour une maison de quatrième classe) qui; jointe à d&#039;autres causes, l&#039;avait obligé à renoncer aux plans qu&#039;il avait faits pour des habitations ouvrières dont il avait l&#039;intention d&#039;entreprendre la construction ; outre qu&#039;il est d&#039;accord avec &amp;quot;Architecte&amp;quot; que ce mal a été beaucoup accru par les difficultés du transfert des propriétés foncières, résultant du système de fidéicommis et de substitution établi par les lois, il a fait ressortir que le développement des charges locales (il les appelait impôts prohibitifs) était un autre obstacle apporté à la construction de maisons de petites dimensions. Un de ses arguments est qu&#039;au prix de revient de chaques maison neuve il faut ajouter les taxes pour l&#039;entretien de la chaussée et des égoûts, qui sont réglées d&#039;après la longueur de la face et qui pèsent par conséquent plus lourdement sur les maisons sans profondeur que sur les maisons profondes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ces maux produits par la législation, qui étaient déjà grands à l&#039;époque de la dernière génération, et qui ont encore grandi depuis, passons aux maux plus récents découlant de la même cause. La misère, les maladies, la mortalité dans les &amp;quot;masures&amp;quot; ayant constamment augmenté, par suite des obstacles apportés à la construction de maisons de quatrième classe, ainsi que de l&#039;encombrement qui en est résulté dans les maisons existantes, et étant devenues un scandale, on s&#039;est adressé au gouvernement pour y porter remède. Il a répondu à cet appel par les lois des habitations ouvrières, donnant aux autorités locales le droit d&#039;abattre les maisons En mauvais état et de pourvoir à la construction de maisons plus confortables. Quel en été le résultat ? Un résumé des opérations du bureau a métropolitain des travaux, daté du 21 décembre 1883, montre que jusqu&#039;au mois de septembre dernier, il avait, en augmentant les contributions d&#039;un million et un quart, chassé de leur demeure vingt et un mille personnes et construit des maisons pour douze mille. On pourvoira dans l&#039;avenir au logement des neuf mille qui restent et qui, en attendant, se trouvent sans abri. Ce n&#039;est pas tout. Un autre représentant local du gouvernement, la commission des égouts pour la Cité, travaillant dans la même direction, a, par contrainte légale, abattu dans Golden Land et Petticoat Square, des masses de petites maisons condamnées, dans lesquelles logeaient mille sept cent trente-quatre pauvres gens ; et des terrains ainsi déblayés, il y a cinq ans, l&#039;un a été vendu, par mesure d&#039;ordre public, pour construire une station da chemin de fer, et l&#039;autre se couvre seulement maintenant d&#039;habitations ouvrières dans lesquelles une moitié de la population expulsée trouvera plus tard à se loger. Si nous ajoutons aux personnes déplacées par le bureau métropolitain des travaux les mille sept cent trente-quatre dont il a été question, nous trouvons que jusqu&#039;à présent à peu près onze mille individus ont été privés de leurs logements et ont été obligés de chercher un abri dans de misérables endroits déjà encombrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez donc ce que les législateurs ont fait. Par une mauvaise assiette de l&#039;impôt, en élevant le prix des briques et du bois de charpente, ils ont augmenté les frais de construction, et poussé, dans un but d&#039;économie, à employer de mauvais matériaux en quantité insuffisante. Pour empêcher l&#039;effet de ces mesures sur les logements, ils ont établi, à la façon du moyen âge, des règlements qui prescrivaient la qualité de la marchandise produite, ne songeant guère qu&#039;en exigeant une qualité supérieure et en augmentant par conséquent les prix de revient, ils limiteraient la demande et diminueraient l&#039;offre dans l&#039;avenir. En créant de nouvelles charges locales, ils ont récemment mis de nouveaux obstacles à la construction de petites maisons. Enfin après avoir, par des mesures successives, amené la construction de maisons en mauvais état et produit un manque de maisons plus confortables, ils ont remédié à l&#039;encombrement des habitations des pauvres gens en diminuant l&#039;espace qui déjà ne pouvait les contenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui faut-il donc blâmer des misères des quartiers pauvres ? Contre qui devraient s&#039;élever les cris douloureux des &#039;&#039;proscrits&#039;&#039; de Londres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;anthropologue allemand Bastian nous dit que, si un naturel de la Guinée est malade et qu&#039;il fasse mentir le fétiche en ne guérissant pas, on l&#039;étrangle, et il est permis de supposer que chez les habitants de la Guinée tout individu assez audacieux pour mettre en doute le pouvoir du fétiche serait bien vite mis à mort. A l&#039;époque où l&#039;autorité gouvernementale était soutenue par des mesures sévères, il y a avait un danger analogue à parler avec irrévérence du fétiche politique. De nos jours, cependant, la plus grande punition qu&#039;ait à craindre un homme qui met sa toute puissance a en question, c&#039;est d&#039;être traité de réactionnaire qui parle du &#039;&#039;laissez faire&#039;&#039;. Il ne peut pas espérer diminuer la foi établie à l&#039;aide des faits qu&#039;il aura recueillis, car nous voyons tous les jours que cette foi est à l&#039;épreuve de tout témoignage contradictoire. Examinons un petit nombre de ces témoignages multiples auxquels on ne prête nulle attention.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Un bureau du gouvernement ressemble à un filtre renversé ; vous y envoyez des comptes clairs, ils en sortent embrouillés&amp;quot;. Telle est la comparaison faite en ma présence, il y a bien des années, par 1e défunt Sir Charles Fox qui avait une grande expérience des services administratifs. Si la comparaison citée appartient à lui seul, son opinion est commune à bien des personnes, comme tout le monde le sait. Les scandales divulgués par la presse et les critiques exprimées dans le parlement ne laissent ignorer à personne les vices de la routine officielle. Ses lenteurs, dont on se plaint continuellement, et qui allaient à l&#039;époque de M. Fox Maule &amp;quot;jusqu&#039;à laisser les commissions des officiers à peu près deux années en retard&amp;quot;, se sont encore manifestées récemment par la publication du recensement général de 1881 plus de deux années après que les renseignements eussent été recueillis. Si nous cherchons l&#039;explication de ces lenteurs, nous trouvons qu&#039;elles proviennent d&#039;une confusion à peine croyable. Au sujet des états du recensement, le directeur général de l&#039;enregistrement nous dit &amp;quot;que la difficulté ne réside pas seulement dans la grande quantité des différentes circonscriptions dont il faut tenir compte, mais encore davantage dans la division inextricable de leurs limites&amp;quot;. Il y a en effet 39,000 circonscriptions administratives de vingt-deux espèces différentes qui empiètent l&#039;une sur l&#039;autre, des cantons, des paroisses, des bourgs, des quartiers, des ressorts de justices de paix, des gouvernements, des districts sanitaires urbains et ruraux, des diocèses, des districts d&#039;enregistrement, etc. Et ainsi, comme l&#039;indique M. Rathbone&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;The Nineteenth Century&#039;&#039;, février 1883.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ces nombreuses espèces de circonscriptions superposées avec leurs limites entrecroisées ont leurs différents corps administratifs dont les pouvoirs s&#039;étendent à leurs districts réciproques. Quelqu&#039;un demande-t-il : pourquoi le Parlement a-t-il établi une nouvelle série de divisions pour chaque nouvelle administration ? La réponse qui se présente naturellement, c&#039;est qu&#039;il a voulu conserver de la suite dans la méthode. Cette confusion organisée correspond tout à fait à la confusion organisée que le parlement augmente chaque année en ajoutant au tas de ses anciennes mesures législatives une certaine quantité de mesures nouvelles, dont les dispositions contrecarrent et changent de mille manières les dispositions des nombreux actes législatifs auxquels on les ajoute : le soin de déterminer ce qui est la loi est laissé aux particuliers qui perdent leur fortune pour obtenir une interprétation des juges. D&#039;autre part, ce système consistante recouvrir des réseaux de districts par d&#039;autres réseaux est tout à fait conforme à la méthode d&#039;après laquelle le lecteur de la loi de 1872 sur l&#039;hygiène publique, qui désire savoir à quelles obligations il est soumis, est renvoyé à vingt-six lois précédentes de différentes catégories et faites à des dates très diverses&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;&#039;&#039;Statistics of Legislation&#039;&#039;&amp;quot;, par F. H. Janson Esq. F.L.S., vice-président de la société de Législation.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous pouvons en dire autant de l&#039;inertie administrative. Continuellement il se présente des cas qui démontrent la résistance du fonctionnarisme au progrès : tel est celui de l&#039;Amirauté qui, lorsqu&#039;on lui proposa l&#039;emploi du télégraphe électrique, répondit : &amp;quot;nous avons un très bon système de sémaphores&amp;quot;, ou celui de l&#039;administration des Postes qui, comme le défunt sir Charles Siemens l&#039;a dit, il y a bien des années, a mis des obstacles à l&#039;emploi des méthodes perfectionnées de télégraphie, et a entravé depuis l&#039;usage du téléphone. D&#039;autres cas analogues à celui des habitations ouvrières montrent de temps en temps comment l&#039;État augmente d&#039;une main les maux qu&#039;il cherche à diminuer de l&#039;autre ; par exemple il met un droit sur les assurances contre l&#039;incendie et établit des règlements qui doivent faciliter l&#039;extinction des incendies, ou il prescrit certains modes de construction qui, comme le capitaine Shaw le prouve, produisent un surcroît de dangers&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Fire Surveys, or a Summary of the Principles to be observed in estimating the risk of Buildings&#039;&#039;.&amp;lt;/ref&amp;gt;. D&#039;autre part, les absurdités de la routine officielle, qui se montre rigide là où elle ne le devrait pas et fait preuve de mollesse là où elle devrait se montrer rigide, sautent quelquefois si fortement aux yeux qu&#039;elles deviennent scandaleuses. Ainsi nous voyons un document officiel secret de grande importance rendu public, après qu&#039;il eut été mis entre les mains d&#039;un copiste mal payé qui n&#039;était pas même employé permanent du gouvernement ; ou bien on cache, à nos officiers supérieurs d&#039;artillerie la méthode de faire de la fonte Morsom et ils l&#039;apprennent des Russes auxquels on avait permis d&#039;en prendre connaissance ; ou bien un diagramme, montrant les distances auxquelles les cuirassés anglais et étrangers peuvent être perforés par nos grands canons, est communiqué par un &#039;&#039;attaché&#039;&#039; hardi à son propre gouvernement, et connu ensuite &amp;quot;par tous les gouvernements de l&#039;Europe&amp;quot;, tandis que nos propres officiers ignorent le fait&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;V. Le &#039;&#039;Times&#039;&#039;, 6 octobre 1874, où l&#039;on cite d&#039;autres exemples.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n&#039;en est pas autrement de la surveillance administrative. Il a été démontré que le contrôle de l&#039;argent était superflu, tandis qu&#039;il portait préjudice au commerce de l&#039;argenterie&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;The State in its Relation to Trade&#039;&#039;, pas Sir Thomas Ferrer, p. 147.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; dans certains cas il a diminué la qualité en établissant un titre qu&#039;il est inutile de dépasser. Examinez aussi le cas du marché au beurre de Cork où il est désavantageux d&#039;apporter des qualités supérieures, puisqu&#039;elles ne peuvent profiter de leur réputation&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Ibid&#039;&#039;. p. 149.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou bien celui de la fumigation du hareng (à présent facultative). Ici la réglementation a eu pour effet de mettre les nombreux saleurs inférieurs, qui atteignent juste le niveau de l&#039;approbation officielle, de pair avec las quelques saleurs meilleurs qui dépassent ce niveau, et de décourager ainsi les derniers. Mais on ne profite pas de pareilles leçons. Même dans les cas où l&#039;insuccès de la surveillance saute le plus aux yeux, il passe inaperçu ; comme le prouve la terrible catastrophe dans laquelle le pont sur la Tay s&#039;effondra et un train rempli de monde fut englouti par les flots. De tous côtés s&#039;élevèrent des cris contre l&#039;ingénieur, l&#039;entrepreneur, etc. ; mais on ne parla pas ou on parla peu du fonctionnaire qui avait donné au pont l&#039;approbation officielle. Il en est de même des mesures préventives contre les maladies. On ne réfléchit pas que, sous la direction et par suite des prescriptions des agents de l&#039;État, il se produit de grandes calamités ; par exemple, lorsque quatre vingt-sept femmes et enfants de soldats périssent dans le vaisseau Accrington ; ou quand la fièvre typhoïde et la diphtérie sont propagées par un système de drainage officiel, comme à Edimburg&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Hansard, vol-civii, p. 718, et vol-civii, p. 4464.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou quand des mesures sanitaires, ordonnées par l&#039;Etat et toujours mal appliquées, augmentent les maux qu&#039;elles ont pour but de diminuer&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre d&#039;un médecin d&#039;Edimbourg, confirmant d&#039;autres témoignages. J&#039;en avais cité un relatif à Windsor où, comme à Edimbourg, il n&#039;y avait aucun cas de fièvre typhoïde dans les parties non drainées et où elle fut très pernicieuse dans les parties drainées. - &#039;&#039;Study of Sociology&#039;&#039;, chap. 1, Notes.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des masses de preuves de ce genre n&#039;ébranlent pas la confiance avec laquelle on invoque l&#039;inspection sanitaire - on l&#039;invoque même plus que jamais ; - comme le démontre une suggestion récente d&#039;après laquelle toutes les écoles publiques devraient être placées sous la surveillance dit métlecins nommés par le gouvernement. Bien plus, même quand l&#039;État a été manifestement la cause du mal dont on se plaint, la foi dans son intervention bienfaisante n&#039;en est pas diminuée, comme nous le voyons par le fait qu&#039;ayant, il y a quelques trente ans, donné l&#039;autorisation ou plutôt intimé l&#039;ordre aux villes d&#039;établir des systèmes de drainage déversant les eaux des égouts dans les rivières, et ayant ainsi infecté les sources d&#039;eau, des cris s&#039;élevèrent contre la compagnies des eaux à cause de l&#039;impureté de ces dernières ; et ces cris continuèrent après que les villes eurent été forcées de transformer complètement, à des frais énormes, leur système de drainage. Et maintenant, comme seul remède, on demande que l&#039;État gère toute l&#039;affaire, par l&#039;intermédiaire de ses mandataires locaux. Les méfaits de l&#039;État deviennent, comme dans le cas des habitations industrielles, un motif pour le prier d&#039;en commettre davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vérité l&#039;adoration de la législature est sous un rapport moins excusable que celle du fétiche, à laquelle je l&#039;ai comparée tacitement. Le sauvage peut alléguer que son fétiche ne parle pas, qu&#039;il ne confesse pas son impuissance. Mais l&#039;homme civilisé persiste à attribuer à cette idole faite de ses propres mains des pouvoirs que d&#039;une façon eu d&#039;une autre elle reconnaît ne pas posséder. Je ne veux pas dire seulement que les débats nous révèlent tous les jours des mesures législatives qui ont causé du mal au lieu de faire du bien, ni que les milliers d&#039;actes législatifs, qui abrogent des actes précédents, sont autant d&#039;aveux tacites d&#039;insuccès. Je ne fais pas non plus allusion à ces confessions quasi-officielles, par exemple à celle contenue dans le rapport des commissaires de la loi des pauvres, lesquels s&#039;expriment ainsi : &amp;quot;D&#039;une part, nous trouvons à peine un seul statut touchant l&#039;administration de la bienfaisance publique qui ait produit l&#039;effet visé par la législature ; au contraire la plupart ont été l&#039;origine de maux nouveaux et ont aggravé ceux qu&#039;ils avaient pour but d&#039;empêcher&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;History of English Poor Law&#039;&#039;, t. II, p. 252, par Nicholl.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;quot; Je fais plutôt allusion à certaines confessions d&#039;hommes d&#039;État et d&#039;administrations publiques. Par exemple, dans un mémoire adressé à M. Gladstone, et adopté par un meeting de personnages très influents, tenu sous la présidence du défunt Lord Lyttelton, je lis :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Nous, soussignés, membres de la Chambre des lords et de la Chambre des communes, et habitants de la capitale., reconnaissant pleinement la vérité et la gravité de votre assertion à la Chambre des communes en 1866 d&#039;après laquelle toutes nos dispositions législatives concernant les travaux publics sont lamentables, qu&#039;on y trouve à la fois de l&#039;indécision, de l&#039;incertitude, des dépenses exagérées, de l&#039;extravagance, de la lésinerie et tous les vices imaginables&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez le &#039;&#039;Times&#039;&#039;, 31 mars 1873.&amp;lt;/ref&amp;gt;, etc., etc.&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici encore un exemple fourni par une note récente du Conseil de commerce (novembre 1883) où il est dit que &amp;quot;depuis le comité des naufrages en 1836, il y a eu à. peine une session pendant laquelle il n&#039;ait été voté une loi ou il n&#039;ait été pris une mesure soit par la législature soit par le gouvernement pour empêcher les naufrages&amp;quot;, et que &amp;quot;la multiplicité des statuts, condensés en une seule loi en 1854, est devenue de nouveau un scandale et une source de reproches&amp;quot;, chaque mesure étant votée parce que les précédentes avaient échoué. Puis vient immédiatement cet aveu que &amp;quot;depuis 1876 les pertes en hommes et en vaisseaux ont été plus fortes qu&#039;elles ne l&#039;avaient jamais été auparavant.&amp;quot; En attendant les frais d&#039;administration ont monté de 17 000 livres à 73 000 livres par an.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On est surpris de voir avec quelle force certains moyens artificiels, employés de certaines manières, agissent sur l&#039;imagination en dépit de la raison. L&#039;histoire entière prouve la vérité de cette assertion, depuis le tatouage par lequel le sauvage cherche à effrayer son adversaire, jusqu&#039;aux cérémonies religieuses, aux processions royales, à la longue robe du président et à la baguette d&#039;un huissier revêtu du costume officiel. Je me rappelle un enfant qui pouvait regarder avec assez de calme un horrible masque quand son père le tenait à la main, mais qui poussait des cris quand son père s&#039;en recouvrait le visage. Un changement analogue s&#039;opère dans les sentiments des corps électoraux, quand leurs élus passent des bourgs et des comtés au parlement. Aussi longtemps qu&#039;ils sont candidats, ils sont exposés aux railleries, aux satires, aux &#039;&#039;ergoteries&#039;&#039; de l&#039;un ou de l&#039;autre parti, et traités à tout égard avec beaucoup d&#039;irrévérence ; mais aussitôt qu&#039;ils sont assemblés à Westminster, ceux qui ont été injuriés, vilipendés, accusés d&#039;ignorance et de folie par les journalistes et par les orateurs publics, inspirent une confiance sans borne. A en juger par les pétitions qui leur sont adressées, il n&#039;y a rien au-dessus de leur sagesse et de leur puissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A toutes ces observations on répondra sans doute : on ne peut trouver rien de meilleur que le gouvernement par la &amp;quot;sagesse collective&amp;quot; ; les élus de la nation, choisissant parmi eux un petit nombre d&#039;hommes d&#039;État, appliquent toute leur intelligence, éclairée par toute la science moderne, aux questions débattues en leur récence. &amp;quot;Que voudriez-vous de plus&amp;amp;nbsp;?&amp;quot; demanderont la plupart des lecteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je répondrai que cette science moderne qui a servi, dit-on, à nos législateurs à se préparer à bien remplir leurs devoirs, est une science dont la plus grande partie leur est évidemment inutile, et qu&#039;ils sont dignes de blâme pour ne pas voir quelle science leur serait utile. Si beaucoup d&#039;entre eux sont des philologues distingués, ils n&#039;en sont pas meilleurs juges des questions à l&#039;ordre du jour, et les littératures, dont l&#039;accès leur est ouvert par leurs connaissances philologiques, ne leur serait pas d&#039;un grand recours. Les expériences et les spéculations politiques, fondées sur l&#039;histoire des petites sociétés anciennes et sur les livres de philosophes qui prétendent que la guerre est l&#039;état normal, que l&#039;esclavage est à la fois nécessaire et juste, et que les femmes doivent être maintenues sous une tutelle perpétuelle, ne leur serviront guère à apprécier quel effet produiront des actes législatifs dans les grandes nations du type moderne. Ils peuvent méditer sur les actions de tous les grands hommes qui, d&#039;après la théorie de Carlyle, donnent à la société sa forme, et ils peuvent passer des années à lire les détails sur les conflits internationaux, les trahisons, les intrigues, les traités qui remplissent les ouvrages historiques, sans mieux comprendre les origines et les causes des structures et des actions sociales et la manière dont la loi les affecte. Les connaissances acquises dans les usines, à la Bourse, ou dans les prétoires des tribunaux n&#039;aident guère non plus à la préparation indispensable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui est réellement nécessaire, c&#039;est une étude systématique de l&#039;enchaînement naturel entre la cause et l&#039;effet, tel qu&#039;il se manifeste parmi les êtres humains réunis en société. Quoiqu&#039;une conscience distincte de cet enchaînement soit un des résultats derniers du progrès intellectuel - quoique le sauvage n&#039;ait aucune conception d&#039;une cause mécanique - quoique les Grecs mêmes eussent pensé que le vol d&#039;un javelot était dirigé par un dieu - quoiqu&#039;on ait assigné aux épidémies, presque jusqu&#039;à notre époque, une origine surnaturelle - et quoique parmi les phénomènes sociaux, le plus complexe de tous, la relation entre la cause et l&#039;effet, soit probablement celui qui sera le plus longtemps méconnu, cependant, de nos jours, l&#039;existence de cette relation est devenue assez évidente pour imposer aux esprits de tous ceux qui pensent la conclusion qu&#039;avant de se mêler d&#039;intervenir dans cette relation il faut l&#039;étudier avec soin. Les simples faits généralement connus à présent, à savoir qu&#039;il y a une connexion entre le nombre des naissances, des décès, des mariages et le prix du blé, que dans la même société, pendant la même génération, la proportion entre les crimes et la population varie dans des limites étroites, devraient suffire pour faire voir à tout le monde que les désirs humains, guidés par l&#039;intelligence qui leur est connexe, agissent d&#039;une manière approximativement uniforme. On devrait en conclure que, parmi les causes sociales, celles nées de la législation, opérant pareillement avec une régularité moyenne, doivent changer non seulement les actions des hommes mais encore leur nature, et cela, autrement qu&#039;on l&#039;avait prévu. On devrait reconnaître le fait que, dans la société plus que partout ailleurs, les causes sont fécondes en effets, et on devrait voir que les conséquences lointaines et indirectes ne sont pas moins inévitables que les conséquences prochaines. Je ne prétends pas qu&#039;on nie ces assertions et ces conclusions. Mais il y a croyances et croyances ; quelques-unes sont professées nominalement, d&#039;autres influencent notre conduite à un faible degré, d&#039;autres enfin exercent sur elles une influence irrésistible dans toutes les circonstances ; et malheureusement les croyances des législateurs touchant l&#039;enchaînement des causes et des effets dans les questions sociales appartiennent à la première catégorie. Voyons quelques-unes des vérités qu&#039;ils admettent tous et dont quelques-uns à peine tiennent sérieusement compte en légiférant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est incontestable que tout être humain est modifiables jusqu&#039;à un certain degré, au point de vue physique aussi bien qu&#039;au point de vue intellectuel. Toutes les méthodes d&#039;éducation, tous les exercices, depuis ceux du mathématicien jusqu&#039;à ceux du lutteur de profession, toutes les récompenses accordées à la vertu, toutes les punitions infligées au vice, impliquent la croyance, exprimée dans différents proverbes, que l&#039;usages ou la cessation d&#039;usage d&#039;une faculté, physique ou mentale, est suivi d&#039;un changement dans l&#039;adaptation, perte ou gain de force, selon le cas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a le fait, également reconnu partout dans ses grandes manifestations, que les modifications de la nature, produites d&#039;une façon ou d&#039;une autre, sont héréditaires. Personne ne nie que, par l&#039;accumulation de faibles changements, pendant des générations successives, la constitution ne s&#039;adaptas aux conditions ; de sorte qu&#039;un climat, funeste à d&#039;autres races, ne cause aucun mal à la race qui s&#039;y est adaptée. Personne ne nie que les peuples de même souche, qui se sont répandus dans des habitats différents et ont mené chacun une existence différente, n&#039;aient acquis dans le cours des temps des aptitudes et des tendances différentes. Personne ne nie que dans des conditions nouvelles de nouveaux caractères nationaux ne se forment, même à l&#039;heure actuelle ; témoins, les Américains. Et si personne ne nie un processus d&#039;adaptation continuant partout et toujours, la conclusion évidente est que des modifications dans l&#039;adaptation accompagnent nécessairement chaque changement dans les conditions sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce qui a été dit on peut ajouter pour corollaire que toute loi contribuant à altérer le mode d&#039;action des hommes - soit en leur imposant de nouvelles contraintes ou restrictions, soit en leur procurant de nouveaux secours - les affecte de telle façon que leur nature s&#039;y adapte avec le temps. Au delà de tout effet immédiat, il y a l&#039;effet éloigné, tout à fait ignoré du plus grand nombre, une réformation du caractère moyen : une réformation qui peut être désirable ou non, mais qui, en tout cas, est le résultat le plus important à considérer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres vérités générales, que le citoyen et encore davantage le législateur devraient méditer jusqu&#039;à ce qu&#039;ils se les soient complètement assimilées, nous sont révélées quand nous nous demandons comment les activités sociales sont produites, et quand nous sommes convaincus de l&#039;évidence de la réponse qu&#039;elles sont le résultat collectif des désirs des individus qui cherchent à les satisfaire chacun de son côté et qui suivent ordinairement la voie leur paraissant la plus facile d&#039;après leurs habitudes et leurs pensées préexistantes, c&#039;est-à-dire les lignes de moindre résistance : les vérités de l&#039;économie politique en sont simplement les corollaires. Il n&#039;est pas besoin de démontrer que les structures sociales et les actions sociales sont nécessairement d&#039;une manière ou d&#039;une autre le produit des émotions humaines guidées par des idées, soit celles des ancêtres soit celles des hommes vivants. La conséquence forcée est que l&#039;interprétation des phénomènes sociaux se trouve dans la coopération de ces facteurs de génération en génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une telle interprétation conduit bien vite à la conclusion que, parmi les résultats collectifs des désirs humains cherchant satisfaction, ceux qui ont excité les activités particulières et les coopérations spontanées ont contribué bien plus au développement social que ceux qui ont poussé à l&#039;action par suite de l&#039;intervention gouvernementale. Si des moissons abondantes couvrent maintenant les champs où on ne pouvait recueillir autrefois que des baies sauvages, nous en sommes redevables à la poursuite de satisfactions individuelles pendant de nombreuses générations. Si des maisons confortables ont remplacé les huttes, c&#039;est que les hommes ont désiré augmenter leur bien-être ; les villes aussi doivent leur existence à des impulsions de ce genre. L&#039;organisation commerciale, maintenant si vaste et si complexe, a commencé lors des réunions qui avaient lieu à l&#039;occasion des fêtes religieuses et est entièrement due aux efforts des hommes pour arriver à leurs fins particulières. Les gouvernements ont continuellement contrecarré et troublé ce développement et n&#039;y ont jamais aidé en aucune façon, si ce n&#039;est en remplissant en partie les fonctions qui lui sont propres et en maintenant l&#039;ordre public. Il en est de même des progrès des sciences et de leurs applications, qui ont rendu possibles les changements de structure et l&#039;augmentation des activités sociales. Ce n&#039;est pas à l&#039;État que nous devons cette foule d&#039;inventions utiles depuis la bêche jusqu&#039;au téléphone ; ce n&#039;est pas l&#039;État qui a fait les découvertes en physique, en chimie et les autres qui guident les manufacturiers modernes ; ce n&#039;est pas l&#039;État qui a imaginé ces mécanismes qui servent à fabriquer des objets de toute espèce, à transporter hommes et choses d&#039;un endroit à l&#039;autre, et contribuent de mille manières à notre confort. Ces transactions commerciales qui s&#039;étendent au monde entier, ce trafic qui remplit nos rues, ce commerce de détail qui met toutes choses à notre portée et distribue à nos portes les objets nécessaires à la vie quotidienne, n&#039;ont pas une origine gouvernementale. Ce sont les résultats de l&#039;activité spontanée des citoyens, isolés ou en groupe. Bien plus, les gouvernements doivent à ces activités spontanées les moyens mêmes d&#039;accomplir leurs devoirs. Enlevez au mécanisme politique tous ces secours que les sciences et les arts lui ont fournis, laissez l&#039;Etat avec les seules ressources que les fonctionnaires ont inventées, et la marche du gouvernement serait aussitôt arrêtée. Le langage même qui lui sert à enregistrer ses lois et à communiquer ses ordres à ses agents, est un instrument qui n&#039;est nullement dû au législateur ; il a été créé, sans qu&#039;on y prit garde, dans les relations des hommes poursuivant leurs satisfactions personnelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre vérité qui se rattache à la précédente, c&#039;est que les différentes parties de cette organisation sociale formée spontanément se relient entre elles de telle façon que vous ne pouvez pas agir sur l&#039;une sans agir plus ou moins sur toutes. Cela se voit nettement quand une disette de coton paralyse d&#039;abord certains districts manufacturiers, influe ensuite sur les actes des négociants en gros et des détaillants du royaume entier, ainsi que sur leurs clients, et affecte dans la suite les fabricants, les marchands et les acheteurs d&#039;autres articles, en laine, en toile, etc. Nous le voyons aussi quand une hausse du prix de la houille influe partout sur la vie domestique, crée des entraves au plus grand nombre de nos industries, élève le prix des produits fabriqués, restreint la consommation de ces objets et change les habitudes des consommateurs. Ce que nous apercevons clairement dans les cas cités arrive dans les autres cas d&#039;une façon perceptible ou imperceptible. Évidemment les actes législatifs sont au nombre des facteurs qui, en dehors de leur influence directe, produisent des effets incommensurables et très divers. Un professeur éminent, à qui ses études donnent une très grande compétence dans ces questions, a fait en ma présence l&#039;observation suivante : &amp;quot;Quand une fois vous avez commencé à intervenir dans l&#039;ordre de la nature, il est impossible de savoir quel sera le résultat final.&amp;quot; Si cette observation est vraie dans l&#039;ordre de la nature sous-humain auquel il faisait allusion, elle l&#039;est encore davantage dans l&#039;ordre de la nature existant dans les organisations sociales créées par des êtres humains réunis en société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant, pour appuyer la conclusion d&#039;après laquelle le législateur devrait apporter dans l&#039;exercice de son mandat une vive conscience de ces vérités évidentes et d&#039;autres du même genre touchant la société humaine dont il a l&#039;intention de s&#039;occuper, je me permettrai de présenter plus en détail une de ces vérités dont je n&#039;ai pas encore parlé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour qu&#039;une espèce supérieure quelconque se continue, il faut qu&#039;elle se conforme à deux principes radicalement opposés. Ses membres doivent être traités d&#039;une façon contraire dans leur enfance et à l&#039;âge adulte. Nous les considérerons dans ces deux états.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un des faits les plus familiers est que les animaux du type supérieur, relativement plus lents à atteindre leur maturité, peuvent, après l&#039;avoir atteinte, donner à leurs petits plus de secours que les animaux du type inférieur. Les adultes nourrissent leurs petits pendant une période plus ou moins longue, pendant que les petits sont encore incapables de pourvoir à leur subsistance ; et il est évident que la permanence de l&#039;espèce peut seulement être assurée si les soins des parents se conforment aux besoins résultant de l&#039;imperfection. Il est inutile de prouver que le traîne-buisson aveugle et sans plumes ou le jeune chien, même quand il peut voir, périraient immédiatement s&#039;ils étaient obligés de se procurer de la chaleur et de pourvoir à leur propre subsistance. Le dévouement des parente doit être d&#039;autant plus grand que les petits sont inutiles à eux-mêmes et aux autres, et il peut diminuer à mesure qu&#039;en se développant ces derniers peuvent s&#039;aider d&#039;abord eux-mêmes et peu à peu aider les autres. C&#039;est assez dire que pendant le jeune âge, les bienfaits reçus doivent être en raison inverse de la force ou de l&#039;adresse de celui qui les reçoit. Il est clair que, si dans la première partie de la vie les bienfaits étaient proportionnés au mérite ou les récompenses aux services, l&#039;espèce disparaîtrait dans l&#039;espace d&#039;une génération. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce &#039;&#039;régime&#039;&#039; du groupe familial, passons au &#039;&#039;régime&#039;&#039; de ce groupe plus étendu formé par les membres adultes de l&#039;espèce. Demandez ce qui arrive quand le nouvel individu, après avoir acquis l&#039;usage complet de ses forces et cessant de recevoir les secours de ses parents, est abandonné à lui-même ; ici entre en jeu un principe qui est juste le contraire de celui décrit plus haut. Pendant tout le reste de sa vie, chaque adulte obtient des bienfaits en proportion de son mérite, des récompenses en proportion de ses services : par mérite et par services nous entendons dans les deux cas la capacité de pourvoir aux nécessités de la vie, de se procurer de la nourriture, de s&#039;assurer un abri, d&#039;échapper aux ennemis. En concurrence avec les membres de sa propre espèce, en lutte avec les membres d&#039;autres espèces, l&#039;individu dépérit et meurt, ou bien prospère et se multiplie, selon qu&#039;il est bien ou mal doué. Évidemment un &#039;&#039;régime contraire&#039;&#039;, s&#039;il pouvait être maintenu, serait, avec le temps, fatal à l&#039;espèce. Si les bienfaits reçus par chaque individu étaient proportionnés à son infériorité, si, par conséquent, la multiplication des individus inférieurs était favorisée et la multiplication des individus supérieurs entravée, il en résulterait une dégénérescence progressive ; et bientôt l&#039;espèce dégénérée ne pourrait plus subsister en présence de l&#039;espèce qui est en lutte et de l&#039;espèce qui est en concurrence avec elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand fait à noter ici, c&#039;est que les procédés de la nature dans l&#039;intérieur du groupe familial et en dehors de ce groupe, sont diamétralement opposés l&#039;un à l&#039;autre, et que l&#039;interversion de l&#039;ordre de ces procédés serait fatale à l&#039;espèce soit immédiatement, soit dans l&#039;avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il un homme qui pense que cette vérité n&#039;est pas applicable à l&#039;espèce humaine ? Il ne peut pas contester que, dans la famille humaine, comme dans toutes les familles inférieures, on s&#039;expose à des conséquences funestes si l&#039;on proportionne les bienfaits aux mérites. Peut-il soutenir qu&#039;en dehors de la famille, parmi les adultes, on ne devrait pas proportionner les bienfaits aux mérites ? Voudra-t-il prétendre qu&#039;il n&#039;en résultera aucun mal si les individus peu doués sont mis dans la possibilité de prospérer et de se multiplier autant ou plus que les individus bien doués. Une société humaine, étant ou bien en lutte ou bien en concurrence avec d&#039;autres sociétés, peut être considérée comme une espèce, ou plutôt comme une variété d&#039;espèce ; et on peut affirmer que, pareillement aux autres sociétés ou variétés, elle sera incapable de rester debout dans la lutte avec d&#039;autres sociétés, si elle avantage ses unités inférieures aux dépens de ses unités supérieures. Certainement personne ne peut manquer de voir que, si l&#039;on adoptait et si l&#039;on appliquait complètement le principe de la vie familiale dans la vie sociale, si les récompenses étaient toujours d&#039;autant plus grandes que les services étaient médiocres, il en résulterait bientôt des conséquences funestes à la société ; et s&#039;il en est ainsi, même une introduction partielle du &#039;&#039;régime&#039;&#039; de la famille dans le &#039;&#039;régime&#039;&#039; de l&#039;Etat, doit amener insensiblement des conséquences analogues. La société, prise dans sa totalité ne peut, sans s&#039;exposer à un désastre immédiat ou futur, intervenir dans l&#039;action de ces deux principes opposés dont l&#039;application a rendu toutes les sociétés aptes à atteindre leur mode de vie actuel et à se maintenir dans leur état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis à dessein la société prise dans sa totalité, car je n&#039;ai pas l&#039;intention de supprimer ou de condamner les secours accordés aux hommes mal doués par les hommes bien doués en leur qualité d&#039;individus. Bien que ces secours produisent du mal s&#039;ils sont distribués à tort et à travers, de façon à mettre les hommes mal doués dans la possibilité de se multiplier, cependant, en l&#039;absence de secours accordés par la société, l&#039;assistance individuelle, invoquée plus souvent qu&#039;elle ne l&#039;est à présent, et associée à un sentiment plus fort de la responsabilité, serait, en général, accordée dans le but d&#039;aider plutôt les malheureux dignes de commisération que ceux qui sont indignes de nature : de cette bienfaisance la société retirerait d&#039;ailleurs les avantages résultant du développement des sentiments sympathiques. Mais tout cela n&#039;empêche pas de soutenir qu&#039;il faut maintenir la distinction radicale entre la morale de la famille et la morale de l&#039;État et que, si la générosité doit être le principe essentiel de l&#039;une, la justice doit être le principe essentiel de l&#039;autre. Il ne faut pas altérer ces rapports normaux entre les citoyens d&#039;après lesquels chacun reçoit en retour de son travail, habile ou grossier, physique ou mental, le salaire déterminé par la demande ; un tel salaire, donc, qui lui permette de prospérer et d&#039;élever des enfants en proportion des supériorités qui rendent son existence précieuse pour lui-même et pour les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cependant malgré l&#039;évidence de ces vérités, qui devrait frapper tous ceux qui laissent là leurs lexiques, leurs actes de procédure, leurs registres et contemplent cet ordre de choses au milieu duquel nous vivons et auquel il faut nous conformer, on continue de demander un gouvernement paternel. L&#039;introduction de la morale familiale dans la morale de l&#039;État, au lieu d&#039;être regardée comme nuisible à la société, est de plus en plus réclamée comme le seul moyen efficace d&#039;assurer le bien public. Cette illusion est maintenant arrivée à ce point qu&#039;elle vicie les croyances de ceux qu&#039;on pourrait en croire exempts plus que les autres. Dans l&#039;essai auquel le &#039;&#039;Golden-Club&#039;&#039; a accordé le prix en 1880, on trouve l&#039;assertion d&#039;après laquelle &amp;quot;la vérité du libre échange est obscurcie par les sophismes du laissez faire&amp;quot; ; et en nous dit que &amp;quot;il nous faut un gouvernement beaucoup plus paternel, cet épouvantail des anciens économistes&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;On the value of Political Economy to Mankind&#039;&#039;, par A. N. Cumming, p. 47, 48.