Différences entre les versions de « Étienne Bonnot de Condillac:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre - Atteintes portées au commerce : police sur l’exportation et l’importation des grains »

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Puisque, dans cette monarchie, la police variait, suivant les circonstances qui ne cessent point de varier, les prohibitions et les permissions ne pouvaient être que passagère. On permettait d’exporter avec la clause ; jusqu’à ce qu’il en soit ordonné autrement, lorsque les bleds baissaient de prix ; et lorsqu’ils haussaient on permettait d’importer, toujours avec la clause, jusqu’à ce qu’il en soit ordonné autrement. cette clause était nécessaire, puisque les circonstances pouvaient varier d’un jour à l’autre ; et elles devaient varier, sans qu’il fût possible au gouvernement d’en prévoir les variations, parce qu’il dépendait des monopoleurs de faire baisser le prix des grains, lorsqu’ils voulaient importer, et de le faire hausser, lorsqu’ils voulaient exporter.
Puisque, dans cette monarchie, la police variait, suivant les circonstances qui ne cessent point de varier, les prohibitions et les permissions ne pouvaient être que passagère. On permettait d’exporter avec la clause ; jusqu’à ce qu’il en soit ordonné autrement, lorsque les bleds baissaient de prix ; et lorsqu’ils haussaient on permettait d’importer, toujours avec la clause, jusqu’à ce qu’il en soit ordonné autrement. cette clause était nécessaire, puisque les circonstances pouvaient varier d’un jour à l’autre ; et elles devaient varier, sans qu’il fût possible au gouvernement d’en prévoir les variations, parce qu’il dépendait des monopoleurs de faire baisser le prix des grains, lorsqu’ils voulaient importer, et de le faire hausser, lorsqu’ils voulaient exporter.


Mais quand l’exportation était permise pour un temps incertain, on ne savait pas dans l’intérieur de la monarchie, si on pourrait exporter avant que la permission eût été révoquée ; par conséquent il y avait des risques à prendre des mesures pour exporter ; et ceux qui ne voulaient pas les courir, ne voyaient dans la permission que l’équivalent d’une prohibition. Les provinces intérieures ne profitaient donc pas des débouchés, qu’on paraissait leur fermer presque aussi-tôt qu’on les leur avait ouverts.
Mais quand l’exportation était permise pour un temps incertain, on ne savait pas dans l’intérieur de la monarchie, si on pourrait exporter avant que la permission eût été révoquée ; par conséquent il y avait des risques à prendre des mesures pour exporter ; et ceux qui ne voulaient pas les courir, ne voyaient dans la permission que l’équivalent d’une prohibition. Les provinces intérieures ne profitaient donc pas des débouchés, qu’on paraissait leur fermer presque aussitôt qu’on les leur avait ouverts.


Sur les frontières, les marchands, qui prévoyaient une nouvelle prohibition, se hâtaient de faire passer leurs bleds chez l’étranger. Ils établissaient leurs magasins au dehors, afin de les soustraire à la police. Alors les bleds haussaient subitement de prix, parce que l’exportation se faisait coup sur coup et en grande quantité.
Sur les frontières, les marchands, qui prévoyaient une nouvelle prohibition, se hâtaient de faire passer leurs bleds chez l’étranger. Ils établissaient leurs magasins au dehors, afin de les soustraire à la police. Alors les bleds haussaient subitement de prix, parce que l’exportation se faisait coup sur coup et en grande quantité.
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Enfin ces permissions passagères étaient d’autant plus préjudiciables, que, dans la crainte d’une prohibition, le cultivateur se pressait de vendre ; et, par conséquent, il vendait mal, ou à trop bas prix.
Enfin ces permissions passagères étaient d’autant plus préjudiciables, que, dans la crainte d’une prohibition, le cultivateur se pressait de vendre ; et, par conséquent, il vendait mal, ou à trop bas prix.


Cependant tout le bled surabondant avait été exporté, lorsqu’on fit une récolte qui ne suffisait pas à la consommation. Alors le gouvernement défendit l’exportation, et il permit l’importation, toujours avec la clause qui en rendait la durée incertaine. Aussi-tôt les marchands nationaux, qui se félicitaient d’avoir fait passer leurs bleds chez l’étranger, se hâtent de les faire revenir à diverses reprises, mais à chaque fois en petite quantité ; et on rachete d’eux fort cher ce qu’on leur avait vendu bon marché.
Cependant tout le bled surabondant avait été exporté, lorsqu’on fit une récolte qui ne suffisait pas à la consommation. Alors le gouvernement défendit l’exportation, et il permit l’importation, toujours avec la clause qui en rendait la durée incertaine. Aussitôt les marchands nationaux, qui se félicitaient d’avoir fait passer leurs bleds chez l’étranger, se hâtent de les faire revenir à diverses reprises, mais à chaque fois en petite quantité ; et on rachete d’eux fort cher ce qu’on leur avait vendu bon marché.


La cherté dura. Ils la maintenaient, parce qu’ils étaient seuls vendeurs. L’étranger ne vint point, soit que n’ayant pas eu le temps de prendre ses mesures pour faire des envois, il craignit de n’arriver qu’après que l’importation aurait été prohibée, soit qu’il appréhendât d’être forcé, par quelque coup d’autorité, à laisser ses bleds à bas prix.
La cherté dura. Ils la maintenaient, parce qu’ils étaient seuls vendeurs. L’étranger ne vint point, soit que n’ayant pas eu le temps de prendre ses mesures pour faire des envois, il craignit de n’arriver qu’après que l’importation aurait été prohibée, soit qu’il appréhendât d’être forcé, par quelque coup d’autorité, à laisser ses bleds à bas prix.
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