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	<title>Librairal - Contributions [fr]</title>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Ludwig_von_Mises:Politique_%C3%A9conomique_-_Quatri%C3%A8me_le%C3%A7on_%E2%80%94_Inflation&amp;diff=114210</id>
		<title>Ludwig von Mises:Politique économique - Quatrième leçon — Inflation</title>
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		<updated>2014-02-14T14:43:30Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Ludwig von Mises:Politique économique|Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain]]|[[Ludwig von Mises]]|Quatrième leçon — Inflation}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les quantités de caviar offertes en vente étaient aussi abondantes que les quantités de pommes de terre, le prix du caviar — c&#039;est-à-dire le taux d&#039;échange entre caviar et monnaie ou entre caviar et autres marchandises — changerait considérablement. Dans cette hypothèse, l&#039;on pourrait se procurer du caviar en échange d&#039;un sacrifice bien moindre que celui nécessaire aujourd&#039;hui. De la même façon, si la quantité de monnaie est accrue, le pouvoir d&#039;achat de l&#039;unité de monnaie décroît, et la quantité de marchandises qui peut être obtenue pour une unité de cette monnaie diminue également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;au seizième siècle, les réserves d&#039;or et d&#039;argent existant en Amérique furent découvertes et exploitées, d&#039;énormes quantités de ces métaux précieux furent transportées en Europe. Le résultat de cette augmentation de la quantité de monnaie fut une tendance générale à la hausse des prix. De la même façon, aujourd&#039;hui, lorsqu&#039;un gouvernement accroît la quantité de papier-monnaie, le résultat est que le pouvoir d&#039;achat de l&#039;unité monétaire se met à baisser, et ainsi les prix montent. Voilà ce qu&#039;on appelle l&#039;inflation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malheureusement, aux États-Unis, aussi bien que dans d&#039;autres pays, certaines gens préfèrent attribuer la cause de l&#039;inflation non pas à l&#039;augmentation de la quantité de monnaie, mais plutôt à la hausse des prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant, il n&#039;y a jamais eu d&#039;argument sérieux opposable à l&#039;interprétation économique de la relation mutuelle entre les prix et la quantité de monnaie, ou du taux d&#039;échange entre la monnaie et les autres biens, denrées et services. Dans les conditions techniques actuelles, il n&#039;est rien de plus facile que de fabriquer des morceaux de papier sur lesquels l&#039;on imprime un chiffre représentant un certain nombre d&#039;unités monétaires. Aux États-Unis, où tous les billets ont la même dimension, il ne coûte pas davantage au gouvernement d&#039;imprimer un billet de mille dollars qu&#039;un billet d&#039;un dollar. C&#039;est uniquement un travail d&#039;imprimerie exigeant la même quantité de papier et d&#039;encre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au dix-huitième siècle, lorsqu&#039;on fit les premiers essais d&#039;émission de billets de banque ayant qualité de monnaie légale — c&#039;est-à-dire que l&#039;on devrait honorer dans les transactions de la même façon qu&#039;étaient honorées les pièces d&#039;or et d&#039;argent — les gouvernements et les peuples crurent que les banquiers possédaient quelque science secrète leur permettant de créer de la richesse à partir de rien. Lorsque les gouvernements se trouvaient en difficultés financières, ils crurent qu&#039;il leur suffirait de mettre un banquier habile à la tête de leurs finances pour être débarrassés de tous leurs ennuis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques années avant la Révolution Française, le Roi de France, étant à court d&#039;argent, rechercha un tel habile homme et lui conféra une haute charge officielle. Cet homme était, à tous égards, l&#039;exact opposé de ceux qui jusqu&#039;alors avaient gouverné en France. D&#039;abord il n&#039;était pas Français, c&#039;était un étranger, un Genevois. Ensuite, ce n&#039;était pas un noble, mais un roturier. Et ce qui comptait encore davantage au dix-huitième siècle, en France, il n&#039;était pas catholique, mais protestant. C&#039;est ainsi que Monsieur Necker, le père de la célèbre Madame de Staël, devint ministre des Finances, et chacun espéra le voir résoudre le problème financier de la France. Mais en dépit du haut niveau de confiance dont jouissait M. Necker, le trésor royal resta vide — l&#039;erreur capitale de Necker ayant été sa tentative de financer l&#039;aide aux colonies américaines dans leur guerre d&#039;indépendance contre l&#039;Angleterre, sans lever d&#039;impôts. C&#039;était certainement un mauvais moyen de chercher une solution aux difficultés financières du royaume de France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut y avoir de moyen mystérieux pour résoudre les problèmes financiers d&#039;un gouvernement ; s&#039;il a besoin d&#039;argent, il doit se procurer cet argent en le prélevant par l&#039;impôt sur les citoyens (ou, sous certaines conditions, en l&#039;empruntant à ceux qui ont de l&#039;argent). Mais beaucoup de gouvernements, nous pouvons même dire la plupart des gouvernements, pensent qu&#039;il y a un troisième moyen d&#039;obtenir la monnaie désirée, c&#039;est de l&#039;imprimer, tout simplement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le gouvernement veut réaliser quelque chose d&#039;avantageux — si par exemple il désire construire un hôpital — le moyen de trouver l&#039;argent nécessaire à ce projet est de lever la somme sur le contribuable et de la consacrer à la construction projetée. Dans ce cas, il ne se produira pas de « perturbation des prix », parce que lorsque le gouvernement prélève les sommes et construit l&#039;hôpital, les citoyens, une fois l&#039;impôt payé, sont obligés de restreindre leur dépense. Le contribuable individuel, lui, est bien forcé de réduire soit sa consommation, soit ses investissements, soit son épargne liquide. Le gouvernement se présentant sur le marché comme acheteur, remplace le citoyen individuel ; le citoyen achète moins pendant que le gouvernement achète davantage. Le gouvernement, bien entendu, n&#039;achète pas toujours les mêmes biens que le citoyen aurait achetés, mais dans l&#039;ensemble, il ne se produit pas de hausse des prix consécutivement à la construction d&#039;un hôpital par l&#039;État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai choisi cet exemple d&#039;un hôpital parce que les gens disent parfois : « Il y a une différence, si le gouvernement emploie ses fonds pour de bons objectifs ou pour de mauvais objectifs ». Mais j&#039;entends supposer que le gouvernement emploie toujours la monnaie qu&#039;il a fait imprimer, pour des objectifs les meilleurs possibles, des objectifs sur lesquels nous sommes tous d&#039;accord. Car ce n&#039;est pas la façon dont l&#039;argent est dépensé, mais ma façon dont il est obtenu qui provoque les conséquences que nous appelons inflation, conséquences que la majorité des gens dans le monde d&#039;aujourd&#039;hui ne considèrent pas comme bénéfiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, sans qu&#039;il y ait inflation, le gouvernement pourrait utiliser l&#039;argent levé par l&#039;impôt pour recruter de nouveaux fonctionnaires, ou pour payer mieux ceux qu&#039;il emploie déjà. Alors ces gens dont les appointements ont augmenté, sont en mesure de dépenser davantage. Quand le gouvernement prend de l&#039;argent au contribuable et l&#039;emploie pour relever les salaires de son personnel, les contribuables ont moins à dépenser mais les fonctionnaires en ont davantage. Les prix en général ne monteront pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si ce que le gouvernement distribue ainsi ne provient pas des recettes fiscales, si c&#039;est simplement de la monnaie imprimée en supplément, cela signifie que certaines personnes auront en poche davantage de monnaie alors que toutes les autres en auront autant qu&#039;avant. Les gens qui reçoivent cette monnaie fraîchement créée vont être en compétition avec les acheteurs qui étaient déjà sur le marché. Et comme il n&#039;y a pas en vente plus de choses qu&#039;avant, alors qu&#039;il y a davantage de monnaie offerte — comme il y a des gens qui désormais peuvent acheter aujourd&#039;hui plus qu&#039;ils ne pouvaient acheter hier — il y aura une demande plus forte pour la même quantité de biens en vente. Par conséquent, les prix auront tendance à monter. Il n&#039;y a pas moyen d&#039;éviter cela, quel que soit l&#039;usage fait de cette monnaie nouvellement émise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a plus important encore ; cette tendance des prix vers la hausse va se communiquer de proche en proche ; ce n&#039;est pas un mouvement global, vers le haut, de ce qu&#039;on a appelé le « niveau des prix ». Il ne faut jamais se servir de cette expression métaphorique, le « niveau » des prix. Lorsque les gens parlent d&#039;un « niveau » des prix, ils ont à l&#039;esprit l&#039;image d&#039;un liquide dont le niveau monte ou descend selon que sa quantité augmente ou diminue ; mais le niveau d&#039;un liquide dans un récipient monte ou descend de la même hauteur en tous ses points. En ce qui concerne les prix, il n&#039;y a rien qu&#039;on puisse appeler leur « niveau ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les prix ne varient pas tous ensemble dans la même proportion. Il y a toujours des prix qui changent plus rapidement, qui montent ou baissent plus vite que les autres prix. Et il y a une raison à cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considérez le cas d&#039;un employé de l&#039;État qui a reçu de cette nouvelle monnaie émise en supplément. Les gens n&#039;achètent pas aujourd&#039;hui exactement les mêmes articles qu&#039;hier, et dans les mêmes quantités. La monnaie additionnelle que le gouvernement a imprimée et introduite sur le marché n&#039;est pas employée à acheter toutes les denrées et services. On l&#039;emploie pour acheter certains articles, dont le prix tendra à monter, pendant que d&#039;autres articles resteront au prix antérieur. Ainsi, quand l&#039;inflation débute, des groupes différents de la population s&#039;en trouvent affectés de différentes façons. Ceux d&#039;entre ces groupes qui reçoivent les premiers la monnaie supplémentaire ont un avantage momentané.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un gouvernement recourt à l&#039;inflation pour faire la guerre, il doit acheter des munitions, et les premiers à recevoir la monnaie additionnelle sont les industries fabriquant des munitions et les gens qui travaillent dans ces industries. Ces groupes sont alors dans une position très favorables. Les profits et les salaires y sont plus élevés, leurs affaires se développent. Pourquoi ? Parce qu&#039;ils ont été les premiers à encaisser la monnaie émise. Et ayant maintenant plus d&#039;argent à leur disposition, ils achètent. Ils achètent à d&#039;autres gens, qui fabriquent et vendent ce dont ont envie les gens qui font des munitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces fournisseurs forment un second groupe. Et ce second groupe considère que l&#039;inflation est une chose excellente pour les affaires. Pourquoi pas ? N&#039;est-ce pas merveilleux que de vendre davantage ? Par exemple, un propriétaire de restaurant à proximité de l&#039;usine de munitions se dit : « Tout va très bien ! Les ouvriers et les employés de cette usine ont plus d&#039;argent, et ils sont bien plus nombreux qu&#039;avant ; ce sont des clients fidèles de mon restaurant ; j&#039;en suis bien content. » Il ne voit aucune raison de penser autrement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La situation est celle-ci : les gens auxquels la monnaie émise arrive en premier ont maintenant un revenu plus élevé, et ils peuvent encore se procurer nombre d&#039;articles et de services à des prix qui correspondent à l&#039;état antérieur du marché, à la situation existant à la veille de l&#039;inflation. Ils sont donc dans une position très favorable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l&#039;inflation se répand petit à petit, d&#039;un groupe de la population à d&#039;autres. Et tous ceux auxquels la monnaie additionnelle parvient dans les premiers temps de l&#039;inflation en sont avantagés parce qu&#039;ils peuvent encore acheter certains biens à des prix établis dans la période antérieure, et traduisant l&#039;ancienne relation d&#039;échange entre la monnaie et les marchandises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seulement il y a d&#039;autres groupes dans la population, et à ceux-là la monnaie additionnelle ne parvient que beaucoup plus tard. Ces gens-là sont dans une situation défavorable. Avant que la monnaie additionnelle ne leur parvienne, ils sont obligés de payer plus cher qu&#039;avant beaucoup de choses — ou pratiquement toutes les choses — qu&#039;ils avaient l&#039;habitude d&#039;acheter, alors que leur revenu n&#039;a pas changé, qu&#039;il n&#039;a pas augmenté proportionnellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considérez par exemple un pays comme les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale ; d&#039;une part, l&#039;inflation à ce moment-là favorisait les ouvriers métallurgistes, les industries d&#039;armement, les fabricants de canons, pendant que d&#039;autre part elle portait un dommage à d&#039;autres groupes de la population. Et ceux qui supportaient les plus lourds désavantages étaient les enseignants et les membres du clergé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme vous le savez, un membre du clergé est une personne très modeste qui ne doit pas trop parler d&#039;argent. Les enseignants, de même, sont des personnes dévouées qui sont censées penser plus à l&#039;éducation des jeunes qu&#039;à leurs propres appointements. En conséquence, les instituteurs et les pasteurs furent parmi les plus pénalisés par l&#039;inflation, car les diverses écoles et églises furent les dernières à comprendre qu&#039;il fallait reconsidérer leurs salaires. Lorsque les conseils paroissiaux et les associations de soutien des écoles s&#039;aperçurent enfin que, après tout, l&#039;on devrait bien aussi améliorer le revenu de ces personnes dévouées, les pertes qu&#039;elles avaient subies dans l&#039;entre-temps restèrent à leur charge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant longtemps, elles durent acheter moins qu&#039;avant, réduire leur consommation d&#039;aliments les meilleurs et les plus chers, retarder leurs dépenses d&#039;habillement — parce que les prix de ces objets avaient déjà été rajustés en hausse pendant que leurs revenus, leurs traitements, ne l&#039;avaient pas encore été. (Cette situation a changé considérablement maintenant, au moins pour les enseignants.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y donc toujours divers groupes dans la population, que l&#039;inflation affecte diversement. Pour certains, l&#039;inflation n&#039;est pas tellement un mal ; ils demandent même qu&#039;elle continue, parce qu&#039;ils sont les premiers à en profiter. Nous verrons, dans la leçon suivante, pourquoi cette inégalité dans les conséquences de l&#039;inflation affecte de façon vitale les politiques qui conduisent à l&#039;inflation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cours des changements entraînés par l&#039;inflation, nous avons des groupes qui sont avantageux et des groupes qui réalisent directement des profits. Je n&#039;emploie pas le terme de profits pour en faire reproche à ces gens, car s&#039;il y a quelqu&#039;un à blâmer, c&#039;est le gouvernement qui a été établi l&#039;inflation. Et il y a toujours des gens qui sont partisans de l&#039;inflation parce qu&#039;ils comprennent ce qui va se passer plus tôt que les autres. Leurs profits à cette occasion tiennent au fait qu&#039;il y aura nécessairement inégalité dans les répercussions de l&#039;inflation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir peut penser que l&#039;inflation —en tant que moyen de fiscalité inavouée — est préférable à l&#039;impôt, qui est toujours impopulaire et malcommode. Dans beaucoup de grandes et riches nations les législateurs ont souvent discuté, pendant de nombreux mois, les diverses modalités de nouveaux impôts qui étaient devenus nécessaires parce que le parlement avait décidé d&#039;augmenter les dépenses. Ayant examiné les diverses méthodes de prélever les fonds par l&#039;impôt, l&#039;on a finalement décidé qu&#039;il était probablement plus indiqué de la faire par l&#039;inflation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais bien entendu, on n&#039;a pas parlé d&#039;inflation. Le politicien au pouvoir qui se prépare à y recourir n&#039;annonce pas « je vais procéder à une inflation ». Les méthodes techniques employées sont si complexes que le citoyen ordinaire ne se rend pas compte qu&#039;elle est déjà en marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;une des plus gigantesques inflations de l&#039;histoire se produisit dans le Deuxième Reich allemand après la Première Guerre mondiale. L&#039;inflation n&#039;avait pas été si importante pendant la guerre même ; ce fut l&#039;inflation après les hostilités qui s&#039;acheva en catastrophe. Le gouvernement n&#039;a jamais dit « Nous allons faire de l&#039;inflation ». L&#039;État emprunta simplement de l&#039;argent très indirectement à la banque centrale. Le gouvernement n&#039;avait pas à s&#039;inquiéter de la façon dont la banque se procurerait l&#039;argent pour le lui donner : elle l&#039;imprimait tout simplement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, les techniques inflationnistes sont compliquées par le fait de la monnaie-chèques. Elle implique une technique différente, mais le résultat est le même. D&#039;un trait de plume, le gouvernement crée de la monnaie par ordre, gonflant ainsi la quantité de monnaie et de crédit. Le gouvernement donne simplement un ordre, et la monnaie-miracle est là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début, le gouvernement ne s&#039;inquiète pas du fait qu&#039;il y a des perdants, la montée des prix ne lui cause aucune appréhension. Les législateurs trouvent le système extraordinairement pratique. Mais cet admirable système a un défaut radical : il ne peut pas durer. Si l&#039;inflation pouvait se répéter indéfiniment, il n&#039;y aurait aucune raison de dire aux gouvernants de ne pas s&#039;en servir. Mais la chose certaine en ce qui concerne l&#039;inflation, c&#039;est que tôt ou tard, elle devra s&#039;arrêter. C&#039;est une politique qui ne peut être permanente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la longue, l&#039;inflation prend fin par l&#039;effondrement de la monnaie légale, qui est une catastrophe, analogue à celle qu&#039;on connue les Allemands en 1923. Le 1er août 1914, la valeur du dollar était de 4 marks et 20 pfennigs. Neuf ans et trois mois plus tard, en novembre 1923, le dollar était coté à 4 milliards 200 millions de marks. En d&#039;autres termes, le mark ne valait plus rien, il n&#039;avait absolument aucune valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a quelques années, un auteur célèbre écrivait « à long terme, nous sommes tous morts ». C&#039;est une vérité évidente, quoique triste. Mais la question pratique est de savoir combien de temps durera le court terme ? Au dix-huitième siècle vivait une dame fameuse, Madame de Pompadour, à qui l&#039;on prête ce mot : « Après nous, le déluge ». Madame de Pompadour eut du moins la chance de mourir dans le court terme. Mais sa remplaçante au même poste, Madame du Barry, survécut au court terme et fit décapitée au long terme. Pour bien des gens le « long terme » devient rapidement le court terme, et d&#039;autant plus court que l&#039;inflation a déjà duré plus longtemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le long terme peut-il durer ? Combien de temps une banque d&#039;émission peut-elle continuer à faire de l&#039;inflation ? probablement aussi longtemps que les gens restent persuadés que le gouvernement, tôt ou tard mais en tout cas pas trop tard, s&#039;arrêtera d&#039;imprimer de la monnaie et donc de faire diminuer la valeur de chaque unité monétaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les gens cessent de croire cela, lorsqu&#039;ils comprennent que le gouvernement ira de plus en plus loin sans aucune intention de s&#039;arrêter, alors ils commencent à réaliser que les prix de demain seront plus hauts que ceux d&#039;aujourd&#039;hui. Et ils se mettent à acheter à tout prix, ce qui fait que les prix montent à des hauteurs telles que le système monétaire s&#039;écroule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je cite cet exemple de l&#039;Allemagne, parce que le monde entier l&#039;a vu se dérouler. De nombreux livres ont décrit les événements de cette époque. (Bien que je ne sois pas Allemand, mais Autrichien, j&#039;ai vu tout cela de l&#039;intérieur : en Autriche, la situation n&#039;était pas très différente de celle de l&#039;Allemagne ; l&#039;une et l&#039;autre n&#039;étaient d&#039;ailleurs pas très différentes de celles de plusieurs autres pays d&#039;Europe). Pendant plusieurs années, les Allemands avaient cru que leur inflation n&#039;était qu&#039;une affaire temporaire, qu&#039;elle finirait par s&#039;arrêter un jour prochain. Ils pensèrent de la sorte pendant neuf ans presque, jusqu&#039;à l&#039;été de 1923. Finalement, ils se mirent à douter. L&#039;inflation persistant, les gens pensèrent qu&#039;il était plus prudent d&#039;acheter tout ce qu&#039;ils pouvaient trouver, au lieu de garder de l&#039;argent en poche. En outre, ils se dirent qu&#039;il était contre-indiqué de consentir des prêts en monnaie, et que s&#039;endetter était une excellente idée. Ainsi l&#039;inflation nourrissait elle-même l&#039;inflation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela continua en Allemagne exactement jusqu&#039;au 28 Août 1923. Les multitudes avaient vécu dans l&#039;illusion que la monnaie inflationniste était la vraie monnaie, et découvraient que les choses avaient changé. A cette extrémité de l&#039;inflation, en Automne 1923, les entreprises allemandes payaient leurs salariés chaque matin d&#039;avance, pour la journée. Et l&#039;ouvrier arrivait à l&#039;usine avec sa femme, lui remettait son salaire — tous les millions qu&#039;il recevait — sans perdre un instant. Et l&#039;épouse immédiatement allait dans un magasin acheter quelque chose, n&#039;importe quoi. C&#039;est qu&#039;elle avait compris comme presque tout le monde à l&#039;époque, que du jour au lendemain le mark perdait la moitié de son pouvoir d&#039;achat. L&#039;argent fondait dans la poche des gens comme un morceau de chocolat sur un poêle allumé. Cette ultime phase de l&#039;inflation allemande ne dura pas longtemps ; au bout de quelques jours le cauchemar s&#039;acheva : la mark n&#039;avait plus de valeur, et il fallait établir une nouvelle monnaie légale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lord Keynes, ce même personnage qui disait qu&#039;à long terme nous serons tous morts, fut l&#039;un des écrivains inflationnistes dont la lignée s&#039;est allongée durant le vingtième siècle. Leur cible commune était l&#039;étalon-or. Lorsque Keynes l&#039;attaqua à son tour, il appela l&#039;étalon-or une « relique barbare ». Et presque tout le monde aujourd&#039;hui trouve ridicule de parler d&#039;un retour à l&#039;étalon-or. Aux États-Unis, par exemple, l&#039;on vous considère plus ou moins comme un rêveur si vous dites « Tôt ou tard, les U.S.A. devront revenir à l&#039;étalon-or ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;étalon-or a pourtant une vertu proprement formidable : la quantité de monnaie disponible, en régime d&#039;étalon-or, est indépendante de la politique des gouvernants et des parties politiques. C&#039;est là son avantage. C&#039;est concrètement une protection contre les gouvernements prodigues. Si, en système d&#039;étalon-or, le gouvernement est sollicité de dépenser de l&#039;argent pour quelque nouveauté, le ministre des Finances peut dire « Où puis-je trouver cet argent ? Dites-moi d&#039;abord comment nous financerons cette dépense supplémentaire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En système inflationniste, rien n&#039;est plus aisé aux politiciens que de donner ordre aux fonctionnaires chargés de la presse à billets de fournir les sommes nécessaires à leurs projets. En système d&#039;étalon-or, un sain gouvernement a de bien meilleures chances de prévaloir : les responsables peuvent dire aux citoyens et aux politiciens ; « Nous ne pouvons pas faire ce que vous souhaitez, à moins d&#039;augmenter les impôts. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Inversement, dans un climat inflationniste les gens prennent l&#039;habitude de considérer le gouvernement comme une institution aux moyens illimités : l&#039;État, le Gouvernement peuvent faire n&#039;importe quoi. Si par exemple le pays désire un réseau d&#039;autoroutes, il demande au gouvernement de le faire construire. Mais d&#039;où le gouvernement tirera-t-il l&#039;argent ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;on pourrait dire qu&#039;aux États-Unis aujourd&#039;hui — et même dans le passé sous Mc Kinley — le Parti Républicain a généralement été plus ou moins en faveur de la monnaie saine et de l&#039;étalon-or, tandis que le Parti Démocrate était en faveur de l&#039;inflation. Bien entendu, pas d&#039;inflation-papier, mais par la monétisation de l&#039;argent-métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut pourtant un Président démocrate des États-Unis, Cleveland, qui à la fin des années 1880 opposa son veto à une décision du Congrès de donner une modeste somme — environ 10 000 dollars — comme secours à une collectivité locale qui avait été victime d&#039;une calamité. Et le Président Cleveland justifiait son veto en écrivant : « Alors qu&#039;il est du devoir des citoyens d&#039;apporter leur aide au gouvernement, ce n&#039;est pas celui du gouvernement que d&#039;aider les citoyens. » Voilà ce que tout homme d&#039;État devrait écrire sur les murs de son cabinet, pour le donner à lire aux gens qui viennent demander de l&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis gêné par la nécessité de simplifier ces problèmes. Il y a tant de problèmes complexes dans le système monétaire ! Et je n&#039;aurais pas écrit des volumes entiers à leur propos s&#039;ils avaient été aussi simples que je les décris ici. Mais l&#039;idée fondamentale est celle-ci : si vous augmentez la quantité de monnaie, vous provoquez l&#039;abaissement du pouvoir d&#039;achat de l&#039;unité monétaire. C&#039;est là ce qui fait mal aux gens dont les intérêts propres sont lésés. Ce sont les gens qui ne tirent pas avantage de l&#039;inflation, qui seuls s&#039;en plaignent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;inflation est une mauvaise chose et si les gens le comprennent, comment se fait-il qu&#039;elle soit devenue presque un mode de vie dans tous les pays ? Même quelques-unes des nations les plus riches souffrent de cette maladie. Les États-Unis sont certainement aujourd&#039;hui la nation la plus riche du monde, celle où le niveau de vie est le plus élevé. Mais en voyageant à travers ce pays, vous constateriez qu&#039;il y est partout parlé d&#039;inflation et de la nécessité d&#039;y mettre un terme. Mais l&#039;on en parle seulement ; on n&#039;y fait rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour vous rappeler quelques faits : après la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne revint à la parité d&#039;avant-guerre de la livre sterling. Autrement dit, elle réévalua en hausse sa monnaie. Cela augmenta le pouvoir d&#039;achat du salaire de chaque travailleur. Dans un marché non entravé, le taux nominal des salaires aurait baissé pour faire compensation, cependant que le taux réel n&#039;aurait pas été affecté. Nous n&#039;avons pas le temps d&#039;examiner les raisons qui expliquent cela. Mais les syndicats en Grande-Bretagne n&#039;acceptèrent pas que les taux de salaires soient ajustés en fonction du nouveau pouvoir d&#039;achat de l&#039;unité monétaire, de sorte que les salaires réels se trouvèrent fortement relevés par cette mesure monétaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut là une vraie catastrophe pour l&#039;Angleterre, car la Grande-Bretagne est un pays à forte prédominance industrielle qui doit importer ses matières premières, des produits semi-finis et des produits alimentaires pour vivre, et payer ces importations en exportant des produits manufacturés. Du fait de ce relèvement de la valeur internationale de la livre, le prix des produits britanniques augmenta sur les marchés extérieurs, et les ventes à l&#039;exportation diminuèrent. La Grande-Bretagne s&#039;était, par les prix, exclue elle-même des marchés mondiaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats britanniques ne pouvaient être mis à la raison. Vous savez quelle est aujourd&#039;hui la puissance d&#039;un syndicat. Il a le doit, pratiquement le privilège, d&#039;user de violence. De ce fait, l&#039;ordre d&#039;un syndicat a, pour ainsi dire, autant d&#039;importance qu&#039;un décret gouvernemental. Le décret gouvernemental est un ordre pour l&#039;application duquel l&#039;appareil de contrainte de la Puissance Publique — la police — peut être requis. Si vous ne vous conformez pas au décret, vous aurez des ennuis avec la police.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malheureusement, nous avons maintenant dans presque tous les pays une autre puissance qui est en mesure d&#039;exercer sa contrainte : les syndicats. Les syndicats arrêtent le taux des salaires et décident des grèves pour le faire observer, de la même façon qu&#039;un gouvernement peut décréter un taux minimum de salaires. Je n&#039;examinerai pas maintenant la question syndicale, nous y reviendrons plus tard. Je désire seulement montrer que la politique syndicale consiste à faire monter le taux de salaire au-dessus du niveau que déterminerait un marché non entravé. Par voie de conséquence, une proportion importante de la force de travail potentielle ne peut être employée que par des entrepreneurs ou des branches industrielles disposés à encourir des pertes. Et comme les entreprises ne pourraient pas supporter indéfiniment des pertes, elles ferment leurs portes et leur personnel perd ses emplois. A fixer le taux des salaires au-dessus de celui qu&#039;aurait déterminé un marché non entravé, l&#039;on condamne au non-emploi une part considérable de la force de travail potentielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Grande-Bretagne, le résultat du succès de la pression syndicale, maintenant les salaires à un taux élevé, fut un chômage permanent, prolongé pendant des années. Des millions de travailleurs restaient sans emploi, la production baissait. Même les experts étaient perplexes. Dans cette situation, le gouvernement britannique prit une décision qu&#039;il considérait comme une indispensable mesure d&#039;exception : il dévalua sa monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le résultat fit que le pouvoir d&#039;achat des salaires en monnaie, auxquels d&#039;étaient accrochés les syndicats, cessa d&#039;être rigide. Les salaires réels, l&#039;équivalent en marchandises des salaires nominaux, baissèrent. Désormais, le salarié ne pouvait plus acheter autant qu&#039;avant, bien que son salaire nominal soit resté le même. De la sorte, pensait-on, les taux de salaires réels rejoindraient le niveau du marché libre et le chômage se résorberait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette opération — la dévaluation — fut imitée par divers autres pays, le France, les Pays-Bas, la Belgique. Un pays, même, y eut recours deux fois en un an et demi : la Tchécoslovaquie. C&#039;était une façon subreptice, dirons-nous, de contrecarrer le pouvoir des syndicats. L&#039;on ne peut cependant pas appeler cela un vrai succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après quelques années, les gens, les travailleurs et les syndicats eux-mêmes, finirent par comprendre ce qui se passait. Ils s&#039;apercevaient que la dévaluation de la monnaie avait réduit leur salaire réel. Les syndicats avaient assez de puissance pour s&#039;opposer à cela. Dans de nombreux pays ils firent insérer dans les contrats de salaires une clause stipulant que les salaires en monnaie devaient suivre automatiquement la hausse des prix. C&#039;est ce qu&#039;on appelle l&#039;indexation. Les syndicats sont devenus attentifs à l&#039;indice des prix. Si bien que cette méthode pour réduire le chômage que le Gouvernement britannique avait inaugurée en 1931 — et qui fut par la suite adoptée par presque tous les gouvernements importants — cette méthode de « solution au non-emploi » n&#039;a plus aujourd&#039;hui aucun effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1936, dans sa Théorie Générale de l&#039;Emploi, de l&#039;Intérêt et de la Monnaie, Lord Keynes a malencontreusement élevé cette méthode — c&#039;est-à-dire ces mesures d&#039;urgence de la période allant de 1929 à 1933 — au rang de principe, comme un système fondamental de politique. Et il justifiait son point de vue en disant : « Le chômage est un mal. Si vous voulez faire disparaître le chômage, il faut gonfler la circulation monétaire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il savait pertinemment que les taux de salaires peuvent être trop élevés pour le marché, c&#039;est-à-dire trop élevés pour qu&#039;il soit avantageux à un entrepreneur d&#039;augmenter son personnel, et donc trop élevés du point de vue de l&#039;ensemble de la population laborieuse, puisque du fait des taux de salaire imposés par les syndicats, et excédant le niveau du marché, une partie seulement des individus désireux de gagner un salaire peut trouver de l&#039;emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et Keynes disait, en effet : « Il est certain qu&#039;un chômage massif prolongé d&#039;année en année, est une situation fort préoccupante » ; mais au lieu de suggérer que les taux de salaires pourraient et devraient être adaptés à l&#039;état du marché, il disait en fait : « si l&#039;on dévalue la monnaie et que les travailleurs ne soient pas assez malins pour s&#039;en rendre compte, ils ne s&#039;opposeront pas à une baisse des salaires réels, aussi longtemps que les salaires nominaux ne changeront pas. » En d&#039;autres termes, Lord Keynes disait que si quelqu&#039;un reçoit aujourd&#039;hui le même montant en livres sterling qu&#039;il recevait avant la dévaluation, il ne s&#039;apercevra pas qu&#039;en réalité il est moins payé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour parler à l&#039;ancienne mode, Keynes proposait d&#039;abuser de la simplicité des travailleurs. Au lieu de déclarer ouvertement que les taux de salaire doivent être adaptés aux circonstances du marché — parce que, s&#039;ils ne le sont pas, une partie de la force de travail restera inévitablement sans emploi — il disait en substance : « Le plein emploi ne peut être réalisé que par l&#039;inflation. Trompez les travailleurs ! » Le fait le plus intéressant, toutefois, est que lorsque fut publiée sa Théorie Générale, il n&#039;était plus possible de tricher, parce que les gens avaient pris conscience de la signification des indices de prix. Cependant, il resta dans les esprits le but assigné : le plein emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;est-ce que cela veut dire : « plein emploi » ? Cela est en rapport avec un marché du travail fonctionnant sans entraves, c&#039;est-à-dire non manipulé par les syndicats ni par les pouvoirs publics. Sur un tel marché, les taux de salaires pour chaque type de travail tendent vers un niveau où quiconque cherche de l&#039;emploi peut en trouver un, et où chaque employeur peut embaucher autant de personnel qu&#039;il en désire. S&#039;il se produit un accroissement de la demande de main-d&#039;oeuvre le taux de salaire tendra à monter, et si l&#039;on a besoin de moins de main-d&#039;oeuvre, il tendra à baisser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seule méthode permettant d&#039;arriver à une situation de « plein emploi » consiste à maintenir un marché du travail non entravé. Cela vaut pour tout genre de travail, et pour tout genre de produit à vendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que fait un entrepreneur lorsqu&#039;il se propose de vendre quelque chose à cinq dollars l&#039;unité ? Supposons qu&#039;il ne le puisse pas ; l&#039;expression technique du commerce, en Amérique, équivaut à ceci : « le stock ne part pas ». Mais il faut que le stock s&#039;écoule. L&#039;entrepreneur ne peut pas conserver cette marchandise, parce qu&#039;il doit acheter quelque chose de neuf ; les modes changent. Alors, il met en vente à un prix moindre. S&#039;il ne peut vendre à cinq dollars, il doit en demander quatre ; et s&#039;il ne vend pas à quatre, il doit demander trois. Il n&#039;y a pas d&#039;autre choix aussi longtemps qu&#039;il tient commerce. Peut-être subira-t-il des pertes, mais celles-ci ont pour origine une erreur de sa part, dans ses pronostics quant à la situation du marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en va de même pour les milliers et milliers de jeunes gens qui journellement viennent de la campagne à la ville, cherchant à gagner de l&#039;argent. C&#039;est ce qui se produit dans tous les pays industriels. Aux États-Unis, ils viennent à la ville avec l&#039;idée qu&#039;ils devraient se faire, par exemple, cent dollars par semaine. Parfois, cela s&#039;avère impossible. Alors, si quelqu&#039;un ne trouve pas d&#039;emploi pour cent dollars, il doit en chercher pour quatre-vingt-dix, quatre-vingts ou même moins encore. Mais s&#039;il se met à dire, comme les syndicats « cent dollars la semaine, ou rien » peut-être restera-t-il sans travail. (Beaucoup ne se font pas scrupule de rester sans emploi parce que le gouvernement distribue des allocations de chômage — financées par des prélèvements spéciaux imposés aux employeurs — qui parfois sont presque aussi élevées que ce que gagnerait le bénéficiaire s&#039;il avait un emploi).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que nombre de gens croient que le plein emploi ne peut être atteint que grâce à l&#039;inflation, l&#039;inflation est, aux États-Unis, une idée admise. Mais les gens discutent la question comme ceci : « Devons-nous préférer une monnaie saine avec du chômage, ou une inflation avec plein-emploi ? » En fait, c&#039;est là une analyse complètement viciée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour traiter ce problème, nous devons poser la question que voici : Comment peut-on améliorer la situation des travailleurs et de tous les autres groupes de la population ? La réponse est : en maintenant le marché du travail libre d&#039;entraves, ce qui conduira au plein-emploi. Notre dilemme est celui-ci : est-ce le marché qui doit déterminer le taux de salaire, ou doivent-ils être déterminés par la pression des syndicats et leur contrainte ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dilemme n&#039;est pas : que choisir, du chômage ou de l&#039;inflation ? Cette fausse position du problème est soutenue en Angleterre, dans les pays industriels d&#039;Europe et même aux États-Unis. Ce qui fait dire à certains : « Voyez : même les États-Unis font de l&#039;inflation. Pourquoi ne devrions-nous pas faire de même ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ceux qui parlent de la sorte, l&#039;on doit répondre avant tout : « L&#039;un des privilèges de quelqu&#039;un qui est riche, c&#039;est qu&#039;il peut s&#039;offrir le luxe de se comporter sottement beaucoup plus longtemps qu&#039;un pauvre ». Et c&#039;est là la situation des États-Unis. La politique financière des États-Unis est fort mauvaise et ne fait qu&#039;empirer. Peut-être les États-Unis ont-ils les moyens de se comporter sottement un peu plus longtemps que d&#039;autres pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus important à garder en mémoire, c&#039;est que l&#039;inflation n&#039;est pas un coup du sort, ce n&#039;est pas l&#039;effet d&#039;un cataclysme naturel, ou un fléau épidémique comme la peste. L&#039;inflation est une politique, c&#039;est une opération délibérée de dirigeants qui ont recours à l&#039;inflation parce qu&#039;ils la tiennent pour un moindre mal en comparaison du chômage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;inflation est une politique. Et d&#039;une politique, l&#039;on peut changer. Par conséquent, il n&#039;y a pas de raison de s&#039;abandonner à l&#039;inflation. Si l&#039;on considère l&#039;inflation comme un mal, il faut cesser de la provoquer. Il faut équilibrer le budget des pouvoirs publics. Assurément, cela exige l&#039;adhésion de l&#039;opinion publique ; c&#039;est aux intellectuels qu&#039;il incombe d&#039;aider le peuple à comprendre la chose. Avec le soutien de l&#039;opinion publique, il est certainement possible aux représentants élus de renoncer à la politique d&#039;inflation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Ludwig_von_Mises:Politique_%C3%A9conomique_-_Avant-propos&amp;diff=114209</id>
		<title>Ludwig von Mises:Politique économique - Avant-propos</title>
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		<updated>2014-02-14T13:24:12Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Ludwig von Mises:Politique économique|Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain]]|Margit Von Mises|Avant-propos}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vers la fin de 1958, lorsque mon mari fut invité par le Dr Alberto Benegas-Lynch à venir en Argentine faire une série de conférences, l&#039;on me demanda de l&#039;accompagner. Le livre que voici contient, transcrit, ce que mon mari a dit aux centaines d&#039;étudiants argentins venus à ces leçons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous arrivions en Argentine quelques mois après que Peron eût été contraint de quitter le pays. Il avait gouverné de façon ruineuse, et complètement détruit les assises économiques de l&#039;Argentine. Son successeur, Eduardo Lonardi, ne valait pas beaucoup mieux. La nation était prête à accueillir des idées nouvelles, et mon mari était, tout autant, disposé à les apporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses exposés furent faits en anglais, dans l&#039;énorme salle des conférences de l&#039;Université de Buenos Aires. Dans deux pièces voisines ses paroles étaient instantanément traduites en espagnol pour les étudiants, munis d&#039;écouteurs. Ludwig von Mises parla sans aucune réticence du capitalisme, du socialisme, de l&#039;interventionnisme, du communisme, du fascisme, de la politique économique et des dangers de la dictature. Ces jeunes gens, qui écoutaient mon mari, ne connaissaient pas grand-chose en fait de liberté du marché ou de liberté individuelle. Comme je l&#039;ai écrit à propos de cet épisode dans Mes années avec Ludwig von Mises, « Si quelqu&#039;un à cette époque avait eu l&#039;audace d&#039;attaquer le communisme et le fascisme comme le fit mon mari, la police serait arrivée et l&#039;aurait immédiatement arrêté, et la réunion aurait été dispersée ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;audience réagit comme si une fenêtre avait été ouverte et que de l&#039;air frais eût pu circuler librement à travers les pièces. Il parlait sans la moindre note. Comme toujours, sa pensée se guidait sur quelques mots jetés sur une simple feuille de papier. Il savait exactement ce qu&#039;il avait l&#039;intention de dire, et par l&#039;emploi de termes relativement simples il parvenait à communiquer ses idées à un public auquel son oeuvre n&#039;était pas familière, de façon telle que l&#039;on pouvait comprendre sans ambiguïté ce qu&#039;il énonçait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les leçons étaient enregistrées sur bandes magnétiques, et par la suite elles furent transcrites par une secrétaire parlant l&#039;espagnol ; c&#039;est ce manuscrit dactylographié que j&#039;ai retrouvé parmi les papiers posthumes de mon mari. En lisant cette transcription, il me revint en mémoire avec une grande netteté l&#039;enthousiasme singulier avec lequel ces Argentins avaient accueilli ce que leur exposait mon mari. Et il me sembla, n&#039;étant pas moi-même économiste, que ces leçons prononcées devant une audience profane en Amérique du Sud, étaient beaucoup plus faciles à comprendre que beaucoup des écrits plus théoriques de Ludwig von Mises. J&#039;eus le sentiment qu&#039;elles contenaient tant de choses précieuses, tant d&#039;idées importantes pour aujourd&#039;hui et pour l&#039;avenir, qu&#039;il fallait les rendre accessibles au public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme mon mari n&#039;avait jamais révisé la transcription de ces exposés en vue d&#039;une publication en forme de livre, il me restait à le faire. J&#039;ai apporté le plus grand soin à garder intact le sens de chaque phrase, à ne rien modifier du contenu et à conserver toutes les expressions que mon mari employait fréquemment et qui sont si familières à ses lecteurs. Ma seule contribution fut d&#039;assembler les phrases et de supprimer quelques-uns des mots sans importance que chacun emploie dans la conversation ordinaire. Si mon essai pour faire de ces exposés un livre peut avoir réussi, cela n&#039;est dû qu&#039;au fait qu&#039;à chaque phrase dactylographiée j&#039;entendais la voix de mon mari, je l&#039;entendais parler. Il était là vivant, pour moi, vivant par la clarté avec laquelle il démontrait la nocivité et le danger d&#039;un excès de gouvernement, par la netteté et la lucidité avec lesquelles il décrivait les différences entre la dictature et l&#039;interventionnisme, par sa façon spirituelle d&#039;évoquer d&#039;importantes personnalités historiques, par le si petit nombre de notations qui lui suffisait pour faire revivre des temps enfuis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne voudrais pas laisser passer cette occasion de remercier mon bon ami George Koether, pour m&#039;avoir prêté son aide dans cette tâche. Son expérience littéraire et sa profonde compréhension des théories de mon mari ont puissamment contribué à la réalisation de ce livre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;espère que ces exposés seront lus non seulement par des érudits mais aussi par les admirateurs de mon mari qui sont nombreux parmi les non-économistes. Et mon espoir le plus cher est que ce livre soit mis à la disposition d&#039;audience plus jeunes, en particulier des adolescents dans les classes terminales et celles préparant à l&#039;enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Margit Von Mises&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
New York&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Juin 1979&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Ludwig_von_Mises:Politique_%C3%A9conomique_-_Avant-propos&amp;diff=114208</id>
		<title>Ludwig von Mises:Politique économique - Avant-propos</title>
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		<updated>2014-02-14T13:23:56Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Ludwig von Mises:Politique économique|Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain]]|Margit Von Mises|Avant-propos}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vers la fin de 1958, lorsque mon mari fut invité par le Dr Alberto Benegas-Lynch à venir en Argentine faire une série de conférences, l&#039;on me demanda de l&#039;accompagner. Le livre que voici contient, transcrit, ce que mon mari a dit aux centaines d&#039;étudiants argentins venus à ces leçons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous arrivions en Argentine quelques mois après que Peron eût été contraint de quitter le pays. Il avait gouverné de façon ruineuse, et complètement détruit les assises économiques de l&#039;Argentine. Son successeur, Eduardo Lonardi, ne valait pas beaucoup mieux. La nation était prête à accueillir des idées nouvelles, et mon mari était, tout autant, disposé à les apporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses exposés furent faits en anglais, dans l&#039;énorme salle des conférences de l&#039;Université de Buenos Aires. Dans deux pièces voisines ses paroles étaient instantanément traduites en espagnol pour les étudiants, munis d&#039;écouteurs. Ludwig von Mises parla sans aucune réticence du capitalisme, du socialisme, de l&#039;interventionnisme, du communisme, du fascisme, de la politique économique et des dangers de la dictature. Ces jeunes gens, qui écoutaient mon mari, ne connaissaient pas grand-chose en fait de liberté du marché ou de liberté individuelle. Comme je l&#039;ai écrit à propos de cet épisode dans Mes années avec Ludwig von Mises, « Si quelqu&#039;un à cette époque avait eu l&#039;audace d&#039;attaquer le communisme et le fascisme comme le fit mon mari, la police serait arrivée et l&#039;aurait immédiatement arrêté, et la réunion aurait été dispersée ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;audience réagit comme si une fenêtre avait été ouverte et que de l&#039;air frais eût pu circuler librement à travers les pièces. Il parlait sans la moindre note. Comme toujours, sa pensée se guidait sur quelques mots jetés sur une simple feuille de papier. Il savait exactement ce qu&#039;il avait l&#039;intention de dire, et par l&#039;emploi de termes relativement simples il parvenait à communiquer ses idées à un public auquel son oeuvre n&#039;était pas familière, de façon telle que l&#039;on pouvait comprendre sans ambiguïté ce qu&#039;il énonçait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les leçons étaient enregistrées sur bandes magnétiques, et par la suite elles furent transcrites par une secrétaire parlant l&#039;espagnol ; c&#039;est ce manuscrit dactylographié que j&#039;ai retrouvé parmi les papiers posthumes de mon mari. En lisant cette transcription, il me revint en mémoire avec une grande netteté l&#039;enthousiasme singulier avec lequel ces Argentins avaient accueilli ce que leur exposait mon mari. Et il me sembla, n&#039;étant pas moi-même économiste, que ces leçons prononcées devant une audience profane en Amérique du Sud, étaient beaucoup plus faciles à comprendre que beaucoup des écrits plus théoriques de Ludwig von Mises. J&#039;eus le sentiment qu&#039;elles contenaient tant de choses précieuses, tant d&#039;idées importantes pour aujourd&#039;hui et pour l&#039;avenir, qu&#039;il fallait les rendre accessibles au public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme mon mari n&#039;avait jamais révisé la transcription de ces exposés en vue d&#039;une publication en forme de livre, il me restait à le faire. J&#039;ai apporté le plus grand soin à garder intact le sens de chaque phrase, à ne rien modifier du contenu et à conserver toutes les expressions que mon mari employait fréquemment et qui sont si familières à ses lecteurs. Ma seule contribution fut d&#039;assembler les phrases et de supprimer quelques-uns des mots sans importance que chacun emploie dans la conversation ordinaire. Si mon essai pour faire de ces exposés un livre peut avoir réussi, cela n&#039;est dû qu&#039;au fait qu&#039;à chaque phrase dactylographiée j&#039;entendais la voix de mon mari, je l&#039;entendais parler. Il était là vivant, pour moi, vivant par la clarté avec laquelle il démontrait la nocivité et le danger d&#039;un excès de gouvernement, par la netteté et la lucidité avec lesquelles il décrivait les différences entre la dictature et l&#039;interventionnisme, par sa façon spirituelle d&#039;évoquer d&#039;importantes personnalités historiques, par le si petit nombre de notations qui lui suffisait pour faire revivre des temps enfuis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne voudrais pas laisser passer cette occasion de remercier mon bon ami George Koether, pour m&#039;avoir prêté son aide dans cette tâche. Son expérience littéraire et sa profonde compréhension des théories de mon mari ont puissamment contribué à la réalisation de ce livre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;espère que ces exposés seront lus non seulement par des érudits mais aussi par les admirateurs de mon mari qui sont nombreux parmi les non-économistes. Et mon espoir le plus cher est que ce livre soit mis à la disposition d&#039;audience plus jeunes, en particulier des adolescents dans les classes terminales et celles préparant à l&#039;enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Margit Von Mises&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
New York&lt;br /&gt;
Juin 1979&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Ludwig_von_Mises:Politique_%C3%A9conomique&amp;diff=114207</id>
		<title>Ludwig von Mises:Politique économique</title>
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		<updated>2014-02-14T13:23:30Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Ludwig von Mises}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|&#039;&#039;Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain&#039;&#039;|[[Ludwig von Mises]]|1979}}&lt;br /&gt;
{{Autres projets|&lt;br /&gt;
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}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Le livre est paru pour la première fois en 1979, en anglais et sous le titre &#039;&#039;Economic Policy : Thought for Today and Tomorrow&#039;&#039;. Il regroupe six conférences données par Mises à Buenos Aires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Préface&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Introduction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Avant-propos|Avant-propos]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Première leçon — Capitalisme|Première leçon — Capitalisme]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Deuxième leçon — Socialisme|Deuxième leçon — Socialisme]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Troisième leçon — Interventionnisme|Troisième leçon — Interventionnisme]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Quatrième leçon — Inflation|Quatrième leçon — Inflation]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Cinquième leçon — Investissement étranger|Cinquième leçon — Investissement étranger]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Sixième leçon — Politiques et idées|Sixième leçon — Politiques et idées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Catégorie:philosophie]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Ludwig_von_Mises:Politique_%C3%A9conomique_-_Avant-propos&amp;diff=114206</id>
		<title>Ludwig von Mises:Politique économique - Avant-propos</title>
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		<updated>2014-02-14T13:23:08Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : Page créée avec « {{titre|Politique économique : Réflexions pour aujourd&amp;#039;hui et pour demain|Margit Von Mises|Avant-propos}}  &amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt; ... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Vers la fin de 1958, lorsque mon mari fut invité par le Dr Alberto Benegas-Lynch à venir en Argentine faire une série de conférences, l&#039;on me demanda de l&#039;accompagner. Le livre que voici contient, transcrit, ce que mon mari a dit aux centaines d&#039;étudiants argentins venus à ces leçons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous arrivions en Argentine quelques mois après que Peron eût été contraint de quitter le pays. Il avait gouverné de façon ruineuse, et complètement détruit les assises économiques de l&#039;Argentine. Son successeur, Eduardo Lonardi, ne valait pas beaucoup mieux. La nation était prête à accueillir des idées nouvelles, et mon mari était, tout autant, disposé à les apporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses exposés furent faits en anglais, dans l&#039;énorme salle des conférences de l&#039;Université de Buenos Aires. Dans deux pièces voisines ses paroles étaient instantanément traduites en espagnol pour les étudiants, munis d&#039;écouteurs. Ludwig von Mises parla sans aucune réticence du capitalisme, du socialisme, de l&#039;interventionnisme, du communisme, du fascisme, de la politique économique et des dangers de la dictature. Ces jeunes gens, qui écoutaient mon mari, ne connaissaient pas grand-chose en fait de liberté du marché ou de liberté individuelle. Comme je l&#039;ai écrit à propos de cet épisode dans Mes années avec Ludwig von Mises, « Si quelqu&#039;un à cette époque avait eu l&#039;audace d&#039;attaquer le communisme et le fascisme comme le fit mon mari, la police serait arrivée et l&#039;aurait immédiatement arrêté, et la réunion aurait été dispersée ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;audience réagit comme si une fenêtre avait été ouverte et que de l&#039;air frais eût pu circuler librement à travers les pièces. Il parlait sans la moindre note. Comme toujours, sa pensée se guidait sur quelques mots jetés sur une simple feuille de papier. Il savait exactement ce qu&#039;il avait l&#039;intention de dire, et par l&#039;emploi de termes relativement simples il parvenait à communiquer ses idées à un public auquel son oeuvre n&#039;était pas familière, de façon telle que l&#039;on pouvait comprendre sans ambiguïté ce qu&#039;il énonçait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les leçons étaient enregistrées sur bandes magnétiques, et par la suite elles furent transcrites par une secrétaire parlant l&#039;espagnol ; c&#039;est ce manuscrit dactylographié que j&#039;ai retrouvé parmi les papiers posthumes de mon mari. En lisant cette transcription, il me revint en mémoire avec une grande netteté l&#039;enthousiasme singulier avec lequel ces Argentins avaient accueilli ce que leur exposait mon mari. Et il me sembla, n&#039;étant pas moi-même économiste, que ces leçons prononcées devant une audience profane en Amérique du Sud, étaient beaucoup plus faciles à comprendre que beaucoup des écrits plus théoriques de Ludwig von Mises. J&#039;eus le sentiment qu&#039;elles contenaient tant de choses précieuses, tant d&#039;idées importantes pour aujourd&#039;hui et pour l&#039;avenir, qu&#039;il fallait les rendre accessibles au public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme mon mari n&#039;avait jamais révisé la transcription de ces exposés en vue d&#039;une publication en forme de livre, il me restait à le faire. J&#039;ai apporté le plus grand soin à garder intact le sens de chaque phrase, à ne rien modifier du contenu et à conserver toutes les expressions que mon mari employait fréquemment et qui sont si familières à ses lecteurs. Ma seule contribution fut d&#039;assembler les phrases et de supprimer quelques-uns des mots sans importance que chacun emploie dans la conversation ordinaire. Si mon essai pour faire de ces exposés un livre peut avoir réussi, cela n&#039;est dû qu&#039;au fait qu&#039;à chaque phrase dactylographiée j&#039;entendais la voix de mon mari, je l&#039;entendais parler. Il était là vivant, pour moi, vivant par la clarté avec laquelle il démontrait la nocivité et le danger d&#039;un excès de gouvernement, par la netteté et la lucidité avec lesquelles il décrivait les différences entre la dictature et l&#039;interventionnisme, par sa façon spirituelle d&#039;évoquer d&#039;importantes personnalités historiques, par le si petit nombre de notations qui lui suffisait pour faire revivre des temps enfuis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne voudrais pas laisser passer cette occasion de remercier mon bon ami George Koether, pour m&#039;avoir prêté son aide dans cette tâche. Son expérience littéraire et sa profonde compréhension des théories de mon mari ont puissamment contribué à la réalisation de ce livre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;espère que ces exposés seront lus non seulement par des érudits mais aussi par les admirateurs de mon mari qui sont nombreux parmi les non-économistes. Et mon espoir le plus cher est que ce livre soit mis à la disposition d&#039;audience plus jeunes, en particulier des adolescents dans les classes terminales et celles préparant à l&#039;enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Margit Von Mises ; New York ; Juin 1979&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Ludwig_von_Mises:Politique_%C3%A9conomique&amp;diff=114205</id>
		<title>Ludwig von Mises:Politique économique</title>
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		<updated>2014-02-14T13:03:37Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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&lt;br /&gt;
Le livre est paru pour la première fois en 1979, en anglais et sous le titre &#039;&#039;Economic Policy : Thought for Today and Tomorrow&#039;&#039;. Il regroupe six conférences données par Mises à Buenos Aires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Préface&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Introduction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Avant-propos&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Première leçon — Capitalisme|Première leçon — Capitalisme]]&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
[[Catégorie:philosophie]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Ludwig_von_Mises:Politique_%C3%A9conomique_-_Sixi%C3%A8me_le%C3%A7on_%E2%80%94_Politiques_et_id%C3%A9es&amp;diff=114204</id>
		<title>Ludwig von Mises:Politique économique - Sixième leçon — Politiques et idées</title>
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		<updated>2014-02-14T13:02:42Z</updated>

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&lt;br /&gt;
Au siècle des Lumières, dans les années où les Nord-Américains fondèrent leur indépendance, et quelques années plus tard quand les colonies espagnoles et portugaises se transformèrent en nations indépendantes, la mentalité dominante dans la civilisation occidentale était empreinte d&#039;optimisme. En ces temps-là les philosophes et hommes d&#039;État étaient tous pleinement convaincus qu&#039;ils vivaient les débuts d&#039;une ère de prospérité, de progrès et de liberté. Les gens espéraient fermement que les nouvelles institutions politiques — les gouvernements représentatifs établis constitutionnellement en Europe et en Amérique — feraient merveille, et que la liberté économique améliorerait indéfiniment les conditions d&#039;existence de l&#039;humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons bien que certaines de ces perspectives étaient trop optimistes. Il est certainement vrai que nous avons constaté, aux dix-neuvième et vingtième siècles, une amélioration sans précédent de la vie économique, rendant possible, pour une population beaucoup plus nombreuse, un niveau de vie moyen beaucoup plus élevé. Mais nous savons aussi que nombre d&#039;espoirs nourris par les philosophes du dix-huitième siècle ont été fâcheusement dissipés — notamment l&#039;espoir qu&#039;il n&#039;y aurait désormais plus de guerres et que les révolutions seraient inutiles. Ces rêves d&#039;avenir ne se sont pas réalisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours du dix-neuvième siècle, il y eut une période pendant laquelle les guerres diminuèrent à la fois en nombre et en gravité. Mais le vingtième siècle amena une résurgence de l&#039;esprit belliqueux, et nous pouvons dire sans risque de nous tromper que nous pourrions bien n&#039;être pas au bout des épreuves que l&#039;humanité aura à subir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le système constitutionnel inauguré à la fin du dix-huitième et au début du dix-neuvième siècles a déçu les espoirs du genre humain. La plupart des gens — et presque tous les écrivains — qui ont étudié ce problème paraissent penser qu&#039;il n&#039;y a pas eu de relation entre les côtés économique et politique du phénomène. Ainsi, ils ont tendance à consacrer beaucoup d&#039;attention au déclin du parlementarisme — au gouvernement par les représentants du peuple — comme si ce phénomène était complètement indépendant de la situation économique et des idées économiques qui gouvernement les activités des gens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cette indépendance n&#039;existe pas. L&#039;homme n&#039;est pas un être qui a d&#039;une part un côté économique, et de l&#039;autre un côté politique, sans liaison réciproque. En réalité, ce qu&#039;on appelle le déclin de la liberté, du gouvernement constitutionnel et des institutions représentatives, est la conséquence d&#039;un changement radical dans les idées économiques. Les événements politiques sont la répercussion inévitable du changement dans la façon d&#039;orienter la vie économique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les idées qui inspiraient les hommes d&#039;État, les philosophes et les juristes qui, au dix-huitième et dans les premières décennies du dix-neuvième siècles, ont élaboré les fondements du nouveau système politique, partaient de l&#039;idée qu&#039;au sein d&#039;une nation, tous les citoyens honnêtes ont le même objectif majeur. Ce but ultime auquel tous les gens convenables devraient se vouer, est le bien-être de la nation entière et aussi le bien-être des autres pays — car ces hommes remarquables par leur morale et leur influence politique étaient convaincus qu&#039;une nation libre ne rêve pas de conquêtes. Ils concevaient les affrontements politiques comme quelque chose de parfaitement naturel, car il est normal qu&#039;il y ait des différences d&#039;opinion quant aux meilleurs moyens de conduire les affaires publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes qui partageaient des idées semblables à propos d&#039;un problème travaillaient ensemble à les promouvoir, et cette coopération s&#039;appelait un parti. Mais la structure du parti n&#039;était pas permanente. Elle ne dépendait pas de la position des individus dans l&#039;ensemble de la structure sociale. Elle pouvait changer si les gens se rendaient compte que leur attitude initiale était fondée sur des données fausses, ou sur des idées erronées. De ce point de vue, beaucoup regardaient les discussions pendant les campagnes électorales, et plus tard dans les assemblées législatives, comme de simples déclarations proclamant à la face du monde ce que voulait un certain parti politique. On les considérait comme des plaidoyers s&#039;efforçant de convaincre les groupes opposés que les idées de l&#039;orateur étaient plus justes, plus avantageuses au bien commun, que celles qu&#039;on avait entendu exposer précédemment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les discours politiques, les éditoriaux des journaux, les brochures polémiques et les livres étaient écrits en vue de persuader. L&#039;on ne voyait pas de raison pour penser que quelqu&#039;un ne pourrait pas convaincre la majorité de la solidité de ses idées, si ces idées étaient vraiment saines. C&#039;était dans cette optique que les règles constitutionnelles furent rédigées dans les assemblées législatives du début du dix-neuvième siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cela impliquait que le pouvoir ne s&#039;immiscerait pas dans les aspects économiques du marché. Cela supposait que les citoyens ne visaient qu&#039;un but politique : le bien du pays dans son ensemble, de la nation dans sa totalité. Et c&#039;est là précisément une philosophie sociale et économique qui a été évincée par l&#039;interventionnisme. L&#039;interventionnisme a engendré une philosophie fort différente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour la mentalité interventionniste, c&#039;est le devoir du gouvernement de soutenir, de subventionner, d&#039;accorder des privilèges à des groupes définis. L&#039;idée du dix-huitième siècle était que les législateurs avaient diverses opinions concernant le bien commun. Mais ce que nous avons aujourd&#039;hui, ce que nous voyons dans la réalité quotidienne de la vie politique, dans tous les pays du monde où il n&#039;y a pas tout simplement une dictature communiste, c&#039;est un état de choses où il n&#039;y a plus de véritables partis politiques au sens ancien et classique du mot, mais simplement des groupes de pression.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un groupe de pression est un ensemble de gens qui entendent obtenir pour eux-mêmes un privilège spécial aux dépens du reste de la nation. Ce privilège peut consister en un tarif douanier opposé aux importations de concurrents étrangers, il peut consister en une subvention, il peut consister en des lois qui empêchent d&#039;autres gens de faire concurrence aux membres du groupe de pression.. De toute façon, il procure aux membres du groupe une position à part. Il leur donne quelque chose qui est refusé aux autres groupes, ou qui devrait leur être refusé de l&#039;avis du groupe intéressé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux États-Unis, le système bi-partisan de jadis est en apparence toujours en vigueur. Mais ce n&#039;est qu&#039;un camouflage de la situation réelle. En fait, la vie politique des États-Unis — comme la vie politique de tous les autres pays — est déterminée par la lutte et les prétentions de groupes de pression. Aux États-Unis, il y a encore un Parti républicain et un Parti Démocrate, mais au sein de chacun de ces partis il y a des représentants des groupes de pression. Les représentants des groupes de pression se préoccupent davantage d&#039;agir en coopération avec les représentants du même groupe de pression inscrits à l&#039;autre parti, qu&#039;avec les membres de leur propre parti.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour vous donner un exemple, si vous parlez aux gens qui, aux États-Unis, savent comment ces choses se passent au Congrès, ils vous diront : « Cet homme-là, membre du Congrès, représente les intérêts des producteurs de métal argent. » D&#039;un autre, ils vous diront qu&#039;il défend les producteurs de blé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, chacun de ces groupes de pression est nécessairement une minorité. Dans un système fondé sur la division du travail, chaque groupe qui cherche à obtenir un privilège est forcément une minorité. Et les minorités n&#039;ont aucune chance d&#039;obtenir un succès, si elles ne s&#039;entendent avec d&#039;autres minorités semblables, représentant d&#039;autres intérêts. Dans les assemblées légiférantes, elles s&#039;efforcent de former des coalitions de divers groupes de pression de façon à constituer une majorité. Mais au bout d&#039;un temps, comme il y a des problèmes sur lesquels il est impossible de dégager un accord avec les gens autres groupes de pression, il se forme d&#039;autres coalitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ce qui s&#039;est passé en France en 1871, et des historiens ont vu dans cette situation l&#039;effet « pourrissant » de la Troisième république. Ce n&#039;était pas juste, c&#039;était simplement une illustration du fait que le système des groupes représentatifs d&#039;intérêts économiques n&#039;est pas un système qui puisse être employé avec succès pour gouverner un grand pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez, dans un Parlement, des représentants des céréaliers, des mineurs d&#039;argent, des pétroliers, mais surtout ceux des diverses centrales syndicales. Ce qui n&#039;est pas représenté ainsi au Parlement, c&#039;est la nation dans son entier. Et tous les problèmes, même ceux de la politique étrangère, sont envisagés sous l&#039;angle des intérêts spéciaux des groupes de pression.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux États-Unis, quelques-uns des États les moins peuplés ont des intérêts dans le prix de l&#039;argent-métal. Mais ce ne sont pas tous les habitants de ces États qui ont ce même intérêt. Néanmoins, les États-Unis ont dépensé, pendant de nombreuses décennies, des sommes considérables aux frais des contribuables, afin d&#039;acheter l&#039;argent au-dessus du prix du marché. Autre exemple, aux États-Unis, une faible partie de la population est employée dans l&#039;Agriculture ; le reste de la population représente de consommateurs — et non des producteurs — de produits agricoles. Les États-Unis, malgré cela, ont pour politique de dépenser des milliards et des milliards afin de maintenir les prix agricoles au-dessus de leur prix de marché potentiel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;on ne peut pas dire que cela soit une politique en faveur d&#039;une petite minorité, parce que ces intérêts agricoles sont loin d&#039;être uniformes. Les fermes laitières ne sont pas intéressées à ce que prix des céréales soit élevé ; elles préfèreraient que les céréales soient bon marché. Un éleveur de volailles souhaite que les aliments qu&#039;il leur donne baissent de prix. Il y a bien des intérêts différents et antagonistes au sein de ce seul groupe. Pourtant, une diplomatie habile au sein de la politique parlementaire permet à des groupes très peu importants numériquement, d&#039;obtenir des privilèges au détriment de la majorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une situation intéressante à étudier, aux USA, est celle de la production de sucre. Il n&#039;y a probablement pas plus d&#039;un Américain sur 500 qui ait intérêt à ce que le sucre soit cher. Les 499 autres souhaiteraient qu&#039;il soit moins cher. Néanmoins, la politique des États-Unis consiste à maintenir, par des droits de douane et d&#039;autres mesures spéciales, un prix du sucre plus élevé. Cette politique n&#039;est pas seulement désavantageuse pour les 499 consommateurs de sucre, elle crée aussi un grave problème de politique étrangère pour les U.S.A. Le but de cette politique étrangère est la coopération avec toutes les autres nations démocratiques d&#039;Amérique, et plusieurs d&#039;entre elles souhaiteraient vendre du sucre aux États-Unis, ou en vendre une plus grande quantité. Voilà qui montre comment les intérêts de groupes de pression peuvent peser même sur la politique étrangère d&#039;un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant des années, des gens à travers le monde ont écrit sur la démocratie, le gouvernement représentatif, populaire. Ils ont dénoncé ses failles, mais la démocratie qu&#039;ils critiquaient est le genre de démocratie sous lequel l&#039;interventionnisme est la politique suivie par le pouvoir politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, l&#039;on peut entendre dire : « Aux débuts du dix-neuvième siècle, dans les assemblées législatives de France, d&#039;Angleterre, des États-Unis et d&#039;autres nations encore, les orateurs parlaient des grands problèmes de l&#039;humanité ; ils combattaient pour la liberté, pour la coopération avec toutes les nations libres. Maintenant, dans nos assemblées, nous nous occupons d&#039;affaires plus pratiques ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est vrai, nous avons l&#039;esprit plus pratique ; les gens ne parlent pas de liberté : ils parlent d&#039;un prix plus élevé pour les cacahuètes. Si c&#039;est vraiment là être « pratique », alors les législateurs ont vraiment beaucoup changé, mais pas pour un mieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces changements politiques, amenés par l&#039;interventionnisme, ont considérablement amoindri la force de résistance des nations et de leurs représentants,, contre les aspirations des dictateurs et les opérations des despotes. Les représentants aux assemblées légiférantes, dont le seul souci est de plaire aux électeurs qui réclament un meilleur prix pour le lait, le beurre et le sucre, et un prix abaissé (par subvention gouvernementale) pour les céréales, ne peuvent représenter le peuple que bien faiblement ; ils ne peuvent jamais représenter tous les électeurs de leur circonscription.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les électeurs qui votent pour obtenir de tels privilèges ne se rendent pas compte qu&#039;il y a également des adversaires souhaitant une décision inverse, et qui empêcheront leurs porte-parole de remporter des succès sans mélange.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le système en question conduit en outre à une hausse continuelle des dépenses publiques d&#039;une part ; et d&#039;autre part, à rendre plus difficile de couvrir ces dépenses par l&#039;impôt. Ces groupes de pression réclament par leurs représentants des privilèges spéciaux pour leurs adhérents, mais les élus ne veulent pas non plus charger leurs électeurs d&#039;impôts trop lourds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;était pas du tout l&#039;idée des hommes du dix-huitième siècle qui fondèrent notre régime constitutionnel moderne, qu&#039;un législateur ait pour mission, non pas de représenter la nation tout entière, mais de représenter seulement les intérêts particuliers de la région où il avait été élu ; cette déviation fut l&#039;une des conséquences de l&#039;interventionnisme. L&#039;idée, à l&#039;origine, était qu&#039;il fallait que chacun des membres de l&#039;assemblée représente toute la nation. Il était élu dans une circonscription déterminée simplement parce qu&#039;il y était connu, et que son élection montrait que les gens avaient confiance en lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le député n&#039;était censé participer au pouvoir afin de procurer quelque chose de spécial pour sa circonscription, pour demander une nouvelle école, un nouvel hôpital ou un asile psychiatrique — provoquant ainsi au niveau local une hausse importante des dépenses publiques. La pression des groupes d&#039;intérêts sur la politique explique pourquoi il est presque impossible, à tous les gouvernements, d&#039;arrêter l&#039;inflation. Dès que les magistrats élus tentent de restreindre le budget, de freiner les dépenses, ceux qui défendent des intérêts particuliers et qu&#039;avantagent certaines dispositions budgétaires viennent expliquer que tel ou tel projet ne peut être exécuté, mais que tel autre doit absolument l&#039;être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une dictature, en vérité, n&#039;est pas une solution pour les problèmes économiques ; pas davantage qu&#039;elle n&#039;est une solution aux problèmes de liberté. Un dictateur peut fonder son ascension sur des promesses de toutes sortes ; mais une fois dictateur, il ne les tiendra pas. A la place, il supprimera immédiatement la liberté d&#039;expression, afin que les journaux et les orateurs parlementaires ne puissent souligner — des jours, des mois ou des années plus tard — qu&#039;il avait dit une chose au début de sa dictature et fait autre chose par la suite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La terrible dictature qu&#039;un pays aussi important que l&#039;Allemagne a dû vivre de bout en bout dans un passé récent vient à l&#039;esprit, quand l&#039;on constate le déclin de la liberté dans tant de pays aujourd&#039;hui. Aussi les gens parlent-ils de décadence de la démocratie, de ruine de notre civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains disent que chaque civilisation doit finalement tomber en ruine et se désintégrer. Il existe d&#039;éminents propagandistes de cette idée. L&#039;un d&#039;entre eux était le professeur allemand Spengler ; un autre bien plus connu était l&#039;historien anglais Toynbee. Leur thème est que notre civilisation est parvenue à la vieillesse. Spengler comparait les civilisations à des plantes, qui grandissent, grandissent, mais dont la vie arrive quelque jour à son terme. Il en va de même, disait-il, pour les civilisations. Ce rapprochement métaphorique, assimilant une civilisation à une plante, est complètement arbitraire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d&#039;abord, il est au sein de l&#039;histoire de l&#039;humanité bien difficile de faire un départ entre des civilisations différentes qui seraient indépendantes les unes des autres. Les civilisations ne sont pas indépendantes, mais interdépendantes, elles s&#039;influencent sans cesse l&#039;une l&#039;autre. Il n&#039;est donc pas possible de parler du déclin d&#039;une civilisation particulière de la même façon que l&#039;on parle de la mort d&#039;une plante déterminée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais même si l&#039;in réfute des théories de Spengler et de Toynbee, il reste dans l&#039;esprit des multitudes une comparaison très frappante, l&#039;analogie avec ce qui s&#039;est passé dans certaines phases de décadence. Il est incontestable qu&#039;au deuxième siècle de notre ère, l&#039;Empire Romain avait nourri une civilisation très prospère ; et que dans ces parties de l&#039;Europe, de l&#039;Asie et de l&#039;Afrique où s&#039;étendait la puissance romaine, la civilisation atteignit un très haut niveau. Et il y régnait aussi une très haute civilisation économique, basée sur un certain degré de division du travail. Bien qu&#039;elle apparaisse fort primitive en comparaison de la situation chez nous aujourd&#039;hui, son organisation était vraiment remarquable. Elle atteignait le plus haut degré de division du travail qui ait jamais été réalisé avant l&#039;apparition du capitalisme moderne. Il n&#039;est pas moins vrai que cette civilisation se désintégra, en particulier au troisième siècle. La désintégration interne de l&#039;Empire romain le rendit incapable de résister à l&#039;agression extérieure. Bien que cette agression n&#039;ait pas été pire que celle à laquelle les Romains avaient à plusieurs reprises résisté dans les siècles précédents, ils ne purent la repousser plus longtemps après ce qui s&#039;était produit dans l&#039;empire même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et que s&#039;était-il produit ? Quel était le problème ? Qu&#039;était-ce qui avait amené la désintégration dans un empire qui, à tous égards, avaient atteint le plus haut niveau de civilisation jamais connu jusqu&#039;au dix-huitième siècle ? La vérité est que ce qui détruisit cette civilisation antique a été quelque chose de fort semblable, presque identique à ce qui constitue les menaces à notre civilisations d&#039;aujourd&#039;hui : c&#039;étaient d&#039;une part l&#039;interventionnisme, et d&#039;autre part l&#039;inflation. L&#039;interventionnisme de l&#039;Empire romain consista en ceci que les empereurs, suivant en cela la politique plus ancienne des Grecs, pratiquèrent sans méfiance le contrôle des prix. Ce contrôle des prix était d&#039;ailleurs modéré, et pratiquement sans conséquences parce que, des siècles durant, il ne fut pas employé pour essayer d&#039;abaisser les prix au-dessous du taux du marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais lorsque l&#039;inflation commença au troisième siècle, les malheureux Romains ne disposaient pas encore de nos moyens techniques inflationnistes : ils ne pouvaient imprimer de la monnaie. Ils durent falsifier les pièces de monnaie, ce qui est un système d&#039;inflation très inférieur au système actuel. Ce dernier, par le recours à la moderne planche à billets, peut avec une si grande facilité détruire une monnaie ! Mais la falsification des pièces eut une réelle efficacité, et conduisit au même résultat que celui du contrôle des prix. Car les prix autorisés par les pouvoirs publics furent désormais au-dessous du prix potentiel, auquel l&#039;inflation avait poussé les prix des diverses marchandises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le résultat, au total, fut que l&#039;approvisionnement des villes en denrées alimentaires se mit à décliner. Les citadins furent réduits à retourner à la campagne et à reprendre la vie agricole. Les Romains ne se rendirent pas compte de ce qui leur arrivait. Ils n&#039;y comprenaient rien. Ils n&#039;avaient pas élaboré les outils intellectuels qui leur auraient permis d&#039;interpréter les problèmes de la division du travail et les conséquences de l&#039;inflation sur les prix de marché. Qu&#039;il fût mal de falsifier les monnaies et de gonfler artificiellement le nombre de pièces, ils le savaient néanmoins fort bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conséquence, les empereurs promulguèrent des édits pour empêcher ce mouvement de la population. Ils interdirent aux citadins d&#039;aller s&#039;établir dans les campagnes ; mais ces interdictions furent sans effet. Car les gens ne trouvaient plus en ville de quoi manger, ils étaient affamés et dans ces conditions, des lois ne pouvaient les retenir de quitter les cités et d&#039;aller labourer la terre. Celui qui restait à la ville ne trouvait plus de travail comme artisan, faute de clients pour ses fabrications. Et du fait de l&#039;extinction des marchés citadins, plus personne ne trouva rien à y acheter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi nous voyons, à partir du troisième siècle, les cités de l&#039;empire romain s&#039;étioler, et la division du travail devenir moins intensive qu&#039;elle n&#039;avait été. Finalement, on en arriva au système médiéval du domaine vivant sur ses propres ressources, de la « villa » comme on l&#039;appela dans les lois du Bas-Empire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par conséquent, lorsque les gens comparent notre situation à celle de l&#039;empire romain et disent ; « Nous suivons le même chemin », ils ont quelque raison de parler ainsi. L&#039;on peut trouver certaines similitudes dans les faits. Mais il y a aussi d&#039;énormes différences. Ces différences ne sont pas dans les structures politiques telles qu&#039;elles étaient pendant la seconde moitié du troisième siècle. A cette époque tous les droits ans en moyenne un empereur mourait assassiné, et celui qui l&#039;avait tué ou fait disparaître lui succédait. Au bout de trois ans en moyenne, le nouvel empereur subissait le même sort. Dioclétien, en l&#039;année 284, devint empereur, il s&#039;efforça quelque temps d&#039;arrêter la décadence, mais sans y parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a d&#039;énormes différences entre les conditions de l&#039;heure actuelle et celles qui existaient à Rome, en ce que les mesures qui entraînent la désintégration de l&#039;empire romain n&#039;étaient pas préméditées. Elles n&#039;étaient pas, dirais-je, le résultat de doctrines explicites et mal fondées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par contraste cependant, les idées interventionnistes, les idées socialistes, les idées inflationnistes de notre époque ont été concoctées et formulées par des écrivains et des professeurs. Et elles sont enseignées au collège et à l&#039;Université. Vous pourriez dire alors : « Notre situation actuelle est donc bien pire. » Je vous répondrai : « Non, elle ne l&#039;est pas. » A mon sens elle est meilleure, parce que des idées peuvent être réfutées et remplacées par d&#039;autres idées. Personne ne mettait en doute, au temps des empereurs romains, que le gouvernement ait le droit de fixer des prix maximums, et que ce soit une bonne politique. Personne ne contestait cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais maintenant, nous avons des écoles, des professeurs et des livres qui recommandent la même chose, nous savons parfaitement que c&#039;est un problème ouvert à discussion. Toutes ces idées mal venues dont nous souffrons aujourd&#039;hui, et qui ont rendu notre politique si nuisible, ont été élaborées par des théoriciens universitaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un célèbre écrivain espagnol a forgé l&#039;expression « la révolte des masses ». Quant à nous, soyons très prudents en l&#039;employant, parce que cette révolte n&#039;a pas été le fait des masses, mais des intellectuels. Et les intellectuels qui l&#039;ont fomentée n&#039;étaient pas des échantillons de la masse. La doctrine marxiste prétend que seuls les prolétaires ont des idées saines, et que seul l&#039;esprit prolétarien a créé le socialisme. Or tous les écrivains socialistes, sans exception, furent des bourgeois, au sens où les socialistes emploient ce terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Karl Marx n&#039;était pas un prolétaire. Il était le fils d&#039;un juriste. Il n&#039;eut pas à travailler pour pouvoir s&#039;inscrire à l&#039;Université. Il fit ses études supérieures comme le font les jeunes gens de familles aisées de nos jours. Plus tard, et pour le reste de sa vie, il fut entretenu par son ami Friedrich Engels qui —étant un manufacturier — appartenait à la pire espèce des « bourgeois » selon les idées socialistes. En langage marxiste, c&#039;était un exploiteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout ce qui arrive dans la société mondiale où nous vivons est le résultat des idées. Le bon et le mauvais. Ce qu&#039;il faut, c&#039;est combattre les idées fausses. Nous devons combattre tout ce qui, dans la vie publique, nous semble mauvais. Nous devons remplacer les idées fausses par des idées justes. Nous devons réfuter les théories qui appuient la violence syndicaliste. Nous devons nous opposer à la confiscation de la propriété, à la manipulation autoritaire des prix, à l&#039;inflation, et à tous ces maux dont nous souffrons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les idées, et les idées seules, peuvent mettre de la lumière là où il y a obscurité. Ces idées doivent être présentées au public de telle façon qu&#039;elles persuadent les gens. Nous devons les convaincre que ces idées sont des idées justes et non des idées fausses. La grande ère du dix-neuvième siècle, les grandes réalisations du capitalisme, furent les fruits de la pensée des grands économistes classiques, d&#039;Adam Smith, de David Ricardo, de Frédéric Bastiat et d&#039;autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce dont nous avons besoin, ce n&#039;est rien d&#039;autre que de substituer des idées meilleures à des idées qui sont fausses. Cela, j&#039;en ai pleine confiance, sera réalisé par la génération qui monte. Notre civilisation n&#039;est pas vouée à périr comme le disent Spengler et Toynbee. Notre civilisation ne sera pas vaincue par l&#039;esprit qui souffle de Moscou. Notre civilisation peut survivre, et elle le doit. Et elle survivra grâce à des idées meilleures que celles qui gouvernent le monde aujourd&#039;hui ; et ces idées meilleures seront développées par la génération montante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je considère que c&#039;est un très bon signe que, tandis qu&#039;il y a cinquante ans pratiquement personne dans le monde entier n&#039;osait dire quelque chose en faveur d&#039;une économie libre, nous avons aujourd&#039;hui, au moins dans un certain nombre de pays évolués de par le monde, des institutions qui sont autant de centres de propagation de l&#039;économie libre, tels que, par exemple, le « Centre » existant dans votre pays qui m&#039;a invité à venir à Buenos Aires, pour dire quelques mots dans cette grande cité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne pouvais pas dire beaucoup de choses sur ces sujets si importants. Six conférences ne peuvent être beaucoup à écouter pour une audience, mais elles ne suffisent pas pour exposer toute la philosophie d&#039;un système économique de liberté, et certainement moins encore pour réfuter toutes les sottises qui ont été écrites dans les cinquante dernières années à propos des problèmes économiques que traite cette philosophie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis extrêmement reconnaissant à ce Centre pour m&#039;avoir donné l&#039;occasion de m&#039;adresser à une audience aussi distinguée, et j&#039;espère que dans quelques années le nombre des partisans actifs des idées de liberté, en ce pays-ci et dans les autres, aura considérablement grossi. Pour moi, j&#039;ai une entière confiance dans l&#039;avenir de la liberté, aussi bien politique qu&#039;économique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Ludwig von Mises:Politique économique - Cinquième leçon — Investissement étranger</title>
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		<updated>2014-02-14T12:46:55Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : Page créée avec « {{titre|Politique économique : Réflexions pour aujourd&amp;#039;hui et pour demain|Ludwig von Mises|Cinquième leçon — Investiss... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Ludwig von Mises:Politique économique|Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain]]|[[Ludwig von Mises]]|Cinquième leçon — Investissement étranger}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains disent que les orientations d&#039;un système de liberté économique ne sont qu&#039;un programme négatif. Ils disent : « Vous autres libéraux, qu&#039;est-ce que vous voulez réellement ? Vous êtes contre le socialisme, contre l&#039;interventionnisme gouvernemental, l&#039;inflation, les violences syndicalistes, les tarifs douaniers... Vous dites non à tout. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je pense que c&#039;est une façon partiale de poser le problème. Car il est possible de formuler le programme libéral de façon positive. Si quelqu&#039;un dit « Je suis contre la censure », son attitude n&#039;est pas négative ; il est en faveur du droit des auteurs de publier ce qu&#039;ils veulent sans que le gouvernement s&#039;en mêle. Ce n&#039;est pas du négativisme, c&#039;est précisément réclamer la liberté. (Bien entendu, quand j&#039;emploie le mot « libéral » à propos des conditions du système économique, je lui donne son sens ancien et classique).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nos jours, la plupart des gens considèrent comme inacceptable la forte différence entre le niveau de vie des divers pays. Il y a deux cents ans, les conditions d&#039;existence en Grande-Bretagne étaient de très loin plus dures qu&#039;elles ne le sont aujourd&#039;hui en Inde. Les Britanniques de 1750 ne se disaient pas « sous-développés » ou « arriérés » parce qu&#039;ils vivaient dans un pays où la situation ne pouvait se comparer à celle de pays mieux pourvus au point de vue économique. Aujourd&#039;hui, tous les peuples qui ne sont pas parvenus au niveau économique de vie moyen des États-Unis pensent que leur situation économique est injustifiée. Beaucoup de ces pays se disent eux-mêmes « en voie de développement » et, comme tels, réclament l&#039;appui des pays dits développés, ou même sur-développés. Il faut que je vous explique ce qu&#039;est la situation réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le niveau de vie est plus bas dans les pays dits en voie de développement, parce que, pour un même type de travail, les gains sont un moyenne moins élevés dans ces pays que dans certains pays d&#039;Europe occidentale, au Canada, au Japon et spécialement aux États-Unis. Si nous essayons de comprendre les raisons de cet écart, nous devons constater que cela n&#039;est pas dû à une infériorité des travailleurs et autres employés. Dans certains milieux américains les travailleurs ont tendance à croire qu&#039;ils sont meilleurs que les autres — et que c&#039;est par leur propre mérite qu&#039;ils obtiennent des salaires plus élevés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suffirait à un ouvrier américain de visiter un autre pays — par exemple l&#039;Italie, d&#039;où beaucoup d&#039;ouvriers américains sont originaires — pour se rendre compte que ce ne sont pas ses qualités personnelles, mais la situation générale des États-Unis qui lui donne la possibilité de gagner de plus hauts salaires. Lorsqu&#039;un Sicilien immigre aux U.S.A., il parvient très vite à gagner le salaire qui est courant dans ce nouveau cadre. Et si le même homme retourne en Sicile, il constatera que son séjour aux États-Unis ne lui a pas conférés des qualités lui permettant de gagner en Sicile un salaire supérieur à celui de ses concitoyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;on ne peut pas davantage expliquer cette situation économique en supposant une infériorité des entrepreneurs étrangers par rapport aux américains. Il est exact que hors des États-Unis, du Canada, de l&#039;Europe occidentale et de certaines régions d&#039;Asie, l&#039;équipement des lieux de travail et la technologie employée sont généralement moins bons qu&#039;aux États-Unis. Mais cela n&#039;est pas dû à l&#039;ignorance des entrepreneurs dans ces pays « non développés ». Ils savent très bien que les entreprises américaines ou canadiennes sont beaucoup mieux équipées. Personnellement, ils connaissent tout ce qu&#039;il faut savoir en fait de technologie ; et lorsqu&#039;ils n&#039;en savent pas assez, il leur possible de l&#039;apprendre par les ouvrages techniques et les revues qui diffusent ces connaissances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Répétons-le : la différence ne vient pas d&#039;une infériorité personnelle ni de l&#039;ignorance. La différence réside dans les capitaux investis, dans la quantité des biens de production et des capitaux matériels disponibles. En d&#039;autres termes, le montant du capital investi par tête d&#039;habitant est plus grand dans les pays dits avancés, que dans ceux dits en développement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un chef d&#039;entreprise ne peut pas payer un travailleur plus que le montant ajouté à la valeur du produit par le travail de son employé. Il ne peut pas lui verser plus que les clients ne sont disposés à payer pour le travail additionnel de ce travailleur individuel. S&#039;il le paie plus cher, il ne récupérera pas la totalité de ses débours dans les paiements de sa clientèle. Il subira des pertes et, comme je l&#039;ai maintes fois dit déjà, un entrepreneur qui subit des pertes doit changer de méthodes de gestion, ou faire faillite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les économistes expriment cet aspect des réalités en disant « Les salaires sont déterminés par la productivité marginale de la main-d&#039;oeuvre ». Ce n&#039;est qu&#039;une autre manière de dire ce que je viens de vous exposer. C&#039;est un fait que l&#039;échelle des salaires est déterminée par le montant dont le travail du salarié augmente la valeur du produit. Si un homme travaille avec des outils meilleurs et plus abondants, il lui devient possible d&#039;accomplir en heure bien davantage qu&#039;un homme qui travaille pendant une heure avec des instruments moins efficaces. Il est évident que cent personnes travaillant dans une fabrique de chaussures américaine, équipée des machines et outillages les plus modernes, produisent bien davantage pendant le même temps que cent savetiers aux Indes qui doivent travailler avec des outils primitifs et par des procédés moins perfectionnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les employeurs de tous ces pays en voie de développement savent très bien que de meilleurs instruments rendraient plus profitable leur entreprise. Ils souhaiteraient bâtir et équiper de meilleurs ateliers. La seule chose qui les en empêche est le manque de capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La différence entre les pays moins développés et les plus développés est une fonction du temps : les Britanniques ont commencé à épargner plus tôt que les autres nations ; ils ont de même commencé à rassembler du capital et à l&#039;investir dans les activités économiques. Parce qu&#039;ils ont débuté plus tôt, le niveau de vie en Grande-Bretagne s&#039;est élevé alors qu&#039;il restait bas dans tous les autres pays d&#039;Europe. Graduellement, tous les autres pays se sont mis à étudier ce qui se passait en Grande-Bretagne, et ils n&#039;ont pas eu de mal à trouver la raison de la prospérité qui s&#039;y manifestait. Ils ont ainsi commencé à imiter les méthodes des Britanniques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme les autres pays démarraient plus tard, et que les Britanniques continuaient à investir du capital, un large écart subsista entre la situation en Angleterre et celle de ces autres pays. Mais il se produisit quelque chose qui fit disparaître cette avance initiale de la Grande-Bretagne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce quelque chose a été le plus grand événement de l&#039;histoire du dix-neuvième siècle, et pas seulement dans l&#039;histoire d&#039;un pays isolé. Ce grand événement fut le développement, au cours du dix-neuvième siècle, de l&#039;investissement à l&#039;étranger. En 1817, le grand économiste anglais Ricardo tenait encore pour évident que le capital ne pouvait être investi qu&#039;à l&#039;intérieur du pays considéré. Il lui paraissait certain que les capitalistes ne tenteraient pas d&#039;investir au-dehors. Mais quelques dizaines d&#039;années plus tard, l&#039;investissement à l&#039;étranger commença à jouer un rôle très important dans les affaires mondiales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans l&#039;investissement étranger, les nations moins développées que l&#039;Angleterre auraient été obligées de commencer avec les méthodes et les techniques qui avaient été celles des Britanniques au début et au milieu du dix-huitième siècle, et de gravir les échelons — toujours fort au-dessous du niveau atteint techniquement par l&#039;économie britannique — en imitant péniblement l&#039;évolution suivie par elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il aurait fallu des dizaines d&#039;années à ces pays, pour arriver au degré de développement technologique que la Grande-Bretagne avait atteint cent ans avant eux ou davantage. Mais le grand événement qui aida tous ces pays fut l&#039;investissement étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;investissement étranger, cela voulait dire que des capitalistes britanniques se mirent à investir du capital britannique dans d&#039;autres régions du monde, qui, en comparaison de la Grande-Bretagne, manquaient de capital et étaient en retard dans leur développement. C&#039;est un fait bien connu, que les chemins de fer de la plupart des pays d&#039;Europe, et aussi des États-Unis, furent construits avec l&#039;aide de capitaux britanniques. Vous savez qu&#039;il en a été de même dans ce pays-ci, en Argentine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les compagnies du gaz furent aussi britanniques dans toutes les villes d&#039;Europe. Vers le milieu des années 1870, un écrivain et poète britannique blâmait ses compatriotes, disant « Les Britanniques ont perdu leur ancienne vigueur et n&#039;ont plus d&#039;idées neuves. Ils ne sont plus une nation importante à l&#039;avant-garde du monde ». A quoi Herbert Spencer, le grand sociologue, répondit : « Regardez le continent européen. Toutes les capitales européennes sont éclairées parce qu&#039;une compagnie britannique leur fournit du gaz. » C&#039;était, évidemment, à l&#039;époque qui nous semble maintenant « lointaine » où l&#039;on s&#039;éclairait au gaz. Poursuivant sa réplique au critique de son pays, Herbert Spencer ajouta : « Vous dites que les Allemands sont loin devant la Grande-Bretagne. Mais regardez l&#039;Allemagne. Même Berlin, la capitale de l&#039;Empire allemand, la capitale du Geist, serait dans l&#039;obscurité si une compagnie britannique pour la fourniture du gaz n&#039;avait envahi le pays et éclairé ses rues. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même, le capital britannique a développé les chemins de fer et de nombreuses branches de l&#039;industrie des États-Unis. Or, bien entendu, aussi longtemps qu&#039;un pays importe du capital, sa balance commerciale est ce que les économistes appellent une balance « défavorable ». Cela signifie qu&#039;il y a un excédent d&#039;importations sur les exportations. La raison expliquant la « balance commerciale favorable » de la Grande-Bretagne était que les usines britanniques expédiaient de nombreux éléments d&#039;équipement aux États-Unis, et que cet équipement n&#039;était pas payé avec d&#039;autres biens mais avec des actions de sociétés américaines. Cette période de l&#039;histoire des États-Unis dura, en gros, jusqu&#039;aux années 1890.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais lorsque les États-Unis eurent — avec l&#039;aide du capital britannique, puis grâce à une politique favorable au capitalisme — développé leur propre système économique à un degré inégalé, les Américains commencèrent à racheter les actions du capital qu&#039;ils avaient jadis vendues aux étrangers. Dès lors les États-Unis eurent un excédent des exportations sur les importations. La différence était soldée par l&#039;importation — on appela cela le rapatriement — des titres de propriété du capital des sociétés américaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette période dura jusqu&#039;à la Première Guerre mondiale. Ce qui arriva par la suite est une autre histoire. C&#039;est l&#039;histoire des subsides aux pays belligérants pendant, entre et après les deux guerres mondiales, des prêts et investissements que les États-Unis firent en Europe. En outre des opérations de prêt-bail, de l&#039;aide aux pays étrangers, et du Plan Marshall, d&#039;importantes fournitures alimentaires furent expédiées en Europe ainsi que d&#039;autres secours. Je souligne tout cela parce que les gens croient parfois qu&#039;il est honteux, dégradant, d&#039;avoir du capital étranger au travail dans leur pays. Il faut comprendre que, dans tous les pays excepté l&#039;Angleterre, les investissements de capitaux étrangers ont joué un rôle considérable dans le développement des industries modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je dis que l&#039;investissement à l&#039;étranger a constitué le plus grand événement du dix-neuvième siècle, c&#039;est qu&#039;il vous suffira de penser à toutes ces réalisations qui n&#039;auraient jamais vu le jour s&#039;il n&#039;y avait eu aucun investissement étranger. Tous les chemins de fer, les ports, les usines et les mines, en Asie, et le Canal de Suez, et tant d&#039;autres choses dans l&#039;Hémisphère Occidental, n&#039;auraient jamais été construits s&#039;il n&#039;y avait pas eu de capitaux étrangers à l&#039;appui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui investit du capital à l&#039;étranger, le fait dans la conviction qu&#039;il ne sera pas exproprié. Personne ne ferait un tel investissement, s&#039;il savait d&#039;avance que quelqu&#039;un d&#039;autre s&#039;appropriera sa mise. A l&#039;époque où ces investissements à l&#039;étranger furent pratiqués, au dix-neuvième et au début du vingtième siècle, il n&#039;était pas question d&#039;expropriations. Dès le début, quelques pays manifestèrent une certaine hostilité à l&#039;égard du capital étranger, mais pour la plupart ils comprirent fort bien qu&#039;ils tiraient un énorme avantage de ces investissements venus du dehors.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans certains cas, ces investissements étrangers ne furent pas faits directement en faveur de capitalistes étrangers, mais indirectement par des prêts au gouvernement. C&#039;était alors le gouvernement qui utilisait l&#039;argent pour investir. Tel fut le cas, par exemple, pour la Russie. Pour des motifs purement politiques, les Français investirent en Russie, dans les deux décennies précédant la Première Guerre mondiale, environ vingt milliards de francs-or, les prêtant principalement au gouvernement russe — par exemple le chemin de fer reliant la Russie depuis les montagnes de l&#039;Oural, à travers les glaces de la Sibérie, jusqu&#039;à l&#039;Océan Pacifique — furent effectuées en grande partie avec des capitaux étrangers prêtés au gouvernement russe. Vous imaginez bien que les Français n&#039;envisageaient pas la possibilité qu&#039;un jour, il y aurait en Russie un gouvernement communiste qui déclarerait simplement ne pas reconnaître les dettes de son prédécesseur, le gouvernement tsariste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A partir de la Première Guerre mondiale, commença dans le monde entier une période de lutte ouverte contre les investissements étrangers. Étant donné qu&#039;il n&#039;y a aucun remède susceptible d&#039;empêcher un gouvernement d&#039;exproprier les capitaux investis, il n&#039;existe pratiquement pas de protection légale pour les investissements étrangers dans le monde d&#039;aujourd&#039;hui. Les capitalistes n&#039;avaient pas prévu cela. Si les capitalistes des pays exportateurs de capitaux l&#039;avaient imaginé, tous les investissements à l&#039;étranger auraient pris fin il y a quarante ou cinquante ans. Mais les capitalistes ne crurent pas qu&#039;un pays quelconque aurait le cynisme de nier une dette, d&#039;exproprier et confisquer un capital étranger. Avec ces actes, un nouveau chapitre de l&#039;histoire économique du monde s&#039;est ouvert.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la fin de la grande période du dix-neuvième siècle où les capitaux étrangers aidèrent à développer, dans toutes les parties du monde, les méthodes modernes de transport, de production minière, industrielle et agricole, commença une ère nouvelle où les gouvernements et les partis politiques en vinrent à considérer l&#039;investisseur étranger comme un exploiteur qu&#039;il faut chasser du pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette attitude anti-capitaliste, les Russes ne furent pas les seuls coupables. Rappelez-vous par exemple l&#039;expropriation des champs pétrolifères américains au Mexique, et tout ce qui s&#039;est passé dans votre pays même, l&#039;Argentine, et dont je n&#039;ai pas besoin de discuter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La situation dans le monde aujourd&#039;hui, créée par le système d&#039;expropriation du capital étranger, se présente sous deux formes : soit l&#039;expropriation directe, soit l&#039;expropriation indirecte par le moyen du contrôle des changes extérieurs ou de la discrimination fiscale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenez par exemple le plus grand de ces pays : l&#039;Inde. Sous le régime britannique, les capitaux anglais — principalement anglais, mais aussi ceux d&#039;autres pays européens — s&#039;investissaient aux Indes. Et les Anglais exportaient aux Indes autre chose qui doit aussi être mentionné dans ce contexte : ils exportaient les méthodes modernes de lutte contre les maladies infectieuses. Le résultat fut un accroissement vertigineux de la population indienne, et une aggravation correspondante des difficultés du pays. Confrontée à cette détérioration de sa situation, l&#039;Inde se tourna vers l&#039;expropriation comme un moyen de résoudre ses problèmes. Ce ne fut pourtant pas toujours l&#039;expropriation directe ; le gouvernement infligea des tracasseries aux capitalistes étrangers, intervenant dans leurs opérations d&#039;investissement de telle sorte que ces investissements étrangers étaient acculés à vendre leurs titres de propriété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;Inde pouvait, naturellement, accumuler du capital par une autre méthode : la formation intérieure de capitaux neufs. Mais l&#039;Inde est hostile aussi à l&#039;accumulation de capitaux à l&#039;intérieur, qu&#039;elle l&#039;est aux capitalistes étrangers. Le gouvernement des Indes dit qu&#039;il veut industrialiser le pays, mais ce qu&#039;il désire en réalité c&#039;est de posséder des entreprises socialistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a quelques années, le célèbre homme d&#039;État Jawaharlal Nehru a publié un recueil de ses discours. Le livre fut publié dans l&#039;intention de rendre plus attrayant l&#039;investissement étranger en Inde. Le gouvernement indien n&#039;est pas opposé à l&#039;investissement provenant de l&#039;étranger, avant que le capital ne soit investi. L&#039;hostilité ne commence que quand il est effectivement investi. Dans ce livre — le cite littéralement — M. Nehru disait : « Bien entendu, nous voulons socialiser. Mais nous ne sommes pas opposés à l&#039;entreprise privée. Nous souhaitons encourager de toutes manières l&#039;entreprise privée. Nous entendons promettre aux entrepreneurs qui investissent dans notre pays, que nous ne les exproprierons ou socialiserons pas pendant dix ans, peut-être même encore plus longtemps ». Et il s&#039;imaginait que cela constituait une incitation à venir investir aux Indes !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le problème, vous le savez, est celui de l&#039;accumulation de capitaux à l&#039;intérieur. Dans tous les pays aujourd&#039;hui il y a de très lourds impôts sur les sociétés. En fait, cet impôt est levé deux fois. D&#039;abord, les bénéfices de l&#039;entreprise sont lourdement imposés, puis les dividendes que la société verse à ses actionnaires le sont de nouveau. Et le taux d&#039;imposition est progressif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;impôt progressif sur le revenu et sur les bénéfices signifie que ce sont précisément les fractions de leurs ressources que les gens auraient épargnées et investies, qui leur sont enlevées par le fisc. Prenez l&#039;exemple des États-Unis. Il y a quelques années fut instauré un « impôt sur les bénéfices excessifs », dont l&#039;effet était que sur chaque dollar gagné, une société ne conservait que dix-huit cents. Lorsque ces dix-huit centièmes de dollars étaient versés aux actionnaires, ceux qui possédaient un grand nombre d&#039;actions devaient encore payer en impôt de soixante, quatre-vingts pour cent ou davantage. Sur un dollar de bénéfices l&#039;actionnaire gardait en moyenne sept cents, et quatre-vingt-treize autres allaient à l&#039;État. De ces quatre-vingt-treize pour cent, la majeure partie aurait été épargnée et investie. Au lieu de cela, le gouvernement les dépensa pour ses paiements courants. Telle est la politique des USA&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois vous avoir montré clairement que la politique des États-Unis n&#039;est pas, pour les autres pays, un exemple à imiter. Cette politique-là des États-Unis est pire que fausse, elle est insensée. La seule chose que j&#039;ajouterai, c&#039;est qu&#039;un pays riche peut s&#039;offrir plus de mauvaise politique qu&#039;un pays pauvre. Aux États-Unis, en dépit de toutes ces méthodes fiscales, il y a encore quelque formation de capitaux neufs et d&#039;investissements chaque année, et en conséquence, il y a encore une tendance à l&#039;amélioration du niveau de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dans de nombreux autres pays le problème est tout à fait critique. Il n&#039;y a pas, ou pas assez, d&#039;épargne intérieure, et l&#039;investissement de capital venant de l&#039;extérieur est sérieusement réduit par le fait que ces pays sont ouvertement hostiles à l&#039;investissement étranger. Comment peuvent-ils parler d&#039;industrialisation, de nécessité d&#039;installer de nouvelles usines, d&#039;améliorer l&#039;environnement, de relever le niveau de vie, d&#039;augmenter les taux de salaires, d&#039;avoir de meilleurs moyens de communication, tout en faisant des choses qui ont précisément l&#039;effet opposé ? Le résultat effectif de leur politique est de ralentir la formation de capitaux domestiques et de dresser des obstacles sur la route des capitaux venant d&#039;ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;aboutissement est assurément fort mauvais. Une telle situation amène forcément un affaiblissement de la confiance, et il a maintenant de plus en plus d&#039;hésitations à investir hors des frontières. Même si les nations concernées devaient changer immédiatement de politique et se mettre à faire de grandes promesses, il est très douteux qu&#039;elles puissent de nouveau inspirer aux capitalistes étrangers le désir d&#039;investir chez elles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, bien entendu, des méthodes possibles pour éviter de telles conséquences. L&#039;une de ces méthodes pourrait être d&#039;instaurer une législation internationale (et non plus seulement de simples accords) qui soustrairait les investissements étrangers aux juridictions nationales. C&#039;est là une chose que pourrait faire l&#039;Organisation des Nations Unies. Mais les Nations Unies, ce n&#039;est qu&#039;un lieu de rencontre pour des discussions sans fruit. Si l&#039;on comprenait l&#039;énorme importance de l&#039;investissement étranger, si l&#039;on comprenait qu&#039;il y a là le seul moyen de provoquer une amélioration de la situation mondiale, politique et économique, l&#039;on pourrait essayer de faire quelque chose du point de vue du Droit International.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est là un problème de technique juridique, et je le mentionne seulement, parce que la situation n&#039;est pas désespérée. Si le monde voulait véritablement rendre possible aux pays à développer, d&#039;élever leur niveau vie à la hauteur du mode de vie américain, alors ce serait réalisable. Il suffirait de comprendre comment on pourrait le faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une seule chose manque, en vue de rendre les pays à développer aussi prospères que les États-Unis : du capital — avec bien entendu la liberté de l&#039;employer sous la discipline du marché et non pas sous la discipline du pouvoir politique. Ces pays doivent accumuler du capital domestique, et ils doivent faire le nécessaire pour attirer chez eux du capital étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est nécessaire de le redire : pour qu&#039;il y ait formation d&#039;une épargne intérieure, il faut que la population puisse épargner en une monnaie saine. C&#039;est une condition préalable, et qui implique l&#039;absence de l&#039;inflation sous une forme quelconque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une grande partie du capital en oeuvre dans les entreprises américaines est la propriété des travailleurs eux-mêmes et celle d&#039;autres gens dont les moyens sont modestes. Des milliards et des milliards en dépôts aux Caisses d&#039;épargne, en obligations, en primes d&#039;assurance, sont au travail dans ces entreprises. Sur le marché monétaire américain, ce ne sont plus maintenant les banques, mais les compagnies d&#039;assurances qui sont les plus grands prêteurs d&#039;argent. Et l&#039;argent dont disposent les compagnies d&#039;assurances est — non pas légalement, mais économiquement parlant — l&#039;argent des assurés eux-mêmes. Or pratiquement, en Amérique, tout le monde est un Assuré, d&#039;une façon ou d&#039;une autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La condition préalable pour que règne dans le monde une plus grande égalité économique, c&#039;est l&#039;industrialisation. Et celle-ci n&#039;est possible que par davantage d&#039;investissement, davantage de capitaux neufs. Vous vous étonnerez peut-être de ce que je n&#039;aie pas mentionné une mesure qui est considérée comme la méthode par excellence pour industrialiser un pays. Je veux dire... le protectionnisme. Mais les tarifs douaniers, et le contrôle des changes avec l&#039;étranger, constituent exactement les moyens d&#039;empêcher l&#039;importation de capital, et donc l&#039;industrialisation de se développer dans le pays. La seule voire pour accroître l&#039;industrialisation, c&#039;est d&#039;avoir plus de capital. Le protectionnisme ne peut que détourner les investissements d&#039;une branche d&#039;activité et les envoyer dans une autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le protectionnisme, en lui-même, n&#039;ajoute rien au capital du pays. Pour créer une nouvelle usine, il faut du capital. Pour moderniser une installation existante, l&#039;on a besoin de capital, non d&#039;un droit de douane.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai pas l&#039;intention de discuter le problème complet du libre-échange et du protectionnisme. J&#039;espère que vos manuels d&#039;économie le présentent de façon convenable. La protection douanière ne modifie pas la situation d&#039;un pays pour un mieux. Et ce qui bien certainement ne peut l&#039;améliorer c&#039;est le syndicalisme. Là où les conditions de vie sont mauvaises et où les salaires sont bas, si le salarié du pays regarde ou lit ce qui se passe aux États-Unis, s&#039;il voit au cinéma comment le logis moyen de l&#039;Américain est pourvu de tous les éléments du confort moderne, cela peut lui inspirer de l&#039;envie. Il a tout à fait raison de dire : « Nous devrions en avoir autant ». Mais le seul moyen pour cela c&#039;est d&#039;augmenter le capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats usent de violence contre les entrepreneurs et contre les gens qu&#039;ils traitent de « briseurs de grèves ». En dépit de leur puissance et de leurs violences, les syndicats ne peuvent cependant pas faire monter continuellement les salaires pour tous les salariés. Les décrets gouvernementaux sont tout aussi inefficaces en fixant des taux de salaires minimum. Ce que les syndicats provoquent effectivement (quand ils réussissent à faire monter les taux de salaire) c&#039;est un chômage durable, un manque d&#039;emplois permanent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les syndicats ne peuvent pas industrialiser le pays, ils ne peuvent pas relever le niveau de vie de l&#039;ensemble des travailleurs. Et ceci est le point décisif : l&#039;on doit comprendre que toutes les orientation politiques d&#039;un pays qui souhaite améliorer son niveau de vie doivent tendre à faire monter le taux de capital investi par tête d&#039;habitant. Cet investissement en capital par tête d&#039;habitant est encore en hausse aux États-Unis, en dépit de toutes les erreurs politiques, et il en est de même au Canada et dans quelques pays d&#039;Europe. Mais il est en baisse aux Indes et cela est déplorable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous lisons tous les jours dans les journaux que la population du monde augmente, de peut-être 45 millions d&#039;êtres par an, ou même plus. Et comment cela finira-t-il ? Quels en seront les conséquences, le résultat ? Rappelez-vous ce que je vous ai dit de la Grande-Bretagne. En 1750 les gens en Angleterre pensaient que six millions d&#039;habitants représentaient une redoutable surpopulation pour les Îles Britanniques, et qu&#039;elles allaient vers la famine et les épidémies. Mais à la veille de la dernière guerre, en 1939, cinquante millions d&#039;êtres vivaient dans les Îles Britanniques et le niveau de vie était incomparablement plus haut qu&#039;en 1950. C&#039;était là un effet de ce qu&#039;on appelle l&#039;industrialisation —un terme plutôt inadéquat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le progrès de la Grande-Bretagne fut obtenu en augmentant le taux de capital investi par tête d&#039;habitant. Ainsi que je vous l&#039;ai déjà dit... il n&#039;y a qu&#039;un seul moyen pour une nation, en vue de devenir prospère : si vous augmentez le capital, vous augmentez la productivité marginal du travail et il s&#039;ensuivra que les salaires réels monteront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En un monde où il n&#039;existerait pas d&#039;entraves aux migrations, il y aurait dans le monde entier une tendance à l&#039;égalisation des taux de salaire. Sans les obstacles à l&#039;immigration, vingt millions probablement de personnes tenteraient d&#039;arriver aux États-Unis chaque année, afin de gagner de meilleurs salaires. Cet afflux ferait baisser les salaires aux États-Unis, et les ferait monter dans les autres pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai pas le temps de traiter de ce problème des entraves à l&#039;immigration. Mais ce que je veux vous dire, c&#039;est qu&#039;il y a une autre méthode pour parvenir à une égalisation des taux de salaires de par le monde entier. Cette autre méthode, qui est opérante en l&#039;absence de la liberté d&#039;émigrer, c&#039;est la migration du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les capitalistes sont enclins à se déplacer vers les pays où il y a abondance de main-d&#039;oeuvre disponible et où elle est raisonnable. Et par le fait qu&#039;ils apportent du capital dans ces pays-là, ils y apportent une tendance à des taux de salaires plus élevés. Cela a opéré dans le passé, et continuera à opérer à l&#039;avenir, de la même façon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque le capital britannique fut pour la première fois investi, disons en Autriche ou en Bolivie, les taux de salaires y étaient de très loin inférieurs à ce qu&#039;ils étaient en Angleterre. Mais cet apport d&#039;investissement déclencha une tendance à la hausse des salaires dans ces pays-là. Cette même tendance prévalut dans le monde entier. C&#039;est un fait largement connu que, par exemple, lorsque la United Fruit Company alla s&#039;établir ai Guatemala, le résultat fut une tendance générale à des salaires plus élevés, à commencer par ceux que payait la United Fruit Company, ce qui rendit nécessaire, aux autres employeurs, de payer eux aussi des salaires plus élevés. Par conséquent, il n&#039;y a pas de raison d&#039;être pessimiste en ce qui concerne l&#039;avenir des pays « sous-développés ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis pleinement d&#039;accord avec les communistes et les syndicats de salariés quand ils disent : « Ce qu&#039;il faut, c&#039;est relever le niveau de vie. » Il n&#039;y a pas longtemps, dans un livre publié aux États-Unis, un professeur disait : « maintenant, nous avons de tout à suffisance, pourquoi dans le monde les gens devraient-ils travailler si dur ? Nous avons déjà tout. » Je ne doute pas que ce professeur ait ce qu&#039;il lui faut. Mais il y a d&#039;autres gens dans d&#039;autres pays, et aussi bien des gens aux États-Unis, qui voudraient et devraient avoir un niveau de vie plus élevé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hors des États-Unis — en Amérique Latine, et plus encore en Asie et en Afrique — tout le monde désire voir la situation s&#039;améliorer dans son propre pays. Un meilleur niveau de vie entraîne aussi un niveau de vie plus élevé de culture et de civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par conséquent, je suis tout à fait de cet avis ; le but ultime est d&#039;élever le niveau de vie partout. Mais je ne suis pas d&#039;accord sur les mesures à adopter pour atteindre ce but. En effet, quelles mesures peuvent y parvenir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;est pas le protectionnisme, ni l&#039;interventionnisme gouvernemental, ni le syndicalisme ; et ce n&#039;est certainement pas la violence des syndicats (appelée, par euphémisme, négociation collective, alors que c&#039;est en fait une négociation avec un revolver sous le nez). Pour parvenir au but proposé, à mon avis il n&#039;existe qu&#039;un seul chemin ! C&#039;est une méthode qui prend du temps. Certaines gens diront : elle est trop lente. Mais il n&#039;y a pas de raccourci conduisant à un paradis terrestre. Il faut du temps, et il faut travailler. Cependant, cela ne prend pas réellement aussi longtemps que les gens le pensent, et à la fin, l&#039;égalisation s&#039;effectuera.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux environs de 1840, dans les régions occidentales de l&#039;Allemagne — en Souabe et au Wurtemberg, qui étaient l&#039;une des régions les plus industrialisées du monde — l&#039;on disait : « Nous ne pourrons jamais atteindre le niveau des Britanniques. Les Anglais sont partis bien avant nous, ils seront toujours en tête. » Trente ans plus tard les Anglais disaient : « La concurrence allemande, nous ne pouvons lui résister, il faut faire quelque chose contre sa menace. » A ce moment-là, c&#039;est certain, le niveau de vie allemand s&#039;élevait rapidement et, dès cette époque, approchait rapidement de celui de la Grande-Bretagne. Et aujourd&#039;hui, le revenu par tête des Allemands n&#039;est en rien inférieur à celui des Anglais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au centre de l&#039;Europe, il y a un petit pays, la Suisse, que la nature a très chichement doté. Il n&#039;a pas de mines de charbon, pas de minerais, pas de ressources naturelles. Mais son peuple, au long des siècles, a toujours pratiqué une politique capitaliste. Les Suisses sont parvenus au plus haut des niveaux de vie de l&#039;Europe continentale, et leur pays compte parmi les grands centres de civilisation du monde. Je ne vois pas pourquoi un pays comme l&#039;Argentine — qui est beaucoup plus important que la Suisse à la fois quant à sa population et quant aux dimensions géographiques — ne parviendrait pas au même niveau de vie élevé, après quelques années de politique de bonne qualité. Mais, comme je l&#039;ai souligné, il faut que la politique soit la bonne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Ludwig von Mises:Politique économique - Quatrième leçon — Inflation</title>