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vérité que je viens d&#039;exposer étant d&#039;une importance vitale, puisque, selon qu&#039;on l&#039;accepte ou qu&#039;on la rejette, toutes nos opinions politiques changent, je prends la permission d&#039;y insister en citant certains passages d&#039;un ouvrage que j&#039;ai publié en 1851 ; je demande seulement au lecteur de ne pas me croire lié aux conclusions téléologiques qui y sont contenues. Après avoir décrit &amp;quot;cet état universel de guerre au milieu duquel vivent tous les êtres inférieurs&amp;quot; et avoir montré qu&#039;il en résulte une certaine somme de biens, j&#039;ai continué ainsi :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Remarquez en outre, que leurs ennemis carnivores font non seulement disparaître dans les troupeaux herbivores les individus qui ont dépassé la force de l&#039;âge, mais extirpent aussi ceux qui sont maladifs, mal conformés, et moins agiles ou moins vigoureux. Cette épuration jointe aux nombreux combats pendant la saison de l&#039;accouplement empêche la dégénération de la race qui résulterait de la multiplication des individus inférieurs, et assure le maintien d&#039;une constitution complètement adaptée au milieu environnant, par conséquent, la plus propre à produire le bien-être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Le développement des espèces supérieures est un progrès vers une forme d&#039;existence capable de procurer une félicité exempte de ces nécessités fâcheuses. C&#039;est dans la race humaine que cette félicité doit se réaliser. La civilisation est la dernière étape vers sa réalisation. Et l&#039;homme idéal, c&#039;est l&#039;homme vivant dans les conditions où elle est réalisée. En attendant, le bien-être de l&#039;humanité existante et le progrès vers la perfection finale sont assurés l&#039;un et l&#039;autre par cette discipline bienfaisante mais sévère, à laquelle toute la nature animée est assujettie : discipline impitoyable, loi inexorable qui mènent au bonheur mais qui ne fléchissent jamais pour éviter d&#039;infliger des souffrances partielles et temporaires. La pauvreté des incapables, la détresse des imprudents, le dénuement des paresseux, cet écrasement des faibles par les forts, qui laisse un si grand nombre &amp;quot;dans les bas-fonds et la misère&amp;quot; sont les décrets d&#039;une bienveillance immense et prévoyante.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Pour devenir propre à l&#039;état social, l&#039;homme n&#039;a pas seulement besoin de perdre sa nature sauvage, il faut encore qu&#039;il acquière les capacités indispensables dans la vie civilisée. Il l&#039;ait qu&#039;il développe la faculté de s&#039;appliquer, qu&#039;il modifie son intellect de façon à l&#039;approprier à ses nouvelles tâches, et surtout, il faut qu&#039;il possède l&#039;énergie capable de renoncer à une petite jouissance immédiate pour en obtenir une plus grande dans l&#039;avenir. L&#039;état de transition sera naturellement un état malheureux. La misère résulte inévitablement du désaccord entre la constitution et les conditions. Tous ces maux qui nous affligent, et qui semblent aux ignorants les conséquences évidentes de telle ou telle cause qu&#039;on peut écarter, accompagnent fatalement l&#039;adaptation en voie de s&#039;accomplir. L&#039;humanité est obligée de se soumettre aux nécessités inexorables de sa nouvelle position, il faut qu&#039;elle s&#039;y confirme et qu&#039;elle supporte de son mieux les maux qui en dérivent. Il &#039;&#039;faut&#039;&#039; que le processus sois subi, il &#039;&#039;faut&#039;&#039; que les souffrances soient endurées. Aucune puissance sur terre, aucune loi imaginée par des législateurs habiles, aucun projet destiné à rectifier les choses humaines, aucune panacée communiste, aucune réforme que les hommes aient jamais accomplie ou qu&#039;ils accompliront jamais, ne peuvent diminuer ces souffrances d&#039;un iota. On peut en augmenter l&#039;intensité et on l&#039;augmente ; et le philosophe; qui veut empêcher ce mal, trouvera toujours dans cette tâche d&#039;amples moyens de s&#039;exercer. Mais le changement entraîne à sa suite une quantité &#039;&#039;normale&#039;&#039; de souffrances qui ne peuvent être amoindries sans qu&#039;on altères les lois mêmes de la vie...&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Naturellement, si la rigueur de ce processus est mitigée par la sympathie spontanée des hommes les uns pour les autres, il n&#039;y a rien à redire : quoique cette sympathie produise certainement du mal quand elle se manifeste sans examen préalable des conséquences finales. Mais les inconvénients qui en résultent ne sont rien en comparaison du bien accompli. C&#039;est seulement quand elle pousse à des actes d&#039;iniquité, quand elle est la cause d&#039;une immixtion défendue par la loi de la liberté égale pour tous, quand, en procédant de la sorte, elle suspend dans une manifestation particulière de la vie la relation entre la constitution et les conditions, c&#039;est dans ces cas seulement qu&#039;elle produit uniquement du mal. Alors, cependant, elle déjoue elle-même ses desseins. Elle favorisera multiplication des hommes les moins propres à l&#039;existence, et empêche, par conséquent, la multiplication des hommes les plus propres à l&#039;existence, laissant moins de place pour ces derniers. Elle tend à remplir le monde de gens à qui la vie apportera le plus de souffrances et à en fermer l&#039;entrée à ceux à qui elle apportera le plus de plaisirs. Elle inflige une misère positive et empêche un bonheur positif.&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Social Statics&#039;&#039;, p. 322-325 et p. 380-381, édition de 1851.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que le tiers d&#039;un siècle se soit écoula depuis la publication de ces passages, je n&#039;ai aucun motif pour abandonner la position prise à ce moment-là. Au contraire, ce laps de temps a amené une foule de preuves qui fortifient cette position. Il a démontré que, si les individus capables survivent seuls, il en résulte des conséquences infiniment plus heureuses que celles indiquées plus haut. M. Darwin a prouvé que la &amp;quot;sélection naturelle&amp;quot; jointe à une tendance à la variation et à l&#039;hérédité des variations, était une des causes principales (mais non la seule cause, à ce que je crois) de cette évolution grâce à laquelle tous les êtres vivants, en commençant par les plus humbles ont atteint leur organisation actuelle et l&#039;adaptation à leur mode d&#039;existence. Cette vérité est devenue tellement familière que je dois m&#039;excuser de la citer. Et cependant, chose étrange à dire, maintenant que cette vérité est admise par la plupart des gens éclairés, maintenant qu&#039;ils sont pénétrés de l&#039;influence bienfaisante de la perpétuation des plus capables à tel point qu&#039;on devrait s&#039;attendre à las voir hésiter avant d&#039;en neutraliser les effets, maintenant plus qu&#039;à aucune époque antérieure de l&#039;histoire du monde, ils font tous leurs efforts pour favoriser la perpétuation des plus incapables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le postulat d&#039;après lequel les hommes sont des êtres raisonnables nous induit continuellement à tirer des conclusions qui sont extrêmement loin de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;L&#039;assertion d&#039;Emerson, d&#039;après laquelle la plupart des gens ne peuvent comprendre un principe que s&#039;il est éclairé par un fait, m&#039;engage à citer un fait capable de faire pénétrer le principe ci-dessus mentionné dans l&#039;esprit de ceux qu&#039;il ne frapperait pas sous sa forme abstraite. Il arrive rarement qu&#039;on puisse évaluer la somme des maux causés par les secours accordés aux gens vicieux et aux vauriens. Mais en Amérique, à une réunion de l&#039;Association des secours des États, tenue le 18 décembre 1874, un exemple saisissant a été fourni avec détails à l&#039;appui par le Dr Harris. Il l&#039;avait trouvé dans un comté de l&#039;Hudson supérieur, remarquable par la proportion entre le nombre des criminels et des indigents et le chiffre de la population. Il y a de longues années vivait une certaine fille, enfant du hasard, et. connue sous la nom de Marguerite ; elle fut la mère prolifique d&#039;une race prolifique. Outre un grand nombre d&#039;idiots, d&#039;imbéciles, d&#039;ivrognes, de lunatiques, d&#039;indigents et de prostituées, &amp;quot;le registre du comté contient les noms de deux cents de ses descendants qui furent des criminels&amp;quot;. Etait-ce la bonté ou la cruauté qui a mis ces gens, une génération après l&#039;autre, dans la possibilité de se multiplier et de devenir un fléau de plus en plus grand pour la société au milieu de laquelle ils vivaient ? (Voir pour les détails : &#039;&#039;The Jukes : a Study in Crime, Pauperism, Disease&#039;&#039; &#039;&#039;and Heredity&#039;&#039;, par R. L. Dugdale, New-York : Putnams).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &amp;quot;Oui, vraiment ; votre principe est tiré de la vie des brutes, et est un principe brutal. Vous ne me persuaderez pas que les hommes doivent vivre sous la discipline à laquelle les animaux sont assujettis. Je ne me soucie pas de vos arguments tirés de l&#039;histoire naturelle. Ma conscience me dit que les faibles et les malheureux doivent être secourus ; et, si les égoïstes ne veulent pas les secourir, il faut les y forcer par la loi. Ne me dites pas que le lait de la bonté humaine doit. être réservé aux relations entre individus, et que les gouvernements doivent seulement être les administrateurs d&#039;une justice rigoureuse. Tout homme doué de quelque sympathie doit sentir qu&#039;il faut empêcher la faim, la souffrance et la malpropreté, et si les institutions privées ne suffisent pas à la tâche, il faut que le gouvernement intervienne.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le genre de réponse que me feront neuf personnes sur dix. Chez quelques-uns elle est sans doute dictée par une sympathie tellement vive qu&#039;ils ne peuvent pas contempler la misère humaine sans une impatience qui les rend incapables de penser aux conséquences lointaines. Quant à la sensibilité des autres, nous pouvons être un peu sceptiques. Des personnes qui, tantôt dans un cas, tantôt dans un autre, s&#039;irritent de voir que le gouvernement, pour maintenir nos prétendus &amp;quot;intérêts&amp;quot; nationaux ou notre &amp;quot;prestige&amp;quot; national, n&#039;envoie pas promptement au loin quelques milliers d&#039;hommes dont une partie périra, tandis qu&#039;ils feront périr d&#039;autres milliers d&#039;hommes dont nous suspectons les intentions ou dont les institutions paraissent nous offrir quelque danger, ou dont le territoire est convoité par nos colons, de telles personnes, dis-je, ne peuvent, après tout, être animées de sentiments tellement tendres que la vue des souffrances du pauvre leur soit bien intolérable. Il ne faut pas non plus admirer les sympathies professées par des gens réclamant une politique qui détruit des sociétés en voie de progrès, et qui contemplent ensuite avec une cynique indifférence la confusion lamentable laissée derrière avec le cortège de misères et de morts qu&#039;elle entraîne à sa suite. Ceux qui, à l&#039;époque où les Boërs, défendant leur indépendance nous résistaient avec succès, étaient en colère parce qu&#039;on ne voulait pas soutenir &amp;quot;l&#039;honneur&amp;quot; britannique, en envoyant à la mort et en exposant à la misère un plus grand nombre de nos soldats et de leurs adversaires, ne peuvent pas être &amp;quot;des humanitaires aussi enthousiastes&amp;quot; que les protestations du genre de celles mentionnées plus haut voudraient nous le faire supposer. En vérité cette sensibilité dont ils font parade et qui ne leur permet pas d&#039;être témoins des souffrances causées par &amp;quot;le combat pour la vie&amp;quot; qui se livre sans bruit autour d&#039;eux, semble s&#039;associer en eux à une insensibilité qui non seulement tolère les combats proprement dits, mais qui trouve encore plaisir à les contempler, comme on le voit par la vente des journaux. illustrés qui contiennent des scènes de carnage et par l&#039;avidité avec laquelle on lit les récits détaillés des luttes sanglantes. On ne peut nous reprocher de douter de la sincérité de personnes qui prétendent frémir à la pensée des souffrances endurées principalement par les gens paresseux et imprudents et qui néanmoins ont demandé trente et une éditions des &#039;&#039;Cinq bataillent décisives du monde&#039;&#039;, pour pouvoir se délecter aux récits de massacres. Ce qui étonne encore davantage, c&#039;est le contraste entre la sensibilité apparente et la dureté réelle de ceux qui voudraient renverser le cours naturel des choses afin de soulager des misères immédiates même au prix des plus grandes misères futures. Car dans d&#039;autres occasions vous entendrez ces mêmes personnes soutenir, sans aucun égard pour la vie de leurs semblables, que, dans l&#039;intérêt de l&#039;humanité en général, il faut exterminer les races inférieures et les remplacer par les races supérieures. Ainsi, chose étonnante, on ne peut songer avec calme aux maux qui accompagnent la lutte pour l&#039;existence, se continuant sans violence et parmi les membres d&#039;une même société, et on peut contempler avec sérénité ces mêmes maux, sous leur forme la plus terrible, quand ils sont infligés par le fer et le feu à des communautés entières. Il me semble donc qu&#039;on ne mérite pas beaucoup de respect pour affecter cette générosité à l&#039;égard des inférieurs à l&#039;intérieur, quand on est prêt à sacrifier sans scrupule les inférieurs à l&#039;extérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cet intérêt excessif, porté à ceux de notre race et accompagné d&#039;une complète indifférence à l&#039;égard de ceux d&#039;une autre race, semble encore moins respectable quand nous observons comment il se manifeste. S&#039;il poussait à des efforts personnels pour soulager les malheureux, en l&#039;approuverait à juste titre. Si le grand nombre de ceux qui font montre de cette compassion à bon marché ressemblait au petit nombre de ceux qui, sans relâche, une semaine après l&#039;autre, une année après l&#039;autre, consacrent une grande partie de leur temps à secourir, encourager et quelquefois amuser leurs semblables réduits à la misère par des infortunes, par leur incapacité ou leur mauvaise conduite, nous leur vouerions une admiration sans restriction. Plus il y a d&#039;hommes et de femmes qui aident les pauvres à s&#039;aider eux-mêmes, qui témoignent leur sollicitude directement et non par mandataires, plus nous pouvons nous en réjouir. Mais la plupart des personnes qui désirent soulager au moyen de lois les misères des malheureux et des imprudents, proposent d&#039;accomplir cette œuvre, très peu à leurs propres frais, surtout aux frais des autres, quelquefois en demandant leur consentement mais le plus souvent sans le demander. Il y a encore plus ; ceux que l&#039;on veut ainsi forcer à tant faire pour les malheureux, bien des fois, ont autant ou plus besoin qu&#039;on fasse quelque chose pour eux. Les pauvres dignes d&#039;intérêt sont au nombre de ceux qu&#039;on accable de charges pour venir en aide aux pauvres indignes de tout intérêt. De même que sous l&#039;ancienne loi des pauvres le travailleur actif et prévoyant était obligé de payer afin que les vauriens ne souffrissent pas, jusqu&#039;à ce que fréquemment il succombât sous ce surcroît de charges et se réfugiât lui-même dans le &#039;&#039;workhouse&#039;&#039; ; de même, à présent, il est admis que les contributions locales dans les grandes villes montent à un chiffre tel &amp;quot;qu&#039;on ne peut le dépasser sans imposer de dures privations aux petits détaillants et aux artisans qui ont déjà assez de peine à se préserver de la tache du paupérisme&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;M. Chamberlain, &#039;&#039;Fortnightly Review&#039;&#039;, décembre 1883, p. 772.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Semblablement la politique suivie en toute chose tend à augmenter les souffrances des personnes les plus dignes d&#039;intérêt afin de soulager celles des personnes qui ne méritent aucune pitié. Bref, des hommes tellement compatissants qu&#039;ils ne veulent pas admettre que le combat pour la vie inflige aux gens déméritants les souffrances résultant de leur incapacité ou de leur mauvaise conduite, sont assez insensibles pour rendre ce combat plus dur aux gens méritants et infliger à eux et à leurs enfants des maux artificiels outre les maux naturels qu&#039;ils ont à supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici nous sommes ramenés au sujet indiqué par notre titre, aux péchés des législateurs. Ici nous avons sous les yeux la plus commune des fautes commises par les gouvernants, une faute tellement commune et tellement sanctifiée par la coutume que personne ne la regarde comme une faute. Ici nous voyons que le gouvernement né, comme nous l&#039;avons dit au commencement, de l&#039;agression et engendré par l&#039;agression, continue toujours à trahir sa nature originelle par son caractère agressif ; même, lorsqu&#039;au premier abord il nous apparaît sous des dehors bienfaisants, il est en réalité très malfaisant, je veux dire, lorsqu&#039;il se montre bon au risque d&#039;être cruel. Car n&#039;est-ce pas une cruauté d&#039;augmenter les souffrances de la meilleure partie de l&#039;humanité pour que celles de la mauvaise partie soient diminuées ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est réellement curieux de voir avec quelle facilité nous nous laissons induire en erreur par des mots et des phrases qui expriment seulement un aspect des faits, tandis qu&#039;ils ne disent rien sur l&#039;autre aspect. Nous en avons une preuve frappante dans l&#039;emploi des mots &amp;quot;protection&amp;quot; et &amp;quot;protectionnistes&amp;quot; par les adversaires du libre-échange, et dans l&#039;admission tacite de la justesse de ces expressions par les libres-échangistes. Que la prétendue protection implique toujours une agression, et que le nom de protectionniste devrait être remplacé par celui d&#039;&#039;&#039;agressionniste&#039;&#039;, voilà une vérité que les uns ont habituellement ignorées, et que les autres ont habituellement manqué de relever. Il est cependant certain que si, pour maintenir les bénéfices de A, on défend à B d&#039;acheter à C, ou si on lui impose une amende sous forme de droits d&#039;entrée dans le cas où il achète à C, on commet une agression contre B afin qu&#039;A soit &amp;quot;protégé&amp;quot;. Bien plus, les &#039;&#039;protectionnistes&#039;&#039; méritent doublement le titre d&#039;&#039;&#039;agressionnistes&#039;&#039; puisque, pour procurer des bénéfices à un seul producteur, ils rançonnent dix consommateurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or la même confusion d&#039;idées, provenant de ce qu&#039;on regarde un seul côté de la question, se remarque dans toute la législation qui enlève de force la propriété de cet homme-ci pour accorder des bienfaits gratuits à cet homme-là. Habituellement, quand une des nombreuses mesures ayant ce caractère est discutée, la pensée dominante est qu&#039;il faut protéger le malheureux Jones contre un mal quelconque ; mais on ne songe nullement qu&#039;on fait du tort à Brown qui travaille dur et qui est souvent plus à plaindre. On extorque de l&#039;argent (soit directement, soit en haussant le prix des loyers) à la regrattière qui ne peut payer ses dépenses qu&#039;en s&#039;imposant de grandes privations, au maçon qui est sans ouvrage par suite d&#039;une grève, à l&#039;artisan dont les économies ont été englouties par une maladie, à la veuve qui lave et coud du matin au soir pour nourrir ses enfants orphelins ; et tout cela afin que l&#039;homme dissolu ne soufre pas de la faim, afin que les enfants de voisins moins pauvres aient des leçons à bon marché, et que différentes gens, la plupart plus à leur aise, puissent lire pour rien des journaux et des romans ! L&#039;emploi en ce cas d&#039;expressions fausses a eu des suites plus graves que lorsqu&#039;on appelle protectionniste celui qui devrait s&#039;appeler &#039;&#039;agressionniste&#039;&#039; ; car, comme nous venons de le voir, la protection des pauvres qui sont vicieux implique une agression contre les pauvres qui sont vertueux. Sans doute il est vrai que la plus grande partie de l&#039;argent extorqué vient de ceux qui sont relativement à leur aise. Mais cela n&#039;est pas une consolation pour ceux qui. sont dans la gêne et dont on extorque le reste. Bien plus, si on compare les charges supportées respectivement par chacune des deux classes, il devient évident que le cas est même pire qu&#039;il ne paraît de prime abord : en effet pour celui qui est à l&#039;aise, exaction signifie perte du superflu, pour celui qui est dans la gêne, exaction signifie perte du nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maintenant voyez la Némésis qui menace de venir à la suite de ce péché chronique des législateurs. Eux et leur classe, ainsi que tous les propriétaires, sont en danger de souffrir de l&#039;application radicale de ce principe général qui est affirmé en pratique par chacune de ces lois de confiscation votées par le parlement. Quelle est en réalité la supposition tacite dont toutes ces lois procèdent ? C&#039;est la supposition d&#039;après laquelle aucun homme n&#039;a de droit à sa propriété, pas même à celle qu&#039;il a acquise à la sueur de son front, si ce n&#039;est par permission de la communauté, et d&#039;après laquelle la communauté peut annuler le droit dans la mesure qu&#039;elle juge convenable. Il est impossible de justifier cette usurpation des biens de A au profit de B, si ce n&#039;est en s&#039;appuyant sur le postulat que la société dans sa totalité a un droit absolu sur les biens de chaque membre. A présent cette doctrine, qui a été admise tacitement, est proclamée ouvertement, M. George et ses amis, M. Hyndman et ses adhérents poussant la théorie à ses conséquences logiques. On leur a enseigné par des exemples, dont le nombre augmente chaque année, que l&#039;individu n&#039;a aucun droit que la communauté ne puisse équitablement fouler aux pieds, et ils disent maintenant : &amp;quot;La tâche sera difficile, mais nous dépasserons nos maîtres&amp;quot;, et nous foulerons aux pieds tous les droits individuels à la fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les différents méfaits des législateurs, dont nous parlons plus haut, s&#039;expliquent dans une certaine mesure, et méritent un blâme moins sévère, si nous remontons à leur source. Ils proviennent de l&#039;opinion erronée d&#039;après laquelle la société est un produit fabriqué, tandis qu&#039;elle est un développement. Ni l&#039;éducation des temps passés, ni celle de l&#039;époque actuelle n&#039;ont appris à un nombre considérable de gens à se faire une idée scientifique d&#039;une société, à se la représenter comme ayant une structure naturelle dans laquelle toutes les institutions, gouvernementales, religieuses, industrielles, commerciales, etc., etc., sont dans une dépendance réciproque l&#039;une de l&#039;autre, une structure qui, en un certain sens, est organique. Ou si une conception de ce genre existe nominalement, elle n&#039;est pas de nature à influencer la conduite. Au contraire, on se représente ordinairement la société comme une certaine quantité de pâte à laquelle la cuisinière peut donner la forme qu&#039;il lui plaît, celle d&#039;une croûte de pâté, d&#039;un chausson ou d&#039;une tartelette. Le communiste nous montre de façon à ne pouvoir s&#039;y méprendre que, d&#039;après son opinion, le corps politique peut être organisé à volonté de telle ou de telle manière ; et bien des mesures législatives impliquent que la société d&#039;hommes, à laquelle on a imposé telle ou telle organisation, conservera la forme qu&#039;on veut lui donner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vérité on pourrait croire qu&#039;indépendamment de la reconnaissance de cette erreur consistant à concevoir la société comme une masse plastique tandis qu&#039;elle est un corps organisé, des faits qui s&#039;imposent chaque heure à notre attention devraient nous rendre sceptiques à l&#039;endroit du succès de telle ou telle méthode par laquelle on veut changer les actions des hommes. L&#039;expérience domestique fournit au citoyen aussi bien qu&#039;au législateur des preuves journalières que la conduite des hommes trompe tous les calculs. Il a renoncé à la pensée de gouverner sa femme et se laisse gouverner par elle. De toutes les méthodes qu&#039;il a essayées dans l&#039;éducation de ses enfants, les réprimandes, les punitions, la persuasion, les récompenses, aucune ne réussit à sa satisfaction : aucune remontrance n&#039;empêche leur mère de les traiter d&#039;une façon qu&#039;il croit pernicieuse. Il en est de même de ses rapports avec ses domestiques ; qu&#039;il les gronde ou qu&#039;il raisonne avec eux, l&#039;effet produit est rarement de longue durée : le manque d&#039;attention, ou de ponctualité, ou de propreté, ou de sobriété, amène des changements constants. Cependant, malgré les difficultés qu&#039;il éprouve dans ses relations avec l&#039;humanité en détail, il a confiance dans son habileté à régler les affaires d&#039;hommes formant un corps de nation. Le législateur ne connaît pas la millième partie des citoyens ; il n&#039;en a pas vu la centième partie, il n&#039;a que de faibles notions des habitudes et du mode de penser des classes auxquelles appartient la grande masse, néanmoins il croit fermement que tous agiront de la façon qu&#039;il prévoit et tendront au but qu&#039;il désire voir s&#039;accomplir. N&#039;y a-t-il pas là un désaccord frappant entre les prémisses et la conclusion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces échecs dans la vie domestique, l&#039;amplitude, la variété, la complication de la vie sociale, telles qu&#039;elles apparaissent dans tous les journaux et si grandes que l&#039;imagination même s&#039;efforce en vain de les concevoir, auraient pu faire croire que les hommes hésiteraient longtemps avant d&#039;entreprendre de faire des lois. Cependant ici, plus que partout ailleurs, ils montrent une présomption surprenante. Nulle part il n&#039;existe un pareil contraste entre la difficulté de la tâche et le manque de préparation chez ceux qui l&#039;entreprennent. Certainement parmi les croyances monstrueuses une des plus monstrueuses est celle qu&#039;il faut un long apprentissage pour un simple métier, celui de cordonnier par exemple, et que la seule chose qui n&#039;exige pas d&#039;apprentissage, c&#039;est de faire des lois pour une nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour résumer les résultats de la discussion, ne sommes-nous pas fondés à dire que le législateur se trouve en présence de plusieurs secrets connus, et si bien connus qu&#039;ils ne devraient plus être des secrets pour celui qui se charge de la grande et terrible responsabilité de faire pour des millions et des millions d&#039;êtres humains des lois qui, si elles ne contribuent pas à leur bonheur, augmenteront leur misère et hâteront leur mort ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons tout d&#039;abord cette vérité incontestable, évidente et cependant absolument ignorée que tous les phénomènes présentés par une société ont leur origine dans les phénomènes de la vie humaine individuelle qui, à leur tour, ont leurs racines dans les phénomènes vitaux en général. Nous avons aussi la conclusion forcée que, à moins que les relations entre les phénomènes vitaux, physiques et .intellectuels, ne soient un chaos (supposition exclue par la continuation de la vie), les phénomènes qui en découlent ne peuvent être entièrement à l&#039;état de chaos : il faut donc qu&#039;il y ait une espèce d&#039;ordre dans les phénomènes résultant des précédents quand des êtres humains associés doivent coopérer. Évidemment donc, si un homme entreprend de réglementer la société, sans avoir étudié ces phénomènes consécutifs de l&#039;ordre social, il est assez certain de faire du mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second. lieu, si nous laissons de côté tout raisonnement &#039;&#039;a priori&#039;&#039;, cette conclusion devrait s&#039;imposer à l&#039;esprit du législateur par la comparaison des sociétés entre elles. Il devrait être manifeste qu&#039;avant de s&#039;immiscer dans les détails de l&#039;organisation sociale, il faudrait se demander si cette organisation a une histoire naturelle, et que, pour répondre à cette question, il serait bon d&#039;examiner, en commençant par les sociétés les plus simples, sous quels rapports les structures sociales se ressemblent. Une courte étude de la sociologie comparative nous montre une genèse réellement uniforme. L&#039;existence habituelle d&#039;un chef et l&#039;établissement de l&#039;autorité de ce chef par la guerre, l&#039;ascendant pris partout par le soi-disant médecin et le prêtre, la présence d&#039;un culte ayant en tous lieux les mêmes traits fondamentaux ; les traces de la division du travail, visibles de bonne heure et devenant de plus en plus nettes, et les différentes combinaisons politiques, ecclésiastiques, industrielles qui apparaissent à mesure que les groupes sont composés et recomposés par la guerre ; tous ces faits démontrent à quiconque les compare qu&#039;abstraction faite de leurs différences particulières les sociétés présentent des ressemblances générales dans leur mode de naître et de se développer. Elles offrent des caractères de structure prouvant que l&#039;organisation sociale a des lois plus fortes que les volontés individuelles, et que, faute de les étudier, on s&#039;expose à causer bien du mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En troisième lieu, enfin, il y a cette masse de renseignements instructifs contenus dans les recueils des lois de notre propre pays et des autres, et qui, évidemment, réclament encore davantage l&#039;attention. Ici et ailleurs, d&#039;innombrables essais, faits par des hommes d&#039;État, n&#039;ont pas produit le bien qu&#039;ils devaient produire et ont causé des maux auxquels on ne s&#039;attendait pas. Un siècle après l&#039;autre, de nouvelles mesures, semblables aux anciennes, et d&#039;autres mesures reposant sur le même principe, ont toujours désappointé les espérances et amené des désastres. Et cependant, ni les électeurs, ni ceux qu&#039;ils choisissent, ne pensent qu&#039;il soit besoin d&#039;une étude systématique de ces lois qui, dans les âges passés, rendaient continuellement le peuple malheureux, tandis qu&#039;elles avaient pour but de le rendre heureux. Certainement un homme ne peut être propre à remplir le mandat de législateur, s&#039;il n&#039;a pas une connaissance approfondie de ces expériences que le passé nous a léguées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Revenant donc à l&#039;analogie dont il a été question au commencement, nous sommes obligé de dire que le législateur est moralement irréprochable ou moralement blâmable, selon qu&#039;il a ou qu&#039;il n&#039;a pas étudié ces différentes classes de faits. Un médecin qui, après des années d&#039;études, a acquis une connaissance suffisante de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique, ne peut être poursuivi au criminel si un homme meurt pendant qu&#039;il le traite ; il s&#039;est préparé aussi bien qu&#039;il a pu et a agi de son mieux. De même le législateur, dont les mesures produisent du mal au lieu de faire du bien, malgré les études vastes et méthodiques qui éclairent son jugement, peut simplement être accusé d&#039;avoir commis une erreur de raisonnement. Au contraire, le législateur qui ne connaît pas ou qui connaît peu ces masses de faits qu&#039;il est de son devoir d&#039;examiner avant que son opinion sur une loi proposée puisse être de quelque valeur, et qui néanmoins aide à faire passer cette loi, ne peut pas plus être absous si celle-ci augmente la misère et la mortalité, que le garçon droguiste ne peut être absous si le remède, qu&#039;il prescrit par ignorance, cause la mort. &lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Herbert Spencer:L&#039;esclavage du futur|Chapitre II - L&#039;esclavage du futur]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer:La grande superstition politique|Chapitre IV - La grande superstition politique]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:Post-scriptum&amp;diff=2773</id>
		<title>Herbert Spencer:Post-scriptum</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:Post-scriptum&amp;diff=2773"/>
		<updated>2010-09-14T15:21:54Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Herbert Spencer:La grande superstition politique|CHAPITRE IV - La grande superstition politique]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer]]|Post-scriptum}}&lt;br /&gt;
{{infobox LICE}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ai-je l&#039;espoir que cette doctrine rencontrera beaucoup de faveur ? Je voudrais répondre oui ; mais malheureusement différentes raisons m&#039;obligent à conclure que çà et là seulement quelque citoyen isolé pourra modifier son credo politique. De ces raisons l&#039;une engendre toutes les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette raison essentielle est que la restriction du pouvoir gouvernemental dans les limites assignées convient seulement au type industriel de la société ; et que, totalement incompatible avec le type militaire de la société, elle l&#039;est partiellement avec ce type semi-militaire, semi-industriel qui caractérise aujourd&#039;hui les nations avancées. A chaque phase de l&#039;évolution sociale doit exister une harmonie complète entre les pratiques et les croyances, j&#039;entends les croyances réelles et non les croyances nominales. La vie ne peut suivre son cours que par l&#039;accord des pensées et des actes. Ou bien la conduite, nécessitée par les circonstances, doit modifier les croyances de façon qu&#039;il y ait conformité entre elles, ou bien la transformation des croyances doit finalement transformer la conduite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partant, si la préservation de la vie sociale, sous tel ensemble de conditions, nécessite une extrême subordination à un chef et une entière confiance en lui, la doctrine s&#039;établira que la subordination et la confiance sont utiles, même obligatoires. Inversement, si, dans d&#039;autres conditions, une grande soumission des citoyens au gouvernement n&#039;est plus nécessaire à la préservation de la vie nationale ; si, au contraire, la vie nationale gagne en intensité et en qualité à mesure que les citoyens gagnent une plus grande liberté d&#039;action, il s&#039;opère dans leur doctrine politique, une modification graduelle qui a pour résultat d&#039;amoindrir leur foi dans l&#039;action gouvernementale, d&#039;accroître leur penchant à mettre en question l&#039;autorité gouvernementale et de les pousser à résister dans des cas plus nombreux au pouvoir gouvernemental : cette modification amenant finalement l&#039;établissement de la doctrine de la limitation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l&#039;on ne peut espérer que l&#039;opinion gouvernementale puisse être, à cette heure, considérablement modifiée. Mais examinons la question de plus près.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment le succès d&#039;une armée dépend beaucoup de la confiance des soldats dans leur général ; s&#039;ils ne croient pas à son habileté, cela suffit presque pour les paralyser dans la bataille, tandis qu&#039;une confiance absolue en lui leur fera remplir leur tâche respective avec courage et énergie. Si, comme cela arrive dans une société qui s&#039;est normalement développée d&#039;après le type militaire, celui qui gouverne pendant la paix et celui qui commande à la guerre sont un seul et même homme, cette confiance en sa supériorité sur le champ de bataille engendrera celle en sa supériorité comme homme d&#039;État ; et la société, identique avec l&#039;armée dans une très grande mesure, accepte volontiers ses décrets comme législateur. Même quand le chef civil, cessant d&#039;être le chef militaire, exerce son généralat par un représentant, la foi traditionnelle s&#039;attache encore à lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même pour l&#039;empressement à obéir. Toutes choses égales d&#039;ailleurs, une armée de soldats indisciplinés est inférieure à une armée de soldats disciplinés. Ceux dont l&#039;obéissance au chef est prompte et absolue ont évidemment plus de chances de succès dans la bataille que ceux qui ne tiennent pas compte des ordres qui leur sont donnés. Et ce qui est vrai de l&#039;armée l&#039;est aussi de la société dans son ensemble : nécessairement le succès dans la guerre dépend beaucoup de la soumission à la volonté du gouvernant qui lève des hommes, fournit de l&#039;argent, quand il en faut, et règle tout selon les besoins du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi les hommes le mieux doués survivant aux combats, le type militaire de la société a pour caractéristique une foi profonde dans le pouvoir gouvernemental jointe à l&#039;attachement au souverain qui fait qu&#039;on lui obéit en quelque matière que ce soit. Il s&#039;établira donc, parmi les théoriciens politiques d&#039;une société militaire, une doctrine qui donne une formule aux idées et aux sentiments nécessaires, en qui affirme en même temps que le législateur, s&#039;il n&#039;est pas de nature divine, est du moins inspiré par Dieu et que l&#039;obéissance absolue envers lui est ordonnée par Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un changement dans les idées et les sentiments qui deviennent ainsi caractéristiques du type militaire d&#039;organisation ne peut arriver que là où les circonstances favorisent le développement du type industriel d&#039;organisation. Basée sur la coopération volontaire au lieu de la coopération forcée, la vie industrielle, telle que nous la connaissons à présent, habitue les hommes à agir avec indépendance, les amène à faire respecter leurs propres droits pendant qu&#039;ils respectent les droits d&#039;autrui, fortifie en eux la conscience des droits personnels, et les porte à résister aux excès du contrôle gouvernemental. Mais comme les circonstances qui rendent la guerre moins fréquente ne naissent que lentement, et comme les modifications de tempérament causées par la transition d&#039;une vie essentiellement militaire à une vie principalement industrielle ne peuvent par suite s&#039;opérer qu&#039;insensiblement, il arrive que les idées et les sentiments anciens ne font place à d&#039;autres que petit à petit. Et il y a plusieurs raisons pour lesquelles la transition est et doit être graduelle. En voici quelques-unes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez l&#039;homme primitif et chez l&#039;homme peu civilisé n&#039;existe pas encore le caractère requis pour une large coopération volontaire. Des efforts volontairement unis à ceux d&#039;autres personnes en vue d&#039;un avantage commun impliquent, si l&#039;entreprise est vaste, une persévérance que ni l&#039;un ni l&#039;autre ne possèdent. De plus, là où les résultats à obtenir sont éloignés et peu connus, comme le sont beaucoup de ceux en vue desquels on s&#039;associe aujourd&#039;hui, il faut une force d&#039;imagination qui fait entièrement défaut aux intelligences des hommes non civilisés. D&#039;autre part, les grandes associations privées formées en vue de la production en grand, de vastes entreprises et d&#039;autres buts, exigent une subordination hiérarchique chez les travailleurs associés, semblable à celle produite par la vie militaire. En d&#039;autres termes, on n&#039;arrive au type industriel développé, tel que nous le connaissons maintenant, qu&#039;en passant par le type militaire ; lequel, par la discipline, engendre à la longue la persistance dans les efforts, la bonne volonté d&#039;agir sous une direction (non plus imposée, mais acceptée par contrat) et l&#039;habitude de s&#039;organiser pour atteindre de grands résultats. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Conséquemment, pendant de longues périodes de l&#039;évolution sociale, il faut, pour administrer toutes les affaires, à l&#039;exception des plus simples, un pouvoir gouvernemental fort et étendu, jouissant de la confiance générale et partout obéi : d&#039;où le fait que, comme le montrent les souvenirs des premières civilisations et aussi l&#039;Orient actuel, les grandes entreprises ne peuvent être exécutées que par l&#039;action de l&#039;État, d&#039;où encore le fait que la coopération volontaire ne peut remplacer que petit à petit la coopération forcée, et produire à juste titre une diminution corrélative de la foi dans la capacité et dans l&#039;autorité du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant cette. foi se maintient surtout par la nécessité de conserver l&#039;aptitude à la guerre. Il faut que le gouvernement puisse, à l&#039;aide de cette confiance et de cette subordination universelle, disposer à son gré de toutes les forces de la société suivant les besoins de l&#039;attaque et de la défense : d&#039;où résultera une théorie politique qui justifie la foi et l&#039;obéissance. Tant que leurs sentiments et leurs idées sont de nature à mettre constamment la paix en danger, les hommes sont obligés d&#039;avoir assez de confiance dans l&#039;autorité du gouvernement pour lui donner le pouvoir de contrainte que nécessitent les entreprises guerrières, et cette confiance dans son autorité lui donne inévitablement et du même coup un pouvoir de contrainte sur eux pour d&#039;autres entreprises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, comme nous l&#039;avons dit en commençant, la raison fondamentale pour ne pas compter sur des adhésions nombreuses à la doctrine que nous avons exposée est que présentement nous n&#039;avons rejeté qu&#039;en partie le régime militaire et nous n&#039;avons adopté qu&#039;en partie le régime industriel, auquel cette doctrine s&#039;applique en réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi longtemps que la religion de la haine prévaudra sur la religion de l&#039;amour, la superstition politique, généralement répandue, se maintiendra forcément. Tant que, par toute l&#039;Europe, l&#039;éducation des classes dirigeantes consistera à faire admirer aux jeunes gens pendant six jours de la semaine ceux qui jadis accomplirent les plus grands exploits dans les batailles et à leur rappeler, le dimanche seulement, le commandement de déposer l&#039;épée, tant que ces classes dirigeantes seront soumises à une discipline morale dans laquelle les exemples tirés du paganisme entrent pour six septièmes et les préceptes du christianisme pour un septième, il n&#039;y a pas d&#039;apparence que les relations internationales puissent être de nature à rendre possible une diminution du pouvoir gouvernemental et à faire accepter une modification correspondante de la théorie politique. Tant que, parmi nous, l&#039;administration des affaires coloniales reste telle que les tribus indigènes, pour avoir usé de représailles contre les Anglais qui ont violé leurs droits, sont punis, non pas d&#039;après leur propre principe sauvage de vie pour vie, mais d&#039;après notre principe perfectionné du massacre en masse en retour d&#039;un simple meurtre, il y a peu de chances pour qu&#039;une doctrine politique, fondée uniquement sur le respect des droits d&#039;autrui, soit généralement adoptée. Tant que la croyance qu&#039;on professe est interprétée de telle sorte qu&#039;un homme, qui en Angleterre fait des discours dans les réunions de missionnaires, cherche, une fois à l&#039;étranger, à fomenter des querelles avec un peuple voisin qu&#039;il désire assujettir, et reçoive pour cela des honneurs publics après sa mort, vraisemblablement les rapports de notre société avec les autres sociétés ne deviendront pas tels que la doctrine des fonctions gouvernementales limitées, impliquant cette diminution de l&#039;autorité gouvernementale qui convient à un état pacifique, prenne quelque extension. Une nation qui, occupée de disputes ecclésiastiques touchant les cérémonies de son culte, se soucie tellement peu de l&#039;essence de ce culte que les flibustiers, dans ses colonies, sont plutôt approuvés que blâmés et ne sont pas dénoncés même par les prêtres de sa religion d&#039;amour, est une nation qui doit continuer à souffrir d&#039;attaques à l&#039;intérieur, tant des individus les uns contre les autres que de l&#039;Etat contre le droit des individus. Il est impossible d&#039;obtenir les bienfaits de la justice dans son pays quand on pratique l&#039;injustice à l&#039;étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement on me posera cette question : Pourquoi donc énoncer et soutenir une théorie différente de la théorie adaptée à notre état présent ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la réponse générale, que c&#039;est le devoir de quiconque regarde une doctrine comme vraie et importante de faire ce qu&#039;il peut pour la propager, sans s&#039;inquiéter du résultat possible, on peut recourir à plusieurs réponses particulières, dont chacune à elle seule suffit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, un idéal, si loin qu&#039;il soit de pouvoir être réalisé pour le moment, est toujours nécessaire pour se .bien guider. Si, parmi tous ces compromis que les circonstances des temps rendent ou font considérer comme nécessaires, il n&#039;existe pas de conception du mieux et du pire dans l&#039;organisation sociale, si l&#039;on ne voit rien au delà des exigences du moment et qu&#039;on prenne l&#039;habitude d&#039;identifier le mieux prochain avec le mieux définitif, il ne peut y avoir de véritable progrès. Quelque éloigné que soit le but, si nombreux que soient les obstacles interposés qui peuvent nous faire dévier du chemin qui y conduit, il est évidemment indispensable de savoir où il est placé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, tant que le degré actuel de sujétion des individus vis-à-vis de l&#039;État, ainsi que la théorie politique correspondante peuvent rester nécessaires en présence des relations internationales existantes, il n&#039;est nullement nécessaire d&#039;accroître cette sujétion et de fortifier la théorie qu&#039;on y adapte. A notre époque de philanthropie active, une foule de gens, impatients d&#039;améliorer le sort de leurs semblables moins fortunés par les méthodes le plus rapides, travaillent de toutes leurs forces à développer les arrangements administratifs qui sont le propre d&#039;un type inférieur de société, - ils marchent à reculons alors qu&#039;ils se proposent d&#039;avancer. Les difficultés normales sur le chemin du progrès sont déjà suffisamment grandes, et il est lamentable qu&#039;on les rende encore plus grandes . Donc c&#039;est faire œuvre utile de montrer aux philanthropes que, dans bien des cas, ils préparent sûrement le malheur futur de l&#039;humanité en poursuivant avec ardeur son bien-être actuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le principal, pourtant, est d&#039;inculquer à tout le monde la grande vérité, peu reconnue encore, que la politique intérieure et la politique extérieure d&#039;une Société sont liées l&#039;une à l&#039;autre, qu&#039;il ne peut y avoir amélioration essentielle de l&#039;une sans amélioration essentielle de l&#039;autre. Si nous voulons que notre organisation intérieure soit conforme à des principes de justice plus élevés, il faut que, dans nos relations extérieures, nous nous conformions habituellement à des principes de justice plus élevés. La conviction qu&#039;il existe une dépendance de cette espèce, si elle pouvait se répandre parmi les peuples civilisés, réprimerait grandement leur conduite agressive vis-à-vis les uns des autres, et, par là, diminuerait la part de la contrainte dans leurs systèmes de gouvernement et amènerait des changements correspondants dans les théories politiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;FIN&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Herbert Spencer:La grande superstition politique|CHAPITRE IV - La grande superstition politique]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:Post-scriptum&amp;diff=2772</id>
		<title>Herbert Spencer:Post-scriptum</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:Post-scriptum&amp;diff=2772"/>
		<updated>2010-09-14T15:21:33Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Herbert Spencer:La grande superstition politique|CHAPITRE IV - La grande superstition politique]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer]]|Post-scriptum}}&lt;br /&gt;
{{infobox LICE}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ai-je l&#039;espoir que cette doctrine rencontrera beaucoup de faveur ? Je voudrais répondre oui ; mais malheureusement différentes raisons m&#039;obligent à conclure que çà et là seulement quelque citoyen isolé pourra modifier son credo politique. De ces raisons l&#039;une engendre toutes les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette raison essentielle est que la restriction du pouvoir gouvernemental dans les limites assignées convient seulement au type industriel de la société ; et que, totalement incompatible avec le type militaire de la société, elle l&#039;est partiellement avec ce type semi-militaire, semi-industriel qui caractérise aujourd&#039;hui les nations avancées. A chaque phase de l&#039;évolution sociale doit exister une harmonie complète entre les pratiques et les croyances, j&#039;entends les croyances réelles et non les croyances nominales. La vie ne peut suivre son cours que par l&#039;accord des pensées et des actes. Ou bien la conduite, nécessitée par les circonstances, doit modifier les croyances de façon qu&#039;il y ait conformité entre elles, ou bien la transformation des croyances doit finalement transformer la conduite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partant, si la préservation de la vie sociale, sous tel ensemble de conditions, nécessite une extrême subordination à un chef et une entière confiance en lui, la doctrine s&#039;établira que la subordination et la confiance sont utiles, même obligatoires. Inversement, si, dans d&#039;autres conditions, une grande soumission des citoyens au gouvernement n&#039;est plus nécessaire à la préservation de la vie nationale ; si, au contraire, la vie nationale gagne en intensité et en qualité à mesure que les citoyens gagnent une plus grande liberté d&#039;action, il s&#039;opère dans leur doctrine politique, une modification graduelle qui a pour résultat d&#039;amoindrir leur foi dans l&#039;action gouvernementale, d&#039;accroître leur penchant à mettre en question l&#039;autorité gouvernementale et de les pousser à résister dans des cas plus nombreux au pouvoir gouvernemental : cette modification amenant finalement l&#039;établissement de la doctrine de la limitation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l&#039;on ne peut espérer que l&#039;opinion gouvernementale puisse être, à cette heure, considérablement modifiée. Mais examinons la question de plus près.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment le succès d&#039;une armée dépend beaucoup de la confiance des soldats dans leur général ; s&#039;ils ne croient pas à son habileté, cela suffit presque pour les paralyser dans la bataille, tandis qu&#039;une confiance absolue en lui leur fera remplir leur tâche respective avec courage et énergie. Si, comme cela arrive dans une société qui s&#039;est normalement développée d&#039;après le type militaire, celui qui gouverne pendant la paix et celui qui commande à la guerre sont un seul et même homme, cette confiance en sa supériorité sur le champ de bataille engendrera celle en sa supériorité comme homme d&#039;État ; et la société, identique avec l&#039;armée dans une très grande mesure, accepte volontiers ses décrets comme législateur. Même quand le chef civil, cessant d&#039;être le chef militaire, exerce son généralat par un représentant, la foi traditionnelle s&#039;attache encore à lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même pour l&#039;empressement à obéir. Toutes choses égales d&#039;ailleurs, une armée de soldats indisciplinés est inférieure à une armée de soldats disciplinés. Ceux dont l&#039;obéissance au chef est prompte et absolue ont évidemment plus de chances de succès dans la bataille que ceux qui ne tiennent pas compte des ordres qui leur sont donnés. Et ce qui est vrai de l&#039;armée l&#039;est aussi de la société dans son ensemble : nécessairement le succès dans la guerre dépend beaucoup de la soumission à la volonté du gouvernant qui lève des hommes, fournit de l&#039;argent, quand il en faut, et règle tout selon les besoins du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi les hommes le mieux doués survivant aux combats, le type militaire de la société a pour caractéristique une foi profonde dans le pouvoir gouvernemental jointe à l&#039;attachement au souverain qui fait qu&#039;on lui obéit en quelque matière que ce soit. Il s&#039;établira donc, parmi les théoriciens politiques d&#039;une société militaire, une doctrine qui donne une formule aux idées et aux sentiments nécessaires, en qui affirme en même temps que le législateur, s&#039;il n&#039;est pas de nature divine, est du moins inspiré par Dieu et que l&#039;obéissance absolue envers lui est ordonnée par Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un changement dans les idées et les sentiments qui deviennent ainsi caractéristiques du type militaire d&#039;organisation ne peut arriver que là où les circonstances favorisent le développement du type industriel d&#039;organisation. Basée sur la coopération volontaire au lieu de la coopération forcée, la vie industrielle, telle que nous la connaissons à présent, habitue les hommes à agir avec indépendance, les amène à faire respecter leurs propres droits pendant qu&#039;ils respectent les droits d&#039;autrui, fortifie en eux la conscience des droits personnels, et les porte à résister aux excès du contrôle gouvernemental. Mais comme les circonstances qui rendent la guerre moins fréquente ne naissent que lentement, et comme les modifications de tempérament causées par la transition d&#039;une vie essentiellement militaire à une vie principalement industrielle ne peuvent par suite s&#039;opérer qu&#039;insensiblement, il arrive que les idées et les sentiments anciens ne font place à d&#039;autres que petit à petit. Et il y a plusieurs raisons pour lesquelles la transition est et doit être graduelle. En voici quelques-unes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez l&#039;homme primitif et chez l&#039;homme peu civilisé n&#039;existe pas encore le caractère requis pour une large coopération volontaire. Des efforts volontairement unis à ceux d&#039;autres personnes en vue d&#039;un avantage commun impliquent, si l&#039;entreprise est vaste, une persévérance que ni l&#039;un ni l&#039;autre ne possèdent. De plus, là où les résultats à obtenir sont éloignés et peu connus, comme le sont beaucoup de ceux en vue desquels on s&#039;associe aujourd&#039;hui, il faut une force d&#039;imagination qui fait entièrement défaut aux intelligences des hommes non civilisés. D&#039;autre part, les grandes associations privées formées en vue de la production en grand, de vastes entreprises et d&#039;autres buts, exigent une subordination hiérarchique chez les travailleurs associés, semblable à celle produite par la vie militaire. En d&#039;autres termes, on n&#039;arrive au type industriel développé, tel que nous le connaissons maintenant, qu&#039;en passant par le type militaire ; lequel, par la discipline, engendre à la longue la persistance dans les efforts, la bonne volonté d&#039;agir sous une direction (non plus imposée, mais acceptée par contrat) et l&#039;habitude de s&#039;organiser pour atteindre de grands résultats. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Conséquemment, pendant de longues périodes de l&#039;évolution sociale, il faut, pour administrer toutes les affaires, à l&#039;exception des plus simples, un pouvoir gouvernemental fort et étendu, jouissant de la confiance générale et partout obéi : d&#039;où le fait que, comme le montrent les souvenirs des premières civilisations et aussi l&#039;Orient actuel, les grandes entreprises ne peuvent être exécutées que par l&#039;action de l&#039;État, d&#039;où encore le fait que la coopération volontaire ne peut remplacer que petit à petit la coopération forcée, et produire à juste titre une diminution corrélative de la foi dans la capacité et dans l&#039;autorité du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant cette. foi se maintient surtout par la nécessité de conserver l&#039;aptitude à la guerre. Il faut que le gouvernement puisse, à l&#039;aide de cette confiance et de cette subordination universelle, disposer à son gré de toutes les forces de la société suivant les besoins de l&#039;attaque et de la défense : d&#039;où résultera une théorie politique qui justifie la foi et l&#039;obéissance. Tant que leurs sentiments et leurs idées sont de nature à mettre constamment la paix en danger, les hommes sont obligés d&#039;avoir assez de confiance dans l&#039;autorité du gouvernement pour lui donner le pouvoir de contrainte que nécessitent les entreprises guerrières, et cette confiance dans son autorité lui donne inévitablement et du même coup un pouvoir de contrainte sur eux pour d&#039;autres entreprises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, comme nous l&#039;avons dit en commençant, la raison fondamentale pour ne pas compter sur des adhésions nombreuses à la doctrine que nous avons exposée est que présentement nous n&#039;avons rejeté qu&#039;en partie le régime militaire et nous n&#039;avons adopté qu&#039;en partie le régime industriel, auquel cette doctrine s&#039;applique en réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi longtemps que la religion de la haine prévaudra sur la religion de l&#039;amour, la superstition politique, généralement répandue, se maintiendra forcément. Tant que, par toute l&#039;Europe, l&#039;éducation des classes dirigeantes consistera à faire admirer aux jeunes gens pendant six jours de la semaine ceux qui jadis accomplirent les plus grands exploits dans les batailles et à leur rappeler, le dimanche seulement, le commandement de déposer l&#039;épée, tant que ces classes dirigeantes seront soumises à une discipline morale dans laquelle les exemples tirés du paganisme entrent pour six septièmes et les préceptes du christianisme pour un septième, il n&#039;y a pas d&#039;apparence que les relations internationales puissent être de nature à rendre possible une diminution du pouvoir gouvernemental et à faire accepter une modification correspondante de la théorie politique. Tant que, parmi nous, l&#039;administration des affaires coloniales reste telle que les tribus indigènes, pour avoir usé de représailles contre les Anglais qui ont violé leurs droits, sont punis, non pas d&#039;après leur propre principe sauvage de vie pour vie, mais d&#039;après notre principe perfectionné du massacre en masse en retour d&#039;un simple meurtre, il y a peu de chances pour qu&#039;une doctrine politique, fondée uniquement sur le respect des droits d&#039;autrui, soit généralement adoptée. Tant que la croyance qu&#039;on professe est interprétée de telle sorte qu&#039;un homme, qui en Angleterre fait des discours dans les réunions de missionnaires, cherche, une fois à l&#039;étranger, à fomenter des querelles avec un peuple voisin qu&#039;il désire assujettir, et reçoive pour cela des honneurs publics après sa mort, vraisemblablement les rapports de notre société avec les autres sociétés ne deviendront pas tels que la doctrine des fonctions gouvernementales limitées, impliquant cette diminution de l&#039;autorité gouvernementale qui convient à un état pacifique, prenne quelque extension. Une nation qui, occupée de disputes ecclésiastiques touchant les cérémonies de son culte, se soucie tellement peu de l&#039;essence de ce culte que les flibustiers, dans ses colonies, sont plutôt approuvés que blâmés et ne sont pas dénoncés même par les prêtres de sa religion d&#039;amour, est une nation qui doit continuer à souffrir d&#039;attaques à l&#039;intérieur, tant des individus les uns contre les autres que de l&#039;Etat contre le droit des individus. Il est impossible d&#039;obtenir les bienfaits de la justice dans son pays quand on pratique l&#039;injustice à l&#039;étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement on me posera cette question : Pourquoi donc énoncer et soutenir une théorie différente de la théorie adaptée à notre état présent ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la réponse générale, que c&#039;est le devoir de quiconque regarde une doctrine comme vraie et importante de faire ce qu&#039;il peut pour la propager, sans s&#039;inquiéter du résultat possible, on peut recourir à plusieurs réponses particulières, dont chacune à elle seule suffit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, un idéal, si loin qu&#039;il soit de pouvoir être réalisé pour le moment, est toujours nécessaire pour se .bien guider. Si, parmi tous ces compromis que les circonstances des temps rendent ou font considérer comme nécessaires, il n&#039;existe pas de conception du mieux et du pire dans l&#039;organisation sociale, si l&#039;on ne voit rien au delà des exigences du moment et qu&#039;on prenne l&#039;habitude d&#039;identifier le mieux prochain avec le mieux définitif, il ne peut y avoir de véritable progrès. Quelque éloigné que soit le but, si nombreux que soient les obstacles interposés qui peuvent nous faire dévier du chemin qui y conduit, il est évidemment indispensable de savoir où il est placé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, tant que le degré actuel de sujétion des individus vis-à-vis de l&#039;État, ainsi que la théorie politique correspondante peuvent rester nécessaires en présence des relations internationales existantes, il n&#039;est nullement nécessaire d&#039;accroître cette sujétion et de fortifier la théorie qu&#039;on y adapte. A notre époque de philanthropie active, une foule de gens, impatients d&#039;améliorer le sort de leurs semblables moins fortunés par les méthodes le plus rapides, travaillent de toutes leurs forces à développer les arrangements administratifs qui sont le propre d&#039;un type inférieur de société, - ils marchent à reculons alors qu&#039;ils se proposent d&#039;avancer. Les difficultés normales sur le chemin du progrès sont déjà suffisamment grandes, et il est lamentable qu&#039;on les rende encore plus grandes . Donc c&#039;est faire œuvre utile de montrer aux philanthropes que, dans bien des cas, ils préparent sûrement le malheur futur de l&#039;humanité en poursuivant avec ardeur son bien-être actuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le principal, pourtant, est d&#039;inculquer à tout le monde la grande vérité, peu reconnue encore, que la politique intérieure et la politique extérieure d&#039;une Société sont liées l&#039;une à l&#039;autre, qu&#039;il ne peut y avoir amélioration essentielle de l&#039;une sans amélioration essentielle de l&#039;autre. Si nous voulons que notre organisation intérieure soit conforme à des principes de justice plus élevés, il faut que, dans nos relations extérieures, nous nous conformions habituellement à des principes de justice plus élevés. La conviction qu&#039;il existe une dépendance de cette espèce, si elle pouvait se répandre parmi les peuples civilisés, réprimerait grandement leur conduite agressive vis-à-vis les uns des autres, et, par là, diminuerait la part de la contrainte dans leurs systèmes de gouvernement et amènerait des changements correspondants dans les théories politiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;FIN&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Herbert Spencer:Les péchés des législateurs|CHAPITRE IV - La grande superstition politique]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:Les_p%C3%A9ch%C3%A9s_des_l%C3%A9gislateurs&amp;diff=2771</id>
		<title>Herbert Spencer:Les péchés des législateurs</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:Les_p%C3%A9ch%C3%A9s_des_l%C3%A9gislateurs&amp;diff=2771"/>
		<updated>2010-09-14T15:13:20Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page créée avec « {{Navigateur|Chapitre II - L&amp;#039;esclavage du futur|Herbert Spencer&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&amp;#039;individu contre l&amp;#039;Ét... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Herbert Spencer:Le nouveau torysme|Chapitre II - L&#039;esclavage du futur]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer:Les péchés des législateurs|Chapitre IV - La grande superstition politique]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer]]|Les péchés des législateurs}}&lt;br /&gt;
{{infobox LICE}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ce soit vrai ou non, que l&#039;homme est composé d&#039;iniquités et conçu dans le péché, il est incontestable que le gouvernement est né de l&#039;agression et a été engendré par l&#039;agression. Dans les petites sociétés primitives, où une paix complète a régné pendant des siècles, il n&#039;existe rien de semblable à ce que nous appelons gouvernement ; il n&#039;y a aucune organisation coercitive, il y a seulement une suprématie honoraire, quand une suprématie existe. Dans ces communautés exceptionnelles, qui ne sont pas agressives et qui, pour des causes spéciales, ne sont exposées à aucune agression, la véracité, l&#039;honnêteté, la justice et la générosité sont si bien pratiquées qu&#039;il y suffit que l&#039;opinion publique puisse de temps en temps s&#039;exprimer dans une assemblée d&#039;anciens, convoquée à des intervalles irréguliers. Au. contraire, nous trouvons des preuves que l&#039;autorité d&#039;un chef, reconnue d&#039;abord temporairement pendant une guerre, s&#039;établit d&#039;une façon permanente si l&#039;état de guerre se prolonge, et se fortifie là où une heureuse agression aboutit à la soumission des tribus voisines. Ensuite, des exemples fournis par toutes les races mettent hors de doute cette vérité, que le pouvoir coercitif du chef, devenu roi, et roi des rois (titre fréquent dans l&#039;ancien Orient) grandit à mesure que celui-ci étend ses conquêtes et qu&#039;il réunit sous son sceptre un plus grand nombre de nations. Les comparaisons nous révèlent une autre vérité, que nous devrions toujours avoir présente à l&#039;esprit, à savoir que le pouvoir dirigeant devient d&#039;autant plus agressif au-dedans d&#039;une société qu&#039;il est agressif au dehors. De même que pour former une bonne armée, il faut que les soldats des différents grades obéissent à celui qui les commande ; de même, pour former une forte communauté guerrière, il faut que les citoyens obéissent au pouvoir dirigeant. Il faut qu&#039;ils fournissent la nombre de recrues exigé, et qu&#039;ils livrent toutes les propriétés qu&#039;on leur demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence évidente est que la morale gouvernementale, originairement identique aux coutumes de la guerre, doit longtemps se modeler sur elles, et ne peut s&#039;en éloigner que dans la mesure où les activités et les préparations. guerrières diminuent. Nous en avons des preuves constantes. A présent sur le continent le citoyen est seulement libre quand il ne sert pas dans l&#039;armée, et pendant le reste de sa vie il peine beaucoup pour entretenir l&#039;organisation militaire. Même chez nous, une guerre sérieuse, en rendant la conscription nécessaire, suspendrait les libertés d&#039;un grand nombre et diminuerait les libertés des autres, en leur faisant payer par des contributions les dépenses nécessaires, c&#039;est-à-dire en les forçant à travailler un certain nombre de jours pour l&#039;État. Inévitablement le code de la conduite du gouvernement dans ses rapports avec les citoyens est modelé sur le code de la conduite des citoyens les uns à l&#039;égard des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne vais, dans cet article, parler ni des violations de droit ni des représailles exercées&amp;amp;nbsp;; la plus grande partie de l&#039;histoire est composée du récit de ces faits ; je ne veux pas non plus retracer les iniquités intérieures qui ont accompagné les iniquités extérieures. Je n&#039;ai pas l&#039;intention de cataloguer ici les crimes des législateurs irresponsables, en commençant par celui du roi Khufu (les pierres de sa vaste tombe furent posées dans la sueur sanglante de dizaines de mille d&#039;esclaves qu&#039;on fit travailler à coups de fouet pendant de longues années) ; en continuant par ceux des conquérants égyptiens, assyriens, persans, macédoniens, romains et autres ; et en finissant par ceux de Napoléon qui, pour satisfaire son ambition de voir le monde civilisé prosterné à ses pieds, fit périr au moins deux millions d&#039;hommes&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Lanfrey, Voyez aussi &#039;&#039;Study of Sociology&#039;&#039;, p. 42, et l&#039;appendice.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Je ne me propose pas non plus d&#039;énumérer ici ces péchés des législateurs responsables inscrits dans la longue liste des lois faites dans l&#039;intérêt des classes dominantes. Dans notre pays cette liste va jusqu&#039;à celles qui maintinrent longtemps l&#039;esclavage et la traite des esclaves, soumirent à la torture à peu près 40 000 nègres par année en les entassant au fond des vaisseaux pendant une traversée sous les tropiques, et en firent périr une forte proportion. Elle est close par les lois des céréales qui, dit Sir Erskine May &amp;quot;pour élever le prix des fermages, ordonnèrent à une multitude innombrable de souffrir la faim&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute un exposé des méfaits principaux des législateurs responsables et irresponsables ne serait pas inutile. Il servirait à plusieurs fins. Il montrerait clairement comment cette identité de la morale gouvernementale et des coutumes de la guerre, qui existe nécessairement dans les temps primitifs où l&#039;armée est simplement la société mobilisée et la société l&#039;armée au repos, se maintient pendant de longues périodes et exerce même de nos jours une grande influence sur notre procédure et notre vie quotidienne. Après avoir montré, par exemple, que, chez de nombreuses tribus sauvages, la fonction judiciaire du chef n&#039;existe pas ou est nominale, et que très généralement pendant les premières époques de la civilisation européenne, chaque individu devait se défendre lui-même et faire valoir ses droits du mieux qu&#039;il pouvait ; après avoir montré qu&#039;au moyen-âge le droit de la guerre privée entre les membres de l&#039;ordre militant a été aboli, non pas parce que le chef suprême croyait de son devoir de soumettre les différends à son arbitrage, mais parce que les guerres privées diminuaient la force de son armée dans les guerres publiques ; après avoir montré que, pendant les âges suivants, l&#039;administration de la justice manifestait encore son caractère primitif dans les combats judiciaires soutenus en présence du roi ou de son représentant en qualité d&#039;arbitre, - combats maintenus jusqu&#039;en 1819 sous la forme du duel, - nous pourrions faire voir que même de nos jours le combat judiciaire subsiste sous une autre forme, les avocats étant les champions et les bourses les armes. Dans les procès civils le gouvernement ne s&#039;inquiète guère plus qu&#039;autrefois de faire rendre justice à la partie lésée ; en pratique, son représentant veille seulement à ce que les règles du combat soient observées ; le résultat dépendant moins de l&#039;équité de la cause que de la supériorité d&#039;une bourse bien garnie et de l&#039;habileté de l&#039;avocat. Bien plus, le gouvernement se soucie si peu de l&#039;administration de la justice que si, dans un combat légal livré en présence de son représentant, les bourses des combattants ont été épuisées, et si, sur appel interjeté par l&#039;un d&#039;eux, la décision est réformée, le combattant qui succombe est obligé de payer les erreurs du représentant actuel ou de son prédécesseur, et bien souvent, l&#039;individu lésé, qui sollicitait une protection ou une restitution, meurt pécuniairement en sortant de l&#039;audience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il était bien fait, un tel tableau des méfaits des gouvernements, dans leurs actes et leurs omissions, en prouvant qu&#039;une partie du code de morale encore en vigueur remonte et convient à l&#039;état de guerre, calmerait peut-être les espérances de ceux qui travaillent à étendre le contrôle gouvernemental. Après avoir observé que non seulement les caractères mais encore les principes de cette structure politique primitive, produite par le militarisme chronique, continuent de subsister, le réformateur et le philosophe seraient peut-être moins ardents à attendre un si grand sien de l&#039;intervention universelle du gouvernement et seraient peut-être disposés à avoir plus de confiance dans les organisations non gouvernementales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais laissant de côté la plus grande partie des vastes questions comprises sous le titre de cet article, je me propose ici de m&#039;occuper seulement d&#039;une partie relativement petite, à savoir de ces péchés des législateurs qui ne sont pas le fruit de leur ambition ou des intérêts de classes, mais qui proviennent de la négligence de cette étude à laquelle ils sont moralement obligés de se livrer pour se préparer à leur tâche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons qu&#039;un élève pharmacien après avoir écouté la description de certaines douleurs qu&#039;il croit à tort être causées par la colique, mais qui en réalité sont causées par une inflammation du cæcum, prescrive une forte purgation et tue le malade ; on le déclarera coupable d&#039;homicide par imprudence. On n&#039;admettra pas l&#039;excuse que son intention était bonne et qu&#039;il espérait faire du bien. Il ne pourra pas se justifier en disant qu&#039;il s&#039;est simplement trompé dans son diagnostic. On lui répondra qu&#039;il n&#039;avait pas le droit d&#039;exposer la vie du malade en se mêlant d&#039;une matière dans laquelle il avait des connaissances tout à fait insuffisantes. Il ne pourra pas plaider le fait qu&#039;il ne savait pas lui-même combien il était ignorant. Il est implicitement admis que l&#039;expérience commune à tous aurait dû lui apprendre que même ceux qui ont étudié la médecine, à plus forte raison ceux qui ne l&#039;ont pas étudiée, commettent des erreurs dans le diagnostic des maladies et dans les remèdes à prescrire : puisqu&#039;il a négligé l&#039;avertissement donné par l&#039;expérience commune, il est responsable des conséquences. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les responsabilités encourues par les législateurs pour les maux qu&#039;ils peuvent causer sont mesurées avec beaucoup d&#039;indulgence. Dans la plupart des cas, loin de penser qu&#039;ils méritent d&#039;être punis pour avoir amené des désastres par des lois rendues par ignorance, nous pensons à peine qu&#039;ils méritent d&#039;être blâmés. Il est admis que l&#039;expérience commune aurait dû apprendre à l&#039;élève pharmacien, peu instruit, à ne pas s&#039;ingérer de la médecine ; mais il n&#039;est pas admis que l&#039;expérience commune ait dû apprendre au législateur à ne pas se mêler de légiférer avant qu&#039;il se soit instruit. Quoiqu&#039;il ait devant lui dans le recueil des lois de notre propre pays et des autres pays une multitude de faits qui devraient lui faire voir les maux immenses causés par une mauvaise législation, il n&#039;est point condamné pour avoir négligé ces avertissements contre une ingérence trop prompte. Au contraire, on regarde comme un acte méritoire de sa part quand, peut-être sorti récemment du collège, peut-être possesseur d&#039;une meute de chiens qui l&#039;a rendu populaire dans son comté, peut-être fraîchement arrivé d&#039;une ville de province où il a acquis une grande fortune, peut-être sorti du barreau où il s&#039;est fait un nom, il entre au parlement et qu&#039;il commence immédiatement à faciliter ou à empêcher, d&#039;un cœur léger, tel nu tel moyen d&#039;opérer le corps politique. En ce cas il n&#039;est pas nécessaire de plaider pour lui l&#039;excuse qu&#039;il ne sait pas combien il est ignorant ; car le public, en général, est d&#039;accord avec lui pour penser qu&#039;il est inutile d&#039;en savoir plus que ce que les débats sur les mesures proposées lui auront appris. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cependant il suffit de jeter les yeux sur l&#039;histoire des législations pour voir combien les maux causés par des législateurs ignorants sont plus nombreux que ceux causés par des ignorants qui se sont mêlés d&#039;administrer des remèdes. Le lecteur me pardonnera si je lui rappelle quelques exemples familiers. Un siècle après l&#039;autre, les hommes d&#039;État ont continué de rendre des lois contre l&#039;usure, qui ont empiré la situation du débiteur : faisant monter le taux de l&#039;intérêt &amp;quot;de cinq à six quand ils avaient l&#039;intention de le réduire à quatre, comme sous Louis XV&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Lecky, &#039;&#039;Rationalism&#039;&#039;, t. II, p. 293-294.&amp;lt;/ref&amp;gt; ;&amp;quot; et produisant indirectement une quantité de maux imprévus, en empêchant, par exemple, l&#039;emploi productif du capital disponible, et &amp;quot;en imposant aux petits propriétaires une multitude de charges perpétuelles&amp;quot;. De même les essais pour arrêter l&#039;accaparement, continués en Angleterre pendant cinq cents ans, et ayant empêché en France, d&#039;après le témoignage d&#039;Arthur Young, &amp;quot;d&#039;acheter sur le marché plus de deux boisseaux de froment&amp;quot;, ont pendant plusieurs générations successives augmenté la misère et la mortalité résultant de la cherté. En effet, comme tout le monde le sait, la fonction du négociant en gros, qui est traité dans le statut &#039;&#039;De Pistoribus&#039;&#039; &amp;quot;d&#039;oppresseur public du pauvre peuple&amp;quot; consiste simplement à égaliser les approvisionnements sur le marché en empêchant une consolidation trop rapide. Telle fut également la mesure qui, en 1815, pour diminuer la famine, prescrivit le prix des aliments&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;De Tocqueville, &#039;&#039;État de la société en France avant la Révolution&#039;&#039;, p. 421.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais qui fut rapidement abrogée après qu&#039;elle eut fait entièrement disparaître du marché certaines denrées, et telles aussi les mesures, appliquées pendant un plus long espace de temps, celles par exemple d&#039;après lesquelles un magistrat devait déterminer les &#039;&#039;bénéfices raisonnables&#039;&#039; des marchands de comestibles. Les tentatives faites pour fixer les salaires furent conçues dans le même esprit et eurent les mêmes effets désastreux. Elle commencèrent par le statut des ouvriers sous Edouard III, et cessèrent seulement il y a soixante ans, quand, ayant longtemps galvanisé dans le quartier de Spitalfields une industrie en décadence, et entretenu là une population misérable, les lords et les communes renoncèrent enfin à faire décider par un magistrat quel serait le salaire d&#039;un tisseur en soie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici on m&#039;interrompra probablement avec impatience : &amp;quot;Mais nous savons tout cela ; l&#039;histoire est vieille. Les maux causés par les ingérences dans les questions industrielles et commerciales, ont été rebattus à nos oreilles jusqu&#039;à satiété, et il n&#039;est pas besoin de nous répété la leçon&amp;quot;. Ma première réponse est que la leçon n&#039;a jamais été convenablement étudiée par la grande majorité, et qu&#039;elle a été oubliée par un grand nombre de ceux qui l&#039;ont apprise. Car les prétextes mis en avant de nos jours pour édicter des prescriptions pareilles, ne sont-ils pas les mêmes que ceux d&#039;autrefois ? Dans le statut 35 d&#039;Édouard III, dont le but était d&#039;empêcher l&#039;augmentation du prix des harengs (mais qui fut bien vite abrogé parce qu&#039;en réalité il l&#039;augmenta), on se plaint que les gens &amp;quot;venant au marché... marchandent le hareng, et chaque acheteur, par malice ou par envie, enchérit sur l&#039;autre ; si l&#039;un offre 40 shillings, l&#039;autre offrira 10 shillings de plus, et le troisième 60 shillings, et ainsi l&#039;offre de l&#039;un dépassera celle de l&#039;autre&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Craik, &#039;&#039;History of British Commerce&#039;&#039;, t. I, p. 137.