Différences entre les versions de « Charles Gave:Tout commence par un coup de foudre »

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::'''Je''' suis le vrai cep et mon père est le vigneron : tout sarment qui est en '''moi''' et ne porte pas de fruit, il le retranche.
::'''Je''' suis le vrai cep et mon père est le vigneron : tout sarment qui est en '''moi''' et ne porte pas de fruit, il le retranche.
::Celui qui demeure en '''moi''' et en qui '''je''' demeure porte beaucoup de fruits.
::Celui qui demeure en '''moi''' et en qui '''je''' demeure porte beaucoup de fruits.
Le message est d'une éloquente simplicité : l’amour va d’''une'' personne à ''une'' autre.
C’est tout.
Il n’y a pas d’amour ''collectif''.
Il n’y a pas d’amour de l’''humanité'', avec un grand H.
Il n’y a que l’amour qui va du Christ à un homme ou à une femme ; d’un homme ou d’une femme au Christ ; ou d’un homme, d'une femme à un autre homme, à une autre femme.
::Un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho tomba au milieu des voleurs.
::Ils le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s’en allèrent le laissant à demi-mort.
::Par hasard un prêtre descendait par ce chemin. Il  vit le malheureux et passa de l'autre côté, outre
::De même un lévite arriva à cet endroit.
::Il le vit et passa de l'autre côté.
::Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de lui ;
::Il le vit et fut pris de pitié.
::Il s'approcha, pansa ses plaies en y versant de l'huile et du vin,
::Puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui.
::Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent et les donna à l'aubergiste, en lui disant :
::"prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai".
Il n’existe de responsabilité, d’amour ou de morale qu’individuel.
Je n'ai pas le moindre doute que le prêtre et le lévite aient fait partie de toutes les organisations charitables locales pour lutter contre la faim dans le monde ou le déboisement de l’Amazonie. Nul doute qu’ils n’aient donné tous les deux au Téléthon…
Ce qui d'ailleurs prenait tout leur temps et les empêchait de se consacrer aux petits vieux qui, l'été, crevaient de chaud à leurs côtés. A ce moment-là, on ne leur en voudra pas, ils étaient en vacances, ou en voyage d’affaires.
Heureusement, pour le pauvre voyageur, le Samaritain, n’était pas, lui, un homme occupé ou important…
Ce que nous dit le Christ, encore et encore, c’est qu’il n’y a de morale "qu’individuelle ".
Il n’y a d’amour qu’individuel.
Voilà la loi du Seigneur.
• Il n’y a pas d’amour collectif,
• Il n’y a pas de responsabilité collective,
• Il n’y a pas de morale collective
La conséquence logique est ''effrayante'' : nous serons jugés ''un par un'', et non pas collectivement.
Le "jugement de l’Histoire ", si cher à nos politiques, aux yeux de Dieu est une foutaise.
::A quoi sert à un homme d’avoir conquis le monde
::s’il a perdu la vie ?
Et notre responsabilité individuelle sera jugée en fonction de ce que chacun d’entre nous aura reçu.
L'injonction tombe comme un couperet :
::On exigera beaucoup de celui à qui l’on aura beaucoup donné.
::Et plus on aura confié à quelqu’un plus on lui redemandera…
::Vous, de même quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites :
::'''"Nous sommes des serviteurs inutiles.'''
::'''Nous n’avons fait que ce que nous devions faire".'''
Phrases terribles, s’il en fût.
D’elles sont nées toute la ''tension créatrice'' qui a mené le monde européen pendant vingt siècles.
Il est relativement facile de se dire bon musulman ou bon juif, il suffit de respecter dans le détail la loi, telle qu’elle est énoncée dans leur Livre.
Or, nul ne peut se dire en ''conscience'', un "''bon chrétien'' ".
Les Evangiles ne sont pas un livre, mais une rencontre avec une Personne, à la fois exigeante, remplie de compassion et qui ne précise ''jamais'' ce qu’Elle attend de nous !
De quoi devenir fou, ou saint… d'ailleurs et assez souvent les deux à la fois.
Car quand on aime, on ne peut jamais donner assez à ceux que l’on aime
::Celui qui n’a pas '''tout''' donné n’a rien donné…
Mais qu’est ce que « tout » ?
A ce stade de notre réflexion, je crois qu'il devient nécessaire d’expliquer pourquoi la religion chrétienne est fondamentalement différente des autres.