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		<updated>2014-02-14T12:23:22Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : Page créée avec « {{titre|Politique économique : Réflexions pour aujourd&amp;#039;hui et pour demain|Ludwig von Mises|Quatrième leçon — Inflation... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Ludwig von Mises:Politique économique|Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain]]|[[Ludwig von Mises]]|Quatrième leçon — Inflation}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les quantités de caviar offertes en vente étaient aussi abondantes que les quantités de pommes de terre, le prix du caviar — c&#039;est-à-dire le taux d&#039;échange entre caviar et monnaie ou entre caviar et autres marchandises — changerait considérablement. Dans cette hypothèse, l&#039;on pourrait se procurer du caviar en échange d&#039;un sacrifice bien moindre que celui nécessaire aujourd&#039;hui. De la même façon, si la quantité de monnaie est accrue, le pouvoir d&#039;achat de l&#039;unité de monnaie décroît, et la quantité de marchandises qui peut être obtenue pour une unité de cette monnaie diminue également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;au seizième siècle, les réserves d&#039;or et d&#039;argent existant en Amérique furent découvertes et exploitées, d&#039;énormes quantités de ces métaux précieux furent transportées en Europe. Le résultat de cette augmentation de la quantité de monnaie fut une tendance générale à la hausse des prix. De la même façon, aujourd&#039;hui, lorsqu&#039;un gouvernement accroît la quantité de papier-monnaie, le résultat est que le pouvoir d&#039;achat de l&#039;unité monétaire se met à baisser, et ainsi les prix montent. Voilà ce qu&#039;on appelle l&#039;inflation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malheureusement, aux États-Unis, aussi bien que dans d&#039;autres pays, certaines gens préfèrent attribuer la cause de l&#039;inflation non pas à l&#039;augmentation de la quantité de monnaie, mais plutôt à la hausse des prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant, il n&#039;y a jamais eu d&#039;argument sérieux opposable à l&#039;interprétation économique de la relation mutuelle entre les prix et la quantité de monnaie, ou du taux d&#039;échange entre la monnaie et les autres biens, denrées et services. Dans les conditions techniques actuelles, il n&#039;est rien de plus facile que de fabriquer des morceaux de papier sur lesquels l&#039;on imprime un chiffre représentant un certain nombre d&#039;unités monétaires. Aux États-Unis, où tous les billets ont la même dimension, il ne coûte pas davantage au gouvernement d&#039;imprimer un billet de mille dollars qu&#039;un billet d&#039;un dollar. C&#039;est uniquement un travail d&#039;imprimerie exigeant la même quantité de papier et d&#039;encre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au dix-huitième siècle, lorsqu&#039;on fit les premiers essais d&#039;émission de billets de banque ayant qualité de monnaie légale — c&#039;est-à-dire que l&#039;on devrait honorer dans les transactions de la même façon qu&#039;étaient honorées les pièces d&#039;or et d&#039;argent — les gouvernements et les peuples crurent que les banquiers possédaient quelque science secrète leur permettant de créer de la richesse à partir de rien. Lorsque les gouvernements se trouvaient en difficultés financières, ils crurent qu&#039;il leur suffirait de mettre un banquier habile à la tête de leurs finances pour être débarrassés de tous leurs ennuis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques années avant la Révolution Française, le Roi de France, étant à court d&#039;argent, rechercha un tel habile homme et lui conféra une haute charge officielle. Cet homme était, à tous égards, l&#039;exact opposé de ceux qui jusqu&#039;alors avaient gouverné en France. D&#039;abord il n&#039;était pas Français, c&#039;était un étranger, un Genevois. Ensuite, ce n&#039;était pas un noble, mais un roturier. Et ce qui comptait encore davantage au dix-huitième siècle, en France, il n&#039;était pas catholique, mais protestant. C&#039;est ainsi que Monsieur Necker, le père de la célèbre Madame de Staël, devint ministre des Finances, et chacun espéra le voir résoudre le problème financier de la France. Mais en dépit du haut niveau de confiance dont jouissait M. Necker, le trésor royal resta vide — l&#039;erreur capitale de Necker ayant été sa tentative de financer l&#039;aide aux colonies américaines dans leur guerre d&#039;indépendance contre l&#039;Angleterre, sans lever d&#039;impôts. C&#039;était certainement un mauvais moyen de chercher une solution aux difficultés financières du royaume de France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut y avoir de moyen mystérieux pour résoudre les problèmes financiers d&#039;un gouvernement ; s&#039;il a besoin d&#039;argent, il doit se procurer cet argent en le prélevant par l&#039;impôt sur les citoyens (ou, sous certaines conditions, en l&#039;empruntant à ceux qui ont de l&#039;argent). Mais beaucoup de gouvernements, nous pouvons même dire la plupart des gouvernements, pensent qu&#039;il y a un troisième moyen d&#039;obtenir la monnaie désirée, c&#039;est de l&#039;imprimer, tout simplement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le gouvernement veut réaliser quelque chose d&#039;avantageux — si par exemple il désire construire un hôpital — le moyen de trouver l&#039;argent nécessaire à ce projet est de lever la somme sur le contribuable et de la consacrer à la construction projetée. Dans ce cas, il ne se produira pas de « perturbation des prix », parce que lorsque le gouvernement prélève les sommes et construit l&#039;hôpital, les citoyens, une fois l&#039;impôt payé, sont obligés de restreindre leur dépense. Le contribuable individuel, lui, est bien forcé de réduire soit sa consommation, soit ses investissements, soit son épargne liquide. Le gouvernement se présentant sur le marché comme acheteur, remplace le citoyen individuel ; le citoyen achète moins pendant que le gouvernement achète davantage. Le gouvernement, bien entendu, n&#039;achète pas toujours les mêmes biens que le citoyen aurait achetés, mais dans l&#039;ensemble, il ne se produit pas de hausse des prix consécutivement à la construction d&#039;un hôpital par l&#039;État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai choisi cet exemple d&#039;un hôpital parce que les gens disent parfois : « Il y a une différence, si le gouvernement emploie ses fonds pour de bons objectifs ou pour de mauvais objectifs ». Mais j&#039;entends supposer que le gouvernement emploie toujours la monnaie qu&#039;il a fait imprimer, pour des objectifs les meilleurs possibles, des objectifs sur lesquels nous sommes tous d&#039;accord. Car ce n&#039;est pas la façon dont l&#039;argent est dépensé, mais ma façon dont il est obtenu qui provoque les conséquences que nous appelons inflation, conséquences que la majorité des gens dans le monde d&#039;aujourd&#039;hui ne considèrent pas comme bénéfiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, sans qu&#039;il y ait inflation, le gouvernement pourrait utiliser l&#039;argent levé par l&#039;impôt pour recruter de nouveaux fonctionnaires, ou pour payer mieux ceux qu&#039;il emploie déjà. Alors ces gens dont les appointements ont augmenté, sont en mesure de dépenser davantage. Quand le gouvernement prend de l&#039;argent au contribuable et l&#039;emploie pour relever les salaires de son personnel, les contribuables ont moins à dépenser mais les fonctionnaires en ont davantage. Les prix en général ne monteront pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si ce que le gouvernement distribue ainsi ne provient pas des recettes fiscales, si c&#039;est simplement de la monnaie imprimée en supplément, cela signifie que certaines personnes auront en poche davantage de monnaie alors que toutes les autres en auront autant qu&#039;avant. Les gens qui reçoivent cette monnaie fraîchement créée vont être en compétition avec les acheteurs qui étaient déjà sur le marché. Et comme il n&#039;y a pas en vente plus de choses qu&#039;avant, alors qu&#039;il y a davantage de monnaie offerte — comme il y a des gens qui désormais peuvent acheter aujourd&#039;hui plus qu&#039;ils ne pouvaient acheter hier — il y aura une demande plus forte pour la même quantité de biens en vente. Par conséquent, les prix auront tendance à monter. Il n&#039;y a pas moyen d&#039;éviter cela, quel que soit l&#039;usage fait de cette monnaie nouvellement émise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a plus important encore ; cette tendance des prix vers la hausse va se communiquer de proche en proche ; ce n&#039;est pas un mouvement global, vers le haut, de ce qu&#039;on a appelé le « niveau des prix ». Il ne faut jamais se servir de cette expression métaphorique, le « niveau » des prix. Lorsque les gens parlent d&#039;un « niveau » des prix, ils ont à l&#039;esprit l&#039;image d&#039;un liquide dont le niveau monte ou descend selon que sa quantité augmente ou diminue ; mais le niveau d&#039;un liquide dans un récipient monte ou descend de la même hauteur en tous ses points. En ce qui concerne les prix, il n&#039;y a rien qu&#039;on puisse appeler leur « niveau ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les prix ne varient pas tous ensemble dans la même proportion. Il y a toujours des prix qui changent plus rapidement, qui montent ou baissent plus vite que les autres prix. Et il y a une raison à cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considérez le cas d&#039;un employé de l&#039;État qui a reçu de cette nouvelle monnaie émise en supplément. Les gens n&#039;achètent pas aujourd&#039;hui exactement les mêmes articles qu&#039;hier, et dans les mêmes quantités. La monnaie additionnelle que le gouvernement a imprimée et introduite sur le marché n&#039;est pas employée à acheter toutes les denrées et services. On l&#039;emploie pour acheter certains articles, dont le prix tendra à monter, pendant que d&#039;autres articles resteront au prix antérieur. Ainsi, quand l&#039;inflation débute, des groupes différents de la population s&#039;en trouvent affectés de différentes façons. Ceux d&#039;entre ces groupes qui reçoivent les premiers la monnaie supplémentaire ont un avantage momentané.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un gouvernement recourt à l&#039;inflation pour faire la guerre, il doit acheter des munitions, et les premiers à recevoir la monnaie additionnelle sont les industries fabriquant des munitions et les gens qui travaillent dans ces industries. Ces groupes sont alors dans une position très favorables. Les profits et les salaires y sont plus élevés, leurs affaires se développent. Pourquoi ? Parce qu&#039;ils ont été les premiers à encaisser la monnaie émise. Et ayant maintenant plus d&#039;argent à leur disposition, ils achètent. Ils achètent à d&#039;autres gens, qui fabriquent et vendent ce dont ont envie les gens qui font des munitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces fournisseurs forment un second groupe. Et ce second groupe considère que l&#039;inflation est une chose excellente pour les affaires. Pourquoi pas ? N&#039;est-ce pas merveilleux que de vendre davantage ? Par exemple, un propriétaire de restaurant à proximité de l&#039;usine de munitions se dit : « Tout va très bien ! Les ouvriers et les employés de cette usine ont plus d&#039;argent, et ils sont bien plus nombreux qu&#039;avant ; ce sont des clients fidèles de mon restaurant ; j&#039;en suis bien content. » Il ne voit aucune raison de penser autrement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La situation est celle-ci : les gens auxquels la monnaie émise arrive en premier ont maintenant un revenu plus élevé, et ils peuvent encore se procurer nombre d&#039;articles et de services à des prix qui correspondent à l&#039;état antérieur du marché, à la situation existant à la veille de l&#039;inflation. Ils sont donc dans une position très favorable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l&#039;inflation se répand petit à petit, d&#039;un groupe de la population à d&#039;autres. Et tous ceux auxquels la monnaie additionnelle parvient dans les premiers temps de l&#039;inflation en sont avantagés parce qu&#039;ils peuvent encore acheter certains biens à des prix établis dans la période antérieure, et traduisant l&#039;ancienne relation d&#039;échange entre la monnaie et les marchandises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seulement il y a d&#039;autres groupes dans la population, et à ceux-là la monnaie additionnelle ne parvient que beaucoup plus tard. Ces gens-là sont dans une situation défavorable. Avant que la monnaie additionnelle ne leur parvienne, ils sont obligés de payer plus cher qu&#039;avant beaucoup de choses — ou pratiquement toutes les choses — qu&#039;ils avaient l&#039;habitude d&#039;acheter, alors que leur revenu n&#039;a pas changé, qu&#039;il n&#039;a pas augmenté proportionnellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considérez par exemple un pays comme les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale ; d&#039;une part, l&#039;inflation à ce moment-là favorisait les ouvriers métallurgistes, les industries d&#039;armement, les fabricants de canons, pendant que d&#039;autre part elle portait un dommage à d&#039;autres groupes de la population. Et ceux qui supportaient les plus lourds désavantages étaient les enseignants et les membres du clergé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme vous le savez, un membre du clergé est une personne très modeste qui ne doit pas trop parler d&#039;argent. Les enseignants, de même, sont des personnes dévouées qui sont censées penser plus à l&#039;éducation des jeunes qu&#039;à leurs propres appointements. En conséquence, les instituteurs et les pasteurs furent parmi les plus pénalisés par l&#039;inflation, car les diverses écoles et églises furent les dernières à comprendre qu&#039;il fallait reconsidérer leurs salaires. Lorsque les conseils paroissiaux et les associations de soutien des écoles s&#039;aperçurent enfin que, après tout, l&#039;on devrait bien aussi améliorer le revenu de ces personnes dévouées, les pertes qu&#039;elles avaient subies dans l&#039;entre-temps restèrent à leur charge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant longtemps, elles durent acheter moins qu&#039;avant, réduire leur consommation d&#039;aliments les meilleurs et les plus chers, retarder leurs dépenses d&#039;habillement — parce que les prix de ces objets avaient déjà été rajustés en hausse pendant que leurs revenus, leurs traitements, ne l&#039;avaient pas encore été. (Cette situation a changé considérablement maintenant, au moins pour les enseignants.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y donc toujours divers groupes dans la population, que l&#039;inflation affecte diversement. Pour certains, l&#039;inflation n&#039;est pas tellement un mal ; ils demandent même qu&#039;elle continue, parce qu&#039;ils sont les premiers à en profiter. Nous verrons, dans la leçon suivante, pourquoi cette inégalité dans les conséquences de l&#039;inflation affecte de façon vitale les politiques qui conduisent à l&#039;inflation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cours des changements entraînés par l&#039;inflation, nous avons des groupes qui sont avantageux et des groupes qui réalisent directement des profits. Je n&#039;emploie pas le terme de profits pour en faire reproche à ces gens, car s&#039;il y a quelqu&#039;un à blâmer, c&#039;est le gouvernement qui a été établi l&#039;inflation. Et il y a toujours des gens qui sont partisans de l&#039;inflation parce qu&#039;ils comprennent ce qui va se passer plus tôt que les autres. Leurs profits à cette occasion tiennent au fait qu&#039;il y aura nécessairement inégalité dans les répercussions de l&#039;inflation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir peut penser que l&#039;inflation —en tant que moyen de fiscalité inavouée — est préférable à l&#039;impôt, qui est toujours impopulaire et malcommode. Dans beaucoup de grandes et riches nations les législateurs ont souvent discuté, pendant de nombreux mois, les diverses modalités de nouveaux impôts qui étaient devenus nécessaires parce que le parlement avait décidé d&#039;augmenter les dépenses. Ayant examiné les diverses méthodes de prélever les fonds par l&#039;impôt, l&#039;on a finalement décidé qu&#039;il était probablement plus indiqué de la faire par l&#039;inflation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais bien entendu, on n&#039;a pas parlé d&#039;inflation. Le politicien au pouvoir qui se prépare à y recourir n&#039;annonce pas « je vais procéder à une inflation ». Les méthodes techniques employées sont si complexes que le citoyen ordinaire ne se rend pas compte qu&#039;elle est déjà en marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;une des plus gigantesques inflations de l&#039;histoire se produisit dans le Deuxième Reich allemand après la Première Guerre mondiale. L&#039;inflation n&#039;avait pas été si importante pendant la guerre même ; ce fut l&#039;inflation après les hostilités qui s&#039;acheva en catastrophe. Le gouvernement n&#039;a jamais dit « Nous allons faire de l&#039;inflation ». L&#039;État emprunta simplement de l&#039;argent très indirectement à la banque centrale. Le gouvernement n&#039;avait pas à s&#039;inquiéter de la façon dont la banque se procurerait l&#039;argent pour le lui donner : elle l&#039;imprimait tout simplement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, les techniques inflationnistes sont compliquées par le fait de la monnaie-chèques. Elle implique une technique différente, mais le résultat est le même. D&#039;un trait de plume, le gouvernement crée de la monnaie par ordre, gonflant ainsi la quantité de monnaie et de crédit. Le gouvernement donne simplement un ordre, et la monnaie-miracle est là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début, le gouvernement ne s&#039;inquiète pas du fait qu&#039;il y a des perdants, la montée des prix ne lui cause aucune appréhension. Les législateurs trouvent le système extraordinairement pratique. Mais cet admirable système a un défaut radical : il ne peut pas durer. Si l&#039;inflation pouvait se répéter indéfiniment, il n&#039;y aurait aucune raison de dire aux gouvernants de ne pas s&#039;en servir. Mais la chose certaine en ce qui concerne l&#039;inflation, c&#039;est que tôt ou tard, elle devra s&#039;arrêter. C&#039;est une politique qui ne peut être permanente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la longue, l&#039;inflation prend fin par l&#039;effondrement de la monnaie légale, qui est une catastrophe, analogue à celle qu&#039;on connue les Allemands en 1923. Le 1er août 1914, la valeur du dollar était de 4 marks et 20 pfennigs. Neuf ans et trois mois plus tard, en novembre 1923, le dollar était coté à 4 milliards 200 millions de marks. En d&#039;autres termes, le mark ne valait plus rien, il n&#039;avait absolument aucune valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a quelques années, un auteur célèbre écrivait « à long terme, nous sommes tous morts ». C&#039;est une vérité évidente, quoique triste. Mais la question pratique est de savoir combien de temps durera le court terme ? Au dix-huitième siècle vivait une dame fameuse, Madame de Pompadour, à qui l&#039;on prête ce mot : « Après nous, le déluge ». Madame de Pompadour eut du moins la chance de mourir dans le court terme. Mais sa remplaçante au même poste, Madame du Barry, survécut au court terme et fit décapitée au long terme. Pour bien des gens le « long terme » devient rapidement le court terme, et d&#039;autant plus court que l&#039;inflation a déjà duré plus longtemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Combien le long terme peut-il durer ? Combien de temps une banque d&#039;émission peut-elle continuer à faire de l&#039;inflation ? probablement aussi longtemps que les gens restent persuadés que le gouvernement, tôt ou tard mais en tout cas pas trop tard, s&#039;arrêtera d&#039;imprimer de la monnaie et donc de faire diminuer la valeur de chaque unité monétaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les gens cessent de croire cela, lorsqu&#039;ils comprennent que le gouvernement ira de plus en plus loin sans aucune intention de s&#039;arrêter, alors ils commencent à réaliser que les prix de demain seront plus hauts que ceux d&#039;aujourd&#039;hui. Et ils se mettent à acheter à tout prix, ce qui fait que les prix montent à des hauteurs telles que le système monétaire s&#039;écroule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je cite cet exemple de l&#039;Allemagne, parce que le monde entier l&#039;a vu se dérouler. De nombreux livres ont décrit les événements de cette époque. (Bien que je ne sois pas Allemand, mais Autrichien, j&#039;ai vu tout cela de l&#039;intérieur : en Autriche, la situation n&#039;était pas très différente de celle de l&#039;Allemagne ; l&#039;une et l&#039;autre n&#039;étaient d&#039;ailleurs pas très différentes de celles de plusieurs autres pays d&#039;Europe). Pendant plusieurs années, les Allemands avaient cru que leur inflation n&#039;était qu&#039;une affaire temporaire, qu&#039;elle finirait par s&#039;arrêter un jour prochain. Ils pensèrent de la sorte pendant neuf ans presque, jusqu&#039;à l&#039;été de 1923. Finalement, ils se mirent à douter. L&#039;inflation persistant, les gens pensèrent qu&#039;il était plus prudent d&#039;acheter tout ce qu&#039;ils pouvaient trouver, au lieu de garder de l&#039;argent en poche. En outre, ils se dirent qu&#039;il était contre-indiqué de consentir des prêts en monnaie, et que s&#039;endetter était une excellente idée. Ainsi l&#039;inflation nourrissait elle-même l&#039;inflation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela continua en Allemagne exactement jusqu&#039;au 28 Août 1923. Les multitudes avaient vécu dans l&#039;illusion que la monnaie inflationniste était la vraie monnaie, et découvraient que les choses avaient changé. A cette extrémité de l&#039;inflation, en Automne 1923, les entreprises allemandes payaient leurs salariés chaque matin d&#039;avance, pour la journée. Et l&#039;ouvrier arrivait à l&#039;usine avec sa femme, lui remettait son salaire — tous les millions qu&#039;il recevait — sans perdre un instant. Et l&#039;épouse immédiatement allait dans un magasin acheter quelque chose, n&#039;importe quoi. C&#039;est qu&#039;elle avait compris comme presque tout le monde à l&#039;époque, que du jour au lendemain le mark perdait la moitié de son pouvoir d&#039;achat. L&#039;argent fondait dans la poche des gens comme un morceau de chocolat sur un poêle allumé. Cette ultime phase de l&#039;inflation allemande ne dura pas longtemps ; au bout de quelques jours le cauchemar s&#039;acheva : la mark n&#039;avait plus de valeur, et il fallait établir une nouvelle monnaie légale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lord Keynes, ce même personnage qui disait qu&#039;à long terme nous serons tous morts, fut l&#039;un des écrivains inflationnistes dont la lignée s&#039;est allongée durant le vingtième siècle. Leur cible commune était l&#039;étalon-or. Lorsque Keynes l&#039;attaqua à son tour, il appela l&#039;étalon-or une « relique barbare ». Et presque tout le monde aujourd&#039;hui trouve ridicule de parler d&#039;un retour à l&#039;étalon-or. Aux États-Unis, par exemple, l&#039;on vous considère plus ou moins comme un rêveur si vous dites « Tôt ou tard, les U.S.A. devront revenir à l&#039;étalon-or ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;étalon-or a pourtant une vertu proprement formidable : la quantité de monnaie disponible, en régime d&#039;étalon-or, est indépendante de la politique des gouvernants et des parties politiques. C&#039;est là son avantage. C&#039;est concrètement une protection contre les gouvernements prodigues. Si, en système d&#039;étalon-or, le gouvernement est sollicité de dépenser de l&#039;argent pour quelque nouveauté, le ministre des Finances peut dire « Où puis-je trouver cet argent ? Dites-moi d&#039;abord comment nous financerons cette dépense supplémentaire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En système inflationniste, rien n&#039;est plus aisé aux politiciens que de donner ordre aux fonctionnaires chargés de la presse à billets de fournir les sommes nécessaires à leurs projets. En système d&#039;étalon-or, un sain gouvernement a de bien meilleures chances de prévaloir : les responsables peuvent dire aux citoyens et aux politiciens ; « Nous ne pouvons pas faire ce que vous souhaitez, à moins d&#039;augmenter les impôts. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Inversement, dans un climat inflationniste les gens prennent l&#039;habitude de considérer le gouvernement comme une institution aux moyens illimités : l&#039;État, le Gouvernement peuvent faire n&#039;importe quoi. Si par exemple le pays désire un réseau d&#039;autoroutes, il demande au gouvernement de le faire construire. Mais d&#039;où le gouvernement tirera-t-il l&#039;argent ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;on pourrait dire qu&#039;aux États-Unis aujourd&#039;hui — et même dans le passé sous Mc Kinley — le Parti Républicain a généralement été plus ou moins en faveur de la monnaie saine et de l&#039;étalon-or, tandis que le Parti Démocrate était en faveur de l&#039;inflation. Bien entendu, pas d&#039;inflation-papier, mais par la monétisation de l&#039;argent-métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut pourtant un Président démocrate des États-Unis, Cleveland, qui à la fin des années 1880 opposa son veto à une décision du Congrès de donner une modeste somme — environ 10 000 dollars — comme secours à une collectivité locale qui avait été victime d&#039;une calamité. Et le Président Cleveland justifiait son veto en écrivant : « Alors qu&#039;il est du devoir des citoyens d&#039;apporter leur aide au gouvernement, ce n&#039;est pas celui du gouvernement que d&#039;aider les citoyens. » Voilà ce que tout homme d&#039;État devrait écrire sur les murs de son cabinet, pour le donner à lire aux gens qui viennent demander de l&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis gêné par la nécessité de simplifier ces problèmes. Il y a tant de problèmes complexes dans le système monétaire ! Et je n&#039;aurais pas écrit des volumes entiers à leur propos s&#039;ils avaient été aussi simples que je les décris ici. Mais l&#039;idée fondamentale est celle-ci : si vous augmentez la quantité de monnaie, vous provoquez l&#039;abaissement du pouvoir d&#039;achat de l&#039;unité monétaire. C&#039;est là ce qui fait mal aux gens dont les intérêts propres sont lésés. Ce sont les gens qui ne tirent pas avantage de l&#039;inflation, qui seuls s&#039;en plaignent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l&#039;inflation est une mauvaise chose et si les gens le comprennent, comment se fait-il qu&#039;elle soit devenue presque un mode de vie dans tous les pays ? Même quelques-unes des nations les plus riches souffrent de cette maladie. Les États-Unis sont certainement aujourd&#039;hui la nation la plus riche du monde, celle où le niveau de vie est le plus élevé. Mais en voyageant à travers ce pays, vous constateriez qu&#039;il y est partout parlé d&#039;inflation et de la nécessité d&#039;y mettre un terme. Mais l&#039;on en parle seulement ; on n&#039;y fait rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour vous rappeler quelques faits : après la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne revint à la parité d&#039;avant-guerre de la livre sterling. Autrement dit, elle réévalua en hausse sa monnaie. Cela augmenta le pouvoir d&#039;achat du salaire de chaque travailleur. Dans un marché non entravé, le taux nominal des salaires aurait baissé pour faire compensation, cependant que le taux réel n&#039;aurait pas été affecté. Nous n&#039;avons pas le temps d&#039;examiner les raisons qui expliquent cela. Mais les syndicats en Grande-Bretagne n&#039;acceptèrent pas que les taux de salaires soient ajustés en fonction du nouveau pouvoir d&#039;achat de l&#039;unité monétaire, de sorte que les salaires réels se trouvèrent fortement relevés par cette mesure monétaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut là une vraie catastrophe pour l&#039;Angleterre, car la Grande-Bretagne est un pays à forte prédominance industrielle qui doit importer ses matières premières, des produits semi-finis et des produits alimentaires pour vivre, et payer ces importations en exportant des produits manufacturés. Du fait de ce relèvement de la valeur internationale de la livre, le prix des produits britanniques augmenta sur les marchés extérieurs, et les ventes à l&#039;exportation diminuèrent. La Grande-Bretagne s&#039;était, par les prix, exclue elle-même des marchés mondiaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats britanniques ne pouvaient être mis à la raison. Vous savez quelle est aujourd&#039;hui la puissance d&#039;un syndicat. Il a le doit, pratiquement le privilège, d&#039;user de violence. De ce fait, l&#039;ordre d&#039;un syndicat a, pour ainsi dire, autant d&#039;importance qu&#039;un décret gouvernemental. Le décret gouvernemental est un ordre pour l&#039;application duquel l&#039;appareil de contrainte de la Puissance Publique — la police — peut être requis. Si vous ne vous conformez pas au décret, vous aurez des ennuis avec la police.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malheureusement, nous avons maintenant dans presque tous les pays une autre puissance qui est en mesure d&#039;exercer sa contrainte : les syndicats. Les syndicats arrêtent le taux des salaires et décident des grèves pour le faire observer, de la même façon qu&#039;un gouvernement peut décréter un taux minimum de salaires. Je n&#039;examinerai pas maintenant la question syndicale, nous y reviendrons plus tard. Je désire seulement montrer que la politique syndicale consiste à faire monter le taux de salaire au-dessus du niveau que déterminerait un marché non entravé. Par voie de conséquence, une proportion importante de la force de travail potentielle ne peut être employée que par des entrepreneurs ou des branches industrielles disposés à encourir des pertes. Et comme les entreprises ne pourraient pas supporter indéfiniment des pertes, elles ferment leurs portes et leur personnel perd ses emplois. A fixer le taux des salaires au-dessus de celui qu&#039;aurait déterminé un marché non entravé, l&#039;on condamne au non-emploi une part considérable de la force de travail potentielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Grande-Bretagne, le résultat du succès de la pression syndicale, maintenant les salaires à un taux élevé, fut un chômage permanent, prolongé pendant des années. Des millions de travailleurs restaient sans emploi, la production baissait. Même les experts étaient perplexes. Dans cette situation, le gouvernement britannique prit une décision qu&#039;il considérait comme une indispensable mesure d&#039;exception : il dévalua sa monnaie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le résultat fit que le pouvoir d&#039;achat des salaires en monnaie, auxquels d&#039;étaient accrochés les syndicats, cessa d&#039;être rigide. Les salaires réels, l&#039;équivalent en marchandises des salaires nominaux, baissèrent. Désormais, le salarié ne pouvait plus acheter autant qu&#039;avant, bien que son salaire nominal soit resté le même. De la sorte, pensait-on, les taux de salaires réels rejoindraient le niveau du marché libre et le chômage se résorberait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette opération — la dévaluation — fut imitée par divers autres pays, le France, les Pays-Bas, la Belgique. Un pays, même, y eut recours deux fois en un an et demi : la Tchécoslovaquie. C&#039;était une façon subreptice, dirons-nous, de contrecarrer le pouvoir des syndicats. L&#039;on ne peut cependant pas appeler cela un vrai succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après quelques années, les gens, les travailleurs et les syndicats eux-mêmes, finirent par comprendre ce qui se passait. Ils s&#039;apercevaient que la dévaluation de la monnaie avait réduit leur salaire réel. Les syndicats avaient assez de puissance pour s&#039;opposer à cela. Dans de nombreux pays ils firent insérer dans les contrats de salaires une clause stipulant que les salaires en monnaie devaient suivre automatiquement la hausse des prix. C&#039;est ce qu&#039;on appelle l&#039;indexation. Les syndicats sont devenus attentifs à l&#039;indice des prix. Si bien que cette méthode pour réduire le chômage que le Gouvernement britannique avait inaugurée en 1931 — et qui fut par la suite adoptée par presque tous les gouvernements importants — cette méthode de « solution au non-emploi » n&#039;a plus aujourd&#039;hui aucun effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1936, dans sa Théorie Générale de l&#039;Emploi, de l&#039;Intérêt et de la Monnaie, Lord Keynes a malencontreusement élevé cette méthode — c&#039;est-à-dire ces mesures d&#039;urgence de la période allant de 1929 à 1933 — au rang de principe, comme un système fondamental de politique. Et il justifiait son point de vue en disant : « Le chômage est un mal. Si vous voulez faire disparaître le chômage, il faut gonfler la circulation monétaire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il savait pertinemment que les taux de salaires peuvent être trop élevés pour le marché, c&#039;est-à-dire trop élevés pour qu&#039;il soit avantageux à un entrepreneur d&#039;augmenter son personnel, et donc trop élevés du point de vue de l&#039;ensemble de la population laborieuse, puisque du fait des taux de salaire imposés par les syndicats, et excédant le niveau du marché, une partie seulement des individus désireux de gagner un salaire peut trouver de l&#039;emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et Keynes disait, en effet : « Il est certain qu&#039;un chômage massif prolongé d&#039;année en année, est une situation fort préoccupante » ; mais au lieu de suggérer que les taux de salaires pourraient et devraient être adaptés à l&#039;état du marché, il disait en fait : « si l&#039;on dévalue la monnaie et que les travailleurs ne soient pas assez malins pour s&#039;en rendre compte, ils ne s&#039;opposeront pas à une baisse des salaires réels, aussi longtemps que les salaires nominaux ne changeront pas. » En d&#039;autres termes, Lord Keynes disait que si quelqu&#039;un reçoit aujourd&#039;hui le même montant en livres sterling qu&#039;il recevait avant la dévaluation, il ne s&#039;apercevra pas qu&#039;en réalité il est moins payé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour parler à l&#039;ancienne mode, Keynes proposait d&#039;abuser de la simplicité des travailleurs. Au lieu de déclarer ouvertement que les taux de salaire doivent être adaptés aux circonstances du marché — parce que, s&#039;ils ne le sont pas, une partie de la force de travail restera inévitablement sans emploi — il disait en substance : « Le plein emploi ne peut être réalisé que par l&#039;inflation. Trompez les travailleurs ! » Le fait le plus intéressant, toutefois, est que lorsque fut publiée sa Théorie Générale, il n&#039;était plus possible de tricher, parce que les gens avaient pris conscience de la signification des indices de prix. Cependant, il resta dans les esprits le but assigné : le plein emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;est-ce que cela veut dire : « plein emploi » ? Cela est en rapport avec un marché du travail fonctionnant sans entraves, c&#039;est-à-dire non manipulé par les syndicats ni par les pouvoirs publics. Sur un tel marché, les taux de salaires pour chaque type de travail tendent vers un niveau où quiconque cherche de l&#039;emploi peut en trouver un, et où chaque employeur peut embaucher autant de personnel qu&#039;il en désire. S&#039;il se produit un accroissement de la demande de main-d&#039;oeuvre le taux de salaire tendra à monter, et si l&#039;on a besoin de moins de main-d&#039;oeuvre, il tendra à baisser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seule méthode permettant d&#039;arriver à une situation de « plein emploi » consiste à maintenir un marché du travail non entravé. Cela vaut pour tout genre de travail, et pour tout genre de produit à vendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que fait un entrepreneur lorsqu&#039;il se propose de vendre quelque chose à cinq dollars l&#039;unité ? Supposons qu&#039;il ne le puisse pas ; l&#039;expression technique du commerce, en Amérique, équivaut à ceci : « le stock ne part pas ». Mais il faut que le stock s&#039;écoule. L&#039;entrepreneur ne peut pas conserver cette marchandise, parce qu&#039;il doit acheter quelque chose de neuf ; les modes changent. Alors, il met en vente à un prix moindre. S&#039;il ne peut vendre à cinq dollars, il doit en demander quatre ; et s&#039;il ne vend pas à quatre, il doit demander trois. Il n&#039;y a pas d&#039;autre choix aussi longtemps qu&#039;il tient commerce. Peut-être subira-t-il des pertes, mais celles-ci ont pour origine une erreur de sa part, dans ses pronostics quant à la situation du marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en va de même pour les milliers et milliers de jeunes gens qui journellement viennent de la campagne à la ville, cherchant à gagner de l&#039;argent. C&#039;est ce qui se produit dans tous les pays industriels. Aux États-Unis, ils viennent à la ville avec l&#039;idée qu&#039;ils devraient se faire, par exemple, cent dollars par semaine. Parfois, cela s&#039;avère impossible. Alors, si quelqu&#039;un ne trouve pas d&#039;emploi pour cent dollars, il doit en chercher pour quatre-vingt-dix, quatre-vingts ou même moins encore. Mais s&#039;il se met à dire, comme les syndicats « cent dollars la semaine, ou rien » peut-être restera-t-il sans travail. (Beaucoup ne se font pas scrupule de rester sans emploi parce que le gouvernement distribue des allocations de chômage — financées par des prélèvements spéciaux imposés aux employeurs — qui parfois sont presque aussi élevées que ce que gagnerait le bénéficiaire s&#039;il avait un emploi).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que nombre de gens croient que le plein emploi ne peut être atteint que grâce à l&#039;inflation, l&#039;inflation est, aux États-Unis, une idée admise. Mais les gens discutent la question comme ceci : « Devons-nous préférer une monnaie saine avec du chômage, ou une inflation avec plein-emploi ? » En fait, c&#039;est là une analyse complètement viciée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour traiter ce problème, nous devons poser la question que voici : Comment peut-on améliorer la situation des travailleurs et de tous les autres groupes de la population ? La réponse est : en maintenant le marché du travail libre d&#039;entraves, ce qui conduira au plein-emploi. Notre dilemme est celui-ci : est-ce le marché qui doit déterminer le taux de salaire, ou doivent-ils être déterminés par la pression des syndicats et leur contrainte ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dilemme n&#039;est pas : que choisir, du chômage ou de l&#039;inflation ? Cette fausse position du problème est soutenue en Angleterre, dans les pays industriels d&#039;Europe et même aux États-Unis. Ce qui fait dire à certains : « Voyez : même les États-Unis font de l&#039;inflation. Pourquoi ne devrions-nous pas faire de même ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ceux qui parlent de la sorte, l&#039;on doit répondre avant tout : « L&#039;un des privilèges de quelqu&#039;un qui est riche, c&#039;est qu&#039;il peut s&#039;offrir le luxe de se comporter sottement beaucoup plus longtemps qu&#039;un pauvre ». Et c&#039;est là la situation des États-Unis. La politique financière des États-Unis est fort mauvaise et ne fait qu&#039;empirer. Peut-être les États-Unis ont-ils les moyens de se comporter sottement un peu plus longtemps que d&#039;autres pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus important à garder en mémoire, c&#039;est que l&#039;inflation n&#039;est pas un coup du sort, ce n&#039;est pas l&#039;effet d&#039;un cataclysme naturel, ou un fléau épidémique comme la peste. L&#039;inflation est une politique, c&#039;est une opération délibérée de dirigeants qui ont recours à l&#039;inflation parce qu&#039;ils la tiennent pour un moindre mal en comparaison du chômage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;inflation est une politique. Et d&#039;une politique, l&#039;on peut changer. Par conséquent, il n&#039;y a pas de raison de s&#039;abandonner à l&#039;inflation. Si l&#039;on considère l&#039;inflation comme un mal, il faut cesser de la provoquer. Il faut équilibrer le budget des pouvoirs publics. Assurément, cela exige l&#039;adhésion de l&#039;opinion publique ; c&#039;est aux intellectuels qu&#039;il incombe d&#039;aider le peuple à comprendre la chose. Avec le soutien de l&#039;opinion publique, il est certainement possible aux représentants élus de renoncer à la politique d&#039;inflation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Ludwig von Mises:Politique économique</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Ludwig von Mises}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|&#039;&#039;Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain&#039;&#039;|[[Ludwig von Mises]]|1979}}&lt;br /&gt;
{{Autres projets|&lt;br /&gt;
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}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le livre est paru pour la première fois en 1979, en anglais et sous le titre &#039;&#039;Economic Policy : Thought for Today and Tomorrow&#039;&#039;. Il regroupe six conférences données par Mises à Buenos Aires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Préface&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Introduction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Avant-propos&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Première leçon — Capitalisme|Première leçon — Capitalisme]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Deuxième leçon — Socialisme|Deuxième leçon — Socialisme]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Troisième leçon — Interventionnisme|Troisième leçon — Interventionnisme]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quatrième leçon — Inflation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cinquième leçon — Investissement étranger&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Sixième leçon — Politiques et idées&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Catégorie:philosophie]]&lt;/div&gt;</summary>
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		<title>Ludwig von Mises:Politique économique - Troisième leçon — Interventionnisme</title>
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		<updated>2014-02-14T12:02:28Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : Page créée avec « {{titre|Politique économique : Réflexions pour aujourd&amp;#039;hui et pour demain|Ludwig von Mises|Troisième leçon — Intervent... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Ludwig von Mises:Politique économique|Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain]]|[[Ludwig von Mises]]|Troisième leçon — Interventionnisme}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une phrase célèbre, souvent citée, dit « Le gouvernement le meilleur, c&#039;est celui qui gouverne le moins ». Je ne crois pas que ce soit là une image correcte du rôle d&#039;un bon gouvernement. Le pouvoir politique doit faire tout ce pour quoi il est nécessaire, tout ce pour quoi il a été instauré. Il doit protéger les personnes, à l&#039;intérieur du pays, contre les violence et les escroqueries des malfaiteurs, et il doit défendre le pays contre les ennemis étrangers. Telles sont les fonctions du gouvernement dans un régime libre, dans le cadre du système d&#039;économie de marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En régime socialiste, c&#039;est clair, le gouvernement est totalitaire, il n&#039;y a rien qui reste hors de son domaine et de sa juridiction. Tandis qu&#039;en économie de marché, le rôle principal du pouvoir politique est de garantir le fonctionnement sans heurts de l&#039;économie de marché, contre la fraude et la violence, tant à l&#039;intérieur qu&#039;à l&#039;extérieur du pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des gens qui ne sont pas d&#039;accord avec cette définition diront peut-être : « Voici quelqu&#039;un qui a la haine du pouvoir ». Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Ne puis-je dire que l&#039;essence est un liquide extrêmement utile, nécessaire à bien des réalisations, mais que je n&#039;en boirais pas pour autant parce que ce n&#039;est pas la bonne façon de s&#039;en servir ? Je ne suis pas un ennemi de l&#039;essence, je ne déteste pas l&#039;essence en disant cela. Je dis simplement que l&#039;essence est très utile pour certains usages, mais impropre à d&#039;autres usages. Si je dis que c&#039;est le devoir de la puissance publique d&#039;arrêter les meurtriers et autres criminels, mais que ce n&#039;est pas son rôle de faire rouler les trains ou de dépenser de l&#039;argent pour des choses inutiles, ce n&#039;est pas détester le pouvoir ; c&#039;est déclarer qu&#039;il est bon à certaines fins mais pas bon à d&#039;autres fins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;on a dit que dans la situation de notre époque nous n&#039;avons plus une économie de marché libre. Dans les conditions actuelles, nous avons quelque chose appelé « économie mixte », les gens évoquent les nombreuses entreprises qui sont gérées et possédées par le gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;économie serait mixte, à ce que disent les gens, puisqu&#039;il y a, en de nombreux pays, certaines institutions — comme le téléphone, le télégraphe, les chemins de fer — qui sont la propriété de l&#039;État et gérées par lui. Il est parfaitement exact que ces institutions et entreprises sont gérées par le pouvoir politique. Mais ce fait à lui seul ne change pas le caractère de notre système économique. Il ne signifie même pas qu&#039;il y ait « un peu de socialisme » au sein d&#039;une économie qui par ailleurs est libre, une économie de marché. Car les pouvoirs publics, en gérant ces entreprises, restent soumis à la souveraineté du marché, ce qui veut dire soumis à la suprématie des consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenons le cas des Postes, ou des chemins de fer, nationalisés. Le gouvernement doit embaucher les salariés qui y travaillent ; il doit aussi acheter les matières premières et autres choses nécessaires à leur fonctionnement. Et d&#039;autre part, il « vend » ses services et fournitures au public. Cependant, bien qu&#039;il fasse fonctionner ces entreprises au moyen des méthodes du système de l&#039;économie libre, le résultat est, en général, un déficit. Le gouvernement, toutefois, est en mesure de financer ce déficit — du moins c&#039;est ce que croient les membres du gouvernement et du parti au pouvoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour un individu, les choses vont différemment. Pour lui, la possibilité de gérer à perte quelque chose est fort limitée. Si le déficit n&#039;est promptement écarté, si l&#039;entreprise ne devient pas rentable (ou qu&#039;au moins elle ne montre plus de perspectives de déficit prolongé) le personnage en question est mis en faillite et l&#039;entreprise dit être fermée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le gouvernement, la situation n&#039;est pas la même. Il peut gérer à perte, parce qu&#039;il a le pouvoir de lever l&#039;impôt sur le peuple. Et si les contribuables sont disposés à payer des impôts plus élevés afin de permettre aux pouvoirs publics de gérer une entreprise à perte — ce qui veut dire, d&#039;une façon moins efficiente que ne le ferait une institution de droit privé — et si le public en général accepte de supporter une telle perte, alors bien entendu l&#039;entreprise continuera.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces dernières années, en de nombreux pays, les États ont accru le nombre des institutions nationalisées et entreprises publiques, dans une mesure telle que les déficits ont augmenté bien au delà de ce qui pouvait être levé comme impôts sur les citoyens. Ce qui se produit dans un tel cas n&#039;est pas le sujet de cette conférence-ci. C&#039;est l&#039;inflation, et j&#039;en parlerai demain. Je l&#039;évoque seulement parce que l&#039;économie mixte ne doit pas être confondue avec le problème de l&#039;interventionnisme qui est le sujet à traiter ce soir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;est ce que l&#039;interventionnisme ? Ce terme signifie que le pouvoir politique ne borne pas ses activités au maintien de l&#039;ordre — ou, comme l&#039;on disait il y a cent ans — à la « production de sécurité ». Interventionnisme signifie que le gouvernement entend faire davantage. Il a l&#039;intention de modifier le cours des phénomènes de marché. Si quelqu&#039;un proteste et dit que le gouvernement ne devrait pas s&#039;immiscer dans l&#039;économie, on lui répond le plus souvent « Mais le pouvoir s&#039;en mêle toujours nécessairement. Quand il y a des agents de police dans les rues, c&#039;est une intervention du pouvoir. Il intervient lorsqu&#039;il empêche un cambriole de piller un magasin ou un individu de voler une voiture ». Toutefois, lorsque nous parlons d&#039;interventionnisme et qu&#039;il s&#039;agit de le définir, ce dont nous parlons est l&#039;intervention du pouvoir dans le jeu du marché. (Qu&#039;on demande au gouvernement et à la police de protéger les citoyens, y compris évidemment les chefs d&#039;entreprises et leur personnel, contre les attaques de pillards nationaux ou étrangers, c&#039;est en fait ce qu&#039;on attend normalement et nécessairement de tout gouvernement. Une telle protection n&#039;est pas une immixtion, puisque c&#039;est précisément la seule fonction légitime du pouvoir, que de produire de la sécurité.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce à quoi nous pensons en parlant d&#039;interventionnisme, c&#039;est le désir des gouvernements de faire davantage que d&#039;empêcher les violences et fraudes. L&#039;interventionnisme, cela veut dire que le pouvoir ne manque pas seulement à protéger le fonctionnement régulier de l&#039;économie de marché, mais en outre qu&#039;il gêne le cours des divers phénomènes de marché, qu&#039;il fausse les prix, les taux de salaires, les taux d&#039;intérêts, et les profits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir veut intervenir en vue de forcer les entrepreneurs à mener leurs affaires d&#039;une façon autre que celle qu&#039;ils auraient adoptée s&#039;ils n&#039;avaient obéi qu&#039;aux consommateurs. Ainsi, toutes les mesures d&#039;intervention gouvernementales sont dirigées contre la souveraineté des consommateurs et visent à la restreindre. Le gouvernement entend s&#039;arroger le pouvoir, ou du moins une partie du pouvoir qui, dans une économie de marché libre, est aux mains des consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Examinons un exemple d&#039;interventionnisme, très populaire dans nombre de pays et qui a été essayé à maintes reprises par beaucoup de gouvernements, spécialement en temps d&#039;inflation. Je veux parler de la direction des prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements recourent habituellement au contrôle des prix lorsqu&#039;ils ont gonflés la circulation monétaire et que les gens se mettent à protester contre la hausse des prix qui en résulte. Il y a de nombreux cas historiques de méthodes de direction des prix qui ont échoué ; mais je n&#039;en évoquerai que deux parce que, dans les deux cas, les gouvernements mirent une énergie extrême à imposer et faire respecter leur contrôle sur les prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier exemple célèbre est celui de l&#039;empereur romain Dioclétien, bien connu pour avoir été le dernier empereur romain qui ait persécuté les Chrétiens. Les empereurs romains, dans la seconde partie du troisième siècle ne disposaient que d&#039;une seule méthode financière, qui était de falsifier la monnaie. Dans ces âges primitifs, avant l&#039;invention de la presse à imprimer, l&#039;inflation elle-même était primitive, pour ainsi dire. Elle comportait une fraude au niveau de la frappe des pièces, en particulier de l&#039;argent, jusqu&#039;à ce que la couleur de l&#039;alliage en soit changée et le poids considérablement réduit. Le résultat de cet avilissement des monnaies joint à l&#039;augmentation corrélative de la circulation fut une hausse des prix, suivie par un édit de contrôle des prix. Et les empereurs romains n&#039;y allaient pas de main morte pour faire appliquer les lois ; ils ne considéraient pas que la mort fût une peine trop lourde pour un homme qui avait demandé un prix trop élevé. Ils firent respecter le contrôle des prix, mais en conséquence ils firent crouler la société. Cela finit par la désintégration de l&#039;empire romain, et celle aussi de la division du travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est quinze-cents ans plus tard, que la même falsification de la monnaie se produisit pendant la Révolution Française. Mais cette fois-là, une autre méthode fut employée. La technique de création de monnaie s&#039;était considérablement perfectionnée. Il n&#039;était plus nécessaire pour les Français de recourir à la falsification des pièces : ils disposaient de la presse à imprimer. Et la presse à imprimer était de grand débit. Le résultat fut, de nouveau, une hausse inouïe des prix. Mais pendant la révolution Française l&#039;obéissance aux prix officiels était obtenue par une autre méthode qu&#039;au temps de l&#039;empereur Dioclétien ; il y avait eu aussi du progrès dans la méthode d&#039;exécution capitale des coupables. Vous vous rappelez tous la fameuse machine inventée par le docteur J.I. Guillotin. Malgré la guillotine, les Français ne purent, eux non plus, faire aboutir leurs lois sur les prix. Lorsque Robespierre lui-même fut conduit en charrette à la guillotine, les gens sur son passage criaient « Foutu, le maximum ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je voulais évoquer cela, parce que l&#039;on dit souvent : « Ce qu&#039;il faut pour rendre le contrôle des prix effectif et efficace, c&#039;est simplement davantage d&#039;énergie et de brutalité ». Or, il est certain que Dioclétien fut vraiment brutal, et de même la Révolution Française. Malgré cela, les mesures de contrôle des prix échouèrent complètement aux deux époques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Analysons maintenant les raisons de cet échec. Le gouvernement entend le peuple se plaindre du prix du lait, qui a augmenté. Or le lait est assurément très important, surtout pour la génération montante, pour les enfants. En conséquence, le gouvernement décrète un prix plafond pour le lait ; ce prix maximum est plus bas que le prix potentiel qu&#039;aurait déterminé le marché. Et les gouvernants se disent : « Nous sommes certains d&#039;avoir fait tout le nécessaire pour qu&#039;il soit possible aux parents pauvres d&#039;acheter autant de lait qu&#039;il leur faut pour nourrir leurs enfants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais qu&#039;est-ce qui arrive ensuite ? D&#039;une part, le prix abaissé du lait amène une augmentation de la demande de lait ; les gens qui ne pouvaient s&#039;en procurer au prix plus élevé antérieur, peuvent en acheter au prix réduit décrété par le gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autre part, quelques-uns des producteurs de lait, ceux qui produisent au coût le plus élevé — c&#039;est-à-dire les producteurs marginaux — maintenant produisent à perte parce que le prix fixé par le gouvernement est inférieur à leur coût total. Voilà le point important dans une économie de marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entrepreneur privé, le producteur à son compte, ne peut pas indéfiniment supporter des pertes. Et quand il ne peut vendre du lait q&#039;à perte, il réduit la production destinée au marché. Il peut vendre quelques vaches pour la boucherie, ou au lieu de lait, il peut vendre des produits laitiers, par exemple de la crème, du beurre ou du fromage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que l&#039;intervention du gouvernement faussant le prix du lait aura pour résultat moins de lait qu&#039;auparavant, alors que la demande de lait a augmenté. Il y aura des gens qui, tout en étant disposés à payer le prix officiel, ne trouveront pas à acheter du lait. Par suite, les gens qui craignent d&#039;en manquer se hâteront d&#039;arriver au magasin, il leur faudra attendre dehors. Les longues files d&#039;attente devant les magasins sont un aspect typique des villes où le gouvernement a décrété des prix maximum pour les denrées qu&#039;il considère comme les plus importantes. Voilà ce qui s&#039;est produit partout où le prix du lait a été taxé. Les économistes l&#039;avaient toujours annoncé ; les économistes sérieux, bien entendu, et ils ne sont pas nombreux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quel est le bilan du contrôle des prix par le pouvoir ? Les gouvernants sont désappointés ; ils entendaient agir en faveur de la satisfaction accrue des gens qui désirent du lait ; mais en fait, leur désir est moins satisfait qu&#039;auparavant. Avant que le gouvernement n&#039;intervînt, le lait était cher, mais on pouvait en acheter. Maintenant, il n&#039;y a plus qu&#039;une quantité insuffisante de lait. Donc la consommation totale de lait diminue. Les enfants en reçoivent moins et non pas davantage. La mesure suivante, à laquelle le gouvernement recourt à présent, c&#039;est le rationnement. Mais rationner signifie seulement que certains seront privilégiés et auront du lait alors que les autres n&#039;en auront pas du tout. Qui en reçoit et qui n&#039;en reçoit pas est, évidemment, toujours fixé de manière arbitraire. Un décret peut par exemple, décider que les enfants de moins de quatre ans auront du lait, et que ceux de plus de quatre ans, ou entre quatre et six ans, recevront une ration moindre de moitié que celle des enfants au-dessous de quatre ans. Quoi que fasse le gouvernement, le fait demeure que la quantité de lait disponible au total a diminué. Ainsi, le peuple est moins satisfait qu&#039;avant. Alors le gouvernement interroge les producteurs de lait (car il n&#039;est pas assez imaginatif pour le trouver tout seul) : « Pourquoi ne produisez-vous pas autant de lait qu&#039;avant ? ». Et il reçoit la réponse : « Nous ne pouvons pas le faire, parce que les coûts de production sont plus élevés que le prix maximum que le gouvernement a fixé ». Là-dessus, le gouvernement étudie le coût des divers facteurs de production, et observe que l&#039;un de ces facteurs est le fourrage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bien » disent les autorités, « le même contrôle que nous avons décidé concernant le lait s&#039;appliquera désormais au fourrage. Nous fixerons un prix pour le fourrage ; grâce à ce maximum, vous pouvez nourrir votre bétail à moindre prix, avec une dépense moindre. Tout, dès lors, ira bien ; vous pourrez produire plus de lait, et vous en vendrez davantage. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que se produit-il alors ? La même histoire se répète avec le fourrage, et vous comprenez pour quelles raisons. La production de fourrage diminue et le gouvernement est de nouveau placé devant un dilemme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement organise une nouvelle enquête, pour découvrir ce qui ne va pas du côté de la production de fourrage. Et il reçoit une explication des producteurs de fourrage exactement semblable à celle que lui avaient donnée les producteurs de lait. Dès lors le gouvernement doit faire un pas de plus, puisqu&#039;il ne veut pas abandonner le principe de la réglementation des prix. Il fixe des prix plafond pour les biens de production qui sont nécessaires au fourrage ; et la même histoire se répète.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En même temps qu&#039;il commence à réglementer le prix du lait, le gouvernement fait de même concernant les oeufs, la viande et les autres produits de première nécessité. Et chaque fois, il obtient le même résultat, partout les conséquences sont les mêmes. Une fois que le pouvoir fixe un prix maximum pour les biens de consommation, il lui faut remonter en amont le processus de production de plus en plus loin, fixant un prix maximum pour toutes sortes de biens de production, y compris naturellement le prix du travail, parce que sans la réglementation des salaires, le « contrôles des coûts » par le gouvernement n&#039;aurait pas de sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, le gouvernement ne peut pas borner son immixtion dans le marché aux seuls articles qu&#039;il considère comme nécessaires à la vie, tels que le lait, le beurre, les oeufs, la viande. Il doit, nécessairement l&#039;étendre aux articles de luxe parce que s&#039;il n&#039;en limitait pas le prix, capitaux et main-d&#039;oeuvre abandonneraient la production des biens de première nécessité et se tourneraient vers la production de choses que les dirigeants considèrent comme du luxe superflu. Ainsi, l&#039;intervention limitée à un petit nombre de prix de biens de consommation entraîne toujours des conséquences — et ceci est important à observer — qui sont même moins satisfaisantes que la situation antérieure : avant que le gouvernement ne s&#039;en mêle, le lait et les oeufs étaient chers ; après ils ont commencé à disparaître du marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement considérait que ces articles étaient si importants, qu&#039;il devait intervenir ; il voulait augmenter la quantité disponible et améliorer l&#039;approvisionnement. Le résultat fut inverse : l&#039;intervention limitée a entraîné une situation qui — du point de vue du gouvernement même — est encore moins satisfaisante que l&#039;état de choses antérieur, auquel le gouvernement voulait remédier. Et comme le gouvernement va de plus en plus loin, il arrivera finalement à un point où tous les prix, tous les taux de salaire, tous les taux d&#039;intérêt, en bref tout dans le système économique entier, est décidé par le gouvernement. Et cela, clairement, c&#039;est le socialisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que je viens de vous dire ici, cette explication schématique et théorique, est exactement ce qui s&#039;est produit dans les pays qui on tenté d&#039;établir une réglementation des prix, lorsque les dirigeants ont été assez obstinés pour avancer pas à pas jusqu&#039;au bout du chemin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ce qui est arrivé pendant la Première Guerre mondiale, en Allemagne et en Angleterre. Examinons la situation dans ces deux pays. L&#039;un et l&#039;autre firent l&#039;expérience de l&#039;inflation. Les prix montèrent, et les deux gouvernements imposèrent une réglementation des prix. Commençant par un petit nombre de prix, au début pour le lait et les oeufs, il leur fallut aller de plus en plus avant. Plus la guerre durait, et plus l&#039;inflation s&#039;accentuait. Et après trois ans de guerre les Allemands — comme toujours systématiques — élaborèrent un vaste plan. Ils le dénommèrent Plan Hindenburg ; tout ce que l&#039;on considérait comme bon en Allemagne à l&#039;époque était ainsi baptisé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plan Hindenburg signifiait que le système économique allemand, en son entier, devait être régi par le gouvernement : prix, salaires, profits... tout. Et la bureaucratie se mit immédiatement en devoir de l&#039;appliquer. Mais avant qu&#039;elle en ait vu le bout, la débâcle se produisit ; l&#039;empire allemand s&#039;effondra, l&#039;appareil bureaucratique entier disparut, la révolution produisit ses effets sanglants — les choses en restèrent là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Angleterre l&#039;on commença de la même façon ; mais après un temps, au printemps de 1917, les États-Unis entrèrent dans la guerre et approvisionnèrent les Britanniques de toutes choses en quantité suffisante. C&#039;est pourquoi la route vers le socialisme, la route de la servitude, se trouva interrompue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant qu&#039;Hitler ne parvint au pouvoir, le Chancelier Brüning introduisit de nouveau la réglementation des prix en Allemagne, pour les raisons habituelles. Hitler la maintint en vigueur, même avant que la guerre n&#039;éclate. Car dans l&#039;Allemagne d&#039;Hitler, il n&#039;y eut pas d&#039;entreprise privée, pas d&#039;initiative privée. Dans l&#039;Allemagne d&#039;Hitler, exista un système de socialisme qui ne différait de celui des Russes que dans la mesure où la terminologie et les étiquettes du système économique libre étaient conservées. Il y avait bien des entreprises que l&#039;on appelait « privées ». Mais le propriétaire n&#039;était plus désormais un entrepreneur ; le propriétaire était appelé « dirigeant d&#039;établissement » (en allemand : Betriebsführer).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;Allemagne entière était organisée en une hiérarchie de führers ; il y avait le Suprême Führer, Hitler bien sûr, et puis de moindres führers échelonnés jusqu&#039;aux plus petits führers. A la tête d&#039;une entreprise se trouvait le Betriebsführer. Et les ouvriers de l&#039;entreprise étaient désignés par un mot qui, au Moyen Âge, avait signifié la suite d&#039;un seigneur féodal : la Gefolgschaft. Et la totalité de ces gens avaient à exécuter les ordres d&#039;une institution qui avait un nom interminable : Reichsführerwirtschaftsministerium, à la tête de laquelle se trouvait un célèbre gros homme, nommé Goering, constellé de joyaux et de décorations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et de cet organisme ministériel au nom interminable, partaient tous les ordres indiquant à toutes les entreprises ce qu&#039;elles devaient produire, en quelle quantité, où s&#039;adresser pour obtenir les matières premières, à quel prix les acheter, à qui vendre les produits et à quel prix. Les travailleurs avaient ordre de travailler dans telle usine, pour tel salaire déterminé par décret gouvernemental. La totalité du système économique se trouvait désormais régie dans tous les détails par le gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Betriebsführer, le commandement de l&#039;établissement, n&#039;avait pas le droit de conserver pour lui-même le profit ; il recevait l&#039;équivalent d&#039;un salaire : s&#039;il voulait recevoir davantage, il devait, par exemple, notifier : « je suis très malade, j&#039;ai besoin d&#039;une opération immédiate et cette opération coûtera 500 marks » ; après quoi il devait demander au commandant du district (le Gauführer ou Gauleiter), une autorisation de prélever plus que le salaire qui lui était attribué. Les prix n&#039;étaient plus des prix, les salaires n&#039;étaient plus des salaires, tout cela n&#039;était que des termes quantitatifs dans un système socialiste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maintenant, laissez-moi vous dire comment ce système s&#039;effondra. Un jour, après des années de combats, les armées étrangères entrèrent en Allemagne. Elles s&#039;efforcèrent de maintenir en vigueur ce système d&#039;économie dirigée autoritairement ; mais il aurait fallu la brutalité d&#039;un Hitler pour qu&#039;il continue à marcher, et sans ce ressort il ne fonctionna plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et tandis que cela se passait en Allemagne, la Grande-Bretagne — pendant la Seconde Guerre mondiale — fit exactement ce que faisait l&#039;Allemagne : débutant par le contrôle des prix d&#039;un petit nombre d&#039;articles, le gouvernement britannique commença petit à petit (comme Hitler l&#039;avait fait en temps de paix, dès avant le début de la guerre) à soumettre de proche en proche à son contrôle sans cesse plus strict, la vie économique, de telle sorte qu&#039;à la fin des hostilités, il était arrivé à quelque chose de semblable à du socialisme intégral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Grande-Bretagne n&#039;avait pas été menée au socialisme par le gouvernement travailliste parvenu au pouvoir en 1945. La Grande-Bretagne était devenue socialiste pendant la guerre, par le fait du gouvernement dont Sir Winston Churchill était le Premier ministre. Le gouvernement travailliste conserva simplement le système de socialisme qu&#039;avait déjà instauré le gouvernement de Sir Winston Churchill. Et cela, en dépit d&#039;une vive résistance de la population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nationalisations britanniques n&#039;eurent guère de portée ; la nationalisation de la banque d&#039;Angleterre était simplement nominale, parce qu&#039;elle était déjà sous le contrôle complet du gouvernement. C&#039;était la même chose pour la nationalisation des chemins de fer et de l&#039;industrie sidérurgique. Le « socialisme de guerre », comme on l&#039;appelait — c&#039;est-à-dire le régime interventionniste s&#039;étendant graduellement — avait déjà virtuellement nationalisé le système.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La différence entre les systèmes allemand et britannique n&#039;était pas importante, car les gens qui les dirigeraient avaient été nommés par leur gouvernement et, dans un cas comme dans l&#039;autre, devaient exécuter, en tout point, les ordres du gouvernement. Comme je l&#039;ai dit déjà, le système des nazis allemands conservait les appellations et le vocabulaire de l&#039;économie capitaliste de libre marché. Mais les mots signifiaient tout autre chose ; il ne s&#039;agissait que de décrets du pouvoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était vrai également pour le système britannique. Quand le parti Conservateur revint au pouvoir, quelques réglementations furent abrogées. Maintenant nous avons en Angleterre des tendances opposées, l&#039;une en faveur du maintien des contrôles, l&#039;autre favorable à leur abolition. (Il ne faut pas oublier cependant qu&#039;en Angleterre, les conditions de vie sont fort différentes de celles prévalant en Russie). La même chose est vraie concernant d&#039;autres pays qui dépendent des importations d&#039;aliments et de matières premières et, par conséquent, doivent exporter des produits manufacturés. A l&#039;égard de pays qui dépendent fortement de leur commerce extérieur, un système de contrôle gouvernemental est tout simplement impraticable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, dans toute la mesure où il reste de la liberté économique (et il en reste une proportion substantielle dans les pays tels que la Norvège, l&#039;Angleterre, la Suède), c&#039;est en raison de la nécessité de conserver le commerce d&#039;exportation. Précédemment, j&#039;ai retenu l&#039;exemple du lait, non parce que j&#039;ai préférence spéciale pour le lait, mais parce que pratiquement tous les gouvernements — en tout cas, la plupart d&#039;entre eux — dans les dernières décennies ont réglementé les prix du lait, des oeufs ou du beurre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je voudrais évoquer en quelques mots en autre exemple, c&#039;est celui de la réglementation des loyers. Lorsqu&#039;un gouvernement fixe les loyers, la première conséquence est que des gens qui auraient déménagé pour un appartement moins vaste lorsque le nombre de personnes vivant au foyer changeait, ne le feront plus désormais. Par exemple, pensez à ces parents dont les enfants quittaient la maison quand ils devenaient adultes, se mariaient ou allaient travailler dans d&#039;autres villes. De tels parents jadis changeaient de logement, en louaient de plus petits et moins chers. Ce ne fut plus nécessaire lorsque le contrôle des loyers fut instauré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Vienne, en Autriche, au début des années vingt, où le contrôle des loyers était bien entré dans les habitudes, le montant qu&#039;un propriétaire recevait pour la location d&#039;un appartement moyen, en vertu de la réglementation, représentait seulement le double du prix d&#039;un ticket de tramway de la régie municipale. Vous pouvez imaginer si les gens étaient incités à changer de logement. Et d&#039;un autre côté, il n&#039;y avait pas de construction de maisons neuves. Une situation analogue régna aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale ; elle subsiste dans plusieurs villes actuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;une des principales raisons pour lesquelles nombre de municipalités aux États-Unis sont de grandes difficultés financières, est que les loyers y sont réglementés et qu&#039;il s&#039;ensuit une disette de logements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi le gouvernement a-t-il dépensé des milliards pour faire construire des immeubles neufs. Mais pourquoi s&#039;est-il produit une telle disette de logements ? La crise du logement s&#039;est installée exactement pour la même raison que le lait s&#039;est raréfié après l&#039;instauration d&#039;un prix taxé du lait. Le sens de ces faits est celui-ci : lorsque le pouvoir impose des entraves au marché, il est progressivement poussé vers le socialisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c&#039;est là la réponse qu&#039;il faut faire aux gens qui disent : « Nous ne sommes pas socialistes, nous ne souhaitons pas que le gouvernement réglemente tout. Nous comprenons que cela est mauvais. Mais pourquoi le gouvernement devrait-il ne pas intervenir un petit peu dans le jeu du marché ? Pourquoi ne devrait-il jamais empêcher certaines choses qui sont choquantes ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces gens parlent de « politique de juste milieu ». Ils ne se rendent pas compte du fait que l&#039;immixtion isolée, c&#039;est-à-dire celle qui porte seulement sur une petite partie du système économique, conduit à une situation que le gouvernement — et les gens qui ont demandé son intervention — trouvent finalement pire que celle qu&#039;on entendait modifier : les gens qui réclament une réglementation des loyers sont furieux lorsqu&#039;ils constatent qu&#039;il y a disette de logements, que l&#039;on manque d&#039;appartements et de maisons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce manque d&#039;habitations a été créé précisément par l&#039;intervention du gouvernement, par la fixation des loyers au-dessous du niveau que les gens auraient eu à accepter dans un marché libre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;idée qu&#039;il y aurait un tiers système entre le capitalisme et le socialisme, comme disent ses partisans — un système aussi éloigné du socialisme qu&#039;il l&#039;est du capitalisme mais qui garde les avantages et écarte les inconvénients de l&#039;un et de l&#039;autre — cette idée est absolument dépourvue de sens. Les gens qui croient à l&#039;existence d&#039;un tel mythe sont facilement lyriques lorsqu&#039;ils vantent les merveilles de l&#039;interventionnisme. On ne peut que dire qu&#039;ils se trompent. L&#039;ingérence du pouvoir dont ils font l&#039;éloge entraîne des situations dont eux-mêmes sont mécontents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;un des problèmes que j&#039;aborderai plus tard est celui du protectionnisme. Le gouvernement essaie d&#039;isoler le marché intérieur du marché mondial. Il introduit des tarifs douaniers qui relèvent le prix intérieur d&#039;un article donné au-dessus du prix du marché mondial, permettant ainsi aux producteurs nationaux de former des cartels. Par la suite, ces cartels deviennent la cible du gouvernement ; celui-ci les attaque, déclarant : « dans ces conditions, une législation anti-cartels est indispensable ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est précisément la situation de la plupart des gouvernements européens. Aux États-Unis, il y a d&#039;autres motifs encore invoqués pour renforcer la législation anti-trust, et le gouvernement fait campagne contre le spectre du monopole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est absurde de voir le gouvernement — qui crée, par son intervention, la situation dans laquelle il devient possible de constituer des cartels à l&#039;échelle nationale — dénoncer l&#039;entreprise privée en disant : « Il y a des cartels, par conséquent le gouvernement doit faire régner l&#039;ordre dans l&#039;activité économique ». Il serait beaucoup plus simple d&#039;éviter la formation des cartels en mettant fin à l&#039;intervention du pouvoir sur le marché, puisque c&#039;est cette ingérence qui rend possible la constitution de cartels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;idée que l&#039;intervention du pouvoir politique constitue une « solution » aux problèmes économiques conduit, dans tous les pays, à des situations qui, à tout le moins, sont fortement insatisfaisantes et fréquemment, sont rigoureusement chaotiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le gouvernement ne s&#039;arrête pas à temps, il aboutira au socialisme. Et cependant, l&#039;ingérence du pouvoir dans les affaires économiques reste extrêmement populaire. Aussitôt que quelqu&#039;un trouve à se plaindre de quelque événement dans le monde, il dit : « Le gouvernement devrait faire quelque chose à cet égard. A quoi bon avons-nous un gouvernement ? Il devrait faire ceci ou cela ». Or, c&#039;est là un vestige caractéristique des façons de voir de l&#039;ancien temps, des époques qui ont précédé celle de la liberté moderne, celle des formes modernes de pouvoirs constitutionnels, du gouvernement représentatif ou républicain moderne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant des siècles, la doctrine affirmée et acceptée par tous était qu&#039;un roi, ayant reçu le sacre, était le messager de Dieu ; il avait plus de sagesse que ses sujets, et il avait des pouvoirs surnaturels. Jusqu&#039;au début du dix-neuvième siècle, les gens atteints de certaines maladies espéraient leur guérison s&#039;ils pouvaient toucher la main du roi. Les médecins avaient, d&#039;ordinaire, de meilleures recettes, pourtant ils conseillaient à leurs patients d&#039;essayer celle consistant à toucher le roi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette conception de l&#039;excellence d&#039;un gouvernement paternel, cette croyance en des pouvoirs surnaturels ou surhumains des monarques héréditaires disparurent graduellement ; ou du moins, nous les pensions disparues. Mais elles sont revenues quand même ! Il y a eu un professeur allemand, nommé Werner Sombart (je l&#039;ai connu fort bien), réputé dans le monde entier, docteur honoris causa de nombreuses universités et membre d&#039;honneur de l&#039;American Economic Association. Ce professeur a écrit un livre dont la traduction anglaise a été publiée par la Princeton University Press. Il existe également une traduction en français et probablement aussi en espagnol — du moins j&#039;espère que cette dernière est disponible parce qu&#039;ainsi vous pourrez vérifier ce que je vais vous dire. Dans ce livre, publié en notre siècle et non pas dans des temps d&#039;ignorance, « Sir » Werner Sombart, Professeur de sciences économiques, dit tout simplement ceci : « Le Führer, notre Führer » — il parle bien entendu d&#039;Hitler — « reçoit ses ordres directement de Dieu, le Führer de l&#039;Univers. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai déjà parlé de cette hiérarchie des führers, et dans cette hiérarchie j&#039;ai mentionné Hitler comme le « Führer Suprême »... Mais il y a, d&#039;après Werner Sombart, un Führer encore plus élevé, Dieu, Führer de l&#039;Univers. Et Dieu, à ce qu&#039;il écrit, donne Ses ordres directement à Hitler. Évidemment, le Professeur Sombart disait très modestement : « Nous ne savons pas comment Dieu communique avec le Führer. Mais le fait est indéniable. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors, si vous apprenez qu&#039;un tel livre peut être publié en langue allemande, le langage parlé par une nation qui fut jadis saluée comme « la Nation des philosophes et des poètes », si vous le voyez traduit en anglais et en français, vous ne devez pas être surpris que même un petit bureaucrate se considère plus sage et meilleur que les simples citoyens et entende se mêler de tout, bien qu&#039;il ne soit qu&#039;un pauvre petit bureaucrate et non pas le célèbre Professeur Werner Sombart, membre honoraire de tout et tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Y a-t-il un remède à de pareilles choses ? Laissez-moi vous dire : oui, il y a un remède. Ce remède est le pouvoir des citoyens ; il fait qu&#039;ils empêchent de s&#039;établir un régime autocratique de cette sorte-là, qui s&#039;arroge pour lui-même une sagesse supérieure à celle du citoyen ordinaire. Telle est la différence fondamentale entre la liberté et la servitude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nations socialistes ont usurpé le nom de démocratie. Les Russes appellent leur propre système une Démocratie Populaire ; c&#039;est probablement parce qu&#039;ils soutiennent que le peuple est représenté dans la personne du dictateur. Je pense qu&#039;il y a eu un certain dictateur, ici en Argentine, à qui la bonne réponse a été faite. Espérons que tous les autres dictateurs, dans d&#039;autres pays, se verront opposer une réponse semblable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Ludwig von Mises</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Ludwig von Mises}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:L&#039;Action humaine|L&#039;Action humaine]]&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Le Socialisme|Le Socialisme]]&lt;br /&gt;
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* [[Ludwig von Mises:Le Libéralisme|Le Libéralisme]]&lt;br /&gt;
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* [[Ludwig von Mises:La Mentalité anti-capitaliste|La Mentalité anti-capitaliste]]&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique|Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain]]&lt;br /&gt;
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  wikiberal=Ludwig von Mises|&lt;br /&gt;
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}}&lt;br /&gt;
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[[wl:Ludwig von Mises]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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&lt;br /&gt;
{{titre|&#039;&#039;Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain&#039;&#039;|[[Ludwig von Mises]]|1979}}&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le livre est paru pour la première fois en 1979, en anglais et sous le titre &#039;&#039;Economic Policy : Thought for Today and Tomorrow&#039;&#039;. Il regroupe six conférences données par Mises à Buenos Aires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Préface&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Introduction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Avant-propos&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Première leçon — Capitalisme|Première leçon — Capitalisme]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Deuxième leçon — Socialisme|Deuxième leçon — Socialisme]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Troisième leçon — Interventionnisme&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quatrième leçon — Inflation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cinquième leçon — Investissement étranger&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Sixième leçon — Politiques et idées&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Catégorie:philosophie]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Ludwig von Mises:Politique économique - Deuxième leçon — Socialisme</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : Page créée avec « {{titre|Politique économique : Réflexions pour aujourd&amp;#039;hui et pour demain|Ludwig von Mises|Deuxième leçon — Socialisme... »&lt;/p&gt;
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&lt;div&gt;{{titre|[[Ludwig von Mises:Politique économique|Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain]]|[[Ludwig von Mises]]|Deuxième leçon — Socialisme}}&lt;br /&gt;