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Or, le &amp;quot;barguignage sur le marché&amp;quot; condamné ici et attribué à la &amp;quot;malice et à l&#039;envie&amp;quot;, est condamné à nouveau de nos jours. Les maux de la concurrence ont toujours été une des plaintes fondamentales des socialistes, et le conseil de la Fédération démocratique dénonce les échanges faits sous &amp;quot;le contrôle de l&#039;avidité et de la rapacité individuelles&amp;quot;. Ma seconde réponse est que le parlement étend constamment à de nouveaux domaines de la loi de l&#039;offre et de la demande son intervention jugée désastreuse par les générations précédentes, qu&#039;il augmente dans ces domaines, ainsi que je vais le prouver, les maux qu&#039;il veut guérir, et qu&#039;il en produit de nouveaux, comme il en produisait autrefois dans les domaines où l&#039;on a renoncé d&#039;intervenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fermant cette parenthèse, je continue ma démonstration que des législateurs ignorants ont, dans les temps passés, continuellement augmenté les souffrances de l&#039;humanité en s&#039;efforçant de les adoucir, et, m&#039;adressant au lecteur, je lui dirai : multipliez les lois citées plus haut et les maux qu&#039;elles ont causés par dix ou un nombre plus élevé, et vous pourrez vous faire une idée de la somme des maux causés par des lois faites sans la connaissance de la science sociale. Dans un écrit lu devant la Société de statistique en mai 1873, M. Janson, vice-président de la Société de législation, a constaté que depuis le statut de Merton (20, Henri III), jusqu&#039;à la fin de 1872, on a voté 18 110 mesures législatives dont les quatre cinquièmes, d&#039;après son estimation, avaient été abrogées entièrement ou en partie. Il a aussi constaté que le nombre des mesures législatives abrogées entièrement ou en partie, ou amendées pendant les trois années 1870, 1871, 1872, avait été de 3532, dont 2759 avaient été complètement abrogées. Pour voir si les abrogations ont continué dans la même proportion, j&#039;ai consulté, pour les trois dernières sessions, les volumes renfermant &amp;quot;les statuts publics généraux&amp;quot;, publiés annuellement. Laissant de côté les nombreux actes parlementaires amendés, j&#039;ai trouvé que dans les trois dernières sessions six cent cinquante actes &#039;&#039;appartenant au règne actuel&#039;&#039;, et un grand nombre des règnes précédents, avaient été entièrement abrogés, soit séparément, soit par groupes. Ce nombre dépasse naturellement la moyenne ordinaire ; car, dans ces derniers temps, le &#039;&#039;Recueil des lois&#039;&#039; a été fortement expurgé. Mais, tout considéré, nous sommes obligés de reconnaître que, de notre temps, il y a eu plusieurs milliers d&#039;abrogations. Sans doute, quelques lois ont été abrogées parce qu&#039;elles étaient surannées ; d&#039;autres par suite du changement des circonstances (cette dernière catégorie ne peut être bien nombreuse, si nous songeons combien d&#039;actes législatifs récents ont été abrogées) ; d&#039;autres, simplement parce qu&#039;elles étaient inefficaces, et certaines l&#039;ont été, parce qu&#039;on en a condensé plusieurs en une seule. Mais il est hors de doute que, dans la plupart des cas, les lois ont été abrogées parce qu&#039;elles avaient produit de mauvais effets. Nous parlons à notre aise de pareils changements, nous pensons avec indifférence aux mesures législatives annulées. Nous oublions que les lois, avant d&#039;être abolies, ont généralement causé des maux plus ou moins sérieux : les unes pendant peu d&#039;années, d&#039;autres pendant des dizaines d&#039;années, d&#039;autres pendant des siècles. Changez votre idée vague d&#039;une mauvaise loi en une idée définie ; songez-y comme à une cause qui agit sur la vie des peuples, et vous verrez qu&#039;elle signifie tel nombre de souffrances, tel nombre de maladies, tel nombre de décès. Une forme vicieuse de procédure, qu&#039;elle soit prescrite ou tolérée, occasionne aux plaideurs des frais, des délais, et la perte de leurs procès. Quel en est 1e résultat ? De l&#039;argent dépensé en vain, et dont on aurait besoin ; une grande et longue anxiété fréquemment suivie de maladies ; le malheur d&#039;une famille ; des enfants auxquels on est obligé de refuser les aliments et les vêtements nécessaires ; en un mot, des misères qui en entraînent d&#039;autres après elles. Pensez aussi au grand nombre de gens qui, n&#039;ayant pas les moyens ou le courage d&#039;engager un procès, se résignent à. la fraude, sont appauvris et endurent des souffrances de corps et d&#039;esprit par suite du dommage subi. Dire même qu&#039;une loi a été simplement un obstacle, c&#039;est dire qu&#039;elle a causé des pertes de temps inutiles jointes à des ennuis et à des tracas, et, pour les gens surchargés, un surplus d&#039;ennuis et de tracas implique, çà et là, une santé affaiblie avec son cortège de souffrances directes et indirectes. Voyant donc que mauvaise législation est synonyme d&#039;atteinte portée à la vie des hommes, jugez quelle somme de détresse mentale, de douleurs physiques et de décès représentent ces milliers d&#039;actes législatifs abrogés ! Pour démontrer complètement cette vérité que le législateur qui ne possède pas des connaissances suffisantes cause des maux immenses, permettez-moi de citer un cas spécial rappelé à ma mémoire par une question du jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai déjà mentionné le fait que les tentatives de changer le rapport entre l&#039;offre et la demande, auxquelles en avait renoncé dans certains domaines économiques à la suite des calamités occasionnées, ont lieu maintenant dans d&#039;autres domaines. Le rapport est supposé être vrai uniquement là où la vérité en a été démontrée par les maux causés en le négligeant, tant les hommes y croient faiblement. On ne semble nullement se douter que dans les cas où il ne paraît pas exister, la marche naturelle des choses ait été dérangée par des obstacles artificiels. Et cependant, dans le cas auquel je fais allusion (celui de la construction de maisons pour les pauvres), il suffit de se demander quelle est depuis longtemps l&#039;action des lois pour voir que les maux terribles dont on se plaint sont pour la plupart produits par elles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la génération précédente, une discussion s&#039;était élevée à propos de l&#039;insuffisance et de l&#039;insalubrité des habitations ouvrières, et j&#039;eus l&#039;occasion de m&#039;occuper de la question. Voici un extrait de ce que j&#039;écrivis alors :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Un architecte, qui est à. la fois inspecteur, dit que la loi de construction a eu les effets suivants : dans ces districts de Londres où se trouvent des maisons. délabrées, construites de cette façon peu solide que la nouvelle loi de construction devait. changer, les propriétaires, dont les maisons ont été bâties avant le vote de la nouvelle loi, obtiennent une moyenne de loyer suffisamment rémunératrice. Cette moyenne détermine le loyer qu&#039;il faut demander dans ces districts pour les nouvelles maisons disposées de la même manière, c&#039;est-à-dire ayant le même nombre de chambres, car les gens pour lesquels on les bâtit, n&#039;apprécient pas la sécurité donnée par des murs consolidés par des barres de fer. Or, il résulte de l&#039;expérience faite que les maisons construites conformément aux règlements actuels, et louées au prix ainsi établi, ne rapportent pas un revenu raisonnable. Les constructeurs se sont donc bornés à élever des maisons dans de meilleurs districts (où la possibilité d&#039;une concurrence utile avec des maisons préexistantes montre que ces maisons préexistantes étaient passablement commodes), et ont cessé de bâtir pour les masses, excepté dans les faubourgs où n&#039;existe pas d&#039;insalubrité réclamant des changements urgents. En attendant, dans les districts pauvres, décrits ci-dessus, il s&#039;est produit un surcroît d&#039;agglomération, une demi-douzaine de familles dans une maison, une vingtaine de locataires dans une chambre. Bien plus, d&#039;autres conséquences en sont résultées. Le triste état de dilapidation dans lequel on permet que ces habitations des pauvres tombent, est dû à l&#039;absence de concurrence faite par des maisons neuves. Les propriétaires ne trouvent pas que leurs locataires soient tentés de les quitter par l&#039;offre d&#039;un meilleur logement. Les réparations, n&#039;étant pas nécessaires pour assurer la plus grande somme de bénéfices, ne sont pas faites... En vérité, la plus grande partie des horreurs auxquelles nos agitateurs sanitaires cherchent à remédier par des lois, nous les devons à des agitateurs antérieurs de la même école.&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Social Statics&#039;&#039;, p. 384, édition de 1851.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces maux ne sont pas les seuls causés par la législation. Le passage suivant montre qu&#039;on en a encore reconnu d&#039;autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Dans un article du &#039;&#039;Constructeur&#039;&#039; antérieur à l&#039;abrogation de l&#039;impôt sur la tuile, nous lisons : &amp;quot;On suppose qu&#039;un quart des dépenses pour une habitation, qui se loue à 2 shillings 6 deniers ou à 3 shillings par semaine, est imputable aux frais de contrat et à la taxe sur le bois et les briques employées dans la. construction. Naturellement le propriétaire veut rentrer dans ses dépenses, et il fait payer 7 pence et demi ou 9 pence pour s&#039;indemniser.&amp;quot; M. C. Gatliff, secrétaire de la Société pour l&#039;amélioration des maisons ouvrières, décrivant les effets de l&#039;impôt sur les fenêtres, dit : &amp;quot;Notre Société paie maintenant dans Saint-Pancras la somme de 162 livres, 16 shillings en impôts sur les fenêtres, ou l p. 100 par an sur la mise de fonds. La moyenne des loyers payés par les locataires de la Société est de 5 shillings, 6 deniers par semaine, et l&#039;impôt sur les fenêtres en absorbe 7 pence un quart par semaine.&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Times&#039;&#039;, 31 janvier 1850. - &#039;&#039;Social Statics&#039;&#039;, p. 385, édition de 1851.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce ne sont pas les seuls témoignages fournis par les publications da cette époque. Le &#039;&#039;Times&#039;&#039; du 7 décembre 1850 a publié une lettre datée du &#039;&#039;Reform Club&#039;&#039;, et signée &#039;&#039;Architecte&#039;&#039;, dans laquelle nous lisons les passages suivants :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Lord Kinnaird recommande dans votre numéro d&#039;hier la construction d&#039;habitations modèles par la réunion de deux ou trois maisons en une seule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Permettez-moi de suggérer à Sa Seigneurie, et à son ami Lord Ashley, sur lequel il s&#039;appuie, que si :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;1° La taxe des fenêtres était abolie ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;2° La loi de construction était abrogée (excepté les articles ordonnant que les murs intérieurs et extérieurs soient à l&#039;épreuve du feu) ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;3° Les droits sur les bois de charpente étaient égalisés ou abrogés, etc. ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;4° Une loi était votée pour faciliter le transfert de la propriété ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Il n&#039;y aurait pas plus de raisons pour construire des maisons d&#039;habitation modèles qu&#039;il n&#039;y en a pour construire des vaisseaux modèles, des filatures modèles ou des machines à vapeur modèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;La première limite la maison du pauvre à sept fenêtres..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;La seconde limite la surface de la maison du pauvre à 25 pieds sur 18 (à peu près les dimensions d&#039;une salle à manger convenable), et dans cet espace, le constructeur est obligé de placer un escalier, une entrée, une salle commune et une cuisine (y compris les murs et les séparations).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Les troisièmes poussent le constructeur à employer polar la maison du pauvre du bois impropre à la construction, les droits sur la bonne marchandise (Riga), étant quinze fois supérieur à ceux sur la mauvaise (Canada). Le gouvernement exclut même cette dernière de tous ses contrats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;La quatrième apporterait de grands changements à l&#039;état misérable actuel des habitations des pauvres. De petites propriétés foncières libres pourraient alors être transférées aussi facilement que des tenures par bail. Souvent on a mal construit, uniquement parce qu&#039;on a bâti sur des terrains tenus à bail.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour ne commettre ni erreur ni exagération, j&#039;ai consulté M. C. Forrest, entrepreneur ayant quarante ans d&#039;expérience et grand constructeur dans les quartiers pauvres. Comme il est membre du conseil de fabrique et du Comité de bienfaisance, il joint la connaissance des affaires publiques locales à ses vastes connaissances en tout ce qui concerne la construction. M. Forrest, qui m&#039;autorise à donner son nom, confirme les assertions précédentes à l&#039;exception d&#039;une seule qu&#039;il trouve au-dessous de la vérité. Il dit que &amp;quot;Architecte&amp;quot; atténue le mal causé par la définition de &amp;quot;une maison de quatrième classe&amp;quot;, puisque les dimensions sont bien inférieures à celles qu&#039;il donne (peut-être en conformité avec les dispositions d&#039;une loi de construction plus récente). M. Forrest est allé plus loin. Outre qu&#039;il montre les mauvais effets de la forte augmentation des revenus du fonds (en soixante ans elle a été de l livre à 8 livres 10 sh. pour une maison de quatrième classe) qui; jointe à d&#039;autres causes, l&#039;avait obligé à renoncer aux plans qu&#039;il avait faits pour des habitations ouvrières dont il avait l&#039;intention d&#039;entreprendre la construction ; outre qu&#039;il est d&#039;accord avec &amp;quot;Architecte&amp;quot; que ce mal a été beaucoup accru par les difficultés du transfert des propriétés foncières, résultant du système de fidéicommis et de substitution établi par les lois, il a fait ressortir que le développement des charges locales (il les appelait impôts prohibitifs) était un autre obstacle apporté à la construction de maisons de petites dimensions. Un de ses arguments est qu&#039;au prix de revient de chaques maison neuve il faut ajouter les taxes pour l&#039;entretien de la chaussée et des égoûts, qui sont réglées d&#039;après la longueur de la face et qui pèsent par conséquent plus lourdement sur les maisons sans profondeur que sur les maisons profondes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ces maux produits par la législation, qui étaient déjà grands à l&#039;époque de la dernière génération, et qui ont encore grandi depuis, passons aux maux plus récents découlant de la même cause. La misère, les maladies, la mortalité dans les &amp;quot;masures&amp;quot; ayant constamment augmenté, par suite des obstacles apportés à la construction de maisons de quatrième classe, ainsi que de l&#039;encombrement qui en est résulté dans les maisons existantes, et étant devenues un scandale, on s&#039;est adressé au gouvernement pour y porter remède. Il a répondu à cet appel par les lois des habitations ouvrières, donnant aux autorités locales le droit d&#039;abattre les maisons En mauvais état et de pourvoir à la construction de maisons plus confortables. Quel en été le résultat ? Un résumé des opérations du bureau a métropolitain des travaux, daté du 21 décembre 1883, montre que jusqu&#039;au mois de septembre dernier, il avait, en augmentant les contributions d&#039;un million et un quart, chassé de leur demeure vingt et un mille personnes et construit des maisons pour douze mille. On pourvoira dans l&#039;avenir au logement des neuf mille qui restent et qui, en attendant, se trouvent sans abri. Ce n&#039;est pas tout. Un autre représentant local du gouvernement, la commission des égouts pour la Cité, travaillant dans la même direction, a, par contrainte légale, abattu dans Golden Land et Petticoat Square, des masses de petites maisons condamnées, dans lesquelles logeaient mille sept cent trente-quatre pauvres gens ; et des terrains ainsi déblayés, il y a cinq ans, l&#039;un a été vendu, par mesure d&#039;ordre public, pour construire une station da chemin de fer, et l&#039;autre se couvre seulement maintenant d&#039;habitations ouvrières dans lesquelles une moitié de la population expulsée trouvera plus tard à se loger. Si nous ajoutons aux personnes déplacées par le bureau métropolitain des travaux les mille sept cent trente-quatre dont il a été question, nous trouvons que jusqu&#039;à présent à peu près onze mille individus ont été privés de leurs logements et ont été obligés de chercher un abri dans de misérables endroits déjà encombrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyez donc ce que les législateurs ont fait. Par une mauvaise assiette de l&#039;impôt, en élevant le prix des briques et du bois de charpente, ils ont augmenté les frais de construction, et poussé, dans un but d&#039;économie, à employer de mauvais matériaux en quantité insuffisante. Pour empêcher l&#039;effet de ces mesures sur les logements, ils ont établi, à la façon du moyen âge, des règlements qui prescrivaient la qualité de la marchandise produite, ne songeant guère qu&#039;en exigeant une qualité supérieure et en augmentant par conséquent les prix de revient, ils limiteraient la demande et diminueraient l&#039;offre dans l&#039;avenir. En créant de nouvelles charges locales, ils ont récemment mis de nouveaux obstacles à la construction de petites maisons. Enfin après avoir, par des mesures successives, amené la construction de maisons en mauvais état et produit un manque de maisons plus confortables, ils ont remédié à l&#039;encombrement des habitations des pauvres gens en diminuant l&#039;espace qui déjà ne pouvait les contenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui faut-il donc blâmer des misères des quartiers pauvres ? Contre qui devraient s&#039;élever les cris douloureux des &#039;&#039;proscrits&#039;&#039; de Londres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;anthropologue allemand Bastian nous dit que, si un naturel de la Guinée est malade et qu&#039;il fasse mentir le fétiche en ne guérissant pas, on l&#039;étrangle, et il est permis de supposer que chez les habitants de la Guinée tout individu assez audacieux pour mettre en doute le pouvoir du fétiche serait bien vite mis à mort. A l&#039;époque où l&#039;autorité gouvernementale était soutenue par des mesures sévères, il y a avait un danger analogue à parler avec irrévérence du fétiche politique. De nos jours, cependant, la plus grande punition qu&#039;ait à craindre un homme qui met sa toute puissance a en question, c&#039;est d&#039;être traité de réactionnaire qui parle du &#039;&#039;laissez faire&#039;&#039;. Il ne peut pas espérer diminuer la foi établie à l&#039;aide des faits qu&#039;il aura recueillis, car nous voyons tous les jours que cette foi est à l&#039;épreuve de tout témoignage contradictoire. Examinons un petit nombre de ces témoignages multiples auxquels on ne prête nulle attention.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Un bureau du gouvernement ressemble à un filtre renversé ; vous y envoyez des comptes clairs, ils en sortent embrouillés&amp;quot;. Telle est la comparaison faite en ma présence, il y a bien des années, par 1e défunt Sir Charles Fox qui avait une grande expérience des services administratifs. Si la comparaison citée appartient à lui seul, son opinion est commune à bien des personnes, comme tout le monde le sait. Les scandales divulgués par la presse et les critiques exprimées dans le parlement ne laissent ignorer à personne les vices de la routine officielle. Ses lenteurs, dont on se plaint continuellement, et qui allaient à l&#039;époque de M. Fox Maule &amp;quot;jusqu&#039;à laisser les commissions des officiers à peu près deux années en retard&amp;quot;, se sont encore manifestées récemment par la publication du recensement général de 1881 plus de deux années après que les renseignements eussent été recueillis. Si nous cherchons l&#039;explication de ces lenteurs, nous trouvons qu&#039;elles proviennent d&#039;une confusion à peine croyable. Au sujet des états du recensement, le directeur général de l&#039;enregistrement nous dit &amp;quot;que la difficulté ne réside pas seulement dans la grande quantité des différentes circonscriptions dont il faut tenir compte, mais encore davantage dans la division inextricable de leurs limites&amp;quot;. Il y a en effet 39,000 circonscriptions administratives de vingt-deux espèces différentes qui empiètent l&#039;une sur l&#039;autre, des cantons, des paroisses, des bourgs, des quartiers, des ressorts de justices de paix, des gouvernements, des districts sanitaires urbains et ruraux, des diocèses, des districts d&#039;enregistrement, etc. Et ainsi, comme l&#039;indique M. Rathbone&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;The Nineteenth Century&#039;&#039;, février 1883.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ces nombreuses espèces de circonscriptions superposées avec leurs limites entrecroisées ont leurs différents corps administratifs dont les pouvoirs s&#039;étendent à leurs districts réciproques. Quelqu&#039;un demande-t-il : pourquoi le Parlement a-t-il établi une nouvelle série de divisions pour chaque nouvelle administration ? La réponse qui se présente naturellement, c&#039;est qu&#039;il a voulu conserver de la suite dans la méthode. Cette confusion organisée correspond tout à fait à la confusion organisée que le parlement augmente chaque année en ajoutant au tas de ses anciennes mesures législatives une certaine quantité de mesures nouvelles, dont les dispositions contrecarrent et changent de mille manières les dispositions des nombreux actes législatifs auxquels on les ajoute : le soin de déterminer ce qui est la loi est laissé aux particuliers qui perdent leur fortune pour obtenir une interprétation des juges. D&#039;autre part, ce système consistante recouvrir des réseaux de districts par d&#039;autres réseaux est tout à fait conforme à la méthode d&#039;après laquelle le lecteur de la loi de 1872 sur l&#039;hygiène publique, qui désire savoir à quelles obligations il est soumis, est renvoyé à vingt-six lois précédentes de différentes catégories et faites à des dates très diverses&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;&#039;&#039;Statistics of Legislation&#039;&#039;&amp;quot;, par F. H. Janson Esq. F.L.S., vice-président de la société de Législation.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous pouvons en dire autant de l&#039;inertie administrative. Continuellement il se présente des cas qui démontrent la résistance du fonctionnarisme au progrès : tel est celui de l&#039;Amirauté qui, lorsqu&#039;on lui proposa l&#039;emploi du télégraphe électrique, répondit : &amp;quot;nous avons un très bon système de sémaphores&amp;quot;, ou celui de l&#039;administration des Postes qui, comme le défunt sir Charles Siemens l&#039;a dit, il y a bien des années, a mis des obstacles à l&#039;emploi des méthodes perfectionnées de télégraphie, et a entravé depuis l&#039;usage du téléphone. D&#039;autres cas analogues à celui des habitations ouvrières montrent de temps en temps comment l&#039;État augmente d&#039;une main les maux qu&#039;il cherche à diminuer de l&#039;autre ; par exemple il met un droit sur les assurances contre l&#039;incendie et établit des règlements qui doivent faciliter l&#039;extinction des incendies, ou il prescrit certains modes de construction qui, comme le capitaine Shaw le prouve, produisent un surcroît de dangers&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Fire Surveys, or a Summary of the Principles to be observed in estimating the risk of Buildings&#039;&#039;.&amp;lt;/ref&amp;gt;. D&#039;autre part, les absurdités de la routine officielle, qui se montre rigide là où elle ne le devrait pas et fait preuve de mollesse là où elle devrait se montrer rigide, sautent quelquefois si fortement aux yeux qu&#039;elles deviennent scandaleuses. Ainsi nous voyons un document officiel secret de grande importance rendu public, après qu&#039;il eut été mis entre les mains d&#039;un copiste mal payé qui n&#039;était pas même employé permanent du gouvernement ; ou bien on cache, à nos officiers supérieurs d&#039;artillerie la méthode de faire de la fonte Morsom et ils l&#039;apprennent des Russes auxquels on avait permis d&#039;en prendre connaissance ; ou bien un diagramme, montrant les distances auxquelles les cuirassés anglais et étrangers peuvent être perforés par nos grands canons, est communiqué par un &#039;&#039;attaché&#039;&#039; hardi à son propre gouvernement, et connu ensuite &amp;quot;par tous les gouvernements de l&#039;Europe&amp;quot;, tandis que nos propres officiers ignorent le fait&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;V. Le &#039;&#039;Times&#039;&#039;, 6 octobre 1874, où l&#039;on cite d&#039;autres exemples.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n&#039;en est pas autrement de la surveillance administrative. Il a été démontré que le contrôle de l&#039;argent était superflu, tandis qu&#039;il portait préjudice au commerce de l&#039;argenterie&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;The State in its Relation to Trade&#039;&#039;, pas Sir Thomas Ferrer, p. 147.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; dans certains cas il a diminué la qualité en établissant un titre qu&#039;il est inutile de dépasser. Examinez aussi le cas du marché au beurre de Cork où il est désavantageux d&#039;apporter des qualités supérieures, puisqu&#039;elles ne peuvent profiter de leur réputation&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Ibid&#039;&#039;. p. 149.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou bien celui de la fumigation du hareng (à présent facultative). Ici la réglementation a eu pour effet de mettre les nombreux saleurs inférieurs, qui atteignent juste le niveau de l&#039;approbation officielle, de pair avec las quelques saleurs meilleurs qui dépassent ce niveau, et de décourager ainsi les derniers. Mais on ne profite pas de pareilles leçons. Même dans les cas où l&#039;insuccès de la surveillance saute le plus aux yeux, il passe inaperçu ; comme le prouve la terrible catastrophe dans laquelle le pont sur la Tay s&#039;effondra et un train rempli de monde fut englouti par les flots. De tous côtés s&#039;élevèrent des cris contre l&#039;ingénieur, l&#039;entrepreneur, etc. ; mais on ne parla pas ou on parla peu du fonctionnaire qui avait donné au pont l&#039;approbation officielle. Il en est de même des mesures préventives contre les maladies. On ne réfléchit pas que, sous la direction et par suite des prescriptions des agents de l&#039;État, il se produit de grandes calamités ; par exemple, lorsque quatre vingt-sept femmes et enfants de soldats périssent dans le vaisseau Accrington ; ou quand la fièvre typhoïde et la diphtérie sont propagées par un système de drainage officiel, comme à Edimburg&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Hansard, vol-civii, p. 718, et vol-civii, p. 4464.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou quand des mesures sanitaires, ordonnées par l&#039;Etat et toujours mal appliquées, augmentent les maux qu&#039;elles ont pour but de diminuer&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Lettre d&#039;un médecin d&#039;Edimbourg, confirmant d&#039;autres témoignages. J&#039;en avais cité un relatif à Windsor où, comme à Edimbourg, il n&#039;y avait aucun cas de fièvre typhoïde dans les parties non drainées et où elle fut très pernicieuse dans les parties drainées. - &#039;&#039;Study of Sociology&#039;&#039;, chap. 1, Notes.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des masses de preuves de ce genre n&#039;ébranlent pas la confiance avec laquelle on invoque l&#039;inspection sanitaire - on l&#039;invoque même plus que jamais ; - comme le démontre une suggestion récente d&#039;après laquelle toutes les écoles publiques devraient être placées sous la surveillance dit métlecins nommés par le gouvernement. Bien plus, même quand l&#039;État a été manifestement la cause du mal dont on se plaint, la foi dans son intervention bienfaisante n&#039;en est pas diminuée, comme nous le voyons par le fait qu&#039;ayant, il y a quelques trente ans, donné l&#039;autorisation ou plutôt intimé l&#039;ordre aux villes d&#039;établir des systèmes de drainage déversant les eaux des égouts dans les rivières, et ayant ainsi infecté les sources d&#039;eau, des cris s&#039;élevèrent contre la compagnies des eaux à cause de l&#039;impureté de ces dernières ; et ces cris continuèrent après que les villes eurent été forcées de transformer complètement, à des frais énormes, leur système de drainage. Et maintenant, comme seul remède, on demande que l&#039;État gère toute l&#039;affaire, par l&#039;intermédiaire de ses mandataires locaux. Les méfaits de l&#039;État deviennent, comme dans le cas des habitations industrielles, un motif pour le prier d&#039;en commettre davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vérité l&#039;adoration de la législature est sous un rapport moins excusable que celle du fétiche, à laquelle je l&#039;ai comparée tacitement. Le sauvage peut alléguer que son fétiche ne parle pas, qu&#039;il ne confesse pas son impuissance. Mais l&#039;homme civilisé persiste à attribuer à cette idole faite de ses propres mains des pouvoirs que d&#039;une façon eu d&#039;une autre elle reconnaît ne pas posséder. Je ne veux pas dire seulement que les débats nous révèlent tous les jours des mesures législatives qui ont causé du mal au lieu de faire du bien, ni que les milliers d&#039;actes législatifs, qui abrogent des actes précédents, sont autant d&#039;aveux tacites d&#039;insuccès. Je ne fais pas non plus allusion à ces confessions quasi-officielles, par exemple à celle contenue dans le rapport des commissaires de la loi des pauvres, lesquels s&#039;expriment ainsi : &amp;quot;D&#039;une part, nous trouvons à peine un seul statut touchant l&#039;administration de la bienfaisance publique qui ait produit l&#039;effet visé par la législature ; au contraire la plupart ont été l&#039;origine de maux nouveaux et ont aggravé ceux qu&#039;ils avaient pour but d&#039;empêcher&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;History of English Poor Law&#039;&#039;, t. II, p. 252, par Nicholl.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;quot; Je fais plutôt allusion à certaines confessions d&#039;hommes d&#039;État et d&#039;administrations publiques. Par exemple, dans un mémoire adressé à M. Gladstone, et adopté par un meeting de personnages très influents, tenu sous la présidence du défunt Lord Lyttelton, je lis :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Nous, soussignés, membres de la Chambre des lords et de la Chambre des communes, et habitants de la capitale., reconnaissant pleinement la vérité et la gravité de votre assertion à la Chambre des communes en 1866 d&#039;après laquelle toutes nos dispositions législatives concernant les travaux publics sont lamentables, qu&#039;on y trouve à la fois de l&#039;indécision, de l&#039;incertitude, des dépenses exagérées, de l&#039;extravagance, de la lésinerie et tous les vices imaginables&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez le &#039;&#039;Times&#039;&#039;, 31 mars 1873.&amp;lt;/ref&amp;gt;, etc., etc.&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici encore un exemple fourni par une note récente du Conseil de commerce (novembre 1883) où il est dit que &amp;quot;depuis le comité des naufrages en 1836, il y a eu à. peine une session pendant laquelle il n&#039;ait été voté une loi ou il n&#039;ait été pris une mesure soit par la législature soit par le gouvernement pour empêcher les naufrages&amp;quot;, et que &amp;quot;la multiplicité des statuts, condensés en une seule loi en 1854, est devenue de nouveau un scandale et une source de reproches&amp;quot;, chaque mesure étant votée parce que les précédentes avaient échoué. Puis vient immédiatement cet aveu que &amp;quot;depuis 1876 les pertes en hommes et en vaisseaux ont été plus fortes qu&#039;elles ne l&#039;avaient jamais été auparavant.&amp;quot; En attendant les frais d&#039;administration ont monté de 17 000 livres à 73 000 livres par an.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On est surpris de voir avec quelle force certains moyens artificiels, employés de certaines manières, agissent sur l&#039;imagination en dépit de la raison. L&#039;histoire entière prouve la vérité de cette assertion, depuis le tatouage par lequel le sauvage cherche à effrayer son adversaire, jusqu&#039;aux cérémonies religieuses, aux processions royales, à la longue robe du président et à la baguette d&#039;un huissier revêtu du costume officiel. Je me rappelle un enfant qui pouvait regarder avec assez de calme un horrible masque quand son père le tenait à la main, mais qui poussait des cris quand son père s&#039;en recouvrait le visage. Un changement analogue s&#039;opère dans les sentiments des corps électoraux, quand leurs élus passent des bourgs et des comtés au parlement. Aussi longtemps qu&#039;ils sont candidats, ils sont exposés aux railleries, aux satires, aux &#039;&#039;ergoteries&#039;&#039; de l&#039;un ou de l&#039;autre parti, et traités à tout égard avec beaucoup d&#039;irrévérence ; mais aussitôt qu&#039;ils sont assemblés à Westminster, ceux qui ont été injuriés, vilipendés, accusés d&#039;ignorance et de folie par les journalistes et par les orateurs publics, inspirent une confiance sans borne. A en juger par les pétitions qui leur sont adressées, il n&#039;y a rien au-dessus de leur sagesse et de leur puissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A toutes ces observations on répondra sans doute : on ne peut trouver rien de meilleur que le gouvernement par la &amp;quot;sagesse collective&amp;quot; ; les élus de la nation, choisissant parmi eux un petit nombre d&#039;hommes d&#039;État, appliquent toute leur intelligence, éclairée par toute la science moderne, aux questions débattues en leur récence. &amp;quot;Que voudriez-vous de plus&amp;amp;nbsp;?&amp;quot; demanderont la plupart des lecteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je répondrai que cette science moderne qui a servi, dit-on, à nos législateurs à se préparer à bien remplir leurs devoirs, est une science dont la plus grande partie leur est évidemment inutile, et qu&#039;ils sont dignes de blâme pour ne pas voir quelle science leur serait utile. Si beaucoup d&#039;entre eux sont des philologues distingués, ils n&#039;en sont pas meilleurs juges des questions à l&#039;ordre du jour, et les littératures, dont l&#039;accès leur est ouvert par leurs connaissances philologiques, ne leur serait pas d&#039;un grand recours. Les expériences et les spéculations politiques, fondées sur l&#039;histoire des petites sociétés anciennes et sur les livres de philosophes qui prétendent que la guerre est l&#039;état normal, que l&#039;esclavage est à la fois nécessaire et juste, et que les femmes doivent être maintenues sous une tutelle perpétuelle, ne leur serviront guère à apprécier quel effet produiront des actes législatifs dans les grandes nations du type moderne. Ils peuvent méditer sur les actions de tous les grands hommes qui, d&#039;après la théorie de Carlyle, donnent à la société sa forme, et ils peuvent passer des années à lire les détails sur les conflits internationaux, les trahisons, les intrigues, les traités qui remplissent les ouvrages historiques, sans mieux comprendre les origines et les causes des structures et des actions sociales et la manière dont la loi les affecte. Les connaissances acquises dans les usines, à la Bourse, ou dans les prétoires des tribunaux n&#039;aident guère non plus à la préparation indispensable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui est réellement nécessaire, c&#039;est une étude systématique de l&#039;enchaînement naturel entre la cause et l&#039;effet, tel qu&#039;il se manifeste parmi les êtres humains réunis en société. Quoiqu&#039;une conscience distincte de cet enchaînement soit un des résultats derniers du progrès intellectuel - quoique le sauvage n&#039;ait aucune conception d&#039;une cause mécanique - quoique les Grecs mêmes eussent pensé que le vol d&#039;un javelot était dirigé par un dieu - quoiqu&#039;on ait assigné aux épidémies, presque jusqu&#039;à notre époque, une origine surnaturelle - et quoique parmi les phénomènes sociaux, le plus complexe de tous, la relation entre la cause et l&#039;effet, soit probablement celui qui sera le plus longtemps méconnu, cependant, de nos jours, l&#039;existence de cette relation est devenue assez évidente pour imposer aux esprits de tous ceux qui pensent la conclusion qu&#039;avant de se mêler d&#039;intervenir dans cette relation il faut l&#039;étudier avec soin. Les simples faits généralement connus à présent, à savoir qu&#039;il y a une connexion entre le nombre des naissances, des décès, des mariages et le prix du blé, que dans la même société, pendant la même génération, la proportion entre les crimes et la population varie dans des limites étroites, devraient suffire pour faire voir à tout le monde que les désirs humains, guidés par l&#039;intelligence qui leur est connexe, agissent d&#039;une manière approximativement uniforme. On devrait en conclure que, parmi les causes sociales, celles nées de la législation, opérant pareillement avec une régularité moyenne, doivent changer non seulement les actions des hommes mais encore leur nature, et cela, autrement qu&#039;on l&#039;avait prévu. On devrait reconnaître le fait que, dans la société plus que partout ailleurs, les causes sont fécondes en effets, et on devrait voir que les conséquences lointaines et indirectes ne sont pas moins inévitables que les conséquences prochaines. Je ne prétends pas qu&#039;on nie ces assertions et ces conclusions. Mais il y a croyances et croyances ; quelques-unes sont professées nominalement, d&#039;autres influencent notre conduite à un faible degré, d&#039;autres enfin exercent sur elles une influence irrésistible dans toutes les circonstances ; et malheureusement les croyances des législateurs touchant l&#039;enchaînement des causes et des effets dans les questions sociales appartiennent à la première catégorie. Voyons quelques-unes des vérités qu&#039;ils admettent tous et dont quelques-uns à peine tiennent sérieusement compte en légiférant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est incontestable que tout être humain est modifiables jusqu&#039;à un certain degré, au point de vue physique aussi bien qu&#039;au point de vue intellectuel. Toutes les méthodes d&#039;éducation, tous les exercices, depuis ceux du mathématicien jusqu&#039;à ceux du lutteur de profession, toutes les récompenses accordées à la vertu, toutes les punitions infligées au vice, impliquent la croyance, exprimée dans différents proverbes, que l&#039;usages ou la cessation d&#039;usage d&#039;une faculté, physique ou mentale, est suivi d&#039;un changement dans l&#039;adaptation, perte ou gain de force, selon le cas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a le fait, également reconnu partout dans ses grandes manifestations, que les modifications de la nature, produites d&#039;une façon ou d&#039;une autre, sont héréditaires. Personne ne nie que, par l&#039;accumulation de faibles changements, pendant des générations successives, la constitution ne s&#039;adaptas aux conditions ; de sorte qu&#039;un climat, funeste à d&#039;autres races, ne cause aucun mal à la race qui s&#039;y est adaptée. Personne ne nie que les peuples de même souche, qui se sont répandus dans des habitats différents et ont mené chacun une existence différente, n&#039;aient acquis dans le cours des temps des aptitudes et des tendances différentes. Personne ne nie que dans des conditions nouvelles de nouveaux caractères nationaux ne se forment, même à l&#039;heure actuelle ; témoins, les Américains. Et si personne ne nie un processus d&#039;adaptation continuant partout et toujours, la conclusion évidente est que des modifications dans l&#039;adaptation accompagnent nécessairement chaque changement dans les conditions sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce qui a été dit on peut ajouter pour corollaire que toute loi contribuant à altérer le mode d&#039;action des hommes - soit en leur imposant de nouvelles contraintes ou restrictions, soit en leur procurant de nouveaux secours - les affecte de telle façon que leur nature s&#039;y adapte avec le temps. Au delà de tout effet immédiat, il y a l&#039;effet éloigné, tout à fait ignoré du plus grand nombre, une réformation du caractère moyen : une réformation qui peut être désirable ou non, mais qui, en tout cas, est le résultat le plus important à considérer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres vérités générales, que le citoyen et encore davantage le législateur devraient méditer jusqu&#039;à ce qu&#039;ils se les soient complètement assimilées, nous sont révélées quand nous nous demandons comment les activités sociales sont produites, et quand nous sommes convaincus de l&#039;évidence de la réponse qu&#039;elles sont le résultat collectif des désirs des individus qui cherchent à les satisfaire chacun de son côté et qui suivent ordinairement la voie leur paraissant la plus facile d&#039;après leurs habitudes et leurs pensées préexistantes, c&#039;est-à-dire les lignes de moindre résistance : les vérités de l&#039;économie politique en sont simplement les corollaires. Il n&#039;est pas besoin de démontrer que les structures sociales et les actions sociales sont nécessairement d&#039;une manière ou d&#039;une autre le produit des émotions humaines guidées par des idées, soit celles des ancêtres soit celles des hommes vivants. La conséquence forcée est que l&#039;interprétation des phénomènes sociaux se trouve dans la coopération de ces facteurs de génération en génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une telle interprétation conduit bien vite à la conclusion que, parmi les résultats collectifs des désirs humains cherchant satisfaction, ceux qui ont excité les activités particulières et les coopérations spontanées ont contribué bien plus au développement social que ceux qui ont poussé à l&#039;action par suite de l&#039;intervention gouvernementale. Si des moissons abondantes couvrent maintenant les champs où on ne pouvait recueillir autrefois que des baies sauvages, nous en sommes redevables à la poursuite de satisfactions individuelles pendant de nombreuses générations. Si des maisons confortables ont remplacé les huttes, c&#039;est que les hommes ont désiré augmenter leur bien-être ; les villes aussi doivent leur existence à des impulsions de ce genre. L&#039;organisation commerciale, maintenant si vaste et si complexe, a commencé lors des réunions qui avaient lieu à l&#039;occasion des fêtes religieuses et est entièrement due aux efforts des hommes pour arriver à leurs fins particulières. Les gouvernements ont continuellement contrecarré et troublé ce développement et n&#039;y ont jamais aidé en aucune façon, si ce n&#039;est en remplissant en partie les fonctions qui lui sont propres et en maintenant l&#039;ordre public. Il en est de même des progrès des sciences et de leurs applications, qui ont rendu possibles les changements de structure et l&#039;augmentation des activités sociales. Ce n&#039;est pas à l&#039;État que nous devons cette foule d&#039;inventions utiles depuis la bêche jusqu&#039;au téléphone ; ce n&#039;est pas l&#039;État qui a fait les découvertes en physique, en chimie et les autres qui guident les manufacturiers modernes ; ce n&#039;est pas l&#039;État qui a imaginé ces mécanismes qui servent à fabriquer des objets de toute espèce, à transporter hommes et choses d&#039;un endroit à l&#039;autre, et contribuent de mille manières à notre confort. Ces transactions commerciales qui s&#039;étendent au monde entier, ce trafic qui remplit nos rues, ce commerce de détail qui met toutes choses à notre portée et distribue à nos portes les objets nécessaires à la vie quotidienne, n&#039;ont pas une origine gouvernementale. Ce sont les résultats de l&#039;activité spontanée des citoyens, isolés ou en groupe. Bien plus, les gouvernements doivent à ces activités spontanées les moyens mêmes d&#039;accomplir leurs devoirs. Enlevez au mécanisme politique tous ces secours que les sciences et les arts lui ont fournis, laissez l&#039;Etat avec les seules ressources que les fonctionnaires ont inventées, et la marche du gouvernement serait aussitôt arrêtée. Le langage même qui lui sert à enregistrer ses lois et à communiquer ses ordres à ses agents, est un instrument qui n&#039;est nullement dû au législateur ; il a été créé, sans qu&#039;on y prit garde, dans les relations des hommes poursuivant leurs satisfactions personnelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre vérité qui se rattache à la précédente, c&#039;est que les différentes parties de cette organisation sociale formée spontanément se relient entre elles de telle façon que vous ne pouvez pas agir sur l&#039;une sans agir plus ou moins sur toutes. Cela se voit nettement quand une disette de coton paralyse d&#039;abord certains districts manufacturiers, influe ensuite sur les actes des négociants en gros et des détaillants du royaume entier, ainsi que sur leurs clients, et affecte dans la suite les fabricants, les marchands et les acheteurs d&#039;autres articles, en laine, en toile, etc. Nous le voyons aussi quand une hausse du prix de la houille influe partout sur la vie domestique, crée des entraves au plus grand nombre de nos industries, élève le prix des produits fabriqués, restreint la consommation de ces objets et change les habitudes des consommateurs. Ce que nous apercevons clairement dans les cas cités arrive dans les autres cas d&#039;une façon perceptible ou imperceptible. Évidemment les actes législatifs sont au nombre des facteurs qui, en dehors de leur influence directe, produisent des effets incommensurables et très divers. Un professeur éminent, à qui ses études donnent une très grande compétence dans ces questions, a fait en ma présence l&#039;observation suivante : &amp;quot;Quand une fois vous avez commencé à intervenir dans l&#039;ordre de la nature, il est impossible de savoir quel sera le résultat final.