Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - VIII

De Librairal
Les Vices ne sont pas des crimes - VII << Lysander Spooner  —  Les Vices ne sont pas des crimes >> Les Vices ne sont pas des crimes - IX


Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - VIII


Anonyme


VIII

Au milieu de cette variété d'opinions sans fin, quel homme, ou quel ensemble d'hommes, a le droit de dire, concernant n'importe quelle action spécifique, ou n'importe quelle série d'actions : "Nous avons tenté cette expérience, et répondu à la question la concernant ? Nous en avons fixé les limites, pas seulement pour nous-mêmes, mais pour tous les autres ? Et, en ce qui concerne tous ceux qui sont plus faibles que nous, nous les forcerons à agir dans le respect de nos conclusions ? Nous ne tolérerons aucune autre expérimentation ou recherche, et, par conséquent, aucune nouvelle acquisition de savoir par qui que ce soit ?"

Qui sont les hommes ayant le droit de dire cela ? Sans aucun doute il n'en existe pas. Les hommes qui le disent pourtant sont soit des imposteurs sans vergogne et des tyrans, qui voudraient arrêter le progrès de la connaissance, et usurper le contrôle absolu des esprit et des corps de leurs congénères - et on doit par conséquent leur résister instantanément, et de toutes ses forces - ; soit des hommes trop ignorants eux-mêmes de leurs propres faiblesses, et de ce qui les lie vraiment aux autres hommes, pour qu'on puisse leur accorder autre chose que de la pitié ou du mépris.

Nous savons, toutefois, qu'il existe de tels hommes de par le monde. Certains d'entre eux se contentent d'exercer leur pouvoir sur une petite sphère, à savoir leurs enfants, leurs voisins, leurs concitoyens, et leurs compatriotes. D'autres essayent de l'exercer sur une plus grande échelle. Par exemple, un vieil homme à Rome, assisté de quelques subordonnés, tente de régler toutes les questions de vertu et de vice ; c'est-à-dire, de vérité ou de mensonge, surtout en matière de religion. Il dit connaître et enseigner les idées et pratiques religieuses qui conduisent un homme à son bonheur, ou sont fatales à ce dernier, pas seulement dans ce monde, mais également dans le prochain. Il se prétend miraculeusement inspiré pour accomplir cette tâche ; et ainsi il reconnaît virtuellement, comme le ferait tout homme raisonnable, qu'il lui faut au moins une inspiration miraculeuse pour être habilité à cela. Cette inspiration miraculeuse, cependant, s'est révélée inefficace pour régler plus qu'un très petit nombre de questions. La chose la plus importante que peuvent ainsi atteindre les simples mortels est une croyance aveugle dans son infaillibilité (celle du Pape) ! et, par ailleurs, les plus infâmes des vices dont ils peuvent être coupables sont de croire et de proclamer qu'il n'est qu'un homme comme les autres.

Il a fallu quelques quinze cents ou dix-huit cents ans pour arriver à des conclusions définitives concernant ces deux points essentiels. Cependant, il semblerait que le premier d'entre eux soit un préliminaire nécessaire à la résolution de toutes les autres questions ; car, jusqu'à ce que sa propre infaillibilité soit déterminée, le pape ne peut rien décider d'autre en connaissance de cause. Il a, toutefois, néanmoins essayé ou fait semblant de régler quelques autres questions. Et il pourrait, peut-être, essayer ou faire semblant d'en régler encore d'autres dans l'avenir, pour peu qu'il continue à trouver des oreilles attentives. Mais son piètre succès, jusqu'à présent, ne fait certainement rien pour permettre de croire qu'il sera capable de régler toutes les questions de vertu et de vice, même dans le domaine spécifique de la religion, et qu'il pourra le faire à temps pour répondre aux besoins de l'humanité. Lui ou ses successeurs seront indubitablement amenés, sous peu, à reconnaître que, pour une telle mission, l'inspiration miraculeuse ne suffit pas ; et que, nécessairement, on doit laisser à chaque être humain la liberté de régler toutes les questions de cet ordre pour lui-même. Et il n'est pas insensé de s'attendre à ce que tous les autres papes, dans d'autres sphères moins importantes, aient tôt ou tard de bonnes raisons d'arriver à la même conclusion. Personne, à n'en pas douter, à moins de se réclamer d'une inspiration surnaturelle, ne devrait entreprendre une tâche exigeant rien de moins qu'une telle inspiration. Et, évidemment, personne ne devrait abandonner son propre jugement aux enseignements des autres. A moins de s'être d'abord convaincu que ces personnes ont quelque chose de plus que la connaissance humaine ordinaire concernant ce sujet.

Si ces individus, qui se plaisent à se croire investis à la fois du pouvoir et du droit de définir et de punir les vices des autres hommes, faisaient un petit effort pour penser introspectivement, ils se rendraient probablement compte qu'il y a beaucoup à régler chez eux ; et, quand cela aura été achevé, ils seront peu disposés à en faire davantage pour corriger les vices des autres - au mieux ils communiqueront juste aux autres les résultats de leurs expériences et observations. Dans ce domaine leurs travaux peuvent peut-être s'avérer utiles ; mais, dans le domaine de l'infaillibilité et de la coercition, ils rencontreront probablement, pour des raisons bien connues, encore moins de succès dans le futur que de tels hommes ont connu dans le passé.

Les Vices ne sont pas des crimes - VII << Lysander Spooner  —  Les Vices ne sont pas des crimes >> Les Vices ne sont pas des crimes - IX