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&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis ici, à Buenos Aires, l&#039;invité de l&#039;Instituto por la Economia Libre. Qu&#039;est-ce que : economia libre ? Que signifie ce système de liberté économique ? La réponse est simple : c&#039;est l&#039;économie de marché. C&#039;est le système dans lequel la coopération des individus dans la division du travail est assurée par le marché. Ce marché n&#039;est pas un endroit, c&#039;est un processus ; c&#039;est la manière dont, en achetant et vendant, en produisant et consommant, les individus contribuent au fonctionnement total de la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En traitant de ce système d&#039;organisation économique — l&#039;économie de marché — nous employons l&#039;expression « liberté économique ». Très souvent, les gens se trompent sur son sens, croyant que la liberté économique est quelque chose de tout à fait à part des autres libertés, et que ces autres libertés — qu&#039;ils estiment plus importantes — peuvent être maintenues même en l&#039;absence de liberté économique. La signification de la liberté économique, la voici : c&#039;est que l&#039;individu est en mesure de choisir la route par laquelle il doit s&#039;intégrer dans l&#039;ensemble de la société. L&#039;individu est à même de choisir sa carrière, il est libre de faire ce qu&#039;il entend faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci n&#039;est pas à comprendre à la manière dont tant de gens aujourd&#039;hui entendent le mot de liberté ; le sens de ces phrases est que, grâce à la liberté économique, l&#039;homme est libéré de la situation qui est la sienne dans l&#039;état de nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la nature, il n&#039;existe rien que l&#039;on puisse appeler liberté ; il y a seulement la régularité des lois de la nature, à laquelle l&#039;homme doit se plier s&#039;il veut atteindre quelque but. Lorsque nous employons le mot de liberté relativement aux êtres humains, nous pensons seulement à la liberté au sein de la société. Et pourtant aujourd&#039;hui, les libertés sociales sont considérées par beaucoup de gens comme indépendantes les unes des autres. Ceux qui se dénomment eux-mêmes « libéraux » préconisent une politique qui est exactement à l&#039;opposé de ce que recommandaient dans leurs programmes libéraux ceux qui s&#039;appelaient ainsi au dix-neuvième siècle. Les soi-disant libéraux d&#039;aujourd&#039;hui partagent l&#039;idée très populaire selon laquelle la liberté de parole, de la pensée, de la presse, la liberté de religion, le droit de n&#039;être pas emprisonné sans jugement — toutes ces libertés peuvent être préservées en l&#039;absence de ce qu&#039;on appelle liberté économique. Ils ne voient pas que, dans un système où il n&#039;y a pas de marché, où le gouvernement régit toute chose, toutes ces autres libertés sont illusoires, même lorsqu&#039;on en fait des lois inscrites dans la Constitution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenons l&#039;une de ces libertés : celle de la Presse. Si le gouvernement possède toutes les imprimeries, c&#039;est lui qui décidera ce qui doit être imprimé et ce qui ne doit pas être imprimé. Or, si le gouvernement est propriétaire de toutes les imprimeries et décide que quelque chose doit ou non être imprimé, alors la possibilité d&#039;imprimer quelques arguments contraires aux idées des gouvernants devient inexistante en pratique. La liberté de la Presse disparaît. Et il en va de même pour toutes les autres libertés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une économie de marché, l&#039;individu a la liberté de choisir la carrière dans laquelle il veut s&#039;engager, quelle qu&#039;elle soit, il est libre de choisir sa propre voie pour s&#039;intégrer dans la société. Mais dans un système socialiste, ce n&#039;est pas ainsi : sa carrière est décidée par un acte d&#039;autorité du pouvoir. Le gouvernement peut ordonner à des gens qui lui déplaisent, qu&#039;il ne veut pas voir habiter dans certains endroits, d&#039;aller s&#039;installer ailleurs, dans d&#039;autres régions. Et les gouvernants ont toujours le moyen de justifier et expliquer ce procédé en déclarant que le plan gouvernemental requiert la présence de cet éminent citoyen à des milliers de kilomètres du lieu où il gêne les gens au pouvoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai que la liberté qu&#039;un homme peut avoir dans une économie de marché n&#039;est pas une liberté parfaite d&#039;un point de vue métaphysique. Mais la liberté parfaite n&#039;existe pas. La liberté n&#039;a de sens que dans le cadre de la société. Les écrivains du dix-huitième siècle qui parlaient de la « loi naturelle » — principalement Jean-Jacques Rousseau — croyaient que jadis, dans un passé reculé, les hommes jouissaient de quelque chose appelé liberté « naturelle ». Mais à ces époques éloignées, les individus n&#039;étaient pas libres, ils étaient à la merci de n&#039;importe qui de plus fort qu&#039;eux. La célèbre phrase de Rousseau : « L&#039;homme est né libre, et partout il est dans les fers » peut sonner bien, mais en réalité l&#039;homme ne naît pas libre. L&#039;homme naît à l&#039;état de nourrisson complètement désarmé. Sans la protection de ses parents, et sans la protection fournie à ses parents la société, il ne serait pas capable de conserver la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La liberté dans la société, cela signifie qu&#039;un homme dépend autant des autres que les autres dépendent de lui. La société en économie de marché, où les conditions sont celles de l&#039; « économie libre », signifie un état de choses où tout un chacun est au service de ses semblables et est servi par eux en retour. Les gens croient qu&#039;il y a en économie de marché des patrons qui sont indépendants du bon vouloir et de l&#039;aide des autres gens. L&#039;on croit que les grands industriels, les hommes d&#039;affaires, les entrepreneurs, sont les véritables maîtres du système économique. Mais c&#039;est là une illusion. Les vrais maîtres du système économique ce sont les consommateurs. Et si les consommateurs cessent de donner leur clientèle à une branche de production, les fabricants sont contraints d&#039;abandonner leur poste de commandement au sein du système économique ou d&#039;adapter ce qu&#039;ils font aux désirs ou commandes des consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;un des propagateurs les plus connus du communisme fut une dame, Lady Passfield, de son nom de jeune fille Beatrice Potter, et largement connue sou le nom de son mari Sidney Webb. Cette dame était la fille d&#039;un riche homme d&#039;affaires et, lorsqu&#039;elle était jeune femme fut employée au secrétariat de son père. Dans ses mémoires, elle écrit : « Dans l&#039;entreprise de mon père, tout le monde devait obéir aux ordres que donnait mon père, le patron. Lui seul donnait des ordres, mais à lui personne n&#039;en donnait. » C&#039;est là une façon de voir extrêmement myope. Son père recevait très effectivement des ordres, que lui donnaient les consommateurs, les acheteurs. Malheureusement, elle ne pouvait voir ces ordres-là ; elle ne pouvait voir ce qui se passe dans une économie de marché, parce que toute son attention se portait sur les ordres que son père donnait au sein de son bureau ou des ateliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans tous les problèmes économiques, nous devons avoir à l&#039;esprit les mots du grand économiste français Frédéric Bastiat, qui intitula l&#039;un de ses brillants essais : « Ce qu&#039;on voit et ce qu&#039;on ne voit pas ». Afin de comprendre le fonctionnement d&#039;un système économique, nous devons prendre en considération non seulement les choses qui sont visible, mais aussi prêter attention à celles qui ne peuvent être perçues immédiatement. Par exemple, lorsqu&#039;un patron commande quelque chose au garçon de bureau, cet ordre peut être entendu de toute personne présente dans la pièce. Ce qui ne peut être entendu, ce sont les ordres donnés au patron par ses clients.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fait est que, dans le système capitaliste, ceux qui commandent en dernier ressort sont les consommateurs. Le souverain, ce n&#039;est pas l&#039;État, ce sont les gens. Et la preuve qu&#039;ils sont souverains, c&#039;est qu&#039;ils ont le droit de se comporter sottement. C&#039;est là le privilège du souverain. Il a le droit de commettre des erreurs, personne ne peut l&#039;en empêcher, mais bien entendu c&#039;est à lui d&#039;en payer les conséquences. Si nous disons que le consommateur décide en dernier ressort, qu&#039;il est souverain, cela ne veut pas dire qu&#039;il soit exempt d&#039;erreur, que le consommateur est quelqu&#039;un qui sait toujours ce qu&#039;il y a de meilleur pour lui. Le consommateur, très fréquemment, achète ou consomme des choses qu&#039;il ne devrait pas acheter ou consommer. Mais l&#039;idée qu&#039;une forme capitaliste de gouvernement puisse empêcher les gens de se nuire à eux-mêmes en contrôlant leur consommation, cela est une idée fausse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Regarder le Pouvoir politique comme une autorité paternelle, comme un tuteur universel, c&#039;est penser à la manière des partisans du socialisme. Aux États-Unis, il y a quelques années, le gouvernement tenta ce qu&#039;on appela alors « une noble expérience ». C&#039;était une loi rendant illégal le fait que bien des gens boivent trop d&#039;eau-de-vie, trop de whisky, et qu&#039;en faisant cela ils risquent de se nuire. Il est certain que de nombreuses personnes fument trop, et fument en dépit du fait qu&#039;elles n&#039;en seraient que mieux si elles ne fumaient pas. Cela soulève un problème qui va beaucoup plus loin que la discussion économique : cela montre ce que signifie réellement la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Admettons qu&#039;il est bon d&#039;empêcher les gens de se nuire en buvant ou en fumant exagérément. Mais une fois que vous avez admis cela, quelqu&#039;un d&#039;autre dira : « le corps est-il tout ? L&#039;esprit de l&#039;homme n&#039;est-il pas encore bien plus important ? N&#039;est-ce pas l&#039;esprit qui est l&#039;héritage humain, ce qui fait réellement la qualité de l&#039;homme ? » Si vous donnez au pouvoir politique le droit de régenter la consommation du corps humain, de décider si les gens peuvent ou ne doivent pas fumer, s&#039;ils doivent ou non boire de l&#039;alcool, il n&#039;est pas de bonne réponse que vous puissiez donner à quelqu&#039;un qui vous dit : « Plus importants que le corps sont l&#039;esprit et l&#039;âme, et l&#039;homme se nuit bien davantage en lisant de mauvais livres, en écoutant de mauvaise musique et en regardant de mauvais films. Donc c&#039;est le devoir du gouvernement d&#039;empêcher que les gens ne commettent de telles fautes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, comme vous le savez, pendant de nombreux siècles, les autorités politiques et autres crurent que c&#039;était là effectivement leur devoir. Et ce n&#039;est pas seulement à des époques reculées que cela s&#039;est produit ; il y a peu, un gouvernement allemand considérait qu&#039;il incombait au pouvoir de distinguer la bonne peinture et la mauvaise — et naturellement cela voulait dire bonne ou mauvaise du point de vue d&#039;un homme qui, dans sa jeunesse, avait été refusé à l&#039;examen d&#039;entrée de l&#039;Académie des Beaux-Arts de Vienne ; bonne et mauvaise de l&#039;avis d&#039;un peintre en cartes postales. Et il devint contraire aux lois, d&#039;émettre des opinions, à propos d&#039;art et de peinture, autres que celles du Führer Suprême.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès lors que vous commencez à admettre que c&#039;est le devoir du gouvernement de contrôler votre consommation d&#039;alcool, que pouvez-vous répliquer à ceux qui vous disent que contrôler les livres et les idées est bien plus important.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La liberté signifie toujours la liberté de se tromper. Il nous faut bien comprendre cela. Nous pouvons critiquer très vivement la façon dont nos concitoyens dépensent leur argent et mènent leur vie. Nous pouvons estimer que ce qu&#039;ils font est absolument stupide et nocif, mais dans une société libre, il existe un grand nombre de manières par lesquelles l&#039;on peut exprimer ses opinions sur le sens dans lequel ses contemporains devraient changer leur façon de vivre. L&#039;on peut écrire des livres, écrire des articles, faire des discours ; l&#039;on peut même prêcher au coin des rues si l&#039;on veut — et c&#039;est ainsi que l&#039;on fait dans plusieurs pays. Mais l&#039;on ne doit pas tenter d&#039;imposer aux gens une surveillance policière pour les empêcher de faire certaines choses simplement parce que l&#039;on ne veut pas qu&#039;ils en aient la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle est la différence entre la servitude et la liberté. L&#039;esclave doit faire ce que son maître commande de faire, mais le citoyen libre — et c&#039;est là ce que signifie la liberté — est à même de choisir son genre de vie. Assurément, le système capitaliste peut être mal employé, et il est mal employé par certaines gens. Il y est certainement possible de faire des choses qui ne devraient pas être faites. Mais si de telles choses sont approuvées par la majorité, une personne qui les désapprouve dispose encore d&#039;un moyen de modifier l&#039;opinion de ses concitoyens. Elle peut essayer de les persuader, de les convaincre ; elle ne doit pas tenter de les contraindre en recourant au pouvoir de police du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une économie de marché, tout le monde sert ses contemporains en pourvoyant à ses propres besoins. C&#039;est là ce que les écrivains du dix-huitième siècle avaient à l&#039;esprit lorsqu&#039;ils parlaient de l&#039;harmonie des intérêts bien compris de toutes les parties et de tous les individus de la population. C&#039;est précisément cette doctrine de l&#039;harmonie des intérêts que les socialistes ont combattue. Ils parlèrent d&#039;un « irréductible conflit des intérêts » entre les différents groupes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;est-ce que cela signifie ? Lorsque Karl Marx — dans le premier chapitre du Manifeste Communiste, cette petite brochure qui marqua le début du mouvement socialiste — affirma qu&#039;il existe un conflit insoluble entre les classes, il ne put illustrer sa thèse que par des exemples pris dans la situation des sociétés pré-capitalistes. Dans les époques antérieures au capitalisme, la société était divisée en groupes à statut héréditaire, ce qu&#039;aux Indes on appelle les « castes ». Dans une société à statuts sociaux, un homme ne naissait pas Français, par exemple ; il naissait membre de l&#039;aristocratie française, ou de la bourgeoisie française, ou de la paysannerie française. Pendant la plus grande partie du Moyen Âge, il était simplement un serf. Et le servage, en France, ne disparut complètement qu&#039;après la Révolution américaine. Dans d&#039;autres régions de l&#039;Europe, il ne disparut que plus tardivement encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la pire forme de servitude — forme qui subsista même après l&#039;abolition de l&#039;esclavage — existait dans les colonies britanniques d&#039;outre-mer. L&#039;individu héritait du statut de ses parents, et y restait attaché toute sa vie. Il le transmettait à ses enfants. Chaque groupe avait ses privilèges et ses désavantages. Les groupes les plus élevés n&#039;avaient que des privilèges, les groupes les plus bas placés n&#039;avaient que des désavantages. Et il n&#039;y avait aucun moyen pour un individu de se débarrasser des désavantages légaux que lui imposait son statut, autre que de combattre politiquement les autres classes. Dans une telle situation, vous pouviez dire qu&#039;il existait un « conflit irréconciliable d&#039;intérêts entre les propriétaires d&#039;esclaves et les esclaves », parce que le désir des esclaves était de se débarrasser de leur esclavage, de leur qualité congénitale d&#039;esclaves. Cela représentait une perte, évidemment, pour leurs maîtres. Par conséquent, il n&#039;y a aucun doute qu&#039;il devait y avoir un conflit insoluble d&#039;intérêts entre les membres des diverses classes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas oublier qu&#039;à ces époques — où les sociétés de statut prédominaient en Europe aussi bien qu&#039;aux colonies fondées plus tard par les Européens en Amérique — les gens ne se considéraient pas comme liés de façon particulière avec les autres classes de leur propre nation ; ils se sentaient bien plus en union avec les membres de leur propre classe dans les autres pays. Un aristocrate français ne considérait pas les Français de classe inférieure à la sienne comme ses concitoyens ; c&#039;étaient les gens du « commun », qui ne lui plaisaient pas. Il regardait seulement comme ses égaux les aristocrates des autres pays — ceux d&#039;Italie, d&#039;Angleterre, d&#039;Allemagne, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;effet le plus visible de cet état de choses était que les aristocrates de toute l&#039;Europe utilisaient le même langage. Et ce langage était le français, langue qui n&#039;était pas comprise, hors de France, par les autres groupes de la population. La classe moyenne — la bourgeoisie — avait sa langue propre, tandis que la classe inférieure — la paysannerie — parlait des dialectes locaux que souvent ne comprenaient pas les autres groupes de la population. C&#039;était la même chose pour le vêtement. Lorsque l&#039;on voyageait en 1750 d&#039;un pays dans un autre, l&#039;on constatait que les classes supérieures, les aristocrates, étaient couramment habillés de la même façon dans toute l&#039;Europe, et l&#039;on voyait que les autres catégories étaient vêtues différemment. Lorsque l&#039;on rencontrait quelqu&#039;un dans la rue, l&#039;on pouvait voir immédiatement, à sa façon de se vêtir, à quelle classe, à quel statut il appartenait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est difficile d&#039;imaginer à quel point ces conditions de vie différaient des conditions actuelles. Lorsque je viens des États-Unis en Argentine et que je vois quelqu&#039;un dans la rue, je ne peux pas savoir quel est son statut. Je pense seulement que c&#039;est un citoyen argentin et qu&#039;il n&#039;appartient pas à un quelconque groupe légalement restreint. C&#039;est là quelque chose qui a été introduit par le capitalisme. Bien entendu, il y a aussi des différences à l&#039;intérieur d&#039;une société capitaliste. Il y a des différences de fortune, différences que les Marxistes prennent à tort pour l&#039;équivalent des différences de jadis qui existaient entre les hommes dans la société de statut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les différences au sein d&#039;une société capitaliste ne sont pas les mêmes que celles dans une société socialiste. Au Moyen Âge — et même bien plus tard dans beaucoup de pays — une famille pouvait être noble et posséder de grands biens, ce pouvait être une famille de ducs pendant des siècles et des siècles, quels que soient leurs qualités, leurs talents, leur caractère ou leur moralité. Mais dans les conditions du capitalisme moderne, il existe ce que les sociologues ont appelé d&#039;un terme technique la « mobilité sociale ». Le principe agissant de cette mobilité sociale, d&#039;après le sociologue et économiste Vilfredo Pareto, est « la circulation des élites ». Cela veut dire qu&#039;il y a toujours des gens au sommet de l&#039;échelle sociale, qui sont riches, qui sont politiquement influents ; mais ces gens — les élites — changent continuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela est parfaitement vrai dans une société capitaliste. Ce n&#039;était pas vrai dans la société de statut pré-capitaliste. Les familles qui étaient considérées comme les grandes familles aristocratiques d&#039;Europe sont encore les mêmes familles aujourd&#039;hui, ou disons qu&#039;elles descendent des familles les plus importantes d&#039;il y a 800 ou 1 000 ans et davantage. Les Capétiens et les Bourbons — qui pendant longtemps ont régné ici, en Argentine — furent une maison royale dès le dixième siècle. Ces monarques régnaient sur un territoire aujourd&#039;hui appelé l&#039;Île-de-France, et ils étendirent leur domaine de génération en génération. Mais dans une société capitaliste, il y a une mobilité continuelle — des pauvres devenant riches et les descendants de ces gens riches perdant leur fortune et devenant des pauvres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, j&#039;ai vu dans une librairie du centre de Buenos Aires la biographie d&#039;un homme d&#039;affaires qui fut si éminent, si influent, si caractéristique des grandes affaires du dix-neuvième siècle en Europe, que même dans ce pays-ci, bien loin de l&#039;Europe, la librairie avait des exemplaires de cette biographie. Il se trouve que je connais le petit-fils de ce personnage. Il porte le même nom que son grand-père, et il a encore le droit de porter le titre de noblesse que son grand-père — qui avait débuté comme forgeron — avait reçu il y a quatre-vingts ans. Aujourd&#039;hui, ce petit-fils est un modeste photographe dans la cité de New York.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres gens, qui étaient pauvres à l&#039;époque où le grand-père de ce photographe devint l&#039;un des plus grands industriels d&#039;Europe, sont maintenant des capitaines d&#039;industrie. Tout le monde est libre de changer de statut. C&#039;est la différence entre le système de statut et le système capitaliste de liberté économique où chacun n&#039;a qu&#039;à s&#039;en prendre à lui-même s&#039;il ne parvient pas à la situation qu&#039;il désirait atteindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus fameux des industriels du vingtième siècle est, jusqu&#039;à présent, Henry Ford. Il débuta avec quelques centaines de dollars empruntés à ses amis, et en peu de temps il développa l&#039;une des plus grandes firmes industrielles du monde entier. Et l&#039;on peut découvrir des cas de ce genre par centaines chaque jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque jour, le « New York Times » publie de longues notices sur les gens qui viennent de mourir. Si vous lisez ces biographies, vous pouvez tomber sur le nom d&#039;un homme d&#039;affaires éminent, qui a commencé en vendant des journaux au coin des rues de New York. Ou bien il a débuté comme garçon de bureau, et à sa mort il est le président de la même entreprise de banque dans laquelle il a commencé au plus bas de l&#039;échelon. Bien entendu, tout le monde n&#039;atteint pas de telles situations ; ce n&#039;est pas tout le monde qui souhaite les atteindre. Il y a des personnes qui sont intéressées par d&#039;autres problèmes et, pour ces personnes-là, d&#039;autres voies sont ouvertes, qui n&#039;existaient pas aux temps féodaux, aux époques de la société de statut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le système socialiste, par contre, exclut cette liberté fondamentale de choisir sa propre carrière. Dans le cadre du socialisme, il y a une seule autorité économique, et elle a le droit de décider de toute chose lorsqu&#039;il s&#039;agit de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;une des caractéristiques de notre époque est que les gens usent de plusieurs noms pour la même chose. Un synonyme pour socialisme ou communisme est « planification ». Lorsque l&#039;on parle de « planification », c&#039;est naturellement de planification centrale qu&#039;il s&#039;agit dans l&#039;esprit des gens, ce qui veut dire un plan unique dressé par le gouvernement, un seul plan qui empêche de faire un plan quiconque n&#039;est pas le Gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une dame britannique qui est aussi membre de la Chambre Haute, a écrit un livre intitulé « Plan or no Plan » — Le Plan ou pas de plan — qui a eu beaucoup de succès à travers le monde. Que signifie le titre de son livre ? Lorsqu&#039;elle dit « plan », elle pense au seul type de plan envisagé par Lénine, Staline et leurs successeurs, le type qui régit toutes les activités de tous les membres de la nation. Donc, cette dame parle d&#039;un plan central qui exclut tous les plans personnels qu&#039;ont les individus. Son titre, « le Plan ou pas de plan », est donc un trompe-l&#039;oeil, une image fausse ; l&#039;alternative n&#039;est pas entre un plan central et aucun plan, elle est entre le plan total d&#039;une autorité gouvernementale centrale, ou la liberté pour les individus de dresser leurs propres plans, de planifier pour leur propre compte. L&#039;individu fait le plan de sa vie, chaque jour, modifiant ses plans quotidiens selon son idée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;homme libre dresse des plans quotidiennement pour ses besoins ; il dit, par exemple : « Hier je projetais de travailler à Cordoba toue ma vie. » Puis il entend parler de conditions meilleures à Buenos Aires et change ses plans, disant : « Au lieu de travailler à Cordoba, je veux aller à Buenos Aires. » Et c&#039;est là ce que signifie la liberté. Il peut se faire qu&#039;il se trompe, que d&#039;aller à Buenos Aires s&#039;avère avoir été une erreur. Les choses auraient pu mieux tourner pour lui à Cordoba, mais c&#039;est lui-même qui a fait ses plans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il y a une planification centrale unique, il est comme un soldat dans une armée. Le soldat dans l&#039;armée n&#039;a pas le droit de choisir sa garnison, de choisir l&#039;endroit où il servira. Il doit obéir aux ordres. Et le système socialiste — ainsi que Karl Marx, Lénine, et tous les chefs socialistes le savaient et l&#039;admettaient — est la transposition de la règle militaire à l&#039;ensemble de l&#039;appareil de production. Marx parlait des « armées industrielles » et Lénine appelait à « l&#039;organisation de toutes choses — la poste, l&#039;usine, et les autres activités — suivant le modèle de l&#039;armée ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par conséquent, dans le système socialiste, tout repose sur la sagesse, les talents, les dons des seuls individus qui composent l&#039;autorité suprême. Ce que le dictateur suprême, ou son conseil, ne sait pas n&#039;est pas pris en compte. Mais la sagesse que l&#039;humanité a amassée dans sa longue histoire n&#039;est pas possédée par chaque individu ; nous avons accumulé une masse tellement énorme de savoir scientifique et technique au cours des siècles, qu&#039;il est humainement impossible pour un seul individu de savoir tout cela, fût-il extrêmement doué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis les gens sont différents les uns des autres, ils sont inégaux. Ils le seront toujours. Certaines gens sont plus doués sur un sujet, et moins sur un autre. Et il y a des hommes qui ont le don de trouver de nouvelles voies, de changer le cours des connaissances. Dans les sociétés capitalistes, le progrès technique et le progrès économique sont le fait de personnes de ce genre. Si quelqu&#039;un a une idée, il se mettra à chercher quelques autres personnes qui aient assez de flair pour se rendre compte de la valeur de cette idée. Quelques capitalises assez audacieux pour imaginer l&#039;avenir, et qui comprennent les conséquences possibles d&#039;un tel projet, s&#039;embarqueront dans sa réalisation. D&#039;autres, d&#039;abord, pourront dire : « ils sont fous » ; mais ils cesseront de parler ainsi quand ils s&#039;apercevront que l&#039;entreprise, qu&#039;ils appelaient insensée, prospère et que les gens sont heureux d&#039;acheter ses produits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le système marxiste, d&#039;autre part, l&#039;organe gouvernemental du niveau le plus élevé doit d&#039;abord être persuadé de la valeur de l&#039;idée avant qu&#039;elle soit essayée et développée. Cela peut constituer quelque chose de fort difficile à faire, car seuls les membres du comité suprême — ou le dictateur unique lui-même — ont le pouvoir de prendre des décisions. Et si ces personnages — en raison d&#039;une répugnance à l&#039;effort ou de leur âge avancé, ou parce qu&#039;ils ne sont pas très intelligents et instruits — ne sont pas capables de saisir l&#039;importance de l&#039;idée nouvelle, alors le nouveau projet ne sera pas essayé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons penser à des exemples de l&#039;Histoire militaire. Napoléon fut certainement un génie dans les questions militaires ; il avait cependant un seul problème suprêmement important, et parce qu&#039;il ne sut pas le résoudre, il fut finalement vaincu et exilé dans la solitude de Sainte-Hélène. Le problème de Napoléon était : « Comment envahir l&#039;Angleterre ? ». Pour cela il lui fallait une marine capable de traverser la Manche ; or il y eut des gens qui lui dirent qu&#039;ils connaissaient un moyen de faire cette traversée, des gens qui — en ces temps de marine à voile — avaient imaginé la nouveauté des bateaux à vapeur. Mais Napoléon ne comprit pas ce qui lui était proposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il y eut le célèbre État-Major général allemand. Avant la Première Guerre mondiale, l&#039;état-major allemand était universellement considéré comme insurpassable en compétence militaire. Une réputation comparable entourait l&#039;état-major du général Foch en France. Mais ni les Allemands ni les Français — qui par la suite, sous la conduite du général Foch, furent vainqueurs des Allemands — ne comprenaient l&#039;importance de l&#039;aviation comme arme de guerre. L&#039;état-major allemand disait : « L&#039;aviation, c&#039;est un amusement, c&#039;est bon pour les gens oisifs. D&#039;un point de vue militaire, seuls les Zeppelins sont importants. » Et l&#039;état-major français pensait de même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus tard, entre la Première et la Seconde Guerres mondiales, il y eut aux États-Unis un général convaincu que l&#039;aviation jouerait un rôle extrêmement important dans un conflit futur. Mais tous les autres experts américains étaient d&#039;avis contraire. Il ne put les convaincre. S4il vous faut persuader un groupe de gens dont le sort ne dépend pas directement de la solution du problème, vous n&#039;y parviendrez jamais. C&#039;est la même chose pour les problèmes économiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nombreux peintres, écrivains, compositeurs, ont déploré que le public n&#039;ait pas apprécié leur oeuvre, les condamnant à la pauvreté. Il est bien possible que le public ait fait preuve d&#039;un médiocre jugement ; mais lorsque ces artistes on dit : « Le gouvernement devrait soutenir les grands artistes, peintres et écrivains », ils se trompèrent lourdement. A qui le gouvernement devrait-il déléguer la tâche de décider si oui ou non un nouveau-venu est réellement un grand peintre ? Il lui faudra s&#039;en remettre au jugement des critiques, et des professeurs d&#039;histoire de l&#039;art qui regardent toujours le passé mais qui ont rarement montré le talent de découvrir les nouveaux génies. C&#039;est là la grande différence entre un système de « planification » et un système où chacun peut faire lui-même son plan et agir pour son propre compte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai, bien sûr, que de grands peintres et de grands écrivains ont souvent dû supporter de grandes difficultés. Même ceux qui ont été remarquables par leur art n&#039;ont pas toujours réussi à gagner de l&#039;argent. Van Gogh fut certainement un grand peintre. Il connut la pire détresse et finit par se suicider à l&#039;âge de trente-sept ans. De toute sa vie il n&#039;avait vendu qu&#039;un seul tableau, et l&#039;acheteur était son cousin. A part cette unique recette, il vécut de l&#039;argent que lui donnait son frère, qui n&#039;était ni un artiste ni un peintre. Mais le frère de van Gogh comprenait les besoins d&#039;un peintre. Aujourd&#039;hui l&#039;on ne peut acheter un van Gogh pour moins de cent mille ou deux cent mille dollars.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un régime socialiste, le sort de van Gogh aurait pu être autre. Quelque personnage officiel aurait consulté des peintres en renom (que van Gogh n&#039;aurait certainement pas considérés comme dignes du nom d&#039;artistes), leur demandant si ce jeune homme, à demi ou complètement fou, était réellement un peintre méritant d&#039;être soutenu. Et eux, sans aucun doute, auraient répondu : « Non, ce n&#039;est pas un peintre ; ce n&#039;est pas un artiste ; c&#039;est seulement un homme qui gaspille la peinture » ; et on l&#039;aurait envoyé travailler dans une fromagerie, ou à l&#039;hôpital psychiatrique. C&#039;est pourquoi tout cet enthousiasme en faveur du socialisme parmi la nouvelle génération de peintres, de poètes, de musiciens, de journalistes, d&#039;acteurs, est basé sur une illusion. Je parle d&#039;eux parce que ces catégories sont parmi les partisans les plus fanatiques de l&#039;idée socialiste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque se pose le problème de choisir entre socialisme et capitalisme en tant que systèmes économiques, c&#039;est un peu différent. Les auteurs socialistes ne se sont jamais doutés que l&#039;industrie moderne, et toutes les opérations professionnelles modernes, sont basées sur le calcul. Les ingénieurs ne sont absolument pas les seuls à faire des plans sur la base de calculs ; les chefs d&#039;entreprise doivent aussi faire de même. Et les calcul des chefs d&#039;entreprise sont toujours fondés sur le fait qu&#039;en économie de marché, le prix en monnaie des biens n&#039;informe pas seulement le consommateur, mais fournit aussi des informations vitales aux entrepreneurs quant aux facteurs de production, la fonction essentielle du marché n&#039;étant pas seulement de déterminer le coût de la dernière partie du processus de production et de transfert des produits aux mains du consommateurs, mais aussi le coût de toutes les étapes qui ont conduit à celle-là. Tout l&#039;ensemble du système de marché est lié au fait qu&#039;il y a une division du travail opérée tacitement entre les divers entrepreneurs, qui rivalisent pour se procurer les facteurs de production — matières premières, machines, outillage — et le facteur de production humain, le travail salarié. Ce genre de calcul opéré par l&#039;entrepreneur ne peut pas être effectué en l&#039;absence de prix fournis par le marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;instant même où l&#039;on abolit le marché — c&#039;est ce que les socialistes voudraient faire — l&#039;on vide de toute utilité tous les calculs et supputations des ingénieurs et techniciens ; les techniciens peuvent vous fournir un grand nombre de projets qui, du point de vue des sciences naturelles, sont également réalisables, mais il faut les études de prix de l&#039;entrepreneur en fonction du marché, pour déterminer lequel de ces projets est le plus avantageux, du point de vue de l&#039;économie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le problème dont le parle ici est le point fondamental d&#039;un débat opposant le calcul économique capitaliste ai socialisme. Le fait est que le calcul économique, et par conséquent toute planification technique, ne sont possibles que s&#039;il y a des prix en monnaie, non seulement pour les biens de consommation, mais aussi pour les facteurs de production. Cela veut dire qu&#039;il faut qu&#039;il y ait un marché pour toutes les matières premières, pour chacun des produits semi-finis, des outillages et des machines, et pour toutes les diverses formes de travail humain et de services humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque ce fait fut découvert, les socialistes ne surent quoi répondre. Pendant cent cinquante ans ils avaient dit : « Tous les maux de ce monde viennent du fait qu&#039;il y a des marchés et des prix de marché. Nous entendons abolir le marché et avec lui, naturellement, l&#039;économie de marché, pour leur substituer un système sans prix et sans marché. » Ce qu&#039;ils voulaient, c&#039;était supprimer ce que Marx appelait le « caractère mercantile » des marchandises et du travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Confrontés à ce nouveau problème, les auteurs socialistes, n&#039;ayant rien à répondre, dirent finalement : « Nous ne supprimerons pas le marché complètement ; nous ferons comme si un marché existait ; nous jouerons au marché comme les enfants jouent au maître d&#039;école. » Mais tout le monde sait que lorsque les enfants jouent à l&#039;école, ils n&#039;apprennent rien. C&#039;est simplement se donner de l&#039;exercice, jouer à quelque chose, et l&#039;on peut jouer à bien des choses diverses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est là un problème très difficile et compliqué, et afin de le traiter complètement il faut un peu plus de temps que je n&#039;en ai ici. J&#039;ai expliqué en détail ces choses dans mes écrits. En six conférences je ne puis entrer dans l&#039;analyse de tous ses aspects. C&#039;est pourquoi je voudrais vous conseiller, si vous vous intéressez au problème fondamental de l&#039;impossibilité du calcul et de la planification en régime socialiste, de lire mon livre, Human Action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais lisez également d&#039;autres livres, comme celui de l&#039;économiste norvégien Trygve Hoff, à propos du calcul économique. Et si vous voulez vous informer du pour et du contre, je vous recommande le livre très hautement considéré du côté socialiste, écrit sur ce sujet par l&#039;éminent économiste polonais Oscar Lange, qui fut un moment professeur dans une université américaine, puis devint ambassadeur de son pays, et retourna plus tard en Pologne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous me demanderez probablement : « Et la Russie ? Comment les Russes envisagent-ils la question ? » Cela change de problème. Les Russes font marcher leur système socialiste dans un monde où existent des prix pour tous les facteurs de production, pour toutes les matières premières, pour toutes choses. Ils peuvent donc employer pour leur planification les prix étrangers du marché mondial. Et parce qu&#039;il y a certaines différences entre la situation en Russie et celle aux États-Unis, les Russes considèrent souvent comme justifié et opportun — de leur point de vue économique — de faire des choses que des Américains ne considéreraient absolument pas comme justifiables du point de vue économique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu&#039;on a appelé « l&#039;expérience soviétique » ne prouve rien. Elle ne nous dit rien sur le problème fondamental du socialisme, celui du calcul économique. Mais y a-t-il vraiment lieu, pour nous, de parler d&#039;une expérience ? Je ne crois pas qu&#039;il existe quoi que ce soit qu&#039;on puisse appeler expérience scientifique, dans le domaine de l&#039;agir humain et de l&#039;économie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;on ne peut pas faire d&#039;expérience de laboratoire dans le champ des activités humaines parce qu&#039;une expérience scientifique exige que l&#039;on répète la même opération dans des conditions différentes, ou que l&#039;on maintienne les mêmes conditions en ne changeant peut-être qu&#039;un seul facteur. Par exemple, si l&#039;on injecte à un animal cancéreux quelque remède expérimental, le résultat peut être que le cancer disparaisse. L&#039;on peut alors faire cet essai avec divers animaux de la même espèce atteints du même mal. Si l&#039;on en traite une partie avec la nouvelle méthode, à l&#039;exception du reste, l&#039;on peut comparer le résultat. Il n&#039;est pas possible de procéder de cette façon dans la sphère des activités humaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prétendue « expérience soviétique » montre seulement que le niveau de vie est incomparablement plus bas en Russie soviétique que dans la nation qui est considérée comme l&#039;exemple type du capitalisme, dans le monde entier : les États-Unis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, si vous dites cela à un socialiste, il vous répondra : « les choses vont à merveille en Russie ». Vous dites alors : « Peut-être, mais le niveau de vie moyen est bien plus bas ». Sur quoi il vous réplique : « Oui, mais rappelez-vous combien c&#039;était terrible pour les Russes sous les tsars, et quelle terrible guerre nous avons eu à supporter ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai pas l&#039;intention d&#039;entrer dans une discussion pour savoir si cela est ou non une explication exacte ; mais si l&#039;on nie que les conditions aient été les mêmes, l&#039;on nie du même coup qu&#039;il y ait une expérience. Vous devez donc dire ceci (qui serait bien plus correct) : « le socialisme en Russie n&#039;a pas entraîné une amélioration des conditions de vie des individus en moyenne, qui puisse être comparée à l&#039;amélioration des situations, pendant la même période, aux États-Unis. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux États-Unis, l&#039;on entend parler d&#039;une nouveauté, d&#039;une amélioration, presque chaque année. Ce sont des progrès qu&#039;a engendrés la vie des affaires, parce que des milliers et des milliers d&#039;entrepreneurs sont occupés jour et nuit à essayer de trouver quelque nouveau produit qui satisfasse le consommateur ou qui soit moins coûteux à fabriquer, ou qui soit à la fois meilleur et moins cher que les produits existants. Ils ne s&#039;y efforcent pas par altruisme, ils le font pour gagner de l&#039;argent. Et le résultat est que l&#039;on a aux États-Unis une amélioration du niveau de vie presque miraculeuse, en comparaison de la situation qui existait cinquante ou cent ans auparavant. Mais en Russie soviétique, où n&#039;existe pas ce système, l&#039;amélioration n&#039;est pas comparable. Les gens qui croient que nous devrions adopter le système soviétique se trompent donc gravement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut enfin mentionner une autre chose. Le consommateur américain, l&#039;individu, est en même temps acheteur et patron. En sortant d&#039;un magasin en Amérique, vous trouvez souvent une pancarte disant : « Merci de nous avoir donné votre clientèle ; faites-nous le plaisir de revenir ». Mais lorsque vous allez dans un magasin d&#039;un pays totalitaire — que ce soit dans la Russie d&#039;aujourd&#039;hui, ou dans l&#039;Allemagne au temps du régime hitlérien — le responsable du magasin vous dit : « Soyez reconnaissant au guide suprême de vous procurer ceci ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les pays socialistes, ce n&#039;est pas le vendeur qui doit être reconnaissant, c&#039;est l&#039;acheteur. Le citoyen n&#039;est pas le patron ; celui qui commande, c&#039;est le Comité central, l&#039;Administration centrale. Le souverain, ce sont les bureaux de l&#039;État socialiste, ses dirigeants, ses dictateurs ; et les gens n&#039;ont qu&#039;à obéir, un point c&#039;est tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Ludwig von Mises:Politique économique</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Ludwig von Mises}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|&#039;&#039;Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain&#039;&#039;|[[Ludwig von Mises]]|1979}}&lt;br /&gt;
{{Autres projets|&lt;br /&gt;
  wikiberal=Ludwig von Mises|&lt;br /&gt;
  catallaxia=Ludwig von Mises|&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le livre est paru pour la première fois en 1979, en anglais et sous le titre &#039;&#039;Economic Policy : Thought for Today and Tomorrow&#039;&#039;. Il regroupe six conférences données par Mises à Buenos Aires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Préface&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Introduction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Avant-propos&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Ludwig von Mises:Politique économique - Première leçon — Capitalisme|Première leçon — Capitalisme]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Deuxième leçon — Socialisme&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Troisième leçon — Interventionnisme&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quatrième leçon — Inflation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cinquième leçon — Investissement étranger&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Sixième leçon — Politiques et idées&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Catégorie:philosophie]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Ludwig von Mises:Politique économique - Première leçon — Capitalisme</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : Page créée avec « {{titre|Politique économique : Réflexions pour aujourd&amp;#039;hui et pour demain|Ludwig von Mises|Première leçon — Capitalism... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{titre|[[Ludwig von Mises:Politique économique|Politique économique : Réflexions pour aujourd&#039;hui et pour demain]]|[[Ludwig von Mises]]|Première leçon — Capitalisme}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les expressions imagées dont les gens se servent sont souvent très trompeuses. En parlant des grands industriels modernes, et des dirigeants de vastes entreprises, ils qualifient par exemple tel ou tel de « roi du chocolat », ou du coton, ou de l&#039;automobile. Leur façon d&#039;employer ces termes indique qu&#039;ils ne voient pratiquement pas de différence entre les chefs d&#039;entreprise modernes et ces rois, princes ou seigneurs féodaux du temps jadis. Mais la différence est en réalité fort grande, car un roi du chocolat ne gouverne pas du tout, il sert autrui. Il ne règne pas sur un territoire conquis, il n&#039;est pas indépendant à l&#039;égard du marché et de ses clients. Le roi du chocolat — ou de l&#039;acier, ou de l&#039;auto, ou de quelque autre industrie d&#039;aujourd&#039;hui — dépend de l&#039;industrie où il travaille et de la clientèle qu&#039;il fournit. Ce « roi » doit rester en faveur auprès de ses sujets, les consommateurs ; il perd sa « royauté » dès qu&#039;il n&#039;est plus en mesure d&#039;assurer à ses clients de meilleurs services, et de les fournir à moindre coût que les autres industriels avec lesquels il est en concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux cents ans, avant l&#039;avènement du capitalisme, le statut social d&#039;un homme était fixé du début à la fin de sa vie ; il l&#039;héritait de ses ancêtres et n&#039;en changeait jamais. S&#039;il était né pauvre, il restait pauvre toujours, et s&#039;il était né riche — aristocrate ou grand seigneur — il conservait son titre nobiliaire et les propriétés attenantes, sa vie durant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne les produits fabriqués, les industriels de transformation rudimentaires de l&#039;époque vivaient à peu près exclusivement de la clientèle des gens riches. La plupart des individus (quatre-vingt-dix pour cent ou davantage de la population européenne) travaillaient la terre et n&#039;avaient pas de contacts avec les activités industrielles orientées vers les villes. Ce système rigide de la société féodale prévalut pendant bien des siècles dans les régions les plus évoluées de l&#039;Europe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, comme la population rurale augmentait, vint un moment où il y eut trop de gens à vivre dans les campagnes. Pour ce surcroît de gens sans héritages ni terres, il n&#039;y avait pas assez de travail aux champs, et il ne leur était pas davantage possible d&#039;aller travailler aux activités de transformation ; les potentats des cités leur en refusaient l&#039;accès. Le nombre de ces « indésirables » continua de croître, et l&#039;on continua de ne savoir qu&#039;en faire. C&#039;étaient, au sens complet du terme, des « prolétaires », des gens sans feu ni lieu que les gouvernants ne pouvaient qu&#039;envoyer aux ateliers de bienfaisance et aux hospices. Dans certaines régions d&#039;Europe, notamment aux Pays-Bas et en Angleterre, ils devinrent nombreux au point de devenir un danger pour le système social existant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, lorsqu&#039;on discute de situations analogues dans des endroits comme l&#039;Inde ou d&#039;autres pays en développement, il ne faut pas oublier que, dans l&#039;Angleterre du dix-huitième siècle, les conditions d&#039;existence étaient nettement pires. A cette époque, l&#039;Angleterre avait six ou sept millions d&#039;habitants ; et sur ces six ou sept millions d&#039;êtres plus d&#039;un million, probablement deux millions, étaient simplement des malheureux dans le dénuement, pour lesquels le système social en vigueur ne prévoyait rien. Que faire de ces pauvres gueux, ce fut l&#039;un des grands problèmes de l&#039;Angleterre du dix-huitième siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre grand problème était le manque de matières premières. Les Anglais se posaient très sérieusement cette question : que nous faudra-t-il faire à l&#039;avenir, lorsque nos forêts ne nous fourniront plus le bois dont nous avons besoin pour nos industries et pour chauffer nos maisons ? Pour les milieux dirigeants c&#039;était une situation extrêmement grave. Les hommes d&#039;État ne savaient que faire ; l&#039;aristocratie au pouvoir n&#039;avait absolument aucune idée de la façon dont s&#039;y prendre pour arranger les choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est de cette situation angoissante que sortirent les débuts du capitalisme moderne. Il y eut parmi ces déshérités, parmi ces pauvres, des personnes qui se mirent en devoir d&#039;organiser les autres pour mettre sur pied de modestes ateliers où l&#039;on pourrait fabriquer quelque chose. Ce fut là une innovation. Ces innovateurs ne produisaient pas des articles coûteux qui ne conviendraient qu&#039;aux gens aisés ; ils fabriquèrent des marchandises à meilleur marché pour les besoins de tout le monde. Et ce fut l&#039;origine du capitalisme tel qu&#039;il fonctionne maintenant. C&#039;était le début de la production de masse, principe fondamental de l&#039;industrie capitaliste. Alors que les anciennes activités de transformation, au service des gens fortunés de la ville, ne subsistaient guère que par la clientèle des classes dominantes, les nouvelles industries capitalistes se mirent à fabriquer des produits qui pouvaient être achetés par le grand public. Ce fut de la production de masse pour répondre aux besoins de la masse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le principe de base du capitalisme tel qu&#039;il existe aujourd&#039;hui dans tous les pays où existe un système hautement développé de production de masse. Les grandes firmes, attaque les plus virulentes des soi-disant hommes de gauche, produisent presque essentiellement pour satisfaire les besoins de la multitude. Les entreprises fabriquant des articles de luxe destinés seulement aux riches ne peuvent jamais atteindre la dimension des grandes affaires. Et de nos jours, ce sont les salariés des grosses firmes industrielles qui sont les principaux consommateurs des produits sortant de leurs usines. Telle est la différence fondamentale entre les principes capitalistes de production et les principes féodaux des époques précédentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les gens croient, ou prétendent, qu&#039;il y a une distinction entre producteurs et consommateurs de ce que fabriquent les grandes entreprises, c&#039;est une grosse erreur. Dans les Grands Magasins en Amérique, vous entendez le slogan : « le Client a toujours raison ». Et ce client, c&#039;est la même personne qui fabrique à l&#039;usine ces objets mis en vente dans les centres commerciaux. Les gens qui s&#039;imaginent que les grandes affaires ont un pouvoir énorme se trompent eux aussi, car les grandes affaires dépendent entièrement de la clientèle qui achète leurs produits : la plus grosse entreprise perd sa puissance et son influence dès qu&#039;elle perd ses clients.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a une soixantaine d&#039;années, l&#039;on disait dans presque tous les pays capitalistes que les compagnies de chemin de fer étaient trop grandes et trop puissantes ; elles avaient un monopole ; il était impossible de leur faire concurrence. L&#039;on prétendait que, dans le domaine des transports, le capitalisme avait déjà atteint le stade où il se détruit lui-même, puisqu&#039;il avait éliminé la concurrence. Ce que l&#039;on ne voyait pas, c&#039;était le fait que la puissance des chemins de fer reposait sur leur aptitude à servir le public mieux que tout autre mode de transport. Évidemment, il eût été ridicule de concurrencer l&#039;une de ces grandes compagnies de chemin de fer en construisant une autre ligne parallèle à l&#039;ancienne, étant donné que la vieille suffisait pour les besoins existants. Mais bientôt intervinrent d&#039;autres compétiteurs. La liberté de concurrence ne signifie pas que vous pouvez réussir simplement en imitant ou en copiant exactement ce que quelqu&#039;un d&#039;autre a réalisé. La liberté de la presse ne veut pas dire que vous avez le droit de recopier ce que quelqu&#039;un d&#039;autre a écrit, et ainsi de récolter le succès que cet autre homme a dûment mérité à raison de son oeuvre. Elle veut dire que vous avez le droit d&#039;écrire quelque chose d&#039;autre. La liberté de concurrence en fait de chemins de fer, par exemple, signifie que vous êtes libres= d&#039;inventer quelque chose, de faire quelque chose, qui sera un défi lancé aux chemins de fer et les placera dans une situation précaire de concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux États-Unis la concurrence faite aux chemins de fer — sous forme d&#039;autocars, d&#039;automobiles, de camions, et d&#039;avions — a porté des coups sévères aux chemins de fer, et les a presque complètement supplantés en ce qui concerne le transport des passagers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le développement du capitalisme consiste en ce que tout un chacun a le droit de servir le consommateur de meilleure façon et (ou) à meilleur marché. Et cette méthode, ce principe, a en un temps relativement court, transformé le monde entier. C&#039;est ce qui a rendu possible une augmentation sans précédent de la population mondiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l&#039;Angleterre du dix-huitième siècle, l&#039;agriculture ne pouvait nourrir que six millions d&#039;habitants, avec un très faible niveau de vie. Aujourd&#039;hui, plus de cinquante millions de personnes jouissent d&#039;un niveau de vie plus élevé que celui dont profitaient même les riches durant le dix-huitième siècle. Et le niveau de vie présent en Angleterre aurait probablement été encore plus élevé, si une quantité considérable d&#039;énergie n&#039;avait été gaspillée par les Britanniques dans ce qui fut, à divers points de vue, des aventures politiques et militaires dont il eût été possible de se dispenser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà des réalités concernant le capitalisme. C&#039;est pourquoi si aujourd&#039;hui un Anglais — ou aussi bien, n&#039;importe quel citoyen d&#039;un quelconque autre pays — dit à ses amis qu&#039;il est contre le capitalisme l&#039;on peut lui répondre une bonne chose : « Vous savez que la population de notre planète est maintenant dix fois supérieure à ce qu&#039;elle était au cours des âges d&#039;avant le capitalisme ; vous savez que tous les hommes d&#039;aujourd&#039;hui bénéficient d&#039;un niveau de vie plus élevé que nos ancêtres avant l&#039;ère capitaliste. Mais comment pouvez-vous savoir si vous êtes l&#039;un de ces dix pour cent qui vivraient aujourd&#039;hui sur la terre s&#039;il n&#039;y avait eu le capitalisme ? Le simple fait que vous vivez maintenant est la preuve que le capitalisme a été une réussite, que vous teniez ou non votre existence pour quelque chose de très précieux. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dépit de tout ce qu&#039;il a apporté, le capitalisme a été furieusement attaqué et critiqué. Il est nécessaire que nous comprenions l&#039;origine de cette antipathie. Le fait est que la haine du capitalisme n&#039;a pas pris naissance parmi les travailleurs eux-mêmes, au sein des masses, mais dans les milieux de l&#039;aristocratie terrienne, celle d&#039;Angleterre et celle du Continent. Ces gentilshommes mirent le capitalisme en accusation à cause d&#039;un fait qui leur était passablement désagréable : au commencement du dix-neuvième siècle, les salaires plus élevés versés par l&#039;Industrie à ses travailleurs forçaient les nobles propriétaires à payer aussi des salaires plus élevés à leurs travailleurs agricoles. L&#039;accusation qu&#039;ils lancèrent contre les industries consista à critiquer le niveau de vie des foules ouvrières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément, de notre point de vue actuel, le niveau de vie des travailleurs était extrêmement bas ; les conditions d&#039;existence aux débuts du capitalisme étaient absolument lamentables, mais non pas du fait que les industries capitalistes nouvellement créés avaient fait du tort aux travailleurs. Les gens embauchés pour travailler dans les usines avaient déjà, jusqu&#039;alors, vécu à un niveau virtuellement sous-humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vieille et célèbre histoire, répétée des centaines de fois, donnant à croire que les usines employaient des femmes et des enfants, qui auraient eu des conditions d&#039;existence décentes avant d&#039;être employés en usine, est l&#039;une des plus grandes falsifications de l&#039;histoire. Les mères qui venaient à l&#039;usine n&#039;avaient rien pour faire la cuisine ; elles n&#039;avaient pas quitté leur maison et leur cuisine pour aller à l&#039;usine, elles étaient allées à l&#039;usine parce qu&#039;elles n&#039;avaient pas de cuisine ; et si elles en avaient eu une, elles n&#039;auraient rien eu à y faire cuire. Et les enfants n&#039;étaient pas sortis de confortables nurseries. Ils étaient en train de mourir de faim.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout ce que l&#039;on raconte des prétendues horreurs indicibles du capitalisme naissant peut être réfuté par un simple fait statistique : précisément dans ces années où le capitalisme anglais s&#039;est développé, précisément dans cette période qu&#039;on appelle Révolution Industrielle en Angleterre, dans les années 1760 à 1830, précisément dans ces années-là la population de l&#039;Angleterre doubla ; ce qui veut dire que des centaines de milliers d&#039;enfants — qui auparavant seraient morts en bas âge — survécurent et grandirent pour devenir des hommes et des femmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne fait aucun doute que les conditions d&#039;existence des âges précédents avaient été profondément déplorables. Ce qui les améliora, ce fut l&#039;activité économique capitaliste ; ce furent précisément ces premières fabriques qui produisirent en vue des besoins de leurs travailleurs, soit directement, soit indirectement en exportant des produits et en important des denrées alimentaires et des matières premières. Les une après les autres, les plus anciens historiens du capitalisme ont falsifié l&#039;histoire — il n&#039;est guère possible d&#039;employer un autre mot.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une anecdote souvent contée par eux, et peut-être bien inventée, met en scène Benjamin Franklin. Selon cette légende, Franklin visitait en Angleterre une fabrique de cotonnades, et le propriétaire lui dit avec une fierté manifeste : « Voyez, ces articles en coton sont pour la Hongrie » ; Franklin, regardant autour de lui et voyant les misérables vêtements des ouvriers, lui dit : « Pourquoi n&#039;en fabriquez-vous pas pour vos propres ouvriers ? ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ces articles d&#039;exportation dont parlait l&#039;entrepreneur, manifestaient en réalité qu&#039;il produisait en effet pour ses propres ouvriers, puisque l&#039;Angleterre devait importer toutes ses matières premières. Il n&#039;y avait de coton ni en Angleterre, ni sur le Continent. L&#039;on manquait de vivres en Angleterre, et il fallait en importer de Pologne, de Russie, de Hongrie. Ces articles d&#039;exportation représentaient le paiement des importations alimentaires qui rendaient possible la survie de la population de Grande-Bretagne. Maints exemples tirés de l&#039;histoire de cette époque pourront faire voir quelle fut l&#039;attitude des nobles et des gentilshommes terriens vis-à-vis des travailleurs. Je voudrais en citer seulement deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;un des exemples est le célèbre système dit de Speenhamland, pratiqué en Angleterre. Selon ce système, le gouvernement britannique versait à tout travailleur qui ne recevait pas le salaire minimum légal (fixé par le gouvernement) la différence entre ce salaire officiel et celui touché. Cela épargnait à l&#039;aristocratie terrienne l&#039;ennui de payer des salaires plus élevés. Les propriétaires versaient les salaires agricoles aux faible taux traditionnel, et le gouvernement les complétait, afin de dissuader les ouvriers de quitter la campagne pour chercher de l&#039;emploi en ville.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatre-vingt ans plus tard, après que le capitalisme se fut répandu de l&#039;Angleterre à l&#039;Europe continentale, l&#039;aristocratie foncière réagit de nouveau contre le système de production importée. En Allemagne les Junkers de Prisse, ayant perdu beaucoup de leur main d&#039;oeuvre attirée par les industries capitalistes plus rémunératrices, inventèrent un terme pour désigner le problème : Landflucht, la désertion des campagnes. Et au Parlement allemand, l&#039;on discuta de ce qui pourrait être fait contre ce que les nobles propriétaires terriens considéraient comme un fléau. Le Prince Bismarck, le fameux Chancelier de l&#039;Empire allemand, dit un jour dans un discours : « J&#039;ai rencontré à Berlin un homme qui jadis travaillait sur mon domaine, et j&#039;ai demandé à cet homme : Pourquoi êtes-vous parti du domaine, pourquoi avez-vous quitté la campagne, et pourquoi vivez-vous maintenant à Berlin ? ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
t si l&#039;on en croit Bismarck, l&#039;homme répondit : « Il n&#039;y a pas au village une jolie brasserie comme nous en avons à Berlin, où l&#039;on peut s&#039;asseoir, boire de la bière et entendre de la musique. » C&#039;est là, bien entendu, une histoire vue du côté du Prince Bismarck, l&#039;employeur. Ce n&#039;était pas le point de vue de tous ses employés. Ils s&#039;engageaient dans les industries parce que l&#039;Industrie leur payait de meilleurs salaires et portait leur niveau de vie plus haut que jamais auparavant. Aujourd&#039;hui, dans les pays capitalistes, la différence est relativement faible quant aux besoins fondamentaux, entre la façon de vivre des classes dites supérieures et inférieures ; de part et d&#039;autre l&#039;on a de quoi se nourrir, se vêtir et se loger. Mais au dix-huitième siècle et avant, la différence entre l&#039;homme des « classes moyennes » et l&#039;homme du bas de l&#039;échelle était que le premier avait des souliers, tandis que le second allait nu-pieds. Aux États-Unis aujourd&#039;hui, la différence entre un riche et un pauvre signifie très souvent que l&#039;un a une Cadillac et l&#039;autre une Chevrolet. La Chevrolet peut être une voiture d&#039;occasion, mais au fond elle rend les mêmes services à son propriétaire : lui aussi peut rouler assis au volant, d&#039;un point à un autre. Plus de cinquante pour cent des gens aux États-Unis habitent une maison ou un appartement dont ils sont propriétaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les attaques contre le capitalisme — en particulier en ce qui concerne les taux de salaire que l&#039;on voudrait plus élevés — partent de l&#039;idée fausse que les salaires sont payés en dernier ressort par des gens différents de ceux qui sont employés dans les fabriques. Or, c&#039;est très bien pour des économistes et pour des étudiants en sciences économiques, de distinguer entre le travailleur et le consommateur et d&#039;envisager différemment les deux catégories. Mais en réalité, tout consommateur doit, d&#039;une façon ou d&#039;une autre, acquérir l&#039;argent qu&#039;il dépense, et l&#039;immense majorité des consommateurs est précisément composée des mêmes personnes qui forment le personnel salarié produisant les articles qu&#039;elles consomment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le niveau des salaires en système capitaliste n&#039;est pas fixé par une classe de gens autres que la classes des salariés : ce sont les mêmes individus. Ce n&#039;est pas la société productrice de films à Hollywood qui paie les cachets de la star ; ce sont les gens qui prennent des billets pour voir le film. Et ce n&#039;est pas l&#039;organisateur d&#039;un match de boxe qui paie les sommes énormes demandées par les champions ; ce sont les gens qui louent une place pour assister au combat. La distinction faite entre employeur et employé trace une frontière sur le plan de la théorie économique, elle n&#039;en trace pas dans la vie réelle ; à ce niveau-ci, l&#039;employeur et l&#039;employé sont en dernière analyse une seule et même personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En de nombreux pays, il y a des gens qui considèrent comme profondément injuste qu&#039;un homme qui a charge de famille, avec plusieurs enfants, reçoive le même salaire qu&#039;un célibataire qui n&#039;a que lui-même à entretenir. Mais la question n&#039;est pas de savoir si l&#039;employeur doit assumer une plus grande responsabilité en raison des dimensions de la famille de l&#039;employé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question que nous devons poser dans ce cas est celle-ci : vous-même, personnellement, êtes-vous disposé à payer plus cher quelque chose — par exemple u pain — si l&#039;on vous dit que celui qui l&#039;a préparé a six enfants ? Certainement l&#039;honnête homme répondra négativement, et dira : « En principe, je le voudrais ; mais en fait, le préférerais acheter un pain fabriqué par un homme sans enfant. » Dans les faits, si les acheteurs ne paient pas l&#039;employeur assez cher pour qu&#039;il puisse lui-même payer ses employés, l&#039;employeur ne pourra pas poursuivre son commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le système capitaliste n&#039;a pas été appelé « capitalisme » par quelqu&#039;un qui était partisan du système, mais par un individu qui le considérait comme le pire de tous les systèmes de l&#039;Histoire, comme le plus grand fléau qui ait jamais affligé l&#039;humanité. Cet homme, c&#039;était Karl Marx. Toutefois, il n&#039;y a point lie de rejeter l&#039;appellation forgée par Marx, parce qu&#039;elle décrit clairement la source des grandes améliorations sociales que le capitalisme a apportées avec lui. Ces améliorations sont le résultat de la formation de capitaux ; elles ont pour base le fait que les gens, en règle générale, ne consomment pas tout ce qu&#039;ils ont produit, mais épargnent — et investissent — une partie de l&#039;acquis. Ce problème rencontre beaucoup d&#039;incompréhension, et dans le cours des six exposés, j&#039;aurai l&#039;occasion de discuter des principales erreurs que l&#039;on fait communément à propos de l&#039;accumulation de capital, de l&#039;emploi du capital, et des avantages universels qui découlent de son emploi. Je traiterai du capitalisme principalement dans mes leçons sur les investissements étrangers et sur l&#039;inflation, le plus critique des problèmes de politique économique à l&#039;heure actuelle. Comme vous le savez bien entendu, l&#039;inflation n&#039;existe pas seulement dans votre pays, elle pose des problèmes dans le monde entier maintenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est un fait souvent méconnu, concernant le capitalisme ; c&#039;est que l&#039;épargne est quelque chose d&#039;avantageux pour tous ceux qui sont désireux de produire, ou de gagner un salaire. Lorsqu&#039;une personne a reçu une certaine somme — disons, mille dollars — et qu&#039;au lieu de la dépenser il confie ces dollars à une banque de dépôts ou à une compagnie d&#039;assurances, l&#039;argent passe aux mains d&#039;un entrepreneur, d&#039;un homme d&#039;affaires, lui permettant de se lancer dans un projet qui restait la veille irréalisable parce que le capital nécessaire n&#039;était pas à sa disposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que va faire maintenant cet entrepreneur, avec le capital supplémentaire ? La première chose qu&#039;il doit faire, le premier usage du capital en question, ce sera d&#039;aller à la recherche de personne à embaucher et de matières premières à acheter. Ce faisant, il va déclencher d&#039;autres demandes de main-d&#039;oeuvre et de matériaux, et parallèlement une tendance à la hausse pour les salaires et pour les prix des produits concernés. Bien longtemps avant que l&#039;épargnant ou l&#039;entrepreneur ne recueillent un profit quelconque de tout cela, le travailleur qui cherchait de l&#039;emploi, le producteur de matières premières, l&#039;agriculteur, le salarié, tous profitent du fait que de l&#039;épargne a été constituée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;est pas certain que l&#039;entrepreneur tire finalement un profit de son initiative ; cela dépend de l&#039;état du marché à l&#039;avenir, et de son talent à former des pronostics corrects sur ce que deviendra cet état du marché. Mais les travailleurs, de même que les producteurs de matières premières sont des bénéficiaires immédiats. On a beaucoup parlé, il y a trente ou quarante ans, de la « politique des salaires », comme l&#039;on disait, de Henry Ford. L&#039;un des hauts faits de M. Ford fut de payer des salaires plus élevés que les autres industriels et fabricants. Sa politique de salaires fut qualifiée d&#039; « invention », mais il ne suffit pas de dire que la politique nouvellement « inventée » fut un effet de la libéralité de M. Ford. Une nouvelle branche d&#039;industrie, ou une nouvelle firme dans une industrie existante, doit nécessairement attirer des travailleurs qui quitteront d&#039;autres emplois, d&#039;autres parties de la nation, voire d&#039;autres pays. Et la seule façon d&#039;y parvenir consiste à offrir aux ouvriers de plus hauts salaires pour leur travail. C&#039;est ce qui se passa dans les débuts du capitalisme, et qui se produit encore de nos jours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les manufacturiers de Grande-Bretagne se mirent à fabriquer des cotonnades, ils payèrent leurs ouvriers plus que ceux-ci n&#039;avaient gagné jusqu&#039;alors. Il est vrai qu&#039;un fort pourcentage de ces nouveaux ouvriers n&#039;avaient rien gagné du tout auparavant, et qu&#039;ils étaient disposés à prendre sans discuter ce qu&#039;on leur offrait. Mais au bout de quelque temps — lorsque des capitaux neufs s&#039;accumulèrent et que des entreprises de plus en plus nombreuses se mirent sur les rangs — les taux de salaires montèrent, et le résultat fut l&#039;accroissement sans précédent de la population britannique dont je parlais tout à l&#039;heure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La malveillante représentation du capitalisme, par certaines gens qui prétendent que c&#039;est un système conçu pour enrichir les riches et appauvrir les pauvres, est fausse de bout en bout. La thèse de Marx au sujet de l&#039;avènement prochain du socialisme était fondée sur la croyance que les ouvriers étaient en train de s&#039;appauvrir, que les masses étaient de plus en plus misérables, et que finalement toute la richesse d&#039;un pays serait concentrée entre les mains d&#039;un seul homme. Et alors les multitudes de travailleurs dépouillés se révolteraient enfin, et elles exproprieraient de leurs fortunes les opulents propriétaires. Suivant cette théorie de Karl Marx, il ne peut y avoir aucune chance, aucune possibilité à l&#039;intérieur du système capitaliste, d&#039;une quelconque amélioration de la situation des ouvriers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1865, parlant devant l&#039;Internationale Ouvrière en Angleterre, Marx déclara que ceux qui croyaient que les syndicats pourraient améliorer les conditions d&#039;existence de la population ouvrière étaient « absolument dans l&#039;erreur ». La politique syndicale revendiquant de plus hauts salaires et des heures de travail moins longues était, disait-il, une politique conservatrice — l&#039;adjectif conservateur étant évidemment dans l&#039;esprit de Marx l&#039;étiquette attirant la plus catégorique condamnation. Il proposa que les syndicats s&#039;assignent eux-mêmes un nouvel objectif, un objectif révolutionnaire : il leur fallait « rompre totalement avec le système salarial », et substituer au système de la propriété privée le « socialisme » — la remise à l&#039;État de la propriété des moyens de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous considérons l&#039;histoire du monde, et en particulier l&#039;histoire de l&#039;Angleterre depuis 1865, nous constatons que Marx se trompait sur tous les points. Il n&#039;y a pas un seul pays occidental capitaliste où la situation des masses n&#039;ait été améliorée à un rythme sans précédent. Tous ces progrès des quatre-vingts ou quatre-vingt-dix années écoulées ont été réalisés en contradiction complète avec les pronostics de Marx. Car les socialistes marxistes croyaient que la situation des travailleurs ne pourrait jamais s&#039;améliorer. Ils avaient adopté une théorie erronée, la fameuse « loi d&#039;airain des salaires » — une loi qui affirmait que le salaire d&#039;un ouvrier, en régime capitaliste, ne dépasserait pas le montant nécessaire à le maintenir en vie pour servir l&#039;entreprise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Marxistes formulaient leur théorie de la façon suivante : si le taux des salaires des ouvriers monte, portant le salaire au-dessus du niveau de simple subsistance, les ouvriers auront des enfants plus nombreux ; et ces enfants, lorsqu&#039;ils entreront dans la force de travail, augmenteront le nombre des ouvriers au point de faire baisser les salaires, ramenant les travailleurs au niveau de simple subsistance — c&#039;est-à-dire permettant tout juste d&#039;éviter que la population au travail ne se mette à fondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cette idée de Marx, et de nombreux autres socialistes, conçoit l&#039;homme au travail à la façon dont les biologistes conçoivent — eux, à bon droit — les animaux dont ils étudient la vie, les souris, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si vous augmentez la quantité d&#039;aliments convenant aux organismes animaux, ou aux bactéries, le nombre des survivants augmentera. Et si vous restreignez la nourriture, vous retreindrez leur nombre. Mais l&#039;homme est différent. Même l&#039;ouvrier — en dépit du fait que les Marxistes s&#039;en aient pas tenu compte — a des besoins humains autres que de se nourrir et de se reproduire. Un relèvement du salaire réel n&#039;aboutit pas uniquement à une augmentation de la population ; sa conséquence est aussi, et surtout, une amélioration du niveau de vie moyen. C&#039;est pourquoi aujourd&#039;hui nous avons un niveau de vie plus élevé en Europe occidentale et aux États-Unis que dans les pays en développement, par exemple africains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut comprendre toutefois que ce niveau de vie plus élevé dépend des disponibilités en capitaux. Ceci explique la différence de situation entre les États-Unis et l&#039;Inde ; les méthodes de lutte contre les maladies contagieuses ont été introduites en Inde — du moins, dans une certaine mesure — et l&#039;effet en a été un accroissement sans précédent de la population ; mais comme ce surcroît de population n&#039;a pas été accompagné d&#039;un accroissement correspondant du montant des capitaux investis, le résultats a été d&#039;accroître la pauvreté. Un pays devient prospère en fonction de l&#039;augmentation du capital investi par tête de sa population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je compte, dans mes exposés suivants, avoir l&#039;occasion de revenir plus en détail sur ces problèmes afin de les rendre plus clairs, car certains termes — tels que « le capital investi par tête » — demandent une explication assez détaillée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut vous souvenir de ceci : en politique économique, il n&#039;y a pas de miracles. Vous avez pu lire dans beaucoup de journaux et entendre dans des discours qu&#039;il y a eu un prétendu « miracle allemand » — il s&#039;agissait du rétablissement de l&#039;Allemagne après sa défaite et les destructions de la Seconde Guerre Mondiale. Mais ce ne fut pas un miracle. Ce fut l&#039;application des principes de l&#039;économie libre de marché, des méthodes du capitalisme, bien qu&#039;elles n&#039;aient pas été complètement appliquées dans tous les domaines. Tout autre pays peut faire l&#039;expérience du même « miracle » de redressement économique ; cependant, je dois y insister, le rétablissement d&#039;une économie ne provient pas d&#039;un miracle ; elle a pour origine l&#039;adoption d&#039;une politique économique saine, et elle est le résultat d&#039;une politique économique saine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=Ludwig_von_Mises:Politique_%C3%A9conomique&amp;diff=114194</id>
		<title>Ludwig von Mises:Politique économique</title>
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&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le livre est paru pour la première fois en 1979, en anglais et sous le titre &#039;&#039;Economic Policy : Thought for Today and Tomorrow&#039;&#039;. Il regroupe six conférences données par Mises à Buenos Aires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Préface&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Introduction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Avant-propos&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Première leçon — Capitalisme&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Deuxième leçon — Socialisme&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Troisième leçon — Interventionnisme&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quatrième leçon — Inflation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cinquième leçon — Investissement étranger&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Sixième leçon — Politiques et idées&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Catégorie:philosophie]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : impôts sur les consommations</title>
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		<updated>2014-02-03T23:50:01Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : compagnies privilégiées et exclusives|Chapitre 7 : Atteintes portées au commerce : compagnies privilégiées et exclusives]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : variation dans les monnaies|Chapitre 9 : Atteintes portées au commerce : variation dans les monnaies]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|8. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : IMPÔTS SUR LES CONSOMMATIONS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le vrai moyen de faire contribuer tout le monde, c’était de mettre des impôts sur les consommations, et nos quatre monarques en mirent sur toutes. Ils se persuadaient que cette imposition serait d’un grand produit pour eux, et en même temps d’un poids médiocre pour leurs sujets. Car, en fait d’administration, on concilie souvent les contradictoires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais ils se trompaient, et sur le produit qui n’est pas aussi grand qu’il le paraît, et sur le poids qui est plus grand qu’on ne pense. Premièrement, le produit n’est pas aussi grand qu’il le paraît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est vrai que tout le monde étant forcé de consommer, tout le monde est forcé de payer ; et si on s’arrête à cette seule considération, on voit croître le produit en raison des consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais il faut d’abord défalquer les frais de perception ; frais qui croissent eux-mêmes en raison du nombre des compagnies, auxquelles on afferme ou on donne en régie chacun de ces impôts, et en raison du nombre des commis qu’elles ont à leurs gages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’ailleurs ces compagnies savent seules ce que chaque imposition peut produire, et elles mettent tout leur art à le cacher au gouvernement, qui lui-même ferme souvent les yeux sur les abus qu’il voit. La perception, si elle était simple, éclairerait le public, et serait moins dispendieuse : mais elles la compliquent à dessein, parce que ce n’est pas sur elles que les frais en retombent ; et il leur est d’autant plus facile de la compliquer, que la multiplicité des impôts finit par faire, de cette partie de l’administration, une science à laquelle personne ne peut rien comprendre&amp;lt;ref&amp;gt;On sait combien Sully, qui était fait pour bien voir, a eu de peine à débrouiller ce chaos.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà donc une grande partie du produit qui se dissipe nécessairement ; et ce qu’on peut supposer de plus avantageux pour le monarque, c’est qu’il lui en revienne environ la moitié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais il se trompe encore, s’il croit que son revenu est augmenté de cette moitié&amp;lt;ref&amp;gt;Il y a des écrivains qui prétendent que, pour qu&#039;il entre un million dans les coffres du roi, il faut que les sujets en paient trois. Je ne suis point en état de faire des calculs précis sur cette matière.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les impôts, multipliés comme les consommations, ont tout renchéri pour lui comme pour ses sujets ; et ce renchérissement porte sur toutes ses dépenses, puisqu’il a fait hausser le prix de la main-d’œuvre en tout genre d’ouvrages. Quand on supposerait son revenu augmenté d’un tiers, il n’en sera pas plus riche, si ce qu’il payait une once d’argent, il le paie désormais une once et demie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il croit ne mettre l’impôt que sur ses sujets, et il le met sur lui-même. Il en paie sa part, et cette part est d’autant plus grande, qu’il est obligé à de plus grandes dépenses. Cet impôt n’est pour l’industrie qui consomme, qu’une avance à laquelle on la contraint. à son tour, elle fait la loi, et elle force le souverain même à la rembourser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les matières premières, qu’on travaille dans les manufactures, passent par bien des artisans et par bien des marchands, avant d’arriver aux consommateurs ; et à chaque artisan, à chaque marchand, elles prennent un accroissement de prix, parce qu’il faut remplacer successivement les taxes qui ont été payées. Ainsi on croit ne payer que le dernier impôt, mis sur la marchandise qu’on achète, et cependant on en rembourse encore beaucoup d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je ne chercherai point, par des calculs, le résultat de ces accroissements ; un anglais l’a fait&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez &#039;&#039;Remarques sur les avantages et les désavantages de la France et de la grande-Bretagne, par rapport au commerce&#039;&#039;, p. 394, où l&#039;ouvrage anglais est cité.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il me suffit de faire comprendre combien les taxes, mises sur les consommations, augmentent nécessairement le prix de toutes choses ; et que par conséquent les revenus du roi ne croissent pas en raison du produit qu’elles versent dans ses coffres. Voyons si elles sont onéreuses pour les peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le gouvernement ne le soupçonnait pas. Il supposait que chacun peut à son gré mettre à sa consommation telles bornes qu’il juge à propos ; et il en concluait qu’on ne paierait jamais que ce qu’on voudrait bien payer. Cette imposition, selon lui, ne faisait violence à personne. Pouvait-on en imaginer une moins pesante ? Elle laissait une entière liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le gouvernement, qui raisonnait ainsi, ne considérait sans doute, pour sujets, que les gens riches qui, à la cour, ou dans la capitale, consommaient avec profusion ; et je conviens avec lui que ces gens-là étaient maîtres de diminuer sur leurs consommations, et qu’il aurait été à désirer qu’ils eussent usé de la liberté qu’on leur laissait. Je conviens encore que tous ceux qui vivaient dans l’aisance, pouvaient aussi user de cette liberté, qui ne l’est que de nom, puisque dans le vrai on est contraint à se priver de ce qui est devenu nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les sujets, qui ne gagnent, au jour le jour, que de quoi subsister et faire subsister leur famille, sont-ils libres de retrancher sur leurs consommations ? Voilà cependant le plus grand nombre, et le gouvernement ignore peut-être que, dans ce nombre, il y en a beaucoup qui ont à peine du pain : car je ne parle pas de ceux qui sont à la mendicité, et dont plusieurs n’y ont été réduits que par les fautes du gouvernement même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais je veux que tout le monde soit libre de retrancher sur ses consommations : quels seront les effets de cette prétendue liberté ?&lt;br /&gt;
	Le monarque, je le suppose, sera le premier à donner l’exemple. On lui proposera des retranchements, et tôt ou tard ce sera pour lui une nécessité d’en faire ; parce que, dans le haut prix où tout est monté, ses revenus ne suffisent plus à ses dépenses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je pourrais déjà remarquer que ces retranchements sont un mal : car ils sont pris sur le laboureur, sur l’artisan et sur le marchand, qui ne vendront plus la même quantité de marchandises. L’agriculture, par conséquent, et le commerce en souffriront. Mais continuons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose à la cour et dans la capitale de pareils retranchements : j’en suppose encore de pareils dans les autres villes ; et de proche en proche, j’arrive jusqu’au laboureur, qui n’ayant pas un superflu sur lequel il en puisse faire, en fait sur le nombre de ses bestiaux, de ses chevaux, de ses charrues. Le dernier terme de ces retranchements est donc évidemment au détriment de l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Veut-on les observer sous un autre point de vue ? Je dirai : les gens aisés feront moins d’habits. Par conséquent, il se vendra moins de draps chez les marchands, il s’en fera moins chez les fabricants, et dans les campagnes on élèvera moins de moutons. Ainsi, quand nous suivrons ces retranchements dans tous les genres de consommation, nous trouverons, pour résultat, la ruine de plusieurs manufactures dans les villes, et la ruine de l’agriculture dans les campagnes. Alors une multitude de citoyens, qui auparavant trouvaient du travail, en demanderont souvent inutilement. Ceux qui n’en trouveront pas, mendieront ou voleront ; et ceux qui en trouveront, forcés à se donner au rabais, subsisteront misérablement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans cet état des choses, le souverain, qui ne comprend pas pourquoi ses revenus diminuent, double les impôts, et ses revenus diminuent encore. C’est ainsi que, par les retranchements auxquels il ne se lasse point de forcer coup sur coup ses sujets, il achève enfin de ruiner les arts et l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je ne m’arrête pas à faire voir les gênes que mettent au commerce les visites qu’on fait aux portes des villes ; les formalités qui sont nécessaires pour estimer les marchandises, les discussions et les procès auxquels ces formalités donnent fréquemment lieu ; les vexations des commis qui souvent ne cherchent que des prétextes pour faire des frais ; les dommages que reçoivent les marchands, lorsque, forcés de laisser leurs marchandises à la douane, ils perdent le moment favorable à la vente. Je pourrais remarquer encore que les droits, qu’on met sur l’entrée et sur la sortie, sont nécessairement arbitraires et inégalement répartis. Une pièce de vin, par exemple, qui ne vaut que dix onces d’argent, paiera autant qu’une pièce qui en vaut cinquante ; et, pour l’une comme pour l’autre, cette taxe sera la même dans une année de disette et dans une année d’abondance, c’est-à-dire, lorsqu’elles auront chacune changé de prix. Mais, sans répéter des lieux communs déjà répétés tant de fois et toujours inutilement, c’est assez d’avoir démontré que les impôts sur les consommations sont les plus funestes de tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
---------------------&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : compagnies privilégiées et exclusives|Chapitre 7 : Atteintes portées au commerce : compagnies privilégiées et exclusives]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : variation dans les monnaies|Chapitre 9 : Atteintes portées au commerce : variation dans les monnaies]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_De_l%27imp%C3%B4t,_source_des_revenus_publics&amp;diff=114174</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De l&#039;impôt, source des revenus publics</title>
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		<updated>2014-02-03T23:00:15Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du luxe|Chapitre 27 : Du luxe]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Des richesses respectives des nations|Chapitre 29 : Des richesses respectives des nations]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|28. DE L&#039;IMPÔT, SOURCE DES REVENUS PUBLICS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En considérant comment les richesses se produisent, se distribuent et se conservent, nous avons vu que le commerce a besoin d’une puissance qui le protège. J’appelle revenus publics ou de l’État les revenus qu’on accorde à cette puissance. Il s’agit de savoir pourquoi et par qui ils doivent être payés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Une société civile est fondée sur un contrat, exprès ou tacite, par lequel tous les citoyens s’engagent, chacun pour leur part, à contribuer à l’avantage commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En général, pour contribuer à cet avantage, il suffit d’être utile ; et on le sera, toutes les fois qu’on aura un état, et qu’on en remplira les devoirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette manière de contribuer est une obligation que tous les citoyens, sans exception, ont contractée en se réunissant en corps de société.&lt;br /&gt;
	Un homme inutile n’est donc pas un citoyen. À charge à la société, il ne fait rien pour elle : elle ne lui doit rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais il ne suffit pas toujours d’avoir un état et d’en remplir les devoirs. Dans le gouvernement de toute société civile, il y a des dépenses publiques, nécessaires, indispensables, et auxquelles, par conséquent, les citoyens doivent contribuer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ils ne le peuvent qu’en deux manières ; l’une en travaillant eux-mêmes aux ouvrages publics, l’autre en fournissant la subsistance à ceux qui travaillent. Or, comme cette subsistance et ce travail peuvent s’évaluer en argent, nous réduirons, pour plus de simplicité, à une contribution faite en argent ces deux manières de contribuer. Une pareille contribution, si elle est réglée par la nation même, se nomme subside ou don gratuit, et on le nomme impôt, si elle est imposée par le gouvernement. On demande qui doit payer les subsides ou impôts ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’y a en général que deux classes de citoyens : celle des propriétaires, à qui toutes les terres et toutes les productions appartiennent, et celle des salariés, qui, n’ayant ni terres, ni productions en propre, subsistent avec les salaires dûs à leur travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La première peut facilement contribuer, parce que, toutes les productions étant à elle, si elle n’a pas tout l’argent, elle a plus que l’équivalent&amp;lt;ref&amp;gt;Il faut se souvenir que, quelque quantité d&#039;argent qu&#039;il y ait chez une nation, il ne peut jamais avoir une valeur égale à la valeur de toutes les productions.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et que d’ailleurs il passe entièrement par ses mains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La seconde ne le saurait. Elle ne peut pas fournir la subsistance à ceux qui travaillent, puisqu’elle n’a point de productions en propre. Elle ne peut pas leur donner l’argent dont ils ont besoin pour acheter cette subsistance, puisqu’elle n’a pour tout argent que son salaire, et que ce salaire, réduit au plus bas par la concurrence, n’est précisément que ce qu’il lui faut pour subsister elle-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Représentons-nous des peuples qui n’ont aucun de nos préjugés, des peuples tels que ceux que j’ ai supposés : la première idée qui s’offrira à eux serait-elle de dire : Il faut que ceux qui n’ont rien contribuent aux dépenses publiques comme ceux qui ont quelque chose ; ou autrement, il faut que ceux qui n’ont que des bras et de l’industrie pour tout avoir, contribuent aux dépenses publiques avec un argent qu’ils n’ont pas. Or la classe salariée ne gagnant que l’argent nécessaire à sa subsistance, mettre un impôt sur elle, c’est vouloir qu’elle paie avec un argent qu’elle n’a pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les impôts sur l’industrie nous paraissent raisonnables et justes, parce que, sans avoir approfondi les choses, sans même y avoir pensé, nous les jugeons raisonnables et justes toutes les fois qu’elles sont dans l’ordre que nous trouvons établi. Cependant cet ordre n’est souvent qu’un abus. Notre conduite le prouve, lors même que nous n’en voulons pas convenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En effet, si nous allons chez des marchands sur qui on a mis une nouvelle imposition, nous ne serons pas étonnés qu’ils veuillent vendre à plus haut prix. Nous jugerons même qu’ils sont fondés en raison, et nous paierons le prix qu’ils exigent. Nous sommes donc en contradiction avec nous-mêmes ; nous voulons que les marchands contribuent aux dépenses publiques, et, quand ils ont contribué, nous voulons les rembourser. Ne serait-il pas plus simple de nous charger nous-mêmes de toutes ces dépenses ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais il y a des marchands et des artisans qui s’enrichissent. Voilà sans doute ce qui entretient notre préjugé. Eh bien ! qu’on les fasse contribuer, ils se feront rembourser. Il est donc impossible qu’ils contribuent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On dira sans doute que, dans la nécessité où ils sont de vendre, ils ne se feront pas toujours rembourser dans la proportion des impositions ; et que, par conséquent, ils en porteront une partie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cela peut être : mais il faut remarquer que la partie dont ils resteront chargés sera prise sur leur salaire, et que par conséquent ils seront réduits à consommer moins qu’ils n’auraient fait. Voilà donc, dans un État tel que la France, plusieurs millions de citoyens qui sont forces à retrancher sur leurs consommations. Or je demande si les terres rapporteront le même revenu lorsqu’on vendra une moindre quantité de productions à plusieurs millions de citoyens. Soit donc que les salariés se fassent rembourser en entier, ou ne se fassent rembourser qu’en partie, il est démontré que, dans un cas comme dans l’autre, l’impôt qu’on met sur eux retombe également sur les propriétaires. En effet, il faut bien que les propriétaires paient pour les salariés, puisque ce sont les propriétaires qui paient les salaires. En un mot, de quelque façon qu’on s’y prenne, il faut qu’ils paient tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ou le pays qu’une nation habite fournit abondamment tout ce qui est nécessaire aux besoins des citoyens, ou il n’en fournit qu’une partie, quelque soin qu’on donne à la culture des terres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le premier cas, la nation, riche par son sol, se suffit à elle-même. Mais les productions, qui font toute sa richesse, appartiennent entièrement et uniquement aux propriétaires des terres. Cette classe peut donc seule faire toutes les dépenses publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le second cas, cette nation sera, je suppose, sur des côtes peu fertiles, dont le produit ne suffira qu’à la subsistance de la dixième partie de ses citoyens. Condamnée par son sol à la pauvreté, elle ne peut être riche qu’autant qu’elle s’appropriera les productions qui croissent sur un sol étranger. Or elle s’en appropriera par son industrie, ou plutôt elle ne s’est accrue par degrés que parce qu’elle s’en est approprié peu-à-peu. Elle fait le trafic. C’est par elle que les peuples, qui ne commercent pas immédiatement et par eux-mêmes, font l’échange de leur surabondant ; et elle trouve, dans les profits qu’elle fait sur les uns et sur les autres, les productions dont elle a besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Riche uniquement par son industrie, elle n’a qu’une richesse précaire qui lui sera enlevée aussitôt que les autres peuples voudront faire par eux-mêmes leurs échanges. Elle se dépeuplera donc à mesure qu’elle perdra son trafic ; et, lorsqu’elle l’aura tout-à-fait perdu, elle se trouvera réduite à la dixième partie de ses citoyens, puisque nous supposons qu’elle n’a, dans le produit de son sol, que de quoi faire subsister cette dixième partie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, tant que son commerce est florissant, les neuf dixièmes des richesses de cette nation, ou des productions qu’elle consomme, appartiennent à la classe marchande, qui les a acquis, par son travail et par son industrie, sur les peuples étrangers. Si cette classe ne payait pas de subsides, ceux qui seraient payés par les propriétaires ne suffiraient pas aux dépenses publiques. Il faut donc qu’elle contribue pour neuf dixièmes, lorsque les propriétaires contribueront pour un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant, lorsque cette classe paie neuf dixièmes, c’est qu’elle les fait payer aux peuples dont elle est commissionnaire ; et, par conséquent, les dépenses publiques d’une nation marchande sont payées, pour la plus grande partie, par des propriétaires | des terres dans les pays étrangers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette nation fait fort bien d’exiger des subsides de ses trafiquants, puisqu’elle n’a pas d’autre moyen de fournir aux dépenses publiques. Elle fait d’autant mieux, que ce ne sont pas ses propriétaires qui paient pour ses trafiquants : ce sont les propriétaires des autres nations. C’est sur eux proprement qu’elle fait retomber les impôts : c’est avec leurs productions qu’elle subsiste ; et elle met à contribution tous les peuples pour qui elle fait le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Telle est à-peu-près la situation de la Hollande. Ainsi, parce que, dans cette république, l’industrie paie des subsides, il n’en faudrait pas conclure qu’elle doive, en France, payer des impôts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, dira-t on, est-ce qu’il ne peut pas y avoir en France, comme en Hollande, des trafiquants qui mettent à contribution les propriétaires des nations étrangères ? Il y aura donc, pour la France, le même avantage que pour la Hollande, à imposer ses trafiquants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je réponds qu’en France les trafiquants commenceront par mettre à contribution les propriétaires nationaux : c’est à ces propriétaires qu’ils feront payer la plus grande partie de l’impôt mis sur l’industrie ; et, par conséquent, ils ne le paieront pas eux-mêmes. J’avoue que quelques-uns en feront payer une partie aux propriétaires étrangers, mais cet avantage ne serait pas une raison pour imposer les trafiquants Français.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si la Hollande impose ses trafiquants, ce n’est pas parce qu’elle y trouve l’avantage de mettre à contribution les nations étrangères, c’est parce qu’elle ne peut pas faire autrement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En effet, on conviendra que cette république aurait un commerce bien plus florissant si elle pouvait exempter de toute taxe ceux qui le font. Elle ne le peut pas : elle est forcée à exiger des subsides de la part de ses trafiquants. Elle y est forcée par sa constitution même, qui est une suite nécessaire de sa position : en un mot, elle y est forcée, parce que les subsides, s’ils n’étaient pris que sur les terres, ne suffiraient pas aux dépenses publiques. L’impôt sur l’industrie est donc chez elle un vice inhérent à la constitution de l’État, et il faut qu’elle subsiste avec ce vice. Tel est le sort d’une nation qui n’a qu’une richesse précaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais la France n’est pas forcée à mettre des impôts sur l’industrie : la France, dis-je, où la classe des propriétaires a toutes les richesses, et des richesses qui seraient bien surabondantes si les terres étaient mieux cultivées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La France est riche en productions, et le surabondant de ces productions est le fonds avec lequel ses marchands font le commerce. Ils exportent ce surabondant qui nous serait inutile : ils l’échangent, et, en nous apportant des productions utiles, ils augmentent la masse de nos richesses. Mettons des impôts sur nos trafiquants, ils vendront à plus haut prix le surabondant qu’ils exporteront, ils en vendront moins, par conséquent, et ils nous rapporteront, en échange, une moindre quantité de marchandises étrangères, dont le prix haussera pour nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors nous serons moins riches, parce que le surabondant, qui cessera de se consommer, cessera de se reproduire, et que nous serons privés des richesses qu’il nous aurait procurées par des échanges.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’impôt sur l’industrie, toujours illusoire, puisque, dans toutes les suppositions, il retombe toujours sur les propriétaires, est donc un vice qui ne doit être souffert que lorsqu’il tient à la constitution même, et qu’il ne peut être extirpé. Il diminue nécessairement la consommation ; et, en diminuant la consommation, il empêche la reproduction. Il tend donc à détériorer l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
---------------------&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du luxe|Chapitre 27 : Du luxe]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Des richesses respectives des nations|Chapitre 29 : Des richesses respectives des nations]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De la circulation des blés</title>
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		<updated>2014-02-03T22:28:52Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du monopole|Chapitre 21 : Du monopole]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Le blé considéré comme mesure des valeurs|Chapitre 23 : Le blé considéré comme mesure des valeurs]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|22. DE LA CIRCULATION DES BLÉS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque, n’ayant pas de quoi attendre une seconde récolte, on n’a du blé, par exemple, que pour neuf mois, on est menacé d’en manquer, s’il n’en arrive pas ; et il renchérit d’autant plus qu’on espère moins d’en voir arriver. Ce renchérissement, qui le fait hausser au-dessus du vrai prix, devient cherté. On crie donc à la disette, non qu’on manque totalement de blé, mais parce qu’on est menacé d’en manquer, et que ceux qui ne peuvent pas le payer au prix où il est en manquent déjà.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette disette réelle, si en effet il n’y a pas assez de blé, n’est qu’une disette d’opinion, lorsque le blé, qui ne manque pas dans les greniers, manque seulement dans les marchés. C’est ce qui arrive quand il y a monopole. Les monopoleurs retardent de le mettre en vente, afin de trouver, dans un plus grand renchérissement, un plus grand bénéfice. Leur cupidité alarme le peuple : la disette d’opinion croît, et le blé monte à un prix excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand la disette est réelle, nous n’avons de secours à attendre que des étrangers : il faut qu’ils nous en apportent autant qu’il nous en manque.&lt;br /&gt;
	Si elle n’est que dans l’opinion, il suffira qu’ils nous en montrent. Au bruit seul qu’il en arrive, les marchands, qui voudront profiter du moment où il est encore à un prix haut, se hâteront de le mettre en vente, et, par conséquent, ils en feront bientôt baisser le prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans la surabondance même, il y aurait cherté et apparence de disette, si ceux qui ont les blés s’obstinaient à les garder dans leurs greniers, ou à n’en mettre en vente qu’une quantité qui ne suffirait pas à la consommation journalière ; et, dans la plus grande rareté, il y aurait bon marché et apparence de surabondance, si on les forçait à mettre en vente tous leurs blés à-la-fois, ou seulement une quantité plus que suffisante à la consommation journalière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le premier cas, le peuple souffrirait comme dans une disette réelle ; et, dans le second, les cultivateurs et les marchands seraient lésés.&lt;br /&gt;
	Il serait donc également nuisible de mettre en vente tout-à-la-fois une quantité de blé qui doit servir à la subsistance de plusieurs mois, ou de n’en mettre en vente à chaque fois qu’une quantité qui ne suffirait pas à la subsistance d’un marché à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est donc peu-à-peu que le blé doit sortir des greniers. Il suffit qu’on en livre autant qu’on en demande, et que la vente se fasse dans la proportion du besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les cultivateurs, pour le vendre cher, voudraient qu’il fût rare dans les marchés ; et le peuple, pour l’acheter à bon marché, voudrait qu’il y fût surabondant. Cependant, dans l’un et l’autre cas, il y aurait lésion de part ou d’autre, et même des deux côtés à-la-fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est vrai que, lorsque le cultivateur vend cher, il fait un plus grand bénéfice sur ce qu’il vend : mais il vend en moindre quantité, parce qu’il force le peuple à vivre de châtaignes, de pommes de terre, de racines, etc. Il l’accoutume donc à consommer moins de blé ; et, en faisant diminuer la consommation, il fait diminuer ses ventes pour les années suivantes, et par conséquent ses revenus. Que sera-ce si le peuple s’ameute et pille les greniers ? Le cultivateur, qui veut vendre cher, est donc la victime de sa cupidité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple ne se trompe pas moins lorsqu’il veut acheter bon marché. Il est vrai qu’il y trouve d’abord un avantage momentané. Mais nous avons vu que le bon marché est toujours suivi d’une cherté où le peuple manque de pain, et ne peut pas même travailler pour en gagner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La lésion que le cultivateur et le peuple se font tour-à-tour, par la cherté et par le bon marché, retombe donc, par contrecoup, sur tous les deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Par conséquent, il importe que le blé ne se mette en vente, ni en trop grande quantité, ni en trop petite, puisqu’il importe qu’il ne soit ni cher, ni bon marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, parce qu’on en consomme toujours, il importe qu’il y en ait toujours en vente autant qu’on a besoin d’en consommer ; et c’est alors qu’il sera à son vrai prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le blé ne croît pas également partout. Il ne s’en produit pas un épi dans les villes, où il s’en fait la plus grande consommation. On n’y sait pas même comment il se produit ailleurs ; et voilà pourquoi on y raisonne communément si mal sur le commerce des blés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quoi qu’il en soit, pour que les blés soient en vente toujours et partout en quantité suffisante, il faut que des lieux où ils surabondent ils ne cessent de se verser dans les lieux où ils manquent ; ce qui ne peut se faire que par un mouvement prompt et jamais interrompu : prompt, dis-je, et jamais interrompu, parce que tous les jours les consommateurs en ont le même besoin. Ce mouvement est ce que j’appelle circulation des blés.&lt;br /&gt;
	Le versement se fait de proche en proche ou à distance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	De proche en proche, lorsqu’on porte le blé dans les marchés, et qu’il passe successivement de l’un dans l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces marchés, qui sont autant de débouchés, ne sauraient trop se multiplier. Il faut qu’il y en ait de tous côtés, et qu’ils soient dans les lieux les plus commodes pour les vendeurs, comme pour les acheteurs. Ils devraient être à leur choix, sans droits, sans gênes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le versement se fait à distance lorsque dans une province, on fait des envois de blé pour une autre, ou lorsqu’on en porte chez l’étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pour avoir ces débouchés, il faut des chemins, des canaux, des rivières navigables et une marine marchande, point de péages, point de douanes, aucune espèce de droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà la route tracée à la circulation : observons comment elle doit se faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les soins de la culture ne permettent pas toujours à un fermier de vendre ses grains aux marchés même les plus voisins. En effet, dans un jour favorable aux labours, aux ensemencements, à la récolte, quittera-t-il ses champs au hasard de ne plus retrouver un jour aussi favorable ? Or, s’il ne peut pas toujours porter lui-même ses blés dans le marché voisin, il peut encore moins entreprendre de les porter dans les marchés éloignés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut donc qu’il s’établisse des marchands qui achètent du fermier pour revendre au consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces marchands sont des hommes que l’expérience a formés. Ils ne réussiront dans leur commerce qu’autant qu’ils s’en seront occupés uniquement, et qu’ils auront acquis un nombre de connaissances qui ne s’acquièrent qu’avec le temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut qu’ils connaissent la qualité des blés pour n’être pas trompés sur le choix ; qu’ils aient appris à les voiturer au meilleur compte possible ; qu’ils sachent apprécier le déchet, les frais de transport, et tous les risques à courir ; qu’ils jugent d’où il peut arriver des blés dans les lieux où ils se proposent d’en porter, et qu’ils prévoient quand ils y arriveront. Car les marchands, qui se montreront les premiers, sont seuls assurés de vendre avec bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut donc encore, dans le cas où l’on aurait fait de fausses spéculations, s’être préparé d’autres débouchés, et savoir où l’on portera ses grains, pour n’être pas forcé de les vendre à perte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parce qu’on ne peut pas tout voir par soi-même, et qu’on le peut d’autant moins qu’en entreprendra un commerce plus étendu et plus au loin, il faudra avoir des correspondants intelligents, attentifs, dont la capacité soit reconnue : autrement un faux avis engagerait dans des entreprises ruineuses. Il n’est pas moins nécessaire de s’assurer de l’exactitude et de la fidélité de tous ceux à qui on confie la garde ou la vente de ses blés ; et il faut avoir des hommes habitués à les voiturer, et sur qui on puisse également compter. C’est par le concours d’une multitude d’agents, toujours en mouvement, que se fait la circulation des blés. Le peuple des villes est bien loin de l’imaginer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est à propos de distinguer deux sortes de marchands de blé. Les uns sont des négociants qui, faisant ce commerce en grand, entreprennent d’approvisionner des provinces éloignées, soit au-dedans, soit au-dehors du royaume. Les autres sont de petits marchands qui, le faisant en détail dans un lieu circonscrit, paraissent se borner à l’approvisionnement d’un canton. C’est par ceux-ci surtout que le commerce se fait de proche en proche. On les nomme Blatiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Aux négociants il faut de grands magasins dans plus d`un lieu, beaucoup de valets pour garder leurs blés, des correspondants ou associés partout, et des voituriers en quelque sorte sur tous les chemins. Il est évident que, s’ils peuvent faire de grands profits, ils courent aussi de grands risques. Plus leur commerce est étendu, plus ils ont de spéculations à faire, et plus aussi le succès de leur entreprise est incertain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ayant fait de grandes avances, ils veulent faire de gros bénéfices. Aussi ne se pressent-ils pas de vendre. Ils épient le moment. Mais, parce que le blé est une denrée qu’on ne peut garder longtemps sans beaucoup de frais, qu’il y a un déchet toujours plus grand à le garder, et toujours plus de risques à courir, si l’occasion d’un gros bénéfice se fait trop attendre, ils sont obligés de se contenter d’un moindre. Alors ils se forcent la main, et ils servent le public malgré eux. Ils n’auront pas besoin d’une longue expérience pour apprendre qu’il est de leur intérêt de vendre toutes les fois qu’ils trouvent, dans la vente, tous leurs frais et un bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les blatiers achètent des fermiers pour revendre. À peine ont-ils besoin d’un magasin. S’ils en ont un, la garde n’en est pas dispendieuse ; et ils ont peu de déchet à craindre, parce qu’ils le vident presque aussitôt qu’ils l’ont rempli. Un valet leur suffit. Il ne leur faut qu’un âne ou un mulet pour voiturer leurs grains ; et ils n’ont pas besoin de correspondants, parce qu’ils font leur commerce dans un petit canton où ils sont habitués.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il y a pour eux moins d’avances que pour les grands négociants, moins de frais, moins de risques, et ils se contentent d’un moindre bénéfice ; toujours pressés de se le procurer, parce qu’ils ne sont pas assez riches pour hasarder d’en attendre un plus grand. Leur intérêt est de vendre promptement, afin de racheter pour revendre. Ils ont besoin, pour subsister, que des achats et des ventes répétées fassent continuellement repasser par leurs mains leurs premières avances avec le bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La circulation des blés se fait donc par un grand nombre de négociants, et par un plus grand nombre de blatiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si nous avons besoin de blé, tous ces marchands n’ont pas moins besoin d’en vendre. Nous n’en manquerons donc pas si la plus grande liberté donne lieu à la plus grande concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Supposons qu’un riche négociant achète ou arrhe tous les blés d’une province dans le dessein d’y mettre la cherté, il causera sans doute un renchérissement, mais un renchérissement momentané. Car aussitôt, de toutes les provinces voisines, les blés reflueront, et le négociant, trompé dans son attente, se verra forcé, par un grand nombre de concurrents, à baisser le prix de ses blés. Il ne sera donc pas tenté de répéter cette opération. Il n’y aurait, dans ce monopole, que des risques et des pertes. Un négociant habile n’en fera pas l’essai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Au lieu de songer à mettre la cherté dans un pays abondant en grains, et où, par conséquent, elle ne pourra passe maintenir, un négociant a un moyen plus simple et plus sûr pour faire le commerce de ses blés avec avantage : c’est de les envoyer partout où la cherté est une suite naturelle de la disette. Qu’il ait les yeux ouverts sur toute l’Europe, qu’il soit toujours prêt à faire des envois : s’il est bien informé de l’état des récoltes, ou seulement de l’opinion qu’on en a chez chaque nation, il pourra d’avance prévoir dans quels lieux les prix hausseront, et prendre ses mesures pour y faire ses envois à propos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est ainsi, lorsque le commerce est parfaitement libre, qu’une multitude de marchands veillent sur les besoins de tous les peuples. Reposons-nous-en donc sur l’intérêt qu’ils ont à ne pas nous laisser manquer de blé : laissons-les faire, et nous n’en manquerons pas. Puisqu’il y a toujours quelque part des chertés naturelles qui leur offrent un bénéfice sûr, pourquoi s’occuperaient-ils des moyens d’en causer d’artificielles qui ne leur assureraient pas le même bénéfice ? Plus nous les jugeons intéressés, plus nous devons croire qu’ils sont éclairés sur leurs intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mus donc par cet intérêt, les marchands, grands et petits, multipliés en raison de nos besoins, feront circuler les blés, les mettront partout au niveau, partout au vrai prix, et chacun sera entraîné par le mouvement général, qu’il ne pourra ni ralentir, ni précipiter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le monopole, dira-t-on, serait donc impossible. Sans doute il le serait dans le cas où le commerce des blés jouirait d’une liberté pleine, entière et permanente. Or c’est dans cette supposition que je viens d’observer la circulation des blés. Nous verrons ailleurs comment le monopole ne deviendra que trop facile&amp;lt;ref&amp;gt;Je m&#039;aperçois souvent qu&#039;on peut me faire bien des difficultés. Elles se présentent en foule dans le sujet compliqué que je traite, et que je cherche surtout à simplifier. Je voudrais pouvoir répondre à toutes à la fois; mais cela n&#039;est pas possible. Il faut, pour me faire entendre, que je me traîne de proposition en proposition ; car, enfin, si on ne m&#039;entendait pas, j&#039;aurais tort d&#039;écrire. Heureusement mon lecteur ne peut pas m&#039;interrompre , quelque envie qu&#039;il en ait. Il faut nécessairement qu&#039;il laisse mon livre, ou qu&#039;il attende ma réponse à ses difficultés. Je ne me flatte pas cependant de répondre à toutes ; car il pourrait m&#039;en faire de bien étranges.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
---------------------&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du monopole|Chapitre 21 : Du monopole]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Le blé considéré comme mesure des valeurs|Chapitre 23 : Le blé considéré comme mesure des valeurs]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_De_la_circulation_des_bl%C3%A9s&amp;diff=114172</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De la circulation des blés</title>
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		<updated>2014-02-03T22:28:30Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du monopole|Chapitre 21 : Du monopole]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Le blé considéré comme mesure des valeurs|Chapitre 23 : Le blé considéré comme mesure des valeurs]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|22. DE LA CIRCULATION DES BLÉS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque, n’ayant pas de quoi attendre une seconde récolte, on n’a du blé, par exemple, que pour neuf mois, on est menacé d’en manquer, s’il n’en arrive pas ; et il renchérit d’autant plus qu’on espère moins d’en voir arriver. Ce renchérissement, qui le fait hausser au-dessus du vrai prix, devient cherté. On crie donc à la disette, non qu’on manque totalement de blé, mais parce qu’on est menacé d’en manquer, et que ceux qui ne peuvent pas le payer au prix où il est en manquent déjà.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette disette réelle, si en effet il n’y a pas assez de blé, n’est qu’une disette d’opinion, lorsque le blé, qui ne manque pas dans les greniers, manque seulement dans les marchés. C’est ce qui arrive quand il y a monopole. Les monopoleurs retardent de le mettre en vente, afin de trouver, dans un plus grand renchérissement, un plus grand bénéfice. Leur cupidité alarme le peuple : la disette d’opinion croît, et le blé monte à un prix excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand la disette est réelle, nous n’avons de secours à attendre que des étrangers : il faut qu’ils nous en apportent autant qu’il nous en manque.&lt;br /&gt;
	Si elle n’est que dans l’opinion, il suffira qu’ils nous en montrent. Au bruit seul qu’il en arrive, les marchands, qui voudront profiter du moment où il est encore à un prix haut, se hâteront de le mettre en vente, et, par conséquent, ils en feront bientôt baisser le prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans la surabondance même, il y aurait cherté et apparence de disette, si ceux qui ont les blés s’obstinaient à les garder dans leurs greniers, ou à n’en mettre en vente qu’une quantité qui ne suffirait pas à la consommation journalière ; et, dans la plus grande rareté, il y aurait bon marché et apparence de surabondance, si on les forçait à mettre en vente tous leurs blés à-la-fois, ou seulement une quantité plus que suffisante à la consommation journalière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le premier cas, le peuple souffrirait comme dans une disette réelle ; et, dans le second, les cultivateurs et les marchands seraient lésés.&lt;br /&gt;
	Il serait donc également nuisible de mettre en vente tout-à-la-fois une quantité de blé qui doit servir à la subsistance de plusieurs mois, ou de n’en mettre en vente à chaque fois qu’une quantité qui ne suffirait pas à la subsistance d’un marché à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est donc peu-à-peu que le blé doit sortir des greniers. Il suffit qu’on en livre autant qu’on en demande, et que la vente se fasse dans la proportion du besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les cultivateurs, pour le vendre cher, voudraient qu’il fût rare dans les marchés ; et le peuple, pour l’acheter à bon marché, voudrait qu’il y fût surabondant. Cependant, dans l’un et l’autre cas, il y aurait lésion de part ou d’autre, et même des deux côtés à-la-fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est vrai que, lorsque le cultivateur vend cher, il fait un plus grand bénéfice sur ce qu’il vend : mais il vend en moindre quantité, parce qu’il force le peuple à vivre de châtaignes, de pommes de terre, de racines, etc. Il l’accoutume donc à consommer moins de blé ; et, en faisant diminuer la consommation, il fait diminuer ses ventes pour les années suivantes, et par conséquent ses revenus. Que sera-ce si le peuple s’ameute et pille les greniers ? Le cultivateur, qui veut vendre cher, est donc la victime de sa cupidité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple ne se trompe pas moins lorsqu’il veut acheter bon marché. Il est vrai qu’il y trouve d’abord un avantage momentané. Mais nous avons vu que le bon marché est toujours suivi d’une cherté où le peuple manque de pain, et ne peut pas même travailler pour en gagner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La lésion que le cultivateur et le peuple se font tour-à-tour, par la cherté et par le bon marché, retombe donc, par contrecoup, sur tous les deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Par conséquent, il importe que le blé ne se mette en vente, ni en trop grande quantité, ni en trop petite, puisqu’il importe qu’il ne soit ni cher, ni bon marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, parce qu’on en consomme toujours, il importe qu’il y en ait toujours en vente autant qu’on a besoin d’en consommer ; et c’est alors qu’il sera à son vrai prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le blé ne croît pas également partout. Il ne s’en produit pas un épi dans les villes, où il s’en fait la plus grande consommation. On n’y sait pas même comment il se produit ailleurs ; et voilà pourquoi on y raisonne communément si mal sur le commerce des blés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quoi qu’il en soit, pour que les blés soient en vente toujours et partout en quantité suffisante, il faut que des lieux où ils surabondent ils ne cessent de se verser dans les lieux où ils manquent ; ce qui ne peut se faire que par un mouvement prompt et jamais interrompu : prompt, dis-je, et jamais interrompu, parce que tous les jours les consommateurs en ont le même besoin. Ce mouvement est ce que j’appelle circulation des blés.&lt;br /&gt;