&amp;quot; Si cette observation est vraie dans l&#039;ordre de la nature sous-humain auquel il faisait allusion, elle l&#039;est encore davantage dans l&#039;ordre de la nature existant dans les organisations sociales créées par des êtres humains réunis en société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant, pour appuyer la conclusion d&#039;après laquelle le législateur devrait apporter dans l&#039;exercice de son mandat une vive conscience de ces vérités évidentes et d&#039;autres du même genre touchant la société humaine dont il a l&#039;intention de s&#039;occuper, je me permettrai de présenter plus en détail une de ces vérités dont je n&#039;ai pas encore parlé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour qu&#039;une espèce supérieure quelconque se continue, il faut qu&#039;elle se conforme à deux principes radicalement opposés. Ses membres doivent être traités d&#039;une façon contraire dans leur enfance et à l&#039;âge adulte. Nous les considérerons dans ces deux états.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un des faits les plus familiers est que les animaux du type supérieur, relativement plus lents à atteindre leur maturité, peuvent, après l&#039;avoir atteinte, donner à leurs petits plus de secours que les animaux du type inférieur. Les adultes nourrissent leurs petits pendant une période plus ou moins longue, pendant que les petits sont encore incapables de pourvoir à leur subsistance ; et il est évident que la permanence de l&#039;espèce peut seulement être assurée si les soins des parents se conforment aux besoins résultant de l&#039;imperfection. Il est inutile de prouver que le traîne-buisson aveugle et sans plumes ou le jeune chien, même quand il peut voir, périraient immédiatement s&#039;ils étaient obligés de se procurer de la chaleur et de pourvoir à leur propre subsistance. Le dévouement des parente doit être d&#039;autant plus grand que les petits sont inutiles à eux-mêmes et aux autres, et il peut diminuer à mesure qu&#039;en se développant ces derniers peuvent s&#039;aider d&#039;abord eux-mêmes et peu à peu aider les autres. C&#039;est assez dire que pendant le jeune âge, les bienfaits reçus doivent être en raison inverse de la force ou de l&#039;adresse de celui qui les reçoit. Il est clair que, si dans la première partie de la vie les bienfaits étaient proportionnés au mérite ou les récompenses aux services, l&#039;espèce disparaîtrait dans l&#039;espace d&#039;une génération. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce &#039;&#039;régime&#039;&#039; du groupe familial, passons au &#039;&#039;régime&#039;&#039; de ce groupe plus étendu formé par les membres adultes de l&#039;espèce. Demandez ce qui arrive quand le nouvel individu, après avoir acquis l&#039;usage complet de ses forces et cessant de recevoir les secours de ses parents, est abandonné à lui-même ; ici entre en jeu un principe qui est juste le contraire de celui décrit plus haut. Pendant tout le reste de sa vie, chaque adulte obtient des bienfaits en proportion de son mérite, des récompenses en proportion de ses services : par mérite et par services nous entendons dans les deux cas la capacité de pourvoir aux nécessités de la vie, de se procurer de la nourriture, de s&#039;assurer un abri, d&#039;échapper aux ennemis. En concurrence avec les membres de sa propre espèce, en lutte avec les membres d&#039;autres espèces, l&#039;individu dépérit et meurt, ou bien prospère et se multiplie, selon qu&#039;il est bien ou mal doué. Évidemment un &#039;&#039;régime contraire&#039;&#039;, s&#039;il pouvait être maintenu, serait, avec le temps, fatal à l&#039;espèce. Si les bienfaits reçus par chaque individu étaient proportionnés à son infériorité, si, par conséquent, la multiplication des individus inférieurs était favorisée et la multiplication des individus supérieurs entravée, il en résulterait une dégénérescence progressive ; et bientôt l&#039;espèce dégénérée ne pourrait plus subsister en présence de l&#039;espèce qui est en lutte et de l&#039;espèce qui est en concurrence avec elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand fait à noter ici, c&#039;est que les procédés de la nature dans l&#039;intérieur du groupe familial et en dehors de ce groupe, sont diamétralement opposés l&#039;un à l&#039;autre, et que l&#039;interversion de l&#039;ordre de ces procédés serait fatale à l&#039;espèce soit immédiatement, soit dans l&#039;avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il un homme qui pense que cette vérité n&#039;est pas applicable à l&#039;espèce humaine ? Il ne peut pas contester que, dans la famille humaine, comme dans toutes les familles inférieures, on s&#039;expose à des conséquences funestes si l&#039;on proportionne les bienfaits aux mérites. Peut-il soutenir qu&#039;en dehors de la famille, parmi les adultes, on ne devrait pas proportionner les bienfaits aux mérites ? Voudra-t-il prétendre qu&#039;il n&#039;en résultera aucun mal si les individus peu doués sont mis dans la possibilité de prospérer et de se multiplier autant ou plus que les individus bien doués. Une société humaine, étant ou bien en lutte ou bien en concurrence avec d&#039;autres sociétés, peut être considérée comme une espèce, ou plutôt comme une variété d&#039;espèce ; et on peut affirmer que, pareillement aux autres sociétés ou variétés, elle sera incapable de rester debout dans la lutte avec d&#039;autres sociétés, si elle avantage ses unités inférieures aux dépens de ses unités supérieures. Certainement personne ne peut manquer de voir que, si l&#039;on adoptait et si l&#039;on appliquait complètement le principe de la vie familiale dans la vie sociale, si les récompenses étaient toujours d&#039;autant plus grandes que les services étaient médiocres, il en résulterait bientôt des conséquences funestes à la société ; et s&#039;il en est ainsi, même une introduction partielle du &#039;&#039;régime&#039;&#039; de la famille dans le &#039;&#039;régime&#039;&#039; de l&#039;Etat, doit amener insensiblement des conséquences analogues. La société, prise dans sa totalité ne peut, sans s&#039;exposer à un désastre immédiat ou futur, intervenir dans l&#039;action de ces deux principes opposés dont l&#039;application a rendu toutes les sociétés aptes à atteindre leur mode de vie actuel et à se maintenir dans leur état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis à dessein la société prise dans sa totalité, car je n&#039;ai pas l&#039;intention de supprimer ou de condamner les secours accordés aux hommes mal doués par les hommes bien doués en leur qualité d&#039;individus. Bien que ces secours produisent du mal s&#039;ils sont distribués à tort et à travers, de façon à mettre les hommes mal doués dans la possibilité de se multiplier, cependant, en l&#039;absence de secours accordés par la société, l&#039;assistance individuelle, invoquée plus souvent qu&#039;elle ne l&#039;est à présent, et associée à un sentiment plus fort de la responsabilité, serait, en général, accordée dans le but d&#039;aider plutôt les malheureux dignes de commisération que ceux qui sont indignes de nature : de cette bienfaisance la société retirerait d&#039;ailleurs les avantages résultant du développement des sentiments sympathiques. Mais tout cela n&#039;empêche pas de soutenir qu&#039;il faut maintenir la distinction radicale entre la morale de la famille et la morale de l&#039;État et que, si la générosité doit être le principe essentiel de l&#039;une, la justice doit être le principe essentiel de l&#039;autre. Il ne faut pas altérer ces rapports normaux entre les citoyens d&#039;après lesquels chacun reçoit en retour de son travail, habile ou grossier, physique ou mental, le salaire déterminé par la demande ; un tel salaire, donc, qui lui permette de prospérer et d&#039;élever des enfants en proportion des supériorités qui rendent son existence précieuse pour lui-même et pour les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cependant malgré l&#039;évidence de ces vérités, qui devrait frapper tous ceux qui laissent là leurs lexiques, leurs actes de procédure, leurs registres et contemplent cet ordre de choses au milieu duquel nous vivons et auquel il faut nous conformer, on continue de demander un gouvernement paternel. L&#039;introduction de la morale familiale dans la morale de l&#039;État, au lieu d&#039;être regardée comme nuisible à la société, est de plus en plus réclamée comme le seul moyen efficace d&#039;assurer le bien public. Cette illusion est maintenant arrivée à ce point qu&#039;elle vicie les croyances de ceux qu&#039;on pourrait en croire exempts plus que les autres. Dans l&#039;essai auquel le &#039;&#039;Golden-Club&#039;&#039; a accordé le prix en 1880, on trouve l&#039;assertion d&#039;après laquelle &amp;quot;la vérité du libre échange est obscurcie par les sophismes du laissez faire&amp;quot; ; et en nous dit que &amp;quot;il nous faut un gouvernement beaucoup plus paternel, cet épouvantail des anciens économistes&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;On the value of Political Economy to Mankind&#039;&#039;, par A. N. Cumming, p. 47, 48.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vérité que je viens d&#039;exposer étant d&#039;une importance vitale, puisque, selon qu&#039;on l&#039;accepte ou qu&#039;on la rejette, toutes nos opinions politiques changent, je prends la permission d&#039;y insister en citant certains passages d&#039;un ouvrage que j&#039;ai publié en 1851 ; je demande seulement au lecteur de ne pas me croire lié aux conclusions téléologiques qui y sont contenues. Après avoir décrit &amp;quot;cet état universel de guerre au milieu duquel vivent tous les êtres inférieurs&amp;quot; et avoir montré qu&#039;il en résulte une certaine somme de biens, j&#039;ai continué ainsi :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Remarquez en outre, que leurs ennemis carnivores font non seulement disparaître dans les troupeaux herbivores les individus qui ont dépassé la force de l&#039;âge, mais extirpent aussi ceux qui sont maladifs, mal conformés, et moins agiles ou moins vigoureux. Cette épuration jointe aux nombreux combats pendant la saison de l&#039;accouplement empêche la dégénération de la race qui résulterait de la multiplication des individus inférieurs, et assure le maintien d&#039;une constitution complètement adaptée au milieu environnant, par conséquent, la plus propre à produire le bien-être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Le développement des espèces supérieures est un progrès vers une forme d&#039;existence capable de procurer une félicité exempte de ces nécessités fâcheuses. C&#039;est dans la race humaine que cette félicité doit se réaliser. La civilisation est la dernière étape vers sa réalisation. Et l&#039;homme idéal, c&#039;est l&#039;homme vivant dans les conditions où elle est réalisée. En attendant, le bien-être de l&#039;humanité existante et le progrès vers la perfection finale sont assurés l&#039;un et l&#039;autre par cette discipline bienfaisante mais sévère, à laquelle toute la nature animée est assujettie : discipline impitoyable, loi inexorable qui mènent au bonheur mais qui ne fléchissent jamais pour éviter d&#039;infliger des souffrances partielles et temporaires. La pauvreté des incapables, la détresse des imprudents, le dénuement des paresseux, cet écrasement des faibles par les forts, qui laisse un si grand nombre &amp;quot;dans les bas-fonds et la misère&amp;quot; sont les décrets d&#039;une bienveillance immense et prévoyante.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Pour devenir propre à l&#039;état social, l&#039;homme n&#039;a pas seulement besoin de perdre sa nature sauvage, il faut encore qu&#039;il acquière les capacités indispensables dans la vie civilisée. Il l&#039;ait qu&#039;il développe la faculté de s&#039;appliquer, qu&#039;il modifie son intellect de façon à l&#039;approprier à ses nouvelles tâches, et surtout, il faut qu&#039;il possède l&#039;énergie capable de renoncer à une petite jouissance immédiate pour en obtenir une plus grande dans l&#039;avenir. L&#039;état de transition sera naturellement un état malheureux. La misère résulte inévitablement du désaccord entre la constitution et les conditions. Tous ces maux qui nous affligent, et qui semblent aux ignorants les conséquences évidentes de telle ou telle cause qu&#039;on peut écarter, accompagnent fatalement l&#039;adaptation en voie de s&#039;accomplir. L&#039;humanité est obligée de se soumettre aux nécessités inexorables de sa nouvelle position, il faut qu&#039;elle s&#039;y confirme et qu&#039;elle supporte de son mieux les maux qui en dérivent. Il &#039;&#039;faut&#039;&#039; que le processus sois subi, il &#039;&#039;faut&#039;&#039; que les souffrances soient endurées. Aucune puissance sur terre, aucune loi imaginée par des législateurs habiles, aucun projet destiné à rectifier les choses humaines, aucune panacée communiste, aucune réforme que les hommes aient jamais accomplie ou qu&#039;ils accompliront jamais, ne peuvent diminuer ces souffrances d&#039;un iota. On peut en augmenter l&#039;intensité et on l&#039;augmente ; et le philosophe; qui veut empêcher ce mal, trouvera toujours dans cette tâche d&#039;amples moyens de s&#039;exercer. Mais le changement entraîne à sa suite une quantité &#039;&#039;normale&#039;&#039; de souffrances qui ne peuvent être amoindries sans qu&#039;on altères les lois mêmes de la vie...&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Naturellement, si la rigueur de ce processus est mitigée par la sympathie spontanée des hommes les uns pour les autres, il n&#039;y a rien à redire : quoique cette sympathie produise certainement du mal quand elle se manifeste sans examen préalable des conséquences finales. Mais les inconvénients qui en résultent ne sont rien en comparaison du bien accompli. C&#039;est seulement quand elle pousse à des actes d&#039;iniquité, quand elle est la cause d&#039;une immixtion défendue par la loi de la liberté égale pour tous, quand, en procédant de la sorte, elle suspend dans une manifestation particulière de la vie la relation entre la constitution et les conditions, c&#039;est dans ces cas seulement qu&#039;elle produit uniquement du mal. Alors, cependant, elle déjoue elle-même ses desseins. Elle favorisera multiplication des hommes les moins propres à l&#039;existence, et empêche, par conséquent, la multiplication des hommes les plus propres à l&#039;existence, laissant moins de place pour ces derniers. Elle tend à remplir le monde de gens à qui la vie apportera le plus de souffrances et à en fermer l&#039;entrée à ceux à qui elle apportera le plus de plaisirs. Elle inflige une misère positive et empêche un bonheur positif.&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Social Statics&#039;&#039;, p. 322-325 et p. 380-381, édition de 1851.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que le tiers d&#039;un siècle se soit écoula depuis la publication de ces passages, je n&#039;ai aucun motif pour abandonner la position prise à ce moment-là. Au contraire, ce laps de temps a amené une foule de preuves qui fortifient cette position. Il a démontré que, si les individus capables survivent seuls, il en résulte des conséquences infiniment plus heureuses que celles indiquées plus haut. M. Darwin a prouvé que la &amp;quot;sélection naturelle&amp;quot; jointe à une tendance à la variation et à l&#039;hérédité des variations, était une des causes principales (mais non la seule cause, à ce que je crois) de cette évolution grâce à laquelle tous les êtres vivants, en commençant par les plus humbles ont atteint leur organisation actuelle et l&#039;adaptation à leur mode d&#039;existence. Cette vérité est devenue tellement familière que je dois m&#039;excuser de la citer. Et cependant, chose étrange à dire, maintenant que cette vérité est admise par la plupart des gens éclairés, maintenant qu&#039;ils sont pénétrés de l&#039;influence bienfaisante de la perpétuation des plus capables à tel point qu&#039;on devrait s&#039;attendre à las voir hésiter avant d&#039;en neutraliser les effets, maintenant plus qu&#039;à aucune époque antérieure de l&#039;histoire du monde, ils font tous leurs efforts pour favoriser la perpétuation des plus incapables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le postulat d&#039;après lequel les hommes sont des êtres raisonnables nous induit continuellement à tirer des conclusions qui sont extrêmement loin de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;L&#039;assertion d&#039;Emerson, d&#039;après laquelle la plupart des gens ne peuvent comprendre un principe que s&#039;il est éclairé par un fait, m&#039;engage à citer un fait capable de faire pénétrer le principe ci-dessus mentionné dans l&#039;esprit de ceux qu&#039;il ne frapperait pas sous sa forme abstraite. Il arrive rarement qu&#039;on puisse évaluer la somme des maux causés par les secours accordés aux gens vicieux et aux vauriens. Mais en Amérique, à une réunion de l&#039;Association des secours des États, tenue le 18 décembre 1874, un exemple saisissant a été fourni avec détails à l&#039;appui par le Dr Harris. Il l&#039;avait trouvé dans un comté de l&#039;Hudson supérieur, remarquable par la proportion entre le nombre des criminels et des indigents et le chiffre de la population. Il y a de longues années vivait une certaine fille, enfant du hasard, et. connue sous la nom de Marguerite ; elle fut la mère prolifique d&#039;une race prolifique. Outre un grand nombre d&#039;idiots, d&#039;imbéciles, d&#039;ivrognes, de lunatiques, d&#039;indigents et de prostituées, &amp;quot;le registre du comté contient les noms de deux cents de ses descendants qui furent des criminels&amp;quot;. Etait-ce la bonté ou la cruauté qui a mis ces gens, une génération après l&#039;autre, dans la possibilité de se multiplier et de devenir un fléau de plus en plus grand pour la société au milieu de laquelle ils vivaient ? (Voir pour les détails : &#039;&#039;The Jukes : a Study in Crime, Pauperism, Disease&#039;&#039; &#039;&#039;and Heredity&#039;&#039;, par R. L. Dugdale, New-York : Putnams).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &amp;quot;Oui, vraiment ; votre principe est tiré de la vie des brutes, et est un principe brutal. Vous ne me persuaderez pas que les hommes doivent vivre sous la discipline à laquelle les animaux sont assujettis. Je ne me soucie pas de vos arguments tirés de l&#039;histoire naturelle. Ma conscience me dit que les faibles et les malheureux doivent être secourus ; et, si les égoïstes ne veulent pas les secourir, il faut les y forcer par la loi. Ne me dites pas que le lait de la bonté humaine doit. être réservé aux relations entre individus, et que les gouvernements doivent seulement être les administrateurs d&#039;une justice rigoureuse. Tout homme doué de quelque sympathie doit sentir qu&#039;il faut empêcher la faim, la souffrance et la malpropreté, et si les institutions privées ne suffisent pas à la tâche, il faut que le gouvernement intervienne.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le genre de réponse que me feront neuf personnes sur dix. Chez quelques-uns elle est sans doute dictée par une sympathie tellement vive qu&#039;ils ne peuvent pas contempler la misère humaine sans une impatience qui les rend incapables de penser aux conséquences lointaines. Quant à la sensibilité des autres, nous pouvons être un peu sceptiques. Des personnes qui, tantôt dans un cas, tantôt dans un autre, s&#039;irritent de voir que le gouvernement, pour maintenir nos prétendus &amp;quot;intérêts&amp;quot; nationaux ou notre &amp;quot;prestige&amp;quot; national, n&#039;envoie pas promptement au loin quelques milliers d&#039;hommes dont une partie périra, tandis qu&#039;ils feront périr d&#039;autres milliers d&#039;hommes dont nous suspectons les intentions ou dont les institutions paraissent nous offrir quelque danger, ou dont le territoire est convoité par nos colons, de telles personnes, dis-je, ne peuvent, après tout, être animées de sentiments tellement tendres que la vue des souffrances du pauvre leur soit bien intolérable. Il ne faut pas non plus admirer les sympathies professées par des gens réclamant une politique qui détruit des sociétés en voie de progrès, et qui contemplent ensuite avec une cynique indifférence la confusion lamentable laissée derrière avec le cortège de misères et de morts qu&#039;elle entraîne à sa suite. Ceux qui, à l&#039;époque où les Boërs, défendant leur indépendance nous résistaient avec succès, étaient en colère parce qu&#039;on ne voulait pas soutenir &amp;quot;l&#039;honneur&amp;quot; britannique, en envoyant à la mort et en exposant à la misère un plus grand nombre de nos soldats et de leurs adversaires, ne peuvent pas être &amp;quot;des humanitaires aussi enthousiastes&amp;quot; que les protestations du genre de celles mentionnées plus haut voudraient nous le faire supposer. En vérité cette sensibilité dont ils font parade et qui ne leur permet pas d&#039;être témoins des souffrances causées par &amp;quot;le combat pour la vie&amp;quot; qui se livre sans bruit autour d&#039;eux, semble s&#039;associer en eux à une insensibilité qui non seulement tolère les combats proprement dits, mais qui trouve encore plaisir à les contempler, comme on le voit par la vente des journaux. illustrés qui contiennent des scènes de carnage et par l&#039;avidité avec laquelle on lit les récits détaillés des luttes sanglantes. On ne peut nous reprocher de douter de la sincérité de personnes qui prétendent frémir à la pensée des souffrances endurées principalement par les gens paresseux et imprudents et qui néanmoins ont demandé trente et une éditions des &#039;&#039;Cinq bataillent décisives du monde&#039;&#039;, pour pouvoir se délecter aux récits de massacres. Ce qui étonne encore davantage, c&#039;est le contraste entre la sensibilité apparente et la dureté réelle de ceux qui voudraient renverser le cours naturel des choses afin de soulager des misères immédiates même au prix des plus grandes misères futures. Car dans d&#039;autres occasions vous entendrez ces mêmes personnes soutenir, sans aucun égard pour la vie de leurs semblables, que, dans l&#039;intérêt de l&#039;humanité en général, il faut exterminer les races inférieures et les remplacer par les races supérieures. Ainsi, chose étonnante, on ne peut songer avec calme aux maux qui accompagnent la lutte pour l&#039;existence, se continuant sans violence et parmi les membres d&#039;une même société, et on peut contempler avec sérénité ces mêmes maux, sous leur forme la plus terrible, quand ils sont infligés par le fer et le feu à des communautés entières. Il me semble donc qu&#039;on ne mérite pas beaucoup de respect pour affecter cette générosité à l&#039;égard des inférieurs à l&#039;intérieur, quand on est prêt à sacrifier sans scrupule les inférieurs à l&#039;extérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cet intérêt excessif, porté à ceux de notre race et accompagné d&#039;une complète indifférence à l&#039;égard de ceux d&#039;une autre race, semble encore moins respectable quand nous observons comment il se manifeste. S&#039;il poussait à des efforts personnels pour soulager les malheureux, en l&#039;approuverait à juste titre. Si le grand nombre de ceux qui font montre de cette compassion à bon marché ressemblait au petit nombre de ceux qui, sans relâche, une semaine après l&#039;autre, une année après l&#039;autre, consacrent une grande partie de leur temps à secourir, encourager et quelquefois amuser leurs semblables réduits à la misère par des infortunes, par leur incapacité ou leur mauvaise conduite, nous leur vouerions une admiration sans restriction. Plus il y a d&#039;hommes et de femmes qui aident les pauvres à s&#039;aider eux-mêmes, qui témoignent leur sollicitude directement et non par mandataires, plus nous pouvons nous en réjouir. Mais la plupart des personnes qui désirent soulager au moyen de lois les misères des malheureux et des imprudents, proposent d&#039;accomplir cette œuvre, très peu à leurs propres frais, surtout aux frais des autres, quelquefois en demandant leur consentement mais le plus souvent sans le demander. Il y a encore plus ; ceux que l&#039;on veut ainsi forcer à tant faire pour les malheureux, bien des fois, ont autant ou plus besoin qu&#039;on fasse quelque chose pour eux. Les pauvres dignes d&#039;intérêt sont au nombre de ceux qu&#039;on accable de charges pour venir en aide aux pauvres indignes de tout intérêt. De même que sous l&#039;ancienne loi des pauvres le travailleur actif et prévoyant était obligé de payer afin que les vauriens ne souffrissent pas, jusqu&#039;à ce que fréquemment il succombât sous ce surcroît de charges et se réfugiât lui-même dans le &#039;&#039;workhouse&#039;&#039; ; de même, à présent, il est admis que les contributions locales dans les grandes villes montent à un chiffre tel &amp;quot;qu&#039;on ne peut le dépasser sans imposer de dures privations aux petits détaillants et aux artisans qui ont déjà assez de peine à se préserver de la tache du paupérisme&amp;amp;nbsp;&amp;lt;ref&amp;gt;M. Chamberlain, &#039;&#039;Fortnightly Review&#039;&#039;, décembre 1883, p. 772.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Semblablement la politique suivie en toute chose tend à augmenter les souffrances des personnes les plus dignes d&#039;intérêt afin de soulager celles des personnes qui ne méritent aucune pitié. Bref, des hommes tellement compatissants qu&#039;ils ne veulent pas admettre que le combat pour la vie inflige aux gens déméritants les souffrances résultant de leur incapacité ou de leur mauvaise conduite, sont assez insensibles pour rendre ce combat plus dur aux gens méritants et infliger à eux et à leurs enfants des maux artificiels outre les maux naturels qu&#039;ils ont à supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici nous sommes ramenés au sujet indiqué par notre titre, aux péchés des législateurs. Ici nous avons sous les yeux la plus commune des fautes commises par les gouvernants, une faute tellement commune et tellement sanctifiée par la coutume que personne ne la regarde comme une faute. Ici nous voyons que le gouvernement né, comme nous l&#039;avons dit au commencement, de l&#039;agression et engendré par l&#039;agression, continue toujours à trahir sa nature originelle par son caractère agressif ; même, lorsqu&#039;au premier abord il nous apparaît sous des dehors bienfaisants, il est en réalité très malfaisant, je veux dire, lorsqu&#039;il se montre bon au risque d&#039;être cruel. Car n&#039;est-ce pas une cruauté d&#039;augmenter les souffrances de la meilleure partie de l&#039;humanité pour que celles de la mauvaise partie soient diminuées ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est réellement curieux de voir avec quelle facilité nous nous laissons induire en erreur par des mots et des phrases qui expriment seulement un aspect des faits, tandis qu&#039;ils ne disent rien sur l&#039;autre aspect. Nous en avons une preuve frappante dans l&#039;emploi des mots &amp;quot;protection&amp;quot; et &amp;quot;protectionnistes&amp;quot; par les adversaires du libre-échange, et dans l&#039;admission tacite de la justesse de ces expressions par les libres-échangistes. Que la prétendue protection implique toujours une agression, et que le nom de protectionniste devrait être remplacé par celui d&#039;&#039;&#039;agressionniste&#039;&#039;, voilà une vérité que les uns ont habituellement ignorées, et que les autres ont habituellement manqué de relever. Il est cependant certain que si, pour maintenir les bénéfices de A, on défend à B d&#039;acheter à C, ou si on lui impose une amende sous forme de droits d&#039;entrée dans le cas où il achète à C, on commet une agression contre B afin qu&#039;A soit &amp;quot;protégé&amp;quot;. Bien plus, les &#039;&#039;protectionnistes&#039;&#039; méritent doublement le titre d&#039;&#039;&#039;agressionnistes&#039;&#039; puisque, pour procurer des bénéfices à un seul producteur, ils rançonnent dix consommateurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or la même confusion d&#039;idées, provenant de ce qu&#039;on regarde un seul côté de la question, se remarque dans toute la législation qui enlève de force la propriété de cet homme-ci pour accorder des bienfaits gratuits à cet homme-là. Habituellement, quand une des nombreuses mesures ayant ce caractère est discutée, la pensée dominante est qu&#039;il faut protéger le malheureux Jones contre un mal quelconque ; mais on ne songe nullement qu&#039;on fait du tort à Brown qui travaille dur et qui est souvent plus à plaindre. On extorque de l&#039;argent (soit directement, soit en haussant le prix des loyers) à la regrattière qui ne peut payer ses dépenses qu&#039;en s&#039;imposant de grandes privations, au maçon qui est sans ouvrage par suite d&#039;une grève, à l&#039;artisan dont les économies ont été englouties par une maladie, à la veuve qui lave et coud du matin au soir pour nourrir ses enfants orphelins ; et tout cela afin que l&#039;homme dissolu ne soufre pas de la faim, afin que les enfants de voisins moins pauvres aient des leçons à bon marché, et que différentes gens, la plupart plus à leur aise, puissent lire pour rien des journaux et des romans ! L&#039;emploi en ce cas d&#039;expressions fausses a eu des suites plus graves que lorsqu&#039;on appelle protectionniste celui qui devrait s&#039;appeler &#039;&#039;agressionniste&#039;&#039; ; car, comme nous venons de le voir, la protection des pauvres qui sont vicieux implique une agression contre les pauvres qui sont vertueux. Sans doute il est vrai que la plus grande partie de l&#039;argent extorqué vient de ceux qui sont relativement à leur aise. Mais cela n&#039;est pas une consolation pour ceux qui. sont dans la gêne et dont on extorque le reste. Bien plus, si on compare les charges supportées respectivement par chacune des deux classes, il devient évident que le cas est même pire qu&#039;il ne paraît de prime abord : en effet pour celui qui est à l&#039;aise, exaction signifie perte du superflu, pour celui qui est dans la gêne, exaction signifie perte du nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maintenant voyez la Némésis qui menace de venir à la suite de ce péché chronique des législateurs. Eux et leur classe, ainsi que tous les propriétaires, sont en danger de souffrir de l&#039;application radicale de ce principe général qui est affirmé en pratique par chacune de ces lois de confiscation votées par le parlement. Quelle est en réalité la supposition tacite dont toutes ces lois procèdent ? C&#039;est la supposition d&#039;après laquelle aucun homme n&#039;a de droit à sa propriété, pas même à celle qu&#039;il a acquise à la sueur de son front, si ce n&#039;est par permission de la communauté, et d&#039;après laquelle la communauté peut annuler le droit dans la mesure qu&#039;elle juge convenable. Il est impossible de justifier cette usurpation des biens de A au profit de B, si ce n&#039;est en s&#039;appuyant sur le postulat que la société dans sa totalité a un droit absolu sur les biens de chaque membre. A présent cette doctrine, qui a été admise tacitement, est proclamée ouvertement, M. George et ses amis, M. Hyndman et ses adhérents poussant la théorie à ses conséquences logiques. On leur a enseigné par des exemples, dont le nombre augmente chaque année, que l&#039;individu n&#039;a aucun droit que la communauté ne puisse équitablement fouler aux pieds, et ils disent maintenant : &amp;quot;La tâche sera difficile, mais nous dépasserons nos maîtres&amp;quot;, et nous foulerons aux pieds tous les droits individuels à la fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les différents méfaits des législateurs, dont nous parlons plus haut, s&#039;expliquent dans une certaine mesure, et méritent un blâme moins sévère, si nous remontons à leur source. Ils proviennent de l&#039;opinion erronée d&#039;après laquelle la société est un produit fabriqué, tandis qu&#039;elle est un développement. Ni l&#039;éducation des temps passés, ni celle de l&#039;époque actuelle n&#039;ont appris à un nombre considérable de gens à se faire une idée scientifique d&#039;une société, à se la représenter comme ayant une structure naturelle dans laquelle toutes les institutions, gouvernementales, religieuses, industrielles, commerciales, etc., etc., sont dans une dépendance réciproque l&#039;une de l&#039;autre, une structure qui, en un certain sens, est organique. Ou si une conception de ce genre existe nominalement, elle n&#039;est pas de nature à influencer la conduite. Au contraire, on se représente ordinairement la société comme une certaine quantité de pâte à laquelle la cuisinière peut donner la forme qu&#039;il lui plaît, celle d&#039;une croûte de pâté, d&#039;un chausson ou d&#039;une tartelette. Le communiste nous montre de façon à ne pouvoir s&#039;y méprendre que, d&#039;après son opinion, le corps politique peut être organisé à volonté de telle ou de telle manière ; et bien des mesures législatives impliquent que la société d&#039;hommes, à laquelle on a imposé telle ou telle organisation, conservera la forme qu&#039;on veut lui donner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vérité on pourrait croire qu&#039;indépendamment de la reconnaissance de cette erreur consistant à concevoir la société comme une masse plastique tandis qu&#039;elle est un corps organisé, des faits qui s&#039;imposent chaque heure à notre attention devraient nous rendre sceptiques à l&#039;endroit du succès de telle ou telle méthode par laquelle on veut changer les actions des hommes. L&#039;expérience domestique fournit au citoyen aussi bien qu&#039;au législateur des preuves journalières que la conduite des hommes trompe tous les calculs. Il a renoncé à la pensée de gouverner sa femme et se laisse gouverner par elle. De toutes les méthodes qu&#039;il a essayées dans l&#039;éducation de ses enfants, les réprimandes, les punitions, la persuasion, les récompenses, aucune ne réussit à sa satisfaction : aucune remontrance n&#039;empêche leur mère de les traiter d&#039;une façon qu&#039;il croit pernicieuse. Il en est de même de ses rapports avec ses domestiques ; qu&#039;il les gronde ou qu&#039;il raisonne avec eux, l&#039;effet produit est rarement de longue durée : le manque d&#039;attention, ou de ponctualité, ou de propreté, ou de sobriété, amène des changements constants. Cependant, malgré les difficultés qu&#039;il éprouve dans ses relations avec l&#039;humanité en détail, il a confiance dans son habileté à régler les affaires d&#039;hommes formant un corps de nation. Le législateur ne connaît pas la millième partie des citoyens ; il n&#039;en a pas vu la centième partie, il n&#039;a que de faibles notions des habitudes et du mode de penser des classes auxquelles appartient la grande masse, néanmoins il croit fermement que tous agiront de la façon qu&#039;il prévoit et tendront au but qu&#039;il désire voir s&#039;accomplir. N&#039;y a-t-il pas là un désaccord frappant entre les prémisses et la conclusion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces échecs dans la vie domestique, l&#039;amplitude, la variété, la complication de la vie sociale, telles qu&#039;elles apparaissent dans tous les journaux et si grandes que l&#039;imagination même s&#039;efforce en vain de les concevoir, auraient pu faire croire que les hommes hésiteraient longtemps avant d&#039;entreprendre de faire des lois. Cependant ici, plus que partout ailleurs, ils montrent une présomption surprenante. Nulle part il n&#039;existe un pareil contraste entre la difficulté de la tâche et le manque de préparation chez ceux qui l&#039;entreprennent. Certainement parmi les croyances monstrueuses une des plus monstrueuses est celle qu&#039;il faut un long apprentissage pour un simple métier, celui de cordonnier par exemple, et que la seule chose qui n&#039;exige pas d&#039;apprentissage, c&#039;est de faire des lois pour une nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour résumer les résultats de la discussion, ne sommes-nous pas fondés à dire que le législateur se trouve en présence de plusieurs secrets connus, et si bien connus qu&#039;ils ne devraient plus être des secrets pour celui qui se charge de la grande et terrible responsabilité de faire pour des millions et des millions d&#039;êtres humains des lois qui, si elles ne contribuent pas à leur bonheur, augmenteront leur misère et hâteront leur mort ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons tout d&#039;abord cette vérité incontestable, évidente et cependant absolument ignorée que tous les phénomènes présentés par une société ont leur origine dans les phénomènes de la vie humaine individuelle qui, à leur tour, ont leurs racines dans les phénomènes vitaux en général. Nous avons aussi la conclusion forcée que, à moins que les relations entre les phénomènes vitaux, physiques et .intellectuels, ne soient un chaos (supposition exclue par la continuation de la vie), les phénomènes qui en découlent ne peuvent être entièrement à l&#039;état de chaos : il faut donc qu&#039;il y ait une espèce d&#039;ordre dans les phénomènes résultant des précédents quand des êtres humains associés doivent coopérer. Évidemment donc, si un homme entreprend de réglementer la société, sans avoir étudié ces phénomènes consécutifs de l&#039;ordre social, il est assez certain de faire du mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second. lieu, si nous laissons de côté tout raisonnement &#039;&#039;a priori&#039;&#039;, cette conclusion devrait s&#039;imposer à l&#039;esprit du législateur par la comparaison des sociétés entre elles. Il devrait être manifeste qu&#039;avant de s&#039;immiscer dans les détails de l&#039;organisation sociale, il faudrait se demander si cette organisation a une histoire naturelle, et que, pour répondre à cette question, il serait bon d&#039;examiner, en commençant par les sociétés les plus simples, sous quels rapports les structures sociales se ressemblent. Une courte étude de la sociologie comparative nous montre une genèse réellement uniforme. L&#039;existence habituelle d&#039;un chef et l&#039;établissement de l&#039;autorité de ce chef par la guerre, l&#039;ascendant pris partout par le soi-disant médecin et le prêtre, la présence d&#039;un culte ayant en tous lieux les mêmes traits fondamentaux ; les traces de la division du travail, visibles de bonne heure et devenant de plus en plus nettes, et les différentes combinaisons politiques, ecclésiastiques, industrielles qui apparaissent à mesure que les groupes sont composés et recomposés par la guerre ; tous ces faits démontrent à quiconque les compare qu&#039;abstraction faite de leurs différences particulières les sociétés présentent des ressemblances générales dans leur mode de naître et de se développer. Elles offrent des caractères de structure prouvant que l&#039;organisation sociale a des lois plus fortes que les volontés individuelles, et que, faute de les étudier, on s&#039;expose à causer bien du mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En troisième lieu, enfin, il y a cette masse de renseignements instructifs contenus dans les recueils des lois de notre propre pays et des autres, et qui, évidemment, réclament encore davantage l&#039;attention. Ici et ailleurs, d&#039;innombrables essais, faits par des hommes d&#039;État, n&#039;ont pas produit le bien qu&#039;ils devaient produire et ont causé des maux auxquels on ne s&#039;attendait pas. Un siècle après l&#039;autre, de nouvelles mesures, semblables aux anciennes, et d&#039;autres mesures reposant sur le même principe, ont toujours désappointé les espérances et amené des désastres. Et cependant, ni les électeurs, ni ceux qu&#039;ils choisissent, ne pensent qu&#039;il soit besoin d&#039;une étude systématique de ces lois qui, dans les âges passés, rendaient continuellement le peuple malheureux, tandis qu&#039;elles avaient pour but de le rendre heureux. Certainement un homme ne peut être propre à remplir le mandat de législateur, s&#039;il n&#039;a pas une connaissance approfondie de ces expériences que le passé nous a léguées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Revenant donc à l&#039;analogie dont il a été question au commencement, nous sommes obligé de dire que le législateur est moralement irréprochable ou moralement blâmable, selon qu&#039;il a ou qu&#039;il n&#039;a pas étudié ces différentes classes de faits. Un médecin qui, après des années d&#039;études, a acquis une connaissance suffisante de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique, ne peut être poursuivi au criminel si un homme meurt pendant qu&#039;il le traite ; il s&#039;est préparé aussi bien qu&#039;il a pu et a agi de son mieux. De même le législateur, dont les mesures produisent du mal au lieu de faire du bien, malgré les études vastes et méthodiques qui éclairent son jugement, peut simplement être accusé d&#039;avoir commis une erreur de raisonnement. Au contraire, le législateur qui ne connaît pas ou qui connaît peu ces masses de faits qu&#039;il est de son devoir d&#039;examiner avant que son opinion sur une loi proposée puisse être de quelque valeur, et qui néanmoins aide à faire passer cette loi, ne peut pas plus être absous si celle-ci augmente la misère et la mortalité, que le garçon droguiste ne peut être absous si le remède, qu&#039;il prescrit par ignorance, cause la mort. &lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references/&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Herbert Spencer:Le nouveau torysme|Chapitre II - L&#039;esclavage du futur]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer:Les péchés des législateurs|Chapitre IV - La grande superstition politique]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:Post-scriptum&amp;diff=2770</id>
