Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XVIII

De Librairal
Aller à la navigation Aller à la recherche
Les Vices ne sont pas des crimes - XVII << Lysander Spooner  —  Les Vices ne sont pas des crimes >> Les Vices ne sont pas des crimes - XIX


Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes - XVIII


Anonyme


XVIII

Mais il est souvent dit que certains vices sont des nuisances (publiques ou privées), et que les nuisances doivent être éliminées et punies.

Il est vrai que tout ce qui représente réellement et légalement une nuisance (qu'elle soit publique ou privée) peut être arrêtée et réprimandé. Mais il n'est pas vrai que les vices privés d'un homme sont, dans un sens légal, des nuisances pour un autre homme, ou pour le public.

Aucun acte commis par une personne ne peut être une nuisance pour une autre personne à moins qu'il n'entrave l'utilisation ou la jouissance normale et tranquille que détient cette autre personne sur ce qui lui appartient de droit.

Tout ce qui barre une grande route publique représente une nuisance, et peut être éliminé et puni. Mais un hôtel où l'on vend de l'alcool, un magasin de spiritueux ou même un bistro, comme on dit, ne barre pas plus une grande route publique que ne le font une épicerie, ou une boucherie.

Tout ce qui empoisonne l'air, ou qui le rend soit désagréable, soit malsain, est une nuisance. Mais ni un hôtel, ni un magasin de spiritueux, ni un bistro n'empoisonnent l'air, ou ne le rendent désagréable ou malsain pour des personnes extérieures.

Tout ce qui entrave la lumière, à laquelle tout homme a légalement droit, est une nuisance. Mais ni un hôtel, ni un magasin de spiritueux, ni un bistro n'entravent la lumière de qui que ce soit, ou alors une église, une école, ou une pension l'entravent tout autant, les premiers ne sont ni plus ni moins des nuisances que peuvent l'être les seconds.

Certaines personnes disent souvent qu'un magasin de spiritueux représente un danger, de la même manière que la poudre à fusil représente un danger. Mais il n'y a aucune analogie entre les deux. La poudre est susceptible d'exploser par accident, surtout lors des incendies si fréquents dans les grandes villes. Pour ces raisons elle est dangereuse pour les personnes dans sa proximité immédiate. Mais des alcools ne sont pas susceptibles d'exploser de cette façon, et par conséquent ne constituent pas des nuisances dangereuses, du moins par rapport à la nuisance que représente la poudre à fusil dans les grandes villes.

Mais on dit aussi que les débits de boisson sont très souvent remplis d'hommes bruyants et tapageurs, qui dérangent la tranquillité du quartier, et le sommeil et le repos des voisins.

Ceci peut être parfois vrai, bien que pas très fréquemment. Et si cela se produit, on peut faire cesser la nuisance à n'importe quel moment, en puissant le propriétaire et ses clients, et si besoin est, en fermant l'établissement. Mais une assemblée de buveurs bruyants ne constitue pas plus une nuisance que n'importe quelle autre assemblée bruyante. Un buveur gai ou hilare ne dérange pas plus la tranquillité d'un quartier, et pas moins, qu'un fanatique religieux hurlant à tue-tête. Une assemblée de buveurs bruyants ne constitue pas plus, et pas moins, une nuisance qu'une assemblée de fanatiques religieux hurlant à tue-tête. Toutes deux sotn des nuisances quand elles dérangent le repos et le sommeil, ou la tranquillité, des voisins. Même un chien qui aboie trop est une nuisance, en considération du trouble du sommeil ou de la tranquillité du voisinage.

Les Vices ne sont pas des crimes - XVII << Lysander Spooner  —  Les Vices ne sont pas des crimes >> Les Vices ne sont pas des crimes - XIX