	Le versement se fait de proche en proche ou à distance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	De proche en proche, lorsqu’on porte le blé dans les marchés, et qu’il passe successivement de l’un dans l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces marchés, qui sont autant de débouchés, ne sauraient trop se multiplier. Il faut qu’il y en ait de tous côtés, et qu’ils soient dans les lieux les plus commodes pour les vendeurs, comme pour les acheteurs. Ils devraient être à leur choix, sans droits, sans gênes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le versement se fait à distance lorsque dans une province, on fait des envois de blé pour une autre, ou lorsqu’on en porte chez l’étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pour avoir ces débouchés, il faut des chemins, des canaux, des rivières navigables et une marine marchande, point de péages, point de douanes, aucune espèce de droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà la route tracée à la circulation : observons comment elle doit se faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les soins de la culture ne permettent pas toujours à un fermier de vendre ses grains aux marchés même les plus voisins. En effet, dans un jour favorable aux labours, aux ensemencements, à la récolte, quittera-t-il ses champs au hasard de ne plus retrouver un jour aussi favorable ? Or, s’il ne peut pas toujours porter lui-même ses blés dans le marché voisin, il peut encore moins entreprendre de les porter dans les marchés éloignés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut donc qu’il s’établisse des marchands qui achètent du fermier pour revendre au consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces marchands sont des hommes que l’expérience a formés. Ils ne réussiront dans leur commerce qu’autant qu’ils s’en seront occupés uniquement, et qu’ils auront acquis un nombre de connaissances qui ne s’acquièrent qu’avec le temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut qu’ils connaissent la qualité des blés pour n’être pas trompés sur le choix ; qu’ils aient appris à les voiturer au meilleur compte possible ; qu’ils sachent apprécier le déchet, les frais de transport, et tous les risques à courir ; qu’ils jugent d’où il peut arriver des blés dans les lieux où ils se proposent d’en porter, et qu’ils prévoient quand ils y arriveront. Car les marchands, qui se montreront les premiers, sont seuls assurés de vendre avec bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut donc encore, dans le cas où l’on aurait fait de fausses spéculations, s’être préparé d’autres débouchés, et savoir où l’on portera ses grains, pour n’être pas forcé de les vendre à perte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parce qu’on ne peut pas tout voir par soi-même, et qu’on le peut d’autant moins qu’en entreprendra un commerce plus étendu et plus au loin, il faudra avoir des correspondants intelligents, attentifs, dont la capacité soit reconnue : autrement un faux avis engagerait dans des entreprises ruineuses. Il n’est pas moins nécessaire de s’assurer de l’exactitude et de la fidélité de tous ceux à qui on confie la garde ou la vente de ses blés ; et il faut avoir des hommes habitués à les voiturer, et sur qui on puisse également compter. C’est par le concours d’une multitude d’agents, toujours en mouvement, que se fait la circulation des blés. Le peuple des villes est bien loin de l’imaginer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est à propos de distinguer deux sortes de marchands de blé. Les uns sont des négociants qui, faisant ce commerce en grand, entreprennent d’approvisionner des provinces éloignées, soit au-dedans, soit au-dehors du royaume. Les autres sont de petits marchands qui, le faisant en détail dans un lieu circonscrit, paraissent se borner à l’approvisionnement d’un canton. C’est par ceux-ci surtout que le commerce se fait de proche en proche. On les nomme Blatiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Aux négociants il faut de grands magasins dans plus d`un lieu, beaucoup de valets pour garder leurs blés, des correspondants ou associés partout, et des voituriers en quelque sorte sur tous les chemins. Il est évident que, s’ils peuvent faire de grands profits, ils courent aussi de grands risques. Plus leur commerce est étendu, plus ils ont de spéculations à faire, et plus aussi le succès de leur entreprise est incertain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ayant fait de grandes avances, ils veulent faire de gros bénéfices. Aussi ne se pressent-ils pas de vendre. Ils épient le moment. Mais, parce que le blé est une denrée qu’on ne peut garder longtemps sans beaucoup de frais, qu’il y a un déchet toujours plus grand à le garder, et toujours plus de risques à courir, si l’occasion d’un gros bénéfice se fait trop attendre, ils sont obligés de se contenter d’un moindre. Alors ils se forcent la main, et ils servent le public malgré eux. Ils n’auront pas besoin d’une longue expérience pour apprendre qu’il est de leur intérêt de vendre toutes les fois qu’ils trouvent, dans la vente, tous leurs frais et un bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les blatiers achètent des fermiers pour revendre. À peine ont-ils besoin d’un magasin. S’ils en ont un, la garde n’en est pas dispendieuse ; et ils ont peu de déchet à craindre, parce qu’ils le vident presque aussitôt qu’ils l’ont rempli. Un valet leur suffit. Il ne leur faut qu’un âne ou un mulet pour voiturer leurs grains ; et ils n’ont pas besoin de correspondants, parce qu’ils font leur commerce dans un petit canton où ils sont habitués.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il y a pour eux moins d’avances que pour les grands négociants, moins de frais, moins de risques, et ils se contentent d’un moindre bénéfice ; toujours pressés de se le procurer, parce qu’ils ne sont pas assez riches pour hasarder d’en attendre un plus grand. Leur intérêt est de vendre promptement, afin de racheter pour revendre. Ils ont besoin, pour subsister, que des achats et des ventes répétées fassent continuellement repasser par leurs mains leurs premières avances avec le bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La circulation des blés se fait donc par un grand nombre de négociants, et par un plus grand nombre de blatiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si nous avons besoin de blé, tous ces marchands n’ont pas moins besoin d’en vendre. Nous n’en manquerons donc pas si la plus grande liberté donne lieu à la plus grande concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Supposons qu’un riche négociant achète ou arrhe tous les blés d’une province dans le dessein d’y mettre la cherté, il causera sans doute un renchérissement, mais un renchérissement momentané. Car aussitôt, de toutes les provinces voisines, les blés reflueront, et le négociant, trompé dans son attente, se verra forcé, par un grand nombre de concurrents, à baisser le prix de ses blés. Il ne sera donc pas tenté de répéter cette opération. Il n’y aurait, dans ce monopole, que des risques et des pertes. Un négociant habile n’en fera pas l’essai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Au lieu de songer à mettre la cherté dans un pays abondant en grains, et où, par conséquent, elle ne pourra passe maintenir, un négociant a un moyen plus simple et plus sûr pour faire le commerce de ses blés avec avantage : c’est de les envoyer partout où la cherté est une suite naturelle de la disette. Qu’il ait les yeux ouverts sur toute l’Europe, qu’il soit toujours prêt à faire des envois : s’il est bien informé de l’état des récoltes, ou seulement de l’opinion qu’on en a chez chaque nation, il pourra d’avance prévoir dans quels lieux les prix hausseront, et prendre ses mesures pour y faire ses envois à propos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est ainsi, lorsque le commerce est parfaitement libre, qu’une multitude de marchands veillent sur les besoins de tous les peuples. Reposons-nous-en donc sur l’intérêt qu’ils ont à ne pas nous laisser manquer de blé : laissons-les faire, et nous n’en manquerons pas. Puisqu’il y a toujours quelque part des chertés naturelles qui leur offrent un bénéfice sûr, pourquoi s’occuperaient-ils des moyens d’en causer d’artificielles qui ne leur assureraient pas le même bénéfice ? Plus nous les jugeons intéressés, plus nous devons croire qu’ils sont éclairés sur leurs intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mus donc par cet intérêt, les marchands, grands et petits, multipliés en raison de nos besoins, feront circuler les blés, les mettront partout au niveau, partout au vrai prix, et chacun sera entraîné par le mouvement général, qu’il ne pourra ni ralentir, ni précipiter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le monopole, dira-t-on, serait donc impossible. Sans doute il le serait dans le cas où le commerce des blés jouirait d’une liberté pleine, entière et permanente. Or c’est dans cette supposition que je viens d’observer la circulation des blés. Nous verrons ailleurs comment le monopole ne deviendra que trop facile&amp;lt;ref&amp;gt;Je m&#039;aperçois souvent qu&#039;on peut me faire bien des difficultés. Elles se présentent en foule dans le sujet compliqué que je traite , et que je cherche surtout à simplifier. Je voudrais pouvoir répondre à toutes à la fois; mais cela n&#039;est pas possible. Il faut, pour me faire entendre, que je me traîne de proposition en proposition ; car, enfin, si on ne m&#039;entendait pas, j&#039;aurais tort d&#039;écrire. Heureusement mon lecteur ne peut pas m&#039;interrompre , quelque envie qu&#039;il en ait. Il faut nécessairement qu&#039;il laisse mon livre, ou qu&#039;il attende ma réponse à ses difficultés. Je ne me flatte pas cependant de répondre à toutes ; car il pourrait m&#039;en faire de bien étranges.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
---------------------&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du monopole|Chapitre 21 : Du monopole]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Le blé considéré comme mesure des valeurs|Chapitre 23 : Le blé considéré comme mesure des valeurs]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_De_la_circulation_des_bl%C3%A9s&amp;diff=114171</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De la circulation des blés</title>
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		<updated>2014-02-03T22:28:09Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du monopole|Chapitre 21 : Du monopole]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Le blé considéré comme mesure des valeurs|Chapitre 23 : Le blé considéré comme mesure des valeurs]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|22. DE LA CIRCULATION DES BLÉS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque, n’ayant pas de quoi attendre une seconde récolte, on n’a du blé, par exemple, que pour neuf mois, on est menacé d’en manquer, s’il n’en arrive pas ; et il renchérit d’autant plus qu’on espère moins d’en voir arriver. Ce renchérissement, qui le fait hausser au-dessus du vrai prix, devient cherté. On crie donc à la disette, non qu’on manque totalement de blé, mais parce qu’on est menacé d’en manquer, et que ceux qui ne peuvent pas le payer au prix où il est en manquent déjà.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette disette réelle, si en effet il n’y a pas assez de blé, n’est qu’une disette d’opinion, lorsque le blé, qui ne manque pas dans les greniers, manque seulement dans les marchés. C’est ce qui arrive quand il y a monopole. Les monopoleurs retardent de le mettre en vente, afin de trouver, dans un plus grand renchérissement, un plus grand bénéfice. Leur cupidité alarme le peuple : la disette d’opinion croît, et le blé monte à un prix excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand la disette est réelle, nous n’avons de secours à attendre que des étrangers : il faut qu’ils nous en apportent autant qu’il nous en manque.&lt;br /&gt;
	Si elle n’est que dans l’opinion, il suffira qu’ils nous en montrent. Au bruit seul qu’il en arrive, les marchands, qui voudront profiter du moment où il est encore à un prix haut, se hâteront de le mettre en vente, et, par conséquent, ils en feront bientôt baisser le prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans la surabondance même, il y aurait cherté et apparence de disette, si ceux qui ont les blés s’obstinaient à les garder dans leurs greniers, ou à n’en mettre en vente qu’une quantité qui ne suffirait pas à la consommation journalière ; et, dans la plus grande rareté, il y aurait bon marché et apparence de surabondance, si on les forçait à mettre en vente tous leurs blés à-la-fois, ou seulement une quantité plus que suffisante à la consommation journalière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le premier cas, le peuple souffrirait comme dans une disette réelle ; et, dans le second, les cultivateurs et les marchands seraient lésés.&lt;br /&gt;
	Il serait donc également nuisible de mettre en vente tout-à-la-fois une quantité de blé qui doit servir à la subsistance de plusieurs mois, ou de n’en mettre en vente à chaque fois qu’une quantité qui ne suffirait pas à la subsistance d’un marché à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est donc peu-à-peu que le blé doit sortir des greniers. Il suffit qu’on en livre autant qu’on en demande, et que la vente se fasse dans la proportion du besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les cultivateurs, pour le vendre cher, voudraient qu’il fût rare dans les marchés ; et le peuple, pour l’acheter à bon marché, voudrait qu’il y fût surabondant. Cependant, dans l’un et l’autre cas, il y aurait lésion de part ou d’autre, et même des deux côtés à-la-fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est vrai que, lorsque le cultivateur vend cher, il fait un plus grand bénéfice sur ce qu’il vend : mais il vend en moindre quantité, parce qu’il force le peuple à vivre de châtaignes, de pommes de terre, de racines, etc. Il l’accoutume donc à consommer moins de blé ; et, en faisant diminuer la consommation, il fait diminuer ses ventes pour les années suivantes, et par conséquent ses revenus. Que sera-ce si le peuple s’ameute et pille les greniers ? Le cultivateur, qui veut vendre cher, est donc la victime de sa cupidité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple ne se trompe pas moins lorsqu’il veut acheter bon marché. Il est vrai qu’il y trouve d’abord un avantage momentané. Mais nous avons vu que le bon marché est toujours suivi d’une cherté où le peuple manque de pain, et ne peut pas même travailler pour en gagner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La lésion que le cultivateur et le peuple se font tour-à-tour, par la cherté et par le bon marché, retombe donc, par contrecoup, sur tous les deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Par conséquent, il importe que le blé ne se mette en vente, ni en trop grande quantité, ni en trop petite, puisqu’il importe qu’il ne soit ni cher, ni bon marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, parce qu’on en consomme toujours, il importe qu’il y en ait toujours en vente autant qu’on a besoin d’en consommer ; et c’est alors qu’il sera à son vrai prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le blé ne croît pas également partout. Il ne s’en produit pas un épi dans les villes, où il s’en fait la plus grande consommation. On n’y sait pas même comment il se produit ailleurs ; et voilà pourquoi on y raisonne communément si mal sur le commerce des blés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quoi qu’il en soit, pour que les blés soient en vente toujours et partout en quantité suffisante, il faut que des lieux où ils surabondent ils ne cessent de se verser dans les lieux où ils manquent ; ce qui ne peut se faire que par un mouvement prompt et jamais interrompu : prompt, dis-je, et jamais interrompu, parce que tous les jours les consommateurs en ont le même besoin. Ce mouvement est ce que j’appelle circulation des blés.&lt;br /&gt;
	Le versement se fait de proche en proche ou à distance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	De proche en proche, lorsqu’on porte le blé dans les marchés, et qu’il passe successivement de l’un dans l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces marchés, qui sont autant de débouchés, ne sauraient trop se multiplier. Il faut qu’il y en ait de tous côtés, et qu’ils soient dans les lieux les plus commodes pour les vendeurs, comme pour les acheteurs. Ils devraient être à leur choix, sans droits, sans gênes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le versement se fait à distance lorsque dans une province, on fait des envois de blé pour une autre, ou lorsqu’on en porte chez l’étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pour avoir ces débouchés, il faut des chemins, des canaux, des rivières navigables et une marine marchande, point de péages, point de douanes, aucune espèce de droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà la route tracée à la circulation : observons comment elle doit se faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les soins de la culture ne permettent pas toujours à un fermier de vendre ses grains aux marchés même les plus voisins. En effet, dans un jour favorable aux labours, aux ensemencements, à la récolte, quittera-t-il ses champs au hasard de ne plus retrouver un jour aussi favorable ? Or, s’il ne peut pas toujours porter lui-même ses blés dans le marché voisin, il peut encore moins entreprendre de les porter dans les marchés éloignés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut donc qu’il s’établisse des marchands qui achètent du fermier pour revendre au consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces marchands sont des hommes que l’expérience a formés. Ils ne réussiront dans leur commerce qu’autant qu’ils s’en seront occupés uniquement, et qu’ils auront acquis un nombre de connaissances qui ne s’acquièrent qu’avec le temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut qu’ils connaissent la qualité des blés pour n’être pas trompés sur le choix ; qu’ils aient appris à les voiturer au meilleur compte possible ; qu’ils sachent apprécier le déchet, les frais de transport, et tous les risques à courir ; qu’ils jugent d’où il peut arriver des blés dans les lieux où ils se proposent d’en porter, et qu’ils prévoient quand ils y arriveront. Car les marchands, qui se montreront les premiers, sont seuls assurés de vendre avec bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut donc encore, dans le cas où l’on aurait fait de fausses spéculations, s’être préparé d’autres débouchés, et savoir où l’on portera ses grains, pour n’être pas forcé de les vendre à perte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parce qu’on ne peut pas tout voir par soi-même, et qu’on le peut d’autant moins qu’en entreprendra un commerce plus étendu et plus au loin, il faudra avoir des correspondants intelligents, attentifs, dont la capacité soit reconnue : autrement un faux avis engagerait dans des entreprises ruineuses. Il n’est pas moins nécessaire de s’assurer de l’exactitude et de la fidélité de tous ceux à qui on confie la garde ou la vente de ses blés ; et il faut avoir des hommes habitués à les voiturer, et sur qui on puisse également compter. C’est par le concours d’une multitude d’agents, toujours en mouvement, que se fait la circulation des blés. Le peuple des villes est bien loin de l’imaginer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est à propos de distinguer deux sortes de marchands de blé. Les uns sont des négociants qui, faisant ce commerce en grand, entreprennent d’approvisionner des provinces éloignées, soit au-dedans, soit au-dehors du royaume. Les autres sont de petits marchands qui, le faisant en détail dans un lieu circonscrit, paraissent se borner à l’approvisionnement d’un canton. C’est par ceux-ci surtout que le commerce se fait de proche en proche. On les nomme Blatiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Aux négociants il faut de grands magasins dans plus d`un lieu, beaucoup de valets pour garder leurs blés, des correspondants ou associés partout, et des voituriers en quelque sorte sur tous les chemins. Il est évident que, s’ils peuvent faire de grands profits, ils courent aussi de grands risques. Plus leur commerce est étendu, plus ils ont de spéculations à faire, et plus aussi le succès de leur entreprise est incertain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ayant fait de grandes avances, ils veulent faire de gros bénéfices. Aussi ne se pressent-ils pas de vendre. Ils épient le moment. Mais, parce que le blé est une denrée qu’on ne peut garder longtemps sans beaucoup de frais, qu’il y a un déchet toujours plus grand à le garder, et toujours plus de risques à courir, si l’occasion d’un gros bénéfice se fait trop attendre, ils sont obligés de se contenter d’un moindre. Alors ils se forcent la main, et ils servent le public malgré eux. Ils n’auront pas besoin d’une longue expérience pour apprendre qu’il est de leur intérêt de vendre toutes les fois qu’ils trouvent, dans la vente, tous leurs frais et un bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les blatiers achètent des fermiers pour revendre. À peine ont-ils besoin d’un magasin. S’ils en ont un, la garde n’en est pas dispendieuse ; et ils ont peu de déchet à craindre, parce qu’ils le vident presque aussitôt qu’ils l’ont rempli. Un valet leur suffit. Il ne leur faut qu’un âne ou un mulet pour voiturer leurs grains ; et ils n’ont pas besoin de correspondants, parce qu’ils font leur commerce dans un petit canton où ils sont habitués.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il y a pour eux moins d’avances que pour les grands négociants, moins de frais, moins de risques, et ils se contentent d’un moindre bénéfice ; toujours pressés de se le procurer, parce qu’ils ne sont pas assez riches pour hasarder d’en attendre un plus grand. Leur intérêt est de vendre promptement, afin de racheter pour revendre. Ils ont besoin, pour subsister, que des achats et des ventes répétées fassent continuellement repasser par leurs mains leurs premières avances avec le bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La circulation des blés se fait donc par un grand nombre de négociants, et par un plus grand nombre de blatiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si nous avons besoin de blé, tous ces marchands n’ont pas moins besoin d’en vendre. Nous n’en manquerons donc pas si la plus grande liberté donne lieu à la plus grande concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Supposons qu’un riche négociant achète ou arrhe tous les blés d’une province dans le dessein d’y mettre la cherté, il causera sans doute un renchérissement, mais un renchérissement momentané. Car aussitôt, de toutes les provinces voisines, les blés reflueront, et le négociant, trompé dans son attente, se verra forcé, par un grand nombre de concurrents, à baisser le prix de ses blés. Il ne sera donc pas tenté de répéter cette opération. Il n’y aurait, dans ce monopole, que des risques et des pertes. Un négociant habile n’en fera pas l’essai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Au lieu de songer à mettre la cherté dans un pays abondant en grains, et où, par conséquent, elle ne pourra passe maintenir, un négociant a un moyen plus simple et plus sûr pour faire le commerce de ses blés avec avantage : c’est de les envoyer partout où la cherté est une suite naturelle de la disette. Qu’il ait les yeux ouverts sur toute l’Europe, qu’il soit toujours prêt à faire des envois : s’il est bien informé de l’état des récoltes, ou seulement de l’opinion qu’on en a chez chaque nation, il pourra d’avance prévoir dans quels lieux les prix hausseront, et prendre ses mesures pour y faire ses envois à propos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est ainsi, lorsque le commerce est parfaitement libre, qu’une multitude de marchands veillent sur les besoins de tous les peuples. Reposons-nous-en donc sur l’intérêt qu’ils ont à ne pas nous laisser manquer de blé : laissons-les faire, et nous n’en manquerons pas. Puisqu’il y a toujours quelque part des chertés naturelles qui leur offrent un bénéfice sûr, pourquoi s’occuperaient-ils des moyens d’en causer d’artificielles qui ne leur assureraient pas le même bénéfice ? Plus nous les jugeons intéressés, plus nous devons croire qu’ils sont éclairés sur leurs intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mus donc par cet intérêt, les marchands, grands et petits, multipliés en raison de nos besoins, feront circuler les blés, les mettront partout au niveau, partout au vrai prix, et chacun sera entraîné par le mouvement général, qu’il ne pourra ni ralentir, ni précipiter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le monopole, dira-t-on, serait donc impossible. Sans doute il le serait dans le cas où le commerce des blés jouirait d’une liberté pleine, entière et permanente. Or c’est dans cette supposition que je viens d’observer la circulation des blés. Nous verrons ailleurs comment le monopole ne deviendra que trop facile&amp;lt;ref&amp;gt;Je m&#039;aperçois souvent qu&#039;on peut me faire bien des difficultés. Elles se présentent en foule dans le sujet compliqué que je traite , et que je cherche sur-tout à simplifier. Je voudrais pouvoir répondre à toutes à la fois; mais cela n&#039;est pas possible. Il faut, pour me faire entendre, que je me traîne de proposition en proposition ; car, enfin, si on ne m&#039;entendait pas, j&#039;aurais tort d&#039;écrire. Heureusement mon lecteur ne peut pas m&#039;interrompre , quelque envie qu&#039;il en ait. Il faut nécessairement qu&#039;il laisse mon livre, ou qu&#039;il attende ma réponse à ses difficultés. Je ne me flatte pas cependant de répondre à toutes ; car il pourrait m&#039;en faire de bien étranges.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du monopole|Chapitre 21 : Du monopole]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Le blé considéré comme mesure des valeurs|Chapitre 23 : Le blé considéré comme mesure des valeurs]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
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		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : impôts sur les consommations</title>
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		<updated>2014-02-03T21:52:15Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : compagnies privilégiées et exclusives|Chapitre 7 : Atteintes portées au commerce : compagnies privilégiées et exclusives]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : variation dans les monnaies|Chapitre 9 : Atteintes portées au commerce : variation dans les monnaies]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|8. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : IMPÔTS SUR LES CONSOMMATIONS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le vrai moyen de faire contribuer tout le monde, c’était de mettre des impôts sur les consommations, et nos quatre monarques en mirent sur toutes. Ils se persuadaient que cette imposition serait d’un grand produit pour eux, et en même temps d’un poids médiocre pour leurs sujets. Car, en fait d’administration, on concilie souvent les contradictoires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais ils se trompaient, et sur le produit qui n’est pas aussi grand qu’il le paraît, et sur le poids qui est plus grand qu’on ne pense. Premièrement, le produit n’est pas aussi grand qu’il le paraît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est vrai que tout le monde étant forcé de consommer, tout le monde est forcé de payer ; et si on s’arrête à cette seule considération, on voit croître le produit en raison des consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais il faut d’abord défalquer les frais de perception ; frais qui croissent eux-mêmes en raison du nombre des compagnies, auxquelles on afferme ou on donne en régie chacun de ces impôts, et en raison du nombre des commis qu’elles ont à leurs gages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’ailleurs ces compagnies savent seules ce que chaque imposition peut produire, et elles mettent tout leur art à le cacher au gouvernement, qui lui-même ferme souvent les yeux sur les abus qu’il voit. La perception, si elle était simple, éclairerait le public, et serait moins dispendieuse : mais elles la compliquent à dessein, parce que ce n’est pas sur elles que les frais en retombent ; et il leur est d’autant plus facile de la compliquer, que la multiplicité des impôts finit par faire, de cette partie de l’administration, une science à laquelle personne ne peut rien comprendre&amp;lt;ref&amp;gt;On sait combien Sully, qui était fait pour bien voir, a eu de peine à débrouiller ce chaos.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà donc une grande partie du produit qui se dissipe nécessairement ; et ce qu’on peut supposer de plus avantageux pour le monarque, c’est qu’il lui en revienne environ la moitié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais il se trompe encore, s’il croit que son revenu est augmenté de cette moitié&amp;lt;ref&amp;gt;Il y a des écrivains qui prétendent que, pour qu&#039;il entre un million dans les coffres du roi, il faut que les sujets en paient trois. Je ne suis point en état de faire des calculs précis sur cette matière.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les impôts, multipliés comme les consommations, ont tout renchéri pour lui comme pour ses sujets ; et ce renchérissement porte sur toutes ses dépenses, puisqu’il a fait hausser le prix de la main-d’œuvre en tout genre d’ouvrages. Quand on supposerait son revenu augmenté d’un tiers, il n’en sera pas plus riche, si ce qu’il payait une once d’argent, il le paie désormais une once et demie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il croit ne mettre l’impôt que sur ses sujets, et il le met sur lui-même. Il en paie sa part, et cette part est d’autant plus grande, qu’il est obligé à de plus grandes dépenses. Cet impôt n’est pour l’industrie qui consomme, qu’une avance à laquelle on la contraint. à son tour, elle fait la loi, et elle force le souverain même à la rembourser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les matières premières, qu’on travaille dans les manufactures, passent par bien des artisans et par bien des marchands, avant d’arriver aux consommateurs ; et à chaque artisan, à chaque marchand, elles prennent un accroissement de prix, parce qu’il faut remplacer successivement les taxes qui ont été payées. Ainsi on croit ne payer que le dernier impôt, mis sur la marchandise qu’on achète, et cependant on en rembourse encore beaucoup d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je ne chercherai point, par des calculs, le résultat de ces accroissements ; un anglais l’a fait. Il me suffit de faire comprendre combien les taxes, mises sur les consommations, augmentent nécessairement le prix de toutes choses ; et que par conséquent les revenus du roi ne croissent pas en raison du produit qu’elles versent dans ses coffres. Voyons si elles sont onéreuses pour les peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le gouvernement ne le soupçonnait pas. Il supposait que chacun peut à son gré mettre à sa consommation telles bornes qu’il juge à propos ; et il en concluait qu’on ne paierait jamais que ce qu’on voudrait bien payer. Cette imposition, selon lui, ne faisait violence à personne. Pouvait-on en imaginer une moins pesante ? Elle laissait une entière liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le gouvernement, qui raisonnait ainsi, ne considérait sans doute, pour sujets, que les gens riches qui, à la cour, ou dans la capitale, consommaient avec profusion ; et je conviens avec lui que ces gens-là étaient maîtres de diminuer sur leurs consommations, et qu’il aurait été à désirer qu’ils eussent usé de la liberté qu’on leur laissait. Je conviens encore que tous ceux qui vivaient dans l’aisance, pouvaient aussi user de cette liberté, qui ne l’est que de nom, puisque dans le vrai on est contraint à se priver de ce qui est devenu nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les sujets, qui ne gagnent, au jour le jour, que de quoi subsister et faire subsister leur famille, sont-ils libres de retrancher sur leurs consommations ? Voilà cependant le plus grand nombre, et le gouvernement ignore peut-être que, dans ce nombre, il y en a beaucoup qui ont à peine du pain : car je ne parle pas de ceux qui sont à la mendicité, et dont plusieurs n’y ont été réduits que par les fautes du gouvernement même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais je veux que tout le monde soit libre de retrancher sur ses consommations : quels seront les effets de cette prétendue liberté ?&lt;br /&gt;
	Le monarque, je le suppose, sera le premier à donner l’exemple. On lui proposera des retranchements, et tôt ou tard ce sera pour lui une nécessité d’en faire ; parce que, dans le haut prix où tout est monté, ses revenus ne suffisent plus à ses dépenses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je pourrais déjà remarquer que ces retranchements sont un mal : car ils sont pris sur le laboureur, sur l’artisan et sur le marchand, qui ne vendront plus la même quantité de marchandises. L’agriculture, par conséquent, et le commerce en souffriront. Mais continuons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose à la cour et dans la capitale de pareils retranchements : j’en suppose encore de pareils dans les autres villes ; et de proche en proche, j’arrive jusqu’au laboureur, qui n’ayant pas un superflu sur lequel il en puisse faire, en fait sur le nombre de ses bestiaux, de ses chevaux, de ses charrues. Le dernier terme de ces retranchements est donc évidemment au détriment de l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Veut-on les observer sous un autre point de vue ? Je dirai : les gens aisés feront moins d’habits. Par conséquent, il se vendra moins de draps chez les marchands, il s’en fera moins chez les fabricants, et dans les campagnes on élèvera moins de moutons. Ainsi, quand nous suivrons ces retranchements dans tous les genres de consommation, nous trouverons, pour résultat, la ruine de plusieurs manufactures dans les villes, et la ruine de l’agriculture dans les campagnes. Alors une multitude de citoyens, qui auparavant trouvaient du travail, en demanderont souvent inutilement. Ceux qui n’en trouveront pas, mendieront ou voleront ; et ceux qui en trouveront, forcés à se donner au rabais, subsisteront misérablement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans cet état des choses, le souverain, qui ne comprend pas pourquoi ses revenus diminuent, double les impôts, et ses revenus diminuent encore. C’est ainsi que, par les retranchements auxquels il ne se lasse point de forcer coup sur coup ses sujets, il achève enfin de ruiner les arts et l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je ne m’arrête pas à faire voir les gênes que mettent au commerce les visites qu’on fait aux portes des villes ; les formalités qui sont nécessaires pour estimer les marchandises, les discussions et les procès auxquels ces formalités donnent fréquemment lieu ; les vexations des commis qui souvent ne cherchent que des prétextes pour faire des frais ; les dommages que reçoivent les marchands, lorsque, forcés de laisser leurs marchandises à la douane, ils perdent le moment favorable à la vente. Je pourrais remarquer encore que les droits, qu’on met sur l’entrée et sur la sortie, sont nécessairement arbitraires et inégalement répartis. Une pièce de vin, par exemple, qui ne vaut que dix onces d’argent, paiera autant qu’une pièce qui en vaut cinquante ; et, pour l’une comme pour l’autre, cette taxe sera la même dans une année de disette et dans une année d’abondance, c’est-à-dire, lorsqu’elles auront chacune changé de prix. Mais, sans répéter des lieux communs déjà répétés tant de fois et toujours inutilement, c’est assez d’avoir démontré que les impôts sur les consommations sont les plus funestes de tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
---------------------&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : compagnies privilégiées et exclusives|Chapitre 7 : Atteintes portées au commerce : compagnies privilégiées et exclusives]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : variation dans les monnaies|Chapitre 9 : Atteintes portées au commerce : variation dans les monnaies]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Du_luxe&amp;diff=114169</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du luxe</title>
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		<updated>2014-02-03T19:01:25Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De l&#039;emploi des hommes dans une société aux mœurs simples|Chapitre 26 : De l&#039;emploi des hommes dans une société aux mœurs simples]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De l&#039;impôt, source des revenus publics|Chapitre 28 : De l&#039;impôt, source des revenus publics]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|27. DU LUXE}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Depuis qu’on écrit sur le luxe, les uns en font l’apologie, les autres en font la satire, et on ne prouve rien. C’est qu’on ne cherche pas à s’entendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On parle du luxe comme d’une chose dont on se serait fait une idée absolue, et cependant nous n’en avons qu’une idée relative. Ce qui est luxe pour un peuple ne l’est pas pour un autre ; et, pour le même peuple, ce qui l’a été peut cesser de l’être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Luxe, dans la première acception du mot, est la même chose qu’excès ; et, quand on l’emploie en ce sens, on commence à s’entendre. Mais, lorsque nous oublions cette première acception, et que nous courons, pour ainsi dire, à une multitude d’idées accessoires, sans nous arrêter à aucune, nous ne savons plus ce que nous voulons dire. Substituons, pour un moment, le mot d’excès à celui de luxe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La vie grossière de notre peuplade, lors de son établissement, serait un excès de recherches aux yeux d’un sauvage, qui, accoutumé à vivre de chasse et de pêche, ne comprend pas la nécessité des besoins qu’elle s’est faits. Parce que la terre, sans être travaillée, fournit à sa subsistance, il lui paraît que ceux qui la cultivent sont trop recherchés sur les moyens de subsister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà donc, à son jugement, un excès, qui n’en est pas un au jugement de notre peuplade, ni au nôtre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais chez notre peuplade même chaque nouvelle commodité, dont l’usage s’introduira, pourra être regardée comme un excès de recherches par tous ceux qui n’en sentiront pas encore le besoin. Est-elle donc condamnée à tomber d’excès en excès, à mesure qu’elle fera des progrès dans les arts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les hommes ne jugent différemment de ce que tous s’accordent à nommer excès que parce que n’ayant pas les mêmes besoins, il est naturel que ce qui paraît excès à l’un ne le paraisse pas à l’autre. Voilà sans doute pourquoi on a tant de peine à savoir ce qu’on veut dire quand on parle du luxe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je distingue deux sortes d’excès : les uns qui ne le sont que parce qu’ils paraissent tels aux yeux d’un certain nombre ; les autres qui le sont parce qu’ils doivent paraître tels aux yeux de tous. C’est dans ces derniers que je fais consister le luxe. Voyons donc quelles sont les choses qui doivent paraître un excès aux yeux de tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quelque recherchées que les choses aient pu paraître dans les commencements, elles ne sont point un excès lorsqu’elles sont de nature à devenir d’un usage commun. Alors elles sont une suite des progrès qu’il est important de faire faire aux arts ; et il viendra un temps où tout le monde s’accordera à les regarder comme nécessaires. On voit même qu’elles peuvent se concilier avec la simplicité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand au contraire les choses, de nature à ne pouvoir être communes, sont réservées pour le plus petit nombre, à l’exclusion du plus grand, elles doivent toujours être regardées comme un excès : ceux-mêmes qui aiment le plus à en jouir n’en pourront pas disconvenir. Le luxe consiste donc dans les choses qui paraissent un excès aux yeux de tous, parce qu’elles sont, par leur nature, réservées pour le petit nombre à l’exclusion du plus grand.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le linge, qui a été un luxe dans son origine, n’en est pas un aujourd’hui. L’or et l’argent, qui, dans les meubles et dans les habits, a toujours été un luxe, en sera toujours un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La soie était un luxe pour les Romains, parce qu’ils la tiraient des Indes, et que, par conséquent, elle ne pouvait pas être commune chez eux. ; Elle a commencé à être moins luxe pour nous, quand elle a commencé à être une production de notre climat ; et elle le sera moins, à proportion qu’elle deviendra plus commune.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin les pommes de terre seraient un luxe sur nos tables si nos champs n’en produisaient pas, et qu’il fallût les faire venir à grands frais de l’Amérique septentrionale, d’où elles viennent originairement. Les gens riches, dont le goût est en proportion avec la rareté des mets, les jugeraient excellentes ; et un plat de cette racine, dernière ressource des paysans à qui le pain manque, ferait la célébrité d’un repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pour juger s’il y a du luxe dans l’usage des choses, il suffirait donc souvent de considérer l’éloignement des lieux d’où on les tire. En effet, lorsque le commerce se fait entre deux nations voisines, le luxe peut ne s’introduire ni chez l’une, ni chez l’autre ; parce que les mêmes choses peuvent, par des échanges, devenir communes chez toutes deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’en est pas de même lorsque le commerce se fait entre deux peuples fort éloignés. Ce qui est commun chez nous devient luxe aux Indes, où il est nécessairement rare ; et ce qui est commun aux Indes devient luxe chez nous, où il est rare aussi nécessairement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le luxe peut donc avoir lieu dans l’usage des choses qu’on fait venir de loin : mais ce n’est pas le seul. Il peut y en avoir un dans l’usage des choses qu’on tire d’une nation voisine, et même dans l’usage de celles qu’on trouve chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On prétend que, si la France payait en vin de Champagne les dentelles de Bruxelles, elle donnerait, pour le produit d’un seul arpent de lin, le produit de plus de seize mille arpents en vignes&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Essai sur la nature du commerce&#039;&#039;, part. I, ch. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les dentelles quoiqu&#039;elles ne nous viennent pas de loin, sont donc une chose dont l’usage ne peut pas être commun, ou une chose de luxe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, quand les dentelles se feraient en France, elles n’en seraient pas moins luxe : elles seraient même encore à plus haut prix, et, par conséquent, d’un usage moins commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le prix de la main-d’œuvre, transforme donc en choses de luxe les matières premières que notre sol produit en plus grande abondance. Il y a beaucoup de ce luxe dans nos meubles, dans nos équipages, dans nos bijoux, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quoique tous ces luxes tendent à corrompre les mœurs, ils ne sont pas tous également nuisibles. Considérons-les d’abord par rapport à l’État, nous les considérerons ensuite par rapport aux particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Deux nations commerceront avec le même avantage, toutes les fois que chacune recevra en productions une quantité égale à la quantité qu’elle livrera. Mais, si l’une donne le produit de seize mille arpents pour le produit d’un seul, il est évident qu’elle sera prodigieusement lésée. Le luxe des dentelles est donc nuisible à la France. Il enlève une grande subsistance, et, par conséquent, il tend à diminuer la population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il pourrait être avantageux pour l’Europe d’envoyer aux Indes le surabondant de ses productions. Mais, si elle n’avait un surabondant que parce qu’elle se dépeuple, elle ferait mieux d’employer ses terres à la subsistance de ses propres habitants, et d’augmenter ses productions, afin d’augmenter sa population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il lui a été surtout avantageux de se débarrasser, dans ce commerce, d’une partie de l’or et de l’argent que l’Amérique lui fournissait en trop grande abondance. Mais les choses de luxe, qu’elle tire des Indes, lui coûtent en échange des millions d’hommes. Combien n’en périt-il pas dans le trajet ! Combien dans des climats malsains, où elle est obligée d’avoir des entrepôts ! Combien dans les guerres avec les Indiens ! Combien enfin dans les guerres que ce commerce suscite entre les nations rivales ! Je croirai ce luxe avantageux pour l’Europe lorsqu’il sera prouvé qu’elle a une surabondance de population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quant aux choses de luxe qui viennent de notre sol et de notre industrie, elles peuvent avoir quelque utilité ; mais elles ne sont pas sans abus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque, dans la primeur, un homme riche achète cent écus un litron de petits pois, c’est un luxe, tout le monde en convient. Mais il serait à souhaiter que tous les excès des hommes à argent fussent de cette espèce : car leurs richesses se verseraient immédiatement sur les champs comme un engrais propre à les rendre fertiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’est pas douteux-que les sommes que nous dépensons en meubles, en équipages, en bijoux, ne se versent aussi sur nos champs, lorsque nous employons à ces ouvrages nos propres ouvriers, puisque ces ouvriers les rendent en détail au laboureur qui les fait subsister. Mais elles ne s’y versent pas immédiatement. Elles commencent par enrichir l’ouvrier ; elles l’accoutument à des jouissances qui sont un luxe pour lui : et ces jouissances excitent l’envie ou l’émulation de tous ceux qui se flattent de réussir dans le même métier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En effet, comme cet ouvrier est un paysan dont tous les parents sont laboureurs, sa condition améliorée fera voir à tout son village combien l’industrie dans les villes a d’avantages sur les travaux de la campagne. On désertera donc les villages. Sur dix paysans qui auront pris des métiers un seul réussira, et neuf ne gagneront pas de quoi vivre. Il y aura donc dix hommes de perdus pour l’agriculture, et neuf pauvres de plus dans la ville. Voilà, pour l’État, les inconvénients que produit le luxe, lorsqu’il consiste dans des ouvrages auxquels nous employons nos propres ouvriers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pour juger des inconvénients du luxe par rapport aux particuliers, j’en distingue de trois espèces : luxe de magnificence, luxe de commodités, luxe de frivolités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier me paraît le moins ruineux, parce qu’une partie des choses qui ont servi à la peuvent y servir encore ; et que d’ailleurs, lorsqu’elles sont de nature à ne pas se consommer, elles conservent une grande valeur, même après avoir été employées à nos usages. De ce genre sont la vaisselle d’or ou d’argent, les diamants, les vases de pierres rares, les statues, les tableaux, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Celui de commodités, plus contagieux, parce qu’il est proportionné aux facultés d’un plus grand nombre de citoyens, peut être fort dispendieux : car il devient plus grand à mesure qu’on s’amollit davantage, et la plupart des choses qu’on y emploie perdent toute leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin le luxe de frivolités, assujetti aux caprices de la mode, qui le reproduit continuellement sous des formes nouvelles, jette dans des dépenses dont on ne voit point les bornes, et cependant les frivolités, pour la plupart, n’ont de valeur qu’au moment où on les achète.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quelle est la fortune qui peut suffire à toutes ces sortes de luxe ? Il faut donc des ressources, et on en trouve malheureusement pour achever sa ruine. On dira sans doute que le luxe fait subsister une multitude d’ouvriers, et que, lorsque les richesses restent dans l’État, il importe peu qu’elles passent d’une famille dans une autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, quand le désordre est dans toutes les fortunes, peut-il ne pas y en avoir dans l’État ? Que deviennent les mœurs lorsque les principaux citoyens, qu’on prend pour exemple, forcés à être tout-à-la-fois avides et prodigues, ne connaissent que le besoin d argent, que tout moyen d’en faire est reçu parmi eux, et qu’aucun ne déshonore ? Le luxe fait subsister une multitude d’ouvriers, j’en conviens. Mais faut-il fermer les yeux sur la misère qui se répand dans les campagnes ? Qui donc a plus de droit à la subsistance, est-ce l’artisan des choses de luxe, ou le laboureur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est une chose de fait que la vie simple peut seule rendre un peuple riche, puissant, et heureux. Voyez la Grèce dans ses temps florissants : c’est à un reste de simplicité qu’elle devait cette puissance qui étonne les nations amollies. Voyez même les peuples de l’Asie avant Cyrus. Ils avaient des vices, ils connaissaient le faste ; mais le luxe n’avait pas encore répandu son poison mortel sur toutes les parties de la société. Si la magnificence se montrait dans des trésors qu’on amassait pour le besoin, dans de grandes entreprises, dans des travaux aussi vastes qu’utiles ; si elle se montrait dans les meubles, dans l’habillement, au moins ne connaissait-on pas toutes nos commodités, et on connaissait moins encore toutes les frivolités, dont nous n’avons pas honte de nous faire autant de besoins. Le luxe même de la table, quel qu’il fût, n’avait lieu que dans des festins d’apparat. Il consistait dans l’abondance plutôt que dans la délicatesse. Ce n’était pas deux fois par jour, jusques dans les maisons des particuliers, une profusion de mets, apprêtés avec élégance, et étalés avec faste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je ferais volontiers l’apologie du luxe des anciens peuples de l’Asie. Je le vois se concilier avec un reste de simplicité jusques dans les palais des souverains. S’il est grand, je le vois soutenu par des richesses plus grandes encore, et je comprends qu’il a pu être de quelque utilité. Mais nous qui, dans notre misère, n’avons que des ressources ruineuses, et qui, pour nous procurer ces ressources, ne craignons pas de nous déshonorer, nous voulons vivre dans le luxe, et nous voulons que notre luxe soit utile !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
---------------------&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
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	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Du_pr%C3%AAt_%C3%A0_int%C3%A9r%C3%AAt&amp;diff=114168</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du prêt à intérêt</title>
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		<updated>2014-02-03T18:58:41Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du change|Chapitre 17 : Du change]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De la valeur comparée des métaux dont on fait les monnaies|Chapitre 19 : De la valeur comparée des métaux dont on fait les monnaies]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|18. DU PRÊT À INTÉRÊT}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Un fermier, qui prend une terre à bail, échange son travail contre une partie du produit, et donne l’autre partie au propriétaire, et cela est dans l’ordre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or l’emprunteur serait-il dans le même cas que le fermier ? Ou l’argent a-t-il un produit dont l’emprunteur doive une partie au prêteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Un septier de blé peut en produire vingt, trente ou davantage, suivant la bonté du sol et l’industrie du cultivateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sans doute l’argent ne se reproduit pas de la même manière. Mais ce n’est pas au blé qu’il le faut comparer : c’est à la terre qui ne se reproduit pas plus que l’argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or l’argent, dans le commerce, a un produit suivant l’industrie de celui qui l’emprunte, comme la terre en a un suivant l’industrie du fermier.&lt;br /&gt;
	En effet un entrepreneur ne peut soutenir son commerce qu’autant que l’argent, dont il fait les avances, lui rentre continuellement avec un produit, où il trouve sa subsistance et celle des ouvriers qu’il fait travailler, c’est-à-dire, un salaire pour eux, et un salaire pour lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	S’il était seul, il se prévaudrait du besoin qu’on aurait des choses qu’il vend, et il porterait ce produit au plus haut. Mais dès que plusieurs entrepreneurs font le même commerce, forcés à vendre au rabais les uns des autres, ils se contentent d’un moindre salaire, et ceux qu’ils emploient sont réduits à de moindres profits. Ainsi la concurrence règle le produit qu’ils peuvent raisonnablement retirer des avances qu’ils ont faites, avances qui sont pour eux ce que sont, pour les fermiers, les frais de culture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si le commerce ne pouvait se faire que par des entrepreneurs assez riches pour en faire les fonds, un petit nombre le ferait exclusivement. Moins forcés par la concurrence à vendre au rabais, ils mettraient leur salaire à un prix d’autant plus haut qu’ils seraient moins pressés de vendre leurs marchandises, et qu’il leur serait facile de se concerter pour attendre le moment de se prévaloir des besoins des citoyens. Alors leur salaire pourrait être porté à cent pour cent ou davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais si le commerce se fait au contraire par des entrepreneurs à qui on a fait les avances de leurs fonds, ils seront pressés de vendre pour payer au terme de leur engagement. Il ne sera donc pas en leur pouvoir d’attendre, d’un jour à l’autre, le moment où l’on aura un plus grand besoin de leurs marchandises, et la concurrence les forcera d’autant plus à se contenter d’un moindre salaire, qu’étant en plus grand nombre, et pour la plupart dans la nécessité de faire de l’argent, il leur sera plus difficile de se concerter. On ne doutera pas qu’il ne soit à desirer que le commerce se fasse par de pareils entrepreneurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or je suppose qu’après avoir prélevé tous les frais de commerce, il reste net en général pour salaire à chaque entrepreneur quinze à vingt pour cent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Comment fera un homme qui est sans biens, et qui cependant pourrait faire quelque espèce de commerce avec industrie ? Il n’a que deux moyens. Il faut qu’on lui prête un fonds de marchandises ou qu’on lui prête de l’argent pour l’acheter ; et il est évident que ces deux moyens reviennent au même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il s’adresse à un riche négociant qui lui dit : Ce que je vous livrerais pour cent onces d’argent, si vous pouviez me payer comptant, je vais vous l’avancer, et dans un an vous m’en donnerez cent dix onces. Il accepte cette proposition, où il voit pour lui un profit de cinq à dix pour cent sur quinze à vingt qu’on est dans l’usage de gagner, lorsqu’on est propriétaire de ses fonds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Personne ne condamnera ce marché qui se fait librement, qui est tout-à-la-fois avantageux aux deux parties contractantes, et qui, en multipliant les marchands, augmente la concurrence, absolument nécessaire au commerce pour l’avantage de l’État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On ne niera pas que le riche négociant ne soit en droit d’exiger un intérêt pour des avances qu’il court risque de perdre. Il compte, à la vérité, sur la probité et sur l’industrie de ceux à qui il les fait ; mais il peut y être trompé : il l’est quelquefois : il faut que ceux qui le paient le dédommagent des pertes qu’il fait avec les autres. Seroit-il juste de le condamner à faire des avances où il pourrait souvent perdre sans jamais pouvoir se dédommager ? Il ne les ferait certainement pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’ailleurs on ne peut pas nier qu’un négociant, qui avance un fonds de marchandises, n’ait le droit de se réserver une part dans les profits que ce fonds doit produire, lui qui, avant d’avancer les fonds, avait seul droit aux profits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or nous venons de remarquer qu’avancer à un entrepreneur un fonds de marchandises, ou lui avancer l’argent dont il a besoin pour acheter ce fonds, c’est la même chose. Si on est en droit, dans le premier cas, d’exiger un intérêt, on a donc le même droit dans l’autre. Il est de fait que le prêt à intérêt soutient le commerce. Il est d’ailleurs démontré qu’il multiplie les marchands ; qu’en les multipliant, il augmente la concurrence ; qu’en augmentant la concurrence, il rend le commerce plus avantageux à l’État. Le prêt à intérêt est donc une chose juste, et doit être permis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je sais que les casuistes le condamnent lorsqu’il se fait en argent : mais je sais aussi qu’ils ne le condamnent pas lorsqu’il se fait en marchandises. Ils permettent à un négociant de prêter à dix pour cent, par exemple, des marchandises pour la valeur de mille onces d’argent, et ils ne lui permettent pas de prêter, au même intérêt, les mille onces en nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand je dis que les casuistes permettent de prêter des marchandises à dix pour cent, je ne veux pas les accuser de se servir de ce langage, prêter à dix pour cent : ils se contrediraient trop sensiblement. Je veux dire qu’ils permettent à un négociant de vendre dix pour cent de plus les marchandises qu’il avance pour un an. On voit que la contradiction est moins palpable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nos législateurs, s’il est possible, raisonnent encore plus mal que les casuistes. Ils condamnent le prêt à intérêt, et ils le tolèrent. Ils le condamnent sans savoir pourquoi, et ils le tolèrent parce qu’ils y sont forcés. Leurs lois, effet de l’ignorance et des préjugés, sont inutiles, si on ne les observe pas ; et, si on les observe, elles nuisent au commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’erreur où tombent les casuistes et les législateurs vient uniquement des idées confuses qu’ils se sont faites. En effet, ils ne blâment pas le change, et ils blâment le prêt à intérêt. Mais pourquoi l’argent aurait-il un prix dans l’un, et n’en aurait-il pas dans l’autre ? Le prêt et l’emprunt sont-ils autre chose qu’un change ? Si, dans le change, on échange des sommes qui sont à distance de lieu, dans le prêt ou l’emprunt n’échange-t-on pas des sommes qui sont à distance de temps ? Et, parce que ces distances ne sont pas de la même espèce, faut-il en conclure que l’échange dans un cas n’est pas un échange dans l’autre ? On ne voit donc pas que prêter à intérêt, c’est vendre ; qu’emprunter à intérêt, c’est acheter ; que l’argent qu’on prête, est la marchandise qui se vend ; que l’argent qu’on doit rendre, est le prix qui se paie ; et que l’intérêt est le bénéfice dû au vendeur ? Certainement, si on n’avait vu dans le prêt à intérêt que marchandise, vente et bénéfice, on ne l’aurait pas condamné : mais on n’y a vu que les mots prêt, intérêt, argent ; et, sans trop se rendre compte de ce qu’ils signifient, on a jugé qu’ils ne doivent pas aller ensemble.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’intérêt à dix pour cent n’est qu’une supposition que je fais, parce que j’avais besoin d’en faire une. Il peut être plus haut, comme il peut être plus bas ; c’est une chose sur laquelle le législateur ne doit rien statuer, s’il ne veut pas porter atteinte à la liberté. L’usage, qui réglera cet intérêt, le fera varier suivant les circonstances, et il en faut permettre les variations. Observons comment il doit nécessairement hausser et baisser tour-à-tour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il sera haut, en quelque abondance que soit l’argent, s’il y a beaucoup de personnes qui cherchent à emprunter, et s’il y en a peu qui veuillent prêter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Que ceux qui ont l’argent, ou qui en ont la principale partie, en aient besoin eux-mêmes pour soutenir les entreprises dans lesquelles ils se sont engagés, ils ne pourront prêter qu’en renonçant à leurs entreprises, et, par conséquent, ils ne prêteront qu’autant qu’on leur assurera un profit égal à celui qu’ils auraient fait, ou plus grand. Il faudra donc leur accorder un gros intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, lors même de la rareté de l’argent, l’intérêt sera bas, si l’argent est principalement entre les mains d’une multitude de propriétaires économes qui cherchent à le placer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’intérêt hausse donc et baisse alternativement, dans la proportion où est l’argent qu’on demande à emprunter, avec l’argent qu’on offre de prêter. Or cette proportion peut varier continuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans un temps où les riches propriétaires feront de plus grandes dépenses en tous genres, on empruntera davantage ; premièrement, parce qu’ils seront souvent eux-mêmes forcés à faire des emprunts ; en second lieu, parce que, pour fournir à toutes les consommations qu’ils font, il s’établira un plus grand nombre d’entrepreneurs, ou de gens qui sont, pour la plupart, dans la nécessité d’emprunter. Voilà une des raisons pourquoi l’intérêt est plus haut en France qu’en Hollande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans un temps, au contraire, où les propriétaires plus économes dépenseront moins, il y aura moins d’emprunteurs ; car, au lieu d’avoir eux-mêmes des emprunts à faire, ils auront de l’argent à prêter ; et, puisqu’ils consommeront moins, ils diminueront le nombre des entrepreneurs, et par conséquent des emprunteurs. Voilà une des raisons pourquoi l’intérêt est plus bas en Hollande qu’en France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si un nouveau genre de consommations donne naissance à une nouvelle branche de commerce, les entrepreneurs ne manqueront pas de se multiplier à proportion qu’on croira pouvoir se promettre de plus grands profits ; et l’intérêt de l’argent haussera, parce que le nombre des emprunteurs sera plus grand&amp;lt;ref&amp;gt;Est-il bien vrai, m&#039;a-t-on demandé, qu&#039;un accroissement de commerce fasse hausser l&#039;intérêt ? Je réponds qu&#039;il le fait nécessairement hausser, s&#039;il augmente le nombre des emprunteurs. Or, c&#039;est ce qui peut arriver, et ce que je suppose.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Que cette branche de commerce vienne à tomber, l’argent reviendra à ceux qui l’avaient prêté. Ils chercheront à le placer une seconde fois, et l’intérêt baissera, parce que le nombre des prêteurs sera augmenté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si les entrepreneurs conduisent leur commerce avec autant d’économie que d’industrie, ils deviendront peu-à-peu propriétaires des sommes qu’ils avaient empruntées. Il faudra donc les retrancher du nombre des emprunteurs ; et il faudra les ajouter à celui des prêteurs, lorsqu’ils auront gagné au-delà de l’argent dont ils ont besoin pour conduire leur commerce&amp;lt;ref&amp;gt;Voilà le cas où un accroissement de commerce fait baisser l&#039;intérêt.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin les lois augmenteront le nombre des prêteurs quand elles permettront le prêt à intérêt. Aujourd’hui, au contraire, elles tendent à le diminuer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais il est inutile de chercher à épuiser tous les moyens qui font varier la proportion où est l’argent qu’on demande à emprunter, avec l’argent qu’on offre de prêter : j’en ai assez dit pour faire voir que l’intérêt doit être tantôt plus haut, tantôt plus bas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Comme les prix se règlent au marché, d’après les altercations des vendeurs et des acheteurs, l’intérêt ou le prix de l’argent se règle, dans les places de commerce, d’après les altercations des emprunteurs et des prêteurs. Le gouvernement reconnaît qu’il ne lui appartient pas de faire des lois pour fixer le prix des choses qui se vendent au marché : pourquoi donc croit-il devoir fixer l’intérêt ou le prix de l’argent ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pour faire une loi sage sur cette matière, il faudrait qu’il saisît la proportion de la quantité d’argent à prêter avec la quantité à emprunter. Mais puisque cette proportion varie continuellement, il ne la saisira point, ou il ne la saisira que pour un moment, et par hasard : il faudra donc qu’il fasse toujours de nouveaux règlements, sans jamais pouvoir être sûr d’en faire un bon : ou s’il s’obstine à vouloir faire observer ceux qu’il a faits, parce qu’il ne sait pas comment en faire d’autres, il ne fera que troubler le commerce. On éludera ses règlements dans des marchés clandestins ; et l’intérêt qu’il prétendait fixer haussera d’autant plus, que les prêteurs, ayant la loi contre eux, prêteront avec moins de sûreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans les places de commerce, au contraire, l’intérêt se réglerait toujours bien et de lui-même, parce que c’est là que les offres des prêteurs, et les demandes des emprunteurs, mettent en évidence la proportion où est l’argent à prêter avec l’argent à emprunter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Non seulement l’intérêt peut varier d’un jour à l’autre, il varie encore suivant l’espèce de commerce. C’est ce qui nous reste à observer.&lt;br /&gt;
	Il faut qu’un marchand, qui a emprunté pour lever un fonds de boutique, gagne, au-delà de sa subsistance, de quoi payer les intérêts qu’il doit. S’il a formé une grande entreprise, et qu’il la conduise avec industrie, sa dépense, pour son entretien, sera peu de chose, comparée aux profits qu’il peut faire. Il sera donc plus en état de payer : on courra donc moins de risques à lui prêter ; on lui prêtera donc avec plus de confiance, et par conséquent à moindres intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais si, avec un commerce qui produit peu, il gagne à peine de quoi subsister, alors ce qu’il faut à sa subsistance est beaucoup, comparé à ce qu’il gagne. Il n’y a donc plus la même sûreté à lui prêter. Or il est naturel que l’intérêt qu’exigent les prêteurs augmente à proportion que leur confiance diminue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	À Paris, les revendeuses des halles paient cinq sols d’intérêt par semaine, pour un écu de trois livres. Cet intérêt renchérit le poisson qu’elles vendent dans les rues ; mais le peuple aime mieux acheter d’elles que d’aller aux halles se pourvoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cet intérêt revient par an à plus de quatre cent trente pour cent. Quelque exorbitant qu’il soit, le gouvernement le tolère, parce qu’il est avantageux, pour les revendeuses, de pouvoir à ce prix faire leur commerce, ou peut-être encore parce qu’il ne peut pas l’empêcher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant il n’y a point de proportion entre le prix que le prêteur met à son argent, et le profit que fait la revendeuse. C’est pourquoi cet intérêt est odieux, et il devient d’autant plus abusif, que les prêts se font clandestinement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’est pas de même des prêts faits aux entrepreneurs qui font un grand négoce. L’intérêt qu’on exige, proportionné aux profits qu’ils font, est réglé par l’usage ; parce que l’argent, dans les places de commerce, a un prix courant, comme le blé en a un dans les marchés. On traite publiquement, ou du moins on ne se cache point, et on vend son argent comme on vendrait toute autre marchandise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est uniquement dans ces places de commerce qu’on peut apprendre quel intérêt il est permis de retirer de son argent. Tout prêt qui s’y conforme est honnête, parce qu’il est dans la règle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si actuellement on demande ce que c’est que l’usure, je dis qu’il n’y en a point dans les prêts dont je viens de parler, et qui se règlent sur le prix que les négocians ont mis eux-mêmes à l’argent, et ont mis librement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les prêts, faits aux revendeuses des halles, sont usuraires, parce qu’ils sont sans règles, clandestins, et que l’avarice du prêteur se prévaut tyranniquement de la nécessité de l’emprunteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En général, entre marchands et négociants, tout prêt est usuraire lorsque l’intérêt qu’on retire est plus fort que celui qui a été réglé publiquement dans les places de commerce Mais lorsque les prêts se font à des particuliers, qui ne font aucune sorte de trafic ou de négoce, quelle est la règle pour juger de l’intérêt qu’on peut retirer de son argent ? La loi. C’est ici, je pense, que le gouvernement peut sans inconvénients, fixer l’intérêt. Il le doit même, et il fera une chose avantageuse à l’état, s’il rend les emprunts plus difficiles. Qu’il ne permette de prêter qu’au plus bas intérêt aux propriétaires des terres, les pères de famille auront moins de facilité à se ruiner, et l’argent refluera dans le commerce. Qu’il taxe d’usure, ou qu’il couvre d’une note plus flétrissante encore, tout prêt, ne fût-il qu’à un pour cent, fait à à un fils qui emprunte sans l’aveu de ses parents. Qu’il défende les emprunts clandestins, ou que, s’il est possible de les prévenir, il donne lui-même des secours aux entrepreneurs qui sont dans la dernière classe des marchands. En un mot, qu’en laissant la liberté des emprunts dans les places de commerce, il la réprime partout où elle peut dégénérer en abus. L’exécution de ce projet n’est pas facile sans doute, mais il serait utile de s’en occuper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
---------------------&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;br /&gt;
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&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
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{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du change|Chapitre 17 : Du change]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De la valeur comparée des métaux dont on fait les monnaies|Chapitre 19 : De la valeur comparée des métaux dont on fait les monnaies]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Ce_qu%27on_entend_par_commerce&amp;diff=114167</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Ce qu&#039;on entend par commerce</title>
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		<updated>2014-02-03T18:32:13Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Des marchés|Chapitre 4 : Des marchés...]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Comment le commerce augmente la masse des richesses|Chapitre 6 : Comment le commerce augmente la masse des richesses]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|5. CE QU&#039;ON ENTEND PAR COMMERCE}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous appelons commerce l’échange qui se fait lorsqu’une personne nous livre une chose pour une autre qu’elle reçoit ; et nous appelons marchandises les choses qu’on offre d’échanger, parce qu’on ne les échange qu’en faisant un marché, ou qu’en s’accordant, après quelques altercations, à donner tant de l’une pour tant de l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or nous avons remarqué que deux choses qu’on échange sont réciproquement le prix l’une de l’autre. Elles sont donc tout-à-la-fois, chacune, prix et marchandise ; ou plutôt elles prennent l’un ou l’autre de ces noms, suivant les rapports sous lesquels on les envisage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand la chose est considérée comme prix, celui qui la donne est et nommé acheteur : quand elle est considérée comme marchandise, celui qui la livre est nommé vendeur ; et, puisque sous différens rapports elle peut être considérée comme prix et comme marchandise, il s’ensuit que ceux qui font des échanges peuvent être considérés, respectivement l’un à l’autre, chacun comme vendeur et comme acheteur. Lorsque je vous donne un septier de blé pour un tonneau de vin, c’est moi qui achète du vin, c’est vous qui le vendez, et mon septier est le prix de votre tonneau. Lorsque vous me donnez un tonneau de vin pour un septier de blé, c’est vous qui achetez du blé, c’est moi qui le vends, et votre tonneau est le prix de mon septier. Dans tout cela il n’y a jamais que des échanges ; et,de quelque manière qu’on s’exprime, les idées sont toujours les mêmes. Mais les expressions varient, parce que nous sommes obligés de considérer les mêmes choses sous des rapports différents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce suppose deux choses ; production surabondante d’un côté, et de l’autre consommation à faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Production surabondante, parce que je ne puis échanger que mon surabondant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Consommation à faire, parce que je ne puis l’échanger qu’avec quelqu’un qui a besoin de le consommer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Jusqu’à présent notre peuplade n’est composée que de colons, c’est-à-dire, d’hommes qui cultivent la terre. Or ces colons peuvent être considérés comme producteurs et comme consommateurs : comme producteurs, parce que c’est leur travail qui fait produire à la terre toutes sortes de denrées ; comme consommateurs, parce que ce sont eux qui consomment les différentes productions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’après les suppositions que nous avons faites, les échanges, jusqu’à présent, se sont immédiatement faits entre les colons ; le commerce s’est donc fait immédiatement entre les producteurs et les consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais il n’est pas toujours possible aux colons qui viennent au marché de vendre leurs marchandises à un prix avantageux. Ils seront donc quelquefois réduits à les remporter. C’est un inconvénient qu’ils éviteraient s’ils pouvaient les déposer quelque part, et les confier à quelqu’un qui, en leur absence, pût saisir l’occasion de les échanger avec avantage. Dans cette vue, ils en céderaient volontiers une partie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ceux qui ont leurs habitationts aux environs du marché auront donc un intérêt à retirer les marchandises chez eux. En conséquence, ils bâtiront des magasins où elles pourront être conservées, et ils offriront de les vendre pour le compte des autres, moyennant un profit convenu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces commissionnaires, c’est ainsi qu’on nomme ceux qui se chargent d’une chose pour le compte des autres, sont entre les producteurs et les consommateurs: c’est par eux que se font les échanges, mais ce n’est pas pour eux. Ils y ont seulement un profit, et il leur est dû : car les colons trouvent de l’avantage à échanger leurs productions sans être forcés à commercer immédiatement les uns avec les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose que celui qui confie un septier de blé, promette d’en donner un boisseau, si on lui procure, en échange, un tonneau de vin ; et que le commissionnaire, à portée de saisir le moment favorable, obtienne, pour ce septier, un tonneau plus dix pintes. Il aura gagné et sur celui qui vend le blé, et sur celui qui l’achète.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’un côté la peuplade sent le besoin qu’elle a de ces commissionnaires, d’un autre côté il y a de l’avantage à l’être.On peut donc juger qu’il s’en établira, et peut-être trop. Mais, parce que plus il y en aura, moins ils auront de profits, le nombre s’en proportionnera peu-à-peu au besoin de la peuplade.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Un commissionnaire n’est que le dépositaire d’une chose qui n’est pas à lui. Mais, parce qu’il fait des profits, il pourra un jour acheter lui-même les marchandises qu’on lui confiait auparavant. Alors il se les appropriera, il les aura à ses risques et fortunes, et il revendra pour son compte. Voilà ce qu’on nomme marchand.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Avant qu’il y eût des commissionnaires et des marchands, on ne pouvait guères vendre qu’au marché, et le jour seulement où il se tenait : depuis qu’il s’en est établi, on peut vendre tous les jours et partout, et les échanges,devenus plus faciles, en sont plus fréquents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les colons ont donc un plus grand nombre de débouchés pour se faire passer, les uns aux autres, leur surabondant ; et la peuplade éprouve tous les jours combien il lui est avantageux d’avoir des commissionnaires et des marchands.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	A la vérité ces commissionnaires et ces marchands feront des gains sur elle : mais, par leur entremise, elle en fera elle-même qu’elle n’aurait pas pu faire sans eux. Car tel surabondant, qui est inutile et sans valeur lorsqu’il ne peut pas être échangé, devient, lorsqu’il peut l’être, utile, et acquiert une valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce surabondant, comme je l’ai remarqué, est le seul effet commerçable ; car on ne vend que ce dont on peut se passer. Il est vrai que je pourrais absolument vendre une chose dont j’ai besoin ; mais, comme je ne le ferai que pour m’en procurer une dont j’ai un besoin plus grand, il est évident que je la regarde comme mutile pour moi, en comparaison de celle que j’acquiers. Il est vrai encore que je pourrai même vendre le blé nécessaire à ma consommation ; mais je ne le vendrai que parce qu’étant assuré de le remplacer, je trouve un avantage à vendre d’un côté pour racheter de l’autre. En un mot, quelque supposition qu’on fasse, il faut toujours, en remontant de vendeur en vendeur, arriver à un premier qui ne vend et ne peut vendre que son surabondant. Voilà pourquoi je dis que le surabondant est la seule chose qui soit dans le commerce&amp;lt;ref&amp;gt;Je ne pense donc pas que chaque colon ne vende jamais que son surabondant : mais je pense que tout ce qui se vend , est surabondant chez quelqu&#039;un d&#039;eux. Par exemple, s&#039;il y avait une grande cherté en Espagne, je ne doute pas que la France n&#039;y vendit une partie des bleds nécessaires à sa consommation; mais elle les remplacerait par ceux qu&#039;elle achèterait dans le Nord, et elle ne les remplacerait, que parce qu&#039;il y aurait dans le Nord une nation où le bled serait surabondant.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque les colons commercent immédiatement les uns avec les autres, ils échangent leur propre surabondant.Mais lorsque les marchands font eux-mêmes le commerce, est-ce aussi leur surabondant qu’ils échangent ? Et peut-on dire que les marchandises qu’ils ont dans leurs magasins sont surabondantes pour eux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Non sans doute : les marchands échangent le surabondant des colons. Ils sont, entre les producteurs et les consommateurs, comme autant de canaux de communication par où le commerce circule ; et, par leur entremise, les colons les plus éloignés les uns des autres communiquent entre eux. Telle est l’utilité du commerce qui se fait par les marchands.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il y a différentes espèces de commerces, et il est important de ne pas les confondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ou nous échangeons les productions telles que la nature nous les donne, et j’appelle cet échange commerce de productions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ou nous échangeons ces productions lorsque nous leur avons fait prendre des formes qui les rendent propres à divers usages, et j’appelle cet échange commerce de manufactures, ou d’ouvrages faits à la main.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le colon fait un commerce de productions lorsqu’il vend le surabondant de sa récolte ; et les artisans ou manufacturiers font un commerce de manufactures lorsqu’ils vendent les ouvrages qu’ils ont fabriqués.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, lorsque le commerce se fait par l’entremise des marchands, je l’appelle commerce de commission, parce que les marchands s’établissent commissionnaires entre les producteurs d’une part, et les consommateurs de l’autre.Considérés comme marchands, ils ne sont ni colons ni manufacturiers ; ils revendent seulement ce qu’ils ont acheté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On distingue le marchand détailleur et le marchand en gros, qu’il est aisé de ne pas confondre ; la dénomination seule en fait assez voir la différence. Il n’est pas aussi facile de marquer en quoi diffèrent le marchand trafiquant et le marchand négociant. Tous deux font le commerce de commission ; mais l’usage paraît les confondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	J’appellerai trafiquant un marchand, lorsque, par une suite d’échanges faits en différents pays, il paraît commercer de tout. Un marchand français, par exemple, est trafiquant, lorsqu’il porte une marchandise en Angleterre ; qu’en Angleterre, où il la laisse, il en prend une autre qu’il porte ailleurs ; et qu’après plusieurs échanges, il revient en France, où il apporte une marchandise étrangère.On conçoit que, sans voyager, il peut faire ce commerce par ses facteurs ou commissionnaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le trafiquant se nomme négociant, lorsqu’ayant fait du commerce une affaire de spéculation, il en observe les branches, il en combine les circonstances, il en calcule les avantages et les inconvénients dans les achats et dans les ventes à faire, et que, par ses correspondances, il paraît disposer des effets commerçables de plusieurs nations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Toutes ces espèces sont comprises sous la dénomination de commerçants. Au reste, comme elles ne diffèrent que du plus au moins, on conçoit qu’il sera souvent impossible de distinguer le marchand du trafiquant, et le trafiquant du négociant. C’est pourquoi on peut souvent employer indifféremment, les uns pour les autres, les mots commerce, trafic, négoce. Il faudra seulement se souvenir que les marchands, de quelque espèce qu’ils soient,ne font que le commerce de commission, commerce que je nommerai quelquefois trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
---------------------&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Des marchés|Chapitre 4 : Des marchés...]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Comment le commerce augmente la masse des richesses|Chapitre 6 : Comment le commerce augmente la masse des richesses]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_De_la_circulation_de_l%27argent&amp;diff=114166</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De la circulation de l&#039;argent</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_De_la_circulation_de_l%27argent&amp;diff=114166"/>
		<updated>2014-02-03T18:24:21Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Méprises sur la valeur des choses dues à l&#039;argent|Chapitre 15 : Méprises sur la valeur des choses dues à l&#039;argent]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du change|Chapitre 17 : Du change]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|16. DE LA CIRCULATION DE L&#039;ARGENT}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Chaque année, aux temps marqués, les fermiers apportent dans les villes le prix entier de leurs baux : chaque jour de marché, ils vendent quelques denrées ; et par conséquent ils reportent, en détail, dans leur village, les sommes qu’ils ont payées aux propriétaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le marchand, dans le cours de l’année, reçoit en détail le prix des marchandises qu’il a achetées en gros ; et l’artisan, qui a acheté en gros les matières premières, les revend en détail lorsqu’il les a travaillées. Ainsi les ventes remboursent journellement, par de petites sommes, les grosses sommes qui ont été employées à de gros paiements ou à de gros achats ; et, ce remboursement fait, on paie ou on achète encore avec de grosses sommes pour se rembourser en détail par de nouvelles ventes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’argent se distribue donc continuellement, pour se ramasser ensuite comme dans des réservoirs, d’où il se répand par une multitude de petits canaux, qui le reportent dans les premiers réservoirs, d’où il se répand de nouveau, et où il se reporte encore. Ce mouvement continuel, qui le ramasse pour le distribuer, et qui le distribue pour le ramasser, est ce qu’on nomme circulation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Est-il nécessaire de remarquer que cette circulation suppose qu’à chaque mouvement que fait l’argent il se fait un échange ; et que, lorsqu’il se meut sans occasionner d’échange, il n’y a point de circulation ? L’argent, par exemple, qui vient des impôts, a passé par bien des mains avant d’arriver dans le trésor du souverain. Mais ce n’est pas là une circulation ; ce n’est qu’un transport, et souvent un transport fort dispendieux. Il faut que, par la circulation, l’argent se transforme en quelque sorte dans toutes les choses qui sont propres à entretenir la vie et la force dans le corps politique. Celui qui provient de l’impôt ne commence donc à circuler que lorsque le souverain l’échange contre des productions ou contre des travaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tout l’argent qui est dans le commerce circule des réservoirs dans les canaux, et des canaux dans les réservoirs. Si quelque obstacle suspend cette circulation, le commerce languit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je dis tout l’argent qui est dans le commerce, et je ne dis pas tout celui qui est dans l’État. Il y en a toujours une certaine quantité qui ne circule point ; tel est celui qu’on met en réserve pour avoir une ressource en cas d’accident, ou pour améliorer quelque jour sa condition ; telles sont encore les épargnes des avares qui retranchent sur leur nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cet argent ne circule point actuellement ; mais il importe peu qu’il y en ait plus ou moins dans la circulation : le grand point est qu’il circule librement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons vu que l’argent n’est une mesure des valeurs que parce qu’il en a une lui-même ; que, s’il est rare, il en a une plus grande, et qu’il en a une plus petite, s’il est abondant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Qu’il y ait donc dans le commerce le double d’argent, on donnera pour une marchandise deux onces de ce métal au lieu d’une ; et qu’il y en ait la moitié moins, on n’en donnera qu’une demi-once au lieu d’une once entière. Dans le premier cas, un propriétaire qui affermait sa terre cinquante onces, l’affermera cent ; et, dans le second, il l’affermera vingt-cinq. Mais, avec cent onces, il ne fera que ce qu’il faisait avec cinquante ; comme, avec cinquante, il ne fera que ce qu’il faisait avec vingt-cinq. Ce serait donc une illusion à lui de se croire plus riche dans un de ces cas que dans l’autre. Son revenu est toujours le même, quoique le numéraire en soit plus ou moins grand. Qu’on le compte par cent onces, par cinquante, par vingt-cinq, on n’y change rien ; puisqu’avec ces différentes manières de compter, on ne peut jamais faire que les mêmes consommations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On voit donc qu’il est assez indifférent qu’il y ait beaucoup d’argent, et qu’il serait même avantageux qu’il y en eût moins. En effet, le commerce se ferait plus commodément. Quel embarras ne serait-ce pas si l’argent était aussi commun que le fer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est de la terre cultivée que sortent toutes les productions. On peut donc regarder les fermiers comme les premiers réservoirs de tout l’argent qui circule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il s’en répand une partie sur les terres pour les frais de la culture ; une autre partie, en différentes fois, est portée peu-à-peu dans les villes, où les fermiers achètent les matières travaillées qu’ils ne trouvent pas dans leurs villages. Enfin une dernière y est apportée, en grosses sommes, pour le paiement des baux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les propriétaires sont donc d’autres réservoirs d’où l’argent se répand parmi les artisans qui travaillent pour eux, parmi les marchands chez qui ils achètent, et parmi les fermiers qui viennent à la ville vendre leurs denrées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le marchand, qui se propose de faire de gros achats, devient à son tour un réservoir, à mesure qu’il débite sa marchandise, et il en est de même de l’artisan qui a besoin d’amasser afin de pouvoir faire provision de matières premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je conviens que le marchand et l’artisan peuvent acheter à crédit, pour payer ensuite à différents termes. Mais soit qu’ils paient en achetant, soit qu’ils ne paient qu’après, il faut nécessairement qu’ils prélèvent chaque jour sur ce qu’ils vendent, s’ils veulent ne pas manquer à leurs engagements. C’est donc pour eux une nécessité d’amasser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il serait avantageux que l’usage du crédit s’établit, parce qu’alors un marchand et un artisan pourraient, sans argent, avoir un fonds, l’un de marchandises, l’autre de matières premières ; et que par conséquent un plus grand nombre d’hommes industrieux concourraient aux progrès du commerce. Il faut pour cela que la bonne foi amène la confiance. C’est ce qui arrive surtout dans les républiques qui ont des mœurs, c’est-à-dire, de la simplicité et de la frugalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le marchand et l’artisan ne peuvent rien sans argent, ou du moins sans crédit. Il n’en est pas de même des fermiers. Si l’un ou l’autre leur est nécessaire pour les choses qu’ils achètent à la ville, ils n’en ont pas le même besoin pour fournir aux frais de la culture, parce qu’ils peuvent payer avec le grain qu’ils récoltent, avec les boissons qu’ils font, avec les bestiaux qu’ils élèvent, tous les habitants de la campagne qui travaillent pour eux. L’usage règle les salaires qu’ils doivent, et les denrées qu’ils livrent sont évaluées sur le prix du marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ainsi on ne dépense point d’argent dans les campagnes, ou on en dépense peu ; et, comme on n’en peut gagner d’un côté qu’autant qu’il s’en dépense de l’autre, il doit arriver que ceux qui travaillent pour les fermiers gagnent peu d’argent, ou n’en gagnent point du tout. L’argent circule donc moins dans les campagnes qu’ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il résulte de-là que les villes sont, en dernière analyse, les grands réservoirs de la circulation où l’argent entre, et d’où il sort par un mouvement qui se soutient, ou qui se renouvelle continuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Supposons que la moitié de notre peuplade habite la ville, où nous avons vu que les propriétaires font une consommation plus grande que celle qu’ils faisaient dans leurs villages, et où, par conséquent, on consommera plus de la moitié du produit des terres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Evaluons, pour fixer nos idées, le produit de toutes les terres à deux mille onces d’argent. Dans cette supposition, puisque les habitants de la ville consomment plus de la moitié des productions, ils auront besoin de plus de mille onces d’argent pour acheter toutes les choses nécessaires à leur subsistance. Je suppose qu’il leur en faut douze cents, et je dis que, si cette somme leur suffit, elle suffira pour entretenir le commerce dans toute la peuplade. C’est qu’elle passera aux fermiers pour revenir aux propriétaires ; et, comme cette révolution ne s’achevera que pour recommencer, ce sera toujours avec la même quantité d’argent que les échanges se feront dans la ville et dans les campagnes. De-là on pourrait conjecturer que la quantité d’argent nécessaire au commerce dépend principalement de la quantité des consommations qui se font dans les villes ; ou que cette quantité d’argent est à-peu-près égale à la valeur des productions que les villes consomment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est au moins certain qu’elle ne saurait être égale en valeur au produit de toutes les terres. En effet, quoique nous ayons évalué ce produit à deux mille onces d’argent, il ne suffirait pas de donner à notre peuplade ces deux mille onces, pour lui donner en argent une valeur égale au produit de toutes ses terres. L’argent perdrait d’autant plus de sa valeur qu’il serait plus commun : les deux mille onces n’en vaudraient que douze cents. C’est donc en vain qu’on mettrait dans le commerce une plus grande quantité d’argent. Cette quantité, quelle qu’elle fût, ne pourrait jamais avoir qu’une valeur égale à-peu-près à la valeur des productions qui se consomment dans les villes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En effet, comme les richesses des campagnes sont en productions, les richesses des villes sont en argent. Or si, dans les villes où nous supposons qu’au bout de chaque année les consommations ont été payées avec douze cents onces, nous répandons tout-à-coup huit cents onces de plus, il est évident que l’argent perdra de sa valeur, à proportion qu’il deviendra plus abondant. On paiera donc vingt onces, ou à-peu-près, ce qu’on payait douze ; et par conséquent les deux mille onces n’auront que la valeur de douze cents, ou à-peu-près.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je dis à-peu-près, parce que ces proportions ne peuvent pas se régler d après des calculs précis et géométriques.&lt;br /&gt;
	La quantité d’argent nécessaire au commerce doit encore varier suivant les circonstances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Supposons que le paiement des baux et celui de toutes les choses qui s’achètent à crédit se font une fois l’an, et que, pour les solder, il faille aux débiteurs mille onces d’argent, il faudra, relativement à ces paiements, mille onces d’argent dans la circulation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, si les paiements se faisaient par semestre, il suffirait de la moitié de cette somme ; parce que cinq cents onces, payées deux fois, sont équivalentes à mille payées une. On voit que, si les paiements se faisaient en quatre termes égaux, ce serait assez de deux cent cinquante onces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pour simplifier le calcul, je fais abstraction des petites dépenses journalières qui se font argent comptant. Mais on dira sans doute que je n’établis rien de précis sur la quantité d’argent qui est dans la circulation&amp;lt;ref&amp;gt;On estime que l&#039;argent qui circule dans les États de l&#039;Europe, est, en général, égal au moins à la moitié du produit des terres, et tout au plus aux deux tiers. &#039;&#039;Essais sur la nature du commerce&#039;&#039;, Liv. II, c.3. J&#039;ai tiré de cet ouvrage le fond de ce chapitre, et plusieurs observations dont j&#039;ai fait usage dans d&#039;autres. C&#039;est sur cette matière un des meilleurs ouvrages que je connaisse ; mais je ne les connais pas tous, à beaucoup près.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Je réponds que mon objet est uniquement de faire voir que le commerce intérieur peut se faire, et se fait, suivant les usages des pays, avec moins d’argent circulant, comme avec plus ; et il n’est pas inutile de le remarquer, aujourd’hui qu’on s’imagine qu’un État n’est riche qu’à proportion qu’il a plus d’argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Souvent il faut peu d’argent dans le commerce, et le crédit en tient lieu. Établis dans des pays différents, les trafiquans ou négociants s’envoient mutuellement des marchandises qui ont plus de prix dans les lieux où elles sont transportées ; et, en continuant de vendre, chacun pour son compte, celles qu’ils ont conservées, ils vendent tous, pour le compte les uns des autres, celles qu’ils ont reçues. Par ce moyen, ils peuvent faire un gros commerce sans avoir besoin qu’il y ait entre eux une circulation d’argent. Car en évaluant, d’après le prix courant, les marchandises qu’ils se sont confiées, il n’y aura à payer que ce que quelques-uns auront fourni de plus, encore pourra-t-on s’acquitter envers eux en leur envoyant d’autres marchandises. C’est ainsi que les plus grandes entreprises sont souvent celles où l’argent circule en moindre quantité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais il faut de l’argent pour les dépenses journalières : il en faut pour payer le salaire des artisans qui vivent de leur travail au jour le jour : il en faut pour les petits marchands qui n’achètent et ne revendent qu’en détail, et qui ont besoin que leurs fonds leur rentrent continuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est dans les petits canaux que la circulation se fait plus sensiblement et plus rapidement. Mais plus elle est rapide, plus les mêmes pièces de monnaie passent et repassent souvent par les mêmes mains ; et comme, en pareil cas, une seule tient lieu de plusieurs, il est évident que ce petit commerce peut se faire avec une quantité qui décroît à proportion que la circulation devient plus rapide. Ainsi dans les petits canaux il faut peu d’argent, parce qu’il circule avec rapidité ; et dans les grands il en faut moins encore, parce que souvent il circule à peine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Concluons qu’il est impossible de rien assurer sur la quantité précise d’argent circulant qui est ou qui doit être dans le commerce. Je pourrais l’avoir portée beaucoup trop haut lorsque je l’ai supposée à peu-près égale à la valeur des productions qui se consomment annuellement dans les villes. Car, au commencement de janvier, chaque citoyen n’a certainement pas tout l’argent dont il aura besoin dans le cours de l’année ; mais, parce qu’à mesure qu’il en dépense il en gagne, on conçait qu’à la fin de l’année les mêmes pièces de monnaie sont rentrées bien des fois dans les villes, comme elles en sont sorties bien des fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La circulation de l’argent serait bien lente s’il fallait toujours le transporter à grands frais dans les lieux éloignés où l’on peut en avoir besoin. Il importerait donc de pouvoir lui faire franchir en quelque sorte les plus grands intervalles. C’est à quoi on réussit par le moyen du change, dont nous allons traiter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
---------------------&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Atteintes_port%C3%A9es_au_commerce_:_la_jalousie_des_nations&amp;diff=114163</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : la jalousie des nations</title>