		<title>Herbert Spencer:Post-scriptum</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Herbert_Spencer:Post-scriptum&amp;diff=2770"/>
		<updated>2010-09-14T14:37:26Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page créée avec « {{Navigateur|CHAPITRE IV - La grande superstition politique|Herbert Spencer&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Herbert Spencer:Les péchés des législateurs|CHAPITRE IV - La grande superstition politique]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|[[Herbert Spencer]]|Post-scriptum}}&lt;br /&gt;
{{infobox LICE}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Ai-je l&#039;espoir que cette doctrine rencontrera beaucoup de faveur ? Je voudrais répondre oui ; mais malheureusement différentes raisons m&#039;obligent à conclure que çà et là seulement quelque citoyen isolé pourra modifier son credo politique. De ces raisons l&#039;une engendre toutes les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette raison essentielle est que la restriction du pouvoir gouvernemental dans les limites assignées convient seulement au type industriel de la société ; et que, totalement incompatible avec le type militaire de la société, elle l&#039;est partiellement avec ce type semi-militaire, semi-industriel qui caractérise aujourd&#039;hui les nations avancées. A chaque phase de l&#039;évolution sociale doit exister une harmonie complète entre les pratiques et les croyances, j&#039;entends les croyances réelles et non les croyances nominales. La vie ne peut suivre son cours que par l&#039;accord des pensées et des actes. Ou bien la conduite, nécessitée par les circonstances, doit modifier les croyances de façon qu&#039;il y ait conformité entre elles, ou bien la transformation des croyances doit finalement transformer la conduite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partant, si la préservation de la vie sociale, sous tel ensemble de conditions, nécessite une extrême subordination à un chef et une entière confiance en lui, la doctrine s&#039;établira que la subordination et la confiance sont utiles, même obligatoires. Inversement, si, dans d&#039;autres conditions, une grande soumission des citoyens au gouvernement n&#039;est plus nécessaire à la préservation de la vie nationale ; si, au contraire, la vie nationale gagne en intensité et en qualité à mesure que les citoyens gagnent une plus grande liberté d&#039;action, il s&#039;opère dans leur doctrine politique, une modification graduelle qui a pour résultat d&#039;amoindrir leur foi dans l&#039;action gouvernementale, d&#039;accroître leur penchant à mettre en question l&#039;autorité gouvernementale et de les pousser à résister dans des cas plus nombreux au pouvoir gouvernemental : cette modification amenant finalement l&#039;établissement de la doctrine de la limitation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l&#039;on ne peut espérer que l&#039;opinion gouvernementale puisse être, à cette heure, considérablement modifiée. Mais examinons la question de plus près.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment le succès d&#039;une armée dépend beaucoup de la confiance des soldats dans leur général ; s&#039;ils ne croient pas à son habileté, cela suffit presque pour les paralyser dans la bataille, tandis qu&#039;une confiance absolue en lui leur fera remplir leur tâche respective avec courage et énergie. Si, comme cela arrive dans une société qui s&#039;est normalement développée d&#039;après le type militaire, celui qui gouverne pendant la paix et celui qui commande à la guerre sont un seul et même homme, cette confiance en sa supériorité sur le champ de bataille engendrera celle en sa supériorité comme homme d&#039;État ; et la société, identique avec l&#039;armée dans une très grande mesure, accepte volontiers ses décrets comme législateur. Même quand le chef civil, cessant d&#039;être le chef militaire, exerce son généralat par un représentant, la foi traditionnelle s&#039;attache encore à lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même pour l&#039;empressement à obéir. Toutes choses égales d&#039;ailleurs, une armée de soldats indisciplinés est inférieure à une armée de soldats disciplinés. Ceux dont l&#039;obéissance au chef est prompte et absolue ont évidemment plus de chances de succès dans la bataille que ceux qui ne tiennent pas compte des ordres qui leur sont donnés. Et ce qui est vrai de l&#039;armée l&#039;est aussi de la société dans son ensemble : nécessairement le succès dans la guerre dépend beaucoup de la soumission à la volonté du gouvernant qui lève des hommes, fournit de l&#039;argent, quand il en faut, et règle tout selon les besoins du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi les hommes le mieux doués survivant aux combats, le type militaire de la société a pour caractéristique une foi profonde dans le pouvoir gouvernemental jointe à l&#039;attachement au souverain qui fait qu&#039;on lui obéit en quelque matière que ce soit. Il s&#039;établira donc, parmi les théoriciens politiques d&#039;une société militaire, une doctrine qui donne une formule aux idées et aux sentiments nécessaires, en qui affirme en même temps que le législateur, s&#039;il n&#039;est pas de nature divine, est du moins inspiré par Dieu et que l&#039;obéissance absolue envers lui est ordonnée par Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un changement dans les idées et les sentiments qui deviennent ainsi caractéristiques du type militaire d&#039;organisation ne peut arriver que là où les circonstances favorisent le développement du type industriel d&#039;organisation. Basée sur la coopération volontaire au lieu de la coopération forcée, la vie industrielle, telle que nous la connaissons à présent, habitue les hommes à agir avec indépendance, les amène à faire respecter leurs propres droits pendant qu&#039;ils respectent les droits d&#039;autrui, fortifie en eux la conscience des droits personnels, et les porte à résister aux excès du contrôle gouvernemental. Mais comme les circonstances qui rendent la guerre moins fréquente ne naissent que lentement, et comme les modifications de tempérament causées par la transition d&#039;une vie essentiellement militaire à une vie principalement industrielle ne peuvent par suite s&#039;opérer qu&#039;insensiblement, il arrive que les idées et les sentiments anciens ne font place à d&#039;autres que petit à petit. Et il y a plusieurs raisons pour lesquelles la transition est et doit être graduelle. En voici quelques-unes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez l&#039;homme primitif et chez l&#039;homme peu civilisé n&#039;existe pas encore le caractère requis pour une large coopération volontaire. Des efforts volontairement unis à ceux d&#039;autres personnes en vue d&#039;un avantage commun impliquent, si l&#039;entreprise est vaste, une persévérance que ni l&#039;un ni l&#039;autre ne possèdent. De plus, là où les résultats à obtenir sont éloignés et peu connus, comme le sont beaucoup de ceux en vue desquels on s&#039;associe aujourd&#039;hui, il faut une force d&#039;imagination qui fait entièrement défaut aux intelligences des hommes non civilisés. D&#039;autre part, les grandes associations privées formées en vue de la production en grand, de vastes entreprises et d&#039;autres buts, exigent une subordination hiérarchique chez les travailleurs associés, semblable à celle produite par la vie militaire. En d&#039;autres termes, on n&#039;arrive au type industriel développé, tel que nous le connaissons maintenant, qu&#039;en passant par le type militaire ; lequel, par la discipline, engendre à la longue la persistance dans les efforts, la bonne volonté d&#039;agir sous une direction (non plus imposée, mais acceptée par contrat) et l&#039;habitude de s&#039;organiser pour atteindre de grands résultats. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Conséquemment, pendant de longues périodes de l&#039;évolution sociale, il faut, pour administrer toutes les affaires, à l&#039;exception des plus simples, un pouvoir gouvernemental fort et étendu, jouissant de la confiance générale et partout obéi : d&#039;où le fait que, comme le montrent les souvenirs des premières civilisations et aussi l&#039;Orient actuel, les grandes entreprises ne peuvent être exécutées que par l&#039;action de l&#039;État, d&#039;où encore le fait que la coopération volontaire ne peut remplacer que petit à petit la coopération forcée, et produire à juste titre une diminution corrélative de la foi dans la capacité et dans l&#039;autorité du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant cette. foi se maintient surtout par la nécessité de conserver l&#039;aptitude à la guerre. Il faut que le gouvernement puisse, à l&#039;aide de cette confiance et de cette subordination universelle, disposer à son gré de toutes les forces de la société suivant les besoins de l&#039;attaque et de la défense : d&#039;où résultera une théorie politique qui justifie la foi et l&#039;obéissance. Tant que leurs sentiments et leurs idées sont de nature à mettre constamment la paix en danger, les hommes sont obligés d&#039;avoir assez de confiance dans l&#039;autorité du gouvernement pour lui donner le pouvoir de contrainte que nécessitent les entreprises guerrières, et cette confiance dans son autorité lui donne inévitablement et du même coup un pouvoir de contrainte sur eux pour d&#039;autres entreprises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, comme nous l&#039;avons dit en commençant, la raison fondamentale pour ne pas compter sur des adhésions nombreuses à la doctrine que nous avons exposée est que présentement nous n&#039;avons rejeté qu&#039;en partie le régime militaire et nous n&#039;avons adopté qu&#039;en partie le régime industriel, auquel cette doctrine s&#039;applique en réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi longtemps que la religion de la haine prévaudra sur la religion de l&#039;amour, la superstition politique, généralement répandue, se maintiendra forcément. Tant que, par toute l&#039;Europe, l&#039;éducation des classes dirigeantes consistera à faire admirer aux jeunes gens pendant six jours de la semaine ceux qui jadis accomplirent les plus grands exploits dans les batailles et à leur rappeler, le dimanche seulement, le commandement de déposer l&#039;épée, tant que ces classes dirigeantes seront soumises à une discipline morale dans laquelle les exemples tirés du paganisme entrent pour six septièmes et les préceptes du christianisme pour un septième, il n&#039;y a pas d&#039;apparence que les relations internationales puissent être de nature à rendre possible une diminution du pouvoir gouvernemental et à faire accepter une modification correspondante de la théorie politique. Tant que, parmi nous, l&#039;administration des affaires coloniales reste telle que les tribus indigènes, pour avoir usé de représailles contre les Anglais qui ont violé leurs droits, sont punis, non pas d&#039;après leur propre principe sauvage de vie pour vie, mais d&#039;après notre principe perfectionné du massacre en masse en retour d&#039;un simple meurtre, il y a peu de chances pour qu&#039;une doctrine politique, fondée uniquement sur le respect des droits d&#039;autrui, soit généralement adoptée. Tant que la croyance qu&#039;on professe est interprétée de telle sorte qu&#039;un homme, qui en Angleterre fait des discours dans les réunions de missionnaires, cherche, une fois à l&#039;étranger, à fomenter des querelles avec un peuple voisin qu&#039;il désire assujettir, et reçoive pour cela des honneurs publics après sa mort, vraisemblablement les rapports de notre société avec les autres sociétés ne deviendront pas tels que la doctrine des fonctions gouvernementales limitées, impliquant cette diminution de l&#039;autorité gouvernementale qui convient à un état pacifique, prenne quelque extension. Une nation qui, occupée de disputes ecclésiastiques touchant les cérémonies de son culte, se soucie tellement peu de l&#039;essence de ce culte que les flibustiers, dans ses colonies, sont plutôt approuvés que blâmés et ne sont pas dénoncés même par les prêtres de sa religion d&#039;amour, est une nation qui doit continuer à souffrir d&#039;attaques à l&#039;intérieur, tant des individus les uns contre les autres que de l&#039;Etat contre le droit des individus. Il est impossible d&#039;obtenir les bienfaits de la justice dans son pays quand on pratique l&#039;injustice à l&#039;étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement on me posera cette question : Pourquoi donc énoncer et soutenir une théorie différente de la théorie adaptée à notre état présent ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la réponse générale, que c&#039;est le devoir de quiconque regarde une doctrine comme vraie et importante de faire ce qu&#039;il peut pour la propager, sans s&#039;inquiéter du résultat possible, on peut recourir à plusieurs réponses particulières, dont chacune à elle seule suffit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, un idéal, si loin qu&#039;il soit de pouvoir être réalisé pour le moment, est toujours nécessaire pour se .bien guider. Si, parmi tous ces compromis que les circonstances des temps rendent ou font considérer comme nécessaires, il n&#039;existe pas de conception du mieux et du pire dans l&#039;organisation sociale, si l&#039;on ne voit rien au delà des exigences du moment et qu&#039;on prenne l&#039;habitude d&#039;identifier le mieux prochain avec le mieux définitif, il ne peut y avoir de véritable progrès. Quelque éloigné que soit le but, si nombreux que soient les obstacles interposés qui peuvent nous faire dévier du chemin qui y conduit, il est évidemment indispensable de savoir où il est placé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, tant que le degré actuel de sujétion des individus vis-à-vis de l&#039;État, ainsi que la théorie politique correspondante peuvent rester nécessaires en présence des relations internationales existantes, il n&#039;est nullement nécessaire d&#039;accroître cette sujétion et de fortifier la théorie qu&#039;on y adapte. A notre époque de philanthropie active, une foule de gens, impatients d&#039;améliorer le sort de leurs semblables moins fortunés par les méthodes le plus rapides, travaillent de toutes leurs forces à développer les arrangements administratifs qui sont le propre d&#039;un type inférieur de société, - ils marchent à reculons alors qu&#039;ils se proposent d&#039;avancer. Les difficultés normales sur le chemin du progrès sont déjà suffisamment grandes, et il est lamentable qu&#039;on les rende encore plus grandes . Donc c&#039;est faire œuvre utile de montrer aux philanthropes que, dans bien des cas, ils préparent sûrement le malheur futur de l&#039;humanité en poursuivant avec ardeur son bien-être actuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le principal, pourtant, est d&#039;inculquer à tout le monde la grande vérité, peu reconnue encore, que la politique intérieure et la politique extérieure d&#039;une Société sont liées l&#039;une à l&#039;autre, qu&#039;il ne peut y avoir amélioration essentielle de l&#039;une sans amélioration essentielle de l&#039;autre. Si nous voulons que notre organisation intérieure soit conforme à des principes de justice plus élevés, il faut que, dans nos relations extérieures, nous nous conformions habituellement à des principes de justice plus élevés. La conviction qu&#039;il existe une dépendance de cette espèce, si elle pouvait se répandre parmi les peuples civilisés, réprimerait grandement leur conduite agressive vis-à-vis les uns des autres, et, par là, diminuerait la part de la contrainte dans leurs systèmes de gouvernement et amènerait des changements correspondants dans les théories politiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;FIN&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Herbert Spencer:Les péchés des législateurs|CHAPITRE IV - La grande superstition politique]]|[[Herbert Spencer]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]]|}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XXII&amp;diff=2769</id>
		<title>Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXII</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XXII&amp;diff=2769"/>
		<updated>2010-09-14T14:33:56Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner]]|XXII}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Une autre réponse suffisante à l&#039;argument selon lequel la consommation de spiritueux mène à la pauvreté, est que, &#039;&#039;en règle générale&#039;&#039;, il place l&#039;effet avant la cause. Cela suppose que s&#039;est la consommation même de spiritueux qui entraîne la pauvreté, et non la pauvreté qui entraîne la consommation de spiritueux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pauvreté est le parent naturel de quasiment toute l&#039;ignorance, tout le vice,le crime, et toute la misère qui existent dans le monde{{ref|1}}. Comment se fait-il qu&#039;une portion si importante de la population active d&#039;Angleterre soir ivrogne et vicieuse&amp;amp;nbsp;? Cela ne vient certainement pas d&#039;une nature plus mauvaise que celle des autres hommes. Mais c&#039;est parce que ça pauvreté extrême et sans espoir la maintient dans l&#039;ignorance et dans la servitude, anéantit son courage et sa fierté, la met à la merci d&#039;insultes et d&#039;injustices constantes, de misères noires et incessantes de toutes sortes, et finalement la conduit à un désespoir tel que le court répit que lui offre la boisson ou n autre vice constitue, de façon temporaire, un soulagement. Voilà la cause principale de l&#039;ivrognerie et des autres vices prévalant parmi les travailleurs d&#039;Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les travailleurs d&#039;Angleterre, qui sont à l&#039;instant présent ivrognes et vicieux, avaient eu les mêmes chances et le même environnement dans leur vie que les classes plus fortunées; s&#039;ils avaient été élevés dans des foyers confortables, et heureux, et vertueux, au lieu d&#039;endroit sordides, misérables, et vicieux; s&#039;ils avaient eu des occasions d&#039;acquérir des connaissances et des biens, et de se rendre intelligents, prospères, heureux, indépendant, et respectés, et de s&#039;assurer toutes les jouissances intellectuelles, sociales, et domestique qu&#039;une activité honnête et justement récompensée pourrait leur permettre de s&#039;assurer – s&#039;ils avaient eu tout cela, au lieu d&#039;avoir été enfantés dans un monde de dur labeur sans espoir n récompense, avec la certitude de se tuer à la tâche, ils seraient aussi libre de leurs vices et faiblesse actuels que le sont maintenant ceux qui leur font des reproches.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela ne sert à rien de dire que l&#039;ivrognerie, ou n&#039;importe quel autre vice, ne fait qu&#039;ajouter à leurs malheurs; car la nature humaine est ainsi faite – entendez par là, la faiblesse de la nature humaine – que les hommes ne peuvent endurer qu&#039;une certaine quantité de malheurs, avant de se retrouver lâchés par leur espoir et leur courage, et de céder a pratiquement n&#039;importe quoi leur promettant un soulagement ou une atténuation immédiate; même si cela implique une misère encore plus grande dans l&#039;avenir. Prêcher la morale ou le bon sens à des personnes si misérables, au lieu de les soulager de leur souffrances, ou d&#039;améliorer leurs conditions de vie, ne fait qu&#039;insulter leur misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce que ceux qui ont l&#039;habitude d&#039;attribuer la pauvreté à leurs vices, au lieu d&#039;attribuer leurs vices à la pauvreté – comme si chaque pauvre, ou la plupart des pauvres, étaient particulièrement vicieux – peuvent nous dire si toute la pauvreté des dix-huit derniers mois{{ref|2}} si soudainement apparue – comme en un instant – chez au moins vingt millions d&#039;habitant des États-Unis, leur est tombée dessus comme une conséquence naturelle de leur ivrognerie, ou n&#039;importe lequel de leurs vices, qui a paralysé, en un éclair, toutes les activités dont ils vivaient, et qui étaient, seulement quelques jours auparavant, si industrieusement prospères&amp;amp;nbsp;? Est-ce leur vice qui a mis la portion adulte de ces vingt millions de gens à la porte et sans emploi, qui les a poussées à consommer leurs maigres économies, si tant est qu&#039;ils en aient eues, et puis à devenir mendiants – pour quémander du travail, et, à défaut, du pain&amp;amp;nbsp;? Est-ce leur vice qui, d&#039;un seul coup, et sans prévenir, a rempli les foyers d&#039;un si grand nombre d&#039;entre eux de privation, de malheur, de maladies, et de morts&amp;amp;nbsp;? Non. De toute évidence ce n&#039;est ni l&#039;ivrognerie, ni n&#039;importe quel autre vice de ces travailleurs, qui les a conduits à cette ruine et cette misère. Et si ce n&#039;était pas cela, &#039;&#039;qu&#039;était-ce donc&#039;&#039;&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà le problème qu&#039;il s&#039;agit de résoudre; car c&#039;en est un qui se pose fréquemment, et se retrouve constamment devant nos yeux, et ne peu pas être mis de côté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En fait, la pauvreté d&#039;une grande masse de l&#039;humanité, partout dans le monde, est le plus grand problème du monde. S&#039;il existe une pauvreté tellement extrême et pratiquement universelle partout dans le monde, et si elle a existé à travers toutes les générations passées, cela prouve qu&#039;elle naît de raisons que la nature humaine de ceux qui en souffrent n&#039;a pas été assez forte jusqu&#039;à présent pour surmonter. Mais ces malheureux commencent, au moins, à voir ces raisons, et sont de plus en plus décidés à y remédier, coûte que coûte. Et ceux qui imaginent qu&#039;ils n&#039;ont rien à faire de mieux que de continuer à attribuer la pauvreté des pauvres à leurs vices, et à prêcher contre leurs vices, se réveillerons bientôt un jour et réaliseront que de tel discours appartiennent au passé. Et la question ne sera plus alors : quels sont les vices des hommes,mais : quels sont leurs droits&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
# {{note|1}} A l&#039;exception de ces grands crimes, qu&#039;une petite minorité, se faisant appeler des gouvernement, exerce sur la majorité par le billet d&#039;une extorsion organisée, systématique et de la tyrannie. Et seules la pauvreté, l&#039;ignorance et la faiblesse du plus grand nombre qui en résultent, permettent à la petite minorité uni et organisée d&#039;acquérir et de maintenir sur eux un pouvoir si arbitraire.&lt;br /&gt;
# {{note|2}} C&#039;est-à-dire, depuis le 1er septembre 1873 jusqu&#039;au 1er mars 1875.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XXI&amp;diff=2768</id>
		<title>Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XXI&amp;diff=2768"/>
		<updated>2010-09-13T23:55:45Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XX|Les Vices ne sont pas des crimes - XX]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXII|Les Vices ne sont pas des crimes - XXII]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner]]|XXI}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mais, dit-on encore, la consommation de spiritueux mène à la pauvreté et ainsi rend les hommes misérables et les transforme en charge pour les contribuables; et c&#039;est une raison suffisante pour laquelle leur vente devrait être prohibé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a différentes réponses à cet argument.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1.&amp;amp;nbsp;Une première réponse est: si le fait que la consommation d&#039;alcool mène à la pauvreté et à la misère est une raison suffisante pour en prohiber &#039;&#039;la vente&#039;&#039;, c&#039;est tout autant une raison suffisante pour en prohiber la consommation; car s&#039;est la &#039;&#039;consommation&#039;&#039;, et non pas la &#039;&#039;vente&#039;&#039;, qui mène à la pauvreté. Le vendeur est, tout au plus, seulement un complice du buveur. Et c&#039;est une règle de droit, ainsi que de raison, que si le responsable d&#039;acte n&#039;est pas réprimandable, le complice ne peut pas l&#039;être davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2.&amp;amp;nbsp;Une seconde réponse à l&#039;argument est que si le gouvernement a le droit, et est tenu de prohiber n&#039;importe quel acte spécifique – &#039;&#039;non criminel&#039;&#039; – simplement parce qu&#039;il est supposé mener à la pauvreté, alors, selon la même règle, il a le droit, et est tenu de prohiber tout autre acte – &#039;&#039;même non criminel&#039;&#039; – qui, de l&#039;avis du gouvernement, mène à la pauvreté. Et, sur ce principe, le gouvernement n&#039;aurait pas seulement le droit, &#039;&#039;mais serait tenu&#039;&#039; de fouiner dans les affaires privées de chaque homme et dans les dépenses personnelles de chacun, et de déterminer lesquelles d&#039;entre elle sont effectivement, et lesquelles n&#039;ont pas, mené à la pauvreté; et de prohiber et punir toutes celles de la première catégorie. Un homme n&#039;aurait plus le droit de dépenser un cent de ses biens, selon son propre plaisir ou jugement, à moins que le parlement ne soit d&#039;opinion qu&#039;une telle dépense ne mènerait pas à la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3.&amp;amp;nbsp;Une troisième réponse au même argument est que si un homme, en effet, se conduit lui-même à la pauvreté, et même à la mendicité – soit &#039;&#039;par ses vertus soit par ses vices&#039;&#039; – le gouvernement n&#039;a pas la moindre obligation de prendre soin de lui, sauf si tel est son bon plaisir. Il peut le laisser périr dans la rue, ou dépendre de la charité privée, si tel est son bon plaisir. Il peut se reposer en toute liberté sur sa volonté et son discernement dans ce domaine; car il est au-dessus de toute responsabilité légale dans un tel cas. Cela ne fait pas, &#039;&#039;nécessairement&#039;&#039;, partie intégrante du devoir d&#039;un gouvernement de s&#039;occuper des pauvres. Un gouvernement – c&#039;est-à-dire un gouvernement légitime – n&#039;est rien d&#039;autre qu&#039;une association volontaire d&#039;individus, qui s&#039;unissent pour les desseins, &#039;&#039;et seulement pour les desseins&#039;&#039;, qui leur conviennent. Si le fait de s&#039;occuper des pauvres – qu&#039;ils soient vertueux ou vicieux – n&#039;est &#039;&#039;pas&#039;&#039; l&#039;un de ses buts, alors le gouvernement, &#039;&#039;en sa qualité de gouvernement&#039;&#039;, n&#039;a pas plus le droit, et n&#039;est pas plus tenu, de s&#039;occuper d&#039;eux que n&#039;aurait à le faire une compagnie bancaire, ou une société de chemin de fer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu importe la morale prétendant qu&#039;un homme pauvre – vertueux ou vicieux – a droit à la charité de ses congénères, &#039;&#039;légalement&#039;&#039; il ne peut rien leur réclamer. Il doit dépendre entièrement de leur charité, si tel est leur bon plaisir. Il ne peut pas &#039;&#039;exiger&#039;&#039;, en tant que droit &#039;&#039;légal&#039;&#039;, qu&#039;ils le nourrissent ou le vêtissent. Et il ne peut pas avoir plus de revendications &#039;&#039;légales&#039;&#039; ou &#039;&#039;morales&#039;&#039; à l&#039;encontre &#039;un gouvernement – qui n&#039;est rien d&#039;autre qu&#039;une association d&#039;individu – qu&#039;il ne peut en avoir à l&#039;encontre des mêmes, ou de n&#039;importe quels autres individus, en qualité de simples particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la mesure où, alors, un homme pauvre – vertueux ou vicieux – n&#039;a pas plus de revendication, légales ou morales, à avoir vis-à-vis d&#039;un gouvernement, en matière de nourriture et de vêtements, qu&#039;il n&#039;en a vis-à-vis des personnes privées, un gouvernement n&#039;a pas plus le droit qu&#039;une personne privée de contrôler ou prohiber les dépenses ou actions d&#039;un individu, sur la présomption qu&#039;elles le mènent à la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. A, &#039;&#039;en tant qu&#039;individu&#039;&#039;, n&#039;a clairement aucun droit d&#039;interdire le moindre acte ou dépense à M. Z, par peur que de tels actes ou dépenses puissent le mener (Z) à la pauvreté, et qu&#039;il puisse (Z), en conséquence, à un moment futur inconnu,venir à lui (A) dans la détresse, et lui demander la charité. Et si A n&#039;a aucun droit, &#039;&#039;en tant qu&#039;individu&#039;&#039;, d&#039;interdire le moindre acte ou dépense à Z, alors le gouvernement, qui n&#039;est rien d&#039;autre qu&#039;une association d&#039;individus, ne peut pas avoir un tel droit non plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certainement aucun homme, qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039;, ne considère son droit à disposer et à jouir des ses propres biens comme ayant si peu de valeur que n&#039;importe lequel de ses voisins ou tous seraient autorisés – qu&#039;ils se fassent appeler gouvernement ou non – à intervenir, et à lui interdire toutes dépenses, hormis celles jugées par eux peut-être &#039;&#039;non&#039;&#039; susceptibles de le mener à la pauvreté, et de la conduire ainsi vers eux en quête de charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un homme, qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039;, en est réduit à la pauvreté, par ses vertus ou ses vices, aucun homme, ni groupe d&#039;hommes, ne peut avoir le droit d&#039;intervenir dans sa conduite, simplement parce que leur sympathie pour lui risquerait à un moment d&#039;être sollicité; car si elle est sollicité, ils ont tous les droits d&#039;agir selon leur propre plaisir ou discernement pour répondre à ses requêtes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce droit de refuser la charité aux pauvres – que ces derniers soient vertueux ou vicieux – est un droit dont les gouvernements se servent toujours. Aucun gouvernement n&#039;alloue plus au pauvres qu&#039;il n&#039;en a envie. En conséquence, les pauvres sont laissés, en très grande partie, dépendants de la charité privée. En fait, ils sont souvent abandonnés aux souffrances de la maladie, et même à la mort, car ni la charité publique ni la charité privée ne viennent à leur secours. Comme il devient absurde, alors, d&#039;attribuer au gouvernement le droit de contrôler l&#039;usage fait par un homme de ses propres biens, pour qu&#039;il ne puisse pas tomber dans la pauvreté, et demander la charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Une quatrième réponse à l&#039;argument est que la grand et unique motivation pour laquelle chaque individu doit travailler, et créer de la richesse, est qu&#039;il pourra en disposer selon son bon plaisir ou jugement, et pour la promotion de son propre bonheur, et du bonheur de ceux qu&#039;il aime{{ref|1}}.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien qu&#039;un homme puisse souvent, par manque d&#039;expérience ou de raisonnement, dépenser une portion de son labeur de façon peu judicieuse, et de manière à ne pas promouvoir son plus grand bien, il en tire néanmoins de la sagesse, comme dans tous les autres domaines, par l&#039;expérience; autant par se erreurs que par ses réussites. &#039;&#039;Et c&#039;est l&#039;unique manière par laquelle il peut apprendre la sagesse&#039;&#039;. Une fois qu&#039;il est convaincu d&#039;avoir fait une dépens idiote, il apprend ainsi à ne pas en faire une autre similaire. Et il doit être autorisé à expérimenter par lui même, et autant qu&#039;il le désire, dans cette matière comme dans toutes les autres; car autrement il n&#039;a pas la moindre raison de travailler, de créer de la richesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;importe quel homme, qui est vraiment un homme, préfèrerait être un sauvage, et être libre, créant et procurant uniquement la richesse qu&#039;il peut contrôler et consommer au jour le jour, au leu d&#039;être un homme civilisé, sachant comment créer et accumuler la richesse indéfiniment, et n&#039;étant pas cependant autorisé à s&#039;en servir ou à en disposer, sauf sous la supervision, direction, et les ordres d&#039;un ensemble d&#039;imbéciles et de tyrans qui fourrent leurs nez partout avec une diligence ô combien excessive, et qui, n&#039;ayant pas plus de connaissance que lui, et peut-être même pas la moitié des siennes, prendraient sur eux de le contrôler, sur la présomption qu&#039;il n&#039;a ni le droit, ni la capacité de déterminer par lui-même quoi faire des fruits de son labeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5.&amp;amp;nbsp;Une cinquième réponse à l&#039;argument est que s&#039;il est du devoir du gouvernement de surveiller les dépenses de n&#039;importe quelle personne en particulier – qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039;, et qui n&#039;est pas criminelle – pour voir lesquelles mènent à la pauvreté, et lesquelles n&#039;y mènent pas, et d&#039;interdire et de punir les premières, alors, selon la même règle, il est tenu de surveiller les dépenses de toutes les autre personnes, et d&#039;interdire et de punir toutes celles qui, de son avis, mènent à la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un tel principe était appliqué avec impartialité, il en résulterait que toute l&#039;humanité serait si occupée surveiller les dépenses les uns des autres, et à dénoncer, à traduire en justice, et à punir ceux qui se dirigent vers la pauvreté, qu&#039;elle n&#039;aurait pas le temps de créer la moindre richesse. Toute personne capable d&#039;un travail productif serait en prison ou tiendrait le rôle de juge, juré, témoin ou gardien. Il serait impossible de créer suffisamment de tribunaux pour juger ou construire suffisamment de prisons pour enfermer les contrevenants. Tout labeur productif cesserait; et les imbéciles qui étaient tellement décidés à empêcher la pauvreté n se contenteraient pas d&#039;être tous conduits à la pauvreté, l&#039;emprisonnement, et la famine eux-même, ils entraîneraient également tous les autres dans la pauvreté, l&#039;emprisonnement et la famine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6.&amp;amp;nbsp;Si l&#039;on prétend qu&#039;un homme doit,pour le moins, être également poussé à subvenir aux besoins de sa famille, et par conséquent, s&#039;abstenir de faire toutes dépenses qui, de l&#039;avis du gouvernement, tendent à l&#039;empêcher d&#039;accomplir ce devoir, différentes réponses sont possible. Mais la suivante est suffisante: aucun homme, à moins qu&#039;il ne soit un imbécile ou un esclave, ne reconnaîtrait qu&#039;une famille est la sienne, si cette reconnaissance devenait un prétexte, pour le gouvernement, de la priver soit de sa liberté personnelle, soit du contrôle des ses biens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un homme se voit accorder sa liberté naturelle, et le contrôle de ses biens, sa famille est d&#039;habitude, presque universellement, l&#039;objet primordial de sa fierté et de son affection; et il emploiera, non seulement volontairement, mais aussi pour son plus grand plaisir, ses meilleurs faculté mentales et physiques, pas simplement pour leur procurer les nécessités et les conforts ordinaires de la vie, mais pour le couvrir de tous les luxes et de toutes les élégances que son travail peut fournir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un homme ne s&#039;attache aucune obligation morale ou légale envers sa femme ou ses enfants à faire quoi que ce soit pour eux, sauf ce qu&#039;il peut faire sans enfreindre sa propre liberté personnelle, et son droit à contrôler ses propres biens selon son bon jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un gouvernement peut s&#039;immiscer et dire à un homme – qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039;, et qui accomplit son devoir envers sa famille, selon &#039;&#039;sa&#039;&#039; conception du devoir, et selon &#039;&#039;son&#039;&#039; meilleur jugement, si imparfait soit-il – &amp;quot;&#039;&#039;Nous&#039;&#039; (le gouvernement) suspectons que vous n&#039;employez pas le fruit de votre labeur dans le meilleur intérêt de votre famille; &#039;&#039;nous&#039;&#039; suspectons que vos dépenses, et votre façon de disposer de vos biens, ne sont pas aussi judicieuses qu&#039;elles pourrait l&#039;être, dans l&#039;intérêt de votre famille; et par conséquent &#039;&#039;nous&#039;&#039; (le gouvernement) allons mettre sous notre surveillance particulière vous et vos biens, et vous indiquer ce que vous pouvez, et ne pouvez pas, faire de vous-même et de vos biens; et votre famille se tournera désormais vers &#039;&#039;nous&#039;&#039; (le gouvernement), et non pas vers vous, pour subvenir à ses besoins&amp;quot; – si un gouvernement peut faire cela, toute la fierté, ambition, et affection, d&#039;un homme par rapport à sa famille se verraient écrasées, autant qu&#039;il serait possible à une tyrannie humaine de les écraser; et soit il ne fondera jamais une famille (qu&#039;il reconnaitrait publiquement être la sienne), soit il mettrait en jeu à la fois ses biens et sa vie dans le renversement d&#039;une dictature si insultante, outrageuse, et intolérable. Et toute femme qui souhaiterait que son mari – qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039; – se soumette à des insultes et à des injustices tellement contre-nature, ne mérite en aucune façon son affection, ou rien de plus que son dégoût et son mépris. Et il lui ferait probablement très vite comprendre que, si elle choisissait de se reposer sur le gouvernement pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants, plutôt que sur lui, il lui faudrait compter uniquement sur le gouvernement.&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
# {{note|1}} C&#039;est à cette motivation seule que nous devons toute la richesse jamais créée par le labeur humain et jamais accumulée au bénéfice de l&#039;homme.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XX|Les Vices ne sont pas des crimes - XX]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXII|Les Vices ne sont pas des crimes - XXII]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XXI&amp;diff=2767</id>
		<title>Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XXI&amp;diff=2767"/>
