Ken Schoolland:Les aventures de Jonathan Gullible - Chapitre 2

De Librairal
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Ken Schoolland:Les aventures de Jonathan Gullible - Chapitre 2


Anonyme


Chapitre 2 :
Les fauteurs de trouvble

Jonathan marcha pendant plusieurs heures sans remarquer aucun signe de vie. Soudain, quelque chose bougea dans le fourré et un petit animal à la queue rayée de jaune dévala sur un sentier à peine visible. "Un chat," pensa Jonathan. "Peut-être me conduira-t-il vers d'autres formes de vie." Il plongea dans le feuillage épais.

Alors qu'il venait de perdre la plage de vue et se trouvait en pleine jungle, il entendit un cri aigu. Il s'arrêta, redressa la tête et essaya de repérer l'origine du bruit. Juste devant lui, il entendit un autre appel à l'aide perçant. En grimpant à travers une masse de branches et lianes, il se fraya un chemin et déboucha sur un sentier plus large.

Au sortir d'un brusque tournant du chemin, Jonathan entra de plein fouet dans le flanc d'un grand gaillard. "Ote-toi de mon chemin, espèce d'avorton !" brailla l'homme, en le repoussant comme un moucheron. Effaré, il leva les yeux et aperçut deux hommes traînant le long du sentier une femme qui se débattait et hurlait. Le temps qu'il reprenne souffle, le trio avait disparu. Convaincu qu'il ne pourrait libérer la femme tout seul, Jonathan revint en courant sur le chemin pour chercher de l'aide.

Une clairière apparut et il vit un groupe de gens réunis autour d'un grand arbre, qu'ils frappaient avec des bâtons. Jonathan se précipita et saisit le bras d'un homme qui était certainement le surveillant. "S'il vous plaît, Monsieur, au secours, haleta Jonathan. Deux hommes ont capturé une femme et elle a besoin de notre aide !"

"Ne t'inquiète pas, dit l'homme d'un ton bourru. Cette femme venait simplement d'être arrêtée. Oublie ça et poursuis ton chemin, nous avons du travail."

"Arrêtée, dit Jonathan, encore essoufflé. Elle n'avait pas l'air, heu, d'une criminelle." Mais si c'était une criminelle se dit Jonathan, pourquoi appelait-elle à l'aide si désespérément ? "Excusez-moi, Monsieur, quel crime avait-elle commis ?"

"Quoi ?" L'homme montrait des signes d'irritation. "Bon, si tu veux vraiment le savoir, elle menaçait l'emploi de tous ceux qui travaillent ici."

"Elle menaçait l'emploi des gens ? De quelle façon ?" insista Jonathan.

En toisant l'ignorant qui l'interrogeait, le surveillant fit signe à Jonathan de venir avec lui vers un arbre sur le tronc duquel des ouvriers s'affairaient à taper comme des sourds. Il dit avec fierté : "Comme tu peux le voir, nous sommes des bûcherons. Nous abattons des arbres pour leur bois en les frappant avec ces bâtons. Il arrive parfois qu'une centaine de personnes, travaillant jour et nuit, arrivent à abattre un arbre de bonne taille en moins d'un mois." L'homme fit la moue et délogea soigneusement un grain de poussière sur la manche de son manteau bien coupé.

Il continua : "Cette femme Tirebranche est venue ce matin travailler avec une pièce de métal tranchant fixée sur son bâton. Elle a abattu un arbre en moins d'une heure - toute seule ! Tu te rends compte ! Il fallait mettre fin à une telle menace contre notre emploi traditionnel."

Jonathan écarquilla les yeux, estomaqué qu'une telle punition ait été infligée à cette femme pour sa créativité. Chez lui, tout le monde utilisait des haches et des scies pour abattre les arbres. C'était ainsi qu'il s'était procuré le bois de son propre bateau. "Mais son invention, s'exclama Jonathan, permet à des gens de toutes tailles et forces d'abattre des arbres. Est-ce que ça ne permet pas d'obtenir du bois d'oeuvre plus vite et à meilleur compte ?"

"Qu'est-ce que tu veux dire ? dit l'homme avec colère. Comment quelqu'un pourrait-il encourager une telle idée ? Ce noble travail ne peut pas être fait par n'importe quelle mauviette qui s'amène avec une brillante idée."

"Mais, Monsieur, dit Jonathan en essayant de ne pas froisser, ces bons bûcherons ont des mains et des cerveaux doués. Ils pourraient utiliser le temps gagné sur l'abattage des arbres pour faire d'autres choses. Ils pourraient faire des tables, des armoires, des bateaux, même des maisons !"

"Ecoute-moi, toi, dit l'homme d'un air menaçant, le but du travail consiste à avoir le plein et sûr emploi - pas de nouveaux produits." Le ton de sa voix se fit menaçant. "Tu m'as l'air d'une espèce de trouble-fête. Quiconque soutient cette satanée bonne femme est une source d'ennuis. D'où viens-tu ?"

Jonathan se hâta de répliquer : "Je ne connais même pas Mademoiselle Tirebranche et je ne veux pas causer d'ennuis, Monsieur. Je suis sûr que vous avez raison. Bon, il faut que je m'en aille." Sur ce, Jonathan s'en retourna d'où il venait, à toute vitesse, très mal à l'aise à la suite de sa première rencontre avec les gens de l'endroit.


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