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		<updated>2014-01-31T13:00:20Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale|Chapitre 16 : Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations|Chapitre 18 : Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|17. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : JALOUSIE DES NATIONS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Afin de juger de ce qui doit arriver à plusieurs nations jalouses, qui tentent chacune de commercer exclusivement, je transporte dans l’Asie mineure, le peuple que nous avons observé. Je lui donne la Mysie, la Lydie, la Bytinie, d’autres provinces encore, et je fais un royaume dont Troie sera la capitale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais parce que je ne veux observer que les effets de la jalousie des nations, je suppose, afin d’écarter toute autre cause, que ce peuple n’a plus, dans ses mœurs, ni dans son gouvernement, aucun des vices que je lui ai reprochés. Ce sera actuellement une nation agricole. Elle cultive les arts relatifs à l’agriculture : elle commence à en cultiver d’autres : elle met plus de recherches dans les commodités de la vie. Mais ses mœurs sont simples encore, ainsi que son gouvernement. Elle ne connaît ni les péages, ni les douanes, ni les impôts ni les maîtrises, ni les communautés, ni aucune espèce de privilège, ni ce qu’on appelle police des grains. Chaque citoyen a la liberté de choisir, pour subsister, le genre de travail qui lui convient, et le gouvernement n’exige qu’une contribution qui est réglée sur les besoins de l’état, et que la nation paie volontairement. Tels sont ces nouveaux troyens. Mais il faut qu’on me permette encore d’autres suppositions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose donc que, dans les siècles où ils subsistaient, siècles antérieurs à toute tradition, l’Asie, l’Égypte, la Grece et l’Italie, ainsi que les îles répandues dans les mers qui séparent ces continents, étaient autant de pays civilisés, dont les peuples commençaient à avoir quelque commerce les uns avec les autres ; tandis que tout le reste de l’Europe était encore dans la barbarie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin, ma dernière supposition sera que les arts n’avaient fait encore nulle part autant de progrès que chez les troyens. Partout ailleurs ils paraissaient à leur naissance. Cependant le luxe, même à Troie, était encore ignoré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La population doit être grande dans tous les pays que je viens de supposer. Plusieurs causes y concourent : la simplicité des mœurs, une subsistance assurée dans un travail à son choix, et l’agriculture qui fait d’autant plus de progrès, qu’elle est plus considérée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant tous les pays que nous avons couverts de nations civilisées, ne sont pas également fertiles ; et tous, par conséquent, ne produisent pas de quoi faire subsister, dans un espace égal, une population égale. La Grèce, par exemple, n’est pas, à beaucoup près aussi fertile que l’Égypte; et beaucoup de côtes maritimes seraient peu habitées, si elles étaient réduites au seul produit de leur sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais là où l’agriculture ne peut pas nourrir une grande population, l’industrie y supplée, et le commerce y fait vivre un peuple nombreux, avec le surabondant des nations agricoles. Ce peuple, à qui le sol semble refuser le nécessaire, devient le commissionnaire des autres. Il trafique avec le surabondant de tous : il en rapporte chez lui de quoi subsister, et parce qu’il s’est fait une habitude de l’économie avec laquelle il a été forcé de commencer, il finit par s’enrichir. Voilà ce qui doit arriver à des nations qui habitent des terres ingrates le long des côtes maritimes. Marchandes par leur position, elles ont les premières fait le commerce de commission ou le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors tous les ports étaient ouverts aux trafiquants. Tous les peuples donnent à l’exportation et à l’importation une liberté entière. Le surabondant se versait continuellement des uns chez les autres. Par une concurrence de tous les marchands possibles, chaque chose était à son vrai prix ; et l’abondance qui se répandait chez toutes les nations, semblait tendre, par un espèce de flux et de reflux, à se mettre partout au même niveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce commerce était surtout avantageux pour les troyens. Les progrès qu’ils avaient faits dans les arts, attiraient chez eux les marchands de toutes les nations. Ils mettaient en œuvre et les matières premières de leur sol, et celles qu’ils tiraient de l’étranger ; et leurs manufactures, tous les jours plus florissantes, faisaient subsister une multitude d’artisans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Heureux dans cette position, les peuples ne surent pas s’y maintenir. Pourquoi, disait-on, envoyer chez les troyens des matières premières que nous pouvons mettre en œuvre nous-mêmes ? Est-il raisonnable de porter chez l’étranger notre argent et nos productions, pour y faire subsister des artisans, qui, en consommant chez nous, augmenteraient notre population et nos richesses ? Tous les peuples songeaient donc aux moyens d’établir chacun chez eux les mêmes manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les nations marchandes excitaient surtout la jalousie. Ces nations, pauvres par leur sol, s’enrichissaient, se peuplaient, et semblaient devoir à l’aveuglement des autres, leurs richesses et leur population. Pourquoi leur laisser faire, presque à elles seules, tout le trafic, disaient les peuples jaloux ? Souffrirons-nous encore longtemps qu’elles fassent sur nous des profits que nous pourrions faire nous-mêmes ? C’est nous qui les faisons subsister ; c’est nous qui les enrichissons. Fermons-leur nos ports, elles tomberont dans la misère, et bientôt elles ne seront plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces réflexions ne sont pas aussi solides qu’elles le paraissent. L’auteur de la nature, aux yeux duquel tous les peuples, malgré les préjugés qui les divisent, sont comme une seule république, ou plutôt comme une seule famille, a établi des besoins entre eux. Ces besoins sont une suite de la différence des climats, qui fait qu’un peuple manque des choses dont un autre surabonde, et qui leur donne à chacun différents genres d’industrie. Malheur au peuple qui voudrait se passer de tous les autres. Il serait aussi absurde qu’un citoyen qui, dans la société regrettant les bénéfices qu’on fait sur lui, voudrait pourvoir par lui seul à tous ses besoins. Si un peuple se passait des nations marchandes, s’il les anéantissait, il en serait moins riche lui-même, puisqu’il diminuerait le nombre des consommateurs auxquels il vend ses productions surabondantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’ailleurs les négociants n’appartiennent proprement à aucun pays. Ils forment une nation qui est répandue partout ; et qui a ses intérêts à part. Un peuple est donc dans l’erreur, s’il croit travailler pour lui, lorsqu’il sacrifie tout à ses négociants. En excluant ceux des autres nations, il vend ses marchandises à plus bas prix, et il achète à plus haut les marchandises étrangères : ses manufactures tombent, son agriculture se dégrade, et il fait tous les jours de nouvelles pertes. Il n’y a que la concurrence de tous les négociants qui puisse faire fleurir le commerce à l’avantage de chaque peuple. Faire et laisser faire, voilà donc quel devait être l’objet de toutes les nations. Un commerce toujours ouvert et toujours libre, pouvait seul contribuer au bonheur de toutes ensemble, et de chacune en particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais ce n’est pas ainsi qu’on raisonnait. Un état, disait-on n’est riche et puissant, qu’à proportion de l’argent qui circule ; et l’argent ne circule en plus grande quantité, qu’autant qu’on fait un plus grand commerce. Toute nation qui entendra ses vrais intérêts, doit donc songer aux moyens d’être la seule nation commerçante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce raisonnement parut évident, et on se conduisit en conséquence. Voilà donc les peuples qui vont travailler à s’appauvrir les uns les autres : car en voulant s’enlever mutuellement le commerce, chacun d’eux en commercera moins. Observons les effets de cette politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les troyens qui avaient des ports sur la mer Égée, sur la Propontide et sur le Pont-Euxin, étaient maîtres encore de toutes les îles adjacentes à leur continent. Dans cette position, où ils pouvaient faire un grand commerce concurremment avec les autres peuples, ils voulurent le faire exclusivement. Ils établirent donc des douanes partout : ils mirent à contribution les marchands étrangers qui exportaient ou qui importaient ; enfin ils leur fermèrent tout-à-fait les ports.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple applaudit à la sagesse du gouvernement. Il croyait qu’il allait faire à lui seul tout le trafic ; et il n’en fit pas plus qu’auparavant ; parce qu’il ne pouvait pas abandonner ses manufactures et ses champs pour monter sur des vaisseaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce diminua considérablement, lorsqu’il ne se fit plus par l’entremise des nations marchandes. Cette révolution entraîna la chûte de plusieurs manufactures ; et l’agriculture se dégrada, parce qu’il y eut moins de productions, quand l’impuissance d’exporter eut rendu inutile tout surabondant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant le gouvernement ne se doutait pas de la faute qu’il avait faite. Il croyait au contraire que le commerce apportait dans l’état plus de richesses que jamais: il en jugeait ainsi à la fortune de quelques négociants troyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ces négociants s’enrichissaient aux dépens de l’état n’ayant plus de concurrents, lorsqu’ils vendaient et lorsqu’ils achetaient, ils mettaient seuls le prix aux choses. Ils retranchaient tous les jours sur le salaire de l’artisan et du laboureur, et ils vendaient cher tout ce qu’ils apportaient de l’étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Jaloux les uns des autres, les peuples ne devaient pas se borner à se fermer leurs ports, et à s’interdire mutuellement le commerce, dans l’espérance de le faire chacun exclusivement. On devait encore armer, et on arma. Dans des guerres funestes à tous, on s’applaudissait alternativement des coups qu’on croyait se porter, et qu’on ne portait que sur le commerce pour le ruiner partout également. De grandes armées sur terre, de grandes flottes sur mer mettaient dans la nécessité d’arracher de force à la charrue et aux manufactures une partie des citoyens, et de charger d’impôts l’autre partie. Ces violences se renouvelaient à chaque guerre, toujours avec de nouveaux abus, parce que la paix qui ne se faisait que par épuisement, ne durait jamais assez pour permettre aux puissances belligérantes de réparer leurs pertes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce, tombé pendant la guerre, se relevait difficilement à la paix. On n’osait pas s’engager dans des entreprises qui exigeaient de grandes avances, et dont toutes les espérances pouvaient s’évanouir aux premières hostilités. Le gouvernement néanmoins invitait le peuple et même la noblesse à faire le trafic. Il offrait sa protection aux négociants, et il ne paraissait occupé qu’à faire fleurir le commerce, qu’il avait ruiné, et qu’il devait ruiner encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand on a la puissance, on croit tout possible. On ne sait point se méfier de ses lumières, et parce qu’on a commandé, on n’imagine pas devoir trouver des obstacles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi, dans l’administration publique, une faute, qui a été faite, se fait encore, et se fait longtemps. Elle devient maxime d’état, et les préjugés gouvernent. Les troyens s’obstinaient à fermer leurs ports aux nations marchandes, ils s’obstinaient à leur faire la guerre, et cependant ils cherchaient quelle pouvait être la cause de la décadence de leur commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On crut l’avoir trouvée, lorsqu’ayant considéré que les entreprises demandaient des avances d’autant plus grandes, qu’elles exposaient à plus de risques, on s’imagina que le commerce ne pouvait plus se faire que par des compagnies qui réuniraient les fonds de plusieurs riches négociants. Il n’y avait donc qu’à permettre d’en former autant qu’on le jugerait à propos. Mais il s’en présentait une. Elle faisait voir de grands avantages pour l’état dans l’espèce de trafic qu’elle projetait. Elle exagérait les avances qu’elle aurait à faire. Elle représentait qu’après les avoir faites, il ne serait pas juste qu’elle fût privée du bénéfice dû à son industrie ; et elle demandait un privilège exclusif. Il lui fut accordé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce privilège était une atteinte portée à la liberté, puisqu’il donnait, à une seule compagnie, un droit qui appartenait à tous les citoyens. Les négociants réclamèrent, mais inutilement. La nouvelle compagnie donna de l’argent, et le privilège fut confirmé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que le gouvernement connut que ces privilèges pouvaient se vendre, il en vendit encore. Cet abus, passé en usage, devint règle ; et bientôt on regarda les privilèges exclusifs, comme une protection accordée au commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant vendre des privilèges exclusifs à des artisans et à des marchands, c’était exiler ceux à qui on n’en vendait pas. Plusieurs sortirent du royaume, et emportèrent les manufactures avec eux. Il est vrai que le gouvernement leur défendit, sous de grièves peines, de sortir de l’état. Mais quand ils étaient passés chez l’étranger, on ne pouvait plus les punir, et cependant on ne pouvait pas les empêcher d’y passer. Cette défense les fit déserter en plus grand nombre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque les manufactures jouissent, dans un royaume, d’une liberté entière, elles se multiplient à proportion du besoin. Il n’en est pas de même, lorsqu’elles appartiennent à une compagnie exclusive. Comme l’intérêt de cette compagnie est bien moins de vendre beaucoup, que de vendre cher, elle songe à faire le plus grand bénéfice avec le plus petit trafic. D’ailleurs elle trouve un avantage à diminuer le nombre des manufactures, c’est que les ouvriers, restant en plus grande quantité qu’elle n’en peut employer, sont réduits, s’ils ne veulent pas mendier, à travailler presque pour rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Non-seulement la main d’œuvre coûtait peu aux compagnies exclusives. Elles voulurent faire encore un nouveau bénéfice sur les matières premières. Elles représentèrent au gouvernement combien l’exportation qu’on en faisait chez l’étranger était contraire aux intérêts du commerce, et il fut défendu de les exporter. Elles les achetèrent donc au plus bas prix, et en conséquence la culture en fut tous les jours plus négligée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pendant que les douanes, les impôts, les privilèges exclusifs vexaient le commerce et l’agriculture, le luxe croissait avec la misère : l’état qui ne subsistait plus que par des ressources, contractait continuellement de nouvelles dettes ; et la finance s’élevait au milieu des débris de la fortune publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà l’état où se trouvait la monarchie des troyens. Tel était à-peu-près celui de toutes les monarchies, qui avaient armé pour s’enlever mutuellement quelques branches de commerce. Aux moyens qu’elles employaient, on n’aurait pas deviné qu’elles voulaient s’enrichir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque le gouvernement fait continuellement des emprunts, l’intérêt de l’argent est nécessairement fort haut : il l’est surtout dans un temps où le luxe, qui ne met point de bornes aux besoins, fait une nécessité aux plus riches d’emprunter. Si ce sont les citoyens qui prêtent à l’état, les fonds sortent du commerce, pour faire subsister sans travail une multitude de rentiers, gens inutiles, dont le nombre croît continuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si ce sont des étrangers, les fonds sortent non-seulement du commerce, ils sortent encore de l’état qui se ruine insensiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors les négociants qui trouvent difficilement à emprunter, ou qui ne trouvent qu’à gros intérêts, sont dans l’impuissance de former de grandes entreprises. Comment en formeraient-ils ? Leurs affaires sont presque toujours mêlées avec celle du gouvernement, auquel les compagnies exclusives ont prêté leur crédit ; et par conséquent la méfiance, qu’on a du gouvernement, bannit du commerce toute confiance. Il est donc bien difficile que le commerce fleurisse dans de pareilles monarchies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On ne voyait pas de pareils inconvénients chez les républiques marchandes. Au contraire, il y régnait une grande confiance, parce que les négociants y jouissaient d’une liberté entière, et que le gouvernement, sans luxe et sans dettes, assuraient leurs fortunes. Ils avaient, dans le commerce, un grand avantage sur les négociants des monarchies, parce qu’ils pouvaient emprunter à bas intérêt, et qu’ayant de l’économie, ils songeaient moins à faire tout-à-coup de gros profits, qu’à en faire fréquemment de petits. Tous les fonds restaient donc dans le commerce, et le faisaient fleurir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, de tous les peuples, les plus sages ou les plus heureux, c’étaient les républiques agricoles. Peu jalouses de faire le trafic par elles-mêmes, elles n’avaient pas imaginé de fermer leurs ports aux marchands étrangers, qui venaient enlever le surabondant de leurs productions, et elles subsistaient dans l’abondance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les choses se trouvaient dans cet état, lorsque de nouvelles branches de commerce causèrent une grande révolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les phéniciens, peuple marchand et républicain, découvrirent, à l’occident de l’Europe, un pays peuplé par une multitude de cités, qui leur parurent d’autant plus barbares, qu’ayant beaucoup d’or et beaucoup d’argent, elles n’y attachaient aucune valeur. Cette découverte qui leur fournit les moyens de faire un plus grand trafic, leur donna bientôt la prépondérance sur toutes les nations marchandes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans la monarchie troyenne, où les compagnies exclusives s’étaient saisies de tout le commerce connu, on avait encore plus besoin de faire des découvertes. C’était l’unique ressource des marchands qui n’avaient point acheté de privilèges. Réduits donc à chercher quelque nouvelle branche de commerce dans des contrées inconnues, ils pénétrèrent dans la mer Caspienne ; et de-là par l’Oxus, ils remontèrent dans l’Inde, pays vaste, fertile, où les arts étaient cultivés, et où la main-d’œuvre était à un prix d’autant plus bas, qu’une grande population y subsistait dans l’abondance avec peu de besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette découverte introduisit, dans la monarchie, un nouveau genre de luxe. On admira la beauté des toiles qui se fabriquaient dans l’Inde, et la nouveauté leur donnant une valeur qui croissait en quelque sorte en raison de l’éloignement, les marchands, qui ouvrirent les premiers ce commerce, gagnerent depuis cent cinquante, jusqu’à deux cents pour cent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce trafic parut donc très lucratif : en effet, il l’était pour les marchands. Il l’aurait été pour l’état même, si on avait gagné cent cinquante pour cent sur les marchandises qu’on portait dans l’Inde ; parce que, dans cette supposition, il aurait fait fleurir les manufactures du royaume. Mais les indiens n’avaient pas besoin des choses qui se manufacturaient dans l’occident ; et l’or et l’argent étaient presque les seules marchandises qu’on pouvait leur donner en échange des leurs. C’est donc au retour que les marchands faisaient un bénéfice de cent cinquante pour cent ; et par conséquent ils le faisaient sur l’état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On n’était pas dans l’usage de faire de pareilles distinctions. Les marchands s’enrichissaient en faisant un commerce onéreux pour l’état, et on disait, l’état s’enrichit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que ce commerce paraissait se faire avec tant d’avantages par quelques marchands particuliers, il ne fut pas difficile de prouver au gouvernement qu’il se ferait avec plus d’avantages encore par une compagnie exclusive. On lui prouva même que les particuliers qui le faisaient, ne le pouvaient pas faire, et quoiqu’on l’eût convaincu de leur impuissance, et que par conséquent il fût inutile de le leur défendre, il le leur défendit, et il accorda un privilège exclusif pour quinze ans, à une compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà donc plusieurs négociants exclus d’un commerce qu’ils avaient découverts à leurs risques et fortunes, et cependant la compagnie ne le fit pas. Les compagnies sont lentes dans leurs opérations : elles perdent bien du temps à délibérer et elles font bien des dépenses avant de commencer. Celle-ci ne commença point : elle empêcha seulement que le commerce ne se fît par d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On créa une seconde compagnie, une troisième, plusieurs successivement ; et le gouvernement qui se faisait une habitude d’en créer, croyait toujours qu’il lui était avantageux d’en créer encore. Il en fut si persuadé, qu’il en créa enfin une à laquelle il donna les plus grands secours, jusqu’à lui avancer les fonds dont elle avait besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Celle-ci, malgré quelques succès qu’elle eut par intervalles, eut bientôt consommé la plus grande partie de ses fonds. Elle voyait le moment où elle allait perdre son crédit ; et parce qu’il lui importait de cacher ses pertes, elle imagina de faire aux actionnaires des répartitions, comme si le commerce eût produit un bénéfice. Mais cet expédient frauduleux qui répara pour un moment son crédit, fit un plus grand vide dans ses coffres. Bientôt elle fut réduite à emprunter à gros intérêts, et elle ne se maintint plus que par le secours qu’elle reçut du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais pourquoi le même commerce est-il tout à la fois lucratif et ruineux ? Il est lucratif, lorsque des particuliers le font, parce qu’alors il se fait avec économie. Il suffit à des négociants d’être en correspondance avec les négociants des pays où ils trafiquent. Tout au plus ils auront des facteurs partout où ils auront besoin d’avoir des entrepôts ; et ils évitent toutes les dépenses inutiles, parce qu’ils voient tout par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’en est pas de même des compagnies. Il leur faut, dans la capitale, des administrateurs, des directeurs, des commis, des employés : il leur faut d’autres administrateurs, d’autres directeurs, d’autres commis, d’autres employés partout où elles forment des établissements. Il leur faut encore, outre les comptoirs et les magasins, des édifices élevés à la vanité des chefs qu’elles emploient. Forcées à tant de dépenses, combien ne perdent-elles pas en malversations, en négligences, en incapacité ? Elles payent toutes les fautes de ceux qu’elles gagnent pour les servir ; et il s’en fait d’autant plus, que les administrateurs qui se succèdent au gré de la brigue, et qui voient chacun différemment ne permettent jamais de se faire un plan sage et suivi. Elles forment des entreprises mal combinées : elles les exécutent comme au hasard ; et dans une administration qui semble se compliquer d’elle-même, elles emploient des hommes intéressés à la compliquer encore. La régie de ces compagnies est donc vicieuse nécessairement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais la compagnie de l’Inde avait d’autres vices que ceux de sa constitution. Elle voulut être militaire et conquérante. Elle se mêla dans les querelles des princes de l’Inde : elle eut des soldats, des forts : elle acquit des possessions ; et ses employés se crurent des souverains. Il est donc aisé de comprendre, comment sa régie absorbait au-delà des produits du commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant cette compagnie s’obstinait à vouloir conserver son privilège ; et elle se fondait sur ce que ce commerce, selon elle, était impossible aux négociants particuliers. Mais elle parlait d’après les intérêts de ses employés qui seuls s’enrichissaient. En effet son expérience prouvait qu’elle ne pouvait plus elle-même faire ce commerce. Quel risque y avait-il donc à le rendre libre ? Le pis aller est que tout le monde y eût renoncé. Mais on l’aurait fait, puisqu’on le faisait avant elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce de l’Inde excita l’avidité des nations marchandes. La mer Rouge l’ouvrait aux phéniciens. Ils ne tardèrent pas à le faire, et ils portèrent dans l’Inde l’or et l’argent qu’ils tiraient de l’occident de l’Europe. Mais il semblait que les compagnies exclusives dussent s’établir partout. Il s’en forma une à laquelle les phéniciens abandonnèrent ce commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette compagnie eut dans leur république, comme dans une monarchie, les vices inhérents à sa constitution. Elle se soutint cependant mieux que celle des troyens, parce qu’elle se trouva dans des circonstances plus favorables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les phéniciens avaient conquis plusieurs îles, les seules où croissaient les épiceries ; et ils avaient cru se réserver la vente exclusive de ces productions, en donnant ces îles à une compagnie, intéressée à les fermer à tout négociant étranger. Ce sont ces productions qui soutenaient leur compagnie. Elle se serait ruinée, comme toutes les autres, si, sans des possessions qui étaient uniques, elle eût été bornée à faire le commerce de l’Inde. Les phéniciens éclairés ne l’ignoraient pas. Ils ne comptaient point sur la durée d’une compagnie qui était tout à la fois militaire et marchande ; et ils jugeaient avec raison qu’il eût été plus avantageux à leur république de laisser une entière liberté au commerce, et de partager même celui des épiceries avec les nations étrangères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant l’exemple d’une compagnie exclusive chez les phéniciens était à Troie un grand argument pour protéger la compagnie de l’Inde. Comment, disait-on, cette compagnie serait-elle contraire à la liberté et au commerce, puisqu’il s’en établit de semblables chez les peuples libres et commerçants ? Mais si ceux qui faisaient cette objection prévoyaient la réponse, ils étaient de mauvaise foi ; et s’ils ne la prévoyaient pas, ils étaient bien ignorants. De pareils raisonnements néanmoins aveuglaient le gouvernement, au point qu’il ne se lassait pas de faire continuellement de nouveaux efforts pour soutenir cette compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il était difficile que les égyptiens, situés si avantageusement pour trafiquer du couchant à l’orient, vissent sans jalousie les richesses que le commerce apportait aux phéniciens. Ils tentèrent donc de les partager, et ils s’ouvrirent les mêmes routes. Insensiblement les autres peuples de l’Asie, à l’exemple les uns des autres, s’adonnèrent au trafic, et tous arrivèrent dans l’Inde par divers chemins. Les derniers comptaient sur les mêmes bénéfices que les premiers avaient faits. Ils ne prévoyaient pas que la concurrence de tant de nations marchandes ferait tout renchérir dans les marchés de l’Inde ; et que les choses qu’on y achèterait à un plus haut prix, se revendraient à un plus bas, parce qu’elles deviendraient plus communes. Au contraire, au grand mouvement qui se faisait dans le commerce, on se confirmait tous les jours dans la maxime qu’un état n’est puissant qu’autant qu’il est riche, et qu’il n’est riche qu’autant qu’il fait le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce n’est pas que je blâme le trafic. Je pense qu’il faut laisser faire à un peuple tout ce à quoi il se croit propre. Le gouvernement n’a rien à prescrire à cet égard. Il ne doit point encourager exclusivement le trafic, pas même l’agriculture. Toute sa protection se borne à observer ce qui se fait, à laisser faire, à lever les obstacles et à maintenir l’ordre. Que les campagnes ne soient point foulées, elles se peupleront avec une surabondance qui refluera dans les villes pour les remplir d’artisans, et dans les ports pour les remplir de matelots. Alors tout sera mis en valeur par une industrie qui se portera à tout, et la nation sera véritablement puissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais faut-il, pour ne pas fouler les campagnes, ôter tous les impôts ? Non sans doute. Car ce sont les terres qui doivent payer les charges, puisqu’elles seules peuvent payer. Les artisans et les marchands, comme nous l’avons remarqué, quelque taxe qu’on mette sur eux, ne payent jamais, parce que s’ils travaillent, ils se font rembourser, et s’ils ne travaillent pas, ils mendient. En un mot, de quelque manière qu’on s’y prenne pour les faire contribuer, ce sont toujours les propriétaires qui payent pour les salariés, puisque ce sont les propriétaires qui payent les salaires : nous l’avons déjà dit. Il faut donc mettre des impôts sur les terres : il faut accorder à l’industrie toute liberté, et il ne faut laisser naître aucun des abus que nous avons observés dans les gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tous ces abus s’étaient introduits plus ou moins parmi les nations de l’Asie ; et lorsqu’elles ôtaient toute liberté au commerce, et que par contre coup elles ruinaient l’agriculture, elles voulaient être commerçantes, et chacune voulait l’être exclusivement. De-là des guerres fréquentes dans l’Inde, dans l’Asie, et des révolutions continuelles dans le commerce. Il tombait successivement partout, et il ne se relevait que faiblement chez les nations qui avaient eu plus de succès. Toutes contractaient des dettes, toutes multipliaient les impôts ; et pour soutenir le commerce, elles paraissaient à l’envie ruiner l’agriculture, sans laquelle cependant il n’y a point de commerce. Le désordre était partout le même, ou à peu près.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On sentit enfin que les terres sont le plus grand fonds de richesses ; et pour encourager l’agriculture, on proposa chez les troyens, de permettre tout à la fois l’exportation et l’importation des bleds. Notre sol, disait-on, naturellement fécond, sera pour nous, s’il est bien cultivé, une mine inépuisable. La concurrence des nations mettra le bled à son vrai prix. Les cultivateurs assurés de la vente de leurs grains, défricheront toutes les terres ; et à chaque année, nous aurons un plus grand fonds de commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En Égypte, l’exportation seule était permise : souvent même le gouvernement l’encourageait par des récompenses. Riches par leur sol, les égyptiens l’étaient encore par leur commerce, et dominaient alors sur les mers. D’après cet exemple ; beaucoup de personnes, chez les troyens voulaient qu’on permît au moins l’exportation : d’autres s’y opposaient ; et le public qui ne savait qu’en penser, était dans la crainte, soit qu’on la permît ; soit qu’on la défendît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parmi les raisonnements qu’on faisait sur cette question, les meilleurs ne convainquaient pas, et les mauvais avaient l’avantage du nombre. Le gouvernement qui, comme le public, ne savait que penser, obéissait au cri qui paraissait le plus fort, permettant et défendant, tour-à-tour l’exportation ; et parce que faute de principes il se conduisait avec timidité, il n’accordait ordinairement qu’une liberté qu’il limitait, et qu’il rendait par-là sujette aux plus grands abus. En un mot, on eût dit, à sa conduite, qu’il voulait causer la disette pour favoriser les monopoleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sur ces entrefaites, on apprit que les égyptiens venaient de défendre l’exportation ; et cette nouvelle parut faire triompher ceux qui la blâmaient à Troie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons prouvé qu’il est de l’intérêt de toutes les nations de donner la liberté d’exporter et d’importer : nous remarquerons ici que cette liberté doit procurer de plus grands avantages, ou du moins les procurer plus promptement, lorsqu’elle concourt avec toutes les causes qui peuvent contribuer aux progrès de l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quoiqu’il y eût des abus en Égypte, de vieux usages faisaient encore respecter l’agriculture. On avait pour maxime que les impôts ne devaient être mis que sur le produit net des terres, et on évaluait ce produit de la manière la plus favorable aux cultivateurs. Un fermier savait ce qu’il devait payer. Assuré qu’on ne lui demanderait jamais au-delà, il vivait dans l’aisance. On lui laissait toutes les avances nécessaires pour cultiver ses champs et pour les améliorer ; et jamais l’impôt, sous quelque prétexte que ce fût, ne pouvait être pris sur ces avances. Il avait même pour s’enrichir, un moyen qui contribuait aux progrès de l’agriculture. C’est que les baux se passaient pour vingt, vingt-cinq ou trente ans. Les fermiers riches pouvaient donc pendant les quatre ou cinq premières années d’un bail, mettre tous leurs profits en plantations, en défrichements, en augmentations de bestiaux. Ils pouvaient même encore employer à cet effet une partie de leur bien, et ils le faisaient communément, parce qu’ils étaient assurés de retirer, avec bénéfice, pendant quinze à vingt ans, les avances qu’ils avaient faites. En un mot, par la longueur de leurs baux, ils cultivaient une ferme avec le même intérêt, que si elle eût été à eux ; et les propriétaires y trouvaient eux-mêmes un grand avantage, parce qu’à chaque renouvellement de bail, ils augmentaient considérablement leurs revenus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà les causes qui concouraient en Égypte avec la liberté d’exporter, et on conçoit qu’il en devait résulter de grands avantages.&lt;br /&gt;
	A Troie, depuis longtemps, un grand nombre d’abus contribuaient à la dégradation de l’agriculture. Les baux étaient de neuf ans : la loi ne permettait pas d’en faire des plus longs ; et quand elle l’aurait permis, l’agriculture en eût retiré peu d’avantages. Que pouvait-on attendre des fermiers? Ils ne gagnaient en général que de quoi subsister misérablement. Peu assurés de leurs avances, ils étaient souvent réduits pour payer les impositions, à vendre leurs bestiaux, ou même jusqu’à leurs charrues. Pauvres, ils affectaient de le paraître encore plus ; parce que les taxes, qui étaient personnelles et arbitraires, croissaient aussitôt qu’un laboureur laissait apercevoir de l’aisance. Dans cet état des choses, les champs tombaient en friche : on ne cultivait, qu’autant qu’on y était forcé par la nécessité ; et la plupart des fermes n’étaient point en valeur. On juge d’après cet exposé, que dans la monarchie troyenne, il fallait du temps pour se procurer tous les avantages qu’on doit attendre de la liberté du commerce des grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On demandera sans doute, pourquoi les égyptiens, après avoir encouragé l’exportation, l’avait défendue : c’est qu’ils n’avaient pas permis l’importation. Il y eut une cherté à la suite d’une mauvaise récolte, et les étrangers n’apportèrent point de bleds, ou n’en apportèrent pas assez. Dans cette conjoncture, le gouvernement crut devoir prendre la précaution inutile de défendre l’exportation qui ne se faisait pas, et qui ne pouvait pas se faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les troyens devaient donner au commerce des grains une liberté entière, et ils devaient encore faire concourir toutes les causes qui peuvent contribuer aux progrès de l’agriculture. Mais quand un état tombe en décadence, on ne songe ni à l’agriculture, ni aux causes qui la dégradent, ni aux moyens de la réparer. On a pour unique maxime, qu’il faut faire de l’argent ; et quand on en a fait, on croit avoir plus de puissance, parce qu’on peut lever de plus grandes armées. Mais en supposant que les grandes armées font la puissance, il faudra savoir comment le monarque a de l’argent, pour juger si sa puissance est bien assurée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sont-ce les cultivateurs qui le donnent ; et après l’avoir donné, vivent-ils dans l’aisance ? Je conçois que le souverain est riche ; et s’il sait faire un emploi de ses richesses, il sera puissant. Mais n’a-t-il de l’argent, que parce qu’il en emprunte ? Il n’en a donc pas. Il n’a que des dettes. Pour les payer, il ruinera son peuple ; et avant de les avoir payées, il en aura déjà contracté de nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà cependant où en étaient les principales puissances de l’Asie. Partout on parlait de faire entrer l’argent dans l’état : on parlait d’empêcher qu’il ne sortît : on ne parlait, en un mot, que de la nécessité d’en avoir ; et les gouvernements qui ne se conduisaient que par des principes de finance, ne pouvaient pas songer aux moyens de faire fleurir l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Avec cette politique financière, les monarques se croyaient puissants, ou se flattaient de le devenir. Mais les siècles reculés où je les fais vivre, doivent leur faire pardonner cette erreur. Ils ne prévoyaient pas avec quelle facilité les empires les plus riches, surtout ceux de l’Asie, seraient renversés ; et ils pouvaient croire qu’il y aurait quelque jour des conquérants financiers. Ils se sont trompés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale|Chapitre 16 : Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations|Chapitre 18 : Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_R%C3%A9partition_des_richesses,_lorsque_le_commerce_est_libre&amp;diff=114162</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Répartition des richesses, lorsque le commerce est libre</title>
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		<updated>2014-01-31T12:59:38Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Objet de cette seconde partie|Objet de cette seconde partie]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Circulation des richesses, lorsque le commerce est libre|Chapitre 2 : Circulation des richesses, lorsque le commerce est libre]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|1. RÉPARTITION DES RICHESSES, LORSQUE LE COMMERCE JOUIT D&#039;UNE LIBERTÉ ENTIÈRE ET PERMANENTE}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose que le pays qu’occupe notre peuplade, est grand comme l’Angleterre, la France, l’Espagne, ou comme ces trois royaumes ensemble. Il faut qu’il ait une certaine étendue, et que le commerce trouve un fonds considérable dans la variété des productions que les provinces auront besoin d’échanger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce pays est rempli de hameaux, de villages, de bourgs, de villes. C’est une multitude de cités libres, qui se gouvernent à-peu-près par les mêmes lois ; et qui se souvenant de leur origine, se regardent comme une seule et même famille, quoiqu’elles forment déja plusieurs peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tous ces peuples, occupés de l’agriculture et des arts qui s’y rapportent, ou qui tendent à la faire fleurir, menent une vie simple, et vivent en paix. Les magistratures sont, pour les citoyens, le dernier terme de l’ambition, et aucun d’eux n’a encore imaginé d’aspirer à la tyrannie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces peuples ne connaissent ni les péages, ni les douanes, ni les impôts arbitraires, ni les privileges, ni les polices qui gênent la liberté. Chez eux, chacun fait ce qu’il veut, et jouit librement des fruits de son travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin ils n’ont point d’ennemis, puisque nous les avons placés dans un pays inaccessible à toute nation étrangère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà les suppositions d’après lesquelles on peut se faire une idée de ce que j’entends par un commerce qui jouit d’une liberté entiere. Il s’agissait uniquement de bien déterminer cette idée ; et il importe peu que quelqu’unes de ces suppositions ne paraissent pas vraisemblables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pour faire fleurir le commerce dans toutes les provinces où je répands des cités, il faut que, réciproquement de l’une dans l’autre, le surabondant se verse sans obstacle, et qu’il supplée à ce qui manque dans les lieux où il se répand. C’est une espèce de flux et de reflux, où les choses se balancent par un mouvement alternatif, et tendent à se mettre au niveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Chez les peuples que nous observons, la nature seule peut opposer des obstacles au commerce, et on les lève, ou du moins on les diminue. On facilite la navigation sur les rivières, on creuse des canaux, on fait des chemins. Ces ouvrages qui nous étonnent, parce que nous qui ne faisons rien qu’à force d’argent, nous sommes rarement assez riches pour les entreprendre, coûtent peu à une nation sobre qui a des bras. Elle y voit son intérêt ; elle sent qu’elle travaille pour elle ; et elle exécute les plus grandes choses. Elle n’est pas dans la nécessité d’imposer des taxes, parce que tous contribuent volontairement, l’un de son travail, l’autre de ses denrées, pour fournir à la subsistance des travailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le transport des marchandises se fait donc avec le moins de frais possibles. Partout on a des débouchés pour faire sortir les choses surabondantes : partout ces débouchés sont autant de portes pour faire arriver les choses nécessaires ; et, par conséquent, les échanges, entre toutes les provinces, se font toujours avec une facilité égale, autant du moins que la nature du sol le permet. S’il y a quelque différence, elle vient uniquement des obstacles que la nature a mis, et qu’il n’a pas été possible d’applanir également partout. Mais où il y a plus d’obstacles, il y a aussi plus d’industrie ; et l’art semble réparer les torts de la nature. Voyons comment, dans un pays tel que celui que je viens de supposer, les richesses se répandent naturellement partout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les campagnes, abondantes chacune en divers genres de productions, sont proprement la première source des richesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans les bourgs, dans les villages, dans les hameaux, dans les fermes même, on travaille les matières premières pour les rendre propres aux usages du colon qui cultive son champ, ou du fermier qui cultive le champ d’un autre. On y fait des charrues, des jougs, des charriots, des tombereaux, des pioches, des bêches ; de grosses toiles, de gros draps, et autres ouvrages qui demandent peu d’art, et qui se consomment aux environs des lieux où ils se fabriquent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces manufactures, quelque grossières qu’elles soient, donnent une nouvelle valeur aux matieres premieres. Elles sont donc autant de canaux, par où la source des richesses se distribue, pour se répandre de côté et d’autre à une certaine distance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je dis à une certaine distance, parce que les ouvrages qui sortent de ces manufactures, ne sont un fonds de commerce, que pour le canton où elles sont établies. De peu de valeur en eux-mêmes, et devenus chers par les frais de transport, ils ne feraient pas de débit dans les lieux éloignés où on en fait de semblables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les richesses des villes consistent dans les revenus des propriétaires et dans l’industrie des habitants, industrie dont le revenu est en argent. Ainsi c’est l’argent qui fait la principale richesse des villes, comme les productions font la principale richesse des campagnes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est dans les villes que se font les plus grandes consommations. C’est le lieu où les artisans, les plus habiles en tous genres, érigent des manufactures de prix. Ce sont des marchés toujours subsistants, où l’on vient des campagnes acheter les ouvrages qui ne se font pas dans les villages, ou qui ne s’y font pas aussi bien. Voilà les canaux où les richesses en argent circulent en plus grande abondance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si l’industrie, dans une ville, n’était payée que par les propriétaires qui l’habitent, elle n’augmenterait pas la quantité d’argent qui y circule. Cependant elle le ferait circuler avec plus de vitesse, et cette vîtesse rendrait la même quantité d’argent équivalente à une plus grande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais si, comme nous venons de le remarquer, les ouvrages qui se font dans les campagnes, ne sont pas de nature à être vendus au loin, il n’en est pas de même de ceux qui sortent des manufactures, établies dans les villes. Comme ils sont d’un plus grand prix, l’augmentation, occasionnée par les frais de transport, est peu de chose par comparaison à ce prix. Les artisans ne sont donc pas réduits à n’être payés que par les propriétaires des villes qu’ils habitent. L’argent leur arrive de tous les lieux où leurs ouvrages sont recherchés. Ce sont eux proprement qui creusent les canaux, par où les richesses concourent dans les villes ; canaux qui forment plus de branches et des branches plus étendues, à mesure que l’industrie fait des progrès. 	Telle est donc en général la répartition des richesses entre les campagnes et les villes : c’est que les campagnes sont riches en productions par le travail du laboureur ; et que les villes sont riches en argent par les revenus des propriétaires et par l’industrie des artisans. Mais de campagne en campagne, et de ville en ville, cette répartition ne se fait pas, et ne peut pas se faire d’une manière égale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le laboureur observe les denrées qui sont de débit. Plus on lui en demande, plus il en demande lui-même aux champs qu’il cultive, et il applique toute son industrie à mettre en valeur chaque espèce de terrein. Les campagnes, voisines des principales villes, où l’on consomme davantage, sont donc les plus riches en productions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans les campagnes éloignées, cette richesse sera en raison du plus ou moins de facilité à transporter les denrées dans les principales villes. Quelque soin qu’on ait donné à faire des chemins, à creuser des canaux, à rendre les rivières navigables, il n’a pas été possible d’ouvrir partout des débouchés également commodes. La nature opposait souvent des obstacles, qui, même après avoir été applanis, occasionnaient encore de grands frais pour le transport des marchandises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’est pas de l’intérêt du laboureur d’avoir des denrées au-delà de ce qui s’en consomme. Les provinces où l’exportation est moins facile, seront donc moins riches en productions. Moins riches, dis-je, par comparaison avec les autres ; mais assez riches pour elles-mêmes, parce qu’elles en auront autant qu’il en faut à leur consommation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans les provinces dont le sol sera le plus ingrat, les habitants seront plus laborieux, et auront plus d’industrie. Ils mettront en valeur jusqu’aux rochers, qu’ils couvriront de productions. Dans les saisons, où ils n’auront pas assez d’ouvrages chez eux, ils en iront chercher dans les provinces voisines. Ils reviendront dans leurs villages, avec des profits qui les mettront en état de former quelques petites entreprises. Ils augmenteront le nombre de leurs bestiaux ; ils défricheront quelques morceaux de terre ; et ils érigeront des manufactures communes, pour mettre eux-mêmes en œuvre les matières premières de leur sol. C’est ainsi que les provinces les moins fertiles pourront, à proportion de leur étendue, être presqu’aussi peuplées que les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les villes ne sont pas toutes dans une situation également favorable au commerce, parce que toutes n’ont pas les mêmes moyens pour communiquer au loin. Il ne peut pas y avoir partout de grandes rivières, des canaux de communication et des chemins praticables. Il y aura donc des villes d’un plus grand abord, plus marchandes, par conséquent, et plus peuplées. Ce sont les principales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si une cité conquérait toutes les autres, sa ville, siège alors de la souveraineté, serait la capitale, et pourrait se peupler au point qu’elle renfermerait la vingtième partie des citoyens. Nous verrons ailleurs ce qu’une pareille capitale doit produire dans un état. Mais il n’y en a point encore chez les peuples sortis de notre peuplade. Jusqu’à présent ils n’ont été occupés qu’à se gouverner chacun séparément, et aucun d’eux n’a eu occasion de découvrir qu’il pourrait faire des conquêtes. Il faut bien des circonstances pour préparer à un peuple les moyens de conquérir ; et quand toutes ces circonstances se sont réunies, il n’ambitionne de dominer au loin, que lorsqu’ayant fait des conquêtes sans dessein, il juge qu’il en peut faire : cette ambition n’est donc pas la première idée qui s’offre à lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Toutes les cités, par conséquent, sont libres et indépendantes ; et si nous les considérons dans un temps où les dissentions ne les ont pas encore armées les unes contre les autres, nous jugerons que leurs villes communiquent entr’elles sans obstacles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans cette supposition, les richesses se répartissent entre les villes, en raison de la consommation qui s’y fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans les principales, qui renferment une grande population, et qui comptent parmi les citoyens beaucoup de riches propriétaires, il y aura un grand concours d’artisans et de marchands de toutes espèces, et l’argent y circulera avec plus de vitesse et en plus grande quantité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans les moindres villes, il y aura moins de richesses, ou moins d’argent dans la circulation ; parce qu’étant moins peuplées, elles consommeront moins, et que consommant moins, elles n’auront ni autant d’artisans, ni autant de marchands.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais quoique plus ou moins riches en argent, toutes les villes sont dans l’abondance des choses dont elles se sont fait des besoins ; parce que dans toutes, la population est en proportion avec les subsistances qu’elles peuvent se procurer. Les moins riches ne se sont formées, que parce qu’elles ont trouvé de quoi subsister dans les lieux où elles se sont établies. Or elles y trouvent tous les jours d’autant plus de quoi subsister, que leurs citoyens ont tous les jours plus d’industrie, et que cette industrie n’est arrêtée par aucun obstacle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Concluons que la répartition des richesses entre les villes n’en condamne aucune à marquer des choses qui lui sont nécessaires. Comparées les unes aux autres, elles sont plus ou moins riches en argent, comme elles sont plus ou moins peuplées, mais l’abondance est dans toutes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Après avoir vu quelles sont les richesses des provinces, des campagnes, et des villes, il nous reste à observer la répartition qui doit s’en faire entre les citoyens. Ils n’ont qu’un moyen de s’enrichir, le commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or nous avons distingué le commerce de productions, qui est celui du colon et du fermier, le commerce de manufactures qui est celui de l’artisan, et le commerce de commission qui est celui du marchand.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans toutes ces espèces de commerce, on ne gagne qu’à proportion du haut prix qu’on peut mettre aux choses qu’on vend. Ce sera donc d’après ces prix que se fera la répartition des richesses entre les commerçants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si, sous prétexte d’approvisionner les villes, des compagnies privilégiées avaient seules la permission d’y apporter des bleds, on conçoit qu’elles s’enrichiraient promptement et prodigieusement. Dans les campagnes où les récoltes auraient été abondantes, elles acheteraient les bleds au plus bas prix, parce qu’on ne les pourrait livrer qu’à elles ; et bientôt après elles les vendraient au plus haut, parce qu’en les retenant dans leurs magasins pour n’en mettre jamais en vente qu’une quantité au-dessous de la consommation, elles occasionneraient la disette, dans les lieux mêmes où était l’abondance. Ce monopole n’est pas connu dans nos cités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Comme chacun a la liberté de vendre à qui il veut, et quand il veut, ce sont les vendeurs et les acheteurs qui décident uniquement et librement du prix de chaque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce prix, comme nous l’avons vu, haussera ou baissera d’un marché à l’autre. Cependant si on excepte les cas de grande abondance ou de grande disette, les prix varieront en général peu sensiblement, parce que la concurrence sera toujours à-peu-près la même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Encore est-il rare, quand le commerce est libre, que le passage de l’abondance à la disette cause une variation considérable dans les prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cela arriverait, si toutes les provinces éprouvaient à la fois dans une année la même abondance, et la même disette dans une autre. C’est ce qui ne peut pas avoir lieu dans un pays d’une certaine étendue, dont les parties sont à des expositions différentes. D’ordinaire quand une province est dans la disette, une autre est dans l’abondance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or l’abondance dans une province y fait baisser fort peu le prix des denrées, lorsque le commerce a la liberté d’exporter le surabondant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	De même la disette en fait peu hausser le prix dans une autre, où le commerce ne tarde pas d’apporter l’abondance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce n’est donc pas à proportion d’une abondance ou d’une disette locale que les prix varient plus sensiblement : c’est plutôt à proportion que le commerce a moins de liberté. Aussi avons-nous fait voir que, lorsque la liberté est entière et permanente, les choses tendent à se rendre également communes partout, et qu’en conséquence elles se mettent partout au même prix, ou à peu-près.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quelle que soit donc cette variation, les richesses, entre ceux qui font le commerce de productions, ne pourront pas se répartir bien inégalement, chez des peuples où ce commerce jouit d’une liberté entière, et où, par conséquent, la concurrence des vendeurs et des acheteurs est la seule règle des prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il ne sera donc pas au pouvoir de quelques colons ou fermiers de vendre leurs denrées autant qu’ils voudront. Le prix du marché sera nécessairement le prix de tous ; et ils se forceront mutuellement à se contenter des mêmes profits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans cet état des choses, le commerce de productions n’enrichira pas les uns aux dépens des autres, parce qu’aucun ne gagnera trop, et que tous gagneront. Tous participeront aux jouissances auxquelles l’usage leur donne des droits ; et si quelques-uns, plus industrieux, vivent dans une plus grande aisance, les autres ne tomberont pas dans la misère ; parce que, pour subsister, il suffira de travailler comme on travaille communément. Il ne faut pas craindre que les prix du marché en privent aucun des profits qu’il doit faire. Pour que cela arrivât, il faudrait que tous les cultivateurs consentissent à vendre à perte, ce qui ne peut pas être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce de manufactures répartira les richesses de la même manière. La concurrence règlera le salaire des artisans, suivant le genre des ouvrages. Les uns gagneront plus, les autres moins. Mais tous subsisteront, et chacun, dans son métier, se contentera de jouir des choses dont jouissent en général ceux qui le font concurremment avec lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il en sera du commerce de commission, comme des deux autres, puisque la concurrence règlera le salaire des marchands.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si les marchandises venaient d’un pays étranger et éloigné, on ignorerait, dans nos cités, ce qu’elles ont coûté sur les lieux ; et les marchands, qui se prévaudraient de cette ignorance, pourraient faire de grands profits, surtout lorsqu’ils auraient peu de concurrents. Mais d’après nos suppositions, cet inconvénient n’est pas à craindre. Puisque nos cités ne commercent qu’entr’elles, les marchandises qu’on met en vente, sont des productions de leur sol, ou des ouvrages de leurs manufactures ; c’est-à-dire, des choses dont les prix, connus de tout le monde, sont toujours réglés par la concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En prouvant dans la premiere partie de cet ouvrage que le vrai prix est le même au marché commun où toutes les nations viennent librement vendre et acheter, j’ai remarqué que ce prix est plus haut ou plus bas pour elles, suivant qu’elles sont éloignées ou voisines du marché commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les prix ne seront donc pas les mêmes partout où nos cités se sont établies. Premièrement ils seront plus haut dans les villes que dans les campagnes. C’est qu’outre le salaire dû aux marchands, on leur doit encore les frais de voiture, et un dédommagement pour les risques qu’ils ont courus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En second lieu, les prix seront plus haut dans les principales villes, parce qu’on y fait de plus grandes consommations. On y est mieux nourri, mieux vêtu, mieux logé, mieux meublé. Or plus on consomme, plus on demande ; et plus on demande, plus, toutes choses d’ailleurs égales, on achète à haut prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’ailleurs il faudra aller chercher les productions dans une plus grande étendue de pays, à proportion que les consommations seront plus grandes. Il y aura donc plus de risques et plus de frais de voiture à payer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais enfin, quoique les prix ne soient pas les mêmes partout, ils seront partout réglés par la concurrence : partout ils seront ce qu’ils doivent être, et les richesses se répartiront avec peu d’inégalité parmi ceux qui concourront dans le même genre de commerce. Chacun aura de quoi subsister suivant sa condition, et personne ne pourra s’enrichir beaucoup plus que ses concurrents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Celui qui n’aura pas assez de revenu en argent pour vivre dans une ville, en aura assez en productions pour vivre dans une campagne : l’ouvrier, qui n’aura aucune espèce de revenu, trouvera sa subsistance dans un salaire proportionné au prix des denrées ; et parce que personne ne pourra s’enrichir exclusivement, personne aussi ne pourra tomber dans la misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je conçois qu’aujourd’hui un négociant qui gagne quarante ou cinquante pour cent, accumulera de grandes richesses, si, continuant de vivre avec la sobriété dont il s’est fait une habitude, il remet, chaque année dans le commerce, la plus grande partie de ses profits. Ce n’est donc pas parce qu’il dépense peu, qu’il s’enrichit : c’est parce qu’il gagne beaucoup ; et s’il gagnait peu, il ne s’enrichirait pas, quelle que fût d’ailleurs son économie. Mais chez les peuples que nous observons, les gains se borneront à procurer aux marchands l’usage des choses nécessaires à leur état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’y a qu’une classe de citoyens que l’économie pourrait enrichir, ce sont les propriétaires. En économisant sur leurs revenus, ils mettraient leurs terres en plus grande valeur, et il est à désirer qu’ils le fassent. Cette manière de s’enrichir ferait subsister, avec plus d’aisance, les journaliers auxquels ils donneraient du travail ; et elle serait avantageuse à l’état, auquel elle fournirait des productions en plus grande abondance. Mais ce ne peut être que très lentement qu’on acquiert des richesses par cette voie, et elles sont nécessairement bornées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tout concourt donc chez les peuples que nous avons supposés, à mettre des bornes à la fortune des particuliers ; il semble qu’ils ne doivent pas connaître la passion de l’argent. Chez eux chacun a le nécessaire : un grand nombre vit dans l’aisance : peu sont riches ; personne n’est opulent. C’est ce que doit naturellement produire la liberté du commerce, lorsqu’elle met chaque chose à son vrai prix, et qu’elle proportionne les salaires au prix des subsistances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Objet de cette seconde partie|Objet de cette seconde partie]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Circulation des richesses, lorsque le commerce est libre|Chapitre 2 : Circulation des richesses, lorsque le commerce est libre]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<updated>2014-01-31T12:58:54Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du vrai prix des choses|Chapitre 20 : Du vrai prix des choses]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De la circulation des blés|Chapitre 22 : De la circulation des blés]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|21. DU MONOPOLE}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Faire le monopole, c’est vendre seul. Ce mot qui est devenu odieux ne doit pas l’être toujours. Un grand peintre vend seul ses ouvrages, par la raison qu’il peut seul les faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il porte son salaire au plus haut : il n’a d’autre règle que la fortune des amateurs qui sont curieux de ses tableaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	A-t-on la fantaisie d’être peint par lui, parce qu’il saisit parfaitement les ressemblances, et toujours en beau ? Il fera payer un portrait cent louis, ou même davantage, si à ce prix on lui en demande plus qu’il n’en peut faire. Son intérêt est de gagner beaucoup, en faisant peu de portraits ; d’en faire peu, afin de les faire mieux, et d’assurer par-là de plus en plus sa réputation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce prix peut paraître exorbitant. Cependant il ne l’est pas : c’est le vrai prix. Il est réglé par une convention faite librement entre le peintre et celui qui se fait peindre, et personne n’est lésé. N’êtes-vous pas assez riche pour payer votre portrait cent louis ? Ne le faites pas faire, vous pouvez vous en passer. Êtes-vous assez riche ? C’est à vous de voir lequel vous aimez le mieux de garder vos cent louis, ou de les échanger contre votre portrait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce prix, parce qu’il est le vrai, est fondé sur la quantité relativement au besoin. Ici le besoin est la fantaisie que vous avez d’être peint, et la quantité est une, puisque nous ne supposons qu’un seul peintre qui saisisse les ressemblances à votre gré. Plus donc votre fantaisie sera grande, plus le peintre sera en droit d’exiger de vous un fort salaire. Votre portrait vous coûtât-il mille louis, il ne sera pas cher, c’est-à-dire, au-dessus du vrai prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il ne faut pas raisonner sur les jouissances qu’on se procure par fantaisie, par caprice, par mode, comme sur les jouissances qui sont d’une nécessité absolue. Si vous étiez seul marchand de blé, et que vous me le fissiez payer cent francs le septier, vous ne pourriez pas dire que vous me l’avez vendu d’après une convention passée librement entre vous et moi : il serait évident que j’ai été forcé par le besoin, et que vous avez cruellement abusé de ma situation. Voilà le monopole qui devient odieux, parce qu’il est injuste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le commerce des nécessaires, le prix, lorsqu’il est le vrai, est permanent ; et c’est à cela, comme nous l’avons remarqué, qu’il se reconnaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le commerce des superfluités, le prix n’est point permanent : il ne peut l’être, il varie comme les modes. Aujourd’hui un artiste est en vogue, demain un autre. Bientôt, au lieu d’un concurrent, il en a plusieurs. Réduit donc à se borner à de moindres salaires, il vendra à bas prix ce qu’il vendait auparavant à prix haut. Nous avons vu à deux ou trois louis des tabatières de carton, qui sont aujourd’hui à vingt-quatre sous. Malgré cette variation, elles ont toujours été à leur vrai prix. C’est que le prix des choses de fantaisie ne peut se fixer, et qu’il peut être très haut en comparaison de celui des choses de nécessité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Puisque, dans le commerce, le vrai prix est un prix permanent, il est évident qu’il ne peut subsister avec le monopole, qui le ferait hausser brusquement coup sur coup. Mais, si celui qui vend seul fait hausser les prix, il suffira, pour les faire baisser, de multiplier les vendeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or ils se multiplieront d’eux-mêmes, quand on n’y mettra point d’obstacles. Comme toute espèce de commerce offre un bénéfice, il ne faut pas craindre qu’il ne se fasse pas. Si on laisse la liberté de le faire, il se fera, et le nombre des marchands croîtra, tant qu’en le faisant concurremment ils y trouveront assez de bénéfice pour subsister. S’ils venaient à se multiplier trop, ce qui doit arriver quelquefois, une partie abandonnera un commerce qui ne lui est pas avantageux, et il restera précisément le nombre de marchands dont on a besoin. Il faut, encore un coup, laisser faire : la liberté, s’il y a des monopoleurs, en purgera la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tout vendeur veut gagner, et gagner le plus qu’il peut. Il n’en est aucun qui ne voulût écarter tous ses concurrents, et vendre seul, s’il le pouvait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tout acheteur voudrait acheter au plus bas prix, et il desirerait que les vendeurs, à l’envie les uns des autres, lui offrissent les choses au rabais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant tout vendeur dans un genre est acheteur dans un autre. S’il lui importe d’être sans concurrents, il lui importe que les vendeurs dont il achète en aient beaucoup, et il n’importe pas moins à ceux-ci qu’il ne soit pas seul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	De ces intérêts contraires, il en résulte que l’intérêt de tous n’est pas de vendre au plus haut prix et d’acheter au plus bas, mais de vendre et d’acheter au vrai prix. Ce vrai prix est donc le seul qui concilie les intérêts de tous les membres de la société. Or il ne pourra s’établir que lorsqu’il y aura, dans chaque branche de commerce, le plus grand nombre possible de marchands.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’y a, comme nous l’avons remarqué, que les grands artistes, uniques en leur genre, qui puissent, sans injustice, faire le monopole. Ils ont, par leurs talents, le privilége de vendre seuls. Mais, lorsqu’il s’agit du commerce des choses nécessaires, où heureusement il ne faut pas des talents rares, j’entends par monopoleurs un petit nombre de marchands qui achètent et qui revendent exclusivement ; et je dis qu’il y a monopole, par conséquent injustice et désordre, toutes les fois que ce nombre n’est pas aussi grand qu’il pourrait l’être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Aujourd’hui tout le commerce en Europe se fait donc par des monopoleurs. Je ne veux pas parler des douanes, des péages, des priviléges exclusifs qui gênent le commerce intérieur de province en province : nous traiterons ailleurs de ces abus. Je ne parle que des entraves qu’on a mises au commerce de nation à nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsqu’en France nous défendons l’importation des marchandises anglaises, nous diminuons le nombre des marchands qui nous auraient vendu ; et, par conséquent, nos marchands nationaux deviennent des monopoleurs, qui vendent à plus haut prix qu’ils n’auraient fait, s’ils avaient vendu concurremment avec les marchands anglais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque nous défendons l’exportation en Angleterre, nous diminuons pour les Anglais le nombre des marchands qui leur auraient vendu, et, par conséquent, ceux qui leur vendent deviennent des monopoleurs, qui leur font payer les choses à plus haut prix qu’ils n’auraient fait s’ils avaient vendu concurremment avec nos marchands.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Appliquons ce raisonnement partout où le gouvernement défend d’exporter et d’importer, et nous reconnaîtrons que les nations semblent avoir oublié leurs vrais intérêts pour ne s’occuper que des moyens de procurer de plus gros bénéfices à des marchands monopoleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En effet, comme nous diminuons le nombre de ceux qui nous vendent, et que nous achetons tout à plus haut prix lorsque nous défendons l’importation, nous diminuons le nombre de ceux qui achètent de nous, et nous vendons tout à plus bas prix lorsque nous défendons l’exportation, c’est-à-dire, que nous ne sommes jamais au vrai prix. Nous sommes au-dessus pour acheter cher, et au-dessous pour vendre à bon marché. Certainement ce n’est pas le moyen de faire un commerce avantageux. Cependant c’est dans l’espérance d’acheter à bon marché et de vendre cher qu’on a imaginé ces prohibitions. Les nations ont`voulu se nuire mutuellement, et elles se sont nui chacune à elles-mêmes. Il n’y a que la concurrence du plus grand nombre possible de vendeurs et d’acheteurs qui puisse mettre les choses à leur vrai prix, c’est-à-dire, à ce prix qui, étant également avantageux à toutes les nations, exclut tout-à-la-fois la cherté et le bon marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du vrai prix des choses|Chapitre 20 : Du vrai prix des choses]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De la circulation des blés|Chapitre 22 : De la circulation des blés]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
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		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : la jalousie des nations</title>
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		<updated>2014-01-31T12:53:42Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale|Chapitre 16 : Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations|Chapitre 18 : Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|17. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : JALOUSIE DES NATIONS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Afin de juger de ce qui doit arriver à plusieurs nations jalouses, qui tentent chacune de commercer exclusivement, je transporte dans l’Asie mineure, le peuple que nous avons observé. Je lui donne la Mysie, la Lydie, la Bytinie, d’autres provinces encore, et je fais un royaume dont Troie sera la capitale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais parce que je ne veux observer que les effets de la jalousie des nations, je suppose, afin d’écarter toute autre cause, que ce peuple n’a plus, dans ses mœurs, ni dans son gouvernement, aucun des vices que je lui ai reprochés. Ce sera actuellement une nation agricole. Elle cultive les arts relatifs à l’agriculture : elle commence à en cultiver d’autres : elle met plus de recherches dans les commodités de la vie. Mais ses mœurs sont simples encore, ainsi que son gouvernement. Elle ne connaît ni les péages, ni les douanes, ni les impôts ni les maîtrises, ni les communautés, ni aucune espèce de privilège, ni ce qu’on appelle police des grains. Chaque citoyen a la liberté de choisir, pour subsister, le genre de travail qui lui convient, et le gouvernement n’exige qu’une contribution qui est réglée sur les besoins de l’état, et que la nation paie volontairement. Tels sont ces nouveaux troyens. Mais il faut qu’on me permette encore d’autres suppositions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose donc que, dans les siècles où ils subsistaient, siècles antérieurs à toute tradition, l’Asie, l’Égypte, la Grece et l’Italie, ainsi que les îles répandues dans les mers qui séparent ces continents, étaient autant de pays civilisés, dont les peuples commençaient à avoir quelque commerce les uns avec les autres ; tandis que tout le reste de l’Europe était encore dans la barbarie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin, ma dernière supposition sera que les arts n’avaient fait encore nulle part autant de progrès que chez les troyens. Partout ailleurs ils paraissaient à leur naissance. Cependant le luxe, même à Troie, était encore ignoré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La population doit être grande dans tous les pays que je viens de supposer. Plusieurs causes y concourent : la simplicité des mœurs, une subsistance assurée dans un travail à son choix, et l’agriculture qui fait d’autant plus de progrès, qu’elle est plus considérée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant tous les pays que nous avons couverts de nations civilisées, ne sont pas également fertiles ; et tous, par conséquent, ne produisent pas de quoi faire subsister, dans un espace égal, une population égale. La Grèce, par exemple, n’est pas, à beaucoup près aussi fertile que l’Égypte; et beaucoup de côtes maritimes seraient peu habitées, si elles étaient réduites au seul produit de leur sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais là où l’agriculture ne peut pas nourrir une grande population, l’industrie y supplée, et le commerce y fait vivre un peuple nombreux, avec le surabondant des nations agricoles. Ce peuple, à qui le sol semble refuser le nécessaire, devient le commissionnaire des autres. Il trafique avec le surabondant de tous : il en rapporte chez lui de quoi subsister, et parce qu’il s’est fait une habitude de l’économie avec laquelle il a été forcé de commencer, il finit par s’enrichir. Voilà ce qui doit arriver à des nations qui habitent des terres ingrates le long des côtes maritimes. Marchandes par leur position, elles ont les premières fait le commerce de commission ou le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors tous les ports étaient ouverts aux trafiquants. Tous les peuples donnent à l’exportation et à l’importation une liberté entière. Le surabondant se versait continuellement des uns chez les autres. Par une concurrence de tous les marchands possibles, chaque chose était à son vrai prix ; et l’abondance qui se répandait chez toutes les nations, semblait tendre, par un espèce de flux et de reflux, à se mettre partout au même niveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce commerce était surtout avantageux pour les troyens. Les progrès qu’ils avaient faits dans les arts, attiraient chez eux les marchands de toutes les nations. Ils mettaient en œuvre et les matières premières de leur sol, et celles qu’ils tiraient de l’étranger ; et leurs manufactures, tous les jours plus florissantes, faisaient subsister une multitude d’artisans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Heureux dans cette position, les peuples ne surent pas s’y maintenir. Pourquoi, disait-on, envoyer chez les troyens des matières premières que nous pouvons mettre en œuvre nous-mêmes ? Est-il raisonnable de porter chez l’étranger notre argent et nos productions, pour y faire subsister des artisans, qui, en consommant chez nous, augmenteraient notre population et nos richesses ? Tous les peuples songeaient donc aux moyens d’établir chacun chez eux les mêmes manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les nations marchandes excitaient surtout la jalousie. Ces nations, pauvres par leur sol, s’enrichissaient, se peuplaient, et semblaient devoir à l’aveuglement des autres, leurs richesses et leur population. Pourquoi leur laisser faire, presque à elles seules, tout le trafic, disaient les peuples jaloux ? Souffrirons-nous encore longtemps qu’elles fassent sur nous des profits que nous pourrions faire nous-mêmes ? C’est nous qui les faisons subsister ; c’est nous qui les enrichissons. Fermons-leur nos ports, elles tomberont dans la misère, et bientôt elles ne seront plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces réflexions ne sont pas aussi solides qu’elles le paraissent. L’auteur de la nature, aux yeux duquel tous les peuples, malgré les préjugés qui les divisent, sont comme une seule république, ou plutôt comme une seule famille, a établi des besoins entre eux. Ces besoins sont une suite de la différence des climats, qui fait qu’un peuple manque des choses dont un autre surabonde, et qui leur donne à chacun différents genres d’industrie. Malheur au peuple qui voudrait se passer de tous les autres. Il serait aussi absurde qu’un citoyen qui, dans la société regrettant les bénéfices qu’on fait sur lui, voudrait pourvoir par lui seul à tous ses besoins. Si un peuple se passait des nations marchandes, s’il les anéantissait, il en serait moins riche lui-même, puisqu’il diminuerait le nombre des consommateurs auxquels il vend ses productions surabondantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’ailleurs les négociants n’appartiennent proprement à aucun pays. Ils forment une nation qui est répandue partout ; et qui a ses intérêts à part. Un peuple est donc dans l’erreur, s’il croit travailler pour lui, lorsqu’il sacrifie tout à ses négociants. En excluant ceux des autres nations, il vend ses marchandises à plus bas prix, et il achète à plus haut les marchandises étrangères : ses manufactures tombent, son agriculture se dégrade, et il fait tous les jours de nouvelles pertes. Il n’y a que la concurrence de tous les négociants qui puisse faire fleurir le commerce à l’avantage de chaque peuple. Faire et laisser faire, voilà donc quel devait être l’objet de toutes les nations. Un commerce toujours ouvert et toujours libre, pouvait seul contribuer au bonheur de toutes ensemble, et de chacune en particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais ce n’est pas ainsi qu’on raisonnait. Un état, disait-on n’est riche et puissant, qu’à proportion de l’argent qui circule ; et l’argent ne circule en plus grande quantité, qu’autant qu’on fait un plus grand commerce. Toute nation qui entendra ses vrais intérêts, doit donc songer aux moyens d’être la seule nation commerçante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce raisonnement parut évident, et on se conduisit en conséquence. Voilà donc les peuples qui vont travailler à s’appauvrir les uns les autres : car en voulant s’enlever mutuellement le commerce, chacun d’eux en commercera moins. Observons les effets de cette politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les troyens qui avaient des ports sur la mer Égée, sur la Propontide et sur le Pont-Euxin, étaient maîtres encore de toutes les îles adjacentes à leur continent. Dans cette position, où ils pouvaient faire un grand commerce concurremment avec les autres peuples, ils voulurent le faire exclusivement. Ils établirent donc des douanes partout : ils mirent à contribution les marchands étrangers qui exportaient ou qui importaient ; enfin ils leur fermèrent tout-à-fait les ports.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple applaudit à la sagesse du gouvernement. Il croyait qu’il allait faire à lui seul tout le trafic ; et il n’en fit pas plus qu’auparavant ; parce qu’il ne pouvait pas abandonner ses manufactures et ses champs pour monter sur des vaisseaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce diminua considérablement, lorsqu’il ne se fit plus par l’entremise des nations marchandes. Cette révolution entraîna la chûte de plusieurs manufactures ; et l’agriculture se dégrada, parce qu’il y eut moins de productions, quand l’impuissance d’exporter eut rendu inutile tout surabondant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant le gouvernement ne se doutait pas de la faute qu’il avait faite. Il croyait au contraire que le commerce apportait dans l’état plus de richesses que jamais: il en jugeait ainsi à la fortune de quelques négociants troyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ces négociants s’enrichissaient aux dépens de l’état n’ayant plus de concurrents, lorsqu’ils vendaient et lorsqu’ils achetaient, ils mettaient seuls le prix aux choses. Ils retranchaient tous les jours sur le salaire de l’artisan et du laboureur, et ils vendaient cher tout ce qu’ils apportaient de l’étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Jaloux les uns des autres, les peuples ne devaient pas se borner à se fermer leurs ports, et à s’interdire mutuellement le commerce, dans l’espérance de le faire chacun exclusivement. On devait encore armer, et on arma. Dans des guerres funestes à tous, on s’applaudissait alternativement des coups qu’on croyait se porter, et qu’on ne portait que sur le commerce pour le ruiner partout également. De grandes armées sur terre, de grandes flottes sur mer mettaient dans la nécessité d’arracher de force à la charrue et aux manufactures une partie des citoyens, et de charger d’impôts l’autre partie. Ces violences se renouvelaient à chaque guerre, toujours avec de nouveaux abus, parce que la paix qui ne se faisait que par épuisement, ne durait jamais assez pour permettre aux puissances belligérantes de réparer leurs pertes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce, tombé pendant la guerre, se relevait difficilement à la paix. On n’osait pas s’engager dans des entreprises qui exigeaient de grandes avances, et dont toutes les espérances pouvaient s’évanouir aux premières hostilités. Le gouvernement néanmoins invitait le peuple et même la noblesse à faire le trafic. Il offrait sa protection aux négociants, et il ne paraissait occupé qu’à faire fleurir le commerce, qu’il avait ruiné, et qu’il devait ruiner encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand on a la puissance, on croit tout possible. On ne sait point se méfier de ses lumières, et parce qu’on a commandé, on n’imagine pas devoir trouver des obstacles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi, dans l’administration publique, une faute, qui a été faite, se fait encore, et se fait longtemps. Elle devient maxime d’état, et les préjugés gouvernent. Les troyens s’obstinaient à fermer leurs ports aux nations marchandes, ils s’obstinaient à leur faire la guerre, et cependant ils cherchaient quelle pouvait être la cause de la décadence de leur commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On crut l’avoir trouvée, lorsqu’ayant considéré que les entreprises demandaient des avances d’autant plus grandes, qu’elles exposaient à plus de risques, on s’imagina que le commerce ne pouvait plus se faire que par des compagnies qui réuniraient les fonds de plusieurs riches négociants. Il n’y avait donc qu’à permettre d’en former autant qu’on le jugerait à propos. Mais il s’en présentait une. Elle faisait voir de grands avantages pour l’état dans l’espèce de trafic qu’elle projetait. Elle exagérait les avances qu’elle aurait à faire. Elle représentait qu’après les avoir faites, il ne serait pas juste qu’elle fût privée du bénéfice dû à son industrie ; et elle demandait un privilège exclusif. Il lui fut accordé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce privilège était une atteinte portée à la liberté, puisqu’il donnait, à une seule compagnie, un droit qui appartenait à tous les citoyens. Les négociants réclamèrent, mais inutilement. La nouvelle compagnie donna de l’argent, et le privilège fut confirmé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que le gouvernement connut que ces privilèges pouvaient se vendre, il en vendit encore. Cet abus, passé en usage, devint règle ; et bientôt on regarda les privilèges exclusifs, comme une protection accordée au commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant vendre des privilèges exclusifs à des artisans et à des marchands, c’était exiler ceux à qui on n’en vendait pas. Plusieurs sortirent du royaume, et emportèrent les manufactures avec eux. Il est vrai que le gouvernement leur défendit, sous de grièves peines, de sortir de l’état. Mais quand ils étaient passés chez l’étranger, on ne pouvait plus les punir, et cependant on ne pouvait pas les empêcher d’y passer. Cette défense les fit déserter en plus grand nombre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque les manufactures jouissent, dans un royaume, d’une liberté entière, elles se multiplient à proportion du besoin. Il n’en est pas de même, lorsqu’elles appartiennent à une compagnie exclusive. Comme l’intérêt de cette compagnie est bien moins de vendre beaucoup, que de vendre cher, elle songe à faire le plus grand bénéfice avec le plus petit trafic. D’ailleurs elle trouve un avantage à diminuer le nombre des manufactures, c’est que les ouvriers, restant en plus grande quantité qu’elle n’en peut employer, sont réduits, s’ils ne veulent pas mendier, à travailler presque pour rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Non-seulement la main d’œuvre coûtait peu aux compagnies exclusives. Elles voulurent faire encore un nouveau bénéfice sur les matières premières. Elles représentèrent au gouvernement combien l’exportation qu’on en faisait chez l’étranger était contraire aux intérêts du commerce, et il fut défendu de les exporter. Elles les achetèrent donc au plus bas prix, et en conséquence la culture en fut tous les jours plus négligée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pendant que les douanes, les impôts, les privilèges exclusifs vexaient le commerce et l’agriculture, le luxe croissait avec la misère : l’état qui ne subsistait plus que par des ressources, contractait continuellement de nouvelles dettes ; et la finance s’élevait au milieu des débris de la fortune publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà l’état où se trouvait la monarchie des troyens. Tel était à-peu-près celui de toutes les monarchies, qui avaient armé pour s’enlever mutuellement quelques branches de commerce. Aux moyens qu’elles employaient, on n’aurait pas deviné qu’elles voulaient s’enrichir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque le gouvernement fait continuellement des emprunts, l’intérêt de l’argent est nécessairement fort haut : il l’est surtout dans un temps où le luxe, qui ne met point de bornes aux besoins, fait une nécessité aux plus riches d’emprunter. Si ce sont les citoyens qui prêtent à l’état, les fonds sortent du commerce, pour faire subsister sans travail une multitude de rentiers, gens inutiles, dont le nombre croît continuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si ce sont des étrangers, les fonds sortent non-seulement du commerce, ils sortent encore de l’état qui se ruine insensiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors les négociants qui trouvent difficilement à emprunter, ou qui ne trouvent qu’à gros intérêts, sont dans l’impuissance de former de grandes entreprises. Comment en formeraient-ils ? Leurs affaires sont presque toujours mêlées avec celle du gouvernement, auquel les compagnies exclusives ont prêté leur crédit ; et par conséquent la méfiance, qu’on a du gouvernement, bannit du commerce toute confiance. Il est donc bien difficile que le commerce fleurisse dans de pareilles monarchies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On ne voyait pas de pareils inconvénients chez les républiques marchandes. Au contraire, il y régnait une grande confiance, parce que les négociants y jouissaient d’une liberté entière, et que le gouvernement, sans luxe et sans dettes, assuraient leurs fortunes. Ils avaient, dans le commerce, un grand avantage sur les négociants des monarchies, parce qu’ils pouvaient emprunter à bas intérêt, et qu’ayant de l’économie, ils songeaient moins à faire tout-à-coup de gros profits, qu’à en faire fréquemment de petits. Tous les fonds restaient donc dans le commerce, et le faisaient fleurir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, de tous les peuples, les plus sages ou les plus heureux, c’étaient les républiques agricoles. Peu jalouses de faire le trafic par elles-mêmes, elles n’avaient pas imaginé de fermer leurs ports aux marchands étrangers, qui venaient enlever le surabondant de leurs productions, et elles subsistaient dans l’abondance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les choses se trouvaient dans cet état, lorsque de nouvelles branches de commerce causèrent une grande révolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les phéniciens, peuple marchand et républicain, découvrirent, à l’occident de l’Europe, un pays peuplé par une multitude de cités, qui leur parurent d’autant plus barbares, qu’ayant beaucoup d’or et beaucoup d’argent, elles n’y attachaient aucune valeur. Cette découverte qui leur fournit les moyens de faire un plus grand trafic, leur donna bientôt la prépondérance sur toutes les nations marchandes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans la monarchie troyenne, où les compagnies exclusives s’étaient saisies de tout le commerce connu, on avait encore plus besoin de faire des découvertes. C’était l’unique ressource des marchands qui n’avaient point acheté de privilèges. Réduits donc à chercher quelque nouvelle branche de commerce dans des contrées inconnues, ils pénétrèrent dans la mer Caspienne ; et de-là par l’Oxus, ils remontèrent dans l’Inde, pays vaste, fertile, où les arts étaient cultivés, et où la main-d’œuvre était à un prix d’autant plus bas, qu’une grande population y subsistait dans l’abondance avec peu de besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette découverte introduisit, dans la monarchie, un nouveau genre de luxe. On admira la beauté des toiles qui se fabriquaient dans l’Inde, et la nouveauté leur donnant une valeur qui croissait en quelque sorte en raison de l’éloignement, les marchands, qui ouvrirent les premiers ce commerce, gagnerent depuis cent cinquante, jusqu’à deux cents pour cent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce trafic parut donc très-lucratif : en effet, il l’était pour les marchands. Il l’aurait été pour l’état même, si on avait gagné cent cinquante pour cent sur les marchandises qu’on portait dans l’Inde ; parce que, dans cette supposition, il aurait fait fleurir les manufactures du royaume. Mais les indiens n’avaient pas besoin des choses qui se manufacturaient dans l’occident ; et l’or et l’argent étaient presque les seules marchandises qu’on pouvait leur donner en échange des leurs. C’est donc au retour que les marchands faisaient un bénéfice de cent cinquante pour cent ; et par conséquent ils le faisaient sur l’état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On n’était pas dans l’usage de faire de pareilles distinctions. Les marchands s’enrichissaient en faisant un commerce onéreux pour l’état, et on disait, l’état s’enrichit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que ce commerce paraissait se faire avec tant d’avantages par quelques marchands particuliers, il ne fut pas difficile de prouver au gouvernement qu’il se ferait avec plus d’avantages encore par une compagnie exclusive. On lui prouva même que les particuliers qui le faisaient, ne le pouvaient pas faire, et quoiqu’on l’eût convaincu de leur impuissance, et que par conséquent il fût inutile de le leur défendre, il le leur défendit, et il accorda un privilège exclusif pour quinze ans, à une compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà donc plusieurs négociants exclus d’un commerce qu’ils avaient découverts à leurs risques et fortunes, et cependant la compagnie ne le fit pas. Les compagnies sont lentes dans leurs opérations : elles perdent bien du temps à délibérer et elles font bien des dépenses avant de commencer. Celle-ci ne commença point : elle empêcha seulement que le commerce ne se fît par d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On créa une seconde compagnie, une troisième, plusieurs successivement ; et le gouvernement qui se faisait une habitude d’en créer, croyait toujours qu’il lui était avantageux d’en créer encore. Il en fut si persuadé, qu’il en créa enfin une à laquelle il donna les plus grands secours, jusqu’à lui avancer les fonds dont elle avait besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Celle-ci, malgré quelques succès qu’elle eut par intervalles, eut bientôt consommé la plus grande partie de ses fonds. Elle voyait le moment où elle allait perdre son crédit ; et parce qu’il lui importait de cacher ses pertes, elle imagina de faire aux actionnaires des répartitions, comme si le commerce eût produit un bénéfice. Mais cet expédient frauduleux qui répara pour un moment son crédit, fit un plus grand vide dans ses coffres. Bientôt elle fut réduite à emprunter à gros intérêts, et elle ne se maintint plus que par le secours qu’elle reçut du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais pourquoi le même commerce est-il tout à la fois lucratif et ruineux ? Il est lucratif, lorsque des particuliers le font, parce qu’alors il se fait avec économie. Il suffit à des négociants d’être en correspondance avec les négociants des pays où ils trafiquent. Tout au plus ils auront des facteurs partout où ils auront besoin d’avoir des entrepôts ; et ils évitent toutes les dépenses inutiles, parce qu’ils voient tout par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’en est pas de même des compagnies. Il leur faut, dans la capitale, des administrateurs, des directeurs, des commis, des employés : il leur faut d’autres administrateurs, d’autres directeurs, d’autres commis, d’autres employés partout où elles forment des établissements. Il leur faut encore, outre les comptoirs et les magasins, des édifices élevés à la vanité des chefs qu’elles emploient. Forcées à tant de dépenses, combien ne perdent-elles pas en malversations, en négligences, en incapacité ? Elles payent toutes les fautes de ceux qu’elles gagnent pour les servir ; et il s’en fait d’autant plus, que les administrateurs qui se succèdent au gré de la brigue, et qui voient chacun différemment ne permettent jamais de se faire un plan sage et suivi. Elles forment des entreprises mal combinées : elles les exécutent comme au hasard ; et dans une administration qui semble se compliquer d’elle-même, elles emploient des hommes intéressés à la compliquer encore. La régie de ces compagnies est donc vicieuse nécessairement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais la compagnie de l’Inde avait d’autres vices que ceux de sa constitution. Elle voulut être militaire et conquérante. Elle se mêla dans les querelles des princes de l’Inde : elle eut des soldats, des forts : elle acquit des possessions ; et ses employés se crurent des souverains. Il est donc aisé de comprendre, comment sa régie absorbait au-delà des produits du commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant cette compagnie s’obstinait à vouloir conserver son privilège ; et elle se fondait sur ce que ce commerce, selon elle, était impossible aux négociants particuliers. Mais elle parlait d’après les intérêts de ses employés qui seuls s’enrichissaient. En effet son expérience prouvait qu’elle ne pouvait plus elle-même faire ce commerce. Quel risque y avait-il donc à le rendre libre ? Le pis aller est que tout le monde y eût renoncé. Mais on l’aurait fait, puisqu’on le faisait avant elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce de l’Inde excita l’avidité des nations marchandes. La mer Rouge l’ouvrait aux phéniciens. Ils ne tardèrent pas à le faire, et ils portèrent dans l’Inde l’or et l’argent qu’ils tiraient de l’occident de l’Europe. Mais il semblait que les compagnies exclusives dussent s’établir partout. Il s’en forma une à laquelle les phéniciens abandonnèrent ce commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette compagnie eut dans leur république, comme dans une monarchie, les vices inhérents à sa constitution. Elle se soutint cependant mieux que celle des troyens, parce qu’elle se trouva dans des circonstances plus favorables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les phéniciens avaient conquis plusieurs îles, les seules où croissaient les épiceries ; et ils avaient cru se réserver la vente exclusive de ces productions, en donnant ces îles à une compagnie, intéressée à les fermer à tout négociant étranger. Ce sont ces productions qui soutenaient leur compagnie. Elle se serait ruinée, comme toutes les autres, si, sans des possessions qui étaient uniques, elle eût été bornée à faire le commerce de l’Inde. Les phéniciens éclairés ne l’ignoraient pas. Ils ne comptaient point sur la durée d’une compagnie qui était tout à la fois militaire et marchande ; et ils jugeaient avec raison qu’il eût été plus avantageux à leur république de laisser une entière liberté au commerce, et de partager même celui des épiceries avec les nations étrangères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant l’exemple d’une compagnie exclusive chez les phéniciens était à Troie un grand argument pour protéger la compagnie de l’Inde. Comment, disait-on, cette compagnie serait-elle contraire à la liberté et au commerce, puisqu’il s’en établit de semblables chez les peuples libres et commerçants ? Mais si ceux qui faisaient cette objection prévoyaient la réponse, ils étaient de mauvaise foi ; et s’ils ne la prévoyaient pas, ils étaient bien ignorants. De pareils raisonnements néanmoins aveuglaient le gouvernement, au point qu’il ne se lassait pas de faire continuellement de nouveaux efforts pour soutenir cette compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il était difficile que les égyptiens, situés si avantageusement pour trafiquer du couchant à l’orient, vissent sans jalousie les richesses que le commerce apportait aux phéniciens. Ils tentèrent donc de les partager, et ils s’ouvrirent les mêmes routes. Insensiblement les autres peuples de l’Asie, à l’exemple les uns des autres, s’adonnèrent au trafic, et tous arrivèrent dans l’Inde par divers chemins. Les derniers comptaient sur les mêmes bénéfices que les premiers avaient faits. Ils ne prévoyaient pas que la concurrence de tant de nations marchandes ferait tout renchérir dans les marchés de l’Inde ; et que les choses qu’on y achèterait à un plus haut prix, se revendraient à un plus bas, parce qu’elles deviendraient plus communes. Au contraire, au grand mouvement qui se faisait dans le commerce, on se confirmait tous les jours dans la maxime qu’un état n’est puissant qu’autant qu’il est riche, et qu’il n’est riche qu’autant qu’il fait le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce n’est pas que je blâme le trafic. Je pense qu’il faut laisser faire à un peuple tout ce à quoi il se croit propre. Le gouvernement n’a rien à prescrire à cet égard. Il ne doit point encourager exclusivement le trafic, pas même l’agriculture. Toute sa protection se borne à observer ce qui se fait, à laisser faire, à lever les obstacles et à maintenir l’ordre. Que les campagnes ne soient point foulées, elles se peupleront avec une surabondance qui refluera dans les villes pour les remplir d’artisans, et dans les ports pour les remplir de matelots. Alors tout sera mis en valeur par une industrie qui se portera à tout, et la nation sera véritablement puissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais faut-il, pour ne pas fouler les campagnes, ôter tous les impôts ? Non sans doute. Car ce sont les terres qui doivent payer les charges, puisqu’elles seules peuvent payer. Les artisans et les marchands, comme nous l’avons remarqué, quelque taxe qu’on mette sur eux, ne payent jamais, parce que s’ils travaillent, ils se font rembourser, et s’ils ne travaillent pas, ils mendient. En un mot, de quelque manière qu’on s’y prenne pour les faire contribuer, ce sont toujours les propriétaires qui payent pour les salariés, puisque ce sont les propriétaires qui payent les salaires : nous l’avons déjà dit. Il faut donc mettre des impôts sur les terres : il faut accorder à l’industrie toute liberté, et il ne faut laisser naître aucun des abus que nous avons observés dans les gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tous ces abus s’étaient introduits plus ou moins parmi les nations de l’Asie ; et lorsqu’elles ôtaient toute liberté au commerce, et que par contre coup elles ruinaient l’agriculture, elles voulaient être commerçantes, et chacune voulait l’être exclusivement. De-là des guerres fréquentes dans l’Inde, dans l’Asie, et des révolutions continuelles dans le commerce. Il tombait successivement partout, et il ne se relevait que faiblement chez les nations qui avaient eu plus de succès. Toutes contractaient des dettes, toutes multipliaient les impôts ; et pour soutenir le commerce, elles paraissaient à l’envie ruiner l’agriculture, sans laquelle cependant il n’y a point de commerce. Le désordre était partout le même, ou à peu près.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On sentit enfin que les terres sont le plus grand fonds de richesses ; et pour encourager l’agriculture, on proposa chez les troyens, de permettre tout à la fois l’exportation et l’importation des bleds. Notre sol, disait-on, naturellement fécond, sera pour nous, s’il est bien cultivé, une mine inépuisable. La concurrence des nations mettra le bled à son vrai prix. Les cultivateurs assurés de la vente de leurs grains, défricheront toutes les terres ; et à chaque année, nous aurons un plus grand fonds de commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En Égypte, l’exportation seule était permise : souvent même le gouvernement l’encourageait par des récompenses. Riches par leur sol, les égyptiens l’étaient encore par leur commerce, et dominaient alors sur les mers. D’après cet exemple ; beaucoup de personnes, chez les troyens voulaient qu’on permît au moins l’exportation : d’autres s’y opposaient ; et le public qui ne savait qu’en penser, était dans la crainte, soit qu’on la permît ; soit qu’on la défendît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parmi les raisonnements qu’on faisait sur cette question, les meilleurs ne convainquaient pas, et les mauvais avaient l’avantage du nombre. Le gouvernement qui, comme le public, ne savait que penser, obéissait au cri qui paraissait le plus fort, permettant et défendant, tour-à-tour l’exportation ; et parce que faute de principes il se conduisait avec timidité, il n’accordait ordinairement qu’une liberté qu’il limitait, et qu’il rendait par-là sujette aux plus grands abus. En un mot, on eût dit, à sa conduite, qu’il voulait causer la disette pour favoriser les monopoleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sur ces entrefaites, on apprit que les égyptiens venaient de défendre l’exportation ; et cette nouvelle parut faire triompher ceux qui la blâmaient à Troie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons prouvé qu’il est de l’intérêt de toutes les nations de donner la liberté d’exporter et d’importer : nous remarquerons ici que cette liberté doit procurer de plus grands avantages, ou du moins les procurer plus promptement, lorsqu’elle concourt avec toutes les causes qui peuvent contribuer aux progrès de l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quoiqu’il y eût des abus en Égypte, de vieux usages faisaient encore respecter l’agriculture. On avait pour maxime que les impôts ne devaient être mis que sur le produit net des terres, et on évaluait ce produit de la manière la plus favorable aux cultivateurs. Un fermier savait ce qu’il devait payer. Assuré qu’on ne lui demanderait jamais au-delà, il vivait dans l’aisance. On lui laissait toutes les avances nécessaires pour cultiver ses champs et pour les améliorer ; et jamais l’impôt, sous quelque prétexte que ce fût, ne pouvait être pris sur ces avances. Il avait même pour s’enrichir, un moyen qui contribuait aux progrès de l’agriculture. C’est que les baux se passaient pour vingt, vingt-cinq ou trente ans. Les fermiers riches pouvaient donc pendant les quatre ou cinq premières années d’un bail, mettre tous leurs profits en plantations, en défrichements, en augmentations de bestiaux. Ils pouvaient même encore employer à cet effet une partie de leur bien, et ils le faisaient communément, parce qu’ils étaient assurés de retirer, avec bénéfice, pendant quinze à vingt ans, les avances qu’ils avaient faites. En un mot, par la longueur de leurs baux, ils cultivaient une ferme avec le même intérêt, que si elle eût été à eux ; et les propriétaires y trouvaient eux-mêmes un grand avantage, parce qu’à chaque renouvellement de bail, ils augmentaient considérablement leurs revenus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà les causes qui concouraient en Égypte avec la liberté d’exporter, et on conçoit qu’il en devait résulter de grands avantages.&lt;br /&gt;
	A Troie, depuis longtemps, un grand nombre d’abus contribuaient à la dégradation de l’agriculture. Les baux étaient de neuf ans : la loi ne permettait pas d’en faire des plus longs ; et quand elle l’aurait permis, l’agriculture en eût retiré peu d’avantages. Que pouvait-on attendre des fermiers? Ils ne gagnaient en général que de quoi subsister misérablement. Peu assurés de leurs avances, ils étaient souvent réduits pour payer les impositions, à vendre leurs bestiaux, ou même jusqu’à leurs charrues. Pauvres, ils affectaient de le paraître encore plus ; parce que les taxes, qui étaient personnelles et arbitraires, croissaient aussitôt qu’un laboureur laissait apercevoir de l’aisance. Dans cet état des choses, les champs tombaient en friche : on ne cultivait, qu’autant qu’on y était forcé par la nécessité ; et la plupart des fermes n’étaient point en valeur. On juge d’après cet exposé, que dans la monarchie troyenne, il fallait du temps pour se procurer tous les avantages qu’on doit attendre de la liberté du commerce des grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On demandera sans doute, pourquoi les égyptiens, après avoir encouragé l’exportation, l’avait défendue : c’est qu’ils n’avaient pas permis l’importation. Il y eut une cherté à la suite d’une mauvaise récolte, et les étrangers n’apportèrent point de bleds, ou n’en apportèrent pas assez. Dans cette conjoncture, le gouvernement crut devoir prendre la précaution inutile de défendre l’exportation qui ne se faisait pas, et qui ne pouvait pas se faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les troyens devaient donner au commerce des grains une liberté entière, et ils devaient encore faire concourir toutes les causes qui peuvent contribuer aux progrès de l’agriculture. Mais quand un état tombe en décadence, on ne songe ni à l’agriculture, ni aux causes qui la dégradent, ni aux moyens de la réparer. On a pour unique maxime, qu’il faut faire de l’argent ; et quand on en a fait, on croit avoir plus de puissance, parce qu’on peut lever de plus grandes armées. Mais en supposant que les grandes armées font la puissance, il faudra savoir comment le monarque a de l’argent, pour juger si sa puissance est bien assurée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sont-ce les cultivateurs qui le donnent ; et après l’avoir donné, vivent-ils dans l’aisance ? Je conçois que le souverain est riche ; et s’il sait faire un emploi de ses richesses, il sera puissant. Mais n’a-t-il de l’argent, que parce qu’il en emprunte ? Il n’en a donc pas. Il n’a que des dettes. Pour les payer, il ruinera son peuple ; et avant de les avoir payées, il en aura déjà contracté de nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà cependant où en étaient les principales puissances de l’Asie. Partout on parlait de faire entrer l’argent dans l’état : on parlait d’empêcher qu’il ne sortît : on ne parlait, en un mot, que de la nécessité d’en avoir ; et les gouvernements qui ne se conduisaient que par des principes de finance, ne pouvaient pas songer aux moyens de faire fleurir l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Avec cette politique financière, les monarques se croyaient puissants, ou se flattaient de le devenir. Mais les siècles reculés où je les fais vivre, doivent leur faire pardonner cette erreur. Ils ne prévoyaient pas avec quelle facilité les empires les plus riches, surtout ceux de l’Asie, seraient renversés ; et ils pouvaient croire qu’il y aurait quelque jour des conquérants financiers. Ils se sont trompés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : obstacles à la circulation des grains</title>
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		<updated>2014-01-31T12:53:03Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|15. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : OBSTACLES À LA CIRCULATION DES GRAINS, LORSQUE LE GOUVERNEMENT VEUT RENDRE AU COMMERCE LA LIBERTÉ QU&#039;IL LUI A ÔTÉE}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les monopoleurs mettaient toujours quelque part la disette, ou du moins la cherté, lorsque, dans une de nos monarchies, on confia cette partie de l’administration à un ministre qui rendit la liberté au commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, quand le désordre est parvenu à un certain point, une révolution, quelque sage qu’elle soit, ne s’achève jamais, sans occasionner de violentes secousses ; et il faut souvent prendre des précautions sans nombre, pour rétablir l’ordre. Le nouveau ministre, qui voulait le bien, et à qui ses ennemis mêmes reconnaissaient des lumières, prit toutes les précautions que la prudence lui avait suggérées. Mais il y avait une chose qui ne dépendait pas de lui : c’est le temps, et il en fallait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En traitant de la circulation des grains, nous avons vu qu’elle ne peut se faire que par une multitude de marchands, répandus de toutes parts. Ces marchands sont autant de canaux, par où les grains circulent. Or, tous ces canaux avaient été brisés, et c’était au temps à les réparer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En effet, pour réussir dans quelque espèce de commerce que ce soit, il ne suffit pas d’avoir la liberté de le faire ; il faut, comme nous l’avons remarqué, avoir acquis des connaissances, et ces connaissances ne peuvent être que le fruit de l’expérience, qui est toujours lente. Il faut encore avoir des fonds, des magasins, des voituriers, des commissionnaires, des correspondants : il faut, en un mot, avoir pris bien des précautions et bien des mesures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La liberté, rendue au commerce des grains, était donc un bienfait dont on ne pouvait pas jouir aussitôt qu’il était accordé. Un mot du monarque avait pu anéantir cette liberté; un mot ne la reproduisait pas, et il y eut cherté peu de mois après.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà donc ce que produit la liberté : c’est ainsi que raisonnait le peuple, et le peuple était presque toute la nation. On croyait que la cherté était un effet de la liberté. On ne voulait pas voir que le monopole n’avait pas pu tomber sous les premiers coups qu’on lui portait, et qu’il ne pouvait pas y avoir encore assez de marchands pour mettre les grains à leur vrai prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, disait-on, il faut du pain tous les jours. Or, parce qu’on aura la liberté de nous en apporter, est-il sûr qu’on nous en apportera, et ne nous met-on pas au hasard d’en manquer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On oubliait donc les chertés et les disettes qu’il y avait eu successivement dans toutes les provinces, lorsque les ministres ôtaient toute liberté, sous prétexte de ne pas abandonner au hasard la subsistance du peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On comptait donc sur un petit nombre de monopoleurs, qui pouvaient faire un gros bénéfice en vendant peu, plutôt que sur un grand nombre de marchands, qui ne pouvaient faire un gros bénéfice, qu’en vendant beaucoup.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut un salaire aux marchands : il leur est dû. Mais ce n’est ni au souverain, ni au peuple à régler ce salaire : c’est à la concurrence, à la concurrence seule. Or, ce salaire sera moindre, à proportion que la concurrence sera plus grande. Le bled sera donc à plus bas prix, lorsque les marchands se multiplieront avec la liberté, que lorsque le nombre en sera réduit par des règlements de police. J’ajoute qu’on en aura bien plus sûrement. Car il ne sera à plus bas prix, que parce que tous les marchands à l’envie les uns et des autres, l’offriront au rabais, et se contenteront du plus petit bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ils ont autant besoin de vendre, que nous d’acheter. Occupés à prévoir où le bled doit renchérir, ils se hâtent d’autant plus de venir à notre secours, que ceux qui arrivent les premiers, sont ceux qui vendent à plus haut prix. Il y a plutôt lieu de juger qu’ils nous apporteront trop de bleds, que de craindre qu’ils ne nous en apportent pas assez.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces raisons ne faisaient rien sur l’esprit du peuple. Il croyait que l’unique affaire du gouvernement était de lui procurer du pain à bon marché. Les règlements de police paraissaient avoir été donnés dans cette vue. Ils produisaient à la vérité un effet contraire : mais on ne le savait pas ; et on voulait des règlements de police, parce qu’on voulait le pain à bon marché. Toutes les fois donc qu’il renchérissait le peuple demandait au gouvernement d’en faire baisser le prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’y avait que deux moyens de le satisfaire. Il fallait que le gouvernement achetât lui-même des bleds pour les revendre à perte, ou qu’il forçât les marchands à livrer les leurs au prix qu’il avait taxé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	De ces deux moyens, le premier tendait à ruiner l’état; le second était injuste et odieux ; et tous deux accoutumaient le peuple à penser que c’était au gouvernement à lui procurer le pain à bon marché, quoiqu’il en coûtât, soit de l’argent, soit des injustices.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	De-là un autre préjugé, plus contraire encore, s’il est possible, au commerce des grains. C’est que le peuple, qui croyait les violences justes, parce qu’on les faisait pour lui, regardait les marchands de bleds comme des hommes avides qui abusaient de ses besoins. Cette opinion une fois établie, on ne pouvait plus, si on était jaloux de sa réputation, s’engager dans ce commerce : il fallait l’abandonner à ces âmes viles, qui comptent l’argent pour tout et l’honneur pour rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est la conduite du gouvernement, qui avait produit ces préjugés. Ils avaient si fort prévalu, que souvent, avec de l’honnêteté et avec ce qu’on appelle esprit, on ne s’en garantissait pas. Il faut respecter sans doute les droits de propriété, disaient des personnes qu’on ne pouvait pas soupçonner de mauvaise intention ; mais nous réclamons pour le peuple les droits d’humanité. De là elles concluaient que le gouvernement peut, doit même régler le prix du bled, et forcer les marchands à le livrer au taux qu’il y a mis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Des droits d’humanité opposés à des droits de propriété ! Quel jargon ! Il était donc arrêté qu’on dirait les choses les plus absurdes pour combattre les opérations du nouveau ministre. Mais vous, qui croyez-vous intéresser au peuple, voudriez-vous que, sous prétexte de faire l’aumône, on forçât les coffres des hommes à argent ? Non sans doute : et vous voulez qu’on force les greniers ! Ignorez-vous d’ailleurs que le bon marché est nécessairement toujours suivi de la cherté ; et que, par conséquent, il est une calamité pour le peuple, autant que pour le marchand et le propriétaire ? Si vous l’ignorez, je vous renvoie à ce que j’ai dit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il semblait que tout le monde fût condamné à raisonner mal sur cette matière : poètes, géomètres, philosophes, métaphysiciens, presque tous les gens de lettres, en un mot, et ceux-là surtout dont le ton tranchant permet à peine de prendre leurs doutes pour des doutes, et qui ne tolèrent pas qu’on pense autrement qu’eux. Ces hommes voyaient toujours d’excellentes choses dans tous les ouvrages qui se faisaient en faveur de la police des grains. C’étaient cependant des ouvrages, où, au lieu de clarté, de précision et de principes, on ne trouvait que des contradictions ; et on aurait pu prouver que l’auteur avait écrit pour la liberté qu’il voulait combattre. C’est qu’il est impossible de rien établir de précis, quand on veut mettre des bornes à la liberté du commerce. Où en effet poserait-on ces bornes ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sourd à tous les propos, le nouveau ministre montrait du courage. Il laissait parler, écrire, et il persistait dans ses premières démarches. Cependant on était bien loin encore d’éprouver les effets de la liberté. Le bled était cher dans une province, tandis qu’il était à bon marché dans une autre. C’est qu’il ne circulait pas : il n’y avait pas encore assez de marchands. D’ailleurs le peuple, qui croyait que l’exportation était nécessairement l’avant-coureur de la disette, s’alarmait à la vue d’un transport de grains. il ne nous en restera pas, disait-il ; et à ce cri séditieux, il se soulevait. Alors des hommes mal-intentionnés parcouraient les marchés, répandaient de nouvelles alarmes, et causaient des émeutes. Tels sont les principaux obstacles qui s’opposaient au rétablissement de la liberté. Le temps les lèvera, si le gouvernement persévère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : manœuvres des monopoleurs|Chapitre 14 : Atteintes portées au commerce : manœuvres des monopoleurs]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale|Chapitre 16 : Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Atteintes_port%C3%A9es_au_commerce_:_police_sur_l%E2%80%99exportation_et_l%E2%80%99importation_des_grains&amp;diff=114158</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : police sur l’exportation et l’importation des grains</title>
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		<updated>2014-01-31T12:52:17Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : emprunts de toute espèce de la part du gouvernement|Chapitre 11 : Atteintes portées au commerce : emprunts de toute espèce de la part du gouvernement]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : police sur la circulation intérieure des grains|Chapitre 13 : Atteintes portées au commerce : police sur la circulation intérieure des grains]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|12. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : POLICE SUR L&#039;EXPORTATION ET L&#039;IMPORTATION DES GRAINS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On entend par police des grains, les règlements que fait le gouvernement, lorsqu’il veut lui-même diriger le commerce des grains. Pour juger des effets de cette police, je suppose que, de tous temps, ce commerce a joui, dans nos quatre monarchies, d’une liberté pleine et entière ; et qu’en conséquence, les marchands s’étant multipliés en raison du besoin, la circulation s’en faisait sans obstacles, et les mettait partout à leur vrai prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les choses en étaient là, lorsque, dans une de nos monarchies, on demanda lequel pouvait être plus avantageux de permettre l’exportation et l’importation des grains, ou de les défendre l’une et l’autre ; et bientôt on se décida pour la prohibition. Ce n’est pas qu’on eût remarqué des inconvénients dans la liberté. Mais si, pour l’ordinaire, ceux qui gouvernent laissent aller les choses comme elles allaient avant eux, il arrive aussi quelquefois qu’ils innovent pour le plaisir d’innover. Ils veulent que leur ministère fasse époque. Alors ils changent sous prétexte de corriger, et le désordre commence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nos terres, disaient-ils, produisent, années communes, autant que nous consommons. Nos bleds, par conséquent, tomberont à vil prix, si on nous en apporte plus qu’il ne nous en faut ; et nous en manquerons, si nous exportons une partie de ceux qui nous sont nécessaires. Cet inconvénient n’est pas encore arrivé ; mais il est possible, et il est sage de le prévenir. Tel fut le fondement des prohibitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’est pas vrai que cet inconvénient soit possible. On en sera convaincu, si on se rappelle, comment une circulation libre met nécessairement les bleds au niveau partout. On n’en importe pas plus qu’il n’en faut, parce que ce plus ne se vendrait pas, ou se vendrait à perte ; et on n’exporte pas ceux qui sont nécessaires, parce qu’il n’y aurait pas de bénéfice à les vendre ailleurs. Ces prohibitions portaient donc sur de fausses suppositions : voyons quelles en furent les suites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans une première année de surabondance, le prix des bleds baissa : dans une seconde il baissa plus encore : il devint vil dans une troisième. Le peuple aplaudissait au gouvernement qui lui faisait avoir le pain à si bon marché. Mais cette surabondance fut une calamité pour les cultivateurs ; et elle eût été une richesse pour eux, si on eût pu vendre à l’étranger. C’est ainsi que les grâces du ciel se changent en fléaux par la prétendue sagesse des hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple travaillait peu. Il subsistait sans avoir besoin de beaucoup travailler. Souvent il ne pensait pas à demander de l’ouvrage, et les cultivateurs, pour la plupart, ne pensaient pas à lui en donner. Les ouvriers, auparavant laborieux, se faisaient une habitude de la fainéantise ; et ils exigeaient de plus forts salaires, lorsque les cultivateurs pouvaient à peine en payer de faibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La culture tomba : il y eut moins de terres ensemencées ; et il survint des années de disette. Le prix du bled fut excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple alors demanda de l’ouvrage. Forcés par la concurrence, les ouvriers, dans tous les genres, offrirent de travailler au rabais. Ils ne gagnaient donc que de faibles salaires, et cependant le pain était cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà l’effet des règlements qui défendaient l’exportation et l’importation. Il ne fut plus possible, ni aux bleds, ni aux salaires, de se mettre à leur vrai prix ; et il n’y eut que misère, tantôt chez les cultivateurs, tantôt chez le peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On dira qu’il n’y avait qu’à permettre l’importation. C’est aussi ce qu’on disait dans les autres monarchies qui sentaient tout l’avantage qu’elles en pouvaient retirer. Elles offrirent des bleds, et on les accepta. Mais si le besoin du moment eut plus de force que les réglements, il ne les fit pas révoquer. Le gouvernement s’obstina dans ses maximes. 	C’est fort bien fait, disait le gouvernement dans une autre monarchie, de défendre l’exportation, parce qu’il ne faut pas s’exposer à manquer. Mais on ne doit jamais défendre l’importation, qui peut suppléer à ce qui manque dans une année de disette. En conséquence, on défendit l’exportation, et on permit l’importation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais dès qu’il ne fut plus permis d’exporter, le cultivateur vendit en moindre quantité et à plus bas prix. Moins riche, il fut moins en état de cultiver, et il cultiva moins. La récolte fut donc, d’année en année, toujours moins abondante ; et l’exportation, qu’on avait défendue pour ne pas s’exposer à manquer, produisit un effet contraire : on manqua. Pour surcroît de malheur, l’importation ne suppléa à rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut remarquer que lorsque je dis que l’exportation était défendue, c’est qu’on avait mis de forts droits sur la sortie des grains ; et lorsque je dis que l’importation était permise, c’est qu’on n’avait mis aucun droit sur l’entrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans cet état des choses, les marchands avaient plusieurs risques à courir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si un grand nombre de concurrents apportaient en même temps une grande quantité de grains, ils en faisaient baisser le prix ; et il pouvait arriver que la plupart ne trouvassent plus, dans la vente, un bénéfice suffisant. Ils faisaient une perte, s’ils les vendaient au prix bas où ils étaient tombés ; et s’ils voulaient les remporter, ils en faisaient une autre, parce qu’ils avaient à payer les droits de sortie. Souvent même ils étaient forcés, par le peuple ou par le gouvernement, à livrer leurs bleds au prix auquel on les taxait. On conçoit donc que, puisque le pays qui leur était ouvert pour l’entrée, leur était fermé par la sortie, ils ne devaient pas apporter des bleds, au risque d’être forcés de les vendre à perte ; et que, par conséquent, la permission d’importer ne suppléait à rien. Concluons que l’importation, quelque libre qu’elle paroisse, est sans effet, toutes les fois qu’on ne permet pas d’exporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce n’est pas l’exportation qu’il faut défendre, disait-on dans une troisième monarchie. Plus on exportera, plus nos bleds auront de prix : plus ils auront de prix, plus il y aura de bénéfice pour le cultivateur : plus il y aura de bénéfice pour le cultivateur, plus il cultivera ; et plus il cultivera, plus l’agriculture sera florissante. Il faut donc encourager l’exportation : il faut même accorder une gratification aux exportateurs. Mais il ne faut pas permettre l’importation, parce qu’elle ferait tomber nos bleds à vil prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On ne peut disconvenir que, dans cette monarchie, on ne raisonnât mieux que dans les deux autres. L’exportation produisit l’abondance, comme on l’avait prévu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais la gratification était de trop : car l’exportation porte sa gratification avec elle, puisqu’on exporte toutes les fois qu’on trouve plus d’avantages à vendre au-dehors qu’au-dedans. Cette gratification d’ailleurs avait l’inconvénient d’empêcher les bleds de monter à leur vrai prix ; parce que les marchands nationaux, qui l’avaient reçue, pouvaient vendre à un prix plus bas que les marchands étrangers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il y avait plus d’inconvénients encore dans la défense d’importer. Cette défense n’était pas absolue : elle consistait dans des droits d’entrée plus forts ou plus faibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ils étaient plus forts, lorsque les bleds étaient à bas prix ; parce qu’on jugeait que l’importation, si elle avait été permise, les aurait fait baisser de plus en plus. C’était une erreur : car les marchands ne portent pas leurs bleds dans les marchés, où ils les vendraient moins avantageusement.&lt;br /&gt;