		<updated>2010-09-13T23:53:32Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XX|Les Vices ne sont pas des crimes - XX]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXII|Les Vices ne sont pas des crimes - XXII]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner]]|XXI}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mais, dit-on encore, la consommation de spiritueux mène à la pauvreté et ainsi rend les hommes misérables et les transforme en charge pour les contribuables; et c&#039;est une raison suffisante pour laquelle leur vente devrait être prohibé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a différentes réponses à cet argument.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1.&amp;amp;nbsp;Une première réponse est: si le fait que la consommation d&#039;alcool mène à la pauvreté et à la misère est une raison suffisante pour en prohiber &#039;&#039;la vente&#039;&#039;, c&#039;est tout autant une raison suffisante pour en prohiber la consommation; car s&#039;est la &#039;&#039;consommation&#039;&#039;, et non pas la &#039;&#039;vente&#039;&#039;, qui mène à la pauvreté. Le vendeur est, tout au plus, seulement un complice du buveur. Et c&#039;est une règle de droit, ainsi que de raison, que si le responsable d&#039;acte n&#039;est pas réprimandable, le complice ne peut pas l&#039;être davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2.&amp;amp;nbsp;Une seconde réponse à l&#039;argument est que si le gouvernement a le droit, et est tenu de prohiber n&#039;importe quel acte spécifique – &#039;&#039;non criminel&#039;&#039; – simplement parce qu&#039;il est supposé mener à la pauvreté, alors, selon la même règle, il a le droit, et est tenu de prohiber tout autre acte – &#039;&#039;même non criminel&#039;&#039; – qui, de l&#039;avis du gouvernement, mène à la pauvreté. Et, sur ce principe, le gouvernement n&#039;aurait pas seulement le droit, &#039;&#039;mais serait tenu&#039;&#039; de fouiner dans les affaires privées de chaque homme et dans les dépenses personnelles de chacun, et de déterminer lesquelles d&#039;entre elle sont effectivement, et lesquelles n&#039;ont pas, mené à la pauvreté; et de prohiber et punir toutes celles de la première catégorie. Un homme n&#039;aurait plus le droit de dépenser un cent de ses biens, selon son propre plaisir ou jugement, à moins que le parlement ne soit d&#039;opinion qu&#039;une telle dépense ne mènerait pas à la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3.&amp;amp;nbsp;Une troisième réponse au même argument est que si un homme, en effet, se conduit lui-même à la pauvreté, et même à la mendicité – soit &#039;&#039;par ses vertus soit par ses vices&#039;&#039; – le gouvernement n&#039;a pas la moindre obligation de prendre soin de lui, sauf si tel est son bon plaisir. Il peut le laisser périr dans la rue, ou dépendre de la charité privée, si tel est son bon plaisir. Il peut se reposer en toute liberté sur sa volonté et son discernement dans ce domaine; car il est au-dessus de toute responsabilité légale dans un tel cas. Cela ne fait pas, &#039;&#039;nécessairement&#039;&#039;, partie intégrante du devoir d&#039;un gouvernement de s&#039;occuper des pauvres. Un gouvernement – c&#039;est-à-dire un gouvernement légitime – n&#039;est rien d&#039;autre qu&#039;une association volontaire d&#039;individus, qui s&#039;unissent pour les desseins, &#039;&#039;et seulement pour les desseins&#039;&#039;, qui leur conviennent. Si le fait de s&#039;occuper des pauvres – qu&#039;ils soient vertueux ou vicieux – n&#039;est &#039;&#039;pas&#039;&#039; l&#039;un de ses buts, alors le gouvernement, &#039;&#039;en sa qualité de gouvernement&#039;&#039;, n&#039;a pas plus le droit, et n&#039;est pas plus tenu, de s&#039;occuper d&#039;eux que n&#039;aurait à le faire une compagnie bancaire, ou une société de chemin de fer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu importe la morale prétendant qu&#039;un homme pauvre – vertueux ou vicieux – a droit à la charité de ses congénères, &#039;&#039;légalement&#039;&#039; il ne peut rien leur réclamer. Il doit dépendre entièrement de leur charité, si tel est leur bon plaisir. Il ne peut pas &#039;&#039;exiger&#039;&#039;, en tant que droit &#039;&#039;légal&#039;&#039;, qu&#039;ils le nourrissent ou le vêtissent. Et il ne peut pas avoir plus de revendications &#039;&#039;légales&#039;&#039; ou &#039;&#039;morales&#039;&#039; à l&#039;encontre &#039;un gouvernement – qui n&#039;est rien d&#039;autre qu&#039;une association d&#039;individu – qu&#039;il ne peut en avoir à l&#039;encontre des mêmes, ou de n&#039;importe quels autres individus, en qualité de simples particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la mesure où, alors, un homme pauvre – vertueux ou vicieux – n&#039;a pas plus de revendication, légales ou morales, à avoir vis-à-vis d&#039;un gouvernement, en matière de nourriture et de vêtements, qu&#039;il n&#039;en a vis-à-vis des personnes privées, un gouvernement n&#039;a pas plus le droit qu&#039;une personne privée de contrôler ou prohiber les dépenses ou actions d&#039;un individu, sur la présomption qu&#039;elles le mènent à la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. A, &#039;&#039;en tant qu&#039;individu&#039;&#039;, n&#039;a clairement aucun droit d&#039;interdire le moindre acte ou dépense à M. Z, par peur que de tels actes ou dépenses puissent le mener (Z) à la pauvreté, et qu&#039;il puisse (Z), en conséquence, à un moment futur inconnu,venir à lui (A) dans la détresse, et lui demander la charité. Et si A n&#039;a aucun droit, &#039;&#039;en tant qu&#039;individu&#039;&#039;, d&#039;interdire le moindre acte ou dépense à Z, alors le gouvernement, qui n&#039;est rien d&#039;autre qu&#039;une association d&#039;individus, ne peut pas avoir un tel droit non plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certainement aucun homme, qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039;, ne considère son droit à disposer et à jouir des ses propres biens comme ayant si peu de valeur que n&#039;importe lequel de ses voisins ou tous seraient autorisés – qu&#039;ils se fassent appeler gouvernement ou non – à intervenir, et à lui interdire toutes dépenses, hormis celles jugées par eux peut-être &#039;&#039;non&#039;&#039; susceptibles de le mener à la pauvreté, et de la conduire ainsi vers eux en quête de charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un homme, qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039;, en est réduit à la pauvreté, par ses vertus ou ses vices, aucun homme, ni groupe d&#039;hommes, ne peut avoir le droit d&#039;intervenir dans sa conduite, simplement parce que leur sympathie pour lui risquerait à un moment d&#039;être sollicité; car si elle est sollicité, ils ont tous les droits d&#039;agir selon leur propre plaisir ou discernement pour répondre à ses requêtes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce droit de refuser la charité aux pauvres – que ces derniers soient vertueux ou vicieux – est un droit dont les gouvernements se servent toujours. Aucun gouvernement n&#039;alloue plus au pauvres qu&#039;il n&#039;en a envie. En conséquence, les pauvres sont laissés, en très grande partie, dépendants de la charité privée. En fait, ils sont souvent abandonnés aux souffrances de la maladie, et même à la mort, car ni la charité publique ni la charité privée ne viennent à leur secours. Comme il devient absurde, alors, d&#039;attribuer au gouvernement le droit de contrôler l&#039;usage fait par un homme de ses propres biens, pour qu&#039;il ne puisse pas tomber dans la pauvreté, et demander la charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Une quatrième réponse à l&#039;argument est que la grand et unique motivation pour laquelle chaque individu doit travailler, et créer de la richesse, est qu&#039;il pourra en disposer selon son bon plaisir ou jugement, et pour la promotion de son propre bonheur, et du bonheur de ceux qu&#039;il aime{{ref|1}}.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien qu&#039;un homme puisse souvent, par manque d&#039;expérience ou de raisonnement, dépenser une portion de son labeur de façon peu judicieuse, et de manière à ne pas promouvoir son plus grand bien, il en tire néanmoins de la sagesse, comme dans tous les autres domaines, par l&#039;expérience; autan par se erreurs que par ses réussites. &#039;&#039;Et c&#039;est l&#039;unique manière par laquelle il peut apprendre la sagesse&#039;&#039;. Une fois qu&#039;il est convaincu d&#039;avoir fait une dépens idiote, il apprend ainsi à ne pas en faire une autre similaire. Et il doit être autorisé à expérimenter par lui même, et autant qu&#039;il le désire, dans cette matière comme dans toutes les autres; car autrement il n&#039;a pas la moindre raison de travailler, de créer de la richesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;importe quel homme, qui est vraiment un homme, préfèrerait être un sauvage, et être libre, créant et procurant uniquement la richesse qu&#039;il peut contrôler et consommer au jour le jour, au leu d&#039;être un homme civilisé, sachant comment créer et accumuler la richesse indéfiniment, et n&#039;étant pas cependant autorisé à s&#039;en servir ou à en disposer, sauf sous la supervision, direction, et les ordres d&#039;un ensemble d&#039;imbéciles et de tyrans qui fourrent leurs nez partout avec une diligence ô combien excessive, et qui, n&#039;ayant pas plus de connaissance que lui, et peut-être même pas la moitié des siennes, prendraient sur eux de le contrôler, sur la présomption qu&#039;il n&#039;a ni le droit, ni la capacité de déterminer par lui-même quoi faire des fruits de son labeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5.&amp;amp;nbsp;Une cinquième réponse à l&#039;argument est que s&#039;il est du devoir du gouvernement de surveiller les dépenses de n&#039;importe quelle personne en particulier – qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039;, et qui n&#039;est pas criminelle – pour voir lesquelles mènent à la pauvreté, et lesquelles n&#039;y mènent pas, et d&#039;interdire et de punir les premières, alors, selon la même règle, il est tenu de surveiller les dépenses de toutes les autre personnes, et d&#039;interdire et de punir toutes celles qui, de son avis, mènent à la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un tel principe était appliqué avec impartialité, il en résulterait que toute l&#039;humanité serait si occupée surveiller les dépenses les uns des autres, et à dénoncer, à traduire en justice, et à punir ceux qui se dirigent vers la pauvreté, qu&#039;elle n&#039;aurait pas le temps de créer la moindre richesse. Toute personne capable d&#039;un travail productif serait en prison ou tiendrait le rôle de juge, juré, témoin ou gardien. Il serait impossible de créer suffisamment de tribunaux pour juger ou construire suffisamment de prisons pour enfermer les contrevenants. Tout labeur productif cesserait; et les imbéciles qui étaient tellement décidés à empêcher la pauvreté n se contenteraient pas d&#039;être tous conduits à la pauvreté, l&#039;emprisonnement, et la famine eux-même, ils entraîneraient également tous les autres dans la pauvreté, l&#039;emprisonnement et la famine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6.&amp;amp;nbsp;Si l&#039;on prétend qu&#039;un homme doit,pour le moins, être également poussé à subvenir aux besoins de sa famille, et par conséquent, s&#039;abstenir de faire toutes dépenses qui, de l&#039;avis du gouvernement, tendent à l&#039;empêcher d&#039;accomplir ce devoir, différentes réponses sont possible. Mais la suivante est suffisante: aucun homme, à moins qu&#039;il ne soit un imbécile ou un esclave, ne reconnaîtrait qu&#039;une famille est la sienne, si cette reconnaissance devenait un prétexte, pour le gouvernement, de la priver soit de sa liberté personnelle, soit du contrôle des ses biens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un homme se voit accorder sa liberté naturelle, et le contrôle de ses biens, sa famille est d&#039;habitude, presque universellement, l&#039;objet primordial de sa fierté et de son affection; et il emploiera, non seulement volontairement, mais aussi pour son plus grand plaisir, ses meilleurs faculté mentales et physiques, pas simplement pour leur procurer les nécessités et les conforts ordinaires de la vie, mais pour le couvrir de tous les luxes et de toutes les élégances que son travail peut fournir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un homme ne s&#039;attache aucune obligation morale ou légale envers sa femme ou ses enfants à faire quoi que ce soit pour eux, sauf ce qu&#039;il peut faire sans enfreindre sa propre liberté personnelle, et son droit à contrôler ses propres biens selon son bon jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un gouvernement peut s&#039;immiscer et dire à un homme – qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039;, et qui accomplit son devoir envers sa famille, selon &#039;&#039;sa&#039;&#039; conception du devoir, et selon &#039;&#039;son&#039;&#039; meilleur jugement, si imparfait soit-il – &amp;quot;&#039;&#039;Nous&#039;&#039; (le gouvernement) suspectons que vous n&#039;employez pas le fruit de votre labeur dans le meilleur intérêt de votre famille; &#039;&#039;nous&#039;&#039; suspectons que vos dépenses, et votre façon de disposer de vos biens, ne sont pas aussi judicieuses qu&#039;elles pourrait l&#039;être, dans l&#039;intérêt de votre famille; et par conséquent &#039;&#039;nous&#039;&#039; (le gouvernement) allons mettre sous notre surveillance particulière vous et vos biens, et vous indiquer ce que vous pouvez, et ne pouvez pas, faire de vous-même et de vos biens; et votre famille se tournera désormais vers &#039;&#039;nous&#039;&#039; (le gouvernement), et non pas vers vous, pour subvenir à ses besoins&amp;quot; – si un gouvernement peut faire cela, toute la fierté, ambition, et affection, d&#039;un homme par rapport à sa famille se verraient écrasées, autant qu&#039;il serait possible à une tyrannie humaine de les écraser; et soit il ne fondera jamais une famille (qu&#039;il reconnaitrait publiquement être la sienne), soit il mettrait en jeu à la fois ses biens et sa vie dans le renversement d&#039;une dictature si insultante, outrageuse, et intolérable. Et toute femme qui souhaiterait que son mari – qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039; – se soumette à des insultes et à des injustices tellement contre-nature, ne mérite en aucune façon son affection, ou rien de plus que son dégoût et son mépris. Et il lui ferait probablement très vite comprendre que, si elle choisissait de se reposer sur le gouvernement pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants, plutôt que sur lui, il lui faudrait compter uniquement sur le gouvernement.&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
# {{note|1}} C&#039;est à cette motivation seule que nous devons toute la richesse jamais créée par le labeur humain et jamais accumulée au bénéfice de l&#039;homme.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XX|Les Vices ne sont pas des crimes - XX]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXII|Les Vices ne sont pas des crimes - XXII]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XXII&amp;diff=2766</id>
		<title>Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXII</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XXII&amp;diff=2766"/>
		<updated>2010-09-13T23:41:15Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner]]|XXII}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Une autre réponse suffisante à l&#039;argument selon lequel la consommation de spiritueux mène à la pauvreté, est que, &#039;&#039;en règle générale&#039;&#039;, il place l&#039;effet avant la cause. Cela suppose que s&#039;est la consommation même de spiritueux qui entraîne la pauvreté, et non la pauvreté qui entraîne la consommation de spiritueux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pauvreté est le parent naturel de quasiment toute l&#039;ignorance, tout le vice,le crime, et toute la misère qui existent dans le monde{{ref|1}}. Comment se fait-il qu&#039;une portion si importante de la population active d&#039;Angleterre soir ivrogne et vicieuse&amp;amp;nbsp;? Cela ne vient certainement pas d&#039;une nature plus mauvaise que celle des autres hommes. Mais c&#039;est parce que ça pauvreté extrême et sans espoir la maintient dans l&#039;ignorance et dans la servitude, anéantit son courage et sa fierté, la met à la merci d&#039;insultes et d&#039;injustices constantes, de misères noires et incessantes de toutes sortes, et finalement la conduit à un désespoir tel que le court répit que lui offre la boisson ou n autre vice constitue, de façon temporaire, un soulagement. Voilà la cause principale de l&#039;ivrognerie et des autres vices prévalant parmi les travailleurs d&#039;Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les travailleurs d&#039;Angleterre, qui sont à l&#039;instant présent ivrognes et vicieux, avaient eu les mêmes chances et le même environnement dans leur vie que les classes plus fortunées; s&#039;ils avaient été élevés dans des foyers confortables, et heureux, et vertueux, au lieu d&#039;endroit sordides, misérables, et vicieux; s&#039;ils avaient eu des occasions d&#039;acquérir des connaissances et des biens, et de se rendre intelligents, prospères, heureux, indépendant, et respectés, et de s&#039;assurer toutes les jouissances intellectuelles, sociales, et domestique qu&#039;une activité honnête et justement récompensée pourrait leur permettre de s&#039;assurer – s&#039;ils avaient eu tout cela, au lieu d&#039;avoir été enfantés dans un monde de dur labeur sans espoir n récompense, avec la certitude de se tuer à la tâche, ils seraient aussi libre de leurs vices et faiblesse actuels que le sont maintenant ceux qui leur font des reproches.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela ne sert à rien de dire que l&#039;ivrognerie, ou n&#039;importe quel autre vice, ne fait qu&#039;ajouter à leurs malheurs; car la nature humaine est ainsi faite – entendez par là, la faiblesse de la nature humaine – que les hommes ne peuvent endurer qu&#039;une certaine quantité de malheurs, avant de se retrouver lâchés par leur espoir et leur courage, et de céder a pratiquement n&#039;importe quoi leur promettant un soulagement ou une atténuation immédiate; même si cela implique une misère encore plus grande dans l&#039;avenir. Prêcher la morale ou le bon sens à des personnes si misérables, au lieu de les soulager de leur souffrances, ou d&#039;améliorer leurs conditions de vie, ne fait qu&#039;insulter leur misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce que ceux qui ont l&#039;habitude d&#039;attribuer la pauvreté à leurs vices, au lieu d&#039;attribuer leurs vices à la pauvreté – comme si chaque pauvre, ou la plupart des pauvres, étaient particulièrement vicieux – peuvent nous dire si toute la pauvreté des dix-huit derniers mois{{ref|2}} si soudainement apparue – comme en un instant – chez au moins vingt millions d&#039;habitant des États-Unis, leur est tombée dessus comme une conséquence naturelle de leur ivrognerie, ou n&#039;importe lequel de leurs vices, qui a paralysé, en un éclair, toutes les activités dont ils vivaient, et qui étaient, seulement quelques jours auparavant, si industrieusement prospères&amp;amp;nbsp;? Est-ce leur vice qui a mis la portion adulte de ces vingt millions de gens à la porte et sans emploi, qui les a poussées à consommer leurs maigres économies, si tant est qu&#039;ils en aient eues, et puis à devenir mendiants – pour quémander du travail, et, à défaut, du pain&amp;amp;nbsp;? Est-ce leur vice qui, d&#039;un seul coup, et sans prévenir, a rempli les foyers d&#039;un si grand nombre d&#039;entre eux de privation, de malheur, de maladies, et de morts&amp;amp;nbsp;? Non. De toute évidence ce n&#039;est ni l&#039;ivrognerie, ni n&#039;importe quel autre vice de ces travailleurs, qui les a conduits à cette ruine et cette misère. Et si ce n&#039;était pas cela, &#039;&#039;qu&#039;était-ce donc&#039;&#039;&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà le problème qu&#039;il s&#039;agit de résoudre; car c&#039;en est un qui se pose fréquemment, et se retrouve constamment devant nos yeux, et ne peu pas être mis de côté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En fait, la pauvreté d&#039;une grande masse de l&#039;humanité, partout dans le monde, est le plus grand problème du monde. S&#039;il existe une pauvreté tellement extrême et pratiquement universelle partout dans le monde, et si elle a existé à travers toutes les générations passées, cela prouve qu&#039;elle naît de raisons que la nature humaine de ceux qui en souffrent n&#039;a pas été assez forte jusqu&#039;à présent pour surmonter. Mais ces malheureux commencent, au moins, à voir ces raisons, et sont de plus en plus décidés à y remédier, coûte que coûte. Et ceux qui imaginent qu&#039;ils n&#039;ont rien à faire de mieux que de continuer à attribuer la pauvreté des pauvres à leurs vices, et à prêcher contre leurs vices, se réveillerons bientôt un jour et réaliseront que de tel discours appartiennent au passé. Et la question ne sera plus alors : quels sont les vices des hommes,mais : quels sont leurs droits&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
# {{note|1}} A l&#039;exception de ces grands crimes, qu&#039;une petite minorité, se faisant appeler des gouvernement, exerce sur la majorité par le billet d&#039;une extorsion organisée, systématique et de la tyrannie. Et seules la pauvreté, l&#039;ignorance et la faiblesse du plus grand nombre qui en résultent, permettent à la petite minorité uni et organisée d&#039;acquérir et de maintenir sur eux un pouvoir si arbitraire.&lt;br /&gt;
# {{note|2}} C&#039;est-à-dire, depuis le 1er septembre 1873 jusqu&#039;au 1er mars 1875.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Mod%C3%A8le:Accueil/Sommaire&amp;diff=2765</id>
		<title>Modèle:Accueil/Sommaire</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Mod%C3%A8le:Accueil/Sommaire&amp;diff=2765"/>
		<updated>2010-09-13T23:25:34Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&amp;lt;div style=&amp;quot;border-bottom: 1px dashed #9999CC;&amp;quot;&amp;gt;&#039;&#039;&#039;Thèmes&#039;&#039;&#039;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;border-bottom: 1px dashed #9999CC;&amp;quot;&amp;gt;[[Image:8056-hikaruto-Dossiersanglejaune.png|24px]] &#039;&#039;&#039;[[:Catégorie:Histoire|Histoire]]&#039;&#039;&#039;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Gustave de Molinari:Esquisse de l&#039;organisation politique et économique de la société future|Esquisse de l&#039;organisation politique et économique de la société future]] {{100}} - [[Ludwig von Mises:Le Gouvernement omnipotent|Le Gouvernement omnipotent]] {{100}} - [[Paul-Louis Courier:Lettre à Messieurs de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres|Lettre à Messieurs de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres]] {{100}} - [[Thomas Jefferson:Déclaration unanime des treize États unis d’Amérique|Déclaration unanime des treize États unis d’Amérique]] {{100}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div  style=&amp;quot;border-bottom: 1px dashed #9999CC;&amp;quot;&amp;gt;[[Image:8058-hikaruto-Dossiersanglerouge.png|24px]] &#039;&#039;&#039;[[:Catégorie:Romans|Romans]]&#039;&#039;&#039;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[1984]] {{100}} - [[La Ferme des animaux]] {{100}} - [[Ken Schoolland:Les aventures de Jonathan Gullible|Les aventures de Jonathan Gullible]] {{25}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div  style=&amp;quot;border-bottom: 1px dashed #9999CC;&amp;quot;&amp;gt;[[Image:8057-hikaruto-Dossiersanglebleu.png|24px]] &#039;&#039;&#039;[[:Catégorie:Philosophie|Philosophie]]&#039;&#039;&#039;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Ludwig von Mises:Le Libéralisme|Le Libéralisme]] {{100}} - [[Ludwig von Mises:Le Socialisme|Le Socialisme]] {{100}} - [[Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare|Les Soirées de la rue Saint-Lazare]] {{100}} - [[Friedrich A. Hayek:La Constitution de la liberté|La Constitution de la liberté]] {{00}} - [[Benjamin Constant:Mélanges de littérature et de politique|Mélanges de littérature et de politique]] {{50}}- [[Benjamin Constant:Commentaire sur l&#039;ouvrage de Filangieri|Commentaire sur l&#039;ouvrage de Filangieri]] {{50}} - [[Arthur Schopenhauer:Injustice, droit naturel, loi et État|Injustice, droit naturel, loi et État]] {{100}} - [[Ernest Renan:Qu&#039;est-ce qu&#039;une nation ?|Qu&#039;est-ce qu&#039;une nation ?]] {{100}} - [[François Quesnay:Observations sur le Droit naturel des hommes réunis en société|Observations sur le Droit naturel des hommes réunis en société]] {{75}} - [[Henry David Thoreau:La Désobéissance civile|La Désobéissance civile]] {{100}} - [[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]] {{100}} - [[Georges Palante:La Sensibilité individualiste|La Sensibilité individualiste]] {{100}} - [[Georges Palante:Pessimisme et Individualisme|Pessimisme et Individualisme]] {{100}} - [[Benjamin Constant:Principes de politique|Principes de politique]] {{100}} - [[Destutt de Tracy:éléments d&#039;idéologie|Eléments d&#039;idéologie]] {{25}} - [[Walter Lippmann:La Cité libre|La Cité libre]] {{75}} - [[Herbert Spencer:L&#039;individu contre l&#039;État|L&#039;individu contre l&#039;État]] {{50}} - [[Wilhelm von Humboldt:Essai sur les limites de l&#039;action de l&#039;État|Essai sur les limites de l&#039;action de l&#039;État]] {{25}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div  style=&amp;quot;border-bottom: 1px dashed #9999CC;&amp;quot;&amp;gt;[[Image:8059-hikaruto-Dossiersanglevert.png|24px]] &#039;&#039;&#039;[[:Catégorie:Actualité|Actualité]]&#039;&#039;&#039;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Charles Gave:Un libéral nommé Jésus|Un libéral nommé Jésus]] {{100}} - [[Alain Madelin:Quand les autruches relèveront la tête|Quand les autruches relèveront la tête]] {{100}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div  style=&amp;quot;border-bottom: 1px dashed #9999CC;&amp;quot;&amp;gt;[[Image:8060-hikaruto-Dossiersangleblver.png|24px]] &#039;&#039;&#039;[[:Catégorie:économie|Economie]]&#039;&#039;&#039;&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Ludwig von Mises:L&#039;Action humaine|L&#039;Action humaine]] {{100}} - [[Ludwig von Mises:Les Problèmes fondamentaux de l&#039;économie politique|Les Problèmes fondamentaux de l&#039;économie politique]] {{100}} - [[Henri Lepage:Pourquoi la propriété|Pourquoi la propriété]] {{100}} - [[Turgot:Réflexions sur la formation et la distribution des richesses|Réflexions sur la formation et la distribution des richesses]] {{100}} - [[Frédéric Bastiat:Sophismes Économiques|Sophismes Économiques]] {{100}}[[Gustave de Molinari:Questions économiques à l’ordre du jour|Questions économiques à l’ordre du jour]]{{100}} - [[Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]] {{100}} - [[Maurice Bourguin: Les systèmes socialistes et l&#039;évolution économique|Les systèmes socialistes et l&#039;évolution économique]] {{100}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;br/&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XXI&amp;diff=2764</id>
		<title>Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XXI&amp;diff=2764"/>
		<updated>2010-09-13T23:24:57Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page créée avec « {{Navigateur|Les Vices ne sont pas des crimes - XX|Lysander Spooner&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spoone... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XX|Les Vices ne sont pas des crimes - XX]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXII|Les Vices ne sont pas des crimes - XXII]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner]]|XXI}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mais, dit-on encore, la consommation de spiritueux mène à la pauvreté et ainsi rend les hommes misérables et les transforme en charge pour les contribuables; et c&#039;est une raison suffisante pour laquelle leur vente devrait être prohibé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a différentes réponses à cet argument.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1.&amp;amp;nbsp;Une première réponse est: si le fait que la consommation d&#039;alcool mène à la pauvreté et à la misère est une raison suffisante pour en prohiber &#039;&#039;la vente&#039;&#039;, c&#039;est tout autant une raison suffisante pour en prohiber la consommation; car s&#039;est la &#039;&#039;consommation&#039;&#039;, et non pas la &#039;&#039;vente&#039;&#039;, qui mène à la pauvreté. Le vendeur est, tout au plus, seulement un complice du buveur. Et c&#039;est une règle de droit, ainsi que de raison, que si le responsable d&#039;acte n&#039;est pas réprimandable, le complice ne peut pas l&#039;être davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2.&amp;amp;nbsp;Une seconde réponse à l&#039;argument est que si le gouvernement a le droit, et est tenu de prohiber n&#039;importe quel acte spécifique – &#039;&#039;non criminel&#039;&#039; – simplement parce qu&#039;il est supposé mener à la pauvreté, alors, selon la même règle, il a le droit, et est tenu de prohiber tout autre acte – &#039;&#039;même non criminel&#039;&#039; – qui, de l&#039;avis du gouvernement, mène à la pauvreté. Et, sur ce principe, le gouvernement n&#039;aurait pas seulement le droit, &#039;&#039;mais serait tenu&#039;&#039; de fouiner dans les affaires privées de chaque homme et dans les dépenses personnelles de chacun, et de déterminer lesquelles d&#039;entre elle sont effectivement, et lesquelles n&#039;ont pas, mené à la pauvreté; et de prohiber et punir toutes celles de la première catégorie. Un homme n&#039;aurait plus le droit de dépenser un cent de ses biens, selon son propre plaisir ou jugement, à moins que le parlement ne soit d&#039;opinion qu&#039;une telle dépense ne mènerait pas à la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3.&amp;amp;nbsp;Une troisième réponse au même argument est que si un homme, en effet, se conduit lui-même à la pauvreté, et même à la mendicité – soit &#039;&#039;par ses vertus soit par ses vices&#039;&#039; – le gouvernement n&#039;a pas la moindre obligation de prendre soin de lui, sauf si tel est son bon plaisir. Il peut le laisser périr dans la rue, ou dépendre de la charité privée, si tel est son bon plaisir. Il peut se reposer en toute liberté sur sa volonté et son discernement dans ce domaine; car il est au-dessus de toute responsabilité légale dans un tel cas. Cela ne fait pas, &#039;&#039;nécessairement&#039;&#039;, partie intégrante du devoir d&#039;un gouvernement de s&#039;occuper des pauvres. Un gouvernement – c&#039;est-à-dire un gouvernement légitime – n&#039;est rien d&#039;autre qu&#039;une association volontaire d&#039;individus, qui s&#039;unissent pour les desseins, &#039;&#039;et seulement pour les desseins&#039;&#039;, qui leur conviennent. Si le fait de s&#039;occuper des pauvres – qu&#039;ils soient vertueux ou vicieux – n&#039;est &#039;&#039;pas&#039;&#039; l&#039;un de ses buts, alors le gouvernement, &#039;&#039;en sa qualité de gouvernement&#039;&#039;, n&#039;a pas plus le droit, et n&#039;est pas plus tenu, de s&#039;occuper d&#039;eux que n&#039;aurait à le faire une compagnie bancaire, ou une société de chemin de fer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu importe la morale prétendant qu&#039;un homme pauvre – vertueux ou vicieux – a droit à la charité de ses congénères, &#039;&#039;légalement&#039;&#039; il ne peut rien leur réclamer. Il doit dépendre entièrement de leur charité, si tel est leur bon plaisir. Il ne peut pas &#039;&#039;exiger&#039;&#039;, en tant que droit &#039;&#039;légal&#039;&#039;, qu&#039;ils le nourrissent ou le vêtissent. Et il ne peut pas avoir plus de revendications &#039;&#039;légales&#039;&#039; ou &#039;&#039;morales&#039;&#039; à l&#039;encontre &#039;un gouvernement – qui n&#039;est rien d&#039;autre qu&#039;une association d&#039;individu – qu&#039;il ne peut en avoir à l&#039;encontre des mêmes, ou de n&#039;importe quels autres individus, en qualité de simples particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la mesure où&amp;lt;nowiki&amp;gt;, alors, un homme pauvre – vertueux ou vicieux – n&#039;a pas plus de revendication, légales ou morales, &amp;lt; avoir vis-à-vis d&#039;un gouvernement, en &amp;lt;/nowiki&amp;gt;matière de nourriture et de vêtements, qu&#039;il n&#039;en a vis-à-vis des personnes privées, un gouvernement n&#039;a pas plus le droit qu&#039;une personne privée de contrôler ou prohiber les dépenses ou actions d&#039;un individu, sur la présomption qu&#039;elles le mènent à la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. A, &#039;&#039;en tant qu&#039;individu&#039;&#039;, n&#039;a clairement aucun droit d&#039;interdire le moindre acte ou dépense à M. Z, par peur que de tels actes ou dépenses puissent le mener (Z) à la pauvreté, et qu&#039;il puisse (Z), en conséquence, à un moment futur inconnu,venir à lui (A) dans la détresse, et lui demander la charité. Et si A n&#039;a aucun droit, &#039;&#039;en tant qu&#039;individu&#039;&#039;, d&#039;interdire le moindre acte ou dépense à Z, alors le gouvernement, qui n&#039;est rien d&#039;autre qu&#039;une association d&#039;individus, ne peut pas avoir un tel droit non plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certainement aucun homme, qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039;, ne considère son droit à disposer et à jouir des ses propres biens comme ayant si peu de valeur que n&#039;importe lequel de ses voisins ou tous seraient autorisés – qu&#039;ils se fassent appeler gouvernement ou non – à intervenir, et à lui interdire toutes dépenses, hormis celles jugées par eux peut-être &#039;&#039;non&#039;&#039; susceptibles de le mener à la pauvreté, et de la conduire ainsi vers eux en quête de charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un homme, qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039;, en est réduit à la pauvreté, par ses vertus ou ses vices, aucun homme, ni groupe d&#039;hommes, ne peut avoir le droit d&#039;intervenir dans sa conduite, simplement parce que leur sympathie pour lui risquerait à un moment d&#039;être sollicité; car si elle est sollicité, ils ont tous les droits d&#039;agir selon leur propre plaisir ou discernement pour répondre à ses requêtes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce droit de refuser la charité aux pauvres – que ces derniers soient vertueux ou vicieux – est un droit dont les gouvernements se servent toujours. Aucun gouvernement n&#039;alloue plus au pauvres qu&#039;il n&#039;en a envie. En conséquence, les pauvres sont laissés, en très grande partie, dépendants de la charité privée. En fait, ils sont souvent abandonnés aux souffrances de la maladie, et même à la mort, car ni la charité publique ni la charité privée ne viennent à leur secours. Comme il devient absurde, alors, d&#039;attribuer au gouvernement le droit de contrôler l&#039;usage fait par un homme de ses propres biens, pour qu&#039;il ne puisse pas tomber dans la pauvreté, et demander la charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Une quatrième réponse à l&#039;argument est que la grand et unique motivation pour laquelle chaque individu doit travailler, et créer de la richesse, est qu&#039;il pourra en disposer selon son bon plaisir ou jugement, et pour la promotion de son propre bonheur, et du bonheur de ceux qu&#039;il aime{{ref|1}}.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien qu&#039;un homme puisse souvent, par manque d&#039;expérience ou de raisonnement, dépenser une portion de son labeur de façon peu judicieuse, et de manière à ne pas promouvoir son plus grand bien, il en tire néanmoins de la sagesse, comme dans tous les autres domaines, par l&#039;expérience; autan par se erreurs que par ses réussites. &#039;&#039;Et c&#039;est l&#039;unique manière par laquelle il peut apprendre la sagesse&#039;&#039;. Une fois qu&#039;il est convaincu d&#039;avoir fait une dépens idiote, il apprend ainsi à ne pas en faire une autre similaire. Et il doit être autorisé à expérimenter par lui même, et autant qu&#039;il le désire, dans cette matière comme dans toutes les autres; car autrement il n&#039;a pas la moindre raison de travailler, de créer de la richesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;importe quel homme, qui est vraiment un homme, préfèrerait être un sauvage, et être libre, créant et procurant uniquement la richesse qu&#039;il peut contrôler et consommer au jour le jour, au leu d&#039;être un homme civilisé, sachant comment créer et accumuler la richesse indéfiniment, et n&#039;étant pas cependant autorisé à s&#039;en servir ou à en disposer, sauf sous la supervision, direction, et les ordres d&#039;un ensemble d&#039;imbéciles et de tyrans qui fourrent leurs nez partout avec une diligence ô combien excessive, et qui, n&#039;ayant pas plus de connaissance que lui, et peut-être même pas la moitié des siennes, prendraient sur eux de le contrôler, sur la présomption qu&#039;il n&#039;a ni le droit, ni la capacité de déterminer par lui-même quoi faire des fruits de son labeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5.&amp;amp;nbsp;Une cinquième réponse à l&#039;argument est que s&#039;il est du devoir du gouvernement de surveiller les dépenses de n&#039;importe quelle personne en particulier – qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039;, et qui n&#039;est pas criminelle – pour voir lesquelles mènent à la pauvreté, et lesquelles n&#039;y mènent pas, et d&#039;interdire et de punir les premières, alors, selon la même règle, il est tenu de surveiller les dépenses de toutes les autre personnes, et d&#039;interdire et de punir toutes celles qui, de son avis, mènent à la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un tel principe était appliqué avec impartialité, il en résulterait que toute l&#039;humanité serait si occupée surveiller les dépenses les uns des autres, et à dénoncer, à traduire en justice, et à punir ceux qui se dirigent vers la pauvreté, qu&#039;elle n&#039;aurait pas le temps de créer la moindre richesse. Toute personne capable d&#039;un travail productif serait en prison ou tiendrait le rôle de juge, juré, témoin ou gardien. Il serait impossible de créer suffisamment de tribunaux pour juger ou construire suffisamment de prisons pour enfermer les contrevenants. Tout labeur productif cesserait; et les imbéciles qui étaient tellement décidés à empêcher la pauvreté n se contenteraient pas d&#039;être tous conduits à la pauvreté, l&#039;emprisonnement, et la famine eux-même, ils entraîneraient également tous les autres dans la pauvreté, l&#039;emprisonnement et la famine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6.&amp;amp;nbsp;Si l&#039;on prétend qu&#039;un homme doit,pour le moins, être également poussé à subvenir aux besoins de sa famille, et par conséquent, s&#039;abstenir de faire toutes dépenses qui, de l&#039;avis du gouvernement, tendent à l&#039;empêcher d&#039;accomplir ce devoir, différentes réponses sont possible. Mais la suivante est suffisante: aucun homme, à moins qu&#039;il ne soit un imbécile ou un esclave, ne reconnaîtrait qu&#039;une famille est la sienne, si cette reconnaissance devenait un prétexte, pour le gouvernement, de la priver soit de sa liberté personnelle, soit du contrôle des ses biens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un homme se voit accorder sa liberté naturelle, et le contrôle de ses biens, sa famille est d&#039;habitude, presque universellement, l&#039;objet primordial de sa fierté et de son affection; et il emploiera, non seulement volontairement, mais aussi pour son plus grand plaisir, ses meilleurs faculté mentales et physiques, pas simplement pour leur procurer les nécessités et les conforts ordinaires de la vie, mais pour le couvrir de tous les luxes et de toutes les élégances que son travail peut fournir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un homme ne s&#039;attache aucune obligation morale ou légale envers sa femme ou ses enfants à faire quoi que ce soit pour eux, sauf ce qu&#039;il peut faire sans enfreindre sa propre liberté personnelle, et son droit à contrôler ses propres biens selon son bon jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un gouvernement peut s&#039;immiscer et dire à un homme – qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039;, et qui accomplit son devoir envers sa famille, selon &#039;&#039;sa&#039;&#039; conception du devoir, et selon &#039;&#039;son&#039;&#039; meilleur jugement, si imparfait soit-il – &amp;quot;&#039;&#039;Nous&#039;&#039; (le gouvernement) suspectons que vous n&#039;employez pas le fruit de votre labeur dans le meilleur intérêt de votre famille; &#039;&#039;nous&#039;&#039; suspectons que vos dépenses, et votre façon de disposer de vos biens, ne sont pas aussi judicieuses qu&#039;elles pourrait l&#039;être, dans l&#039;intérêt de votre famille; et par conséquent &#039;&#039;nous&#039;&#039; (le gouvernement) allons mettre sous notre surveillance particulière vous et vos biens, et vous indiquer ce que vous pouvez, et ne pouvez pas, faire de vous-même et de vos biens; et votre famille se tournera désormais vers &#039;&#039;nous&#039;&#039; (le gouvernement), et non pas vers vous, pour subvenir à ses besoins&amp;quot; – si un gouvernement peut faire cela, toute la fierté, ambition, et affection, d&#039;un homme par rapport à sa famille se verraient écrasées, autant qu&#039;il serait possible à une tyrannie humaine de les écraser; et soit il ne fondera jamais une famille (qu&#039;il reconnaitrait publiquement être la sienne), soit il mettrait en jeu à la fois ses biens et sa vie dans le renversement d&#039;une dictature si insultante, outrageuse, et intolérable. Et toute femme qui souhaiterait que son mari – qui est &#039;&#039;compos mentis&#039;&#039; – se soumette à des insultes et à des injustices tellement contre-nature, ne mérite en aucune façon son affection, ou rien de plus que son dégoût et son mépris. Et il lui ferait probablement très vite comprendre que, si elle choisissait de se reposer sur le gouvernement pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants, plutôt que sur lui, il lui faudrait compter uniquement sur le gouvernement.&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
