Différences entre les versions de « Benoît Malbranque:Introduction à la méthodologie économique - Introduction »

Aller à la navigation Aller à la recherche
aucun résumé de modification
 
Ligne 12 : Ligne 12 :
Cependant, il ne m’importe pas dans ce petit livre de recenser les erreurs doctrinales ou les impasses théoriques provoquées par l’usage de méthodes inadaptées de recherche économique. A la lumière des enseignements des rares auteurs ayant travaillé sur ces questions de méthode, il s’efforce de définir les structures épistémologiques qu’il convient d’appliquer dans la recherche économique pour permettre aux analyses d’y être plus solidement fondées.
Cependant, il ne m’importe pas dans ce petit livre de recenser les erreurs doctrinales ou les impasses théoriques provoquées par l’usage de méthodes inadaptées de recherche économique. A la lumière des enseignements des rares auteurs ayant travaillé sur ces questions de méthode, il s’efforce de définir les structures épistémologiques qu’il convient d’appliquer dans la recherche économique pour permettre aux analyses d’y être plus solidement fondées.


Les questions auxquelles la méthodologie économique se donne pour mission de répondre sont classiques pour la philosophie des sciences et l’épistémologie. Pour autant, l’économiste doit reconnaître que l’objet de sa discipline l’oblige à définir une méthodologie particulière. Comme l’écrivait John Elliott Cairnes, l’un des grands méthodologistes de l’économie, « la méthode que nous utilisons dans toute recherche doit être déterminée par la nature et l’objet de cette recherche ». [1]
Les questions auxquelles la méthodologie économique se donne pour mission de répondre sont classiques pour la philosophie des sciences et l’épistémologie. Pour autant, l’économiste doit reconnaître que l’objet de sa discipline l’oblige à définir une méthodologie particulière. Comme l’écrivait John Elliott Cairnes, l’un des grands méthodologistes de l’économie, « la méthode que nous utilisons dans toute recherche doit être déterminée par la nature et l’objet de cette recherche ». <ref>John E. ''Cairnes, The Character and Logical Method of Political Economy'' (1857), Batoche Books, 2001, p. 40 </ref>


Les concepts traditionnels de la philosophie des sciences et de la logique — induction, déduction, empirisme, apriorisme, falsification poppérienne, etc. — ne peuvent donc pas être utilisés en l’économie comme ils le sont en mathématiques ou dans les sciences naturelles. Il est donc tout à fait inopportun de tourner nos regards vers l’épistémologie et les principes méthodologiques des sciences naturelles et de supposer que leur emploi pour les questions économiques puisse se faire sans difficulté. Comme nous le verrons, cela revient à oublier que l’économie est une discipline qui, essentiellement, traite d’actes économiques d’individus libres et non de matières inertes inexorablement déterminées par leur environnement naturel. Elle est essentiellement une science de l’agir humain dans le cadre d’une société d’échange monétaire, et, de ce fait, l’homme libre et agissant constitue son sujet fondamental. Les principes méthodologiques sur lesquelles la faire reposer doivent intégrer correctement ces spécificités.
Les concepts traditionnels de la philosophie des sciences et de la logique — induction, déduction, empirisme, apriorisme, falsification poppérienne, etc. — ne peuvent donc pas être utilisés en l’économie comme ils le sont en mathématiques ou dans les sciences naturelles. Il est donc tout à fait inopportun de tourner nos regards vers l’épistémologie et les principes méthodologiques des sciences naturelles et de supposer que leur emploi pour les questions économiques puisse se faire sans difficulté. Comme nous le verrons, cela revient à oublier que l’économie est une discipline qui, essentiellement, traite d’actes économiques d’individus libres et non de matières inertes inexorablement déterminées par leur environnement naturel. Elle est essentiellement une science de l’agir humain dans le cadre d’une société d’échange monétaire, et, de ce fait, l’homme libre et agissant constitue son sujet fondamental. Les principes méthodologiques sur lesquelles la faire reposer doivent intégrer correctement ces spécificités.
Ligne 22 : Ligne 22 :
Malgré son utilité, la méthodologie économique occupe une position tout à fait dérangeante, et les économistes rejettent souvent ses conclusions. Que le méthodologiste soit lui-même ou non un économiste, c’est généralement avec peu de sympathie qu’est accueilli son travail critique.  Pourtant, la méthodologie économique n’est pas un moyen détourné de remettre en cause les conclusions théoriques et pratiques auxquelles la recherche économique a abouti. Elle ne s’intéresse pas au contenu direct des théories économiques et ne se prononce pas sur leur validité. Il ne s’agit pas de dire qu’il soit inintéressant de s’interroger sur la validité des théories économiques, mais la raison d’être de la méthodologie économique ne réside pas dans cet objectif ; bien plus, elle se désintéresse explicitement de ces questions. L’une des conclusions de cet état de fait est que, dans ce livre, nous ne considérerons jamais les théories économiques qu’en tant que résultats de processus de recherche et d’étude, et ce sont ces processus que nous analyserons.  
Malgré son utilité, la méthodologie économique occupe une position tout à fait dérangeante, et les économistes rejettent souvent ses conclusions. Que le méthodologiste soit lui-même ou non un économiste, c’est généralement avec peu de sympathie qu’est accueilli son travail critique.  Pourtant, la méthodologie économique n’est pas un moyen détourné de remettre en cause les conclusions théoriques et pratiques auxquelles la recherche économique a abouti. Elle ne s’intéresse pas au contenu direct des théories économiques et ne se prononce pas sur leur validité. Il ne s’agit pas de dire qu’il soit inintéressant de s’interroger sur la validité des théories économiques, mais la raison d’être de la méthodologie économique ne réside pas dans cet objectif ; bien plus, elle se désintéresse explicitement de ces questions. L’une des conclusions de cet état de fait est que, dans ce livre, nous ne considérerons jamais les théories économiques qu’en tant que résultats de processus de recherche et d’étude, et ce sont ces processus que nous analyserons.  