	Ces droits étaient plus faibles, lorsque, dans la monarchie, les bleds étaient à trop haut prix. C’est qu’alors on avait besoin de les faire baisser ; et comme l’importation pouvait produire cet effet, on jugeait avec raison qu’il la fallait favoriser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il y avait plusieurs années que cette monarchie jouissait de l’abondance qu’elle devait à l’exportation, lorsqu’une mauvaise récolte ayant amené la disette, on diminua les droits d’entrée sur les grains : on les retrancha même tout-à-fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les marchands étrangers, qui, depuis longtemps, n’étaient point dans l’usage de concourir dans les marchés de cette monarchie, ne pouvaient pas prendre, sur le champ, toutes les mesures nécessaires pour y porter suffisamment de bled. La plupart n’avaient à cet effet, ni voituriers, ni commissionnaires, ni correspondants. Il en arriva donc trop peu, et la cherté se maintint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors le gouvernement défendit l’exportation. Précaution inutile. Pouvait-il supposer que les marchands nationaux porteraient chez l’étranger des grains qu’ils vendaient dans le pays avec plus de bénéfice ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pour avoir défendu l’importation, cette monarchie s’ôtait donc toute ressource dans une disette, et elle se mettait à la merci des monopoleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or, lorsque les monopoleurs se sont saisis du commerce, le prix du bled ne peut plus être permanent. Tour-à-tour il hausse et baisse tout-à-coup et comme par secousses, cher ou bon marché, suivant les bruits qu’il en arrive, ou qu’il n’en arrive pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pendant ces variations, le gouvernement ne savait quel parti prendre. D’un jour à l’autre, il augmentait les droits sur l’entrée des bleds : d’un jour à l’autre, il les diminuait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les marchands étrangers ne savaient donc non plus sur quoi compter. Si, lorsque les droits d’entrée étaient faibles, ils se préparaient à faire des envois, dans l’espérance du bénéfice que le haut prix paraissait leur promettre ; souvent, lorsque leurs bleds arrivaient, les droits d’entrée avaient haussé, parce que les grains avaient baissé de prix ; et ils se trouvaient avoir fait, à pure perte, beaucoup de frais pour apporter leurs bleds et pour les remporter. On peut juger qu’ils se dégoûtaient de commercer avec cette monarchie, et que, par conséquent, lorsqu’elle était dans la disette, ils l’y laissaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’y avait donc que des abus dans ces trois monarchies. Dans la quatrième, on jugea qu’il ne fallait point de prohibition, ni de défense permanente, soit d’exporter, soit d’importer ; mais qu’il fallait tour-à-tour permettre et défendre l’exportation et l’importation, suivant les circonstances. Ce parti parut le plus sage, et cependant il l’était le moins. Il avait tous les inconvénients dont nous venons de parler, et de plus grands encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il avait, dis-je, tous ces inconvénients, lorsqu’il défendait l’exportation ou l’importation : il en avait de plus grands, parce qu’il mettait dans le commerce une incertitude qui suspendait continuellement la circulation des grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Puisque, dans cette monarchie, la police variait, suivant les circonstances qui ne cessent point de varier, les prohibitions et les permissions ne pouvaient être que passagère. On permettait d’exporter avec la clause ; jusqu’à ce qu’il en soit ordonné autrement, lorsque les bleds baissaient de prix ; et lorsqu’ils haussaient on permettait d’importer, toujours avec la clause, jusqu’à ce qu’il en soit ordonné autrement. cette clause était nécessaire, puisque les circonstances pouvaient varier d’un jour à l’autre ; et elles devaient varier, sans qu’il fût possible au gouvernement d’en prévoir les variations, parce qu’il dépendait des monopoleurs de faire baisser le prix des grains, lorsqu’ils voulaient importer, et de le faire hausser, lorsqu’ils voulaient exporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais quand l’exportation était permise pour un temps incertain, on ne savait pas dans l’intérieur de la monarchie, si on pourrait exporter avant que la permission eût été révoquée ; par conséquent il y avait des risques à prendre des mesures pour exporter ; et ceux qui ne voulaient pas les courir, ne voyaient dans la permission que l’équivalent d’une prohibition. Les provinces intérieures ne profitaient donc pas des débouchés, qu’on paraissait leur fermer presque aussitôt qu’on les leur avait ouverts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sur les frontières, les marchands, qui prévoyaient une nouvelle prohibition, se hâtaient de faire passer leurs bleds chez l’étranger. Ils établissaient leurs magasins au dehors, afin de les soustraire à la police. Alors les bleds haussaient subitement de prix, parce que l’exportation se faisait coup sur coup et en grande quantité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La permission d’exporter, favorable aux marchands seuls, arrivait trop tard pour le laboureur. Forcé de payer le bail, l’impôt, le salaire des journaliers, il avait vendu ses bleds, lorsqu’ils étaient à bas prix ; ou s’il ne les avait pas vendus, elle arrivait encore trop tard, parce que la saison, propre aux travaux de la culture, était déjà passée. Dans un cas il avait perdu sur la vente de ses grains : dans l’autre, il ne pouvait pas employer son bénéfice à s’assurer une abondante récolte pour l’année suivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin ces permissions passagères étaient d’autant plus préjudiciables, que, dans la crainte d’une prohibition, le cultivateur se pressait de vendre ; et, par conséquent, il vendait mal, ou à trop bas prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant tout le bled surabondant avait été exporté, lorsqu’on fit une récolte qui ne suffisait pas à la consommation. Alors le gouvernement défendit l’exportation, et il permit l’importation, toujours avec la clause qui en rendait la durée incertaine. Aussitôt les marchands nationaux, qui se félicitaient d’avoir fait passer leurs bleds chez l’étranger, se hâtent de les faire revenir à diverses reprises, mais à chaque fois en petite quantité ; et on rachete d’eux fort cher ce qu’on leur avait vendu bon marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La cherté dura. Ils la maintenaient, parce qu’ils étaient seuls vendeurs. L’étranger ne vint point, soit que n’ayant pas eu le temps de prendre ses mesures pour faire des envois, il craignit de n’arriver qu’après que l’importation aurait été prohibée, soit qu’il appréhendât d’être forcé, par quelque coup d’autorité, à laisser ses bleds à bas prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà les effets des permissions passagères. On n’a point de règles, ni pour les accorder, ni pour les révoquer. Tous les droits sur l’entrée ou sur la sortie des grains, sont nécessairement arbitraires, et on ne saurait dire pourquoi on les met à un taux plutôt qu’à un autre. L’exportation et l’importation ne se font donc qu’au hasard toutes les fois qu’elles se font d’après des réglements incertains et variables. Alors la confiance est perdue, et le commerce, livré à des monopoleurs, est continuellement arrêté dans son cours. Passons aux réglements qu’on a cru devoir faire sur la circulation intérieure des grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Atteintes_port%C3%A9es_au_commerce_:_emprunts_de_toute_esp%C3%A8ce_de_la_part_du_gouvernement&amp;diff=114157</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : emprunts de toute espèce de la part du gouvernement</title>
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		<updated>2014-01-31T12:50:58Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : exploitation des mines|Chapitre 10 : Atteintes portées au commerce : exploitation des mines]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : police sur l’exportation et l’importation des grains|Chapitre 12 : Atteintes portées au commerce : police sur l’exportation et l’importation des grains]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|11. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : EMPRUNTS DE TOUTE ESPÈCE DE LA PART DU GOUVERNEMENT}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Au temps de nos cités, la justice s’administrait de la manière la plus simple, c’est-à-dire, avec peu de lois et peu de magistrats. Sous la monarchie, les lois se multiplièrent avec les tribunaux, les magistrats et les suppôts de toutes espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	De toutes les causes qui concoururent à cet abus, il n’en est qu’une qui entre dans mon plan : c’est la création d’une multitude d’offices ; création dont les souverains se firent une ressource. Il faut, dans une monarchie, que les charges de magistrature soient vénales ; parce que si elles ne l’étaient pas, l’intrigue les vendrait, et l’administration de la justice serait un brigandage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, pour les vendre lui-même, le souverain ne doit pas multiplier au-delà du besoin celles qui sont utiles, encore moins en créer d’inutiles. Si c’est une ressource pour lui, elle n’est que momentanée, et il reste chargé à perpétuité d’une dette. Car un office qu’il vend, est proprement un emprunt dont il paie l’intérêt sous le nom de gages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant, lorsque nos quatre monarques eurent découvert cette ressource, ils en abusèrent au point que les magistrats furent souvent obligés de financer, pour empêcher que les tribunaux ne fussent surchargés d’une trop grande quantité de membres inutiles. Mais cet expédient, au lieu de produire l’effet qu’ils en avaient attendu, fut pour le souverain un moyen de plus de faire de l’argent. Ils financèrent donc, et, quelque temps après, on créa de nouveaux offices.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La noblesse était exempte d’une grande partie des taxes. Cette exemption absurde, qui ne peut s’expliquer chez des peuples originairement agricoles, tels que ceux que je suppose, s’explique naturellement chez des peuples barbares d’origine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Comme les anciens nobles s’étaient exemptés de contribuer, on voulut le devenir pour partager avec eux cette prérogative ; et on créa des offices, uniquement pour vendre la noblesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors le peuple se trouva de plus en plus surchargé. Non-seulement il porta, en surcroît de charge, tout le faix que le roturier ennobli ne portait plus ; on mit encore sur lui de nouveaux impôts, pour payer les gages des nouveaux offices.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On se serait lassé de voir les quatre monarques employer toujours les mêmes moyens pour faire de l’argent. Aussi en avaient-ils plusieurs qu’ils abandonnaient tour-à-tour, et auxquels ils revenaient de loin à loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ils trouvèrent surtout de grandes ressources dans les compagnies privilégiées. Elles avaient du crédit. Ils empruntèrent d’elles, quelquefois à dix, quinze, vingt pour cent, des sommes qu’elles empruntaient d’ordinaire à cinq.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le public ne jugea pas d’abord que ces emprunts seraient une nouvelle charge pour lui. Il ne voyait pas que c’était lui qui contractait une dette, lorsque le souverain empruntait. Cependant on aliénait une partie des impôts, pour payer les intérêts aux compagnies ; et, bientôt après, on mettait de nouveaux impôts pour égaler la recette à la dépense.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces emprunts étaient pour l’état une charge perpétuelle ; charge d’autant plus grande, qu’une partie des intérêts passait, chaque année, chez l’étranger qui avait aussi prêté. Le gouvernement ne renonça pas à cette ressource : mais il s’en fit une autre dans des emprunts à rentes viagères ; et pour tenter la cupidité, il imagina des tontines. Il s’applaudissait de contracter des dettes qui s’éteignaient d’elles-mêmes, et d’avoir trouvé le secret de prendre l’argent des citoyens sans faire violence à personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette ressource mettait, comme toutes les autres, dans la nécessité de multiplier les impôts, afin d’égaler la recette à la dépense ; et il fallait mettre de gros impôts, parce que les dettes étaient grandes. Il est vrai que les dettes s’éteignaient : mais les impôts subsistaient ; et on les accumulait, parce qu’on créait continuellement des rentes viagères ou des tontines. Cette opération qui n’avait point de terme, remplissait les villes de gens oisifs et inutiles, qui subsistaient néanmoins aux dépens de l’état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les compagnies, en empruntant pour prêter au roi, avaient répandu dans le public une quantité étonnante de billets payables au porteur, et portant intérêt à cinq pour cent. Il y en avait de cinquante onces d’argent, de cent, de mille, afin de faciliter à tout le monde le moyen de prêter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette monnaie de papier parut mettre un grand mouvement dans la circulation, et on se crut plus riche. Avec des terres, disait-on, on a toujours des réparations à faire : une mauvaise récolte vous enlève une partie de vos revenus, et on a souvent bien de la peine à être payé de ses fermiers. D’ailleurs si le cas arrive d’une dépense extraordinaire, on ne la peut pas prendre sur ses fonds, et on trouve difficilement à emprunter. Mais, avec un portefeuille, on a des rentes bien payées à l’échéance ; et comme au besoin on vend quelques billets, on peut toujours faire face aux accidents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On conçoit combien cette nouvelle façon de penser portait coup à l’agriculture. Les terres baissèrent de prix. On ne réparait pas les pertes faites en bestiaux : on laissait tomber les fermes en ruines : on vexait les fermiers pour être payé ; et on achetait des billets. Il fallait avoir une grande surabondance d’argent, pour imaginer de faire l’acquisition d’une terre ; et quand on l’avait faite, on songeait aux moyens d’en tirer beaucoup sans y rien mettre. 	Cependant les dettes de l’état croissaient, et les compagnies, que le gouvernement payait mal, ne pouvaient plus tenir leurs engagements. Alors le gouvernement se mit en leur place, et déclara qu’il payerait pour elles ; c’est-à-dire, qu’il réduisit l’intérêt des papiers publics de cinq à quatre pour cent, à trois, à deux, enfin à rien. Alors la ruine d’une multitude de particuliers, auparavant riches, entraîna celle d’une multitude de commerçants. On ne vit plus que banqueroute sur banqueroute ; et on apprit qu’il n’en est pas des papiers, qui n’ont qu’une valeur factice, comme de l’or et de l’argent qui ont une valeur réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On aurait au moins dû l’apprendre. Mais la richesse en papier était si commode, qu’on ne cherchait qu’à se faire illusion ; et, après quelque temps, on les recevait encore avec confiance. Il semblait qu’on ne sût que faire de son argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons vu comment un banquier fait valoir, pour son compte, des fonds que plusieurs négociants lui ont confiés. Or supposons que des banquiers, riches en argent et surtout en crédit, s’associent et forment ensemble un fonds pour le faire valoir à leur profit commun. Cette association est une compagnie qui donnera à chacun de ses membres une reconnaissance par écrit de la somme que chacun d’eux a fournie. Cet écrit ou billet se nommera action, parce qu’il donne, sur les fonds de la banque, un titre qu’on nomme action en termes de jurisprudence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose que le fonds de cette banque monte à cent mille onces d’argent, et que pour en faciliter la circulation, on a divisé ce fonds en mille actions de cent onces chacune.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces actions rapporteront cinq, six pour cent, tantôt plus, tantôt moins, suivant le bénéfice que fera la banque. Plus elles rapporteront, plus elles s’accréditeront ; et il y en aura bientôt plusieurs milliers dans le public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tout propriétaire d’action a une créance sur la banque, et il y trouve plusieurs avantages. Le premier est une sûreté pour son argent qu’il craindrait de garder chez lui. Le second est l’intérêt qu’il en retirera, intérêt qui peut croître d’un jour à l’autre. Le troisième est de pouvoir placer en petites parties, et pour le temps qu’il veut, tout l’argent dont, pour le moment, il ne ferait aucun usage. Le quatrième est la commodité de pouvoir payer de grosses sommes par le simple transport de ses créances. Le dernier enfin est de cacher son bien dans un portefeuille, et de n’en laisser paraître que ce qu’il veut qu’on en voie. Ces avantages, que chacun évaluait suivant son caprice, pouvaient faire monter les actions de cent onces qu’elles valaient dans le principe, à cent dix, cent vingt, cent trente, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La banque, qui a voulu répondre à l’empressement du public, a vendu des actions, je suppose, pour un million d’onces d’argent. Or elle n’a pas besoin d’avoir ce million en caisse, parce que, tant qu’elle sera accréditée, elle est bien assurée que les actionnaires ne viendront pas tous à la fois demander leurs fonds. Il lui suffira d’en garder assez pour payer ceux qui seront dans le cas d’avoir besoin d’argent comptant ; et ce sera, par exemple, cent mille onces, plus ou moins suivant les circonstances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces actions, comme tout autre effet commerçable, gagneront ou perdront suivant l’empressement avec lequel on les recherchera. Si beaucoup de personnes en veulent acheter, et que peu en veuillent vendre, elles hausseront de prix : elles baisseront au contraire, si beaucoup en veulent vendre, et que peu en veuillent acheter. Quelquefois un bruit, vrai ou faux, qui fera faire une perte à la banque, répandra l’alarme, et tout le monde voudra vendre : d’autres fois un bruit, également vrai ou faux, ramènera la confiance, et tout le monde voudra acheter. Dans ces alternatives, l’agiotage deviendra la profession de bien des personnes qui ne seront occupées qu’à répandre tour-à-tour la confiance et l’alarme. La banque elle-même, lorsqu’elle sera sûre de pouvoir rétablir son crédit, le fera tomber par intervalles, afin de faire elle-même l’agiotage de ses actions. Elle les achètera, lorsqu’elle les aura fait tomber : elle les revendra, lorsqu’elle les aura fait remonter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le gouvernement pouvait emprunter de cette banque, et il emprunta à gros intérêts. Mais il en tira un autre parti. Il avait des papiers qui perdaient beaucoup : les billets des traitants étaient surtout prodigieusement tombés dans toutes les places de commerce. Il engagea les directeurs de la banque à fabriquer des actions, dont ils n’avaient pas reçu la valeur ; et avec ces actions, il fit acheter des billets des traitants. Aussitôt ces billets haussent de prix. On y court : ils haussent davantage. Les bruits qu’on sème, entretiennent l’ivresse du public ; et on se hâte d’autant plus d’en acheter, qu’on croit qu’ils doivent toujours hausser. Lorsque, par ce manège, on les eut fait remonter au-dessus du pair, les directeurs de la banque en revendirent pour retirer les actions extraordinaires qu’ils avaient fabriquées, et ils les retirèrent avec profit. C’est ainsi qu’on faisait valoir alternativement les papiers de la banque et les papiers des traitants ; tantôt ceux-ci étaient bons, tantôt ceux-là ; et le public ne voyait pas que tous étaient mauvais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il ne manquait plus au gouvernement que de faire la banque lui-même, et il la fit. Lorsqu’il eut emprunté d’elle au point qu’il ne pouvait plus payer, il prit la place des banquiers. Alors il fabriqua des actions, et il en fabriqua d’autant plus, qu’il crut que le papier devait désormais lui tenir lieu d’argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les actions, trop multipliées, baissent de prix d’un jour à l’autre. Bientôt on n’en achète plus, et les actionnaires redemandent leurs fonds. Il fallut donc user d’adresse. On fit un grand étalage d’or et d’argent. Cependant on payait lentement, sous prétexte qu’on ne pouvait pas payer tout le monde à la fois ; et des gens affidés venaient recevoir publiquement de grosses sommes, qu’ils reportaient en secret dans la banque. Mais si de pareils artifices pouvaient se répéter, ils ne pouvaient pas toujours réussir. La chute de la banque produisit enfin un bouleversement général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : exploitation des mines|Chapitre 10 : Atteintes portées au commerce : exploitation des mines]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : police sur l’exportation et l’importation des grains|Chapitre 12 : Atteintes portées au commerce : police sur l’exportation et l’importation des grains]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Atteintes_port%C3%A9es_au_commerce_:_emprunts_de_toute_esp%C3%A8ce_de_la_part_du_gouvernement&amp;diff=114156</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : emprunts de toute espèce de la part du gouvernement</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Atteintes_port%C3%A9es_au_commerce_:_emprunts_de_toute_esp%C3%A8ce_de_la_part_du_gouvernement&amp;diff=114156"/>
		<updated>2014-01-31T12:44:56Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : exploitation des mines|Chapitre 10 : Atteintes portées au commerce : exploitation des mines]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : police sur l’exportation et l’importation des grains|Chapitre 12 : Atteintes portées au commerce : police sur l’exportation et l’importation des grains]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|11. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : EMPRUNTS DE TOUTE ESPÈCE DE LA PART DU GOUVERNEMENT}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Au temps de nos cités, la justice s’administrait de la manière la plus simple, c’est-à-dire, avec peu de lois et peu de magistrats. Sous la monarchie, les lois se multiplièrent avec les tribunaux, les magistrats et les suppôts de toutes espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	De toutes les causes qui concoururent à cet abus, il n’en est qu’une qui entre dans mon plan : c’est la création d’une multitude d’offices ; création dont les souverains se firent une ressource. Il faut, dans une monarchie, que les charges de magistrature soient vénales ; parce que si elles ne l’étaient pas, l’intrigue les vendrait, et l’administration de la justice serait un brigandage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, pour les vendre lui-même, le souverain ne doit pas multiplier au-delà du besoin celles qui sont utiles, encore moins en créer d’inutiles. Si c’est une ressource pour lui, elle n’est que momentanée, et il reste chargé à perpétuité d’une dette. Car un office qu’il vend, est proprement un emprunt dont il paie l’intérêt sous le nom de gages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant, lorsque nos quatre monarques eurent découvert cette ressource, ils en abusèrent au point que les magistrats furent souvent obligés de financer, pour empêcher que les tribunaux ne fussent surchargés d’une trop grande quantité de membres inutiles. Mais cet expédient, au lieu de produire l’effet qu’ils en avaient attendu, fut pour le souverain un moyen de plus de faire de l’argent. Ils financèrent donc, et, quelque temps après, on créa de nouveaux offices.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La noblesse était exempte d’une grande partie des taxes. Cette exemption absurde, qui ne peut s’expliquer chez des peuples originairement agricoles, tels que ceux que je suppose, s’explique naturellement chez des peuples barbares d’origine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Comme les anciens nobles s’étaient exemptés de contribuer, on voulut le devenir pour partager avec eux cette prérogative ; et on créa des offices, uniquement pour vendre la noblesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors le peuple se trouva de plus en plus surchargé. Non-seulement il porta, en surcroît de charge, tout le faix que le roturier ennobli ne portait plus ; on mit encore sur lui de nouveaux impôts, pour payer les gages des nouveaux offices.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On se serait lassé de voir les quatre monarques employer toujours les mêmes moyens pour faire de l’argent. Aussi en avaient-ils plusieurs qu’ils abandonnaient tour-à-tour, et auxquels ils revenaient de loin à loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ils trouvèrent surtout de grandes ressources dans les compagnies privilégiées. Elles avaient du crédit. Ils empruntèrent d’elles, quelquefois à dix, quinze, vingt pour cent, des sommes qu’elles empruntaient d’ordinaire à cinq.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le public ne jugea pas d’abord que ces emprunts seraient une nouvelle charge pour lui. Il ne voyait pas que c’était lui qui contractait une dette, lorsque le souverain empruntait. Cependant on aliénait une partie des impôts, pour payer les intérêts aux compagnies ; et, bientôt après, on mettait de nouveaux impôts pour égaler la recette à la dépense.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces emprunts étaient pour l’état une charge perpétuelle ; charge d’autant plus grande, qu’une partie des intérêts passait, chaque année, chez l’étranger qui avait aussi prêté. Le gouvernement ne renonça pas à cette ressource : mais il s’en fit une autre dans des emprunts à rentes viagères ; et pour tenter la cupidité, il imagina des tontines. Il s’applaudissait de contracter des dettes qui s’éteignaient d’elles-mêmes, et d’avoir trouvé le secret de prendre l’argent des citoyens sans faire violence à personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette ressource mettait, comme toutes les autres, dans la nécessité de multiplier les impôts, afin d’égaler la recette à la dépense ; et il fallait mettre de gros impôts, parce que les dettes étaient grandes. Il est vrai que les dettes s’éteignaient : mais les impôts subsistaient ; et on les accumulait, parce qu’on créait continuellement des rentes viagères ou des tontines. Cette opération qui n’avait point de terme, remplissait les villes de gens oisifs et inutiles, qui subsistaient néanmoins aux dépens de l’état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les compagnies, en empruntant pour prêter au roi, avaient répandu dans le public une quantité étonnante de billets payables au porteur, et portant intérêt à cinq pour cent. Il y en avait de cinquante onces d’argent, de cent, de mille, afin de faciliter à tout le monde le moyen de prêter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette monnaie de papier parut mettre un grand mouvement dans la circulation, et on se crut plus riche. Avec des terres, disait-on, on a toujours des réparations à faire : une mauvaise récolte vous enlève une partie de vos revenus, et on a souvent bien de la peine à être payé de ses fermiers. D’ailleurs si le cas arrive d’une dépense extraordinaire, on ne la peut pas prendre sur ses fonds, et on trouve difficilement à emprunter. Mais, avec un portefeuille, on a des rentes bien payées à l’échéance ; et comme au besoin on vend quelques billets, on peut toujours faire face aux accidents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On conçoit combien cette nouvelle façon de penser portait coup à l’agriculture. Les terres baissèrent de prix. On ne réparait pas les pertes faites en bestiaux : on laissait tomber les fermes en ruines : on vexait les fermiers pour être payé ; et on achetait des billets. Il fallait avoir une grande surabondance d’argent, pour imaginer de faire l’acquisition d’une terre ; et quand on l’avait faite, on songeait aux moyens d’en tirer beaucoup sans y rien mettre. 	Cependant les dettes de l’état croissaient, et les compagnies, que le gouvernement payait mal, ne pouvaient plus tenir leurs engagements. Alors le gouvernement se mit en leur place, et déclara qu’il payerait pour elles ; c’est-à-dire, qu’il réduisit l’intérêt des papiers publics de cinq à quatre pour cent, à trois, à deux, enfin à rien. Alors la ruine d’une multitude de particuliers, auparavant riches, entraîna celle d’une multitude de commerçants. On ne vit plus que banqueroute sur banqueroute ; et on apprit qu’il n’en est pas des papiers, qui n’ont qu’une valeur factice, comme de l’or et de l’argent qui ont une valeur réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On aurait au moins dû l’apprendre. Mais la richesse en papier était si commode, qu’on ne cherchait qu’à se faire illusion ; et, après quelque temps, on les recevait encore avec confiance. Il semblait qu’on ne sût que faire de son argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons vu comment un banquier fait valoir, pour son compte, des fonds que plusieurs négociants lui ont confiés. Or supposons que des banquiers, riches en argent et surtout en crédit, s’associent et forment ensemble un fonds pour le faire valoir à leur profit commun. Cette association est une compagnie qui donnera à chacun de ses membres une reconnaissance par écrit de la somme que chacun d’eux a fournie. Cet écrit ou billet se nommera action, parce qu’il donne, sur les fonds de la banque, un titre qu’on nomme action en termes de jurisprudence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose que le fonds de cette banque monte à cent mille onces d’argent, et que pour en faciliter la circulation, on a divisé ce fonds en mille actions de cent onces chacune.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces actions rapporteront cinq, six pour cent, tantôt plus, tantôt moins, suivant le bénéfice que fera la banque. Plus elles rapporteront, plus elles s’accréditeront ; et il y en aura bientôt plusieurs milliers dans le public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tout propriétaire d’action a une créance sur la banque, et il y trouve plusieurs avantages. Le premier est une sûreté pour son argent qu’il craindrait de garder chez lui. Le second est l’intérêt qu’il en retirera, intérêt qui peut croître d’un jour à l’autre. Le troisième est de pouvoir placer en petites parties, et pour le temps qu’il veut, tout l’argent dont, pour le moment, il ne ferait aucun usage. Le quatrième est la commodité de pouvoir payer de grosses sommes par le simple transport de ses créances. Le dernier enfin est de cacher son bien dans un porte-feuille, et de n’en laisser paraître que ce qu’il veut qu’on en voie. Ces avantages, que chacun évaluait suivant son caprice, pouvaient faire monter les actions de cent onces qu’elles valaient dans le principe, à cent dix, cent vingt, cent trente, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La banque, qui a voulu répondre à l’empressement du public, a vendu des actions, je suppose, pour un million d’onces d’argent. Or elle n’a pas besoin d’avoir ce million en caisse, parce que, tant qu’elle sera accréditée, elle est bien assurée que les actionnaires ne viendront pas tous à la fois demander leurs fonds. Il lui suffira d’en garder assez pour payer ceux qui seront dans le cas d’avoir besoin d’argent comptant ; et ce sera, par exemple, cent mille onces, plus ou moins suivant les circonstances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces actions, comme tout autre effet commerçable, gagneront ou perdront suivant l’empressement avec lequel on les recherchera. Si beaucoup de personnes en veulent acheter, et que peu en veuillent vendre, elles hausseront de prix : elles baisseront au contraire, si beaucoup en veulent vendre, et que peu en veuillent acheter. Quelquefois un bruit, vrai ou faux, qui fera faire une perte à la banque, répandra l’alarme, et tout le monde voudra vendre : d’autres fois un bruit, également vrai ou faux, ramènera la confiance, et tout le monde voudra acheter. Dans ces alternatives, l’agiotage deviendra la profession de bien des personnes qui ne seront occupées qu’à répandre tour-à-tour la confiance et l’alarme. La banque elle-même, lorsqu’elle sera sûre de pouvoir rétablir son crédit, le fera tomber par intervalles, afin de faire elle-même l’agiotage de ses actions. Elle les achètera, lorsqu’elle les aura fait tomber : elle les revendra, lorsqu’elle les aura fait remonter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le gouvernement pouvait emprunter de cette banque, et il emprunta à gros intérêts. Mais il en tira un autre parti. Il avait des papiers qui perdaient beaucoup : les billets des traitants étaient surtout prodigieusement tombés dans toutes les places de commerce. Il engagea les directeurs de la banque à fabriquer des actions, dont ils n’avaient pas reçu la valeur ; et avec ces actions, il fit acheter des billets des traitants. Aussitôt ces billets haussent de prix. On y court : ils haussent davantage. Les bruits qu’on sème, entretiennent l’ivresse du public ; et on se hâte d’autant plus d’en acheter, qu’on croit qu’ils doivent toujours hausser. Lorsque, par ce manège, on les eut fait remonter au-dessus du pair, les directeurs de la banque en revendirent pour retirer les actions extraordinaires qu’ils avaient fabriquées, et ils les retirèrent avec profit. C’est ainsi qu’on faisait valoir alternativement les papiers de la banque et les papiers des traitants ; tantôt ceux-ci étaient bons, tantôt ceux-là ; et le public ne voyait pas que tous étaient mauvais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il ne manquait plus au gouvernement que de faire la banque lui-même, et il la fit. Lorsqu’il eut emprunté d’elle au point qu’il ne pouvait plus payer, il prit la place des banquiers. Alors il fabriqua des actions, et il en fabriqua d’autant plus, qu’il crut que le papier devait désormais lui tenir lieu d’argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les actions, trop multipliées, baissent de prix d’un jour à l’autre. Bientôt on n’en achète plus, et les actionnaires redemandent leurs fonds. Il fallut donc user d’adresse. On fit un grand étalage d’or et d’argent. Cependant on payait lentement, sous prétexte qu’on ne pouvait pas payer tout le monde à la fois ; et des gens affidés venaient recevoir publiquement de grosses sommes, qu’ils reportaient en secret dans la banque. Mais si de pareils artifices pouvaient se répéter, ils ne pouvaient pas toujours réussir. La chute de la banque produisit enfin un bouleversement général.&lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Conclusion_des_deux_premi%C3%A8res_parties&amp;diff=114155</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Conclusion des deux premières parties</title>
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		<updated>2014-01-31T12:42:00Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations|Chapitre 18 : Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|19. CONCLUSION DES DEUX PREMIÈRES PARTIES}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons vu comment les richesses, lorsque le commerce jouit d’une liberté entière et permanente, se répandent partout. Elles se versent continuellement d’une province dans une autre. L’agriculture est florissante : on cultive les arts jusques dans les hameaux : chaque citoyen trouve l’aisance dans un travail à son choix : tout est mis en valeur ; et on ne voit point de ces fortunes disproportionnées qui amènent le luxe et la misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tout change à mesure que différentes causes portent atteinte à la liberté du commerce. Nous avons parcouru ces causes, ce sont les guerres, les péages, les douanes, les maîtrises, les privilèges exclusifs, les impôts sur les consommations, les variations des monnaies, l’exploitation des mines, les emprunts de toutes espèces de la part du gouvernement, la police des grains, le luxe d’une grande capitale, la jalousie des nations, enfin l’esprit de finance qui influe dans toutes les parties de l’administration.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors le désordre est au comble. La misère croît avec le luxe : les villes se remplissent de mendiants : les campagnes se dépeuplent ; et l’état qui a contracté des dettes immenses, semble n’avoir encore des ressources que pour achever sa ruine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On a pu voir dans la première partie de cet ouvrage, que la science économique, difficile parce qu’elle est naturellement compliquée, devient facile lorsqu’on la simplifie, c’est-à-dire, lorsqu’on la réduit à des notions élémentaires, qui, étant déterminées avec précision, paraissent des vérités triviales. Alors cette science se développe d’elle-même. Les propositions naissent les unes des autres, comme autant de conséquences ou de propositions successivement identiques ; et l’état de la question en montre la solution si sensiblement, qu’on la trouve en quelque sorte, sans avoir besoin de raisonner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans la seconde partie, j’ai réduit le raisonnement à une simple narration. J’y démontre les avantages d’une liberté entière et permanente : je fais connaître les causes qui peuvent y porter atteinte : j’en fais sentir les suites ; je ne cache pas les fautes des gouvernements, et je confirme les principes que j’ai établis dans la première partie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je n’ai cependant relevé que les principaux abus. Il était d’autant plus inutile de m’appesantir sur d’autres, qu’il y a un moyen de les détruire tous, c’est d’accorder au commerce une liberté pleine, entière et permanente. Je crois l’avoir prouvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	J’ai voulu surtout répandre la lumière sur une science qui paraît ignorée au moins dans la pratique. Si j’y ai réussi, il ne restera plus qu’à savoir si les nations sont capables de se conduire d’après la lumière. Ce doute, s’il venait d’un homme qui eût plus de talents et plus de célébrité, pourrait peut-être leur ouvrir les yeux ; mais, pour moi, je sens bien que je ne ferai voir que ceux qui voient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les nations sont comme les enfants. Elles ne font en général que ce qu’elles voient faire ; et ce qu’elles ont fait, elles le font longtemps, quelquefois toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce n’est pas la raison qui les fait changer, c’est le caprice ou l’autorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le caprice ne corrige rien : il substitue des abus à des abus, et les désordres vont toujours en croissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’autorité pourrait corriger ; mais d’ordinaire elle pallie plutôt qu’elle ne corrige. Encore est-ce beaucoup pour elle de pallier. Elle a ses passions, ses préjugés, sa routine, et il semble que l’expérience ne lui apprenne rien. Combien de fautes ont été faites ! Combien de fois elles ont été répétées! Et on les répète encore !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant l’Europe s’éclaire. Il y a un gouvernement qui voit les abus, qui songe aux moyens d’y remédier ; et ce serait plaire au monarque de montrer la vérité. Voilà donc le moment où tout bon citoyen doit la chercher. Il suffirait de la trouver. Ce n’est plus le temps où il fallait du courage pour l’oser dire, et nous vivons sous un règne où la découverte n’en serait pas perdue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La troisième partie de cet ouvrage n’est pas faite. L’auteur y travaillera si les deux premières la font désirer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations|Chapitre 18 : Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : la jalousie des nations</title>
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		<updated>2014-01-31T12:41:45Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale|Chapitre 16 : Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations|Chapitre 18 : Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|17. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : JALOUSIE DES NATIONS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Afin de juger de ce qui doit arriver à plusieurs nations jalouses, qui tentent chacune de commercer exclusivement, je transporte dans l’Asie mineure, le peuple que nous avons observé. Je lui donne la Mysie, la Lydie, la Bytinie, d’autres provinces encore, et je fais un royaume dont Troie sera la capitale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais parce que je ne veux observer que les effets de la jalousie des nations, je suppose, afin d’écarter toute autre cause, que ce peuple n’a plus, dans ses mœurs, ni dans son gouvernement, aucun des vices que je lui ai reprochés. Ce sera actuellement une nation agricole. Elle cultive les arts relatifs à l’agriculture : elle commence à en cultiver d’autres : elle met plus de recherches dans les commodités de la vie. Mais ses mœurs sont simples encore, ainsi que son gouvernement. Elle ne connaît ni les péages, ni les douanes, ni les impôts ni les maîtrises, ni les communautés, ni aucune espèce de privilège, ni ce qu’on appelle police des grains. Chaque citoyen a la liberté de choisir, pour subsister, le genre de travail qui lui convient, et le gouvernement n’exige qu’une contribution qui est réglée sur les besoins de l’état, et que la nation paie volontairement. Tels sont ces nouveaux troyens. Mais il faut qu’on me permette encore d’autres suppositions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose donc que, dans les siècles où ils subsistaient, siècles antérieurs à toute tradition, l’Asie, l’Égypte, la Grece et l’Italie, ainsi que les îles répandues dans les mers qui séparent ces continents, étaient autant de pays civilisés, dont les peuples commençaient à avoir quelque commerce les uns avec les autres ; tandis que tout le reste de l’Europe était encore dans la barbarie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin, ma dernière supposition sera que les arts n’avaient fait encore nulle part autant de progrès que chez les troyens. Partout ailleurs ils paraissaient à leur naissance. Cependant le luxe, même à Troie, était encore ignoré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La population doit être grande dans tous les pays que je viens de supposer. Plusieurs causes y concourent : la simplicité des mœurs, une subsistance assurée dans un travail à son choix, et l’agriculture qui fait d’autant plus de progrès, qu’elle est plus considérée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant tous les pays que nous avons couverts de nations civilisées, ne sont pas également fertiles ; et tous, par conséquent, ne produisent pas de quoi faire subsister, dans un espace égal, une population égale. La Grèce, par exemple, n’est pas, à beaucoup près aussi fertile que l’Égypte; et beaucoup de côtes maritimes seraient peu habitées, si elles étaient réduites au seul produit de leur sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais là où l’agriculture ne peut pas nourrir une grande population, l’industrie y supplée, et le commerce y fait vivre un peuple nombreux, avec le surabondant des nations agricoles. Ce peuple, à qui le sol semble refuser le nécessaire, devient le commissionnaire des autres. Il trafique avec le surabondant de tous : il en rapporte chez lui de quoi subsister, et parce qu’il s’est fait une habitude de l’économie avec laquelle il a été forcé de commencer, il finit par s’enrichir. Voilà ce qui doit arriver à des nations qui habitent des terres ingrates le long des côtes maritimes. Marchandes par leur position, elles ont les premières fait le commerce de commission ou le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors tous les ports étaient ouverts aux trafiquants. Tous les peuples donnent à l’exportation et à l’importation une liberté entière. Le surabondant se versait continuellement des uns chez les autres. Par une concurrence de tous les marchands possibles, chaque chose était à son vrai prix ; et l’abondance qui se répandait chez toutes les nations, semblait tendre, par un espèce de flux et de reflux, à se mettre partout au même niveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce commerce était surtout avantageux pour les troyens. Les progrès qu’ils avaient faits dans les arts, attiraient chez eux les marchands de toutes les nations. Ils mettaient en œuvre et les matières premières de leur sol, et celles qu’ils tiraient de l’étranger ; et leurs manufactures, tous les jours plus florissantes, faisaient subsister une multitude d’artisans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Heureux dans cette position, les peuples ne surent pas s’y maintenir. Pourquoi, disait-on, envoyer chez les troyens des matières premières que nous pouvons mettre en œuvre nous-mêmes ? Est-il raisonnable de porter chez l’étranger notre argent et nos productions, pour y faire subsister des artisans, qui, en consommant chez nous, augmenteraient notre population et nos richesses ? Tous les peuples songeaient donc aux moyens d’établir chacun chez eux les mêmes manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les nations marchandes excitaient surtout la jalousie. Ces nations, pauvres par leur sol, s’enrichissaient, se peuplaient, et semblaient devoir à l’aveuglement des autres, leurs richesses et leur population. Pourquoi leur laisser faire, presque à elles seules, tout le trafic, disaient les peuples jaloux ? Souffrirons-nous encore longtemps qu’elles fassent sur nous des profits que nous pourrions faire nous-mêmes ? C’est nous qui les faisons subsister ; c’est nous qui les enrichissons. Fermons-leur nos ports, elles tomberont dans la misère, et bientôt elles ne seront plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces réflexions ne sont pas aussi solides qu’elles le paraissent. L’auteur de la nature, aux yeux duquel tous les peuples, malgré les préjugés qui les divisent, sont comme une seule république, ou plutôt comme une seule famille, a établi des besoins entre eux. Ces besoins sont une suite de la différence des climats, qui fait qu’un peuple manque des choses dont un autre surabonde, et qui leur donne à chacun différents genres d’industrie. Malheur au peuple qui voudrait se passer de tous les autres. Il serait aussi absurde qu’un citoyen qui, dans la société regrettant les bénéfices qu’on fait sur lui, voudrait pourvoir par lui seul à tous ses besoins. Si un peuple se passait des nations marchandes, s’il les anéantissait, il en serait moins riche lui-même, puisqu’il diminuerait le nombre des consommateurs auxquels il vend ses productions surabondantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’ailleurs les négociants n’appartiennent proprement à aucun pays. Ils forment une nation qui est répandue partout ; et qui a ses intérêts à part. Un peuple est donc dans l’erreur, s’il croit travailler pour lui, lorsqu’il sacrifie tout à ses négociants. En excluant ceux des autres nations, il vend ses marchandises à plus bas prix, et il achète à plus haut les marchandises étrangères : ses manufactures tombent, son agriculture se dégrade, et il fait tous les jours de nouvelles pertes. Il n’y a que la concurrence de tous les négociants qui puisse faire fleurir le commerce à l’avantage de chaque peuple. Faire et laisser faire, voilà donc quel devait être l’objet de toutes les nations. Un commerce toujours ouvert et toujours libre, pouvait seul contribuer au bonheur de toutes ensemble, et de chacune en particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais ce n’est pas ainsi qu’on raisonnait. Un état, disait-on n’est riche et puissant, qu’à proportion de l’argent qui circule ; et l’argent ne circule en plus grande quantité, qu’autant qu’on fait un plus grand commerce. Toute nation qui entendra ses vrais intérêts, doit donc songer aux moyens d’être la seule nation commerçante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce raisonnement parut évident, et on se conduisit en conséquence. Voilà donc les peuples qui vont travailler à s’appauvrir les uns les autres : car en voulant s’enlever mutuellement le commerce, chacun d’eux en commercera moins. Observons les effets de cette politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les troyens qui avaient des ports sur la mer Égée, sur la Propontide et sur le Pont-Euxin, étaient maîtres encore de toutes les îles adjacentes à leur continent. Dans cette position, où ils pouvaient faire un grand commerce concurremment avec les autres peuples, ils voulurent le faire exclusivement. Ils établirent donc des douanes partout : ils mirent à contribution les marchands étrangers qui exportaient ou qui importaient ; enfin ils leur fermèrent tout-à-fait les ports.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple applaudit à la sagesse du gouvernement. Il croyait qu’il allait faire à lui seul tout le trafic ; et il n’en fit pas plus qu’auparavant ; parce qu’il ne pouvait pas abandonner ses manufactures et ses champs pour monter sur des vaisseaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce diminua considérablement, lorsqu’il ne se fit plus par l’entremise des nations marchandes. Cette révolution entraîna la chûte de plusieurs manufactures ; et l’agriculture se dégrada, parce qu’il y eut moins de productions, quand l’impuissance d’exporter eut rendu inutile tout surabondant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant le gouvernement ne se doutait pas de la faute qu’il avait faite. Il croyait au contraire que le commerce apportait dans l’état plus de richesses que jamais: il en jugeait ainsi à la fortune de quelques négociants troyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ces négociants s’enrichissaient aux dépens de l’état n’ayant plus de concurrents, lorsqu’ils vendaient et lorsqu’ils achetaient, ils mettaient seuls le prix aux choses. Ils retranchaient tous les jours sur le salaire de l’artisan et du laboureur, et ils vendaient cher tout ce qu’ils apportaient de l’étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Jaloux les uns des autres, les peuples ne devaient pas se borner à se fermer leurs ports, et à s’interdire mutuellement le commerce, dans l’espérance de le faire chacun exclusivement. On devait encore armer, et on arma. Dans des guerres funestes à tous, on s’applaudissait alternativement des coups qu’on croyait se porter, et qu’on ne portait que sur le commerce pour le ruiner partout également. De grandes armées sur terre, de grandes flottes sur mer mettaient dans la nécessité d’arracher de force à la charrue et aux manufactures une partie des citoyens, et de charger d’impôts l’autre partie. Ces violences se renouvelaient à chaque guerre, toujours avec de nouveaux abus, parce que la paix qui ne se faisait que par épuisement, ne durait jamais assez pour permettre aux puissances belligérantes de réparer leurs pertes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce, tombé pendant la guerre, se relevait difficilement à la paix. On n’osait pas s’engager dans des entreprises qui exigeaient de grandes avances, et dont toutes les espérances pouvaient s’évanouir aux premières hostilités. Le gouvernement néanmoins invitait le peuple et même la noblesse à faire le trafic. Il offrait sa protection aux négociants, et il ne paraissait occupé qu’à faire fleurir le commerce, qu’il avait ruiné, et qu’il devait ruiner encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand on a la puissance, on croit tout possible. On ne sait point se méfier de ses lumières, et parce qu’on a commandé, on n’imagine pas devoir trouver des obstacles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi, dans l’administration publique, une faute, qui a été faite, se fait encore, et se fait longtemps. Elle devient maxime d’état, et les préjugés gouvernent. Les troyens s’obstinaient à fermer leurs ports aux nations marchandes, ils s’obstinaient à leur faire la guerre, et cependant ils cherchaient quelle pouvait être la cause de la décadence de leur commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On crut l’avoir trouvée, lorsqu’ayant considéré que les entreprises demandaient des avances d’autant plus grandes, qu’elles exposaient à plus de risques, on s’imagina que le commerce ne pouvait plus se faire que par des compagnies qui réuniraient les fonds de plusieurs riches négociants. Il n’y avait donc qu’à permettre d’en former autant qu’on le jugerait à propos. Mais il s’en présentait une. Elle faisait voir de grands avantages pour l’état dans l’espèce de trafic qu’elle projetait. Elle exagérait les avances qu’elle aurait à faire. Elle représentait qu’après les avoir faites, il ne serait pas juste qu’elle fût privée du bénéfice dû à son industrie ; et elle demandait un privilège exclusif. Il lui fut accordé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce privilège était une atteinte portée à la liberté, puisqu’il donnait, à une seule compagnie, un droit qui appartenait à tous les citoyens. Les négociants réclamèrent, mais inutilement. La nouvelle compagnie donna de l’argent, et le privilège fut confirmé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que le gouvernement connut que ces privilèges pouvaient se vendre, il en vendit encore. Cet abus, passé en usage, devint règle ; et bientôt on regarda les privilèges exclusifs, comme une protection accordée au commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant vendre des privilèges exclusifs à des artisans et à des marchands, c’était exiler ceux à qui on n’en vendait pas. Plusieurs sortirent du royaume, et emportèrent les manufactures avec eux. Il est vrai que le gouvernement leur défendit, sous de grièves peines, de sortir de l’état. Mais quand ils étaient passés chez l’étranger, on ne pouvait plus les punir, et cependant on ne pouvait pas les empêcher d’y passer. Cette défense les fit déserter en plus grand nombre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque les manufactures jouissent, dans un royaume, d’une liberté entière, elles se multiplient à proportion du besoin. Il n’en est pas de même, lorsqu’elles appartiennent à une compagnie exclusive. Comme l’intérêt de cette compagnie est bien moins de vendre beaucoup, que de vendre cher, elle songe à faire le plus grand bénéfice avec le plus petit trafic. D’ailleurs elle trouve un avantage à diminuer le nombre des manufactures, c’est que les ouvriers, restant en plus grande quantité qu’elle n’en peut employer, sont réduits, s’ils ne veulent pas mendier, à travailler presque pour rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Non-seulement la main d’œuvre coûtait peu aux compagnies exclusives. Elles voulurent faire encore un nouveau bénéfice sur les matières premières. Elles représentèrent au gouvernement combien l’exportation qu’on en faisait chez l’étranger était contraire aux intérêts du commerce, et il fut défendu de les exporter. Elles les achetèrent donc au plus bas prix, et en conséquence la culture en fut tous les jours plus négligée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pendant que les douanes, les impôts, les privilèges exclusifs vexaient le commerce et l’agriculture, le luxe croissait avec la misère : l’état qui ne subsistait plus que par des ressources, contractait continuellement de nouvelles dettes ; et la finance s’élevait au milieu des débris de la fortune publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà l’état où se trouvait la monarchie des troyens. Tel était à-peu-près celui de toutes les monarchies, qui avaient armé pour s’enlever mutuellement quelques branches de commerce. Aux moyens qu’elles employaient, on n’aurait pas deviné qu’elles voulaient s’enrichir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque le gouvernement fait continuellement des emprunts, l’intérêt de l’argent est nécessairement fort haut : il l’est surtout dans un temps où le luxe, qui ne met point de bornes aux besoins, fait une nécessité aux plus riches d’emprunter. Si ce sont les citoyens qui prêtent à l’état, les fonds sortent du commerce, pour faire subsister sans travail une multitude de rentiers, gens inutiles, dont le nombre croît continuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si ce sont des étrangers, les fonds sortent non-seulement du commerce, ils sortent encore de l’état qui se ruine insensiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors les négociants qui trouvent difficilement à emprunter, ou qui ne trouvent qu’à gros intérêts, sont dans l’impuissance de former de grandes entreprises. Comment en formeraient-ils ? Leurs affaires sont presque toujours mêlées avec celle du gouvernement, auquel les compagnies exclusives ont prêté leur crédit ; et par conséquent la méfiance, qu’on a du gouvernement, bannit du commerce toute confiance. Il est donc bien difficile que le commerce fleurisse dans de pareilles monarchies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On ne voyait pas de pareils inconvénients chez les républiques marchandes. Au contraire, il y régnait une grande confiance, parce que les négociants y jouissaient d’une liberté entière, et que le gouvernement, sans luxe et sans dettes, assuraient leurs fortunes. Ils avaient, dans le commerce, un grand avantage sur les négociants des monarchies, parce qu’ils pouvaient emprunter à bas intérêt, et qu’ayant de l’économie, ils songeaient moins à faire tout-à-coup de gros profits, qu’à en faire fréquemment de petits. Tous les fonds restaient donc dans le commerce, et le faisaient fleurir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, de tous les peuples, les plus sages ou les plus heureux, c’étaient les républiques agricoles. Peu jalouses de faire le trafic par elles-mêmes, elles n’avaient pas imaginé de fermer leurs ports aux marchands étrangers, qui venaient enlever le surabondant de leurs productions, et elles subsistaient dans l’abondance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les choses se trouvaient dans cet état, lorsque de nouvelles branches de commerce causèrent une grande révolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les phéniciens, peuple marchand et républicain, découvrirent, à l’occident de l’Europe, un pays peuplé par une multitude de cités, qui leur parurent d’autant plus barbares, qu’ayant beaucoup d’or et beaucoup d’argent, elles n’y attachaient aucune valeur. Cette découverte qui leur fournit les moyens de faire un plus grand trafic, leur donna bientôt la prépondérance sur toutes les nations marchandes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans la monarchie troyenne, où les compagnies exclusives s’étaient saisies de tout le commerce connu, on avait encore plus besoin de faire des découvertes. C’était l’unique ressource des marchands qui n’avaient point acheté de privilèges. Réduits donc à chercher quelque nouvelle branche de commerce dans des contrées inconnues, ils pénétrèrent dans la mer Caspienne ; et de-là par l’Oxus, ils remontèrent dans l’Inde, pays vaste, fertile, où les arts étaient cultivés, et où la main-d’œuvre était à un prix d’autant plus bas, qu’une grande population y subsistait dans l’abondance avec peu de besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette découverte introduisit, dans la monarchie, un nouveau genre de luxe. On admira la beauté des toiles qui se fabriquaient dans l’Inde, et la nouveauté leur donnant une valeur qui croissait en quelque sorte en raison de l’éloignement, les marchands, qui ouvrirent les premiers ce commerce, gagnerent depuis cent cinquante, jusqu’à deux cents pour cent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce trafic parut donc très-lucratif : en effet, il l’était pour les marchands. Il l’aurait été pour l’état même, si on avait gagné cent cinquante pour cent sur les marchandises qu’on portait dans l’Inde ; parce que, dans cette supposition, il aurait fait fleurir les manufactures du royaume. Mais les indiens n’avaient pas besoin des choses qui se manufacturaient dans l’occident ; et l’or et l’argent étaient presque les seules marchandises qu’on pouvait leur donner en échange des leurs. C’est donc au retour que les marchands faisaient un bénéfice de cent cinquante pour cent ; et par conséquent ils le faisaient sur l’état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On n’était pas dans l’usage de faire de pareilles distinctions. Les marchands s’enrichissaient en faisant un commerce onéreux pour l’état, et on disait, l’état s’enrichit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que ce commerce paraissait se faire avec tant d’avantages par quelques marchands particuliers, il ne fut pas difficile de prouver au gouvernement qu’il se ferait avec plus d’avantages encore par une compagnie exclusive. On lui prouva même que les particuliers qui le faisaient, ne le pouvaient pas faire, et quoiqu’on l’eût convaincu de leur impuissance, et que par conséquent il fût inutile de le leur défendre, il le leur défendit, et il accorda un privilège exclusif pour quinze ans, à une compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà donc plusieurs négociants exclus d’un commerce qu’ils avaient découverts à leurs risques et fortunes, et cependant la compagnie ne le fit pas. Les compagnies sont lentes dans leurs opérations : elles perdent bien du temps à délibérer et elles font bien des dépenses avant de commencer. Celle-ci ne commença point : elle empêcha seulement que le commerce ne se fît par d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On créa une seconde compagnie, une troisième, plusieurs successivement ; et le gouvernement qui se faisait une habitude d’en créer, croyait toujours qu’il lui était avantageux d’en créer encore. Il en fut si persuadé, qu’il en créa enfin une à laquelle il donna les plus grands secours, jusqu’à lui avancer les fonds dont elle avait besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Celle-ci, malgré quelques succès qu’elle eut par intervalles, eut bientôt consommé la plus grande partie de ses fonds. Elle voyait le moment où elle allait perdre son crédit ; et parce qu’il lui importait de cacher ses pertes, elle imagina de faire aux actionnaires des répartitions, comme si le commerce eût produit un bénéfice. Mais cet expédient frauduleux qui répara pour un moment son crédit, fit un plus grand vide dans ses coffres. Bientôt elle fut réduite à emprunter à gros intérêts, et elle ne se maintint plus que par le secours qu’elle reçut du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais pourquoi le même commerce est-il tout à la fois lucratif et ruineux ? Il est lucratif, lorsque des particuliers le font, parce qu’alors il se fait avec économie. Il suffit à des négociants d’être en correspondance avec les négociants des pays où ils trafiquent. Tout au plus ils auront des facteurs partout où ils auront besoin d’avoir des entrepôts ; et ils évitent toutes les dépenses inutiles, parce qu’ils voient tout par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’en est pas de même des compagnies. Il leur faut, dans la capitale, des administrateurs, des directeurs, des commis, des employés : il leur faut d’autres administrateurs, d’autres directeurs, d’autres commis, d’autres employés partout où elles forment des établissements. Il leur faut encore, outre les comptoirs et les magasins, des édifices élevés à la vanité des chefs qu’elles emploient. Forcées à tant de dépenses, combien ne perdent-elles pas en malversations, en négligences, en incapacité ? Elles payent toutes les fautes de ceux qu’elles gagnent pour les servir ; et il s’en fait d’autant plus, que les administrateurs qui se succèdent au gré de la brigue, et qui voient chacun différemment ne permettent jamais de se faire un plan sage et suivi. Elles forment des entreprises mal combinées : elles les exécutent comme au hasard ; et dans une administration qui semble se compliquer d’elle-même, elles emploient des hommes intéressés à la compliquer encore. La régie de ces compagnies est donc vicieuse nécessairement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais la compagnie de l’Inde avait d’autres vices que ceux de sa constitution. Elle voulut être militaire et conquérante. Elle se mêla dans les querelles des princes de l’Inde : elle eut des soldats, des forts : elle acquit des possessions ; et ses employés se crurent des souverains. Il est donc aisé de comprendre, comment sa régie absorbait au-delà des produits du commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant cette compagnie s’obstinait à vouloir conserver son privilège ; et elle se fondait sur ce que ce commerce, selon elle, était impossible aux négociants particuliers. Mais elle parlait d’après les intérêts de ses employés qui seuls s’enrichissaient. En effet son expérience prouvait qu’elle ne pouvait plus elle-même faire ce commerce. Quel risque y avait-il donc à le rendre libre ? Le pis aller est que tout le monde y eût renoncé. Mais on l’aurait fait, puisqu’on le faisait avant elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce de l’Inde excita l’avidité des nations marchandes. La mer Rouge l’ouvrait aux phéniciens. Ils ne tardèrent pas à le faire, et ils portèrent dans l’Inde l’or et l’argent qu’ils tiraient de l’occident de l’Europe. Mais il semblait que les compagnies exclusives dussent s’établir partout. Il s’en forma une à laquelle les phéniciens abandonnèrent ce commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette compagnie eut dans leur république, comme dans une monarchie, les vices inhérents à sa constitution. Elle se soutint cependant mieux que celle des troyens, parce qu’elle se trouva dans des circonstances plus favorables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les phéniciens avaient conquis plusieurs îles, les seules où croissaient les épiceries ; et ils avaient cru se réserver la vente exclusive de ces productions, en donnant ces îles à une compagnie, intéressée à les fermer à tout négociant étranger. Ce sont ces productions qui soutenaient leur compagnie. Elle se serait ruinée, comme toutes les autres, si, sans des possessions qui étaient uniques, elle eût été bornée à faire le commerce de l’Inde. Les phéniciens éclairés ne l’ignoraient pas. Ils ne comptaient point sur la durée d’une compagnie qui était tout à la fois militaire et marchande ; et ils jugeaient avec raison qu’il eût été plus avantageux à leur république de laisser une entière liberté au commerce, et de partager même celui des épiceries avec les nations étrangères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant l’exemple d’une compagnie exclusive chez les phéniciens était à Troie un grand argument pour protéger la compagnie de l’Inde. Comment, disait-on, cette compagnie serait-elle contraire à la liberté et au commerce, puisqu’il s’en établit de semblables chez les peuples libres et commerçants ? Mais si ceux qui faisaient cette objection prévoyaient la réponse, ils étaient de mauvaise foi ; et s’ils ne la prévoyaient pas, ils étaient bien ignorants. De pareils raisonnements néanmoins aveuglaient le gouvernement, au point qu’il ne se lassait pas de faire continuellement de nouveaux efforts pour soutenir cette compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il était difficile que les égyptiens, situés si avantageusement pour trafiquer du couchant à l’orient, vissent sans jalousie les richesses que le commerce apportait aux phéniciens. Ils tentèrent donc de les partager, et ils s’ouvrirent les mêmes routes. Insensiblement les autres peuples de l’Asie, à l’exemple les uns des autres, s’adonnèrent au trafic, et tous arrivèrent dans l’Inde par divers chemins. Les derniers comptaient sur les mêmes bénéfices que les premiers avaient faits. Ils ne prévoyaient pas que la concurrence de tant de nations marchandes ferait tout renchérir dans les marchés de l’Inde ; et que les choses qu’on y achèterait à un plus haut prix, se revendraient à un plus bas, parce qu’elles deviendraient plus communes. Au contraire, au grand mouvement qui se faisait dans le commerce, on se confirmait tous les jours dans la maxime qu’un état n’est puissant qu’autant qu’il est riche, et qu’il n’est riche qu’autant qu’il fait le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce n’est pas que je blâme le trafic. Je pense qu’il faut laisser faire à un peuple tout ce à quoi il se croit propre. Le gouvernement n’a rien à prescrire à cet égard. Il ne doit point encourager exclusivement le trafic, pas même l’agriculture. Toute sa protection se borne à observer ce qui se fait, à laisser faire, à lever les obstacles et à maintenir l’ordre. Que les campagnes ne soient point foulées, elles se peupleront avec une surabondance qui refluera dans les villes pour les remplir d’artisans, et dans les ports pour les remplir de matelots. Alors tout sera mis en valeur par une industrie qui se portera à tout, et la nation sera véritablement puissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais faut-il, pour ne pas fouler les campagnes, ôter tous les impôts ? Non sans doute. Car ce sont les terres qui doivent payer les charges, puisqu’elles seules peuvent payer. Les artisans et les marchands, comme nous l’avons remarqué, quelque taxe qu’on mette sur eux, ne payent jamais, parce que s’ils travaillent, ils se font rembourser, et s’ils ne travaillent pas, ils mendient. En un mot, de quelque manière qu’on s’y prenne pour les faire contribuer, ce sont toujours les propriétaires qui payent pour les salariés, puisque ce sont les propriétaires qui payent les salaires : nous l’avons déjà dit. Il faut donc mettre des impôts sur les terres : il faut accorder à l’industrie toute liberté, et il ne faut laisser naître aucun des abus que nous avons observés dans les gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tous ces abus s’étaient introduits plus ou moins parmi les nations de l’Asie ; et lorsqu’elles ôtaient toute liberté au commerce, et que par contre coup elles ruinaient l’agriculture, elles voulaient être commerçantes, et chacune voulait l’être exclusivement. De-là des guerres fréquentes dans l’Inde, dans l’Asie, et des révolutions continuelles dans le commerce. Il tombait successivement partout, et il ne se relevait que faiblement chez les nations qui avaient eu plus de succès. Toutes contractaient des dettes, toutes multipliaient les impôts ; et pour soutenir le commerce, elles paraissaient à l’envie ruiner l’agriculture, sans laquelle cependant il n’y a point de commerce. Le désordre était partout le même, ou à peu près.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On sentit enfin que les terres sont le plus grand fonds de richesses ; et pour encourager l’agriculture, on proposa chez les troyens, de permettre tout à la fois l’exportation et l’importation des bleds. Notre sol, disait-on, naturellement fécond, sera pour nous, s’il est bien cultivé, une mine inépuisable. La concurrence des nations mettra le bled à son vrai prix. Les cultivateurs assurés de la vente de leurs grains, défricheront toutes les terres ; et à chaque année, nous aurons un plus grand fonds de commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En Égypte, l’exportation seule était permise : souvent même le gouvernement l’encourageait par des récompenses. Riches par leur sol, les égyptiens l’étaient encore par leur commerce, et dominaient alors sur les mers. D’après cet exemple ; beaucoup de personnes, chez les troyens voulaient qu’on permît au moins l’exportation : d’autres s’y opposaient ; et le public qui ne savait qu’en penser, était dans la crainte, soit qu’on la permît ; soit qu’on la défendît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parmi les raisonnements qu’on faisait sur cette question, les meilleurs ne convainquaient pas, et les mauvais avaient l’avantage du nombre. Le gouvernement qui, comme le public, ne savait que penser, obéissait au cri qui paraissait le plus fort, permettant et défendant, tour-à-tour l’exportation ; et parce que faute de principes il se conduisait avec timidité, il n’accordait ordinairement qu’une liberté qu’il limitait, et qu’il rendait par-là sujette aux plus grands abus. En un mot, on eût dit, à sa conduite, qu’il voulait causer la disette pour favoriser les monopoleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sur ces entrefaites, on apprit que les égyptiens venaient de défendre l’exportation ; et cette nouvelle parut faire triompher ceux qui la blâmaient à Troie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons prouvé qu’il est de l’intérêt de toutes les nations de donner la liberté d’exporter et d’importer : nous remarquerons ici que cette liberté doit procurer de plus grands avantages, ou du moins les procurer plus promptement, lorsqu’elle concourt avec toutes les causes qui peuvent contribuer aux progrès de l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quoiqu’il y eût des abus en Égypte, de vieux usages faisaient encore respecter l’agriculture. On avait pour maxime que les impôts ne devaient être mis que sur le produit net des terres, et on évaluait ce produit de la manière la plus favorable aux cultivateurs. Un fermier savait ce qu’il devait payer. Assuré qu’on ne lui demanderait jamais au-delà, il vivait dans l’aisance. On lui laissait toutes les avances nécessaires pour cultiver ses champs et pour les améliorer ; et jamais l’impôt, sous quelque prétexte que ce fût, ne pouvait être pris sur ces avances. Il avait même pour s’enrichir, un moyen qui contribuait aux progrès de l’agriculture. C’est que les baux se passaient pour vingt, vingt-cinq ou trente ans. Les fermiers riches pouvaient donc pendant les quatre ou cinq premières années d’un bail, mettre tous leurs profits en plantations, en défrichements, en augmentations de bestiaux. Ils pouvaient même encore employer à cet effet une partie de leur bien, et ils le faisaient communément, parce qu’ils étaient assurés de retirer, avec bénéfice, pendant quinze à vingt ans, les avances qu’ils avaient faites. En un mot, par la longueur de leurs baux, ils cultivaient une ferme avec le même intérêt, que si elle eût été à eux ; et les propriétaires y trouvaient eux-mêmes un grand avantage, parce qu’à chaque renouvellement de bail, ils augmentaient considérablement leurs revenus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà les causes qui concouraient en Égypte avec la liberté d’exporter, et on conçoit qu’il en devait résulter de grands avantages.&lt;br /&gt;
	A Troie, depuis longtemps, un grand nombre d’abus contribuaient à la dégradation de l’agriculture. Les baux étaient de neuf ans : la loi ne permettait pas d’en faire des plus longs ; et quand elle l’aurait permis, l’agriculture en eût retiré peu d’avantages. Que pouvait-on attendre des fermiers? Ils ne gagnaient en général que de quoi subsister misérablement. Peu assurés de leurs avances, ils étaient souvent réduits pour payer les impositions, à vendre leurs bestiaux, ou même jusqu’à leurs charrues. Pauvres, ils affectaient de le paraître encore plus ; parce que les taxes, qui étaient personnelles et arbitraires, croissaient aussi-tôt qu’un laboureur laissait apercevoir de l’aisance. Dans cet état des choses, les champs tombaient en friche : on ne cultivait, qu’autant qu’on y était forcé par la nécessité ; et la plupart des fermes n’étaient point en valeur. On juge d’après cet exposé, que dans la monarchie troyenne, il fallait du temps pour se procurer tous les avantages qu’on doit attendre de la liberté du commerce des grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On demandera sans doute, pourquoi les égyptiens, après avoir encouragé l’exportation, l’avait défendue : c’est qu’ils n’avaient pas permis l’importation. Il y eut une cherté à la suite d’une mauvaise récolte, et les étrangers n’apportèrent point de bleds, ou n’en apportèrent pas assez. Dans cette conjoncture, le gouvernement crut devoir prendre la précaution inutile de défendre l’exportation qui ne se faisait pas, et qui ne pouvait pas se faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les troyens devaient donner au commerce des grains une liberté entière, et ils devaient encore faire concourir toutes les causes qui peuvent contribuer aux progrès de l’agriculture. Mais quand un état tombe en décadence, on ne songe ni à l’agriculture, ni aux causes qui la dégradent, ni aux moyens de la réparer. On a pour unique maxime, qu’il faut faire de l’argent ; et quand on en a fait, on croit avoir plus de puissance, parce qu’on peut lever de plus grandes armées. Mais en supposant que les grandes armées font la puissance, il faudra savoir comment le monarque a de l’argent, pour juger si sa puissance est bien assurée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sont-ce les cultivateurs qui le donnent ; et après l’avoir donné, vivent-ils dans l’aisance ? Je conçois que le souverain est riche ; et s’il sait faire un emploi de ses richesses, il sera puissant. Mais n’a-t-il de l’argent, que parce qu’il en emprunte ? Il n’en a donc pas. Il n’a que des dettes. Pour les payer, il ruinera son peuple ; et avant de les avoir payées, il en aura déjà contracté de nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà cependant où en étaient les principales puissances de l’Asie. Partout on parlait de faire entrer l’argent dans l’état : on parlait d’empêcher qu’il ne sortît : on ne parlait, en un mot, que de la nécessité d’en avoir ; et les gouvernements qui ne se conduisaient que par des principes de finance, ne pouvaient pas songer aux moyens de faire fleurir l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Avec cette politique financière, les monarques se croyaient puissants, ou se flattaient de le devenir. Mais les siècles reculés où je les fais vivre, doivent leur faire pardonner cette erreur. Ils ne prévoyaient pas avec quelle facilité les empires les plus riches, surtout ceux de l’Asie, seraient renversés ; et ils pouvaient croire qu’il y aurait quelque jour des conquérants financiers. Ils se sont trompés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : la jalousie des nations</title>
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		<updated>2014-01-31T12:41:34Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|17. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : JALOUSIE DES NATIONS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Afin de juger de ce qui doit arriver à plusieurs nations jalouses, qui tentent chacune de commercer exclusivement, je transporte dans l’Asie mineure, le peuple que nous avons observé. Je lui donne la Mysie, la Lydie, la Bytinie, d’autres provinces encore, et je fais un royaume dont Troie sera la capitale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais parce que je ne veux observer que les effets de la jalousie des nations, je suppose, afin d’écarter toute autre cause, que ce peuple n’a plus, dans ses mœurs, ni dans son gouvernement, aucun des vices que je lui ai reprochés. Ce sera actuellement une nation agricole. Elle cultive les arts relatifs à l’agriculture : elle commence à en cultiver d’autres : elle met plus de recherches dans les commodités de la vie. Mais ses mœurs sont simples encore, ainsi que son gouvernement. Elle ne connaît ni les péages, ni les douanes, ni les impôts ni les maîtrises, ni les communautés, ni aucune espèce de privilège, ni ce qu’on appelle police des grains. Chaque citoyen a la liberté de choisir, pour subsister, le genre de travail qui lui convient, et le gouvernement n’exige qu’une contribution qui est réglée sur les besoins de l’état, et que la nation paie volontairement. Tels sont ces nouveaux troyens. Mais il faut qu’on me permette encore d’autres suppositions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose donc que, dans les siècles où ils subsistaient, siècles antérieurs à toute tradition, l’Asie, l’Égypte, la Grece et l’Italie, ainsi que les îles répandues dans les mers qui séparent ces continents, étaient autant de pays civilisés, dont les peuples commençaient à avoir quelque commerce les uns avec les autres ; tandis que tout le reste de l’Europe était encore dans la barbarie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin, ma dernière supposition sera que les arts n’avaient fait encore nulle part autant de progrès que chez les troyens. Partout ailleurs ils paraissaient à leur naissance. Cependant le luxe, même à Troie, était encore ignoré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La population doit être grande dans tous les pays que je viens de supposer. Plusieurs causes y concourent : la simplicité des mœurs, une subsistance assurée dans un travail à son choix, et l’agriculture qui fait d’autant plus de progrès, qu’elle est plus considérée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant tous les pays que nous avons couverts de nations civilisées, ne sont pas également fertiles ; et tous, par conséquent, ne produisent pas de quoi faire subsister, dans un espace égal, une population égale. La Grèce, par exemple, n’est pas, à beaucoup près aussi fertile que l’Égypte; et beaucoup de côtes maritimes seraient peu habitées, si elles étaient réduites au seul produit de leur sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais là où l’agriculture ne peut pas nourrir une grande population, l’industrie y supplée, et le commerce y fait vivre un peuple nombreux, avec le surabondant des nations agricoles. Ce peuple, à qui le sol semble refuser le nécessaire, devient le commissionnaire des autres. Il trafique avec le surabondant de tous : il en rapporte chez lui de quoi subsister, et parce qu’il s’est fait une habitude de l’économie avec laquelle il a été forcé de commencer, il finit par s’enrichir. Voilà ce qui doit arriver à des nations qui habitent des terres ingrates le long des côtes maritimes. Marchandes par leur position, elles ont les premières fait le commerce de commission ou le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors tous les ports étaient ouverts aux trafiquants. Tous les peuples donnent à l’exportation et à l’importation une liberté entière. Le surabondant se versait continuellement des uns chez les autres. Par une concurrence de tous les marchands possibles, chaque chose était à son vrai prix ; et l’abondance qui se répandait chez toutes les nations, semblait tendre, par un espèce de flux et de reflux, à se mettre partout au même niveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce commerce était surtout avantageux pour les troyens. Les progrès qu’ils avaient faits dans les arts, attiraient chez eux les marchands de toutes les nations. Ils mettaient en œuvre et les matières premières de leur sol, et celles qu’ils tiraient de l’étranger ; et leurs manufactures, tous les jours plus florissantes, faisaient subsister une multitude d’artisans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Heureux dans cette position, les peuples ne surent pas s’y maintenir. Pourquoi, disait-on, envoyer chez les troyens des matières premières que nous pouvons mettre en œuvre nous-mêmes ? Est-il raisonnable de porter chez l’étranger notre argent et nos productions, pour y faire subsister des artisans, qui, en consommant chez nous, augmenteraient notre population et nos richesses ? Tous les peuples songeaient donc aux moyens d’établir chacun chez eux les mêmes manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les nations marchandes excitaient surtout la jalousie. Ces nations, pauvres par leur sol, s’enrichissaient, se peuplaient, et semblaient devoir à l’aveuglement des autres, leurs richesses et leur population. Pourquoi leur laisser faire, presque à elles seules, tout le trafic, disaient les peuples jaloux ? Souffrirons-nous encore longtemps qu’elles fassent sur nous des profits que nous pourrions faire nous-mêmes ? C’est nous qui les faisons subsister ; c’est nous qui les enrichissons. Fermons-leur nos ports, elles tomberont dans la misère, et bientôt elles ne seront plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces réflexions ne sont pas aussi solides qu’elles le paraissent. L’auteur de la nature, aux yeux duquel tous les peuples, malgré les préjugés qui les divisent, sont comme une seule république, ou plutôt comme une seule famille, a établi des besoins entre eux. Ces besoins sont une suite de la différence des climats, qui fait qu’un peuple manque des choses dont un autre surabonde, et qui leur donne à chacun différents genres d’industrie. Malheur au peuple qui voudrait se passer de tous les autres. Il serait aussi absurde qu’un citoyen qui, dans la société regrettant les bénéfices qu’on fait sur lui, voudrait pourvoir par lui seul à tous ses besoins. Si un peuple se passait des nations marchandes, s’il les anéantissait, il en serait moins riche lui-même, puisqu’il diminuerait le nombre des consommateurs auxquels il vend ses productions surabondantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’ailleurs les négociants n’appartiennent proprement à aucun pays. Ils forment une nation qui est répandue partout ; et qui a ses intérêts à part. Un peuple est donc dans l’erreur, s’il croit travailler pour lui, lorsqu’il sacrifie tout à ses négociants. En excluant ceux des autres nations, il vend ses marchandises à plus bas prix, et il achète à plus haut les marchandises étrangères : ses manufactures tombent, son agriculture se dégrade, et il fait tous les jours de nouvelles pertes. Il n’y a que la concurrence de tous les négociants qui puisse faire fleurir le commerce à l’avantage de chaque peuple. Faire et laisser faire, voilà donc quel devait être l’objet de toutes les nations. Un commerce toujours ouvert et toujours libre, pouvait seul contribuer au bonheur de toutes ensemble, et de chacune en particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais ce n’est pas ainsi qu’on raisonnait. Un état, disait-on n’est riche et puissant, qu’à proportion de l’argent qui circule ; et l’argent ne circule en plus grande quantité, qu’autant qu’on fait un plus grand commerce. Toute nation qui entendra ses vrais intérêts, doit donc songer aux moyens d’être la seule nation commerçante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce raisonnement parut évident, et on se conduisit en conséquence. Voilà donc les peuples qui vont travailler à s’appauvrir les uns les autres : car en voulant s’enlever mutuellement le commerce, chacun d’eux en commercera moins. Observons les effets de cette politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les troyens qui avaient des ports sur la mer Égée, sur la Propontide et sur le Pont-Euxin, étaient maîtres encore de toutes les îles adjacentes à leur continent. Dans cette position, où ils pouvaient faire un grand commerce concurremment avec les autres peuples, ils voulurent le faire exclusivement. Ils établirent donc des douanes partout : ils mirent à contribution les marchands étrangers qui exportaient ou qui importaient ; enfin ils leur fermèrent tout-à-fait les ports.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple applaudit à la sagesse du gouvernement. Il croyait qu’il allait faire à lui seul tout le trafic ; et il n’en fit pas plus qu’auparavant ; parce qu’il ne pouvait pas abandonner ses manufactures et ses champs pour monter sur des vaisseaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce diminua considérablement, lorsqu’il ne se fit plus par l’entremise des nations marchandes. Cette révolution entraîna la chûte de plusieurs manufactures ; et l’agriculture se dégrada, parce qu’il y eut moins de productions, quand l’impuissance d’exporter eut rendu inutile tout surabondant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant le gouvernement ne se doutait pas de la faute qu’il avait faite. Il croyait au contraire que le commerce apportait dans l’état plus de richesses que jamais: il en jugeait ainsi à la fortune de quelques négociants troyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ces négociants s’enrichissaient aux dépens de l’état n’ayant plus de concurrents, lorsqu’ils vendaient et lorsqu’ils achetaient, ils mettaient seuls le prix aux choses. Ils retranchaient tous les jours sur le salaire de l’artisan et du laboureur, et ils vendaient cher tout ce qu’ils apportaient de l’étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Jaloux les uns des autres, les peuples ne devaient pas se borner à se fermer leurs ports, et à s’interdire mutuellement le commerce, dans l’espérance de le faire chacun exclusivement. On devait encore armer, et on arma. Dans des guerres funestes à tous, on s’applaudissait alternativement des coups qu’on croyait se porter, et qu’on ne portait que sur le commerce pour le ruiner partout également. De grandes armées sur terre, de grandes flottes sur mer mettaient dans la nécessité d’arracher de force à la charrue et aux manufactures une partie des citoyens, et de charger d’impôts l’autre partie. Ces violences se renouvelaient à chaque guerre, toujours avec de nouveaux abus, parce que la paix qui ne se faisait que par épuisement, ne durait jamais assez pour permettre aux puissances belligérantes de réparer leurs pertes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce, tombé pendant la guerre, se relevait difficilement à la paix. On n’osait pas s’engager dans des entreprises qui exigeaient de grandes avances, et dont toutes les espérances pouvaient s’évanouir aux premières hostilités. Le gouvernement néanmoins invitait le peuple et même la noblesse à faire le trafic. Il offrait sa protection aux négociants, et il ne paraissait occupé qu’à faire fleurir le commerce, qu’il avait ruiné, et qu’il devait ruiner encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand on a la puissance, on croit tout possible. On ne sait point se méfier de ses lumières, et parce qu’on a commandé, on n’imagine pas devoir trouver des obstacles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi, dans l’administration publique, une faute, qui a été faite, se fait encore, et se fait long-temps. Elle devient maxime d’état, et les préjugés gouvernent. Les troyens s’obstinaient à fermer leurs ports aux nations marchandes, ils s’obstinaient à leur faire la guerre, et cependant ils cherchaient quelle pouvait être la cause de la décadence de leur commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On crut l’avoir trouvée, lorsqu’ayant considéré que les entreprises demandaient des avances d’autant plus grandes, qu’elles exposaient à plus de risques, on s’imagina que le commerce ne pouvait plus se faire que par des compagnies qui réuniraient les fonds de plusieurs riches négociants. Il n’y avait donc qu’à permettre d’en former autant qu’on le jugerait à propos. Mais il s’en présentait une. Elle faisait voir de grands avantages pour l’état dans l’espèce de trafic qu’elle projetait. Elle exagérait les avances qu’elle aurait à faire. Elle représentait qu’après les avoir faites, il ne serait pas juste qu’elle fût privée du bénéfice dû à son industrie ; et elle demandait un privilège exclusif. Il lui fut accordé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce privilège était une atteinte portée à la liberté, puisqu’il donnait, à une seule compagnie, un droit qui appartenait à tous les citoyens. Les négociants réclamèrent, mais inutilement. La nouvelle compagnie donna de l’argent, et le privilège fut confirmé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que le gouvernement connut que ces privilèges pouvaient se vendre, il en vendit encore. Cet abus, passé en usage, devint règle ; et bientôt on regarda les privilèges exclusifs, comme une protection accordée au commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant vendre des privilèges exclusifs à des artisans et à des marchands, c’était exiler ceux à qui on n’en vendait pas. Plusieurs sortirent du royaume, et emportèrent les manufactures avec eux. Il est vrai que le gouvernement leur défendit, sous de grièves peines, de sortir de l’état. Mais quand ils étaient passés chez l’étranger, on ne pouvait plus les punir, et cependant on ne pouvait pas les empêcher d’y passer. Cette défense les fit déserter en plus grand nombre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque les manufactures jouissent, dans un royaume, d’une liberté entière, elles se multiplient à proportion du besoin. Il n’en est pas de même, lorsqu’elles appartiennent à une compagnie exclusive. Comme l’intérêt de cette compagnie est bien moins de vendre beaucoup, que de vendre cher, elle songe à faire le plus grand bénéfice avec le plus petit trafic. D’ailleurs elle trouve un avantage à diminuer le nombre des manufactures, c’est que les ouvriers, restant en plus grande quantité qu’elle n’en peut employer, sont réduits, s’ils ne veulent pas mendier, à travailler presque pour rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Non-seulement la main d’œuvre coûtait peu aux compagnies exclusives. Elles voulurent faire encore un nouveau bénéfice sur les matières premières. Elles représentèrent au gouvernement combien l’exportation qu’on en faisait chez l’étranger était contraire aux intérêts du commerce, et il fut défendu de les exporter. Elles les achetèrent donc au plus bas prix, et en conséquence la culture en fut tous les jours plus négligée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pendant que les douanes, les impôts, les privilèges exclusifs vexaient le commerce et l’agriculture, le luxe croissait avec la misère : l’état qui ne subsistait plus que par des ressources, contractait continuellement de nouvelles dettes ; et la finance s’élevait au milieu des débris de la fortune publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà l’état où se trouvait la monarchie des troyens. Tel était à-peu-près celui de toutes les monarchies, qui avaient armé pour s’enlever mutuellement quelques branches de commerce. Aux moyens qu’elles employaient, on n’aurait pas deviné qu’elles voulaient s’enrichir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque le gouvernement fait continuellement des emprunts, l’intérêt de l’argent est nécessairement fort haut : il l’est surtout dans un temps où le luxe, qui ne met point de bornes aux besoins, fait une nécessité aux plus riches d’emprunter. Si ce sont les citoyens qui prêtent à l’état, les fonds sortent du commerce, pour faire subsister sans travail une multitude de rentiers, gens inutiles, dont le nombre croît continuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si ce sont des étrangers, les fonds sortent non-seulement du commerce, ils sortent encore de l’état qui se ruine insensiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors les négociants qui trouvent difficilement à emprunter, ou qui ne trouvent qu’à gros intérêts, sont dans l’impuissance de former de grandes entreprises. Comment en formeraient-ils ? Leurs affaires sont presque toujours mêlées avec celle du gouvernement, auquel les compagnies exclusives ont prêté leur crédit ; et par conséquent la méfiance, qu’on a du gouvernement, bannit du commerce toute confiance. Il est donc bien difficile que le commerce fleurisse dans de pareilles monarchies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On ne voyait pas de pareils inconvénients chez les républiques marchandes. Au contraire, il y régnait une grande confiance, parce que les négociants y jouissaient d’une liberté entière, et que le gouvernement, sans luxe et sans dettes, assuraient leurs fortunes. Ils avaient, dans le commerce, un grand avantage sur les négociants des monarchies, parce qu’ils pouvaient emprunter à bas intérêt, et qu’ayant de l’économie, ils songeaient moins à faire tout-à-coup de gros profits, qu’à en faire fréquemment de petits. Tous les fonds restaient donc dans le commerce, et le faisaient fleurir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, de tous les peuples, les plus sages ou les plus heureux, c’étaient les républiques agricoles. Peu jalouses de faire le trafic par elles-mêmes, elles n’avaient pas imaginé de fermer leurs ports aux marchands étrangers, qui venaient enlever le surabondant de leurs productions, et elles subsistaient dans l’abondance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les choses se trouvaient dans cet état, lorsque de nouvelles branches de commerce causèrent une grande révolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les phéniciens, peuple marchand et républicain, découvrirent, à l’occident de l’Europe, un pays peuplé par une multitude de cités, qui leur parurent d’autant plus barbares, qu’ayant beaucoup d’or et beaucoup d’argent, elles n’y attachaient aucune valeur. Cette découverte qui leur fournit les moyens de faire un plus grand trafic, leur donna bientôt la prépondérance sur toutes les nations marchandes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans la monarchie troyenne, où les compagnies exclusives s’étaient saisies de tout le commerce connu, on avait encore plus besoin de faire des découvertes. C’était l’unique ressource des marchands qui n’avaient point acheté de privilèges. Réduits donc à chercher quelque nouvelle branche de commerce dans des contrées inconnues, ils pénétrèrent dans la mer Caspienne ; et de-là par l’Oxus, ils remontèrent dans l’Inde, pays vaste, fertile, où les arts étaient cultivés, et où la main-d’œuvre était à un prix d’autant plus bas, qu’une grande population y subsistait dans l’abondance avec peu de besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette découverte introduisit, dans la monarchie, un nouveau genre de luxe. On admira la beauté des toiles qui se fabriquaient dans l’Inde, et la nouveauté leur donnant une valeur qui croissait en quelque sorte en raison de l’éloignement, les marchands, qui ouvrirent les premiers ce commerce, gagnerent depuis cent cinquante, jusqu’à deux cents pour cent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce trafic parut donc très-lucratif : en effet, il l’était pour les marchands. Il l’aurait été pour l’état même, si on avait gagné cent cinquante pour cent sur les marchandises qu’on portait dans l’Inde ; parce que, dans cette supposition, il aurait fait fleurir les manufactures du royaume. Mais les indiens n’avaient pas besoin des choses qui se manufacturaient dans l’occident ; et l’or et l’argent étaient presque les seules marchandises qu’on pouvait leur donner en échange des leurs. C’est donc au retour que les marchands faisaient un bénéfice de cent cinquante pour cent ; et par conséquent ils le faisaient sur l’état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On n’était pas dans l’usage de faire de pareilles distinctions. Les marchands s’enrichissaient en faisant un commerce onéreux pour l’état, et on disait, l’état s’enrichit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que ce commerce paraissait se faire avec tant d’avantages par quelques marchands particuliers, il ne fut pas difficile de prouver au gouvernement qu’il se ferait avec plus d’avantages encore par une compagnie exclusive. On lui prouva même que les particuliers qui le faisaient, ne le pouvaient pas faire, et quoiqu’on l’eût convaincu de leur impuissance, et que par conséquent il fût inutile de le leur défendre, il le leur défendit, et il accorda un privilège exclusif pour quinze ans, à une compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà donc plusieurs négociants exclus d’un commerce qu’ils avaient découverts à leurs risques et fortunes, et cependant la compagnie ne le fit pas. Les compagnies sont lentes dans leurs opérations : elles perdent bien du temps à délibérer et elles font bien des dépenses avant de commencer. Celle-ci ne commença point : elle empêcha seulement que le commerce ne se fît par d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On créa une seconde compagnie, une troisième, plusieurs successivement ; et le gouvernement qui se faisait une habitude d’en créer, croyait toujours qu’il lui était avantageux d’en créer encore. Il en fut si persuadé, qu’il en créa enfin une à laquelle il donna les plus grands secours, jusqu’à lui avancer les fonds dont elle avait besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Celle-ci, malgré quelques succès qu’elle eut par intervalles, eut bientôt consommé la plus grande partie de ses fonds. Elle voyait le moment où elle allait perdre son crédit ; et parce qu’il lui importait de cacher ses pertes, elle imagina de faire aux actionnaires des répartitions, comme si le commerce eût produit un bénéfice. Mais cet expédient frauduleux qui répara pour un moment son crédit, fit un plus grand vide dans ses coffres. Bientôt elle fut réduite à emprunter à gros intérêts, et elle ne se maintint plus que par le secours qu’elle reçut du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais pourquoi le même commerce est-il tout à la fois lucratif et ruineux ? Il est lucratif, lorsque des particuliers le font, parce qu’alors il se fait avec économie. Il suffit à des négociants d’être en correspondance avec les négociants des pays où ils trafiquent. Tout au plus ils auront des facteurs partout où ils auront besoin d’avoir des entrepôts ; et ils évitent toutes les dépenses inutiles, parce qu’ils voient tout par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’en est pas de même des compagnies. Il leur faut, dans la capitale, des administrateurs, des directeurs, des commis, des employés : il leur faut d’autres administrateurs, d’autres directeurs, d’autres commis, d’autres employés partout où elles forment des établissements. Il leur faut encore, outre les comptoirs et les magasins, des édifices élevés à la vanité des chefs qu’elles emploient. Forcées à tant de dépenses, combien ne perdent-elles pas en malversations, en négligences, en incapacité ? Elles payent toutes les fautes de ceux qu’elles gagnent pour les servir ; et il s’en fait d’autant plus, que les administrateurs qui se succèdent au gré de la brigue, et qui voient chacun différemment ne permettent jamais de se faire un plan sage et suivi. Elles forment des entreprises mal combinées : elles les exécutent comme au hasard ; et dans une administration qui semble se compliquer d’elle-même, elles emploient des hommes intéressés à la compliquer encore. La régie de ces compagnies est donc vicieuse nécessairement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais la compagnie de l’Inde avait d’autres vices que ceux de sa constitution. Elle voulut être militaire et conquérante. Elle se mêla dans les querelles des princes de l’Inde : elle eut des soldats, des forts : elle acquit des possessions ; et ses employés se crurent des souverains. Il est donc aisé de comprendre, comment sa régie absorbait au-delà des produits du commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant cette compagnie s’obstinait à vouloir conserver son privilège ; et elle se fondait sur ce que ce commerce, selon elle, était impossible aux négociants particuliers. Mais elle parlait d’après les intérêts de ses employés qui seuls s’enrichissaient. En effet son expérience prouvait qu’elle ne pouvait plus elle-même faire ce commerce. Quel risque y avait-il donc à le rendre libre ? Le pis aller est que tout le monde y eût renoncé. Mais on l’aurait fait, puisqu’on le faisait avant elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce de l’Inde excita l’avidité des nations marchandes. La mer Rouge l’ouvrait aux phéniciens. Ils ne tardèrent pas à le faire, et ils portèrent dans l’Inde l’or et l’argent qu’ils tiraient de l’occident de l’Europe. Mais il semblait que les compagnies exclusives dussent s’établir partout. Il s’en forma une à laquelle les phéniciens abandonnèrent ce commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette compagnie eut dans leur république, comme dans une monarchie, les vices inhérents à sa constitution. Elle se soutint cependant mieux que celle des troyens, parce qu’elle se trouva dans des circonstances plus favorables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les phéniciens avaient conquis plusieurs îles, les seules où croissaient les épiceries ; et ils avaient cru se réserver la vente exclusive de ces productions, en donnant ces îles à une compagnie, intéressée à les fermer à tout négociant étranger. Ce sont ces productions qui soutenaient leur compagnie. Elle se serait ruinée, comme toutes les autres, si, sans des possessions qui étaient uniques, elle eût été bornée à faire le commerce de l’Inde. Les phéniciens éclairés ne l’ignoraient pas. Ils ne comptaient point sur la durée d’une compagnie qui était tout à la fois militaire et marchande ; et ils jugeaient avec raison qu’il eût été plus avantageux à leur république de laisser une entière liberté au commerce, et de partager même celui des épiceries avec les nations étrangères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant l’exemple d’une compagnie exclusive chez les phéniciens était à Troie un grand argument pour protéger la compagnie de l’Inde. Comment, disait-on, cette compagnie serait-elle contraire à la liberté et au commerce, puisqu’il s’en établit de semblables chez les peuples libres et commerçants ? Mais si ceux qui faisaient cette objection prévoyaient la réponse, ils étaient de mauvaise foi ; et s’ils ne la prévoyaient pas, ils étaient bien ignorants. De pareils raisonnements néanmoins aveuglaient le gouvernement, au point qu’il ne se lassait pas de faire continuellement de nouveaux efforts pour soutenir cette compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il était difficile que les égyptiens, situés si avantageusement pour trafiquer du couchant à l’orient, vissent sans jalousie les richesses que le commerce apportait aux phéniciens. Ils tentèrent donc de les partager, et ils s’ouvrirent les mêmes routes. Insensiblement les autres peuples de l’Asie, à l’exemple les uns des autres, s’adonnèrent au trafic, et tous arrivèrent dans l’Inde par divers chemins. Les derniers comptaient sur les mêmes bénéfices que les premiers avaient faits. Ils ne prévoyaient pas que la concurrence de tant de nations marchandes ferait tout renchérir dans les marchés de l’Inde ; et que les choses qu’on y achèterait à un plus haut prix, se revendraient à un plus bas, parce qu’elles deviendraient plus communes. Au contraire, au grand mouvement qui se faisait dans le commerce, on se confirmait tous les jours dans la maxime qu’un état n’est puissant qu’autant qu’il est riche, et qu’il n’est riche qu’autant qu’il fait le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce n’est pas que je blâme le trafic. Je pense qu’il faut laisser faire à un peuple tout ce à quoi il se croit propre. Le gouvernement n’a rien à prescrire à cet égard. Il ne doit point encourager exclusivement le trafic, pas même l’agriculture. Toute sa protection se borne à observer ce qui se fait, à laisser faire, à lever les obstacles et à maintenir l’ordre. Que les campagnes ne soient point foulées, elles se peupleront avec une surabondance qui refluera dans les villes pour les remplir d’artisans, et dans les ports pour les remplir de matelots. Alors tout sera mis en valeur par une industrie qui se portera à tout, et la nation sera véritablement puissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais faut-il, pour ne pas fouler les campagnes, ôter tous les impôts ? Non sans doute. Car ce sont les terres qui doivent payer les charges, puisqu’elles seules peuvent payer. Les artisans et les marchands, comme nous l’avons remarqué, quelque taxe qu’on mette sur eux, ne payent jamais, parce que s’ils travaillent, ils se font rembourser, et s’ils ne travaillent pas, ils mendient. En un mot, de quelque manière qu’on s’y prenne pour les faire contribuer, ce sont toujours les propriétaires qui payent pour les salariés, puisque ce sont les propriétaires qui payent les salaires : nous l’avons déjà dit. Il faut donc mettre des impôts sur les terres : il faut accorder à l’industrie toute liberté, et il ne faut laisser naître aucun des abus que nous avons observés dans les gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tous ces abus s’étaient introduits plus ou moins parmi les nations de l’Asie ; et lorsqu’elles ôtaient toute liberté au commerce, et que par contre coup elles ruinaient l’agriculture, elles voulaient être commerçantes, et chacune voulait l’être exclusivement. De-là des guerres fréquentes dans l’Inde, dans l’Asie, et des révolutions continuelles dans le commerce. Il tombait successivement partout, et il ne se relevait que faiblement chez les nations qui avaient eu plus de succès. Toutes contractaient des dettes, toutes multipliaient les impôts ; et pour soutenir le commerce, elles paraissaient à l’envie ruiner l’agriculture, sans laquelle cependant il n’y a point de commerce. Le désordre était partout le même, ou à peu près.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On sentit enfin que les terres sont le plus grand fonds de richesses ; et pour encourager l’agriculture, on proposa chez les troyens, de permettre tout à la fois l’exportation et l’importation des bleds. Notre sol, disait-on, naturellement fécond, sera pour nous, s’il est bien cultivé, une mine inépuisable. La concurrence des nations mettra le bled à son vrai prix. Les cultivateurs assurés de la vente de leurs grains, défricheront toutes les terres ; et à chaque année, nous aurons un plus grand fonds de commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En Égypte, l’exportation seule était permise : souvent même le gouvernement l’encourageait par des récompenses. Riches par leur sol, les égyptiens l’étaient encore par leur commerce, et dominaient alors sur les mers. D’après cet exemple ; beaucoup de personnes, chez les troyens voulaient qu’on permît au moins l’exportation : d’autres s’y opposaient ; et le public qui ne savait qu’en penser, était dans la crainte, soit qu’on la permît ; soit qu’on la défendît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parmi les raisonnements qu’on faisait sur cette question, les meilleurs ne convainquaient pas, et les mauvais avaient l’avantage du nombre. Le gouvernement qui, comme le public, ne savait que penser, obéissait au cri qui paraissait le plus fort, permettant et défendant, tour-à-tour l’exportation ; et parce que faute de principes il se conduisait avec timidité, il n’accordait ordinairement qu’une liberté qu’il limitait, et qu’il rendait par-là sujette aux plus grands abus. En un mot, on eût dit, à sa conduite, qu’il voulait causer la disette pour favoriser les monopoleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sur ces entrefaites, on apprit que les égyptiens venaient de défendre l’exportation ; et cette nouvelle parut faire triompher ceux qui la blâmaient à Troie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons prouvé qu’il est de l’intérêt de toutes les nations de donner la liberté d’exporter et d’importer : nous remarquerons ici que cette liberté doit procurer de plus grands avantages, ou du moins les procurer plus promptement, lorsqu’elle concourt avec toutes les causes qui peuvent contribuer aux progrès de l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quoiqu’il y eût des abus en Égypte, de vieux usages faisaient encore respecter l’agriculture. On avait pour maxime que les impôts ne devaient être mis que sur le produit net des terres, et on évaluait ce produit de la manière la plus favorable aux cultivateurs. Un fermier savait ce qu’il devait payer. Assuré qu’on ne lui demanderait jamais au-delà, il vivait dans l’aisance. On lui laissait toutes les avances nécessaires pour cultiver ses champs et pour les améliorer ; et jamais l’impôt, sous quelque prétexte que ce fût, ne pouvait être pris sur ces avances. Il avait même pour s’enrichir, un moyen qui contribuait aux progrès de l’agriculture. C’est que les baux se passaient pour vingt, vingt-cinq ou trente ans. Les fermiers riches pouvaient donc pendant les quatre ou cinq premières années d’un bail, mettre tous leurs profits en plantations, en défrichements, en augmentations de bestiaux. Ils pouvaient même encore employer à cet effet une partie de leur bien, et ils le faisaient communément, parce qu’ils étaient assurés de retirer, avec bénéfice, pendant quinze à vingt ans, les avances qu’ils avaient faites. En un mot, par la longueur de leurs baux, ils cultivaient une ferme avec le même intérêt, que si elle eût été à eux ; et les propriétaires y trouvaient eux-mêmes un grand avantage, parce qu’à chaque renouvellement de bail, ils augmentaient considérablement leurs revenus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà les causes qui concouraient en Égypte avec la liberté d’exporter, et on conçoit qu’il en devait résulter de grands avantages.&lt;br /&gt;
	A Troie, depuis longtemps, un grand nombre d’abus contribuaient à la dégradation de l’agriculture. Les baux étaient de neuf ans : la loi ne permettait pas d’en faire des plus longs ; et quand elle l’aurait permis, l’agriculture en eût retiré peu d’avantages. Que pouvait-on attendre des fermiers? Ils ne gagnaient en général que de quoi subsister misérablement. Peu assurés de leurs avances, ils étaient souvent réduits pour payer les impositions, à vendre leurs bestiaux, ou même jusqu’à leurs charrues. Pauvres, ils affectaient de le paraître encore plus ; parce que les taxes, qui étaient personnelles et arbitraires, croissaient aussi-tôt qu’un laboureur laissait apercevoir de l’aisance. Dans cet état des choses, les champs tombaient en friche : on ne cultivait, qu’autant qu’on y était forcé par la nécessité ; et la plupart des fermes n’étaient point en valeur. On juge d’après cet exposé, que dans la monarchie troyenne, il fallait du temps pour se procurer tous les avantages qu’on doit attendre de la liberté du commerce des grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On demandera sans doute, pourquoi les égyptiens, après avoir encouragé l’exportation, l’avait défendue : c’est qu’ils n’avaient pas permis l’importation. Il y eut une cherté à la suite d’une mauvaise récolte, et les étrangers n’apportèrent point de bleds, ou n’en apportèrent pas assez. Dans cette conjoncture, le gouvernement crut devoir prendre la précaution inutile de défendre l’exportation qui ne se faisait pas, et qui ne pouvait pas se faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les troyens devaient donner au commerce des grains une liberté entière, et ils devaient encore faire concourir toutes les causes qui peuvent contribuer aux progrès de l’agriculture. Mais quand un état tombe en décadence, on ne songe ni à l’agriculture, ni aux causes qui la dégradent, ni aux moyens de la réparer. On a pour unique maxime, qu’il faut faire de l’argent ; et quand on en a fait, on croit avoir plus de puissance, parce qu’on peut lever de plus grandes armées. Mais en supposant que les grandes armées font la puissance, il faudra savoir comment le monarque a de l’argent, pour juger si sa puissance est bien assurée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sont-ce les cultivateurs qui le donnent ; et après l’avoir donné, vivent-ils dans l’aisance ? Je conçois que le souverain est riche ; et s’il sait faire un emploi de ses richesses, il sera puissant. Mais n’a-t-il de l’argent, que parce qu’il en emprunte ? Il n’en a donc pas. Il n’a que des dettes. Pour les payer, il ruinera son peuple ; et avant de les avoir payées, il en aura déjà contracté de nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà cependant où en étaient les principales puissances de l’Asie. Partout on parlait de faire entrer l’argent dans l’état : on parlait d’empêcher qu’il ne sortît : on ne parlait, en un mot, que de la nécessité d’en avoir ; et les gouvernements qui ne se conduisaient que par des principes de finance, ne pouvaient pas songer aux moyens de faire fleurir l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Avec cette politique financière, les monarques se croyaient puissants, ou se flattaient de le devenir. Mais les siècles reculés où je les fais vivre, doivent leur faire pardonner cette erreur. Ils ne prévoyaient pas avec quelle facilité les empires les plus riches, surtout ceux de l’Asie, seraient renversés ; et ils pouvaient croire qu’il y aurait quelque jour des conquérants financiers. Ils se sont trompés.&lt;br /&gt;