# {{note|1}} C&#039;est à cette motivation seule que nous devons toute la richesse jamais créée par le labeur humain et jamais accumulée au bénéfice de l&#039;homme.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XX|Les Vices ne sont pas des crimes - XX]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXII|Les Vices ne sont pas des crimes - XXII]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XXII&amp;diff=2763</id>
		<title>Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXII</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XXII&amp;diff=2763"/>
		<updated>2010-09-13T23:21:30Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page créée avec « {{Navigateur|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Lysander Spooner&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spoo... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner]]|XXII}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;Une autre suffisante à l&#039;argument selon lequel la consommation de spiritueux mène à la pauvreté, est que, &#039;&#039;en règle générale&#039;&#039;, il place l&#039;effet avant la cause. Cela suppose que s&#039;est la consommation même de spiritueux qui entraîne la pauvreté, et non la pauvreté qui entraîne la consommation de spiritueux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pauvreté est le parent naturel de quasiment toute l&#039;ignorance, tout le vice,le crime, et toute la misère qui existent dans le monde{{ref|1}}. Comment se fait-il qu&#039;une portion si importante de la population active d&#039;Angleterre soir ivrogne et vicieuse&amp;amp;nbsp;? Cela ne vient certainement pas d&#039;une nature plus mauvaise que celle des autres hommes. Mais c&#039;est parce que ça pauvreté extrême et sans espoir la maintient dans l&#039;ignorance et dans la servitude, anéantit son courage et sa fierté, la met à la merci d&#039;insultes et d&#039;injustices constantes, de misères noires et incessantes de toutes sortes, et finalement la conduit à un désespoir tel que le court répit que lui offre la boisson ou n autre vice constitue, de façon temporaire, un soulagement. Voilà la cause principale de l&#039;ivrognerie et des autres vices prévalant parmi les travailleurs d&#039;Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les travailleurs d&#039;Angleterre, qui sont à l&#039;instant présent ivrognes et vicieux, avaient eu les mêmes chances et le même environnement dans leur vie que les classes plus fortunées; s&#039;ils avaient été élevés dans des foyers confortables, et heureux, et vertueux, au lieu d&#039;endroit sordides, misérables, et vicieux; s&#039;ils avaient eu des occasions d&#039;acquérir des connaissances et des biens, et de se rendre intelligents, prospères, heureux, indépendant, et respectés, et de s&#039;assurer toutes les jouissances intellectuelles, sociales, et domestique qu&#039;une activité honnête et justement récompensée pourrait leur permettre de s&#039;assurer – s&#039;ils avaient eu tout cela, au lieu d&#039;avoir été enfantés dans un monde de dur labeur sans espoir n récompense, avec la certitude de se tuer à la tâche, ils seraient aussi libre de leurs vices et faiblesse actuels que le sont maintenant ceux qui leur font des reproches.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela ne sert à rien de dire que l&#039;ivrognerie, ou n&#039;importe quel autre vice, ne fait qu&#039;ajouter à leurs malheurs; car la nature humaine est ainsi faite – entendez par là, la faiblesse de la nature humaine – que les hommes ne peuvent endurer qu&#039;une certaine quantité de malheurs, avant de se retrouver lâchés par leur espoir et leur courage, et de céder a pratiquement n&#039;importe quoi leur promettant un soulagement ou une atténuation immédiate; même si cela implique une misère encore plus grande dans l&#039;avenir. Prêcher la morale ou le bon sens à des personnes si misérables, au lieu de les soulager de leur souffrances, ou d&#039;améliorer leurs conditions de vie, ne fait qu&#039;insulter leur misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-ce que ceux qui ont l&#039;habitude d&#039;attribuer la pauvreté à leurs vices, au lieu d&#039;attribuer leurs vices à la pauvreté – comme si chaque pauvre, ou la plupart des pauvres, étaient particulièrement vicieux – peuvent nous dire si toute la pauvreté des dix-huit derniers mois{{ref|2}} si soudainement apparue – comme en un instant – chez au moins vingt millions d&#039;habitant des États-Unis, leur est tombée dessus comme une conséquence naturelle de leur ivrognerie, ou n&#039;importe lequel de leurs vices, qui a paralysé, en un éclair, toutes les activités dont ils vivaient, et qui étaient, seulement quelques jours auparavant, si industrieusement prospères&amp;amp;nbsp;? Est-ce leur vice qui a mis la portion adulte de ces vingt millions de gens à la porte et sans emploi, qui les a poussées à consommer leurs maigres économies, si tant est qu&#039;ils en aient eues, et puis à devenir mendiants – pour quémander du travail, et, à défaut, du pain&amp;amp;nbsp;? Est-ce leur vice qui, d&#039;un seul coup, et sans prévenir, a rempli les foyers d&#039;un si grand nombre d&#039;entre eux de privation, de malheur, de maladies, et de morts&amp;amp;nbsp;? Non. De toute évidence ce n&#039;est ni l&#039;ivrognerie, ni n&#039;importe quel autre vice de ces travailleurs, qui les a conduits à cette ruine et cette misère. Et si ce n&#039;était pas cela, &#039;&#039;qu&#039;était-ce donc&#039;&#039;&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà le problème qu&#039;il s&#039;agit de résoudre; car c&#039;en est un qui se pose fréquemment, et se retrouve constamment devant nos yeux, et ne peu pas être mis de côté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En fait, la pauvreté d&#039;une grande masse de l&#039;humanité, partout dans le monde, est le plus grand problème du monde. S&#039;il existe une pauvreté tellement extrême et pratiquement universelle partout dans le monde, et si elle a existé à travers toutes les générations passées, cela prouve qu&#039;elle naît de raisons que la nature humaine de ceux qui en souffrent n&#039;a pas été assez forte jusqu&#039;à présent pour surmonter. Mais ces malheureux commencent, au moins, à voir ces raisons, et sont de plus en plus décidés à y remédier, coûte que coûte. Et ceux qui imaginent qu&#039;ils n&#039;ont rien à faire de mieux que de continuer à attribuer la pauvreté des pauvres à leurs vices, et à prêcher contre leurs vices, se réveillerons bientôt un jour et réaliseront que de tel discours appartiennent au passé. Et la question ne sera plus alors : quels sont les vices des hommes,mais : quels sont leurs droits&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
# {{note|1}} A l&#039;exception de ces grands crimes, qu&#039;une petite minorité, se faisant appeler des gouvernement, exerce sur la majorité par le billet d&#039;une extorsion organisée, systématique et de la tyrannie. Et seules la pauvreté, l&#039;ignorance et la faiblesse du plus grand nombre qui en résultent, permettent à la petite minorité uni et organisée d&#039;acquérir et de maintenir sur eux un pouvoir si arbitraire.&lt;br /&gt;
# {{note|2}} C&#039;est-à-dire, depuis le 1er septembre 1873 jusqu&#039;au 1er mars 1875.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XX&amp;diff=2762</id>
		<title>Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XX</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XX&amp;diff=2762"/>
		<updated>2010-09-13T23:19:08Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XIX|Les Vices ne sont pas des crimes - XIX]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner]]|XX}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mais certaines personnes ont l&#039;habitude de dire que &#039;&#039;la&#039;&#039; consommation d&#039;alcool est la grande sources du crime; que &amp;quot;cela remplit nos prisons de criminels&amp;quot;; et que c&#039;est une raison suffisante pour en prohiber la vente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les gens qui disent cela parlent sérieusement, c&#039;est qu&#039;ils parlent sans savoir et sans réfléchir. Ce qu&#039;ils essayent apparemment de faire comprendre, c&amp;amp;nbsp;&#039;est qu&#039;un très important pourcentage de tous les crimes commis entre les hommes sont commis par des personnes dont les passions criminelles sont exacerbées, &#039;&#039;à un moment&#039;&#039;, par la consommation d&#039;alcool, et en conséquence de la consommation d&#039;alcool.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette idée est totalement saugrenue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, les grands crimes commis dans le monde sont pour la plupart motivés par l&#039;avarice et l&#039;ambition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus grands de tous les crimes sont les guerres que livrent les gouvernements, afin de piller, asservir, et détruire l&#039;humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après ceux-là, les plus grands crimes commis dans le monde sont également motivés par l&#039;avarice et l&#039;ambition; et ils sont commis, non pas par passion soudaine, mais par des hommes calculateurs, à la tête froide et claire, et qui n&#039;ont pas la moindre intention d&#039;aller en prison pour leur actes. Ils sont commis, moins par des hommes qui &#039;&#039;violent&#039;&#039; les lois, que par des hommes qui, tout seuls ou à l&#039;aide de leurs agents, &#039;&#039;font&#039;&#039; les lois; par des hommes qui ont comploté pour usurper un pouvoir arbitraire, et le maintenir par la force et par la fraude, et dont le but est de l&#039;usurper et de le maintenir par une législation injuste et inégale, de s&#039;assurer des avantages et des monopoles tels qu&#039;ils seront à même de contrôler et de piller le labeur et les biens d&#039;autres hommes, et ainsi les appauvrir, afin de veiller à leurs propres richesse et promotion{{ref|1}}. Les vols et méfaits commis par ces hommes, &#039;&#039;conformément aux lois&#039;&#039;, – c&#039;est à dire à leurs propres lois – sont comme des montagnes à côté de taupinières, en comparaison avec les crimes commis par tous les autres criminels, en &#039;&#039;violation&#039;&#039; des lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, troisièmement, il existe un grand nombre de fraudes de toutes sortes commises pendant les transactions commerciales, dans lesquelles les protagonistes, par leur sang-froid et leur sagacité, évitent de se conformer aux lois. Et seule leur tête froide et claire le leur permet. Des hommes sous l&#039;influence de boissons enivrantes sont bien moins aptes que les précédents à réussir de telles fraudes. Ils sont les plus imprudents, les moins heureux dans leurs entreprises, les moins efficaces parmi tous les criminels qui ont affaire à la loi, et ceux dont on a le moins à craindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatrièmement. Les cambrioleurs, voleurs, détrousseurs, faussaires, faux-monnayeurs, et escrocs qui s&#039;attaquent à la société, sont tout sauf des buveurs invétérés. Leur commerce est d&#039;un genre bien trop dangereux pour tolérer les risques qu&#039;une telle ébriété impliquerait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cinquièmement. Les crimes qu&#039;on peur affirmer avoir été commis sous l&#039;influence de boissons enivrantes sont pour la plupart des bagarres pas très nombreuses, et généralement pas très graves. Certains autres crimes mineurs, tels que les vols à l&#039;étalage, ou autres atteintes mineures à la propriété d&#039;autrui, sont parfois commis sous l&#039;influence de l&#039;alcool par des personnes à l&#039;esprit simple, peu habituées au crime en général. Les hommes qui commettent ces crimes mineurs sont peu nombreux. Personne ne peut dire qu&#039;ils &amp;quot;remplissent nos prisons&amp;quot;; ou, si c&#039;est le cas, on devrait se féliciter d&#039;avoir besoin de si peu de prisons, et de prisons si petites, pour les enfermer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;État du Massachussetts, par exemple, compte un million et demi d&#039;habitants. Combien de ces derniers sont aujourd&#039;hui en prison pour des &#039;&#039;crimes&#039;&#039; – non pas pour le vice d&#039;avoir été saoul, mais pour des &#039;&#039;crimes&#039;&#039; – commis contre des personnes ou des biens sous l&#039;influence d&#039;une boisson puissante&amp;amp;nbsp;? Je doute qu&#039;il y en ait un sur dix mille, c&#039;est-à-dire, cent cinquante en tout; et les crimes pour lesquels ces derniers sont en prison sont pour la plupart bien minimes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et je penses qu&#039;on découvrira que ces quelques hommes méritent en général plus notre pitié qu&#039;une punition, parce que c&#039;était leur pauvreté et leur misère, plutôt qu&#039;une passion pour l&#039;alcool, pour le crime, qui les a poussés à boire, et qui les a ainsi incités à commettre leur cime sous les effets de la boisson.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vaste accusation selon laquelle l&#039;alcool &amp;quot;remplit nos prisons de criminels&amp;quot; est formulée à, je pense, uniquement par des hommes ne sachant rien faire de mieux que d&#039;appeler un ivrogne un criminel; et leur accusation n&#039;a d&#039;autre fondement que le fait honteux que nous sommes un peuple brutal et déraisonnable, au point de condamner et punir les personnes faibles et infortunées que sont les ivrogne, comme si elles étaient des criminels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les législateurs qui autorisent, et les juges qui pratiquent de telles atrocités, sont intrinsèquement des criminels. A moins que leur ignorance soit telle – et elle ne l&#039;est probablement pas – qu&#039;elle puisse leur servir d&#039;excuse. Et si ils devaient eux-mêmes être punis en tant que criminels, notre conduite aurait plus de sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un juge de paix de Boston m&#039;a dit un jour qu&#039;il avait l&#039;habitude de se débarrasser des ivrognes (en les envoyant en prison pour trente jours – je crois que c&#039;était cela la peine d&#039;usage) &#039;&#039;au rythme d&#039;un toutes les trois minutes&#039;&#039;&amp;amp;nbsp;!, et parfois même plus rapidement que cela; les condamnant ainsi en tant que criminels,et les expédiant en prison, sans pitié, et sans s&#039;enquérir des circonstances, pour une infirmité qui devrait leur donner droit à de la compassion et à la protection, à la place d&#039;une punition. Les véritables criminels dans ces cas-là n&#039;étaient pas les hommes qui allaient en prison, mais le juge et les hommes à ces ordres, qui les ont mis sous les verrous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je recommande à ces personnes qui sont tellement malheureuses à l&#039;idée que les prisons du Massachussetts ne regorgent pas de criminels d&#039;employer une petite partie, au moins, de leur philanthropie à empêcher que nos prisons ne se remplissent de personnes qui ne sont &#039;&#039;pas&#039;&#039; des criminels. Je ne me souviens pas avoir entendu que leur sympathie soit jamais allée dans ce sens. Au contraire, la punition des criminels semble être une telle passion chez elles qu&#039;elles ne se donnent pas la peine de s&#039;enquérir si un candidat à la punition est réellement un criminel. Une telle passion, je peux le leur assurer, est bien plus dangereuse, et a droit à beaucoup moins de charité, qu&#039;elle soit morale ou légale, que la passion pour l&#039;alcool.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il semblerait qu&#039;il convienne beaucoup mieux au caractère sans merci de ces hommes d&#039;envoyer un malheur en prison pour soûlerie, et ainsi de l&#039;écraser, et de le dégrader, et de le décourager, et de la détruire pour la vie, qu&#039;il ne leur conviendrait de le sortir de la pauvreté et de la misère l&#039;ayant rendu ivrogne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seules ces personnes qui ont soit peu de capacités, soit peu de dispositions, à ouvrir les yeux, à encourager, ou à aider leurs semblables, sont prises de cette passion violente de les gouverner,les commander, et les punir. Si, au lieu de rester inactives, et de donner leur accord et aval à toutes les lois par lesquelles l&#039;homme faible est d&#039;abord dépossédé, opprimé, et découragé, et ensuite puni en tant que criminel, elles se consacraient plus aux devoirs de défendre ses droits et d&#039;améliorer sa condition, et ainsi à le rendre plus fort, et à le rendre capable de se tenir debout sur ses propres jambes, et de résister aux tentations qui l&#039;entourent, elles n&#039;auraient, je pense, que faire de parler de lois et de prisons pour les vendeurs de rhum ou les buveurs de rhum, ou même pour n&#039;importe quelle autre catégorie de criminels ordinaires. Si, pour être bref, ces hommes, tellement angoissés par la suppression du crime mettaient en suspens, pour quelques temps, leurs appels au gouvernement pour aider à la suppression des crimes des individus, et en appelaient au peuple pour les aider à supprimer les rimes du gouvernement, ils démontreraient à la fois leur sincérité et leur bon sens d&#039;une manière beaucoup plus évidente que ce n&#039;est le cas actuellement. Quand les lois seront toutes à ce point justes et équitable qu&#039;il sera possible pour tous les hommes et toutes les femmes de vivre honnêtement et vertueusement, et de trouver leur propre confort et bonheur, il y aura beaucoup moins d&#039;occasions qu&#039;il n&#039;en existe à présent de les accuser d&#039;un style de vie malhonnête et vicieux.&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
# {{note|1}} Une première réponse est: si le fait que la consommation d&#039;alcool mène à la pauvreté et à la misère est une raison suffisante pour en prohiber &#039;&#039;la vente&#039;&#039;, c&#039;est tout autant une raison suffisante pour en prohiber la consommation; car s&#039;est la &#039;&#039;consommation&#039;&#039;, et non pas la &#039;&#039;vente&#039;&#039;, qui mène à la pauvreté. Le vendeur est, tout au plus, seulement un complice du buveur. Et c&#039;est une règle de droit, ainsi que de raison, que si le responsable d&#039;acte n&#039;est pas réprimandable, le complice ne peut pas l&#039;être davantage.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XIX|Les Vices ne sont pas des crimes - XIX]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XX&amp;diff=2761</id>
		<title>Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XX</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XX&amp;diff=2761"/>
		<updated>2010-09-13T23:18:41Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XIX|Les Vices ne sont pas des crimes - XIX]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner]]|XX}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mais certaines personnes ont l&#039;habitude de dire que &#039;&#039;la&#039;&#039; consommation d&#039;alcool est la grande sources du crime; que &amp;quot;cela remplit nos prisons de criminels&amp;quot;; et que c&#039;est une raison suffisante pour en prohiber la vente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les gens qui disent cela parlent sérieusement, c&#039;est qu&#039;ils parlent sans savoir et sans réfléchir. Ce qu&#039;ils essayent apparemment de faire comprendre, c&amp;amp;nbsp;&#039;est qu&#039;un très important pourcentage de tous les crimes commis entre les hommes sont commis par des personnes dont les passions criminelles sont exacerbées, &#039;&#039;à un moment&#039;&#039;, par la consommation d&#039;alcool, et en conséquence de la consommation d&#039;alcool.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette idée est totalement saugrenue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, les grands crimes commis dans le monde sont pour la plupart motivés par l&#039;avarice et l&#039;ambition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus grands de tous les crimes sont les guerres que livrent les gouvernements, afin de piller, asservir, et détruire l&#039;humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après ceux-là, les plus grands crimes commis dans le monde sont également motivés par l&#039;avarice et l&#039;ambition; et ils sont commis, non pas par passion soudaine, mais par des hommes calculateurs, à la tête froide et claire, et qui n&#039;ont pas la moindre intention d&#039;aller en prison pour leur actes. Ils sont commis, moins par des hommes qui &#039;&#039;violent&#039;&#039; les lois, que par des hommes qui, tout seuls ou à l&#039;aide de leurs agents, &#039;&#039;font&#039;&#039; les lois; par des hommes qui ont comploté pour usurper un pouvoir arbitraire, et le maintenir par la force et par la fraude, et dont le but est de l&#039;usurper et de le maintenir par une législation injuste et inégale, de s&#039;assurer des avantages et des monopoles tels qu&#039;ils seront à même de contrôler et de piller le labeur et les biens d&#039;autres hommes, et ainsi les appauvrir, afin de veiller à leurs propres richesse et promotion{{ref|1}}. Les vols et méfaits commis par ces hommes, &#039;&#039;conformément aux lois&#039;&#039;, – c&#039;est à dire à leurs propres lois – sont comme des montagnes à côté de taupinières, en comparaison avec les crimes commis par tous les autres criminels, en &#039;&#039;violation&#039;&#039; des lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, troisièmement, il existe un grand nombre de fraudes de toutes sortes commises pendant les transactions commerciales, dans lesquelles les protagonistes, par leur sang-froid et leur sagacité, évitent de se conformer aux lois. Et seule leur tête froide et claire le leur permet. Des hommes sous l&#039;influence de boissons enivrantes sont bien moins aptes que les précédents à réussir de telles fraudes. Ils sont les plus imprudents, les moins heureux dans leurs entreprises, les moins efficaces parmi tous les criminels qui ont affaire à la loi, et ceux dont on a le moins à craindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatrièmement. Les cambrioleurs, voleurs, détrousseurs, faussaires, faux-monnayeurs, et escrocs qui s&#039;attaquent à la société, sont tout sauf des buveurs invétérés. Leur commerce est d&#039;un genre bien trop dangereux pour tolérer les risques qu&#039;une telle ébriété impliquerait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cinquièmement. Les crimes qu&#039;on peur affirmer avoir été commis sous l&#039;influence de boissons enivrantes sont pour la plupart des bagarres pas très nombreuses, et généralement pas très graves. Certains autres crimes mineurs, tels que les vols à l&#039;étalage, ou autres atteintes mineures à la propriété d&#039;autrui, sont parfois commis sous l&#039;influence de l&#039;alcool par des personnes à l&#039;esprit simple, peu habituées au crime en général. Les hommes qui commettent ces crimes mineurs sont peu nombreux. Personne ne peut dire qu&#039;ils &amp;quot;remplissent nos prisons&amp;quot;; ou, si c&#039;est le cas, on devrait se féliciter d&#039;avoir besoin de si peu de prisons, et de prisons si petites, pour les enfermer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;État du Massachussetts, par exemple, compte un million et demi d&#039;habitants. Combien de ces derniers sont aujourd&#039;hui en prison pour des &#039;&#039;crimes&#039;&#039; – non pas pour le vice d&#039;avoir été saoul, mais pour des &#039;&#039;crimes&#039;&#039; – commis contre des personnes ou des biens sous l&#039;influence d&#039;une boisson puissante&amp;amp;nbsp;? Je doute qu&#039;il y en ait un sur dix mille, c&#039;est-à-dire, cent cinquante en tout; et les crimes pour lesquels ces derniers sont en prison sont pour la plupart bien minimes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et je penses qu&#039;on découvrira que ces quelques hommes méritent en général plus notre pitié qu&#039;une punition, parce que c&#039;était leur pauvreté et leur misère, plutôt qu&#039;une passion pour l&#039;alcool, pour le crime, qui les a poussés à boire, et qui les a ainsi incités à commettre leur cime sous les effets de la boisson.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vaste accusation selon laquelle l&#039;alcool &amp;quot;remplit nos prisons de criminels&amp;quot; est formulée à, je pense, uniquement par des hommes ne sachant rien faire de mieux que d&#039;appeler un ivrogne un criminel; et leur accusation n&#039;a d&#039;autre fondement que le fait honteux que nous sommes un peuple brutal et déraisonnable, au point de condamner et punir les personnes faibles et infortunées que sont les ivrogne, comme si elles étaient des criminels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les législateurs qui autorisent, et les juges qui pratiquent de telles atrocités, sont intrinsèquement des criminels. A moins que leur ignorance soit telle – et elle ne l&#039;est probablement pas – qu&#039;elle puisse leur servir d&#039;excuse. Et si ils devaient eux-mêmes être punis en tant que criminels, notre conduite aurait plus de sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un juge de paix de Boston m&#039;a dit un jour qu&#039;il avait l&#039;habitude de se débarrasser des ivrognes (en les envoyant en prison pour trente jours – je crois que c&#039;était cela la peine d&#039;usage) &#039;&#039;au rythme d&#039;un toutes les trois minutes&#039;&#039;&amp;amp;nbsp;!, et parfois même plus rapidement que cela; les condamnant ainsi en tant que criminels,et les expédiant en prison, sans pitié, et sans s&#039;enquérir des circonstances, pour une infirmité qui devrait leur donner droit à de la compassion et à la protection, à la place d&#039;une punition. Les véritables criminels dans ces cas-là n&#039;étaient pas les hommes qui allaient en prison, mais le juge et les hommes à ces ordres, qui les ont mis sous les verrous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je recommande à ces personnes qui sont tellement malheureuses à l&#039;idée que les prisons du Massachussetts ne regorgent pas de criminels d&#039;employer une petite partie, au moins, de leur philanthropie à empêcher que nos prisons ne se remplissent de personnes qui ne sont &#039;&#039;pas&#039;&#039; des criminels. Je ne me souviens pas avoir entendu que leur sympathie soit jamais allée dans ce sens. Au contraire, la punition des criminels semble être une telle passion chez elles qu&#039;elles ne se donnent pas la peine de s&#039;enquérir si un candidat à la punition est réellement un criminel. Une telle passion, je peux le leur assurer, est bien plus dangereuse, et a droit à beaucoup moins de charité, qu&#039;elle soit morale ou légale, que la passion pour l&#039;alcool.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il semblerait qu&#039;il convienne beaucoup mieux au caractère sans merci de ces hommes d&#039;envoyer un malheur en prison pour soûlerie, et ainsi de l&#039;écraser, et de le dégrader, et de le décourager, et de la détruire pour la vie, qu&#039;il ne leur conviendrait de le sortir de la pauvreté et de la misère l&#039;ayant rendu ivrogne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seules ces personnes qui ont soit peu de capacités, soit peu de dispositions, à ouvrir les yeux, à encourager, ou à aider leurs semblables, sont prises de cette passion violente de les gouverner,les commander, et les punir. Si, au lieu de rester inactives, et de donner leur accord et aval à toutes les lois par lesquelles l&#039;homme faible est d&#039;abord dépossédé, opprimé, et découragé, et ensuite puni en tant que criminel, elles se consacraient plus aux devoirs de défendre ses droits et d&#039;améliorer sa condition, et ainsi à le rendre plus fort, et à le rendre capable de se tenir debout sur ses propres jambes, et de résister aux tentations qui l&#039;entourent, elles n&#039;auraient, je pense, que faire de parler de lois et de prisons pour les vendeurs de rhum ou les buveurs de rhum, ou même pour n&#039;importe quelle autre catégorie de criminels ordinaires. Si, pour être bref, ces hommes, tellement angoissés par la suppression du crime mettaient en suspens, pour quelques temps, leurs appels au gouvernement pour aider à la suppression des crimes des individus, et en appelaient au peuple pour les aider à supprimer les rimes du gouvernement, ils démontreraient à la fois leur sincérité et leur bon sens d&#039;une manière beaucoup plus évidente que ce n&#039;est le cas actuellement. Quand les lois seront toutes à ce point justes et équitable qu&#039;il sera possible pour tous les hommes et toutes les femmes de vivre honnêtement et vertueusement, et de trouver leur propre confort et bonheur, il y aura beaucoup moins d&#039;occasions qu&#039;il n&#039;en existe à présent de les accuser d&#039;un style de vie malhonnête et vicieux.&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
# {{note|1}} Une première réponse est: si le fait que la consommation d&#039;alcool mène à la pauvreté et à la misère est une raison suffisante pour en prohiber &#039;&#039;la vente&#039;&#039;, c&#039;est tout autant une raison suffisante pour en prohiber la consommation; car s&#039;est la &#039;&#039;consommation&#039;&#039;, et non pas la &#039;&#039;vente&#039;&#039;, qui mène à la pauvreté. Le vendeur est, tout au plus, seulement un complice du buveur. Et c&#039;est une règle de droit, ainsi que de raison, que si le responsable d&#039;acte n&#039;est pas réprimandable, le complice ne peut pas l&#039;être davantage.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - IXX|Les Vices ne sont pas des crimes - IXX]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XX&amp;diff=2760</id>
		<title>Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XX</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=Lysander_Spooner:Les_Vices_ne_sont_pas_des_crimes_-_XX&amp;diff=2760"/>
		<updated>2010-09-13T23:17:46Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Safeguard : Page créée avec « {{Navigateur|Les Vices ne sont pas des crimes - IXX|Lysander Spooner&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spoo... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - IXX|Les Vices ne sont pas des crimes - IXX]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI]]}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner]]|XX}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mais certaines personnes ont l&#039;habitude de dire que &#039;&#039;la&#039;&#039; consommation d&#039;alcool est la grande sources du crime; que &amp;quot;cela remplit nos prisons de criminels&amp;quot;; et que c&#039;est une raison suffisante pour en prohiber la vente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les gens qui disent cela parlent sérieusement, c&#039;est qu&#039;ils parlent sans savoir et sans réfléchir. Ce qu&#039;ils essayent apparemment de faire comprendre, c&amp;amp;nbsp;&#039;est qu&#039;un très important pourcentage de tous les crimes commis entre les hommes sont commis par des personnes dont les passions criminelles sont exacerbées, &#039;&#039;à un moment&#039;&#039;, par la consommation d&#039;alcool, et en conséquence de la consommation d&#039;alcool.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette idée est totalement saugrenue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, les grands crimes commis dans le monde sont pour la plupart motivés par l&#039;avarice et l&#039;ambition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus grands de tous les crimes sont les guerres que livrent les gouvernements, afin de piller, asservir, et détruire l&#039;humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après ceux-là, les plus grands crimes commis dans le monde sont également motivés par l&#039;avarice et l&#039;ambition; et ils sont commis, non pas par passion soudaine, mais par des hommes calculateurs, à la tête froide et claire, et qui n&#039;ont pas la moindre intention d&#039;aller en prison pour leur actes. Ils sont commis, moins par des hommes qui &#039;&#039;violent&#039;&#039; les lois, que par des hommes qui, tout seuls ou à l&#039;aide de leurs agents, &#039;&#039;font&#039;&#039; les lois; par des hommes qui ont comploté pour usurper un pouvoir arbitraire, et le maintenir par la force et par la fraude, et dont le but est de l&#039;usurper et de le maintenir par une législation injuste et inégale, de s&#039;assurer des avantages et des monopoles tels qu&#039;ils seront à même de contrôler et de piller le labeur et les biens d&#039;autres hommes, et ainsi les appauvrir, afin de veiller à leurs propres richesse et promotion{{ref|1}}. Les vols et méfaits commis par ces hommes, &#039;&#039;conformément aux lois&#039;&#039;, – c&#039;est à dire à leurs propres lois – sont comme des montagnes à côté de taupinières, en comparaison avec les crimes commis par tous les autres criminels, en &#039;&#039;violation&#039;&#039; des lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, troisièmement, il existe un grand nombre de fraudes de toutes sortes commises pendant les transactions commerciales, dans lesquelles les protagonistes, par leur sang-froid et leur sagacité, évitent de se conformer aux lois. Et seule leur tête froide et claire le leur permet. Des hommes sous l&#039;influence de boissons enivrantes sont bien moins aptes que les précédents à réussir de telles fraudes. Ils sont les plus imprudents, les moins heureux dans leurs entreprises, les moins efficaces parmi tous les criminels qui ont affaire à la loi, et ceux dont on a le moins à craindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatrièmement. Les cambrioleurs, voleurs, détrousseurs, faussaires, faux-monnayeurs, et escrocs qui s&#039;attaquent à la société, sont tout sauf des buveurs invétérés. Leur commerce est d&#039;un genre bien trop dangereux pour tolérer les risques qu&#039;une telle ébriété impliquerait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cinquièmement. Les crimes qu&#039;on peur affirmer avoir été commis sous l&#039;influence de boissons enivrantes sont pour la plupart des bagarres pas très nombreuses, et généralement pas très graves. Certains autres crimes mineurs, tels que les vols à l&#039;étalage, ou autres atteintes mineures à la propriété d&#039;autrui, sont parfois commis sous l&#039;influence de l&#039;alcool par des personnes à l&#039;esprit simple, peu habituées au crime en général. Les hommes qui commettent ces crimes mineurs sont peu nombreux. Personne ne peut dire qu&#039;ils &amp;quot;remplissent nos prisons&amp;quot;; ou, si c&#039;est le cas, on devrait se féliciter d&#039;avoir besoin de si peu de prisons, et de prisons si petites, pour les enfermer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;État du Massachussetts, par exemple, compte un million et demi d&#039;habitants. Combien de ces derniers sont aujourd&#039;hui en prison pour des &#039;&#039;crimes&#039;&#039; – non pas pour le vice d&#039;avoir été saoul, mais pour des &#039;&#039;crimes&#039;&#039; – commis contre des personnes ou des biens sous l&#039;influence d&#039;une boisson puissante&amp;amp;nbsp;? Je doute qu&#039;il y en ait un sur dix mille, c&#039;est-à-dire, cent cinquante en tout; et les crimes pour lesquels ces derniers sont en prison sont pour la plupart bien minimes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et je penses qu&#039;on découvrira que ces quelques hommes méritent en général plus notre pitié qu&#039;une punition, parce que c&#039;était leur pauvreté et leur misère, plutôt qu&#039;une passion pour l&#039;alcool, pour le crime, qui les a poussés à boire, et qui les a ainsi incités à commettre leur cime sous les effets de la boisson.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vaste accusation selon laquelle l&#039;alcool &amp;quot;remplit nos prisons de criminels&amp;quot; est formulée à, je pense, uniquement par des hommes ne sachant rien faire de mieux que d&#039;appeler un ivrogne un criminel; et leur accusation n&#039;a d&#039;autre fondement que le fait honteux que nous sommes un peuple brutal et déraisonnable, au point de condamner et punir les personnes faibles et infortunées que sont les ivrogne, comme si elles étaient des criminels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les législateurs qui autorisent, et les juges qui pratiquent de telles atrocités, sont intrinsèquement des criminels. A moins que leur ignorance soit telle – et elle ne l&#039;est probablement pas – qu&#039;elle puisse leur servir d&#039;excuse. Et si ils devaient eux-mêmes être punis en tant que criminels, notre conduite aurait plus de sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un juge de paix de Boston m&#039;a dit un jour qu&#039;il avait l&#039;habitude de se débarrasser des ivrognes (en les envoyant en prison pour trente jours – je crois que c&#039;était cela la peine d&#039;usage) &#039;&#039;au rythme d&#039;un toutes les trois minutes&#039;&#039;&amp;amp;nbsp;!, et parfois même plus rapidement que cela; les condamnant ainsi en tant que criminels,et les expédiant en prison, sans pitié, et sans s&#039;enquérir des circonstances, pour une infirmité qui devrait leur donner droit à de la compassion et à la protection, à la place d&#039;une punition. Les véritables criminels dans ces cas-là n&#039;étaient pas les hommes qui allaient en prison, mais le juge et les hommes à ces ordres, qui les ont mis sous les verrous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je recommande à ces personnes qui sont tellement malheureuses à l&#039;idée que les prisons du Massachussetts ne regorgent pas de criminels d&#039;employer une petite partie, au moins, de leur philanthropie à empêcher que nos prisons ne se remplissent de personnes qui ne sont &#039;&#039;pas&#039;&#039; des criminels. Je ne me souviens pas avoir entendu que leur sympathie soit jamais allée dans ce sens. Au contraire, la punition des criminels semble être une telle passion chez elles qu&#039;elles ne se donnent pas la peine de s&#039;enquérir si un candidat à la punition est réellement un criminel. Une telle passion, je peux le leur assurer, est bien plus dangereuse, et a droit à beaucoup moins de charité, qu&#039;elle soit morale ou légale, que la passion pour l&#039;alcool.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il semblerait qu&#039;il convienne beaucoup mieux au caractère sans merci de ces hommes d&#039;envoyer un malheur en prison pour soûlerie, et ainsi de l&#039;écraser, et de le dégrader, et de le décourager, et de la détruire pour la vie, qu&#039;il ne leur conviendrait de le sortir de la pauvreté et de la misère l&#039;ayant rendu ivrogne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seules ces personnes qui ont soit peu de capacités, soit peu de dispositions, à ouvrir les yeux, à encourager, ou à aider leurs semblables, sont prises de cette passion violente de les gouverner,les commander, et les punir. Si, au lieu de rester inactives, et de donner leur accord et aval à toutes les lois par lesquelles l&#039;homme faible est d&#039;abord dépossédé, opprimé, et découragé, et ensuite puni en tant que criminel, elles se consacraient plus aux devoirs de défendre ses droits et d&#039;améliorer sa condition, et ainsi à le rendre plus fort, et à le rendre capable de se tenir debout sur ses propres jambes, et de résister aux tentations qui l&#039;entourent, elles n&#039;auraient, je pense, que faire de parler de lois et de prisons pour les vendeurs de rhum ou les buveurs de rhum, ou même pour n&#039;importe quelle autre catégorie de criminels ordinaires. Si, pour être bref, ces hommes, tellement angoissés par la suppression du crime mettaient en suspens, pour quelques temps, leurs appels au gouvernement pour aider à la suppression des crimes des individus, et en appelaient au peuple pour les aider à supprimer les rimes du gouvernement, ils démontreraient à la fois leur sincérité et leur bon sens d&#039;une manière beaucoup plus évidente que ce n&#039;est le cas actuellement. Quand les lois seront toutes à ce point justes et équitable qu&#039;il sera possible pour tous les hommes et toutes les femmes de vivre honnêtement et vertueusement, et de trouver leur propre confort et bonheur, il y aura beaucoup moins d&#039;occasions qu&#039;il n&#039;en existe à présent de les accuser d&#039;un style de vie malhonnête et vicieux.&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
# {{note|1}} Une première réponse est: si le fait que la consommation d&#039;alcool mène à la pauvreté et à la misère est une raison suffisante pour en prohiber &#039;&#039;la vente&#039;&#039;, c&#039;est tout autant une raison suffisante pour en prohiber la consommation; car s&#039;est la &#039;&#039;consommation&#039;&#039;, et non pas la &#039;&#039;vente&#039;&#039;, qui mène à la pauvreté. Le vendeur est, tout au plus, seulement un complice du buveur. Et c&#039;est une règle de droit, ainsi que de raison, que si le responsable d&#039;acte n&#039;est pas réprimandable, le complice ne peut pas l&#039;être davantage.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - IXX|Les Vices ne sont pas des crimes - IXX]]|[[Lysander Spooner]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]]|[[Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XXI|Les Vices ne sont pas des crimes - XXI]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Safeguard</name></author>
	</entry>
</feed>