Toute religion a, me semble-t-il,  trois axes de développement et d’approfondissement possibles, que chacun suivra selon ses propres préférences :
 la relation verticale à Dieu. C'est le judaïsme.
 la relation intérieure avec soi-même. C'est le bouddhisme.
 la relation horizontale avec les autres. C'est le confucianisme.
L’essence de la religion musulmane et de la religion juive est la même<ref>Les pratiques ont cependant fort différentes, le message de la Torah reste ouvert a l’interprétation des générations successives et donc n’est pas clos, mais ouvert, ce qui n’est pas le cas du Coran.</ref> : un monothéisme absolu régissant la relation avec Dieu, et
un ensemble de règles très précises contrôlant les rapports soit avec les autres, soit avec soi-même.
Il en va tout différemment dans la religion chrétienne. Ces trois fonctions "fusionnent" en une ''personne'' : Jésus.
C’est pourquoi, l’une des plus grandes erreurs de notre temps est, je pense, de réunir sous la même bannière, ce qu’il est convenu d’appeler les religions du Livre.
La religion chrétienne ne repose pas sur un livre, mais sur un homme, sur ''un individu''.
Mahomet a beaucoup emprunté à la Torah et à l’Ancien Testament. Il n’a rien emprunté au Nouveau Testament, et surtout pas cette notion d’individualisme forcené qui en est la trame.
L’essence de la religion chrétienne n’est ni de demander l’adhésion mécanique à une règle ni d'imposer que l'on adore son maître comme le fait un chien ; c'est l'exercice plein et entier du libre arbitre<ref>L’Eglise catholique avait perdu de vue cette réalité. D’où la Réforme. </ref>.
Car, nous le savons tous, l’amour ne se conçoit que libre.
Dieu veut être aimé par ''chacun'' d’entre nous, ''librement''.
Chacun d’entre nous est ''libre'' de ses choix, ''à tout moment''. Ayant choisi, il demeure mortellement inquiet, car au fond de lui même, " nul ne sait ce qui lui a été donné… " .
L’essence de cette parole, c’est que non seulement nous sommes libres de faire nos choix ''moraux'', mais que ces choix peuvent –  et vont sans doute – nous mettre en ''conflit'' avec tous nos proches. Ce qui est en rupture ''totale'' avec tous les tribalismes et tous les communautarismes.
::Ne pensez pas que je suis venu apporter la paix sur terre ;
::Je suis venu apporter, non la paix mais l’épée :
::Je suis venu mettre le fils contre son père, et la fille contre sa mère
::On aura pour ennemis les gens de sa propre maison.
::Celui qui aime son père plus que moi, n’est pas digne de moi…
::Celui qui sauvera sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie
::A cause de moi, la retrouvera.
On songe à Sainte Jeanne de Chantal, marchant sur le corps de ses enfants qui s’étaient mis en travers de la porte pour l’empêcher de quitter sa maison.
Elle voulait fonder un ordre monastique, ce qu’elle fit…
Le message des Evangiles est un cri d’''individualisme libérateur'', et certainement pas un appel à l’on ne sait quel communautarisme.
Nous sommes libres de nos choix, et donc responsables.
Et nos choix sont plus importants, oh combien, que nos attachements…
Comme l’a résumé Jean Paul II dans l’une de ces encycliques : "La liberté, c’est de ''pouvoir'' et de ''vouloir'' faire ce que l’on ''doit'' faire. "
En conséquence, toute liberté individuelle s’organise autour de ces trois composantes d’origine chrétienne :
• La ''possibilité'' d’exercer son choix qui dépend de l’environnement en général, du pouvoir politique en particulier. Sur ce sujet, les Evangiles ont aussi beaucoup à dire, et nous y reviendrons.
• La ''volonté'' de l’exercer, ce qui suppose du caractère en face des épreuves. Nous y reviendrons également.
• Enfin la capacité morale à juger de ce qui est nécessaire. Cette capacité ressort simplement de notre acuité individuelle, de notre courage à différencier le vrai du faux. Là encore, les Evangiles ont beaucoup à dire.
Et puisque nous évoquons pour la première fois le pouvoir politique, il est temps d’en venir à l’idéologie qu’il nous faut pourfendre, le socialisme<ref>L’auteur a beaucoup hésité pour savoir s’il devait mettre une majuscule à socialisme.
Tous comptes faits, il a décidé que le mot ne méritait pas de majuscule.
</ref>.
Et comme nous l’avons fait pour les évangiles, revenir sur son histoire pour comprendre son essence.


== Notes et références ==  
== Notes et références ==  
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