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&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : police sur l’exportation et l’importation des grains</title>
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		<updated>2014-01-31T12:41:08Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
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&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|12. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : POLICE SUR L&#039;EXPORTATION ET L&#039;IMPORTATION DES GRAINS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On entend par police des grains, les règlements que fait le gouvernement, lorsqu’il veut lui-même diriger le commerce des grains. Pour juger des effets de cette police, je suppose que, de tous temps, ce commerce a joui, dans nos quatre monarchies, d’une liberté pleine et entière ; et qu’en conséquence, les marchands s’étant multipliés en raison du besoin, la circulation s’en faisait sans obstacles, et les mettait partout à leur vrai prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les choses en étaient là, lorsque, dans une de nos monarchies, on demanda lequel pouvait être plus avantageux de permettre l’exportation et l’importation des grains, ou de les défendre l’une et l’autre ; et bientôt on se décida pour la prohibition. Ce n’est pas qu’on eût remarqué des inconvénients dans la liberté. Mais si, pour l’ordinaire, ceux qui gouvernent laissent aller les choses comme elles allaient avant eux, il arrive aussi quelquefois qu’ils innovent pour le plaisir d’innover. Ils veulent que leur ministère fasse époque. Alors ils changent sous prétexte de corriger, et le désordre commence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nos terres, disaient-ils, produisent, années communes, autant que nous consommons. Nos bleds, par conséquent, tomberont à vil prix, si on nous en apporte plus qu’il ne nous en faut ; et nous en manquerons, si nous exportons une partie de ceux qui nous sont nécessaires. Cet inconvénient n’est pas encore arrivé ; mais il est possible, et il est sage de le prévenir. Tel fut le fondement des prohibitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’est pas vrai que cet inconvénient soit possible. On en sera convaincu, si on se rappelle, comment une circulation libre met nécessairement les bleds au niveau partout. On n’en importe pas plus qu’il n’en faut, parce que ce plus ne se vendrait pas, ou se vendrait à perte ; et on n’exporte pas ceux qui sont nécessaires, parce qu’il n’y aurait pas de bénéfice à les vendre ailleurs. Ces prohibitions portaient donc sur de fausses suppositions : voyons quelles en furent les suites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans une première année de surabondance, le prix des bleds baissa : dans une seconde il baissa plus encore : il devint vil dans une troisième. Le peuple aplaudissait au gouvernement qui lui faisait avoir le pain à si bon marché. Mais cette surabondance fut une calamité pour les cultivateurs ; et elle eût été une richesse pour eux, si on eût pu vendre à l’étranger. C’est ainsi que les grâces du ciel se changent en fléaux par la prétendue sagesse des hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple travaillait peu. Il subsistait sans avoir besoin de beaucoup travailler. Souvent il ne pensait pas à demander de l’ouvrage, et les cultivateurs, pour la plupart, ne pensaient pas à lui en donner. Les ouvriers, auparavant laborieux, se faisaient une habitude de la fainéantise ; et ils exigeaient de plus forts salaires, lorsque les cultivateurs pouvaient à peine en payer de faibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La culture tomba : il y eut moins de terres ensemencées ; et il survint des années de disette. Le prix du bled fut excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple alors demanda de l’ouvrage. Forcés par la concurrence, les ouvriers, dans tous les genres, offrirent de travailler au rabais. Ils ne gagnaient donc que de faibles salaires, et cependant le pain était cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà l’effet des règlements qui défendaient l’exportation et l’importation. Il ne fut plus possible, ni aux bleds, ni aux salaires, de se mettre à leur vrai prix ; et il n’y eut que misère, tantôt chez les cultivateurs, tantôt chez le peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On dira qu’il n’y avait qu’à permettre l’importation. C’est aussi ce qu’on disait dans les autres monarchies qui sentaient tout l’avantage qu’elles en pouvaient retirer. Elles offrirent des bleds, et on les accepta. Mais si le besoin du moment eut plus de force que les réglements, il ne les fit pas révoquer. Le gouvernement s’obstina dans ses maximes. 	C’est fort bien fait, disait le gouvernement dans une autre monarchie, de défendre l’exportation, parce qu’il ne faut pas s’exposer à manquer. Mais on ne doit jamais défendre l’importation, qui peut suppléer à ce qui manque dans une année de disette. En conséquence, on défendit l’exportation, et on permit l’importation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais dès qu’il ne fut plus permis d’exporter, le cultivateur vendit en moindre quantité et à plus bas prix. Moins riche, il fut moins en état de cultiver, et il cultiva moins. La récolte fut donc, d’année en année, toujours moins abondante ; et l’exportation, qu’on avait défendue pour ne pas s’exposer à manquer, produisit un effet contraire : on manqua. Pour surcroît de malheur, l’importation ne suppléa à rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut remarquer que lorsque je dis que l’exportation était défendue, c’est qu’on avait mis de forts droits sur la sortie des grains ; et lorsque je dis que l’importation était permise, c’est qu’on n’avait mis aucun droit sur l’entrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans cet état des choses, les marchands avaient plusieurs risques à courir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si un grand nombre de concurrents apportaient en même temps une grande quantité de grains, ils en faisaient baisser le prix ; et il pouvait arriver que la plupart ne trouvassent plus, dans la vente, un bénéfice suffisant. Ils faisaient une perte, s’ils les vendaient au prix bas où ils étaient tombés ; et s’ils voulaient les remporter, ils en faisaient une autre, parce qu’ils avaient à payer les droits de sortie. Souvent même ils étaient forcés, par le peuple ou par le gouvernement, à livrer leurs bleds au prix auquel on les taxait. On conçoit donc que, puisque le pays qui leur était ouvert pour l’entrée, leur était fermé par la sortie, ils ne devaient pas apporter des bleds, au risque d’être forcés de les vendre à perte ; et que, par conséquent, la permission d’importer ne suppléait à rien. Concluons que l’importation, quelque libre qu’elle paroisse, est sans effet, toutes les fois qu’on ne permet pas d’exporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce n’est pas l’exportation qu’il faut défendre, disait-on dans une troisième monarchie. Plus on exportera, plus nos bleds auront de prix : plus ils auront de prix, plus il y aura de bénéfice pour le cultivateur : plus il y aura de bénéfice pour le cultivateur, plus il cultivera ; et plus il cultivera, plus l’agriculture sera florissante. Il faut donc encourager l’exportation : il faut même accorder une gratification aux exportateurs. Mais il ne faut pas permettre l’importation, parce qu’elle ferait tomber nos bleds à vil prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On ne peut disconvenir que, dans cette monarchie, on ne raisonnât mieux que dans les deux autres. L’exportation produisit l’abondance, comme on l’avait prévu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais la gratification était de trop : car l’exportation porte sa gratification avec elle, puisqu’on exporte toutes les fois qu’on trouve plus d’avantages à vendre au-dehors qu’au-dedans. Cette gratification d’ailleurs avait l’inconvénient d’empêcher les bleds de monter à leur vrai prix ; parce que les marchands nationaux, qui l’avaient reçue, pouvaient vendre à un prix plus bas que les marchands étrangers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il y avait plus d’inconvénients encore dans la défense d’importer. Cette défense n’était pas absolue : elle consistait dans des droits d’entrée plus forts ou plus faibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ils étaient plus forts, lorsque les bleds étaient à bas prix ; parce qu’on jugeait que l’importation, si elle avait été permise, les aurait fait baisser de plus en plus. C’était une erreur : car les marchands ne portent pas leurs bleds dans les marchés, où ils les vendraient moins avantageusement.&lt;br /&gt;
	Ces droits étaient plus faibles, lorsque, dans la monarchie, les bleds étaient à trop haut prix. C’est qu’alors on avait besoin de les faire baisser ; et comme l’importation pouvait produire cet effet, on jugeait avec raison qu’il la fallait favoriser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il y avait plusieurs années que cette monarchie jouissait de l’abondance qu’elle devait à l’exportation, lorsqu’une mauvaise récolte ayant amené la disette, on diminua les droits d’entrée sur les grains : on les retrancha même tout-à-fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les marchands étrangers, qui, depuis longtemps, n’étaient point dans l’usage de concourir dans les marchés de cette monarchie, ne pouvaient pas prendre, sur le champ, toutes les mesures nécessaires pour y porter suffisamment de bled. La plupart n’avaient à cet effet, ni voituriers, ni commissionnaires, ni correspondants. Il en arriva donc trop peu, et la cherté se maintint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors le gouvernement défendit l’exportation. Précaution inutile. Pouvait-il supposer que les marchands nationaux porteraient chez l’étranger des grains qu’ils vendaient dans le pays avec plus de bénéfice ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pour avoir défendu l’importation, cette monarchie s’ôtait donc toute ressource dans une disette, et elle se mettait à la merci des monopoleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or, lorsque les monopoleurs se sont saisis du commerce, le prix du bled ne peut plus être permanent. Tour-à-tour il hausse et baisse tout-à-coup et comme par secousses, cher ou bon marché, suivant les bruits qu’il en arrive, ou qu’il n’en arrive pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pendant ces variations, le gouvernement ne savait quel parti prendre. D’un jour à l’autre, il augmentait les droits sur l’entrée des bleds : d’un jour à l’autre, il les diminuait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les marchands étrangers ne savaient donc non plus sur quoi compter. Si, lorsque les droits d’entrée étaient faibles, ils se préparaient à faire des envois, dans l’espérance du bénéfice que le haut prix paraissait leur promettre ; souvent, lorsque leurs bleds arrivaient, les droits d’entrée avaient haussé, parce que les grains avaient baissé de prix ; et ils se trouvaient avoir fait, à pure perte, beaucoup de frais pour apporter leurs bleds et pour les remporter. On peut juger qu’ils se dégoûtaient de commercer avec cette monarchie, et que, par conséquent, lorsqu’elle était dans la disette, ils l’y laissaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’y avait donc que des abus dans ces trois monarchies. Dans la quatrième, on jugea qu’il ne fallait point de prohibition, ni de défense permanente, soit d’exporter, soit d’importer ; mais qu’il fallait tour-à-tour permettre et défendre l’exportation et l’importation, suivant les circonstances. Ce parti parut le plus sage, et cependant il l’était le moins. Il avait tous les inconvénients dont nous venons de parler, et de plus grands encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il avait, dis-je, tous ces inconvénients, lorsqu’il défendait l’exportation ou l’importation : il en avait de plus grands, parce qu’il mettait dans le commerce une incertitude qui suspendait continuellement la circulation des grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Puisque, dans cette monarchie, la police variait, suivant les circonstances qui ne cessent point de varier, les prohibitions et les permissions ne pouvaient être que passagère. On permettait d’exporter avec la clause ; jusqu’à ce qu’il en soit ordonné autrement, lorsque les bleds baissaient de prix ; et lorsqu’ils haussaient on permettait d’importer, toujours avec la clause, jusqu’à ce qu’il en soit ordonné autrement. cette clause était nécessaire, puisque les circonstances pouvaient varier d’un jour à l’autre ; et elles devaient varier, sans qu’il fût possible au gouvernement d’en prévoir les variations, parce qu’il dépendait des monopoleurs de faire baisser le prix des grains, lorsqu’ils voulaient importer, et de le faire hausser, lorsqu’ils voulaient exporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais quand l’exportation était permise pour un temps incertain, on ne savait pas dans l’intérieur de la monarchie, si on pourrait exporter avant que la permission eût été révoquée ; par conséquent il y avait des risques à prendre des mesures pour exporter ; et ceux qui ne voulaient pas les courir, ne voyaient dans la permission que l’équivalent d’une prohibition. Les provinces intérieures ne profitaient donc pas des débouchés, qu’on paraissait leur fermer presque aussi-tôt qu’on les leur avait ouverts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sur les frontières, les marchands, qui prévoyaient une nouvelle prohibition, se hâtaient de faire passer leurs bleds chez l’étranger. Ils établissaient leurs magasins au dehors, afin de les soustraire à la police. Alors les bleds haussaient subitement de prix, parce que l’exportation se faisait coup sur coup et en grande quantité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La permission d’exporter, favorable aux marchands seuls, arrivait trop tard pour le laboureur. Forcé de payer le bail, l’impôt, le salaire des journaliers, il avait vendu ses bleds, lorsqu’ils étaient à bas prix ; ou s’il ne les avait pas vendus, elle arrivait encore trop tard, parce que la saison, propre aux travaux de la culture, était déjà passée. Dans un cas il avait perdu sur la vente de ses grains : dans l’autre, il ne pouvait pas employer son bénéfice à s’assurer une abondante récolte pour l’année suivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin ces permissions passagères étaient d’autant plus préjudiciables, que, dans la crainte d’une prohibition, le cultivateur se pressait de vendre ; et, par conséquent, il vendait mal, ou à trop bas prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant tout le bled surabondant avait été exporté, lorsqu’on fit une récolte qui ne suffisait pas à la consommation. Alors le gouvernement défendit l’exportation, et il permit l’importation, toujours avec la clause qui en rendait la durée incertaine. Aussi-tôt les marchands nationaux, qui se félicitaient d’avoir fait passer leurs bleds chez l’étranger, se hâtent de les faire revenir à diverses reprises, mais à chaque fois en petite quantité ; et on rachete d’eux fort cher ce qu’on leur avait vendu bon marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La cherté dura. Ils la maintenaient, parce qu’ils étaient seuls vendeurs. L’étranger ne vint point, soit que n’ayant pas eu le temps de prendre ses mesures pour faire des envois, il craignit de n’arriver qu’après que l’importation aurait été prohibée, soit qu’il appréhendât d’être forcé, par quelque coup d’autorité, à laisser ses bleds à bas prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà les effets des permissions passagères. On n’a point de règles, ni pour les accorder, ni pour les révoquer. Tous les droits sur l’entrée ou sur la sortie des grains, sont nécessairement arbitraires, et on ne saurait dire pourquoi on les met à un taux plutôt qu’à un autre. L’exportation et l’importation ne se font donc qu’au hasard toutes les fois qu’elles se font d’après des réglements incertains et variables. Alors la confiance est perdue, et le commerce, livré à des monopoleurs, est continuellement arrêté dans son cours. Passons aux réglements qu’on a cru devoir faire sur la circulation intérieure des grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : emprunts de toute espèce de la part du gouvernement|Chapitre 11 : Atteintes portées au commerce : emprunts de toute espèce de la part du gouvernement]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : police sur la circulation intérieure des grains|Chapitre 13 : Atteintes portées au commerce : police sur la circulation intérieure des grains]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Atteintes_port%C3%A9es_au_commerce_:_imp%C3%B4ts_sur_l%E2%80%99industrie&amp;diff=114151</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : impôts sur l’industrie</title>
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		<updated>2014-01-31T12:40:44Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : douanes, péages|Chapitre 5 : Atteintes portées au commerce : douanes, péages]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : compagnies privilégiées et exclusives|Chapitre 7 : Atteintes portées au commerce : compagnies privilégiées et exclusives]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|6. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : IMPÔTS SUR L&#039;INDUSTRIE}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nos cités, dès leur fondation, et par conséquent longtemps avant la monarchie, avaient reconnu la nécessité où sont les citoyens de contribuer aux dépenses publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Composées uniquement de colons, ce n’est qu’à des colons qu’elles pouvaient demander des subsides. En conséquence, on les prit sur chaque champ, et chacun paya en raison des productions qu’il récoltait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce subside se levait à peu de frais. La répartition s’en faisait, dans chaque canton, par les colons mêmes. Chacun payait sans contrainte ; et comme personne ne pouvait se plaindre d’être surchargé, personne aussi ne songeait à payer moins qu’il ne devait. Lorsque, dans la suite, des citoyens se trouvèrent sans possessions, on n’imagina pas de leur demander des subsides. Il ne pouvait pas encore venir dans la pensée de faire payer des hommes qui n’avaient rien. L’usage, qui fait regle même quand il est raisonnable, ne le permettait pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces citoyens, qui n’avaient que des bras, subsistèrent donc de leur travail, ou du salaire qu’ils recevaient des colons, et ils ne payèrent rien.&lt;br /&gt;
	Cet usage se maintint avec le progrès des arts, parce que tout usage dure. Les artisans et les marchands, ainsi que les fermiers et les journaliers, vécurent donc de leur salaire, et on ne pensa point à leur demander des subsides.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tant que cet usage subsista, tout fleurit. L’industrie, assurée d’un salaire que la concurrence seule réglait, et sur lequel il n’y avait rien à retrancher, s’occupa des moyens d’augmenter ce salaire, soit en créant de nouveaux arts, soit en perfectionnant les arts déja connus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors tout devenait utile. Le surabondant trouvait un emploi, à mesure que les arts et le commerce faisaient des progrès. On consommait davantage : les productions croissaient en raison des consommations ; et les terres étaient tous les jours mieux cultivées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les choses subsistèrent dans cet état jusqu’au temps de la monarchie. Elles s’y maintinrent même encore sous les premiers monarques. Mais enfin il fallait qu’il se fît une révolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parce que des artisans et des marchands vivaient dans l’aisance, on demanda : mais pourquoi ces hommes, qui sont riches, ne fournissent-ils pas une partie des subsides ? Comment ont-ils pu en être exempts ? Faut-il que les colons payent seuls toutes les charges, et tout citoyen ne doit-il pas contribuer aux dépenses publiques ? Ce raisonnement parut un trait de lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On mit donc des impôts sur l’industrie, et il ne fut plus permis de travailler en aucun genre, qu’autant qu’on aurait payé une certaine somme à l’état. il ne fut plus permis de travailler ! voilà une loi bien étrange. Cependant, quand on veut que celui qui n’a rien paie pour avoir la permission de gagner sa subsistance, il faut bien défendre le travail à ceux qui ne paient pas ; et, par conséquent, leur ôter tout moyen de subsister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans tous les métiers, on ne fait pas les mêmes profits, non plus que dans toutes les espèces de commerce. Il parut donc juste de faire différentes classes, soit d’artisans, soit de marchands, afin de les imposer chacune à proportion des profits qu’elles pouvaient faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette opération n’était pas facile. Comment estimer ce qu’un homme peut gagner par son industrie ? Il arrivera nécessairement que, dans le même métier et dans le même commerce, celui qui gagnera moins, paiera autant que celui qui gagnera plus. C’est un inconvénient qu’on ne voyait pas, ou qu’on ne voulait pas voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On donna le nom de corps de métier aux différentes classes d’artisans ; et parce qu’on ne pouvait y être admis, qu’autant qu’on était passé maître, on leur donna encore le nom de maîtrises. Quant aux différentes classes de marchands, on les nomma communautés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Autant on distingua de métiers dans les arts mécaniques, autant on fit de maîtrises ; et autant on distingua de branches dans le commerce, autant on fit de communautés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand on eut fait ces distinctions, on régla l’impôt que chaque maîtrise ou communauté devait payer ; et en conséquence ceux qui se trouvèrent dans ces corps, eurent non-seulement le droit de travailler, ils eurent encore celui d’interdire tout travail à ceux qui n’y étaient pas admis ; c’est-à-dire, de les réduire à mendier leur pain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Travailler, sans être d’un de ces corps, c’était une fraude ; et parce qu’on n’avait pas voulu rester sans rien faire, ou plutôt, parce qu’on avait été forcé à travailler pour subsister soi-même et faire subsister sa famille, on était saisi et condamné à une amende qu’on ne pouvait pas payer, ou qu’on ne payait que pour tomber dans la misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Comme les principales branches du commerce se réunissent au tronc d’où elles naissent, qu’à ces principales branches il s’en réunit d’autres encore, et ainsi de suite ; on conçoit qu’il sera d’autant plus difficile de démêler toutes ces branches, qu’on divisera et subdivisera davantage les communautés de marchands. Cependant elles se diviseront et subdiviseront, parce que le souverain, voyant qu’à chaque nouvelle communauté il est payé d’un nouvel impôt, se croira plus riche, lorsqu’il les aura multipliées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors les communautés se confondent, comme des branches, au tronc où elles se réunissent. Elles ne peuvent plus distinguer leurs privilèges : elles se reprochent d’empiéter les unes sur les autres, et les procès naissent. Il en sera de même des maîtrises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tous ces corps seront forcés à de grandes dépenses, soit pour payer les impôts, soit pour suivre leurs procès, soit pour faire la recherche de ceux qui travailleront, sans avoir été incorporés dans une maîtrise ou dans une communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Forcés à des dépenses, chacun d’eux lèvera sur ses membres des fonds communs ; et ces fonds seront dissipés en assemblées, en repas, en édifices, et souvent en malversations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces dépenses seront reprises sur les marchandises qu’ils débitent. Ils feront la loi aux consommateurs, parce qu’ayant seul le droit de travailler, ils fixent à volonté le prix de leur travail. En quelque nombre que soient les artisans et les marchands, il faut que tout renchérisse ; parce qu’il faut que les maîtrises et les communautés retrouvent toujours de quoi renouveller les fonds communs qu’elles dissipent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il y a d’ailleurs, dans ces maîtrises et communautés, l’esprit du corps, une sorte de point d’honneur, qui force à vendre au même prix que les autres. On passerait pour un traître, si on vendait à plus bas prix ; et on s’exposerait à quelque mauvaise affaire, pour peu qu’on y donnât le moindre prétexte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Accoutumés à faire la loi, ces corps vendent cher l’avantage de participer à leurs priviléges. Ce n’est pas assez de payer l’apprentissage. Tant qu’il dure, on ne travaille que pour le compte du maître ; et il faut employer plusieurs années pour apprendre un métier, qu’on pourrait quelquefois savoir au bout de quelques mois. Celui qui a le plus de disposition, est condamné à un apprentissage aussi long, que celui qui en a le moins. Il arrive de-là que tous ceux qui n’ont rien, sont exclus à jamais de tout corps de métier. A-t-on été reçu ? Si on ne réussit pas, il n’est plus temps de faire un autre apprentissage : on n’aurait plus de quoi payer, et on est condamné à mendier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque, dans nos cités, les professions étaient libres, les artisans se trouvaient en quelque sorte répandus partout. Les laboureurs, dans les moments qu’ils ne donnaient pas à la culture, pouvaient travailler à quelque art mécanique. Ils pouvaient donner de l’occupation à des enfants qui n’étaient pas encore assez forts pour les travaux de la campagne, et ils employaient à la culture les profits qu’ils avaient faits. Cette ressource leur fut enlevée, lorsqu’on eut mis tous les métiers en corps de maîtrise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les maîtrises et les communautés enlèvent donc l’aisance aux habitants de la campagne : elles réduisent à la mendicité les citoyens industrieux, qui n’ont pas de quoi payer un apprentissage : elles forcent à payer cher un maître pour apprendre de lui ce qu’on pourrait souvent apprendre beaucoup mieux tout seul : enfin, elles portent coup au commerce, parce qu’en faisant tout renchérir, elles diminuent la consommation, et conséquemment la production, la cultivation et la population. Peut-on réfléchir sur ces abus, et ne pas reconnaître combien ils sont contraires au bien public ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Comment les productions se règlent d&#039;après les consommations</title>
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		<updated>2014-01-31T12:39:21Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Le blé considéré comme mesure des valeurs|Chapitre 23 : Le blé considéré comme mesure des valeurs]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De l&#039;emploi des terres|Chapitre 25 : De l&#039;emploi des terres]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|24. COMMENT LES PRODUCTIONS SE RÈGLENT D&#039;APRÈS LES CONSOMMATIONS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Après avoir expliqué tout ce qui a rapport au vrai prix des choses, je me propose d’observer la cause des progrès de l’agriculture et des arts, l’ emploi des terres, l’emploi des hommes, le luxe, les revenus publics et les richesses respectives des nations. Voilà l’objet des chapitres par où je terminerai cette première partie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le besoin que les citoyens ont les uns des autres les met tous dans une dépendance mutuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Maîtres des terres, les propriétaires le sont de toutes les richesses qu’elles produisent. À cet égard, il paraît qu’ils sont indépendants, et que le reste des citoyens dépend d’eux. En effet tous sont à leurs gages : c’est avec le salaire qu’ils paient que subsistent les fermiers, les artisans, les marchands, et voilà pourquoi les écrivains économistes les jugent indépendants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, si les terres n’étaient pas cultivées, les matières premières manqueraient aux artisans, les marchandises manqueraient aux commerçants, les productions de toutes espèces manqueraient aux propriétaires, et le pays ne suffirait pas à la subsistance de ses habitants. Il n’y aurait plus proprement ni artisans ni marchands. ni propriétaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les fermiers, comme première cause des productions, paraissent donc à leur tour tenir tous les citoyens dans leur dépendance. C’est leur travail qui les fait subsister. Cependant, si les matières premières n’étaient pas travaillées, l’agriculture et tous les arts manqueraient des instruments les plus nécessaires. Il n’y aurait plus d’arts, par conséquent, et la société serait détruite, ou réduite à un état misérable. Tous les citoyens sont donc encore dans la dépendance des artisans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Notre peuplade n’avait pas besoin de marchands lorsque les colons, seuls propriétaires des terres, habitaient les champs qu’ils cultivaient. Alors chacun pouvait, par des échanges avec ses voisins, se procurer les choses dont il manquait. Tantôt on achetait une denrée qu’on n’avait pas avec le surabondant d’une autre : tantôt, avec ce même surabondant, on payait à un artisan la matière première qu’il avait travaillée. Ces échanges se faisaient sans monnaie, et on ne songeait pas encore aux moyens d’apprécier exactement la valeur des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais à mesure que les propriétaires s’établissent dans les villes, il leur est d’autant plus difficile de se procurer toutes les choses dont ils manquent, qu’ils font alors de plus grandes consommations. Il faut donc qu’il s’établisse des magasins où ils puissent se pourvoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces magasins ne sont pas moins nécessaires aux artisans qui, d’un jour à l’autre, ont besoin de matières premières, et qui ne peuvent pas, à chaque fois, les aller acheter dans les campagnes souvent éloignées. Enfin ils le sont aux fermiers à qui il importe, toutes les fois qu’ils viennent à la ville, de vendre promptement leurs productions, et d’acheter en même temps tous les ustensiles dont ils ont besoin. Voilà l’époque où tous les citoyens tombent dans la dépendance des marchands, et où les choses commencent à avoir une valeur appréciée par une mesure commune.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tel est en général le caractère des hommes : celui de qui on dépend veut s’en prévaloir, et tous seroient despotes s’ils le pouvaient. Mais quand, à différents égards, la dépendance est mutuelle, tous sont forcés de céder les uns aux autres, et personne ne peut abuser du besoin qu’on a de lui. Ainsi les intérêts se rapprochent, ils se confondent, et, quoique les hommes paraissent tous dépendants, tous, dans le fait, sont indépendants. Voilà l’ordre : il naît des intérêts respectifs et combinés de tous les citoyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parmi ces intérêts respectifs et combinés, il y en a un qui paraît le mobile de tous les autres : c’est celui des propriétaires. Comme les plus grandes consommations se font dans les villes, et qu’ils y ont eux-mêmes la plus grande part, leur goût sera la règle des fermiers, des artisans et des marchands. On cultivera, par préférence, les denrées dont ils aiment à se nourrir, on travaillera aux ouvrages dont ils sont curieux, et on mettra en vente les marchandises qu’ils recherchent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est naturel que cela arrive. Puisque les propriétaires, comme maîtres des terres, sont maîtres de toutes les productions, eux seuls peuvent payer le salaire qui fait subsister le fermier, l’artisan et le marchand. Tout l’argent, qui doit circuler, et qui, par conséquent, doit être le prix de tous les effets commerçables, est originairement à eux. Ils le reçoivent de leurs fermiers, et ils le dépensent comme il leur plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut que cet argent retourne aux fermiers, soit immédiatement lorsqu’ils vendront eux-mêmes aux propriétaires, soit médiatement lorsqu’ils vendront à l’artisan ou au marchand, à qui les propriétaires auront donné, pour salaire, une partie de cet argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or cette circulation sera rapide, si les fermiers, les artisans et les marchands étudient les goûts des propriétaires, et s’y conforment. Ils le feront, puisque c’est leur intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Supposons que, de génération en génération, les propriétaires se sont fait une habitude des mêmes consommations ; nous en conclurons que, tant qu’il n’y a pas eu de variations dans leurs goûts, on a cultivé les mêmes productions, travaillé aux mêmes ouvrages, et fait la même espèce de commerce.&lt;br /&gt;
	Voilà l’état par où notre peuplade a dû passer. Accoutumée à une vie simple, elle se sera longtemps contentée des premières productions qu’elle aura eu occasion de connaître, et il n’y en aura pas eu d’autres dans le commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Plus recherchée dans la suite, elle variera dans ses goûts, préférant dans un temps ce qu’elle aura rejeté, et rejetant dans un autre ce qu’elle aura préféré. Mais alors les choses qu’elle recherche le plus ne seraient pas en proportion avec le besoin qu’elle s’en fait, si les fermiers, les artisans et les marchands ne s’occupaient pas à l’envie des moyens de suppléer au surcroît de cette espèce de consommation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or ils ont un intérêt à s’en occuper ; car, dans les commencements, ces choses n’étant pas assez abondantes, elles sont à un plus haut prix, ils peuvent donc compter sur un salaire plus fort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ils ne se contenteront pas même d’observer ces variations qui leur procurent de nouveaux profits. Dès qu’ils auront remarqué qu’elles sont possibles, ils mettront toute leur industrie à les faire naître, et il se fera une révolution dans le commerce, dans les arts et dans l’agriculture. Auparavant les consommations se réglaient d’après les productions ; alors les productions se régleront d’après les consommations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce, plus étendu, embrassera un plus grand nombre d’objets. Il réveillera l’industrie des artisans et des cultivateurs, et tout prendra une nouvelle vie. Mais cela n’est vrai que dans la supposition où le commerce serait parfaitement libre. S’il ne l’était pas, il dégénérerait bientôt en un état de convulsion, qui, faisant hausser et baisser sans règles le prix des choses, ferait faire mille entreprises ruineuses pour quelques-unes qui réussiraient, et répandrait le désordre dans les fortunes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Notre peuplade n’en est pas encore là. Son commerce, que je suppose renfermé dans ses possessions, doit naturellement produire l’abondance. Il en ouvre toutes les sources, il les répand ; et les champs, auparavant stériles, sont cultivés et deviennent fertiles. Il est certain que, tant que son commerce se soutient par les seules productions de son sol, la multitude des consommations, soit en denrées, soit en matières premières, ne peut qu’inviter les fermiers à tirer de ce sol toutes les richesses qu’il renferme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà les effets d’un commerce intérieur et libre. Un peuple alors est véritablement riche, parce que ses richesses sont à lui, et ne sont qu’à lui. C’est dans ses possessions uniquement qu’il en trouve toutes les sources, et c’est son travail seul qui les dirige.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les consommations, multipliées tout-à-la-fois par les goûts nouveaux et par les goûts renaissants, doivent donc multiplier les productions tant qu’il reste des terres à cultiver, ou des terres à mettre en plus grande valeur. Jusques-là les richesses iront toujours en croissant, et elles n’auront un terme que dans les derniers progrès de l’agriculture. Heureux le peuple libre, qui, riche de son sol, ne serait pas à portée de commercer avec les autres !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Le blé considéré comme mesure des valeurs|Chapitre 23 : Le blé considéré comme mesure des valeurs]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De l&#039;emploi des terres|Chapitre 25 : De l&#039;emploi des terres]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_De_la_circulation_des_bl%C3%A9s&amp;diff=114149</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De la circulation des blés</title>
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		<updated>2014-01-31T12:39:05Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du monopole|Chapitre 21 : Du monopole]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Le blé considéré comme mesure des valeurs|Chapitre 23 : Le blé considéré comme mesure des valeurs]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|22. DE LA CIRCULATION DES BLÉS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque, n’ayant pas de quoi attendre une seconde récolte, on n’a du blé, par exemple, que pour neuf mois, on est menacé d’en manquer, s’il n’en arrive pas ; et il renchérit d’autant plus qu’on espère moins d’en voir arriver. Ce renchérissement, qui le fait hausser au-dessus du vrai prix, devient cherté. On crie donc à la disette, non qu’on manque totalement de blé, mais parce qu’on est menacé d’en manquer, et que ceux qui ne peuvent pas le payer au prix où il est en manquent déjà.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette disette réelle, si en effet il n’y a pas assez de blé, n’est qu’une disette d’opinion, lorsque le blé, qui ne manque pas dans les greniers, manque seulement dans les marchés. C’est ce qui arrive quand il y a monopole. Les monopoleurs retardent de le mettre en vente, afin de trouver, dans un plus grand renchérissement, un plus grand bénéfice. Leur cupidité alarme le peuple : la disette d’opinion croît, et le blé monte à un prix excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand la disette est réelle, nous n’avons de secours à attendre que des étrangers : il faut qu’ils nous en apportent autant qu’il nous en manque.&lt;br /&gt;
	Si elle n’est que dans l’opinion, il suffira qu’ils nous en montrent. Au bruit seul qu’il en arrive, les marchands, qui voudront profiter du moment où il est encore à un prix haut, se hâteront de le mettre en vente, et, par conséquent, ils en feront bientôt baisser le prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans la surabondance même, il y aurait cherté et apparence de disette, si ceux qui ont les blés s’obstinaient à les garder dans leurs greniers, ou à n’en mettre en vente qu’une quantité qui ne suffirait pas à la consommation journalière ; et, dans la plus grande rareté, il y aurait bon marché et apparence de surabondance, si on les forçait à mettre en vente tous leurs blés à-la-fois, ou seulement une quantité plus que suffisante à la consommation journalière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le premier cas, le peuple souffrirait comme dans une disette réelle ; et, dans le second, les cultivateurs et les marchands seraient lésés.&lt;br /&gt;
	Il serait donc également nuisible de mettre en vente tout-à-la-fois une quantité de blé qui doit servir à la subsistance de plusieurs mois, ou de n’en mettre en vente à chaque fois qu’une quantité qui ne suffirait pas à la subsistance d’un marché à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est donc peu-à-peu que le blé doit sortir des greniers. Il suffit qu’on en livre autant qu’on en demande, et que la vente se fasse dans la proportion du besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les cultivateurs, pour le vendre cher, voudraient qu’il fût rare dans les marchés ; et le peuple, pour l’acheter à bon marché, voudrait qu’il y fût surabondant. Cependant, dans l’un et l’autre cas, il y aurait lésion de part ou d’autre, et même des deux côtés à-la-fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est vrai que, lorsque le cultivateur vend cher, il fait un plus grand bénéfice sur ce qu’il vend : mais il vend en moindre quantité, parce qu’il force le peuple à vivre de châtaignes, de pommes de terre, de racines, etc. Il l’accoutume donc à consommer moins de blé ; et, en faisant diminuer la consommation, il fait diminuer ses ventes pour les années suivantes, et par conséquent ses revenus. Que sera-ce si le peuple s’ameute et pille les greniers ? Le cultivateur, qui veut vendre cher, est donc la victime de sa cupidité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple ne se trompe pas moins lorsqu’il veut acheter bon marché. Il est vrai qu’il y trouve d’abord un avantage momentané. Mais nous avons vu que le bon marché est toujours suivi d’une cherté où le peuple manque de pain, et ne peut pas même travailler pour en gagner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La lésion que le cultivateur et le peuple se font tour-à-tour, par la cherté et par le bon marché, retombe donc, par contrecoup, sur tous les deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Par conséquent, il importe que le blé ne se mette en vente, ni en trop grande quantité, ni en trop petite, puisqu’il importe qu’il ne soit ni cher, ni bon marché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, parce qu’on en consomme toujours, il importe qu’il y en ait toujours en vente autant qu’on a besoin d’en consommer ; et c’est alors qu’il sera à son vrai prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le blé ne croît pas également partout. Il ne s’en produit pas un épi dans les villes, où il s’en fait la plus grande consommation. On n’y sait pas même comment il se produit ailleurs ; et voilà pourquoi on y raisonne communément si mal sur le commerce des blés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quoi qu’il en soit, pour que les blés soient en vente toujours et partout en quantité suffisante, il faut que des lieux où ils surabondent ils ne cessent de se verser dans les lieux où ils manquent ; ce qui ne peut se faire que par un mouvement prompt et jamais interrompu : prompt, dis-je, et jamais interrompu, parce que tous les jours les consommateurs en ont le même besoin. Ce mouvement est ce que j’appelle circulation des blés.&lt;br /&gt;
	Le versement se fait de proche en proche ou à distance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	De proche en proche, lorsqu’on porte le blé dans les marchés, et qu’il passe successivement de l’un dans l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces marchés, qui sont autant de débouchés, ne sauraient trop se multiplier. Il faut qu’il y en ait de tous côtés, et qu’ils soient dans les lieux les plus commodes pour les vendeurs, comme pour les acheteurs. Ils devraient être à leur choix, sans droits, sans gênes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le versement se fait à distance lorsque dans une province, on fait des envois de blé pour une autre, ou lorsqu’on en porte chez l’étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pour avoir ces débouchés, il faut des chemins, des canaux, des rivières navigables et une marine marchande, point de péages, point de douanes, aucune espèce de droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà la route tracée à la circulation : observons comment elle doit se faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les soins de la culture ne permettent pas toujours à un fermier de vendre ses grains aux marchés même les plus voisins. En effet, dans un jour favorable aux labours, aux ensemencements, à la récolte, quittera-t-il ses champs au hasard de ne plus retrouver un jour aussi favorable ? Or, s’il ne peut pas toujours porter lui-même ses blés dans le marché voisin, il peut encore moins entreprendre de les porter dans les marchés éloignés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut donc qu’il s’établisse des marchands qui achètent du fermier pour revendre au consommateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces marchands sont des hommes que l’expérience a formés. Ils ne réussiront dans leur commerce qu’autant qu’ils s’en seront occupés uniquement, et qu’ils auront acquis un nombre de connaissances qui ne s’acquièrent qu’avec le temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut qu’ils connaissent la qualité des blés pour n’être pas trompés sur le choix ; qu’ils aient appris à les voiturer au meilleur compte possible ; qu’ils sachent apprécier le déchet, les frais de transport, et tous les risques à courir ; qu’ils jugent d’où il peut arriver des blés dans les lieux où ils se proposent d’en porter, et qu’ils prévoient quand ils y arriveront. Car les marchands, qui se montreront les premiers, sont seuls assurés de vendre avec bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut donc encore, dans le cas où l’on aurait fait de fausses spéculations, s’être préparé d’autres débouchés, et savoir où l’on portera ses grains, pour n’être pas forcé de les vendre à perte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parce qu’on ne peut pas tout voir par soi-même, et qu’on le peut d’autant moins qu’en entreprendra un commerce plus étendu et plus au loin, il faudra avoir des correspondants intelligents, attentifs, dont la capacité soit reconnue : autrement un faux avis engagerait dans des entreprises ruineuses. Il n’est pas moins nécessaire de s’assurer de l’exactitude et de la fidélité de tous ceux à qui on confie la garde ou la vente de ses blés ; et il faut avoir des hommes habitués à les voiturer, et sur qui on puisse également compter. C’est par le concours d’une multitude d’agents, toujours en mouvement, que se fait la circulation des blés. Le peuple des villes est bien loin de l’imaginer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est à propos de distinguer deux sortes de marchands de blé. Les uns sont des négociants qui, faisant ce commerce en grand, entreprennent d’approvisionner des provinces éloignées, soit au-dedans, soit au-dehors du royaume. Les autres sont de petits marchands qui, le faisant en détail dans un lieu circonscrit, paraissent se borner à l’approvisionnement d’un canton. C’est par ceux-ci surtout que le commerce se fait de proche en proche. On les nomme Blatiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Aux négociants il faut de grands magasins dans plus d`un lieu, beaucoup de valets pour garder leurs blés, des correspondants ou associés partout, et des voituriers en quelque sorte sur tous les chemins. Il est évident que, s’ils peuvent faire de grands profits, ils courent aussi de grands risques. Plus leur commerce est étendu, plus ils ont de spéculations à faire, et plus aussi le succès de leur entreprise est incertain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ayant fait de grandes avances, ils veulent faire de gros bénéfices. Aussi ne se pressent-ils pas de vendre. Ils épient le moment. Mais, parce que le blé est une denrée qu’on ne peut garder longtemps sans beaucoup de frais, qu’il y a un déchet toujours plus grand à le garder, et toujours plus de risques à courir, si l’occasion d’un gros bénéfice se fait trop attendre, ils sont obligés de se contenter d’un moindre. Alors ils se forcent la main, et ils servent le public malgré eux. Ils n’auront pas besoin d’une longue expérience pour apprendre qu’il est de leur intérêt de vendre toutes les fois qu’ils trouvent, dans la vente, tous leurs frais et un bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les blatiers achètent des fermiers pour revendre. À peine ont-ils besoin d’un magasin. S’ils en ont un, la garde n’en est pas dispendieuse ; et ils ont peu de déchet à craindre, parce qu’ils le vident presque aussitôt qu’ils l’ont rempli. Un valet leur suffit. Il ne leur faut qu’un âne ou un mulet pour voiturer leurs grains ; et ils n’ont pas besoin de correspondants, parce qu’ils font leur commerce dans un petit canton où ils sont habitués.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il y a pour eux moins d’avances que pour les grands négociants, moins de frais, moins de risques, et ils se contentent d’un moindre bénéfice ; toujours pressés de se le procurer, parce qu’ils ne sont pas assez riches pour hasarder d’en attendre un plus grand. Leur intérêt est de vendre promptement, afin de racheter pour revendre. Ils ont besoin, pour subsister, que des achats et des ventes répétées fassent continuellement repasser par leurs mains leurs premières avances avec le bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La circulation des blés se fait donc par un grand nombre de négociants, et par un plus grand nombre de blatiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si nous avons besoin de blé, tous ces marchands n’ont pas moins besoin d’en vendre. Nous n’en manquerons donc pas si la plus grande liberté donne lieu à la plus grande concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Supposons qu’un riche négociant achète ou arrhe tous les blés d’une province dans le dessein d’y mettre la cherté, il causera sans doute un renchérissement, mais un renchérissement momentané. Car aussitôt, de toutes les provinces voisines, les blés reflueront, et le négociant, trompé dans son attente, se verra forcé, par un grand nombre de concurrents, à baisser le prix de ses blés. Il ne sera donc pas tenté de répéter cette opération. Il n’y aurait, dans ce monopole, que des risques et des pertes. Un négociant habile n’en fera pas l’essai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Au lieu de songer à mettre la cherté dans un pays abondant en grains, et où, par conséquent, elle ne pourra passe maintenir, un négociant a un moyen plus simple et plus sûr pour faire le commerce de ses blés avec avantage : c’est de les envoyer partout où la cherté est une suite naturelle de la disette. Qu’il ait les yeux ouverts sur toute l’Europe, qu’il soit toujours prêt à faire des envois : s’il est bien informé de l’état des récoltes, ou seulement de l’opinion qu’on en a chez chaque nation, il pourra d’avance prévoir dans quels lieux les prix hausseront, et prendre ses mesures pour y faire ses envois à propos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est ainsi, lorsque le commerce est parfaitement libre, qu’une multitude de marchands veillent sur les besoins de tous les peuples. Reposons-nous-en donc sur l’intérêt qu’ils ont à ne pas nous laisser manquer de blé : laissons-les faire, et nous n’en manquerons pas. Puisqu’il y a toujours quelque part des chertés naturelles qui leur offrent un bénéfice sûr, pourquoi s’occuperaient-ils des moyens d’en causer d’artificielles qui ne leur assureraient pas le même bénéfice ? Plus nous les jugeons intéressés, plus nous devons croire qu’ils sont éclairés sur leurs intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mus donc par cet intérêt, les marchands, grands et petits, multipliés en raison de nos besoins, feront circuler les blés, les mettront partout au niveau, partout au vrai prix, et chacun sera entraîné par le mouvement général, qu’il ne pourra ni ralentir, ni précipiter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le monopole, dira-t-on, serait donc impossible. Sans doute il le serait dans le cas où le commerce des blés jouirait d’une liberté pleine, entière et permanente. Or c’est dans cette supposition que je viens d’observer la circulation des blés. Nous verrons ailleurs comment le monopole ne deviendra que trop facile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du monopole|Chapitre 21 : Du monopole]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Le blé considéré comme mesure des valeurs|Chapitre 23 : Le blé considéré comme mesure des valeurs]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_De_la_valeur_compar%C3%A9e_des_m%C3%A9taux_dont_on_fait_les_monnaies&amp;diff=114148</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De la valeur comparée des métaux dont on fait les monnaies</title>
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		<updated>2014-01-31T12:38:44Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du prêt à intérêt|Chapitre 18 : Du prêt à intérêt]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du vrai prix des choses|Chapitre 20 : Du vrai prix des choses]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|19. DE LA VALEUR COMPARÉE DES MÉTAUX DONT ON FAIT LES MONNAIES}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le cuivre, l’argent et l’or, qu’on emploie dans les monnaies, ont, comme toutes les marchandises une valeur fondée sur leur utilité ; et cette valeur augmente ou diminue à proportion qu’on les juge plus rares ou plus abondants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Supposons qu’il y ait en Europe cent fois autant de cuivre que d’argent, et vingt fois autant d’argent que d’or. Dans cette supposition, où nous ne considérons ces métaux que par rapport à la quantité, il faudra cent livres de cuivre pour faire une valeur équivalente à une livre d’argent, et vingt livres d’argent pour en faire une équivalente à une livre d’or. On exprimera donc ces rapports, en disant que le cuivre est à l’argent comme cent à un, et que l’argent est à l’or comme vingt à un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais si on découvre des mines fort abondantes en argent et surtout en or, ces métaux n’auront plus la même valeur relative. Le cuivre sera, par exemple, à l’argent comme cinquante à un, et l’argent sera à l’or comme dix à un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il ne peut y avoir toujours, dans le commerce, une même quantité de chacun de ces métaux. Leur valeur relative doit donc varier de temps à autre. Cependant elle ne varie pas seulement en raison de la quantité, parce que la quantité restant la même, il y a une autre cause qui peut rendre ces métaux plus rares ou plus abondants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En effet, l’usage qu’on fait d’un métal peut être plus ou moins commun. Si on employait le cuivre dans la plupart des ustensiles où on emploie la terre, ce métal deviendrait plus rare, et, au lieu d’être à l’argent dans le rapport de cinquante à un, il pourrait être dans le rapport de trente à un. Il deviendrait au contraire plus abondant, et il serait à l’argent comme quatre-vingt à un, Si, dans nos cuisines, on venait à se servir de fer, au lieu de batteries de cuivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce n’est donc pas uniquement par la quantité que nous jugeons de l’abondance ou de la rareté d’une chose : c’est par la quantité considérée relativement aux usages que nous en faisons. Or il est évident que cette quantité relative diminue à mesure que nous employons une chose à un plus grand nombre d’usages, et qu’elle augmente à mesure que nous l’employons à un plus petit nombre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous ferons le même raisonnement sur l’or et sur l’argent. Que, lorsque ces métaux sont dans le rapport de vingt à un, l’usage s’introduise de prodiguer l’argent sur les meubles et sur les habits, l’argent deviendra plus rare, et pourra être avec l’or dans le rapport de dix à un. Mais qu’alors on vienne à préférer, dans les meubles et dans les habits, l’or à l’argent, l’or à son tour deviendra plus rare, et sera avec l’argent dans le rapport d’un à quinze.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les métaux sont donc plus rares ou plus abondants, suivant que nous les employons à plus ou moins d’usages. Par conséquent, nous ne pouvons juger de leur valeur relative, qu’autant que nous pouvons comparer les usages qu’on fait de l’un avec ceux qu’on fait de l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais comment juger de ces usages et les comparer ? Par la quantité qu’on demande de chacun de ces métaux dans le marché. Car on n’achète les choses qu’autant qu’on en veut faire usage. La valeur relative des métaux est donc appréciée dans les marchés. À la vérité, elle ne l’est pas géométriquement : elle ne peut l’être avec une exacte précision. Mais enfin les marchés seuls font la règle, et le gouvernement est obligé de la suivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si cette valeur doit varier de temps à autre, les variations n’en sont jamais brusques, parce que les usages changent toujours lentement. Aussi l’or et l’argent conservent-ils longtemps la même valeur, relativement l’un à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Entre des peuples voisins, le commerce tend à rendre les mêmes choses également abondantes chez les uns et chez les autres ; et par conséquent il leur donne chez tous la même valeur ; il y réussit, surtout quand elles sont, comme l’or et l’argent, d’un transport qui se fait facilement et sans obstacle. C’est qu’alors elles circulent parmi plusieurs nations, comme elles circuleraient dans une seule ; et elles se vendent dans tous les marchés, comme si elles se vendaient dans un seul marché commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Supposons que les États de l’Europe sont tous dans l’usage de défendre l’exportation et l’importation de l’or et de l’argent, et que cette prohibition a eu son effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Supposons encore qu’il y a en Angleterre et en France la même quantité d’or, mais plus d’argent dans l’un de ces royaumes que dans l’autre. Supposons enfin qu’il y a en Hollande beaucoup plus d’or que partout ailleurs, et beaucoup moins d’argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans ces suppositions où la quantité de l’or relativement à l’argent est différente d’un État à l’autre, la valeur relative de ces métaux ne pourra pas être la même dans les marchés de ces trois nations. L’or, par exemple, aura un prix en France, un autre en Hollande, un autre en Angleterre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais si on permet à ces métaux de circuler librement parmi tous les peuples de l’Europe, alors on ne les appréciera pas d’après le rapport où ils sont l’un à l’autre en France, en Hollande ou en Angleterre ; mais on les appréciera d’après le rapport où ils sont l’un à l’autre chez toutes les nations prises ensemble. Quoique inégalement répartis, ils seront censés être en même quantité partout, parce que ce qu’il y aura de plus en or, par exemple, aujourd’hui dans un État, peut en sortir et passer demain dans un autre. Voilà pourquoi, dans tous les marchés de l’Europe, on juge du rapport de l’or à l’argent comme on en jugerait dans un seul marché commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On voit donc comment la valeur relative de l’or à l’argent s’apprécie de la même manière dans plusieurs États, où ces métaux passent librement de l’un chez l’autre. Mais lorsque des nations éloignées ne peuvent pas avoir entr’elles un commerce continuel, et, pour ainsi dire, journalier, alors cette valeur s’apprécie différemment chez chacune, parce qu’elle se règle dans des marchés qui n’ont point entre eux assez de relation, et, dont, par cette raison, on ne saurait former un seul marché commun. Au Japon, par exemple, l’or est à l’argent comme un à huit, tandis qu’il est en Europe comme un à quatorze et demi, ou comme un à quinze.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	J’ai dit que les marchés font la loi au gouvernement. Pour le comprendre, supposons que, dans tous les marchés de l’Europe, l’or soit à l’argent comme un à quatorze, et que cependant le gouvernement évalue en France ces métaux dans le rapport d’un à quinze, et voyons ce qui doit en résulter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En France, il faudra quinze onces d’argent pour payer une once d’or ; tandis que, chez l’étranger, on paiera une once d’or avec quatorze onces d’argent : sur quinze onces d’argent, on gagnera donc une once, toutes les fois qu’on en portera chez l’étranger pour l’échanger contre de l’or ; et par conséquent l’argent sortira insensiblement du royaume. Quand ensuite le gouvernement voudra le faire revenir, il perdra encore un quinzième, parce que, pour une once d’or, on ne lui donnera que quatorze onces d’argent. Or il éviterait toutes ces pertes s’il se conformait au prix du marché commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du prêt à intérêt|Chapitre 18 : Du prêt à intérêt]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du vrai prix des choses|Chapitre 20 : Du vrai prix des choses]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Du_change&amp;diff=114147</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du change</title>
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		<updated>2014-01-31T12:37:53Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De la circulation de l&#039;argent|Chapitre 16 : De la circulation de l&#039;argent]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du prêt à intérêt|Chapitre 18 : Du prêt à intérêt]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|17. DU CHANGE}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pourquoi les opérations, simples en elles-mêmes, sont-elles devenues dans toutes les langues des choses si difficiles à comprendre ? Etoit-il donc impossible aux banquiers de s’expliquer plus clairement ? Je n’ai point étudié leur langage : mais, dans le dessein où je suis de répandre quelques lumières sur cette partie du commerce, je n’ai besoin que d’étudier le change, il s’expliquera de lui-même, si je m’en fais des idées exactes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je veux faire passer cent mille francs à Bordeaux. Si j’étais obligé de les faire voiturer, il m’en coûterait des frais, et j’aurais des risques à courir. Mais il y a à Paris des Bordelais qui ont eux-mêmes besoin de faire venir de l’argent de Bordeaux, et il y a des négociants à qui cette ville doit parce qu’ils y ont envoyé des marchandises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je cherche et je trouve un Bordelais qui a, à Bordeaux, cinquante mille francs qu’il voudrait avoir à Paris. Il ne s’agit plus que de faire un échange de cinquante mille francs qui sont à Paris, contre cinquante mille francs qui sont à Bordeaux. Or nous y avons tous les deux le même avantage, puisque nous évitons l’un et l’autre tous frais et tous risques. En conséquence, je lui compte cinquante mille francs à Paris, et il me donne, sur celui qui a ses fonds à Bordeaux, une lettre par laquelle il lui dit de payer à mon ordre cinquante mille francs au porteur. Voilà donc la moitié de ma somme que j’ai fait passer à Bordeaux. L’autre moitié y passera de la même manière, parce que je trouve des négociants à qui il est dû dans cette ville, et qui me donnent de pareilles lettres pour cinquante mille francs que je leur compte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Par le moyen de ces lettres, on échange donc des sommes qui sont à distance l’une de l’autre. C’est pourquoi on les a nommées Lettres de change.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans toutes les villes du royaume, il y a des personnes qui sont dans le même cas que moi ; et dans toutes aussi on a la ressource des lettres de change, parce que le commerce qu’elles font entre elles les met continuellement dans un état de dettes les unes par rapport aux autres. Il faut seulement remarquer que cette ressource est plus fréquente dans les villes marchandes ou d’un grand abord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais si, toutes les fois qu’on a besoin d’une lettre de change, il fallait aller de porte en porte pour trouver, le négociant qui la peut donner, ce serait certainement un grand embarras. Voilà ce qui a réveillé l’industrie de quelques particuliers, et ce qui a produit peu-à-peu une classe d’hommes qu’on nomme agents de change, parce qu’avec les lettres qu’ils donnent on fait l’échange de deux sommes qui sont à distance l’une de l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Entre plusieurs manières dont cette classe a pu se produire, j’en imagine une. Je suppose un particulier riche qui a des terres dans différentes provinces, et qui, ne sachant comment faire venir ses revenus, charge son homme d’affaires d’y pourvoir. Celui-ci cherche dans Paris des négociants qui tirent de ces provinces différentes marchandises, et qui, par conséquent, ont besoin d’y faire passer de l’argent. Il leur donne des lettres de change sur ces provinces : les négociants le paient lui-même à Paris ; et, une fois qu’il a établi une correspondance avec eux, les revenus de son maître arrivent toutes les années avec la même facilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le maître, qui ne sait point comment tout cela se fait, admire l’esprit de son homme d’affaires. Il ne cesse d’en faire l’éloge à ses connaissances. Tous les gens riches s’adressent donc à cet homme, et il les étonne tous également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le voilà agent de change : avec une correspondance qui s’étend continuellement, il est en état de faire trouver de l’argent partout, et on vient à lui de toutes parts. Alors il n’a plus besoin de servir un maître. Il prend une maison dans laquelle il établit son bureau de change, et, de la table sur laquelle il compte l’argent, et qu’on nomme banque, il prend le nom de banquier. S’il était seul, il porterait son salaire au plus haut, mais, heureusement pour le public, sa fortune, qui est une preuve de ce qu’il gagne, lui donne des concurrents, et les banquiers se multiplient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On nommait originairement agio le profit que faisait un banquier dans son négoce, terme qui est devenu odieux, et qui signifie aujourd’hui un profit excessif et usuraire, fait dans la banque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est dû sans doute un bénéfice aux banquiers. Quelquefois ils sont obligés de faire voiturer de l’argent : ils font des frais pour entretenir leurs correspondances, enfin ils donnent leur temps et leurs soins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On conçoit que leur salaire se réglera, comme tous les autres, par la concurrence. Mais il se trouve dans le change une multitude de circonstances que le public ignore, et un banquier, qui a eu l’art de gagner la confiance, peut d’autant plus en abuser, qu’il fait la banque en quelque sorte exclusivement. Observons le change entre les différentes villes d’un royaume : nous l’observerons ensuite de nation à nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le commerce, celui qui prend des marchandises pour les payer dans un terme convenu, reconnaît par écrit qu’il paiera telle somme ; et cette reconnaissance, entre les mains de celui à qui il la fait, se nomme créance, parce qu’elle est un titre, sur lequel on doit croire qu’on sera payé. Ainsi créance est opposé à dette, comme créancier à débiteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose que des marchands de Paris aient pour cent mille francs de créances sur Bordeaux, et que des marchands de Bordeaux aient pour pareille somme des créances sur Paris : toutes ces créances disparaîtront par un simple virement de parties, c’est-à-dire, lorsqu’à Bordeaux les marchands qui doivent à Paris paieront ceux à qui Paris doit, et qu’à Paris les marchands qui doivent à Bordeaux paieront ceux à qui Bordeaux doit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si Paris doit à Nantes cent mille francs, Nantes cent mille francs à Bordeaux, Bordeaux cent mille francs à Lyon,et Lyon cent mille francs à Paris, il suffira, pour solder toutes ces dettes, que Paris envoie à Nantes cent mille francs de lettres de change sur Lyon, parce qu’avec ces lettres Nantes paiera Bordeaux, et Bordeaux paiera Lyon. En pareil cas, les négociants peuvent faire le change entre eux, sans l’entremise d’aucun banquier, et l’opération en est bien simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais moi, qui ne fais pas le négoce, et qui ne suis point instruit de ce qui se passe dans les places de commerce, je suis obligé de m’adresser à un banquier lorsque je veux faire passer de l’argent dans une province. Or ce banquier pourrait n’avoir à payer que les frais de transport de chez lui chez quelques marchands de Paris, et cependant il dépendrait de lui de se prévaloir de mon ignorance, et d’exiger de moi un salaire beaucoup trop fort.Cet abus pourrait avoir lieu s’il n’y avait à Paris qu’un seul banquier ; mais il y en a plusieurs, beaucoup d’honnêtes, et la concurrence les force tous à l’être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Toute lettre de change suppose une dette de la part de celui sur qui elle est tirée. Bordeaux, par exemple, n’en peut donner sur Paris que parce que Paris doit à Bordeaux. Or ce sont les dettes ou créances réciproques entre les villes qui règlent toutes les opérations du change.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Entre deux villes, les dettes peuvent être égales de part et d’autre : Lyon peut devoir à Paris cent mille francs, et Paris peut devoir à Lyon pareille somme. Les dettes peuvent aussi être inégales : Lyon peut devoir à Paris trois cent mille francs, et Paris peut en devoir à Lyon quatre cent mille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le cas d’égalité de dettes de part et d’autre, si nous n’avons égard qu’à cette seule considération, il est certain que deux marchands, dont l’un, qui est à Paris, a besoin de cent mille francs à Lyon, et dont l’autre, qui est à Lyon, a besoin de cent mille francs à Paris, doivent faire cet échange, somme égale pour somme égale. Car ils trouvent tous deux le même avantage à donner cent mille francs pour cent mille francs ; et, puisque cet échange n’oblige pas l’un à plus de frais que l’autre, aucun des deux n’est en droit d’exiger au-delà de cent mille francs.&lt;br /&gt;
	Lorsque le change se fait d’une ville à l’autre, somme égale pour somme égale, on dit qu’il est au pair.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Remarquez que je dis somme et non pas valeur : car ces deux mots ne sont pas synonymes. Lorsqu’à Paris je vous donne cent mille francs pour toucher cent mille francs à Lyon, les sommes sont égales, et cependant je donne une valeur moindre par rapport à moi pour une plus grande, s’il m’est plus avantageux d’avoir cent mille francs à Lyon qu’à Paris. Il en est de même de vous : vous me donnez une valeur moindre pour une plus grande, si vous trouvez un avantage à avoir cet argent à Paris plutôt qu’à Lyon. Il faut se rappeler ce que nous avons dit sur les échanges.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le cas où les dettes, entre deux villes, sont inégales, lorsque Paris doit à Lyon, par exemple, quatre cent mille livres, et que Lyon n’en doit à Paris que trois cent mille, on en pourra solder trois cent mille avec des lettres de change ; mais il restera cent mille francs qu’il faudra voiturer de Paris à Lyon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En soldant les trois cent mille francs de dettes respectives avec des lettres de change, les marchands peuvent faire entre eux le change au pair, c’est-à-dire, somme égale pour somme égale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il reste encore cent mille francs à payer. Les marchands de Paris s’adressent à un banquier, qui, n’ayant pas de fonds à Lyon, est obligé d’y faire voiturer cette somme et à qui par conséquent, outre un salaire, on devra des frais de voiture. Or je suppose qu’on est convenu de lui donner pour le tout quatre pour cent, on lui comptera donc quatre mille francs à Paris, et il donnera des lettres sur Lyon pour cent mille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans cet exemple, le change hausse au-dessus du pair, puisque les marchands donnent à Paris une somme plus grande que celle qu’on leur fait toucher à Lyon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les marchands de Lyon ont des créances sur Paris. Ils ne sont donc pas dans le cas d’y envoyer de l’argent, ils ont plutôt besoin d’en faire venir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Que, dans cette circonstance, quelqu’un offre de leur donner quatre-vingt-dix-huit mille francs pour cent mille francs de lettres de change sur Paris, ils accepteront la proposition, parce qu’il ne leur en coûtera, pour avoir leur argent à Lyon, que deux mille livres, au lieu de quatre mille que leurs correspondants auraient payées au banquier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand on donne une moindre somme pour en recevoir une plus grande, on dit que le change est au-dessous du pair.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’après ces explications on peut juger que le change, ainsi que l’échange, n’est d’une part qu’un achat, et de l’autre qu’une vente ; que dans ce négoce l’argent est la seule marchandise qui s’achète et qui se vend ; et que les banquiers ne sont que des marchands d’argent. Il est essentiel de ne voir dans les choses que ce qu’il y a, si on veut en parler avec clarté et précision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que le change est un achat, on peut considérer, comme prix du change, la somme que je donne à Paris pour une somme qu’on doit me livrer à Lyon. Aussi lui donne-t-on le nom de prix du change.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le change se réglerait, comme je viens de l’expliquer, si on savait toujours exactement l’état des dettes réciproques entre deux villes ; mais cela n’est pas possible, surtout lorsque le change se fait entre deux villes qui, telles que Paris et Lyon, font un grand commerce l’une avec l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si on sait, par exemple, que Paris doit, on ignore la quantité, soit parce que cette quantité peut varier d’un jour à l’autre, soit parce que les négociants, qui s’assemblent dans la place du change, ne peuvent pas tous être informés sur-le-champ de ces variations, soit enfin parce que les uns sont intéressés à exagérer la dette, tandis que les autres sont intéressés à la diminuer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ceux-là l’exagèrent, qui, voulant vendre des lettres sur Lyon, voudraient porter le prix du change à quatre pour cent au-dessus du pair : ceux-là la diminuent, qui, voulant acheter des lettres sur Lyon, ne voudraient payer, au-dessus du pair, que deux pour cent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà donc une altercation : mais enfin on se rapprochera, et le prix du change sera réglé, pour ce jour-là et les suivants, jusqu’à la première assemblée, à trois pour cent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il y a donc trois manières de considérer le prix du change. Il est au pair, il est au-dessus, il est au-dessous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsqu’il est au pair, on donne somme égale pour somme égale, et on sera peut-être étonné d’entendre dire qu’une somme égale est le prix d’une somme égale ; que cent francs est le prix de cent francs. Il n’y a point de prix, dira-t-on, puisqu’on n’ajoute rien de part ni d’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais il faut se rappeler que le prix d’une chose est relatif au besoin de celui qui la reçoit en échange : c’est d’après ce besoin qu’il l’estime ; et, à proportion qu’il en a plus ou moins besoin, il lui donne un prix plus ou moins grand. Cela étant, cent francs que vous recevez à Paris sont pour vous le prix de cent francs que vous me faites toucher à Lyon ; parce que vous estimez vous. même que cet argent a pour vous, à Paris, où il vous est utile, une plus grande valeur qu’à Lyon, où vous n’en avez pas besoin. Si les sommes sont égales, les valeurs ne le sont pas ; et, comme nous l’avons remarqué, il ne faut pas confondre somme et valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Par la même raison, quand le change est au-dessous du pair, et que je vous donne, par exemple, quatre-vingt-seize livres à Paris pour en recevoir cent à Lyon, ces quatre-vingt-seize livres sont pour vous à Paris le prix de cent à Lyon. Elles en sont le prix, dis-je, tout autant que cent quatre, lorsque le change est au-dessus du pair.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On conçoit donc comment vous et moi, dans le change, nous donnons chacun une valeur moindre pour une plus grande, en quelque rapport d’ailleurs que soient les sommes entre elles. C’est que la valeur, pour me répéter encore, est uniquement fondée sur l’utilité que les choses ont relativement à ceux qui les échangent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais si, pour faire passer notre argent de Paris à Lyon, ou de Lyon à Paris, nous avions à traiter avec un homme, à qui il fût indifférent d’avoir son argent dans l’une ou l’autre de ces villes, il est évident qu’alors les valeurs seraient, par rapport à cet homme, comme les sommes : cent quatre livres seraient pour lui d’une plus grande valeur que cent, et cent d’une plus grande que quatre-vingt seize. Voilà précisément le cas où se trouvent les banquiers, et c’est pourquoi ils gagnent doublement à faire le change. Ils gagnent sur vous qui voulez faire passer de l’argent de Paris à Lyon, et sur moi qui en veux faire venir de Lyon à Paris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Soit donc que le change hausse au-dessus du pair, ou baisse au-dessous, il peut toujours y avoir du bénéfice pour le banquier, à qui il est indifférent que son argent soit dans une ville plutôt que dans une autre, Comme il ne se trouve pas dans les mêmes circonstances que les négociants, il n’a d’autre intérêt que d’acquérir une plus grande somme pour une moindre, et cette plus grande somme a toujours pour lui une plus grande valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, dira-t-on, si dans le change, un négociant donnait toujours lui-même une plus petite valeur pour une plus grande, il gagnerait toujours ; et cependant finirait par se ruiner s’il donnait toujours une plus grande somme pour une plus petite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cela est vrai : mais cette objection est un sophisme qui me ferait dire qu’un négociant donne toujours, dans le change, une plus grande somme pour une plus petite, et que cette plus grande somme est toujours une plus petite valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je dis donc qu’il donne une somme tantôt plus grande, tantôt plus petite, et que cette somme, quelle qu’elle soit, est toujours pour lui d’une moindre valeur, parce qu’il juge lui-même que celle qu’on lui rend en échange a plus d’utilité pour lui. C’est là une vérité dont tout le monde peut avoir fait l’expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Au reste, puisque le change, dans son cours, éprouve nécessairement des hausses et des baisses alternatives, il est évident que les marchands, tour-à-tour, donneront tantôt une plus grande somme pour une plus petite, tantôt une plus petite pour une plus grande ; et il se pourrait qu’après un certain temps le résultat fût, pour les uns et pour les autres, le même, ou à-peu-près, que s’ils avaient toujours fait le change au pair.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons remarqué qu’on ne peut pas savoir exactement l’état des dettes réciproques entre plusieurs villes. On voit seulement qu’elles doivent plus qu’il ne leur est dû, lorsque le change y est au-dessus du pair ; et que, lorsqu’il est au-dessous, on leur doit plus qu’elles ne doivent. Encore cette règle n’est-elle pas absolument sans exception : car, indépendamment de l’état des dettes, plusieurs circonstances peuvent faire varier le prix du change.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si lorsqu’à Lyon le change est au-dessous du pair, et qu’on ne paie que quatre-vingt dix-huit livres pour en recevoir cent à Paris, plusieurs personnes demandent en même temps sur Paris pour cinq à six cent mille francs de lettres de change, cette demande fera hausser le prix du change ; en sorte que, pour acheter cent francs qui sont à Paris, il en faudra payer à Lyon cent, au lieu de quatre-vingt-dix-huit, ou même cent deux, cent trois. Il arrive ici ce que nous avons remarqué dans les marchés, où les prix haussent et baissent, suivant la proportion où sont les choses mises en vente avec la demande qu’on en fait. Si, dans la place du change, on offre plus de lettres qu’on n’en demande, elles seront à un plus bas prix ; et elles seront à un plus haut si on en demande plus qu’on n’en offre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La jalousie des banquiers pourra seule quelquefois faire varier le prix du change.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose que, dans une ville, un banquier riche, qui a gagné la confiance, veuille faire la banque à lui seul ; il a un moyen sûr pour écarter tout concurrent. Il n’a qu’à baisser tout-à-coup le prix du change, et vendre ses lettres à perte, il sacrifiera, s’il le faut, quinze à vingt mille francs : mais il aura dégoûté ceux qui voulaient faire ce négoce avec lui ; et, quand il le fera seul, il saura bien recouvrer ce qu’il a perdu et au-delà. Si, dans cette ville, il y avait plusieurs banquiers accrédités, ils pourraient se concerter pour faire à frais communs ce que je fais faire à un seul. Il est certain qu’en général les négociants songent à diminuer, autant qu’il est possible, le nombre de leurs concurrents. Or les banquiers ont à cet égard d’autant plus de facilité, qu’ils ont persuadé que la banque est une chose fort difficile, parce qu’en effet leur jargon est fort difficile à entendre. Dans les places mêmes de commerce, le plus grand éloge qu’on croie pouvoir faire d’un marchand, c’est de dire, Il entend le change. On voit que l’ignorance livre les marchands à la discrétion des banquiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Plusieurs causes, telles que celles que je viens d’indiquer, peuvent faire varier le prix du change ; mais, comme elles sont accidentelles, il est inutile de nous y arrêter. Il suffit de se souvenir que, hors le cas où elles agissent, le change, suivant qu’il est au-dessus ou au-dessous du pair, fait juger si une ville doit ou s’il lui est dû.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le change hausse et baisse alternativement dans toutes les villes qui ont quelque commerce entre elles. Or ces hausses et ces baisses successives, sous lesquelles il se montre alternativement de ville en ville, est ce que je nomme cours du change ; et voici maintenant tout le mystère de ce genre de négoce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Un banquier observe le cours du change par lui même et par ses correspondants. Il sait donc non seulement qu’il hausse dans telle ville, et qu’il baisse dans telle autre ; il sait encore de combien il hausse au-dessus du pair, ou de combien il baisse au-dessous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’état actuel du change étant donné, il peut prévoir, d’après ce que son expérience lui apprend sur le flux et reflux du commerce, que là où le change est haut, il ne tardera pas de baisser ; et que là où il est bas il ne tardera pas de hausser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	J’ajoute même qu’il en pourra souvent juger avec certitude. Car, s’il est bien averti par ses correspondants, il saura quelles sont les villes qui doivent faire de grands envois de marchandises dans quelques mois. Il jugera donc d’avance que dans telle place où le change est haut actuellement, parce qu’elle doit, le change y sera bas quelques mois après, parce qu’elle aura acquis des créances. Que Lyon, par exemple, doive à Paris, le change y sera haut, et il faudra payer cent trois livres pour avoir sur Paris une lettre de cent. Mais, dans six mois, il sera bas si Lyon acquiert des créances sur Paris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or, dès qu’un banquier connaît d’avance les hausses et les baisses du change dans les principales villes de commerce, il lui sera facile de prendre de loin ses mesures pour les faire tourner à son avantage. Il saisira le moment ; et, faisant passer rapidement son argent ou son crédit de place en place, il gagnera, dans chacune en peu de temps, deux, trois, quatre pour cent ou davantage. Donnons un exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose deux banquiers qui ont du crédit, l’un établi à Paris, l’autre à Lyon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le banquier de Lyon, qui voit que le change y est à trois pour cent au-dessus du pair, parce que Lyon doit à Paris plus de cinq cent mille francs, sait qu’il se prépare un grand envoi de marchandises pour cette capitale, et que, dans trois mois, elle devra elle-même plus de cinq cent mille francs à Lyon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans cette circonstance, ce banquier saisira toutes les occasions de tirer sur son correspondant à Paris, et, pour avoir la préférence, il se contentera, s’il le faut, de gagner, sur chaque lettre de change, deux et demi pour cent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Trois mois après, lorsque Paris devra à Lyon, et que le change y sera haussé de trois pour cent au-dessus du pair, son correspondant fera la même manœuvre. Il se trouvera donc qu’en peu de mois, ils auront fait chacun un bénéfice de deux et demi ou de trois pour cent, en tirant des lettres de change l’un sur l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Remarquez que, pour avoir tiré ces lettres de change, ils ne se sont pas dessaisis de leurs fonds. Car, lorsque le banquier de Paris a payé cent mille francs, le banquier de Lyon les avait reçus, et à son tour, celui de Paris les avait reçus, lorsque celui de Lyon les a payés. Outre le bénéfice du change, ils ont donc encore le produit de ces cent mille francs qu’ils continuent de faire valoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est qu’une lettre de change s’achète argent comptant, et se paie à terme. Vous donnez cent mille francs aujourd’hui pour en toucher cent mille dans un mois Le banquier de Lyon jouit donc pendant un mois du produit des cent mille francs que vous lui avez comptés ; et celui de Paris jouit, pendant le même intervalle, du produit des cent mille qu’il ne vous paiera que dans un mois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Telles sont les grandes spéculations que nous admirons, parce que nous sommes portés à admirer, quand nous ne comprenons rien aux choses. Nous ressemblons tous à ce maître dont j’ai parlé, qui était tout étonné de l’esprit de son homme d’affaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les principes que nous avons donnés pour le change entre les différentes villes d’un royaume sont les mêmes pour le change de nation à nation. Mais on tient un autre langage, parce que les monnaies n’ont ni les mêmes valeurs, ni les mêmes dénominations. Un banquier vous dira : Le prix du change de Paris pour Londres est soixante sous pour vingt-neuf, trente-un, trente-deux deniers sterling ; et, à ce langage, vous ne pouvez point juger si le change est au pair, au-dessus ou au-dessous, parce que vous ne savez pas ce que vaut un denier sterling.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il vous dira encore que le prix du change de Paris pour Amsterdam est trois livres pour cinquante-quatre gros de Hollande, ou pour soixante. En un mot, il vous parlera toujours un langage que vous n’entendez pas. Vous l’entendriez s’il vous disait : La somme que vous voulez faire passer à Londres contient tant d’onces d’argent. Aujourd’hui le change est au pair. Voilà une lettre avec laquelle vous recevrez la même quantité d’onces à Londres en monnaie d’Angleterre, et on vous comptera tant de livres sterling. C’est ainsi qu’il évalue lui-même les monnaies des différents pays. Car il sait bien que de Paris à Londres ou à Amsterdam, comme de Paris à Lyon, le change est au pair lorsqu’on donne cent onces pour cent onces ; qu’il est au-dessus du pair quand on en donne davantage ; et qu’il est au-dessous quand on en donne moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je ne sais pas pourquoi les banquiers affectent un langage obscur ; mais il est certain que ce langage empêche de voir clair dans leurs opérations, et qu’il diminue le nombre de leurs concurrents, parce qu’il porte à croire que la banque est une science bien difficile. Dans l’impuissance où je suis de connaître tous les moyens qu’ils mettent en usage pour faire de grands bénéfices, Je ne parlerai que de ceux que j’apperçois dans la nature de la chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Qu’à Paris on me charge de faire passer à Amsterdam mille onces d’argent, lorsque le change est à six pour cent au-dessus du pair ; et supposons qu’alors il soit de quatre pour cent au-dessus du pair de Paris à Londres, et de deux pour cent au-dessous de Londres à Amsterdam. Dans une pareille circonstance, on voit qu’il y a un bien plus grand profit à tirer d’abord sur Londres, pour tirer ensuite de Londres sur Amsterdam, qu’à tirer directement de Paris sur Amsterdam. L’habileté d’un banquier consiste donc à prendre quelquefois une route indirecte plutôt qu’une route directe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On apporte chez moi mille onces d’argent que Paris doit à Londres, et on me paie quatre pour cent pour le transport. Mais, parce que j’ai du crédit en Angleterre, au lieu d’y faire passer cette somme, j’y envoie des lettres de change. Je gagne donc tout-à-la-fois, et les quatre pour cent qu’on m’a d’abord payés, et l’intérêt que mille onces d’argent rapportent en France. Tant que mon crédit pourra faire durer cette dette, je répéterai la même opération, et je pourrai faire valoir à mon profit deux, trois, quatre mille onces d’argent, ou davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’intérêt en Hollande est plus bas qu’en France, et les négociants de cette république ont souvent beaucoup plus d’argent qu’ils n’en peuvent employer dans le commerce. Si je suis accrédité parmi eux, on s’adressera surtout à moi pour avoir des lettres de change sur Amsterdam. J’en tirerai autant qu’on m’en demandera : l’argent que j’aurai reçu restera entre mes mains plus ou moins longtemps : j’en paierai l’intérêt en Hollande deux et demi ou trois pour cent, et j’en tirerai en France cinq à six. De la sorte je ferai continuellement valoir à mon profit des sommes qui ne seront pas à moi. Plus je m’enrichirai, plus je serai accrédité, et plus aussi je trouverai de bénéfice dans mon négoce. Je ferai la banque presqu’à moi seul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà une légère idée des profits qu’on peut faire dans le change. On voit que, si l’art de mettre en valeur les terres avait fait les mêmes progrès que l’art de mettre l’argent en valeur, nos laboureurs ne seraient pas aussi misérables qu’ils le sont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De la circulation de l&#039;argent|Chapitre 16 : De la circulation de l&#039;argent]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du prêt à intérêt|Chapitre 18 : Du prêt à intérêt]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : la jalousie des nations</title>
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		<updated>2014-01-31T12:24:55Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale|Chapitre 16 : Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations|Chapitre 18 : Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|17. ATTEINTES PORTÉES AU COMMERCE : JALOUSIE DES NATIONS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Afin de juger de ce qui doit arriver à plusieurs nations jalouses, qui tentent chacune de commercer exclusivement, je transporte dans l’Asie mineure, le peuple que nous avons observé. Je lui donne la Mysie, la Lydie, la Bytinie, d’autres provinces encore, et je fais un royaume dont Troie sera la capitale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais parce que je ne veux observer que les effets de la jalousie des nations, je suppose, afin d’écarter toute autre cause, que ce peuple n’a plus, dans ses mœurs, ni dans son gouvernement, aucun des vices que je lui ai reprochés. Ce sera actuellement une nation agricole. Elle cultive les arts relatifs à l’agriculture : elle commence à en cultiver d’autres : elle met plus de recherches dans les commodités de la vie. Mais ses mœurs sont simples encore, ainsi que son gouvernement. Elle ne connaît ni les péages, ni les douanes, ni les impôts ni les maîtrises, ni les communautés, ni aucune espèce de privilège, ni ce qu’on appelle police des grains. Chaque citoyen a la liberté de choisir, pour subsister, le genre de travail qui lui convient, et le gouvernement n’exige qu’une contribution qui est réglée sur les besoins de l’état, et que la nation paie volontairement. Tels sont ces nouveaux troyens. Mais il faut qu’on me permette encore d’autres suppositions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose donc que, dans les siècles où ils subsistaient, siècles antérieurs à toute tradition, l’Asie, l’Égypte, la Grece et l’Italie, ainsi que les îles répandues dans les mers qui séparent ces continents, étaient autant de pays civilisés, dont les peuples commençaient à avoir quelque commerce les uns avec les autres ; tandis que tout le reste de l’Europe était encore dans la barbarie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin, ma dernière supposition sera que les arts n’avaient fait encore nulle part autant de progrès que chez les troyens. Partout ailleurs ils paraissaient à leur naissance. Cependant le luxe, même à Troie, était encore ignoré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La population doit être grande dans tous les pays que je viens de supposer. Plusieurs causes y concourent : la simplicité des mœurs, une subsistance assurée dans un travail à son choix, et l’agriculture qui fait d’autant plus de progrès, qu’elle est plus considérée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant tous les pays que nous avons couverts de nations civilisées, ne sont pas également fertiles ; et tous, par conséquent, ne produisent pas de quoi faire subsister, dans un espace égal, une population égale. La Grèce, par exemple, n’est pas, à beaucoup près aussi fertile que l’Égypte; et beaucoup de côtes maritimes seraient peu habitées, si elles étaient réduites au seul produit de leur sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais là où l’agriculture ne peut pas nourrir une grande population, l’industrie y supplée, et le commerce y fait vivre un peuple nombreux, avec le surabondant des nations agricoles. Ce peuple, à qui le sol semble refuser le nécessaire, devient le commissionnaire des autres. Il trafique avec le surabondant de tous : il en rapporte chez lui de quoi subsister, et parce qu’il s’est fait une habitude de l’économie avec laquelle il a été forcé de commencer, il finit par s’enrichir. Voilà ce qui doit arriver à des nations qui habitent des terres ingrates le long des côtes maritimes. Marchandes par leur position, elles ont les premières fait le commerce de commission ou le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors tous les ports étaient ouverts aux trafiquants. Tous les peuples donnent à l’exportation et à l’importation une liberté entière. Le surabondant se versait continuellement des uns chez les autres. Par une concurrence de tous les marchands possibles, chaque chose était à son vrai prix ; et l’abondance qui se répandait chez toutes les nations, semblait tendre, par un espèce de flux et de reflux, à se mettre partout au même niveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce commerce était surtout avantageux pour les troyens. Les progrès qu’ils avaient faits dans les arts, attiraient chez eux les marchands de toutes les nations. Ils mettaient en œuvre et les matières premières de leur sol, et celles qu’ils tiraient de l’étranger ; et leurs manufactures, tous les jours plus florissantes, faisaient subsister une multitude d’artisans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Heureux dans cette position, les peuples ne surent pas s’y maintenir. Pourquoi, disait-on, envoyer chez les troyens des matières premières que nous pouvons mettre en œuvre nous-mêmes ? Est-il raisonnable de porter chez l’étranger notre argent et nos productions, pour y faire subsister des artisans, qui, en consommant chez nous, augmenteraient notre population et nos richesses ? Tous les peuples songeaient donc aux moyens d’établir chacun chez eux les mêmes manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les nations marchandes excitaient surtout la jalousie. Ces nations, pauvres par leur sol, s’enrichissaient, se peuplaient, et semblaient devoir à l’aveuglement des autres, leurs richesses et leur population. Pourquoi leur laisser faire, presque à elles seules, tout le trafic, disaient les peuples jaloux ? Souffrirons-nous encore long-temps qu’elles fassent sur nous des profits que nous pourrions faire nous-mêmes ? C’est nous qui les faisons subsister ; c’est nous qui les enrichissons. Fermons-leur nos ports, elles tomberont dans la misère, et bientôt elles ne seront plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces réflexions ne sont pas aussi solides qu’elles le paraissent. L’auteur de la nature, aux yeux duquel tous les peuples, malgré les préjugés qui les divisent, sont comme une seule république, ou plutôt comme une seule famille, a établi des besoins entre eux. Ces besoins sont une suite de la différence des climats, qui fait qu’un peuple manque des choses dont un autre surabonde, et qui leur donne à chacun différents genres d’industrie. Malheur au peuple qui voudrait se passer de tous les autres. Il serait aussi absurde qu’un citoyen qui, dans la société regrettant les bénéfices qu’on fait sur lui, voudrait pourvoir par lui seul à tous ses besoins. Si un peuple se passait des nations marchandes, s’il les anéantissait, il en serait moins riche lui-même, puisqu’il diminuerait le nombre des consommateurs auxquels il vend ses productions surabondantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’ailleurs les négociants n’appartiennent proprement à aucun pays. Ils forment une nation qui est répandue partout ; et qui a ses intérêts à part. Un peuple est donc dans l’erreur, s’il croit travailler pour lui, lorsqu’il sacrifie tout à ses négociants. En excluant ceux des autres nations, il vend ses marchandises à plus bas prix, et il achète à plus haut les marchandises étrangères : ses manufactures tombent, son agriculture se dégrade, et il fait tous les jours de nouvelles pertes. Il n’y a que la concurrence de tous les négociants qui puisse faire fleurir le commerce à l’avantage de chaque peuple. Faire et laisser faire, voilà donc quel devait être l’objet de toutes les nations. Un commerce toujours ouvert et toujours libre, pouvait seul contribuer au bonheur de toutes ensemble, et de chacune en particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais ce n’est pas ainsi qu’on raisonnait. Un état, disait-on n’est riche et puissant, qu’à proportion de l’argent qui circule ; et l’argent ne circule en plus grande quantité, qu’autant qu’on fait un plus grand commerce. Toute nation qui entendra ses vrais intérêts, doit donc songer aux moyens d’être la seule nation commerçante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce raisonnement parut évident, et on se conduisit en conséquence. Voilà donc les peuples qui vont travailler à s’appauvrir les uns les autres : car en voulant s’enlever mutuellement le commerce, chacun d’eux en commercera moins. Observons les effets de cette politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les troyens qui avaient des ports sur la mer Égée, sur la Propontide et sur le Pont-Euxin, étaient maîtres encore de toutes les îles adjacentes à leur continent. Dans cette position, où ils pouvaient faire un grand commerce concurremment avec les autres peuples, ils voulurent le faire exclusivement. Ils établirent donc des douanes partout : ils mirent à contribution les marchands étrangers qui exportaient ou qui importaient ; enfin ils leur fermèrent tout-à-fait les ports.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple applaudit à la sagesse du gouvernement. Il croyait qu’il allait faire à lui seul tout le trafic ; et il n’en fit pas plus qu’auparavant ; parce qu’il ne pouvait pas abandonner ses manufactures et ses champs pour monter sur des vaisseaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce diminua considérablement, lorsqu’il ne se fit plus par l’entremise des nations marchandes. Cette révolution entraîna la chûte de plusieurs manufactures ; et l’agriculture se dégrada, parce qu’il y eut moins de productions, quand l’impuissance d’exporter eut rendu inutile tout surabondant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant le gouvernement ne se doutait pas de la faute qu’il avait faite. Il croyait au contraire que le commerce apportait dans l’état plus de richesses que jamais: il en jugeait ainsi à la fortune de quelques négociants troyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ces négociants s’enrichissaient aux dépens de l’état n’ayant plus de concurrents, lorsqu’ils vendaient et lorsqu’ils achetaient, ils mettaient seuls le prix aux choses. Ils retranchaient tous les jours sur le salaire de l’artisan et du laboureur, et ils vendaient cher tout ce qu’ils apportaient de l’étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Jaloux les uns des autres, les peuples ne devaient pas se borner à se fermer leurs ports, et à s’interdire mutuellement le commerce, dans l’espérance de le faire chacun exclusivement. On devait encore armer, et on arma. Dans des guerres funestes à tous, on s’applaudissait alternativement des coups qu’on croyait se porter, et qu’on ne portait que sur le commerce pour le ruiner partout également. De grandes armées sur terre, de grandes flottes sur mer mettaient dans la nécessité d’arracher de force à la charrue et aux manufactures une partie des citoyens, et de charger d’impôts l’autre partie. Ces violences se renouvelaient à chaque guerre, toujours avec de nouveaux abus, parce que la paix qui ne se faisait que par épuisement, ne durait jamais assez pour permettre aux puissances belligérantes de réparer leurs pertes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce, tombé pendant la guerre, se relevait difficilement à la paix. On n’osait pas s’engager dans des entreprises qui exigeaient de grandes avances, et dont toutes les espérances pouvaient s’évanouir aux premières hostilités. Le gouvernement néanmoins invitait le peuple et même la noblesse à faire le trafic. Il offrait sa protection aux négociants, et il ne paraissait occupé qu’à faire fleurir le commerce, qu’il avait ruiné, et qu’il devait ruiner encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand on a la puissance, on croit tout possible. On ne sait point se méfier de ses lumières, et parce qu’on a commandé, on n’imagine pas devoir trouver des obstacles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi, dans l’administration publique, une faute, qui a été faite, se fait encore, et se fait long-temps. Elle devient maxime d’état, et les préjugés gouvernent. Les troyens s’obstinaient à fermer leurs ports aux nations marchandes, ils s’obstinaient à leur faire la guerre, et cependant ils cherchaient quelle pouvait être la cause de la décadence de leur commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On crut l’avoir trouvée, lorsqu’ayant considéré que les entreprises demandaient des avances d’autant plus grandes, qu’elles exposaient à plus de risques, on s’imagina que le commerce ne pouvait plus se faire que par des compagnies qui réuniraient les fonds de plusieurs riches négociants. Il n’y avait donc qu’à permettre d’en former autant qu’on le jugerait à propos. Mais il s’en présentait une. Elle faisait voir de grands avantages pour l’état dans l’espèce de trafic qu’elle projetait. Elle exagérait les avances qu’elle aurait à faire. Elle représentait qu’après les avoir faites, il ne serait pas juste qu’elle fût privée du bénéfice dû à son industrie ; et elle demandait un privilège exclusif. Il lui fut accordé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce privilège était une atteinte portée à la liberté, puisqu’il donnait, à une seule compagnie, un droit qui appartenait à tous les citoyens. Les négociants réclamèrent, mais inutilement. La nouvelle compagnie donna de l’argent, et le privilège fut confirmé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que le gouvernement connut que ces privilèges pouvaient se vendre, il en vendit encore. Cet abus, passé en usage, devint règle ; et bientôt on regarda les privilèges exclusifs, comme une protection accordée au commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant vendre des privilèges exclusifs à des artisans et à des marchands, c’était exiler ceux à qui on n’en vendait pas. Plusieurs sortirent du royaume, et emportèrent les manufactures avec eux. Il est vrai que le gouvernement leur défendit, sous de grièves peines, de sortir de l’état. Mais quand ils étaient passés chez l’étranger, on ne pouvait plus les punir, et cependant on ne pouvait pas les empêcher d’y passer. Cette défense les fit déserter en plus grand nombre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque les manufactures jouissent, dans un royaume, d’une liberté entière, elles se multiplient à proportion du besoin. Il n’en est pas de même, lorsqu’elles appartiennent à une compagnie exclusive. Comme l’intérêt de cette compagnie est bien moins de vendre beaucoup, que de vendre cher, elle songe à faire le plus grand bénéfice avec le plus petit trafic. D’ailleurs elle trouve un avantage à diminuer le nombre des manufactures, c’est que les ouvriers, restant en plus grande quantité qu’elle n’en peut employer, sont réduits, s’ils ne veulent pas mendier, à travailler presque pour rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Non-seulement la main d’œuvre coûtait peu aux compagnies exclusives. Elles voulurent faire encore un nouveau bénéfice sur les matières premières. Elles représentèrent au gouvernement combien l’exportation qu’on en faisait chez l’étranger était contraire aux intérêts du commerce, et il fut défendu de les exporter. Elles les achetèrent donc au plus bas prix, et en conséquence la culture en fut tous les jours plus négligée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pendant que les douanes, les impôts, les privilèges exclusifs vexaient le commerce et l’agriculture, le luxe croissait avec la misère : l’état qui ne subsistait plus que par des ressources, contractait continuellement de nouvelles dettes ; et la finance s’élevait au milieu des débris de la fortune publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà l’état où se trouvait la monarchie des troyens. Tel était à-peu-près celui de toutes les monarchies, qui avaient armé pour s’enlever mutuellement quelques branches de commerce. Aux moyens qu’elles employaient, on n’aurait pas deviné qu’elles voulaient s’enrichir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque le gouvernement fait continuellement des emprunts, l’intérêt de l’argent est nécessairement fort haut : il l’est surtout dans un temps où le luxe, qui ne met point de bornes aux besoins, fait une nécessité aux plus riches d’emprunter. Si ce sont les citoyens qui prêtent à l’état, les fonds sortent du commerce, pour faire subsister sans travail une multitude de rentiers, gens inutiles, dont le nombre croît continuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si ce sont des étrangers, les fonds sortent non-seulement du commerce, ils sortent encore de l’état qui se ruine insensiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors les négociants qui trouvent difficilement à emprunter, ou qui ne trouvent qu’à gros intérêts, sont dans l’impuissance de former de grandes entreprises. Comment en formeraient-ils ? Leurs affaires sont presque toujours mêlées avec celle du gouvernement, auquel les compagnies exclusives ont prêté leur crédit ; et par conséquent la méfiance, qu’on a du gouvernement, bannit du commerce toute confiance. Il est donc bien difficile que le commerce fleurisse dans de pareilles monarchies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On ne voyait pas de pareils inconvénients chez les républiques marchandes. Au contraire, il y régnait une grande confiance, parce que les négociants y jouissaient d’une liberté entière, et que le gouvernement, sans luxe et sans dettes, assuraient leurs fortunes. Ils avaient, dans le commerce, un grand avantage sur les négociants des monarchies, parce qu’ils pouvaient emprunter à bas intérêt, et qu’ayant de l’économie, ils songeaient moins à faire tout-à-coup de gros profits, qu’à en faire fréquemment de petits. Tous les fonds restaient donc dans le commerce, et le faisaient fleurir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, de tous les peuples, les plus sages ou les plus heureux, c’étaient les républiques agricoles. Peu jalouses de faire le trafic par elles-mêmes, elles n’avaient pas imaginé de fermer leurs ports aux marchands étrangers, qui venaient enlever le surabondant de leurs productions, et elles subsistaient dans l’abondance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les choses se trouvaient dans cet état, lorsque de nouvelles branches de commerce causèrent une grande révolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les phéniciens, peuple marchand et républicain, découvrirent, à l’occident de l’Europe, un pays peuplé par une multitude de cités, qui leur parurent d’autant plus barbares, qu’ayant beaucoup d’or et beaucoup d’argent, elles n’y attachaient aucune valeur. Cette découverte qui leur fournit les moyens de faire un plus grand trafic, leur donna bientôt la prépondérance sur toutes les nations marchandes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans la monarchie troyenne, où les compagnies exclusives s’étaient saisies de tout le commerce connu, on avait encore plus besoin de faire des découvertes. C’était l’unique ressource des marchands qui n’avaient point acheté de privilèges. Réduits donc à chercher quelque nouvelle branche de commerce dans des contrées inconnues, ils pénétrèrent dans la mer Caspienne ; et de-là par l’Oxus, ils remontèrent dans l’Inde, pays vaste, fertile, où les arts étaient cultivés, et où la main-d’œuvre était à un prix d’autant plus bas, qu’une grande population y subsistait dans l’abondance avec peu de besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette découverte introduisit, dans la monarchie, un nouveau genre de luxe. On admira la beauté des toiles qui se fabriquaient dans l’Inde, et la nouveauté leur donnant une valeur qui croissait en quelque sorte en raison de l’éloignement, les marchands, qui ouvrirent les premiers ce commerce, gagnerent depuis cent cinquante, jusqu’à deux cents pour cent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce trafic parut donc très-lucratif : en effet, il l’était pour les marchands. Il l’aurait été pour l’état même, si on avait gagné cent cinquante pour cent sur les marchandises qu’on portait dans l’Inde ; parce que, dans cette supposition, il aurait fait fleurir les manufactures du royaume. Mais les indiens n’avaient pas besoin des choses qui se manufacturaient dans l’occident ; et l’or et l’argent étaient presque les seules marchandises qu’on pouvait leur donner en échange des leurs. C’est donc au retour que les marchands faisaient un bénéfice de cent cinquante pour cent ; et par conséquent ils le faisaient sur l’état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On n’était pas dans l’usage de faire de pareilles distinctions. Les marchands s’enrichissaient en faisant un commerce onéreux pour l’état, et on disait, l’état s’enrichit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que ce commerce paraissait se faire avec tant d’avantages par quelques marchands particuliers, il ne fut pas difficile de prouver au gouvernement qu’il se ferait avec plus d’avantages encore par une compagnie exclusive. On lui prouva même que les particuliers qui le faisaient, ne le pouvaient pas faire, et quoiqu’on l’eût convaincu de leur impuissance, et que par conséquent il fût inutile de le leur défendre, il le leur défendit, et il accorda un privilège exclusif pour quinze ans, à une compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà donc plusieurs négociants exclus d’un commerce qu’ils avaient découverts à leurs risques et fortunes, et cependant la compagnie ne le fit pas. Les compagnies sont lentes dans leurs opérations : elles perdent bien du temps à délibérer et elles font bien des dépenses avant de commencer. Celle-ci ne commença point : elle empêcha seulement que le commerce ne se fît par d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On créa une seconde compagnie, une troisième, plusieurs successivement ; et le gouvernement qui se faisait une habitude d’en créer, croyait toujours qu’il lui était avantageux d’en créer encore. Il en fut si persuadé, qu’il en créa enfin une à laquelle il donna les plus grands secours, jusqu’à lui avancer les fonds dont elle avait besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Celle-ci, malgré quelques succès qu’elle eut par intervalles, eut bientôt consommé la plus grande partie de ses fonds. Elle voyait le moment où elle allait perdre son crédit ; et parce qu’il lui importait de cacher ses pertes, elle imagina de faire aux actionnaires des répartitions, comme si le commerce eût produit un bénéfice. Mais cet expédient frauduleux qui répara pour un moment son crédit, fit un plus grand vide dans ses coffres. Bientôt elle fut réduite à emprunter à gros intérêts, et elle ne se maintint plus que par le secours qu’elle reçut du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais pourquoi le même commerce est-il tout à la fois lucratif et ruineux ? Il est lucratif, lorsque des particuliers le font, parce qu’alors il se fait avec économie. Il suffit à des négociants d’être en correspondance avec les négociants des pays où ils trafiquent. Tout au plus ils auront des facteurs partout où ils auront besoin d’avoir des entrepôts ; et ils évitent toutes les dépenses inutiles, parce qu’ils voient tout par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’en est pas de même des compagnies. Il leur faut, dans la capitale, des administrateurs, des directeurs, des commis, des employés : il leur faut d’autres administrateurs, d’autres directeurs, d’autres commis, d’autres employés partout où elles forment des établissements. Il leur faut encore, outre les comptoirs et les magasins, des édifices élevés à la vanité des chefs qu’elles emploient. Forcées à tant de dépenses, combien ne perdent-elles pas en malversations, en négligences, en incapacité ? Elles payent toutes les fautes de ceux qu’elles gagnent pour les servir ; et il s’en fait d’autant plus, que les administrateurs qui se succèdent au gré de la brigue, et qui voient chacun différemment ne permettent jamais de se faire un plan sage et suivi. Elles forment des entreprises mal combinées : elles les exécutent comme au hasard ; et dans une administration qui semble se compliquer d’elle-même, elles emploient des hommes intéressés à la compliquer encore. La régie de ces compagnies est donc vicieuse nécessairement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais la compagnie de l’Inde avait d’autres vices que ceux de sa constitution. Elle voulut être militaire et conquérante. Elle se mêla dans les querelles des princes de l’Inde : elle eut des soldats, des forts : elle acquit des possessions ; et ses employés se crurent des souverains. Il est donc aisé de comprendre, comment sa régie absorbait au-delà des produits du commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant cette compagnie s’obstinait à vouloir conserver son privilège ; et elle se fondait sur ce que ce commerce, selon elle, était impossible aux négociants particuliers. Mais elle parlait d’après les intérêts de ses employés qui seuls s’enrichissaient. En effet son expérience prouvait qu’elle ne pouvait plus elle-même faire ce commerce. Quel risque y avait-il donc à le rendre libre ? Le pis aller est que tout le monde y eût renoncé. Mais on l’aurait fait, puisqu’on le faisait avant elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce de l’Inde excita l’avidité des nations marchandes. La mer Rouge l’ouvrait aux phéniciens. Ils ne tardèrent pas à le faire, et ils portèrent dans l’Inde l’or et l’argent qu’ils tiraient de l’occident de l’Europe. Mais il semblait que les compagnies exclusives dussent s’établir partout. Il s’en forma une à laquelle les phéniciens abandonnèrent ce commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette compagnie eut dans leur république, comme dans une monarchie, les vices inhérents à sa constitution. Elle se soutint cependant mieux que celle des troyens, parce qu’elle se trouva dans des circonstances plus favorables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les phéniciens avaient conquis plusieurs îles, les seules où croissaient les épiceries ; et ils avaient cru se réserver la vente exclusive de ces productions, en donnant ces îles à une compagnie, intéressée à les fermer à tout négociant étranger. Ce sont ces productions qui soutenaient leur compagnie. Elle se serait ruinée, comme toutes les autres, si, sans des possessions qui étaient uniques, elle eût été bornée à faire le commerce de l’Inde. Les phéniciens éclairés ne l’ignoraient pas. Ils ne comptaient point sur la durée d’une compagnie qui était tout à la fois militaire et marchande ; et ils jugeaient avec raison qu’il eût été plus avantageux à leur république de laisser une entière liberté au commerce, et de partager même celui des épiceries avec les nations étrangères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant l’exemple d’une compagnie exclusive chez les phéniciens était à Troie un grand argument pour protéger la compagnie de l’Inde. Comment, disait-on, cette compagnie serait-elle contraire à la liberté et au commerce, puisqu’il s’en établit de semblables chez les peuples libres et commerçants ? Mais si ceux qui faisaient cette objection prévoyaient la réponse, ils étaient de mauvaise foi ; et s’ils ne la prévoyaient pas, ils étaient bien ignorants. De pareils raisonnements néanmoins aveuglaient le gouvernement, au point qu’il ne se lassait pas de faire continuellement de nouveaux efforts pour soutenir cette compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il était difficile que les égyptiens, situés si avantageusement pour trafiquer du couchant à l’orient, vissent sans jalousie les richesses que le commerce apportait aux phéniciens. Ils tentèrent donc de les partager, et ils s’ouvrirent les mêmes routes. Insensiblement les autres peuples de l’Asie, à l’exemple les uns des autres, s’adonnèrent au trafic, et tous arrivèrent dans l’Inde par divers chemins. Les derniers comptaient sur les mêmes bénéfices que les premiers avaient faits. Ils ne prévoyaient pas que la concurrence de tant de nations marchandes ferait tout renchérir dans les marchés de l’Inde ; et que les choses qu’on y achèterait à un plus haut prix, se revendraient à un plus bas, parce qu’elles deviendraient plus communes. Au contraire, au grand mouvement qui se faisait dans le commerce, on se confirmait tous les jours dans la maxime qu’un état n’est puissant qu’autant qu’il est riche, et qu’il n’est riche qu’autant qu’il fait le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce n’est pas que je blâme le trafic. Je pense qu’il faut laisser faire à un peuple tout ce à quoi il se croit propre. Le gouvernement n’a rien à prescrire à cet égard. Il ne doit point encourager exclusivement le trafic, pas même l’agriculture. Toute sa protection se borne à observer ce qui se fait, à laisser faire, à lever les obstacles et à maintenir l’ordre. Que les campagnes ne soient point foulées, elles se peupleront avec une surabondance qui refluera dans les villes pour les remplir d’artisans, et dans les ports pour les remplir de matelots. Alors tout sera mis en valeur par une industrie qui se portera à tout, et la nation sera véritablement puissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais faut-il, pour ne pas fouler les campagnes, ôter tous les impôts ? Non sans doute. Car ce sont les terres qui doivent payer les charges, puisqu’elles seules peuvent payer. Les artisans et les marchands, comme nous l’avons remarqué, quelque taxe qu’on mette sur eux, ne payent jamais, parce que s’ils travaillent, ils se font rembourser, et s’ils ne travaillent pas, ils mendient. En un mot, de quelque manière qu’on s’y prenne pour les faire contribuer, ce sont toujours les propriétaires qui payent pour les salariés, puisque ce sont les propriétaires qui payent les salaires : nous l’avons déjà dit. Il faut donc mettre des impôts sur les terres : il faut accorder à l’industrie toute liberté, et il ne faut laisser naître aucun des abus que nous avons observés dans les gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tous ces abus s’étaient introduits plus ou moins parmi les nations de l’Asie ; et lorsqu’elles ôtaient toute liberté au commerce, et que par contre coup elles ruinaient l’agriculture, elles voulaient être commerçantes, et chacune voulait l’être exclusivement. De-là des guerres fréquentes dans l’Inde, dans l’Asie, et des révolutions continuelles dans le commerce. Il tombait successivement partout, et il ne se relevait que faiblement chez les nations qui avaient eu plus de succès. Toutes contractaient des dettes, toutes multipliaient les impôts ; et pour soutenir le commerce, elles paraissaient à l’envie ruiner l’agriculture, sans laquelle cependant il n’y a point de commerce. Le désordre était partout le même, ou à peu près.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On sentit enfin que les terres sont le plus grand fonds de richesses ; et pour encourager l’agriculture, on proposa chez les troyens, de permettre tout à la fois l’exportation et l’importation des bleds. Notre sol, disait-on, naturellement fécond, sera pour nous, s’il est bien cultivé, une mine inépuisable. La concurrence des nations mettra le bled à son vrai prix. Les cultivateurs assurés de la vente de leurs grains, défricheront toutes les terres ; et à chaque année, nous aurons un plus grand fonds de commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En Égypte, l’exportation seule était permise : souvent même le gouvernement l’encourageait par des récompenses. Riches par leur sol, les égyptiens l’étaient encore par leur commerce, et dominaient alors sur les mers. D’après cet exemple ; beaucoup de personnes, chez les troyens voulaient qu’on permît au moins l’exportation : d’autres s’y opposaient ; et le public qui ne savait qu’en penser, était dans la crainte, soit qu’on la permît ; soit qu’on la défendît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parmi les raisonnements qu’on faisait sur cette question, les meilleurs ne convainquaient pas, et les mauvais avaient l’avantage du nombre. Le gouvernement qui, comme le public, ne savait que penser, obéissait au cri qui paraissait le plus fort, permettant et défendant, tour-à-tour l’exportation ; et parce que faute de principes il se conduisait avec timidité, il n’accordait ordinairement qu’une liberté qu’il limitait, et qu’il rendait par-là sujette aux plus grands abus. En un mot, on eût dit, à sa conduite, qu’il voulait causer la disette pour favoriser les monopoleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sur ces entrefaites, on apprit que les égyptiens venaient de défendre l’exportation ; et cette nouvelle parut faire triompher ceux qui la blâmaient à Troie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons prouvé qu’il est de l’intérêt de toutes les nations de donner la liberté d’exporter et d’importer : nous remarquerons ici que cette liberté doit procurer de plus grands avantages, ou du moins les procurer plus promptement, lorsqu’elle concourt avec toutes les causes qui peuvent contribuer aux progrès de l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quoiqu’il y eût des abus en Égypte, de vieux usages faisaient encore respecter l’agriculture. On avait pour maxime que les impôts ne devaient être mis que sur le produit net des terres, et on évaluait ce produit de la manière la plus favorable aux cultivateurs. Un fermier savait ce qu’il devait payer. Assuré qu’on ne lui demanderait jamais au-delà, il vivait dans l’aisance. On lui laissait toutes les avances nécessaires pour cultiver ses champs et pour les améliorer ; et jamais l’impôt, sous quelque prétexte que ce fût, ne pouvait être pris sur ces avances. Il avait même pour s’enrichir, un moyen qui contribuait aux progrès de l’agriculture. C’est que les baux se passaient pour vingt, vingt-cinq ou trente ans. Les fermiers riches pouvaient donc pendant les quatre ou cinq premières années d’un bail, mettre tous leurs profits en plantations, en défrichements, en augmentations de bestiaux. Ils pouvaient même encore employer à cet effet une partie de leur bien, et ils le faisaient communément, parce qu’ils étaient assurés de retirer, avec bénéfice, pendant quinze à vingt ans, les avances qu’ils avaient faites. En un mot, par la longueur de leurs baux, ils cultivaient une ferme avec le même intérêt, que si elle eût été à eux ; et les propriétaires y trouvaient eux-mêmes un grand avantage, parce qu’à chaque renouvellement de bail, ils augmentaient considérablement leurs revenus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà les causes qui concouraient en Égypte avec la liberté d’exporter, et on conçoit qu’il en devait résulter de grands avantages.&lt;br /&gt;