Comme nous l’avons signalé, la méthodologie économique s’apparente à la philosophie des sciences et constitue une partie de la philosophie des sciences, mais elle n’est pas la philosophie des sciences à proprement parler. La méthode de recherche valable en chimie est certes intéressante à considérer à des fins comparatives, mais la science sur laquelle la méthodologie économique se penche est l’économie, et elle seule. [2]
Comme nous l’avons signalé, la méthodologie économique s’apparente à la philosophie des sciences et constitue une partie de la philosophie des sciences, mais elle n’est pas la philosophie des sciences à proprement parler. La méthode de recherche valable en chimie est certes intéressante à considérer à des fins comparatives, mais la science sur laquelle la méthodologie économique se penche est l’économie, et elle seule. <ref> Il est courant d’affirmer que l’économie n’est pas une science, et il est vrai qu’en prenant le terme « science » dans son acceptation extrême, nous serions tenté d’émettre la même conclusion. En réalité, nous pourrions utiliser le mot « discipline » pour empêcher tout malentendu mais ce serait un effort inutile : toute discipline et tout art a besoin de sa propre méthodologie. En outre, le sujet central, celui du rapport entre l’économie et les sciences naturelles, sera discuté en longueur dans le chapitre 4. </ref>


Pour autant, ce livre n’est pas un traité sur l’épistémologie économique. Ces questions ont connu un regain d’intérêt au cours des soixante dernières années, mais je n’ignore pas le peu d’écho qu’ont reçu ces débats dans notre pays. Il m’a donc semblé qu’une introduction aux principes méthodologiques de la science économique était plus pertinente. La structuration et la faible longueur de ce livre découle de cet objectif premier.  
Pour autant, ce livre n’est pas un traité sur l’épistémologie économique. Ces questions ont connu un regain d’intérêt au cours des soixante dernières années, mais je n’ignore pas le peu d’écho qu’ont reçu ces débats dans notre pays. Il m’a donc semblé qu’une introduction aux principes méthodologiques de la science économique était plus pertinente. La structuration et la faible longueur de ce livre découle de cet objectif premier.  
Ligne 36 : Ligne 36 :
==NOTES==
==NOTES==


[1] John E. ''Cairnes, The Character and Logical Method of Political Economy'' (1857), Batoche Books, 2001, p. 40
<references /> <!-- aide : http://fr.wikipedia.org/wiki/Aide:Notes et références -->
 
[2] Il est courant d’affirmer que l’économie n’est pas une science, et il est vrai qu’en prenant le terme « science » dans son acceptation extrême, nous serions tenté d’émettre la même conclusion. En réalité, nous pourrions utiliser le mot « discipline » pour empêcher tout malentendu mais ce serait un effort inutile : toute discipline et tout art a besoin de sa propre méthodologie. En outre, le sujet central, celui du rapport entre l’économie et les sciences naturelles, sera discuté en longueur dans le chapitre 4.




351

modifications

Menu de navigation