	A Troie, depuis longtemps, un grand nombre d’abus contribuaient à la dégradation de l’agriculture. Les baux étaient de neuf ans : la loi ne permettait pas d’en faire des plus longs ; et quand elle l’aurait permis, l’agriculture en eût retiré peu d’avantages. Que pouvait-on attendre des fermiers? Ils ne gagnaient en général que de quoi subsister misérablement. Peu assurés de leurs avances, ils étaient souvent réduits pour payer les impositions, à vendre leurs bestiaux, ou même jusqu’à leurs charrues. Pauvres, ils affectaient de le paraître encore plus ; parce que les taxes, qui étaient personnelles et arbitraires, croissaient aussi-tôt qu’un laboureur laissait apercevoir de l’aisance. Dans cet état des choses, les champs tombaient en friche : on ne cultivait, qu’autant qu’on y était forcé par la nécessité ; et la plupart des fermes n’étaient point en valeur. On juge d’après cet exposé, que dans la monarchie troyenne, il fallait du temps pour se procurer tous les avantages qu’on doit attendre de la liberté du commerce des grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On demandera sans doute, pourquoi les égyptiens, après avoir encouragé l’exportation, l’avait défendue : c’est qu’ils n’avaient pas permis l’importation. Il y eut une cherté à la suite d’une mauvaise récolte, et les étrangers n’apportèrent point de bleds, ou n’en apportèrent pas assez. Dans cette conjoncture, le gouvernement crut devoir prendre la précaution inutile de défendre l’exportation qui ne se faisait pas, et qui ne pouvait pas se faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les troyens devaient donner au commerce des grains une liberté entière, et ils devaient encore faire concourir toutes les causes qui peuvent contribuer aux progrès de l’agriculture. Mais quand un état tombe en décadence, on ne songe ni à l’agriculture, ni aux causes qui la dégradent, ni aux moyens de la réparer. On a pour unique maxime, qu’il faut faire de l’argent ; et quand on en a fait, on croit avoir plus de puissance, parce qu’on peut lever de plus grandes armées. Mais en supposant que les grandes armées font la puissance, il faudra savoir comment le monarque a de l’argent, pour juger si sa puissance est bien assurée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sont-ce les cultivateurs qui le donnent ; et après l’avoir donné, vivent-ils dans l’aisance ? Je conçois que le souverain est riche ; et s’il sait faire un emploi de ses richesses, il sera puissant. Mais n’a-t-il de l’argent, que parce qu’il en emprunte ? Il n’en a donc pas. Il n’a que des dettes. Pour les payer, il ruinera son peuple ; et avant de les avoir payées, il en aura déjà contracté de nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà cependant où en étaient les principales puissances de l’Asie. Partout on parlait de faire entrer l’argent dans l’état : on parlait d’empêcher qu’il ne sortît : on ne parlait, en un mot, que de la nécessité d’en avoir ; et les gouvernements qui ne se conduisaient que par des principes de finance, ne pouvaient pas songer aux moyens de faire fleurir l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Avec cette politique financière, les monarques se croyaient puissants, ou se flattaient de le devenir. Mais les siècles reculés où je les fais vivre, doivent leur faire pardonner cette erreur. Ils ne prévoyaient pas avec quelle facilité les empires les plus riches, surtout ceux de l’Asie, seraient renversés ; et ils pouvaient croire qu’il y aurait quelque jour des conquérants financiers. Ils se sont trompés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
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		<updated>2014-01-31T12:18:26Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
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&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Afin de juger de ce qui doit arriver à plusieurs nations jalouses, qui tentent chacune de commercer exclusivement, je transporte dans l’Asie mineure, le peuple que nous avons observé. Je lui donne la Mysie, la Lydie, la Bytinie, d’autres provinces encore, et je fais un royaume dont Troie sera la capitale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais parce que je ne veux observer que les effets de la jalousie des nations, je suppose, afin d’écarter toute autre cause, que ce peuple n’a plus, dans ses mœurs, ni dans son gouvernement, aucun des vices que je lui ai reprochés. Ce sera actuellement une nation agricole. Elle cultive les arts relatifs à l’agriculture : elle commence à en cultiver d’autres : elle met plus de recherches dans les commodités de la vie. Mais ses mœurs sont simples encore, ainsi que son gouvernement. Elle ne connaît ni les péages, ni les douanes, ni les impôts ni les maîtrises, ni les communautés, ni aucune espèce de privilège, ni ce qu’on appelle police des grains. Chaque citoyen a la liberté de choisir, pour subsister, le genre de travail qui lui convient, et le gouvernement n’exige qu’une contribution qui est réglée sur les besoins de l’état, et que la nation paie volontairement. Tels sont ces nouveaux troyens. Mais il faut qu’on me permette encore d’autres suppositions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suppose donc que, dans les siècles où ils subsistaient, siècles antérieurs à toute tradition, l’Asie, l’Égypte, la Grece et l’Italie, ainsi que les isles répandues dans les mers qui séparent ces continents, étaient autant de pays civilisés, dont les peuples commençaient à avoir quelque commerce les uns avec les autres ; tandis que tout le reste de l’Europe était encore dans la barbarie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin, ma dernière supposition sera que les arts n’avaient fait encore nulle part autant de progrès que chez les troyens. Partout ailleurs ils paraissaient à leur naissance. Cependant le luxe, même à Troie, était encore ignoré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La population doit être grande dans tous les pays que je viens de supposer. Plusieurs causes y concourent : la simplicité des mœurs, une subsistance assurée dans un travail à son choix, et l’agriculture qui fait d’autant plus de progrès, qu’elle est plus considérée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant tous les pays que nous avons couverts de nations civilisées, ne sont pas également fertiles ; et tous, par conséquent, ne produisent pas de quoi faire subsister, dans un espace égal, une population égale. La Grèce, par exemple, n’est pas, à beaucoup près aussi fertile que l’Égypte; et beaucoup de côtes maritimes seraient peu habitées, si elles étaient réduites au seul produit de leur sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais là où l’agriculture ne peut pas nourrir une grande population, l’industrie y supplée, et le commerce y fait vivre un peuple nombreux, avec le surabondant des nations agricoles. Ce peuple, à qui le sol semble refuser le nécessaire, devient le commissionnaire des autres. Il trafique avec le surabondant de tous : il en rapporte chez lui de quoi subsister, et parce qu’il s’est fait une habitude de l’économie avec laquelle il a été forcé de commencer, il finit par s’enrichir. Voilà ce qui doit arriver à des nations qui habitent des terres ingrates le long des côtes maritimes. Marchandes par leur position, elles ont les premières fait le commerce de commission ou le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors tous les ports étaient ouverts aux trafiquants. Tous les peuples donnent à l’exportation et à l’importation une liberté entière. Le surabondant se versait continuellement des uns chez les autres. Par une concurrence de tous les marchands possibles, chaque chose était à son vrai prix ; et l’abondance qui se répandait chez toutes les nations, semblait tendre, par un espèce de flux et de reflux, à se mettre partout au même niveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce commerce était surtout avantageux pour les troyens. Les progrès qu’ils avaient faits dans les arts, attiraient chez eux les marchands de toutes les nations. Ils mettaient en œuvre et les matières premières de leur sol, et celles qu’ils tiraient de l’étranger ; et leurs manufactures, tous les jours plus florissantes, faisaient subsister une multitude d’artisans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Heureux dans cette position, les peuples ne surent pas s’y maintenir. Pourquoi, disait-on, envoyer chez les troyens des matières premières que nous pouvons mettre en œuvre nous-mêmes ? Est-il raisonnable de porter chez l’étranger notre argent et nos productions, pour y faire subsister des artisans, qui, en consommant chez nous, augmenteraient notre population et nos richesses ? Tous les peuples songeaient donc aux moyens d’établir chacun chez eux les mêmes manufactures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais les nations marchandes excitaient surtout la jalousie. Ces nations, pauvres par leur sol, s’enrichissaient, se peuplaient, et semblaient devoir à l’aveuglement des autres, leurs richesses et leur population. Pourquoi leur laisser faire, presque à elles seules, tout le trafic, disaient les peuples jaloux ? Souffrirons-nous encore long-temps qu’elles fassent sur nous des profits que nous pourrions faire nous-mêmes ? C’est nous qui les faisons subsister ; c’est nous qui les enrichissons. Fermons-leur nos ports, elles tomberont dans la misère, et bientôt elles ne seront plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces réflexions ne sont pas aussi solides qu’elles le paraissent. L’auteur de la nature, aux yeux duquel tous les peuples, malgré les préjugés qui les divisent, sont comme une seule république, ou plutôt comme une seule famille, a établi des besoins entre eux. Ces besoins sont une suite de la différence des climats, qui fait qu’un peuple manque des choses dont un autre surabonde, et qui leur donne à chacun différents genres d’industrie. Malheur au peuple qui voudrait se passer de tous les autres. Il serait aussi absurde qu’un citoyen qui, dans la société regrettant les bénéfices qu’on fait sur lui, voudrait pourvoir par lui seul à tous ses besoins. Si un peuple se passait des nations marchandes, s’il les anéantissait, il en serait moins riche lui-même, puisqu’il diminuerait le nombre des consommateurs auxquels il vend ses productions surabondantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’ailleurs les négociants n’appartiennent proprement à aucun pays. Ils forment une nation qui est répandue partout ; et qui a ses intérêts à part. Un peuple est donc dans l’erreur, s’il croit travailler pour lui, lorsqu’il sacrifie tout à ses négociants. En excluant ceux des autres nations, il vend ses marchandises à plus bas prix, et il achète à plus haut les marchandises étrangères : ses manufactures tombent, son agriculture se dégrade, et il fait tous les jours de nouvelles pertes. Il n’y a que la concurrence de tous les négociants qui puisse faire fleurir le commerce à l’avantage de chaque peuple. Faire et laisser faire, voilà donc quel devait être l’objet de toutes les nations. Un commerce toujours ouvert et toujours libre, pouvait seul contribuer au bonheur de toutes ensemble, et de chacune en particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais ce n’est pas ainsi qu’on raisonnait. Un état, disait-on n’est riche et puissant, qu’à proportion de l’argent qui circule ; et l’argent ne circule en plus grande quantité, qu’autant qu’on fait un plus grand commerce. Toute nation qui entendra ses vrais intérêts, doit donc songer aux moyens d’être la seule nation commerçante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce raisonnement parut évident, et on se conduisit en conséquence. Voilà donc les peuples qui vont travailler à s’appauvrir les uns les autres : car en voulant s’enlever mutuellement le commerce, chacun d’eux en commercera moins. Observons les effets de cette politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les troyens qui avaient des ports sur la mer Égée, sur la Propontide et sur le Pont-Euxin, étaient maîtres encore de toutes les isles adjacentes à leur continent. Dans cette position, où ils pouvaient faire un grand commerce concurremment avec les autres peuples, ils voulurent le faire exclusivement. Ils établirent donc des douanes partout : ils mirent à contribution les marchands étrangers qui exportaient ou qui importaient ; enfin ils leur fermèrent tout-à-fait les ports.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le peuple applaudit à la sagesse du gouvernement. Il croyait qu’il allait faire à lui seul tout le trafic ; et il n’en fit pas plus qu’auparavant ; parce qu’il ne pouvait pas abandonner ses manufactures et ses champs pour monter sur des vaisseaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce diminua considérablement, lorsqu’il ne se fit plus par l’entremise des nations marchandes. Cette révolution entraîna la chûte de plusieurs manufactures ; et l’agriculture se dégrada, parce qu’il y eut moins de productions, quand l’impuissance d’exporter eut rendu inutile tout surabondant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant le gouvernement ne se doutait pas de la faute qu’il avait faite. Il croyait au contraire que le commerce apportait dans l’état plus de richesses que jamais: il en jugeait ainsi à la fortune de quelques négociants troyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ces négociants s’enrichissaient aux dépens de l’état n’ayant plus de concurrents, lorsqu’ils vendaient et lorsqu’ils achetaient, ils mettaient seuls le prix aux choses. Ils retranchaient tous les jours sur le salaire de l’artisan et du laboureur, et ils vendaient cher tout ce qu’ils apportaient de l’étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Jaloux les uns des autres, les peuples ne devaient pas se borner à se fermer leurs ports, et à s’interdire mutuellement le commerce, dans l’espérance de le faire chacun exclusivement. On devait encore armer, et on arma. Dans des guerres funestes à tous, on s’applaudissait alternativement des coups qu’on croyait se porter, et qu’on ne portait que sur le commerce pour le ruiner partout également. De grandes armées sur terre, de grandes flottes sur mer mettaient dans la nécessité d’arracher de force à la charrue et aux manufactures une partie des citoyens, et de charger d’impôts l’autre partie. Ces violences se renouvelaient à chaque guerre, toujours avec de nouveaux abus, parce que la paix qui ne se faisait que par épuisement, ne durait jamais assez pour permettre aux puissances belligérantes de réparer leurs pertes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce, tombé pendant la guerre, se relevait difficilement à la paix. On n’osait pas s’engager dans des entreprises qui exigeaient de grandes avances, et dont toutes les espérances pouvaient s’évanouir aux premières hostilités. Le gouvernement néanmoins invitait le peuple et même la noblesse à faire le trafic. Il offrait sa protection aux négociants, et il ne paraissait occupé qu’à faire fleurir le commerce, qu’il avait ruiné, et qu’il devait ruiner encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand on a la puissance, on croit tout possible. On ne sait point se méfier de ses lumières, et parce qu’on a commandé, on n’imagine pas devoir trouver des obstacles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi, dans l’administration publique, une faute, qui a été faite, se fait encore, et se fait long-temps. Elle devient maxime d’état, et les préjugés gouvernent. Les troyens s’obstinaient à fermer leurs ports aux nations marchandes, ils s’obstinaient à leur faire la guerre, et cependant ils cherchaient quelle pouvait être la cause de la décadence de leur commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On crut l’avoir trouvée, lorsqu’ayant considéré que les entreprises demandaient des avances d’autant plus grandes, qu’elles exposaient à plus de risques, on s’imagina que le commerce ne pouvait plus se faire que par des compagnies qui réuniraient les fonds de plusieurs riches négociants. Il n’y avait donc qu’à permettre d’en former autant qu’on le jugerait à propos. Mais il s’en présentait une. Elle faisait voir de grands avantages pour l’état dans l’espèce de trafic qu’elle projetait. Elle exagérait les avances qu’elle aurait à faire. Elle représentait qu’après les avoir faites, il ne serait pas juste qu’elle fût privée du bénéfice dû à son industrie ; et elle demandait un privilège exclusif. Il lui fut accordé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce privilège était une atteinte portée à la liberté, puisqu’il donnait, à une seule compagnie, un droit qui appartenait à tous les citoyens. Les négociants réclamèrent, mais inutilement. La nouvelle compagnie donna de l’argent, et le privilège fut confirmé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que le gouvernement connut que ces privilèges pouvaient se vendre, il en vendit encore. Cet abus, passé en usage, devint règle ; et bientôt on regarda les privilèges exclusifs, comme une protection accordée au commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant vendre des privilèges exclusifs à des artisans et à des marchands, c’était exiler ceux à qui on n’en vendait pas. Plusieurs sortirent du royaume, et emportèrent les manufactures avec eux. Il est vrai que le gouvernement leur défendit, sous de grièves peines, de sortir de l’état. Mais quand ils étaient passés chez l’étranger, on ne pouvait plus les punir, et cependant on ne pouvait pas les empêcher d’y passer. Cette défense les fit déserter en plus grand nombre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque les manufactures jouissent, dans un royaume, d’une liberté entière, elles se multiplient à proportion du besoin. Il n’en est pas de même, lorsqu’elles appartiennent à une compagnie exclusive. Comme l’intérêt de cette compagnie est bien moins de vendre beaucoup, que de vendre cher, elle songe à faire le plus grand bénéfice avec le plus petit trafic. D’ailleurs elle trouve un avantage à diminuer le nombre des manufactures, c’est que les ouvriers, restant en plus grande quantité qu’elle n’en peut employer, sont réduits, s’ils ne veulent pas mendier, à travailler presque pour rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Non-seulement la main d’œuvre coûtait peu aux compagnies exclusives. Elles voulurent faire encore un nouveau bénéfice sur les matières premières. Elles représentèrent au gouvernement combien l’exportation qu’on en faisait chez l’étranger était contraire aux intérêts du commerce, et il fut défendu de les exporter. Elles les achetèrent donc au plus bas prix, et en conséquence la culture en fut tous les jours plus négligée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pendant que les douanes, les impôts, les privilèges exclusifs vexaient le commerce et l’agriculture, le luxe croissait avec la misère : l’état qui ne subsistait plus que par des ressources, contractait continuellement de nouvelles dettes ; et la finance s’élevait au milieu des débris de la fortune publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà l’état où se trouvait la monarchie des troyens. Tel était à-peu-près celui de toutes les monarchies, qui avaient armé pour s’enlever mutuellement quelques branches de commerce. Aux moyens qu’elles employaient, on n’aurait pas deviné qu’elles voulaient s’enrichir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Lorsque le gouvernement fait continuellement des emprunts, l’intérêt de l’argent est nécessairement fort haut : il l’est surtout dans un temps où le luxe, qui ne met point de bornes aux besoins, fait une nécessité aux plus riches d’emprunter. Si ce sont les citoyens qui prêtent à l’état, les fonds sortent du commerce, pour faire subsister sans travail une multitude de rentiers, gens inutiles, dont le nombre croît continuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si ce sont des étrangers, les fonds sortent non-seulement du commerce, ils sortent encore de l’état qui se ruine insensiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors les négociants qui trouvent difficilement à emprunter, ou qui ne trouvent qu’à gros intérêts, sont dans l’impuissance de former de grandes entreprises. Comment en formeraient-ils ? Leurs affaires sont presque toujours mêlées avec celle du gouvernement, auquel les compagnies exclusives ont prêté leur crédit ; et par conséquent la méfiance, qu’on a du gouvernement, bannit du commerce toute confiance. Il est donc bien difficile que le commerce fleurisse dans de pareilles monarchies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On ne voyait pas de pareils inconvénients chez les républiques marchandes. Au contraire, il y régnait une grande confiance, parce que les négociants y jouissaient d’une liberté entière, et que le gouvernement, sans luxe et sans dettes, assuraient leurs fortunes. Ils avaient, dans le commerce, un grand avantage sur les négociants des monarchies, parce qu’ils pouvaient emprunter à bas intérêt, et qu’ayant de l’économie, ils songeaient moins à faire tout-à-coup de gros profits, qu’à en faire fréquemment de petits. Tous les fonds restaient donc dans le commerce, et le faisaient fleurir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, de tous les peuples, les plus sages ou les plus heureux, c’étaient les républiques agricoles. Peu jalouses de faire le trafic par elles-mêmes, elles n’avaient pas imaginé de fermer leurs ports aux marchands étrangers, qui venaient enlever le surabondant de leurs productions, et elles subsistaient dans l’abondance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les choses se trouvaient dans cet état, lorsque de nouvelles branches de commerce causèrent une grande révolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les phéniciens, peuple marchand et républicain, découvrirent, à l’occident de l’Europe, un pays peuplé par une multitude de cités, qui leur parurent d’autant plus barbares, qu’ayant beaucoup d’or et beaucoup d’argent, elles n’y attachaient aucune valeur. Cette découverte qui leur fournit les moyens de faire un plus grand trafic, leur donna bientôt la prépondérance sur toutes les nations marchandes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans la monarchie troyenne, où les compagnies exclusives s’étaient saisies de tout le commerce connu, on avait encore plus besoin de faire des découvertes. C’était l’unique ressource des marchands qui n’avaient point acheté de privilèges. Réduits donc à chercher quelque nouvelle branche de commerce dans des contrées inconnues, ils pénétrèrent dans la mer Caspienne ; et de-là par l’Oxus, ils remontèrent dans l’Inde, pays vaste, fertile, où les arts étaient cultivés, et où la main-d’œuvre était à un prix d’autant plus bas, qu’une grande population y subsistait dans l’abondance avec peu de besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette découverte introduisit, dans la monarchie, un nouveau genre de luxe. On admira la beauté des toiles qui se fabriquaient dans l’Inde, et la nouveauté leur donnant une valeur qui croissait en quelque sorte en raison de l’éloignement, les marchands, qui ouvrirent les premiers ce commerce, gagnerent depuis cent cinquante, jusqu’à deux cents pour cent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce trafic parut donc très-lucratif : en effet, il l’était pour les marchands. Il l’aurait été pour l’état même, si on avait gagné cent cinquante pour cent sur les marchandises qu’on portait dans l’Inde ; parce que, dans cette supposition, il aurait fait fleurir les manufactures du royaume. Mais les indiens n’avaient pas besoin des choses qui se manufacturaient dans l’occident ; et l’or et l’argent étaient presque les seules marchandises qu’on pouvait leur donner en échange des leurs. C’est donc au retour que les marchands faisaient un bénéfice de cent cinquante pour cent ; et par conséquent ils le faisaient sur l’état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On n’était pas dans l’usage de faire de pareilles distinctions. Les marchands s’enrichissaient en faisant un commerce onéreux pour l’état, et on disait, l’état s’enrichit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dès que ce commerce paraissait se faire avec tant d’avantages par quelques marchands particuliers, il ne fut pas difficile de prouver au gouvernement qu’il se ferait avec plus d’avantages encore par une compagnie exclusive. On lui prouva même que les particuliers qui le faisaient, ne le pouvaient pas faire, et quoiqu’on l’eût convaincu de leur impuissance, et que par conséquent il fût inutile de le leur défendre, il le leur défendit, et il accorda un privilège exclusif pour quinze ans, à une compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà donc plusieurs négociants exclus d’un commerce qu’ils avaient découverts à leurs risques et fortunes, et cependant la compagnie ne le fit pas. Les compagnies sont lentes dans leurs opérations : elles perdent bien du temps à délibérer et elles font bien des dépenses avant de commencer. Celle-ci ne commença point : elle empêcha seulement que le commerce ne se fît par d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On créa une seconde compagnie, une troisième, plusieurs successivement ; et le gouvernement qui se faisait une habitude d’en créer, croyait toujours qu’il lui était avantageux d’en créer encore. Il en fut si persuadé, qu’il en créa enfin une à laquelle il donna les plus grands secours, jusqu’à lui avancer les fonds dont elle avait besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Celle-ci, malgré quelques succès qu’elle eut par intervalles, eut bientôt consommé la plus grande partie de ses fonds. Elle voyait le moment où elle allait perdre son crédit ; et parce qu’il lui importait de cacher ses pertes, elle imagina de faire aux actionnaires des répartitions, comme si le commerce eût produit un bénéfice. Mais cet expédient frauduleux qui répara pour un moment son crédit, fit un plus grand vide dans ses coffres. Bientôt elle fut réduite à emprunter à gros intérêts, et elle ne se maintint plus que par le secours qu’elle reçut du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais pourquoi le même commerce est-il tout à la fois lucratif et ruineux ? Il est lucratif, lorsque des particuliers le font, parce qu’alors il se fait avec économie. Il suffit à des négociants d’être en correspondance avec les négociants des pays où ils trafiquent. Tout au plus ils auront des facteurs partout où ils auront besoin d’avoir des entrepôts ; et ils évitent toutes les dépenses inutiles, parce qu’ils voient tout par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’en est pas de même des compagnies. Il leur faut, dans la capitale, des administrateurs, des directeurs, des commis, des employés : il leur faut d’autres administrateurs, d’autres directeurs, d’autres commis, d’autres employés partout où elles forment des établissements. Il leur faut encore, outre les comptoirs et les magasins, des édifices élevés à la vanité des chefs qu’elles emploient. Forcées à tant de dépenses, combien ne perdent-elles pas en malversations, en négligences, en incapacité ? Elles payent toutes les fautes de ceux qu’elles gagnent pour les servir ; et il s’en fait d’autant plus, que les administrateurs qui se succèdent au gré de la brigue, et qui voient chacun différemment ne permettent jamais de se faire un plan sage et suivi. Elles forment des entreprises mal combinées : elles les exécutent comme au hasard ; et dans une administration qui semble se compliquer d’elle-même, elles emploient des hommes intéressés à la compliquer encore. La régie de ces compagnies est donc vicieuse nécessairement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais la compagnie de l’Inde avait d’autres vices que ceux de sa constitution. Elle voulut être militaire et conquérante. Elle se mêla dans les querelles des princes de l’Inde : elle eut des soldats, des forts : elle acquit des possessions ; et ses employés se crurent des souverains. Il est donc aisé de comprendre, comment sa régie absorbait au-delà des produits du commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant cette compagnie s’obstinait à vouloir conserver son privilège ; et elle se fondait sur ce que ce commerce, selon elle, était impossible aux négociants particuliers. Mais elle parlait d’après les intérêts de ses employés qui seuls s’enrichissaient. En effet son expérience prouvait qu’elle ne pouvait plus elle-même faire ce commerce. Quel risque y avait-il donc à le rendre libre ? Le pis aller est que tout le monde y eût renoncé. Mais on l’aurait fait, puisqu’on le faisait avant elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce de l’Inde excita l’avidité des nations marchandes. La mer Rouge l’ouvrait aux phéniciens. Ils ne tardèrent pas à le faire, et ils portèrent dans l’Inde l’or et l’argent qu’ils tiraient de l’occident de l’Europe. Mais il semblait que les compagnies exclusives dussent s’établir partout. Il s’en forma une à laquelle les phéniciens abandonnèrent ce commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette compagnie eut dans leur république, comme dans une monarchie, les vices inhérents à sa constitution. Elle se soutint cependant mieux que celle des troyens, parce qu’elle se trouva dans des circonstances plus favorables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les phéniciens avaient conquis plusieurs îles, les seules où croissaient les épiceries ; et ils avaient cru se réserver la vente exclusive de ces productions, en donnant ces îles à une compagnie, intéressée à les fermer à tout négociant étranger. Ce sont ces productions qui soutenaient leur compagnie. Elle se serait ruinée, comme toutes les autres, si, sans des possessions qui étaient uniques, elle eût été bornée à faire le commerce de l’Inde. Les phéniciens éclairés ne l’ignoraient pas. Ils ne comptaient point sur la durée d’une compagnie qui était tout à la fois militaire et marchande ; et ils jugeaient avec raison qu’il eût été plus avantageux à leur république de laisser une entière liberté au commerce, et de partager même celui des épiceries avec les nations étrangères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant l’exemple d’une compagnie exclusive chez les phéniciens était à Troie un grand argument pour protéger la compagnie de l’Inde. Comment, disait-on, cette compagnie serait-elle contraire à la liberté et au commerce, puisqu’il s’en établit de semblables chez les peuples libres et commerçants ? Mais si ceux qui faisaient cette objection prévoyaient la réponse, ils étaient de mauvaise foi ; et s’ils ne la prévoyaient pas, ils étaient bien ignorants. De pareils raisonnements néanmoins aveuglaient le gouvernement, au point qu’il ne se lassait pas de faire continuellement de nouveaux efforts pour soutenir cette compagnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il était difficile que les égyptiens, situés si avantageusement pour trafiquer du couchant à l’orient, vissent sans jalousie les richesses que le commerce apportait aux phéniciens. Ils tentèrent donc de les partager, et ils s’ouvrirent les mêmes routes. Insensiblement les autres peuples de l’Asie, à l’exemple les uns des autres, s’adonnèrent au trafic, et tous arrivèrent dans l’Inde par divers chemins. Les derniers comptaient sur les mêmes bénéfices que les premiers avaient faits. Ils ne prévoyaient pas que la concurrence de tant de nations marchandes ferait tout renchérir dans les marchés de l’Inde ; et que les choses qu’on y achèterait à un plus haut prix, se revendraient à un plus bas, parce qu’elles deviendraient plus communes. Au contraire, au grand mouvement qui se faisait dans le commerce, on se confirmait tous les jours dans la maxime qu’un état n’est puissant qu’autant qu’il est riche, et qu’il n’est riche qu’autant qu’il fait le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce n’est pas que je blâme le trafic. Je pense qu’il faut laisser faire à un peuple tout ce à quoi il se croit propre. Le gouvernement n’a rien à prescrire à cet égard. Il ne doit point encourager exclusivement le trafic, pas même l’agriculture. Toute sa protection se borne à observer ce qui se fait, à laisser faire, à lever les obstacles et à maintenir l’ordre. Que les campagnes ne soient point foulées, elles se peupleront avec une surabondance qui refluera dans les villes pour les remplir d’artisans, et dans les ports pour les remplir de matelots. Alors tout sera mis en valeur par une industrie qui se portera à tout, et la nation sera véritablement puissante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais faut-il, pour ne pas fouler les campagnes, ôter tous les impôts ? Non sans doute. Car ce sont les terres qui doivent payer les charges, puisqu’elles seules peuvent payer. Les artisans et les marchands, comme nous l’avons remarqué, quelque taxe qu’on mette sur eux, ne payent jamais, parce que s’ils travaillent, ils se font rembourser, et s’ils ne travaillent pas, ils mendient. En un mot, de quelque manière qu’on s’y prenne pour les faire contribuer, ce sont toujours les propriétaires qui payent pour les salariés, puisque ce sont les propriétaires qui payent les salaires : nous l’avons déjà dit. Il faut donc mettre des impôts sur les terres : il faut accorder à l’industrie toute liberté, et il ne faut laisser naître aucun des abus que nous avons observés dans les gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tous ces abus s’étaient introduits plus ou moins parmi les nations de l’Asie ; et lorsqu’elles ôtaient toute liberté au commerce, et que par contre coup elles ruinaient l’agriculture, elles voulaient être commerçantes, et chacune voulait l’être exclusivement. De-là des guerres fréquentes dans l’Inde, dans l’Asie, et des révolutions continuelles dans le commerce. Il tombait successivement partout, et il ne se relevait que faiblement chez les nations qui avaient eu plus de succès. Toutes contractaient des dettes, toutes multipliaient les impôts ; et pour soutenir le commerce, elles paraissaient à l’envie ruiner l’agriculture, sans laquelle cependant il n’y a point de commerce. Le désordre était partout le même, ou à peu près.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On sentit enfin que les terres sont le plus grand fonds de richesses ; et pour encourager l’agriculture, on proposa chez les troyens, de permettre tout à la fois l’exportation et l’importation des bleds. Notre sol, disait-on, naturellement fécond, sera pour nous, s’il est bien cultivé, une mine inépuisable. La concurrence des nations mettra le bled à son vrai prix. Les cultivateurs assurés de la vente de leurs grains, défricheront toutes les terres ; et à chaque année, nous aurons un plus grand fonds de commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En Égypte, l’exportation seule était permise : souvent même le gouvernement l’encourageait par des récompenses. Riches par leur sol, les égyptiens l’étaient encore par leur commerce, et dominaient alors sur les mers. D’après cet exemple ; beaucoup de personnes, chez les troyens voulaient qu’on permît au moins l’exportation : d’autres s’y opposaient ; et le public qui ne savait qu’en penser, était dans la crainte, soit qu’on la permît ; soit qu’on la défendît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parmi les raisonnements qu’on faisait sur cette question, les meilleurs ne convainquaient pas, et les mauvais avaient l’avantage du nombre. Le gouvernement qui, comme le public, ne savait que penser, obéissait au cri qui paraissait le plus fort, permettant et défendant, tour-à-tour l’exportation ; et parce que faute de principes il se conduisait avec timidité, il n’accordait ordinairement qu’une liberté qu’il limitait, et qu’il rendait par-là sujette aux plus grands abus. En un mot, on eût dit, à sa conduite, qu’il voulait causer la disette pour favoriser les monopoleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sur ces entrefaites, on apprit que les égyptiens venaient de défendre l’exportation ; et cette nouvelle parut faire triompher ceux qui la blâmaient à Troie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons prouvé qu’il est de l’intérêt de toutes les nations de donner la liberté d’exporter et d’importer : nous remarquerons ici que cette liberté doit procurer de plus grands avantages, ou du moins les procurer plus promptement, lorsqu’elle concourt avec toutes les causes qui peuvent contribuer aux progrès de l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quoiqu’il y eût des abus en Égypte, de vieux usages faisaient encore respecter l’agriculture. On avait pour maxime que les impôts ne devaient être mis que sur le produit net des terres, et on évaluait ce produit de la manière la plus favorable aux cultivateurs. Un fermier savait ce qu’il devait payer. Assuré qu’on ne lui demanderait jamais au-delà, il vivait dans l’aisance. On lui laissait toutes les avances nécessaires pour cultiver ses champs et pour les améliorer ; et jamais l’impôt, sous quelque prétexte que ce fût, ne pouvait être pris sur ces avances. Il avait même pour s’enrichir, un moyen qui contribuait aux progrès de l’agriculture. C’est que les baux se passaient pour vingt, vingt-cinq ou trente ans. Les fermiers riches pouvaient donc pendant les quatre ou cinq premières années d’un bail, mettre tous leurs profits en plantations, en défrichements, en augmentations de bestiaux. Ils pouvaient même encore employer à cet effet une partie de leur bien, et ils le faisaient communément, parce qu’ils étaient assurés de retirer, avec bénéfice, pendant quinze à vingt ans, les avances qu’ils avaient faites. En un mot, par la longueur de leurs baux, ils cultivaient une ferme avec le même intérêt, que si elle eût été à eux ; et les propriétaires y trouvaient eux-mêmes un grand avantage, parce qu’à chaque renouvellement de bail, ils augmentaient considérablement leurs revenus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà les causes qui concouraient en Égypte avec la liberté d’exporter, et on conçoit qu’il en devait résulter de grands avantages.&lt;br /&gt;
	A Troie, depuis longtemps, un grand nombre d’abus contribuaient à la dégradation de l’agriculture. Les baux étaient de neuf ans : la loi ne permettait pas d’en faire des plus longs ; et quand elle l’aurait permis, l’agriculture en eût retiré peu d’avantages. Que pouvait-on attendre des fermiers? Ils ne gagnaient en général que de quoi subsister misérablement. Peu assurés de leurs avances, ils étaient souvent réduits pour payer les impositions, à vendre leurs bestiaux, ou même jusqu’à leurs charrues. Pauvres, ils affectaient de le paraître encore plus ; parce que les taxes, qui étaient personnelles et arbitraires, croissaient aussi-tôt qu’un laboureur laissait apercevoir de l’aisance. Dans cet état des choses, les champs tombaient en friche : on ne cultivait, qu’autant qu’on y était forcé par la nécessité ; et la plupart des fermes n’étaient point en valeur. On juge d’après cet exposé, que dans la monarchie troyenne, il fallait du temps pour se procurer tous les avantages qu’on doit attendre de la liberté du commerce des grains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On demandera sans doute, pourquoi les égyptiens, après avoir encouragé l’exportation, l’avait défendue : c’est qu’ils n’avaient pas permis l’importation. Il y eut une cherté à la suite d’une mauvaise récolte, et les étrangers n’apportèrent point de bleds, ou n’en apportèrent pas assez. Dans cette conjoncture, le gouvernement crut devoir prendre la précaution inutile de défendre l’exportation qui ne se faisait pas, et qui ne pouvait pas se faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les troyens devaient donner au commerce des grains une liberté entière, et ils devaient encore faire concourir toutes les causes qui peuvent contribuer aux progrès de l’agriculture. Mais quand un état tombe en décadence, on ne songe ni à l’agriculture, ni aux causes qui la dégradent, ni aux moyens de la réparer. On a pour unique maxime, qu’il faut faire de l’argent ; et quand on en a fait, on croit avoir plus de puissance, parce qu’on peut lever de plus grandes armées. Mais en supposant que les grandes armées font la puissance, il faudra savoir comment le monarque a de l’argent, pour juger si sa puissance est bien assurée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sont-ce les cultivateurs qui le donnent ; et après l’avoir donné, vivent-ils dans l’aisance ? Je conçois que le souverain est riche ; et s’il sait faire un emploi de ses richesses, il sera puissant. Mais n’a-t-il de l’argent, que parce qu’il en emprunte ? Il n’en a donc pas. Il n’a que des dettes. Pour les payer, il ruinera son peuple ; et avant de les avoir payées, il en aura déjà contracté de nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà cependant où en étaient les principales puissances de l’Asie. Partout on parlait de faire entrer l’argent dans l’état : on parlait d’empêcher qu’il ne sortît : on ne parlait, en un mot, que de la nécessité d’en avoir ; et les gouvernements qui ne se conduisaient que par des principes de finance, ne pouvaient pas songer aux moyens de faire fleurir l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Avec cette politique financière, les monarques se croyaient puissants, ou se flattaient de le devenir. Mais les siècles reculés où je les fais vivre, doivent leur faire pardonner cette erreur. Ils ne prévoyaient pas avec quelle facilité les empires les plus riches, surtout ceux de l’Asie, seraient renversés ; et ils pouvaient croire qu’il y aurait quelque jour des conquérants financiers. Ils se sont trompés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale|Chapitre 16 : Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations|Chapitre 18 : Atteintes portées au commerce : ruine par les spéculations]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Des_richesses_respectives_des_nations&amp;diff=114144</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Des richesses respectives des nations</title>
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		<updated>2014-01-31T11:52:18Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De l&#039;impôt, source des revenus publics|Chapitre 28 : De l&#039;impôt, source des revenus publics]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Récapitulation sommaire de la première partie|Chapitre 30 : Récapitulation sommaire de la première partie]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|29. DES RICHESSES RESPECTIVES DES NATIONS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons distingué des richesses foncières et des richesses mobilières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parmi les richesses foncières, je mets non seulement toutes les productions, mais encore tous les bestiaux : en effet ils doivent être regardés comme un produit des terres qui les nourrissent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parmi les richesses mobilières, je mets toutes les choses auxquelles la main-d’œuvre a fait prendre une nouvelle forme. Voilà à quoi se réduisent toutes les richesses: il serait impossible d’en imaginer d’une troisième espèce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si on disait que l’or et l’argent sont d’un autre genre, je demanderais si ces métaux ne se forment pas dans la terre, et s’il n’est pas vrai qu’ils ne se produisent réellement pour nous que lorsque nous les tirons de la mine et que nous les affinons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’or et l’argent sont donc des richesses foncières qui, comme le blé, sont le produit de la terre et de notre travail ; et ces métaux sont des richesses mobilières lorsque nous leur avons fait prendre des formes qui les rendent propres à divers usages, lorsque nous en avons fait de la monnaie, des vases, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons vu que toutes ces richesse ne se multiplient qu’en raison de notre travail. Nous devons toutes les productions au travail du cultivateur ; et nous devons au travail de l’artisan ou de l’artiste toutes les formes données aux matières premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous avons vu encore que toutes ces richesses ne sont à leur valeur qu’autant que la circulation les fait passer, des lieux où elles surabondent, dans les lieux où elles manquent. Cette circulation est l’effet du commerce. La valeur des richesses est donc,en partie due aux travaux des marchands.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin nous avons vu combien, pour être produites et conservées, les richesses ont besoin d’une puissance qui protège le cultivateur, l’artisan, l’artiste et le marchand, c’est-à-dire, qui maintienne l’ordre sans avoir de préférences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les travaux de cette puissance concourent donc à l’accroissement comme à la conservation des richesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	D’après ce résumé, il est aisé de juger quelle est la nation qui doit être la plus riche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est celle où il y a à-la-fois le plus de travaux dans tous les genres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Toutes les terres sont-elles aussi bien cultivées qu’elles peuvent l’être ? Tous les ateliers des artisans et des artistes sont-ils remplis d’ouvriers continuellement occupés ? Des marchands en nombre suffisant font-ils circuler promptement et continuellement tout ce qui surabonde ? Enfin la vigilance de la puissance souveraine, ce travail qui veille sur tous les travaux, maintient-elle, sans préférences, l’ordre et la liberté ? Alors une nation est aussi riche qu’elle peut l’être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Qu’on ne demande donc pas s’il faut préférer l’agriculture aux manufactures, ou les manufactures à l’agriculture. Il ne faut rien préférer : il faut s’occuper de tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est au particulier qu’il appartient d’avoir des préférences : il a de droit la liberté de choisir le genre de travail qui lui convient. Or il perdrait ce droit si le gouvernement protégeait exclusivement ou par préférence un genre de travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Un peuple, destiné par son sol à être agricole, négligera-t-il les productions que la nature veut lui prodiguer, ces richesses qui sont à lui, qui ne sont qu’à lui, et qu’on ne peut lui enlever ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les négligera-t-il, dis-je, pour passer ses jours dans des ateliers ? A la vérité, il acquerra de vraies richesses ; mais ce sont des richesses du second ordre ; elles sont précaires, et les autres nations peuvent se les approprier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce peuple, parce qu’il est agricole, dédaignera-t-il tous les travaux qui ne se rapportent pas immédiatement à l’agriculture ? Voudra-t-il n’avoir ni artisans, ni artistes ? Il tirera donc de dehors toutes les choses mobilières, et il sera dans la nécessité de les acheter à plus haut prix, parce qu’il aura les frais de transport à payer. Il aurait pu avoir chez lui un grand nombre d’ouvriers qui auraient consommé ses productions, et il leur enverra à grands frais ces productions, pour les faire subsister dans les pays étrangers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Soit donc qu’un peuple donne la préférence à l’agriculture, soit qu’il la donne aux manufactures, il est certain que, dans l’un et l’autre cas, il n’est jamais aussi riche qu’il aurait pu l’être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Négligera-t-il l’agriculture et les manufactures pour s’occuper principalement du commerce de commission ? Il se réduira donc à n’être que le facteur des autres peuples. Il n’aura rien à lui, et il ne subsistera qu’autant que les nations ne lui envieront pas le bénéfice qu’il fait sur elles. Le commerce de commission ne doit être préféré que lorsqu’un peuple, n’ayant par lui-même ni assez de denrées, ni assez de matières premières, relativement à sa population, n’a pas d’autres ressources pour subsister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Afin donc qu’un pays agricole soit aussi riche qu’il peut l’être, il faut qu’on s’y occupe en même temps de toutes les espèces de travaux : il faut que les différentes occupations se répartissent entre les citoyens, et que, dans chaque profession, le nombre des travailleurs se proportionne au besoin qu’on en a. Or nous avons vu comment cette répartition se fait naturellement, lorsque le commerce jouit d’une liberté pleine, entière et permanente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Qu’on me permette de supposer, pour un moment, que toutes de se conduire les nations de l’Europe se conduisent d’après ces principes qu’elles ne connaîtront peut-être jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans cette supposition, chacune acquerrait des richesses réelles et solides, et leurs richesses respectives seraient en raison de la fertilité du sol et de l’industrie des habitants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Elles commerceraient entre elles avec une liberté entière ; et, dans ce commerce, qui ferait circuler le surabondant, elles trouveraient chacune leur avantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Toutes également occupées, elles sentiraient le besoin qu’elles ont les unes des autres. Elles ne songeraient point à s’enlever mutuellement leurs manufactures ou leur trafic : il leur suffirait à chacune de travailler, et d’avoir un travail à échanger. Que nous importe, par exemple, qu’une certaine espèce de drap se fasse en France ou en Angleterre, si les Anglais sont obligés d’échanger leur drap contre d’autres ouvrages de nos manufactures ? Travaillons seulement, et nous n’aurons rien à envier aux autres nations. Autant nous avons besoin de travailler pour elles, autant elles ont besoin de travailler pour nous. Si nous voulions nous passer de leurs travaux, elles voudraient se passer des nôtres : nous leur nuirions, elles nous nuiraient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Des travaux de toutes espèces, et la liberté du choix accordée à tous les citoyens, voilà la vraie source des richesses ; et on voit que cette source répandra l’abondance plus ou moins, suivant qu’elle sera plus ou moins libre dans son cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce chapitre serait fini si je n’avais pas des préjugés à combattre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Une nation tente-t-elle un nouveau commerce. Toutes veulent le faire. S’établit-il chez l’une une nouvelle manufacture ? Chacune veut l’établir chez elle. Il semble que nous ne pensions qu’à faire ce qu’on fait ailleurs, et que nous ne songions point à ce que nous pouvons faire chez nous. C’est que, n’ayant pas la liberté de faire ce que nous voulons, nous croyons trouver cette liberté dans un nouveau genre de trafic ou de manufacture, qui semble nous assurer la protection du gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si nous commencions par nous occuper des choses auxquelles notre sol et notre industrie nous destinent, nous ne travaillerions pas inutilement, puisque les étrangers rechercheraient nos ouvrages. Ils nous resteront au contraire, si nous travaillons dans des genres où ils doivent mieux réussir que nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, quand nous réussirions aussi bien qu’eux, avons-nous fait tout ce que nous pouvons faire pour vouloir faire tout ce que font les autres ? Si nos anciennes manufactures languissent, pourquoi en établirions-nous de nouvelles ? Et pourquoi multiplier nos manufactures, si nous avons des terres incultes, ou si celles que nous cultivons ne sont pas à leur valeur ? Nous avons des travaux à faire, nous ne les faisons pas, et nous envions aux autres nations les travaux qu’elles font ! Cependant, si nous n’avions à échanger avec elles que des ouvrages semblables aux leurs, il n’y aurait plus de commerce entre elles et nous. Ces réflexions sont bien triviales : mais pourquoi craindrais-je de dire des choses triviales, quand on n’a pas honte de les ignorer ? Les connaissons-nous ces choses triviales, lorsque, pour favoriser, dit-on, nos manufactures, nous prohibons les marchandises étrangères, ou que nous les assujettissons à des droits exorbitants ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Occupées à se nuire mutuellement, les nations voudraient chacune jouir exclusivement des avantages du commerce. Chacune, dans les échanges qu’elle fait, voudrait que tout le bénéfice fût pour elle. Elles ne voient pas que, par la nature des échanges, il y a nécessairement bénéfice des deux côtés, puisque de part et d’autre on donne moins pour plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Un particulier, qui ne connaît pas le prix des marchés, peut être trompé dans les achats qu’il fait. Les nations sont marchandes : c’est chez elles que les marchés se tiennent : le prix des choses leur est connu. Par quel art donc les forcerons-nous à nous donner toujours plus pour moins, par rapport à elles, quand nous ne leur donnerons jamais que moins pour plus par rapport à nous ? Cet art est cependant le grand objet de la politique : c’est la pierre philosophale qu’elle cherche, et qu’elle ne trouvera certainement pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, direz-vous, il importe d’attirer chez nous, autant qu’il est possible, l’or et l’argent des nations étrangères. Il faut donc empêcher qu’elles ne nous vendent les choses produites ou manufacturées chez elles, et les forcer d’acheter les choses produites ou manufacturées chez nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Vous croyez donc qu’un million en or-et en argent est une plus grande richesse qu’un million en productions, ou qu’un million en matières premières mises en œuvres ! Vous en êtes encore à ignorer que les productions sont la première richesse ! Que ferez-vous donc si les autres nations qui raisonneront tout aussi mal que vous, veulent aussi attirer chez elles votre or et votre argent ? C’est ce qu’elles tenteront. Tous les peuples seront donc occupés à empêcher que les marchandises étrangères n’entrent chez eux ; et, s’ils y réussissent, c’est une conséquence nécessaire que les marchandises nationales ne sortent de chez aucun. Pour avoir voulu, chacun exclusivement, trouver un grand bénéfice dans le commerce, ils cesseront de commercer entre eux et ils se priveront à l’envie de tout bénéfice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà l’effet des prohibitions. Qui néanmoins oserait assurer que l’Europe ouvrira les yeux ! Je le desire : mais je connais la force des préjugés, et je ne l’espère pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En effet le commerce n’est pas pour l’Europe un échange de travaux dans lequel toutes les nations trouveraient chacune leur avantage : c’est un état de guerre où elles ne songent qu’à se dépouiller mutuellement. Elles pensent encore comme dans ces temps barbares, où les peuples ne savaient s’enrichir que des dépouilles de leurs voisins. Toujours rivales, elles ne travaillent qu’à se nuire mutuellement. Il n’y en a point qui ne voulût anéantir toutes les autres ; et aucune ne songe aux moyens d’accroître sa puissance réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On demande quel serait l’avantage ou le désavantage d’une nation, de la France, par exemple, si elle donnait la première à l’exportation et à l’importation une liberté pleine et entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je réponds que, si elle accordait la première, et par conséquent seule, cette liberté, il n’y aurait pour elle ni avantage, ni désavantage, puisque alors elle n’exporterait point, et qu’on n’importerait point chez elle. Car, pour que l’exportation soit possible en France, il faut que nous puissions importer chez l’étranger, et il faut que l’étranger exporte pour qu’en France l’importation puisse avoir lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette question est donc mal présentée. Je demanderais plutôt quel serait l’avantage ou le désavantage de la France, si elle accordait à l’exportation et à l’importation une liberté permanente et jamais interrompue, tandis qu’ailleurs l’exportation et l’importation seraient tour-à-tour permises et prohibées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les grains sont une des branches du commerce de commission que fait la Hollande, et cette république ne permet pas toujours l’exportation et l’importation. Elle sent que, si elle gênait ce commerce, elle serait d’autant plus exposée à manquer de grains, que ses terres n’en produisent pas assez pour sa consommation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En Pologne, l’exportation des grains est toujours permise, parce que, années communes, les récoltes y sont toujours surabondantes. Comme elle tire de dehors toutes les choses manufacturées, elle a besoin de cette surabondance pour ses achats, et elle se l’assure par son travail. Si elle avait chez elle toutes les manufactures dont elle manque, ses récoltes seraient moins surabondantes, parce qu’elle serait plus peuplée, et peut-être qu’elle défendrait l’exportation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En Angleterre, l’exportation est rarement prohibée : mais la liberté d’importer est plus ou moins restreinte par des droits qui haussent ou qui baissent suivant les circonstances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ailleurs enfin, on permet l’exportation quand les blés sont à bon marché, et on permet l’importation quand ils sont chers. Cependant la liberté, soit d’exporter, soit d’importer, n’est jamais pleine et entière : elle est toujours plus ou moins limitée par des droits. Voilà à-peu-près ce qui se passe en Europe. Je dis à-peu-près, parce qu’il me suffit de raisonner sur des suppositions. Il sera toujours facile d’appliquer mes raisonnements à la conduite changeante du gouvernement chez différents peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La France, nous le supposons, donne seule à l’exportation une liberté pleine, entière, permanente, sans restriction, sans limitation, sans interruption. Tous ses ports sont toujours ouverts, et on n’y exige jamais aucun droit ni d’entrée, ni de sortie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je dis que, dans cette supposition, le commerce des grains doit être pour la France plus avantageux que pour toute autre nation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est certain que le vendeur vend plus avantageusement, lorsqu’un plus grand nombre d’acheteurs lui font à l’envie un plus grand nombre de demandes. La France trouvera donc de l’avantage dans la vente de ses grains, si, ne se bornant pas à vendre à ceux qui consomment chez elle, elle vend encore à ceux qui consomment dans les États où il lui est permis d’importer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est évident que, si elle pouvait également importer dans toute l’Europe, elle vendrait avec plus d’avantages encore, puisqu’un plus grand nombre d’acheteurs lui ferait un plus grand nombre de demandes. Si son avantage n’est pas tel qu’il pourrait être, c’est donc parce qu’elle ne peut pas importer partout également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On dira sans doute que les grains renchériront en France, si nous en vendons à tous les étrangers qui nous en demandent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais nous avons supposé que l’importation en France est aussi libre que l’exportation, et nous avons remarqué qu’il y a des nations qui exportent leurs grains : or ces nations en importeront chez nous lorsqu’elles trouveront dans le haut prix un bénéfice à nous en vendre. Sur quoi il faut observer que ce haut prix n’est pas cherté : c’est le vrai prix établi par la concurrence, vrai prix qui a son haut, son bas et son moyen terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tant que ce prix ne sera pas monté à son terme le plus haut, on ne nous apportera pas des blés, et nous n’aurons pas besoin qu’on nous en apporte. Quand il sera monté à son terme le plus haut, toutes les nations qui exportent des blés nous en apporteront ; et nous acheterons avec d’autant plus d’avantages, qu’un plus grand nombre de vendeurs nous feront un plus grand nombre d’offres. Nous acheterions avec plus d’avantages encore, si on nous en apportait de toutes les parties de l’Europe, puisque les offres se multiplieraient avec les vendeurs. Qu’on réfléchisse sur la situation de la France : faite pour être l’entrepôt du Nord et du Midi, pourrait-elle craindre de manquer ou d’acheter cher ? On voit au contraire qu’elle deviendrait le marché commun de toute l’Europe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La France, soit qu’elle vendît, soit qu’elle achetât des blés, aurait donc, dans la supposition que nous avons faite, un grand avantage sur les nations qui défendent l’exportation et l’importation, sur celles qui ne permettent que l’une ou l’autre, et sur celles enfin qui ne les permettent toutes deux que passagèrement et avec des restrictions. Car, en détendant l’exportation, elles diminuent le nombre de leurs acheteurs, et par conséquent elles vendent à plus bas prix ; et, en défendant l’importation, elles achètent à plus haut, parce qu’elles diminuent le nombre, de leurs vendeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Concluons que les États de l’Europe, s’ils s’obstinent à ne pas laisser une entière liberté au commerce, ne seront jamais aussi riches ni aussi peuplés qu’ils pourraient l’être ; que si un d’eux accordait une liberté entière et permanente, tandis que les autres n’en accorderaient qu’une passagère et restreinte, il serait, toutes choses d’ailleurs égales, le plus riche de tous ; et qu’enfin, si tous cessaient de mettre des entraves au commerce, ils seraient tous aussi riches qu’ils peuvent l’être ; et qu’alors leurs richesses respectives seraient, comme nous l’avons déjà remarqué, en raison de la fertilité du sol et de l’industrie des habitants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De l&#039;impôt, source des revenus publics|Chapitre 28 : De l&#039;impôt, source des revenus publics]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Récapitulation sommaire de la première partie|Chapitre 30 : Récapitulation sommaire de la première partie]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De l&#039;impôt, source des revenus publics</title>
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		<updated>2014-01-31T11:48:05Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du luxe|Chapitre 27 : Du luxe]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Des richesses respectives des nations|Chapitre 29 : Des richesses respectives des nations]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|28. DE L&#039;IMPÔT, SOURCE DES REVENUS PUBLICS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En considérant comment les richesses se produisent, se distribuent et se conservent, nous avons vu que le commerce a besoin d’une puissance qui le protège. J’appelle revenus publics ou de l’État les revenus qu’on accorde à cette puissance. Il s’agit de savoir pourquoi et par qui ils doivent être payés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Une société civile est fondée sur un contrat, exprès ou tacite, par lequel tous les citoyens s’engagent, chacun pour leur part, à contribuer à l’avantage commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En général, pour contribuer à cet avantage, il suffit d’être utile ; et on le sera, toutes les fois qu’on aura un état, et qu’on en remplira les devoirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette manière de contribuer est une obligation que tous les citoyens, sans exception, ont contractée en se réunissant en corps de société.&lt;br /&gt;
	Un homme inutile n’est donc pas un citoyen. À charge à la société, il ne fait rien pour elle : elle ne lui doit rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais il ne suffit pas toujours d’avoir un état et d’en remplir les devoirs. Dans le gouvernement de toute société civile, il y a des dépenses publiques, nécessaires, indispensables, et auxquelles, par conséquent, les citoyens doivent contribuer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ils ne le peuvent qu’en deux manières ; l’une en travaillant eux-mêmes aux ouvrages publics, l’autre en fournissant la subsistance à ceux qui travaillent. Or, comme cette subsistance et ce travail peuvent s’évaluer en argent, nous réduirons, pour plus de simplicité, à une contribution faite en argent ces deux manières de contribuer. Une pareille contribution, si elle est réglée par la nation même, se nomme subside ou don gratuit, et on le nomme impôt, si elle est imposée par le gouvernement. On demande qui doit payer les subsides ou impôts ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il n’y a en général que deux classes de citoyens : celle des propriétaires, à qui toutes les terres et toutes les productions appartiennent, et celle des salariés, qui, n’ayant ni terres, ni productions en propre, subsistent avec les salaires dûs à leur travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La première peut facilement contribuer, parce que, toutes les productions étant à elle, si elle n’a pas tout l’argent, elle a plus que l’équivalent, et que d’ailleurs il passe entièrement par ses mains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La seconde ne le saurait. Elle ne peut pas fournir la subsistance à ceux qui travaillent, puisqu’elle n’a point de productions en propre. Elle ne peut pas leur donner l’argent dont ils ont besoin pour acheter cette subsistance, puisqu’elle n’a pour tout argent que son salaire, et que ce salaire, réduit au plus bas par la concurrence, n’est précisément que ce qu’il lui faut pour subsister elle-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Représentons-nous des peuples qui n’ont aucun de nos préjugés, des peuples tels que ceux que j’ ai supposés : la première idée qui s’offrira à eux serait-elle de dire : Il faut que ceux qui n’ont rien contribuent aux dépenses publiques comme ceux qui ont quelque chose ; ou autrement, il faut que ceux qui n’ont que des bras et de l’industrie pour tout avoir, contribuent aux dépenses publiques avec un argent qu’ils n’ont pas. Or la classe salariée ne gagnant que l’argent nécessaire à sa subsistance, mettre un impôt sur elle, c’est vouloir qu’elle paie avec un argent qu’elle n’a pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les impôts sur l’industrie nous paraissent raisonnables et justes, parce que, sans avoir approfondi les choses, sans même y avoir pensé, nous les jugeons raisonnables et justes toutes les fois qu’elles sont dans l’ordre que nous trouvons établi. Cependant cet ordre n’est souvent qu’un abus. Notre conduite le prouve, lors même que nous n’en voulons pas convenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En effet, si nous allons chez des marchands sur qui on a mis une nouvelle imposition, nous ne serons pas étonnés qu’ils veuillent vendre à plus haut prix. Nous jugerons même qu’ils sont fondés en raison, et nous paierons le prix qu’ils exigent. Nous sommes donc en contradiction avec nous-mêmes ; nous voulons que les marchands contribuent aux dépenses publiques, et, quand ils ont contribué, nous voulons les rembourser. Ne serait-il pas plus simple de nous charger nous-mêmes de toutes ces dépenses ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais il y a des marchands et des artisans qui s’enrichissent. Voilà sans doute ce qui entretient notre préjugé. Eh bien ! qu’on les fasse contribuer, ils se feront rembourser. Il est donc impossible qu’ils contribuent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On dira sans doute que, dans la nécessité où ils sont de vendre, ils ne se feront pas toujours rembourser dans la proportion des impositions ; et que, par conséquent, ils en porteront une partie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cela peut être : mais il faut remarquer que la partie dont ils resteront chargés sera prise sur leur salaire, et que par conséquent ils seront réduits à consommer moins qu’ils n’auraient fait. Voilà donc, dans un État tel que la France, plusieurs millions de citoyens qui sont forces à retrancher sur leurs consommations. Or je demande si les terres rapporteront le même revenu lorsqu’on vendra une moindre quantité de productions à plusieurs millions de citoyens. Soit donc que les salariés se fassent rembourser en entier, ou ne se fassent rembourser qu’en partie, il est démontré que, dans un cas comme dans l’autre, l’impôt qu’on met sur eux retombe également sur les propriétaires. En effet, il faut bien que les propriétaires paient pour les salariés, puisque ce sont les propriétaires qui paient les salaires. En un mot, de quelque façon qu’on s’y prenne, il faut qu’ils paient tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ou le pays qu’une nation habite fournit abondamment tout ce qui est nécessaire aux besoins des citoyens, ou il n’en fournit qu’une partie, quelque soin qu’on donne à la culture des terres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le premier cas, la nation, riche par son sol, se suffit à elle-même. Mais les productions, qui font toute sa richesse, appartiennent entièrement et uniquement aux propriétaires des terres. Cette classe peut donc seule faire toutes les dépenses publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dans le second cas, cette nation sera, je suppose, sur des côtes peu fertiles, dont le produit ne suffira qu’à la subsistance de la dixième partie de ses citoyens. Condamnée par son sol à la pauvreté, elle ne peut être riche qu’autant qu’elle s’appropriera les productions qui croissent sur un sol étranger. Or elle s’en appropriera par son industrie, ou plutôt elle ne s’est accrue par degrés que parce qu’elle s’en est approprié peu-à-peu. Elle fait le trafic. C’est par elle que les peuples, qui ne commercent pas immédiatement et par eux-mêmes, font l’échange de leur surabondant ; et elle trouve, dans les profits qu’elle fait sur les uns et sur les autres, les productions dont elle a besoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Riche uniquement par son industrie, elle n’a qu’une richesse précaire qui lui sera enlevée aussitôt que les autres peuples voudront faire par eux-mêmes leurs échanges. Elle se dépeuplera donc à mesure qu’elle perdra son trafic ; et, lorsqu’elle l’aura tout-à-fait perdu, elle se trouvera réduite à la dixième partie de ses citoyens, puisque nous supposons qu’elle n’a, dans le produit de son sol, que de quoi faire subsister cette dixième partie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, tant que son commerce est florissant, les neuf dixièmes des richesses de cette nation, ou des productions qu’elle consomme, appartiennent à la classe marchande, qui les a acquis, par son travail et par son industrie, sur les peuples étrangers. Si cette classe ne payait pas de subsides, ceux qui seraient payés par les propriétaires ne suffiraient pas aux dépenses publiques. Il faut donc qu’elle contribue pour neuf dixièmes, lorsque les propriétaires contribueront pour un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cependant, lorsque cette classe paie neuf dixièmes, c’est qu’elle les fait payer aux peuples dont elle est commissionnaire ; et, par conséquent, les dépenses publiques d’une nation marchande sont payées, pour la plus grande partie, par des propriétaires | des terres dans les pays étrangers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette nation fait fort bien d’exiger des subsides de ses trafiquants, puisqu’elle n’a pas d’autre moyen de fournir aux dépenses publiques. Elle fait d’autant mieux, que ce ne sont pas ses propriétaires qui paient pour ses trafiquants : ce sont les propriétaires des autres nations. C’est sur eux proprement qu’elle fait retomber les impôts : c’est avec leurs productions qu’elle subsiste ; et elle met à contribution tous les peuples pour qui elle fait le trafic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Telle est à-peu-près la situation de la Hollande. Ainsi, parce que, dans cette république, l’industrie paie des subsides, il n’en faudrait pas conclure qu’elle doive, en France, payer des impôts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, dira-t on, est-ce qu’il ne peut pas y avoir en France, comme en Hollande, des trafiquants qui mettent à contribution les propriétaires des nations étrangères ? Il y aura donc, pour la France, le même avantage que pour la Hollande, à imposer ses trafiquants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je réponds qu’en France les trafiquants commenceront par mettre à contribution les propriétaires nationaux : c’est à ces propriétaires qu’ils feront payer la plus grande partie de l’impôt mis sur l’industrie ; et, par conséquent, ils ne le paieront pas eux-mêmes. J’avoue que quelques-uns en feront payer une partie aux propriétaires étrangers, mais cet avantage ne serait pas une raison pour imposer les trafiquants Français.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si la Hollande impose ses trafiquants, ce n’est pas parce qu’elle y trouve l’avantage de mettre à contribution les nations étrangères, c’est parce qu’elle ne peut pas faire autrement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En effet, on conviendra que cette république aurait un commerce bien plus florissant si elle pouvait exempter de toute taxe ceux qui le font. Elle ne le peut pas : elle est forcée à exiger des subsides de la part de ses trafiquants. Elle y est forcée par sa constitution même, qui est une suite nécessaire de sa position : en un mot, elle y est forcée, parce que les subsides, s’ils n’étaient pris que sur les terres, ne suffiraient pas aux dépenses publiques. L’impôt sur l’industrie est donc chez elle un vice inhérent à la constitution de l’État, et il faut qu’elle subsiste avec ce vice. Tel est le sort d’une nation qui n’a qu’une richesse précaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais la France n’est pas forcée à mettre des impôts sur l’industrie : la France, dis-je, où la classe des propriétaires a toutes les richesses, et des richesses qui seraient bien surabondantes si les terres étaient mieux cultivées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	La France est riche en productions, et le surabondant de ces productions est le fonds avec lequel ses marchands font le commerce. Ils exportent ce surabondant qui nous serait inutile : ils l’échangent, et, en nous apportant des productions utiles, ils augmentent la masse de nos richesses. Mettons des impôts sur nos trafiquants, ils vendront à plus haut prix le surabondant qu’ils exporteront, ils en vendront moins, par conséquent, et ils nous rapporteront, en échange, une moindre quantité de marchandises étrangères, dont le prix haussera pour nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors nous serons moins riches, parce que le surabondant, qui cessera de se consommer, cessera de se reproduire, et que nous serons privés des richesses qu’il nous aurait procurées par des échanges.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’impôt sur l’industrie, toujours illusoire, puisque, dans toutes les suppositions, il retombe toujours sur les propriétaires, est donc un vice qui ne doit être souffert que lorsqu’il tient à la constitution même, et qu’il ne peut être extirpé. Il diminue nécessairement la consommation ; et, en diminuant la consommation, il empêche la reproduction. Il tend donc à détériorer l’agriculture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du luxe|Chapitre 27 : Du luxe]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Des richesses respectives des nations|Chapitre 29 : Des richesses respectives des nations]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De l&#039;emploi des hommes dans une société aux mœurs simples</title>
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		<updated>2014-01-31T11:44:26Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De l&#039;emploi des terres|Chapitre 25 : De l&#039;emploi des terres]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du luxe|Chapitre 27 : Du luxe]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|26. DE L&#039;EMPLOI DES HOMMES DANS UNE SOCIÉTÉ QUI A DES MŒURS SIMPLES}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En Amérique, dans des terres abandonnées à leur fécondité naturelle, et couvertes de forêts, il faut, à la subsistance d’un sauvage, le produit de quatre-vingts ou cent arpens, parce que les animaux, dont il fait sa principale nourriture, ne peuvent pas se multiplier beaucoup dans des bois où ils trouvent peu de pâturages, et que d’ailleurs les sauvages détruisent plus qu’ils ne consomment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	À ces vastes pays presque déserts, nous pouvons opposer celui de notre peuplade, lorsque le nombre des hommes était égal au nombre des arpens. Voilà les deux extrêmes de la population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Cette peuplade a, sur une horde sauvage, l’avantage de trouver l’abondance dans les lieux où elle s’est fixée : mais elle a besoin de plusieurs arts pour sortir de l’état grossier où elle se trouve d’abord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je n’entreprendrai pas d’expliquer comment elle en fera la découverte : cette recherche n’est pas de mon sujet. Je passe aux temps où elle connaîtra ceux qui remontent à la plus haute antiquité : l’art de moudre le froment et d’en faire du pain ; l’art d’élever des troupeaux ; l’art de former des tissus avec la laine des animaux, avec leur poil, avec le coton, le lin, etc., enfin un commencement d’architecture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Alors elle trouve, dans le pain, une nourriture plus délicate que dans le blé qu’elle mangeait auparavant tel qu’elle l’avait récolté. Elle a, dans le lait de ses troupeaux et dans leur chair, un surcroît de nourriture qui la fait subsister avec plus d’aisance. Les étoffes ou tissus dont elle s’habille garantissent mieux des injures de l’air que des peaux grossièrement cousues ensemble ; et elles sont d’autant plus commodes qu’elles ont une souplesse qui laisse au corps la liberté de tous ses mouvements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Enfin ses bâtiments, plus solides et plus grands, sont un abri plus sûr pour les choses qu’elle veut conserver, et elle y trouve plus de commodités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Quand les étoffes sont commodes et durables, il importe peu qu’elles soient travaillées avec plus de finesse : si la nourriture est abondante et saine, il serait peut-être dangereux qu’elle devînt plus délicate ; et, lorsque des bâtiments solides sont assez grands pour loger une famille, et renfermer toutes les choses dont elle a besoin, est-il absolument nécessaire d’y trouver toutes les commodités dont un peuple amolli s’est fait autant d’habitudes ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Entre une vie grossière et une vie molle, je voudrais distinguer une vie simple, et en déterminer l’idée, s’il est possible, avec quelque précision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je me représente une vie grossière dans le premier état où a été notre peuplade : je me représente une vie molle dans ces temps où les excès en tous genres ont corrompu les mœurs. Ces extrêmes sont faciles à saisir. C’est entre l’un et l’autre que nous devons trouver la vie simple. Mais où commence-t-elle et où finit-elle ? Voilà ce qu’on ne peut montrer qu’à-peu-près.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous passons de la vie grossière à la vie simple, et de la vie simple à la vie molle par une suite de ces choses que l’habitude nous rend nécessaires, et que, par cette raison, j’ai appelé de seconde nécessité. Il faut donc que les arts fassent quelques progrès pour nous tirer d’une vie grossière ; et il faut qu’ils s’arrêtent après quelques progrès, pour nous empêcher de tomber dans une vie molle. Le passage de l’une à l’autre est insensible, et ce n’est jamais que du plus au moins que la vie simple s’éloigne d’un des extrêmes, comme ce n’est jamais que du plus au moins qu’elle s’approche de l’autre. Il n’est donc pas possible d’en parler avec une exacte précision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est aisé de se représenter ce que c’était que la vie simple, lorsque les hommes avant de s’être rassemblés dans les villes, habitaient les champs qu’ils cultivaient. Alors, quelques progrès qu’eussent faits les arts, tous se rapportaient à l’agriculture, qui était le premier art, l’art estimé par-dessus tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or, tant que l’agriculture a été regardée comme le premier art, comme celui auquel tous les autres doivent se rapporter, les hommes, bien loin de pouvoir s’amollir, ont été nécessairement sabres et laborieux. Le gouvernement, simple alors, demandait peu de lois, et n’engageait pas dans de longues discussions. Les affaires entre particuliers, mises en arbitrages, avaient pour juges les voisins dont l’équité était reconnue. Les intérêts généraux se traitaient dans l’assemblée des pères de famille ou des chefs qui les représentaient ; et l’ordre se maintenait en quelque sorte de lui-même chez un peuple qui avait peu de besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà la vie simple : elle se reconnaît sensiblement à l’emploi des hommes, dans une société agricole qui se maintient avec peu de lois. Cette simplicité subsistera tant que les citoyens ne seront qu’agriculteurs ; et il s’en conservera quelques restes dans tous les temps où l’agriculture sera en quelque considération parmi eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Après la fondation des villes, le gouvernement ne pouvait plus être aussi simple, et les désordres commencèrent. Les propriétaires, comme plus riches, se trouvèrent saisis de la principale autorité, ils paraissaient y avoir plus de droit, parce qu’étant maîtres des terres, ils avaient un plus grand intérêt au bien général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tous voulaient avoir la même part à la puissance, et tous cependant ne le pouvaient pas. Les richesses donnaient l’avantage aux uns, plus d’adresse ou plus de talents le donnaient aux autres ; et, dans ce conflit, l’autorité devait être flottante, jusqu’à ce qu’un chef de parti s’en fût saisi, ou que la nation, assemblée, eût donné une forme au gouvernement. C’est alors qu’on créa un sénat pour veiller aux intérêts de tous ; et on lui donna un chef avec le nom de roi, nom qui devint ce que nous appelons un titre, lorsque la royauté se fut arrogé la plus grande puissance. Mais les rois, dans les commencements, n’ont eu qu’une autorité bien limitée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Sous cette nouvelle forme de gouvernement, il n’y avait encore qu’un petit nombre de lois, et ce petit nombre est une preuve de la simplicité des mœurs. C’est dans les temps de corruption que les lois se multiplient. On en fait continuellement, parce qu’on en sent continuellement le besoin, et il semble qu’on en fait toujours inutilement : car elles tombent bientôt en désuétude, et on est sans cesse obligé d’en refaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On juge avec raison que, lorsqu’une nation n’est recherchée, ni dans sa nourriture, ni dans son habillement, ni dans son logement, il suffit, pour la faire subsister dans l’abondance et dans l’aisance, d’employer le quart des citoyens aux travaux journaliers de la cultivation et des arts grossiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Un autre quart, ou à-peu-près, sont trop jeunes ou trop vieux pour contribuer, par leur travail, aux avantages de la société. Il en resterait donc la moitié qui serait sans occupation. C’est cette moitié qui se retire dans les villes. Elle comprend les propriétaires, qui se trouvent naturellement chargés des principaux soins du gouvernement, les marchands qui facilitent le plus grand débit de toutes les choses nécessaires à la vie ; et les artisans qui travaillent avec plus d’art les matières premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Si les arts restent dans cet état, où le travail d’un quart des citoyens suffit à la subsistance de tous, la plupart de ceux qui n’auront point de terres en propriété seront dans l’impuissance de subsister, puisqu’ils seront sans occupations, et ce serait le plus grand nombre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	On ne peut pas ne pas reconnaître que ce ne fût là une source de désordres. Or, s’il importe d’un côté que chaque citoyen puisse vivre de son travail, il est certain de l’autre qu’on ne pourra donner de l’occupation à tous, qu’autant que les arts auront fait de nouveaux progrès. Il est donc de l’intérêt de la société que ces progrès se fassent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les artisans, qui réussissent dans ces arts perfectionnés, font du linge plus fin, de plus beau drap, des vases d’une forme plus commode, des instruments plus solides ou plus utiles, des ustensiles de toutes espèces, propres à de nouveaux usages, ou plus propres aux anciens que ceux dont on se servait. Tous ces arts, tant qu’on n’y mettra point trop de recherches, se concilieront avec la simplicité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce que j’appelle recherches peut se trouver dans les matières premières et dans le travail : dans les matières premières, lorsqu’on préfère celles qu’on tire de l’étranger, uniquement parce qu’elles sont plus rares, et sans y trouver d’ailleurs aucun avantage : dans le travail, lorsqu’on préfère un ouvrage plus fini, quoiqu’il n’en soit ni plus solide, ni plus utile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or, dès qu’il y aura moins de recherches dans les matières premières et dans le travail, les ouvrages en seront à moins haut prix. Dès que les ouvrages seront à moins haut prix, ils seront plus proportionnés aux facultés des citoyens. L’usage n’en sera donc interdit à aucun d’eux : tous en jouiront, ou se flatteront au moins d’en pouvoir jouir. Ce sont surtout les jouissances exclusives qui font disparaître la simplicité. Quand on commence à croire qu’on en vaut mieux, parce qu’on jouit des choses dont les autres ne jouissent pas, on ne cherche plus à valoir que par ces sortes de choses : on croit se distinguer en affectant d’en jouir, lors même qu’on n’en sent plus la jouissance ; et on cesse d’être simple, non seulement parce qu’on n’est pas comme les autres, mais encore parce qu’on veut paraître ce qu’on n’est pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tel est donc l’emploi des hommes chez notre peuplade. Elle a des magistrats qu’elle a chargés des soins du gouvernement, des laboureurs qui cultivent les terres, des artisans pour les arts grossiers, d’autres artisans pour les arts perfectionnés, et des marchands qui mettent tous les citoyens à portée des choses à leur usage. Tout le monde travaille à l’envie dans cette société ; et, parce que chacun a le choix de ses occupations, et jouit d’une liberté entière, le travail de l’un ne nuit point au travail de l’autre. La concurrence, qui distribue les emplois, met chacun à sa place : tons subsistent, et l’État est riche des travaux de tous. Voilà le terme où les arts doivent tendre, et où ils devraient s’arrêter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En effet, si, pour faire de nouveaux progrès, ils mettent trop de recherches dans les choses d’usage ; s’ils nous font un besoin d’une multitude de choses qui ne servent qu’à la magnificence ; s’ils nous en font un autre d’une multitude de frivolités, c’est alors que les citoyens, bien loin de contribuer par leurs travaux à élever et à consolider l’édifice de la société, paraissent au contraire le saper par les fondements. Le luxe, dont nous allons traiter, enlevera les artisans aux arts les plus utiles : il enlevera le laboureur à la charrue : il fera hausser le prix des choses les plus nécessaires à la vie ; et, pour un petit nombre de citoyens qui vivront dans l’opulence, la multitude tombera dans la misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Un peuple ne sortira point de la simplicité lorsqu’au lieu de marcher pieds nus, il aura des chaussures commodes; lorsqu’aux vases de bois, de pierre, de terre, il préférera des vases plus solides, faits avec des métaux communs ; lorsqu’il se servira de linge ; lorsque ses vêtements seront d’une forme plus propre aux usages auxquels il les destine ; lorsqu’il aura des ustensiles de toutes espèces, mais d’un prix proportionné aux facultés de tous : en un mot, il n’en sortira point, lorsque, dans les arts qu’il crée ou qu’il perfectionne, il ne cherchera que des choses d’un usage commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Concluons que, puisque dans une société tous les citoyens doivent être occupés, il est avantageux ou même nécessaire que les arts fassent assez de progrès pour fournir de l’occupation à tous. Ce sont les choses dont l’usage fait sentir la nécessité qui doivent être la règle de l’emploi des hommes, et procurer aux uns les moyens de subsister en travaillant, sans exposer les autres à tomber dans la mollesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le sujet de ce chapitre s’éclaircira encore dans le suivant, où nous traiterons du luxe, c’est-à-dire, d’un genre de vie qui est le plus éloigné de la simplicité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De l&#039;emploi des terres|Chapitre 25 : De l&#039;emploi des terres]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Du luxe|Chapitre 27 : Du luxe]]}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<id>https://www.librairal.org/index.php?title=%C3%89tienne_Bonnot_de_Condillac:Le_Commerce_et_le_gouvernement_consid%C3%A9r%C3%A9s_relativement_l%E2%80%99un_%C3%A0_l%E2%80%99autre_-_Comment_les_productions_se_r%C3%A8glent_d%27apr%C3%A8s_les_consommations&amp;diff=114141</id>
		<title>Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Comment les productions se règlent d&#039;après les consommations</title>
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		<updated>2014-01-31T11:34:16Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Navigateur|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Le blé considéré comme mesure des valeurs|Chapitre 23 : Le blé considéré comme mesure des valeurs]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;—&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - De l&#039;emploi des terres|Chapitre 25 : De l&#039;emploi des terres]]}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|[[Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]]|[[Étienne Bonnot de Condillac]]|24. COMMENT LES PRODUCTIONS SE RÈGLENT D&#039;APRÈS LES CONSOMMATIONS}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Après avoir expliqué tout ce qui a rapport au vrai prix des choses, je me propose d’observer la cause des progrès de l’agriculture et des arts, l’ emploi des terres, l’emploi des hommes, le luxe, les revenus publics et les richesses respectives des nations. Voilà l’objet des chapitres par où je terminerai cette première partie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le besoin que les citoyens ont les uns des autres les met tous dans une dépendance mutuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Maîtres des terres, les propriétaires le sont de toutes les richesses qu’elles produisent. À cet égard, il paraît qu’ils sont indépendants, et que le reste des citoyens dépend d’eux. En effet tous sont à leurs gages : c’est avec le salaire qu’ils paient que subsistent les fermiers, les artisans, les marchands, et voilà pourquoi les écrivains économistes les jugent indépendants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais, si les terres n’étaient pas cultivées, les matières premières manqueraient aux artisans, les marchandises manqueraient aux commerçants, les productions de toutes espèces manqueraient aux propriétaires, et le pays ne suffirait pas à la subsistance de ses habitants. Il n’y aurait plus proprement ni artisans ni marchands. ni propriétaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les fermiers, comme première cause des productions, paraissent donc à leur tour tenir tous les citoyens dans leur dépendance. C’est leur travail qui les fait subsister. Cependant, si les matières premières n’étaient pas travaillées, l’agriculture et tous les arts manqueraient des instruments les plus nécessaires. Il n’y aurait plus d’arts, par conséquent, et la société serait détruite, ou réduite à un état misérable. Tous les citoyens sont donc encore dans la dépendance des artisans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Notre peuplade n’avait pas besoin de marchands lorsque les colons, seuls propriétaires des terres, habitaient les champs qu’ils cultivaient. Alors chacun pouvait, par des échanges avec ses voisins, se procurer les choses dont il manquait. Tantôt on achetait une denrée qu’on n’avait pas avec le surabondant d’une autre : tantôt, avec ce même surabondant, on payait à un artisan la matière première qu’il avait travaillée. Ces échanges se faisaient sans monnaie, et on ne songeait pas encore aux moyens d’apprécier exactement la valeur des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mais à mesure que les propriétaires s’établissent dans les villes, il leur est d’autant plus difficile de se procurer toutes les choses dont ils manquent, qu’ils font alors de plus grandes consommations. Il faut donc qu’il s’établisse des magasins où ils puissent se pourvoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ces magasins ne sont pas moins nécessaires aux artisans qui, d’un jour à l’autre, ont besoin de matières premières, et qui ne peuvent pas, à chaque fois, les aller acheter dans les campagnes souvent éloignées. Enfin ils le sont aux fermiers à qui il importe, toutes les fois qu’ils viennent à la ville, de vendre promptement leurs productions, et d’acheter en même temps tous les ustensiles dont ils ont besoin. Voilà l’époque où tous les citoyens tombent dans la dépendance des marchands, et où les choses commencent à avoir une valeur appréciée par une mesure commune.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tel est en général le caractère des hommes : celui de qui on dépend veut s’en prévaloir, et tous seroient despotes s’ils le pouvaient. Mais quand, à différents égards, la dépendance est mutuelle, tous sont forcés de céder les uns aux autres, et personne ne peut abuser du besoin qu’on a de lui. Ainsi les intérêts se rapprochent, ils se confondent, et, quoique les hommes paraissent tous dépendants, tous, dans le fait, sont indépendants. Voilà l’ordre : il naît des intérêts respectifs et combinés de tous les citoyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Parmi ces intérêts respectifs et combinés, il y en a un qui paraît le mobile de tous les autres : c’est celui des propriétaires. Comme les plus grandes consommations se font dans les villes, et qu’ils y ont eux-mêmes la plus grande part, leur goût sera la règle des fermiers, des artisans et des marchands. On cultivera, par préférence, les denrées dont ils aiment à se nourrir, on travaillera aux ouvrages dont ils sont curieux, et on mettra en vente les marchandises qu’ils recherchent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il est naturel que cela arrive. Puisque les propriétaires, comme maîtres des terres, sont maîtres de toutes les productions, eux seuls peuvent payer le salaire qui fait subsister le fermier, l’artisan et le marchand. Tout l’argent, qui doit circuler, et qui, par conséquent, doit être le prix de tous les effets commerçables, est originairement à eux. Ils le reçoivent de leurs fermiers, et ils le dépensent comme il leur plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Il faut que cet argent retourne aux fermiers, soit immédiatement lorsqu’ils vendront eux-mêmes aux propriétaires, soit médiatement lorsqu’ils vendront à l’artisan ou au marchand, à qui les propriétaires auront donné, pour salaire, une partie de cet argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or cette circulation sera rapide, si les fermiers, les artisans et les marchands étudient les goûts des propriétaires, et s’y conforment. Ils le feront, puisque c’est leur intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Supposons que, de génération en génération, les propriétaires se sont fait une habitude des mêmes consommations ; nous en conclurons que, tant qu’il n’y a pas eu de variations dans leurs goûts, on a cultivé les mêmes productions, travaillé aux mêmes ouvrages, et fait la même espèce de commerce.&lt;br /&gt;
	Voilà l’état par où notre peuplade a dû passer. Accoutumée à une vie simple, elle se sera long-temps contentée des premières productions qu’elle aura eu occasion de connaître, et il n’y en aura pas eu d’autres dans le commerce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Plus recherchée dans la suite, elle variera dans ses goûts, préférant dans un temps ce qu’elle aura rejeté, et rejetant dans un autre ce qu’elle aura préféré. Mais alors les choses qu’elle recherche le plus ne seraient pas en proportion avec le besoin qu’elle s’en fait, si les fermiers, les artisans et les marchands ne s’occupaient pas à l’envie des moyens de suppléer au surcroît de cette espèce de consommation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Or ils ont un intérêt à s’en occuper ; car, dans les commencements, ces choses n’étant pas assez abondantes, elles sont à un plus haut prix, ils peuvent donc compter sur un salaire plus fort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ils ne se contenteront pas même d’observer ces variations qui leur procurent de nouveaux profits. Dès qu’ils auront remarqué qu’elles sont possibles, ils mettront toute leur industrie à les faire naître, et il se fera une révolution dans le commerce, dans les arts et dans l’agriculture. Auparavant les consommations se réglaient d’après les productions ; alors les productions se régleront d’après les consommations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le commerce, plus étendu, embrassera un plus grand nombre d’objets. Il réveillera l’industrie des artisans et des cultivateurs, et tout prendra une nouvelle vie. Mais cela n’est vrai que dans la supposition où le commerce serait parfaitement libre. S’il ne l’était pas, il dégénérerait bientôt en un état de convulsion, qui, faisant hausser et baisser sans règles le prix des choses, ferait faire mille entreprises ruineuses pour quelques-unes qui réussiraient, et répandrait le désordre dans les fortunes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Notre peuplade n’en est pas encore là. Son commerce, que je suppose renfermé dans ses possessions, doit naturellement produire l’abondance. Il en ouvre toutes les sources, il les répand ; et les champs, auparavant stériles, sont cultivés et deviennent fertiles. Il est certain que, tant que son commerce se soutient par les seules productions de son sol, la multitude des consommations, soit en denrées, soit en matières premières, ne peut qu’inviter les fermiers à tirer de ce sol toutes les richesses qu’il renferme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà les effets d’un commerce intérieur et libre. Un peuple alors est véritablement riche, parce que ses richesses sont à lui, et ne sont qu’à lui. C’est dans ses possessions uniquement qu’il en trouve toutes les sources, et c’est son travail seul qui les dirige.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les consommations, multipliées tout-à-la-fois par les goûts nouveaux et par les goûts renaissants, doivent donc multiplier les productions tant qu’il reste des terres à cultiver, ou des terres à mettre en plus grande valeur. Jusques-là les richesses iront toujours en croissant, et elles n’auront un terme que dans les derniers progrès de l’agriculture. Heureux le peuple libre, qui, riche de son sol, ne serait pas à portée de commercer avec les autres !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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